mardi 17 mars 2015

Saint JOSEPH d'ARIMATHIE, disciple


Saint Joseph d'Arimathie

Membre du Sanhédrin (1er s.)


Les Eglises d'Orient font mémoire de ce membre du Sanhédrin, disciple de Jésus, qui obtint de Pilate que lui soit remis le corps de Jésus et l'ensevelit dans le tombeau de son jardin, dans l'attente de la Résurrection du Seigneur. La légende en Occident le fait venir en Gaule avec Lazare, Marthe et Marie, puis, selon le cycle du Saint-Graal, il aurait apporté en Angleterre le vase qui avait servi à la Cène, puis au calvaire pour recevoir le sang du Christ.

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/824/Saint-Joseph-d-Arimathie.html


Saints Joseph d’Arimathie et Nicodème

recueillirent le corps de Jésus déposé de la croix. (1er s.)

Ils recueillirent le corps de Jésus déposé de la croix, l’enveloppèrent d’un suaire et le déposèrent au tombeau.

Ils sont fêtés chacun séparément dans les synaxaires grecs (Joseph d'Arimathie, le 17 mars et Nicodème, le 3 août). Ils attendaient tous deux le royaume de Dieu et se déclarèrent publiquement disciples de Jésus-Christ au pied de la Croix, veillant à l'ensevelissement du Seigneur.

À Jérusalem, commémoraison des saints Joseph d’Arimathie et Nicodème, qui recueillirent le corps de Jésus déposé de la croix, l’enveloppèrent d’un suaire et le déposèrent au tombeau. Joseph, originaire d’Arimathie et membre du Sanhédrin, homme bon et juste, disciple de Jésus, mais en secret, attendait le royaume de Dieu. Nicodème, lui, pharisien, notable parmi les juifs, était venu trouver Jésus pendant la nuit pour l’interroger sur sa mission et avait défendu sa cause devant les prêtres et les pharisiens qui voulaient l’arrêter.

Martyrologe romain

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/8067/Saints-Joseph--d%92Arimathie-et-Nicodeme.html



50 Jésus poussa de nouveau un grand cri et rendit l'esprit.

51 Et voilà que le voile du sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent,


52 les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs saints, dont les corps y étaient couchés, ressuscitèrent.


53 Étant sortis de leur tombeau, ils entrèrent, après la résurrection de Jésus, dans la ville sainte et apparurent à plusieurs.

54 Le centurion et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, voyant le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saisis d'une grande frayeur, et dirent : " Cet homme était vraiment Fils de Dieu. "

55 Il y avait là aussi plusieurs femmes qui regardaient de loin ; elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir.


56 Parmi elles étaient Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et de Joset, et la mère des fils de Zébédée.

57 Sur le soir, arriva un homme riche d'Arimathie, nommé Joseph, qui était aussi un disciple de Jésus.


58 Il alla trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus. Et Pilate ordonna qu'on le lui remît.


59 Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc,


60 et le déposa dans le sépulcre neuf, qu'il avait fait tailler dans le roc pour lui-même ; puis, ayant roulé une grosse pierre à l'entrée du sépulcre, il s'en alla.


61 Or Marie-Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises vis-à-vis du sépulcre.


Évangile selon saint MATTHIEU, XXVII : 50-61




Mise au tombeau de Saint-Thégonnec Entourant le Christ gisant, se trouvent, de gauche à droite : Nicodème, sainte Véronique tenant le voile de la Sainte Face, la Vierge Marie, saint Jean, un ange tenant le calice de la Passion et Joseph d'Arimathie. Au premier plan, se tiennent agenouillées Marie Salomé et Marie-Madeleine


42 Le soir étant déjà venu, comme c'était la Préparation, c'est-à-dire la veille du sabbat,

43 arriva Joseph d'Arimathie : c'était un membre du grand conseil fort considéré, qui attendait, lui aussi, le royaume de Dieu. Il était allé hardiment auprès de Pilate, demander le corps de Jésus.


44 Mais Pilate, surpris qu'il fût mort si tôt, fit venir le centurion, et lui demanda s'il y avait longtemps que Jésus était mort.


45 Sur le rapport du centurion, il accorda le corps à Joseph.


46 Alors Joseph, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l'enveloppa du linceul, et le déposa dans un sépulcre, taillé dans le roc ; puis il roula une pierre à l'entrée du sépulcre.


47 Or Marie-Madeleine, et Marie, mère de Joset, observaient où on le déposait.


Évangile selon saint MARC, XV : 43-47




44 Il était environ la sixième heure, quand des ténèbres couvrirent toute la terre jusqu'à la neuvième heure.

45 Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu.


46 Et Jésus s'écria d'une voix forte : " Père, je remets mon esprit entre vos mains. " En disant ces mots, il expira.


47 Le centurion, voyant ce qui était arrivé, glorifia Dieu, et dit : " Certainement, cet homme était juste. "


48 Et toutes la multitude qui s'était rassemblée pour ce spectacle, considérant ce qui était arrivé, s'en retournait en se frappant la poitrine.


49 Mais tous les amis de Jésus se tenaient à distance, avec les femmes qui l'avaient suivi de Galilée et contemplaient tout cela.

50 Or, il y avait un homme, appelé Joseph, membre du conseil, homme bon et juste,


51 qui n'avait donné son assentiment ni au dessein des autres, ni à leurs actes ; — il était d'Arimathie, ville de Judée, et attendait, lui aussi, le royaume de Dieu.


52 Cet homme alla trouver Pilate, lui demanda le corps de Jésus,


53 et l'ayant descendu, il l'enveloppa d'un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n'avait encore été mis.


54 C'était le jour de la Préparation, et le sabbat allait commencer.

55 Les femmes qui étaient venues de la Galilée avec Jésus, ayant accompagné Joseph, considérèrent le sépulcre, et la manière dont le corps de Jésus y avait été déposé.


56 S'en étant donc retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums ; et le jour du sabbat, elles demeurèrent en repos, selon le précepte.


Évangile selon saint LUC, XXIII : 44-56




31 Or, comme c'était la Préparation, de peur que les corps ne restassent sur la croix pendant le sabbat, — car le jour de ce sabbat était très solennel, — les Juifs demandèrent à Pilate qu'on rompît les jambes aux crucifiés et qu'on les détachât.

32 Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui.


33 Mais quand ils vinrent à Jésus, le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ;


34 mais un des soldats lui transperça le côté avec sa lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau.


35 Et celui qui l'a vu en rend témoignage, et son témoignage est vrai ; et il sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi, vous croyiez.


36 Car ces choses sont arrivées afin que l'Écriture fut accomplie : " Aucun de ses os ne sera rompu. "


37 Et il est encore écrit ailleurs : " Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé. "

38 Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate d'enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus.


39 Nicodème, qui était venu la première fois trouver Jésus de nuit, vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d'aloès, d'environ cent livres.


40 Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent dans des linges, avec les aromates, selon la manière d'ensevelir en usage chez les Juifs.


41 Or, au lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne n'avait encore été mis.


42 C'est là, à cause de la Préparation des Juifs, qu'ils déposèrent Jésus, parce que le sépulcre était proche.



Évangile selon saint JEAN, XIX : 31-42



Dans le texte évangélique, Joseph d'Arimathie est un membre du Sanhédrin secrètement converti à l'enseignement du Christ. Il apparaît pour la première fois après la crucifixion, lorsqu'il demande à Ponce Pilate l'autorisation d'emporter le corps de Jésus. Ensuite, il l'ensevelit dans son propre sépulcre, taillé dans le roc.
 
D'après la légende, c'est chez Joseph d'Arimathie que se tint le dernier repas du Christ. Joseph conserva le vase de la Cène, dans lequel il recueilli un peu du sang de Jésus avant le déposer dans son sépulcre. Joseph quitta ensuite la Palestine et se rendit en Bretagne où il garda précieusement le Saint-Graal.
 
La figure de Joseph d'Arimathie fut introduite dans le cycle arthurien par Robert de Boron dans son roman en vers Estoire dou Graal ou Joseph d’Arimathie, écrit entre 1190 et 1199.
 
Il est question de Joseph d'Arimathie  dans l’Evangile de Nicodème¸ apocryphe du IVesiècle :
 
11.3 Survint un homme, appelé Joseph, membre du Conseil, il était d'Arimathie et il avait foi dans le Royaume de Dieu. Il s'approcha de Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, le roula dans un linceul tout blanc, et le plaça dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n'avait été mis.
 
12.1 Quand ils surent que Joseph avait demandé le corps de Jésus, les Juifs le cherchèrent […]
 
Les Juifs empoignèrent Joseph et décidèrent de le faire garder jusqu'au lendemain du sabbat. « Sache bien, lui dirent-ils, que seule, l'heure nous empêche de te châtier, puisque le sabbat commence. Mais sache-le aussi, tu ne mérites pas même une sépulture. Nous jetterons ta chair aux oiseaux du ciel. » […]
 
Ils se saisirent de Joseph et l'enfermèrent dans une maison sans fenêtre, postèrent des gardes à l'entrée et scellèrent la porte derrière laquelle Joseph était captif.
 
12.2 Au sabbat, chefs de la synagogue, prêtres et lévites convinrent de se réunir à la synagogue le jour suivant. Les délibérations commencèrent tôt : quelle mort infligerait-on à Joseph ? Ils décidèrent de le faire comparaître séance tenante. Mais quand ils ouvrirent sa porte, ils ne le trouvèrent pas à l'intérieur. Le peuple entier fut stupéfait et même saisi de terreur quand il s'aperçut que les sceaux étaient intacts et que Caïphe avait gardé la clef. Et ils n'osèrent plus lever la main sur ceux qui devant Pilate avaient pris la défense de Jésus. […]
 
15.6 Joseph prit la parole : « Vous m'avez enfermé le vendredi, vers la dixième heure, et je suis resté là tout le sabbat. Mais à minuit, tandis que j'étais debout à prier, la maison où vous m'aviez enfermé se souleva par les quatre coins et une sorte d'éclair vint éblouir mes yeux. Épouvanté, je tombai à terre. Alors quelqu'un me prit par la main et m'enleva de l'endroit où je gisais, et une eau fraîche coula sur moi de la tête aux pieds, tandis que des effluves de myrrhe emplissaient mes narines. Il m'essuya le visage, m'embrassa et me dit : « Ne crains pas, Joseph. Ouvre tes yeux et regarde quel est celui qui te parle. » Levant mon regard, je vis Jésus. Mes frayeurs redoublèrent. Je pensai que c'était un fantôme et je me mis à réciter les commandements. Mais il les récita avec moi. Or vous ne l'ignorez pas, quand un fantôme entend réciter près de lui les commandements, il prend la fuite. Voyant qu'il les disait avec moi, je m'écriai : « Rabbi Elie! » Il me dit : « Je ne suis pas Elie. - Qui es-tu, Seigneur, lui dis-je. Et il me dit : - Je suis Jésus. Tu as demandé mon corps à Pilate, puis tu m'as enveloppé dans un pur linceul et tu as couvert mon visage d'un suaire, puis tu m'as déposé dans ton caveau neuf et tu as roulé une grande pierre à l'entrée de la tombe. »

Et je dis à celui qui me parlait : « Viens me montrer l'endroit où je t'ai placé. » Il me conduisit à cet endroit et me le montra. Le linceul y traînait encore, et le suaire qui avait couvert son visage. Alors j'eus la preuve qu'il était Jésus.

Il me prit par la main et toutes portes closes, me transporta au milieu de ma demeure. Il me conduisit auprès de mon lit et me dit : « Paix à toi ! » Il m'embrassa encore et ajouta : « Tu ne sortiras pas de chez toi avant quarante jours. Car voici, je vais rejoindre mes frères, en Galilée.»

Statue de Saint Joseph d’Arimathie, Glastonbury parish church


XLVII. JOSEPH D'ARIMATHIE DEMANDE À PILATE LE CORPS DE JÉSUS


A peine s'était-il rétabli un peu de tranquillité dans Jérusalem, que Pilate fut assailli de tous les côtés par des rapports sur ce qui venait de se passer, et que le grand conseil des Juifs, conformément à la résolution qu'il avait prise dès le matin, envoya vers lui pour le prier de faire rompre les jambes aux crucifiés et de les faire achever afin qu'ils ne restassent pas en croix le jour du Sabbat. Pilate envoya des archers à cet effet. Je vis aussitôt après Joseph d'Arimathie venir trouver Pilate. Il avait appris la mort de Jésus, et avait formé avec Nicodème le projet de l'ensevelir dans un sépulcre neuf qu'il avait creusé dans son jardin à peu de distance du Calvaire. Il me semble l'avoir déjà vu devant la porte de la ville, où il observait tout ce qui se passait : du moins il y avait déjà dans son jardin des gens à lui qui nettoyaient et achevaient quelques arrangements dans l'intérieur du sépulcre. Nicodème, de son côté, alla en divers endroits acheter des linges et des aromates pour la sépulture ; après quoi il attendit Joseph. Celui-ci trouva Pilate très inquiet et très troublé : il lui demanda nettement et sans hésitation la permission de faire détacher de la croix le corps de Jésus, le roi des Juifs, qu'il voulait enterrer dans son sépulcre. Pilate fut encore plus troublé en voyant un homme aussi considérable demander si instamment la permission de rendre les derniers honneurs à celui qu'il avait fait crucifier si ignominieusement. Sa conviction de l'innocence de Jésus s'en accrut ainsi que ses remords : mais il dissimula et dit : “ est-il donc déjà mort ? ” car il n'y avait que quelques minutes qu'il avait envoyé les archers pour achever les crucifiés en leur rompant les jambes. Il fit appeler le centurion Abénadar, qui était revenu après s'être entretenu avec les disciples cachés dans les cavernes et lui demanda si le roi des Juifs était déjà mort. Abénadar lui raconta la mort du Sauveur, ses dernières paroles et son dernier cri, le tremblement de terre et la secousse qui avait fendu le rocher. Pilate sembla s'étonner seulement de ce que Jésus était mort si tôt, parce qu'ordinairement les crucifiés vivaient plus longtemps ; mais intérieurement il était plein d'angoisse et de terreur, à cause de la coïncidence de ces signes avec la mort de Jésus. Il voulut peut-être faire pardonner à quelques égards sa cruauté en accordant à Joseph d'Arimathie un ordre pour se faire délivrer le corps du Sauveur. Il fut bien aise aussi de se jouer ainsi des Princes des Prêtres, qui auraient vu avec plaisir Jésus enterré sans honneur entre les deux larrons. Il envoya quelqu'un au Calvaire pour faire exécuter ses ordres. Je pense que ce fut Abénadar, car je le vis assister à la descente de croix. 

 Joseph d'Arimathie, en quittant Pilate, alla trouver Nicodème qui l'attendait chez une femme bien intentionnée, dont la maison était située sur une large rue, près de cette ruelle où Notre Seigneur avait été si cruellement outragé au commencement du chemin de la croix. Cette femme vendait des herbes aromatiques, et Nicodème avait acheté chez elle et fait acheter ailleurs par elle tout ce qui était nécessaire pour embaumer le corps de Jésus. Elle fit de tout cela un paquet qu'on pût porter commodément. Joseph alla de son côté acheter un beau linceul de coton très fin, long de six aunes et plus large encore que long. Leurs serviteurs prirent dans un hangar, près de la maison de Nicodème, des échelles, des marteaux, des chevilles, des outres pleines d'eau, des vases et des éponges, et placèrent les plus petits de ces objets sur une civière semblable à celle où les disciples de Jean-Baptiste placèrent son corps lorsqu'ils l'enlevèrent de la forteresse de Machérunte (1)


(1) Elle décrivit la civière dont il est question ici comme un long coffre de cuir qu'on transformait en une espèce de cercueil fermé en y passant trois bâtons larges comme la main, faits d'un bois solide quoique léger. Ce coffre se portait ensuite sur les épaules au moyen des bouts de ces mêmes bâtons qui dépassaient de chaque côté. Elle raconta l'enlèvement du corps de Jean-Baptiste, comme ayant eu lieu dans la nuit du mardi au mercredi, 4-5 du mois de Sebat (21-22 Janvier) de la deuxième année de la vie publique du Sauveur, environ quinze Jours après la décollation du saint précurseur. Parmi ceux qui y prirent part, elle mentionna les trois disciples de Jean. Jacob, Eliacim et Sadoch, fils de Cléophas et de Marie d'Héli et frères de Marie de Cléophas en outre Saturnin, Jude Barsabas, Aram et Théméni, neveux de Joseph d'Arimathie, un fils de Jeanne Chusa, un fils de Véronique, un fils de Siméon et un cousin de Jean, qui était d'Hébron. Le corps du précurseur, sans sa tête que l'on ne put avoir que plus tard, fut porté à Juta dans le tombeau de sa famille.



XLVIII. OUVERTURE DU CÔTÉ DE JÉSUS. MORT DES LARRONS

Pendant ce temps, le silence et le deuil régnaient sur le Golgotha. Le peuple, saisi de frayeur, s'était dispersé ; Marie, Jean, Madeleine, Marie, fille de Cléophas, et Salomé, se tenaient debout ou assises en face de la croix, la tête voilée et pleurant. Quelques soldats s'appuyaient au terrassement qui entourait la plate-forme, Cassius, à cheval, allait de côté et d'autre. Les soldats avaient enfonce leurs lances dans la terre, et, du haut de la roche du Calvaire, s'entretenaient avec d'autres soldats qui se tenaient à quelque distance. Le ciel était sombre et la nature semblait en deuil. Bientôt arrivèrent six archers avec des échelles, des bêches, des cordes et de lourdes barres de fer pour rompre les jambes des crucifiés. Lorsqu'ils s'approchèrent de la croix, les amis de Jésus s'en éloignèrent un peu, et la sainte Vierge éprouva de nouvelles angoisses à la pensée qu'ils allaient encore outrager le corps de son Fils. Car ils appliquèrent leurs échelles sur la croix et secouèrent le corps sacré de Jésus, assurant qu'il faisait semblant d'être mort : mais ils virent bien qu'il était froid et raide, et sur la demande que Jean leur fit, à la prière des saintes femmes, ils le laissèrent un moment, quoique ne paraissant pas bien convaincus qu'il fût mort, et montèrent aux croix des larrons. Deux archers leur rompirent les bras au-dessus et au-dessous des coudes, avec leurs massues tranchantes et un troisième leur brisa aussi les cuisses et les jambes. Gesmas poussait des cris horribles, et us lui assenèrent trois coups sur la poitrine pour l'achever. Dismas, soumis à ce cruel supplice, gémit et mourut. Il fut le premier parmi les mortels qui revit son Rédempteur. On détacha les cordes, on laissa les deux corps tomber à terre, puis on les traîna dans l'enfoncement qui se trouvait entre le Calvaire et les murs de la ville, et on les enterra là.

Les archers paraissaient encore douter de la mort de Jésus, et l'horrible manière dont on avait brisé les membres des larrons, avait encore augmenté chez les amis de Jésus la crainte que les bourreaux ne revinssent à son corps ; cette crainte faisait trembler les saintes femmes pour le corps du Sauveur. Mais l'officier inférieur Cassius, appelé plus tard Longin, homme de vingt-cinq ans, très actif et très empressé. dont la vue faible et les yeux louches lorsqu'il se donnait un air affairé et important excitaient souvent les moqueries de ses subordonnés, reçut une inspiration soudaine. La férocité ignoble des archers, les angoisses des saintes femmes, l'ardeur subite qu'excita en lui la grâce divine, lui firent accomplir une prophétie. Il saisit sa lance et dirigea vivement son cheval vers la petite élévation où se trouvait la croix. Je le vis s'arrêter devant la fente du rocher, entre la croix du bon larron et celle de Jésus. Alors, prenant sa lance a deux mains, il l'enfonça avec tant de force dans le côté droit du Sauveur, que la pointe alla traverser le coeur et ressortit un peu sous la mamelle à gauche. Quand il la retira avec force, il sortit de la blessure du côté droit une grande quantité de sang et d'eau, qui arrosa son visage comme un fleuve de salut et de grâce. Il sauta à bas de son cheval, s'agenouilla frappa sa poitrine et confessa hautement Jésus en présence de tous les assistants.

La sainte Vierge et ses amies dont les regards étaient toujours fixés vers Jésus, virent avec angoisse l'action inopinée de cet homme, et, lorsqu'il donna son coup de lance, se précipitèrent vers la croix en poussant un cri. Marie tomba entre les bras des saintes femmes, comme si la lance eût traversé son propre coeur, pendant que Cassius louait Dieu à genoux, car les yeux de son corps comme ceux de son âme étaient guéris et ouverts à la lumière. Mais en même temps tous furent profondément émus à la vue du sang du Sauveur, qui avait coulé, mêlé d'eau, dans un creux du rocher au pied de la croix. Cassius, Marie les saintes femmes et Jean recueillirent le sang et l'eau dans des fioles et essuyèrent la place avec des linges (1).

Cassius était comme métamorphosé : il avait recouvré toute la plénitude de sa vue ; il était profondément ému et s'humiliait intérieurement. Les soldats, frappés du miracle qui s'était opéré en lui. se jetèrent à genoux, frappèrent leur poitrine et confessèrent Jésus. L'eau et le sang coulèrent abondamment du côté du Sauveur et s'arrêtèrent dans un creux du rocher, on les recueillit avec une émotion indicible, et les larmes de Marie et de Madeleine s'y mêlèrent. Les archers, qui, pendant ce temps, avaient reçu de Pilate l'ordre de ne pas toucher au corps de Jésus, ne revinrent plus.

La lance de Cassius se composait de plusieurs morceaux que l'on ajustait les uns aux autres : quand ils n'étaient pas déployés, elle avait l'air d'un fort bâton d'une longueur moyenne. Le fer qui traversa le coeur de Jésus était aplati et avait la forme d'une poire. On fixait une pointe à un bout et au-dessous deux crochets tranchants, quand on voulait se servir de la lance.

Tout ceci se passa près de la croix, un peu après quatre heures, pendant que Joseph d'Arimathie et Nicodème étaient occupés à se procurer ce qui était nécessaire pour la sépulture du Christ. Mais les serviteurs de Joseph étant venus pour nettoyer le tombeau, annoncèrent aux amis de Jésus que leur maître, avec la permission de Pilate, allait enlever le corps et le déposer dans son sépulcre neuf.

Note : Elle dit encore : “ Cassius baptisé sous le nom de Longin, prêcha la foi en qualité de diacre, et il porta toujours de ce sang précieux avec lui. Il s'était desséché et on en trouva dans a son tombeau en Italie, dans une ville peu éloignée de l'endroit où a vécu sainte Claire. Il y a un lac avec une île prés de cette ville. Le corps de Longin doit y avoir été porté ”. La Soeur semble désigner Mantoue par ces paroles. Il existe une tradition analogue. Je ne sais pas quelle sainte Claire a vécu dans le voisinage.

Alors Jean retourna à la ville et se rendit à la montagne de Sion avec les saintes femmes pour que Marie pût réparer un peu ses forces, et aussi afin de prendre quelques objets nécessaires pour la mise au tombeau. La sainte Vierge avait un petit logement dans les bâtiments dépendant du cénacle. Ils ne rentrèrent pas par la porte la plus voisine du Calvaire parce qu'elle était fermée et gardée à l'intérieur par des soldats que les Pharisiens y avaient fait placer, mais par la porte plus méridionale, qui conduit à Bethléem.

XLIX. QUELQUES LOCALITÉS DE L'ANCIENNE JÉRUSALEM
Souvent Anne Catherine, lorsqu'elle décrivait la situation le certains lieux, entrait dans des détails si minutieux qu'il était presque impossible de les bien saisir ; car, pendant que ;es maladies la retenaient couchée sur son lit, elle se tournait en esprit de côté et d'autre vers les objets qu'elle contemplait. et on était très exposé à confondre les directions à droite et à gauche qu'elle indiquait de la main tout en racontant. Nous plaçons ici quelques-unes de ces descriptions de lieux que nous avons coordonnées d'après les détails donnés par la soeur à différentes reprises et sans variation essentielle. Nous les faisons suivre de celle du sépulcre et du jardin de Joseph d'Arimathie, afin de ne pas trop interrompre le récit de la mise au tombeau de Notre-Seigneur.

La première porte située à l'orient de Jérusalem, au midi de l'angle sud-est du Temple. est celle qui conduit dans le faubourg d'Ophel. La porte des Brebis est celle qui, au nord, est la plus rapprochée de l'angle nord-est du Temple. Entre ce, deux portes on en a, assez récemment, pratiqué une autre qui conduit à quelques rues situées à l'orient du Temple, et habitées, pour la plupart, par des tailleurs de pierre et d'autres ouvriers. Les maisons dont elles se composent s'appuient aux fondations du Temple, et appartiennent presque toutes à Nicodème, qui les a fait bâtir. Les ouvriers lui payent un loyer, soit en argent, soit en travaillant pour lui : car ils sont en rapport habituel avec lui et son ami Joseph d'Arimathie, lequel possède dans son pays natal de grandes carrières de pierres qu'il exploite. Nicodème a récemment fait faire une belle porte qui conduit à ces rues, et qu'on appelle à présent porte de Moriah venait d'être finie, et Jésus était entré par là le premier dans la ville, le dimanche des Rameaux. Ainsi il entra par la porte neuve de Nicodème, où personne n'avait passé, et fut enterré dans le sépulcre neuf de Joseph d'Arimathie, où personne n'avait encore reposé. Cette porte fut murée postérieurement, et il y avait une tradition portant que les chrétiens devaient uns autre fois entrer par là dans la ville. Maintenant encore, il y a de ce côté uns porte murée que les Turcs appellent la porte d'Or.

Le chemin qui irait directement de la ports des Brebis au couchant, si l'on pouvait passer à travers tous les murs, aboutirait à peu près entre le côté nord-ouest de la montagne de Sion et le Calvaire. De cette porte au Calvaire il y a, en ligne droite, à peu près trois quarts de lieue ; du palais de Pilate au Calvaire, toujours en ligne droite, il y a environ cinq huitièmes de lieue. La forteresse Antonia est située au nord-ouest de la montagne du Temple, sur un rocher qui s'en détache. Quand on va au couchant, en sortant du palais de Pilate par l'arcade de gauche, on a cette forteresse à gauche : il y a sur un de ses murs une plate-forme qui domine le forum. C'est de là que Pilate fait des proclamations au peuple, par exemple quand il promulgue de nouvelles lois. Sur le chemin de la croix, dans l'intérieur de la ville, Jésus avait souvent la montagne du Calvaire à sa droite. Ce chemin, qui, par conséquent, devait être en partie dans la direction du sud-ouest, conduisait à une porte percée dans un mur intérieur de la ville qui court vers Sion, quartier dont la situation est très élevée. Hors de ce mur est au couchant une espèce de faubourg où il y a plus de jardins que de maisons ; il y a aussi vers le mur extérieur de la ville de beaux sépulcres avec des entrées en maçonnerie et taillées avec art dans le roc, souvent ils sont entourés de jolis jardins. De ce côté est une maison appartenant à Lazare, avec de beaux jardins s'étendant vers la ports de l'angle qui est le lieu où le mur extérieur occidental de Jérusalem tourne au midi. Je crois qu'à côté de la grande porte de la ville, une petite porte particulière, percée dans le mur d'enceinte et où Jésus et les siens passaient souvent avec l'autorisation de Lazare, conduit dans ces jardins. La porte située à l'angle nord-ouest de la ville conduit à Bethsur, qui est plus au nord qu'Emmaus et Joppé. Au nord de ce mur extérieur de la ville, il y a plusieurs tombeaux de rois. Cette partie occidentale de Jérusalem est la moins habitée et la moins élevée ; elle descend un peu vers le mur d'enceinte et se relève avant d'y arriver : sur cette pente sont des jardins et des vignes derrière lesquels circule en dedans des murs, une large chaussée, où des chariots peuvent passer en certains endroits et d'où partent des sentiers pour monter aux murs et aux tours ; ces dernières n'ont, comme les nôtres des escaliers intérieurs. De l'autre côté, à l'extérieur de là ville, le terrain est en pente vers la vallée, de sorte que les murailles qui entourent cette partie basse de la ville semblent bâties sur un terrassement élevé. Sur la pente extérieure on trouve encore des jardins et des vignes. Le chemin où Jésus porta sa croix ne passait pas par cette partie de la ville où il y a tant de jardins : lorsqu'il approcha du terme, il l'avait à sa droite, du côté du nord. C'était de là que venait Simon le Cyrénéen. La porte par laquelle sortit Jésus ne regarde pas tout à fait le couchant, mais sa direction est au sud-ouest. Le mur de la ville à gauche en sortant de la porte court un peu au sud, revient à l'ouest et se dirige de nouveau au sud pour entourer la montagne de Sion. De ce côté, à gauche en sortant, se trouve dans la direction de Sion, une grosse tour semblable à une forteresse. La porte par où Jésus sortit est voisine d'une autre porte plus au midi ; ce sont, je crois, les deux portes de la ville les plus rapprochées l'une de l'autre. Cette seconde porte conduit au couchant dans la vallée, et le chemin tourne ensuite à gauche vers le midi dans la direction de Bethléem. Peu après la porte où aboutit le chemin de la croix, la route tourne à droite et se dirige au nord vers la montagne du Calvaire, qui est très escarpée au levant, du côté de la ville, et en pente douce vers le couchant. De ce côté, où l'on voit la route d'Emmaus, est- une prairie voisine du chemin, dans laquelle je vis Luc cueillir diverses plantes lorsque Cléophas et lui allèrent à Emmaus après la résurrection et rencontrèrent Jésus. Jésus sur la croix avait la face tournée vers le nord-ouest. En tournant la tête à droite, il pouvait voir quelque chose de la forteresse Antonia. Prés des murs, au levant et au nord du Calvaire, il y a aussi des jardins, des tombeaux et des vignobles. La croix fut enterrée au nord-est au pied du Calvaire. Au delà de l'endroit où la croix fut retrouvée, il y a encore, au nord-est, de beaux vignobles plantés en terrasse. Lorsque, du lieu où était érigée la croix, on regarde vers le midi, en voit la maison de Caïphe au-dessous du château de David.

Le jardin de Joseph d'Arimathie (1) est situé près de la porte de Bethléhem, à sept minutes environ du Calvaire ; c'est un beau jardin avec de grands arbres, des bancs, des massifs qui donnent de l'ombre : il va en montant jusqu'aux murs de la ville. Quand dans la vallée on vient de la farde septentrionale et qu'on entre dans le jardin, le terrain monte à gauche vers le mur de la ville ; puis on voit, à sa droite, au bout du jardin, un rocher séparé où est le tombeau. Apres être entré dans le jardin, on tourne à droite pour arriver à la grotte sépulcrale qui s'ouvre vers le levant, du côté où le terrain monte vers le mur de la ville. Au sud-ouest et au nord-ouest du même rocher sont deux sépulcres plus petits, également neufs, avec des entrées surbaissées. A l'ouest de ce rocher passe un sentier qui eu lait le tour. Le terrain devant l'entrée du sépulcre est plus élevé que cette entrée, et il y a des marches pour y descendre.

Note : Nous devons dire ici que, pendant les quatre années dans le cours desquelles la soeur Emmerich eut ses visions, elle raconta ce qui advint des saints lieux de Jérusalem depuis les premiers temps jusqu'à nos jours. Elle les vit plus d'une fois dévastés et profanes, mais toujours l'objet d'un culte public ou secret. Elle vit beaucoup de pierres et de fragments de rochers, témoins de la Passion et de ;a Résurrection de Notre Seigneur, rassemblés par sainte Hélène dans l'église du Saint Sépulcre, à l'époque de la construction de cet édifice. Lorsqu'elle s'y transportait en esprit. elle y révérait le lieu de la croix, le saint tombeau, et plusieurs parties de la grotte sépulcrale de Notre-Seigneur au-dessus desquelles on a bâti des chapelles. Toutefois, elle semblait voir quelquefois un peu plus de distance entre la place réelle de ce tombeau et celle où la croix était plantée qu'il n'y en a entre les chapelles qui les désignent dans l'église de Jérusalem.

On se trouve alors comme dans un petit fossé devant la paroi orientale du rocher. Cet abord extérieur est fermé par une barrière en clayonnage. Le caveau est assez spacieux pour que quatre hommes à droite et quatre hommes à gauche puissent se tenir adossés aux parois, sans gêner les mouvements de ceux qui déposent le corps. Vis-à-vis l'entrée se trouve une espèce de niche formée par la paroi du rocher qui s'arrondit en voûte au-dessus de la couche sépulcrale, laquelle est élevée d'environ deux pieds au-dessus du sol avec une excavation destinée à recevoir un corps enveloppé dans ses linceuls. Le tombeau ne tient au rocher que par un côté, comme un autel : deux personnes peuvent se tenir à la tête et aux pieds, et il y a encore place pour une personne en avant, quand même la porte de la niche où est le tombeau serait fermée. Cette porte est en métal, peut-être en cuivre ; elle s'ouvre à deux battants qui ont leur point d'attache aux parois latérales ; elle n'est pas tout à fait perpendiculaire, mais un peu inclinée en avant de la niche, et elle descend assez prés du sol pour qu'une pierre mise devant puisse l'empêcher de s'ouvrir. La pierre destinée à cet usage est encore devant l'entrée du caveau : aussitôt après la mise au tombeau du Sauveur, on la placera devant la porte. Cette pierre est fort grosse et un peu arrondie du côté de la porte de la niche. parce que la paroi de rocher où celle-ci s'ouvre n'est point coupée à angle droit. Pour rouvrir les deux battants, il n'est pas nécessaire de rouler la pierre hors du caveau, ce qui serait très difficile, à cause du peu d'espace ; mais on fait passer une chaîne, qui descend de la voûte, dans quelques anneaux fixés à la pierre ; on la soulève par ce moyen, quoique toujours à force de bras, et on la met de côté contre la paroi du caveau. Vis-à-vis l'entrée de la grotte, est un banc de pierre ; on peut monter de là sur le rocher qui est couvert de gazon et d'où l'on voit par-dessus lei murs de la ville les points les plus élevés de Sion et quelques tours. On voit aussi de là la porte de Bethléem et la fontaine de Gihon. Le rocher à l'intérieur est blanc avec des veines rouges et bleues. Tout le travail de la grotte est fait avec beaucoup de soin.




L. DESCENTE DE CROIX
Pendant que la croix était délaissée, entourés seulement de quelques gardes, je vis cinq personnes qui étaient venues de Béthanie par la vallée, s'approcher du Calvaire, lever les yeux vers la croix et s'éloigner à pas furtifs : Je pense que c'étaient des disciples. Je rencontrai trois fois, dans les environs, deux hommes examinant et délibérant ; c'étaient Joseph 1 d'Arimathie et Nicodème. Une fois, c'était dans le voisinage et pendant le crucifiement (peut-être quand ils firent racheter des soldats les habits de Jésus) ; une autre fois, ils étaient là, regardant si le peuple s'écoulait, et ils allèrent au tombeau pour préparer quelque chose : puis ils revinrent du tombeau à la croix, regardant de tous côtés comme s'ils attendaient une occasion favorable. Ils firent ensuite leur plan pour descendre de la croix le corps du Sauveur, et ils s'en retournèrent à la ville.

Ils s'occupèrent là de transporter les objets nécessaires pour embaumer le corps ; leurs valets prirent avec eux quelques outils pour le détacher de la croix, et en outre deux échelles qu'ils trouvèrent dans une grange attenant à la maison de Nicodème. Chacune de ces échelles consistait simplement en une perche traversée de distance en distance par des morceaux de bois formant des échelons. Il y avait des crochets que l'on pouvait suspendre plus haut ou plus bas et qui servaient à fixer la position des échelles, et peut-être aussi à suspendre ce dont on pouvait avoir besoin pendant le travail.

La pieuse femme chez laquelle ils avaient acheté leurs aromates avait empaqueté proprement le tout ensemble. Nicodème en avait acheté cent livres équivalant à trente-sept livres de notre poids, comme cela m'a été clairement expliqué plusieurs fois. Ils portaient une partie de ces aromates dans de petits barils d'écorce, suspendus au cou et tombant sur la poitrine. Dans un de ces barils était une poudre. Ils avaient quelques paquets d'herbes dans des sacs en parchemin ou en cuir. Joseph portait aussi une boite d'onguent, de je ne sais quelle substance, elle était rouge et entourée d'un cercle bleu ; enfin les valets devaient transporter sur un brancard des vases, des outres, des éponges, des outils. Ils prirent avec eux du feu dans une lanterne fermée. Les serviteurs sortiront de la ville avant leur maître, et par une autre porte, peut-être celle de Béthanie : puis ils se dirigèrent vers le Calvaire. En traversant la ville, ils passèrent devant la maison où la sainte Vierge et les autres femmes étaient revenues avec Jean afin d'y prendre différentes choses pour embaumer le corps de Jésus et d'où elles sortirent pour suivre les serviteurs à quelque distance. Il y avait environ cinq femmes, dont quelques-unes portaient, sous leurs manteaux. de gros paquets de toile. C'était la coutume parmi les femmes juives, quand elles sortaient le soir, ou pour vaquer en secret à quelque pieux devoir, de s'envelopper soigneusement dans un long drap d'une bonne aune de largeur. Elles commençaient par un bras et s'entortillaient le reste du corps si étroitement qu'à peine si elles pouvaient marcher. Je les ai vues ainsi enveloppées : ce drap revenait d'un bras à l'autre, et de plus il voilait la tête : aujourd'hui il avait pour moi quelque chose de frappant ; c'était un vêtement de deuil, Joseph et Nicodème avaient aussi des habits de deuil, des manches noires et une large ceinture. Leurs manteaux, qu'ils avaient tirés sur leurs têtes, étaient larges longs et d'un gris commun : ils leur servaient à cacher tout ce qu'ils emportaient avec eux. Ils se dirigèrent ainsi vers la porte qui conduisait au Calvaire.

Les rues étaient désertes et tranquilles : la terreur générale tenait chacun renfermé dans sa maison ; la plupart commençaient à se repentir, un petit nombre seulement observait les règles de la fête. Quand Joseph et Nicodème furent à la porte, ils la trouvèrent fermée, et tout autour le chemin et les rues garnis de soldats. C'étaient les mêmes que les Pharisiens avaient demandés vers deux heures, lorsqu'ils avaient craint une émeute, et qu'on n'avait pas encore relevés.

Joseph exhiba un ordre signé de Pilate de le laisser passer librement : les soldats ne demandaient pas mieux, mais ils expliquèrent qu'ils avaient déjà essayé plusieurs fois d'ouvrir la porte sans pouvoir en venir à bout ; que vraisemblablement pendant le tremblement de terre, la porte avait reçu une secousse et s'était forcée quelque part, et qu'à cause de cela, les archers charges de briser les jambes des crucifiés avaient été obligés de rentrer par une autre porte. Mais quand Joseph et Nicodème saisirent le verrou, la porte s'ouvrit comme d'elle-même, au grand étonnement de tous ceux qui étaient là.

Le temps était encore sombre et nébuleux quand ils arrivèrent au Calvaire : ils y trouvèrent les serviteurs qu'ils avaient envoyés devant eux, et les saintes femmes, qui pleuraient, assises vis-à-vis la croix. Cassius et plusieurs soldats, qui s'étaient convertis, se tenaient à une certaine distance, timides et respectueux. Joseph et Nicodème racontèrent à la sainte Vierge et à Jean tout ce qu'ils avaient fait pour sauver Jésus d'une mort ignominieuse, et ils apprirent d'eux comment ils étaient parvenus non sans peine, à empêcher que les os du Seigneur ne fussent rompus, et comment la prophétie s'était ainsi accomplie. Ils parlèrent aussi du coup de lance de Cassius. Aussitôt que le centurion Abénadar fut arrivé, ils commencèrent, dans la tristesse et le recueillement l'oeuvre pieuse de la descente de croix et de l'embaumement du corps sacré du Sauveur.

La sainte Vierge et Madeleine étaient assises au pied de la croix, à droite, entre la croix de Dismas et celle de Jésus : les autres femmes étaient occupées à préparer le linge, les aromates, eau, les éponges et les vases. Cassius s'approcha aussi et raconta à Abénadar le miracle de la guérison de ses yeux. Tous étaient émus, pleins de douleur et d'amour, mais en même temps silencieux et d'une gravité solennelle. Seulement, autant que la promptitude, et l'attention qu'exigeaient ces soins pieux pouvaient le permettre, on entendait çà et là des plaintes étouffées, de sourds gémissements. Madeleine surtout s'abandonnait tout entière à sa douleur, et rien ne pouvait l'en distraire, ni la présence des assistants, ni aucune autre considération.

Nicodème et Joseph placèrent les échelles derrière la croix, et montèrent avec un grand drap auquel étaient attachées trois longues courroies. Ils lièrent le corps de Jésus au-dessous des bras et des genoux, à l'arbre de la croix, et ils attachèrent ses bras aux branches transversales avec des linges placés au-dessous des mains. Alors ils détachèrent les clous, en les chassant par derrière avec des goupilles appuyées sur les pointes. Les mains de Jésus ne furent pas trop ébranlées par les secousses, et les clous tombèrent facilement des plaies, car celles-ci s'étaient agrandies par le poids du corps, et le corps, maintenant suspendu au moyen des draps, cessait de peser sur les clous. La partie inférieure du corps, qui, à la mort du Sauveur, s'était affaissée sur les genoux, reposait alors dans sa situation naturelle, soutenue par un drap qui était attache, par en haut, aux bras de la croix. Tandis que Joseph enlevait le clou gauche et laissait le bras gauche entouré de son lien tomber doucement sur le corps, Nicodème lia le bras droit de Jésus à celui de la croix, et aussi sa tête couronnée d'épines. qui s'était affaissée sur l'épaule droite : alors il enleva le clou droit, et, après avoir entouré de son lien le bras détaché, il le laissa tomber doucement sur le corps. En même temps le centurion Abénadar détachait avec effort le grand clou qui traversait les pieds. Cassius recueillit religieusement les clous et les déposa aux pieds de la sainte Vierge.

Alors Joseph et Nicodème placèrent des échelles sur le devant de la croix, presque droites et très près du corps : ils délièrent la courroie d'en haut, et la suspendirent à l'un des crochets qui étaient aux échelles : ils firent de même avec les deux courroies, et, les faisant passer de crochet en crochet, descendirent doucement le saint corps Jusque vis-à-vis le centurion, qui, monté sur un escabeau, le reçut dans ses bras, au-dessous des genoux, et le descendit avec lui, tandis que Joseph et Nicodème, soutenant le haut du corps, descendaient doucement l'échelle, s'arrêtant à chaque échelon, et prenant toute sorte de précautions, comme quand on porte le corps d'un ami chéri, grièvement blesse. C'est ainsi que le corps meurtri du Sauveur arriva jusqu'à terre.

C'était un spectacle singulièrement touchant : ils prenaient les mêmes ménagements, les mêmes précautions, que s'ils avaient craint de causer quelque douleur à Jésus. Ils reportaient sur ce corps tout l'amour, toute la vénération qu'ils avaient eux pour le saint des saints durant sa vie. Tous les assistants avaient les yeux fixés sur le corps du Seigneur et en suivaient tous les mouvements ; à chaque instant ils levaient les bras au ciel, versaient des larmes, et montraient par leurs gestes leur douleur et leur sollicitude. Cependant tous restaient dans le plus grand calme, et ceux qui travaillaient, saisis d'un respect involontaire, comme des gens qui prennent part à une sainte cérémonie, ne rompaient le silence que rarement et à demi voix pour s'avertir et s'entraider. Pendant que les coups .te marteau retentissaient, Marie, Madeleine et tous ceux qui avaient été présents au crucifiement, se sentaient le coeur déchiré. Le bruit de ces coups leur rappelait les souffrances de Jésus : ils tremblaient d'entendre encore le cri pénétrant de sa douleur, et, en même temps, ils s'affligeaient du silence de sa bouche divine, preuve trop certaine de sa mort. Quand le corps fut descendu, on l'enveloppa, depuis les genoux jusqu'aux hanches, et on le déposa dans les bras de sa mère, qu'elle tendait vers lut pleine de douleur et d'amour.



LI- LE CORPS DE JÉSUS EST EMBAUMÉ
La sainte Vierge s'assit sur une couverture étendue par terre : son genou droit, un peu relevé, et son des étaient appuyés contre des manteaux roulés ensemble. On avait tout disposé pour rendre plus facile à cette mère épuisée de douleur les tristes devoirs qu'elle allait rendre au corps de son fils. La tête sacrée de Jésus était appuyée sur le genou de Marie : son corps était étendu sur un drap. La sainte Vierge était pénétrée de douleur et d'amour : elle tenait une dernière fois dans ses bras le corps de ce fils bien-aimé, auquel elle n'avait pu donner aucun témoignage d'amour pendant son long martyre : elle voyait l'horrible manière dont on avait défiguré ce très saint corps ; elle contemplait de prés ses blessure, elle couvrait de baisers ses joues sanglantes, pendant que Madeleine reposait son visage sur les pieds de Jésus.

Les hommes se retirèrent dans un petit enfoncement situé au sud-ouest du Calvaire, pour y préparer les objets nécessaires à l'embaumement. Cassius, avec quelques soldats qui s'étaient convertis au Seigneur, se tenait à une distance respectueuse. Tous les gens malintentionnés étaient retournes à la ville, et les soldats présents formaient seulement urne Barde de sûreté pour empêcher qu'on ne vint troubler les derniers honneurs rendus à Jésus. Quelques-uns même prêtaient humblement et respectueusement leur assistance lorsqu'on la leur demandait. Les saintes femmes donnaient les vases, les éponges, les linges, les onguents et les aromates, là où il était nécessaire : et, le reste du temps, se tenaient attentives à quelque distance. Parmi elles se trouvaient Marie de Cléophas, Salomé et Véronique. Madeleine était toujours occupée près du corps de Jésus : Quant à Marie d'Héli, soeur aînée de la sainte Vierge, femme d'un âge avancé, elle était assise sur le rebord de la plate-forme circulaire et regardait. Jean aidait continuellement la sainte Vierge, il servait de messager entre les hommes et les femmes, et prêtait assistance aux uns et aux autres. On avait pourvu à tout. Les femmes avaient prés d'elles des outres de cuir et un vase plein d'eau, placé sur un feu de charbon. Elles présentaient à Marie et à Madeleine, selon que celles-ci en avaient besoin, des vases pleins d'eau pure et des éponges, qu'elles exprimaient ensuite dans les outres de cuir. Je crois du moins que les objets ronds que je les vis ainsi presser dans leurs mains étaient des éponges.

(1) Le vendredi saint, 30 mars 1820, comme la Soeur contemplait la descente de croix, elle tomba tout à coup en défaillance an présence de celui qui écrit ces lignes, au point qu'elle semblait morte. Revenue à elle, elle s'expliqua ainsi, quoique ses souffrances n'eussent point cessé : “ Comme je contemplais le corps de Jésus étendu sur les genoux de la sainte Vierge, je disais en moi-même : voyez comme elle est forte, elle n'a pas même une défaillance ! Mon conducteur m'a reproché cette pensée, où il y avait plus d'étonnement que de compassion, et il m'a dit : Souffre donc ce qu'elle a souffert, et au même moment une douleur poignante m'a traversée comme une épée, à tel point que j'ai cru en mourir et que je continue à la ressentir ” Elle conserva longtemps cette douleur, et il en résulta une maladie qui la mit presque à l'agonie.

La sainte Vierge conservait un courage admirable dans son inexprimable douleur (1). Elle ne pouvait pas laisser le corps son fils dans l'horrible état où l'avait mis son supplice, et c'est pourquoi elle commença avec une activité infatigable à le laver et à effacer la trace des outrages qu'il avait soufferts Elle retira avec les plus grandes précautions la couronne d'épines, en l'ouvrant par derrière et en coupant une à une les épines enfoncées dans la tête de Jésus, afin de ne pas élargir les plaies par le mouvement. On posa la couronne prés des clous ; alors Marie retira les épines restées dans les blessures avec un espèce de tenailles arrondies de couleur jaune (t), et les montra à ses amis avec tristesse. On plaça ces épines avec la couronne : toutefois quelques-unes peuvent avoir été conservées à part. On pouvait à peine reconnaître je visage du Seigneur tant il était défiguré par les plaies et le sang dont il était couvert. La barbe et les cheveux étaient collés ensemble. Marie lava la tête et je visage, et passa des éponges mouillées sur la chevelure pour enlever le sang desséché. A mesure qu'elle lavait, les horribles cruautés exercées sur Jésus se montraient plus distinctement, et il en naissait une compassion et une tendresse qui croissaient d'une blessure à l'autre. Elle lava les plaies de la tête, le sang qui remplissait les yeux, les narines et les oreilles avec une éponge et un petit linge étendu sur les doigts de sa main droite ; elle nettoya, de la même manière, sa bouche entrouverte, sa langue, ses dents et ses lèvres. Elle partagea ce qui restait de la chevelure du Sauveur en trois parties (1), une partie sur chaque temps, et l'autre sur le derrière de la tête, et lorsqu'elle eut démêlé les cheveux de devant, et qu'elle leur eut rendu leur poli, elle les fit passer derrière les oreilles.

(1) La coeur Emmerich dit que ces tenailles lui rappelèrent par leur forme les ciseaux avec lesquels on avait coupé la chevelure de Samson. Elle avait antérieurement décrit ces ciseaux comme il suit : “ Dalila avait dans la main une singulière paire de ciseaux. Ils étaient de forme arrondie, grands comme la tranche d'une grosse pomme, et ils se rouvraient d'eux-mêmes. C'étaient comme une espèce de pince ou de tenaille faite d'un morceau de métal mince et arrondi, dont les extrémités tranchantes ce rapprochaient pour couper et se séparaient lorsque la pression cessait. ” Dans ses visions de la troisième année de la prédication de Jésus, elle avait vu le Sauveur faire le sabbat à Misael, ville de Lévites, dans la tribu d'Aser ; et, comme on lut dans la synagogue une partie du livre des Juges, la Soeur vit à cette occasion la vie de Samson.

Quand la tête fut nettoyée, la sainte Vierge la voila, après avoir baisé les joues de son fils. Elle s'occupa ensuite du cou, des épaules, de la poitrine, du des, des bras et des mains déchirées. Ce fut alors seulement qu'on put voir dans toute leur horreur les ravages opérés par tant d'affreux supplices. Tous les os de la poitrine, toutes les jointures des membres étaient disloqués et ne pouvaient plus se plier. L'épaule sur laquelle avait porté le poids de la croix avait été entamée par une affreuse blessure ; toute la partie supérieure du corps était couverte de meurtrissures et labourées par les coups de fouet. Prés de la mamelle gauche était une petite plaie par où était ressortie la pointe de la lance de Cassius, et dans le côté droit s'ouvrait la large blessure où était entrée cette lance qui avait traversé le coeur de part en part.

(1) La soeur Emmerich avait coutume, lorsqu'elle parlait de personnages historiques importants, d'indiquer en combien de parties ils divisaient leur chevelure : “ Elle, disait-elle, partageait sa chevelure en deux, Marie la partageait en trois ”. et elle paraissait attacher une certaine Importance à ces paroles. L'occasion ne se rencontra pas de donner à ce sujet des explications qui auraient probablement jeté quelque lumière sur le rôle que jouaient les cheveux dans les sacrifices, les voeux, les funérailles les consécrations, etc. Elle dit une fois de Samson : “ ses blonds cheveux, longs et épais, étaient relevés autour de sa tête en sept tresses, comme un casque, l'extrémité de ces tresses était réunie dans des espèces de bourses sur son front et ses tempes. Ses cheveux n'étaient pas par eux-mêmes la source de sa force, ils l'étaient seulement comme témoins du voeu qu'il avait tait de les laisser croître en l'honneur de Dieu. Les forces qui reposaient sur les sept tresses étaient les sept dons du Saint Esprit. Il devait avoir déjà fait des infractions notables à ses voeux et perdu beaucoup de grâces lorsqu'il laissa couper cette marque de sa qualité de Nazaréen. Je ne vis pas toutefois Dalila lui couper toute sa chevelure ; Je crois qu'il lui resta une touffe sur le front. Il lui resta aussi la grâce de la pénitence et du repentir par laquelle il recouvra la force de détruire ses ennemis. La vie de Samson est une vie figurative et prophétique ”.

Marie lava et nettoya toutes ces plaies, et Madeleine, à genoux, l'aidait de temps en temps, mais sans quitter les pieds de Jésus qu'elle baignait, pour la dernière fois, de larmes abondantes et qu'elle essuyait avec sa chevelure.

La tête, la poitrine et les pieds du Sauveur étaient lavés : le saint corps, d'un blanc bleuâtre, comme de la chair où il n'y a plus de sang, parsemé de taches brunes et de places rouges aux endroits où la peau avait été enlevée, reposait sur les genoux de Marie, qui couvrit d'un voile les parties lavées, et s'occupa d'embaumer toutes les blessures en commençant de nouveau par la tête. Les saintes femmes s'agenouillant vis-à-vis d'elle, lui présentaient tour à tour une boite où elle prenait entre le pouce et l'index de je ne sais quel baume ou onguent précieux dont elles remplissait et enduisait les blessures. Elle oignit aussi la chevelure : elle prit dans sa main gauche les mains de Jésus, les baisa avec respect, puis remplit de cet onguent ou de ces aromates les larges trous faits par les clous. Elle en remplit aussi les oreilles, les narines et la plaie du côté. Madeleine essuyait et embaumait les pieds du Seigneur : puis elle les arrosait encore de ses larmes et y appuyait souvent son visage.

On ne jetait pas l'eau dont on s'était servi, mais on la versait dans les outres de cuir où l'on exprimait les éponges. Je vis plusieurs fois Cassius ou d'autres soldats aller puiser de nouvelle eau à la fontaine de Gihon, qui était assez rapprochée pour qu'on pût la voir du jardin ou était le tombeau. Lorsque la sainte Vierge eut enduit d'onguent toutes les blessures, elle enveloppa la tête dans des linges, mais elle ne couvrit pas encore je visage. Elle ferma les yeux entrouverts de Jésus, et y laissa reposer quelque temps sa main. Elle ferma aussi la bouche, puis embrassa le saint corps de son fils, et laissa tomber son visage sur celui de Jésus. Madeleine, par respect, ne toucha pas de son visage la face de Jésus : elle se contenta de le faire reposer sur les pieds du Sauveur. Joseph et Nicodème attendaient depuis quelque temps, lorsque Jean s'approcha de la sainte Vierge, pour la prier de se séparer du corps de son fils, afin qu'on pût achever de l'embaumer, parce que le sabbat était proche. Marie embrassa encore une fois le corps et lui dit adieu dans les termes les plus touchants. Alors les hommes l'enlevèrent du sein de sa mère sur le drap où il était placé, et le portèrent à quelque distance. Marie, rendue à sa douleur que ses soins pieux avaient un instant soulagée, tomba, la tête voilée, dans les bras des saintes femmes. Madeleine comme si on eût voulu lui dérober son bien-aimé, se précipita quelques pas en avant, les bras étendus, puis revint vers la sainte Vierge. On porte le corps en un lieu plus bas que la cime du Golgotha ; il s'y trouvait dans un enfoncement une belle pierre unie. Les hommes avaient disposé cet endroit pour y embaumer le corps. Je vis d'abord un linge à mailles d'un travail assez semblable à celui de la dentelle. et qui me rappela le grand rideau brodé qu'on suspend entre le choeur et la nef pendant le carême (1). Lorsque dans mon enfance, je voyais suspendre ce rideau, je croyais toujours que c'était le drap que j'avais vu servir à l'ensevelissement du Sauveur. Il était probablement ainsi travaille à jour afin de laisser couler l'eau. Je vis encore un autre grand drap déployé. On plaça le corps du Sauveur sur la pièce d'étoffe à jour, et quelques-uns des hommes tinrent l'autre drap étendu au-dessus de lui. Nicodème et Joseph s'agenouillèrent, et sous cette couverture, enlevèrent le linge dont ils avaient entouré les reins du Sauveur lors de la descente de croix ; après quoi ils ôtèrent la ceinture que Jonadab, neveu de saint Joseph, avait apportée à Jésus avant le crucifiement. Ils passèrent ensuite des éponges sous ce drap, et lavèrent la partie inférieure du corps ainsi cachée à leurs regards : après quoi ils le soulevèrent à l'aide des linges placés en travers sous les reins et sous les genoux, et le lavèrent par derrière sans le retourner et en ne laissant toujours couvert du même drap. Ils le lavèrent ainsi jusqu'au moment où les éponges pressées ne rendirent plus qu'une eau claire et limpide.

(1) Ceci se rapporte à un usage du diocèse de Munster. On suspend dans les églises, entre la nef et le choeur ou devant le maître autel, pendant le carême, un rideau avec des broderies en points a Jour, représentant les cinq plaies les instruments de la Passion, etc., etc. Ce rideau fait, sur les âmes bien disposées, une grande et sérieuse impression qui les encourage au renoncement, à la mortification, à l'abstinence et à la prière.

Ensuite, ils versèrent de l'eau de myrrhe sur tout le corps, et, le maniant avec respect, lui firent reprendre toute sa longueur, car il était resté dans la position où il était mort sur la croix, les reins et les genoux courbés. Ils placèrent ensuite sous ses hanches un drap d'une aune de large sur trois aunes de long, remplirent son giron de paquets d'herbes telles que j'en vois souvent sur les tables célestes, posées sur de petits plats d'or aux rebords bleus (1), et ils répandirent sur le tout une poudre que Nicodème avait apportée. Alors ils enveloppèrent la partie inférieure du corps et attachèrent fortement autour le drap qu'ils avaient placé au-dessus. Cela fait, ils oignirent les blessures des hanches, les couvrirent d'aromates, placèrent des paquets d'encens entre les jambes dans toute leur longueur, et les enveloppèrent de bas en haut dans ces aromates.

Alors Jean ramena près du corps la sainte Vierge et les autres saintes femmes. Marie s'agenouilla près de la tête de Jésus. posa au-dessous un linge très fin qu'elle avait reçu de la femme de Pilate, et quelle portait autour de son cou, sous son manteau ; puis, aidée des saintes femmes, elle plaça, des épaules aux joues, des paquets d'herbes, des aromates et de la poudre odoriférante ; puis elle attacha fortement ce linge autour de la tête et des épaules. Madeleine versa en outre un flacon de baume dans la plaie du côté, et les saintes femmes placèrent encore des herbes dans les mains et autour des pieds.

(1) La soeur Emmerich, lorsqu'elle recevait certaines consolations intérieures qui lui arrivaient par des symboles, se sentait souvent ravie jusqu'à des festins célestes dont elle décrivait l'ordonnance avec une joie enfantine Elle décrivait aussi. dans tous leurs détails la forme et l'espèce des végétaux qui y étaient apportes. Elle parlait d'assiettes d'or avec un rebord bleu où on lui présentait des herbes semblables à du cresson ou à de la myrrhe et aussi des fruits de plusieurs sortes qui la fortifiaient dans les grandes souffrances de l'âme ou du corps. Dans ces consolations symboliques. les victoires sur elle-même, les actes de renoncement et de pénitence de sa vie terrestre lui étaient donnés là comme récompense et comme réfection sous il forme d'herbes ou de fruits dont la figure ou la substance représentait ces mortifications. La forme. la matière et la couleur des vases avaient aussi leur signification symbolique. .. On ne mange point ces mets comme sur la terre, disait-elle. et pourtant on se sent nourri et rassasié bien plus complètement : car on est rempli de la grâce et de la force de Dieu dont le fruit qui vous est présenté est la parfaite expression. La vue des herbes aromatiques employées à embaumer le corps de Jésus lui rappela ces végétaux célestes.

Alors les hommes remplirent encore d'aromates les aisselles et le creux de l'estomac : ils entourèrent tout le reste du corps, croisèrent sur son sein ses bras raidis, et serrèrent le grand drap blanc autour du corps jusqu'à la poitrine, de même qu'on emmaillote un enfant. Puis, ayant assujetti sous l'aisselle l'extrémité d'une large bandelette, ils la roulèrent autour de la tête et autour de tout le corps qui prit ainsi l'aspect d'une poupée emmaillotée. Enfin, ils placèrent le Sauveur sur le grand drap de six aunes qu'avait acheté Joseph d'Arimathie, et l'y enveloppèrent : il y était couché en diagonale ; un coin du drap était relevé des pieds à la poitrine l'autre revenait sur la tête et las épaules ; les deux antres étaient repliés autour du corps.

Comme tous entouraient le corps de Jésus et s'agenouillaient autour de lui pour lui faire leurs adieux, un touchant miracle s'opéra à leurs yeux ; le corps sacré de Jésus, avec toutes ses blessures, apparut, représenté par une empreinte de couleur rouge et brune, sur le drap qui le couvrait, comme s'il avait voulu récompenser leurs soins et leur amour, et leur laisser son portrait à travers tous les voiles dont il était enveloppé. Ils embrassèrent le corps en pleurant et baisèrent avec respect sa merveilleuse empreinte. Leur étonnement fut si grand qu'ils ouvrirent le drap, et il s'accrut encore lorsqu'ils virent toutes les bandelettes qui liaient le corps blanches comme auparavant, et le drap supérieur ayant seul reçu cette miraculeuse image. Le côté du drap sur lequel le corps était couché avait reçu l'empreinte de la partie postérieure, le côté qui le recouvrait celle de la partie antérieure ; mais pour avoir cette dernière dans son ensemble, il fallait réunir deux coins du drap qui avaient été ramenés par-dessus le corps. Ce n'était pas l'empreinte de blessures saignantes, puisque tout le corps était enveloppé et couvert d'aromates ; c'était un portrait surnaturel, un témoignage de la divinité créatrice résidant toujours dans le corps de Jésus. J'ai vu beaucoup de choses relatives à l'histoire postérieure de ce linge, mais je ne saurais pas les mettre en ordre. Après la résurrection il resta avec les autres linges au pouvoir des amis de Jésus. Une fois je vis qu'on l'arrachait à quelqu'un qui le portait sous le bras ; il tomba deux fois aussi entre les mains des Juifs et fut honoré plus tard en divers lieux. Il y eut une fois une contestation à son sujet : pour y mettre fin, on le jeta dans le feu ; mais il s'envola miraculeusement hors des flammes, et alla tomber dans les mains d'un chrétien. Grâce à la prière de quelques saints personnages, on a obtenu trois empreintes tant de la partie postérieure que de la partie antérieure par la simple application d'autres linges. Ces répétitions, avant reçu de ce contact une consécration que l'Eglise entendait leur donner par là, ont opéré de grands miracles. J'ai vu l'original, un peu endommagé et déchiré en quelques endroits, honoré en Asie chez des chrétiens non catholiques. J'ai oublié le nom de la ville. qui est située dans un pays voisin de la patrie des trois rois. J'ai vu aussi, dans ces visions, des choses concernant Turin, la France, le pape Clément 1er l'empereur Tibère, qui mourut cinq ans après la mort du Sauveur : mais j'ai oublié tout cela.



LII. LA MISE AU TOMBEAU
Les hommes placèrent le corps sur une civière de cuir qu'ils recouvrirent d'une couverture brune et à laquelle ils adaptèrent deux longs bâtons. Cela me rappela l'arche d'alliance. Nicodème et Joseph portaient sur leurs épaules les brancards antérieurs ; Abénadar et Jean, ceux de derrière. Ensuite venaient la sainte Vierge, Marie d'Héli, sa soeur aînée, Madeleine et Marie de Cléophas, puis les femmes qui s'étaient tenues assises à quelque distance, Véronique, Jeanne Chusa, Marie mère de Marc, Salomé, femme de Zébédée Marie Salomé, Salomé de Jérusalem, Suzanne et Anne, nièces de saint Joseph. Cassius et les soldats fermaient la marche. Les autres femmes, telles que Maroni de Naïm. Dina la Samaritaine et Mara la Suphanite étaient à Béthanie, auprès de Marthe et de Lazare. Deux soldats, avec des flambeaux, marchaient en avant ; car il fallait éclairer l'intérieur de la grotte du sépulcre. Ils marchèrent ainsi prés de sept minutes, se dirigeant à travers la vallée vers le jardin de Joseph d'Arimathie et chantant des psaumes sur un air doux et mélancolique. Je vis sur une hauteur, de l'autre côté, Jacques le Majeur, frère de Jean, qui les regardait passer, et qui retourna annoncer ce qu'il avait vu aux autres disciples cachés dans les cavernes.

Le jardin est de forme irrégulière. Le rocher où le sépulcre est taillé est couvert de gazon et entouré d'une haie vive ; il y a encore devant l'entrée une barrière de perches transversales attachées à des pieux au moyen de chevilles de fer. Quelques palmiers s'élèvent devant l'entrée du jardin et devant celle du tombeau, qui est située dans l'angle à droite. La plupart des autres plantations consistent en buissons, en fleurs et en arbustes aromatiques. Le cortège s'arrêta à l'entrée du jardin ; on l'ouvrit en enlevant quelques pieux qui servirent ensuite de leviers pour rouler dans le caveau la pierre destinée à fermer le tombeau. Quand on fut devant le rocher, on ouvrit la civière, et on enleva le saint corps sur une longue planche, sous laquelle un drap était étendu transversalement. Nicodème et Joseph portaient les deux bouts de la planche, Jean et Abénadar ceux du drap. La grotte, qui était nouvellement creusée, avait été récemment nettoyée par les serviteurs de Nicodème qui y avaient brûlé des parfums ; l'intérieur en était propre et élégant ; il y avait même un ornement sculpte au haut des parois. La couche destinée à recevoir le corps était un peu plus large du côté de la tête que du côté opposé ; on y avait tracé en creux la forme d'un cadavre enveloppé de ses linceuls en laissant une petite élévation à la tête et aux pieds. Les saintes femmes s'assirent vis-à-vis l'entrée du caveau. Les quatre hommes y portèrent le corps du Seigneur, remplirent encore d'aromates une partie de la couche creusée pour le recevoir, et y étendirent un drap qui dépassait des deux côtés la couche sépulcrale, et sur lequel ils placèrent le corps. Ils lui témoignèrent encore leur amour par leurs larmes et leurs embrassements. et sortirent du caveau. Alors la sainte Vierge y entra ; elle s'assit du coté de la tète, et se pencha en pleurant sur le corps de son fils. Quand elle quitta la grotte, Madeleine s'y précipita ; elle avait cueilli dans le jardin des fleurs et des branches qu'elle jeta sur Jésus ; elle joignit les mains et embrassa en sanglotant les pieds de Jésus ; mais les hommes l'ayant avertie qu'ils voulaient fermer le tombeau. elle revint auprès des femmes. Ils relevèrent au-dessus du saint corps les bords du drap où il reposait, placèrent sur le tout la couverture de couleur brune, et fermèrent les battants de la porte, qui était d'un métal brunâtre, vraisemblablement en cuivre ou en bronze ; il y avait devant deux bâtons, l'un vertical, l'autre horizontal ce qui faisait l'effet d'une croix (1).

La grosse pierre destinée à fermer le tombeau, qui se trouvait encore devant l'entrée du caveau, avait à peu près la forme d'un coffre (2) ou d'une pierre tombale ; elle était assez grande pour qu'un homme pût s'y étendre dans toute sa longueur ; elle était très pesante, et ce ne fut qu'avec les pieux enlevés à l'entrée du jardin que les hommes purent la rouler devant la porte du tombeau. La première entrée du caveau était fermée avec une porte faite de branches entrelacées. Tout ce qui fut fait dans l'intérieur de la grotte se fit à la lueur des flambeaux, parce que la lumière du jour n'y pénétrait pas. Pendant la mise au tombeau, je vis, dans le voisinage du jardin et du Calvaire errer plusieurs hommes à l'air triste et craintif. Je crois que c'étaient des disciples qui, sur le récit d'Abénadar, étaient venus des cavernes par la vallée et qui y retournèrent ensuite.

(1) La coeur n'explique pas si ces bâtons étaient des pièces détachées, placées devant la porte, ou si c'étaient des bandes en relief faisant partie de cette porte.

(2) Vraisemblablement la soeur Emmerich voulait parler ici de ces caisses antiques où les paysans de son pays renferment leurs vêtements, le fond en est moins large que le couvercle, ce qui leur donne en effet une certaine ressemblance avec une tombe. Elle avait prés d'elle une de ces caisses qu'elle appelait son coffre. C'est en ces termes qu'elle a souvent décrit la pierre en question, dont la forme toutefois n'est pas représentée très clairement.

LIII. LE RETOUR DU TOMBEAU. — JOSEPH d'ARIMATHIE MIS EN PRISON.

Le sabbat allait commencer ; Nicodème et Joseph rentrèrent à Jérusalem par une petite porte voisine du jardin, et qui était percée dans le mur de la ville : c'était, je crois, par suite d'une faveur spéciale accordée à Joseph. Ils dirent à la sainte Vierge, à Madeleine, à Jean et à quelques-unes des femmes qui retournaient au Calvaire pour y prier, que cette porte leur serait ouverte lorsqu'ils y frapperaient, aussi bien que celle du Cénacle. La soeur aînée de la sainte Vierge, Marie, fille d'Héli, revint à la ville avec Marie, mère de Marc, et quelques autres femmes. Les serviteurs de Nicodème et de Joseph se rendirent au Calvaire pour y prendre les objets qui y avaient été laissés.

Les soldats se joignirent à ceux qui gardaient la porte de la ville et Cassius se rendit auprès de Pilate portant avec lui la lance ; il lui raconta ce qu'il avait vu, et lui promit un rapport exact sur tout ce qui arriverait ultérieurement, si on voulait lui confier le commandement des gardes que les Juifs ne manqueraient pas de demander pour le tombeau. Pilate écouta ses discours avec une terreur secrète, cependant il le traita de rêveur fanatique, et moitié par dégoût, moitié par superstition, il lui ordonna de laisser devant la porte la lance qu'il avait apportée avec lui.

Comme la sainte Vierge et ses amies revenaient du Calvaire où elles avaient encore pleuré et prié, elles virent venir à elles une troupe de soldats avec une torche et se retirèrent des deux côtés du chemin jusqu'à ce qu'ils fussent passés. Ces hommes allaient au Calvaire, vraisemblablement pour enlever les croix avant le sabbat et pour les enfouir. Quand ils furent passés, les saintes femmes continuèrent leur chemin vers la petite porte du jardin.

Joseph et Nicodème rencontrèrent dans la ville Pierre, Jacques le Majeur et Jacques le Mineur. Tous pleuraient ; Pierre surtout était en proie à une violente douleur ; il les embrassa, s'accusa de n'avoir pas été présent à la mort du Sauveur, et les remercia de lui avoir donné la sépulture. Il fut convenu qu'on leur ouvrirait la porte du Cénacle lorsqu'ils y frapperaient, et ils s'en allèrent chercher d'autres disciples dispersés en divers lieux. Je vis plus tard la sainte Vierge et ses compagnes frapper au Cénacle et y entrer, Abénadar y fut aussi introduit, et peu à peu la plus grande partie des apôtres et des disciples s'y réunirent. Les saintes femmes se retirèrent de leur côté dans la partie où habitait la sainte Vierge. On prit un peu de nourriture et on passa encore quelques minutes à pleurer ensemble et à raconter ce qu'on avait vu. Les hommes mirent d'autres habits, et je les vis se tenant sous une lampe et observant le sabbat. Ensuite ils mangèrent encore des agneaux dans le Cénacle, mais sans joindre à leur repas aucune cérémonie, car ils avaient mangé, la veille, l'agneau pascal ; tous étaient pleins d'abattement et de tristesse. Les saintes femmes prièrent aussi avec Marie sous une lampe. Plus tard, lorsqu'il fit tout à fait nuit, Lazare, la veuve de Naim, Dina la Samaritaine et Mara la Suphanite (1), vinrent de Béthanie : on raconta de nouveau ce qui s'était passé, et on pleura encore.

(1) D'après les visions de la Soeur Emmerich, les trois femmes nommées ici demeuraient depuis quelque temps à Béthanie, dans une sorte de communauté établie par Marthe, afin de pourvoir a l'entretien des disciples lors des voyages du Seigneur et à la répartition des aumônes. La veuve de Naim, dont le fils Martial fut ressuscité par Jésus, selon la Soeur le 23 Marcheswan (13 Novembre), dans la seconde année de la vie publique du Sauveur, et appelait Maroni. Elle était fille d'un oncle paternel de saint Pierre Son premier mari était fils d'une soeur d'Elisabeth. appelée Rhode, qu'elle-même était fille d'une soeur de la mère de sainte Anne. Ce premier mari de Maroni étant mort sans enfants, elle avait épouse Eliud, proche parent de sainte Anne, et avait quitté Chasaluth, prés du Thabor, où résidait la famille de Rhode pour s'établir à Naim, qui était à peu de distance et où elle avait perdu bientôt son second mari. 

Dina la Samaritaine est celle qui, suivant les visions de la Soeur, s'entretint avec Jésus près du puits de Jacob, le 7 du mois d'Ab (31 Juillet) de la seconde année de la prédication du Sauveur. Elle était née prés de Damas, de parents moitié Juifs, moitié paiens. Les ayant perdus de bonne heure, elle avait pris, chez une nourrice débauchée, le germe des passions les plus coupables. Elle avait eu plusieurs maris, supplantés tour à tour les uns par les autres ; le dernier, parent des précédents, habitait Sichar où elle l'avait suivi et changé son nom de Dina contre celui de Salomé. Elle avait, de ses liaisons antérieures, trois grandes filles et deux fils qui se réunirent aux disciples par la suite. Ces enfants ne demeuraient pas avec elle à Sichar. mais chez les parents de leurs pères, près de Damas. La soeur Emmerich disait que la vie de la Samaritaine était une vie prophétique, que Jésus avait parlé en sa personne à toute la secte des Samaritains, et qu'ils étaient attachés à l'erreur par autant de liens qu'elle avait commis d'adultères. Dans la plénitude des temps, tous ceux qui rencontrèrent dans la personne de Jésus la voie et la vérité, eurent également l'honneur d'être des types prophétiques. 

Mara la Suphanite était une Moabite des environs de Suphan elle descendait d'Orpha, veuve de Chélion, le fils de Noëmi, car Orpha s'était remariée dans Moab. Mara avait par Orpha, belle-soeur de Ruth, une alliance avec David, ancêtre de Jésus. La soeur Emmerich vit, à Ainon, Jésus délivrer Mara de quatre démons et lui remettre ses péchés, le 17 Elul (9 septembre) de la seconde année de la prédication. Elle vivait à Ainon, chassée par son mari, riche Juif qui avait gardé avec lui les enfants qu'il avait eux d'elle. Elle en avait près d'elle trois autres fruits de l'adultère. Je vis, disait la Soeur, comment ce rejeton égaré de la souche de David se purifiait en sa personne par la grâce de Jésus et entrait dans le sein de l'Eglise. Je ne saurais exprimer combien Je vois de ces racines et de ces filaments se croiser, se perdre, puis revenir un jour. ”

Joseph d'Arimathie revint tard du Cénacle chez lui ; il suivait tristement les rues de Sion, accompagné de quelques disciples et de quelques femmes, lorsque tout à coup une troupe d'hommes armés, embusqués dans le voisinage du tribunal de Caiphe, fondit sur eux et s'empara de Joseph, pendant que ses compagnons s'enfuyaient en poussant des cris d'effroi. Je vis qu'ils renfermèrent le bon Joseph dans une tour attenante au mur de la ville, à peu de distance du tribunal. Caïphe avait chargé de cette expédition des soldats paiens qui n'avaient pas de sabbat à observer. On avait, je crois, le projet de le laisser mourir de faim et de ne rien dire de sa disparition.

Ici se terminant les récits du jour de la Passion du Sauveur ; nous ajouterons divers suppléments qui s'y rattachent, puis viendront les visions relatives au Samedi saint, la descente aux enfers, à la Résurrection et à quelques apparitions du Seigneur.

La Douloureuse Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ d'après les méditations d'Anne Catherine EMMERICH. Publiées en 1854. Traduction de l'Abbé DE CAZALES



Statue de Joseph d'Arimathie, datant de 1506-1510 provenant de Gisors, 
exposé au cloître dans le cadre du musée, Ancienne abbaye Saint-Corneille, Compiègne 


Homélie de monsieur l' abbé Jean-Bernard Hayet, curé de la paroisse saint Joseph des Falaises-Bidart.
 
Joseph d' Arimathie fut un disciple "secret" du Seigneur Jésus.

La mort du Christ sur le Golgotha lui donna la grâce du courage : il demanda au gouverneur romain, Pilate, le Corps du Crucifié, afin de l' ensevelir dans le tombeau neuf qu' il s' était préparé pour lui-même (Saint Marc 15, 45-47).

Joseph d' Arimathie rendit au Corps Sacré de Jésus les honneurs qui lui étaient dûs.

Ce Corps qui fut atrocement martyrisé, il l' enveloppa dans un linceul et le déposa délicatement sur la pierre tombale, tel le grain de blé ensemencé dans l' obscurité de la terre avant de revenir à la lumière!
Oui, mes frères, notre Seigneur Jésus Christ, est mort, comme tous les humains nés de la femme, mais Sa mort est "la seule à être l' Acte extrême de l' Eternel Amour Divin" comme le dit Hans Urs von Balthasar.
"Moi -disait saint Josemaria Escriva de Balaguer-, j' étreindrai le Corps froid, le cadavre du Christ, avec le feu de mon Amour... je le déclouerai par mes actes de réparation et mes mortifications... je l' envelopperai dans le linge neuf de ma vie limpide, et je l' enterrerai dans le roc vivant de ma poitrine, d' où personne ne pourra me l' arracher, et là, Seigneur,

Tu te reposeras! Même si le monde entier T' abandonnait et Te méprisait... Serviam! Je Te servirai, Seigneur!" (Chemin de Croix, XIV).

En faisant mémoire de Joseph d' Arimathie et du geste de Compassion dont il a témoigné envers le Corps Sacré de notre Seigneur Jésus Christ, ne sommes-nous pas tous invités à prendre le même chemin? Comprenons qu' il nous faut, nous aussi, prendre "soin" du Corps de Jésus dans Sa réalité Eucharisique, mystique et corporelle :

Dans Sa réalité Eucharistique : il faut bien préparer notre Communion Eucharistique et éviter de la "banaliser" par une certaine routine ou désinvolture : l' Eucharistie est le Saint-Sacrement, le Trésor qui est sorti du Coeur de Jésus; elle est l' Invention de Son Amour qui accompagnera tous les Baptisés jusqu' à Son Retour en Gloire; c' est pourquoi nous devons toujours communier avec un esprit d' adoration, émerveillés de la Grandeur du Don qui nous est fait sous le voile de la Sainte Hostie! Oui, mes frères, nous devrions toujours recevoir le Corps Eucharistique de Jésus avec grande crainte : crainte, au sens biblique de ce terme, crainte de manquer de respect, crainte de ne pas être assez reconnaissants, crainte d' offenser Celui qui, sans mérite de notre part et malgré notre indignité, nous reçoit à Sa Table!

"La Foi  en cette Présence du Seigneur -disait le Pape Jean-Paul II-, implique une marque extérieure de respect envers l' église, lieu saint où Dieu Se manifeste dans Son Mystère (Exode 3, 5), mais surtout au cours des célébrations des Sacrements :

 QUE LES CHOSES SAINTES SOIENT TOUJOURS TRAITÉES SAINTEMENT!".

(Lettre apostolique pour le 25 ème anniversaire de "Sacrosantum concilium" sur la Sainte Liturgie, datée du 4 décembre 1988).

En second lieu, nous devons prendre soin du Corps mystique du Christ, de Son Eglise : elle est "le lieu naturel" qui nous greffe réellement à Jésus, à Sa Parole et qui, depuis le jour de notre Baptême, nous a tous consacrés pour suivre et imiter le Christ, Prêtre, Prophète et Roi; c' est cette Eglise qui, à la suite de tous les Saints, nous apprend encore aujourd' hui à "discerner la Volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable, parfait" (Romains 12, 2). "Demeurer dans le Christ disait le Pape Benoit XVI-, signifie demeurer dans l' Eglise... Dans cette Communauté Il nous soutient et, en même temps, tous les membres se soutiennent mutuellement. Nous résistons ensemble aux tempêtes et nous nous protégeons les uns les autres. Nous ne croyons pas seuls, mais nous croyons avec toute l' Eglise de tout lieu et de tout temps, avec l' Eglise qui est au Ciel et sur la terre. 

Avec l' Eglise et dans l' Eglise, nous pouvons annoncer à tous les hommes que le Christ est la Source de la Vie, qu' Il est Présent, qu' Il est la grande Réalité après laquelle nous soupirons... Celui qui croit au Christ a un Avenir".

(Pape Benoit XVI. Homélie du jeudi 22 septembre 2011 au stade olympique de Berlin).

Enfin, en troisième lieu, nous devons prendre soin du Corps "physique" de Jésus, Présent en tout homme, et tout particulièrement, sous le visage de l' homme en détresse, démuni et dépossédé de pain, de dignité, de reconnaissance, de soutien, d' affection..., cet homme que nous pouvons, selon nos moyens, assister et aider et non pas abandonner comme un mort-vivant sur la route de notre indifférence et de notre dureté de coeur : Jésus nous le fait très bien comprendre en nous racontant deux paraboles : le Bon samaritain et le Jugement dernier ( Saint Luc 10, 25-37 et saint Matthieu 25, 31-46).

Puisse, frères et soeurs, l' intercession de Joseph d' Arimathie, nous conduire donc à aimer, à vénérer et à servir le Corps du Christ dans Sa dimension Eucharistique, Mystique et Fraternelle!

Par l' intercession de saint Joseph d' Arimathie, confions aussi  à la Miséricorde du Seigneur qui, un Jour de notre Histoire a voulu "mourir de notre mort", tous nos chers défunts et ceux qui s' apprêtent à vivre le grand Passage!

Confions également ceux qui travaillent dans le monde de la santé afin qu' ils oeuvrent avec respect, douceur, compassion, auprès de ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur coeur!

Saint Joseph d' Arimathie,
prie pour nous tous,
prêtres et fidèles du Christ,
afin que se fortifie notre Foi à Jésus, mort et Ressuscité,
que nous reconnaissons Présent sous le voile de l' Hostie Consacrée
Présent dans Son Corps mystique qu' est l' Eglise,
Présent sous le Visage de notre prochain.
Prie pour nous,
saint Joseph d' Arimathie,
toi qui déposas avec tant d' Amour le Maître de la Vie
dans le sépulcre qui t' appartenait,
afin que nous enracinions durablement  notre Espérance
en Jésus, le Vainqueur de Pâques,
Lui, par qui nous savons désormais que
le tombeau n' est pas la fin de l' homme
et que notre existence ne s' achèvera pas
dans une poignée de poussière!
Avec Toi, Joseph d' Arimathie,
nous disons, en ce jour :
Credo!
Je crois en Jésus le Vivant!
Je crois en la Résurrection de la Chair!
Je crois que ma dernière demeure ne sera pas un cercueil
mais le Coeur de Dieu!
Credo! Je crois!
Amen.




Joseph of Arimathea (RM)

1st century. We read about Joseph of Arimathea, the "noble counsellor," in all four Gospels (Matthew 27:57-61; Mark 15:43-46; Luke 23:50-56; and John 19:38-42). As with many of the Biblical figures, numerous legends accrued around his name in later years.


Saint Joseph was a wealthy member of the temple council and a secret follower of Jesus because he was afraid of persecution from Jewish officials. He attended the Crucifixion, and legend has it that he caught Jesus's blood as he hung upon the cross. (What is said to be the Sacro Catino in which Joseph caught the blood of Christ at the Crucifixion is at San Lorenzo, Genoa, Italy.) Joseph persuaded Pontius Pilate to let him have Jesus's body, wrapped it in linen and herbs, and laid it in a tomb carved in a rock in the side of a hill, a tomb that he had prepared for himself.

Later tradition has embellished this account to add that Joseph was a distant relative of Jesus, who derived his wealth from tin mines in Cornwall, which he visited from time to time. One version tells the story of the teenaged Jesus accompanying Joseph on one such visit. This is the background of the poem "Jerusalem," by William Blake (1757-1827):

And did those feet in ancient time
Walk upon England's mountains green?
And was the holy Lamb of God
On England's pleasant pastures seen?
And did the countenance divine
Shine forth upon our clouded hills?
And was Jerusalem builded here

Among those dark satanic mills?
Bring me my bow of burning gold!
Bring me my arrows of desire!
Bring me my spear!
O clouds, unfold!
Bring me my chariot of fire!
I will not cease from mental fight,
Nor shall my sword sleep in my hand,
Till we have built Jerusalem
In England's green and pleasant land.


This version continues to say that, after the Crucifixion, Saint Joseph returned to Cornwall, bringing with him the chalice of the Last Supper, known as the Holy Grail. The Holy Grail was hidden and played an important part in the folk history of England in the great national epic about King Arthur and his knights who unsuccessful seek to find it.

Upon reaching Glastonbury, he planted his staff, which took root and blossomed into a thorn tree. This is the Holy Thorn, which flowers at Christmas. King Charles I baited his wife's Roman Catholic chaplain by observing that, although Pope Gregory had proclaimed a reform of the calendar, the Glastonbury Thorn ignored the Pope's decree and continued to blossom on Christmas Day according to the Old Calendar. One of Cromwell's soldiers cut down the Thorn because it was a relic of superstition. We are told that he was blinded by one of the thorns as it fell. A tree allegedly grown from a cutting of the original Thorn survives today in Glastonbury (and trees propagated from it stand on the grounds of the Cathedral in Washington, DC, and presumably elsewhere) and leaves from it are sold in all the tourist shops in Glastonbury.

It was not until about the middle of the 13th century that the legend appears saying Joseph accompanied Saint Philip to Gaul to preach and was sent by him to England as the leader of 12 missionaries. It is said that the company, inspired by Gabriel the archangel, built a church made of wattles in honor of the Virgin Mary on an island called Yniswitrin, given to them by the king of England. The church eventually evolved into Glastonbury Abbey in Somerset. Supposedly Joseph died there, was buried on the island, and miraculous cures worked at his grave. This burial site is unlikely though.

Is there any merit to the legends of Saint Joseph? Perhaps. Tin, an essential ingredient of bronze, was highly valued in ancient times, and Phoenician ships imported tin from Cornwall. It is not unreasonable to believe that some first-century, Jewish Christians might have been investors in the Cornwall tin trade. Christianity gained a foothold in Britain very early, perhaps, in part, because of the commerce in tin. If so, then the early British Christians would have a tradition that they had been evangelized by a wealthy Jewish Christian. Having forgotten his name, they might have consulted the Scriptures and found that Joseph and Saint Barnabas fit the description. Because much of the life of Barnabas was already described by the Acts of the Apostles making him an unlikely candidate, only Joseph was left. Thus, Christians seeking an immediate connection with their Lord, grasped on to Joseph as their evangelizer (Attwater, Benedictines, Bentley, Delaney, Encyclopedia, Robinson, White).

In art, Saint Joseph is portrayed as a very old man, carrying a pot of ointment or a flowering staff or a pair of altar cruets (containing the blood and sweat of Jesus) (White). He may be shown taking the crown of thorns from the dead Christ. At other times he is shown with the shroud and crown of thorns, a thorn tree by him, or a box of spices (Roeder). Click here to see William Blake's Joseph of Arimathea among the Rocks of Albion. He is venerated at Glastonbury and patron of grave-diggers and undertakers (Roeder, White).

Joseph of Arimathea

All that is known for certain concerning him is derived from the canonical Gospels. He was born at Arimathea — hence his surname — "a city of Judea" (Luke 23:51), which is very likely identical with Ramatha, the birthplace of the Prophet Samuel, although several scholars prefer to identify it with the town of Ramleh. He was a wealthy Israelite (Matthew 27:57), "a good and a just man" (Luke 23:50), "who was also himself looking for the kingdom of God" (Mark 15:43). He is also called by St. Mark and by St. Luke a bouleutes, literally, "a senator", whereby is meant a member of the Sanhedrin or supreme council of the Jews. He was a disciple of Jesus, probably ever since Christ's first preaching in Judea (John 2:23), but he did not declare himself as such "for fear of the Jews" (John 19:38). On account of this secret allegiance to Jesus, he did not consent to His condemnation by the Sanhedrin (Luke 23:51), and was most likely absent from the meeting which sentenced Jesus to death (cf. Mark 14:64).

The Crucifixion of the Master quickened Joseph's faith and love, and suggested to him that he should provide for Christ's burial before the Sabbath began. Unmindful therefore of all personal danger, a danger which was indeed considerable under the circumstances, he boldly requested from Pilate the Body of Jesus, and was successful in his request (Mark 15:43-45). Once in possession of this sacred treasure, he — together with Nicodemus, whom his courage had likewise emboldened, and who brought abundant spices — wrapped up Christ's Body in fine linen and grave bands, laid it in his own tomb, new and yet unused, and hewn out of a rock in a neighbouring garden, and withdrew after rolling a great stone to the opening of the sepulchre (Matthew 27:59, 60; Mark 15:46; Luke 23:53; John 19:38-42). Thus was fulfilled Isaiah's prediction that the grave of the Messias would be with a rich man (Isaiah 53:9). The Greek Church celebrates the feast of Joseph of Arimathea on 31 July, and the Roman Church on 17 March. The additional details which are found concerning him in the apocryphal "Acta Pilati", are unworthy of credence. Likewise fabulous is the legend which tells of his coming to Gaul A.D. 63, and thence to Great Britain, where he is supposed to have founded the earliest Christian oratory at Glastonbury. Finally, the story of the translation of the body of Joseph of Arimathea from Jerusalem to Moyenmonstre (Diocese of Toul) originated late and is unreliable.

Gigot, Francis. "Joseph of Arimathea." The Catholic Encyclopedia. Vol. 8. New York: Robert Appleton Company, 1910. 17 Mar. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/08520a.htm>.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/08520a.htm



William Blake, "Joseph of Arimathea Among the Rocks of Albion", 
second état de l’original de 1773, gravure de1809

March 17

St. Joseph, of Arimathea

HE was a member of the Jewish Sanhedrim, but a faithful disciple of Jesus. It was no small proof of his great piety, that, though he had riches and honours to lose, he feared not the malice of men, but at a time when the apostles trembled, boldly declared himself a follower of Jesus who was crucified; and with the greatest devotion embalmed and buried his sacred body. This saint was the patron of Glastenbury, where a church and hermitage, very famous in the times of the ancient Britons, 1 were built by the first apostles of this island: among whom some moderns have placed St. Joseph himself, and Aristobulus

Note 1. See Matthew of Westminster, and John of Glastenbury, in their histories of that famous abbey, published by Hearne; also Tanner’s Notitia Monastica. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume III: March. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/3/173.html