mercredi 27 novembre 2013

Saint JACQUES l'INTERCIS, martyr


Saint Jacques l'Intercis

Officier supérieur perse martyr ( v. 421)

Officier supérieur perse, il apostasia pour garder les faveurs du roi Yesdegird. Repenti, il fut martyrisé par le roi Varanès V qui le fit découper en vingt-huit morceaux, membres après membre pour que la mort soit lente, d'où le surnom qui signifie taillé en pièces. Beaucoup d'autres chrétiens souffrirent avec lui.

En Perse, vers 420, saint Jacques, surnommé l’Intercis, martyr. Au temps de l’empereur Théodose le Jeune, il aurait, dit-on, renié le Christ pour plaire au roi perse Isdeberge, mais sa mère et sa femme lui ayant fait de vifs reproches, il rentra alors en lui-même et alla trouver Varane, fils et successeur d’Isdeberge, et sans peur lui déclara qu’il était chrétien. Le roi irrité prononça contre lui une sentence de mort et commanda qu’on lui coupât les membres par morceaux et qu’on lui tranchât la tête.


Martyrologe romain

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/200/Saint-Jacques-l-Intercis.html

Saint Jacques L'Intercis (Mar Yaacoub al-Mouqata')
Résumé : Nous ne connaissons rien de plus émouvant que les actes de saint Jacques, surnommé l'lntercis, c'est-à-dire mis en morceaux. On lui coupa successivement les doigts des mains et des pieds, puis les pieds, puis les bras, puis les jambes jusqu'aux genoux, puis les cuisses et enfIn la tête. L'horreur que devrait inspirer l'atrocité de ce supplice fait place à la plus douce émotion quand on voit le martyr sourire et chanter avec amour à chaque membre qu'on lui coupe. Les actes se terminent par un tableau su­blime. Le martyr est là, gisant au milieu de ses membres semés autour de lui, semblable au tronc odorant d'un pin dont le fer a coupé les branches, et on l'entend prononcer cette prière: « Mon Dieu, me voilà par terre, au milieu de mes membres semés de toutes parts; je n'ai plus mes doigts pour les joindre en suppliant, je n'ai plus mes mains pour les élever vers vous; je n'ai plus mes pieds, ni mes jambes, ni mes bras. Ô Seigneur! que votre colère s'arrête sur moi, et se détourne de votre peuple, et je vous bénirai, moi le dernier de vos serviteurs, avec tous les martyrs et tous les confesseurs de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi ... » Quelle scène émouvante!

Saint Jacques l'Intercis, dénommé ainsi parce qu'il fut coupé en moreceaux. il fut martyrisé sous "Vararanne" en l'an 421 après le Christ.
En effet, le martyre de saint Jacques fut consommé 733 ans après la mort d'Alexandre le Grand, la seconde année du règne de Vararanne V, roi des Perses.
Saint Jacques était né dans la ville royale de Beth-Lapeta, d'une famille illustre: à la noblesse du sang, il joignit celle de la vertu et de la piété. A l'exemple de sa famille, il embrassa le christianisme et épousa une femme chrétienne. Cependant, attaché à la cour du roi de Perse, il s'éleva aux premiers honneurs et y jouit de la plus haute considération. Isdegerdès en fit son favori, et le combla de toutes sortes de faveurs. Aussi Jacques, pour répondre aux bontés du roi, ne craignit-il pas d'abjurer la foi chrétienne. Sa mère et sa femme apprirent avec douleur son apostasie et lui envoyèrent au camp où il se trouvait alors, la lettre suivante: « On nous annonce que la faveur d'un roi de la terre, et l'amour des richesses périssables de ce siècle, vous ont fait abandonner le Dieu éternel. Nous vous faisons une seule question, daignez nous répondre. Où est-il maintenant ce roi, pour qui vous avez fait un si grand sacrifice? Il est mort, comme le dernier des hommes, et il est tombé en poussière; qu'en pouvez-vous attendre maintenant, et est-ce lui qui vous offrira un refuge contre l'éternel supplice ? Si vous persévérez dans votre apostasie, vous tomberez comme lui entre les mains du Dieu vengeur; et quant à nous, nous nous retirons de vous, comme vous vous êtes retiré de Dieu, nous ne voulons avoir rien de commun avec un apostat. C'en est fait, nous n'existons plus pour vous. »
Cette lettre fit une impression profonde sur le courtisan; elle lui ouvrit les yeux, il rentra sérieusement en lui-même et se dit: « Voilà ma femme qui s'était donnée à moi par les serments les plus sacrés, voilà ma mère qui m'abandonnent: que fera Dieu, à qui j'avais aussi donné ma foi et que j'ai honteusement abandonné ? Au dernier jour comment soutiendrai-je la vue de ce juge suprême, de ce vengeur inexorable? Et même ici-bas, sa justice ne peut-elle pas m'atteindre et me frapper? » Plein de ces pensées, il rentre dans sa tente, il y trouve une Bible, il l'ouvre. Pendant qu'il lit, peu à peu la lumière se fait dans son âme, la grâce divine touche son cœur; le voilà soudain changé en un autre homme. Son âme engourdie, comme rappelée du tombeau par une voix puissante, se réveille: le remords l'agite et le déchire, il s'adresse à lui-même ces paroles: « Ame brisée chair frémissante, écoutez. Ma mère qui m'a porté dans son sein, mon épouse compagne de ma jeunesse, sont affligées et indignées de ma lâche action; tout ce qu'il y a d'hommes sages et sensés dans ma famille sont plongés dans le deuil par mon apostasie; que sera-ce donc au dernier jour, quand Je paraîtrai devant Celui qui nous ressuscitera tous pour nous juger, pour récompenser les justes et punir les coupables! Qui sera mon juge, à moi qui suis parjure? Mon refuge! ah! je sais où il est! La porte par laquelle je suis sorti, je puis y rentrer: je ne cesserai d'y frapper qu'elle ne s'ouvre. »
Ces accents du remords et du repentir avaient été entendus des tentes voisines; on avait vu Jacques s'arrêter en lisant la Bible, se parler à lui-même, comme un homme qu'une profonde émotion agite. Ses ennemis, - les courtisans en ont toujours, - se hâtèrent d'aller dire au roi que Jacques paraissait regretter amèrement d'avoir changé de religion. Le prince irrité le fait appeler sur-le-champ, et lui parle ainsi: « Dis-moi, Jacques, est-ce que tu es toujours Nazaréen1?

- Oui, je le suis, répondit Jacques.


- Hier, reprit le roi, tu étais mage. 


- Nullement, répliqua Jacques.


- Comment, dit le roi, n'est-ce pas pour cela même que tu tu as reçu du roi mon père tant de faveurs?


- Où est-il maintenant, répondit Jacques, ce roi dont vous me rappelez les bienfaits? »
Cette réponse exaspéra le roi, et comme il était manifeste que Jacques abandonnait la religion des Perses, il se mit à chercher dans son esprit par quel supplice il allait le lui faire expier.
« Si tu persévères, lui dit-il, ce sera trop peu de ta tête pour un tel forfait.

- Les menaces, répondit Jacques, sont inutiles, essayez plutôt les supplices, si bon vous semble; tout ce que vous pourriez me dire pour me persuader ne fera pas plus sur moi que le vent qui souffle contre un roc immobile. »

Le roi: « Déjà, sous mes prédécesseurs, les sectateurs de ta religion ont essayé de professer et de répandre leurs erreurs; tu sais qu'on les a traités comme des rebelles, et que ceux qui résistèrent perdirent la vie dans les plus affreux supplices. »

Le martyr: « Mon plus grand désir, c'est que je meure de la mort des justes, et que ma fin ressemble à leur fin. »

Le roi: « Apprends au moins à obéir et à respeceer les édits des rois. »
Le martyr: « La mort des justes n'est pas une mort, un court et léger sommeil. »

Le roi: « Voilà comme les Nazaréens t'ont séduit, il t'ont dit que dit que la mort n'était pas la mort, mais le sommeil; cependant les puissants, les rois eux-mêmes redoutent la mort. »

Le martyr: « Les puissants et les rois et tous les contempteurs de Dieu craignent la mort, je ne m'en étonne pas; ils ont conscience de leurs crimes. Aussi les saintes lettres disent-elles : L'impie est mort, et son espérance avec lui; l'espérance des impies périra. »

Le roi: « Ainsi donc, vous nous traitez d'impies, vous qui n'adorez ni le soleil, ni la lune, ni l'eau, ces émanations divines. »

Le martyr: « Loin de moi la pensée de vous accuser, ô roi: car à ceux qu'il a jugés dignes de souffrir pour lui, le Christ, auteur de nos saintes lettres, a dit: L'heure Vient où ceux qui tueront quelqu'un d'entre vous croiront rendre gloire à Dieu. Je suis loin de dire aussi qu'en nous tuant vous ne rendez aucune gloire à Dieu: je dis seulement que vous, qui vous vantez de mieux connaître la Divinité que les autres peuples, vous êtes dans une erreur grossière, en adorant des êtres inanimés et insensibles, et en donnant le nom incommunicable de Dieu à des créatures: le vrai Dieu s'en offense, et vos vaines divinités sont aussi incapables de vous protéger que de vous nuire. »

Cette abjuration solennelle de l'idolâtrie mit le roi en fureur. Il convoque sur-le-champ les docteurs et les sages, exhale en leur présence toute sa douleur et tout son courroux, et leur ordonne de se consulter entre eux sur le genre de supplice à faire subir à cet audacieux rebelle, à ce contempteur de la majesté des rois. Les magistrats et les sages se retirèrent en conseil pour délibérer, et l'un d'eux, qui avait, pour ainsi dire, le génie de la cruauté, après un instant de réflexion, ouvrit l'avis suivant: qu'il ne fallait pas le tuer en une fois; en cinq fois, en dix fois, mais l'étendre sur un chevalet, et lui couper successivement les doigts des pieds et des mains, puis les mains elles - mêmes et les pieds ; ensuite les bras, les genoux, les jambes, et en dernier lieu la tête. Cette proposition barbare fut adoptée, et aussitôt Jacques fut traîné au supplice. Toute la ville, ému à cette nouvelle, et toute l'armée, suivirent le martyr. Les chrétiens, en apprenant l'affreuse sentence prononcée contre lui, se jetèrent la face contre terre, et, fondant en larmes, firent à Dieu cette prière : « 0 Seigneur, ô Dieu fort, qui donnez la force aux faibles et la santé aux malades, ô vous qui ravivez les infirmes et les mourants, qui sauvez ceux qui périssent, venez en aide à votre serviteur et faites-le sortir vainqueur de cet affreux combat. Pour votre gloire, Seigneur, qu'il triomphe, ô Christ, prince des vainqueurs, roi des martyrs! »

Pendant qu'on le conduisait au supplice, il pria les soldats de s'arrêter un moment, afin, disait-il, que je me rende propice le Dieu pour qui je vais mourir. Les soldats s’arrêtèrent, et le martyr, se tournant vers l'orient, fléchit le genou et, les yeux de l'âme fixés sur Celui qui habite dans les cieux, il fit cette prière : « Recevez,. Seigneur, les prières de votre humble serviteur; donnez la force et le courage au au fils de votre servante, qui vous invoque à cette heure ; placez-moi comme un signe sous les yeux de ceux qui vous aiment, qui ont souffert et qui souffrent encore persécution pour votre nom; et quand j'aurai vaincu par votre grâce toute-puissante, et que j'aurai reçu la couronne des élus que mes ennemis le voient et soient confondus, parce que vous avez été, Seigneur, ma consolation et mon soutien. »

Quand il eut fini cette prière, les soldats le saisirent, lui étendirent les bras avec violence, et préparèrent le fer, en lui disant : « Il ne vous reste plus qu'un moment, voyez ce que avez à faire; nous voilà prêts à vous couper tous les membres les uns après les autres, d'abord les doigts des pieds, des mains, puis les bras, puis les jambes et les cuisses, et enfin la tête. Voyez, une parole peut vous sauver, tandis que l'obstination vous attire le plus affreux sup¬plice qui fut jamais. » Et, en lui parlant de la sorte, ils ne pouvaient s'empêcher de verser des larmes, à la vue de ce visage tout brillant de jeunesse, de cet extérieur noble et gra¬cieux, et ils entouraient le martyr, et le pressaient de feindre au moins pour un moment. « Détournez, lui disaient- ils, une si horrible mort : faites semblant de vous soumettre, et vous retournerez après à votre religion si vous voulez. »

Le martyr, au contraire, adressait à la foule ces paroles : « Ne pleurez pas sur moi ; non, non, ne pleurez pas sur moi ; pleurez plutôt, pleurez sur vous-mêmes, vous qui, épris des charmes trompeurs des choses périssables, vous préparez une éternité de malheurs et de tourments. Mais moi, par cette horrible mort, j'entrerai dans la vie éter¬nelle; pour prix de mes membres dispersés, je recevrai d'immortelles récompenses; car il y a un Dieu, rémunéra¬teur fidèle, qui rendra à chacun selon ses œuvres, » Et, voyant approcher l'heure fixée pour son supplice, il activait ainsi la lenteur des bourreaux : « Que faites-vous donc ? Qu'attendez-vous ? Voici, je vous tends les mains, mettez-¬vous à l'œuvre. »

L'affreuse exécution commença donc, et on lui coupa d'abord le pouce de la main droite. Alors le martyr fit cette prière : « Ô Sauveur, ô Jésus, recevez, je vous en conjure, ce rameau qui vient de tomber de l'arbre. Cet arbre lui• même doit tomber en poussière un jour ; mais au printemps, je l'espère, il reverdira encore et se couronnera de feuillage. » Le juge qui procédait à l'exécution, ému jusqu'aux larmes, supplia le martyr de se laisser fléchir. « C'est bien assez, lui disait-il ; cette plaie peut encore se guérir; mais, je vous en conjure, ne laissez pas mutiler tout entier ce corps si tendre et si beau. Mettez-vous d'abord hors de péril ; ensuite, vous êtes riche, vous donnerez aux pauvres, et assurerez par vos aumônes le salut de votre âme.

- Eh Quoi ! lui répondit le martyr, n'avez -vous jamais considéré ce qui advient à la vigne ? Purgée de son bois inutile, elle reste engourdie tout l'hiver; mais au soleil du printemps la sève circule et fait fleurir une riche végétation. S’il est ainsi d'une plante fragile, l'homme planté dans les vigne du Seigneur, et cultivé par la main même de l'Ouvrier céleste, ne doit-il pas aussi germer et s'épanouir ? » Alors on lui coupa l'index, et quand il fut coupé, le martyr s'écria : « Mon cœur se réjouit dans le Seigneur, et mon âme tressaille en Dieu son salut. » Et il ajouta : « Recevez, Seigneur, cet autre rameau de l'arbre que vous avez planté. » Et, la joie l'emportant sur la douleur, son visage parut tout rayonant, comme s'il eût entrevu déjà la gloire céleste. Cependant les bourreaux lui coupèrent encore un autre doigt, il s'écria dans un saint transport: « Avec les trois enfants de la fournaise, je vous confesserai, Seigneur, de tout mon cœur et au milieu de vos martyrs je chanterai des hymnes à votre nom, Ô Très-Haut. » Quand on lui eut coupé le quatrième doigt, il s'écria: « Parmi les douze patriarches fils de Jacob, c'est sur le quatrième que se reposa la bénédiction qui promettait et prophétisait le Christ : c'est pourquoi j'offre encore ce quatrième rameau de mon corps à celui qui par sa bénédiction a été le salut de tous les peuples. » Au cinquième doigt qu'on lui coupa il dit; « Ces cinq doigts, cette main, seront de beaux fruits à présenter à celui qui a planté l'arbre que vous taillez. »

Avant de passer à sa main gauche, les juges le pressèrent d nouveau, et lui demandèrent : « A quoi allez-vous vous résoudre? Vous pouvez encore sauver votre vie, si voulez vous soumettre au roi ; car combien qui vivent robustes et vigoureux mutilés comme vous l'êtes ! Si vous n'avez pitié de vous-même, vous allez voir tous vos membres tomber sous vos yeux les uns après les autres, et ce sera pour ainsi dire, à chaque fois une nouvelle mort. » Le martyr leur fit cette réponse: « Lorsqu'on tond les brebis, on ne leur enlève pas d'abord toute leur laine, on leur en laisse la moitié : ainsi dois-je rendre grâces à Dieu, qui me met au nombre de ses brebis, et qui m'offre aux ciseaux de ceux qui me tondent, comme il offrit à ceux qui l'attachèrent sur la croix l'Agneau divin, pour qui je meurs de cette mort cruelle. »

On se mit donc à lui couper les doigts de la main gauche ; on commença par le doigt auriculaire. Le martyr, les yeux levés au ciel, disait avec une constance magnanime : « Je suis bien petit devant vous, ô grand Dieu, qui vous êtes fait petit pour nous, et qui nous avez élevés jusqu'à vous par la vertu de votre sacrifice. C'est avec joie, ô Dieu, c'est avec bonheur que je vous remets mon âme, et aussi mon corps; je sais que vous me le rendrez un jour, immortel et glorieux à la vie. » Alors on lui coupa l'annulaire et, transporté du plus brûlant amour, il s'écria : « Pour une septième mutilation, une septième louange, ô Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ! » Et quand tomba le huitième doigt, il dit : « C'est le huitième jour que l'enfant hébreu est circoncis et distingué des infidèles ; eh bien, moi aussi, par la pureté de mon cœur, je me sépare de ces incirconcis et de ces impies car mon âme a soif de vous seul, ô mon Dieu! Quand pourrais-je voir votre face ? Au neuvième, il dit : « C'est à la neuvième lune que mon Sauveur est mort sur la croix pour mes péchés : je lui offre donc avec bonheur ce neuvième doigt de ma main. » Au dixième enfin, saisi d'un plus vif transport, il s'écria: « Par la lettre iod1 sont multipliés les mille et les myriades ; de même par le nom sacré de Jésus2 le monde entier a été sauvé. Je chanterai donc des hymnes en son nom sur la harpe à dix cordes, comme dit le Psalmiste, et les cordes de ma harpe seront mes doigts eux-mêmes mutilés pour mon Sauveur. » Ayant dit cela, le martyr entonna un chant pieux d’une voix douce.

Alors les juges renouvelèrent leurs instances auprès de lui, lui faisant entendre que ses plaies n'étaient pas mortelles, qu’il était encore temps de sauver sa vie: « Pourquoi cette cruauté contre vous - même? Pourquoi renoncer à la douce lumière du jour? La vie pour vous est• si riante. Vous avez avec l'opulence tous les plaisirs. A la bonne heure si, désormais privé de vos mains, et incapable de pourvoir à vos besoins, vous deviez vivre dans la misère; mais avec une fortune aussi belle, la vie sera toujours pour vous honorable et douce. Ne pensez plus à votre épouse : depuis longtemps vous viviez séparés, elle est dans la province des Huzites, et vous à Babylone. Songez donc qu'il suffit d'un mot pour vous sauver ou pour vous perdre. »

Le martyr, les regardant d'un air sévère, leur répondit : « Vous croyez, après que j'ai mis la main à la charrue, que je vais regarder en arrière et me rendre indigne du royaume des cieux? Vous croyez que je vais préférer ou mon épouse ou ma mère au Dieu qui a dit ces paroles : Quiconque perdra sa vie pour moi la trouvera ; et encore : Quiconque laissera son père, et sa mère, et ses frères, je lui donnerai la vie et le repos éternel. Cessez donc de me presser, et faites votre œuvre ; je serais désolé que vous en adoucissiez tant soit peu les rigueurs. » Voyant donc qu'il était inflexible, les juges ordonnèrent aux bourreaux de poursuivre. Ceux-ci lui saisissent le pied droit et en coupent le gros doigt, tandis que le martyr s'écriait : « Grâces à vous, Seigneur, qui vous êtes revêtu de notre humanité, et qui, sur la croix, percé de la lance, avez teint vos pieds du sang et de l'eau qui sortirent de votre côté. Je suis heureux de livrer comme vous au fer des bourreaux ce corps qui est la prison de mon âme ; je suis heureux de voir couler pour vous mon sang. On lui coupa ensuite un autre doigt, et il s'écria : « Ce jour est le plus beau de mes jours ! Auparavant, engagé dans les liens du siècle, esclave des richesses et des plaisirs, j'étais faible et lâche dans le service de Dieu, et mon âme, emportée par mille soins divers, ne pouvait plus se retrouver en sa présence et s'entretenir avec lui.

Maintenant, dégagé de mes entraves, et les yeux fixés sur le siècle à venir, j'y marche avec constance ; aussi, heureux et triomphant, j'ai chanté, tout le temps de mon supplice, d'une voix que n'a pu affaiblir la douleur, des hymnes à celui qui m'a jugé digne de souffrir pour lui. » On lui coupa alors le troisième doigt et on le lui présenta ; il s'écria alors en souriant : « Le grain d blé, jeté dans la terre, germe et retrouve au printemps 1es grains semés avec lui : ainsi, au jour suprême de la résurrection des corps, ce doigt se retrouvera avec les autres. » Au quatrième, le martyr, se parlant à lui-même : « Mon âme, dit- il, pourquoi es-tu triste et tremblante? Espère en Dieu, car je le confesserai encore, ce Dieu, mon Sauveur. » Au cinquième, il dit : « Grâces à vous, Seigneur, qui m'avez choisi pour un martyre inouï jusqu'à présent, et qui me donnez la force de le souffrir. » Les bourreaux passent au pied gauche, et commencent par couper le petit doigt : « Ce doigt, dit le martyr, ne' sera plus désormais appelé petit, puisqu'il est offert au Seigneur comme le plus grand ; et si le moindre cheveu de notre tête ne périt pas, ce doigt non plus ne peut périr. » A l'autre doigt, il cria aux bourreaux : « Allons, courage, abattez cette maison qui tombe en ruines, afin que Dieu m'en rebâtisse une plus belle. Au troisième, il dit: « Vous savez bien que plus on pousse une roue, plus elle tourne, et cela sans douleur.» Au quatrième, il fit à Dieu cette prière : « Secourez-moi, mon Dieu, parce que j'ai confiance en vous.» Au cinquième enfin, comme éveillé d'un profond sommeil, il s'écria : « Jugez-moi, Seigneur, et vengez-moi de ce peuple barbare: voilà la vingtième mort que j'endure, et ces loups altérés de sang s'acharnent encore sur moi. »

La foule, témoin de cette exécution terrible, poussa un cri, et les jeunes gens demandaient aux vieillards s’ils avaient jamais rien vu de pareil, tant de barbarie d'un côté et tant de courage de l'autre. Le martyr activait lui-même les bourreaux. « Ne vous arrêtez pas, leur criait-il ; vous avez abattu les branches de l'arbre, attaquez maintenant le tronc. Pour moi, mon cœur tressaille dans le Seigneur, et mon âme invoque le Dieu soutien des humbles. » Les bourreaux tout frémissant de rage, s'arment de nouveau du fer et lui coupent le pied droit, et le martyr s'écrie tout triomphant : « Chaque membre que vous faites tomber, je l'offre en sacrifice au Roi du ciel. ». Ils lui coupent ensuite le pied gauche, et lui s'écrie : « Exaucez-moi, Seigneur, parce que vous êtes bon, et que votre miséricorde est grande pour tout ceux qui vous invoquent. » Puis on lui coupe la main droite et le martyr exalte encore la bonté de Dieu. « Votre miséricorde, Seigneur, s'est multipliée sur moi ; délivrez-moi de l'enfer. » La main gauche est coupée à son tour, et le martyr s'écrie : « Vos merveilles, Seigneur, éclatent sur la mort. » Alors on s'attaque à ses bras. En tendant le bras droit il s'écria:. « Je louerai le Seigneur sans cesse ; tant que je vivrai, je chanterai des hymnes à son nom : sa louange me sera douce, je me réjouirai dans le Seigneur. » Ensuite il présenta le bras gauche et dit : « Ma tête s'élèvera au dessus des ennemis qui m'ont environné ; le Seigneur est ma force, ma gloire et mon salut. » Restaient encore les jambes : les bourreaux aussitôt lui coupent la droite à la jointure du genou. A ce coup, le martyr parut ressentir une douleur extrême; il poussa un cri et invoqua le Sauveur : « Seigneur Jésus-Christ, dit-il, secourez-moi, délivrez-moi, je suis en proie aux douleurs de la mort. »

« Nous vous l'avions bien dit, reprirent les bourreaux, que vous alliez souffrir d'affreux supplices.

- Dieu, répondit le martyr, a permis le cri involontaire qui vient de m'échapper, pour que vous ne pensiez pas que je n'aie qu'une apparence du corps. Au reste, je suis prêt à endurer pour l'amour de Dieu des tourments plus grands encore. Ne croyez pas que j'aie souffert pendant que vous m'avez torturé : la pensée de mon Sauveur, son saint amour qui embrasait mon cœur, dominaient tout sentiment. Ache¬vez donc, et hâtez-vous. » Mais les bourreaux, fatigués, s'arrêtaient : le martyr, au contraire, rayonnait de plus de joie et d'amour. Les bourreaux enfin à grande peine lui cou¬pèrent l'autre jambe : alors le martyr parut semblable à un pin odorant dont il ne reste plus que la moitié. Après un moment de silence, on l'entendit prononcer à haute voix cette prière : « Mon Dieu, me voilà par terre, au milieu de mes membres, semés de toutes parts : je n'ai plus mes doigts pour les joindre en suppliant ; je n'ai plus mes mains, pour les élever vers vous ; je n'ai plus mes pieds, ni mes jambes, ni mes bras : je ressemble à une maison en ruines dont il ne reste plus que les murs. Ô Seigneur ! que votre colère s'arrête sur moi, et qu’elle se détourne de votre peuple : donnez à ce peuple persécuté, dispersé par les tyrans, la paix et le repos ; rassemblez-le des bouts de l'univers. Alors, moi, le dernier de vos serviteurs, je vous louerai, je vous bénirai avec tous les martyrs et tous les confesseurs, ceux de l'Orient cl de l'Occident, ceux du Nord et du Midi, vous, votre Fils, et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen. » Quand il eut dit : Amen, on lui coupa la tête. Ainsi le saint martyr, après le plus affreux supplice qui fut jamais, rendit douce¬ment son âme à Dieu. Son corps resta étendu sur la place. Les chrétiens se cotisèrent et offrirent aux gardes, pour le racheter, une somme considérable : ce fut en vain. Mais vers la neuvième heure du soir, les gardes s'étant retirés, les fidèles dérobèrent le corps, puis se mirent à en chercher les membres ; semés de toutes parts. Ils en trouvèrent vingt-huit et les enfermèrent dans une urne sur le tronc ; puis ils recueillirent comme ils purent tout le sang que le martyr avait perdu pendant son long supplice.

Cependant, tandis que nous chantions le psaume Miserere Mei, Deus secundum magnam miséricordiam tuam, le feu du ciel tomba sur l'urne et consuma le sang du martyr, tant dans le vase que sur les linges où on l'avait reçu et sur la terre qu'il avait trempée ; cette flamme colorait les membres du martyr d'une teinte de pourpre et de rose. Effrayés de ce prodige, nous tombons tous la face contre terre, et nous implorons en tremblant la protection du martyr, pour n'être pas consumés par ce feu céleste; puis secrètement, non sans péril, nous inhumons les saintes reliques avec l'aide et la grâce du Christ, qui couronne les martyrs, et à qui soient, avec le Père, et le Saint-Esprit, louange, honneur et gloire maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen1.

(1) Le supplice de saint Jacques est un des plus affreux dont fasse mention l'histoire des martyrs ; sa gloire fut aussi des plus éclatantes. Les Orientaux bâtirent en son honneur un grand nombre d'églises et de monastères ; et tous les martyrologes grecs, latins et syriens, célèbrent sa mémoire. Le Martyrologe romain en faisait mention, au 27 novembre en ces termes : En Perse, naissance de saint Jacques l'Intercis, qui du temps de Théodose le Jeune, renia le Christ, pour conserver la faveur du roi Isdegerdès. Mais sa mère et son épouse ayant rompu tout commerce avec lui, il rentra en lui-même, et confessa Jésus-Christ devant le roi Vararanne, qui ordonna de le couper par morceaux, et enfin de lui trancher la tête. Dans le même temps, d'innombrables martyrs souffrirent en Perse.

1) C'est la dixième lettre de l'alphabet des langues sémitiques, et sa valeur numérique est 10.

2) La lettre « iod » est l'initiale du nom de Jésus.

Source : Les Actes des Martyrs d'Orient, traduits pour la première fois en français sur la traduction latine des manuscrits syriaques de Etienne-Evode Assemani, par l'Abbé F. Lagrange. Tours, Alfred Mame et Fils, Editeurs, MDCCCLXXIX. 

SAINT JACQUES L'INTERCIS *

Jacques, martyr, surnommé l’intercis, noble d'origine, mais plus noble encore par sa foi, était originaire du pays des Perses et de la ville d'Elape. Il naquit de parents très chrétiens, et il eut une femme aussi chrétienne que lui. Il était fort connu du roi des Perses et le premier parmi les grands. Or, il se laissa séduire, par la faveur singulière de ce prince, et adora les idoles. Quand sa mère et son épouse l’apprirent, elles lui écrivirent aussitôt ainsi : « En obéissant à un mortel, vous avez abandonné celui avec lequel est la vie; en voulant plaire à qui sera bientôt pourriture, vous avez abandonné celui qui est le parfum éternel ; vous avez échangé la vérité pour le mensonge, et en cédant à un mortel, vous avez délaissé le juge des vivants et des morts. Vous saurez donc qu'a partir de ce jour, nous vous serons étrangères, et que dorénavant nous n'habiterons plus avec vous.» Quand Jacques eut lu cette lettre, il dit en versant tics larmes amères: « Si ma mère qui  m’a engendré, si mon épouse sont devenues pour moi des étrangères, combien plus étranger devra être mon Dieu pour moi! » Or, tandis qu'il s'affligeait extrêmement de son erreur, un messager vint dire au prince que Jacques était chrétien. Le prince le manda et lui dit : « Dis-moi si tu es, Nazaréen ? » « Oui, lui répondit Jacques, je suis Nazaréen. » Le prince : « Alors, tu es magicien? » Jacques: « A Dieu ne plaise que je sois magicien ! » Et comme le roi le menaçait de lui faire subir de nombreuses tortures, Jacques lui dit : « Je ne suis pas effrayé de tes menaces, car ta fureur passe aussi vite sur mes oreilles que le vent qui souffle sur la pierre. » Le prince : « Ne commets pas d'imprudence, de peur de périr d'une mort cruelle. » Jacques : « Ce n'est pas mort qu'il faut dire, mais bien plutôt sommeil, puisque peu, de temps après est accordée la résurrection. » Le prince : « Que les Nazaréens ne te séduisent point en disant que la mort est un sommeil, quand les plus grands empereurs la craignent. » Jacques : « Nous, nous ne craignons pas la mort, puisque nous espérons passer de la mort à la vie. » Alors le prince, de l’avis de ses amis, porta cette  sentence contre Jacques, savoir que, pour imprimer la terreur dans le coeur des autres, il fût condamné à être coupé par morceaux. Or, comme il se trouvait plusieurs personnes qui, par compassion, pleuraient sur lui : « Ne pleurez pas sur moi, dit-il, mais pleurez sur vous-mêmes, parce que je vais à la vie, et que des supplices éternels vous sont réservés. ».Alors, les bourreaux lui coupèrent le pouce de là main droite; et Jacques s'écria : « Jésus de Nazareth, mon libérateur, recevez ce rameau de l’arbre de votre miséricorde; car, celui qui cultive la vigne en coupe le sarment, afin qu'elle pousse de plus beaux jets et qu'elle produise avec plus d'abondance. » Le bourreau lui dit : « Si tu veux obéir, je puis encore t'épargner, et je te donnerai des médicaments. » Jacques répondit: « N'as-tu pas vu un cep de vigne? Quand on coupe les sarments, le noeud qui reste produit de nouvelles branches, à chaque taille, quand le temps est venu et que la terre commence à s'échauffer; si donc on taille la vigne à différentes époques, pour qu'elle produise des jets, à combien plus forte raison le chrétien fidèle en donnera-t-il, lui qui est enté sur la véritable vigne qui est le Christ? » Alors, le bourreau vint lui couper le second doigt. Et le bienheureux. Jacques dit : « Recevez, Seigneur; ces deux rameaux qu'a plantés votre droite. » Il coupa encore le troisième, et saint Jacques dit : « Délivré d'une triple tentation, je bénirai le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et avec les trois enfants préservés dans la fournaise, je vous confesserai, Seigneur, et en union avec le choeur des martyrs, je chanterai des cantiques à votre nom, ô Jésus-Christ ! » Le quatrième doigt fut coupé aussi, et Jacques dit: « Protecteur des enfants d'Israël, qui avez béni jusqu'à la quatrième génération, recevez de votre serviteur le témoignage de ce quatrième doigt, comme ayant été béni en Juda. » Quand le cinquième doigt fut coupé, il dit : « Ma joie est, complète. » Alors, les bourreaux lui dirent : « Epargne maintenant ta vie ne meurs as, ni ne te contriste point d'avoir perdu une main ; car il y en a beaucoup qui n'en ont plus qu'une, et qui possèdent beaucoup de richesses et d'honneurs. » Le bienheureux Jacques répondit-: « Quand les bergers se mettent à tondre leurs troupeaux, enlèvent-ils seulement la toison de droite, et laissent-ils celle qui est à gauche? Et moi qui suis un homme raisonnable, dois-je moins dédaigner d'être tué pour Dieu ? » Alors ces impies s'approchèrent et coupèrent le petit doigt de la main gauche, et Jacques dit : « Vous, Seigneur, vous étiez grand, et vous avez voulu vous faire tout petit et chétif pour nous; c'est pour cela. que je vous rends le corps et l’âme, que vous avez créés et rachetés de votre propre sang. » On coupe ensuite le septième doigt, et il dit : « Sept fois le jour, j'ai célébré les louanges du Seigneur. » On coupe le huitième, et il dit : « Le huitième jour, fut circoncis Jésus, et le huitième jour, on circoncit l’hébreu, afin de l’admettre aux cérémonies légales; faites donc, Seigneur, que l’esprit de votre serviteur se sépare de ces incirconcis qui conservent leur souillure, afin que je vienne à vous et que je voie votre face, Seigneur. » On coupe ensuite le neuvième doigt, et il dit : « A la neuvième heure, le Christ rendit l’esprit sur la croix; ce qui me fait confesser votre nom et vous rendre grâces par la douleur de ce neuvième doigt. » On coupe le dixième; et il dit : Le nombre dix est celui des commandements, et l’Iota (En grec, l’I représente le nombre 10) est la première lettré du nom de Jésus. Alors, quelques-uns de ceux qui étaient là lui dirent : « O vous, qui avez été autrefois notre ami intime, faites votre déclaration seulement devant le consul, et vous vivrez ; car, quoique vos mains soient coupées, il y a cependant de très habiles médecins qui pourront guérir vos douleurs. » Jacques leur dit : « Loin de moi une si infâme dissimulation ! car quiconque, ayant mis sa main à la charrue, regarde derrière soi, n'est point propre au royaume de Dieu. » (Luc, IX.) Alors, les bourreaux indignés s'approchèrent et lui coupèrent le pouce, du pied droit, et Jacques dit : « Le pied du Christ a été percé, et il en est sorti du sang. » On coupe le second doigt du pied, et il dit: « Ce jour est grand pour moi, en comparaison de tous les autres de ma vie ; car aujourd'hui, j'irai vers le Dieu fort. » Ils coupèrent aussi le troisième, qu'ils jetèrent devant lui ; alors. Jacques dit en souriant : « Va, troisième doigt, rejoindre tes compagnons,; et de même qu'un grain de froment rapporte beaucoup de fruits, de même aussi, au dernier jour, tu reposeras avec tes compagnons. » On coupe le quatrième, et il dit : «Pourquoi es-tu triste, ô mon âme, et pourquoi te troubles-tu ? Espère en Dieu, car je lui rendrai encore des actions de grâce; il est mon Sauveur et mon Dieu.» (Ps. XLII.) On coupe le cinquième, et il dit « Je puis dire maintenant au Seigneur qu'il  m’a rendu digne d'être associé à ses serviteurs. » Alors ils prirent le pied gauche, et en coupèrent le petit doigt, et Jacques dit : « Petit doigt, console-toi, car le petit et le grand ressusciteront également; si un petit cheveu de la tête ne périra pas, pourquoi serais-tu séparé de tes compagnons ? » On coupe le second, et Jacques dit : « Détruisez cette vieille maison, car on  m’en prépare une plus belle. » On coupe le troisième, et, Jacques dit: « L'enclume s'endurcit sous les coups. » On coupe encore le quatrième, et il dit : « Fortifiez-moi, Dieu de vérité, parce que mon âme se fie en vous et que j'espérerai à l’ombre de vos ailés, jusqu'à ce que l’iniquité soit passée. » (Ps. LVI.) On coupe  aussi le cinquième, et il dit : « Voici, Seigneur, que je,  m’immole pour vous vingt fois. » Alors ils lui prirent le pied droit et le coupèrent ; Jacques dit : « J'offre ce présent au roi du ciel, pour l’amour de qui j'endure ces tourments. » Ils coupèrent ensuite le pied gauche, et le bienheureux Jacques dit : « C'est vous, Seigneur, qui faites des merveilles ; exaucez-moi et me sauvez. » Ils coupèrent la main droite, et il dit : « Que vos miséricordes me viennent en aide, Seigneur! » A la gauche, il dit : « C'est vous, Seigneur, qui opérez des merveilles. » Ils coupèrent le bras droit, et il dit : « O mon âme, louez le Seigneur. Je louerai le Seigneur pendant ma vie; je célébrerai la gloire de mon Dieu, tant que je vivrai. » (Ps. CXLV.) Après quoi, ils coupèrent le bras gauche, et il dit « Les douleurs de la mort  m’ont environné ; au nom du Seigneur, j'en serai vengé. » Alors ils s'approchèrent, et coupèrent la jambe droite en la sciant jusqu'aux reins. Le bienheureux Jacques, accablé par une douleur inexprimable, s'écria : « Seigneur Jésus-Christ, aidez-moi, car les gémissements de la mort  m’ont environné. » Puis, il dit aux bourreaux : « Le Seigneur me recouvrira d'une nouvelle chair, que vos blessures ne sauront souiller.» Les bourreaux étaient épuisés, parce que, depuis la première heure du jour, jusqu'à la neuvième, ils avaient sué à le trancher. Enfin ils prirent sa jambe gauche, et la coupèrent jusqu'aux reins. Alors saint Jacques s'écria : « Souverain Seigneur, exaucez un homme à demi mort ; vous êtes le  maître des vivants et des morts. Des doigts, Seigneur, je n'en ai plus pour les lever à vous; des mains non plus, pour les étendre vers vous ; mes pieds sont coupés et rues genoux sont abattus, je ne puis plus les fléchir devant vous ; je suis comme une maison qui a perdu ses colonnes et qui va crouler. Exaucez-moi, Seigneur J.-C., et ôtez mon âme de prison. » Après ces mots, un des bourreaux s'approcha et lui coupa la tète. Les chrétiens vinrent en cachette pour ravir son corps, auquel ils donnèrent une sépulture honorable. Or, il souffrit le 5 des calendes de décembre (27 novembre).

* Nicéphore Calliste, Histoire; ecclésiastique, l. XIV, c. XX.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome03/174.htm

La Prière de Saint-Jacques l'Intercis pour les Chrétiens de Syrie

publié le 10 avr. 2013 10:45 par Jean-Pierre Fattal  sur le site de la Fraternité Chrétienne Sarthe-Orient: 


Cette prière de Saint-Jacques l'Intercis * (Mar Yaacoub al Mouqattaa) fait étrangement penser à la situation de
certains chrétiens en Syrie; disons-la en communion avec toutes les victimes et les martyrs de Syrie :


Mon Dieu, me voilà par terre au milieu de mes membres serrés de toutes
parts.
Je n'ai plus mes doigts pour les joindre en suppliant,
Je n'ai plus mes mains pour les élever vers Toi,
Je n'ai plus mes pieds, ni mes jambes, ni mes bras.
Je ressemble à une maison en ruine dont il ne reste plus que les murs.
Ô Seigneur, que Ta colère s'arrête sur moi et se détourne de Ton peuple.
Donne à ce peuple persécuté, dispersé par les tyrans, la paix et le repos.
Rassemble-le des bouts de l'univers.
Alors je Te bénirai, moi le dernier de Tes serviteurs, avec tous les martyrs
et tous les confesseurs de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi, toi,

Ton Fils et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles.
* Saint Jacques l'intercis (Mar-Ya'koub al-Mouqqata') est né à la fin du IVe
siècle en Perse.

Intercis signifie littéralement "coupé en deux".

Ce surnom lui a été donné à la suite de son martyr qui lui a valu de perdre successivement ses doigts
des mains, des pieds, les poignets, les chevilles, les coudes, les genoux, les oreilles, le nez et enfin le cou.

SOURCE : http://paris.syro-orthodoxe-francophone.over-blog.fr/pages/La_Priere_de_SaintJacques_lIntercis_pour_les_Chretiens_de_Syrie_suivie_des_Fresques_et_Icones_Syriaques_de_Syrie-8643172.html

St. James Intercisus

St. James Intercisus was a Persian who lived in the fifth century. He was a great favorite of King Yezdigerd I. When this king began to persecute Christians, James did not have the courage to confess his faith. He was afraid of losing the king’s friendship. So he gave up his faith or at least pretended to. James’ wife and mother were broken-hearted. When the king died, they wrote a strong letter to him to change his ways. This letter had its effect on James. He had been a coward, but at heart, he was still good. Now he began to stay away from court. He blamed himself openly for having given up his faith.

The new king sent for him, but this time, James hid nothing. “I am a Christian,” he said. The king accused him of being ungrateful for all the honors his father, King Yezdigerd, had given him. “And where is your father now?” St. James calmly answered. The angry king threatened to put the saint to a terrible death. James replied, “May I die the death of the just.”


The king and his council condemned James to torture and death. But his fears had gone. He said, “This death which appears so dreadful is very little for the purchase of eternal life.” Then he told the executioners, “Begin your work.” He was executed by having his body cut apart into 28 pieces, beginning with his fingers (hence his surname “Intercisus” – meaning “cut to pieces”), and then beheaded. All the while, he kept declaring his faith that his body would one day rise in glory. St. James Intercisus died in 421.


The Church of St. James Intercisus situated in the Armenian Quarter of Jerusalem is dedicated to him.


St. James, Surnamed Intercisus, Martyr

ST. JAMES was a native of Beth-Lapeta, a royal city in Persia; a nobleman of the first rank, and of the highest reputation in that kingdom for his birth and great qualifications, both natural and acquired, and for the extraordinary honours and marks of favour which the king conferred upon him, and which were his most dangerous temptation. For when his prince declared war against the Christian religion, 1 this courtier had not the courage to renounce his royal master and benefactor’s friendship; and, rather than forfeit his favour, abandoned the worship of the true God, which he before professed. His mother and his wife were extremely afflicted at his fall, which they ceased not every day bitterly to deplore before God, and earnestly to recommend his unhappy soul to the divine mercy. Upon the death of King Isdegerdes they wrote to him the following letter: “We were informed long ago that, for the sake of the king’s favour, and for worldly riches, you have forsaken the love of the immortal God. Think where that king now lies, on whose favour you set so high a value. Unhappy man! behold he is fallen to dust, which is the fate of all mortals; nor can you any longer hope to receive the least succour from him, much less to be protected by him from eternal torments. And know that if you persevere in your crimes, you yourself, by the divine justice, will fall under that punishment, together with the king your friend. As for our parts, we will have no more commerce with you.” James was strongly affected by reading this letter, and began to reflect with himself what just reproaches his apostacy would deserve at the last day from the mouth of the great Judge. He appeared no more at court, shunned the company of those who would have endeavoured to seduce him, and renounced honours, pomp, and pleasures, the fatal lure which had occasioned his ruin. We see every day pretended penitents forget the danger they have just been rescued from; lay their hands again upon the hole of the aspic which stung them before, and unadvisedly put their foot into the snare out of which they had just escaped. The very beasts which have been once taken in a gin, if they have broken it and recovered their liberty, by bare instinct never venture themselves again in that place. Infinitely more will every man who governs himself by reason or religion, or who sincerely abhors sin above all evils, fly all the approaches of his mortal enemy. This was the disposition of our true penitent: nor did he scruple, in the bitterness of his grief for his crime, openly to condemn himself. His words were soon carried to the new king, who immediately sent for him. The saint boldly confessed himself a Christian. Veraranes, with indignation and fury, reproached him with ingratitude, enumerating the many high favours and honours he had received from his royal father. St. James calmly said: “Where is he at present? What is now become of him?” These words exceedingly exasperated the tyrant, who threatened that his punishment should not be a speedy death, but lingering torments. Saint James said: “Any kind of death is no more than a sleep. May my soul die the death of the just.” 2 “Death,” said the tyrant, “is not a sleep; it is a terror to lords and kings.” The martyr answered: “It indeed terrifies kings, and all others who contemn God; because the hope of the wicked shall perish.” 3 The king took him up at these words, and sharply said: “Do you then call us wicked men, O idle race, who neither worship God, nor the sun, moon, fire, or water, the illustrious offspring of the gods?” “I accuse you not,” replied St. James, “but I say that you give the incommunicable name of God to creatures.”

The king, whose wrath was more and more kindled, called together his ministers and the judges of his empire, in order to deliberate what new cruel death could be invented for the chastisement of so notorious an offender. After a long consultation the council came to a resolution, that, unless the pretended criminal renounced Christ, he should be hung on the rack, and his limbs cut off one after another, joint by joint. The sentence was no sooner made public but the whole city flocked to see this uncommon execution, and the Christians, falling prostrate on the ground, poured forth their prayers to God for the martyr’s perseverance, who had been carried out from the court without delay to the place of execution. When he was arrived there, he begged a moment’s respite, and turning his face towards the east, fell on his knees, and, lifting up his eyes to heaven, prayed with great fervour. After waiting some time, the executioners approached the intrepid servant of Christ, and displayed their naked scimetars and other frightful weapons and instruments before his eyes; then they took hold of his hand, and violently stretched out his arm: and in that posture explained to him the cruel death he was just going to suffer, and pressed him to avert so terrible a punishment by obeying the king. His birth, and the high rank which he had held in the empire, the flower of his age, and the comeliness and majesty of his person, moved the whole multitude of spectators to tears at the sight. The heathens conjured him with the most passionate and moving expressions and gestures to dissemble his religion only for the present time, saying he might immediately return to it again. The martyr answered them: “This death, which appeared to them to wear so dreadful a face, was very little for the purchase of eternal life.” Then, turning to the executioners, he said: “Why stand ye idle looking on? Why begin ye not your work?” They therefore cut off his right thumb. Upon which he prayed thus aloud: “O Saviour of Christians, receive a branch of the tree. It will putrify, but will bud again, and, as I am assured, will be clothed with glory.” The judge, who had been appointed by the king to oversee the execution, burst into tears at this spectacle, and all the people that were present did the same, and many cried out to the martyr: “It is enough that you have lost thus much for the sake of religion. Suffer not your most tender body thus to be cut piecemeal, and destroyed. You have riches; bestow part of them on the poor for the good of your soul: but die not in this manner.” St. James answered: “The vine dies in winter, yet revives in spring: and shall not the body when cut down sprout up again?” When his first finger was cut off, he cried out: “My heart hath rejoiced in the Lord; and my soul hath exulted in his salvation. 4 Receive, O Lord, another branch.” Here the joy of his heart seemed sensibly to overcome the pain he suffered, and appeared visibly in his countenance. At the lopping off every finger he exulted and thanked God afresh. After the loss of the fingers of his right hand, and again after those of his left, he was conjured by the judges to conform, and save himself. To whom he meekly answered: “He is not worthy of God, who, after putting his hand to the plough, shall look back.” The great toe of his right foot was next cut off, and followed by the rest; then the little toe of the left foot, and all the others after it. At the loss of each part the martyr repeated the praises of God, exulting as at a subject of fresh joy. When his fingers and toes were lopped off, he cheerfully said to the executioners: “Now the boughs are gone, cut down the trunk. Do not pity me; for my heart hath rejoiced in the Lord, and my soul is lifted up to him who loveth the humble and the little ones.” Then his right foot, after that his left foot: next the right, then the left hand were cut off. The right arm, and the left: then the right, and after that the left leg felt the knife. Whilst he lay weltering in his own blood, his thighs were torn from the hips. Lying a naked trunk, and having already lost half his body, he still continued to pray, and praise God with cheerfulness, till a guard, by severing his head from his body, completed his martyrdom. This was executed on the 27th of November, in the year of our Lord 421, the second of King Vararanes. The Christians offered a considerable sum of money for the martyr’s relics, but were not allowed to redeem them. However, they afterwards watched an opportunity, and carried them off by stealth. They found them in twenty-eight different pieces, and put them with the trunk into a chest or urn, together with the congealed blood, and that which had been received in linen cloths. But part of the blood had been sucked up by the sun and its rays were so strongly died therewith as to tinge the sacred limbs of the martyr, upon which they darted, with a red colour. The author of these acts, who was an eye-witness, adds: “We all, suppliant, implored the aid of the blessed James.” The faithful buried his remains in a place unknown to the heathens. The triumph of this illustrious penitent and martyr has, in all succeeding ages, been most renowned in the churches of the Persians, Syrians, Coptes, Greeks, and Latins. See his genuine Chaldaic Acts in Steph. Assemani, Acta. Mart. Orient. t. 1. p. 237. The Greek translation copied by Metaphrastes, &c., has been interpolated. See likewise the learned Jos. Assemani, Bibl. Orient, p. 181 and 402. Also in Calendaria Univ. t. 5, p. 387, and Orsi, l. 27, n. 6, t. 12, p. 9.

Note 1. The death of Sapor II. in 380, put an end to the great persecution in Persia, which had raged forty years; and the church there enjoyed a kind of peace under the following reigns of Artaxerxes II. for four years, Sapor III. five years, Varanes or Vararanes IV. eleven years, and Isdegerdes I. twenty-one years. This last prince was particularly favourable to the Christians, and in the government of his empire often paid great deference to the councils of St. Maruthas of Mesopotamia, and Abdas, bishop of the royal city, (as Theodoret and Theophanes mention,) till, towards the close of his reign, Abdas the bishop, by an indiscreet and unjustifiable zeal, set fire to a pagan temple; and, because he refused to rebuild it at the expense of the Christians, (which would have been positively to concur to idolatry and superstition,) he gave occasion not only to his own death, but also to a cruel persecution begun by Isdegerdes, and carried on by his son and successor, Vararanes V. from the first year of his reign, in 421, to 427, when, being defeated by the troops of Theodosius the Younger, he was compelled to restore peace to the Church of Persia, as Barebræus, commonly called Albupharagius, and other Syrian writers relate: which account agrees with Theodoret and Cyril, the author of the life of St. Euthymius, contemporary and neighbouring Greek historians. Stephen Assemani assures us, that he saw in the East several valuable acts of martyrs who suffered in the persecution of Vararanes V., but could only procure those of St. Maharsapor, and of St. James Intercisus. [back]

Note 2. Num. xxiii. 10. [back]

Note 3. Prov. x. 28. [back]

Note 4. Ps. xv. 9. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XI: November. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/11/272.html

James Intercisus M (RM)

Died 421. 'Intercisus' means 'cut to pieces,' which is precisely what happened to James, a courtier of the Persian King Yezdigerd I in 421. How much of the legend is true, we're not sure. It seems that it is comprised of the stories of three martyrs who died about the same time: James Intercisus, Mar Peros, and James the Notary. Once again we are reminded of the opening line of H. P. Van der Speeten's The Life of Saint Catherine of Alexandria: "Legend knows what history doesn't."



King Yezdigerd began to persecute Christians in 420. To his later shame, James of Beit decided it was politically expedient to apostatize from Christianity. When Yezdigerd died, the parents (or mother and wife) of the faithless courtier wrote to their son:

"We have been told that you have abandoned the eternal God so that you might win the favor of an earthly king and the possession of the perishable riches of this world. We have only one question to ask you, and please answer it. This king, for whom you made so great a sacrifice, where is he now? He is dead, like any other man. He is dust. What can you expect to receive from him now? Can he save you from eternal torture? If you persevere in your apostasy, you will, like him, fall into the hands of an avenging God, and we will withdraw from you just as you have withdrawn from God. We ourselves want nothing more to do with you. It is all over. We no longer exist for you."

Ashamed, James quit the court of Yezdigerd's successor, King Bahram. Learning the James had become a Christian again, Bahram debated with his counsellors what to do with James, and they decreed that unless he once again denied his faith, the saint should be hung from a beam and his body slowly cut to pieces. Those commissioned to perform this cruel deed tried to make him give way. "This supposedly painful death is but little to pay for eternal life," replied James.

In 448, when the Christian Mar Peros apostatized to save his skin, he was treated by his family in the same way. Filled with remorse, he loudly proclaimed his Christian faith, was denounced, and executed.

Those are the principal variants of the great legend of James Intercisus, though, he never really had to repent because he never denied his faith.

James of Karka was a good-looking, 20-year-old notary to king Bahram V. His heart was dedicated to God and he remarked, off-handedly as people do, that he would rather be cut into small pieces than to say "yes" to men and "no" to God. One day he and 15 others were imprisoned for the faith, interrogated and tortured. But James stood his ground and so did the others thanks to his example.

All winter they had to care for the king's elephants--quite a change from court life. In the spring, after celebrating Lent and Easter in the silence of their prison cells, they were sent to work on the new road that was being built to the king's summer residence. They worked like slaves, cutting rocks and breaking stones, whipped and harassed by the overseers. "I would rather be cut up into small pieces. . . ." James would remind himself.

When the king ordered them to apostatize, they bowed down with oriental politeness, but refused. After this, their punishments were increased. They were made to work barefoot and given less to eat. But the crew of Christians stood firm. Then they were handed over to Mihrschabur, who boasted that he would make them renounce their faith without the help of blows or executions.

One night he stripped them naked, bound them hand and foot, and left them on a mountain. After a week many had lost consciousness and their resolve was weakened. Mihrschabur repeated, "Worship the sun, or you will be dragged by your feet through the mountains, and your bodies will be torn to pieces on the stones until only your bones will be left at the end of the rope."

"But what does that matter?" thought James. "Christ died for us, and he lives in us. Some of his companions relented and worshipped the sun (though they later repented). Soon only James was left resolute in his faith.

He, however, was released with the apostates and with energized zeal went to comfort the bishops who had suffered in the persecutions. His house was used as a secret church until the day when a spy among his friends told the king that James had not abjured the faith.

And so one day the police knocked on James' door. "So you still have not given up your faith?" "God preserve me from doing so! I never denied it, and never will. My faith is my life, just as it was the life of my fathers." And so James was again arrested.

In prison he was beaten unmercifully and tortured in other ways, but he still refused to deny Christ. According to the Syrian text this took place during the winter, when the skies were heavy with rain. When ordered by the judge to worship the sun, he responded, "Are you blind? Show me the sun that you want me to worship."

"And where is the God that you worship," asked the judge.

"You are not worthy to know it. But so that you won't think me a fool, let me tell you that my God is invisible in his nature and divinity. He shows himself to his people by his grace, providence, and aid. He lives in the souls of those who believe in him."

"Silence!" shouted the judge. "Do you refuse to worship the fire which you can see before you?"

"Order your people to carry the fire out into the rain. If it continues to burn, and is not put out by the rain, then I will admit that you are right. But if the clouds hide the sun and the rain puts out the fire, then the sun and the rain are not God, they are only our servants."

Furious the judge replied, "You are insulting the king who worships and serves fire!"

James answered calmly, "Let the king worship the God who gave him his life, his crown, and his power."

When King Bahram heard of this, he had James brought before him and said: "Haven't you abjured the faith of the Nazarene?"

"No," replied James, calmly and resolutely, "I have not, and I never will. I would rather be cut up into small pieces. . . ." Then the king interrupted with authority, "Very well, you shall be delivered to the torture of the nine deaths."

James didn't flinch for he had been preparing himself to bear witness to Jesus. He humbly reminded the king that his father, Jezdgerd, had also persecuted the Christians and that he had died abandoned by everyone and without burial, a terrible fate.

The writ was signed--it had been prepared a long time ago. James, the rebel against Mazdaism, was handed over to a eunuch assisted by two high priests and a secretary. Along the road that led to the place of torture (the road of Slik-Charobta) the crowd called out for him to obey the king and save his life.

Their efforts were futile for James had long preferred the eternal life of Jesus Christ to the pleasures of short-lived youth. The little group of Christian brothers followed the turbulent crowd in silence. When they arrived at the place of torture, a song rose up, like a choir of old, the song of the Church at prayer:

"O Lord, mighty God, you who give strength to the weak and health to the sick, you who give life to the infirm and the dying, you who save those who are perishing, come to the aid of your servant and make him emerge the victor of this fearful fight. May he triumph for your glory, O Christ, Prince of victors, King of martyrs!"

James prayed in silence and then offered his body to the executioner. So they began slowly to cut pieces from his body. When they cut off his thumb, he began to pray: "O Savior, receive a branch of this tree. Let it die, corrupt in the grave and bud again, before being covered in glory."

His fingers were cut off--the first death. Many Christians and others in the crowd begged James to give way. But the saint said, "When I had all my fingers and could write and work I did not abjure my faith. Why should I now?"

They cut off his toes--the second death; and his hands, the third. Still James continued to pray, offering each hacked off piece of his body to God. Raising his amputated wrists to heaven, he offered to God everything that was good that this divine gift of human hands could perform--the hands of artists, workers, doctors, priests, mothers--and united with Christ expiated all the evil done by human hands, including thief and murder. He saw two hands lying on the ground and thought of Christ's hands pierced for the salvation of the world.

The fourth death entailed the severing of his feet. He thought of the blessedness of those who bring the Gospel, and the evil of the feet of conquerors and invaders. Then his arms were cut off at the elbow--the fifth death--and his legs at the knees, the sixth death. The martyr, full of pain and the love of God, did not utter a cry. He looked at his bleeding limbs, then at the crowd of fainting women, crying children, laughing youths, and praying Christians. And as the Christians prayed, they thought that tomorrow it might be their turn, but that the way of the Cross was always firmly fixed in the life of a saint, in his heart and in his flesh, and that nothing was spared those who followed in the footsteps of our crucified Master.

The seventh death took his ears; the eighth, his nose. Yet the saint refused mercy and continued to pray:

"O God, you see me here with my limbs scattered. I have no fingers to clasp in prayer to you; I have no hands to stretch towards you; I have no feet nor legs nor arms. I am like a ruined house, whose walls are all that remain. O Lord, turn your anger from me and from your people! Give peace and rest to your flock that are persecuted and scattered by tyrants. Gather them together from the ends of the earth. Then I, the least of your servants, will bless and praise you with all the martyrs and confessors, from the East and from the West, from the North and from the South. Praise be to God, the Son, and Holy Spirit, world without end. Amen!"

As he said "Amen!" his head was cut off--the ninth and last death. His dead body lay in no fewer than 28 pieces, but his soul was then born into heaven. He was dead to all the sweet sights, sounds and smells of the world that give joy to life, but he was alive in God.

After his death, the Christians offered a considerable sum to obtain the martyr's relics, but were not allowed to redeem them. Nevertheless, they waited for an opportunity and carried them off by stealth. They placed all 28 pieces with the trunk and linen covered with his congealed blood into a chest or urn. The faithful buried his remains in a place unknown to the heathens.

The price of love is high. It costs little to love a little. It costs a lot more to love a lot; it costs everything to love God above all. May we all come to know this and willingly give up everything for the love of our Redeemer (Attwater 2, Benedictines, Bentley, Coulson, Encyclopedia, Husenbeth).

Saint James is portrayed as a young man cut to pieces before the Persian king; at times he is bearded and wears a Persian cap (Roeder).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1127.shtml

San Giacomo l'Interciso (il Solitario) Martire in Persia


Originario di Beth Lapat, nel Beth Huzaye (Huzistan), Giacomo occupava un posto ragguardevole alla corte di Yazdegerd I. Per non aver guai apostatò dalle fede cristiana che condivideva con sua madre e la sua sposa. Non appena queste lo seppero, gli inviarono una lettera e questo bastò a farlo ritornare alla fede. Sorpreso un giorno a leggere le Sacre Scritture, fu denunciato al re. Sottoposto a un lungo interrogatorio, confessò coraggiosamente la sua fede. Irritato da tale ostinazione, il re lo condannò al supplizio che gli meritò il soprannome di interciso, cioè a quello dell'amputazione successiva delle dita delle mani e dei piedi, quindi dei piedi, delle mani, delle braccia e delle gambe. Il martirio si concluse con la decapitazione. Il re di Persia, poi, ordinò di bruciare le reliquie del martire e di disperderle ma alcuni cristiani riuscirono a impadronirsene e le trasportarono a Gerusalemme. (Avvenire)

Martirologio Romano: In Persia, san Giacomo, detto l’Interciso, martire, che, al tempo dell’imperatore Teodosio il Giovane, aveva rinnegato Cristo in ossequio al re Iasdigerd, ma, aspramente rimproverato da sua madre e dalla moglie, si pentì e professò coraggiosamente la sua fede cristiana davanti a Varam, figlio e successore del sovrano di Persia, che, adirato, pronunciò contro di lui la sentenza di morte ordinando che fosse tagliato a pezzi e infine decapitato. 

Originario di Beth Lapat, nel Beth Huzaye (Huzistan), Giacomo occupava un posto ragguardevole alla corte di Yazdegerd I. Per non aver guai apostatò dalle fede cristiana che condivideva con sua madre e la sua sposa. Non appena queste lo seppero ,gli inviarono una lettera per farlo rinsavire e questo bastò a farlo ritornare ,e con più fervore, alla fede primitiva. Sorpreso un giorno a leggere le Sacre Scritture, fu denunciato al re. Sottoposto a un lungo interrogatorio, confessò coraggiosamente la sua fede. Irritato da tale ostinazione, il re lo condannò al terribile supplizio che gli meritò il soprannome di interciso , cioè a quello dell’amputazione successiva delle dita delle mani e dei piedi ,quindi dei piedi, delle mani, delle braccia e delle gambe. Ogni nuovo supplizio fu accompagnato da un’invocazione di Giacomo al Signore attinta da un versetto biblico! Il martirio si concluse con la decapitazione, Avendo poi il re di Persia scoperto che i cristiani rendevano culto alle reliquie dei martiri, ordinò di bruciare i resti di Giacomo e di disperderli ma alcuni cristiani riuscirono a impadronirsene e li trasportarono a Gerusalemme dove arrivarono dopo 40 giorni di cammino e furono poste nel monastero degli Ibèri ( presso la cittadella o “Torre di Davide” ), fondato da Pietro l’Iberico, monofisita. Quando questi,in seguito al Concilio di Calcedonia, fu espulso da Gerusalemme, portò con sé in Egitto le reliquie di Giacomo. 

E’ commemorato il 27 novembre.

Autore: 
Paola Cristofari




Voir aussi : http://acatholicview.blogspot.ca/2012/11/st-james-intercisus.html

mardi 26 novembre 2013

Pape FRANÇOIS. EVANGELII GAUDIUM



EXHORTATION APOSTOLIQUE 

EVANGELII GAUDIUM 

DU PAPE
FRANÇOIS 

AUX ÉVÊQUES
AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES
AUX PERSONNES CONSACRÉES
ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS

SUR L'ANNONCE DE L'ÉVANGILE
DANS LE MONDE D'AUJOURD'HUI

TABLE DES MATIÈRES




















Un peuple pour tous [112-114] 



2. L’homélie [135-144] 







































1. La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. Dans cette Exhortation je désire m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années.

1. Une joie qui se renouvelle et se communique

2. Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie. Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité.

3. J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclus de la joie que nous apporte le Seigneur ».[1] Celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas, et quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ouverts. C’est le moment pour dire à Jésus Christ : « Seigneur, je me suis laissé tromper, de mille manières j’ai fui ton amour, cependant je suis ici une fois encore pour renouveler mon alliance avec toi. J’ai besoin de toi. Rachète-moi de nouveau Seigneur, accepte-moi encore une fois entre tes bras rédempteurs ». Cela nous fait tant de bien de revenir à lui quand nous nous sommes perdus ! J’insiste encore une fois : Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde. Celui qui nous a invités à pardonner « soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 22) nous donne l’exemple : il pardonne soixante-dix fois sept fois. Il revient nous charger sur ses épaules une fois après l’autre. Personne ne pourra nous enlever la dignité que nous confère cet amour infini et inébranlable. Il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la joie. Ne fuyons pas la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, advienne que pourra. Rien ne peut davantage que sa vie qui nous pousse en avant !

4. Les livres de l’Ancien Testament avaient annoncé la joie du salut, qui serait devenue surabondante dans les temps messianiques. Le prophète Isaïe s’adresse au Messie attendu en le saluant avec joie : « Tu as multiplié la nation, tu as fait croître sa joie » (9, 2). Et il encourage les habitants de Sion à l’accueillir parmi les chants : « Pousse des cris de joie, des clameurs » (12, 6). Qui l’a déjà vu à l’horizon, le prophète l’invite à se convertir en messager pour les autres : « Monte sur une haute montagne, messagère de Sion ; élève et force la voix, messagère de Jérusalem » (40, 9). Toute la création participe à cette joie du salut : « Cieux criez de joie, terre, exulte, que les montagnes poussent des cris, car le Seigneur a consolé son peuple, il prend en pitié ses affligés » (49, 13).

Voyant le jour du Seigneur, Zacharie invite à acclamer le Roi qui arrive, « humble, monté sur un âne » : « Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux » (Za 9, 9). Cependant, l’invitation la plus contagieuse est peut-être celle du prophète Sophonie, qui nous montre Dieu lui-même comme un centre lumineux de fête et de joie qui veut communiquer à son peuple ce cri salvifique. Relire ce texte me remplit de vie : « Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur ! Il exultera pour toi de joie, il tressaillera dans son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie » (3, 17).

C’est la joie qui se vit dans les petites choses de l’existence quotidienne, comme réponse à l’invitation affectueuse de Dieu notre Père : « Mon fils, dans la mesure où tu le peux, traite-toi bien […] Ne te prive pas du bonheur d’un jour » (Si 14, 11.14). Que de tendresse paternelle s’entrevoit derrière ces paroles !

5. L’Évangile, où resplendit glorieuse la Croix du Christ, invite avec insistance à la joie. Quelques exemples suffisent : « Réjouis-toi » est le salut de l’ange à Marie (Lc 1, 28). La visite de Marie à Élisabeth fait en sorte que Jean tressaille de joie dans le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41). Dans son cantique, Marie proclame : « Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47). Quand Jésus commence son ministère, Jean s’exclame : « Telle est ma joie, et elle est complète » (Jn 3, 29). Jésus lui-même « tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit-Saint » (Lc 10, 21). Son message est source de joie : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15, 11). Notre joie chrétienne jaillit de la source de son cœur débordant. Il promet aux disciples : « Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie » (Jn 16, 20). Et il insiste : « Je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera (Jn 16, 22). Par la suite, les disciples, le voyant ressuscité « furent remplis de joie » (Jn 20, 20). Le Livre des Actes des Apôtres raconte que dans la première communauté ils prenaient « leur nourriture avec allégresse » (Ac 2, 46). Là où les disciples passaient « la joie fut vive » (8, 8), et eux, dans les persécutions « étaient remplis de joie » (13, 52). Un eunuque, qui venait d’être baptisé, poursuivit son chemin tout joyeux » (8, 39), et le gardien de prison « se réjouit avec tous les siens d’avoir cru en Dieu » (16, 34). Pourquoi ne pas entrer nous aussi dans ce fleuve de joie ?

6. Il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques. Cependant, je reconnais que la joie ne se vit pas de la même façon à toutes les étapes et dans toutes les circonstances de la vie, parfois très dure. Elle s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout. Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter, cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis : « Mon âme est exclue de la paix, j’ai oublié le bonheur ! […] Voici ce qu’à mon cœur je rappellerai pour reprendre espoir : les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées ; elles se renouvellent chaque matin, grande est sa fidélité ! […] Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur » (Lm 3, 17.21-23.26).

7. La tentation apparaît fréquemment sous forme d’excuses et de récriminations, comme s’il devrait y avoir d’innombrables conditions pour que la joie soit possible. Ceci arrive parce que « la société technique a pu multiplier les occasions de plaisir, mais elle a bien du mal à secréter la joie ».[2] Je peux dire que les joies les plus belles et les plus spontanées que j’ai vues au cours de ma vie sont celles de personnes très pauvres qui ont peu de choses auxquelles s’accrocher. Je me souviens aussi de la joie authentique de ceux qui, même dans de grands engagements professionnels, ont su garder un cœur croyant, généreux et simple. De diverses manières, ces joies puisent à la source de l’amour toujours plus grand de Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ. Je ne me lasserai jamais de répéter ces paroles de Benoît XVI qui nous conduisent au cœur de l’Évangile : « À l’origine du fait d’être chrétien il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ».[3]

8. C’est seulement grâce à cette rencontre – ou nouvelle rencontre – avec l’amour de Dieu, qui se convertit en heureuse amitié, que nous sommes délivrés de notre conscience isolée et de l’auto-référence. Nous parvenons à être pleinement humains quand nous sommes plus qu’humains, quand nous permettons à Dieu de nous conduire au-delà de nous-mêmes pour que nous parvenions à notre être le plus vrai. Là se trouve la source de l’action évangélisatrice. Parce que, si quelqu’un a accueilli cet amour qui lui redonne le sens de la vie, comment peut-il retenir le désir de le communiquer aux autres ?

2. La douce et réconfortante joie d’évangéliser

9. Le bien tend toujours à se communiquer. Chaque expérience authentique de vérité et de beauté cherche par elle-même son expansion, et chaque personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les besoins des autres. Lorsqu’on le communique, le bien s’enracine et se développe. C’est pourquoi, celui qui désire vivre avec dignité et plénitude n’a pas d’autre voie que de reconnaître l’autre et chercher son bien. Certaines expressions de saint Paul ne devraient pas alors nous étonner : « L’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14) ; « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1 Co 9, 16).

10. Il nous est proposé de vivre à un niveau supérieur, et pas pour autant avec une intensité moindre : « La vie augmente quand elle est donnée et elle s’affaiblit dans l’isolement et l’aisance. De fait, ceux qui tirent le plus de profit de la vie sont ceux qui mettent la sécurité de côté et se passionnent pour la mission de communiquer la vie aux autres ».[4] Quand l’Église appelle à l’engagement évangélisateur, elle ne fait rien d’autre que d’indiquer aux chrétiens le vrai dynamisme de la réalisation personnelle : « Nous découvrons ainsi une autre loi profonde de la réalité : que la vie s’obtient et se mûrit dans la mesure où elle est livrée pour donner la vie aux autres. C’est cela finalement la mission ».[5] Par conséquent, un évangélisateur ne devrait pas avoir constamment une tête d’enterrement. Retrouvons et augmentons la ferveur, « la douce et réconfortante joie d’évangéliser, même lorsque c’est dans les larmes qu’il faut semer […] Que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux, mais de ministres de l’Évangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçu en eux la joie du Christ ».[6]

Une éternelle nouveauté

11. Une annonce renouvelée donne aux croyants, même à ceux qui sont tièdes ou qui ne pratiquent pas, une nouvelle joie dans la foi et une fécondité évangélisatrice. En réalité, son centre ainsi que son essence, sont toujours les mêmes : le Dieu qui a manifesté son amour immense dans le Christ mort et ressuscité. Il rend ses fidèles toujours nouveaux, bien qu’ils soient anciens : « Ils renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s’épuiser, ils marchent sans se fatiguer » (Is 40, 31). Le Christ est « la Bonne Nouvelle éternelle » (Ap 14, 6), et il est « le même hier et aujourd’hui et pour les siècles » (He 13, 8), mais sa richesse et sa beauté sont inépuisables. Il est toujours jeune et source constante de nouveauté. L’Église ne cesse pas de s’émerveiller de « l’abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! » (Rm 11, 33). Saint Jean de la Croix disait : « Cette épaisseur de sagesse et de science de Dieu est si profonde et immense que, bien que l’âme en connaisse quelque chose, elle peut pénétrer toujours plus en elle ».[7] Ou encore, comme l’affirmait saint Irénée : « Dans sa venue, [le Christ] a porté avec lui toute nouveauté ».[8] Il peut toujours, avec sa nouveauté, renouveler notre vie et notre communauté, et même si la proposition chrétienne traverse des époques d’obscurité et de faiblesse ecclésiales, elle ne vieillit jamais. Jésus Christ peut aussi rompre les schémas ennuyeux dans lesquels nous prétendons l’enfermer et il nous surprend avec sa constante créativité divine. Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. En réalité, toute action évangélisatrice authentique est toujours « nouvelle ».

12. Bien que cette mission nous demande un engagement généreux, ce serait une erreur de la comprendre comme une tâche personnelle héroïque, puisque l’œuvre est avant tout la sienne, au-delà de ce que nous pouvons découvrir et comprendre. Jésus est « le tout premier et le plus grand évangélisateur ».[9] Dans toute forme d’évangélisation, la primauté revient toujours à Dieu, qui a voulu nous appeler à collaborer avec lui et nous stimuler avec la force de son Esprit. La véritable nouveauté est celle que Dieu lui-même veut produire de façon mystérieuse, celle qu’il inspire, celle qu’il provoque, celle qu’il oriente et accompagne de mille manières. Dans toute la vie de l’Église, on doit toujours manifester que l’initiative vient de Dieu, que c’est « lui qui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19) et que « c’est Dieu seul qui donne la croissance » (1 Co 3, 7). Cette conviction nous permet de conserver la joie devant une mission aussi exigeante qui est un défi prenant notre vie dans sa totalité. Elle nous demande tout, mais en même temps elle nous offre tout.

13. Nous ne devrions pas non plus comprendre la nouveauté de cette mission comme un déracinement, comme un oubli de l’histoire vivante qui nous accueille et nous pousse en avant. La mémoire est une dimension de notre foi que nous pourrions appeler « deutéronomique », par analogie avec la mémoire d’Israël. Jésus nous laisse l’Eucharistie comme mémoire quotidienne de l’Église, qui nous introduit toujours plus dans la Pâque (cf. Lc 22, 19). La joie évangélisatrice brille toujours sur le fond de la mémoire reconnaissante : c’est une grâce que nous avons besoin de demander. Les Apôtres n’ont jamais oublié le moment où Jésus toucha leur cœur : « C’était environ la dixième heure » (Jn 1, 39). Avec Jésus, la mémoire nous montre une véritable « multitude de témoins » (He 12, 1). Parmi eux, on distingue quelques personnes qui ont pesé de façon spéciale pour faire germer notre joie croyante : « Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu » (He 13, 7). Parfois, il s’agit de personnes simples et proches qui nous ont initiés à la vie de la foi : « J’évoque le souvenir de la foi sans détours qui est en toi, foi qui, d’abord, résida dans le cœur de ta grand-mère Loïs et de ta mère Eunice » (2 Tm 1, 5). Le croyant est fondamentalement « quelqu’un qui fait mémoire ».

3. La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi

14. À l’écoute de l’Esprit, qui nous aide à reconnaître, communautairement, les signes des temps, du 7 au 28 octobre 2012, a été célébrée la XIIIème Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques sur le thème La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. On y a rappelé que la nouvelle évangélisation appelle chacun et se réalise fondamentalement dans trois domaines.[10] En premier lieu, mentionnons le domaine de la pastorale ordinaire, « animée par le feu de l’Esprit, pour embraser les cœurs des fidèles qui fréquentent régulièrement la Communauté et qui se rassemblent le jour du Seigneur pour se nourrir de sa Parole et du Pain de la vie éternelle ».[11] Il faut aussi inclure dans ce domaine les fidèles qui conservent une foi catholique intense et sincère, en l’exprimant de diverses manières, bien qu’ils ne participent pas fréquemment au culte. Cette pastorale s’oriente vers la croissance des croyants, de telle sorte qu’ils répondent toujours mieux et par toute leur vie à l’amour de Dieu. En second lieu, rappelons le domaine des « personnes baptisées qui pourtant ne vivent pas les exigences du baptême »,[12] qui n’ont pas une appartenance du cœur à l’Église et ne font plus l’expérience de la consolation de la foi. L’Église, en mère toujours attentive, s’engage pour qu’elles vivent une conversion qui leur restitue la joie de la foi et le désir de s’engager avec l’Évangile.

Enfin, remarquons que l’évangélisation est essentiellement liée à la proclamation de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ ou l’ont toujours refusé. Beaucoup d’entre eux cherchent Dieu secrètement, poussés par la nostalgie de son visage, même dans les pays d’ancienne tradition chrétienne. Tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais « par attraction ».[13]

15. Jean-Paul II nous a invité à reconnaître qu’il « est nécessaire de rester tendus vers l’annonce » à ceux qui sont éloignés du Christ, « car telle est la tâche première de l’Église ».[14] L’activité missionnaire « représente, aujourd’hui encore, le plus grand des défis pour l’Église »[15] et « la cause missionnaire doit avoir la première place ».[16] Que se passerait-il si nous prenions réellement au sérieux ces paroles ? Nous reconnaîtrions simplement que l’action missionnaire est le paradigme de toute tâche de l’Église. Dans cette ligne, les évêques latino-américains ont affirmé que « nous ne pouvons plus rester impassibles, dans une attente passive, à l’intérieur de nos églises »,[17] et qu’il est nécessaire de passer « d’une pastorale de simple conservation à une pastorale vraiment missionnaire ».[18] Cette tâche continue d’être la source des plus grandes joies pour l’Église : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir » (Lc 15, 7).

Propositions et limites de cette Exhortation

16. J’ai accepté avec plaisir l’invitation des Pères synodaux à rédiger la présente Exhortation.[19] En le faisant, je recueille la richesse des travaux du Synode. J’ai aussi consulté différentes personnes, et je compte en outre exprimer les préoccupations qui m’habitent en ce moment concret de l’œuvre évangélisatrice de l’Église. Les thèmes liés à l’évangélisation dans le monde actuel qui pourraient être développés ici sont innombrables. Mais j’ai renoncé à traiter de façon détaillée ces multiples questions qui doivent être l’objet d’étude et d’approfondissement attentif. Je ne crois pas non plus qu’on doive attendre du magistère papal une parole définitive ou complète sur toutes les questions qui concernent l’Église et le monde. Il n’est pas opportun que le Pape remplace les Épiscopats locaux dans le discernement de toutes les problématiques qui se présentent sur leurs territoires. En ce sens, je sens la nécessité de progresser dans une “décentralisation” salutaire.

17. Ici, j’ai choisi de proposer quelques lignes qui puissent encourager et orienter dans toute l’Église une nouvelle étape évangélisatrice, pleine de ferveur et de dynamisme. Dans ce cadre, et selon la doctrine de la Constitution dogmatique Lumen gentium, j’ai décidé, entre autres thèmes, de m’arrêter amplement sur les questions suivantes :

a) La réforme de l’Église en ‘sortie’ missionnaire.
b) Les tentations des agents pastoraux.
c) L’Église comprise comme la totalité du peuple de Dieu qui évangélise.
d) L’homélie et sa préparation.
e) L’insertion sociale des pauvres.
f) La paix et le dialogue social.
g) Les motivations spirituelles pour la tâche missionnaire.

18. Je me suis étendu sur ces thèmes avec un développement qui pourra peut-être paraître excessif. Je ne l’ai pas fait dans l’intention d’offrir un traité, mais seulement pour montrer l’importante incidence pratique de ces thèmes sur la mission actuelle de l’Église. Tous en effet aident à tracer les contours d’un style évangélisateur déterminé que j’invite à assumer dans l’accomplissement de toute activité. Et ainsi, de cette façon, nous pouvons accueillir, dans notre travail quotidien, l’exhortation de la Parole de Dieu : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous » (Ph 4, 4).

Chapitre I

La transformation missionnaire de l’Église

19. L’évangélisation obéit au mandat missionnaire de Jésus : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20a). Dans ces versets, on présente le moment où le Ressuscité envoie les siens prêcher l’Évangile en tout temps et en tout lieu, pour que la foi en lui se répande en tout point de la terre.

1. Une Église « en sortie » / « en partance »

20. Dans la Parole de Dieu apparaît constamment ce dynamisme de “la sortie” que Dieu veut provoquer chez les croyants. Abraham accepta l’appel à partir vers une terre nouvelle (cf. Gn 12,1-3). Moïse écouta l’appel de Dieu : « Va, je t’envoie » (Ex 3,10) et fit sortir le peuple vers la terre promise (cf. Ex 3, 17). À Jérémie il dit : « Vers tous ceux à qui je t’enverrai, tu iras » (Jr 1, 7). Aujourd’hui, dans cet “ allez ” de Jésus, sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Église, et nous sommes tous appelés à cette nouvelle “sortie” missionnaire. Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin que le Seigneur demande, mais nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile.

21. La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire. Les soixante-dix disciples en font l’expérience, eux qui reviennent de la mission pleins de joie (cf. Lc 10, 17). Jésus la vit, lui qui exulte de joie dans l’Esprit Saint et loue le Père parce que sa révélation rejoint les pauvres et les plus petits (cf. Lc 10, 21). Les premiers qui se convertissent la ressentent, remplis d’admiration, en écoutant la prédication des Apôtres « chacun dans sa propre langue » (Ac 2, 6) à la Pentecôte. Cette joie est un signe que l’Évangile a été annoncé et donne du fruit. Mais elle a toujours la dynamique de l’exode et du don, du fait de sortir de soi, de marcher et de semer toujours de nouveau, toujours plus loin. Le Seigneur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc 1, 38). Quand la semence a été semée en un lieu, il ne s’attarde pas là pour expliquer davantage ou pour faire d’autres signes, au contraire l’Esprit le conduit à partir vers d’autres villages.

22. La parole a en soi un potentiel que nous ne pouvons pas prévoir. L’Évangile parle d’une semence qui, une fois semée, croît d’elle-même, y compris quand l’agriculteur dort (cf. Mc 4, 26-29). L’Église doit accepter cette liberté insaisissable de la Parole, qui est efficace à sa manière, et sous des formes très diverses, telles qu’en nous échappant elle dépasse souvent nos prévisions et bouleverse nos schémas.

23. L’intimité de l’Église avec Jésus est une intimité itinérante, et la communion « se présente essentiellement comme communion missionnaire ».[20] Fidèle au modèle du maître, il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu. C’est ainsi que l’ange l’annonce aux pasteurs de Bethléem : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple » (Lc 2, 10). L’Apocalypse parle d’« une Bonne Nouvelle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, à toute nation, race, langue et peuple » (Ap 14, 6).

Prendre l’initiative, s’impliquer, accompagner, porter du fruit et fêter

24. L’Église « en sortie » est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent. « Primerear – prendre l’initiative » : veuillez m’excuser pour ce néologisme. La communauté évangélisatrice expérimente que le Seigneur a pris l’initiative, il l’a précédée dans l’amour (cf. 1Jn 4, 10), et en raison de cela, elle sait aller de l’avant, elle sait prendre l’initiative sans crainte, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus. Pour avoir expérimenté la miséricorde du Père et sa force de diffusion,elle vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde. Osons un peu plus prendre l’initiative ! En conséquence, l’Église sait “s’impliquer”. Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Le Seigneur s’implique et implique les siens, en se mettant à genoux devant les autres pour les laver. Mais tout de suite après il dit à ses disciples : « Heureux êtes-vous, si vous le faites » (Jn 13, 17). La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres,elle raccourcit les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple.Les évangélisateurs ont ainsi “l’odeur des brebis” et celles-ci écoutent leur voix. Ensuite, la communauté évangélisatrice se dispose à “accompagner”. Elle accompagne l’humanité en tous ses processus, aussi durs et prolongés qu’ils puissent être. Elle connaît les longues attentes et la patience apostolique. L’évangélisation a beaucoup de patience, et elle évite de ne pas tenir compte des limites. Fidèle au don du Seigneur, elle sait aussi “fructifier”. La communauté évangélisatrice est toujours attentive aux fruits, parce que le Seigneur la veut féconde. Il prend soin du grain et ne perd pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie parmi le grain n’a pas de réactions plaintives ni alarmistes. Il trouve le moyen pour faire en sorte que la Parole s’incarne dans une situation concrète et donne des fruits de vie nouvelle, bien qu’apparemment ceux-ci soient imparfaits et inachevés. Le disciple sait offrir sa vie entière et la jouer jusqu’au martyre comme témoignage de Jésus-Christ ; son rêve n’est pas d’avoir beaucoup d’ennemis, mais plutôt que la Parole soit accueillie et manifeste sa puissance libératrice et rénovatrice. Enfin, la communauté évangélisatrice, joyeuse, sait toujours “fêter”. Elle célèbre et fête chaque petite victoire, chaque pas en avant dans l’évangélisation. L’évangélisation joyeuse se fait beauté dans la liturgie, dans l’exigence quotidienne de faire progresser le bien. L’Église évangélise et s’évangélise elle-même par la beauté de la liturgie, laquelle est aussi célébration de l’activité évangélisatrice et source d’une impulsion renouvelée à se donner.

2. Pastorale en conversion

25. Je n’ignore pas qu’aujourd’hui les documents ne provoquent pas le même intérêt qu’à d’autres époques, et qu’ils sont vite oubliés. Cependant, je souligne que ce que je veux exprimer ici a une signification programmatique et des conséquences importantes. J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont. Ce n’est pas d’une « simple administration »[21] dont nous avons besoin. Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en un « état permanent de mission ».[22]

26. Paul VI a invité à élargir l’appel au renouveau, pour exprimer avec force qu’il ne s’adressait pas seulement aux individus, mais à l’Église entière. Rappelons-nous ce texte mémorable qui n’a pas perdu sa force interpellante : « L’heure sonne pour l’Église d’approfondir la conscience qu’elle a d’elle-même, de méditer sur le mystère qui est le sien […] De cette conscience éclairée et agissante dérive un désir spontané de confronter à l’image idéale de l’Église, telle que le Christ la vit, la voulut et l’aima, comme son Épouse sainte et immaculée (cf. Ep 5,27), le visage réel que l’Église présente aujourd’hui. […] De là naît un désir généreux et comme impatient de renouvellement, c'est-à-dire de correction des défauts que cette conscience en s’examinant à la lumière du modèle que le Christ nous en a laissé, dénonce et rejette ».[23]
Le Concile Vatican II a présenté la conversion ecclésiale comme l’ouverture à une réforme permanente de soi par fidélité à Jésus-Christ : « Toute rénovation de l’Église consiste essentiellement dans une fidélité plus grande à sa vocation […] L’Église au cours de son pèlerinage, est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a perpétuellement besoin en tant qu’institution humaine et terrestre ».[24]

Il y a des structures ecclésiales qui peuvent arriver à favoriser un dynamisme évangélisateur ; également, les bonnes structures sont utiles quand une vie les anime, les soutient et les guide. Sans une vie nouvelle et un authentique esprit évangélique, sans “fidélité de l’Église à sa propre vocation”, toute nouvelle structure se corrompt en peu de temps.

Un renouveau ecclésial qu’on ne peut différer

27. J’imagine un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale devienne un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié. Comme le disait Jean-Paul II aux évêques de l’Océanie, « tout renouvellement dans l’Église doit avoir pour but la mission, afin de ne pas tomber dans le risque d’une Église centrée sur elle-même ».[25]

28. La paroisse n’est pas une structure caduque ; précisément parce qu’elle a une grande plasticité, elle peut prendre des formes très diverses qui demandent la docilité et la créativité missionnaire du pasteur et de la communauté. Même si, certainement, elle n’est pas l’unique institution évangélisatrice, si elle est capable de se réformer et de s’adapter constamment, elle continuera à être « l’Église elle-même qui vit au milieu des maisons de ses fils et de ses filles ».[26] Cela suppose que réellement elle soit en contact avec les familles et avec la vie du peuple et ne devienne pas une structure prolixe séparée des gens, ou un groupe d’élus qui se regardent eux-mêmes. La paroisse est présence ecclésiale sur le territoire, lieu de l’écoute de la Parole, de la croissance de la vie chrétienne, du dialogue, de l’annonce, de la charité généreuse, de l’adoration et de la célébration.[27] À travers toutes ses activités, la paroisse encourage et forme ses membres pour qu’ils soient des agents de l’évangélisation.[28] Elle est communauté de communautés, sanctuaire où les assoiffés viennent boire pour continuer à marcher, et centre d’un constant envoi missionnaire. Mais nous devons reconnaître que l’appel à la révision et au renouveau des paroisses n’a pas encore donné de fruits suffisants pour qu’elles soient encore plus proches des gens, qu’elles soient des lieux de communion vivante et de participation, et qu’elles s’orientent complètement vers la mission.

29. Les autres institutions ecclésiales, communautés de base et petites communautés, mouvements et autres formes d’associations, sont une richesse de l’Église que l’Esprit suscite pour évangéliser tous les milieux et secteurs. Souvent elles apportent une nouvelle ferveur évangélisatrice et une capacité de dialogue avec le monde qui rénovent l’Église. Mais il est très salutaire qu’elles ne perdent pas le contact avec cette réalité si riche de la paroisse du lieu, et qu’elles s’intègrent volontiers dans la pastorale organique de l’Église particulière.[29] Cette intégration évitera qu’elles demeurent seulement avec une partie de l’Évangile et de l’Église, ou qu’elles se transforment en nomades sans racines.

30. Chaque Église particulière, portion de l’Église Catholique sous la conduite de son Évêque, est elle aussi appelée à la conversion missionnaire. Elle est le sujet premier de l’évangélisation,[30] en tant qu’elle est la manifestation concrète de l’unique Église en un lieu du monde, et qu’en elle « est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique ».[31] Elle est l’Église incarnée en un espace déterminé, dotée de tous les moyens de salut donnés par le Christ, mais avec un visage local. Sa joie de communiquer Jésus Christ s’exprime tant dans sa préoccupation de l’annoncer en d’autres lieux qui en ont plus besoin, qu’en une constante sortie vers les périphéries de son propre territoire ou vers de nouveaux milieux sociaux-culturels.[32] Elle s’emploie à être toujours là où manquent le plus la lumière et la vie du Ressuscité.[33] Pour que cette impulsion missionnaire soit toujours plus intense, généreuse et féconde, j’exhorte aussi chaque Église particulière à entrer dans un processus résolu de discernement, de purification et de réforme.

31. L’évêque doit toujours favoriser la communion missionnaire dans son Église diocésaine en poursuivant l’idéal des premières communautés chrétiennes, dans lesquelles les croyants avaient un seul cœur et une seule âme (cf. Ac 4, 32). Par conséquent, parfois il se mettra devant pour indiquer la route et soutenir l’espérance du peuple, d’autres fois il sera simplement au milieu de tous dans une proximité simple et miséricordieuse, et en certaines circonstances il devra marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui sont restés en arrière et – surtout – parce que le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de nouveaux chemins. Dans sa mission de favoriser une communion dynamique, ouverte et missionnaire, il devra stimuler et rechercher la maturation des organismes de participation proposés par le Code de droit Canonique [34] et d’autres formes de dialogue pastoral, avec le désir d’écouter tout le monde, et non pas seulement quelques-uns, toujours prompts à lui faire des compliments. Mais l’objectif de ces processus participatifs ne sera pas principalement l’organisation ecclésiale, mais le rêve missionnaire d’arriver à tous.

32. Du moment que je suis appelé à vivre ce que je demande aux autres, je dois aussi penser à une conversion de la papauté. Il me revient, comme Évêque de Rome, de rester ouvert aux suggestions orientées vers un exercice de mon ministère qui le rende plus fidèle à la signification que Jésus-Christ entend lui donner, et aux nécessités actuelles de l’évangélisation. Le Pape Jean-Paul II demanda d’être aidé pour trouver une « forme d’exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l’essentiel de sa mission ».[35] Nous avons peu avancé en ce sens. La papauté aussi, et les structures centrales de l’Église universelle, ont besoin d’écouter l’appel à une conversion pastorale. Le Concile Vatican II a affirmé que, d’une manière analogue aux antiques Églises patriarcales, les conférences épiscopales peuvent « contribuer de façons multiples et fécondes à ce que le sentiment collégial se réalise concrètement ».[36] Mais ce souhait ne s’est pas pleinement réalisé, parce que n’a pas encore été suffisamment explicité un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique.[37] Une excessive centralisation, au lieu d’aider, complique la vie de l’Église et sa dynamique missionnaire.

33. La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du “on a toujours fait ainsi”. J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés. Une identification des fins sans une adéquate recherche communautaire des moyens pour les atteindre est condamnée à se traduire en pure imagination. J’exhorte chacun à appliquer avec générosité et courage les orientations de ce document, sans interdictions ni peurs. L’important est de ne pas marcher seul, mais de toujours compter sur les frères et spécialement sur la conduite des évêques, dans un sage et réaliste discernement pastoral.

3. À partir du cœur de l’Évangile

34. Si nous entendons tout mettre en terme missionnaire, cela vaut aussi pour la façon de communiquer le message. Dans le monde d’aujourd’hui, avec la rapidité des communications et la sélection selon l’intérêt des contenus opérés par les médias, le message que nous annonçons court plus que jamais le risque d’apparaître mutilé et réduit à quelques-uns de ses aspects secondaires. Il en ressort que certaines questions qui font partie de l’enseignement moral de l’Église demeurent en dehors du contexte qui leur donne sens. Le problème le plus grand se vérifie quand le message que nous annonçons semble alors identifié avec ces aspects secondaires qui, étant pourtant importants, ne manifestent pas en eux seuls le cœur du message de Jésus Christ. Donc, il convient d’être réalistes et de ne pas donner pour acquis que nos interlocuteurs connaissent le fond complet de ce que nous disons ou qu’ils peuvent relier notre discours au cœur essentiel de l’Évangile qui lui confère sens, beauté et attrait.

35. Une pastorale en terme missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines qu’on essaie d’imposer à force d’insister. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, qui réellement arrivent à tous sans exceptions ni exclusions, l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse.

36. Toutes les vérités révélées procèdent de la même source divine et sont crues avec la même foi, mais certaines d’entre elles sont plus importantes pour exprimer plus directement le cœur de l’Évangile. Dans ce cœur fondamental resplendit la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité. En ce sens, le Concile Vatican II a affirmé qu’ « il existe un ordre ou une ‘hiérarchie’ des vérités de la doctrine catholique, en raison de leur rapport différent avec le fondement de la foi chrétienne ».[38] Ceci vaut autant pour les dogmes de foi que pour l’ensemble des enseignements de l’Église, y compris l’enseignement moral.

37. Saint Thomas d’Aquin enseignait que même dans le message moral de l’Église il y a une hiérarchie, dans les vertus et dans les actes qui en procèdent.[39] Ici, ce qui compte c’est avant tout « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Les œuvres d’amour envers le prochain sont la manifestation extérieure la plus parfaite de la grâce intérieure de l’Esprit : « L’élément principal de la loi nouvelle c’est la grâce de l’Esprit Saint, grâce qui s’exprime dans la foi agissant par la charité ».[40] Par là il affirme que, quant à l’agir extérieur, la miséricorde est la plus grande de toutes les vertus : « En elle-même la miséricorde est la plus grande des vertus, car il lui appartient de donner aux autres, et, qui plus est, de soulager leur indigence ; ce qui est éminemment le fait d’un être supérieur. Ainsi se montrer miséricordieux est-il regardé comme le propre de Dieu, et c’est par là surtout que se manifeste sa toute-puissance ».[41]

38. Il est important de tirer les conséquences pastorales de l’enseignement conciliaire, qui recueille une ancienne conviction de l’Église. D’abord il faut dire que, dans l’annonce de l’Évangile, il est nécessaire de garder des proportions convenables. Ceci se reconnaît dans la fréquence avec laquelle sont mentionnés certains thèmes et dans les accents mis dans la prédication. Par exemple, si un curé durant une année liturgique parle dix fois sur la tempérance et seulement deux ou trois fois sur la charité ou sur la justice, il se produit une disproportion, par laquelle ces vertus, qui devraient être plus présentes dans la prédication et dans la catéchèse, sont précisément obscurcies. La même chose se passe quand on parle plus de la loi que de la grâce, plus de l’Église que de Jésus Christ, plus du Pape que de la Parole de Dieu.

39. Ainsi, commele caractère organique entre les vertus empêche d’exclure l’une d’elles de l’idéal chrétien, aucune vérité n’est niée. Il ne faut pas mutiler l’intégralité du message de l’Évangile. En outre, chaque vérité se comprend mieux si on la met en relation avec la totalité harmonieuse du message chrétien, et dans ce contexte toutes les vérités ont leur importance et s’éclairent réciproquement. Quand la prédication est fidèle à l’Évangile, la centralité de certaines vérités se manifeste clairement et il en ressort avec clarté que la prédication morale chrétienne n’est pas une éthique stoïcienne, elle est plus qu’une ascèse, elle n’est pas une simple philosophie pratique ni un catalogue de péchés et d’erreurs. L’Évangile invite avant tout à répondre au Dieu qui nous aime et qui nous sauve, le reconnaissant dans les autres et sortant de nous-mêmes pour chercher le bien de tous. Cette invitation n’est obscurcie en aucune circonstance ! Toutes les vertus sont au service de cette réponse d’amour. Si cette invitation ne resplendit pas avec force et attrait, l’édifice moral de l’Église court le risque de devenir un château de cartes, et là se trouve notre pire danger. Car alors ce ne sera pas vraiment l’Évangile qu’on annonce, mais quelques accents doctrinaux ou moraux qui procèdent d’options idéologiques déterminées. Le message courra le risque de perdre sa fraîcheur et de ne plus avoir “le parfum de l’Évangile”.

4. La mission qui s’incarne dans les limites humaines

40. L’Église qui est disciple-missionnaire, a besoin de croître dans son interprétation de la Parole révélée et dans sa compréhension de la vérité. La tâche des exégètes et des théologiens aide à « mûrir le jugement de l’Église ».[42] D’une autre façon les autres sciences le font aussi. Se référant aux sciences sociales, par exemple, Jean-Paul II a dit que l’Église prête attention à leurs contributions « pour tirer des indications concrètes qui l’aident à remplir sa mission de Magistère ».[43] En outre, au sein de l’Église, il y a d’innombrables questions autour desquelles on recherche et on réfléchit avec une grande liberté. Les diverses lignes de pensée philosophique, théologique et pastorale, si elles se laissent harmoniser par l’Esprit dans le respect et dans l’amour, peuvent faire croître l’Église, en ce qu’elles aident à mieux expliciter le très riche trésor de la Parole. À ceux qui rêvent une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite. Mais la réalité est que cette variété aide à manifester et à mieux développer les divers aspects de la richesse inépuisable de l’Évangile.[44]

41. En même temps, les énormes et rapides changements culturels demandent que nous prêtions une constante attention pour chercher à exprimer la vérité de toujours dans un langage qui permette de reconnaître sa permanente nouveauté. Car, dans le dépôt de la doctrine chrétienne « une chose est la substance […] et une autre la manière de formuler son expression ».[45] Parfois, en écoutant un langage complètement orthodoxe, celui que les fidèles reçoivent, à cause du langage qu’ils utilisent et comprennent, c’est quelque chose qui ne correspond pas au véritable Évangile de Jésus Christ. Avec la sainte intention de leur communiquer la vérité sur Dieu et sur l’être humain, en certaines occasions, nous leur donnons un faux dieu ou un idéal humain qui n’est pas vraiment chrétien. De cette façon, nous sommes fidèles à une formulation mais nous ne transmettons pas la substance. C’est le risque le plus grave. Rappelons-nous que « l’expression de la vérité peut avoir des formes multiples, et la rénovation des formes d’expression devient nécessaire pour transmettre à l’homme d’aujourd’hui le message évangélique dans son sens immuable ».[46]

42. Ceci a une grande importance dans l’annonce de l’Évangile, si nous avons vraiment à cœur de faire mieux percevoir sa beauté et de la faire accueillir par tous. De toute façon, nous ne pourrons jamais rendre les enseignements de l’Église comme quelque chose de facilement compréhensible et d’heureusement apprécié par tous. La foi conserve toujours un aspect de croix, elle conserve quelque obscurité qui n’enlève pas la fermeté à son adhésion. Il y a des choses qui se comprennent et s’apprécient seulement à partir de cette adhésion qui est sœur de l’amour, au-delà de la clarté avec laquelle on peut en saisir les raisons et les arguments. C’est pourquoi il faut rappeler que tout enseignement de la doctrine doit se situer dans l’attitude évangélisatrice qui éveille l’adhésion du cœur avec la proximité, l’amour et le témoignage.

43. Dans son constant discernement, l’Église peut aussi arriver à reconnaître des usages propres qui ne sont pas directement liés au cœur de l’Évangile. Aujourd’hui, certains usages, très enracinés dans le cours de l’histoire, ne sont plus désormais interprétés de la même façon et leur message n’est pas habituellement perçu convenablement. Ils peuvent être beaux, cependant maintenant ils ne rendent pas le même service pour la transmission de l’Évangile. N’ayons pas peur de les revoir. De la même façon, il y a des normes ou des préceptes ecclésiaux qui peuvent avoir été très efficaces à d’autres époques, mais qui n’ont plus la même force éducative comme canaux de vie. Saint Thomas d’Aquin soulignait que les préceptes donnés par le Christ et par les Apôtres au Peuple de Dieu « sont très peu nombreux ».[47] Citant saint Augustin, il notait qu’on doit exiger avec modération les préceptes ajoutés par l’Église postérieurement « pour ne pas alourdir la vie aux fidèles » et transformer notre religion en un esclavage, quand « la miséricorde de Dieu a voulu qu’elle fût libre ».[48] Cet avertissement, fait il y a plusieurs siècles, a une terrible actualité. Il devrait être un des critères à considérer au moment de penser une réforme de l’Église et de sa prédication qui permette réellement de parvenir à tous.

44. D’autre part, tant les pasteurs que tous les fidèles qui accompagnent leurs frères dans la foi ou sur un chemin d’ouverture à Dieu, ne peuvent pas oublier ce qu’enseigne le Catéchisme de l’Église Catholique avec beaucoup de clarté : « L’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux ».[49]

Par conséquent, sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour.[50] Aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais le lieu de la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible. Un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés. La consolation et l’aiguillon de l’amour salvifique de Dieu, qui œuvre mystérieusement en toute personne, au-delà de ses défauts et de ses chutes, doivent rejoindre chacun.

45. Nous voyons ainsi que l’engagement évangélisateur se situe dans les limites du langage et des circonstances. Il cherche toujours à mieux communiquer la vérité de l’Évangile dans un contexte déterminé, sans renoncer à la vérité, au bien et à la lumière qu’il peut apporter quand la perfection n’est pas possible. Un cœur missionnaire est conscient de ces limites et se fait « faible avec les faibles […] tout à tous » (1Co 9, 22). Jamais il ne se ferme, jamais il ne se replie sur ses propres sécurités, jamais il n’opte pour la rigidité auto-défensive. Il sait que lui-même doit croître dans la compréhension de l’Évangile et dans le discernement des sentiers de l’Esprit, et alors, il ne renonce pas au bien possible, même s’il court le risque de se salir avec la boue de la route.

5. Une mère au cœur ouvert

46. L’Église “en sortie” est une Église aux portes ouvertes. Sortir vers les autres pour aller aux périphéries humaines ne veut pas dire courir vers le monde sans direction et dans n’importe quel sens. Souvent il vaut mieux ralentir le pas, mettre de côté l’appréhension pour regarder dans les yeux et écouter, ou renoncer aux urgences pour accompagner celui qui est resté sur le bord de la route. Parfois c’est être comme le père du fils prodigue, qui laisse les portes ouvertes pour qu’il puisse entrer sans difficultés quand il reviendra.

47. L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “ la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles.[51] Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile.

48. Si l’Église entière assume ce dynamisme missionnaire, elle doit parvenir à tous, sans exception. Mais qui devrait-elle privilégier ? Quand quelqu’un lit l’Évangile, il trouve une orientation très claire : pas tant les amis et voisins riches, mais surtout les pauvres et les infirmes, ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, « ceux qui n’ont pas de quoi te le rendre » (Lc 14, 14). Aucun doute ni aucune explication, qui affaiblissent ce message si clair, ne doivent subsister. Aujourd’hui et toujours, « les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile »,[52] et l’évangélisation, adressée gratuitement à eux, est le signe du Royaume que Jésus est venu apporter. Il faut affirmer sans détour qu’il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls.

49. Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. Je répète ici pour toute l’Église ce que j’ai dit de nombreuses fois aux prêtres et laïcs de Buenos Aires : je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37).

Chapitre 2

Dans la crise de l’engagement communautaire

50. Avant de parler de certaines questions fondamentales relatives à l’action évangélisatrice, il convient de rappeler brièvement quel est le contexte dans lequel nous devons vivre et agir. Aujourd’hui, on a l’habitude de parler d’un “excès de diagnostic” qui n’est pas toujours accompagné de propositions qui apportent des solutions et qui soient réellement applicables. D’autre part, un regard purement sociologique, qui ait la prétention d’embrasser toute la réalité avec sa méthodologie d’une façon seulement hypothétiquement neutre et aseptisée ne nous servirait pas non plus. Ce que j’entends offrir va plutôt dans la ligne d’un discernement évangélique. C’est le regard du disciple missionnaire qui « est éclairé et affermi par l’Esprit Saint ».[53]

51. Ce n’est pas la tâche du Pape de présenter une analyse détaillée et complète de la réalité contemporaine, mais j’exhorte toutes les communautés à avoir « l’attention constamment éveillée aux signes des temps ».[54] Il s’agit d’une responsabilité grave, puisque certaines réalités du temps présent, si elles ne trouvent pas de bonnes solutions, peuvent déclencher des processus de déshumanisation sur lesquels il est ensuite difficile de revenir. Il est opportun de clarifier ce qui peut être un fruit du Royaume et aussi ce qui nuit au projet de Dieu. Cela implique non seulement de reconnaître et d’interpréter les motions de l’esprit bon et de l’esprit mauvais, mais – et là se situe la chose décisive – de choisir celles de l’esprit bon et de repousser celles de l’esprit mauvais. Je donne pour supposées les différentes analyses qu’ont offertes les autres documents du Magistère universel, ainsi que celles proposées par les Épiscopats régionaux et nationaux. Dans cette Exhortation, j’entends seulement m’arrêter brièvement, avec un regard pastoral, sur certains aspects de la réalité qui peuvent arrêter ou affaiblir les dynamiques du renouveau missionnaire de l’Église, soit parce qu’elles concernent la vie et la dignité du peuple de Dieu, soit parce qu’elles ont aussi une influence sur les sujets qui de façon plus directe font partie des institutions ecclésiales et remplissent des tâches d’évangélisation.

1. Quelques défis du monde actuel

52. L’humanité vit en ce moment un tournant historique que nous pouvons voir dans les progrès qui se produisent dans différents domaines. On doit louer les succès qui contribuent au bien-être des personnes, par exemple dans le cadre de la santé, de l’éducation et de la communication. Nous ne pouvons cependant pas oublier que la plus grande partie des hommes et des femmes de notre temps vivent une précarité quotidienne, aux conséquences funestes. Certaines pathologies augmentent. La crainte et la désespérance s’emparent du cœur de nombreuses personnes, jusque dans les pays dits riches. Fréquemment, la joie de vivre s’éteint, le manque de respect et la violence augmentent, la disparité sociale devient toujours plus évidente. Il faut lutter pour vivre et, souvent, pour vivre avec peu de dignité. Ce changement d’époque a été causé par des bonds énormes qui, en qualité, quantité, rapidité et accumulation, se vérifient dans le progrès scientifique, dans les innovations technologiques et dans leurs rapides applications aux divers domaines de la nature et de la vie. Nous sommes à l’ère de la connaissance et de l’information, sources de nouvelles formes d’un pouvoir très souvent anonyme.

Non à une économie de l’exclusion

53. De même que le commandement de “ne pas tuer” pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale”. Une telle économie tue. Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en soit une. Voilà l’exclusion. On ne peut plus tolérer le fait que la nourriture se jette, quand il y a des personnes qui souffrent de la faim. C’est la disparité sociale. Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible. Comme conséquence de cette situation, de grandes masses de population se voient exclues et marginalisées : sans travail, sans perspectives, sans voies de sortie. On considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu’on peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons mis en route la culture du “déchet” qui est même promue. Il ne s’agit plus simplement du phénomène de l’exploitation et de l’oppression, mais de quelque chose de nouveau : avec l’exclusion reste touchée, dans sa racine même, l’appartenance à la société dans laquelle on vit, du moment qu’en elle on ne se situe plus dans les bas-fonds, dans la périphérie, ou sans pouvoir, mais on est dehors. Les exclus ne sont pas des ‘exploités’, mais des déchets, ‘des restes’.

54. Dans ce contexte, certains défendent encore les théories de la “rechute favorable”, qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. En même temps, les exclus continuent à attendre. Pour pouvoir soutenir un style de vie qui exclut les autres, ou pour pouvoir s’enthousiasmer avec cet idéal égoïste, on a développé une mondialisation de l’indifférence. Presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout nous était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort. La culture du bien-être nous anesthésie et nous perdons notre calme si le marché offre quelque chose que nous n’avons pas encore acheté, tandis que toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon.

Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent

55. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation.

56. Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue.

Non à l’argent qui gouverne au lieu de servir

57. Derrière ce comportement se cachent le refus de l’éthique et le refus de Dieu. Habituellement, on regarde l’éthique avec un certain mépris narquois. On la considère contreproductive, trop humaine, parce qu’elle relativise l’argent et le pouvoir. On la perçoit comme une menace, puisqu’elle condamne la manipulation et la dégradation de la personne. En définitive, l’éthique renvoie à un Dieu qui attend une réponse exigeante, qui se situe hors des catégories du marché. Pour celles-ci, si elles sont absolutisées, Dieu est incontrôlable, non-manipulable, voire dangereux, parce qu’il appelle l’être humain à sa pleine réalisation et à l’indépendance de toute sorte d’esclavage. L’éthique – une éthique non idéologisée – permet de créer un équilibre et un ordre social plus humain. En ce sens, j’exhorte les experts financiers et les gouvernants des différents pays à considérer les paroles d’un sage de l’antiquité : « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs ».[55]

58. Une réforme financière qui n’ignore pas l’éthique demanderait un changement vigoureux d’attitude de la part des dirigeants politiques, que j’exhorte à affronter ce défi avec détermination et avec clairvoyance, sans ignorer, naturellement, la spécificité de chaque contexte. L’argent doit servir et non pas gouverner ! Le Pape aime tout le monde, riches et pauvres, mais il a le devoir, au nom du Christ, de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter et les promouvoir. Je vous exhorte à la solidarité désintéressée et à un retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain.

Non à la disparité sociale qui engendre la violence

59. De nos jours, de toutes parts on demande une plus grande sécurité. Mais, tant que ne s’éliminent pas l’exclusion sociale et la disparité sociale, dans la société et entre les divers peuples, il sera impossible d’éradiquer la violence. On accuse les pauvres et les populations les plus pauvres de la violence, mais, sans égalité de chances, les différentes formes d’agression et de guerre trouveront un terrain fertile qui tôt ou tard provoquera l’explosion. Quand la société – locale, nationale ou mondiale – abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même, il n’y a ni programmes politiques, ni forces de l’ordre ou d’intelligence qui puissent assurer sans fin la tranquillité. Cela n’arrive pas seulement parce que la disparité sociale provoque la réaction violente de ceux qui sont exclus du système, mais parce que le système social et économique est injuste à sa racine. De même que le bien tend à se communiquer, de même le mal auquel on consent, c’est-à-dire l’injustice, tend à répandre sa force nuisible et à démolir silencieusement les bases de tout système politique et social, quelle que soit sa solidité. Si toute action a des conséquences, un mal niché dans les structures d’une société comporte toujours un potentiel de dissolution et de mort. C’est le mal cristallisé dans les structures sociales injustes, dont on ne peut pas attendre un avenir meilleur. Nous sommes loin de ce qu’on appelle la “fin de l’histoire”, puisque les conditions d’un développement durable et pacifique ne sont pas encore adéquatement implantées et réalisées.

60. Les mécanismes de l’économie actuelle promeuvent une exagération de la consommation, mais il résulte que l’esprit de consommation effréné, uni à la disparité sociale, dégrade doublement le tissu social. De cette manière, la disparité sociale engendre tôt ou tard une violence que la course aux armements ne résout ni résoudra jamais. Elle sert seulement à chercher à tromper ceux qui réclament une plus grande sécurité, comme si aujourd’hui nous ne savions pas que les armes et la répression violente, au lieu d’apporter des solutions, créent des conflits nouveaux et pires. Certains se satisfont simplement en accusant les pauvres et les pays pauvres de leurs maux, avec des généralisations indues, et prétendent trouver la solution dans une “éducation” qui les rassure et les transforme en êtres apprivoisés et inoffensifs. Cela devient encore plus irritant si ceux qui sont exclus voient croître ce cancer social qui est la corruption profondément enracinée dans de nombreux pays – dans les gouvernements, dans l’entreprise et dans les institutions – quelle que soit l’idéologie politique des gouvernants.

Quelques défis culturels

61. Nous évangélisons aussi quand nous cherchons à affronter les différents défis qui peuvent se présenter.[56] Parfois, ils se manifestent dans des attaques authentiques contre la liberté religieuse ou dans de nouvelles situations de persécutions des chrétiens qui, dans certains pays, ont atteint des niveaux alarmants de haine et de violence. Dans de nombreux endroits, il s’agit plutôt d’une indifférence relativiste diffuse, liée à la déception et à la crise des idéologies se présentant comme une réaction contre tout ce qui apparaît totalitaire. Cela ne porte pas préjudice seulement à l’Église, mais aussi à la vie sociale en général. Nous reconnaissons qu’une culture, où chacun veut être porteur de sa propre vérité subjective, rend difficile aux citoyens d’avoir l’envie de participer à un projet commun qui aille au-delà des intérêts et des désirs personnels.

62. Dans la culture dominante, la première place est occupée par ce qui est extérieur, immédiat, visible, rapide, superficiel, provisoire. Le réel laisse la place à l’apparence. En de nombreux pays, la mondialisation a provoqué une détérioration accélérée des racines culturelles, avec l’invasion de tendances appartenant à d’autres cultures, économiquement développées mais éthiquement affaiblies. C’est ainsi que se sont exprimés les Synodes des Évêques de différents continents. Les évêques africains, par exemple, reprenant l’Encyclique Sollicitudo rei socialis, il y a quelques années, ont signalé que, souvent, on veut transformer les pays d’Afrique en simples « pièces d’un mécanisme, en parties d’un engrenage gigantesque. Cela se vérifie souvent aussi dans le domaine des moyens de communication sociale qui, étant la plupart du temps gérés par des centres situés dans la partie Nord du monde, ne tiennent pas toujours un juste compte des priorités et des problèmes propres de ces pays et ne respectent pas leur physionomie culturelle ».[57] De la même manière, les évêques d’Asie ont souligné « les influences extérieures qui pèsent sur les cultures asiatiques. De nouveaux modes de comportement apparaissent par suite d’une exposition excessive aux médias […] Il en résulte que les aspects négatifs des médias et des industries du spectacle menacent les valeurs traditionnelles ».[58]

63. La foi catholique de nombreux peuples se trouve aujourd’hui devant le défi de la prolifération de nouveaux mouvements religieux, quelques-uns tendant au fondamentalisme et d’autres qui semblent proposer une spiritualité sans Dieu. Ceci, d’une part est le résultat d’une réaction humaine devant la société de consommation, matérialiste, individualiste, et, d’autre part, est le fait de profiter des carences de la population qui vit dans les périphéries et les zones appauvries, qui survit au milieu de grandes souffrances humaines, et qui cherche des solutions immédiates à ses propres besoins. Ces mouvements religieux, qui se caractérisent par leur subtile pénétration, viennent remplir, dans l’individualisme dominant, un vide laissé par le rationalisme qui sécularise. De plus, il faut reconnaître que, si une partie des personnes baptisées ne fait pas l’expérience de sa propre appartenance à l’Église, cela est peut-être dû aussi à certaines structures et à un climat peu accueillant dans quelques-unes de nos paroisses et communautés, ou à une attitude bureaucratique pour répondre aux problèmes, simples ou complexes, de la vie de nos peuples. En beaucoup d’endroits il y a une prédominance de l’aspect administratif sur l’aspect pastoral, comme aussi une sacramentalisation sans autres formes d’évangélisation.

64. Le processus de sécularisation tend à réduire la foi et l’Église au domaine privé et intime. De plus, avec la négation de toute transcendance, il a produit une déformation éthique croissante, un affaiblissement du sens du péché personnel et social, et une augmentation progressive du relativisme, qui donnent lieu à une désorientation généralisée, spécialement dans la phase de l’adolescence et de la jeunesse, très vulnérable aux changements. Comme l’observent bien les Évêques des États-Unis d’Amérique, alors que l’Église insiste sur l’existence de normes morales objectives, valables pour tous, « il y en a qui présentent cet enseignement comme injuste, voire opposé aux droits humains de base. Ces argumentations proviennent en général d’une forme de relativisme moral, qui s’unit, non sans raison, à une confiance dans les droits absolus des individus. Dans cette optique, on perçoit l’Église comme si elle portait un préjudice particulier, et comme si elle interférait avec la liberté individuelle ».[59] Nous vivons dans une société de l’information qui nous sature sans discernement de données, toutes au même niveau, et qui finit par nous conduire à une terrible superficialité au moment d’aborder les questions morales. En conséquence, une éducation qui enseigne à penser de manière critique et qui offre un parcours de maturation dans les valeurs, est devenue nécessaire.

65. Malgré tout le courant séculariste qui envahit la société, en de nombreux pays, – même là où le christianisme est minoritaire – l’Église Catholique est une institution crédible devant l’opinion publique, fiable en tout ce qui concerne le domaine de la solidarité et de la préoccupation pour les plus nécessiteux. En bien des occasions, elle a servi de médiatrice pour favoriser la solution de problèmes qui concernent la paix, la concorde, l’environnement, la défense de la vie, les droits humains et civils, etc. Et combien est grande la contribution des écoles et des universités catholiques dans le monde entier ! Qu’il en soit ainsi est très positif. Mais quand nous mettons sur le tapis d’autres questions qui suscitent un moindre accueil public, il nous coûte de montrer que nous le faisons par fidélité aux mêmes convictions sur la dignité de la personne humaine et sur le bien commun.

66. La famille traverse une crise culturelle profonde, comme toutes les communautés et les liens sociaux. Dans le cas de la famille, la fragilité des liens devient particulièrement grave parce qu’il s’agit de la cellule fondamentale de la société, du lieu où l’on apprend à vivre ensemble dans la différence et à appartenir aux autres et où les parents transmettent la foi aux enfants. Le mariage tend à être vu comme une simple forme de gratification affective qui peut se constituer de n’importe quelle façon et se modifier selon la sensibilité de chacun. Mais la contribution indispensable du mariage à la société dépasse le niveau de l’émotivité et des nécessités contingentes du couple. Comme l’enseignent les Évêques français, elle ne naît pas « du sentiment amoureux, par définition éphémère, mais de la profondeur de l’engagement pris par les époux qui acceptent d’entrer dans une union de vie totale ».[60]

67. L’individualisme post-moderne et mondialisé favorise un style de vie qui affaiblit le développement et la stabilité des liens entre les personnes, et qui dénature les liens familiaux. L’action pastorale doit montrer encore mieux que la relation avec notre Père exige et encourage une communion qui guérit, promeut et renforce les liens interpersonnels. Tandis que dans le monde, spécialement dans certains pays, réapparaissent diverses formes de guerre et de conflits, nous, les chrétiens, nous insistons sur la proposition de reconnaître l’autre, de soigner les blessures, de construire des ponts, de resserrer les relations et de nous aider « à porter les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,2). D’autre part, aujourd’hui, naissent de nombreuses formes d’associations pour défendre des droits et pour atteindre de nobles objectifs. De cette façon, se manifeste une soif de participation de nombreux citoyens qui veulent être artisans du progrès social et culturel.

Défis de l’inculturation de la foi

68. Le substrat chrétien de certains peuples – surtout occidentaux – est une réalité vivante. Nous trouvons là, surtout chez les personnes qui sont dans le besoin, une réserve morale qui garde les valeurs d’un authentique humanisme chrétien. Un regard de foi sur la réalité ne peut oublier de reconnaître ce que sème l’Esprit Saint. Cela signifierait ne pas avoir confiance dans son action libre et généreuse, penser qu’il n’y a pas d’authentiques valeurs chrétiennes là où une grande partie de la population a reçu le Baptême et exprime sa foi et sa solidarité fraternelle de multiples manières. Il faut reconnaître là beaucoup plus que des « semences du Verbe », étant donné qu’il s’agit d’une foi catholique authentique avec des modalités propres d’expressions et d’appartenance à l’Église. Il n’est pas bien d’ignorer l’importance décisive que revêt une culture marquée par la foi, parce que cette culture évangélisée, au-delà de ses limites, a beaucoup plus de ressources qu’une simple somme de croyants placés devant les attaques du sécularisme actuel. Une culture populaire évangélisée contient des valeurs de foi et de solidarité qui peuvent provoquer le développement d’une société plus juste et croyante, et possède une sagesse propre qu’il faut savoir reconnaître avec un regard plein de reconnaissance.

69. Le besoin d’évangéliser les cultures pour inculturer l’Évangile est impérieux. Dans les pays de tradition catholique, il s’agira d’accompagner, de prendre soin et de renforcer la richesse qui existe déjà, et dans les pays d’autres traditions religieuses ou profondément sécularisés, il s’agira de favoriser de nouveaux processus d’évangélisation de la culture, bien qu’ils supposent des projets à très long terme. Nous ne pouvons pas ignorer, toutefois, qu’il y a toujours un appel à la croissance. Chaque culture et chaque groupe social a besoin de purification et de maturation. Dans le cas de culture populaire de populations catholiques, nous pouvons reconnaître certaines faiblesses qui doivent encore être guéries par l’Évangile : le machisme, l’alcoolisme, la violence domestique, une faible participation à l’Eucharistie, les croyances fatalistes ou superstitieuses qui font recourir à la sorcellerie, etc. Mais c’est vraiment la piété populaire qui est le meilleur point de départ pour les guérir et les libérer.

70. Il est aussi vrai que parfois, plus que sur l’impulsion de la piété chrétienne, l’accent est mis sur les formes extérieures de traditions de certains groupes, ou d’hypothétiques révélations privées considérées comme indiscutables. Il existe un certain christianisme fait de dévotions, précisément d’une manière individuelle et sentimentale de vivre la foi, qui ne correspond pas en réalité à une authentique “piété populaire”. Certains encouragent ces expressions sans se préoccuper de la promotion sociale et de la formation des fidèles, et en certains cas, ils le font pour obtenir des bénéfices économiques ou quelque pouvoir sur les autres. Nous ne pouvons pas non plus ignorer que, au cours des dernières décennies, une rupture s’est produite dans la transmission de la foi chrétienne entre les générations dans le peuple catholique. Il est incontestable que beaucoup se sentent déçus et cessent de s’identifier avec la tradition catholique, que le nombre des parents qui ne baptisent pas leurs enfants et ne leur apprennent pas à prier augmente, et qu’il y a un certain exode vers d’autres communautés de foi. Certaines causes de cette rupture sont : le manque d’espaces de dialogue en famille, l’influence des moyens de communication, le subjectivisme relativiste, l’esprit de consommation effréné que stimule le marché, le manque d’accompagnement pastoral des plus pauvres, l’absence d’un accueil cordial dans nos institutions et notre difficulté à recréer l’adhésion mystique de la foi dans un scenario religieux pluriel.

Défis des cultures urbaines

71. La nouvelle Jérusalem, la Cité sainte (Ap 21, 2-4) est le but vers lequel l’humanité tout entière est en marche. Il est intéressant que la révélation nous dise que la plénitude de l’humanité et de l’histoire se réalise dans une ville. Nous avons besoin de reconnaître la ville à partir d’un regard contemplatif, c’est-à-dire un regard de foi qui découvre ce Dieu qui habite dans ses maisons, dans ses rues, sur ses places. La présence de Dieu accompagne la recherche sincère que des personnes et des groupes accomplissent pour trouver appui et sens à leur vie. Dieu vit parmi les citadins qui promeuvent la solidarité, la fraternité, le désir du bien, de vérité, de justice. Cette présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée. Dieu ne se cache pas à ceux qui le cherchent d’un cœur sincère, bien qu’ils le fassent à tâtons, de manière imprécise et diffuse.
72. Dans la ville, l’aspect religieux trouve une médiation à travers différents styles de vie, des coutumes associées à un sens du temps, du territoire et des relations qui diffère du style des populations rurales. Dans la vie quotidienne, les citadins luttent très souvent pour survivre et, dans cette lutte, se cache un sens profond de l’existence qui implique habituellement aussi un profond sens religieux. Nous devons le considérer pour obtenir un dialogue comme celui que le Seigneur réalisa avec la Samaritaine, près du puits, où elle cherchait à étancher sa soif (cf. Jn 4, 7-26).

73. De nouvelles cultures continuent à naître dans ces énormes géographies humaines où le chrétien n’a plus l’habitude d’être promoteur ou générateur de sens, mais reçoit d’elles d’autres langages, symboles, messages et paradigmes qui offrent de nouvelles orientations de vie, souvent en opposition avec l’Évangile de Jésus. Une culture inédite palpite et se projette dans la ville. Le Synode a constaté qu’aujourd’hui, les transformations de ces grandes aires et la culture qu’elles expriment sont un lieu privilégié de la nouvelle évangélisation.[61] Cela demande d’imaginer des espaces de prière et de communion avec des caractéristiques innovantes, plus attirantes et significatives pour les populations urbaines. Les milieux ruraux, à cause de l’influence des moyens de communications de masse, ne sont pas étrangers à ces transformations culturelles qui opèrent aussi des mutations significatives dans leurs manières de vivre.

74. Une évangélisation qui éclaire les nouvelles manières de se mettre en relation avec Dieu, avec les autres et avec l’environnement, et qui suscite les valeurs fondamentales devient nécessaire. Il est indispensable d’arriver là où se forment les nouveaux récits et paradigmes, d’atteindre avec la Parole de Jésus les éléments centraux les plus profonds de l’âme de la ville. Il ne faut pas oublier que la ville est un milieu multiculturel. Dans les grandes villes, on peut observer un tissu conjonctif où des groupes de personnes partagent les mêmes modalités d’imaginer la vie et des imaginaires semblables, et se constituent en nouveaux secteurs humains, en territoires culturels, en villes invisibles. Des formes culturelles variées cohabitent de fait, mais exercent souvent des pratiques de ségrégation et de violence. L’Église est appelée à se mettre au service d’un dialogue difficile. D’autre part, il y a des citadins qui obtiennent des moyens adéquats pour le développement de leur vie personnelle et familiale, mais il y a un très grand nombre de “non citadins”, des “citadins à moitié” ou des “restes urbains”. La ville produit une sorte d’ambivalence permanente, parce que, tandis qu’elle offre à ses citadins d’infinies possibilités, de nombreuses difficultés apparaissent pour le plein développement de la vie de beaucoup. Ces contradictions provoquent des souffrances déchirantes. Dans de nombreuses parties du monde, les villes sont des scènes de protestation de masse où des milliers d’habitants réclament liberté, participation, justice et différentes revendications qui, si elles ne sont pas convenablement interprétées, ne peuvent être réduites au silence par la force.

75. Nous ne pouvons ignorer que dans les villes le trafic de drogue et de personnes, l’abus et l’exploitation de mineurs, l’abandon des personnes âgées et malades, diverses formes de corruption et de criminalité augmentent facilement. En même temps, ce qui pourrait être un précieux espace de rencontre et de solidarité, se transforme souvent en lieu de fuite et de méfiance réciproque. Les maisons et les quartiers se construisent davantage pour isoler et protéger que pour relier et intégrer. La proclamation de l’Évangile sera une base pour rétablir la dignité de la vie humaine dans ces contextes, parce que Jésus veut répandre dans les villes la vie en abondance (cf. Jn 10, 10). Le sens unitaire et complet de la vie humaine que l’Évangile propose est le meilleur remède aux maux de la ville, bien que nous devions considérer qu’un programme et un style uniforme et rigide d’évangélisation ne sont pas adaptés à cette réalité. Mais vivre jusqu’au bout ce qui est humain et s’introduire au cœur des défis comme ferment de témoignage, dans n’importe quelle culture, dans n’importe quelle ville, perfectionne le chrétien et féconde la ville.

2. Tentations des agents pastoraux

76. J’éprouve une immense gratitude pour l’engagement de toutes les personnes qui travaillent dans l’Église. Je ne veux pas m’arrêter maintenant à exposer les activités des différents agents pastoraux, des évêques jusqu’au plus humble et caché des services ecclésiaux. Je préfèrerais plutôt réfléchir sur les défis que, tous, ils doivent affronter actuellement dans le contexte de la culture mondialisée. Cependant, je dois dire en premier lieu et en toute justice, que l’apport de l’Église dans le monde actuel est immense. Notre douleur et notre honte pour les péchés de certains des membres de l’Église, et aussi pour les nôtres, ne doivent pas faire oublier tous les chrétiens qui donnent leur vie par amour : ils aident beaucoup de personnes à se soigner ou à mourir en paix dans des hôpitaux précaires, accompagnent les personnes devenues esclaves de différentes dépendances dans les lieux les plus pauvres de la terre, se dépensent dans l’éducation des enfants et des jeunes, prennent soin des personnes âgées abandonnées de tous, cherchent à communiquer des valeurs dans des milieux hostiles, se dévouent autrement de différentes manières qui montrent l’amour immense pour l’humanité que le Dieu fait homme nous inspire. Je rends grâce pour le bel exemple que me donnent beaucoup de chrétiens qui offrent leur vie et leur temps avec joie. Ce témoignage me fait beaucoup de bien et me soutient dans mon aspiration personnelle à dépasser l’égoïsme pour me donner davantage.

77. Malgré cela, comme enfants de cette époque, nous sommes tous de quelque façon sous l’influence de la culture actuelle mondialisée qui, même en nous présentant des valeurs et de nouvelles possibilités, peut aussi nous limiter, nous conditionner et jusqu’à nous rendre malades. Je reconnais que nous avons besoin de créer des espaces adaptés pour motiver et régénérer les agents pastoraux, « des lieux où ressourcer sa foi en Jésus crucifié et ressuscité, où partager ses questions les plus profondes et les préoccupations quotidiennes, où faire en profondeur et avec des critères évangéliques le discernement sur sa propre existence et expérience, afin d’orienter vers le bien et le beau ses choix individuels et sociaux ».[62] En même temps, je désire attirer l’attention sur certaines tentations qui aujourd’hui atteignent spécialement les agents pastoraux.

Oui au défi d’une spiritualité missionnaire

78. Aujourd’hui, on peut rencontrer chez beaucoup d’agents pastoraux, y compris des personnes consacrées, une préoccupation exagérée pour les espaces personnels d’autonomie et de détente, qui les conduit à vivre leurs tâches comme un simple appendice de la vie, comme si elles ne faisaient pas partie de leur identité. En même temps, la vie spirituelle se confond avec des moments religieux qui offrent un certain soulagement, mais qui ne nourrissent pas la rencontre avec les autres, l’engagement dans le monde, la passion pour l’évangélisation. Ainsi, on peut trouver chez beaucoup d’agents de l’évangélisation, bien qu’ils prient, une accentuation de l’individualisme, une crise d’identité et une baisse de ferveur. Ce sont trois maux qui se nourrissent l’un l’autre.

79. La culture médiatique et quelques milieux intellectuels transmettent parfois une défiance marquée par rapport au message de l’Église, et un certain désenchantement. Comme conséquence, beaucoup d’agents pastoraux, même s’ils prient, développent une sorte de complexe d’infériorité, qui les conduit à relativiser ou à occulter leur identité chrétienne et leurs convictions. Un cercle vicieux se forme alors, puisqu’ainsi ils ne sont pas heureux de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font, ils ne se sentent pas identifiés à la mission évangélisatrice, et cela affaiblit l’engagement. Ils finissent par étouffer la joie de la mission par une espèce d’obsession pour être comme tous les autres et pour avoir ce que les autres possèdent. De cette façon, la tâche de l’évangélisation devient forcée et ils lui consacrent peu d’efforts et un temps très limité.

80. Au-delà d’un style spirituel ou de la ligne particulière de pensée qu’ils peuvent avoir, un relativisme encore plus dangereux que le relativisme doctrinal se développe chez les agents pastoraux. Il a à voir avec les choix plus profonds et sincères qui déterminent une forme de vie. Ce relativisme pratique consiste à agir comme si Dieu n’existait pas, à décider comme si les pauvres n’existaient pas, à rêver comme si les autres n’existaient pas, à travailler comme si tous ceux qui n’avaient pas reçu l’annonce n’existaient pas. Il faut souligner le fait que, même celui qui apparemment dispose de solides convictions doctrinales et spirituelles, tombe souvent dans un style de vie qui porte à s’attacher à des sécurités économiques, ou à des espaces de pouvoir et de gloire humaine qu’il se procure de n’importe quelle manière, au lieu de donner sa vie pour les autres dans la mission. Ne nous laissons pas voler l’enthousiasme missionnaire !

Non à l’acédie égoïste

81. Quand nous avons davantage besoin d’un dynamisme missionnaire qui apporte sel et lumière au monde, beaucoup de laïcs craignent que quelqu’un les invite à réaliser une tâche apostolique, et cherchent à fuir tout engagement qui pourrait leur ôter leur temps libre. Aujourd’hui, par exemple, il est devenu très difficile de trouver des catéchistes formés pour les paroisses et qui persévèrent dans leur tâche durant plusieurs années. Mais quelque chose de semblable arrive avec les prêtres, qui se préoccupent avec obsession de leur temps personnel. Fréquemment, cela est dû au fait que les personnes éprouvent le besoin impérieux de préserver leurs espaces d’autonomie, comme si un engagement d’évangélisation était un venin dangereux au lieu d’être une réponse joyeuse à l’amour de Dieu qui nous convoque à la mission et nous rend complets et féconds. Certaines personnes font de la résistance pour éprouver jusqu’au bout le goût de la mission et restent enveloppées dans une acédie paralysante.

82. Le problème n’est pas toujours l’excès d’activité, mais ce sont surtout les activités mal vécues, sans les motivations appropriées, sans une spiritualité qui imprègne l’action et la rende désirable. De là découle que les devoirs fatiguent démesurément et parfois nous tombons malades. Il ne s’agit pas d’une fatigue sereine, mais tendue, pénible, insatisfaite, et en définitive non acceptée. Cette acédie pastorale peut avoir différentes origines. Certains y tombent parce qu’ils conduisent des projets irréalisables et ne vivent pas volontiers celui qu’ils pourraient faire tranquillement. D’autres, parce qu’ils n’acceptent pas l’évolution difficile des processus et veulent que tout tombe du ciel. D’autres, parce qu’ils s’attachent à certains projets et à des rêves de succès cultivés par leur vanité. D’autres pour avoir perdu le contact réel avec les gens, dans une dépersonnalisation de la pastorale qui porte à donner une plus grande attention à l’organisation qu’aux personnes, si bien que le “tableau de marche” les enthousiasme plus que la marche elle-même. D’autres tombent dans l’acédie parce qu’ils ne savent pas attendre, ils veulent dominer le rythme de la vie. L’impatience d’aujourd’hui d’arriver à des résultats immédiats fait que les agents pastoraux n’acceptent pas facilement le sens de certaines contradictions, un échec apparent, une critique, une croix.

83. Ainsi prend forme la plus grande menace, « c’est le triste pragmatisme de la vie quotidienne de l’Église, dans lequel apparemment tout arrive normalement, alors qu’en réalité, la foi s’affaiblit et dégénère dans la mesquinerie ».[63] La psychologie de la tombe, qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, se développe. Déçus par la réalité, par l’Église ou par eux-mêmes, ils vivent la tentation constante de s’attacher à une tristesse douceâtre, sans espérance, qui envahit leur cœur comme « le plus précieux des élixirs du démon ».[64] Appelés à éclairer et à communiquer la vie, ils se laissent finalement séduire par des choses qui engendrent seulement obscurité et lassitude intérieure, et qui affaiblissent le dynamisme apostolique. Pour tout cela je me permets d’insister : ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation !

Non au pessimisme stérile

84. La joie de l’Évangile est celle que rien et personne ne pourra jamais enlever (cf. Jn 16, 22). Les maux de notre monde – et ceux de l’Église – ne devraient pas être des excuses pour réduire notre engagement et notre ferveur. Prenons-les comme des défis pour croître. En outre, le regard de foi est capable de reconnaître la lumière que l’Esprit Saint répand toujours dans l’obscurité, sans oublier que « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). Notre foi est appelée à voir que l’eau peut être transformée en vin, et à découvrir le grain qui grandit au milieu de l’ivraie. À cinquante ans du Concile Vatican II, même si nous éprouvons de la douleur pour les misères de notre époque et même si nous sommes loin des optimismes naïfs, le plus grand réalisme ne doit signifier ni une confiance moindre en l’Esprit ni une moindre générosité. En ce sens, nous pouvons écoutons de nouveau les paroles du bienheureux Jean XXIII, en ce jour mémorable du 11 octobre 1962 : « Il arrive souvent que (…) nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités (…) Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l’Église, même les événements contraires ».[65]

85. Une des plus sérieuses tentations qui étouffent la ferveur et l’audace est le sens de l’échec, qui nous transforment en pessimistes mécontents et déçus au visage assombri. Personne ne peut engager une bataille si auparavant il n’espère pas pleinement la victoire. Celui qui commence sans confiance a perdu d’avance la moitié de la bataille et enfouit ses talents. Même si c’est avec une douloureuse prise de conscience de ses propres limites, il faut avancer sans se tenir pour battu, et se rappeler ce qu’a dit le Seigneur à saint Paul : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Le triomphe chrétien est toujours une croix, mais une croix qui en même temps est un étendard de victoire, qu’on porte avec une tendresse combative contre les assauts du mal. Le mauvais esprit de l’échec est frère de la tentation de séparer prématurément le grain de l’ivraie, produit d’un manque de confiance anxieux et égocentrique.

86. Il est évident que s’est produite dans certaines régions une “désertification” spirituelle, fruit du projet de sociétés qui veulent se construire sans Dieu ou qui détruisent leurs racines chrétiennes. Là « le monde chrétien devient stérile, et s’épuise comme une terre surexploitée, qui se transforme en sable ».[66] Dans d’autres pays, la violente résistance au christianisme oblige les chrétiens à vivre leur foi presqu’en cachette dans le pays qu’ils aiment. C’est une autre forme très douloureuse de désert. Même sa propre famille ou son propre milieu de travail peuvent être cet environnement aride où on doit conserver la foi et chercher à la répandre. Mais « c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert, on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et, dans le désert, il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance ».[67] Dans tous les cas, en pareilles circonstances, nous sommes appelés à être des personnes-amphores pour donner à boire aux autres. Parfois, l’amphore se transforme en une lourde croix, mais c’est justement sur la Croix que le Seigneur, transpercé, s’est donné à nous comme source d’eau vive. Ne nous laissons pas voler l’espérance !

Oui aux relations nouvelles engendrées par Jésus Christ

87. De nos jours, alors que les réseaux et les instruments de la communication humaine ont atteint un niveau de développement inédit, nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, en un saint pèlerinage. Ainsi, les plus grandes possibilités de communication se transformeront en plus grandes possibilités de rencontre et de solidarité entre tous. Si nous pouvions suivre ce chemin, ce serait une très bonne chose, très régénératrice, très libératrice, très génératrice d’espérance ! Sortir de soi-même pour s’unir aux autres fait du bien. S’enfermer sur soi-même signifie goûter au venin amer de l’immanence, et en tout choix égoïste que nous faisons, l’humanité aura le dessous.

88. L’idéal chrétien invitera toujours à dépasser le soupçon, le manque de confiance permanent, la peur d’être envahi, les comportements défensifs que le monde actuel nous impose. Beaucoup essaient de fuir les autres pour une vie privée confortable, ou pour le cercle restreint des plus intimes, et renoncent au réalisme de la dimension sociale de l’Évangile. Car, de même que certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. Pendant ce temps-là l’Évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invités à la révolution de la tendresse.

89. L’isolement, qui est une forme de l’immanentisme, peut s’exprimer dans une fausse autonomie qui exclut Dieu et qui pourtant peut aussi trouver dans le religieux une forme d’esprit de consommation spirituelle à la portée de son individualisme maladif. Le retour au sacré et la recherche spirituelle qui caractérisent notre époque, sont des phénomènes ambigus. Mais plus que l’athéisme, aujourd’hui nous sommes face au défi de répondre adéquatement à la soif de Dieu de beaucoup de personnes, afin qu’elles ne cherchent pas à l’assouvir avec des propositions aliénantes ou avec un Jésus Christ sans chair et sans un engagement avec l’autre. Si elles ne trouvent pas dans l’Église une spiritualité qui les guérisse, les libère, les comble de vie et de paix et les appelle en même temps à la communion solidaire et à la fécondité missionnaire, elles finiront par être trompées par des propositions qui n’humanisent pas ni ne rendent gloire à Dieu.

90. Les formes propres à la religiosité populaire sont incarnées, parce qu’elles sont nées de l’incarnation de la foi chrétienne dans une culture populaire. Pour cela même, elles incluent une relation personnelle, non pas avec des énergies qui harmonisent mais avec Dieu, avec Jésus Christ, avec Marie, avec un saint. Ils ont un corps, ils ont des visages. Les formes propres à la religiosité populaire sont adaptées pour nourrir des potentialités relationnelles et non pas tant des fuites individualistes. En d’autres secteurs de nos sociétés grandit l’engouement pour diverses formes de “spiritualité du bien-être” sans communauté, pour une “théologie de la prospérité” sans engagements fraternels, ou pour des expériences subjectives sans visage, qui se réduisent à une recherche intérieure immanentiste.

91. Un défi important est de montrer que la solution ne consistera jamais dans la fuite d’une relation personnelle et engagée avec Dieu, et qui nous engage en même temps avec les autres. C’est ce qui se passe aujourd’hui quand les croyants font en sorte de se cacher et de se soustraire au regard des autres, et quand subtilement ils s’enfuient d’un lieu à l’autre ou d’une tâche à l’autre, sans créer des liens profonds et stables : « Imaginatio locorum et mutatio multos fefellit ».[68] C’est un faux remède qui rend malade le cœur et parfois le corps. Il est nécessaire d’aider à reconnaître que l’unique voie consiste dans le fait d’apprendre à rencontrer les autres en adoptant le comportement juste, en les appréciant et en les acceptant comme des compagnons de route, sans résistances intérieures. Mieux encore, il s’agit d’apprendre à découvrir Jésus dans le visage des autres, dans leur voix, dans leurs demandes. C’est aussi apprendre à souffrir en embrassant Jésus crucifié quand nous subissons des agressions injustes ou des ingratitudes, sans jamais nous lasser de choisir la fraternité.[69]

92. Il y a là la vraie guérison, du moment que notre façon d’être en relation avec les autres, en nous guérissant réellement au lieu de nous rendre malade, est une fraternité mystique, contemplative, qui sait regarder la grandeur sacrée du prochain, découvrir Dieu en chaque être humain, qui sait supporter les désagréments du vivre ensemble en s’accrochant à l’amour de Dieu, qui sait ouvrir le cœur à l’amour divin pour chercher le bonheur des autres comme le fait leur Père qui est bon. En cette époque précisément, et aussi là où se trouve un « petit troupeau » (Lc 12, 32), les disciples du Seigneur sont appelés à vivre comme une communauté qui soit sel de la terre et lumière du monde (cf. Mt  5, 13-16). Ils sont appelés à témoigner de leur appartenance évangélisatrice de façon toujours nouvelle.[70] Ne nous laissons pas voler la communauté !

Non à la mondanité spirituelle

93. La mondanité spirituelle, qui se cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Église, consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien être personnel. C’est ce que le Seigneur reprochait aux pharisiens : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ? » (Jn 5, 44). Il s’agit d’une manière subtile de rechercher « ses propres intérêts, non ceux de Jésus-Christ » (Ph 2, 21). Elle prend de nombreuses formes, suivant le type de personne et la circonstance dans laquelle elle s’insinue. Du moment qu’elle est liée à la recherche de l’apparence, elle ne s’accompagne pas toujours de péchés publics, et, extérieurement, tout semble correct. Mais si elle envahissait l’Église, « elle serait infiniment plus désastreuse qu’une quelconque autre mondanité simplement morale ».[71]

94. Cette mondanité peut s’alimenter spécialement de deux manières profondément liées entre elles. L’une est l’attrait du gnosticisme, une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments. L’autre est le néo-pélagianisme autoréférentiel et prométhéen de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique justement propre au passé. C’est une présumée sécurité doctrinale ou disciplinaire qui donne lieu à un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle. Dans les deux cas, ni Jésus-Christ, ni les autres n’intéressent vraiment. Ce sont les manifestations d’un immanentisme anthropocentrique. Il n’est pas possible d’imaginer que de ces formes réductrices de christianisme, puisse surgir un authentique dynamisme évangélisateur.

95. Cette obscure mondanité se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment opposées mais avec la même prétention de “dominer l’espace de l’Église”. Dans certaines d’entre elles on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe. De cette façon la vie de l’Église se transforme en une pièce de musée, ou devient la propriété d’un petit nombre. Dans d’autres, la même mondanité spirituelle se cache derrière la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, ou dans une vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, ou dans une attraction vers les dynamiques d’auto-estime et de réalisation autoréférentielle. Elle peut aussi se traduire par diverses manières de se montrer soi-même engagé dans une intense vie sociale, remplie de voyages, de réunions, de dîners, de réceptions. Ou bien elle s’exerce par un fonctionnalisme de manager, chargé de statistiques, de planifications, d’évaluations, où le principal bénéficiaire n’est pas le Peuple de Dieu mais plutôt l’Église en tant qu’organisation. Dans tous les cas, elle est privée du sceau du Christ incarné, crucifié et ressuscité, elle se renferme en groupes d’élites, elle ne va pas réellement à la recherche de ceux qui sont loin, ni des immenses multitudes assoiffées du Christ. Il n’y a plus de ferveur évangélique, mais la fausse jouissance d’une autosatisfaction égocentrique.

96. Dans ce contexte, se nourrit la vaine gloire de ceux qui se contentent d’avoir quelque pouvoir et qui préfèrent être des généraux d’armées défaites plutôt que de simples soldats d’un escadron qui continue à combattre. Combien de fois rêvons-nous de plans apostoliques, expansionnistes, méticuleux et bien dessinés, typiques des généraux défaits ! Ainsi nous renions notre histoire d’Église, qui est glorieuse en tant qu’elle est histoire de sacrifices, d’espérance, de lutte quotidienne, de vie dépensée dans le service, de constance dans le travail pénible, parce que tout travail est accompli à la “sueur de notre front”. À l’inverse, nous nous attardons comme des vaniteux qui disent ce “qu’on devrait faire” – le péché du “on devrait faire” – comme des maîtres spirituels et des experts en pastorale qui donnent des instructions tout en restant au dehors. Nous entretenonssans fin notre imagination et nous perdons le contact avec la réalité douloureuse de notre peuple fidèle.

97. Celui qui est tombé dans cette mondanité regarde de haut et de loin, il refuse la prophétie des frères, il élimine celui qui lui fait une demande, il fait ressortir continuellement les erreurs des autres et est obsédé par l’apparence. Il a réduit la référence du cœur à l’horizon fermé de son immanence et de ses intérêts et, en conséquence, il n’apprend rien de ses propres péchés et n’est pas authentiquement ouvert au pardon. C’est une terrible corruption sous l’apparence du bien. Il faut l’éviter en mettant l’Église en mouvement de sortie de soi, de mission centrée en Jésus Christ, d’engagement envers les pauvres. Que Dieu nous libère d’une Église mondaine sous des drapés spirituels et pastoraux ! Cette mondanité asphyxiante se guérit en savourant l’air pur du Saint Esprit, qui nous libère de rester centrés sur nous-mêmes, cachés derrière une apparence religieuse vide de Dieu. Ne nous laissons pas voler l’Évangile !

Non à la guerre entre nous

98. À l’intérieur du Peuple de Dieu et dans les diverses communautés, que de guerres ! Dans le quartier, sur le lieu de travail, que de guerres par envies et jalousies, et aussi entre chrétiens ! La mondanité spirituelle porte certains chrétiens à être en guerre contre d’autres chrétiens qui font obstacle à leur recherche de pouvoir, de prestige, de plaisir ou de sécurité économique. De plus, certains cessent de vivre une appartenance cordiale à l’Église, pour nourrir un esprit de controverse. Plutôt que d’appartenir à l’Église entière, avec sa riche variété, ils appartiennent à tel ou tel groupe qui se sent différent ou spécial.

99. Le monde est déchiré par les guerres et par la violence, ou blessé par un individualisme diffus qui divise les êtres humains et les met l’un contre l’autre dans la poursuite de leur propre bien-être. En plusieurs pays ressurgissent des conflits et de vieilles divisions que l’on croyait en partie dépassées. Je désire demander spécialement aux chrétiens de toutes les communautés du monde un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayant et lumineux. Que tous puissent admirer comment vous prenez soin les uns des autres, comment vous vous encouragez mutuellement et comment vous vous accompagnez : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35). C’est ce que Jésus a demandé au Père dans une intense prière : « Qu’ils soient un en nous, afin que le monde croie » (Jn 17,21). Attention à la tentation de l’envie ! Nous sommes sur la même barque et nous allons vers le même port ! Demandons la grâce de nous réjouir des fruits des autres, qui sont ceux de tous.

100. À ceux qui sont blessés par d’anciennes divisions il semble difficile d’accepter que nous les exhortions au pardon et à la réconciliation, parce qu’ils pensent que nous ignorons leur souffrance ou que nous prétendons leur faire perdre leur mémoire et leurs idéaux. Mais s’ils voient le témoignage de communautés authentiquement fraternelles et réconciliées, cela est toujours une lumière qui attire. Par conséquent, cela me fait très mal de voir comment, dans certaines communautés chrétiennes, et même entre personnes consacrées, on donne de la place à diverses formes de haine, de division, de calomnie, de diffamation, de vengeance, de jalousie, de désir d’imposer ses propres idées à n’importe quel prix, jusqu’à des persécutions qui ressemblent à une implacable chasse aux sorcières. Qui voulons-nous évangéliser avec de tels comportements ?

101. Demandons au Seigneur de nous faire comprendre la loi de l’amour. Qu’il est bon de posséder cette loi ! Comme cela nous fait du bien de nous aimer les uns les autres au-delà de tout ! Oui, au-delà de tout ! À chacun de nous est adressée l’exhortation paulinienne : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 21). Et aussi : « Ne nous lassons pas de faire le bien » (Ga 6, 9). Nous avons tous des sympathies et des antipathies, et peut-être justement en ce moment sommes-nous fâchés contre quelqu’un. Disons au moins au Seigneur : “Seigneur, je suis fâché contre celui-ci ou celle-là. Je te prie pour lui et pour elle”. Prier pour la personne contre laquelle nous sommes irrités c’est un beau pas vers l’amour, et c’est un acte d’évangélisation. Faisons-le aujourd’hui ! Ne nous laissons pas voler l’idéal de l’amour fraternel !

Autres défis ecclésiaux

102. Les laïcs sont simplement l’immense majorité du peuple de Dieu. À leur service, il y a une minorité : les ministres ordonnés. La conscience de l’identité et de la mission du laïc dans l’Église s’est accrue. Nous disposons d’un laïcat nombreux, bien qu’insuffisant, avec un sens communautaire bien enraciné et une grande fidélité à l’engagement de la charité, de la catéchèse, de la célébration de la foi. Mais la prise de conscience de cette responsabilité de laïc qui naît du Baptême et de la Confirmation ne se manifeste pas de la même façon chez tous. Dans certains cas parce qu’ils ne sont pas formés pour assumer des responsabilités importantes, dans d’autres cas pour n’avoir pas trouvé d’espaces dans leurs Églises particulières afin de pouvoir s’exprimer et agir, à cause d’un cléricalisme excessif qui les maintient en marge des décisions. Aussi, même si on note une plus grande participation de beaucoup aux ministères laïcs, cet engagement ne se reflète pas dans la pénétration des valeurs chrétiennes dans le monde social, politique et économique. Il se limite bien des fois à des tâches internes à l’Église sans un réel engagement pour la mise en œuvre de l’Évangile en vue de la transformation de la société. La formation des laïcs et l’évangélisation des catégories professionnelles et intellectuelles représentent un défi pastoral important.

103. L’Église reconnaît l’apport indispensable de la femme à la société, par sa sensibilité, son intuition et certaines capacités propres qui appartiennent habituellement plus aux femmes qu’aux hommes. Par exemple, l’attention féminine particulière envers les autres, qui s’exprime de façon spéciale, bien que non exclusive, dans la maternité. Je vois avec joie combien de nombreuses femmes partagent des responsabilités pastorales avec les prêtres, apportent leur contribution à l’accompagnement des personnes, des familles ou des groupes et offrent de nouveaux apports à la réflexion théologique. Mais il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église. Parce que « le génie féminin est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale ; par conséquent, la présence des femmes dans le secteur du travail aussi doit être garantie »[72] et dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes, aussi bien dans l’Église que dans les structures sociales.

104. Les revendications des droits légitimes des femmes, à partir de la ferme conviction que les hommes et les femmes ont la même dignité, posent à l’Église des questions profondes qui la défient et que l’on ne peut éluder superficiellement. Le sacerdoce réservé aux hommes, comme signe du Christ Époux qui se livre dans l’Eucharistie, est une question qui ne se discute pas, mais peut devenir un motif de conflit particulier si on identifie trop la puissance sacramentelle avec le pouvoir. Il ne faut pas oublier que lorsque nous parlons de pouvoir sacerdotal « nous sommes dans le concept de la fonction, non de la dignité et de la sainteté ».[73] Le sacerdoce ministériel est un des moyens que Jésus utilise au service de son peuple, mais la grande dignité vient du Baptême, qui est accessible à tous. La configuration du prêtre au Christ-Tête – c’est-à-dire comme source principale de la grâce – n’entraîne pas une exaltation qui le place en haut de tout le reste. Dans l’Église, les fonctions « ne justifient aucune supériorité des uns sur les autres ».[74] De fait, une femme, Marie, est plus importante que les évêques. Même quand on considère la fonction du sacerdoce ministériel comme “hiérarchique”, il convient de bien avoir présent qu’« elle est totalement ordonnée à la sainteté des membres du Christ ».[75] Sa clé et son point d’appui fondamental ne sont pas le pouvoir entendu comme domination, mais la puissance d’administrer le sacrement de l’Eucharistie ; de là dérive son autorité, qui est toujours un service du peuple. C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église.

105. La pastorale de la jeunesse, telle que nous étions habitués à la développer, a souffert du choc des changements sociaux. Dans les structures habituelles, les jeunes ne trouvent pas souvent de réponses à leurs inquiétudes, à leurs besoins, à leurs questions et à leurs blessures. Il nous coûte à nous, les adultes, de les écouter avec patience, de comprendre leurs inquiétudes ou leurs demandes, et d’apprendre à parler avec eux dans le langage qu’ils comprennent. Pour cette même raison, les propositions éducatives ne produisent pas les fruits espérés. La prolifération et la croissance des associations et mouvements essentiellement de jeunes peuvent s’interpréter comme une action de l’Esprit qui ouvre des voies nouvelles en syntonie avec leurs attentes et avec la recherche d’une spiritualité profonde et d’un sens d’appartenance plus concret. Il est nécessaire toutefois, de rendre plus stable la participation de ces groupements à la pastorale d’ensemble de l’Église.[76]

106. Même s’il n’est pas toujours facile d’approcher les jeunes, des progrès ont été réalisés dans deux domaines : la conscience que toute la communauté les évangélise et les éduque, et l’urgence qu’ils soient davantage des protagonistes. Il faut reconnaître que, dans le contexte actuel de crise de l’engagement et des liens communautaires, nombreux sont les jeunes qui offrent leur aide solidaire face aux maux du monde et entreprennent différentes formes de militance et de volontariat. Certains participent à la vie de l’Église, donnent vie à des groupes de service et à diverses initiatives missionnaires dans leurs diocèses ou en d’autres lieux. Qu’il est beau que des jeunes soient “pèlerins de la foi”, heureux de porter Jésus dans chaque rue, sur chaque place, dans chaque coin de la terre !

107. En de nombreux endroits les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée deviennent rares. Souvent, dans les communautés cela est dû à l’absence d’une ferveur apostolique contagieuse, et pour cette raison elles n’enthousiasment pas et ne suscitent pas d’attirance. Là où il y a vie, ferveur, envie de porter le Christ aux autres, surgissent des vocations authentiques. Même dans les paroisses où les prêtres sont peu engagés et joyeux, c’est la vie fraternelle et fervente de la communauté qui réveille le désir de se consacrer entièrement à Dieu et à l’évangélisation, surtout si cette communauté vivante prie avec insistance pour les vocations et a le courage de proposer à ses jeunes un chemin de consécration spéciale. D’autre part, malgré la pénurie des vocations, nous avons aujourd’hui une conscience plus claire de la nécessité d’une meilleure sélection des candidats au sacerdoce. On ne peut remplir les séminaires sur la base de n’importe quelles motivations, d’autant moins si celles-ci sont liées à une insécurité affective, à une recherche de formes de pouvoir, de gloire humaine ou de bien-être économique.

108. Comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas voulu offrir une analyse complète, mais j’invite les communautés à compléter et à enrichir ces perspectives à partir de la conscience des défis qui leur sont propres et de ceux qui leur sont proches. Lorsqu’elles le feront, j’espère qu’elles tiendront compte que, chaque fois que nous cherchons à lire les signes des temps dans la réalité actuelle, il est opportun d’écouter les jeunes et les personnes âgées. Les deux sont l’espérance des peuples. Les personnes âgées apportent la mémoire et la sagesse de l’expérience, qui invite à ne pas répéter de façon stupide les mêmes erreurs que dans le passé. Les jeunes nous appellent à réveiller et à faire grandir l’espérance, parce qu’ils portent en eux les nouvelles tendances de l’humanité et nous ouvrent à l’avenir, de sorte que nous ne restions pas ancrés dans la nostalgie des structures et des habitudes qui ne sont plus porteuses de vie dans le monde actuel.

109. Les défis existent pour être relevés. Soyons réalistes, mais sans perdre la joie, l’audace et le dévouement plein d’espérance ! Ne nous laissons pas voler la force missionnaire !

Chapitre 3

L’annonce de l’Évangile

110. Après avoir pris en considération certains défis de la réalité actuelle, je désire rappeler maintenant la tâche qui nous presse quelle que soit l’époque et quel que soit le lieu, car « il ne peut y avoir de véritable évangélisation sans annonce explicite que Jésus est le Seigneur », et sans qu’il n’existe un « primat de l’annonce de Jésus Christ dans toute activité d’évangélisation ».[77] Recueillant les préoccupations des évêques de l’Asie, Jean-Paul II affirma que, si l’Église « doit accomplir son destin providentiel, alors l’évangélisation, comme une prédication joyeuse, patiente et progressive de la mort salvifique et de la résurrection de Jésus-Christ, doit être une priorité absolue ».[78] Cela vaut pour tous.

1. Tout le Peuple de Dieu annonce l’Évangile

111. L’évangélisation est la tâche de l’Église. Mais ce sujet de l’évangélisation est bien plus qu’une institution organique et hiérarchique, car avant tout c’est un peuple qui est en marche vers Dieu. Il s’agit certainement d’un mystère qui plonge ses racines dans la Trinité, mais qui a son caractère concret historique dans un peuple pèlerin et évangélisateur, qui transcende toujours toute expression institutionnelle même nécessaire. Je propose de m’arrêter un peu sur cette façon de comprendre l’Église, qui a son fondement ultime dans la libre et gratuite initiative de Dieu.

Un peuple pour tous

112. Le salut que Dieu nous offre est œuvre de sa miséricorde. Il n’y a pas d’action humaine, aussi bonne soit-elle, qui nous fasse mériter un si grand don. Dieu, par pure grâce, nous attire pour nous unir à lui.[79] Il envoie son Esprit dans nos cœurs pour faire de nous ses fils, pour nous transformer et pour nous rendre capables de répondre par notre vie à son amour. L’Église est envoyée par Jésus Christ comme sacrement de salut offert par Dieu[80]. Par ses actions évangélisatrices, elle collabore comme instrument de la grâce divine qui opère sans cesse au-delà de toute supervision possible. Benoît XVI l’a bien exprimé en ouvrant les réflexions du Synode : « Il est (…) important de toujours savoir que le premier mot, l’initiative véritable, l’activité véritable vient de Dieu et c’est seulement en s’insérant dans cette initiative divine, c’est seulement en implorant cette initiative divine, que nous pouvons devenir nous aussi – avec Lui et en Lui – des évangélisateurs ».[81] Le principe du primat de la grâce doit être un phare qui illumine constamment nos réflexions sur l’évangélisation.

113. Ce salut, que Dieu réalise et que l’Église annonce joyeusement, est destiné à tous,[82] et Dieu a donné naissance à un chemin pour s’unir chacun des êtres humains de tous les temps. Il a choisi de les convoquer comme peuple et non pas comme des êtres isolés.[83] Personne ne se sauve tout seul, c’est-à-dire, ni comme individu isolé ni par ses propres forces. Dieu nous attire en tenant compte de la trame complexe des relations interpersonnelles que comporte la vie dans une communauté humaine. Ce peuple que Dieu s’est choisi et a convoqué est l’Église. Jésus ne dit pas aux Apôtres de former un groupe exclusif, un groupe d’élite. Jésus dit : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). Saint Paul affirme qu’au sein du peuple de Dieu, dans l’Église, « il n’y a ni Juif ni Grec […] car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28). Je voudrais dire à ceux qui se sentent loin de Dieu et de l’Église, à ceux qui sont craintifs et indifférents : Le Seigneur t’appelle toi aussi à faire partie de son peuple et il le fait avec grand respect et amour !

114. Être Église c’est être peuple de Dieu, en accord avec le grand projet d’amour du Père. Cela appelle à être le ferment de Dieu au sein de l’humanité. Cela veut dire annoncer et porter le salut de Dieu dans notre monde, qui souvent se perd, a besoin de réponses qui donnent courage et espérance, ainsi qu’une nouvelle vigueur dans la marche. L’Église doit être le lieu de la miséricorde gratuite, où tout le monde peut se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon la bonne vie de l’Évangile.

Un peuple aux multiples visages

115. Ce peuple de Dieu s’incarne dans les peuples de la terre, chacun de ses membres a sa propre culture. La notion de culture est un précieux outil pour comprendre les diverses expressions de la vie chrétienne présentes dans le peuple de Dieu. Il s’agit du style de vie d’une société précise, de la manière propre qu’ont ses membres de tisser des relations entre eux, avec les autres créatures et avec Dieu. Comprise ainsi, la culture embrasse la totalité de la vie d’un peuple.[84] Chaque peuple, dans son évolution historique, promeut sa propre culture avec une autonomie légitime.[85] On doit cela au fait que la personne humaine « de par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale »,[86] et elle se réfère toujours à la société, où elle vit d’une façon concrète sa relation avec la réalité. L’être humain est toujours culturellement situé : « nature et culture sont liées de façon aussi étroite que possible ».[87] La grâce suppose la culture, et le don de Dieu s’incarne dans la culture de la personne qui la reçoit.

116. En ces deux millénaires de christianisme, d’innombrables peuples ont reçu la grâce de la foi, l’ont fait fleurir dans leur vie quotidienne et l’ont transmise selon leurs modalités culturelles propres. Quand une communauté accueille l’annonce du salut, l’Esprit Saint féconde sa culture avec la force transformante de l’Évangile. De sorte que, comme nous pouvons le voir dans l’histoire de l’Église, le christianisme n’a pas un modèle culturel unique, mais « tout en restant pleinement lui-même, dans l’absolue fidélité à l’annonce évangélique et à la tradition ecclésiale, il revêtira aussi le visage des innombrables cultures et des innombrables peuples où il est accueilli et enraciné ».[88] Chez les divers peuples, qui expérimentent le don de Dieu selon leur propre culture, l’Église exprime sa catholicité authentique et montre « la beauté de ce visage multiforme ».[89] Dans les expressions chrétiennes d’un peuple évangélisé, l’Esprit Saint embellit l’Église, en lui indiquant de nouveaux aspects de la Révélation et en lui donnant un nouveau visage. Par l’inculturation, l’Église « introduit les peuples avec leurs cultures dans sa propre communauté »,[90] parce que « toute culture offre des valeurs et des modèles positifs qui peuvent enrichir la manière dont l’Évangile est annoncé, compris et vécu ».[91] Ainsi, « l’Église, accueillant les valeurs des différentes cultures, devient la “sponsa ornata monilibus suis”, “l’épouse qui se pare de ses bijoux” (cf. Is 61, 10) ».[92]

117. Bien comprise, la diversité culturelle ne menace pas l’unité de l’Église. C’est l’Esprit Saint, envoyé par le Père et le Fils, qui transforme nos cœurs et nous rend capables d’entrer dans la communion parfaite de la Sainte Trinité où tout trouve son unité. Il construit la communion et l’harmonie du peuple de Dieu. L’Esprit Saint lui-même est l’harmonie, de même qu’il est le lien d’amour entre le Père et le Fils.[93] C’est lui qui suscite une grande richesse diversifiée de dons et en même temps construit une unité qui n’est jamais uniformité mais une harmonie multiforme qui attire. L’évangélisation reconnaît avec joie ces multiples richesses que l’Esprit engendre dans l’Église. Ce n’est pas faire justice à la logique de l’incarnation que de penser à un christianisme monoculturel et monocorde. S’il est bien vrai que certaines cultures ont été étroitement liées à la prédication de l’Évangile et au développement d’une pensée chrétienne, le message révélé ne s’identifie à aucune d’entre elles et il a un contenu transculturel. C’est pourquoi, en évangélisant de nouvelles cultures ou des cultures qui n’ont pas accueilli la prédication chrétienne, il n’est pas indispensable d’imposer une forme culturelle particulière, aussi belle et antique qu’elle soit, avec la proposition de l’Évangile. Le message que nous annonçons a toujours un revêtement culturel, mais parfois dans l’Église nous tombons dans une sacralisation vaniteuse de la propre culture, avec laquelle nous pouvons manifester plus de fanatisme qu’une authentique ferveur évangélisatrice.

118. Les évêques de l’Océanie ont ainsi demandé que chez eux l’Église « fasse comprendre et présente la vérité du Christ en s’inspirant des traditions et des cultures de la région » et ils ont souhaité que « tous les missionnaires travaillent en harmonie avec les chrétiens autochtones pour faire en sorte que la foi et la vie de l’Église soient exprimées selon des formes légitimes appropriées à chaque culture ».[94] Nous ne pouvons pas prétendre que tous les peuples de tous les continents, en exprimant la foi chrétienne, imitent les modalités adoptées par les peuples européens à un moment précis de leur histoire, car la foi ne peut pas être enfermée dans les limites de la compréhension et de l’expression d’une culture particulière.[95] Il est indiscutable qu’une seule culture n’épuise pas le mystère de la rédemption du Christ.

Nous sommes tous des disciples missionnaires

119. Dans tous les baptisés, du premier au dernier, agit la force sanctificatrice de l’Esprit qui incite à évangéliser. Le Peuple de Dieu est saint à cause de cette onction que le rend infaillible “in credendo”. Cela signifie que quand il croit il ne se trompe pas, même s’il ne trouve pas les paroles pour exprimer sa foi. L’Esprit le guide dans la vérité et le conduit au salut.[96] Comme faisant partie de son mystère d’amour pour l’humanité, Dieu dote la totalité des fidèles d’un instinct de la foi – le sensus fidei – qui les aide à discerner ce qui vient réellement de Dieu. La présence de l’Esprit donne aux chrétiens une certaine connaturalité avec les réalités divines et une sagesse qui leur permet de les comprendre de manière intuitive, même s’ils ne disposent pas des moyens appropriés pour les exprimer avec précision.

120. En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leursactions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ». Si nous n’en sommes pas convaincus, regardons les premiers disciples, qui immédiatement, après avoir reconnu le regard de Jésus, allèrent proclamer pleins de joie : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). La samaritaine, à peine eut-elle fini son dialogue avec Jésus, devint missionnaire, et beaucoup de samaritains crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme » (Jn 4, 39). Saint Paul aussi, à partir de sa rencontre avec Jésus Christ, « aussitôt se mit à prêcher Jésus » (Ac 9, 20 ). Et nous, qu’attendons-nous ?

121. Assurément, nous sommes tous appelés à grandir comme évangélisateurs. En même temps employons-nous à une meilleure formation, à un approfondissement de notre amour et à un témoignage plus clair de l’Évangile. En ce sens, nous devons tous accepter que les autres nous évangélisent constamment ; mais cela ne signifie pas que nous devons renoncer à la mission d’évangélisation, mais plutôt que nous devons trouver le mode de communiquer Jésus qui corresponde à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Dans tous les cas, nous sommes tous appelés à offrir aux autres le témoignage explicite de l’amour salvifique du Seigneur, qui, bien au-delà de nos imperfections, nous donne sa proximité, sa Parole, sa force, et donne sens à notre vie. Ton cœur sait que la vie n’est pas la même sans lui, alors ce que tu as découvert, ce qui t’aide à vivre et te donne une espérance, c’est cela que tu dois communiquer aux autres. Notre imperfection ne doit pas être une excuse ; au contraire, la mission est un stimulant constant pour ne pas s’installer dans la médiocrité et pour continuer à grandir. Le témoignage de foi que tout chrétien est appelé à donner, implique d’affirmer, comme saint Paul : « Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course […] et je cours vers le but » (Ph 3, 12-13).

La force évangélisatrice de la piété populaire

122. De la sorte, nous pouvons penser que les divers peuples, chez qui l’Évangile a été inculturé, sont des sujets collectifs actifs, agents de l’évangélisation. Ceci se vérifie parce que chaque peuple est le créateur de sa culture et le protagoniste de son histoire. La culture est quelque chose de dynamique, qu’un peuple recrée constamment, et chaque génération transmet à la suivante un ensemble de comportements relatifs aux diverses situations existentielles, qu’elle doit élaborer de nouveau face à ses propres défis. L’être humain « est à la fois fils et père de la culture dans laquelle il est immergé ».[97] Quand un peuple a inculturé l’Évangile, dans son processus de transmission culturelle, il transmet aussi la foi de manières toujours nouvelles ; d’où l’importance de l’évangélisation comprise comme inculturation. Chaque portion du peuple de Dieu, en traduisant dans sa vie le don de Dieu selon son génie propre, rend témoignage à la foi reçue et l’enrichit de nouvelles expressions qui sont éloquentes. On peut dire que « le peuple s’évangélise continuellement lui-même ».[98] D’où l’importance particulière de la piété populaire, expression authentique de l’action missionnaire spontanée du peuple de Dieu. Il s’agit d’une réalité en développement permanent où l’Esprit Saint est l’agent premier.[99]

123. Dans la piété populaire, on peut comprendre comment la foi reçue s’est incarnée dans une culture et continue à se transmettre. Regardée avec méfiance pendant un temps, elle a été l’objet d’une revalorisation dans les décennies postérieures au Concile. Ce fut Paul VI, dans son Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi qui donna une impulsion décisive en ce sens. Il y explique que la piété populaire « traduit une soif de Dieu que seuls les simples et les pauvres peuvent connaître »[100] et qu’elle « rend capable de générosité et de sacrifice jusqu’à l’héroïsme lorsqu’il s’agit de manifester la foi ».[101] Plus près de nous, Benoît XVI, en Amérique latine, a signalé qu’il s’agit « d’un précieux trésor de l’Église catholique » et qu’en elle « apparaît l’âme des peuples latino-américains ».[102]

124. Dans le Document d’Aparecida sont décrites les richesses que l’Esprit Saint déploie dans la piété populaire avec ses initiatives gratuites. En ce continent bien-aimé, où un grand nombre de chrétiens expriment leur foi à travers la piété populaire, les évêques l’appellent aussi « spiritualité populaire » ou « mystique populaire ».[103] Il s’agit d’une véritable « spiritualité incarnée dans la culture des simples ».[104] Elle n’est pas vide de contenus, mais elle les révèle et les exprime plus par voie symbolique que par l’usage de la raison instrumentale, et, dans l’acte de foi, elle accentue davantage le credere in Deum que le credere Deum.[105] « C’est une manière légitime de vivre la foi, une façon de se sentir partie prenante de l’Église, et une manière d’être missionnaire »[106] ; elle porte en elle la grâce de la mission, du sortir de soi et d’être pèlerins : « le fait de marcher ensemble vers les sanctuaires, et de participer à d’autres manifestations de la piété populaire, en amenant aussi les enfants ou en invitant d’autres personnes, est en soi un acte d’évangélisation ».[107] Ne contraignons pas et ne prétendons pas contrôler cette force missionnaire !

125. Pour comprendre cette réalité il faut s’en approcher avec le regard du Bon Pasteur, qui ne cherche pas à juger mais à aimer. C’est seulement à partir d’une connaturalité affective que donne l’amour que nous pouvons apprécier la vie théologale présente dans la piété des peuples chrétiens, spécialement dans les pauvres. Je pense à la foi solide de ces mères au pied du lit de leur enfant malade qui s’appliquent au Rosaire bien qu’elles ne sachent pas ébaucher les phrases du Credo ; ou à tous ces actes chargés d’espérance manifestés par une bougie que l’on allume dans un humble foyer pour demander l’aide de Marie, ou à ces regards d’amour profond vers le Christ crucifié. Celui qui aime le saint peuple fidèle de Dieu ne peut pas regarder ces actions seulement comme une recherche naturelle de la divinité. Ce sont les manifestations d’une vie théologale animée par l’action de l’Esprit Saint qui a été répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5, 5).
126. Dans la piété populaire, puisqu’elle est fruit de l’Évangile inculturé, se trouve une force activement évangélisatrice que nous ne pouvons pas sous-estimer : ce serait comme méconnaître l’œuvre de l’Esprit Saint. Nous sommes plutôt appelés à l’encourager et à la fortifier pour approfondir le processus d’inculturation qui est une réalité jamais achevée. Les expressions de la piété populaire ont beaucoup à nous apprendre, et, pour qui sait les lire, elles sont un lieu théologique auquel nous devons prêter attention, en particulier au moment où nous pensons à la nouvelle évangélisation.

De personne à personne

127. Maintenant que l’Église veut vivre un profond renouveau missionnaire, il y a une forme de prédication qui nous revient à tous comme tâche quotidienne. Il s’agit de porter l’Évangile aux personnes avec lesquelles chacun a à faire, tant les plus proches que celles qui sont inconnues. C’est la prédication informelle que l’on peut réaliser dans une conversation, et c’est aussi celle que fait un missionnaire quand il visite une maison. Être disciple c’est avoir la disposition permanente de porter l’amour de Jésus aux autres, et cela se fait spontanément en tout lieu : dans la rue, sur la place, au travail, en chemin.

128. Dans cette prédication, toujours respectueuse et aimable, le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu’elle porte dans son cœur. C’est seulement après cette conversation, qu’il est possible de présenter la Parole, que ce soit par la lecture de quelque passage de l’Écriture ou de manière narrative, mais toujours en rappelant l’annonce fondamentale : l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié. C’est l’annonce qui se partage dans une attitude humble, de témoignage, de celui qui toujours sait apprendre, avec la conscience que le message est si riche et si profond qu’il nous dépasse toujours. Parfois il s’exprime de manière plus directe, d’autres fois à travers un témoignage personnel, un récit, un geste, ou la forme que l’Esprit Saint lui-même peut susciter en une circonstance concrète. Si cela semble prudent et si les conditions sont réunies, il est bon que cette rencontre fraternelle et missionnaire se conclue par une brève prière qui rejoigne les préoccupations que la personne a manifestées. Ainsi, elle percevra mieux qu’elle a été écoutée et comprise, que sa situation a été remise entre les mains de Dieu, et elle reconnaîtra que la Parole de Dieu parle réellement à sa propre existence.

129. Il ne faut pas penser que l’annonce évangélique doive se transmettre toujours par des formules déterminées et figées, ou avec des paroles précises qui expriment un contenu absolument invariable. Elle se transmet sous des formes très diverses qu’il serait impossible de décrire ou de cataloguer, dont le peuple de Dieu, avec ses innombrables gestes et signes, est le sujet collectif. Par conséquent, si l’Évangile s’est incarné dans une culture, il ne se communique pas seulement par l’annonce de personne à personne. Cela doit nous faire penser que, dans les pays où le christianisme est minoritaire, en plus d’encourager chaque baptisé à annoncer l’Évangile, les Églises particulières doivent développer activement des formes, au moins initiales, d’inculturation. Ce à quoi on doit tendre, en définitive, c’est que la prédication de l’Évangile, exprimée par des catégories propres à la culture où il est annoncé, provoque une nouvelle synthèse avec cette culture. Bien que ces processus soient toujours lents, parfois la crainte nous paralyse trop. Si nous laissons les doutes et les peurs étouffer toute audace, il est possible qu’au lieu d’être créatifs, nous restions simplement tranquilles sans provoquer aucune avancée et, dans ce cas, nous ne serons pas participants aux processus historiques par notre coopération, mais nous serons simplement spectateurs d’une stagnation stérile de l’Église.

Les charismes au service de la communion évangélisatrice

130. L’Esprit Saint enrichit toute l’Église qui évangélise aussi par divers charismes. Ce sont des dons pour renouveler et édifier l’Église.[108] Ils ne sont pas un patrimoine fermé, livré à un groupe pour qu’il le garde ; il s’agit plutôt de cadeaux de l’Esprit intégrés au corps ecclésial, attirés vers le centre qui est le Christ, d’où ils partent en une impulsion évangélisatrice. Un signe clair de l’authenticité d’un charisme est son ecclésialité, sa capacité de s’intégrer harmonieusement dans la vie du peuple saint de Dieu, pour le bien de tous. Une véritable nouveauté suscitée par l’Esprit n’a pas besoin de porter ombrage aux autres spiritualités et dons pour s’affirmer elle-même. Plus un charisme tournera son regard vers le cœur de l’Évangile plus son exercice sera ecclésial. Même si cela coûte, c’est dans la communion qu’un charisme se révèle authentiquement et mystérieusement fécond. Si elle vit ce défi, l’Église peut être un modèle pour la paix dans le monde.

131. Les différences entre les personnes et les communautés sont parfois inconfortables, mais l’Esprit Saint, qui suscite cette diversité, peut tirer de tout quelque chose de bon, et le transformer en un dynamisme évangélisateur qui agit par attraction. La diversité doit toujours être réconciliée avec l’aide de l’Esprit Saint ; lui seul peut susciter la diversité, la pluralité, la multiplicité et, en même temps, réaliser l’unité. En revanche, quand c’est nous qui prétendons être la diversité et que nous nous enfermons dans nos particularismes, dans nos exclusivismes, nous provoquons la division ; d’autre part, quand c’est nous qui voulons construire l’unité avec nos plans humains, nous finissons par imposer l’uniformité, l’homologation. Ceci n’aide pas à la mission de l’Église.

Culture, pensée et éducation

132. L’annonce à la culture implique aussi une annonce aux cultures professionnelles, scientifiques et académiques. Il s’agit de la rencontre entre la foi, la raison et les sciences qui vise à développer un nouveau discours sur la crédibilité, une apologétique originale[109] qui aide à créer les dispositions pour que l’Évangile soit écouté par tous. Quand certaines catégories de la raison et des sciences sont accueillies dans l’annonce du message, ces catégories elles-mêmes deviennent des instruments d’évangélisation ; c’est l’eau changée en vin. C’est ce qui une fois adopté, n’est pas seulement racheté, mais devient instrument de l’Esprit pour éclairer et rénover le monde.

133. Du moment que la préoccupation de l’évangélisateur de rejoindre toute personne ne suffit pas, et que l’Évangile doit aussi être annoncé aux cultures dans leur ensemble,la théologie – et pas seulement la théologie pastorale – en dialogue avec les autres sciences et expériences humaines revêt une grande importance pour penser comment faire parvenir la proposition de l’Évangile à la diversité des contextes culturels et des destinataires.[110] Engagée dans l’évangélisation, l’Église apprécie et encourage le charisme des théologiens et leur effort dans la recherche théologique qui promeut le dialogue avec le monde de la culture et de la science. Je fais appel aux théologiens afin qu’ils accomplissent ce service comme faisant partie de la mission salvifique de l’Église. Mais il est nécessaire, qu’à cette fin, ils aient à cœur la finalité évangélisatrice de l’Église et de la théologie elle-même, et qu’ils ne se contentent pas d’une théologie de bureau.

134. Les Universités sont un milieu privilégié pour penser et développer cet engagement d’évangélisation de manière interdisciplinaire et intégrée. Les écoles catholiques qui se proposent toujours de conjuguer la tâche éducative avec l’annonce explicite de l’Évangile constituent un apport de valeur à l’évangélisation de la culture, même dans les pays et les villes où une situation défavorable nous encourage à faire preuve de créativité pour trouver les chemins adéquats.[111]

2. L’homélie

135. Considérons maintenant la prédication dans la liturgie, qui demande une sérieuse évaluation de la part des pasteurs. Je m’attarderai en particulier, et avec un certain soin, à l’homélie et à sa préparation, car les réclamations à l’égard de ce grand ministère sont nombreuses, et nous ne pouvons pas faire la sourde oreille. L’homélie est la pierre de touche pour évaluer la proximité et la capacité de rencontre d’un pasteur avec son peuple. De fait, nous savons que les fidèles lui donnent beaucoup d’importance ; et ceux-ci, comme les ministres ordonnés eux-mêmes, souffrent souvent, les uns d’écouter, les autres de prêcher. Il est triste qu’il en soit ainsi. L’homélie peut être vraiment une intense et heureuse expérience de l’Esprit, une rencontre réconfortante avec la Parole, une source constante de renouveau et de croissance.

136. Renouvelons notre confiance dans la prédication, qui se fonde sur la conviction que c’est Dieu qui veut rejoindre les autres à travers le prédicateur, et qu’il déploie sa puissance à travers la parole humaine. Saint Paul parle avec force de la nécessité de prêcher, parce que le Seigneur a aussi voulu rejoindre les autres par notre parole (cf. Rm 10, 14-17). Par la parole, notre Seigneur s’est conquis le cœur des gens. Ils venaient l’écouter de partout (cf. Mc 1, 45). Ils restaient émerveillés, “buvant” ses enseignements (cf. Mc 6, 2). Ils sentaient qu’il leur parlait comme quelqu’un qui a autorité (cf. Mc 1, 27). Avec la parole, les Apôtres, qu’il a institués « pour être ses compagnons et les envoyer prêcher » (Mc 3, 14), attiraient tous les peuples dans le sein de l’Église (cf. Mc 16, 15.20).

Le contexte liturgique

137. Il faut se rappeler maintenant que « la proclamation liturgique de la Parole de Dieu, surtout dans le cadre de l’assemblée eucharistique, est moins un moment de méditation et de catéchèse que le dialogue de Dieu avec son peuple, dialogue où sont proclamées les merveilles du salut et continuellement proposées les exigences de l’Alliance ».[112] L’homélie a une valeur spéciale qui provient de son contexte eucharistique, qui dépasse toutes les catéchèses parce qu’elle est le moment le plus élevé du dialogue entre Dieu et son peuple, avant la communion sacramentelle. L’homélie reprend ce dialogue qui est déjà engagé entre le Seigneur et son peuple. Celui qui prêche doit discerner le cœur de sa communauté pour chercher où est vivant et ardent le désir de Dieu, et aussi où ce dialogue, qui était amoureux, a été étouffé ou n’a pas pu donner de fruit.

138. L’homélie ne peut pas être un spectacle de divertissement, elle ne répond pas à la logique des moyens médiatiques, mais elle doit donner ferveur et sens à la célébration. C’est un genre particulier, puisqu’il s’agit d’une prédication dans le cadre d’une célébration liturgique ; par conséquent elle doit être brève et éviter de ressembler à une conférence ou à un cours. Le prédicateur peut être capable de maintenir l’intérêt des gens durant une heure, mais alors sa parole devient plus importante que la célébration de la foi. Si l’homélie se prolonge trop, elle nuit à deux caractéristiques de la célébration liturgique : l’harmonie entre ses parties et son rythme. Quand la prédication se réalise dans le contexte liturgique, elle s’intègre comme une partie de l’offrande qui est remise au Père et comme médiation de la grâce que le Christ répand dans la célébration. Ce contexte même exige que la prédication oriente l’assemblée, et aussi le prédicateur, vers une communion avec le Christ dans l’Eucharistie qui transforme la vie. Ceci demande que la parole du prédicateur ne prenne pas une place excessive, de manière à ce que le Seigneur brille davantage que le ministre.

La conversation d’une mère

139. Nous avons dit que le Peuple de Dieu, par l’action constante de l’Esprit en lui, s’évangélise continuellement lui-même. Qu’implique cette conviction pour le prédicateur ? Elle nous rappelle que l’Église est mère et qu’elle prêche au peuple comme une mère parle à son enfant, sachant que l’enfant a confiance que tout ce qu’elle lui enseigne sera pour son bien parce qu’il se sait aimé. De plus, la mère sait reconnaître tout ce que Dieu a semé chez son enfant, elle écoute ses préoccupations et apprend de lui. L’esprit d’amour qui règne dans une famille guide autant la mère que l’enfant dans leur dialogue, où l’on enseigne et apprend, où l’on se corrige et apprécie les bonnes choses. Il en est ainsi également dans l’homélie. L’Esprit, qui a inspiré les Évangiles et qui agit dans le peuple de Dieu, inspire aussi comment on doit écouter la foi du peuple, et comment on doit prêcher à chaque Eucharistie. La prédication chrétienne, par conséquent, trouve au cœur de la culture du peuple une source d’eau vive, tant pour savoir ce qu’elle doit dire que pour trouver la manière appropriée de le dire. De même qu’on aime que l’on nous parle dans notre langue maternelle, de même aussi, dans la foi, nous aimons que l’on nous parle avec les termes de la “culture maternelle”, avec les termes du dialecte maternel (cf. 2M, 21.27), et le cœur se dispose à mieux écouter. Cette langue est un ton qui transmet courage, souffle, force et impulsion.

140. On doit favoriser et cultiver ce milieu maternel et ecclésial dans lequel se développe le dialogue du Seigneur avec son peuple, moyennant la proximité de cœur du prédicateur, la chaleur de son ton de voix, la douceur du style de ses phrases, la joie de ses gestes. Même dans les cas où l’homélie est un peu ennuyeuse, si cet esprit maternel et ecclésial est perceptible, elle sera toujours féconde, comme les conseils ennuyeux d’une mère donnent du fruit avec le temps dans le cœur de ses enfants.

141. On reste admiratif des moyens qu’emploie le Seigneur pour dialoguer avec son peuple, pour révéler son mystère à tous, pour captiver les gens simples avec des enseignements si élevés et si exigeants. Je crois que le secret se cache dans ce regard de Jésus vers le peuple, au-delà de ses faiblesses et de ses chutes : « Sois sans crainte petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Lc 12, 32) ; Jésus prêche dans cet esprit. Plein de joie dans l’Esprit, il bénit le Père qui attire les petits : « Je te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits » (Lc 10, 21). Le Seigneur se complaît vraiment à dialoguer avec son peuple, et le prédicateur doit faire sentir aux gens ce plaisir du Seigneur.

Des paroles qui font brûler les cœurs

142. Un dialogue est beaucoup plus que la communication d’une vérité. Il se réalise par le goût de parler et par le bien concret qui se communique entre ceux qui s’aiment au moyen des paroles. C’est un bien qui ne consiste pas en des choses, mais dans les personnes elles-mêmes qui se donnent mutuellement dans le dialogue. La prédication purement moraliste ou endoctrinante, comme aussi celle qui se transforme en un cours d’exégèse, réduit cette communication entre les cœurs qui se fait dans l’homélie et qui doit avoir un caractère quasi sacramentel : « La foi naît de ce qu’on entend dire et ce qu’on entend dire vient de la parole du Christ » (Rm 10, 17). Dans l’homélie, la vérité accompagne la beauté et le bien. Pour que la beauté des images que le Seigneur utilise pour stimuler à la pratique du bien se communique, il ne doit pas s’agir de vérités abstraites ou de froids syllogismes. La mémoire du peuple fidèle, comme celle de Marie, doit rester débordante des merveilles de Dieu. Son cœur, ouvert à l’espérance d’une pratique joyeuse et possible de l’amour qui lui a été annoncé, sent que chaque parole de l’Écriture est avant tout un don, avant d’être une exigence.

143. Le défi d’une prédication inculturée consiste à transmettre la synthèse du message évangélique, et non des idées ou des valeurs décousues. Là où se trouve ta synthèse, là se trouve ton cœur. La différence entre faire la lumière sur la synthèse et faire la lumière sur des idées décousues entre elles est la même qu’il y a entre l’ennui et l’ardeur du cœur. Le prédicateur a la très belle et difficile mission d’unir les cœurs qui s’aiment : celui du Seigneur et ceux de son peuple. Le dialogue entre Dieu et son peuple renforce encore plus l’Alliance qu’il y a entre eux et resserre le lien de la charité. Durant le temps de l’homélie, les cœurs des croyants font silence et Le laissent leur parler. Le Seigneur et son peuple se parlent de mille manières directement, sans intermédiaires. Cependant, dans l’homélie ils veulent que quelqu’un serve d’instrument et exprime leurs sentiments, de manière à ce qu’ensuite, chacun puisse choisir comment continuer sa conversation. La parole est essentiellement médiatrice et demande non seulement les deux qui dialoguent, mais aussi un prédicateur qui la repropose comme telle, convaincu que « ce n’est pas nous que nous proclamons, mais le Christ Jésus, Seigneur ; nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus » (2 Co 4, 5).

144. Parler avec le cœur implique de le tenir, non seulement ardent, mais aussi éclairé par l’intégrité de la Révélation et par le chemin que cette Parole a parcouru dans le cœur de l’Église et de notre peuple fidèle au cours de l’histoire. L’identité chrétienne, qui est l’étreinte baptismale que nous a donnée le Père quand nous étions petits, nous fait aspirer ardemment, comme des enfants prodigues – et préférés en Marie – à l’autre étreinte, celle du Père miséricordieux qui nous attend dans la gloire. Faire en sorte que notre peuple se sente comme entre ces deux étreintes est la tâche difficile mais belle de celui qui prêche l’Évangile.

3. La préparation de la prédication

145. La préparation de la prédication est une tâche si importante qu’il convient d’y consacrer un temps prolongé d’étude, de prière, de réflexion et de créativité pastorale. Avec beaucoup d’affection, je désire m’attarder à proposer un itinéraire de préparation de l’homélie. Ce sont des indications qui pour certains pourront paraître évidentes, mais je considère opportun de les suggérer pour rappeler la nécessité de consacrer le temps nécessaire à ce précieux ministère. Certains curés soutiennent souvent que cela n’est pas possible en raison de la multitude des tâches qu’ils doivent remplir ; cependant, j’ose demander que chaque semaine, un temps personnel et communautaire suffisamment prolongé soit consacré à cette tâche, même s’il faut donner moins de temps à d’autres engagements, même importants. La confiance en l’Esprit Saint qui agit dans la prédication n’est pas purement passive, mais active et créative. Elle implique de s’offrir comme instrument (cf. Rm 12, 1), avec toutes ses capacités, pour qu’elles puissent être utilisées par Dieu. Un prédicateur qui ne se prépare pas n’est pas “spirituel”, il est malhonnête et irresponsable envers les dons qu’il a reçus.

146. Le premier pas, après avoir invoqué l’Esprit Saint, consiste à prêter toute l’attention au texte biblique, qui doit être le fondement de la prédication. Quand on s’attarde à chercher à comprendre quel est le message d’un texte, on exerce le « culte de la vérité ».[113] C’est l’humilité du cœur qui reconnaît que la Parole nous transcende toujours, que nous n’en sommes « ni les maîtres, ni les propriétaires, mais les dépositaires, les hérauts, les serviteurs».[114] Cette attitude de vénération humble et émerveillée de la Parole s’exprime en prenant du temps pour l’étudier avec la plus grande attention et avec une sainte crainte de la manipuler. Pour pouvoir interpréter un texte biblique, il faut de la patience, abandonner toute inquiétude et y consacrer temps, intérêt et dévouement gratuit. Il faut laisser de côté toute préoccupation qui nous assaille pour entrer dans un autre domaine d’attention sereine. Ce n’est pas la peine de se consacrer à lire un texte biblique si on veut obtenir des résultats rapides, faciles ou immédiats. C’est pourquoi, la préparation de la prédication demande de l’amour. On consacre un temps gratuit et sans hâte uniquement aux choses et aux personnes qu’on aime ; et ici il s’agit d’aimer Dieu qui a voulu nous parler. À partir de cet amour, on peut consacrer tout le temps nécessaire, avec l’attitude du disciple : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute » (1S 3, 9).

147. Avant tout il convient d’être sûr de comprendre convenablement la signification des paroles que nous lisons. Je veux insister sur quelque chose qui semble évident mais qui n’est pas toujours pris en compte : le texte biblique que nous étudions a deux ou trois mille ans, son langage est très différent de celui que nous utilisons aujourd’hui. Bien qu’il nous semble comprendre les paroles qui sont traduites dans notre langue, cela ne signifie pas que nous comprenions correctement ce qu’a voulu exprimer l’écrivain sacré. Les différents moyens qu’offre l’analyse littéraire sont connus : prêter attention aux mots qui sont répétés ou mis en relief, reconnaître la structure et le dynamisme propre d’un texte, considérer la place qu’occupent les personnages, etc. Mais le but n’est pas de comprendre tous les petits détails d’un texte, le plus important est de découvrir quel est le message principal, celui qui structure le texte et lui donne unité. Si le prédicateur ne fait pas cet effort, il est possible que même sa prédication n’ait ni unité ni ordre ; son discours sera seulement une somme d’idées variées sans lien les unes avec les autres qui ne réussiront pas à mobiliser les auditeurs. Le message central est celui que l’auteur a voulu transmettre en premier lieu, ce qui implique non seulement de reconnaître une idée, mais aussi l’effet que cet auteur a voulu produire. Si un texte a été écrit pour consoler, il ne devrait pas être utilisé pour corriger des erreurs ; s’il a été écrit pour exhorter, il ne devrait pas être utilisé pour instruire ; s’il a été écrit pour enseigner quelque chose sur Dieu, il ne devrait pas être utilisé pour expliquer différentes idées théologiques ; s’il a été écrit pour motiver la louange ou la tâche missionnaire, ne l’utilisons pas pour informer des dernières nouvelles.

148. Certainement, pour comprendre de façon adéquate le sens du message central d’un texte, il est nécessaire de le mettre en connexion avec l’enseignement de toute la Bible, transmise par l’Église. C’est là un principe important de l’interprétation de la Bible, qui tient compte du fait que l’Esprit Saint n’a pas inspiré seulement une partie, mais la Bible tout entière, et que pour certaines questions, le peuple a grandi dans sa compréhension de la volonté de Dieu à partir de l’expérience vécue. De cette façon, on évite les interprétations fausses ou partielles, qui contredisent d’autres enseignements de la même Écriture. Mais cela ne signifie pas affaiblir l’accent propre et spécifique du texte sur lequel on doit prêcher. Un des défauts d’une prédication lassante et inefficace est justement celui de ne pas être en mesure de transmettre la force propre du texte proclamé.

La personnalisation de la Parole

149. Le prédicateur « doit tout d’abord acquérir une grande familiarité personnelle avec la Parole de Dieu. Il ne lui suffit pas d’en connaître l’aspect linguistique ou exégétique, ce qui est cependant nécessaire. Il lui faut accueillir la Parole avec un cœur docile et priant, pour qu’elle pénètre à fond dans ses pensées et ses sentiments et engendre en lui un esprit nouveau »[115]. Cela nous fait du bien de renouveler chaque jour, chaque dimanche, notre ferveur en préparant l’homélie, et en vérifiant si grandit en nous l’amour de la Parole que nous prêchons. Il ne faut pas oublier qu’« en particulier, la sainteté plus ou moins réelle du ministre a une véritable influence sur sa façon d’annoncer la Parole ».[116] Comme l’affirme saint Paul, « nous prêchons, cherchant à plaire non pas aux hommes mais à Dieu qui éprouve nos cœurs » (1 Th 2, 4). Si nous avons les premiers ce vif désir d’écouter la Parole que nous devons prêcher, elle se transmettra d’une façon ou d’une autre au Peuple de Dieu : « C’est du trop-plein du cœur que la bouche parle » (Mt 12, 34). Les lectures du dimanche résonneront dans toute leur splendeur dans le cœur du peuple, si elles ont ainsi résonné en premier lieu dans le cœur du pasteur.

150. Jésus s’irritait devant ces supposés maîtres, très exigeants pour les autres, qui enseignaient la Parole de Dieu, mais ne se laissaient pas éclairer par elle : « Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt » (Mt 23, 4). L’Apôtre Jacques exhortait : « Ne soyez pas nombreux, mes frères, à devenir docteurs. Vous le savez, nous n’en recevrons qu’un jugement plus sévère » (Jc 3, 1). Quiconque veut prêcher, doit d’abord être disposé à se laisser toucher par la Parole et à la faire devenir chair dans son existence concrète. De cette façon, la prédication consistera dans cette activité si intense et féconde qui est de « transmettre aux autres ce qu’on a contemplé »[117]. Pour tout cela, avant de préparer concrètement ce que l’on dira dans la prédication, on doit accepter d’être blessé d’abord par cette Parole qui blessera les autres, parce que c’est une Parole vivante et efficace, qui, comme un glaive « pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, et peut juger les sentiments et les pensées du cœur » (He 4, 12). Cela revêt une importance pastorale. À notre époque aussi, les gens préfèrent écouter les témoins : « ils ont soif d’authenticité […] Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et fréquentent comme s’ils voyaient l’invisible ».[118]

151. Il ne nous est pas demandé d’être immaculés, mais plutôt que nous soyons toujours en croissance, que nous vivions le désir profond de progresser sur la voie de l’Évangile, et que nous ne baissions pas les bras. Il est indispensable que le prédicateur ait la certitude que Dieu l’aime, que Jésus Christ l’a sauvé, que son amour a toujours le dernier mot. Devant tant de beauté, il sentira de nombreuses fois que sa vie ne lui rend pas pleinement gloire et il désirera sincèrement mieux répondre à un amour si grand. Mais s’il ne s’arrête pas pour écouter la Parole avec une ouverture sincère, s’il ne fait pas en sorte qu’elle touche sa vie, qu’elle le remette en question, qu’elle l’exhorte, qu’elle le secoue, s’il ne consacre pas du temps pour prier avec la Parole, alors, il sera un faux prophète, un escroc ou un charlatan sans consistance. En tous cas, à partir de la reconnaissance de sa pauvreté et avec le désir de s’engager davantage, il pourra toujours donner Jésus Christ, disant comme Pierre : « De l’argent ou de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne » (Ac 3, 6). Le Seigneur veut nous utiliser comme des êtres vivants, libres et créatifs, qui se laissent pénétrer par sa Parole avant de la transmettre ; son message doit passer vraiment à travers le prédicateur, non seulement à travers la raison, mais en prenant possession de tout son être. L’Esprit Saint, qui a inspiré la Parole, est celui qui « aujourd’hui comme aux débuts de l’Église, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par lui, et met dans sa bouche les mots que seul il ne pourrait trouver».[119]

La lecture spirituelle

152. Il existe une modalité concrète pour écouter ce que le Seigneur veut nous dire dans sa Parole et pour nous laisser transformer par son Esprit. Et c’est ce que nous appelons ‘lectio divina’. Elle consiste dans la lecture de la Parole de Dieu à l’intérieur d’un moment de prière pour lui permettre de nous illuminer et de nous renouveler. Cette lecture orante de la Bible n’est pas séparée de l’étude que le prédicateur accomplit pour identifier le message central du texte ; au contraire, il doit partir de là, pour chercher à découvrir ce que dit ce message lui-même à sa vie. La lecture spirituelle d’un texte doit partir de sa signification littérale. Autrement, on fera facilement dire au texte ce qui convient, ce qui sert pour confirmer ses propres décisions, ce qui s’adapte à ses propres schémas mentaux. Cela serait, en définitive, utiliser quelque chose de sacré à son propre avantage et transférer cette confusion au peuple de Dieu. Il ne faut jamais oublier que parfois, « Satan lui-même se déguise bien en ange de lumière » (2 Co 11, 14).

153. En présence de Dieu, dans une lecture calme du texte, il est bien de se demander par exemple : « Seigneur, qu’est-ce que ce texte me dit à moi ? Qu’est-ce que tu veux changer dans ma vie avec ce message ? Qu’est-ce qui m’ennuie dans ce texte ? Pourquoi cela ne m’intéresse-t-il pas ? » ou : « Qu’est-ce qui me plaît, qu’est-ce qui me stimule dans cette Parole ? Qu’est-ce qui m’attire ? Pourquoi est-ce que cela m’attire ? ». Quand on cherche à écouter le Seigneur, il est normal d’avoir des tentations. Une d’elles est simplement de se sentir gêné ou oppressé, et de se fermer sur soi-même ; une autre tentation très commune est de commencer à penser à ce que le texte dit aux autres, pour éviter de l’appliquer à sa propre vie. Il arrive aussi qu’on commence à chercher des excuses qui permettent d’affaiblir le message spécifique d’un texte. D’autres fois, on retient que Dieu exige de nous une décision trop importante, que nous ne sommes pas encore en mesure de prendre. Cela porte beaucoup de personnes à perdre la joie de la rencontre avec la Parole, mais cela voudrait dire oublier que personne n’est plus patient que Dieu le Père, que personne ne comprend et ne sait attendre comme lui. Il invite toujours à faire un pas de plus, mais il n’exige pas une réponse complète si nous n’avons pas encore parcouru le chemin qui la rend possible. Il désire simplement que nous regardions avec sincérité notre existence et que nous la présentions sans feinte à ses yeux, que nous soyons disposés à continuer de grandir, et que nous lui demandions ce que nous ne réussissons pas encore à obtenir.

À l’écoute du peuple

154. Le prédicateur doit aussi se mettre à l’écoute du peuple, pour découvrir ce que les fidèles ont besoin de s’entendre dire. Un prédicateur est un contemplatif de la Parole et aussi un contemplatif du peuple. De cette façon, il découvre « les aspirations, les richesses et limites, les façons de prier, d’aimer, de considérer la vie et le monde qui marquent tel ou tel ensemble humain », prenant en considération « le peuple concret avec ses signes et ses symboles et répondant aux questions qu’il pose ».[120] Il s’agit de relier le message du texte biblique à une situation humaine, à quelque chose qu’ils vivent, à une expérience qui a besoin de la lumière de la Parole. Cette préoccupation ne répond pas à une attitude opportuniste ou diplomatique, mais elle est profondément religieuse et pastorale. Au fond, il y a une « sensibilité spirituelle pour lire dans les événements le message de Dieu »[121] et cela est beaucoup plus que trouver quelque chose d’intéressant à dire. Ce que l’on cherche à découvrir est « ce que le Seigneur a à dire dans cette circonstance ».[122] Donc la préparation de la prédication se transforme en un exercice de discernement évangélique, dans lequel on cherche à reconnaître – à la lumière de l’Esprit – « un appel que Dieu fait retentir dans la situation historique elle-même ; aussi, en elle et par elle, Dieu appelle le croyant ».[123]

155. Dans cette recherche, il est possible de recourir simplement à certaines expériences humaines fréquentes, comme la joie d’une rencontre nouvelle, les déceptions, la peur de la solitude, la compassion pour la douleur d’autrui, l’insécurité devant l’avenir, la préoccupation pour une personne chère, etc. ; il faut cependant avoir une sensibilité plus grande pour reconnaître ce qui intéresse réellement leur vie. Rappelons qu’on n’a jamais besoin de répondre à des questions que personne ne se pose ; il n’est pas non plus opportun d’offrir des chroniques de l’actualité pour susciter de l’intérêt : pour cela il y a déjà les programmes télévisés. Il est quand même possible de partir d’un fait pour que la Parole puisse résonner avec force dans son invitation à la conversion, à l’adoration, à des attitudes concrètes de fraternité et de service, etc., puisque certaines personnes aiment parfois entendre dans la prédication des commentaires sur la réalité, mais sans pour cela se laisser interpeller personnellement.

Instruments pédagogiques

156. Certains croient pouvoir être de bons prédicateurs parce qu’ils savent ce qu’ils doivent dire, mais ils négligent le comment, la manière concrète de développer une prédication. Ils se fâchent quand les autres ne les écoutent pas ou ne les apprécient pas, mais peut-être ne se sont-ils pas occupés de chercher la manière adéquate de présenter le message. Rappelons-nous que « l’importance évidente du contenu de l’évangélisation ne doit pas cacher l’importance des voies et des moyens ».[124] La préoccupation pour les modalités de la prédication est elle aussi une attitude profondément spirituelle. Elle signifie répondre à l’amour de Dieu, en se dévouant avec toutes nos capacités et notre créativité à la mission qu’il nous confie ; mais c’est aussi un exercice d’amour délicat pour le prochain, parce que nous ne voulons pas offrir aux autres quelque chose de mauvaise qualité. Dans la Bible, par exemple, nous trouvons la recommandation de préparer la prédication pour lui assurer une mesure correcte : « Résume ton discours. Dis beaucoup en peu de mots » (Si 32, 8).

157. Seulement à titre d’exemples, rappelons quelques moyens pratiques qui peuvent enrichir une prédication et la rendre plus attirante. Un des efforts les plus nécessaires est d’apprendre à utiliser des images dans la prédication, c’est-à-dire à parler avec des images. Parfois, on utilise des exemples pour rendre plus compréhensible quelque chose qu’on souhaite expliquer, mais ces exemples s’adressent souvent seulement au raisonnement ; les images, au contraire, aident à apprécier et à accepter le message qu’on veut transmettre. Une image attrayante fait que le message est ressenti comme quelque chose de familier, de proche, de possible, en lien avec sa propre vie. Une image adéquate peut porter à goûter le message que l’on désire transmettre, réveille un désir et motive la volonté dans la direction de l’Évangile. Une bonne homélie, comme me disait un vieux maître, doit contenir “une idée, un sentiment, une image”.

158. Paul VI disait déjà que les fidèles « attendent beaucoup de cette prédication et de fait en reçoivent beaucoup de fruits, pourvu qu’elle soit simple, claire, directe, adaptée ».[125] La simplicité a à voir avec le langage utilisé. Il doit être le langage que les destinataires comprennent pour ne pas courir le risque de parler dans le vide. Il arrive fréquemment que les prédicateurs se servent de paroles qu’ils ont apprises durant leurs études et dans des milieux déterminés, mais qui ne font pas partie du langage commun des personnes qui les écoutent. Ce sont des paroles propres à la théologie ou à la catéchèse, dont la signification n’est pas compréhensible pour la majorité des chrétiens. Le plus grand risque pour un prédicateur est de s’habituer à son propre langage et de penser que tous les autres l’utilisent et le comprennent spontanément. Si l’on veut s’adapter au langage des autres pour pouvoir les atteindre avec la Parole, on doit écouter beaucoup, il faut partager la vie des gens et y prêter volontiers attention. La simplicité et la clarté sont deux choses différentes. Le langage peut être très simple, mais la prédication peut être peu claire. Elle peut devenir incompréhensible à cause de son désordre, par manque de logique, ou parce qu’elle traite en même temps différents thèmes. Par conséquent une autre tâche nécessaire est de faire en sorte que la prédication ait une unité thématique, un ordre clair et des liens entre les phrases, pour que les personnes puissent suivre facilement le prédicateur et recueillir la logique de ce qu’il dit.

159. Une autre caractéristique est le langage positif. Il ne dit pas tant ce qu’il ne faut pas faire, mais il propose plutôt ce que nous pouvons faire mieux. Dans tous les cas, s’il indique quelque chose de négatif, il cherche toujours à montrer aussi une valeur positive qui attire, pour ne pas s’arrêter à la lamentation, à la critique ou au remords. En outre, une prédication positive offre toujours l’espérance, oriente vers l’avenir, ne nous laisse pas prisonniers de la négativité. Quelle bonne chose que prêtres, diacres et laïcs se réunissent périodiquement pour trouver ensemble les instruments qui rendent la prédication plus attrayante !

160. Le mandat missionnaire du Seigneur comprend l’appel à la croissance de la foi quand il indique : « leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 20). Ainsi apparaît clairement que la première annonce doit donner lieu aussi à un chemin de formation et de maturation. L’évangélisation cherche aussi la croissance, ce qui implique de prendre très au sérieux chaque personne et le projet que le Seigneur a sur elle. Chaque être humain a toujours plus besoin du Christ, et l’évangélisation ne devrait pas accepter que quelqu’un se contente de peu, mais qu’il puisse dire pleinement : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).

161. Il ne serait pas correct d’interpréter cet appel à la croissance exclusivement ou prioritairement comme une formation doctrinale. Il s’agit d’« observer » ce que le Seigneur nous a indiqué, comme réponse à son amour, d’où ressort, avec toutes les vertus, ce commandement nouveau qui est le premier, le plus grand, celui qui nous identifie le mieux comme disciples : « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). Il est évident que, lorsque les auteurs du Nouveau Testament veulent réduire à une dernière synthèse, au plus essentiel, le message moral chrétien, ils nous présentent l’incontournable exigence de l’amour du prochain : « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi… La charité est donc la loi dans sa plénitude » (Rm 13, 8.10). Ainsi pour saint Paul, le précepte de l’amour ne résume pas seulement la loi, mais il est le cœur et la raison de l’être :« Une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5, 14). Et il présente à ses communautés la vie chrétienne comme un chemin de croissance dans l’amour : « Que le Seigneur vous fasse croître et abonder dans l’amour que vous avez les uns envers les autres » (1 Th 3, 12). Aussi saint Jacques exhorte les chrétiens à accomplir « la Loi royale suivant l’Écriture : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, alors vous faites bien » (2, 8), pour n’enfreindre aucun précepte.

162. D’autre part, ce chemin de réponse et de croissance est toujours précédé du don, parce que cette autre demande du Seigneur le précède : « les baptisant au nom… » (Mt 28,19). L’adoption en tant que fils que le Père offre gratuitement et l’initiative du don de sa grâce (cf. Ep 2, 8-9 ; 1 Co 4, 7) sont la condition de la possibilité de cette sanctification permanente qui plaît à Dieu et lui rend gloire. Il s’agit de se laisser transformer dans le Christ par une vie progressive « selon l’Esprit » (Rm 8, 5).

Une catéchèse kérygmatique et mystagogique

163. L’éducation et la catéchèse sont au service de cette croissance. Nous avons déjà à notre disposition différents textes magistériels et matériaux sur la catéchèse offerts par le Saint-Siège et par les différents Épiscopats. Je rappelle l’Exhortation apostolique Catechesi tradendae (1979), le Directoire général pour la catéchèse (1997) et d’autres documents dont il n’est pas nécessaire de répéter ici le contenu actuel. Je voudrais m’arrêter seulement sur certaines considérations qu’il me semble opportun de souligner.
164. Nous avons redécouvert que, dans la catéchèse aussi, la première annonce ou “kérygme” a un rôle fondamental, qui doit être au centre de l’activité évangélisatrice et de tout objectif de renouveau ecclésial. Le kérygme est trinitaire. C’est le feu de l’Esprit qui se donne sous forme de langues et nous fait croire en Jésus Christ, qui par sa mort et sa résurrection nous révèle et nous communique l’infinie miséricorde du Père. Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : “Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer”. Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et ses moments.[126] Pour cela aussi « le prêtre, comme l’Église, doit prendre de plus en plus conscience du besoin permanent qu’il a d’être évangélisé ».[127]

165. On ne doit pas penser que dans la catéchèse le kérygme soit abandonné en faveur d’une formation qui prétendrait être plus “solide”. Il n’y a rien de plus solide, de plus profond, de plus sûr, de plus consistant et de plus sage que cette annonce. Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux, qui n’omet jamais d’éclairer l’engagement catéchétique, et qui permet de comprendre convenablement la signification de n’importe quel thème que l’on développe dans la catéchèse. C’est l’annonce qui correspond à la soif d’infini présente dans chaque cœur humain. La centralité du kérygme demande certaines caractéristiques de l’annonce qui aujourd’hui sont nécessaires en tout lieu : qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui ne réduise pas la prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques. Cela exige de l’évangélisateur des dispositions qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas.

166. Une autre caractéristique de la catéchèse, qui s’est développée ces dernières années est celle de l’initiation mystagogique,[128] qui signifie essentiellement deux choses : la progressivité nécessaire de l’expérience de formation dans laquelle toute la communauté intervient et une valorisation renouvelée des signes liturgiques de l’initiation chrétienne. De nombreux manuels et beaucoup de programmes ne se sont pas encore laissés interpeller par la nécessité d’un renouvellement mystagogique, qui pourrait assumer des formes très diverses en accord avec le discernement de chaque communauté éducative. La rencontre catéchétique est une annonce de la Parole et est centrée sur elle, mais elle a toujours besoin d’un environnement adapté et d’une motivation attirante, de l’usage de symboles parlants, de l’insertion dans un vaste processus de croissance et de l’intégration de toutes les dimensions de la personne dans un cheminement communautaire d’écoute et de réponse.

167. Il est bien que chaque catéchèse prête une attention spéciale à la “voie de la beauté” (via pulchritudinis).[129] Annoncer le Christ signifie montrer que croire en Lui et le suivre n’est pas seulement quelque chose de vrai et de juste, mais aussi quelque chose de beau, capable de combler la vie d’une splendeur nouvelle et d’une joie profonde, même dans les épreuves. Dans cette perspective, toutes les expressions d’authentique beauté peuvent être reconnues comme un sentier qui aide à rencontrer le Seigneur Jésus. Il ne s’agit pas d’encourager un relativisme esthétique,[130] qui puisse obscurcir le lien inséparable entre vérité, bonté et beauté, mais de récupérer l’estime de la beauté pour pouvoir atteindre le cœur humain et faire resplendir en lui la vérité et la bonté du Ressuscité. Si, comme affirme saint Augustin, nous n’aimons que ce qui est beau,[131] le Fils fait homme, révélation de la beauté infinie, est extrêmement aimable, et il nous attire à lui par des liens d’amour. Il est donc nécessaire que la formation à la via pulchritudinis soit insérée dans la transmission de la foi. Il est souhaitable que chaque Église particulière promeuve l’utilisation des arts dans son œuvre d’évangélisation, en continuité avec la richesse du passé, mais aussi dans l’étendue de ses multiples expressions actuelles, dans le but de transmettre la foi dans un nouveau “langage parabolique”.[132] Il faut avoir le courage de trouver les nouveaux signes, les nouveaux symboles, une nouvelle chair pour la transmission de la Parole, diverses formes de beauté qui se manifestent dans les milieux culturels variés, y compris ces modalités non conventionnelles de beauté, qui peuvent être peu significatives pour les évangélisateurs, mais qui sont devenues particulièrement attirantes pour les autres.

168. Pour ce qui concerne la proposition morale de la catéchèse, qui invite à grandir dans la fidélité au style de vie de l’Évangile, il est opportun d’indiquer toujours le bien désirable, la proposition de vie, de maturité, de réalisation, de fécondité, à la lumière de laquelle on peut comprendre notre dénonciation des maux qui peuvent l’obscurcir. Plus que comme experts en diagnostics apocalyptiques ou jugements obscurs qui se complaisent à identifier chaque danger ou déviation, il est bien qu’on puisse nous regarder comme de joyeux messagers de propositions élevées, gardiens du bien et de la beauté qui resplendissent dans une vie fidèle à l’Évangile.

L’accompagnement personnel des processus de croissance

169. Dans une civilisation paradoxalement blessée par l’anonymat et, en même temps, obsédée par les détails de la vie des autres, malade de curiosité morbide, l’Église a besoin d’un regard de proximité pour contempler, s’émouvoir et s’arrêter devant l’autre chaque fois que cela est nécessaire. En ce monde, les ministres ordonnés et les autres agents pastoraux peuvent rendre présent le parfum de la présence proche de Jésus et son regard personnel. L’Église devra initier ses membres – prêtres, personnes consacrées et laïcs – à cet “art de l’accompagnement”, pour que tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3, 5). Nous devons donner à notre chemin le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion mais qui en même temps guérit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne.

170. Bien que cela semble évident, l’accompagnement spirituel doit conduire toujours plus vers Dieu, en qui nous pouvons atteindre la vraie liberté. Certains se croient libres lorsqu’ils marchent à l’écart du Seigneur, sans s’apercevoir qu’ils restent existentiellement orphelins, sans un abri, sans une demeure où revenir toujours. Ils cessent d’être pèlerins et se transforment en errants, qui tournent toujours autour d’eux-mêmes sans arriver nulle part. L’accompagnement serait contreproductif s’il devenait une sorte de thérapie qui renforce cette fermeture des personnes dans leur immanence, et cesse d’être un pèlerinage avec le Christ vers le Père.

171. Plus que jamais, nous avons besoin d’hommes et de femmes qui, à partir de leur expérience d’accompagnement, connaissent la manière de procéder, où ressortent la prudence, la capacité de compréhension, l’art d’attendre, la docilité à l’Esprit, pour protéger tous ensemble les brebis qui se confient à nous, des loups qui tentent de disperser le troupeau. Nous avons besoin de nous exercer à l’art de l’écoute, qui est plus que le fait d’entendre. Dans la communication avec l’autre, la première chose est la capacité du cœur qui rend possible la proximité, sans laquelle il n’existe pas une véritable rencontre spirituelle. L’écoute nous aide à découvrir le geste et la parole opportune qui nous secouent de la tranquille condition de spectateurs. C’est seulement à partir de cette écoute respectueuse et capable de compatir qu’on peut trouver les chemins pour une croissance authentique, qu’on peut réveiller le désir de l’idéal chrétien, l’impatience de répondre pleinement à l’amour de Dieu et la soif de développer le meilleur de ce que Dieu a semé dans sa propre vie. Toujours cependant avec la patience de celui qui connaît ce qu’enseignait saint Thomas : quelqu’un peut avoir la grâce et la charité, mais ne bien exercer aucune des vertus « à cause de certaines inclinations contraires » qui persistent.[133] En d’autres termes, le caractère organique des vertus se donne toujours et nécessairement “in habitu”, bien que les conditionnements puissent rendre difficiles les mises en œuvre de ces habitudes vertueuses. De là la nécessité d’« une pédagogie qui introduise les personnes, pas à pas, à la pleine appropriation du mystère ».[134] Pour atteindre ce point de maturité, c’est-à-dire pour que les personnes soient capables de décisions vraiment libres et responsables, il est indispensable de donner du temps, avec une immense patience. Comme disait le bienheureux Pierre Fabre : « Le temps est le messager de Dieu ».

172. Celui qui accompagne sait reconnaître que la situation de chaque sujet devant Dieu et sa vie de grâce est un mystère que personne ne peut connaître pleinement de l’extérieur. L’Évangile nous propose de corriger et d’aider à grandir une personne à partir de la reconnaissance du caractère objectivement mauvais de ses actions (cf. Mt 18, 15), mais sans émettre des jugements sur sa responsabilité et sur sa culpabilité (cf. Mt 7, 1 ; Lc 6, 37). Dans tous les cas, un bon accompagnateur ne cède ni au fatalisme ni à la pusillanimité. Il invite toujours à vouloir se soigner, à se relever, à embrasser la croix, à tout laisser, à sortir toujours de nouveau pour annoncer l’Évangile. L’expérience personnelle de nous laisser accompagner et soigner, réussissant à exprimer en toute sincérité notre vie devant celui qui nous accompagne, nous enseigne à être patients et compréhensifs avec les autres, et nous met en mesure de trouver les façons de réveiller en eux la confiance, l’ouverture et la disposition à grandir.

173. L’accompagnement spirituel authentique commence toujours et progresse dans le domaine du service de la mission évangélisatrice. La relation de Paul avec Timothée et Tite est un exemple de cet accompagnement et de cette formation durant l’action apostolique. En leur confiant la mission de s’arrêter dans chaque ville pour « y achever l’organisation » (Tt 1, 5 ; cf. 1 Tm 1, 3-5), il leur donne des critères pour la vie personnelle et pour l’action pastorale. Tout cela se différencie clairement d’un type quelconque d’accompagnement intimiste, d’autoréalisation isolée. Les disciples missionnaires accompagnent les disciples missionnaires.

Au sujet de la Parole de Dieu

174. Ce n’est pas seulement l’homélie qui doit se nourrir de la Parole de Dieu. Toute l’évangélisation est fondée sur elle, écoutée, méditée, vécue, célébrée et témoignée. La Sainte Écriture est source de l’évangélisation. Par conséquent, il faut se former continuellement à l’écoute de la Parole. L’Église n’évangélise pas si elle ne se laisse pas continuellement évangéliser. Il est indispensable que la Parole de Dieu « devienne toujours plus le cœur de toute activité ecclésiale ».[135] La Parole de Dieu écoutée et célébrée, surtout dans l’Eucharistie, alimente et fortifie intérieurement les chrétiens et les rend capables d’un authentique témoignage évangélique dans la vie quotidienne. Nous avons désormais dépassé cette ancienne opposition entre Parole et Sacrement. La Parole proclamée, vivante et efficace, prépare à la réception du sacrement et dans le sacrement cette Parole atteint son efficacité maximale.

175. L’étude de la Sainte Écriture doit être une porte ouverte à tous les croyants.[136] Il est fondamental que la Parole révélée féconde radicalement la catéchèse et tous les efforts pour transmettre la foi.[137] L’évangélisation demande la familiarité avec la Parole de Dieu et cela exige que les diocèses, les paroisses et tous les groupements catholiques proposent une étude sérieuse et persévérante de la Bible, comme aussi en promeuvent la lecture orante personnelle et communautaire.[138] Nous ne cherchons pas à tâtons dans l’obscurité, nous ne devons pas non plus attendre que Dieu nous adresse la parole, parce que réellement « Dieu a parlé, il n’est plus le grand inconnu mais il s’est montré lui-même ».[139] Accueillons le sublime trésor de la Parole révélée.

Chapitre 4

La dimension sociale de l’évangélisation

176. Évangéliser c’est rendre présent dans le monde le Royaume de Dieu. Mais « aucune définition partielle et fragmentaire ne donne raison de la réalité riche, complexe et dynamique qu’est l’évangélisation, sinon au risque de l’appauvrir et même de la mutiler ».[140] Je voudrais partager à présent mes préoccupations au sujet de la dimension sociale de l’évangélisation précisément parce que, si cette dimension n’est pas dûment explicitée, on court toujours le risque de défigurer la signification authentique et intégrale de la mission évangélisatrice.

177. Le kérygme possède un contenu inévitablement social : au cœur même de l’Évangile, il y a la vie communautaire et l’engagement avec les autres. Le contenu de la première annonce a une répercussion morale immédiate dont le centre est la charité.

Confession de la foi et engagement social

178. Confesser un Père qui aime infiniment chaque être humain implique de découvrir qu’« il lui accorde par cet amour une dignité infinie ».[141] Confesser que le Fils de Dieu a assumé notre chair signifie que chaque personne humaine a été élevée jusqu’au cœur même de Dieu. Confesser que Jésus a donné son sang pour nous nous empêche de maintenir le moindre doute sur l’amour sans limite qui ennoblit tout être humain. Sa rédemption a une signification sociale parce que « dans le Christ, Dieu ne rachète pas seulement l’individu mais aussi les relations sociales entre les hommes ».[142] Confesser que l’Esprit Saint agit en tous implique de reconnaître qu’il cherche à pénétrer dans chaque situation humaine et dans tous les liens sociaux : « L’Esprit Saint possède une imagination infinie, précisément de l’Esprit divin, qui sait dénouer les nœuds même les plus complexes et les plus inextricables de l’histoire humaine ».[143] L’évangélisation cherche à coopérer aussi à cette action libératrice de l’Esprit. Le mystère même de la Trinité nous rappelle que nous avons été créés à l’image de la communion divine, pour laquelle nous ne pouvons nous réaliser ni nous sauver tout seuls. À partir du cœur de l’Évangile, nous reconnaissons la connexion intime entre évangélisation et promotion humaine, qui doit nécessairement s’exprimer et se développer dans toute l’action évangélisatrice. L’acceptation de la première annonce, qui invite à se laisser aimer de Dieu et à l’aimer avec l’amour que lui-même nous communique, provoque dans la vie de la personne et dans ses actions une réaction première et fondamentale : désirer, chercher et avoir à cœur le bien des autres.

179. Ce lien indissoluble entre l’accueil de l’annonce salvifique et un amour fraternel effectif est exprimé dans certains textes de l’Écriture qu’il convient de considérer et de méditer attentivement pour en tirer toutes les conséquences. Il s’agit d’un message auquel fréquemment nous nous habituons, nous le répétons presque mécaniquement, sans pouvoir nous assurer qu’il ait une réelle incidence dans notre vie et dans nos communautés. Comme elle est dangereuse et nuisible, cette accoutumance qui nous porte à perdre l’émerveillement, la fascination, l’enthousiasme de vivre l’Évangile de la fraternité et de la justice ! La Parole de Dieu enseigne que, dans le frère, on trouve le prolongement permanent de l’Incarnation pour chacun de nous : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Tout ce que nous faisons pour les autres a une dimension transcendante : « De la mesure dont vous mesurerez, on mesurera pour vous » (Mt 7, 2) ; et elle répond à la miséricorde divine envers nous. « Montrez-vous compatissants comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. Donnez et l’on vous donnera… De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous en retour » (Lc 6, 36-38). Ce qu’expriment ces textes c’est la priorité absolue de « la sortie de soi vers le frère » comme un des deux commandements principaux qui fondent toute norme morale et comme le signe le plus clair pour faire le discernement sur un chemin de croissance spirituelle en réponse au don absolument gratuit de Dieu. Pour cela même, « le service de la charité est, lui aussi, une dimension constitutive de la mission de l’Église et il constitue une expression de son essence-même ».[144] Comme l’Église est missionnaire par nature, ainsi surgit inévitablement d’une telle nature la charité effective pour le prochain, la compassion qui comprend, assiste et promeut.

Le Royaume qui nous appelle

180. En lisant les Écritures, il apparaît du reste clairement que la proposition de l’Évangile ne consiste pas seulement en une relation personnelle avec Dieu. Et notre réponse d’amour ne devrait pas s’entendre non plus comme une simple somme de petits gestes personnels en faveur de quelque individu dans le besoin, ce qui pourrait constituer une sorte de “charité à la carte”, une suite d’actions tendant seulement à tranquilliser notre conscience. La proposition est le Royaume de Dieu (Lc 4, 43) ; il s’agit d’aimer Dieu qui règne dans le monde. Dans la mesure où il réussira à régner parmi nous, la vie sociale sera un espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous. Donc, aussi bien l’annonce que l’expérience chrétienne tendent à provoquer des conséquences sociales. Cherchons son Royaume : « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33). Le projet de Jésus est d’instaurer le Royaume de son Père ; il demande à ses disciples : « Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 10, 7).

181. Anticipé et grandissant parmi nous, le Royaume concerne tout et nous rappelle ce principe de discernement que Paul VI proposait en relation au véritable développement : « Tous les hommes et tout l’homme ».[145] Nous savons que « l’évangélisation ne serait pas complète si elle ne tenait pas compte des rapports concrets et permanents qui existent entre l’Évangile et la vie, personnelle, sociale, de l’homme ».[146] Il s’agit du critère d’universalité, propre à la dynamique de l’Évangile, du moment que le Père désire que tous les hommes soient sauvés et que son dessein de salut consiste dans la récapitulation de toutes choses, celles du ciel et celles de la terre sous un seul Seigneur, qui est le Christ (cf. Ep 1, 10). Le mandat est : « Allez dans le monde entier ; proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15), parce que « la création en attente, aspire à la révélation des fils de Dieu » (Rm 8, 19). Toute la création signifie aussi tous les aspects de la nature humaine, de sorte que « la mission de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ a une dimension universelle. Son commandement de charité embrasse toutes les dimensions de l’existence, toutes les personnes, tous les secteurs de la vie sociale et tous les peuples. Rien d’humain ne peut lui être étranger ».[147] L’espérance chrétienne véritable, qui cherche le Royaume eschatologique, engendre toujours l’histoire.

L’enseignement de l’Église sur les questions sociales

182. Les enseignements de l’Église sur les situations contingentes sont sujettes à d’importants ou de nouveaux développements et peuvent être l’objet de discussion, mais nous ne pouvons éviter d’être concrets – sans prétendre entrer dans les détails – pour que les grands principes sociaux ne restent pas de simples indications générales qui n’interpellent personne. Il faut en tirer les conséquences pratiques afin qu’« ils puissent aussi avoir une incidence efficace sur les situations contemporaines complexes ».[148] Les pasteurs, en accueillant les apports des différentes sciences, ont le droit d’émettre des opinions sur tout ce qui concerne la vie des personnes, du moment que la tâche de l’évangélisation implique et exige une promotion intégrale de chaque être humain. On ne peut plus affirmer que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu’elle existe seulement pour préparer les âmes pour le ciel. Nous savons que Dieu désire le bonheur de ses enfants, sur cette terre aussi, bien que ceux-ci soient appelés à la plénitude éternelle, puisqu’il a créé toutes choses « afin que nous en jouissions » (1 Tm 6, 17), pour que tous puissent en jouir. Il en découle que la conversion chrétienne exige de reconsidérer « spécialement tout ce qui concerne l’ordre social et la réalisation du bien commun ».[149]

183. En conséquence, personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens. Qui oserait enfermer dans un temple et faire taire le message de saint François d’Assise et de la bienheureuse Teresa de Calcutta ? Ils ne pourraient l’accepter. Une foi authentique – qui n’est jamais confortable et individualiste – implique toujours un profond désir de changer le monde, de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur la terre. Nous aimons cette magnifique planète où Dieu nous a placés, et nous aimons l’humanité qui l’habite, avec tous ses drames et ses lassitudes, avec ses aspirations et ses espérances, avec ses valeurs et ses fragilités. La terre est notre maison commune et nous sommes tous frères. Bien que « l’ordre juste de la société et de l’État soit un devoir essentiel du politique », l’Église « ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la lutte pour la justice ».[150] Tous les chrétiens, et aussi les pasteurs, sont appelés à se préoccuper de la construction d’un monde meilleur. Il s’agit de cela, parce que la pensée sociale de l’Église est en premier lieu positive et fait des propositions, oriente une action transformatrice, et en ce sens, ne cesse d’être un signe d’espérance qui jaillit du cœur plein d’amour de Jésus Christ. En même temps, elle unit « ses efforts à ceux que réalisent dans le domaine social les autres Églises et Communautés ecclésiales, tant au niveau de la réflexion doctrinale qu’au niveau pratique ».[151]

184. Ce n’est pas le moment ici de développer toutes les graves questions sociales qui marquent le monde actuel, dont j’ai commenté certaines dans le chapitre deux. Ceci n’est pas un document social, et pour réfléchir sur ces thématiques différentes nous disposons d’un instrument très adapté dans le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, dont je recommande vivement l’utilisation et l’étude. En outre, ni le Pape, ni l’Église ne possèdent le monopole de l’interprétation de la réalité sociale ou de la proposition de solutions aux problèmes contemporains. Je peux répéter ici ce que Paul VI indiquait avec lucidité : « Face à des situations aussi variées, il nous est difficile de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui ait une valeur universelle. Telle n’est pas notre ambition, ni même notre mission. Il revient aux communautés chrétiennes d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays ».[152]

185. Dans la suite, je chercherai à me concentrer sur deux grandes questions qui me semblent fondamentales en ce moment de l’histoire. Je les développerai avec une certaine ampleur parce que je considère qu’elles détermineront l’avenir de l’humanité. Il s’agit, en premier lieu, de l’intégration sociale des pauvres et, en outre, de la paix et du dialogue social.

2. L’intégration sociale des pauvres

186. De notre foi au Christ qui s’est fait pauvre, et toujours proche des pauvres et des exclus, découle la préoccupation pour le développement intégral des plus abandonnés de la société.

Unis à Dieu nous écoutons un cri

187. Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres, de manière à ce qu’ils puissent s’intégrer pleinement dans la société ; ceci suppose que nous soyons dociles et attentifs à écouter le cri du pauvre et à le secourir. Il suffit de recourir aux Écritures pour découvrir comment le Père qui est bon veut écouter le cri des pauvres : « J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer […] Maintenant va, je t’envoie… » (Ex 3, 7-8.10), et a souci de leurs nécessités : « Alors les Israélites crièrent vers le Seigneur et le Seigneur leur suscita un sauveur » (Jg 3, 15) Faire la sourde oreille à ce cri, alors que nous sommes les instruments de Dieu pour écouter le pauvre, nous met en dehors de la volonté du Père et de son projet, parce que ce pauvre « en appellerait au Seigneur contre toi, et tu serais chargé d’un péché » (Dt 15, 9). Et le manque de solidarité envers ses nécessités affectedirectement notre relation avec Dieu : « Si quelqu’un te maudit dans sa détresse, son Créateur exaucera son imprécation » (Si 4, 6). L’ancienne question revient toujours : « Si quelqu’un, jouissant des biens de ce monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (1 Jn 3, 17). Souvenons-nous aussi comment, avec une grande radicalité, l’Apôtre Jacques reprenait l’image du cri des opprimés : « Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont fauché vos champs, crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur des Armées » (5, 4).

188. L’Église a reconnu que l’exigence d’écouter ce cri vient de l’œuvre libératrice de la grâce elle-même en chacun de nous ; il ne s’agit donc pas d’une mission réservée seulement à quelques-uns : « L’Église guidée par l’Évangile de la miséricorde et par l’amour de l’homme, entend la clameur pour la justice et veut y répondre de toutes ses forces ».[153] Dans ce cadre on comprend la demande de Jésus à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37), ce qui implique autant la coopération pour résoudre les causes structurelles de la pauvreté et promouvoir le développement intégral des pauvres, que les gestes simples et quotidiens de solidarité devant les misères très concrètes que nous rencontrons. Le mot “solidarité” est un peu usé et, parfois, on l’interprète mal, mais il désigne beaucoup plus que quelques actes sporadiques de générosité. Il demande de créer une nouvelle mentalité qui pense en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation des biens par quelques-uns.

189. La solidarité est une réaction spontanée de celui qui reconnaît la fonction sociale de la propriété et la destination universelle des biens comme réalités antérieures à la propriété privée. La possession privée des biens se justifie pour les garder et les accroître de manière à ce qu’ils servent mieux le bien commun, c’est pourquoi la solidarité doit être vécue comme la décision de rendre au pauvre ce qui lui revient. Ces convictions et pratiques de solidarité, quand elles prennent chair, ouvrent la route à d’autres transformations structurelles et les rendent possibles. Un changement des structures qui ne génère pas de nouvelles convictions et attitudes fera que ces mêmes structures tôt ou tard deviendront corrompues, pesantes et inefficaces.

190. Parfois il s’agit d’écouter le cri de peuples entiers, des peuples les plus pauvres de la terre, parce que « la paix se fonde non seulement sur le respect des droits de l’homme mais aussi sur celui des droits des peuples ».[154] Il est à déplorer que même les droits humains puissent être utilisés comme justification d’une défense exagérée des droits individuels ou des droits des peuples les plus riches. Respectant l’indépendance et la culture de chaque nation, il faut rappeler toujours que la planète appartient à toute l’humanité et est pour toute l’humanité, et que le seul fait d’être nés en un lieu avec moins de ressources ou moins de développement ne justifie pas que des personnes vivent dans une moindre dignité. Il faut répéter que « les plus favorisés doivent renoncer à certains de leurs droits, pour mettre avec une plus grande libéralité leurs biens au service des autres ».[155] Pour parler de manière correcte de nos droits, il faut élargir le regard et ouvrir les oreilles au cri des autres peuples et des autres régions de notre pays. Nous avons besoin de grandir dans une solidarité qui « doit permettre à tous les peuples de devenir eux-mêmes les artisans de leur destin »,[156] de même que « chaque homme est appelé à se développer ».[157]

191. En tout lieu et en toute circonstance, les chrétiens, encouragés par leurs pasteurs, sont appelés à écouter le cri des pauvres, comme l’ont bien exprimé les Évêques du Brésil : « Nous voulons assumer chaque jour, les joies et les espérances, les angoisses et les tristesses du peuple brésilien, spécialement des populations des périphéries urbaines et des zones rurales – sans terre, sans toit, sans pain, sans santé – lésées dans leurs droits. Voyant leurs misères, écoutant leurs cris et connaissant leur souffrance, nous sommes scandalisés par le fait de savoir qu’il existe de la nourriture suffisamment pour tous et que la faim est due à la mauvaise distribution des biens et des revenus. Le problème s’aggrave avec la pratique généralisée du gaspillage ».[158]

192. Mais nous désirons encore davantage, et notre rêve va plus loin. Nous ne parlons pas seulement d’assurer à tous la nourriture, ou une « subsistance décente», mais que tous connaissent « la prospérité dans ses multiples aspects ».[159] Ceci implique éducation, accès à l’assistance sanitaire, et surtout au travail, parce que dans le travail libre, créatif, participatif et solidaire, l’être humain exprime et accroît la dignité de sa vie. Le salaire juste permet l’accès adéquat aux autres biens qui sont destinés à l’usage commun.

Fidélité à l’Évangile pour ne pas courir en vain

193. L’impératif d’écouter le cri des pauvres prend chair en nous quand nous sommes bouleversés au plus profond devant la souffrance d’autrui. Relisons quelques enseignements de la Parole de Dieu sur la miséricorde, pour qu’ils résonnent avec force dans la vie de l’Église. L’Évangile proclame : « Heureux les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). L’Apôtre saint Jacques enseigne que la miséricorde envers les autres nous permet de sortir triomphants du jugement divin : « Parlez et agissez comme des gens qui doivent être jugés par une loi de liberté. Car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde ; mais la miséricorde se rit du jugement » (2, 12-13). Dans ce texte, Jacques se fait l’héritier de la plus riche spiritualité hébraïque post-exilique, qui attribuait à la miséricorde une valeur salvifique spéciale : « Romps tes péchés par des œuvres de justice, et tes iniquités en faisant miséricorde aux pauvres, afin d’avoir longue sécurité » (Dn 4, 24). Dans cette même perspective, la littérature sapientielle parle de l’aumône comme exercice concret de la miséricorde envers ceux qui en ont besoin : « L’aumône sauve de la mort et elle purifie de tous péchés » (Tb 12, 9). Le Siracide l’exprime aussi de manière plus imagée : « L’eau éteint les flammes, l’aumône remet les péchés » (3, 30). La même synthèse est reprise dans le Nouveau Testament : « Conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés » (1 P 4, 8). Cette vérité a pénétré profondément la mentalité des Pères de l’Église et a exercé une résistance prophétique, comme alternative culturelle, contre l’individualisme hédoniste païen. Rappelons un seul exemple : « Comme en danger d’incendie nous courons chercher de l’eau pour l’éteindre, […] de la même manière, si surgit de notre paille la flamme du péché et que pour cela nous en sommes troublés, une fois que nous est donnée l’occasion d’une œuvre de miséricorde, réjouissons-nous d’une telle œuvre comme si elle était une source qui nous est offerte pour que nous puissions étouffer l’incendie ».[160]

194. C’est un message si clair, si direct, si simple et éloquent qu’aucune herméneutique ecclésiale n’a le droit de le relativiser. La réflexion de l’Église sur ces textes ne devrait pas obscurcir ni affaiblir leur sens exhortatif, mais plutôt aider à les assumer avec courage et ferveur. Pourquoi compliquer ce qui est si simple ? Les appareils conceptuels sont faits pour favoriser le contact avec la réalité que l’on veut expliquer, et non pour nous en éloigner. Cela vaut avant tout pour les exhortations bibliques qui invitent, avec beaucoup de détermination, à l’amour fraternel, au service humble et généreux, à la justice, à la miséricorde envers les pauvres. Jésus nous a enseigné ce chemin de reconnaissance de l’autre par ses paroles et par ses gestes. Pourquoi obscurcir ce qui est si clair ? Ne nous préoccupons pas seulement de ne pas tomber dans des erreurs doctrinales, mais aussi d’être fidèles à ce chemin lumineux de vie et de sagesse. Car, « aux défenseurs de “l’orthodoxie”, on adresse parfois le reproche de passivité, d’indulgence ou de complicité coupables à l’égard de situations d’injustice intolérables et de régimes politiques qui entretiennent ces situations ».[161]

195. Quand Saint Paul se rendit auprès des Apôtres à Jérusalem, de peur de courir ou d’avoir couru en vain (cf. Ga 2, 2), le critère clé de l’authenticité qu’ils lui indiquèrent est celui de ne pas oublier les pauvres (cf. Ga 2, 10). Ce grand critère, pour que les communautés pauliniennes ne se laissent pas dévorer par le style de vie individualiste des païens, est d’une grande actualité dans le contexte présent, où tend à se développer un nouveau paganisme individualiste. Nous ne pouvons pas toujours manifester adéquatement la beauté de l’Évangile mais nous devons toujours manifester ce signe : l’option pour les derniers, pour ceux que la société rejette et met de côté.

196. Nous sommes parfois durs de cœur et d’esprit, nous oublions, nous nous divertissons, nous nous extasions sur les immenses possibilités de consommation et de divertissement qu’offre la société. Il se produit ainsi une sorte d’aliénation qui nous touche tous, puisqu’« une société est aliénée quand, dans les formes de son organisation sociale, de la production et de la consommation, elle rend plus difficile la réalisation de ce don et la constitution de cette solidarité entre hommes ».[162]

La place privilégiée des pauvres dans le peuple de Dieu

197. Les pauvres ont une place de choix dans le cœur de Dieu, au point que lui même « s’est fait pauvre » (2 Co 8, 9). Tout le chemin de notre rédemption est marqué par les pauvres. Ce salut est venu jusqu’à nous à travers le « oui » d’une humble jeune fille d’un petit village perdu dans la périphérie d’un grand empire. Le Sauveur est né dans une mangeoire, parmi les animaux, comme cela arrivait pour les enfants des plus pauvres ; il a été présenté au temple avec deux colombes, l’offrande de ceux qui ne pouvaient pas se permettre de payer un agneau (cf. Lc 2, 24 ; Lv 5, 7) ; il a grandi dans une maison de simples travailleurs et a travaillé de ses mains pour gagner son pain. Quand il commença à annoncer le Royaume, des foules de déshérités le suivaient, et ainsi il manifesta ce que lui-même avait dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres » (Lc 4, 18). À ceux qui étaient accablés par la souffrance, opprimés par la pauvreté, il assura que Dieu les portait dans son cœur : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous » (Lc 6, 20) ; il s’est identifié à eux : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger », enseignant que la miséricorde envers eux est la clef du ciel (cf. Mt 25, 35s).

198. Pour l’Église, l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. Dieu leur accorde « sa première miséricorde ».[163] Cette préférence divine a des conséquences dans la vie de foi de tous les chrétiens, appelés à avoir « les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5). Inspirée par elle, l’Église a fait une option pour les pauvres, entendue comme une « forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l’Église ».[164] Cette option – enseignait Benoît XVI – « est implicite dans la foi christologique en ce Dieu qui s’est fait pauvre pour nous, pour nous enrichir de sa pauvreté ».[165] Pour cette raison, je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. En plus de participer au sensus fidei, par leurs propres souffrances ils connaissent le Christ souffrant. Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux. La nouvelle évangélisation est une invitation à reconnaître la force salvifique de leurs existences, et à les mettre au centre du cheminement de l’Église. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux.

199. Notre engagement ne consiste pas exclusivement en des actions ou des programmes de promotion et d’assistance ; ce que l’Esprit suscite n’est pas un débordement d’activisme, mais avant tout une attention à l’autre qu’il « considère comme un avec lui ».[166] Cette attention aimante est le début d’une véritable préoccupation pour sa personne, à partir de laquelle je désire chercher effectivement son bien. Cela implique de valoriser le pauvre dans sa bonté propre, avec sa manière d’être, avec sa culture, avec sa façon de vivre la foi. Le véritable amour est toujours contemplatif, il nous permet de servir l’autre non par nécessité ni par vanité, mais parce qu’il est beau, au-delà de ses apparences : « C’est parce qu’on aime quelqu’un qu’on lui fait des cadeaux ».[167] Le pauvre, quand il est aimé, « est estimé d’un grand prix »,[168] et ceci différencie l’authentique option pour les pauvres d’une quelconque idéologie, d’une quelconque intention d’utiliser les pauvres au service d’intérêts personnels ou politiques. C’est seulement à partir de cette proximité réelle et cordiale que nous pouvons les accompagner comme il convient sur leur chemin de libération. C’est seulement cela qui rendra possible que « dans toutes les communautés chrétiennes, les pauvres se sentent “chez eux”. Ce style ne serait-il pas la présentation la plus grande et la plus efficace de la Bonne Nouvelle du Royaume ? »[169] Sans l’option préférentielle pour les plus pauvres « l’annonce de l’Évangile, qui demeure la première des charités, risque d’être incomprise ou de se noyer dans un flot de paroles auquel la société actuelle de la communication nous expose quotidiennement ».[170]

200. Étant donné que cette Exhortation s’adresse aux membres de l’Église catholique, je veux dire avec douleur que la pire discrimination dont souffrent les pauvres est le manque d’attention spirituelle. L’immense majorité des pauvres a une ouverture particulière à la foi ; ils ont besoin de Dieu et nous ne pouvons pas négliger de leur offrir son amitié, sa bénédiction, sa Parole, la célébration des Sacrements et la proposition d’un chemin de croissance et de maturation dans la foi. L’option préférentielle pour les pauvres doit se traduire principalement par une attention religieuse privilégiée et prioritaire.

201. Personne ne devrait dire qu’il se maintient loin des pauvres parce que ses choix de vie lui font porter davantage d’attention à d’autres tâches. Ceci est une excuse fréquente dans les milieux académiques, d’entreprise ou professionnels, et même ecclésiaux. Même si on peut dire en général que la vocation et la mission propre des fidèles laïcs est la transformation des diverses réalités terrestres pour que toute l’activité humaine soit transformée par l’Évangile,[171] personne ne peut se sentir exempté de la préoccupation pour les pauvres et pour la justice sociale : « La conversion spirituelle, l’intensité de l’amour de Dieu et du prochain, le zèle pour la justice et pour la paix, le sens évangélique des pauvres et de la pauvreté sont requis de tous ».[172] Je crains que ces paroles fassent seulement l’objet de quelques commentaires sans véritables conséquences pratiques. Malgré tout, j’ai confiance dans l’ouverture et dans les bonnes dispositions des chrétiens, et je vous demande de rechercher communautairement de nouveaux chemins pour accueillir cette proposition renouvelée.

Économie et distribution des revenus

202. La nécessité de résoudre les causes structurelles de la pauvreté ne peut attendre, non seulement en raison d’une exigence pragmatique d’obtenir des résultats et de mettre en ordre la société, mais pour la guérir d’une maladie qui la rend fragile et indigne, et qui ne fera que la conduire à de nouvelles crises. Les plans d’assistance qui font face à certaines urgences devraient être considérés seulement comme des réponses provisoires. Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale,[173] les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société.

203. La dignité de chaque personne humaine et le bien commun sont des questions qui devraient structurer toute la politique économique, or parfois elles semblent être des appendices ajoutés de l’extérieur pour compléter un discours politique sans perspectives ni programmes d’un vrai développement intégral. Beaucoup de paroles dérangent dans ce système ! C’est gênant de parler d’éthique, c’est gênant de parler de solidarité mondiale, c’est gênant de parler de distribution des biens, c’est gênant de parler de défendre les emplois, c’est gênant de parler de la dignité des faibles, c’est gênant de parler d’un Dieu qui exige un engagement pour la justice. D’autres fois, il arrive que ces paroles deviennent objet d’une manipulation opportuniste qui les déshonore. La commode indifférence à ces questions rend notre vie et nos paroles vides de toute signification. La vocation d’entrepreneur est un noble travail, il doit se laisser toujours interroger par un sens plus large de la vie ; ceci lui permet de servir vraiment le bien commun, par ses efforts de multiplier et rendre plus accessibles à tous les biens de ce monde.

204. Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché. La croissance dans l’équité exige quelque chose de plus que la croissance économique, bien qu’elle la suppose ; elle demande des décisions, des programmes, des mécanismes et des processus spécifiquement orientés vers une meilleure distribution des revenus, la création d’opportunités d’emplois, une promotion intégrale des pauvres qui dépasse le simple assistanat. Loin de moi la proposition d’un populisme irresponsable, mais l’économie ne peut plus recourir à des remèdes qui sont un nouveau venin, comme lorsqu’on prétend augmenter la rentabilité en réduisant le marché du travail, mais en créant de cette façon de nouveaux exclus.

205. Je demande à Dieu que s’accroisse le nombre d’hommes politiques capables d’entrer dans un authentique dialogue qui s’oriente efficacement pour soigner les racines profondes et non l’apparence des maux de notre monde ! La politique tant dénigrée, est une vocation très noble, elle est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun.[174] Nous devons nous convaincre que la charité « est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques ».[175] Je prie le Seigneur qu’il nous offre davantage d’hommes politiques qui aient vraiment à cœur la société, le peuple, la vie des pauvres ! Il est indispensable que les gouvernants et le pouvoir financier lèvent les yeux et élargissent leurs perspectives, qu’ils fassent en sorte que tous les citoyens aient un travail digne, une instruction et une assistance sanitaire. Et pourquoi ne pas recourir à Dieu afin qu’il inspire leurs plans ? Je suis convaincu qu’à partir d’une ouverture à la transcendance pourrait naître une nouvelle mentalité politique et économique, qui aiderait à dépasser la dichotomie absolue entre économie et bien commun social.

206. L’économie, comme le dit le mot lui-même, devrait être l’art d’atteindre une administration adéquate de la maison commune, qui est le monde entier. Toute action économique d’une certaine portée, mise en œuvre sur une partie de la planète, se répercute sur la totalité ; par conséquent, aucun gouvernement ne peut agir en dehors d’une responsabilité commune. De fait, il devient toujours plus difficile de trouver des solutions au niveau local en raison des énormes contradictions globales, c’est pourquoi la politique locale a de nombreux problèmes à résoudre. Si nous voulons vraiment atteindre une saine économie mondiale, il y a besoin, en cette phase historique, d’une façon d’intervenir plus efficace qui, restant sauve la souveraineté des nations, assure le bien-être économique de tous les pays et non seulement de quelques-uns.

207. Toute la communauté de l’Église, dans la mesure où celle-ci prétend rester tranquille sans se préoccuper de manière créative et sans coopérer avec efficacité pour que les pauvres vivent avec dignité et pour l’intégration de tous, court aussi le risque de la dissolution, même si elle parle de thèmes sociaux ou critique les gouvernements. Elle finira facilement par être dépassée par la mondanité spirituelle, dissimulée sous des pratiques religieuses, avec des réunions infécondes ou des discours vides.

208. Si quelqu’un se sent offensé par mes paroles, je lui dis que je les exprime avec affection et avec la meilleure des intentions, loin d’un quelconque intérêt personnel ou d’idéologie politique. Ma parole n’est pas celle d’un ennemi ni d’un opposant. Seul m’intéresse de faire en sorte que ceux qui sont esclaves d’une mentalité individualiste, indifférente et égoïste puissent se libérer de ces chaînes si indignes, et adoptent un style de vie et de pensée plus humain, plus noble, plus fécond, qui confère dignité à leur passage sur cette terre.

Avoir soin de la fragilité

209. Jésus, l’évangélisateur par excellence et l’Évangile en personne, s’identifie spécialement aux plus petits. (cf. Mt 25, 40). Ceci nous rappelle que nous tous, chrétiens, sommes appelés à avoir soin des plus fragiles de la terre. Mais dans le modèle actuel de “succès” et de “droit privé”, il ne semble pas que cela ait un sens de s’investir afin que ceux qui restent en arrière, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie.

210. Il est indispensable de prêter attention aux nouvelles formes de pauvreté et de fragilité dans lesquelles nous sommes appelés à reconnaître le Christ souffrant, même si, en apparence, cela ne nous apporte pas des avantages tangibles et immédiats : les sans-abris, les toxico-dépendants, les réfugiés, les populations indigènes, les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées etc. Les migrants me posent un défi particulier parce que je suis Pasteur d’une Église sans frontières qui se sent mère de tous. Par conséquent, j’exhorte les pays à une généreuse ouverture, qui, au lieu de craindre la destruction de l’identité locale, soit capable de créer de nouvelles synthèses culturelles. Comme elles sont belles les villes qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents, et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement ! Comme elles sont belles les villes qui, même dans leur architecture, sont remplies d’espaces qui regroupent, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l’autre !

211. La situation de ceux qui font l’objet de diverses formes de traite des personnes m’a toujours attristé. Je voudrais que nous écoutions le cri de Dieu qui demande à nous tous : « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9). Où est ton frère esclave ? Où est celui que tu es en train de tuer chaque jour dans la petite usine clandestine, dans le réseau de prostitution, dans les enfants que tu utilises pour la mendicité, dans celui qui doit travailler caché parce qu’il n’a pas été régularisé ? Ne faisons pas semblant de rien. Il y a de nombreuses complicités. La question est pour tout le monde ! Ce crime mafieux et aberrant est implanté dans nos villes, et beaucoup ont les mains qui ruissellent de sang à cause d’une complicité confortable et muette.

212. Doublement pauvres sont les femmes qui souffrent des situations d’exclusion, de maltraitance et de violence, parce que, souvent, elles se trouvent avec de plus faibles possibilités de défendre leurs droits. Cependant, nous trouvons tout le temps chez elles les plus admirables gestes d’héroïsme quotidien dans la protection et dans le soin de la fragilité de leurs familles.

213. Parmi ces faibles, dont l’Église veut prendre soin avec prédilection, il y a aussi les enfants à naître, qui sont les plus sans défense et innocents de tous, auxquels on veut nier aujourd’hui la dignité humaine afin de pouvoir en faire ce que l’on veut, en leur retirant la vie et en promouvant des législations qui font que personne ne peut l’empêcher. Fréquemment, pour ridiculiser allègrement la défense que l’Église fait des enfants à naître, on fait en sorte de présenter sa position comme quelque chose d’idéologique, d’obscurantiste et de conservateur. Et pourtant cette défense de la vie à naître est intimement liée à la défense de tous les droits humains. Elle suppose la conviction qu’un être humain est toujours sacré et inviolable, dans n’importe quelle situation et en toute phase de son développement. Elle est une fin en soi, et jamais un moyen pour résoudre d’autres difficultés. Si cette conviction disparaît, il ne reste plus de fondements solides et permanents pour la défense des droits humains, qui seraient toujours sujets aux convenances contingentes des puissants du moment. La seule raison est suffisante pour reconnaître la valeur inviolable de toute vie humaine, mais si nous la regardons aussi à partir de la foi, « toute violation de la dignité personnelle de l’être humain crie vengeance en présence de Dieu et devient une offense au Créateur de l’homme ».[176]

214. Précisément parce qu’il s’agit d’une question qui regarde la cohérence interne de notre message sur la valeur de la personne humaine, on ne doit pas s’attendre à ce que l’Église change de position sur cette question. Je veux être tout à fait honnête à cet égard. Cette question n’est pas sujette à de prétendues réformes ou à des “modernisations”. Ce n’est pas un progrès de prétendre résoudre les problèmes en éliminant une vie humaine. Mais il est vrai aussi que nous avons peu fait pour accompagner comme il convient les femmes qui se trouvent dans des situations très dures, où l’avortement se présente à elles comme une solution rapide à leur profonde angoisse, en particulier quand la vie qui croît en elles est la conséquence d’une violence, ou dans un contexte d’extrême pauvreté. Qui peut ne pas comprendre ces situations si douloureuses ?

215. Il y a d’autres êtres fragiles et sans défense, qui très souvent restent à la merci des intérêts économiques ou sont utilisés sans discernement. Je me réfère à l’ensemble de la création. En tant qu’êtres humains, nous ne sommes pas les simples bénéficiaires, mais les gardiens des autres créatures. Moyennant notre réalité corporelle, Dieu nous a unis si étroitement au monde qui nous entoure, que la désertification du sol est comme une maladie pour chacun ; et nous pouvons nous lamenter sur l’extinction d’une espèce comme si elle était une mutilation. Ne faisons pas en sorte qu’à notre passage demeurent des signes de destruction et de mort qui frappent notre vie et celle des générations futures.[177] En ce sens, je fais mienne la belle et prophétique plainte, exprimée il y a plusieurs années par les évêques des Philippines : « Une incroyable variété d’insectes vivait dans la forêt et ceux-ci étaient engagés dans toutes sortes de tâches propres […] Les oiseaux volaient dans l’air, leurs brillantes plumes et leur différents chants ajoutaient leurs couleurs et leurs mélodies à la verdure des bois […] Dieu a voulu cette terre pour nous, ses créatures particulières, mais non pour que nous puissions la détruire et la transformer en sol désertique […] Après une seule nuit de pluie, regarde vers les fleuves marron-chocolat, dans les parages, et souviens-toi qu’ils emportent le sang vivant de la terre vers la mer […] Comment les poissons pourront-ils nager dans cet égout comme le rio Pasig, et tant d’autres fleuves que nous avons contaminés ? Qui a transformé le merveilleux monde marin en cimetières sous-marins dépourvus de vie et de couleurs ? ».[178]

216. Nous tous, les chrétiens, petits mais forts dans l’amour de Dieu, comme saint François d’Assise, nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons.

3. Le bien commun et la paix sociale

217. Nous avons beaucoup parlé de la joie et de l’amour, mais la Parole de Dieu mentionne aussi le fruit de la paix (cf. Ga 5, 22).

218. La paix sociale ne peut pas être comprise comme un irénisme ou comme une pure absence de violence obtenue par l’imposition d’un secteur sur les autres. Ce serait de même une fausse paix que celle qui servirait d’excuse pour justifier une organisation sociale qui réduit au silence ou tranquillise les plus pauvres, de manière à ce que ceux qui jouissent des plus grands bénéfices puissent conserver leur style de vie sans heurt, alors que les autres survivent comme ils peuvent. Les revendications sociales qui ont un rapport avec la distribution des revenus, l’intégration sociale des pauvres et les droits humains ne peuvent pas être étouffées sous prétexte de construire un consensus de bureau ou une paix éphémère, pour une minorité heureuse. La dignité de la personne humaine et le bien commun sont au-dessus de la tranquillité de quelques-uns qui ne veulent pas renoncer à leurs privilèges. Quand ces valeurs sont touchées, une voix prophétique est nécessaire.

219. La paix, non plus, « ne se réduit pas à une absence de guerres, fruit de l’équilibre toujours précaire des forces. Elle se construit jour après jour dans la poursuite d’un ordre voulu de Dieu, qui comporte une justice plus parfaite entre les hommes ».[179] En définitive, une paix qui n’est pas le fruit du développement intégral de tous n’aura pas d’avenir et sera toujours semence de nouveaux conflits et de diverses formes de violence.

220. En chaque nation, les habitants développent la dimension sociale de leurs vies, en se constituant citoyens responsables au sein d’un peuple, et non comme une masse asservie par les forces dominantes. Souvenons-nous qu’« être citoyen fidèle est une vertu, et la participation à la vie politique une obligation morale ».[180] Mais devenir un peuple est cependant quelque chose de plus, et demande un processus constant dans lequel chaque nouvelle génération se trouve engagée. C’est un travail lent et ardu qui exige de se laisser intégrer, et d’apprendre à le faire au point de développer une culture de la rencontre dans une harmonie multiforme.

221. Pour avancer dans cette construction d’un peuple en paix, juste et fraternel, il y quatre principes reliés à des tensions bipolaires propres à toute réalité sociale. Ils viennent des grands postulatsde la Doctrine Sociale de l’Église, lesquels constituent « le paramètre de référence premier et fondamental pour l’interprétation et l’évaluation des phénomènes sociaux ».[181] A la lumière de ceux-ci, je désire proposer maintenant ces quatre principes qui orientent spécifiquement le développement de la cohabitation sociale et la construction d’un peuple où les différences s’harmonisent dans un projet commun. Je le fais avec la conviction que leur application peut être un authentique chemin vers la paix dans chaque nation et dans le monde entier.

Le temps est supérieur à l’espace

222. Il y a une tension bipolaire entre la plénitude et la limite. La plénitude provoque la volonté de tout posséder, et la limite est le mur qui se met devant nous. Le “temps” , considéré au sens large, fait référence à la plénitude comme expression de l’horizon qui s’ouvre devant nous, et le moment est une expression de la limite qui se vit dans un espace délimité. Les citoyens vivent en tension entre la conjoncture du moment et la lumière du temps, d’un horizon plus grand, de l’utopie qui nous ouvre sur l’avenir comme cause finale qui attire. De là surgit un premier principe pour avancer dans la construction d’un peuple : le temps est supérieur à l’espace.

223. Ce principe permet de travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats. Il aide à supporter avec patience les situations difficiles et adverses, ou les changements des plans qu’impose le dynamisme de la réalité. Il est une invitation à assumer la tension entre plénitude et limite, en accordant la priorité au temps. Un des péchés qui parfois se rencontre dans l’activité socio-politique consiste à privilégier les espaces de pouvoir plutôt que les temps des processus. Donner la priorité à l’espace conduit à devenir fou pour tout résoudre dans le moment présent, pour tenter de prendre possession de tous les espaces de pouvoir et d’auto-affirmation. C’est cristalliser les processus et prétendre les détenir. Donner la priorité au temps c’est s’occuper d’initier des processus plutôt que de posséder des espaces. Le temps ordonne les espaces, les éclaire et les transforme en maillons d’une chaîne en constante croissance, sans chemin de retour. Il s’agit de privilégier les actions qui génèrent les dynamismes nouveaux dans la société et impliquent d’autres personnes et groupes qui les développeront, jusqu’à ce qu’ils fructifient en évènement historiques importants. Sans inquiétude, mais avec des convictions claires et de la ténacité.

224. Parfois, je me demande qui sont ceux qui dans le monde actuel se préoccupent vraiment de générer des processus qui construisent un peuple, plus que d’obtenir des résultats immédiats qui produisent une rente politique facile, rapide et éphémère, mais qui ne construisent pas la plénitude humaine. L’histoire les jugera peut-être selon le critère qu’énonçait Romano Guardini : «L’unique modèle pour évaluer correctement une époque est de demander jusqu’à quel point se développe en elle et atteint une authentique raison d’être la plénitude de l’existence humaine, en accord avec le caractère particulier et les possibilités de la même époque ».[182]

225. Ce critère est aussi très adapté à l’évangélisation, qui demande d’avoir présent l’horizon, d’adopter les processus possibles et les larges chemins. Le Seigneur lui-même en sa vie terrestre a fait comprendre de nombreuses fois à ses disciples qu’il y avait des choses qu’ils ne pouvaient pas comprendre maintenant, et qu’il était nécessaire d’attendre l’Esprit Saint (cf. Jn 16, 12-13). La parabole du grain et de l’ivraie (cf. Mt 13, 24-30) décrit un aspect important de l’évangélisation qui consiste à montrer comment l’ennemi peut occuper l’espace du Royaume et endommager avec l’ivraie, mais il est vaincu par la bonté du grain qui se manifeste en son temps.

L’unité prévaut sur le conflit

226. Le conflit ne peut être ignoré ou dissimulé. Il doit être assumé. Mais si nous restons prisonniers en lui, nous perdons la perspective, les horizons se limitent et la réalité même reste fragmentée. Quand nous nous arrêtons à une situation de conflit, nous perdons le sens de l’unité profonde de la réalité.

227. Face à un conflit, certains regardent simplement celui-ci et passent devant comme si de rien n’était, ils s’en lavent les mains pour pouvoir continuer leur vie. D’autres entrent dans le conflit de telle manière qu’ils en restent prisonniers, perdent l’horizon, projettent sur les institutions leurs propres confusions et insatisfactions, de sorte que l’unité devient impossible. Mais il y a une troisième voie, la mieux adaptée, de se situer face à un conflit. C’est d’accepter de supporter le conflit, de le résoudre et de le transformer en un maillon d’un nouveau processus. « Bienheureux les artisans de paix ! » (Mt 5, 9).

228. De cette manière, il est possible de développer une communion dans les différences, que seules peuvent faciliter ces personnes nobles qui ont le courage d’aller au-delà de la surface du conflit et regardent les autres dans leur dignité la plus profonde. Pour cela, il faut postuler un principe indispensable pour construire l’amitié sociale : l’unité est supérieure au conflit. La solidarité, entendue en son sens le plus profond et comme défi, devient ainsi une manière de faire l’histoire, un domaine vital où les conflits, les tensions, et les oppositions peuvent atteindre une unité multiforme, unité qui engendre une nouvelle vie. Il ne s’agit pas de viser au syncrétisme ni à l’absorption de l’un dans l’autre, mais de la résolution à un plan supérieur qui conserve, en soi, les précieuses potentialités des polarités en opposition.

229. Ce critère évangélique nous rappelle que le Christ a tout unifié en lui : le ciel et la terre, Dieu et l’homme, le temps et l’éternité, la chair et l’esprit, la personne et la société. Le signe distinctif de cette unité et de cette réconciliation de tout en lui est la paix : Le Christ « est notre paix » (Ep 2, 14). L’annonce de l’Évangile commence toujours avec le salut de paix, et à tout moment la paix couronne les relations entre les disciples et leur donne cohésion. La paix est possible parce que le Seigneur a vaincu le monde, avec ses conflits permanents « faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20). Mais si nous allons au fond de ces textes bibliques, nous découvrirons que le premier domaine où nous sommes appelés à conquérir cette pacification dans les différences, c’est notre propre intériorité, notre propre vie toujours menacée par la dispersion dialectique.[183] Avec des cœurs brisés en mille morceaux, il sera difficile de construire une authentique paix sociale.

230. L’annonce de la paix n’est pas celle d’une paix négociée mais la conviction que l’unité de l’Esprit harmonise toutes les diversités. Elle dépasse tout conflit en une synthèse nouvelle et prometteuse. La diversité est belle quand elle accepte d’entrer constamment dans un processus de réconciliation, jusqu’à sceller une sorte de pacte culturel qui fait émerger une “diversité réconciliée”, comme l’enseignent bien les Évêques du Congo : « La diversité de nos ethnies est une richesse […] Ce n’est que dans l’unité, la conversion des cœurs et la réconciliation que nous pouvons faire avancer notre pays ».[184]

La réalité est plus importante que l’idée

231. Il existe aussi une tension bipolaire entre l’idée et la réalité. La réalité est, tout simplement ; l’idée s’élabore. Entre les deux il faut instaurer un dialogue permanent, en évitant que l’idée finisse par être séparée de la réalité. Il est dangereux de vivre dans le règne de la seule parole, de l’image, du sophisme. A partir de là se déduit qu’il faut postuler un troisième principe : la réalité est supérieure à l’idée. Cela suppose d’éviter diverses manières d’occulter la réalité : les purismes angéliques, les totalitarismes du relativisme, les nominalismes déclaratifs, les projets plus formels que réels, les fondamentalismes antihistoriques, les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse.

232. L’idée – les élaborations conceptuelles – est fonction de la perception, de la compréhension et de la conduite de la réalité. L’idée déconnectée de la réalité est à l’origine des idéalismes et des nominalismes inefficaces, qui, au mieux, classifient et définissent, mais n’impliquent pas. Ce qui implique, c’est la réalité éclairée par le raisonnement. Il faut passer du nominalisme formel à l’objectivité harmonieuse. Autrement, on manipule la vérité, de la même manière que l’on remplace la gymnastique par la cosmétique.[185] Il y a des hommes politiques – y compris des dirigeants religieux – qui se demandent pourquoi le peuple ne les comprend pas ni ne les suit, alors que leurs propositions sont si logiques et si claires. C’est probablement parce qu’ils se sont installés dans le règne de la pure idée et ont réduit la politique ou la foi à la rhétorique. D’autres ont oublié la simplicité et ont importé du dehors une rationalité étrangère aux personnes.

233. La réalité est supérieure à l’idée. Ce critère est lié à l’incarnation de la Parole et à sa mise en pratique : « À ceci reconnaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu » (1Jn 4, 2). Le critère de réalité d’une parole déjà incarnée et qui cherche toujours à s’incarner, est essentiel à l’évangélisation. Il nous porte, d’un côté, à valoriser l’histoire de l’Église comme histoire du salut, à nous souvenir de nos saints qui ont inculturé l’Évangile dans la vie de nos peuples, à recueillir la riche tradition bimillénaire de l’Église, sans prétendre élaborer une pensée déconnectée de ce trésor, comme si nous voulions inventer l’Évangile. D’un autre côté, ce critère nous pousse à mettre en pratique la Parole, à réaliser des œuvres de justice et de charité dans lesquelles cette Parole soit féconde. Ne pas mettre en pratique, ne pas intégrer la Parole à la réalité, c’est édifier sur le sable, demeurer dans la pure idée et tomber dans l’intimisme et le gnosticisme qui ne donnent pas de fruit, qui stérilisent son dynamisme.

Le tout est supérieur à la partie

234. Entre la globalisation et la localisation se produit aussi une tension. Il faut prêter attention à la dimension globale pour ne pas tomber dans une mesquinerie quotidienne. En même temps, il ne faut pas perdre de vue ce qui est local, ce qui nous fait marcher les pieds sur terre. L’union des deux empêche de tomber dans l’un de ces deux extrêmes : l’un, que les citoyens vivent dans un universalisme abstrait et globalisant, ressemblant aux passagers du wagon de queue, qui admirent les feux d’artifice du monde, celui des autres, la bouche ouverte et avec des applaudissements programmés. L’autre, qu’ils se transforment en un musée folklorique d’ermites renfermés, condamnés à répéter toujours les mêmes choses, incapables de se laisser interpeller par ce qui est différent, d’apprécier la beauté que Dieu répand hors de leurs frontières.
 
235. Le tout est plus que la partie, et plus aussi que la simple somme de celles-ci. Par conséquent, on ne doit pas être trop obsédé par des questions limitées et particulières. Il faut toujours élargir le regard pour reconnaître un bien plus grand qui sera bénéfique à tous. Mais il convient de le faire sans s’évader, sans se déraciner. Il est nécessaire d’enfoncer ses racines dans la terre fertile et dans l’histoire de son propre lieu, qui est un don de Dieu. On travaille sur ce qui est petit, avec ce qui est proche, mais dans une perspective plus large. De la même manière, quand une personne qui garde sa particularité personnelle et ne cache pas son identité, s’intègre cordialement dans une communauté, elle ne s’annihile pas, mais elle reçoit toujours de nouveaux stimulants pour son propre développement. Ce n’est ni la sphère globale, qui annihile, ni la partialité isolée, qui rend stérile.

236. Le modèle n’est pas la sphère, qui n’est pas supérieure aux parties, où chaque point est équidistant du centre et où il n’y a pas de différence entre un point et un autre. Le modèle est le polyèdre, qui reflète la confluence de tous les éléments partiels qui, en lui, conservent leur originalité. Tant l’action pastorale que l’action politique cherchent à recueillir dans ce polyèdre le meilleur de chacun. Y entrent les pauvres avec leur culture, leurs projets, et leurs propres potentialités. Même les personnes qui peuvent être critiquées pour leurs erreurs ont quelque chose à apporter qui ne doit pas être perdu. C’est la conjonction des peuples qui, dans l’ordre universel, conservent leur propre particularité ; c’est la totalité des personnes, dans une société qui cherche un bien commun, qui les incorpore toutes en vérité.

237. À nous chrétiens, ce principe nous parle aussi de la totalité ou de l’intégrité de l’Évangile que l’Église nous transmet et nous envoie prêcher. La plénitude de sa richesse incorpore les académiciens et les ouvriers, les chefs d’entreprise et les artistes, tous. La “mystique populaire” accueille à sa manière l’Évangile tout entier, et l’incarne sous forme de prière, de fraternité, de justice, de lutte et de fête. La Bonne Nouvelle est la joie d’un Père qui ne veut pas qu’un de ses petits se perde. Ainsi jaillit la joie du Bon Pasteur qui retrouve la brebis perdue et la réintègre à son troupeau. L’Évangile est le levain qui fait fermenter toute la masse, la ville qui brille en haut de la montagne éclairant tous les peuples. L’Évangile possède un critère de totalité qui lui est inhérent : il ne cesse pas d’être Bonne Nouvelle tant qu’il n’est pas annoncé à tous, tant qu’il ne féconde pas et ne guérit pas toutes les dimensions de l’homme, tant qu’il ne réunit pas tous les hommes à la table du Royaume. Le tout est supérieur à la partie.

4. Le dialogue social comme contribution à la paix

238. L’Évangélisation implique aussi un chemin de dialogue. Pour l’Église, en particulier, il y a actuellement trois champs de dialogue où elle doit être présente, pour accomplir un service en faveur du plein développement de l’être humain et procurer le bien commun : le dialogue avec les États, avec la société – qui inclut le dialogue avec les cultures et avec les sciences – et avec les autres croyants qui ne font pas partie de l’Église catholique. Dans tous les cas, « l’Église parle à partir de la lumière que lui offre la foi »,[186] elle apporte son expérience de deux mille ans, et garde toujours en mémoire les vies et les souffrances des êtres humains. Cela va au-delà de la raison humaine mais cela comporte aussi une signification qui peut enrichir ceux qui ne croient pas, et invite la raison à élargir ses perspectives.

239. L’Église proclame l’« Évangile de la paix » (Ep 6, 15) et est ouverte à la collaboration avec toutes les autorités nationales et internationales pour prendre soin de ce bien universel si grand. En annonçant Jésus Christ, qui est la paix en personne (cf. Ep 2, 14), la nouvelle évangélisation engage tout baptisé à être instrument de pacification et témoin crédible d’une vie réconciliée.[187] C’est le moment de savoir comment, dans une culture qui privilégie le dialogue comme forme de rencontre, projeter la recherche de consensus et d’accords, mais sans la séparer de la préoccupation d’une société juste, capable de mémoire, et sans exclusions. L’auteur principal, le sujet historique de ce processus, c’est le peuple et sa culture, et non une classe, une fraction, un groupe, une élite. Nous n’avons pas besoin d’un projet de quelques-uns destiné à quelques-uns, ou d’une minorité éclairée ou qui témoigne et s’approprie un sentiment collectif. Il s’agit d’un accord pour vivre ensemble, d’un pacte social et culturel.

240. Il revient à l’État de prendre soin et de promouvoir le bien commun de la société.[188] Sur la base des principes de subsidiarité et de solidarité, et dans un grand effort de dialogue politique et de création de consensus, il joue un rôle fondamental, qui ne peut être délégué, dans la recherche du développement intégral de tous. Ce rôle, dans les circonstances actuelles, exige une profonde humilité sociale.

241. Dans le dialogue avec l’État et avec la société, l’Église n’a pas de solutions pour toutes les questions particulières. Mais, ensemble avec les diverses forces sociales, elle accompagne les propositions qui peuvent répondre le mieux à la dignité de la personne humaine et au bien commun. Ce faisant, elle propose toujours avec clarté les valeurs fondamentales de l’existence humaine, pour transmettre les convictions qui ensuite peuvent se traduire en actions politiques.

Le dialogue entre la foi, la raison et les sciences

242. Le dialogue entre science et foi fait aussi partie de l’action évangélisatrice qui favorise la paix.[189] Le scientisme et le positivisme se refusent « d’admettre comme valables des formes de connaissance différentes de celles qui sont le propre des sciences positives ».[190] L’Église propose un autre chemin, qui exige une synthèse entre un usage responsable des méthodologies propres des sciences empiriques, et les autres savoirs comme la philosophie, la théologie, et la foi elle-même, qui élève l’être humain jusqu’au mystère qui transcende la nature et l’intelligence humaine. La foi ne craint pas la raison; au contraire elle la cherche et lui fait confiance, parce que « la lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de Dieu»,[191] et ne peuvent se contredire entre elles. L’Évangélisation est attentive aux avancées scientifiques pour les éclairer de la lumière de la foi et de la loi naturelle, de manière à ce qu’elles respectent toujours la centralité et la valeur suprême de la personne humaine en toutes les phases de son existence. Toute la société peut être enrichie grâce à ce dialogue qui ouvre de nouveaux horizons à la pensée et augmente les possibilités de la raison. Ceci aussi est un chemin d’harmonie et de pacification.

243. L’Église ne prétend pas arrêter le progrès admirable des sciences. Au contraire, elle se réjouit et même en profite, reconnaissant l’énorme potentiel que Dieu a donné à l’esprit humain. Quand le progrès des sciences, se maintenant avec une rigueur académique dans le champ de leur objet spécifique, rend évidente une conclusion déterminée que la raison ne peut pas nier, la foi ne la contredit pas. Les croyants peuvent d’autant moins prétendre qu’une opinion scientifique qui leur plaît, mais qui n’a pas été suffisamment prouvée, acquière le poids d’un dogme de foi. Mais, en certaines occasions, certains scientifiques vont au-delà de l’objet formel de leur discipline et prennent parti par des affirmations ou des conclusions qui dépassent le champ strictement scientifique. Dans ce cas, ce n’est pas la raison que l’on propose, mais une idéologie déterminée qui ferme le chemin à un dialogue authentique, pacifique et fructueux.

Le dialogue œcuménique

244. L’engagement œcuménique répond à la prière du Seigneur Jésus qui demande « que tous soient un » (Jn 17,21). La crédibilité de l’annonce chrétienne serait beaucoup plus grande si les chrétiens dépassaient leurs divisions et si l’Église réalisait « la plénitude de catholicité qui lui est propre en ceux de ses fils qui, certes, lui appartiennent par le baptême, mais se trouvent séparés de sa pleine communion ».[192] Nous devons toujours nous rappeler que nous sommes pèlerins, et que nous pérégrinons ensemble. Pour cela il faut confier son cœur au compagnon de route sans méfiance, sans méfiance, et viser avant tout ce que nous cherchons : la paix dans le visage de l’unique Dieu. Se confier à l’autre est quelque chose d’artisanal ; la paix est artisanale. Jésus nous a dit : « Heureux les artisans de paix ! » (Mt 5, 9). Dans cet engagement, s’accomplit aussi entre nous l’ancienne prophétie : « De leurs épées ils forgeront des socs » (Is 2, 4).

245. À cette lumière, l’œcuménisme est un apport à l’unité de la famille humaine. La présence au Synode du Patriarche de Constantinople, Sa Sainteté Bartholomée Ier, et de l’Archevêque de Canterbury, Sa Grâce Douglas Williams,[193] a été un vrai don de Dieu et un précieux témoignage chrétien.

246. Étant donné la gravité du contre témoignage de la division entre chrétiens, particulièrement en Asie et en Afrique, la recherche de chemins d’unité devient urgente. Les missionnaires sur ces continents répètent sans cesse les critiques, les plaintes et les moqueries qu’ils reçoivent à cause du scandale des chrétiens divisés. Si nous nous concentrons sur les convictions qui nous unissent et rappelons le principe de la hiérarchie des vérités, nous pourrons marcher résolument vers des expressions communes de l’annonce, du service et du témoignage. La multitude immense qui n’a pas reçu l’annonce de Jésus Christ ne peut nous laisser indifférents. Néanmoins, l’engagement pour l’unité qui facilite l’accueil de Jésus Christ ne peut être pure diplomatie, ni un accomplissement forcé, pour se transformer en un chemin incontournable d’évangélisation. Les signes de division entre les chrétiens dans des pays qui sont brisés par la violence, ajoutent d’autres motifs de conflit de la part de ceux qui devraient être un actif ferment de paix. Elles sont tellement nombreuses et tellement précieuses, les réalités qui nous unissent ! Et si vraiment nous croyons en la libre et généreuse action de l’Esprit, nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! Il ne s’agit pas seulement de recevoir des informations sur les autres afin de mieux les connaître, mais de recueillir ce que l’Esprit a semé en eux comme don aussi pour nous. Simplement, pour donner un exemple, dans le dialogue avec les frères orthodoxes, nous les catholiques, nous avons la possibilité d’apprendre quelque chose de plus sur le sens de la collégialité épiscopale et sur l’expérience de la synodalité. A travers un échange de dons, l’Esprit peut nous conduire toujours plus à la vérité et au bien.

Les relations avec le judaïsme

247. Un regard très spécial s’adresse au peuple juif, dont l’Alliance avec Dieu n’a jamais été révoquée, parce que « les dons et les appels de Dieu sont sans repentance » (Rm 11, 29). L’Église, qui partage avec le Judaïsme une part importante des Saintes Écritures, considère le peuple de l’Alliance et sa foi comme une racine sacrée de sa propre identité chrétienne (cf. Rm 11, 16-18). En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas considérer le judaïsme comme une religion étrangère, ni classer les juifs parmi ceux qui sont appelés à laisser les idoles pour se convertir au vrai Dieu (cf. 1Th 1, 9). Nous croyons ensemble en l’unique Dieu qui agit dans l’histoire, et nous accueillons avec eux la commune Parole révélée.

248. Le dialogue et l’amitié avec les fils d’Israël font partie de la vie des disciples de Jésus. L’affection qui s’est développée nous porte à nous lamenter sincèrement et amèrement sur les terribles persécutions dont ils furent l’objet, en particulier celles qui impliquent ou ont impliqué des chrétiens.

249. Dieu continue à œuvrer dans le peuple de la première Alliance et fait naître des trésors de sagesse qui jaillissent de sa rencontre avec la Parole divine. Pour cela, l’Église aussi s’enrichit lorsqu’elle recueille les valeurs du Judaïsme. Même si certaines convictions chrétiennes sont inacceptables pour le Judaïsme, et l’Église ne peut pas cesser d’annoncer Jésus comme Seigneur et Messie, il existe une riche complémentarité qui nous permet de lire ensemble les textes de la Bible hébraïque et de nous aider mutuellement à approfondir les richesses de la Parole, de même qu’à partager beaucoup de convictions éthiques ainsi que la commune préoccupation pour la justice et le développement des peuples.

Le dialogue interreligieux

250. Une attitude d’ouverture en vérité et dans l’amour doit caractériser le dialogue avec les croyants des religions non chrétiennes, malgré les divers obstacles et les difficultés, en particulier les fondamentalismes des deux parties. Ce dialogue interreligieux est une condition nécessaire pour la paix dans le monde, et par conséquent est un devoir pour les chrétiens, comme pour les autres communautés religieuses. Ce dialogue est, en premier lieu, une conversation sur la vie humaine, ou simplement, comme le proposent les Évêques de l’Inde, une « attitude d’ouverture envers eux, partageant leurs joies et leurs peines ».[194] Ainsi, nous apprenons à accepter les autres dans leur manière différente d’être, de penser et de s’exprimer. De cette manière, nous pourrons assumer ensemble le devoir de servir la justice et la paix, qui devra devenir un critère de base de tous les échanges. Un dialogue dans lequel on cherche la paix sociale et la justice est, en lui-même, au-delà de l’aspect purement pragmatique, un engagement éthique qui crée de nouvelles conditions sociales. Les efforts autour d’un thème spécifique peuvent se transformer en un processus dans lequel, à travers l’écoute de l’autre, les deux parties trouvent purification et enrichissement. Par conséquent, ces efforts peuvent aussi avoir le sens de l’amour pour la vérité.

251. Dans ce dialogue, toujours aimable et cordial, on ne doit jamais négliger le lien essentiel entre dialogue et annonce, qui porte l’Église à maintenir et à intensifier les relations avec les non chrétiens.[195] Un syncrétisme conciliateur serait au fond un totalitarisme de ceux qui prétendent pouvoir concilier en faisant abstraction des valeurs qui les transcendent et dont ils ne sont pas les propriétaires. La véritable ouverture implique de se maintenir ferme sur ses propres convictions les plus profondes, avec une identité claire et joyeuse, mais « ouvert à celles de l’autre pour les comprendre » et en « sachant bien que le dialogue peut être une source d’enrichissement pour chacun ».[196] Une ouverture diplomatique qui dit oui à tout pour éviter les problèmes ne sert à rien, parce qu’elle serait une manière de tromper l’autre et de nier le bien qu’on a reçu comme un don à partager généreusement. L’Évangélisation et le dialogue interreligieux, loin de s’opposer, se soutiennent et s’alimentent réciproquement.[197]

252. La relation avec les croyants de l’Islam acquiert à notre époque une grande importance. Ils sont aujourd’hui particulièrement présents en de nombreux pays de tradition chrétienne, où ils peuvent célébrer librement leur culte et vivre intégrés dans la société. Il ne faut jamais oublier qu’ils « professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour ».[198] Les écrits sacrés de l’Islam gardent une partie des enseignements chrétiens ; Jésus Christ et Marie sont objet de profonde vénération ; et il est admirable de voir que des jeunes et des anciens, des hommes et des femmes de l’Islam sont capables de consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux. En même temps, beaucoup d’entre eux ont la profonde conviction que leur vie, dans sa totalité, vient de Dieu et est pour lui. Ils reconnaissent aussi la nécessité de répondre à Dieu par un engagement éthique et d’agir avec miséricorde envers les plus pauvres.

253. Pour soutenir le dialogue avec l’Islam une formation adéquate des interlocuteurs est indispensable, non seulement pour qu’ils soient solidement et joyeusement enracinés dans leur propre identité, mais aussi pour qu’ils soient capables de reconnaître les valeurs des autres, de comprendre les préoccupations sous jacentes à leurs plaintes, et de mettre en lumière les convictions communes. Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays, de la même manière que nous espérons et nous demandons à être accueillis et respectés dans les pays de tradition islamique. Je prie et implore humblement ces pays pour qu’ils donnent la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi, prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux ! Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence.

254. Les non chrétiens, par initiative divine gratuite, et fidèles à leur conscience, peuvent vivre « justifiés par la grâce de Dieu »,[199] et ainsi « être associés au mystère pascal de Jésus Christ ».[200] Mais, en raison de la dimension sacramentelle de la grâce sanctifiante, l’action divine en eux tend à produire des signes, des rites, des expressions sacrées qui à leur tour rapprochent d’autres personnes d’une expérience communautaire de cheminement vers Dieu.[201] Ils n’ont pas la signification ni l’efficacité des Sacrements institués par le Christ, mais ils peuvent être la voie que l’Esprit lui-même suscite pour libérer les non chrétiens de l’immanentisme athée ou d’expériences religieuses purement individuelles. Le même Esprit suscite de toutes parts diverses formes de sagesse pratique qui aident à supporter les manques de l’existence et à vivre avec plus de paix et d’harmonie. Nous chrétiens, nous pouvons aussi profiter de cette richesse consolidée au cours des siècles, qui peut nous aider à mieux vivre nos propres convictions.

Le dialogue social dans un contexte de liberté religieuse

255. Les Pères synodaux ont rappelé l’importance du respect de la liberté religieuse, considérée comme un droit humain fondamental.[202] Elle comprend « la liberté de choisir la religion que l’on estime vraie et de manifester publiquement sa propre croyance ».[203] Un sain pluralisme, qui dans la vérité respecte les différences et les valeurs comme telles, n’implique pas une privatisation des religions, avec la prétention de les réduire au silence, à l’obscurité de la conscience de chacun, ou à la marginalité de l’enclos fermé des églises, des synagogues et des mosquées. Il s’agirait en définitive d’une nouvelle forme de discrimination et d’autoritarisme. Le respect dû aux minorités agnostiques et non croyantes ne doit pas s’imposer de manière arbitraire qui fasse taire les convictions des majorités croyantes ni ignorer la richesse des traditions religieuses. Cela, à la longue, susciterait plus de ressentiment que de tolérance et de paix.

256. Au moment de s’interroger sur l’incidence publique de la religion, il faut distinguer diverses manières de la vivre. Les intellectuels comme les commentaires de la presse tombent souvent dans des généralisations grossières et peu académiques, quand ils parlent des défauts des religions et souvent sont incapables de distinguer que ni tous les croyants – ni toutes les autorités religieuses – sont identiques. Certains hommes politiques profitent de cette confusion pour justifier des actions discriminatoires. D’autres fois on déprécie les écrits qui sont apparus dans un contexte d’une conviction croyante, oubliant que les textes religieux classiques peuvent offrir une signification pour toutes les époques, et ont une force de motivation qui ouvre toujours de nouveaux horizons, stimule la pensée et fait grandir l’intelligence et la sensibilité. Ils sont dépréciés par l’étroitesse d’esprit des rationalismes. Est-il raisonnable et intelligent de les reléguer dans l’obscurité, seulement du fait qu’ils proviennent d’un contexte de croyance religieuse ? Ils contiennent des principes fondamentaux profondément humanistes, qui ont une valeur rationnelle, bien qu’ils soient pénétrés de symboles et de doctrines religieuses.

257. Comme croyants, nous nous sentons proches aussi de ceux qui, ne se reconnaissant d’aucune tradition religieuse, cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté, qui pour nous ont leur expression plénière et leur source en Dieu. Nous les voyons comme de précieux alliés dans l’engagement pour la défense de la dignité humaine, la construction d’une cohabitation pacifique entre les peuples et la protection du créé. Un espace particulier est celui des dénommés nouveaux Aréopages, comme “le parvis des gentils”, où « croyants et non croyants peuvent dialoguer sur les thèmes fondamentaux de l’éthique, de l’art, de la science, et sur la recherche de la transcendance ».[204] Ceci aussi est un chemin de paix pour notre monde blessé.

258. À partir de quelques thèmes sociaux, importants en vue de l’avenir de l’humanité, j’ai essayé une fois de plus d’expliquer l’inévitable dimension sociale de l’annonce de l’Évangile, pour encourager tous les chrétiens à la manifester toujours par leurs paroles, leurs attitudes et leurs actions.

Chapitre 5

Évangélisateurs avec esprit

259. Évangélisateurs avec esprit veut dire évangélisateurs qui s’ouvrent sans crainte à l’action de l’Esprit Saint. A la Pentecôte, l’Esprit fait sortir d’eux-mêmes les Apôtres et les transforme en annonciateurs des grandeurs de Dieu, que chacun commence à comprendre dans sa propre langue. L’Esprit Saint, de plus, infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, (parresia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant. Invoquons-le aujourd’hui, en nous appuyant sur la prière sans laquelle toute action court le risque de rester vaine, et l’annonce, au final, de manquer d’âme. Jésus veut des évangélisateurs qui annoncent la Bonne Nouvelle non seulement avec des paroles, mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu.

260. En ce dernier chapitre, je ne ferai pas une synthèse de la spiritualité chrétienne, ni ne développerai de grands thèmes comme l’oraison, l’adoration eucharistique ou la célébration de la foi, sur lesquels il y a déjà des textes magistériels de valeur, ainsi que des écrits connus de grands auteurs. Je ne prétends pas remplacer ni dépasser tant de richesses. Je proposerai simplement quelques réflexions sur l’esprit de la nouvelle évangélisation.

261. Quand on dit que quelque chose a un “esprit”, cela désigne habituellement les mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire. Une évangélisation faite avec esprit est très différente d’un ensemble de tâches vécues comme une obligation pesante que l’on ne fait que tolérer, ou quelque chose que l’on supporte parce qu’elle contredit ses propres inclinations et désirs. Comme je voudrais trouver les paroles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse ! Mais je sais qu’aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice. Avant de proposer quelques motivations et suggestions spirituelles, j’invoque une fois de plus l’Esprit Saint, je le prie de venir renouveler, secouer, pousser l’Église dans une audacieuse sortie au dehors de soi, pour évangéliser tous les peuples.

1. Motivations d’une impulsion missionnaire renouvelée

262. Évangélisateurs avec Esprit signifie évangélisateurs qui prient et travaillent. Du point de vue de l’Évangélisation, il n’y a pas besoin de propositions mystiques sans un fort engagement social et missionnaire, ni de discours et d’usages sociaux et pastoraux, sans une spiritualité qui transforme le cœur. Ces propositions partielles et déconnectées ne touchent que des groupes réduits et n’ont pas la force d’une grande pénétration, parce qu’elles mutilent l’Évangile. Il faut toujours cultiver un espace intérieur qui donne un sens chrétien à l’engagement et à l’activité.[205] Sans des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s’éteint. L’Église ne peut vivre sans le poumon de la prière, et je me réjouis beaucoup que se multiplient dans toutes les institutions ecclésiales les groupes de prières, d’intercession, de lecture priante de la Parole, les adorations perpétuelles de l’Eucharistie. En même temps, « on doit repousser toute tentation d’une spiritualité intimiste et individualiste, qui s’harmoniserait mal avec les exigences de la charité pas plus qu’avec la logique de l’incarnation ».[206] Il y a un risque que certains moments d’oraison se transforment en excuse pour ne pas se livrer à la mission, parce que la privatisation du style de vie peut porter les chrétiens à se réfugier en de fausses spiritualités.

263. Il est salutaire de se souvenir des premiers chrétiens et de tant de frères au cours de l’histoire qui furent remplis de joie, pleins de courage, infatigables dans l’annonce, et capables d’une grande résistance active. Il y en a qui se consolent en disant qu’aujourd’hui c’est plus difficile ; cependant, nous devons reconnaître que les circonstances de l’empire romain n’étaient pas favorables à l’annonce de l’Évangile, ni à la lutte pour la justice, ni à la défense de la dignité humaine. A tous les moments de l’histoire, la fragilité humaine est présente, ainsi quela recherche maladive de soi-même, l’égoïsme confortable et, en définitive, la concupiscence qui nous guette tous. Cela arrive toujours, sous une forme ou sous une autre ; cela vient des limites humaines plus que des circonstances. Par conséquent, ne disons pas qu’aujourd’hui c’est plus difficile ; c’est différent. Apprenons plutôt des saints qui nous ont précédés et qui ont affronté les difficultés propres à leur époque. À cette fin, je propose que nous nous attardions à retrouver quelques motivations qui nous aident à les imiter aujourd’hui.[207]

La rencontre personnelle avec l’amour de Jésus qui nous sauve

264. La première motivation pour évangéliser est l’amour de Jésus que nous avons reçu, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus. Mais, quel est cet amour qui ne ressent pas la nécessité de parler de l’être aimé, de le montrer, de le faire connaître ? Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. Nous avons besoin d’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle. Placés devant lui, le cœur ouvert, nous laissant contempler par lui, nous reconnaissons ce regard d’amour que découvrit Nathanaël, le jour où Jésus se fit présent et lui dit : « Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » (Jn 1, 48). Qu’il est doux d’être devant un crucifix, ou à genoux devant le Saint-Sacrement, et être simplement sous son regard ! Quel bien cela nous fait qu’il vienne toucher notre existence et nous pousse à communiquer sa vie nouvelle ! Par conséquent, ce qui arrive, en définitive, c’est que « ce que nous avons vu et entendu, nous l’annonçons » (1 Jn 1, 3). La meilleure motivation pour se décider à communiquer l’Évangile est de le contempler avec amour, de s’attarder en ses pages et de le lire avec le cœur. Si nous l’abordons de cette manière, sa beauté nous surprend, et nous séduit chaque fois. Donc, il est urgent de retrouver un esprit contemplatif, qui nous permette de redécouvrir chaque jour que nous sommes les dépositaires d’un bien qui humanise, qui aide à mener une vie nouvelle. Il n’y a rien de mieux à transmettre aux autres.

265. Toute la vie de Jésus, sa manière d’agir avec les pauvres, ses gestes, sa cohérence, sa générosité quotidienne et simple, et finalement son dévouement total, tout est précieux et parle à notre propre vie. Chaque fois que quelqu’un se met à le découvrir, il se convainc que c’est cela même dont les autres ont besoin, bien qu’ils ne le reconnaissent pas : « Ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer » (Ac 17, 23). Parfois, nous perdons l’enthousiasme pour la mission en oubliant que l’Évangile répond aux nécessités les plus profondes des personnes, parce que nous avons tous été créés pour ce que l’Évangile nous propose : l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel. Quand on réussira à exprimer adéquatement et avec beauté le contenu essentiel de l’Évangile, ce message répondra certainement aux demandes les plus profondes des cœurs. : « Le missionnaire est convaincu qu’il existe déjà, tant chez les individus que chez les peuples, grâce à l’action de l’Esprit, une attente, même inconsciente, de connaître la vérité sur Dieu, sur l’homme, sur la voie qui mène à la libération du péché et de la mort. L’enthousiasme à annoncer le Christ vient de la conviction que l’on répond à cette attente ».[208] L’enthousiasme dans l’évangélisation se fonde sur cette conviction. Nous disposons d’un trésor de vie et d’amour qui ne peut tromper, le message qui ne peut ni manipuler ni décevoir. C’est une réponse qui se produit au plus profond de l’être humain et qui peut le soutenir et l’élever. C’est la vérité qui ne se démode pas parce qu’elle est capable de pénétrer là où rien d’autre ne peut arriver. Notre tristesse infinie ne se soigne que par un amour infini.

266. Cette conviction, toutefois, est soutenue par l’expérience personnelle, constamment renouvelée, de goûter son amitié et son message. On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons. Le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne.

267. Unis à Jésus, cherchons ce qu’il cherche, aimons ce qu’il aime. Au final, c’est la gloire du Père que nous cherchons, nous vivons et agissons « à la louange de sa grâce » (Ep 1, 6). Si nous voulons nous donner à fond et avec constance, nous devons aller bien au-delà de toute autre motivation. C’est le motif définitif, le plus profond, le plus grand, la raison et le sens ultime de tout le reste. C’est la gloire du Père que Jésus a cherchée durant toute son existence. Lui est le Fils éternellement joyeux avec tout son être « tourné vers le sein du Père » (Jn 1, 18). Si nous sommes missionnaires, c’est avant tout parce que Jésus nous a dit : « C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit » (Jn 15, 8). Au-delà du fait que cela nous convienne ou non, nous intéresse ou non, nous soit utile ou non, au-delà des petites limites de nos désirs, de notre compréhension et de nos motivations, nous évangélisons pour la plus grande gloire du Père qui nous aime.

Le plaisir spirituel d’être un peuple

268. La Parole de Dieu nous invite aussi à reconnaître que nous sommes un peuple : « Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu » (1 P 2, 10). Pour être d’authentiques évangélisateurs, il convient aussi de développer le goût spirituel d’être proche de la vie des gens, jusqu’à découvrir que c’est une source de joie supérieure. La mission est une passion pour Jésus mais, en même temps, une passion pour son peuple. Quand nous nous arrêtons devons Jésus crucifié, nous reconnaissons tout son amour qui nous rend digne et nous soutient, mais, en même temps, si nous ne sommes pas aveugles, nous commençons à percevoir que ce regard de Jésus s’élargit et se dirige, plein d’affection et d’ardeur, vers tout son peuple. Ainsi, nous redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé. Il nous prend du milieu du peuple et nous envoie à son peuple, de sorte que notre identité ne se comprend pas sans cette appartenance.

269. Jésus même est le modèle de ce choix évangélique qui nous introduit au cœur du peuple. Quel bien cela nous fait de le voir proche de tous !Quand il parlait avec une personne, il la regardait dans les yeux avec une attention profonde pleine d’amour : « Jésus fixa sur lui son regard et l’aima » (Mc 10, 21). Nous le voyons accessible, quand il s’approche de l’aveugle au bord du chemin (cf. Mc 10, 46-52), et quand il mange et boit avec les pécheurs (cf. Mc 2, 16), sans se préoccuper d’être traité de glouton et d’ivrogne (cf. Mt 11, 19). Nous le voyons disponible quand il laisse une prostituée lui oindre les pieds (cf. Lc 7, 36-50) ou quand il accueille de nuit Nicodème (cf. Jn 3, 1-15). Le don de Jésus sur la croix n’est autre que le sommet de ce style qui a marqué toute sa vie. Séduits par ce modèle, nous voulons nous intégrer profondément dans la société, partager la vie de tous et écouter leurs inquiétudes, collaborer matériellement et spirituellement avec eux dans leurs nécessités, nous réjouir avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent et nous engager pour la construction d’un monde nouveau, coude à coude avec les autres. Toutefois, non pas comme une obligation, comme un poids qui nous épuise, mais comme un choix personnel qui nous remplit de joie et nous donne une identité.

270. Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse et nous vivons l’expérience intense d’être un peuple, l’expérience d’appartenir à un peuple.

271. Il est vrai que, dans notre relation avec le monde, nous sommes invités à rendre compte de notre espérance, mais non pas comme des ennemis qui montrent du doigt et condamnent. Nous sommes prévenus de manière très évidente : « Que ce soit avec douceur et respect » (1 P 3, 16), et « en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous » (Rm 12, 18). Nous sommes aussi appelés à essayer de vaincre le « mal par le bien » (Rm 12, 21), sans nous lasser de « faire le bien » (Ga 6, 9) et sans prétendre être supérieurs, mais considérant plutôt « les autres supérieurs à soi » (Ph 2, 3). De fait, les Apôtres du Seigneur « avaient la faveur de tout le peuple » (Ac 2, 47 ; cf. 4, 21.33 ; 5, 13). Il est évident que Jésus Christ ne veut pas que nous soyons comme des princes, qui regardent avec dédain, mais que nous soyons des hommes et des femmes du peuple. Ce n’est ni l’opinion d’un Pape ni une option pastorale parmi d’autres possibilités ; ce sont des indications de la Parole de Dieu, aussi claires, directes et indiscutables qu’elles n’ont pas besoin d’interprétations qui leur enlèveraient leur force d’interpellation. Vivons-les “sine glossa”, sans commentaires. Ainsi, nous ferons l’expérience de la joie missionnaire de partager la vie avec le peuple fidèle à Dieu en essayant d’allumer le feu au cœur du monde.

272. L’amour pour les gens est une force spirituelle qui permet la rencontre totale avec Dieu, à tel point que celui qui n’aime pas son frère « marche dans les ténèbres » (1 Jn 2, 11), « demeure dans la mort » (1 Jn 3, 14) et « n’a pas connu Dieu » (1 Jn 4, 8). Benoît XVI a dit que « fermer les yeux sur son prochain rend aveugle aussi devant Dieu »,[209] et que l’amour est la source de l’unique lumière qui « illumine sans cesse à nouveau un monde dans l’obscurité et qui nous donne le courage de vivre et d’agir ».[210] Ainsi, quand nous vivons la mystique de nous approcher des autres, afin de rechercher leur bien, nous dilatons notre être intérieur pour recevoir les plus beaux dons du Seigneur. Chaque fois que nous rencontrons un être humain dans l’amour, nous nous mettons dans une condition qui nous permet de découvrir quelque chose de nouveau de Dieu. Chaque fois que nos yeux s’ouvrent pour reconnaître le prochain, notre foi s’illumine davantage pour reconnaître Dieu. Il en ressort que, si nous voulons grandir dans la vie spirituelle, nous ne pouvons pas cesser d’être missionnaires. L’œuvre d’évangélisation enrichit l’esprit et le cœur, nous ouvre des horizons spirituels, nous rend plus sensibles pour reconnaître l’action de l’Esprit, nous fait sortir de nos schémas spirituels limités. En même temps, un missionnaire pleinement dévoué, expérimente dans son travail le plaisir d’être une source, qui déborde et rafraîchit les autres. Seul celui qui se sent porter à chercher le bien du prochain, et désire le bonheur des autres, peut être missionnaire. Cette ouverture du cœur est source de bonheur, car « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35). Personne ne vit mieux en fuyant les autres, en se cachant, en refusant de compatir et de donner, en s’enfermant dans le confort. Ce n’est rien d’autre qu’un lent suicide.

273. La mission au cœur du peuple n’est ni une partie de ma vie ni un ornement que je peux quitter, ni un appendice ni un moment de l’existence. Elle est quelque chose que je ne peux pas arracher de mon être si je ne veux pas me détruire. Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde. Je dois reconnaître que je suis comme marqué au feu par cette mission afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer. Là apparaît l’infirmière dans l’âme, le professeur dans l’âme, le politique dans l’âme, ceux qui ont décidé, au fond, d’être avec les autres et pour les autres. Toutefois, si une personne met d’un côté son devoir et de l’autre sa vie privée, tout deviendra triste, et elle vivra en cherchant sans cesse des gratifications ou en défendant ses propres intérêts. Elle cessera d’être peuple.

274. Pour partager la vie des gens et nous donner généreusement, nous devons reconnaître aussi que chaque personne est digne de notre dévouement. Ce n’est ni pour son aspect physique, ni pour ses capacités, ni pour son langage, ni pour sa mentalité ni pour les satisfactions qu’elle nous donne, mais plutôt parce qu’elle est œuvre de Dieu, sa créature. Il l’a créée à son image, et elle reflète quelque chose de sa gloire. Tout être humain fait l’objet de la tendresse infinie du Seigneur, qui habite dans sa vie. Jésus Christ a versé son précieux sang sur la croix pour cette personne. Au-delà de toute apparence, chaque être est infiniment sacré et mérite notre affection et notre dévouement. C’est pourquoi, si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, cela justifie déjà le don de ma vie. C’est beau d’être un peuple fidèle de Dieu. Et nous atteignons la plénitude quand nous brisons les murs, pour que notre cœur se remplisse de visages et de noms !

L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit

275. Dans le deuxième chapitre, nous avons réfléchi sur ce manque de spiritualité profonde qui se traduit par le pessimisme, le fatalisme, la méfiance. Certaines personnes ne se donnent pas à la mission, car elles croient que rien ne peut changer et pour elles il est alors inutile de fournir des efforts. elles pensent ceci : “Pourquoi devrais-je me priver de mon confort et de mes plaisirs si je ne vois aucun résultat important ?”. Avec cette mentalité il devient impossible d’être missionnaires. Cette attitude est précisément une mauvaise excuse pour rester enfermés dans le confort, la paresse, la tristesse de l’insatisfaction, le vide égoïste. Il s’agit d’une attitude autodestructrice, car « l’homme ne peut pas vivre sans espérance : sa vie serait vouée à l’insignifiance et deviendrait insupportable ».[211] Si nous pensons que les choses ne vont pas changer, souvenons-nous que Jésus Christ a vaincu le péché et la mort et qu’il est plein de puissance. Jésus Christ vit vraiment. Autrement, « si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message » (1 Co 15, 14). L’Évangile nous raconte que les premiers disciples allèrent prêcher, « le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole » (Mc 16, 20). Cela s’accomplit aussi de nos jours. Il nous invite à le connaître, à vivre avec lui. Le Christ ressuscité et glorieux est la source profonde de notre espérance, et son aide ne nous manquera pas dans l’accomplissement de la mission qu’il nous confie.

276. Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne diminuent pas. Pourtant, il est aussi certain que dans l’obscurité commence toujours à germer quelque chose de nouveau, qui tôt ou tard produira du fruit. Dans un champ aplani commence à apparaître la vie, persévérante et invincible. La persistance de la laideur n’empêchera pas le bien de s’épanouir et de se répandre toujours. Chaque jour, dans le monde renaît la beauté, qui ressuscite transformée par les drames de l’histoire. Les valeurs tendent toujours à réapparaître sous de nouvelles formes, et de fait, l’être humain renaît souvent de situations qui semblent irréversibles. C’est la force de la résurrection et tout évangélisateur est un instrument de ce dynamisme.

277. De nouvelles difficultés apparaissent aussi continuellement, l’expérience de l’échec, les bassesses humaines qui font beaucoup de mal. Tous nous savons, par expérience, que parfois une tâche n’offre pas les satisfactions que nous aurions désirées, les fruits sont infimes et les changements sont lents, et on peut être tenté de se fatiguer. Cependant, quand, à cause de la fatigue, quelqu’un baisse momentanément les bras, ce n’est pas la même chose que les baisser définitivement car on est submergé par un désenchantement chronique, par une paresse qui assèche l’âme. Il peut arriver que le cœur se lasse de lutter, car, au final, la personne se cherche elle-même à travers un carriérisme assoiffé de reconnaissances, d’applaudissements, de récompenses, de fonctions ; à ce moment-là, la personne ne baisse pas les bras, mais elle n’a plus de mordant ; la résurrection lui manque. Ainsi, l’Évangile, le plus beau message qui existe en ce monde, reste enseveli sous de nombreuses excuses.

278. La foi signifie aussi croire en lui, croire qu’il nous aime vraiment, qu’il est vivant, qu’il est capable d’intervenir mystérieusement, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie. C’est croire qu’il marche victorieux dans l’histoire « avec les siens : les appelés, les choisis, les fidèles » (Ap 17, 14). Nous croyons à l’Évangile qui dit que le Règne de Dieu est déjà présent dans le monde, et qu’il se développe çà et là, de diverses manières : comme une petite semence qui peut grandir jusqu’à devenir un grand arbre (cf. Mt 13, 31-32), comme une poignée de levain, qui fait fermenter une grande quantité de farine (cf. Mt 13, 33), et comme le bon grain qui grandit au milieu de l’ivraie (cf. Mt 13, 24-30), et peut toujours nous surprendre agréablement. Il est présent, il vient de nouveau, il combat pour refleurir. La résurrection du Christ produit partout les germes de ce monde nouveau ; et même s’ils venaient à être taillés, ils poussent de nouveau, car la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’espérance vivante !

279. Comme nous ne voyons pas toujours ces bourgeons, nous avons besoin de certitude intérieure, c’est-à-dire de la conviction que Dieu peut agir en toutes circonstances, même au milieu des échecs apparents, car « nous tenons ce trésor en des vases d’argile » (2 Co 4, 7). Cette certitude s’appelle “sens du mystère”. C’est savoir avec certitude que celui qui se donne et s’en remet à Dieu par amour sera certainement fécond (cf. Jn 15, 5). Cette fécondité est souvent invisible, insaisissable, elle ne peut pas être comptée. La personne sait bien que sa vie donnera du fruit, mais sans prétendre connaître comment, ni où, ni quand. Elle est sûre qu’aucune de ses œuvres faites avec amour ne sera perdue, ni aucune de ses préoccupations sincères pour les autres, ni aucun de ses actes d’amour envers Dieu, ni aucune fatigue généreuse, ni aucune patience douloureuse. Tout cela envahit le monde, comme une force de vie. Parfois, il nous semble que nos efforts ne portent pas de fruit, pourtant la mission n’est pas un commerce ni un projet d’entreprise, pas plus qu’une organisation humanitaire, ni un spectacle pour raconter combien de personnes se sont engagées grâce à notre propagande ; elle est quelque chose de beaucoup plus profond, qui échappe à toute mesure. Peut-être que le Seigneur passe par notre engagement pour déverser des bénédictions quelque part, dans le monde, dans un lieu où nous n’irons jamais. L’Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble.

280. Pour maintenir vive l’ardeur missionnaire, il faut une confiance ferme en l’Esprit Saint, car c’est lui qui « vient au secours de notre faiblesse » (Rm 8, 26). Mais cette confiance généreuse doit s’alimenter et c’est pourquoi nous devons sans cesse l’invoquer. Il peut guérir tout ce qui nous affaiblit dans notre engagement missionnaire. Il est vrai que cette confiance en l’invisible peut nous donner le vertige : c’est comme se plonger dans une mer où nous ne savons pas ce que nous allons rencontrer. Moi-même j’en ai fait l’expérience plusieurs fois. Toutefois, il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter, et de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à chaque instant. On appelle cela être mystérieusement féconds !

La force missionnaire de l’intercession

281. Il y a une forme de prière qui nous stimule particulièrement au don de nous-mêmes pour l’évangélisation et nous motive à chercher le bien des autres : c’est l’intercession. Regardons un instant l’être intérieur d’un grand évangélisateur comme saint Paul, pour comprendre comment était sa prière. Sa prière était remplies de personnes : « En tout temps dans toutes mes prières pour vous tous […] car je vous porte dans mon cœur » (Ph 1, 4.7). Nous découvrons alors que la prière d’intercession ne nous éloigne pas de la véritable contemplation, car la contemplation qui se fait sans les autres est un mensonge.
282. Cette attitude se transforme aussi en remerciement à Dieu pour les autres : « Et d’abord je remercie mon Dieu par Jésus Christ à votre sujet à tous » (Rm 1, 8). C’est un remerciement constant : « Je rends grâce à Dieu sans cesse à votre sujet pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée dans le Christ Jésus » (1 Co 1, 4) ; « Je rends grâce à Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous » (Ph 1, 3). Ce n’est pas un regard incrédule, négatif et privé d’espérance, mais bien un regard spirituel, de foi profonde, qui reconnaît ce que Dieu même fait en eux. En même temps, c’est la gratitude qui vient d’un cœur vraiment attentif aux autres. De cette manière, quand un évangélisateur sort de sa prière, son cœur est devenu plus généreux, il s’est libéré de l’isolement et il désire faire le bien et partager la vie avec les autres.

283. Les grands hommes et femmes de Dieu furent de grands intercesseurs. L’intercession est comme « du levain » au sein de la Trinité. C’est pénétrer dans le Père et y découvrir de nouvelles dimensions qui illuminent les situations concrètes et les changent. Nous pouvons dire que l’intercession émeut le cœur de Dieu, mais, en réalité, c’est lui qui nous précède toujours, et ce que nous sommes capables d’obtenir par notre intercession c’est la manifestation, avec une plus grande clarté, de sa puissance, de son amour et de sa loyauté au sein de son peuple.

2. Marie, Mère de l’évangélisation

284. Avec l’Esprit Saint, il y a toujours Marie au milieu du peuple. Elle était avec les disciples pour l’invoquer (cf. Ac 1, 14), et elle a ainsi rendu possible l’explosion missionnaire advenue à la Pentecôte. Elle est la Mère de l’Église évangélisatrice et sans elle nous n’arrivons pas à comprendre pleinement l’esprit de la nouvelle évangélisation.

Le don de Jésus à son peuple

285. Sur la croix, quand le Christ souffrait dans sa chair la dramatique rencontre entre le péché du monde et la miséricorde divine, il a pu voir à ses pieds la présence consolatrice de sa Mère et de son ami. En ce moment crucial, avant de proclamer que l’œuvre que le Père lui a confiée est accomplie, Jésus dit à Marie : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit à l’ami bien-aimé : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27). Ces paroles de Jésus au seuil de la mort n’expriment pas d’abord une préoccupation compatissante pour sa mère, elles sont plutôt une formule de révélation qui manifeste le mystère d’une mission salvifique spéciale. Jésus nous a laissé sa mère comme notre mère. C’est seulement après avoir fait cela que Jésus a pu sentir que « tout était achevé » (Jn 19, 28). Au pied de la croix, en cette grande heure de la nouvelle création, le Christ nous conduit à Marie. Il nous conduit à elle, car il ne veut pas que nous marchions sans une mère, et le peuple lit en cette image maternelle tous les mystères de l’Évangile. Il ne plaît pas au Seigneur que l’icône de la femme manque à l’Église. Elle, qui l’a engendré avec beaucoup de foi, accompagne aussi « le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus » (Ap 12, 17). L’intime connexion entre Marie, l’Église et chaque fidèle, qui, chacun à sa manière, engendrent le Christ, a été exprimée de belle manière par le bienheureux Isaac de l’Etoile : « Dans les Saintes Écritures, divinement inspirées, ce qu’on entend généralement de l’Église, vierge et mère, s’entend en particulier de la Vierge Marie […] On peut pareillement dire que chaque âme fidèle est épouse du Verbe de Dieu, mère du Christ, fille et sœur, vierge et mère féconde […] Le Christ demeura durant neuf mois dans le sein de Marie ; il demeurera dans le tabernacle de la foi de l’Église jusqu’à la fin des siècles ; et, dans la connaissance et dans l’amour de l’âme fidèle, pour les siècles des siècles ».[212]

286. Marie est celle qui sait transformer une grotte pour des animaux en maison de Jésus, avec de pauvres langes et une montagne de tendresse. Elle est la petite servante du Père qui tressaille de joie dans la louange. Elle est l’amie toujours attentive pour que le vin ne manque pas dans notre vie. Elle est celle dont le cœur est transpercé par la lance, qui comprend tous les peines. Comme mère de tous, elle est signe d’espérance pour les peuples qui souffrent les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que naisse la justice. Elle est la missionnaire qui se fait proche de nous pour nous accompagner dans la vie, ouvrant nos cœurs à la foi avec affection maternelle. Comme une vraie mère, elle marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l’amour de Dieu. Par les différentes invocations mariales, liées généralement aux sanctuaires, elle partage l’histoire de chaque peuple qui a reçu l’Évangile, et fait désormais partiede son identité historique. Beaucoup de parents chrétiens demandent le Baptême de leurs enfants dans un sanctuaire marial, manifestant ainsi leur foi en l’action maternelle de Marie qui engendre de nouveaux enfants de Dieu. Dans les sanctuaires, on peut percevoir comment Marie réunit autour d’elle des enfants qui, avec bien des efforts, marchent en pèlerins pour la voir et se laisser contempler par elle. Là, ils trouvent la force de Dieu pour supporter leurs souffrances et les fatigues de la vie. Comme à saint Juan Diego, Marie leur donne la caresse de sa consolation maternelle et leur murmure : « Que ton cœur ne se trouble pas […] Ne suis-je pas là, moi ta Mère ? ».[213]

L’Étoile de la nouvelle évangélisation

287. À la Mère de l’Évangile vivant nous demandons d’intercéder pour que toute la communauté ecclésiale accueille cette invitation à une nouvelle étape dans l’évangélisation. Elle est la femme de foi, qui vit et marche dans la foi,[214] et « son pèlerinage de foi exceptionnel représente une référence constante pour l’Église ».[215] Elle s’est laissé conduire par l’Esprit, dans un itinéraire de foi, vers un destinde service et de fécondité. Nous fixons aujourd’hui notre regard sur elle, pour qu’elle nous aide à annoncer à tous le message de salut, et pour que les nouveaux disciples deviennent des agents évangélisateurs.[216] Dans ce pèlerinage d’évangélisation, il y aura des moments d’aridité, d’enfouissement et même de la fatigue, comme l’a vécu Marie durant les années de Nazareth, alors que Jésus grandissait : « C’est là le commencement de l’Évangile, c’est-à-dire de la bonne nouvelle, de la joyeuse nouvelle. Il n’est cependant pas difficile d’observer en ce commencement une certaine peine du cœur, rejoignant une sorte de “nuit de la foi” – pour reprendre l’expression de saint Jean de la Croix –, comme un “voile” à travers lequel il faut approcher l’Invisible et vivre dans l’intimité du mystère. C’est de cette manière, en effet, que Marie, pendant de nombreuses années, demeura dans l’intimité du mystère de son Fils et avança dans son itinéraire de foi ».[217]

288. Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants. En la regardant, nous découvrons que celle qui louait Dieu parce qu’« il a renversé les potentats de leurs trônes » et « a renvoyé les riches les mains vides » (Lc 1, 52.53) est la même qui nous donne de la chaleur maternelle dans notre quête de justice. C’est aussi elle qui « conservait avec soi toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19). Marie sait reconnaître les empreintes de l’Esprit de Dieu aussi bien dans les grands événements que dans ceux qui apparaissent imperceptibles. Elle contemple le mystère de Dieu dans le monde, dans l’histoire et dans la vie quotidienne de chacun de nous et de tous. Elle est aussi bien la femme orante et laborieuse à Nazareth, que notre Notre-Dame de la promptitude, celle qui part de son village pour aider les autres « en hâte » (cf. Lc 1, 39-45). Cette dynamique de justice et de tendresse, de contemplation et de marche vers les autres, est ce qui fait d’elle un modèle ecclésial pour l’évangélisation. Nous la supplions afin que, par sa prière maternelle, elle nous aide pour que l’Église devienne une maison pour beaucoup, une mère pour tous les peuples, et rende possible la naissance d’un monde nouveau. C’est le Ressuscité qui nous dit, avec une force qui nous comble d’une immense confiance et d’une espérance très ferme : « Voici, je fais l’univers nouveau » (Ap 21, 5). Avec Marie, avançons avec confiance vers cette promesse, et disons-lui :

Vierge et Mère Marie,

toi qui, mue par l’Esprit,

as accueilli le Verbe de la vie

dans la profondeur de ta foi humble,
totalement abandonnée à l’Éternel,
aide-nous à dire notre “oui”
dans l’urgence, plus que jamais pressante,
de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus.


Toi, remplie de la présence du Christ,

tu as porté la joie à Jean-Baptiste,

le faisant exulter dans le sein de sa mère.

Toi, tressaillant de joie, 
tu as chanté les merveilles du Seigneur.
Toi, qui es restée ferme près de la Croix
avec une foi inébranlable
et a reçu la joyeuse consolation de la résurrection,
tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit
afin que naisse l’Église évangélisatrice.

Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités

pour porter à tous l’Évangile de la vie

qui triomphe de la mort.

Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies
pour que parvienne à tous 
le don de la beauté qui ne se ternit pas.


Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation,

mère du bel amour, épouse des noces éternelles,

intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure,

afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais se s’arrête 
dans sa passion pour instaurer le Royaume.


Étoile de la nouvelle évangélisation,

aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion,

du service, de la foi ardente et généreuse,

de la justice et de l’amour pour les pauvres,
pour que la joie de l’Évangile
parvienne jusqu’aux confins de la terre
et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière.

Mère de l’Évangile vivant,

source de joie pour les petits,

prie pour nous.

Amen. Alléluia !

Donné à Rome, près de Saint Pierre, à la conclusion de l’Année de la foi, le 24 novembre 2013, Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l’Univers, en la première année de mon Pontificat.


[1] Paul VI, Exhort. Apost. Gaudete in Domino (9 mai 1975), n. 22: AAS 67 (1975), 297.
[2] Ibid., 8 : AAS 67 (1975), 292.
[3] Lett. enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 1 : AAS 98 (2006), 217.
[4] Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 360.
[5] Ibid.
[6] Paul VI, Exhort. Apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 80 : AAS 68 (1976), 74-75.
[7] Cantique spirituel, 36, 10.
[8] Adversus haereses, IV, c. 34, n. 1 : PG 7, 1083 : « Omnem novitatem attulit, semetipsum afferens ».
[9] Paul VI, Exhort. Apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 7 : AAS 68 (1976), 9.
[10] Cf. Proposition 7.
[12] Ibid.
[14] Lett. enc. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 34 : AAS 83 (1991), 280.
[15]Ibid., n. 40 : AAS 83 (1991), 287.
[16]Ibid., n. 86 : AAS 83 (1991), 333.
[17] Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 548.
[18] Ibid., n. 370.
[19] Cf. Proposition 1.
[20] Jean-Paul II, Exhort. Apost. Post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 32 : AAS 81 (1989), 451.
[21] Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 201.
[22]Ibid., n. 551.
[23]Paul VI, Lett. enc. Ecclesiam suam (6 août 1964) nn. 10-12: AAS 56 (1964), 611-612.
[24] Conc. œcum. Vat. II, Décret Unitatis redintegratio, sur l’œcuménisme, n. 6.
[25] Jean-Paul II, Exhort. Apost. Postsynodale Ecclesia in Oceania (22 novembre 2001), n. 19 : AAS 94 (2002), 390.
[26] Jean-Paul II, Exhort. Apost. Postsynodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 26 : AAS 81 (1989), 438.
[27] Cf. Proposition 26.
[28] Cf. Proposition 44.
[29] Cf. Proposition 26.
[30] Cf. Proposition 41.
[31] Conc. œcum. Vat. II, Décret Christus Dominus, sur la charge pastorale des évêques, n. 11.
[33] Cf. Proposition 42.
[34] Cf. cc. 460-468 ; 492-502 ; 511-514 ; 536-537.
[35] Lett. enc. Ut unum sint (25 mai 1995) n. 95: AAS 87 (1995), 977-978.
[36] Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. sur l’Église Lumen gentium, n. 23.
[37] Cf. Jean-Paul II, Motu proprio Apostolos suos, (21 mai 1998) : AAS 90 (1998), 641-658.
[38] Conc. œcum. Vat. II, Décret Unitatis redintegratio, sur l’œcuménisme, n. 11.
[39] Cf. S. Th. I-II, q. 66, a. 4-6.
[40]S. Th. I-II, q. 108, a. 1.
[41] S. Th. II-II, q. 30, a. 4. ; cf. Ibid. q. 40, a.4, ad 1. « Les sacrifices et les offrandes qui font partie du culte divin ne sont pas pour Dieu lui-même, mais pour nous et nos proches. Lui-même n’en a nul besoin, et s’il les veut, c’est pour exercer notre dévotion et pour aider le prochain. C’est pourquoi la miséricorde qui subvient aux besoins des autres lui agrée davantage, étant plus immédiatement utile au prochain ».
[42]Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, sur la Révélation divine, n. 12.
[43] Motu proprio Socialium Scientiarum, (1 janvier 1994) : AAS 86 (1994), 209.
[44] Saint Thomas d’Aquin soulignait que la multiplicité et la distinction « proviennent de l’intention du premier agent », celui qui veut « que ce qui manque à une chose pour représenter la bonté divine soit suppléé par une autre », parce « qu’une seule créature ne saurait suffire à représenter sa bonté comme il convient » (S. Th. I, q. 47, a. 1). Donc nous avons besoin de saisir la variété des choses dans leurs multiples relations (cf. S. Th.I, q. 47, a. 2, ad 1 ; q. 47, a. 3). Pour des raisons analogues, nous avons besoin de nous écouter les uns les autres et de nous compléter dans notre réception partielle de la réalité et de l’Evangile.
[45] Jean XXIII, Discours lors de l’ouverture solennelle du Concile Vatican II (11 octobre 1962) VI, n. 5 : AAS 54 (1962), 792 : « Est enim aliud ipsum depositum Fidei, seu veritates, quae veneranda doctrina nostra continentur, aliud modus, quo eaedem enuntiantur ».
[46] Jean-Paul II, Lett. enc. Ut unum sint (25 mai 1995) n. 19: AAS 87 (1995), 933.
[47]S. Th. I-II, q. 107, a. 4.
[48]Ibid.
[49] N. 1735.
[50] Cf. Jean-Paul II, Exhort. Apost. Postsynodale Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 34c : AAS 74 (1982), 123-125.
[51] Cf. saint Ambroise, De sacramentis, IV, 6, 28 : PL 16, 464 ; SC 25, 87 : « Je dois toujours le recevoir pour que toujours il remette mes péchés. Moi qui pèche toujours, je dois avoir toujours un remède » ; IV, 5, 24 : PL 16, 463 ; SC 25, 116 : « Celui qui a mangé la manne est mort ; celui qui aura mangé ce corps obtiendra la rémission de ses péchés ». saint Cyrille d’Alexandrie, In Joh. Evang. IV, 2 : PG 73, 584-585 : « Je me suis examiné et je me suis reconnu indigne. A ceux qui parlent ainsi je dis : et quand serez-vous dignes ? Quand vous présenterez-vous alors devant le Christ ? Et si vos péchés vous empêchent de vous approcher et si vous ne cessez jamais de tomber – qui connaît ses délits ?, dit le psaume – demeurerez-vous sans prendre part à la sanctification qui vivifie pour l’éternité ? ».
[53] Jean-Paul II, Exhort. Apost. Postsynodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 10 : AAS 84 (1992), 673.
[54]Paul VI, Lett. enc. Ecclesiam suam (6 août 1964) n. 52: AAS 56 (1964), 632.
[55] Saint Jean Chrysostome, De Lazaro Concio, II, 6 : PG 48, 992 D.
[56] Cf. Proposition 13.
[57] Jean-Paul II, Exhort. Apost. Postsynodale Ecclesia in Africa (14 septembre 1995), n. 52 : AAS 88 (1996), 32-33 ; Id., Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 22 : AAS 80 (1988), 539.
[58] Jean-Paul II, Exhort. Apost. Postsynodale Ecclesia in Asia (6 novembre 1999), n.7 : AAS 92 (2000), 458.
[59] Conférence des Évêques catholiques des États-Unis, Ministry to Persons with a Homosexual Inclination : Guidelines for Pastoral Care ( 14 novembre 2006), 17.
[60] Conférence des Évêques de France, Note du Conseil Famille et Société « Élargir le mariage aux personnes de même sexe ? Ouvrons le débat ! » ( 28 septembre 2012).
[61] Cf. Proposition 25.
[62] Action Catholique Italienne, Messaggio della XIV Assemblea nazionale alla Chiesa ed al Paese (8 mai 2011).
[63] Joseph Ratzinger, Situation actuelle de la foi et de la théologie. Conférence prononcée durant la rencontre des Présidents des Commissions épiscopales d’Amérique latine pour la doctrine de la foi, célébrée à Guadalajara, Mexique, 1996. Osservatore Romano, 1 novembre 1996. Cf. Vème Conférence générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 12.
[64] Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Paris, 1974, p. 135.
[65] Discours d’ouverture du Concile œcuménique Vatican II (11 octobre 1962), 4, 2-4 : AAS 54 (1962), 789.
[66] John Henry Newman, Letter of 26 January 1833, in : The Letters and Diaries of John Henry Newman, III, Oxford 1979, 204.
[67] Benoît XVI, Homélie durant la messe d’ouverture de l’Année de la foi (11 octobre 2012) : AAS 104 (2012), 881.
[68] Thomas a Kempis, De Imitatione Christi, Liber Primus, IX, 5 : « Plusieurs s’imaginant qu’ils seraient meilleurs en d’autres lieux, ont été trompés par cette idée de changement ».
[69] Le témoignage de sainte Thérèse de Lisieux, dans sa relation avec une consœur qui lui était particulièrement désagréable est intéressant ; dans celui-ci une expérience intérieure a eu un impact décisif : « Un soir d’hiver j’accomplissais comme d’habitude mon petit office, il faisait froid, il faisait nuit… tout à coup j’entendis dans le lointain le son harmonieux d’un instrument de musique, alors je me représentai un salon bien éclairé, tout brillant de dorures, des jeunes filles élégamment vêtues se faisant mutuellement des compliments et des politesses mondaines ; puis mon regard se porta sur la pauvre malade que je soutenais ; au lieu d’une mélodie j’entendais de temps en temps ses gémissements plaintifs […] Je ne puis exprimer ce qui se passa dans mon âme, ce que je sais c’est que le Seigneur l’illumina des rayons de la vérité qui surpassèrent tellement l’éclat ténébreux des fêtes de la terre, que je ne pouvais croire à mon bonheur » (Manuscrit C, 29 v° - 30 r°, en Œuvres complètes, Paris 1992, pp. 274-275).
[70] Cf. Proposition 8.
[71] Henri de Lubac, Méditation sur l’Église, Paris 1968, Aubier-Montaigne, FV 60, p. 321.
[72] Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 295.
[73] Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale, Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 51 : AAS 81 (1989), 493.
[74] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Inter Insignores, sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel (15 octobre 1976), VI : AAS 68 (1977). Citée en Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale, Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 51, note 190 : AAS 81 (1989), 493.
[75] Jean-Paul II, Lett. ap. Mulieris dignitatem (15 août 1988), n. 27 : AAS 80 (1988), 1718.
[76] Cf. Proposition 51.
[77] Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale Ecclesia in Asia (6 novembre 1999), n. 19 : AAS 92 (2000), 478.
[78] Ibid. n. 2 : AAS 92 (2000), 451.
[79] Cf. Proposition 4.
[80] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 1.
[82] Cf. Proposition 6 ; Conc. œcum. Vat. II, Const. Past. Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 22.
[83] Cf. Conc. œcum. Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 9.
[84] Cf. IIIème Conférence générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document de Puebla (23 mars 1979), nn. 386-387.
[85]Conc. œcum. Vat. II, Const. Past. Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 36.
[86] Ibid. n. 25.
[87] Ibid. n. 53.
[88] Jean-Paul II, Lett. Ap. Novo millennio ineunte (6 janvier 2001), n. 40 : AAS 93 (2001), 294-295.
[89] Ibid.
[90] Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 52 : AAS 83 (1991), 300. Cf. Exhort. Ap. Catechesi Tradendae (16 octobre 1979), n. 53 : AAS 71 (1979), 1321.
[91] Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale Ecclesia in Oceania (22 novembre 2001), n. 16 : AAS 94 (2002), 384.
[92] Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale Ecclesia in Africa (14 septembre 1995), n. 61 : AAS 88 (1996), 39.
[93]S. Thomas d’Aquin, S. Th., I, q. 39, a. 8 cons. 2. « Si l’on fait abstraction du Saint-Esprit, lien des deux, il devient impossible de concevoir l’unité de liaison entre le Père et le Fils » ; cf. aussi I, q. 37, a. 1, ad 3.
[94] Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale Ecclesia in Oceania (22 novembre 2001), n. 17 : AAS 94 (2002), 385.
[95] Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale Ecclesia in Asia (6 novembre 1999), n. 20 : AAS 92 (2000), 478-482.
[96] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 12.
[97] Jean-Paul II, Lett. enc. Fides et ratio (14 septembre 1998), n. 71 : AAS 91 (1999), 60.
[98] IIIème Conférence générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document de Puebla (23 mars 1979), n. 450. Cf. Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 264.
[99] Cf. Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale Ecclesia in Asia (6 novembre 1999), n. 21 : AAS 92 (2000), 482-484.
[100] N. 48 : AAS 68 (1976), 38.
[101] Ibid.
[103] Vème Conférence générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 262.
[104] Ibid. n. 263.
[105] Cf. Saint Thomas d’Aquin, S. Th. II-II, q. 2, a. 2.
[106] Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 264.
[107] Ibid.
[108] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 12.
[109] Cf. Proposition 17.
[110] Cf. Proposition 30.
[111] Cf. Proposition 27.
[112] Jean-Paul II, Lett. ap. Dies Domini (31 mai 1998), n. 41 : AAS 90 (1998), 738-739.
[113]Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 78 : AAS 68 (1976), 71.
[114] Ibid.
[115] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 26 : AAS 84 (1992), 698.
[116]Ibid n. 25 : AAS 84 (1992), 696.
[117]Saint Thomas d’Aquin, S. Th. II-II, q. 188, a. 6.
[118]Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 76 : AAS 68 (1976), 68.
[119]Ibid. n. 75 : AAS 68 (1976), 65.
[120]Ibid. n. 63 : AAS 68 (1976), 53.
[121] Ibid. n. 43 : AAS 68 (1976), 33.
[122] Ibid.
[123]Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 10 : AAS 84 (1992), 672.
[124]Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 40 : AAS 68 (1976), 31.
[125] Ibid. n. 43, AAS 68 (1976), 33.
[126] Cf. Proposition 9.
[127] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 26 : AAS 84 (1992), 698.
[128] Cf. Proposition 38.
[129] Cf. Proposition 20.
[130] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Décret Inter mirifica, sur les moyens de communication sociale, n. 6.
[131] Cf. Augustin, De musica, VI, 13, 38 : PL 32, 1183-1184 ; Confessions., IV, 13.20 : PL 32, 701.
[132] Benoît XVI, Discours à l’occasion de la projection du documentaire “Art et foi – via pulchritudinis” ( 25 octobre 2012) : L’Osservatore Romano (27 octobre 2012), p. 7.
[133] S. Th. I-II q. 65, a. 3, ad 2 : « propter aliquas dispoitiones contrarias ».
[134] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Ecclesia in Asia (6 novembre 1999), n. 20: AAS 92 (2000), 481.
[135] Benoît XVI, Exhort. apost. post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), n. 1 : AAS 102 (2010), 682.
[136] Cf. Proposition 11.
[137] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, nn. 21-22.
[138] Cf. Benoît XVI, Exhort. apost. post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), nn. 86-87 : AAS 102 (2010), 757-760.
[140]Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 17 : AAS 68 (1976), 17.
[141] Jean-Paul II, Message à un groupe de personnes handicapées à Osnabrück Angelus (16 novembre 1980) : Insegnamenti 3/2 (1980), 1232.
[142] Conseil pontifical Justice et Paix Compendium pour la Doctrine sociale de l’Église, n. 52.
[143] Jean-Paul II, Catéchèse (24 avril 1991): Insegnamenti 14/1 (1991), 856.
[144] Benoît XVI, Lett. apost. en forme de motu proprio Intima Ecclesiae natura (11 novembre 2012) : AAS 104 (2012), 996.
[145] Paul VI, Lett. encycl. Populorum Progressio (26 mars 1967), n. 14 : AAS 59 (1967), 264.
[146]Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 29 : AAS 68 (1976), 25.
[147] Vème Conférence générale de l’Épiscopat latino-américain des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 380.
[148] Conseil pontifical Justice et Paix Compendium pour la Doctrine sociale de l’Église, n. 9.
[149] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Ecclesia in America (22 janvier 1999) n. 27 : AAS 91 (1999), 762.
[150] BenoÎt XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 28 : AAS 98 (2006), 240.
[151] Conseil pontifical Justice et Paix Compendium pour la Doctrine sociale de l’Église, n. 12.
[152] Paul VI, Lett. ap. Octogesima adveniens (14 mai 1971), n. 4: AAS 63 (1971), 403.
[153] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Libertatis nuntius (6 août 1984), XI, 1 : AAS 76 (1984), 903.
[154] Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 157.
[155] Paul VI, Lett. enc. Octogesima adveniens, (14 mai 1971) n. 23: AAS 63 (1971) 418.
[156] Paul VI, Lett. enc. Populorum Progressio, (26 mars 1967) n. 65 : AAS 59 (1967) 289.
[157] Ibid., n. 15 : AAS 59 (1967), 265.
[158] Conférence nationale des Évêques du Brésil, Exigências evangélicas e eticas de superação da miseria e da fome (avril 2002), Introduction, 2.
[159] Jean XXIII, Lett. enc. Mater et Magistra, (15 mai 1961) n. 2 : AAS 53 (1961), 402.
[160] Saint Augustin, De Catechizandis Rudibus, I, XIV, 22 : PL 40, 327.
[161] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Libertatis nuntius (6 août 1984), XI, 18 : AAS 76 (1984), 907-908.
[162] Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1 mai 1991), n. 41 : AAS 83 (1991), 844-845.
[163] Jean-Paul II, Homélie durant la messe pour l’évangélisation des peuples à Saint-Domingue (11 octobre 1984), n. 5 : AAS 77 (1985) 354-361.
[164] Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 42 : AAS 80 (1988), 572.
[166] Saint Thomas d’Aquin, S. Th. II-II, q. 27, a. 2.
[167] Ibid., I-II, q. 110, a. 1.
[168] Ibid., I-II, q. 26, a. 3.
[169] Jean-Paul II, Lett. ap. Novo millennio ineunte (6 juin 2001), n. 50 : AAS 93 (2001), 303.
[170] Ibid.
[171] Cf. Proposition 45.
[172] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Libertatis nuntius (6 août 1984), XI, 18 : AAS 76 (1984), 908.
[173] Ceci implique « d’éliminer les causes structurelles des dysfonctionnements de l’économie mondiale » : Benoît XVI, Discours au Corps diplomatique (8 janvier 2007) : AAS 99 (2007), 73.
[174] Cf. Commission sociale des Évêques de France, Réhabiliter la politique (17 février 1999) ; Pie XI, Message, 18 décembre 1927.
[175] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 2 : AAS 101 (2009), 642.
[176] Jean-Paul II, Exhort. Ap. post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 37 : AAS 81 (1989), 461.
[177] Cf. Proposition 56.
[178]Conférence épiscopale des Philippines, Lettre pastorale : What is Happening to our Beautiful Land ? (29 janvier 1988).
[179] Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 76 : AAS 59 (1967), 294-295.
[180] Conférence des Évêques catholiques des États-Unis, Lettre pastorale Forming Consciences for Faithful Citizenship (2007), 13.
[181] Conseil pontifical Justice et paix, Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 161.
[182] Das Ende der Neuzeit, Würzburg 91965, 30-31.
[183] Cf. I. Quiles, S.I., Filosofia de la educación personalista, ed. Depalma, Buenos Aires, 1981, pp. 46-53.
[184] Comité permanent de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Message sur la situation sécuritaire dans le pays (5 décembre 2012), 11.
[185] Cf. Platon, Gorgias, 465.
[186] Benoît XVI, Discours à la Curie romaine (21 décembre 2012) : AAS 105 (2013), 51.
[187] Cf. Proposition 14.
[188] Cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1910 ; Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 168.
[189] Cf. Proposition 54.
[190] Jean-Paul II, Lett. enc. Fides et ratio (14 septembre 1998), n. 88 : AAS 91 (1999), 74.
[191] Saint Thomas d’Aquin, Summa contra Gentiles, I, VII ; cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Fides et ratio (14 septembre 1998), n. 43 : AAS 91 (1999), 39.
[192] Conc. œcum. Vat II, Décret Unitatis redintegratio, sur l’œcuménisme, n. 4.
[193] Cf. Proposition 52.
[194] Conférence des Évêques de l’Inde, Déclaration finale de la 30ème Assemblée générale : The Church’s Role for a Better India (8 mars 2012), 8.9.
[195] Cf. Proposition 53.
[196] Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 56 : AAS 83 (1991), 304.
[197] Cf. Benoît XVI, Discours à la Curie romaine (21 décembre 2012) : AAS 105 (2013), 51 ; Conc. œcum. Vat. II, Décret Ad gentes, sur l’activité missionnaire de l’Église, n. 9 ; Catéchisme de l’Église catholique, n. 856.
[198] Conc. œcum. Vat II, Const. dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 16.
[199] Commission théologique internationale, Le christianisme et les religions (1996), n. 72 : Ench. Vat ; 15, n. 1061.
[200] Ibid.
[201] Cf. ibid., nn. 81-87 : Ench. Vat. 15, nn. 1070-1076.
[202] Cf. Proposition 16.
[203] Benoît XVI, Exhort. ap. post-synodale, Ecclesia in Medio Oriente (14 septembre 2012), n. 26 : AAS 104 (2012), 762.
[204] Proposition 55.
[205] Cf. Proposition 36.
[206] Jean-Paul II, Lett. ap. Novo Millennio ineunte (6 janvier 2001), n. 52 : AAS 93 (2001), 304.
[207] Cf. V. M. Fernández, « Espiritualidad para la esperanza activa. Discurso en la apertura del I Congreso Nacional de Doctrina social de la Iglesia (Rosario 2011)”, dans UCActualidad 142 (2011) 16.
[208] Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 45 : AAS 83 (1991), 292
[209] Lett. enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 16 : AAS 98 (2006), 230.
[210] Ibid., n. 39 : AAS 98 (2006), 250.
[211] IIème Assemblée spéciale pour l’Europe du Synode des Évêques, Message final n. 1 : L’Osservatore Romano (23 octobre 1999), n. 5.
[212] Isaac de l’Étoile, Sermon 51 : PL 194, 1863.1865.
[213] Nican Mopohua, 118-119.
[214] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, sur l’Église, ch. 8, nn. 52-69.
[215] Jean-Paul II, Lett. enc. Redemporis Mater (25 mars 1987), n. 6 : AAS 79 (1987), 366.
[216] Cf. Proposition 58.
[217] Jean-Paul II, Lett. enc. Redemporis Mater (25 mars 1987), n. 17 : AAS 79 (1987), 381.




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SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/francesco/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium_fr.html

APOSTOLIC EXHORTATION
EVANGELII GAUDIUM
OF THE HOLY FATHER
FRANCIS
TO THE BISHOPS, CLERGY,
CONSECRATED PERSONS
AND THE LAY FAITHFUL
ON THE PROCLAMATION OF THE GOSPEL
IN TODAY’S WORLD


INDEX



I. A JOY EVER NEW, A JOY WHICH IS SHARED [2-8]
II. THE DELIGHTFUL AND COMFORTING JOY OF EVANGELIZING [9-13]

Eternal newness [11-13]

III. THE NEW EVANGELIZATION FOR THE TRANSMISSION OF THE FAITH [14-18]

The scope and limits of this Exhortation [16-18]


CHAPTER ONE
THE CHURCH’S MISSIONARY TRANSFORMATION [19]

I. A CHURCH WHICH GOES FORTH [20-24]

Taking the first step, being involved and supportive, bearing fruit and rejoicing [24]

II. PASTORAL ACTIVITY AND CONVERSION [25-33]

An ecclesial renewal which cannot be deferred [27-33]

III. FROM THE HEART OF THE GOSPEL [34-39]

IV. A MISSION EMBODIED WITHIN HUMAN LIMITS [40-45]

V. A MOTHER WITH AN OPEN HEART [46-49]


CHAPTER TWO
AMID THE CRISIS OF COMMUNAL COMMITMENT [50-51]

I. SOME CHALLENGES OF TODAY’S WORLD [52-75]

No to an economy of exclusion [53-54]
No to the new idolatry of money
[55-56]
No to a financial system which rules rather than serves
[57-58]
No to the inequality which spawns violence
[59-60]
Some cultural challenges
[61-67]
Challenges to inculturating the faith
[68-70]
Challenges from urban cultures
[71-75]

II. TEMPTATIONS FACED BY PASTORAL WORKERS [76-109]

Yes to the challenge of a missionary spirituality [78-80]
No to selfishness and spiritual sloth
[81-83]
No to a sterile pessimism
[84-86]
Yes to the new relationships brought by Christ
[87-92]
No to spiritual worldliness
[93-97]
No to warring among ourselves
[98-101]
Other ecclesial challenges
[102-109]
CHAPTER THREE
THE PROCLAMATION OF THE GOSPEL [110]

I. THE ENTIRE PEOPLE OF GOD PROCLAIMS THE GOSPEL [111-134]

A people for everyone [112-114]
A people of many faces
[115-118]
We are all missionary disciples
[119-121]
The evangelizing power of popular piety
[122-126]
Person to person
[127-129]
Charisms at the service of a communion which evangelizes
[130-131]
Culture, thought and education
[132-134]
II. THE HOMILY [135-144]

The liturgical context [137-138]
A mother’s conversation
[139-141]
Words which set hearts on fire
[142-144]

III. PREPARING TO PREACH [145-159]

Reverence for truth [146-148]
Personalizing the word
[149-151]
Spiritual reading
[152-153]
An ear to the people
[154-155]
Homiletic resources
[156-159]

IV. EVANGELIZATION AND THE DEEPER UNDERSTANDING OF THE KERYGMA [160- 175]

Kerygmatic and mystagogical catechesis [163-168]
Personal accompaniment in processes of growth
[169-173]
Centred on the word of God
[174-175]


CHAPTER FOUR
THE SOCIAL DIMENSION OF EVANGELIZATION [176]

I. COMMUNAL AND SOCIETAL REPERCUSSIONS OF THE KERYGMA [177-185]

Confession of faith and commitment to society [178-179]
The kingdom and its challenge
[180-181]
The Church’s teaching on social questions
[182-185]

II. THE INCLUSION OF THE POOR IN SOCIETY [186-216]

In union with God, we hear a plea [187-192]
Fidelity to the Gospel, lest we run in vain
[193-196]
The special place of the poor in God’s people
[197-201]
The economy and the distribution of income
[202-208]
Concern for the vulnerable
[209-216]

III. THE COMMON GOOD AND PEACE IN SOCIETY [217-237]

Time is greater than space [222-225]
Unity prevails over conflict
[226-230]
Realities are more important than ideas
[231-233]
The whole is greater than the part
[234-237]
IV. SOCIAL DIALOGUE AS A CONTRIBUTION TO PEACE [238-258]

Dialogue between faith, reason and science [242-243]
Ecumenical dialogue
[244-246]
Relations with Judaism
[247-249]
Interreligious dialogue
[250-254]
Social dialogue in a context of religious freedom
[255-258]


CHAPTER FIVE
SPIRIT-FILLED EVANGELIZERS [259-261]

I. REASONS FOR A RENEWED MISSIONARY IMPULSE [262-283]

Personal encounter with the saving love of Jesus [264-267]
The spiritual savour of being a people
[268-274]
The mysterious working of the risen Christ and his Spirit
[275-280]
The missionary power of intercessory prayer
[281-283]

II. MARY, MOTHER OF EVANGELIZATION [284-288]

Jesus’ gift to his people [285-286]
Star of the new evangelization
[287-288]





1. THE JOY OF THE GOSPEL fills the hearts and lives of all who encounter Jesus. Those who accept his offer of salvation are set free from sin, sorrow, inner emptiness and loneliness. With Christ joy is constantly born anew. In this Exhortation I wish to encourage the Christian faithful to embark upon a new chapter of evangelization marked by this joy, while pointing out new paths for the Church’s journey in years to come.

I. A JOY EVER NEW, A JOY WHICH IS SHARED

2. The great danger in today’s world, pervaded as it is by consumerism, is the desolation and anguish born of a complacent yet covetous heart, the feverish pursuit of frivolous pleasures, and a blunted conscience. Whenever our interior life becomes caught up in its own interests and concerns, there is no longer room for others, no place for the poor. God’s voice is no longer heard, the quiet joy of his love is no longer felt, and the desire to do good fades. This is a very real danger for believers too. Many fall prey to it, and end up resentful, angry and listless. That is no way to live a dignified and fulfilled life; it is not God’s will for us, nor is it the life in the Spirit which has its source in the heart of the risen Christ.

3. I invite all Christians, everywhere, at this very moment, to a renewed personal encounter with Jesus Christ, or at least an openness to letting him encounter them; I ask all of you to do this unfailingly each day. No one should think that this invitation is not meant for him or her, since “no one is excluded from the joy brought by the Lord”.[1] The Lord does not disappoint those who take this risk; whenever we take a step towards Jesus, we come to realize that he is already there, waiting for us with open arms. Now is the time to say to Jesus: “Lord, I have let myself be deceived; in a thousand ways I have shunned your love, yet here I am once more, to renew my covenant with you. I need you. Save me once again, Lord, take me once more into your redeeming embrace”. How good it feels to come back to him whenever we are lost! Let me say this once more: God never tires of forgiving us; we are the ones who tire of seeking his mercy. Christ, who told us to forgive one another “seventy times seven” (Mt 18:22) has given us his example: he has forgiven us seventy times seven. Time and time again he bears us on his shoulders. No one can strip us of the dignity bestowed upon us by this boundless and unfailing love. With a tenderness which never disappoints, but is always capable of restoring our joy, he makes it possible for us to lift up our heads and to start anew. Let us not flee from the resurrection of Jesus, let us never give up, come what will. May nothing inspire more than his life, which impels us onwards!

4. The books of the Old Testament predicted that the joy of salvation would abound in messianic times. The prophet Isaiah exultantly salutes the awaited Messiah: “You have multiplied the nation, you have increased its joy” (9:3). He exhorts those who dwell on Zion to go forth to meet him with song: “Shout aloud and sing for joy!” (12:6). The prophet tells those who have already seen him from afar to bring the message to others: “Get you up to a high mountain, O herald of good tidings to Zion; lift up your voice with strength, O herald of good tidings to Jerusalem” (40:9). All creation shares in the joy of salvation: “Sing for joy, O heavens, and exult, O earth! Break forth, O mountains, into singing! For the Lord has comforted his people, and will have compassion on his suffering ones” (49:13).

Zechariah, looking to the day of the Lord, invites the people to acclaim the king who comes “humble and riding on a donkey”: “Rejoice greatly, O daughter Zion! Shout aloud, O daughter Jerusalem! Lo, your king comes to you; triumphant and victorious is he” (9:9).

Perhaps the most exciting invitation is that of the prophet Zephaniah, who presents God with his people in the midst of a celebration overflowing with the joy of salvation. I find it thrilling to reread this text: “The Lord, your God is in your midst, a warrior who gives you the victory; he will rejoice over you with gladness, he will renew you in his love; he will exult over you with loud singing, as on a day of festival” (3:17).

This is the joy which we experience daily, amid the little things of life, as a response to the loving invitation of God our Father: “My child, treat yourself well, according to your means… Do not deprive yourself of the day’s enjoyment” (Sir 14:11, 14). What tender paternal love echoes in these words!

5. The Gospel, radiant with the glory of Christ’s cross, constantly invites us to rejoice. A few examples will suffice. “Rejoice!” is the angel’s greeting to Mary (Lk 1:28). Mary’s visit to Elizabeth makes John leap for joy in his mother’s womb (cf. Lk 1:41). In her song of praise, Mary proclaims: “My spirit rejoices in God my Saviour” (Lk 1:47). When Jesus begins his ministry, John cries out: “For this reason, my joy has been fulfilled” (Jn 3:29). Jesus himself “rejoiced in the Holy Spirit” (Lk 10:21). His message brings us joy: “I have said these things to you, so that my joy may be in you, and that your joy may be complete” (Jn 15:11). Our Christian joy drinks of his brimming heart. He promises his disciples: “You will be sorrowful, but your sorrow will turn into joy” (Jn 16:20). He then goes on to say: “But I will see you again and your hearts will rejoice, and no one will take your joy from you” (Jn 16:22). The disciples “rejoiced” (Jn 20:20) at the sight of the risen Christ. In the Acts of the Apostles we read that the first Christians “ate their food with glad and generous hearts” (2:46). Wherever the disciples went, “there was great joy” (8:8); even amid persecution they continued to be “filled with joy” (13:52). The newly baptized eunuch “went on his way rejoicing” (8:39), while Paul’s jailer “and his entire household rejoiced that he had become a believer in God” (16:34). Why should we not also enter into this great stream of joy?

6. There are Christians whose lives seem like Lent without Easter. I realize of course that joy is not expressed the same way at all times in life, especially at moments of great difficulty. Joy adapts and changes, but it always endures, even as a flicker of light born of our personal certainty that, when everything is said and done, we are infinitely loved. I understand the grief of people who have to endure great suffering, yet slowly but surely we all have to let the joy of faith slowly revive as a quiet yet firm trust, even amid the greatest distress: “My soul is bereft of peace; I have forgotten what happiness is… But this I call to mind, and therefore I have hope: the steadfast love of the Lord never ceases, his mercies never come to an end; they are new every morning. Great is your faithfulness… It is good that one should wait quietly for the salvation of the Lord” (Lam 3:17, 21-23, 26).

7. Sometimes we are tempted to find excuses and complain, acting as if we could only be happy if a thousand conditions were met. To some extent this is because our “technological society has succeeded in multiplying occasions of pleasure, yet has found it very difficult to engender joy”.[2] I can say that the most beautiful and natural expressions of joy which I have seen in my life were in poor people who had little to hold on to. I also think of the real joy shown by others who, even amid pressing professional obligations, were able to preserve, in detachment and simplicity, a heart full of faith. In their own way, all these instances of joy flow from the infinite love of God, who has revealed himself to us in Jesus Christ. I never tire of repeating those words of Benedict XVI which take us to the very heart of the Gospel: “Being a Christian is not the result of an ethical choice or a lofty idea, but the encounter with an event, a person, which gives life a new horizon and a decisive direction”.[3]

8. Thanks solely to this encounter – or renewed encounter – with God’s love, which blossoms into an enriching friendship, we are liberated from our narrowness and self-absorption. We become fully human when we become more than human, when we let God bring us beyond ourselves in order to attain the fullest truth of our being. Here we find the source and inspiration of all our efforts at evangelization. For if we have received the love which restores meaning to our lives, how can we fail to share that love with others?

II. THE DELIGHTFUL AND COMFORTING JOY OF EVANGELIZING

9. Goodness always tends to spread. Every authentic experience of truth and goodness seeks by its very nature to grow within us, and any person who has experienced a profound liberation becomes more sensitive to the needs of others. As it expands, goodness takes root and develops. If we wish to lead a dignified and fulfilling life, we have to reach out to others and seek their good. In this sense, several sayings of Saint Paul will not surprise us: “The love of Christ urges us on” (2 Cor 5:14); “Woe to me if I do not proclaim the Gospel” (1 Cor 9:16).

10. The Gospel offers us the chance to live life on a higher plane, but with no less intensity: “Life grows by being given away, and it weakens in isolation and comfort. Indeed, those who enjoy life most are those who leave security on the shore and become excited by the mission of communicating life to others”.[4] When the Church summons Christians to take up the task of evangelization, she is simply pointing to the source of authentic personal fulfilment. For “here we discover a profound law of reality: that life is attained and matures in the measure that it is offered up in order to give life to others. This is certainly what mission means”.[5] Consequently, an evangelizer must never look like someone who has just come back from a funeral! Let us recover and deepen our enthusiasm, that “delightful and comforting joy of evangelizing, even when it is in tears that we must sow… And may the world of our time, which is searching, sometimes with anguish, sometimes with hope, be enabled to receive the good news not from evangelizers who are dejected, discouraged, impatient or anxious, but from ministers of the Gospel whose lives glow with fervour, who have first received the joy of Christ”.[6]

Eternal newness

11. A renewal of preaching can offer believers, as well as the lukewarm and the non-practising, new joy in the faith and fruitfulness in the work of evangelization. The heart of its message will always be the same: the God who revealed his immense love in the crucified and risen Christ. God constantly renews his faithful ones, whatever their age: “They shall mount up with wings like eagles, they shall run and not be weary, they shall walk and not be faint” (Is 40:31). Christ is the “eternal Gospel” (Rev 14:6); he “is the same yesterday and today and forever” (Heb 13:8), yet his riches and beauty are inexhaustible. He is for ever young and a constant source of newness. The Church never fails to be amazed at “the depth of the riches and wisdom and knowledge of God” (Rom 11:33). Saint John of the Cross says that “the thicket of God’s wisdom and knowledge is so deep and so broad that the soul, however much it has come to know of it, can always penetrate deeper within it”.[7] Or as Saint Irenaeus writes: “By his coming, Christ brought with him all newness”.[8] With this freshness he is always able to renew our lives and our communities, and even if the Christian message has known periods of darkness and ecclesial weakness, it will never grow old. Jesus can also break through the dull categories with which we would enclose him and he constantly amazes us by his divine creativity. Whenever we make the effort to return to the source and to recover the original freshness of the Gospel, new avenues arise, new paths of creativity open up, with different forms of expression, more eloquent signs and words with new meaning for today’s world. Every form of authentic evangelization is always “new”.

12. Though it is true that this mission demands great generosity on our part, it would be wrong to see it as a heroic individual undertaking, for it is first and foremost the Lord’s work, surpassing anything which we can see and understand. Jesus is “the first and greatest evangelizer”.[9] In every activity of evangelization, the primacy always belongs to God, who has called us to cooperate with him and who leads us on by by the power of his Spirit. The real newness is the newness which God himself mysteriously brings about and inspires, provokes, guides and accompanies in a thousand ways. The life of the Church should always reveal clearly that God takes the initiative, that “he has loved us first” (1 Jn 4:19) and that he alone “gives the growth” (1 Cor 3:7). This conviction enables us to maintain a spirit of joy in the midst of a task so demanding and challenging that it engages our entire life. God asks everything of us, yet at the same time he offers everything to us.

13. Nor should we see the newness of this mission as entailing a kind of displacement or forgetfulness of the living history which surrounds us and carries us forward. Memory is a dimension of our faith which we might call “deuteronomic”, not unlike the memory of Israel itself. Jesus leaves us the Eucharist as the Church’s daily remembrance of, and deeper sharing in, the event of his Passover (cf. Lk 22:19). The joy of evangelizing always arises from grateful remembrance: it is a grace which we constantly need to implore. The apostles never forgot the moment when Jesus touched their hearts: “It was about four o’clock in the afternoon” (Jn 1:39). Together with Jesus, this remembrance makes present to us “a great cloud of witnesses” (Heb 12:1), some of whom, as believers, we recall with great joy: “Remember your leaders, those who spoke to you the word of God” (Heb 13:7). Some of them were ordinary people who were close to us and introduced us to the life of faith: “I am reminded of your sincere faith, a faith that dwelt first in your grandmother Lois and your mother Eunice” (2 Tim 1:5). The believer is essentially “one who remembers”.

III. THE NEW EVANGELIZATION FOR THE TRANSMISSION OF THE FAITH
14. Attentive to the promptings of the Holy Spirit who helps us together to read the signs of the times, the XIII Ordinary General Assembly of the Synod of Bishops gathered from 7-28 October 2012 to discuss the theme: The New Evangelization for the Transmission of the Christian Faith. The Synod reaffirmed that the new evangelization is a summons addressed to all and that it is carried out in three principal settings.[10]

In first place, we can mention the area of ordinary pastoral ministry, which is “animated by the fire of the Spirit, so as to inflame the hearts of the faithful who regularly take part in community worship and gather on the Lord’s day to be nourished by his word and by the bread of eternal life”.[11] In this category we can also include those members of faithful who preserve a deep and sincere faith, expressing it in different ways, but seldom taking part in worship. Ordinary pastoral ministry seeks to help believers to grow spiritually so that they can respond to God’s love ever more fully in their lives.

A second area is that of “the baptized whose lives do not reflect the demands of Baptism”,[12] who lack a meaningful relationship to the Church and no longer experience the consolation born of faith. The Church, in her maternal concern, tries to help them experience a conversion which will restore the joy of faith to their hearts and inspire a commitment to the Gospel.

Lastly, we cannot forget that evangelization is first and foremost about preaching the Gospel to those who do not know Jesus Christ or who have always rejected him. Many of these are quietly seeking God, led by a yearning to see his face, even in countries of ancient Christian tradition. All of them have a right to receive the Gospel. Christians have the duty to proclaim the Gospel without excluding anyone. Instead of seeming to impose new obligations, they should appear as people who wish to share their joy, who point to a horizon of beauty and who invite others to a delicious banquet. It is not by proselytizing that the Church grows, but “by attraction”.[13]

15. John Paul II asked us to recognize that “there must be no lessening of the impetus to preach the Gospel” to those who are far from Christ, “because this is the first task of the Church”.[14] Indeed, “today missionary activity still represents the greatest challenge for the Church”[15] and “the missionary task must remain foremost”.[16] What would happen if we were to take these words seriously? We would realize that missionary outreach is paradigmatic for all the Church’s activity. Along these lines the Latin American bishops stated that we “cannot passively and calmly wait in our church buildings”;[17] we need to move “from a pastoral ministry of mere conservation to a decidedly missionary pastoral ministry”.[18] This task continues to be a source of immense joy for the Church: “Just so, I tell you, there will be more joy in heaven over one sinner who repents than ninety-nine righteous persons who need no repentance” (Lk 15:7).

The scope and limits of this Exhortation

16. I was happy to take up the request of the Fathers of the Synod to write this Exhortation.[19] In so doing, I am reaping the rich fruits of the Synod’s labours. In addition, I have sought advice from a number of people and I intend to express my own concerns about this particular chapter of the Church’s work of evangelization. Countless issues involving evangelization today might be discussed here, but I have chosen not to explore these many questions which call for further reflection and study. Nor do I believe that the papal magisterium should be expected to offer a definitive or complete word on every question which affects the Church and the world. It is not advisable for the Pope to take the place of local Bishops in the discernment of every issue which arises in their territory. In this sense, I am conscious of the need to promote a sound “decentralization”.

17. Here I have chosen to present some guidelines which can encourage and guide the whole Church in a new phase of evangelization, one marked by enthusiasm and vitality. In this context, and on the basis of the teaching of the Dogmatic Constitution Lumen Gentium, I have decided, among other themes, to discuss at length the following questions:
a) the reform of the Church in her missionary outreach;
b) the temptations faced by pastoral workers;
c) the Church, understood as the entire People of God which evangelizes;
d) the homily and its preparation;
e) the inclusion of the poor in society;
f) peace and dialogue within society;
g) the spiritual motivations for mission.

18. I have dealt extensively with these topics, with a detail which some may find excessive. But I have done so, not with the intention of providing an exhaustive treatise but simply as a way of showing their important practical implications for the Church’s mission today. All of them help give shape to a definite style of evangelization which I ask you to adopt in every activity which you undertake. In this way, we can take up, amid our daily efforts, the biblical exhortation: “Rejoice in the Lord always; again I will say: Rejoice” (Phil 4:4).
CHAPTER ONE

19. Evangelization takes place in obedience to the missionary mandate of Jesus: “Go therefore and make disciples of all nations, baptizing them in the name of the Father and of the Son and of the Holy Spirit, teaching them to observe all that I have commanded you” (Mt 28:19-20). In these verses we see how the risen Christ sent his followers to preach the Gospel in every time and place, so that faith in him might spread to every corner of the earth.

I. A CHURCH WHICH GOES FORTH

20. The word of God constantly shows us how God challenges those who believe in him “to go forth”. Abraham received the call to set out for a new land (cf. Gen 12:1-3). Moses heard God’s call: “Go, I send you” (Ex 3:10) and led the people towards the promised land (cf. Ex 3:17). To Jeremiah, God says: “To all whom I send you, you shall go” (Jer 1:7). In our day Jesus’ command to “go and make disciples” echoes in the changing scenarios and ever new challenges to the Church’s mission of evangelization, and all of us are called to take part in this new missionary “going forth”. Each Christian and every community must discern the path that the Lord points out, but all of us are asked to obey his call to go forth from our own comfort zone in order to reach all the “peripheries” in need of the light of the Gospel.

21. The Gospel joy which enlivens the community of disciples is a missionary joy. The seventy-two disciples felt it as they returned from their mission (cf. Lk 10:17). Jesus felt it when he rejoiced in the Holy Spirit and praised the Father for revealing himself to the poor and the little ones (cf. Lk 10:21). It was felt by the first converts who marvelled to hear the apostles preaching “in the native language of each” (Acts 2:6) on the day of Pentecost. This joy is a sign that the Gospel has been proclaimed and is bearing fruit. Yet the drive to go forth and give, to go out from ourselves, to keep pressing forward in our sowing of the good seed, remains ever present. The Lord says: “Let us go on to the next towns that I may preach there also, for that is why I came out” (Mk 1:38). Once the seed has been sown in one place, Jesus does not stay behind to explain things or to perform more signs; the Spirit moves him to go forth to other towns.

22. God’s word is unpredictable in its power. The Gospel speaks of a seed which, once sown, grows by itself, even as the farmer sleeps (Mk 4:26-29). The Church has to accept this unruly freedom of the word, which accomplishes what it wills in ways that surpass our calculations and ways of thinking.

23. The Church’s closeness to Jesus is part of a common journey; “communion and mission are profoundly interconnected”.[20] In fidelity to the example of the Master, it is vitally important for the Church today to go forth and preach the Gospel to all: to all places, on all occasions, without hesitation, reluctance or fear. The joy of the Gospel is for all people: no one can be excluded. That is what the angel proclaimed to the shepherds in Bethlehem: “Be not afraid; for behold, I bring you good news of a great joy which will come to all the people (Lk 2:10). The Book of Revelation speaks of “an eternal Gospel to proclaim to those who dwell on earth, to every nation and tongue and tribe and people (Rev 14:6).

Taking the first step, being involved and supportive, bearing fruit and rejoicing

24. The Church which “goes forth” is a community of missionary disciples who take the first step, who are involved and supportive, who bear fruit and rejoice. An evangelizing community knows that the Lord has taken the initiative, he has loved us first (cf. 1 Jn 4:19), and therefore we can move forward, boldly take the initiative, go out to others, seek those who have fallen away, stand at the crossroads and welcome the outcast. Such a community has an endless desire to show mercy, the fruit of its own experience of the power of the Father’s infinite mercy. Let us try a little harder to take the first step and to become involved. Jesus washed the feet of his disciples. The Lord gets involved and he involves his own, as he kneels to wash their feet. He tells his disciples: “You will be blessed if you do this” (Jn 13:17). An evangelizing community gets involved by word and deed in people’s daily lives; it bridges distances, it is willing to abase itself if necessary, and it embraces human life, touching the suffering flesh of Christ in others. Evangelizers thus take on the “smell of the sheep” and the sheep are willing to hear their voice. An evangelizing community is also supportive, standing by people at every step of the way, no matter how difficult or lengthy this may prove to be. It is familiar with patient expectation and apostolic endurance. Evangelization consists mostly of patience and disregard for constraints of time. Faithful to the Lord’s gift, it also bears fruit. An evangelizing community is always concerned with fruit, because the Lord wants her to be fruitful. It cares for the grain and does not grow impatient at the weeds. The sower, when he sees weeds sprouting among the grain does not grumble or overreact. He or she finds a way to let the word take flesh in a particular situation and bear fruits of new life, however imperfect or incomplete these may appear. The disciple is ready to put his or her whole life on the line, even to accepting martyrdom, in bearing witness to Jesus Christ, yet the goal is not to make enemies but to see God’s word accepted and its capacity for liberation and renewal revealed. Finally an evangelizing community is filled with joy; it knows how to rejoice always. It celebrates at every small victory, every step forward in the work of evangelization. Evangelization with joy becomes beauty in the liturgy, as part of our daily concern to spread goodness. The Church evangelizes and is herself evangelized through the beauty of the liturgy, which is both a celebration of the task of evangelization and the source of her renewed self-giving.

II. PASTORAL ACTIVITY AND CONVERSION

25. I am aware that nowadays documents do not arouse the same interest as in the past and that they are quickly forgotten. Nevertheless, I want to emphasize that what I am trying to express here has a programmatic significance and important consequences. I hope that all communities will devote the necessary effort to advancing along the path of a pastoral and missionary conversion which cannot leave things as they presently are. “Mere administration” can no longer be enough.[21] Throughout the world, let us be “permanently in a state of mission”.[22]

26. Paul VI invited us to deepen the call to renewal and to make it clear that renewal does not only concern individuals but the entire Church. Let us return to a memorable text which continues to challenge us. “The Church must look with penetrating eyes within herself, ponder the mystery of her own being… This vivid and lively self-awareness inevitably leads to a comparison between the ideal image of the Church as Christ envisaged her and loved her as his holy and spotless bride (cf. Eph 5:27), and the actual image which the Church presents to the world today... This is the source of the Church’s heroic and impatient struggle for renewal: the struggle to correct those flaws introduced by her members which her own self-examination, mirroring her exemplar, Christ, points out to her and condemns”.[23] The Second Vatican Council presented ecclesial conversion as openness to a constant self-renewal born of fidelity to Jesus Christ: “Every renewal of the Church essentially consists in an increase of fidelity to her own calling… Christ summons the Church as she goes her pilgrim way… to that continual reformation of which she always has need, in so far as she is a human institution here on earth”.[24]

There are ecclesial structures which can hamper efforts at evangelization, yet even good structures are only helpful when there is a life constantly driving, sustaining and assessing them. Without new life and an authentic evangelical spirit, without the Church’s “fidelity to her own calling”, any new structure will soon prove ineffective.

An ecclesial renewal which cannot be deferred
27. I dream of a “missionary option”, that is, a missionary impulse capable of transforming everything, so that the Church’s customs, ways of doing things, times and schedules, language and structures can be suitably channeled for the evangelization of today’s world rather than for her self-preservation. The renewal of structures demanded by pastoral conversion can only be understood in this light: as part of an effort to make them more mission-oriented, to make ordinary pastoral activity on every level more inclusive and open, to inspire in pastoral workers a constant desire to go forth and in this way to elicit a positive response from all those whom Jesus summons to friendship with him. As John Paul II once said to the Bishops of Oceania: “All renewal in the Church must have mission as its goal if it is not to fall prey to a kind of ecclesial introversion”.[25]

28. The parish is not an outdated institution; precisely because it possesses great flexibility, it can assume quite different contours depending on the openness and missionary creativity of the pastor and the community. While certainly not the only institution which evangelizes, if it proves capable of self-renewal and constant adaptivity, it continues to be “the Church living in the midst of the homes of her sons and daughters”.[26] This presumes that it really is in contact with the homes and the lives of its people, and does not become a useless structure out of touch with people or a self-absorbed cluster made up of a chosen few. The parish is the presence of the Church in a given territory, an environment for hearing God’s word, for growth in the Christian life, for dialogue, proclamation, charitable outreach, worship and celebration.[27] In all its activities the parish encourages and trains its members to be evangelizers.[28] It is a community of communities, a sanctuary where the thirsty come to drink in the midst of their journey, and a centre of constant missionary outreach. We must admit, though, that the call to review and renew our parishes has not yet sufficed to bring them nearer to people, to make them environments of living communion and participation, and to make them completely mission-oriented.

29. Other Church institutions, basic communities and small communities, movements, and forms of association are a source of enrichment for the Church, raised up by the Spirit for evangelizing different areas and sectors. Frequently they bring a new evangelizing fervour and a new capacity for dialogue with the world whereby the Church is renewed. But it will prove beneficial for them not to lose contact with the rich reality of the local parish and to participate readily in the overall pastoral activity of the particular Church.[29] This kind of integration will prevent them from concentrating only on part of the Gospel or the Church, or becoming nomads without roots.

30. Each particular Church, as a portion of the Catholic Church under the leadership of its bishop, is likewise called to missionary conversion. It is the primary subject of evangelization,[30] since it is the concrete manifestation of the one Church in one specific place, and in it “the one, holy, catholic, and apostolic Church of Christ is truly present and operative”.[31] It is the Church incarnate in a certain place, equipped with all the means of salvation bestowed by Christ, but with local features. Its joy in communicating Jesus Christ is expressed both by a concern to preach him to areas in greater need and in constantly going forth to the outskirts of its own territory or towards new sociocultural settings.[32] Wherever the need for the light and the life of the Risen Christ is greatest, it will want to be there.[33] To make this missionary impulse ever more focused, generous and fruitful, I encourage each particular Church to undertake a resolute process of discernment, purification and reform.

31. The bishop must always foster this missionary communion in his diocesan Church, following the ideal of the first Christian communities, in which the believers were of one heart and one soul (cf. Acts 4:32). To do so, he will sometimes go before his people, pointing the way and keeping their hope vibrant. At other times, he will simply be in their midst with his unassuming and merciful presence. At yet other times, he will have to walk after them, helping those who lag behind and – above all – allowing the flock to strike out on new paths. In his mission of fostering a dynamic, open and missionary communion, he will have to encourage and develop the means of participation proposed in the Code of Canon Law,[34] and other forms of pastoral dialogue, out of a desire to listen to everyone and not simply to those who would tell him what he would like to hear. Yet the principal aim of these participatory processes should not be ecclesiastical organization but rather the missionary aspiration of reaching everyone.

32. Since I am called to put into practice what I ask of others, I too must think about a conversion of the papacy. It is my duty, as the Bishop of Rome, to be open to suggestions which can help make the exercise of my ministry more faithful to the meaning which Jesus Christ wished to give it and to the present needs of evangelization. Pope John Paul II asked for help in finding “a way of exercising the primacy which, while in no way renouncing what is essential to its mission, is nonetheless open to a new situation”.[35] We have made little progress in this regard. The papacy and the central structures of the universal Church also need to hear the call to pastoral conversion. The Second Vatican Council stated that, like the ancient patriarchal Churches, episcopal conferences are in a position “to contribute in many and fruitful ways to the concrete realization of the collegial spirit”.[36] Yet this desire has not been fully realized, since a juridical status of episcopal conferences which would see them as subjects of specific attributions, including genuine doctrinal authority, has not yet been sufficiently elaborated.[37] Excessive centralization, rather than proving helpful, complicates the Church’s life and her missionary outreach.

33. Pastoral ministry in a missionary key seeks to abandon the complacent attitude that says: “We have always done it this way”. I invite everyone to be bold and creative in this task of rethinking the goals, structures, style and methods of evangelization in their respective communities. A proposal of goals without an adequate communal search for the means of achieving them will inevitably prove illusory. I encourage everyone to apply the guidelines found in this document generously and courageously, without inhibitions or fear. The important thing is to not walk alone, but to rely on each other as brothers and sisters, and especially under the leadership of the bishops, in a wise and realistic pastoral discernment.

III. FROM THE HEART OF THE GOSPEL

34. If we attempt to put all things in a missionary key, this will also affect the way we communicate the message. In today’s world of instant communication and occasionally biased media coverage, the message we preach runs a greater risk of being distorted or reduced to some of its secondary aspects. In this way certain issues which are part of the Church’s moral teaching are taken out of the context which gives them their meaning. The biggest problem is when the message we preach then seems identified with those secondary aspects which, important as they are, do not in and of themselves convey the heart of Christ’s message. We need to be realistic and not assume that our audience understands the full background to what we are saying, or is capable of relating what we say to the very heart of the Gospel which gives it meaning, beauty and attractiveness.

35. Pastoral ministry in a missionary style is not obsessed with the disjointed transmission of a multitude of doctrines to be insistently imposed. When we adopt a pastoral goal and a missionary style which would actually reach everyone without exception or exclusion, the message has to concentrate on the essentials, on what is most beautiful, most grand, most appealing and at the same time most necessary. The message is simplified, while losing none of its depth and truth, and thus becomes all the more forceful and convincing.

36. All revealed truths derive from the same divine source and are to be believed with the same faith, yet some of them are more important for giving direct expression to the heart of the Gospel. In this basic core, what shines forth is the beauty of the saving love of God made manifest in Jesus Christ who died and rose from the dead. In this sense, the Second Vatican Council explained, “in Catholic doctrine there exists an order or a ‘hierarchy’ of truths, since they vary in their relation to the foundation of the Christian faith”.[38] This holds true as much for the dogmas of faith as for the whole corpus of the Church’s teaching, including her moral teaching.

37. Saint Thomas Aquinas taught that the Church’s moral teaching has its own “hierarchy”, in the virtues and in the acts which proceed from them.[39] What counts above all else is “faith working through love” (Gal 5:6). Works of love directed to one’s neighbour are the most perfect external manifestation of the interior grace of the Spirit: “The foundation of the New Law is in the grace of the Holy Spirit, who is manifested in the faith which works through love”.[40] Thomas thus explains that, as far as external works are concerned, mercy is the greatest of all the virtues: “In itself mercy is the greatest of the virtues, since all the others revolve around it and, more than this, it makes up for their deficiencies. This is particular to the superior virtue, and as such it is proper to God to have mercy, through which his omnipotence is manifested to the greatest degree”.[41]

38. It is important to draw out the pastoral consequences of the Council’s teaching, which reflects an ancient conviction of the Church. First, it needs to be said that in preaching the Gospel a fitting sense of proportion has to be maintained. This would be seen in the frequency with which certain themes are brought up and in the emphasis given to them in preaching. For example, if in the course of the liturgical year a parish priest speaks about temperance ten times but only mentions charity or justice two or three times, an imbalance results, and precisely those virtues which ought to be most present in preaching and catechesis are overlooked. The same thing happens when we speak more about law than about grace, more about the Church than about Christ, more about the Pope than about God’s word.

39. Just as the organic unity existing among the virtues means that no one of them can be excluded from the Christian ideal, so no truth may be denied. The integrity of the Gospel message must not be deformed. What is more, each truth is better understood when related to the harmonious totality of the Christian message; in this context all of the truths are important and illumine one another. When preaching is faithful to the Gospel, the centrality of certain truths is evident and it becomes clear that Christian morality is not a form of stoicism, or self-denial, or merely a practical philosophy or a catalogue of sins and faults. Before all else, the Gospel invites us to respond to the God of love who saves us, to see God in others and to go forth from ourselves to seek the good of others. Under no circumstance can this invitation be obscured! All of the virtues are at the service of this response of love. If this invitation does not radiate forcefully and attractively, the edifice of the Church’s moral teaching risks becoming a house of cards, and this is our greatest risk. It would mean that it is not the Gospel which is being preached, but certain doctrinal or moral points based on specific ideological options. The message will run the risk of losing its freshness and will cease to have “the fragrance of the Gospel”.

IV. A MISSION EMBODIED WITHIN HUMAN LIMITS

40. The Church is herself a missionary disciple; she needs to grow in her interpretation of the revealed word and in her understanding of truth. It is the task of exegetes and theologians to help “the judgment of the Church to mature”.[42] The other sciences also help to accomplish this, each in its own way. With reference to the social sciences, for example, John Paul II said that the Church values their research, which helps her “to derive concrete indications helpful for her magisterial mission”.[43] Within the Church countless issues are being studied and reflected upon with great freedom. Differing currents of thought in philosophy, theology and pastoral practice, if open to being reconciled by the Spirit in respect and love, can enable the Church to grow, since all of them help to express more clearly the immense riches of God’s word. For those who long for a monolithic body of doctrine guarded by all and leaving no room for nuance, this might appear as undesirable and leading to confusion. But in fact such variety serves to bring out and develop different facets of the inexhaustible riches of the Gospel.[44]

41. At the same time, today’s vast and rapid cultural changes demand that we constantly seek ways of expressing unchanging truths in a language which brings out their abiding newness. “The deposit of the faith is one thing... the way it is expressed is another”.[45] There are times when the faithful, in listening to completely orthodox language, take away something alien to the authentic Gospel of Jesus Christ, because that language is alien to their own way of speaking to and understanding one another. With the holy intent of communicating the truth about God and humanity, we sometimes give them a false god or a human ideal which is not really Christian. In this way, we hold fast to a formulation while failing to convey its substance. This is the greatest danger. Let us never forget that “the expression of truth can take different forms. The renewal of these forms of expression becomes necessary for the sake of transmitting to the people of today the Gospel message in its unchanging meaning”.[46]

42. All of this has great relevance for the preaching of the Gospel, if we are really concerned to make its beauty more clearly recognized and accepted by all. Of course, we will never be able to make the Church’s teachings easily understood or readily appreciated by everyone. Faith always remains something of a cross; it retains a certain obscurity which does not detract from the firmness of its assent. Some things are understood and appreciated only from the standpoint of this assent, which is a sister to love, beyond the level of clear reasons and arguments. We need to remember that all religious teaching ultimately has to be reflected in the teacher’s way of life, which awakens the assent of the heart by its nearness, love and witness.

43. In her ongoing discernment, the Church can also come to see that certain customs not directly connected to the heart of the Gospel, even some which have deep historical roots, are no longer properly understood and appreciated. Some of these customs may be beautiful, but they no longer serve as means of communicating the Gospel. We should not be afraid to re-examine them. At the same time, the Church has rules or precepts which may have been quite effective in their time, but no longer have the same usefulness for directing and shaping people’s lives. Saint Thomas Aquinas pointed out that the precepts which Christ and the apostles gave to the people of God “are very few”.[47] Citing Saint Augustine, he noted that the precepts subsequently enjoined by the Church should be insisted upon with moderation “so as not to burden the lives of the faithful” and make our religion a form of servitude, whereas “God’s mercy has willed that we should be free”.[48] This warning, issued many centuries ago, is most timely today. It ought to be one of the criteria to be taken into account in considering a the reform of the Church and her preaching which would enable it to reach everyone.

44. Moreover, pastors and the lay faithful who accompany their brothers and sisters in faith or on a journey of openness to God must always remember what the Catechism of the Catholic Church teaches quite clearly: “Imputability and responsibility for an action can be diminished or even nullified by ignorance, inadvertence, duress, fear, habit, inordinate attachments, and other psychological or social factors”.[49] Consequently, without detracting from the evangelical ideal, they need to accompany with mercy and patience the eventual stages of personal growth as these progressively occur.[50] I want to remind priests that the confessional must not be a torture chamber but rather an encounter with the Lord’s mercy which spurs us on to do our best. A small step, in the midst of great human limitations, can be more pleasing to God than a life which appears outwardly in order but moves through the day without confronting great difficulties. Everyone needs to be touched by the comfort and attraction of God’s saving love, which is mysteriously at work in each person, above and beyond their faults and failings.

45. We see then that the task of evangelization operates within the limits of language and of circumstances. It constantly seeks to communicate more effectively the truth of the Gospel in a specific context, without renouncing the truth, the goodness and the light which it can bring whenever perfection is not possible. A missionary heart is aware of these limits and makes itself “weak with the weak... everything for everyone” (1 Cor 9:22). It never closes itself off, never retreats into its own security, never opts for rigidity and defensiveness. It realizes that it has to grow in its own understanding of the Gospel and in discerning the paths of the Spirit, and so it always does what good it can, even if in the process, its shoes get soiled by the mud of the street.

V. A MOTHER WITH AN OPEN HEART

46. A Church which “goes forth” is a Church whose doors are open. Going out to others in order to reach the fringes of humanity does not mean rushing out aimlessly into the world. Often it is better simply to slow down, to put aside our eagerness in order to see and listen to others, to stop rushing from one thing to another and to remain with someone who has faltered along the way. At times we have to be like the father of the prodigal son, who always keeps his door open so that when the son returns, he can readily pass through it.

47. The Church is called to be the house of the Father, with doors always wide open. One concrete sign of such openness is that our church doors should always be open, so that if someone, moved by the Spirit, comes there looking for God, he or she will not find a closed door. There are other doors that should not be closed either. Everyone can share in some way in the life of the Church; everyone can be part of the community, nor should the doors of the sacraments be closed for simply any reason. This is especially true of the sacrament which is itself “the door”: baptism. The Eucharist, although it is the fullness of sacramental life, is not a prize for the perfect but a powerful medicine and nourishment for the weak.[51] These convictions have pastoral consequences that we are called to consider with prudence and boldness. Frequently, we act as arbiters of grace rather than its facilitators. But the Church is not a tollhouse; it is the house of the Father, where there is a place for everyone, with all their problems.

48. If the whole Church takes up this missionary impulse, she has to go forth to everyone without exception. But to whom should she go first? When we read the Gospel we find a clear indication: not so much our friends and wealthy neighbours, but above all the poor and the sick, those who are usually despised and overlooked, “those who cannot repay you” (Lk 14:14). There can be no room for doubt or for explanations which weaken so clear a message. Today and always, “the poor are the privileged recipients of the Gospel”,[52] and the fact that it is freely preached to them is a sign of the kingdom that Jesus came to establish. We have to state, without mincing words, that “there is an inseparable bond between our faith and the poor”. May we never abandon them.

49. Let us go forth, then, let us go forth to offer everyone the life of Jesus Christ. Here I repeat for the entire Church what I have often said to the priests and laity of Buenos Aires: I prefer a Church which is bruised, hurting and dirty because it has been out on the streets, rather than a Church which is unhealthy from being confined and from clinging to its own security. I do not want a Church concerned with being at the centre and then ends by being caught up in a web of obsessions and procedures. If something should rightly disturb us and trouble our consciences, it is the fact that so many of our brothers and sisters are living without the strength, light and consolation born of friendship with Jesus Christ, without a community of faith to support them, without meaning and a goal in life. More than by fear of going astray, my hope is that we will be moved by the fear of remaining shut up within structures which give us a false sense of security, within rules which make us harsh judges, within habits which make us feel safe, while at our door peole are starving and Jesus does not tire of saying to us: “Give them something to eat” (Mk 6:37).
CHAPTER TWO

50. Before taking up some basic questions related to the work of evangelization, it may be helpful to mention briefly the context in which we all have to live and work. Today, we frequently hear of a “diagnostic overload” which is not always accompanied by improved and actually applicable methods of treatment. Nor would we be well served by a purely sociological analysis which would aim to embrace all of reality by employing an allegedly neutral and clinical method. What I would like to propose is something much more in the line of an evangelical discernment. It is the approach of a missionary disciple, an approach “nourished by the light and strength of the Holy Spirit”.[53]

51. It is not the task of the Pope to offer a detailed and complete analysis of contemporary reality, but I do exhort all the communities to an “ever watchful scrutiny of the signs of the times”.[54] This is in fact a grave responsibility, since certain present realities, unless effectively dealt with, are capable of setting off processes of dehumanization which would then be hard to reverse. We need to distinguish clearly what might be a fruit of the kingdom from what runs counter to God’s plan. This involves not only recognizing and discerning spirits, but also – and this is decisive – choosing movements of the spirit of good and rejecting those of the spirit of evil. I take for granted the different analyses which other documents of the universal magisterium have offered, as well as those proposed by the regional and national conferences of bishops. In this Exhortation I claim only to consider briefly, and from a pastoral perspective, certain factors which can restrain or weaken the impulse of missionary renewal in the Church, either because they threaten the life and dignity of God’s people or because they affect those who are directly involved in the Church’s institutions and in her work of evangelization.

I. SOME CHALLENGES OF TODAY’S WORLD

52. In our time humanity is experiencing a turning-point in its history, as we can see from the advances being made in so many fields. We can only praise the steps being taken to improve people’s welfare in areas such as health care, education and communications. At the same time we have to remember that the majority of our contemporaries are barely living from day to day, with dire consequences. A number of diseases are spreading. The hearts of many people are gripped by fear and desperation, even in the so-called rich countries. The joy of living frequently fades, lack of respect for others and violence are on the rise, and inequality is increasingly evident. It is a struggle to live and, often, to live with precious little dignity. This epochal change has been set in motion by the enormous qualitative, quantitative, rapid and cumulative advances occuring in the sciences and in technology, and by their instant application in different areas of nature and of life. We are in an age of knowledge and information, which has led to new and often anonymous kinds of power.

No to an economy of exclusion

53. Just as the commandment “Thou shalt not kill” sets a clear limit in order to safeguard the value of human life, today we also have to say “thou shalt not” to an economy of exclusion and inequality. Such an economy kills. How can it be that it is not a news item when an elderly homeless person dies of exposure, but it is news when the stock market loses two points? This is a case of exclusion. Can we continue to stand by when food is thrown away while people are starving? This is a case of inequality. Today everything comes under the laws of competition and the survival of the fittest, where the powerful feed upon the powerless. As a consequence, masses of people find themselves excluded and marginalized: without work, without possibilities, without any means of escape.

Human beings are themselves considered consumer goods to be used and then discarded. We have created a “disposable” culture which is now spreading. It is no longer simply about exploitation and oppression, but something new. Exclusion ultimately has to do with what it means to be a part of the society in which we live; those excluded are no longer society’s underside or its fringes or its disenfranchised – they are no longer even a part of it. The excluded are not the “exploited” but the outcast, the “leftovers”.

54. In this context, some people continue to defend trickle-down theories which assume that economic growth, encouraged by a free market, will inevitably succeed in bringing about greater justice and inclusiveness in the world. This opinion, which has never been confirmed by the facts, expresses a crude and naïve trust in the goodness of those wielding economic power and in the sacralized workings of the prevailing economic system. Meanwhile, the excluded are still waiting. To sustain a lifestyle which excludes others, or to sustain enthusiasm for that selfish ideal, a globalization of indifference has developed. Almost without being aware of it, we end up being incapable of feeling compassion at the outcry of the poor, weeping for other people’s pain, and feeling a need to help them, as though all this were someone else’s responsibility and not our own. The culture of prosperity deadens us; we are thrilled if the market offers us something new to purchase; and in the meantime all those lives stunted for lack of opportunity seem a mere spectacle; they fail to move us.

No to the new idolatry of money

55. One cause of this situation is found in our relationship with money, since we calmly accept its dominion over ourselves and our societies. The current financial crisis can make us overlook the fact that it originated in a profound human crisis: the denial of the primacy of the human person! We have created new idols. The worship of the ancient golden calf (cf. Ex 32:1-35) has returned in a new and ruthless guise in the idolatry of money and the dictatorship of an impersonal economy lacking a truly human purpose. The worldwide crisis affecting finance and the economy lays bare their imbalances and, above all, their lack of real concern for human beings; man is reduced to one of his needs alone: consumption.

56. While the earnings of a minority are growing exponentially, so too is the gap separating the majority from the prosperity enjoyed by those happy few. This imbalance is the result of ideologies which defend the absolute autonomy of the marketplace and financial speculation. Consequently, they reject the right of states, charged with vigilance for the common good, to exercise any form of control. A new tyranny is thus born, invisible and often virtual, which unilaterally and relentlessly imposes its own laws and rules. Debt and the accumulation of interest also make it difficult for countries to realize the potential of their own economies and keep citizens from enjoying their real purchasing power. To all this we can add widespread corruption and self-serving tax evasion, which have taken on worldwide dimensions. The thirst for power and possessions knows no limits. In this system, which tends to devour everything which stands in the way of increased profits, whatever is fragile, like the environment, is defenseless before the interests of a deified market, which become the only rule.
No to a financial system which rules rather than serves

57. Behind this attitude lurks a rejection of ethics and a rejection of God. Ethics has come to be viewed with a certain scornful derision. It is seen as counterproductive, too human, because it makes money and power relative. It is felt to be a threat, since it condemns the manipulation and debasement of the person. In effect, ethics leads to a God who calls for a committed response which is outside of the categories of the marketplace. When these latter are absolutized, God can only be seen as uncontrollable, unmanageable, even dangerous, since he calls human beings to their full realization and to freedom from all forms of enslavement. Ethics – a non-ideological ethics – would make it possible to bring about balance and a more humane social order. With this in mind, I encourage financial experts and political leaders to ponder the words of one of the sages of antiquity: “Not to share one’s wealth with the poor is to steal from them and to take away their livelihood. It is not our own goods which we hold, but theirs”.[55]

58. A financial reform open to such ethical considerations would require a vigorous change of approach on the part of political leaders. I urge them to face this challenge with determination and an eye to the future, while not ignoring, of course, the specifics of each case. Money must serve, not rule! The Pope loves everyone, rich and poor alike, but he is obliged in the name of Christ to remind all that the rich must help, respect and promote the poor. I exhort you to generous solidarity and a return of economics and finance to an ethical approach which favours human beings.

No to the inequality which spawns violence

59. Today in many places we hear a call for greater security. But until exclusion and inequality in society and between peoples is reversed, it will be impossible to eliminate violence. The poor and the poorer peoples are accused of violence, yet without equal opportunities the different forms of aggression and conflict will find a fertile terrain for growth and eventually explode. When a society – whether local, national or global – is willing to leave a part of itself on the fringes, no political programmes or resources spent on law enforcement or surveillance systems can indefinitely guarantee tranquility. This is not the case simply because inequality provokes a violent reaction from those excluded from the system, but because the socioeconomic system is unjust at its root. Just as goodness tends to spread, the toleration of evil, which is injustice, tends to expand its baneful influence and quietly to undermine any political and social system, no matter how solid it may appear. If every action has its consequences, an evil embedded in the structures of a society has a constant potential for disintegration and death. It is evil crystallized in unjust social structures, which cannot be the basis of hope for a better future. We are far from the so-called “end of history”, since the conditions for a sustainable and peaceful development have not yet been adequately articulated and realized.

60. Today’s economic mechanisms promote inordinate consumption, yet it is evident that unbridled consumerism combined with inequality proves doubly damaging to the social fabric. Inequality eventually engenders a violence which recourse to arms cannot and never will be able to resolve. This serves only to offer false hopes to those clamouring for heightened security, even though nowadays we know that weapons and violence, rather than providing solutions, create new and more serious conflicts. Some simply content themselves with blaming the poor and the poorer countries themselves for their troubles; indulging in unwarranted generalizations, they claim that the solution is an “education” that would tranquilize them, making them tame and harmless. All this becomes even more exasperating for the marginalized in the light of the widespread and deeply rooted corruption found in many countries – in their governments, businesses and institutions – whatever the political ideology of their leaders.

Some cultural challenges

61. We also evangelize when we attempt to confront the various challenges which can arise.[56] On occasion these may take the form of veritable attacks on religious freedom or new persecutions directed against Christians; in some countries these have reached alarming levels of hatred and violence. In many places, the problem is more that of widespread indifference and relativism, linked to disillusionment and the crisis of ideologies which has come about as a reaction to anything which might appear totalitarian. This not only harms the Church but the fabric of society as a whole. We should recognize how in a culture where each person wants to be bearer of his or her own subjective truth, it becomes difficult for citizens to devise a common plan which transcends individual gain and personal ambitions.

62. In the prevailing culture, priority is given to the outward, the immediate, the visible, the quick, the superficial and the provisional. What is real gives way to appearances. In many countries globalization has meant a hastened deterioration of their own cultural roots and the invasion of ways of thinking and acting proper to other cultures which are economically advanced but ethically debilitated. This fact has been brought up by bishops from various continents in different Synods. The African bishops, for example, taking up the Encyclical Sollicitudo Rei Socialis, pointed out years ago that there have been frequent attempts to make the African countries “parts of a machine, cogs on a gigantic wheel. This is often true also in the field of social communications which, being run by centres mostly in the northern hemisphere, do not always give due consideration to the priorities and problems of such countries or respect their cultural make-up”.[57] By the same token, the bishops of Asia “underlined the external influences being brought to bear on Asian cultures. New patterns of behaviour are emerging as a result of over-exposure to the mass media… As a result, the negative aspects of the media and entertainment industries are threatening traditional values, and in particular the sacredness of marriage and the stability of the family”.[58]

63. The Catholic faith of many peoples is nowadays being challenged by the proliferation of new religious movements, some of which tend to fundamentalism while others seem to propose a spirituality without God. This is, on the one hand, a human reaction to a materialistic, consumerist and individualistic society, but it is also a means of exploiting the weaknesses of people living in poverty and on the fringes of society, people who make ends meet amid great human suffering and are looking for immediate solutions to their needs. These religious movements, not without a certain shrewdness, come to fill, within a predominantly individualistic culture, a vacuum left by secularist rationalism. We must recognize that if part of our baptized people lack a sense of belonging to the Church, this is also due to certain structures and the occasionally unwelcoming atmosphere of some of our parishes and communities, or to a bureaucratic way of dealing with problems, be they simple or complex, in the lives of our people. In many places an administrative approach prevails over a pastoral approach, as does a concentration on administering the sacraments apart from other forms of evangelization.

64. The process of secularization tends to reduce the faith and the Church to the sphere of the private and personal. Furthermore, by completely rejecting the transcendent, it has produced a growing deterioration of ethics, a weakening of the sense of personal and collective sin, and a steady increase in relativism. These have led to a general sense of disorientation, especially in the periods of adolescence and young adulthood which are so vulnerable to change. As the bishops of the United States of America have rightly pointed out, while the Church insists on the existence of objective moral norms which are valid for everyone, “there are those in our culture who portray this teaching as unjust, that is, as opposed to basic human rights. Such claims usually follow from a form of moral relativism that is joined, not without inconsistency, to a belief in the absolute rights of individuals. In this view, the Church is perceived as promoting a particular prejudice and as interfering with individual freedom”.[59] We are living in an information-driven society which bombards us indiscriminately with data – all treated as being of equal importance – and which leads to remarkable superficiality in the area of moral discernment. In response, we need to provide an education which teaches critical thinking and encourages the development of mature moral values.

65. Despite the tide of secularism which has swept our societies, in many countries – even those where Christians are a minority – the Catholic Church is considered a credible institution by public opinion, and trusted for her solidarity and concern for those in greatest need. Again and again, the Church has acted as a mediator in finding solutions to problems affecting peace, social harmony, the land, the defence of life, human and civil rights, and so forth. And how much good has been done by Catholic schools and universities around the world! This is a good thing. Yet, we find it difficult to make people see that when we raise other questions less palatable to public opinion, we are doing so out of fidelity to precisely the same convictions about human dignity and the common good.

66. The family is experiencing a profound cultural crisis, as are all communities and social bonds. In the case of the family, the weakening of these bonds is particularly serious because the family is the fundamental cell of society, where we learn to live with others despite our differences and to belong to one another; it is also the place where parents pass on the faith to their children. Marriage now tends to be viewed as a form of mere emotional satisfaction that can be constructed in any way or modified at will. But the indispensible contribution of marriage to society transcends the feelings and momentary needs of the couple. As the French bishops have taught, it is not born “of loving sentiment, ephemeral by definition, but from the depth of the obligation assumed by the spouses who accept to enter a total communion of life”.[60]

67. The individualism of our postmodern and globalized era favours a lifestyle which weakens the development and stability of personal relationships and distorts family bonds. Pastoral activity needs to bring out more clearly the fact that our relationship with the Father demands and encourages a communion which heals, promotes and reinforces interpersonal bonds. In our world, especially in some countries, different forms of war and conflict are re-emerging, yet we Christians remain steadfast in our intention to respect others, to heal wounds, to build bridges, to strengthen relationships and to “bear one another’s burdens” (Gal 6:2). Today too, various associations for the defence of rights and the pursuit of noble goals are being founded. This is a sign of the desire of many people to contribute to social and cultural progress.

Challenges to inculturating the faith

68. The Christian substratum of certain peoples – most of all in the West – is a living reality. Here we find, especially among the most needy, a moral resource which preserves the values of an authentic Christian humanism. Seeing reality with the eyes of faith, we cannot fail to acknowledge what the Holy Spirit is sowing. It would show a lack of trust in his free and unstinting activity to think that authentic Christian values are absent where great numbers of people have received baptism and express their faith and solidarity with others in a variety of ways. This means more than acknowledging occasional “seeds of the word”, since it has to do with an authentic Christian faith which has its own expressions and means of showing its relationship to the Church. The immense importance of a culture marked by faith cannot be overlooked; before the onslaught of contemporary secularism an evangelized culture, for all its limits, has many more resources than the mere sum total of believers. An evangelized popular culture contains values of faith and solidarity capable of encouraging the development of a more just and believing society, and possesses a particular wisdom which ought to be gratefully acknowledged.

69. It is imperative to evangelize cultures in order to inculturate the Gospel. In countries of Catholic tradition, this means encouraging, fostering and reinforcing a richness which already exists. In countries of other religious traditions, or profoundly secularized countries, it will mean sparking new processes for evangelizing culture, even though these will demand long-term planning. We must keep in mind, however, that we are constantly being called to grow. Each culture and social group needs purification and growth. In the case of the popular cultures of Catholic peoples, we can see deficiencies which need to be healed by the Gospel: machismo, alcoholism, domestic violence, low Mass attendance, fatalistic or superstitious notions which lead to sorcery, and the like. Popular piety itself can be the starting point for healing and liberation from these deficiencies.

70. It is also true that at times greater emphasis is placed on the outward expressions and traditions of some groups, or on alleged private revelations which would replace all else, than on the impulse of Christian piety. There is a kind of Christianity made up of devotions reflecting an individual and sentimental faith life which does not in fact correspond to authentic “popular piety”. Some people promote these expressions while not being in the least concerned with the advancement of society or the formation of the laity, and in certain cases they do so in order to obtain economic benefits or some power over others. Nor can we overlook the fact that in recent decades there has been a breakdown in the way Catholics pass down the Christian faith to the young. It is undeniable that many people feel disillusioned and no longer identify with the Catholic tradition. Growing numbers of parents do not bring their children for baptism or teach them how to pray. There is also a certain exodus towards other faith communities. The causes of this breakdown include: a lack of opportunity for dialogue in families, the influence of the communications media, a relativistic subjectivism, unbridled consumerism which feeds the market, lack of pastoral care among the poor, the failure of our institutions to be welcoming, and our difficulty in restoring a mystical adherence to the faith in a pluralistic religious landscape.
Challenges from urban cultures

71. The new Jerusalem, the holy city (cf. Rev 21:2-4), is the goal towards which all of humanity is moving. It is curious that God’s revelation tells us that the fullness of humanity and of history is realized in a city. We need to look at our cities with a contemplative gaze, a gaze of faith which sees God dwelling in their homes, in their streets and squares. God’s presence accompanies the sincere efforts of individuals and groups to find encouragement and meaning in their lives. He dwells among them, fostering solidarity, fraternity, and the desire for goodness, truth and justice. This presence must not be contrived but found, uncovered. God does not hide himself from those who seek him with a sincere heart, even though they do so tentatively, in a vague and haphazard manner.

72. In cities, as opposed to the countryside, the religious dimension of life is expressed by different lifestyles, daily rhythms linked to places and people. In their daily lives people must often struggle for survival and this struggle contains within it a profound understanding of life which often includes a deep religious sense. We must examine this more closely in order to enter into a dialogue like that of our Lord and the Samaritan woman at the well where she sought to quench her thirst (cf. Jn 4:1-15).

73. New cultures are constantly being born in these vast new expanses where Christians are no longer the customary interpreters or generators of meaning. Instead, they themselves take from these cultures new languages, symbols, messages and paradigms which propose new approaches to life, approaches often in contrast with the Gospel of Jesus. A completely new culture has come to life and continues to grow in the cities. The Synod noted that today the changes taking place in these great spaces and the culture which they create are a privileged locus of the new evangelization.[61] This challenges us to imagine innovative spaces and possibilities for prayer and communion which are more attractive and meaningful for city dwellers. Through the influence of the media, rural areas are being affected by the same cultural changes, which are significantly altering their way of life as well.

74. What is called for is an evangelization capable of shedding light on these new ways of relating to God, to others and to the world around us, and inspiring essential values. It must reach the places where new narratives and paradigms are being formed, bringing the word of Jesus to the inmost soul of our cities. Cities are multicultural; in the larger cities, a connective network is found in which groups of people share a common imagination and dreams about life, and new human interactions arise, new cultures, invisible cities. Various subcultures exist side by side, and often practise segregation and violence. The Church is called to be at the service of a difficult dialogue. On the one hand, there are people who have the means needed to develop their personal and family lives, but there are also many “non-citizens”, “half citizens” and “urban remnants”. Cities create a sort of permanent ambivalence because, while they offer their residents countless possibilities, they also present many people with any number of obstacles to the full development of their lives. This contrast causes painful suffering. In many parts of the world, cities are the scene of mass protests where thousands of people call for freedom, a voice in public life, justice and a variety of other demands which, if not properly understood, will not be silenced by force.

75. We cannot ignore the fact that in cities human trafficking, the narcotics trade, the abuse and exploitation of minors, the abandonment of the elderly and infirm, and various forms of corruption and criminal activity take place. At the same time, what could be significant places of encounter and solidarity often become places of isolation and mutual distrust. Houses and neighbourhoods are more often built to isolate and protect than to connect and integrate. The proclamation of the Gospel will be a basis for restoring the dignity of human life in these contexts, for Jesus desires to pour out an abundance of life upon our cities (cf. Jn 10:10). The unified and complete sense of human life that the Gospel proposes is the best remedy for the ills of our cities, even though we have to realize that a uniform and rigid program of evangelization is not suited to this complex reality. But to live our human life to the fullest and to meet every challenge as a leaven of Gospel witness in every culture and in every city will make us better Christians and bear fruit in our cities.

II. TEMPTATIONS FACED BY PASTORAL WORKERS

76. I feel tremendous gratitude to all those who are committed to working in and for the Church. Here I do not wish to discuss at length the activities of the different pastoral workers, from bishops down to those who provide the most humble and hidden services. Rather, I would like to reflect on the challenges that all of them must face in the context of our current globalized culture. But in justice, I must say first that the contribution of the Church in today’s world is enormous. The pain and the shame we feel at the sins of some members of the Church, and at our own, must never make us forget how many Christians are giving their lives in love. They help so many people to be healed or to die in peace in makeshift hospitals. They are present to those enslaved by different addictions in the poorest places on earth. They devote themselves to the education of children and young people. They take care of the elderly who have been forgotten by everyone else. They look for ways to communicate values in hostile environments. They are dedicated in many other ways to showing an immense love for humanity inspired by the God who became man. I am grateful for the beautiful example given to me by so many Christians who joyfully sacrifice their lives and their time. This witness comforts and sustains me in my own effort to overcome selfishness and to give more fully of myself.

77. As children of this age, though, all of us are in some way affected by the present globalized culture which, while offering us values and new possibilities, can also limit, condition and ultimately harm us. I am aware that we need to create spaces where pastoral workers can be helped and healed, “places where faith itself in the crucified and risen Jesus is renewed, where the most profound questions and daily concerns are shared, where deeper discernment about our experiences and life itself is undertaken in the light of the Gospel, for the purpose of directing individual and social decisions towards the good and beautiful”.[62] At the same time, I would like to call attention to certain particular temptations which affect pastoral workers.

Yes to the challenge of a missionary spirituality

78. Today we are seeing in many pastoral workers, including consecrated men and women, an inordinate concern for their personal freedom and relaxation, which leads them to see their work as a mere appendage to their life, as if it were not part of their very identity. At the same time, the spiritual life comes to be identified with a few religious exercises which can offer a certain comfort but which do not encourage encounter with others, engagement with the world or a passion for evangelization. As a result, one can observe in many agents of evangelization, even though they pray, a heightened individualism, a crisis of identity and a cooling of fervour. These are three evils which fuel one another.

79. At times our media culture and some intellectual circles convey a marked scepticism with regard to the Church’s message, along with a certain cynicism. As a consequence, many pastoral workers, although they pray, develop a sort of inferiority complex which leads them to relativize or conceal their Christian identity and convictions. This produces a vicious circle. They end up being unhappy with who they are and what they do; they do not identify with their mission of evangelization and this weakens their commitment. They end up stifling the joy of mission with a kind of obsession about being like everyone else and possessing what everyone else possesses. Their work of evangelization thus becomes forced, and they devote little energy and very limited time to it.

80. Pastoral workers can thus fall into a relativism which, whatever their particular style of spirituality or way of thinking, proves even more dangerous than doctrinal relativism. It has to do with the deepest and inmost decisions that shape their way of life. This practical relativism consists in acting as if God did not exist, making decisions as if the poor did not exist, setting goals as if others did not exist, working as if people who have not received the Gospel did not exist. It is striking that even some who clearly have solid doctrinal and spiritual convictions frequently fall into a lifestyle which leads to an attachment to financial security, or to a desire for power or human glory at all cost, rather than giving their lives to others in mission. Let us not allow ourselves to be robbed of missionary enthusiasm!

No to selfishness and spiritual sloth

81. At a time when we most need a missionary dynamism which will bring salt and light to the world, many lay people fear that they may be asked to undertake some apostolic work and they seek to avoid any responsibility that may take away from their free time. For example, it has become very difficult today to find trained parish catechists willing to persevere in this work for some years. Something similar is also happening with priests who are obsessed with protecting their free time. This is frequently due to the fact that people feel an overbearing need to guard their personal freedom, as though the task of evangelization was a dangerous poison rather than a joyful response to God’s love which summons us to mission and makes us fulfilled and productive. Some resist giving themselves over completely to mission and thus end up in a state of paralysis and acedia.

82. The problem is not always an excess of activity, but rather activity undertaken badly, without adequate motivation, without a spirituality which would permeate it and make it pleasurable. As a result, work becomes more tiring than necessary, even leading at times to illness. Far from a content and happy tiredness, this is a tense, burdensome, dissatisfying and, in the end, unbearable fatigue. This pastoral acedia can be caused by a number of things. Some fall into it because they throw themselves into unrealistic projects and are not satisfied simply to do what they reasonably can. Others, because they lack the patience to allow processes to mature; they want everything to fall from heaven. Others, because they are attached to a few projects or vain dreams of success. Others, because they have lost real contract with people and so depersonalize their work that they are more concerned with the road map than with the journey itself. Others fall into acedia because they are unable to wait; they want to dominate the rhythm of life. Today’s obsession with immediate results makes it hard for pastoral workers to tolerate anything that smacks of disagreement, possible failure, criticism, the cross.

83. And so the biggest threat of all gradually takes shape: “the gray pragmatism of the daily life of the Church, in which all appears to proceed normally, while in reality faith is wearing down and degenerating into small-mindedness”.[63] A tomb psychology thus develops and slowly transforms Christians into mummies in a museum. Disillusioned with reality, with the Church and with themselves, they experience a constant temptation to cling to a faint melancholy, lacking in hope, which seizes the heart like “the most precious of the devil’s potions”.[64] Called to radiate light and communicate life, in the end they are caught up in things that generate only darkness and inner weariness, and slowly consume all zeal for the apostolate. For all this, I repeat: Let us not allow ourselves to be robbed of the joy of evangelization!

No to a sterile pessimism

84. The joy of the Gospel is such that it cannot be taken away from us by anyone or anything (cf. Jn 16:22). The evils of our world – and those of the Church – must not be excuses for diminishing our commitment and our fervour. Let us look upon them as challenges which can help us to grow. With the eyes of faith, we can see the light which the Holy Spirit always radiates in the midst of darkness, never forgetting that “where sin increased, grace has abounded all the more” (Rom 5:20). Our faith is challenged to discern how wine can come from water and how wheat can grow in the midst of weeds. Fifty years after the Second Vatican Council, while distressed by the troubles of our age and far from naive optimism, our greater realism must not mean any less trust in the Spirit or less generosity. In this sense, we can once again listen to the words of Blessed John XXIII on the memorable day of 11 October 1962: “At times we have to listen, much to our regret, to the voices of people who, though burning with zeal, lack a sense of discretion and measure. In this modern age they can see nothing but prevarication and ruin … We feel that we must disagree with those prophets of doom who are always forecasting disaster, as though the end of the world were at hand. In our times, divine Providence is leading us to a new order of human relations which, by human effort and even beyond all expectations, are directed to the fulfilment of God’s superior and inscrutable designs, in which everything, even human setbacks, leads to the greater good of the Church”.[65]

85. One of the more serious temptations which stifles boldness and zeal is a defeatism which turns us into querulous and disillusioned pessimists, “sourpusses”. Nobody can go off to battle unless he is fully convinced of victory beforehand. If we start without confidence, we have already lost half the battle and we bury our talents. While painfully aware of our own frailties, we have to march on without giving in, keeping in mind what the Lord said to Saint Paul: “My grace is sufficient for you, for my power is made perfect in weakness” (2 Cor 12:9). Christian triumph is always a cross, yet a cross which is at the same time a victorious banner borne with aggressive tenderness against the assaults of evil. The evil spirit of defeatism is brother to the temptation to separate, before its time, the wheat from the weeds; it is the fruit of an anxious and self-centred lack of trust.

86. In some places a spiritual “desertification” has evidently come about, as the result of attempts by some societies to build without God or to eliminate their Christian roots. In those places “the Christian world is becoming sterile, and it is depleting itself like an overexploited ground, which transforms into a desert”.[66] In other countries, violent opposition to Christianity forces Christians to hide their faith in their own beloved homeland. This is another painful kind of desert. But family and the workplace can also be a parched place where faith nonetheless has to be preserved and communicated. Yet “it is starting from the experience of this desert, from this void, that we can again discover the joy of believing, its vital importance for us, men and women. In the desert we rediscover the value of what is essential for living; thus in today’s world there are innumerable signs, often expressed implicitly or negatively, of the thirst for God, for the ultimate meaning of life. And in the desert people of faith are needed who, by the example of their own lives, point out the way to the Promised Land and keep hope alive”.[67] In these situations we are called to be living sources of water from which others can drink. At times, this becomes a heavy cross, but it was from the cross, from his pierced side, that our Lord gave himself to us as a source of living water. Let us not allow ourselves to be robbed of hope!

Yes to the new relationships brought by Christ
87. Today, when the networks and means of human communication have made unprecedented advances, we sense the challenge of finding and sharing a “mystique” of living together, of mingling and encounter, of embracing and supporting one another, of stepping into this flood tide which, while chaotic, can become a genuine experience of fraternity, a caravan of solidarity, a sacred pilgrimage. Greater possibilities for communication thus turn into greater possibilities for encounter and solidarity for everyone. If we were able to take this route, it would be so good, so soothing, so liberating and hope-filled! To go out of ourselves and to join others is healthy for us. To be self-enclosed is to taste the bitter poison of immanence, and humanity will be worse for every selfish choice we make.

88. The Christian ideal will always be a summons to overcome suspicion, habitual mistrust, fear of losing our privacy, all the defensive attitudes which today’s world imposes on us. Many try to escape from others and take refuge in the comfort of their privacy or in a small circle of close friends, renouncing the realism of the social aspect of the Gospel. For just as some people want a purely spiritual Christ, without flesh and without the cross, they also want their interpersonal relationships provided by sophisticated equipment, by screens and systems which can be turned on and off on command. Meanwhile, the Gospel tells us constantly to run the risk of a face-to-face encounter with others, with their physical presence which challenges us, with their pain and their pleas, with their joy which infects us in our close and continuous interaction. True faith in the incarnate Son of God is inseparable from self-giving, from membership in the community, from service, from reconciliation with others. The Son of God, by becoming flesh, summoned us to the revolution of tenderness.

89. Isolation, which is a version of immanentism, can find expression in a false autonomy which has no place for God. But in the realm of religion it can also take the form of a spiritual consumerism tailored to one’s own unhealthy individualism. The return to the sacred and the quest for spirituality which mark our own time are ambiguous phenomena. Today, our challenge is not so much atheism as the need to respond adequately to many people’s thirst for God, lest they try to satisfy it with alienating solutions or with a disembodied Jesus who demands nothing of us with regard to others. Unless these people find in the Church a spirituality which can offer healing and liberation, and fill them with life and peace, while at the same time summoning them to fraternal communion and missionary fruitfulness, they will end up by being taken in by solutions which neither make life truly human nor give glory to God.

90. Genuine forms of popular religiosity are incarnate, since they are born of the incarnation of Christian faith in popular culture. For this reason they entail a personal relationship, not with vague spiritual energies or powers, but with God, with Christ, with Mary, with the saints. These devotions are fleshy, they have a face. They are capable of fostering relationships and not just enabling escapism. In other parts of our society, we see the growing attraction to various forms of a “spirituality of well-being” divorced from any community life, or to a “theology of prosperity” detached from responsibility for our brothers and sisters, or to depersonalized experiences which are nothing more than a form of self-centredness.

91. One important challenge is to show that the solution will never be found in fleeing from a personal and committed relationship with God which at the same time commits us to serving others. This happens frequently nowadays, as believers seek to hide or keep apart from others, or quietly flit from one place to another or from one task to another, without creating deep and stable bonds. “Imaginatio locorum et mutatio multos fefellit”.[68] This is a false remedy which cripples the heart and at times the body as well. We need to help others to realize that the only way is to learn how to encounter others with the right attitude, which is to accept and esteem them as companions along the way, without interior resistance. Better yet, it means learning to find Jesus in the faces of others, in their voices, in their pleas. And learning to suffer in the embrace of the crucified Jesus whenever we are unjustly attacked or meet with ingratitude, never tiring of our decision to live in fraternity.[69]

92. There indeed we find true healing, since the way to relate to others which truly heals instead of debilitating us, is a mystical fraternity, a contemplative fraternity. It is a fraternal love capable of seeing the sacred grandeur of our neighbour, of finding God in every human being, of tolerating the nuisances of life in common by clinging to the love of God, of opening the heart to divine love and seeking the happiness of others just as their heavenly Father does. Here and now, especially where we are a “little flock” (Lk 12:32), the Lord’s disciples are called to live as a community which is the salt of the earth and the light of the world (cf. Mt 5:13-16). We are called to bear witness to a constantly new way of living together in fidelity to the Gospel.[70] Let us not allow ourselves to be robbed of community!

No to spiritual worldliness

93. Spiritual worldliness, which hides behind the appearance of piety and even love for the Church, consists in seeking not the Lord’s glory but human glory and personal well-being. It is what the Lord reprimanded the Pharisees for: “How can you believe, who receive glory from one another and do not seek the glory that comes from the only God?” (Jn 5:44). It is a subtle way of seeking one’s “own interests, not those of Jesus Christ” (Phil 2:21). It takes on many forms, depending on the kinds of persons and groups into which it seeps. Since it is based on carefully cultivated appearances, it is not always linked to outward sin; from without, everything appears as it should be. But if it were to seep into the Church, “it would be infinitely more disastrous than any other worldliness which is simply moral”.[71]

94. This worldliness can be fuelled in two deeply interrelated ways. One is the attraction of gnosticism, a purely subjective faith whose only interest is a certain experience or a set of ideas and bits of information which are meant to console and enlighten, but which ultimately keep one imprisoned in his or her own thoughts and feelings. The other is the self-absorbed promethean neopelagianism of those who ultimately trust only in their own powers and feel superior to others because they observe certain rules or remain intransigently faithful to a particular Catholic style from the past. A supposed soundness of doctrine or discipline leads instead to a narcissistic and authoritarian elitism, whereby instead of evangelizing, one analyzes and classifies others, and instead of opening the door to grace, one exhausts his or her energies in inspecting and verifying. In neither case is one really concerned about Jesus Christ or others. These are manifestations of an anthropocentric immanentism. It is impossible to think that a genuine evangelizing thrust could emerge from these adulterated forms of Christianity.

95. This insidious worldliness is evident in a number of attitudes which appear opposed, yet all have the same pretence of “taking over the space of the Church”. In some people we see an ostentatious preoccupation for the liturgy, for doctrine and for the Church’s prestige, but without any concern that the Gospel have a real impact on God’s faithful people and the concrete needs of the present time. In this way, the life of the Church turns into a museum piece or something which is the property of a select few. In others, this spiritual worldliness lurks behind a fascination with social and political gain, or pride in their ability to manage practical affairs, or an obsession with programmes of self-help and self-realization. It can also translate into a concern to be seen, into a social life full of appearances, meetings, dinners and receptions. It can also lead to a business mentality, caught up with management, statistics, plans and evaluations whose principal beneficiary is not God’s people but the Church as an institution. The mark of Christ, incarnate, crucified and risen, is not present; closed and elite groups are formed, and no effort is made to go forth and seek out those who are distant or the immense multitudes who thirst for Christ. Evangelical fervour is replaced by the empty pleasure of complacency and self-indulgence.

96. This way of thinking also feeds the vainglory of those who are content to have a modicum of power and would rather be the general of a defeated army than a mere private in a unit which continues to fight. How often we dream up vast apostolic projects, meticulously planned, just like defeated generals! But this is to deny our history as a Church, which is glorious precisely because it is a history of sacrifice, of hopes and daily struggles, of lives spent in service and fidelity to work, tiring as it may be, for all work is “the sweat of our brow”. Instead, we waste time talking about “what needs to be done” – in Spanish we call this the sin of “habriaqueísmo” – like spiritual masters and pastoral experts who give instructions from on high. We indulge in endless fantasies and we lose contact with the real lives and difficulties of our people.

97. Those who have fallen into this worldliness look on from above and afar, they reject the prophecy of their brothers and sisters, they discredit those who raise questions, they constantly point out the mistakes of others and they are obsessed by appearances. Their hearts are open only to the limited horizon of their own immanence and interests, and as a consequence they neither learn from their sins nor are they genuinely open to forgiveness. This is a tremendous corruption disguised as a good. We need to avoid it by making the Church constantly go out from herself, keeping her mission focused on Jesus Christ, and her commitment to the poor. God save us from a worldly Church with superficial spiritual and pastoral trappings! This stifling worldliness can only be healed by breathing in the pure air of the Holy Spirit who frees us from self-centredness cloaked in an outward religiosity bereft of God. Let us not allow ourselves to be robbed of the Gospel!

No to warring among ourselves

98. How many wars take place within the people of God and in our different communities! In our neighbourhoods and in the workplace, how many wars are caused by envy and jealousy, even among Christians! Spiritual worldliness leads some Christians to war with other Christians who stand in the way of their quest for power, prestige, pleasure and economic security. Some are even no longer content to live as part of the greater Church community but stoke a spirit of exclusivity, creating an “inner circle”. Instead of belonging to the whole Church in all its rich variety, they belong to this or that group which thinks itself different or special.

99. Our world is being torn apart by wars and violence, and wounded by a widespread individualism which divides human beings, setting them against one another as they pursue their own well-being. In various countries, conflicts and old divisions from the past are re-emerging. I especially ask Christians in communities throughout the world to offer a radiant and attractive witness of fraternal communion. Let everyone admire how you care for one another, and how you encourage and accompany one another: “By this everyone will know that you are my disciples, if you have love for one another” (Jn 13:35). This was Jesus’ heartfelt prayer to the Father: “That they may all be one... in us... so that the world may believe” (Jn 17:21). Beware of the temptation of jealousy! We are all in the same boat and headed to the same port! Let us ask for the grace to rejoice in the gifts of each, which belong to all.

100. Those wounded by historical divisions find it difficult to accept our invitation to forgiveness and reconciliation, since they think that we are ignoring their pain or are asking them to give up their memory and ideals. But if they see the witness of authentically fraternal and reconciled communities, they will find that witness luminous and attractive. It always pains me greatly to discover how some Christian communities, and even consecrated persons, can tolerate different forms of enmity, division, calumny, defamation, vendetta, jealousy and the desire to impose certain ideas at all costs, even to persecutions which appear as veritable witch hunts. Whom are we going to evangelize if this is the way we act?

101. Let us ask the Lord to help us understand the law of love. How good it is to have this law! How much good it does us to love one another, in spite of everything. Yes, in spite of everything! Saint Paul’s exhortation is directed to each of us: “Do not be overcome by evil, but overcome evil with good” (Rom 12:21). And again: “Let us not grow weary in doing what is right” (Gal 6:9). We all have our likes and dislikes, and perhaps at this very moment we are angry with someone. At least let us say to the Lord: “Lord, I am angry with this person, with that person. I pray to you for him and for her”. To pray for a person with whom I am irritated is a beautiful step forward in love, and an act of evangelization. Let us do it today! Let us not allow ourselves to be robbed of the ideal of fraternal love!

Other ecclesial challenges

102. Lay people are, put simply, the vast majority of the People of God. The minority – ordained ministers – are at their service. There has been a growing awareness of the identity and mission of the laity in the Church. We can count on many lay persons, although still not nearly enough, who have a deeply-rooted sense of community and great fidelity to the tasks of charity, catechesis and the celebration of the faith. At the same time, a clear awareness of this responsibility of the laity, grounded in their baptism and confirmation, does not appear in the same way in all places. In some cases, it is because lay persons have not been given the formation needed to take on important responsibilities. In others, it is because in their particular Churches room has not been made for them to speak and to act, due to an excessive clericalism which keeps them away from decision-making. Even if many are now involved in the lay ministries, this involvement is not reflected in a greater penetration of Christian values in the social, political and economic sectors. It often remains tied to tasks within the Church, without a real commitment to applying the Gospel to the transformation of society. The formation of the laity and the evangelization of professional and intellectual life represent a significant pastoral challenge.

103. The Church acknowledges the indispensable contribution which women make to society through the sensitivity, intuition and other distinctive skill sets which they, more than men, tend to possess. I think, for example, of the special concern which women show to others, which finds a particular, even if not exclusive, expression in motherhood. I readily acknowledge that many women share pastoral responsibilities with priests, helping to guide people, families and groups and offering new contributions to theological reflection. But we need to create still broader opportunities for a more incisive female presence in the Church. Because “the feminine genius is needed in all expressions in the life of society, the presence of women must also be guaranteed in the workplace”[72] and in the various other settings where important decisions are made, both in the Church and in social structures.

104. Demands that the legitimate rights of women be respected, based on the firm conviction that men and women are equal in dignity, present the Church with profound and challenging questions which cannot be lightly evaded. The reservation of the priesthood to males, as a sign of Christ the Spouse who gives himself in the Eucharist, is not a question open to discussion, but it can prove especially divisive if sacramental power is too closely identified with power in general. It must be remembered that when we speak of sacramental power “we are in the realm of function, not that of dignity or holiness”.[73] The ministerial priesthood is one means employed by Jesus for the service of his people, yet our great dignity derives from baptism, which is accessible to all. The configuration of the priest to Christ the head – namely, as the principal source of grace – does not imply an exaltation which would set him above others. In the Church, functions “do not favour the superiority of some vis-à-vis the others”.[74] Indeed, a woman, Mary, is more important than the bishops. Even when the function of ministerial priesthood is considered “hierarchical”, it must be remembered that “it is totally ordered to the holiness of Christ’s members”.[75] Its key and axis is not power understood as domination, but the power to administer the sacrament of the Eucharist; this is the origin of its authority, which is always a service to God’s people. This presents a great challenge for pastors and theologians, who are in a position to recognize more fully what this entails with regard to the possible role of women in decision-making in different areas of the Church’s life.

105. Youth ministry, as traditionally organized, has also suffered the impact of social changes. Young people often fail to find responses to their concerns, needs, problems and hurts in the usual structures. As adults, we find it hard to listen patiently to them, to appreciate their concerns and demands, and to speak to them in a language they can understand. For the same reason, our efforts in the field of education do not produce the results expected. The rise and growth of associations and movements mostly made up of young people can be seen as the work of the Holy Spirit, who blazes new trails to meet their expectations and their search for a deep spirituality and a more real sense of belonging. There remains a need, however, to ensure that these associations actively participate in the Church’s overall pastoral efforts.[76]

106. Even if it is not always easy to approach young people, progress has been made in two areas: the awareness that the entire community is called to evangelize and educate the young, and the urgent need for the young to exercise greater leadership. We should recognize that despite the present crisis of commitment and communal relationships, many young people are making common cause before the problems of our world and are taking up various forms of activism and volunteer work. Some take part in the life of the Church as members of service groups and various missionary initiatives in their own dioceses and in other places. How beautiful it is to see that young people are “street preachers” (callejeros de la fe), joyfully bringing Jesus to every street, every town square and every corner of the earth!

107. Many places are experiencing a dearth of vocations to the priesthood and consecrated life. This is often due to a lack of contagious apostolic fervour in communities which results in a cooling of enthusiasm and attractiveness. Wherever there is life, fervour and a desire to bring Christ to others, genuine vocations will arise. Even in parishes where priests are not particularly committed or joyful, the fraternal life and fervour of the community can awaken in the young a desire to consecrate themselves completely to God and to the preaching of the Gospel. This is particularly true if such a living community prays insistently for vocations and courageously proposes to its young people the path of special consecration. On the other hand, despite the scarcity of vocations, today we are increasingly aware of the need for a better process of selecting candidates to the priesthood. Seminaries cannot accept candidates on the basis of any motivation whatsoever, especially if those motivations have to do with affective insecurity or the pursuit of power, human glory or economic well-being.

108. As I mentioned above, I have not sought to offer a complete diagnosis, but I invite communities to complete and enrich these perspectives on the basis of their awareness of the challenges facing them and their neighbours. It is my hope that, in doing so, they will realize that whenever we attempt to read the signs of the times it is helpful to listen to young people and the elderly. Both represent a source of hope for every people. The elderly bring with them memory and the wisdom of experience, which warns us not to foolishly repeat our past mistakes. Young people call us to renewed and expansive hope, for they represent new directions for humanity and open us up to the future, lest we cling to a nostalgia for structures and customs which are no longer life-giving in today’s world.

109. Challenges exist to be overcome! Let us be realists, but without losing our joy, our boldness and our hope-filled commitment. Let us not allow ourselves to be robbed of missionary vigour!

CHAPTER THREE

110. After having considered some of the challenges of the present, I would now like to speak of the task which bears upon us in every age and place, for “there can be no true evangelization without the explicit proclamation of Jesus as Lord”, and without “the primacy of the proclamation of Jesus Christ in all evangelizing work”.[77] Acknowledging the concerns of the Asian bishops, John Paul II told them that if the Church “is to fulfil its providential destiny, evangelization as the joyful, patient and progressive preaching of the saving death and resurrection of Jesus Christ must be your absolute priority.”[78] These words hold true for all of us.

I. THE ENTIRE PEOPLE OF GOD PROCLAIMS THE GOSPEL

111. Evangelization is the task of the Church. The Church, as the agent of evangelization, is more than an organic and hierarchical institution; she is first and foremost a people advancing on its pilgrim way towards God. She is certainly a mystery rooted in the Trinity, yet she exists concretely in history as a people of pilgrims and evangelizers, transcending any institutional expression, however necessary. I would like to dwell briefly on this way of understanding the Church, whose ultimate foundation is found in the free and gracious initiative of God.

A people for everyone

112. The salvation which God offers us is the work of his mercy. No human efforts, however good they may be, can enable us to merit so great a gift. God, by his sheer grace, draws us to himself and makes us one with him.[79] He sends his Spirit into our hearts to make us his children, transforming us and enabling us to respond to his love by our lives. The Church is sent by Jesus Christ as the sacrament of the salvation offered by God.[80] Through her evangelizing activity, she cooperates as an instrument of that divine grace which works unceasingly and inscrutably. Benedict XVI put it nicely at the beginning of the Synod’s reflections: “It is important always to know that the first word, the true initiative, the true activity comes from God and only by inserting ourselves into the divine initiative, only begging for this divine initiative, shall we too be able to become – with him and in him – evangelizers”.[81] This principle of the primacy of grace must be a beacon which constantly illuminates our reflections on evangelization.

113. The salvation which God has wrought, and the Church joyfully proclaims, is for everyone.[82] God has found a way to unite himself to every human being in every age. He has chosen to call them together as a people and not as isolated individuals.[83] No one is saved by himself or herself, individually, or by his or her own efforts. God attracts us by taking into account the complex interweaving of personal relationships entailed in the life of a human community. This people which God has chosen and called is the Church. Jesus did not tell the apostles to form an exclusive and elite group. He said: “Go and make disciples of all nations” (Mt 28:19). Saint Paul tells us in the people of God, in the Church, “there is neither Jew or Greek... for you are all one in Christ Jesus” (Gal 3:28). To those who feel far from God and the Church, to all those who are fearful or indifferent, I would like to say this: the Lord, with great respect and love, is also calling you to be a part of his people!

114. Being Church means being God’s people, in accordance with the great plan of his fatherly love. This means that we are to be God’s leaven in the midst of humanity. It means proclaiming and bringing God’s salvation into our world, which often goes astray and needs to be encouraged, given hope and strengthened on the way. The Church must be a place of mercy freely given, where everyone can feel welcomed, loved, forgiven and encouraged to live the good life of the Gospel.

A people of many faces

115. The People of God is incarnate in the peoples of the earth, each of which has its own culture. The concept of culture is valuable for grasping the various expressions of the Christian life present in God’s people. It has to do with the lifestyle of a given society, the specific way in which its members relate to one another, to other creatures and to God. Understood in this way, culture embraces the totality of a people’s life.[84] Each people in the course of its history develops its culture with legitimate autonomy.[85] This is due to the fact that the human person, “by nature stands completely in need of life in society”[86] and always exists in reference to society, finding there a concrete way of relating to reality. The human person is always situated in a culture: “nature and culture are intimately linked”.[87] Grace supposes culture, and God’s gift becomes flesh in the culture of those who receive it.

116. In these first two Christian millennia, countless peoples have received the grace of faith, brought it to flower in their daily lives and handed it on in the language of their own culture. Whenever a community receives the message of salvation, the Holy Spirit enriches its culture with the transforming power of the Gospel. The history of the Church shows that Christianity does not have simply one cultural expression, but rather, “remaining completely true to itself, with unswerving fidelity to the proclamation of the Gospel and the tradition of the Church, it will also reflect the different faces of the cultures and peoples in which it is received and takes root”.[88] In the diversity of peoples who experience the gift of God, each in accordance with its own culture, the Church expresses her genuine catholicity and shows forth the “beauty of her varied face”.[89] In the Christian customs of an evangelized people, the Holy Spirit adorns the Church, showing her new aspects of revelation and giving her a new face. Through inculturation, the Church “introduces peoples, together with their cultures, into her own community”,[90] for “every culture offers positive values and forms which can enrich the way the Gospel is preached, understood and lived”.[91] In this way, the Church takes up the values of different cultures and becomes sponsa ornata monilibus suis, “the bride bedecked with her jewels” (cf. Is 61:10)”.[92]

117. When properly understood, cultural diversity is not a threat to Church unity. The Holy Spirit, sent by the Father and the Son, transforms our hearts and enables us to enter into the perfect communion of the blessed Trinity, where all things find their unity. He builds up the communion and harmony of the people of God. The same Spirit is that harmony, just as he is the bond of love between the Father and the Son.[93] It is he who brings forth a rich variety of gifts, while at the same time creating a unity which is never uniformity but a multifaceted and inviting harmony. Evangelization joyfully acknowledges these varied treasures which the Holy Spirit pours out upon the Church. We would not do justice to the logic of the incarnation if we thought of Christianity as monocultural and monotonous. While it is true that some cultures have been closely associated with the preaching of the Gospel and the development of Christian thought, the revealed message is not identified with any of them; its content is transcultural. Hence in the evangelization of new cultures, or cultures which have not received the Christian message, it is not essential to impose a specific cultural form, no matter how beautiful or ancient it may be, together with the Gospel. The message that we proclaim always has a certain cultural dress, but we in the Church can sometimes fall into a needless hallowing of our own culture, and thus show more fanaticism than true evangelizing zeal.

118. The Bishops of Oceania asked that the Church “develop an understanding and a presentation of the truth of Christ working from the traditions and cultures of the region” and invited “all missionaries to work in harmony with indigenous Christians so as to ensure that the faith and the life of the Church be expressed in legitimate forms appropriate for each culture”.[94] We cannot demand that peoples of every continent, in expressing their Christian faith, imitate modes of expression which European nations developed at a particular moment of their history, because the faith cannot be constricted to the limits of understanding and expression of any one culture.[95] It is an indisputable fact that no single culture can exhaust the mystery of our redemption in Christ.

We are all missionary disciples

119. In all the baptized, from first to last, the sanctifying power of the Spirit is at work, impelling us to evangelization. The people of God is holy thanks to this anointing, which makes it infallible in credendo. This means that it does not err in faith, even though it may not find words to explain that faith. The Spirit guides it in truth and leads it to salvation.[96] As part of his mysterious love for humanity, God furnishes the totality of the faithful with an instinct of faithsensus fidei – which helps them to discern what is truly of God. The presence of the Spirit gives Christians a certain connaturality with divine realities, and a wisdom which enables them to grasp those realities intuitively, even when they lack the wherewithal to give them precise expression.

120. In virtue of their baptism, all the members of the People of God have become missionary disciples (cf. Mt 28:19). All the baptized, whatever their position in the Church or their level of instruction in the faith, are agents of evangelization, and it would be insufficient to envisage a plan of evangelization to be carried out by professionals while the rest of the faithful would simply be passive recipients. The new evangelization calls for personal involvement on the part of each of the baptized. Every Christian is challenged, here and now, to be actively engaged in evangelization; indeed, anyone who has truly experienced God’s saving love does not need much time or lengthy training to go out and proclaim that love. Every Christian is a missionary to the extent that he or she has encountered the love of God in Christ Jesus: we no longer say that we are “disciples” and “missionaries”, but rather that we are always “missionary disciples”. If we are not convinced, let us look at those first disciples, who, immediately after encountering the gaze of Jesus, went forth to proclaim him joyfully: “We have found the Messiah!” (Jn 1:41). The Samaritan woman became a missionary immediately after speaking with Jesus and many Samaritans come to believe in him “because of the woman’s testimony” (Jn 4:39). So too, Saint Paul, after his encounter with Jesus Christ, “immediately proclaimed Jesus” (Acts 9:20; cf. 22:6-21). So what are we waiting for?

121. Of course, all of us are called to mature in our work as evangelizers. We want to have better training, a deepening love and a clearer witness to the Gospel. In this sense, we ought to let others be constantly evangelizing us. But this does not mean that we should postpone the evangelizing mission; rather, each of us should find ways to communicate Jesus wherever we are. All of us are called to offer others an explicit witness to the saving love of the Lord, who despite our imperfections offers us his closeness, his word and his strength, and gives meaning to our lives. In your heart you know that it is not the same to live without him; what you have come to realize, what has helped you to live and given you hope, is what you also need to communicate to others. Our falling short of perfection should be no excuse; on the contrary, mission is a constant stimulus not to remain mired in mediocrity but to continue growing. The witness of faith that each Christian is called to offer leads us to say with Saint Paul: “Not that I have already obtained this, or am already perfect; but I press on to make it my own, because Christ Jesus has made me his own” (Phil 3:12-13).

The evangelizing power of popular piety

122. In the same way, we can see that the different peoples among whom the Gospel has been inculturated are active collective subjects or agents of evangelization. This is because each people is the creator of their own culture and the protagonist of their own history. Culture is a dynamic reality which a people constantly recreates; each generation passes on a whole series of ways of approaching different existential situations to the next generation, which must in turn reformulate it as it confronts its own challenges. Being human means “being at the same time son and father of the culture to which one belongs”.[97] Once the Gospel has been inculturated in a people, in their process of transmitting their culture they also transmit the faith in ever new forms; hence the importance of understanding evangelization as inculturation. Each portion of the people of God, by translating the gift of God into its own life and in accordance with its own genius, bears witness to the faith it has received and enriches it with new and eloquent expressions. One can say that “a people continuously evangelizes itself”.[98] Herein lies the importance of popular piety, a true expression of the spontaneous missionary activity of the people of God. This is an ongoing and developing process, of which the Holy Spirit is the principal agent.[99]

123. Popular piety enables us to see how the faith, once received, becomes embodied in a culture and is constantly passed on. Once looked down upon, popular piety came to be appreciated once more in the decades following the Council. In the Exhortation Evangelii Nuntiandi, Pope Paul VI gave a decisive impulse in this area. There he stated that popular piety “manifests a thirst for God which only the poor and the simple can know”[100] and that “it makes people capable of generosity and sacrifice even to the point of heroism,when it is a question of bearing witness to belief”.[101] Closer to our own time, Benedict XVI, speaking about Latin America, pointed out that popular piety is “a precious treasure of the Catholic Church”, in which “we see the soul of the Latin American peoples”.[102]

124. The Aparecida Document describes the riches which the Holy Spirit pours forth in popular piety by his gratuitous initiative. On that beloved continent, where many Christians express their faith through popular piety, the bishops also refer to it as “popular spirituality” or “the people’s mysticism”.[103] It is truly “a spirituality incarnated in the culture of the lowly”.[104] Nor is it devoid of content; rather it discovers and expresses that content more by way of symbols than by discursive reasoning, and in the act of faith greater accent is placed on credere in Deum than on credere Deum.[105] It is “a legitimate way of living the faith, a way of feeling part of the Church and a manner of being missionaries”;[106] it brings with itself the grace of being a missionary, of coming out of oneself and setting out on pilgrimage: “Journeying together to shrines and taking part in other manifestations of popular piety, also by taking one’s children or inviting others, is in itself an evangelizing gesture”.[107] Let us not stifle or presume to control this missionary power!

125. To understand this reality we need to approach it with the gaze of the Good Shepherd, who seeks not to judge but to love. Only from the affective connaturality born of love can we appreciate the theological life present in the piety of Christian peoples, especially among their poor. I think of the steadfast faith of those mothers tending their sick children who, though perhaps barely familiar with the articles of the creed, cling to a rosary; or of all the hope poured into a candle lighted in a humble home with a prayer for help from Mary, or in the gaze of tender love directed to Christ crucified. No one who loves God’s holy people will view these actions as the expression of a purely human search for the divine. They are the manifestation of a theological life nourished by the working of the Holy Spirit who has been poured into our hearts (cf. Rom 5:5).

126. Underlying popular piety, as a fruit of the inculturated Gospel, is an active evangelizing power which we must not underestimate: to do so would be to fail to recognize the work of the Holy Spirit. Instead, we are called to promote and strengthen it, in order to deepen the never-ending process of inculturation. Expressions of popular piety have much to teach us; for those who are capable of reading them, they are a locus theologicus which demands our attention, especially at a time when we are looking to the new evangelization.

Person to person

127. Today, as the Church seeks to experience a profound missionary renewal, there is a kind of preaching which falls to each of us as a daily responsibility. It has to do with bringing the Gospel to the people we meet, whether they be our neighbours or complete strangers. This is the informal preaching which takes place in the middle of a conversation, something along the lines of what a missionary does when visiting a home. Being a disciple means being constantly ready to bring the love of Jesus to others, and this can happen unexpectedly and in any place: on the street, in a city square, during work, on a journey.

128. In this preaching, which is always respectful and gentle, the first step is personal dialogue, when the other person speaks and shares his or her joys, hopes and concerns for loved ones, or so many other heartfelt needs. Only afterwards is it possible to bring up God’s word, perhaps by reading a Bible verse or relating a story, but always keeping in mind the fundamental message: the personal love of God who became man, who gave himself up for us, who is living and who offers us his salvation and his friendship. This message has to be shared humbly as a testimony on the part of one who is always willing to learn, in the awareness that the message is so rich and so deep that it always exceeds our grasp. At times the message can be presented directly, at times by way of a personal witness or gesture, or in a way which the Holy Spirit may suggest in that particular situation. If it seems prudent and if the circumstances are right, this fraternal and missionary encounter could end with a brief prayer related to the concerns which the person may have expressed. In this way they will have an experience of being listened to and understood; they will know that their particular situation has been placed before God, and that God’s word really speaks to their lives.

129. We should not think, however, that the Gospel message must always be communicated by fixed formulations learned by heart or by specific words which express an absolutely invariable content. This communication takes place in so many different ways that it would be impossible to describe or catalogue them all, and God’s people, with all their many gestures and signs, are its collective subject. If the Gospel is embedded in a culture, the message is no longer transmitted solely from person to person. In countries where Christianity is a minority, then, along with encouraging each of the baptized to proclaim the Gospel, particular Churches should actively promote at least preliminary forms of inculturation. The ultimate aim should be that the Gospel, as preached in categories proper to each culture, will create a new synthesis with that particular culture. This is always a slow process and at we can be overly fearful. But if we allow doubts and fears to dampen our courage, instead of being creative we will remain comfortable and make no progress whatsoever. In this case we will not take an active part in historical processes, but become mere onlookers as the Church gradually stagnates.

Charisms at the service of a communion which evangelizes

130. The Holy Spirit also enriches the entire evangelizing Church with different charisms. These gifts are meant to renew and build up the Church.[108] They are not an inheritance, safely secured and entrusted to a small group for safekeeping; rather they are gifts of the Spirit integrated into the body of the Church, drawn to the centre which is Christ and then channelled into an evangelizing impulse. A sure sign of the authenticity of a charism is its ecclesial character, its ability to be integrated harmoniously into the life of God’s holy and faithful people for the good of all. Something truly new brought about by the Spirit need not overshadow other gifts and spiritualities in making itself felt. To the extent that a charism is better directed to the heart of the Gospel, its exercise will be more ecclesial. It is in communion, even when this proves painful, that a charism is seen to be authentic and mysteriously fruitful. On the basis of her response to this challenge, the Church can be a model of peace in our world.

131. Differences between persons and communities can sometimes prove uncomfortable, but the Holy Spirit, who is the source of that diversity, can bring forth something good from all things and turn it into an attractive means of evangelization. Diversity must always be reconciled by the help of the Holy Spirit; he alone can raise up diversity, plurality and multiplicity while at the same time bringing about unity. When we, for our part, aspire to diversity, we become self-enclosed, exclusive and divisive; similarly, whenever we attempt to create unity on the basis of our human calculations, we end up imposing a monolithic uniformity. This is not helpful for the Church’s mission.

Culture, thought and education

132. Proclaiming the Gospel message to different cultures also involves proclaiming it to professional, scientific and academic circles. This means an encounter between faith, reason and the sciences with a view to developing new approaches and arguments on the issue of credibility, a creative apologetics[109] which would encourage greater openness to the Gospel on the part of all. When certain categories of reason and the sciences are taken up into the proclamation of the message, these categories then become tools of evangelization; water is changed into wine. Whatever is taken up is not just redeemed, but becomes an instrument of the Spirit for enlightening and renewing the world.

133. It is not enough that evangelizers be concerned to reach each person, or that the Gospel be proclaimed to the cultures as a whole. A theology – and not simply a pastoral theology – which is in dialogue with other sciences and human experiences is most important for our discernment on how best to bring the Gospel message to different cultural contexts and groups.[110] The Church, in her commitment to evangelization, appreciates and encourages the charism of theologians and their scholarly efforts to advance dialogue with the world of cultures and sciences. I call on theologians to carry out this service as part of the Church’s saving mission. In doing so, however, they must always remember that the Church and theology exist to evangelize, and not be content with a desk-bound theology.

134. Universities are outstanding environments for articulating and developing this evangelizing commitment in an interdisciplinary and integrated way. Catholic schools, which always strive to join their work of education with the explicit proclamation of the Gospel, are a most valuable resource for the evangelization of culture, even in those countries and cities where hostile situations challenge us to greater creativity in our search for suitable methods.[111]

II. THE HOMILY
135. Let us now look at preaching within the liturgy, which calls for serious consideration by pastors. I will dwell in particular, and even somewhat meticulously, on the homily and its preparation, since so many concerns have been expressed about this important ministry and we cannot simply ignore them. The homily is the touchstone for judging a pastor’s closeness and ability to communicate to his people. We know that the faithful attach great importance to it, and that both they and their ordained ministers suffer because of homilies: the laity from having to listen to them and the clergy from having to preach them! It is sad that this is the case. The homily can actually be an intense and happy experience of the Spirit, a consoling encounter with God’s word, a constant source of renewal and growth.

136. Let us renew our confidence in preaching, based on the conviction that it is God who seeks to reach out to others through the preacher, and that he displays his power through human words. Saint Paul speaks forcefully about the need to preach, since the Lord desires to reach other people by means of our word (cf. Rom 10:14-17). By his words our Lord won over the hearts of the people; they came to hear him from all parts (cf. Mk 1:45); they were amazed at his teachings (cf. Mk 6:2), and they sensed that he spoke to them as one with authority (cf. Mk 1:27). By their words the apostles, whom Christ established “to be with him and to be sent out to preach” (Mk 3:14), brought all nations to the bosom of the Church (cf. Mt 16:15.20).

The liturgical context

137. It is worthy remembering that “the liturgical proclamation of the word of God, especially in the eucharistic assembly, is not so much a time for meditation and catechesis as a dialogue between God and his people, a dialogue in which the great deeds of salvation are proclaimed and the demands of the covenant are continually restated”.[112] The homily has special importance due to its eucharistic context: it surpasses all forms of catechesis as the supreme moment in the dialogue between God and his people which lead up to sacramental communion. The homily takes up once more the dialogue which the Lord has already established with his people. The preacher must know the heart of his community, in order to realize where its desire for God is alive and ardent, as well as where that dialogue, once loving, has been thwarted and is now barren.

138. The homily cannot be a form of entertainment like those presented by the media, yet it does need to give life and meaning to the celebration. It is a distinctive genre, since it is preaching which is situated within the framework of a liturgical celebration; hence it should be brief and avoid taking on the semblance of a speech or a lecture. A preacher may be able to hold the attention of his listeners for a whole hour, but in this case his words become more important than the celebration of faith. If the homily goes on too long, it will affect two characteristic elements of the liturgical celebration: its balance and its rhythm. When preaching takes place within the context of the liturgy, it is part of the offering made to the Father and a mediation of the grace which Christ pours out during the celebration. This context demands that preaching should guide the assembly, and the preacher, to a life-changing communion with Christ in the Eucharist. This means that the words of the preacher must be measured, so that the Lord, more than his minister, will be the centre of attention.

A mother’s conversation

139. We said that the people of God, by the constant inner working of the Holy Spirit, is constantly evangelizing itself. What are the implications of this principle for preachers? It reminds us that the Church is a mother, and that she preaches in the same way that a mother speaks to her child, knowing that the child trusts that what she is teaching is for his or her benefit, for children know that they are loved. Moreover, a good mother can recognize everything that God is bringing about in her children, she listens to their concerns and learns from them. The spirit of love which reigns in a family guides both mother and child in their conversations; therein they teach and learn, experience correction and grow in appreciation of what is good. Something similar happens in a homily. The same Spirit who inspired the Gospels and who acts in the Church also inspires the preacher to hear the faith of the God’s people and to find the right way to preach at each Eucharist. Christian preaching thus finds in the heart of people and their culture a source of living water, which helps the preacher to know what must be said and how to say it. Just as all of us like to be spoken to in our mother tongue, so too in the faith we like to be spoken to in our “mother culture,” our native language (cf. 2 Macc 7:21, 27), and our heart is better disposed to listen. This language is a kind of music which inspires encouragement, strength and enthusiasm.

140. This setting, both maternal and ecclesial, in which the dialogue between the Lord and his people takes place, should be encouraged by the closeness of the preacher, the warmth of his tone of voice, the unpretentiousness of his manner of speaking, the joy of his gestures. Even if the homily at times may be somewhat tedious, if this maternal and ecclesial spirit is present, it will always bear fruit, just as the tedious counsels of a mother bear fruit, in due time, in the hearts of her children.

141. One cannot but admire the resources that the Lord used to dialogue with his people, to reveal his mystery to all and to attract ordinary people by his lofty teachings and demands. I believe that the secret lies in the way Jesus looked at people, seeing beyond their weaknesses and failings: “Fear not little flock, for it is your Father’s good pleasure to give you the kingdom” (Lk 12:32); Jesus preaches with that spirit. Full of joy in the Spirit, he blesses the Father who draws the little ones to him: “I thank you Father, Lord of heaven and earth, that you have hidden these things from the wise and understanding and revealed them to babes” (Lk 10:21). The Lord truly enjoys talking with his people; the preacher should strive to communicate that same enjoyment to his listeners.
Words which set hearts on fire
142. Dialogue is much more than the communication of a truth. It arises from the enjoyment of speaking and it enriches those who express their love for one another through the medium of words. This is an enrichment which does not consist in objects but in persons who share themselves in dialogue. A preaching which would be purely moralistic or doctrinaire, or one which turns into a lecture on biblical exegesis, detracts from this heart-to-heart communication which takes place in the homily and possesses a quasi-sacramental character: “Faith come from what is heard, and what is heard comes by the preaching of Christ” (Rom 10:17). In the homily, truth goes hand in hand with beauty and goodness. Far from dealing with abstract truths or cold syllogisms, it communicates the beauty of the images used by the Lord to encourage the practise of good. The memory of the faithful, like that of Mary, should overflow with the wondrous things done by God. Their hearts, growing in hope from the joyful and practical exercise of the love which they have received, will sense that each word of Scripture is a gift before it is a demand.

143. The challenge of an inculturated preaching consists in proclaiming a synthesis, not ideas or detached values. Where your synthesis is, there lies your heart. The difference between enlightening people with a synthesis and doing so with detached ideas is like the difference between boredom and heartfelt fervour. The preacher has the wonderful but difficult task of joining loving hearts, the hearts of the Lord and his people. The dialogue between God and his people further strengthens the covenant between them and consolidates the bond of charity. In the course of the homily, the hearts of believers keep silence and allow God to speak. The Lord and his people speak to one another in a thousand ways directly, without intermediaries. But in the homily they want someone to serve as an instrument and to express their feelings in such a way that afterwards, each one may chose how he or she will continue the conversation. The word is essentially a mediator and requires not just the two who dialogue but also an intermediary who presents it for what it is, out of the conviction that “what we preach is not ourselves, but Jesus Christ as Lord, with ourselves as your servants for Jesus’ sake” (2 Cor 4:5).

144. To speak from the heart means that our hearts must not just be on fire, but also enlightened by the fullness of revelation and by the path travelled by God’s word in the heart of the Church and our faithful people throughout history. This Christian identity, as the baptismal embrace which the Father gave us when we were little ones, makes us desire, as prodigal children – and favourite children in Mary – yet another embrace, that of the merciful Father who awaits us in glory. Helping our people to feel that they live in the midst of these two embraces is the difficult but beautiful task of one who preaches the Gospel.

III. PREPARING TO PREACH

145. Preparation for preaching is so important a task that a prolonged time of study, prayer, reflection and pastoral creativity should be devoted to it. With great affection I wish to stop for a moment and offer a method of preparing homilies. Some may find these suggestions self-evident, but I consider it helpful to offer them as a way of emphasizing the need to devote quality time to this precious ministry. Some pastors argue that such preparation is not possible given the vast number of tasks which they must perform; nonetheless, I presume to ask that each week a sufficient portion of personal and community time be dedicated to this task, even if less time has to be given to other important activities. Trust in the Holy Spirit who is at work during the homily is not merely passive but active and creative. It demands that we offer ourselves and all our abilities as instruments (cf. Rom 12:1) which God can use. A preacher who does not prepare is not “spiritual”; he is dishonest and irresponsible with the gifts he has received.

Reverence for truth

146. The first step, after calling upon the Holy Spirit in prayer, is to give our entire attention to the biblical text, which needs to be the basis of our preaching. Whenever we stop and attempt to understand the message of a particular text, we are practising “reverence for the truth”.[113] This is the humility of heart which recognizes that the word is always beyond us, that “we are neither its masters or owners, but its guardians, heralds and servants”.[114] This attitude of humble and awe-filled veneration of the word is expressed by taking the time to study it with the greatest care and a holy fear lest we distort it. To interpret a biblical text, we need to be patient, to put aside all other concerns, and to give it our time, interest and undivided attention. We must leave aside any other pressing concerns and create an environment of serene concentration. It is useless to attempt to read a biblical text if all we are looking for are quick, easy and immediate results. Preparation for preaching requires love. We only devote periods of quiet time to the things or the people whom we love; and here we are speaking of the God whom we love, a God who wishes to speak to us. Because of this love, we can take as much time as we need, like every true disciple: “Speak, Lord, for your servant is listening” (1 Sam 3:9).

147. First of all, we need to be sure that we understand the meaning of the words we read. I want to insist here on something which may seem obvious, but which is not always taken into account: the biblical text which we study is two or three thousand years old; its language is very different from that which we speak today. Even if we think we understand the words translated into our own language, this does not mean that we correctly understand what the sacred author wished to say. The different tools provided by literary analysis are well known: attention to words which are repeated or emphasized, recognition of the structure and specific movement of a text, consideration of the role played by the different characters, and so forth. But our own aim is not to understand every little detail of a text; our most important goal is to discover its principal message, the message which gives structure and unity to the text. If the preacher does not make this effort, his preaching will quite likely have neither unity nor order; what he has to say will be a mere accumulation of various disjointed ideas incapable of inspiring others. The central message is what the author primarily wanted to communicate; this calls for recognizing not only the author’s ideas but the effect which he wanted to produce. If a text was written to console, it should not be used to correct errors; if it was written as an exhortation, it should not be employed to teach doctrine; if it was written to teach something about God, it should not be used to expound various theological opinions; if it was written as a summons to praise or missionary outreach, let us not use it to talk about the latest news.

148. Certainly, to understand properly the meaning of the central message of a text we need to relate it to the teaching of the entire Bible as handed on by the Church. This is an important principle of biblical interpretation which recognizes that the Holy Spirit has inspired not just a part of the Bible, but the Bible as a whole, and that in some areas people have grown in their understanding of God’s will on the basis of their personal experience. It also prevents erroneous or partial interpretations which would contradict other teachings of the same Scriptures. But it does not mean that we can weaken the distinct and specific emphasis of a text which we are called to preach. One of the defects of a tedious and ineffectual preaching is precisely its inability to transmit the intrinsic power of the text which has been proclaimed.

Personalizing the word

149. The preacher “ought first of all to develop a great personal familiarity with the word of God. Knowledge of its linguistic or exegetical aspects, though certainly necessary, is not enough. He needs to approach the word with a docile and prayerful heart so that it may deeply penetrate his thoughts and feelings and bring about a new outlook in him”.[115] It is good for us to renew our fervour each day and every Sunday as we prepare the homily, examining ourselves to see if we have grown in love for the word which we preach. Nor should we forget that “the greater or lesser degree of the holiness of the minister has a real effect on the proclamation of the word”.[116] As Saint Paul says, “we speak, not to please men, but to please God who tests our hearts” (1 Th 2:4). If we have a lively desire to be the first to hear the word which we must preach, this will surely be communicated to God’s faithful people, for “out of the abundance of the heart, the mouth speaks” (Mt 12:34). The Sunday readings will resonate in all their brilliance in the hearts of the faithful if they have first done so in the heart of their pastor.

150. Jesus was angered by those supposed teachers who demanded much of others, teaching God’s word but without being enlightened by it: “They bind heavy burdens, hard to bear, and lay them on the shoulders of others; but they themselves will not lift a finger to move them” (Mt 23:4). The apostle James exhorted: “Not many of you should become teachers, my brethren, for you know that we who teach shall be judged with greater strictness” (Jas 3:1). Whoever wants to preach must be the first to let the word of God move him deeply and become incarnate in his daily life. In this way preaching will consist in that activity, so intense and fruitful, which is “communicating to others what one has contemplated”.[117] For all these reasons, before preparing what we will actually say when preaching, we need to let ourselves be penetrated by that word which will also penetrate others, for it is a living and active word, like a sword “which pierces to the division of soul and spirit, of joints and marrow, and discerns the thoughts and intentions of the heart” (Heb 4:12). This has great pastoral importance. Today too, people prefer to listen to witnesses: they “thirst for authenticity” and “call for evangelizers to speak of a God whom they themselves know and are familiar with, as if they were seeing him”.[118]

151. We are not asked to be flawless, but to keep growing and wanting to grow as we advance along the path of the Gospel; our arms must never grow slack. What is essential is that the preacher be certain that God loves him, that Jesus Christ has saved him and that his love has always the last word. Encountering such beauty, he will often feel that his life does not glorify God as it should, and he will sincerely desire to respond more fully to so great a love. Yet if he does not take time to hear God’s word with an open heart, if he does not allow it to touch his life, to challenge him, to impel him, and if he does not devote time to pray with that word, then he will indeed be a false prophet, a fraud, a shallow impostor. But by acknowledging his poverty and desiring to grow in his commitment, he will always be able to abandon himself to Christ, saying in the words of Peter: “I have no silver and gold, but what I have I give you” (Acts 3:6). The Lord wants to make use of us as living, free and creative beings who let his word enter their own hearts before then passing it on to others. Christ’s message must truly penetrate and possess the preacher, not just intellectually but in his entire being. The Holy Spirit, who inspired the word, “today, just as at the beginning of the Church, acts in every evangelizer who allows himself to be possessed and led by him. The Holy Spirit places on his lips the words which he could not find by himself”.[119]

Spiritual reading

152. There is one particular way of listening to what the Lord wishes to tell us in his word and of letting ourselves be transformed by the Spirit. It is what we call lectio divina. It consists of reading God’s word in a moment of prayer and allowing it to enlighten and renew us. This prayerful reading of the Bible is not something separate from the study undertaken by the preacher to ascertain the central message of the text; on the contrary, it should begin with that study and then go on to discern how that same message speaks to his own life. The spiritual reading of a text must start with its literal sense. Otherwise we can easily make the text say what we think is convenient, useful for confirming us in our previous decisions, suited to our own patterns of thought. Ultimately this would be tantamount to using something sacred for our own benefit and then passing on this confusion to God’s people. We must never forget that sometimes “even Satan disguises himself as an angel of light” (2 Cor 11:14).

153. In the presence of God, during a recollected reading of the text, it is good to ask, for example: “Lord, what does this text say to me? What is it about my life that you want to change by this text? What troubles me about this text? Why am I not interested in this? Or perhaps: What do I find pleasant in this text? What is it about this word that moves me? What attracts me? Why does it attract me?” When we make an effort to listen to the Lord, temptations usually arise. One of them is simply to feel troubled or burdened, and to turn away. Another common temptation is to think about what the text means for other people, and so avoid applying it to our own life. It can also happen that we look for excuses to water down the clear meaning of the text. Or we can wonder if God is demanding too much of us, asking for a decision which we are not yet prepared to make. This leads many people to stop taking pleasure in the encounter with God’s word; but this would mean forgetting that no one is more patient than God our Father, that no one is more understanding and willing to wait. He always invites us to take a step forward, but does not demand a full response if we are not yet ready. He simply asks that we sincerely look at our life and present ourselves honestly before him, and that we be willing to continue to grow, asking from him what we ourselves cannot as yet achieve.

An ear to the people

154. The preacher also needs to keep his ear to the people and to discover what it is that the faithful need to hear. A preacher has to contemplate the word, but he also has to contemplate his people. In this way he learns “of the aspirations, of riches and limitations, of ways of praying, of loving, of looking at life and the world, which distinguish this or that human gathering,” while paying attention “to actual people, to using their language, their signs and symbols, to answering the questions they ask”.[120] He needs to be able to link the message of a biblical text to a human situation, to an experience which cries out for the light of God’s word. This interest has nothing to do with shrewdness or calculation; it is profoundly religious and pastoral. Fundamentally it is a “spiritual sensitivity for reading God’s message in events”,[121] and this is much more than simply finding something interesting to say. What we are looking for is “what the Lord has to say in this or that particular circumstance”.[122] Preparation for preaching thus becomes an exercise in evangelical discernment, wherein we strive to recognize – in the light of the Spirit – “a call which God causes to resound in the historical situation itself. In this situation, and also through it, God calls the believer.”[123]

155. In this effort we may need but think of some ordinary human experience such as a joyful reunion, a moment of disappointment, the fear of being alone, compassion at the sufferings of others, uncertainty about the future, concern for a loved one, and so forth. But we need to develop a broad and profound sensitivity to what really affects other people’s lives. Let us also keep in mind that we should never respond to questions that nobody asks. Nor is it fitting to talk about the latest news in order to awaken people’s interest; we have television programmes for that. It is possible, however, to start with some fact or story so that God’s word can forcefully resound in its call to conversion, worship, commitment to fraternity and service, and so forth. Yet there will always be some who readily listen to a preacher’s commentaries on current affairs, while not letting themselves be challenged.

Homiletic resources

156. Some people think they can be good preachers because they know what ought to be said, but they pay no attention to how it should be said, that is, the concrete way of constructing a sermon. They complain when people do not listen to or appreciate them, but perhaps they have never taken the trouble to find the proper way of presenting their message. Let us remember that “the obvious importance of the content of evangelization must not overshadow the importance of its ways and means”.[124] Concern for the way we preach is likewise a profoundly spiritual concern. It entails responding to the love of God by putting all our talents and creativity at the service of the mission which he has given us; at the same time, it shows a fine, active love of neighbour by refusing to offer others a product of poor quality. In the Bible, for example, we can find advice on how to prepare a homily so as to best to reach people: “Speak concisely, say much in few words” (Sir 32:8).

157. Simply using a few examples, let us recall some practical resources which can enrich our preaching and make it more attractive. One of the most important things is to learn how to use images in preaching, how to appeal to imagery. Sometimes examples are used to clarify a certain point, but these examples usually appeal only to the mind; images, on the other hand, help people better to appreciate and accept the message we wish to communicate. An attractive image makes the message seem familiar, close to home, practical and related to everyday life. A successful image can make people savour the message, awaken a desire and move the will towards the Gospel. A good homily, an old teacher once told me, should have “an idea, a sentiment, an image.”

158. Paul VI said that “the faithful… expect much from preaching, and will greatly benefit from it, provided that it is simple, clear, direct, well-adapted”.[125] Simplicity has to do with the language we use. It must be one that people understand, lest we risk speaking to a void. Preachers often use words learned during their studies and in specialized settings which are not part of the ordinary language of their hearers. These are words that are suitable in theology or catechesis, but whose meaning is incomprehensible to the majority of Christians. The greatest risk for a preacher is that he becomes so accustomed to his own language that he thinks that everyone else naturally understands and uses it. If we wish to adapt to people’s language and to reach them with God’s word, we need to share in their lives and pay loving attention to them. Simplicity and clarity are two different things. Our language may be simple but our preaching not very clear. It can end up being incomprehensible because it is disorganized, lacks logical progression or tries to deal with too many things at one time. We need to ensure, then, that the homily has thematic unity, clear order and correlation between sentences, so that people can follow the preacher easily and grasp his line of argument.

159. Another feature of a good homily is that it is positive. It is not so much concerned with pointing out what shouldn’t be done, but with suggesting what we can do better. In any case, if it does draw attention to something negative, it will also attempt to point to a positive and attractive value, lest it remain mired in complaints, laments, criticisms and reproaches. Positive preaching always offers hope, points to the future, does not leave us trapped in negativity. How good it is when priests, deacons and the laity gather periodically to discover resources which can make preaching more attractive!

IV. EVANGELIZATION AND THE DEEPER UNDERSTANDING OF THE KERYGMA

160. The Lord’s missionary mandate includes a call to growth in faith: “Teach them to observe all that I have commanded you” (Mt 28:20). Hence it is clear that that the first proclamation also calls for ongoing formation and maturation. Evangelization aims at a process of growth which entails taking seriously each person and God’s plan for his or her life. All of us need to grow in Christ. Evangelization should stimulate a desire for this growth, so that each of us can say wholeheartedly: “It is no longer I who live, but Christ who lives in me” (Gal 2:20).

161. It would not be right to see this call to growth exclusively or primarily in terms of doctrinal formation. It has to do with “observing” all that the Lord has shown us as the way of responding to his love. Along with the virtues, this means above all the new commandment, the first and the greatest of the commandments, and the one that best identifies us as Christ’s disciples: “This is my commandment, that you love one another as I have loved you” (Jn 15:12). Clearly, whenever the New Testament authors want to present the heart of the Christian moral message, they present the essential requirement of love for one’s neighbour: “The one who loves his neighbour has fulfilled the whole law… therefore love of neighbour is the fulfilling of the law” (Rom 13:8, 10). These are the words of Saint Paul, for whom the commandment of love not only sums up the law but constitutes its very heart and purpose: “For the whole law is fulfilled in one word, ‘you shall love your neighbour as yourself’” (Gal 5:14). To his communities Paul presents the Christian life as a journey of growth in love: “May the Lord make you increase and abound in love for one another and for all” (1 Th 3:12). Saint James likewise exhorts Christians to fulfil “the royal law according to the Scripture: You shall love your neighbour as yourself” (2:8), in order not to fall short of any commandment.

162. On the other hand this process of response and growth is always preceded by God’s gift, since the Lord first says: “Baptize them in the name…” (Mt 28:19). The Father’s free gift which makes us his sons and daughters, and the priority of the gift of his grace (cf. Eph 2:8-9; 1 Cor 4:7), enable that constant sanctification which pleases God and gives him glory. In this way, we allow ourselves to be transformed in Christ through a life lived “according to the Spirit” (Rom 8:5).

Kerygmatic and mystagogical catechesis

163. Education and catechesis are at the service of this growth. We already possess a number of magisterial documents and aids on catechesis issued by the Holy See and by various episcopates. I think in particular of the Apostolic Exhortation Catechesi Tradendae (1979), the General Catechetical Directory (1997) and other documents whose contents need not be repeated here. I would like to offer a few brief considerations which I believe to be of particular significance.

164. In catechesis too, we have rediscovered the fundamental role of the first announcement or kerygma, which needs to be the centre of all evangelizing activity and all efforts at Church renewal. The kerygma is trinitarian. The fire of the Spirit is given in the form of tongues and leads us to believe in Jesus Christ who, by his death and resurrection, reveals and communicates to us the Father’s infinite mercy. On the lips of the catechist the first proclamation must ring out over and over: “Jesus Christ loves you; he gave his life to save you; and now he is living at your side every day to enlighten, strengthen and free you.” This first proclamation is called “first” not because it exists at the beginning and can then be forgotten or replaced by other more important things. It is first in a qualitative sense because it is the principal proclamation, the one which we must hear again and again in different ways, the one which we must announce one way or another throughout the process of catechesis, at every level and moment.[126] For this reason too, “the priest – like every other member of the Church – ought to grow in awareness that he himself is continually in need of being evangelized”.[127]

165. We must not think that in catechesis the kerygma gives way to a supposedly more “solid” formation. Nothing is more solid, profound, secure, meaningful and wisdom-filled than that initial proclamation. All Christian formation consists of entering more deeply into the kerygma, which is reflected in and constantly illumines, the work of catechesis, thereby enabling us to understand more fully the significance of every subject which the latter treats. It is the message capable of responding to the desire for the infinite which abides in every human heart. The centrality of the kerygma calls for stressing those elements which are most needed today: it has to express God’s saving love which precedes any moral and religious obligation on our part; it should not impose the truth but appeal to freedom; it should be marked by joy, encouragement, liveliness and a harmonious balance which will not reduce preaching to a few doctrines which are at times more philosophical than evangelical. All this demands on the part of the evangelizer certain attitudes which foster openness to the message: approachability, readiness for dialogue, patience, a warmth and welcome which is non-judgmental.

166. Another aspect of catechesis which has developed in recent decades is mystagogic initiation.[128] This basically has to do with two things: a progressive experience of formation involving the entire community and a renewed appreciation of the liturgical signs of Christian initiation. Many manuals and programmes have not yet taken sufficiently into account the need for a mystagogical renewal, one which would assume very different forms based on each educational community’s discernment. Catechesis is a proclamation of the word and is always centred on that word, yet it also demands a suitable environment and an attractive presentation, the use of eloquent symbols, insertion into a broader growth process and the integration of every dimension of the person within a communal journey of hearing and response.

167. Every form of catechesis would do well to attend to the “way of beauty” (via pulchritudinis).[129] Proclaiming Christ means showing that to believe in and to follow him is not only something right and true, but also something beautiful, capable of filling life with new splendour and profound joy, even in the midst of difficulties. Every expression of true beauty can thus be acknowledged as a path leading to an encounter with the Lord Jesus. This has nothing to do with fostering an aesthetic relativism[130] which would downplay the inseparable bond between truth, goodness and beauty, but rather a renewed esteem for beauty as a means of touching the human heart and enabling the truth and goodness of the Risen Christ to radiate within it. If, as Saint Augustine says, we love only that which is beautiful,[131] the incarnate Son, as the revelation of infinite beauty, is supremely lovable and draws us to himself with bonds of love. So a formation in the via pulchritudinis ought to be part of our effort to pass on the faith. Each particular Church should encourage the use of the arts in evangelization, building on the treasures of the past but also drawing upon the wide variety of contemporary expressions so as to transmit the faith in a new “language of parables”.[132] We must be bold enough to discover new signs and new symbols, new flesh to embody and communicate the word, and different forms of beauty which are valued in different cultural settings, including those unconventional modes of beauty which may mean little to the evangelizers, yet prove particularly attractive for others.

168. As for the moral component of catechesis, which promotes growth in fidelity to the Gospel way of life, it is helpful to stress again and again the attractiveness and the ideal of a life of wisdom, self-fulfilment and enrichment. In the light of that positive message, our rejection of the evils which endanger that life can be better understood. Rather than experts in dire predictions, dour judges bent on rooting out every threat and deviation, we should appear as joyful messengers of challenging proposals, guardians of the goodness and beauty which shine forth in a life of fidelity to the Gospel.

Personal accompaniment in processes of growth

169. In a culture paradoxically suffering from anonymity and at the same time obsessed with the details of other people’s lives, shamelessly given over to morbid curiosity, the Church must look more closely and sympathetically at others whenever necessary. In our world, ordained ministers and other pastoral workers can make present the fragrance of Christ’s closeness and his personal gaze. The Church will have to initiate everyone – priests, religious and laity – into this “art of accompaniment” which teaches us to remove our sandals before the sacred ground of the other (cf. Ex 3:5). The pace of this accompaniment must be steady and reassuring, reflecting our closeness and our compassionate gaze which also heals, liberates and encourages growth in the Christian life.

170. Although it sounds obvious, spiritual accompaniment must lead others ever closer to God, in whom we attain true freedom. Some people think they are free if they can avoid God; they fail to see that they remain existentially orphaned, helpless, homeless. They cease being pilgrims and become drifters, flitting around themselves and never getting anywhere. To accompany them would be counterproductive if it became a sort of therapy supporting their self-absorption and ceased to be a pilgrimage with Christ to the Father.

171. Today more than ever we need men and women who, on the basis of their experience of accompanying others, are familiar with processes which call for prudence, understanding, patience and docility to the Spirit, so that they can protect the sheep from wolves who would scatter the flock. We need to practice the art of listening, which is more than simply hearing. Listening, in communication, is an openness of heart which makes possible that closeness without which genuine spiritual encounter cannot occur. Listening helps us to find the right gesture and word which shows that we are more than simply bystanders. Only through such respectful and compassionate listening can we enter on the paths of true growth and awaken a yearning for the Christian ideal: the desire to respond fully to God’s love and to bring to fruition what he has sown in our lives. But this always demands the patience of one who knows full well what Saint Thomas Aquinas tells us: that anyone can have grace and charity, and yet falter in the exercise of the virtues because of persistent “contrary inclinations”.[133] In other words, the organic unity of the virtues always and necessarily exists in habitu, even though forms of conditioning can hinder the operations of those virtuous habits. Hence the need for “a pedagogy which will introduce people step by step to the full appropriation of the mystery”.[134] Reaching a level of maturity where individuals can make truly free and responsible decisions calls for much time and patience. As Blessed Peter Faber used to say: “Time is God’s messenger”.

172. One who accompanies others has to realize that each person’s situation before God and their life in grace are mysteries which no one can fully know from without. The Gospel tells us to correct others and to help them to grow on the basis of a recognition of the objective evil of their actions (cf. Mt 18:15), but without making judgements about their responsibility and culpability (cf. Mt 7:1; Lk 6:37). Someone good at such accompaniment does not give in to frustrations or fears. He or she invites others to let themselves be healed, to take up their mat, embrace the cross, leave all behind and go forth ever anew to proclaim the Gospel. Our personal experience of being accompanied and assisted, and of openness to those who accompany us, will teach us to be patient and compassionate with others, and to find the right way to gain their trust, their openness and their readiness to grow.

173. Genuine spiritual accompaniment always begins and flourishes in the context of service to the mission of evangelization. Paul’s relationship with Timothy and Titus provides an example of this accompaniment and formation which takes place in the midst of apostolic activity. Entrusting them with the mission of remaining in each city to “put in order what remains to be done” (Tit 1:5; cf. 1 Tim 1:3-5), Paul also gives them rules for their personal lives and their pastoral activity. This is clearly distinct from every kind of intrusive accompaniment or isolated self-realization. Missionary disciples accompany missionary disciples.

Centred on the word of God

174. Not only the homily has to be nourished by the word of God. All evangelization is based on that word, listened to, meditated upon, lived, celebrated and witnessed to. The sacred Scriptures are the very source of evangelization. Consequently, we need to be constantly trained in hearing the word. The Church does not evangelize unless she constantly lets herself be evangelized. It is indispensable that the word of God “be ever more fully at the heart of every ecclesial activity”.[135] God’s word, listened to and celebrated, above all in the Eucharist, nourishes and inwardly strengthens Christians, enabling them to offer an authentic witness to the Gospel in daily life. We have long since moved beyond that old contraposition between word and sacrament. The preaching of the word, living and effective, prepares for the reception of the sacrament, and in the sacrament that word attains its maximum efficacy.

175. The study of the sacred Scriptures must be a door opened to every believer.[136] It is essential that the revealed word radically enrich our catechesis and all our efforts to pass on the faith.[137] Evangelization demands familiarity with God’s word, which calls for dioceses, parishes and Catholic associations to provide for a serious, ongoing study of the Bible, while encouraging its prayerful individual and communal reading.[138] We do not blindly seek God, or wait for him to speak to us first, for “God has already spoken, and there is nothing further that we need to know, which has not been revealed to us”.[139] Let us receive the sublime treasure of the revealed word.
CHAPTER FOUR

176. To evangelize is to make the kingdom of God present in our world. Yet “any partial or fragmentary definition which attempts to render the reality of evangelization in all its richness, complexity and dynamism does so only at the risk of impoverishing it and even of distorting it”.[140] I would now like to share my concerns about the social dimension of evangelization, precisely because if this dimension is not properly brought out, there is a constant risk of distorting the authentic and integral meaning of the mission of evangelization.

I. COMMUNAL AND SOCIETAL REPERCUSSIONS OF THE KERYGMA

177. The kerygma has a clear social content: at the very heart of the Gospel is life in community and engagement with others. The content of the first proclamation has an immediate moral implication centred on charity.

Confession of faith and commitment to society

178. To believe in a Father who loves all men and women with an infinite love means realizing that “he thereby confers upon them an infinite dignity”.[141] To believe that the Son of God assumed our human flesh means that each human person has been taken up into the very heart of God. To believe that Jesus shed his blood for us removes any doubt about the boundless love which ennobles each human being. Our redemption has a social dimension because “God, in Christ, redeems not only the individual person, but also the social relations existing between men”.[142] To believe that the Holy Spirit is at work in everyone means realizing that he seeks to penetrate every human situation and all social bonds: “The Holy Spirit can be said to possess an infinite creativity, proper to the divine mind, which knows how to loosen the knots of human affairs, even the most complex and inscrutable”.[143] Evangelization is meant to cooperate with this liberating work of the Spirit. The very mystery of the Trinity reminds us that we have been created in the image of that divine communion, and so we cannot achieve fulfilment or salvation purely by our own efforts. From the heart of the Gospel we see the profound connection between evangelization and human advancement, which must necessarily find expression and develop in every work of evangelization. Accepting the first proclamation, which invites us to receive God’s love and to love him in return with the very love which is his gift, brings forth in our lives and actions a primary and fundamental response: to desire, seek and protect the good of others.

179. This inseparable bond between our acceptance of the message of salvation and genuine fraternal love appears in several scriptural texts which we would do well to meditate upon, in order to appreciate all their consequences. The message is one which we often take for granted, and can repeat almost mechanically, without necessarily ensuring that it has a real effect on our lives and in our communities. How dangerous and harmful this is, for it makes us lose our amazement, our excitement and our zeal for living the Gospel of fraternity and justice! God’s word teaches that our brothers and sisters are the prolongation of the incarnation for each of us: “As you did it to one of these, the least of my brethren, you did it to me” (Mt 25:40). The way we treat others has a transcendent dimension: “the measure you give will be the measure you get” (Mt 7:2). It corresponds to the mercy which God has shown us: “Be merciful, just as your Father is merciful. Do not judge, and you will not be judged; do not condemn, and you will not be condemned. Forgive, and you will be forgiven; give, and it will be given to you… For the measure you give will be the measure you get back” (Lk 6:36-38). What these passages make clear is the absolute priority of “going forth from ourselves towards our brothers and sisters” as one of the two great commandments which ground every moral norm and as the clearest sign for discerning spiritual growth in response to God’s completely free gift. For this reason, “the service of charity is also a constituent element of the Church’s mission and an indispensable expression of her very being”.[144] By her very nature the Church is missionary; she abounds in effective charity and a compassion which understands, assists and promotes.

The kingdom and its challenge

180. Reading the Scriptures also makes it clear that the Gospel is not merely about our personal relationship with God. Nor should our loving response to God be seen simply as an accumulation of small personal gestures to individuals in need, a kind of “charity à la carte”, or a series of acts aimed solely at easing our conscience. The Gospel is about the kingdom of God (cf. Lk 4:43); it is about loving God who reigns in our world. To the extent that he reigns within us, the life of society will be a setting for universal fraternity, justice, peace and dignity. Both Christian preaching and life, then, are meant to have an impact on society. We are seeking God’s kingdom: “Seek first God’s kingdom and his righteousness, and all these things will be given to you as well” (Mt 6:33). Jesus’ mission is to inaugurate the kingdom of his Father; he commands his disciples to proclaim the good news that “the kingdom of heaven is at hand” (Mt 10:7).

181. The kingdom, already present and growing in our midst, engages us at every level of our being and reminds us of the principle of discernment which Pope Paul VI applied to true development: it must be directed to “all men and the whole man”.[145] We know that “evangelization would not be complete if it did not take account of the unceasing interplay of the Gospel and of man’s concrete life, both personal and social”.[146] This is the principle of universality intrinsic to the Gospel, for the Father desires the salvation of every man and woman, and his saving plan consists in “gathering up all things in Christ, things in heaven and things on earth” (Eph 1:10). Our mandate is to “go into all the world and proclaim the good news to the whole creation” (Mk 16:15), for “the creation waits with eager longing for the revealing of the children of God” (Rom 8:19). Here, “the creation” refers to every aspect of human life; consequently, “the mission of proclaiming the good news of Jesus Christ has a universal destination. Its mandate of charity encompasses all dimensions of existence, all individuals, all areas of community life, and all peoples. Nothing human can be alien to it”.[147] True Christian hope, which seeks the eschatological kingdom, always generates history.
The Church’s teaching on social questions

182. The Church’s teachings concerning contingent situations are subject to new and further developments and can be open to discussion, yet we cannot help but be concrete – without presuming to enter into details – lest the great social principles remain mere generalities which challenge no one. There is a need to draw practical conclusions, so that they “will have greater impact on the complexities of current situations”.[148] The Church’s pastors, taking into account the contributions of the different sciences, have the right to offer opinions on all that affects people’s lives, since the task of evangelization implies and demands the integral promotion of each human being. It is no longer possible to claim that religion should be restricted to the private sphere and that it exists only to prepare souls for heaven. We know that God wants his children to be happy in this world too, even though they are called to fulfilment in eternity, for he has created all things “for our enjoyment” (1 Tim 6:17), the enjoyment of everyone. It follows that Christian conversion demands reviewing especially those areas and aspects of life “related to the social order and the pursuit of the common good”.[149]

183. Consequently, no one can demand that religion should be relegated to the inner sanctum of personal life, without influence on societal and national life, without concern for the soundness of civil institutions, without a right to offer an opinion on events affecting society. Who would claim to lock up in a church and silence the message of Saint Francis of Assisi or Blessed Teresa of Calcutta? They themselves would have found this unacceptable. An authentic faith – which is never comfortable or completely personal – always involves a deep desire to change the world, to transmit values, to leave this earth somehow better that we found it. We love this magnificent planet on which God has put us, and we love the human family which dwells here, with all its tragedies and struggles, its hopes and aspirations, its strengths and weaknesses. The earth is our common home and all of us are brothers and sisters. If indeed “the just ordering of society and of the state is a central responsibility of politics”, the Church “cannot and must not remain on the sidelines in the fight for justice”.[150] All Christians, their pastors included, are called to show concern for the building of a better world. This is essential, for the Church’s social thought is primarily positive: it offers proposals, it works for change and in this sense it constantly points to the hope born of the loving heart of Jesus Christ. At the same time, it unites “its own commitment to that made in the social field by other Churches and Ecclesial Communities, whether at the level of doctrinal reflection or at the practical level”.[151]

184. This is not the time or the place to examine in detail the many grave social questions affecting today’s world, some of which I have dealt with in the second chapter. This Exhortation is not a social document, and for reflection on those different themes we have a most suitable tool in the Compendium of the Social Doctrine of the Church, whose use and study I heartily recommend. Furthermore, neither the Pope nor the Church have a monopoly on the interpretation of social realities or the proposal of solutions to contemporary problems. Here I can repeat the insightful observation of Pope Paul VI: “In the face of such widely varying situations, it is difficult for us to utter a unified message and to put forward a solution which has universal validity. This is not our ambition, nor is it our mission. It is up to the Christian communities to analyze with objectivity the situation which is proper to their own country”.[152]

185. In what follows I intend to concentrate on two great issues which strike me as fundamental at this time in history. I will treat them more fully because I believe that they will shape the future of humanity. These issues are first, the inclusion of the poor in society, and second, peace and social dialogue.

II. THE INCLUSION OF THE POOR IN SOCIETY

186. Our faith in Christ, who became poor, and was always close to the poor and the outcast, is the basis of our concern for the integral development of society’s most neglected members.

In union with God, we hear a plea

187. Each individual Christian and every community is called to be an instrument of God for the liberation and promotion of the poor, and for enabling them to be fully a part of society. This demands that we be docile and attentive to the cry of the poor and to come to their aid. A mere glance at the Scriptures is enough to make us see how our gracious Father wants to hear the cry of the poor: “I have observed the misery of my people who are in Egypt; I have heard their cry on account of their taskmasters. Indeed, I know their sufferings, and I have come down to deliver them… so I will send you…” (Ex 3:7-8, 10). We also see how he is concerned for their needs: “When the Israelites cried out to the Lord, the Lord raised up for them a deliverer” (Jg 3:15). If we, who are God’s means of hearing the poor, turn deaf ears to this plea, we oppose the Father’s will and his plan; that poor person “might cry to the Lord against you, and you would incur guilt” (Dt 15:9). A lack of solidarity towards his or her needs will directly affect our relationship with God: “For if in bitterness of soul he calls down a curse upon you, his Creator will hear his prayer” (Sir 4:6). The old question always returns: “How does God’s love abide in anyone who has the world’s goods, and sees a brother or sister in need and yet refuses help?” (1 Jn 3:17). Let us recall also how bluntly the apostle James speaks of the cry of the oppressed: “The wages of the laborers who mowed your fields, which you kept back by fraud, cry out, and the cries of the harvesters have reached the ears of the Lord of hosts” (5:4).

188. The Church has realized that the need to heed this plea is itself born of the liberating action of grace within each of us, and thus it is not a question of a mission reserved only to a few: “The Church, guided by the Gospel of mercy and by love for mankind, hears the cry for justice and intends to respond to it with all her might”.[153] In this context we can understand Jesus’ command to his disciples: “You yourselves give them something to eat!” (Mk 6:37): it means working to eliminate the structural causes of poverty and to promote the integral development of the poor, as well as small daily acts of solidarity in meeting the real needs which we encounter. The word “solidarity” is a little worn and at times poorly understood, but it refers to something more than a few sporadic acts of generosity. It presumes the creation of a new mindset which thinks in terms of community and the priority of the life of all over the appropriation of goods by a few.

189. Solidarity is a spontaneous reaction by those who recognize that the social function of property and the universal destination of goods are realities which come before private property. The private ownership of goods is justified by the need to protect and increase them, so that they can better serve the common good; for this reason, solidarity must be lived as the decision to restore to the poor what belongs to them. These convictions and habits of solidarity, when they are put into practice, open the way to other structural transformations and make them possible. Changing structures without generating new convictions and attitudes will only ensure that those same structures will become, sooner or later, corrupt, oppressive and ineffectual.

190. Sometimes it is a matter of hearing the cry of entire peoples, the poorest peoples of the earth, since “peace is founded not only on respect for human rights, but also on respect for the rights of peoples”.[154] Sadly, even human rights can be used as a justification for an inordinate defense of individual rights or the rights of the richer peoples. With due respect for the autonomy and culture of every nation, we must never forget that the planet belongs to all mankind and is meant for all mankind; the mere fact that some people are born in places with fewer resources or less development does not justify the fact that they are living with less dignity. It must be reiterated that “the more fortunate should renounce some of their rights so as to place their goods more generously at the service of others”.[155] To speak properly of our own rights, we need to broaden our perspective and to hear the plea of other peoples and other regions than those of our own country. We need to grow in a solidarity which “would allow all peoples to become the artisans of their destiny”,[156] since “every person is called to self-fulfilment”.[157]

191. In all places and circumstances, Christians, with the help of their pastors, are called to hear the cry of the poor. This has been eloquently stated by the bishops of Brazil: “We wish to take up daily the joys and hopes, the difficulties and sorrows of the Brazilian people, especially of those living in the barrios and the countryside – landless, homeless, lacking food and health care – to the detriment of their rights. Seeing their poverty, hearing their cries and knowing their sufferings, we are scandalized because we know that there is enough food for everyone and that hunger is the result of a poor distribution of goods and income. The problem is made worse by the generalized practice of wastefulness”.[158]

192. Yet we desire even more than this; our dream soars higher. We are not simply talking about ensuring nourishment or a “dignified sustenance” for all people, but also their “general temporal welfare and prosperity”.[159] This means education, access to health care, and above all employment, for it is through free, creative, participatory and mutually supportive labour that human beings express and enhance the dignity of their lives. A just wage enables them to have adequate access to all the other goods which are destined for our common use.
Fidelity to the Gospel, lest we run in vain
193. We incarnate the duty of hearing the cry of the poor when we are deeply moved by the suffering of others. Let us listen to what God’s word teaches us about mercy, and allow that word to resound in the life of the Church. The Gospel tells us: “Blessed are the merciful, because they shall obtain mercy” (Mt 5:7). The apostle James teaches that our mercy to others will vindicate us on the day of God’s judgement: “So speak and so act as those who are to be judged under the law of liberty. For judgement is without mercy to one who has shown no mercy, yet mercy triumphs over judgement” (Jas 2:12-13). Here James is faithful to the finest tradition of post-exilic Jewish spirituality, which attributed a particular salutary value to mercy: “Break off your sins by practising righteousness, and your iniquities by showing mercy to the oppressed, that there may perhaps be a lengthening of your tranquillity” (Dan 4:27). The wisdom literature sees almsgiving as a concrete exercise of mercy towards those in need: “Almsgiving delivers from death, and it will purge away every sin” (Tob 12:9). The idea is expressed even more graphically by Sirach: “Water extinguishes blazing fire: so almsgiving atones for sin” (Sir 3:30). The same synthesis appears in the New Testament: “Maintain constant love for one another, for love covers a multitude of sins” (1 Pet 4:8). This truth greatly influenced the thinking of the Fathers of the Church and helped create a prophetic, counter-cultural resistance to the self-centred hedonism of paganism. We can recall a single example: “If we were in peril from fire, we would certainly run to water in order to extinguish the fire… in the same way, if a spark of sin flares up from our straw, and we are troubled on that account, whenever we have an opportunity to perform a work of mercy, we should rejoice, as if a fountain opened before so that the fire might be extinguished”.[160]

194. This message is so clear and direct, so simple and eloquent, that no ecclesial interpretation has the right to relativize it. The Church’s reflection on these texts ought not to obscure or weaken their force, but urge us to accept their exhortations with courage and zeal. Why complicate something so simple? Conceptual tools exist to heighten contact with the realities they seek to explain, not to distance us from them. This is especially the case with those biblical exhortations which summon us so forcefully to brotherly love, to humble and generous service, to justice and mercy towards the poor. Jesus taught us this way of looking at others by his words and his actions. So why cloud something so clear? We should not be concerned simply about falling into doctrinal error, but about remaining faithful to this light-filled path of life and wisdom. For “defenders of orthodoxy are sometimes accused of passivity, indulgence, or culpable complicity regarding the intolerable situations of injustice and the political regimes which prolong them”.[161]

195. When Saint Paul approached the apostles in Jerusalem to discern whether he was “running or had run in vain” (Gal 2:2), the key criterion of authenticity which they presented was that he should not forget the poor (cf. Gal 2:10). This important principle, namely that the Pauline communities should not succumb to the self-centred lifestyle of the pagans, remains timely today, when a new self-centred paganism is growing. We may not always be able to reflect adequately the beauty of the Gospel, but there is one sign which we should never lack: the option for those who are least, those whom society discards.

196. Sometimes we prove hard of heart and mind; we are forgetful, distracted and carried away by the limitless possibilities for consumption and distraction offered by contemporary society. This leads to a kind of alienation at every level, for “a society becomes alienated when its forms of social organization, production and consumption make it more difficult to offer the gift of self and to establish solidarity between people”.[162]

The special place of the poor in God’s people

197. God’s heart has a special place for the poor, so much so that he himself “became poor” (2 Cor 8:9). The entire history of our redemption is marked by the presence of the poor. Salvation came to us from the “yes” uttered by a lowly maiden from a small town on the fringes of a great empire. The Saviour was born in a manger, in the midst of animals, like children of poor families; he was presented at the Temple along with two turtledoves, the offering made by those who could not afford a lamb (cf. Lk 2:24; Lev 5:7); he was raised in a home of ordinary workers and worked with his own hands to earn his bread. When he began to preach the Kingdom, crowds of the dispossessed followed him, illustrating his words: “The Spirit of the Lord is upon me, because he has anointed me to preach good news to the poor” (Lk 4:18). He assured those burdened by sorrow and crushed by poverty that God has a special place for them in his heart: “Blessed are you poor, yours is the kingdom of God” (Lk 6:20); he made himself one of them: “I was hungry and you gave me food to eat”, and he taught them that mercy towards all of these is the key to heaven (cf. Mt 25:5ff.).

198. For the Church, the option for the poor is primarily a theological category rather than a cultural, sociological, political or philosophical one. God shows the poor “his first mercy”.[163] This divine preference has consequences for the faith life of all Christians, since we are called to have “this mind… which was in Jesus Christ” (Phil 2:5). Inspired by this, the Church has made an option for the poor which is understood as a “special form of primacy in the exercise of Christian charity, to which the whole tradition of the Church bears witness”.[164] This option – as Benedict XVI has taught – “is implicit in our Christian faith in a God who became poor for us, so as to enrich us with his poverty”.[165] This is why I want a Church which is poor and for the poor. They have much to teach us. Not only do they share in the sensus fidei, but in their difficulties they know the suffering Christ. We need to let ourselves be evangelized by them. The new evangelization is an invitation to acknowledge the saving power at work in their lives and to put them at the centre of the Church’s pilgrim way. We are called to find Christ in them, to lend our voice to their causes, but also to be their friends, to listen to them, to speak for them and to embrace the mysterious wisdom which God wishes to share with us through them.

199. Our commitment does not consist exclusively in activities or programmes of promotion and assistance; what the Holy Spirit mobilizes is not an unruly activism, but above all an attentiveness which considers the other “in a certain sense as one with ourselves”.[166] This loving attentiveness is the beginning of a true concern for their person which inspires me effectively to seek their good. This entails appreciating the poor in their goodness, in their experience of life, in their culture, and in their ways of living the faith. True love is always contemplative, and permits us to serve the other not out of necessity or vanity, but rather because he or she is beautiful above and beyond mere appearances: “The love by which we find the other pleasing leads us to offer him something freely”.[167] The poor person, when loved, “is esteemed as of great value”,[168] and this is what makes the authentic option for the poor differ from any other ideology, from any attempt to exploit the poor for one’s own personal or political interest. Only on the basis of this real and sincere closeness can we properly accompany the poor on their path of liberation. Only this will ensure that “in every Christian community the poor feel at home. Would not this approach be the greatest and most effective presentation of the good news of the kingdom?”[169] Without the preferential option for the poor, “the proclamation of the Gospel, which is itself the prime form of charity, risks being misunderstood or submerged by the ocean of words which daily engulfs us in today’s society of mass communications”.[170]

200. Since this Exhortation is addressed to members of the Catholic Church, I want to say, with regret, that the worst discrimination which the poor suffer is the lack of spiritual care. The great majority of the poor have a special openness to the faith; they need God and we must not fail to offer them his friendship, his blessing, his word, the celebration of the sacraments and a journey of growth and maturity in the faith. Our preferential option for the poor must mainly translate into a privileged and preferential religious care.

201. No one must say that they cannot be close to the poor because their own lifestyle demands more attention to other areas. This is an excuse commonly heard in academic, business or professional, and even ecclesial circles. While it is quite true that the essential vocation and mission of the lay faithful is to strive that earthly realities and all human activity may be transformed by the Gospel,[171] none of us can think we are exempt from concern for the poor and for social justice: “Spiritual conversion, the intensity of the love of God and neighbour, zeal for justice and peace, the Gospel meaning of the poor and of poverty, are required of everyone”.[172] I fear that these words too may give rise to commentary or discussion with no real practical effect. That being said, I trust in the openness and readiness of all Christians, and I ask you to seek, as a community, creative ways of accepting this renewed call.

The economy and the distribution of income

202. The need to resolve the structural causes of poverty cannot be delayed, not only for the pragmatic reason of its urgency for the good order of society, but because society needs to be cured of a sickness which is weakening and frustrating it, and which can only lead to new crises. Welfare projects, which meet certain urgent needs, should be considered merely temporary responses. As long as the problems of the poor are not radically resolved by rejecting the absolute autonomy of markets and financial speculation and by attacking the structural causes of inequality,[173] no solution will be found for the world’s problems or, for that matter, to any problems. Inequality is the root of social ills.
203. The dignity of each human person and the pursuit of the common good are concerns which ought to shape all economic policies. At times, however, they seem to be a mere addendum imported from without in order to fill out a political discourse lacking in perspectives or plans for true and integral development. How many words prove irksome to this system! It is irksome when the question of ethics is raised, when global solidarity is invoked, when the distribution of goods is mentioned, when reference in made to protecting labour and defending the dignity of the powerless, when allusion is made to a God who demands a commitment to justice. At other times these issues are exploited by a rhetoric which cheapens them. Casual indifference in the face of such questions empties our lives and our words of all meaning. Business is a vocation, and a noble vocation, provided that those engaged in it see themselves challenged by a greater meaning in life; this will enable them truly to serve the common good by striving to increase the goods of this world and to make them more accessible to all.

204. We can no longer trust in the unseen forces and the invisible hand of the market. Growth in justice requires more than economic growth, while presupposing such growth: it requires decisions, programmes, mechanisms and processes specifically geared to a better distribution of income, the creation of sources of employment and an integral promotion of the poor which goes beyond a simple welfare mentality. I am far from proposing an irresponsible populism, but the economy can no longer turn to remedies that are a new poison, such as attempting to increase profits by reducing the work force and thereby adding to the ranks of the excluded.

205. I ask God to give us more politicians capable of sincere and effective dialogue aimed at healing the deepest roots – and not simply the appearances – of the evils in our world! Politics, though often denigrated, remains a lofty vocation and one of the highest forms of charity, inasmuch as it seeks the common good.[174] We need to be convinced that charity “is the principle not only of micro-relationships (with friends, with family members or within small groups) but also of macro-relationships (social, economic and political ones)”.[175] I beg the Lord to grant us more politicians who are genuinely disturbed by the state of society, the people, the lives of the poor! It is vital that government leaders and financial leaders take heed and broaden their horizons, working to ensure that all citizens have dignified work, education and healthcare. Why not turn to God and ask him to inspire their plans? I am firmly convinced that openness to the transcendent can bring about a new political and economic mindset which would help to break down the wall of separation between the economy and the common good of society.

206. Economy, as the very word indicates, should be the art of achieving a fitting management of our common home, which is the world as a whole. Each meaningful economic decision made in one part of the world has repercussions everywhere else; consequently, no government can act without regard for shared responsibility. Indeed, it is becoming increasingly difficult to find local solutions for enormous global problems which overwhelm local politics with difficulties to resolve. If we really want to achieve a healthy world economy, what is needed at this juncture of history is a more efficient way of interacting which, with due regard for the sovereignty of each nation, ensures the economic well-being of all countries, not just of a few.

207. Any Church community, if it thinks it can comfortably go its own way without creative concern and effective cooperation in helping the poor to live with dignity and reaching out to everyone, will also risk breaking down, however much it may talk about social issues or criticize governments. It will easily drift into a spiritual worldliness camouflaged by religious practices, unproductive meetings and empty talk.

208. If anyone feels offended by my words, I would respond that I speak them with affection and with the best of intentions, quite apart from any personal interest or political ideology. My words are not those of a foe or an opponent. I am interested only in helping those who are in thrall to an individualistic, indifferent and self-centred mentality to be freed from those unworthy chains and to attain a way of living and thinking which is more humane, noble and fruitful, and which will bring dignity to their presence on this earth.

Concern for the vulnerable
209. Jesus, the evangelizer par excellence and the Gospel in person, identifies especially with the little ones (cf. Mt 25:40). This reminds us Christians that we are called to care for the vulnerable of the earth. But the current model, with its emphasis on success and self-reliance, does not appear to favour an investment in efforts to help the slow, the weak or the less talented to find opportunities in life.

210. It is essential to draw near to new forms of poverty and vulnerability, in which we are called to recognize the suffering Christ, even if this appears to bring us no tangible and immediate benefits. I think of the homeless, the addicted, refugees, indigenous peoples, the elderly who are increasingly isolated and abandoned, and many others. Migrants present a particular challenge for me, since I am the pastor of a Church without frontiers, a Church which considers herself mother to all. For this reason, I exhort all countries to a generous openness which, rather than fearing the loss of local identity, will prove capable of creating new forms of cultural synthesis. How beautiful are those cities which overcome paralysing mistrust, integrate those who are different and make this very integration a new factor of development! How attractive are those cities which, even in their architectural design, are full of spaces which connect, relate and favour the recognition of others!
211. I have always been distressed at the lot of those who are victims of various kinds of human trafficking. How I wish that all of us would hear God’s cry: “Where is your brother?” (Gen 4:9). Where is your brother or sister who is enslaved? Where is the brother and sister whom you are killing each day in clandestine warehouses, in rings of prostitution, in children used for begging, in exploiting undocumented labour. Let us not look the other way. There is greater complicity than we think. The issue involves everyone! This infamous network of crime is now well established in our cities, and many people have blood on their hands as a result of their comfortable and silent complicity.

212. Doubly poor are those women who endure situations of exclusion, mistreatment and violence, since they are frequently less able to defend their rights. Even so, we constantly witness among them impressive examples of daily heroism in defending and protecting their vulnerable families.

213. Among the vulnerable for whom the Church wishes to care with particular love and concern are unborn children, the most defenceless and innocent among us. Nowadays efforts are made to deny them their human dignity and to do with them whatever one pleases, taking their lives and passing laws preventing anyone from standing in the way of this. Frequently, as a way of ridiculing the Church’s effort to defend their lives, attempts are made to present her position as ideological, obscurantist and conservative. Yet this defence of unborn life is closely linked to the defence of each and every other human right. It involves the conviction that a human being is always sacred and inviolable, in any situation and at every stage of development. Human beings are ends in themselves and never a means of resolving other problems. Once this conviction disappears, so do solid and lasting foundations for the defence of human rights, which would always be subject to the passing whims of the powers that be. Reason alone is sufficient to recognize the inviolable value of each single human life, but if we also look at the issue from the standpoint of faith, “every violation of the personal dignity of the human being cries out in vengeance to God and is an offence against the creator of the individual”.[176]

214. Precisely because this involves the internal consistency of our message about the value of the human person, the Church cannot be expected to change her position on this question. I want to be completely honest in this regard. This is not something subject to alleged reforms or “modernizations”. It is not “progressive” to try to resolve problems by eliminating a human life. On the other hand, it is also true that we have done little to adequately accompany women in very difficult situations, where abortion appears as a quick solution to their profound anguish, especially when the life developing within them is the result of rape or a situation of extreme poverty. Who can remain unmoved before such painful situations?

215. There are other weak and defenceless beings who are frequently at the mercy of economic interests or indiscriminate exploitation. I am speaking of creation as a whole. We human beings are not only the beneficiaries but also the stewards of other creatures. Thanks to our bodies, God has joined us so closely to the world around us that we can feel the desertification of the soil almost as a physical ailment, and the extinction of a species as a painful disfigurement. Let us not leave in our wake a swath of destruction and death which will affect our own lives and those of future generations.[177] Here I would make my own the touching and prophetic lament voiced some years ago by the bishops of the Philippines: “An incredible variety of insects lived in the forest and were busy with all kinds of tasks… Birds flew through the air, their bright plumes and varying calls adding color and song to the green of the forests… God intended this land for us, his special creatures, but not so that we might destroy it and turn it into a wasteland… After a single night’s rain, look at the chocolate brown rivers in your locality and remember that they are carrying the life blood of the land into the sea… How can fish swim in sewers like the Pasig and so many more rivers which we have polluted? Who has turned the wonderworld of the seas into underwater cemeteries bereft of color and life?”[178]

216. Small yet strong in the love of God, like Saint Francis of Assisi, all of us, as Christians, are called to watch over and protect the fragile world in which we live, and all its peoples.

III. THE COMMON GOOD AND PEACE IN SOCIETY

217. We have spoken at length about joy and love, but the word of God also speaks about the fruit of peace (cf. Gal 5:22).

218. Peace in society cannot be understood as pacification or the mere absence of violence resulting from the domination of one part of society over others. Nor does true peace act as a pretext for justifying a social structure which silences or appeases the poor, so that the more affluent can placidly support their lifestyle while others have to make do as they can. Demands involving the distribution of wealth, concern for the poor and human rights cannot be suppressed under the guise of creating a consensus on paper or a transient peace for a contented minority. The dignity of the human person and the common good rank higher than the comfort of those who refuse to renounce their privileges. When these values are threatened, a prophetic voice must be raised.

219. Nor is peace “simply the absence of warfare, based on a precarious balance of power; it is fashioned by efforts directed day after day towards the establishment of the ordered universe willed by God, with a more perfect justice among men”.[179] In the end, a peace which is not the result of integral development will be doomed; it will always spawn new conflicts and various forms of violence.

220. People in every nation enhance the social dimension of their lives by acting as committed and responsible citizens, not as a mob swayed by the powers that be. Let us not forget that “responsible citizenship is a virtue, and participation in political life is a moral obligation”.[180] Yet becoming a people demands something more. It is an ongoing process in which every new generation must take part: a slow and arduous effort calling for a desire for integration and a willingness to achieve this through the growth of a peaceful and multifaceted culture of encounter.

221. Progress in building a people in peace, justice and fraternity depends on four principles related to constant tensions present in every social reality. These derive from the pillars of the Church’s social doctrine, which serve as “primary and fundamental parameters of reference for interpreting and evaluating social phenomena”.[181] In their light I would now like to set forth these four specific principles which can guide the development of life in society and the building of a people where differences are harmonized within a shared pursuit. I do so out of the conviction that their application can be a genuine path to peace within each nation and in the entire world.

Time is greater than space

222. A constant tension exists between fullness and limitation. Fullness evokes the desire for complete possession, while limitation is a wall set before us. Broadly speaking, “time” has to do with fullness as an expression of the horizon which constantly opens before us, while each individual moment has to do with limitation as an expression of enclosure. People live poised between each individual moment and the greater, brighter horizon of the utopian future as the final cause which draws us to itself. Here we see a first principle for progress in building a people: time is greater than space.

223. This principle enables us to work slowly but surely, without being obsessed with immediate results. It helps us patiently to endure difficult and adverse situations, or inevitable changes in our plans. It invites us to accept the tension between fullness and limitation, and to give a priority to time. One of the faults which we occasionally observe in sociopolitical activity is that spaces and power are preferred to time and processes. Giving priority to space means madly attempting to keep everything together in the present, trying to possess all the spaces of power and of self-assertion; it is to crystallize processes and presume to hold them back. Giving priority to time means being concerned about initiating processes rather than possessing spaces. Time governs spaces, illumines them and makes them links in a constantly expanding chain, with no possibility of return. What we need, then, is to give priority to actions which generate new processes in society and engage other persons and groups who can develop them to the point where they bear fruit in significant historical events. Without anxiety, but with clear convictions and tenacity.

224. Sometimes I wonder if there are people in today’s world who are really concerned about generating processes of people-building, as opposed to obtaining immediate results which yield easy, quick short-term political gains, but do not enhance human fullness. History will perhaps judge the latter with the criterion set forth by Romano Guardini: “The only measure for properly evaluating an age is to ask to what extent it fosters the development and attainment of a full and authentically meaningful human existence, in accordance with the peculiar character and the capacities of that age”.[182]

225. This criterion also applies to evangelization, which calls for attention to the bigger picture, openness to suitable processes and concern for the long run. The Lord himself, during his earthly life, often warned his disciples that there were things they could not yet understand and that they would have to await the Holy Spirit (cf. Jn 16:12-13). The parable of the weeds among the wheat (cf. Mt 13:24-30) graphically illustrates an important aspect of evangelization: the enemy can intrude upon the kingdom and sow harm, but ultimately he is defeated by the goodness of the wheat.

Unity prevails over conflict

226. Conflict cannot be ignored or concealed. It has to be faced. But if we remain trapped in conflict, we lose our perspective, our horizons shrink and reality itself begins to fall apart. In the midst of conflict, we lose our sense of the profound unity of reality.

227. When conflict arises, some people simply look at it and go their way as if nothing happened; they wash their hands of it and get on with their lives. Others embrace it in such a way that they become its prisoners; they lose their bearings, project onto institutions their own confusion and dissatisfaction and thus make unity impossible. But there is also a third way, and it is the best way to deal with conflict. It is the willingness to face conflict head on, to resolve it and to make it a link in the chain of a new process. “Blessed are the peacemakers!” (Mt 5:9).

228. In this way it becomes possible to build communion amid disagreement, but this can only be achieved by those great persons who are willing to go beyond the surface of the conflict and to see others in their deepest dignity. This requires acknowledging a principle indispensable to the building of friendship in society: namely, that unity is greater than conflict. Solidarity, in its deepest and most challenging sense, thus becomes a way of making history in a life setting where conflicts, tensions and oppositions can achieve a diversified and life-giving unity. This is not to opt for a kind of syncretism, or for the absorption of one into the other, but rather for a resolution which takes place on higher plane and preserves what is valid and useful on both sides.

229. This principle, drawn from the Gospel, reminds us that Christ has made all things one in himself: heaven and earth, God and man, time and eternity, flesh and spirit, person and society. The sign of this unity and reconciliation of all things in him is peace. Christ “is our peace” (Eph 2:14). The Gospel message always begins with a greeting of peace, and peace at all times crowns and confirms the relations between the disciples. Peace is possible because the Lord has overcome the world and its constant conflict “by making peace through the blood of his cross” (Col 1:20). But if we look more closely at these biblical texts, we find that the locus of this reconciliation of differences is within ourselves, in our own lives, ever threatened as they are by fragmentation and breakdown.[183] If hearts are shattered in thousands of pieces, it is not easy to create authentic peace in society.

230. The message of peace is not about a negotiated settlement but rather the conviction that the unity brought by the Spirit can harmonize every diversity. It overcomes every conflict by creating a new and promising synthesis. Diversity is a beautiful thing when it can constantly enter into a process of reconciliation and seal a sort of cultural covenant resulting in a “reconciled diversity”. As the bishops of the Congo have put it: “Our ethnic diversity is our wealth… It is only in unity, through conversion of hearts and reconciliation, that we will be able to help our country to develop on all levels”.[184]

Realities are more important than ideas

231. There also exists a constant tension between ideas and realities. Realities simply are, whereas ideas are worked out. There has to be continuous dialogue between the two, lest ideas become detached from realities. It is dangerous to dwell in the realm of words alone, of images and rhetoric. So a third principle comes into play: realities are greater than ideas. This calls for rejecting the various means of masking reality: angelic forms of purity, dictatorships of relativism, empty rhetoric, objectives more ideal than real, brands of ahistorical fundamentalism, ethical systems bereft of kindness, intellectual discourse bereft of wisdom.

232. Ideas – conceptual elaborations – are at the service of communication, understanding, and praxis. Ideas disconnected from realities give rise to ineffectual forms of idealism and nominalism, capable at most of classifying and defining, but certainly not calling to action. What calls us to action are realities illuminated by reason. Formal nominalism has to give way to harmonious objectivity. Otherwise, the truth is manipulated, cosmetics take the place of real care for our bodies.[185] We have politicians – and even religious leaders – who wonder why people do not understand and follow them, since their proposals are so clear and logical. Perhaps it is because they are stuck in the realm of pure ideas and end up reducing politics or faith to rhetoric. Others have left simplicity behind and have imported a rationality foreign to most people.

233. Realities are greater than ideas. This principle has to do with incarnation of the word and its being put into practice: “By this you know the Spirit of God: every spirit that confesses that Jesus Christ is come in the flesh is from God” (1 Jn 4:2). The principle of reality, of a word already made flesh and constantly striving to take flesh anew, is essential to evangelization. It helps us to see that the Church’s history is a history of salvation, to be mindful of those saints who inculturated the Gospel in the life of our peoples and to reap the fruits of the Church’s rich bimillennial tradition, without pretending to come up with a system of thought detached from this treasury, as if we wanted to reinvent the Gospel. At the same time, this principle impels us to put the word into practice, to perform works of justice and charity which make that word fruitful. Not to put the word into practice, not to make it reality, is to build on sand, to remain in the realm of pure ideas and to end up in a lifeless and unfruitful self-centredness and gnosticism.

The whole is greater than the part

234. An innate tension also exists between globalization and localization. We need to pay attention to the global so as to avoid narrowness and banality. Yet we also need to look to the local, which keeps our feet on the ground. Together, the two prevent us from falling into one of two extremes. In the first, people get caught up in an abstract, globalized universe, falling into step behind everyone else, admiring the glitter of other people’s world, gaping and applauding at all the right times. At the other extreme, they turn into a museum of local folklore, a world apart, doomed to doing the same things over and over, and incapable of being challenged by novelty or appreciating the beauty which God bestows beyond their borders.

235. The whole is greater than the part, but it is also greater than the sum of its parts. There is no need, then, to be overly obsessed with limited and particular questions. We constantly have to broaden our horizons and see the greater good which will benefit us all. But this has to be done without evasion or uprooting. We need to sink our roots deeper into the fertile soil and history of our native place, which is a gift of God. We can work on a small scale, in our own neighbourhood, but with a larger perspective. Nor do people who wholeheartedly enter into the life of a community need to lose their individualism or hide their identity; instead, they receive new impulses to personal growth. The global need not stifle, nor the particular prove barren.

236. Here our model is not the sphere, which is no greater than its parts, where every point is equidistant from the centre, and there are no differences between them. Instead, it is the polyhedron, which reflects the convergence of all its parts, each of which preserves its distinctiveness. Pastoral and political activity alike seek to gather in this polyhedron the best of each. There is a place for the poor and their culture, their aspirations and their potential. Even people who can be considered dubious on account of their errors have something to offer which must not be overlooked. It is the convergence of peoples who, within the universal order, maintain their own individuality; it is the sum total of persons within a society which pursues the common good, which truly has a place for everyone.

237. To Christians, this principle also evokes the totality or integrity of the Gospel which the Church passes down to us and sends us forth to proclaim. Its fullness and richness embrace scholars and workers, businessmen and artists, in a word, everyone. The genius of each people receives in its own way the entire Gospel and embodies it in expressions of prayer, fraternity, justice, struggle and celebration. The good news is the joy of the Father who desires that none of his little ones be lost, the joy of the Good Shepherd who finds the lost sheep and brings it back to the flock. The Gospel is the leaven which causes the dough to rise and the city on the hill whose light illumines all peoples. The Gospel has an intrinsic principle of totality: it will always remain good news until it has been proclaimed to all people, until it has healed and strengthened every aspect of humanity, until it has brought all men and women together at table in God’s kingdom. The whole is greater than the part.

IV. SOCIAL DIALOGUE AS A CONTRIBUTION TO PEACE

238. Evangelization also involves the path of dialogue. For the Church today, three areas of dialogue stand out where she needs to be present in order to promote full human development and to pursue the common good: dialogue with states, dialogue with society – including dialogue with cultures and the sciences – and dialogue with other believers who are not part of the Catholic Church. In each case, “the Church speaks from the light which faith offers”,[186] contributing her two thousand year experience and keeping ever in mind the life and sufferings of human beings. This light transcends human reason, yet it can also prove meaningful and enriching to those who are not believers and it stimulates reason to broaden its perspectives.

239. The Church proclaims “the Gospel of peace” (Eph 6:15) and she wishes to cooperate with all national and international authorities in safeguarding this immense universal good. By preaching Jesus Christ, who is himself peace (cf. Eph 2:14), the new evangelization calls on every baptized person to be a peacemaker and a credible witness to a reconciled life.[187] In a culture which privileges dialogue as a form of encounter, it is time to devise a means for building consensus and agreement while seeking the goal of a just, responsive and inclusive society. The principal author, the historic subject of this process, is the people as a whole and their culture, and not a single class, minority, group or elite. We do not need plans drawn up by a few for the few, or an enlightened or outspoken minority which claims to speak for everyone. It is about agreeing to live together, a social and cultural pact.

240. It is the responsibility of the State to safeguard and promote the common good of society.[188] Based on the principles of subsidiarity and solidarity, and fully committed to political dialogue and consensus building, it plays a fundamental role, one which cannot be delegated, in working for the integral development of all. This role, at present, calls for profound social humility.

241. In her dialogue with the State and with society, the Church does not have solutions for every particular issue. Together with the various sectors of society, she supports those programmes which best respond to the dignity of each person and the common good. In doing this, she proposes in a clear way the fundamental values of human life and convictions which can then find expression in political activity.

Dialogue between faith, reason and science
242. Dialogue between science and faith also belongs to the work of evangelization at the service of peace.[189] Whereas positivism and scientism “refuse to admit the validity of forms of knowledge other than those of the positive sciences”,[190] the Church proposes another path, which calls for a synthesis between the responsible use of methods proper to the empirical sciences and other areas of knowledge such as philosophy, theology, as well as faith itself, which elevates us to the mystery transcending nature and human intelligence. Faith is not fearful of reason; on the contrary, it seeks and trusts reason, since “the light of reason and the light of faith both come from God”[191] and cannot contradict each other. Evangelization is attentive to scientific advances and wishes to shed on them the light of faith and the natural law so that they will remain respectful of the centrality and supreme value of the human person at every stage of life. All of society can be enriched thanks to this dialogue, which opens up new horizons for thought and expands the possibilities of reason. This too is a path of harmony and peace.

243. The Church has no wish to hold back the marvellous progress of science. On the contrary, she rejoices and even delights in acknowledging the enormous potential that God has given to the human mind. Whenever the sciences – rigorously focused on their specific field of inquiry – arrive at a conclusion which reason cannot refute, faith does not contradict it. Neither can believers claim that a scientific opinion which is attractive but not sufficiently verified has the same weight as a dogma of faith. At times some scientists have exceeded the limits of their scientific competence by making certain statements or claims. But here the problem is not with reason itself, but with the promotion of a particular ideology which blocks the path to authentic, serene and productive dialogue.
Ecumenical dialogue
244. Commitment to ecumenism responds to the prayer of the Lord Jesus that “they may all be one” (Jn 17:21). The credibility of the Christian message would be much greater if Christians could overcome their divisions and the Church could realize “the fullness of catholicity proper to her in those of her children who, though joined to her by baptism, are yet separated from full communion with her”.[192] We must never forget that we are pilgrims journeying alongside one another. This means that we must have sincere trust in our fellow pilgrims, putting aside all suspicion or mistrust, and turn our gaze to what we are all seeking: the radiant peace of God’s face. Trusting others is an art and peace is an art. Jesus told us: “Blessed are the peacemakers” (Mt 5:9). In taking up this task, also among ourselves, we fulfil the ancient prophecy: “They shall beat their swords into ploughshares” (Is 2:4).

245. In this perspective, ecumenism can be seen as a contribution to the unity of the human family. At the Synod, the presence of the Patriarch of Constantinople, His Holiness Bartholomaios I, and the Archbishop of Canterbury, His Grace Rowan Williams, was a true gift from God and a precious Christian witness.[193]

246. Given the seriousness of the counter-witness of division among Christians, particularly in Asia and Africa, the search for paths to unity becomes all the more urgent. Missionaries on those continents often mention the criticisms, complaints and ridicule to which the scandal of divided Christians gives rise. If we concentrate on the convictions we share, and if we keep in mind the principle of the hierarchy of truths, we will be able to progress decidedly towards common expressions of proclamation, service and witness. The immense numbers of people who have not received the Gospel of Jesus Christ cannot leave us indifferent. Consequently, commitment to a unity which helps them to accept Jesus Christ can no longer be a matter of mere diplomacy or forced compliance, but rather an indispensable path to evangelization. Signs of division between Christians in countries ravaged by violence add further causes of conflict on the part of those who should instead be a leaven of peace. How many important things unite us! If we really believe in the abundantly free working of the Holy Spirit, we can learn so much from one another! It is not just about being better informed about others, but rather about reaping what the Spirit has sown in them, which is also meant to be a gift for us. To give but one example, in the dialogue with our Orthodox brothers and sisters, we Catholics have the opportunity to learn more about the meaning of episcopal collegiality and their experience of synodality. Through an exchange of gifts, the Spirit can lead us ever more fully into truth and goodness.

Relations with Judaism
247. We hold the Jewish people in special regard because their covenant with God has never been revoked, for “the gifts and the call of God are irrevocable” (Rom 11:29). The Church, which shares with Jews an important part of the sacred Scriptures, looks upon the people of the covenant and their faith as one of the sacred roots of her own Christian identity (cf. Rom 11:16-18). As Christians, we cannot consider Judaism as a foreign religion; nor do we include the Jews among those called to turn from idols and to serve the true God (cf. 1 Thes 1:9). With them, we believe in the one God who acts in history, and with them we accept his revealed word.

248. Dialogue and friendship with the children of Israel are part of the life of Jesus’ disciples. The friendship which has grown between us makes us bitterly and sincerely regret the terrible persecutions which they have endured, and continue to endure, especially those that have involved Christians.

249. God continues to work among the people of the Old Covenant and to bring forth treasures of wisdom which flow from their encounter with his word. For this reason, the Church also is enriched when she receives the values of Judaism. While it is true that certain Christian beliefs are unacceptable to Judaism, and that the Church cannot refrain from proclaiming Jesus as Lord and Messiah, there exists as well a rich complementarity which allows us to read the texts of the Hebrew Scriptures together and to help one another to mine the riches of God’s word. We can also share many ethical convictions and a common concern for justice and the development of peoples.
Interreligious dialogue
250. An attitude of openness in truth and in love must characterize the dialogue with the followers of non-Christian religions, in spite of various obstacles and difficulties, especially forms of fundamentalism on both sides. Interreligious dialogue is a necessary condition for peace in the world, and so it is a duty for Christians as well as other religious communities. This dialogue is in first place a conversation about human existence or simply, as the bishops of India have put it, a matter of “being open to them, sharing their joys and sorrows”.[194] In this way we learn to accept others and their different ways of living, thinking and speaking. We can then join one another in taking up the duty of serving justice and peace, which should become a basic principle of all our exchanges. A dialogue which seeks social peace and justice is in itself, beyond all merely practical considerations, an ethical commitment which brings about a new social situation. Efforts made in dealing with a specific theme can become a process in which, by mutual listening, both parts can be purified and enriched. These efforts, therefore, can also express love for truth.

251. In this dialogue, ever friendly and sincere, attention must always be paid to the essential bond between dialogue and proclamation, which leads the Church to maintain and intensify her relationship with non-Christians.[195] A facile syncretism would ultimately be a totalitarian gesture on the part of those who would ignore greater values of which they are not the masters. True openness involves remaining steadfast in one’s deepest convictions, clear and joyful in one’s own identity, while at the same time being “open to understanding those of the other party” and “knowing that dialogue can enrich each side”.[196] What is not helpful is a diplomatic openness which says “yes” to everything in order to avoid problems, for this would be a way of deceiving others and denying them the good which we have been given to share generously with others. Evangelization and interreligious dialogue, far from being opposed, mutually support and nourish one another.[197]

252. Our relationship with the followers of Islam has taken on great importance, since they are now significantly present in many traditionally Christian countries, where they can freely worship and become fully a part of society. We must never forget that they “profess to hold the faith of Abraham, and together with us they adore the one, merciful God, who will judge humanity on the last day”.[198] The sacred writings of Islam have retained some Christian teachings; Jesus and Mary receive profound veneration and it is admirable to see how Muslims both young and old, men and women, make time for daily prayer and faithfully take part in religious services. Many of them also have a deep conviction that their life, in its entirety, is from God and for God. They also acknowledge the need to respond to God with an ethical commitment and with mercy towards those most in need.

253. In order to sustain dialogue with Islam, suitable training is essential for all involved, not only so that they can be solidly and joyfully grounded in their own identity, but so that they can also acknowledge the values of others, appreciate the concerns underlying their demands and shed light on shared beliefs. We Christians should embrace with affection and respect Muslim immigrants to our countries in the same way that we hope and ask to be received and respected in countries of Islamic tradition. I ask and I humbly entreat those countries to grant Christians freedom to worship and to practice their faith, in light of the freedom which followers of Islam enjoy in Western countries! Faced with disconcerting episodes of violent fundamentalism, our respect for true followers of Islam should lead us to avoid hateful generalisations, for authentic Islam and the proper reading of the Koran are opposed to every form of violence.

254. Non-Christians, by God’s gracious initiative, when they are faithful to their own consciences, can live “justified by the grace of God”,[199] and thus be “associated to the paschal mystery of Jesus Christ”.[200] But due to the sacramental dimension of sanctifying grace, God’s working in them tends to produce signs and rites, sacred expressions which in turn bring others to a communitarian experience of journeying towards God.[201] While these lack the meaning and efficacy of the sacraments instituted by Christ, they can be channels which the Holy Spirit raises up in order to liberate non-Christians from atheistic immanentism or from purely individual religious experiences. The same Spirit everywhere brings forth various forms of practical wisdom which help people to bear suffering and to live in greater peace and harmony. As Christians, we can also benefit from these treasures built up over many centuries, which can help us better to live our own beliefs.
Social dialogue in a context of religious freedom
255. The Synod Fathers spoke of the importance of respect for religious freedom, viewed as a fundamental human right.[202] This includes “the freedom to choose the religion which one judges to be true and to manifest one’s beliefs in public”.[203] A healthy pluralism, one which genuinely respects differences and values them as such, does not entail privatizing religions in an attempt to reduce them to the quiet obscurity of the individual’s conscience or to relegate them to the enclosed precincts of churches, synagogues or mosques. This would represent, in effect, a new form of discrimination and authoritarianism. The respect due to the agnostic or non-believing minority should not be arbitrarily imposed in a way that silences the convictions of the believing majority or ignores the wealth of religious traditions. In the long run, this would feed resentment rather than tolerance and peace.

256. When considering the effect of religion on public life, one must distinguish the different ways in which it is practiced. Intellectuals and serious journalists frequently descend to crude and superficial generalizations in speaking of the shortcomings of religion, and often prove incapable of realizing that not all believers – or religious leaders – are the same. Some politicians take advantage of this confusion to justify acts of discrimination. At other times, contempt is shown for writings which reflect religious convictions, overlooking the fact that religious classics can prove meaningful in every age; they have an enduring power to open new horizons, to stimulate thought, to expand the mind and the heart. This contempt is due to the myopia of a certain rationalism. Is it reasonable and enlightened to dismiss certain writings simply because they arose in a context of religious belief? These writings include principles which are profoundly humanistic and, albeit tinged with religious symbols and teachings, they have a certain value for reason.

257. As believers, we also feel close to those who do not consider themselves part of any religious tradition, yet sincerely seek the truth, goodness and beauty which we believe have their highest expression and source in God. We consider them as precious allies in the commitment to defending human dignity, in building peaceful coexistence between peoples and in protecting creation. A special place of encounter is offered by new Areopagi such as the Court of the Gentiles, where “believers and non-believers are able to engage in dialogue about fundamental issues of ethics, art and science, and about the search for transcendence”.[204] This too is a path to peace in our troubled world.

258. Starting from certain social issues of great importance for the future of humanity, I have tried to make explicit once again the inescapable social dimension of the Gospel message and to encourage all Christians to demonstrate it by their words, attitudes and deeds.
CHAPTER FIVE
259. Spirit-filled evangelizers means evangelizers fearlessly open to the working of the Holy Spirit. At Pentecost, the Spirit made the apostles go forth from themselves and turned them into heralds of God’s wondrous deeds, capable of speaking to each person in his or her own language. The Holy Spirit also grants the courage to proclaim the newness of the Gospel with boldness (parrhesía) in every time and place, even when it meets with opposition. Let us call upon him today, firmly rooted in prayer, for without prayer all our activity risks being fruitless and our message empty. Jesus wants evangelizers who proclaim the good news not only with words, but above all by a life transfigured by God’s presence.

260. In this final chapter, I do not intend to offer a synthesis of Christian spirituality, or to explore great themes like prayer, Eucharistic adoration or the liturgical celebration of the faith. For all these we already have valuable texts of the magisterium and celebrated writings by great authors. I do not claim to replace or improve upon these treasures. I simply wish to offer some thoughts about the spirit of the new evangelization.

261. Whenever we say that something is “spirited”, it usually refers to some interior impulse which encourages, motivates, nourishes and gives meaning to our individual and communal activity. Spirit-filled evangelization is not the same as a set of tasks dutifully carried out despite one’s own personal inclinations and wishes. How I long to find the right words to stir up enthusiasm for a new chapter of evangelization full of fervour, joy, generosity, courage, boundless love and attraction! Yet I realize that no words of encouragement will be enough unless the fire of the Holy Spirit burns in our hearts. A spirit-filled evangelization is one guided by the Holy Spirit, for he is the soul of the Church called to proclaim the Gospel. Before offering some spiritual motivations and suggestions, I once more invoke the Holy Spirit. I implore him to come and renew the Church, to stir and impel her to go forth boldly to evangelize all peoples.

I. REASONS FOR A RENEWED MISSIONARY IMPULSE

262. Spirit-filled evangelizers are evangelizers who pray and work. Mystical notions without a solid social and missionary outreach are of no help to evangelization, nor are dissertations or social or pastoral practices which lack a spirituality which can change hearts. These unilateral and incomplete proposals only reach a few groups and prove incapable of radiating beyond them because they curtail the Gospel. What is needed is the ability to cultivate an interior space which can give a Christian meaning to commitment and activity.[205] Without prolonged moments of adoration, of prayerful encounter with the word, of sincere conversation with the Lord, our work easily becomes meaningless; we lose energy as a result of weariness and difficulties, and our fervour dies out. The Church urgently needs the deep breath of prayer, and to my great joy groups devoted to prayer and intercession, the prayerful reading of God’s word and the perpetual adoration of the Eucharist are growing at every level of ecclesial life. Even so, “we must reject the temptation to offer a privatized and individualistic spirituality which ill accords with the demands of charity, to say nothing of the implications of the incarnation”.[206] There is always the risk that some moments of prayer can become an excuse for not offering one’s life in mission; a privatized lifestyle can lead Christians to take refuge in some false forms of spirituality.

263. We do well to keep in mind the early Christians and our many brothers and sisters throughout history who were filled with joy, unflagging courage and zeal in proclaiming the Gospel. Some people nowadays console themselves by saying that things are not as easy as they used to be, yet we know that the Roman empire was not conducive to the Gospel message, the struggle for justice, or the defence of human dignity. Every period of history is marked by the presence of human weakness, self-absorption, complacency and selfishness, to say nothing of the concupiscence which preys upon us all. These things are ever present under one guise or another; they are due to our human limits rather than particular situations. Let us not say, then, that things are harder today; they are simply different. But let us learn also from the saints who have gone before us, who confronted the difficulties of their own day. So I propose that we pause to rediscover some of the reasons which can help us to imitate them today.[207]

Personal encounter with the saving love of Jesus
264. The primary reason for evangelizing is the love of Jesus which we have received, the experience of salvation which urges us to ever greater love of him. What kind of love would not feel the need to speak of the beloved, to point him out, to make him known? If we do not feel an intense desire to share this love, we need to pray insistently that he will once more touch our hearts. We need to implore his grace daily, asking him to open our cold hearts and shake up our lukewarm and superficial existence. Standing before him with open hearts, letting him look at us, we see that gaze of love which Nathaniel glimpsed on the day when Jesus said to him: “I saw you under the fig tree” (Jn 1:48). How good it is to stand before a crucifix, or on our knees before the Blessed Sacrament, and simply to be in his presence! How much good it does us when he once more touches our lives and impels us to share his new life! What then happens is that “we speak of what we have seen and heard” (1 Jn 1:3). The best incentive for sharing the Gospel comes from contemplating it with love, lingering over its pages and reading it with the heart. If we approach it in this way, its beauty will amaze and constantly excite us. But if this is to come about, we need to recover a contemplative spirit which can help us to realize ever anew that we have been entrusted with a treasure which makes us more human and helps us to lead a new life. There is nothing more precious which we can give to others.

265. Jesus’ whole life, his way of dealing with the poor, his actions, his integrity, his simple daily acts of generosity, and finally his complete self-giving, is precious and reveals the mystery of his divine life. Whenever we encounter this anew, we become convinced that it is exactly what others need, even though they may not recognize it: “What therefore you worship as unknown, this I proclaim to you” (Acts 17:23). Sometimes we lose our enthusiasm for mission because we forget that the Gospel responds to our deepest needs, since we were created for what the Gospel offers us: friendship with Jesus and love of our brothers and sisters. If we succeed in expressing adequately and with beauty the essential content of the Gospel, surely this message will speak to the deepest yearnings of people’s hearts: “The missionary is convinced that, through the working of the Spirit, there already exists in individuals and peoples an expectation, even if an unconscious one, of knowing the truth about God, about man, and about how we are to be set free from sin and death. The missionary’s enthusiasm in proclaiming Christ comes from the conviction that he is responding to that expectation”.[208] Enthusiasm for evangelization is based on this conviction. We have a treasure of life and love which cannot deceive, and a message which cannot mislead or disappoint. It penetrates to the depths of our hearts, sustaining and ennobling us. It is a truth which is never out of date because it reaches that part of us which nothing else can reach. Our infinite sadness can only be cured by an infinite love.

266. But this conviction has to be sustained by our own constantly renewed experience of savouring Christ’s friendship and his message. It is impossible to persevere in a fervent evangelization unless we are convinced from personal experience that it is not the same thing to have known Jesus as not to have known him, not the same thing to walk with him as to walk blindly, not the same thing to hear his word as not to know it, and not the same thing to contemplate him, to worship him, to find our peace in him, as not to. It is not the same thing to try to build the world with his Gospel as to try to do so by our own lights. We know well that with Jesus life becomes richer and that with him it is easier to find meaning in everything. This is why we evangelize. A true missionary, who never ceases to be a disciple, knows that Jesus walks with him, speaks to him, breathes with him, works with him. He senses Jesus alive with him in the midst of the missionary enterprise. Unless we see him present at the heart of our missionary commitment, our enthusiasm soon wanes and we are no longer sure of what it is that we are handing on; we lack vigour and passion. A person who is not convinced, enthusiastic, certain and in love, will convince nobody.
267. In union with Jesus, we seek what he seeks and we love what he loves. In the end, what we are seeking is the glory of the Father; we live and act “for the praise of his glorious grace” (Eph 1:6). If we wish to commit ourselves fully and perseveringly, we need to leave behind every other motivation. This is our definitive, deepest and greatest motivation, the ultimate reason and meaning behind all we do: the glory of the Father which Jesus sought at every moment of his life. As the Son, he rejoices eternally to be “close to the Father’s heart” (Jn 1:18). If we are missionaries, it is primarily because Jesus told us that “by this my Father is glorified, that you bear much fruit” (Jn 15:8). Beyond all our own preferences and interests, our knowledge and motivations, we evangelize for the greater glory of the Father who loves us.

The spiritual savour of being a people
268. The word of God also invites us to recognise that we are a people: “Once you were no people but now you are God’s people” (1 Pet 2:10). To be evangelizers of souls, we need to develop a spiritual taste for being close to people’s lives and to discover that this is itself a source of greater joy. Mission is at once a passion for Jesus and a passion for his people. When we stand before Jesus crucified, we see the depth of his love which exalts and sustains us, but at the same time, unless we are blind, we begin to realize that Jesus’ gaze, burning with love, expands to embrace all his people. We realize once more that he wants to make use of us to draw closer to his beloved people. He takes us from the midst of his people and he sends us to his people; without this sense of belonging we cannot understand our deepest identity.

269. Jesus himself is the model of this method of evangelization which brings us to the very heart of his people. How good it is for us to contemplate the closeness which he shows to everyone! If he speaks to someone, he looks into their eyes with deep love and concern: “Jesus, looking upon him, loved him” (Mk 10:21). We see how accessible he is, as he draws near the blind man (cf. Mk 10:46-52) and eats and drinks with sinners (cf. Mk 2:16) without worrying about being thought a glutton and a drunkard himself (cf. Mt 11:19). We see his sensitivity in allowing a sinful woman to anoint his feet (cf. Lk 7:36-50) and in receiving Nicodemus by night (cf. Jn 3:1-15). Jesus’ sacrifice on the cross is nothing else than the culmination of the way he lived his entire life. Moved by his example, we want to enter fully into the fabric of society, sharing the lives of all, listening to their concerns, helping them materially and spiritually in their needs, rejoicing with those who rejoice, weeping with those who weep; arm in arm with others, we are committed to building a new world. But we do so not from a sense of obligation, not as a burdensome duty, but as the result of a personal decision which brings us joy and gives meaning to our lives.

270. Sometimes we are tempted to be that kind of Christian who keeps the Lord’s wounds at arm’s length. Yet Jesus wants us to touch human misery, to touch the suffering flesh of others. He hopes that we will stop looking for those personal or communal niches which shelter us from the maelstrom of human misfortune and instead enter into the reality of other people’s lives and know the power of tenderness. Whenever we do so, our lives become wonderfully complicated and we experience intensely what it is to be a people, to be part of a people.

271. It is true that in our dealings with the world, we are told to give reasons for our hope, but not as an enemy who critiques and condemns. We are told quite clearly: “do so with gentleness and reverence” (1 Pet 3:15) and “if possible, so far as it depends upon you, live peaceably with all” (Rom 12:18). We are also told to overcome “evil with good” (Rom 12:21) and to “work for the good of all” (Gal 6:10). Far from trying to appear better than others, we should “in humility count others better” than ourselves (Phil 2:3). The Lord’s apostles themselves enjoyed “favour with all the people” (Acts 2:47; 4:21, 33; 5:13). Clearly Jesus does not want us to be grandees who look down upon others, but men and women of the people. This is not an idea of the Pope, or one pastoral option among others; they are injunctions contained in the word of God which are so clear, direct and convincing that they need no interpretations which might diminish their power to challenge us. Let us live them sine glossa, without commentaries. By so doing we will know the missionary joy of sharing life with God’s faithful people as we strive to light a fire in the heart of the world.

272. Loving others is a spiritual force drawing us to union with God; indeed, one who does not love others “walks in the darkness” (1 Jn 2:11), “remains in death” (1 Jn 3:14) and “does not know God” (1 Jn 4:8). Benedict XVI has said that “closing our eyes to our neighbour also blinds us to God”,[209] and that love is, in the end, the only light which “can always illuminate a world grown dim and give us the courage needed to keep living and working”.[210] When we live out a spirituality of drawing nearer to others and seeking their welfare, our hearts are opened wide to the Lord’s greatest and most beautiful gifts. Whenever we encounter another person in love, we learn something new about God. Whenever our eyes are opened to acknowledge the other, we grow in the light of faith and knowledge of God. If we want to advance in the spiritual life, then, we must constantly be missionaries. The work of evangelization enriches the mind and the heart; it opens up spiritual horizons; it makes us more and more sensitive to the workings of the Holy Spirit, and it takes us beyond our limited spiritual constructs. A committed missionary knows the joy of being a spring which spills over and refreshes others. Only the person who feels happiness in seeking the good of others, in desiring their happiness, can be a missionary. This openness of the heart is a source of joy, since “it is more blessed to give than to receive” (Acts 20:35). We do not live better when we flee, hide, refuse to share, stop giving and lock ourselves up in own comforts. Such a life is nothing less than slow suicide.

273. My mission of being in the heart of the people is not just a part of my life or a badge I can take off; it is not an “extra” or just another moment in life. Instead, it is something I cannot uproot from my being without destroying my very self. I am a mission on this earth; that is the reason why I am here in this world. We have to regard ourselves as sealed, even branded, by this mission of bringing light, blessing, enlivening, raising up, healing and freeing. All around us we begin to see nurses with soul, teachers with soul, politicians with soul, people who have chosen deep down to be with others and for others. But once we separate our work from our private lives, everything turns grey and we will always be seeking recognition or asserting our needs. We stop being a people.

274. If we are to share our lives with others and generously give of ourselves, we also have to realize that every person is worthy of our giving. Not for their physical appearance, their abilities, their language, their way of thinking, or for any satisfaction that we might receive, but rather because they are God’s handiwork, his creation. God created that person in his image, and he or she reflects something of God’s glory. Every human being is the object of God’s infinite tenderness, and he himself is present in their lives. Jesus offered his precious blood on the cross for that person. Appearances notwithstanding, every person is immensely holy and deserves our love. Consequently, if I can help at least one person to have a better life, that already justifies the offering of my life. It is a wonderful thing to be God’s faithful people. We achieve fulfilment when we break down walls and our heart is filled with faces and names!

The mysterious working of the risen Christ and his Spirit
275. In the second chapter, we reflected on that lack of deep spirituality which turns into pessimism, fatalism, and mistrust. Some people do not commit themselves to mission because they think that nothing will change and that it is useless to make the effort. They think: “Why should I deny myself my comforts and pleasures if I won’t see any significant result?” This attitude makes it impossible to be a missionary. It is only a malicious excuse for remaining caught up in comfort, laziness, vague dissatisfaction and empty selfishness. It is a self-destructive attitude, for “man cannot live without hope: life would become meaningless and unbearable”.[211] If we think that things are not going to change, we need to recall that Jesus Christ has triumphed over sin and death and is now almighty. Jesus Christ truly lives. Put another way, “if Christ has not been raised, then our preaching is in vain” (1 Cor 15:14). The Gospel tells us that when the first disciples went forth to preach, “the Lord worked with them and confirmed the message” (Mk 16:20). The same thing happens today. We are invited to discover this, to experience it. Christ, risen and glorified, is the wellspring of our hope, and he will not deprive us of the help we need to carry out the mission which he has entrusted to us.

276. Christ’s resurrection is not an event of the past; it contains a vital power which has permeated this world. Where all seems to be dead, signs of the resurrection suddenly spring up. It is an irresistible force. Often it seems that God does not exist: all around us we see persistent injustice, evil, indifference and cruelty. But it is also true that in the midst of darkness something new always springs to life and sooner or later produces fruit. On razed land life breaks through, stubbornly yet invincibly. However dark things are, goodness always re-emerges and spreads. Each day in our world beauty is born anew, it rises transformed through the storms of history. Values always tend to reappear under new guises, and human beings have arisen time after time from situations that seemed doomed. Such is the power of the resurrection, and all who evangelize are instruments of that power.

277. At the same time, new difficulties are constantly surfacing: experiences of failure and the human weaknesses which bring so much pain. We all know from experience that sometimes a task does not bring the satisfaction we seek, results are few and changes are slow, and we are tempted to grow weary. Yet lowering our arms momentarily out of weariness is not the same as lowering them for good, overcome by chronic discontent and by a listlessness that parches the soul. It also happens that our hearts can tire of the struggle because in the end we are caught up in ourselves, in a careerism which thirsts for recognition, applause, rewards and status. In this case we do not lower our arms, but we no longer grasp what we seek, the resurrection is not there. In cases like these, the Gospel, the most beautiful message that this world can offer, is buried under a pile of excuses.

278. Faith also means believing in God, believing that he truly loves us, that he is alive, that he is mysteriously capable of intervening, that he does not abandon us and that he brings good out of evil by his power and his infinite creativity. It means believing that he marches triumphantly in history with those who “are called and chosen and faithful” (Rev 17:14). Let us believe the Gospel when it tells us that the kingdom of God is already present in this world and is growing, here and there, and in different ways: like the small seed which grows into a great tree (cf. Mt 13:31-32), like the measure of leaven that makes the dough rise (cf. Mt 13:33) and like the good seed that grows amid the weeds (cf. Mt 13, 24-30) and can always pleasantly surprise us. The kingdom is here, it returns, it struggles to flourish anew. Christ’s resurrection everywhere calls forth seeds of that new world; even if they are cut back, they grow again, for the resurrection is already secretly woven into the fabric of this history, for Jesus did not rise in vain. May we never remain on the sidelines of this march of living hope!

279. Because we do not always see these seeds growing, we need an interior certainty, a conviction that God is able to act in every situation, even amid apparent setbacks: “we have this treasure in earthen vessels” (2 Cor 4:7). This certainty is often called “a sense of mystery”. It involves knowing with certitude that all those who entrust themselves to God in love will bear good fruit (cf. Jn 15:5). This fruitfulness is often invisible, elusive and unquantifiable. We can know quite well that our lives will be fruitful, without claiming to know how, or where, or when. We may be sure that none of our acts of love will be lost, nor any of our acts of sincere concern for others. No single act of love for God will be lost, no generous effort is meaningless, no painful endurance is wasted. All of these encircle our world like a vital force. Sometimes it seems that our work is fruitless, but mission is not like a business transaction or investment, or even a humanitarian activity. It is not a show where we count how many people come as a result of our publicity; it is something much deeper, which escapes all measurement. It may be that the Lord uses our sacrifices to shower blessings in another part of the world which we will never visit. The Holy Spirit works as he wills, when he wills and where he wills; we entrust ourselves without pretending to see striking results. We know only that our commitment is necessary. Let us learn to rest in the tenderness of the arms of the Father amid our creative and generous commitment. Let us keep marching forward; let us give him everything, allowing him to make our efforts bear fruit in his good time.
280. Keeping our missionary fervour alive calls for firm trust in the Holy Spirit, for it is he who “helps us in our weakness” (Rom 8:26). But this generous trust has to be nourished, and so we need to invoke the Spirit constantly. He can heal whatever causes us to flag in the missionary endeavour. It is true that this trust in the unseen can cause us to feel disoriented: it is like being plunged into the deep and not knowing what we will find. I myself have frequently experienced this. Yet there is no greater freedom than that of allowing oneself to be guided by the Holy Spirit, renouncing the attempt to plan and control everything to the last detail, and instead letting him enlighten, guide and direct us, leading us wherever he wills. The Holy Spirit knows well what is needed in every time and place. This is what it means to be mysteriously fruitful!

The missionary power of intercessory prayer
281. One form of prayer moves us particularly to take up the task of evangelization and to seek the good of others: it is the prayer of intercession. Let us peer for a moment into the heart of Saint Paul, to see what his prayer was like. It was full of people: “…I constantly pray with you in every one of my prayers for all of you… because I hold you in my heart” (Phil 1:4, 7). Here we see that intercessory prayer does not divert us from true contemplation, since authentic contemplation always has a place for others.

282. This attitude becomes a prayer of gratitude to God for others. “First, I thank my God through Jesus Christ for all of you” (Rom 1:8). It is constant thankfulness: “I give thanks to God always for you because of the grace of God which was given you in Christ Jesus” (1 Cor 1:4); “I thank my God in all my remembrance of you” (Phil 1:3). Far from being suspicious, negative and despairing, it is a spiritual gaze born of deep faith which acknowledges what God is doing in the lives of others. At the same time, it is the gratitude which flows from a heart attentive to others. When evangelizers rise from prayer, their hearts are more open; freed of self-absorption, they are desirous of doing good and sharing their lives with others.
283. The great men and women of God were great intercessors. Intercession is like “a leaven in the heart of the Trinity”. It is a way of penetrating the Father’s heart and discovering new dimensions which can shed light on concrete situations and change them. We can say that God’s heart is touched by our intercession, yet in reality he is always there first. What our intercession achieves is that his power, his love and his faithfulness are shown ever more clearly in the midst of the people.

II. MARY, MOTHER OF EVANGELIZATION
284. With the Holy Spirit, Mary is always present in the midst of the people. She joined the disciples in praying for the coming of the Holy Spirit (Acts 1:14) and thus made possible the missionary outburst which took place at Pentecost. She is the Mother of the Church which evangelizes, and without her we could never truly understand the spirit of the new evangelization.

Jesus’ gift to his people
285. On the cross, when Jesus endured in his own flesh the dramatic encounter of the sin of the world and God’s mercy, he could feel at his feet the consoling presence of his mother and his friend. At that crucial moment, before fully accomplishing the work which his Father had entrusted to him, Jesus said to Mary: “Woman, here is your son”. Then he said to his beloved friend: “Here is your mother” (Jn 19:26-27). These words of the dying Jesus are not chiefly the expression of his devotion and concern for his mother; rather, they are a revelatory formula which manifests the mystery of a special saving mission. Jesus left us his mother to be our mother. Only after doing so did Jesus know that “all was now finished” (Jn 19:28). At the foot of the cross, at the supreme hour of the new creation, Christ led us to Mary. He brought us to her because he did not want us to journey without a mother, and our people read in this maternal image all the mysteries of the Gospel. The Lord did not want to leave the Church without this icon of womanhood. Mary, who brought him into the world with great faith, also accompanies “the rest of her offspring, those who keep the commandments of God and bear testimony to Jesus” (Rev 12:17). The close connection between Mary, the Church and each member of the faithful, based on the fact that each in his or her own way brings forth Christ, has been beautifully expressed by Blessed Isaac of Stella: “In the inspired Scriptures, what is said in a universal sense of the virgin mother, the Church, is understood in an individual sense of the Virgin Mary... In a way, every Christian is also believed to be a bride of God’s word, a mother of Christ, his daughter and sister, at once virginal and fruitful... Christ dwelt for nine months in the tabernacle of Mary’s womb. He dwells until the end of the ages in the tabernacle of the Church’s faith. He will dwell forever in the knowledge and love of each faithful soul”.[212]

286. Mary was able to turn a stable into a home for Jesus, with poor swaddling clothes and an abundance of love. She is the handmaid of the Father who sings his praises. She is the friend who is ever concerned that wine not be lacking in our lives. She is the woman whose heart was pierced by a sword and who understands all our pain. As mother of all, she is a sign of hope for peoples suffering the birth pangs of justice. She is the missionary who draws near to us and accompanies us throughout life, opening our hearts to faith by her maternal love. As a true mother, she walks at our side, she shares our struggles and she constantly surrounds us with God’s love. Through her many titles, often linked to her shrines, Mary shares the history of each people which has received the Gospel and she becomes a part of their historic identity. Many Christian parents ask that their children be baptized in a Marian shrine, as a sign of their faith in her motherhood which brings forth new children for God. There, in these many shrines, we can see how Mary brings together her children who with great effort come as pilgrims to see her and to be seen by her. Here they find strength from God to bear the weariness and the suffering in their lives. As she did with Juan Diego, Mary offers them maternal comfort and love, and whispers in their ear: “Let your heart not be troubled… Am I not here, who am your Mother?”[213]
Star of the new evangelization
287. We ask the Mother of the living Gospel to intercede that this invitation to a new phase of evangelization will be accepted by the entire ecclesial community. Mary is the woman of faith, who lives and advances in faith,[214] and “her exceptional pilgrimage of faith represents a constant point of reference for the Church”.[215] Mary let herself be guided by the Holy Spirit on a journey of faith towards a destiny of service and fruitfulness. Today we look to her and ask her to help us proclaim the message of salvation to all and to enable new disciples to become evangelizers in turn.[216] Along this journey of evangelization we will have our moments of aridity, darkness and even fatigue. Mary herself experienced these things during the years of Jesus’ childhood in Nazareth: “This is the beginning of the Gospel, the joyful good news. However, it is not difficult to see in that beginning a particular heaviness of heart, linked with a sort of night of faith – to use the words of Saint John of the Cross – a kind of ‘veil’ through which one has to draw near to the Invisible One and to live in intimacy with the mystery. And this is the way that Mary, for many years, lived in intimacy with the mystery of her Son, and went forward in her pilgrimage of faith”.[217]

288. There is a Marian “style” to the Church’s work of evangelization. Whenever we look to Mary, we come to believe once again in the revolutionary nature of love and tenderness. In her we see that humility and tenderness are not virtues of the weak but of the strong who need not treat others poorly in order to feel important themselves. Contemplating Mary, we realize that she who praised God for “bringing down the mighty from their thrones” and “sending the rich away empty” (Lk 1:52-53) is also the one who brings a homely warmth to our pursuit of justice. She is also the one who carefully keeps “all these things, pondering them in her heart” (Lk 2:19). Mary is able to recognize the traces of God’s Spirit in events great and small. She constantly contemplates the mystery of God in our world, in human history and in our daily lives. She is the woman of prayer and work in Nazareth, and she is also Our Lady of Help, who sets out from her town “with haste” (Lk 1:39) to be of service to others. This interplay of justice and tenderness, of contemplation and concern for others, is what makes the ecclesial community look to Mary as a model of evangelization. We implore her maternal intercession that the Church may become a home for many peoples, a mother for all peoples, and that the way may be opened to the birth of a new world. It is the Risen Christ who tells us, with a power that fills us with confidence and unshakeable hope: “Behold, I make all things new” (Rev 21:5). With Mary we advance confidently towards the fulfilment of this promise, and to her we pray:

Mary, Virgin and Mother,
you who, moved by the Holy Spirit,
welcomed the word of life
in the depths of your humble faith:
as you gave yourself completely to the Eternal One,
help us to say our own “yes”
to the urgent call, as pressing as ever,
to proclaim the good news of Jesus.

Filled with Christ’s presence,
you brought joy to John the Baptist,
making him exult in the womb of his mother.
Brimming over with joy,
you sang of the great things done by God.
Standing at the foot of the cross
with unyielding faith,
you received the joyful comfort of the resurrection,
and joined the disciples in awaiting the Spirit
so that the evangelizing Church might be born.

Obtain for us now a new ardour born of the resurrection,
that we may bring to all the Gospel of life
which triumphs over death.
Give us a holy courage to seek new paths,
that the gift of unfading beauty
may reach every man and woman.

Virgin of listening and contemplation,
Mother of love, Bride of the eternal wedding feast,
pray for the Church, whose pure icon you are,
that she may never be closed in on herself
or lose her passion for establishing God’s kingdom.

Star of the new evangelisation,
help us to bear radiant witness to communion,
service, ardent and generous faith,
justice and love of the poor,
that the joy of the Gospel
may reach to the ends of the earth,
illuminating even the fringes of our world.

Mother of the living Gospel,
wellspring of happiness for God’s little ones,
pray for us.

Amen. Alleluia!


Given in Rome, at Saint Peter’s, on 24 November, the solemnity of Our Lord Jesus Christ, King of the Universe, and the conclusion of the Year of Faith, in the year 2013, the first of my Pontificate.
FRANCISCUS


[1] PAUL VI, Apostolic Exhortation Gaudete in Domino (9 May 1975), 22: AAS 67 (1975), 297.
[2] Ibid. 8: AAS 67 (1975), 292.
[3] Encyclical Letter Deus Caritas Est (25 December 2005), 1: AAS 98 (2006), 217.
[4] FIFTH GENERAL CONFERENCE OF THE LATIN AMERICAN AND CARIBBEAN BISHOPS, Aparecida Document, 29 June 2007, 360.
[5] Ibid.
[6] PAUL VI, Apostolic Exhortation Evangelii Nuntiandi (8 December 1975), 80: AAS 68 (1976), 75.
[7] Spiritual Canticle, 36, 10.
[8] Adversus Haereses, IV, c. 34, n. 1: PG 7, pars prior, 1083: “Omnem novitatem attulit, semetipsum afferens”.
[9] PAUL VI, Apostolic Exhortation Evangelii Nuntiandi (8 December 1975), 7: AAS 68 (1976), 9.
[10] Cf. Propositio 7.
[11] BENEDICT XVI, Homily at Mass for the Conclusion of the Synod of Bishops (28 October 2012): AAS 104 (2102), 890.
[12] Ibid.
[13] BENEDICT XVI, Homily at Mass for the Opening of the Fifth General Conference of the Latin American and Caribbean Bishops (13 May 2007), Aparecida, Brazil: AAS 99 (2007), 437.
[14] Encyclical Letter, Redemptoris Missio (7 December 1990), 34: AAS 83 (1991), 280.
[15] Ibid., 40: AAS 83 (1991), 287.
[16] Ibid., 86: AAS 83 (1991), 333.
[17] FIFTH GENERAL CONFERENCE OF THE LATIN AMERICAN AND CARIBBEAN BISHOPS, Aparecida Document, 29 June 2007, 548.
[18] Ibid., 370.
[19] Cf. Propositio 1.
[20] JOHN PAUL II, Post-Synodal Apostolic Exhortation Christifideles Laici (30 December 1988), 32: AAS 81 (1989) 451.
[21] FIFTH GENERAL CONFERENCE OF THE LATIN AMERICAN AND CARIBBEAN BISHOPS, Aparecida Document, 29 June 2007, 201.
[22] Ibid., 551.
[23] PAUL VI, Encyclical Letter Ecclesiam Suam (6 August 1964), 9, 10, 11: AAS 56 (1964), 611-612.
[24]SECOND ECUMENICAL VATICAN COUNCIL, Decree on Ecumenism Unitatis Redintegratio, 6.
[25] JOHN PAUL II, Post-Synodal Apostolic Exhortation Ecclesia in Oceania (22 November 2001), 19: AAS 94 (2002), 390.
[26] JOHN PAUL II, Post-Synodal Apostolic Exhortation Christifideles Laici (30 September 1988), 26: AAS 81 (1989), 438.
[27] Cf. Propositio 26.
[28] Cf. Propositio 44.
[29] Cf. Propositio 26.
[30] Cf. Propositio 41.
[31] SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Decree on the Pastoral Office of Bishops Christus Dominus, 11.
[32] Cf. BENEDICT XVI, Address for the Fortieth Anniversary of the Decree Ad Gentes (11 March 2006): AAS 98 (2006), 337.
[33] Cf. Propositio 42.
[34] Cf. Canons 460-468; 492-502; 511-514; 536-537.
[35] Encyclical Letter Ut Unum Sint (25 May 1995), 95: AAS 87 (1995), 977-978.
[36] SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIl, Dogmatic Constitution on the Church Lumen Gentium, 23.
[37] JOHN PAUL II, Motu Proprio Apostolos Suos (21 May 1998): AAS 90 (1998), 641-658.
[38] SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Decree on Ecumenism Unitatis Redintegratio, 11.
[39] Cf. S. Th., I-II, q. 66, a. 4-6.
[40] S. Th., I-II, q. 108, a. 1.
[41] S. Th., II-II, q. 30, a. 4: “We do not worship God with sacrifices and exterior gifts for him, but rather for us and for our neighbour. He has no need of our sacrifices, but he does ask that these be offered by us as devotion and for the benefit of our neighbour. For him, mercy, which overcomes the defects of our devotion and sacrifice, is the sacrifice which is most pleasing, because it is mercy which above all seeks the good of one’s neighbour” (S. Th., II-II, q. 30, a. 4, ad 1).
[42] SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Dogmatic Constitution on Divine Revelation Dei Verbum, 12.
[43] Motu Proprio Socialium Scientiarum (1 January 1994): AAS 86 (1994), 209.
[44] Saint Thomas Aquinas noted that the multiplicity and variety “were the intention of the first agent”, who wished that “what each individual thing lacked in order to reflect the divine goodness would be made up for by other things”, since the Creator’s goodness “could not be fittingly reflected by just one creature” (S. Th., I, q. 47, a. 1). Consequently, we need to grasp the variety of things in their multiple relationships (cf. S. Th., I, q. 47, a. 2, ad 1; q. 47, a. 3). By analogy, we need to listen to and complement one another in our partial reception of reality and the Gospel.
[45] JOHN XXIII, Address for the Opening of the Second Vatican Council (11 October 1962): AAS 54 (1962), 792: “Est enim aliud ipsum depositum fidei, seu veritates, quae veneranda doctrina nostra continentur, aliud modus, quo eaedem enuntiantur”.
[46] JOHN PAUL II, Encyclical Letter Ut Unum Sint (25 May 1995), 19: AAS 87 (1995), 933.
[47] S. Th., I-II, q. 107, a. 4.
[48] Ibid.
[49] No. 1735
[50] Cf. JOHN PAUL II, Post-Synodal Apostolic Exhortation Familiaris Consortio (22 November 1981), 34: AAS 74 (1982), 123.
[51] Cf. SAINT AMBROSE, De Sacramentis, IV, 6, 28: PL 16, 464: “I must receive it always, so that it may always forgive my sins. If I sin continually, I must always have a remedy”; ID., op. cit., IV, 5, 24: PL 16, 463: “Those who ate manna died; those who eat this body will obtain the forgiveness of their sins”; SAINT CYRIL OF ALEXANDRIA, In Joh. Evang., IV, 2: PG 73, 584-585: “I examined myself and I found myself unworthy. To those who speak thus I say: when will you be worthy? When at last you present yourself before Christ? And if your sins prevent you from drawing nigh, and you never cease to fall – for, as the Psalm says, ‘what man knows his faults?’ – will you remain without partaking of the sanctification that gives life for eternity?”