vendredi 7 décembre 2018

LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II AUX ARTISTES, 4 avril 1999



LETTRE DU PAPE
JEAN-PAUL II
AUX ARTISTES

1999

À tous ceux qui, avec un dévouement passionné,
cherchent de nouvelles «épiphanies» de la beauté
pour en faire don au monde
dans la création artistique.


«Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon» (Gn 1, 31).


L'artiste, image de Dieu Créateur

1. Personne mieux que vous artistes, géniaux constructeurs de beauté, ne peut avoir l'intuition de quelque chose du pathos avec lequel Dieu, à l'aube de la création, a regardé l'œuvre de ses mains. Un nombre infini de fois, une vibration de ce sentiment s'est réfléchie dans les regards avec lesquels, comme les artistes de tous les temps, fascinés et pleins d'admiration devant le pouvoir mystérieux des sons et des paroles, des couleurs et des formes, vous avez contemplé l'œuvre de votre inspiration, y percevant comme l'écho du mystère de la création, auquel Dieu, seul créateur de toutes choses, a voulu en quelque sorte vous associer.

Pour cette raison, il m'a semblé qu'il n'y avait pas de paroles plus appropriées que celles de la Genèse pour commencer la lettre que je vous adresse, à vous auxquels je me sens lié par des expériences qui remontent très loin dans le temps et qui ont marqué ma vie de façon indélébile. Par cet écrit, j'entends emprunter le chemin du dialogue fécond de l'Église avec les artistes qui, en deux mille ans d'histoire, ne s'est jamais interrompu et qui s'annonce encore riche d'avenir au seuil du troisième millénaire.

En réalité, il s'agit d'un dialogue qui non seulement est dû aux circonstances historiques ou à des motifs fonctionnels, mais qui s'enracine aussi bien dans l'essence même de l'expérience religieuse que dans celle de la création artistique. La première page de la Bible nous présente Dieu quasiment comme le modèle exemplaire de toute personne qui crée une œuvre : dans l'homme artisan se reflète son image de Créateur. Cette relation est évoquée avec une évidence particulière dans la langue polonaise, grâce à la proximité lexicale entre les mots stwórca (créateur) et twórca (artisan).

Quelle est la différence entre «créateur» et «artisan» ? Celui qui crée donne l'être même, il tire quelque chose de rien - ex nihilo sui et subiecti, dit- on en latin -, et cela, au sens strict, est une façon de procéder propre au seul Tout-Puissant. À l'inverse, l'artisan utilise quelque chose qui existe déjà et il lui donne forme et signification. Cette façon d'agir est propre à l'homme en tant qu'image de Dieu. Après avoir dit, en effet, que Dieu créa l'homme et la femme «à son image» (cf. Gn 1, 27), la Bible ajoute qu'il leur confia la charge de dominer la terre (cf. Gn 1, 28). Ce fut le dernier jour de la création (cf. Gn 1, 28-31). Les jours précédents, scandant presque le rythme de l'évolution cosmique, le Seigneur avait créé l'univers. À la fin, il créa l'homme, résultat le plus noble de son projet, auquel il soumit le monde visible, comme un immense champ où il pourra exprimer sa capacité inventive.

Dieu a donc appelé l'homme à l'existence en lui transmettant la tâche d'être artisan. Dans la «création artistique», l'homme se révèle plus que jamais «image de Dieu», et il réalise cette tâche avant tout en modelant la merveilleuse «matière» de son humanité, et aussi en exerçant une domination créatrice sur l'univers qui l'entoure. L'Artiste divin, avec une complaisance affectueuse, transmet une étincelle de sa sagesse transcendante à l'artiste humain, l'appelant à partager sa puissance créatrice. Il s'agit évidemment d'une participation qui laisse intacte la distance infinie entre le Créateur et la créature, comme le soulignait le Cardinal Nicolas de Cues : «L'art de créer qu'atteindra une âme bienheureuse n'est point cet art par essence qui est Dieu, mais bien de cet art une communication et une participation (1).

C'est pourquoi plus l'artiste est conscient du «don» qu'il possède, plus il est incité à se regarder lui-même, ainsi que tout le créé, avec des yeux capables de contempler et de remercier, en élevant vers Dieu son hymne de louange. C'est seulement ainsi qu'il peut se comprendre lui-même en profondeur, et comprendre sa vocation et sa mission.

La vocation spéciale de l'artiste

2. Tous ne sont pas appelés à être artistes au sens spécifique du terme. Toutefois, selon l'expression de la Genèse, la tâche d'être artisan de sa propre vie est confiée à tout homme : en un certain sens, il doit en faire une œuvre d'art, un chef-d'œuvre.

Il est important de saisir la distinction, mais aussi le lien, entre ces deux versants de l'activité humaine. La distinction est évidente. Une chose, en effet, est la disposition grâce à laquelle l'être humain est l'auteur de ses propres actes et est responsable de leur valeur morale; autre chose est la disposition par laquelle il est artiste, c'est-à-dire qu'il sait agir selon les exigences de l'art, en accueillant avec fidélité ses principes spécifiques (2). C'est pourquoi l'artiste est capable de produire des objets, mais cela, en soi, ne dit encore rien de ses dispositions morales. Ici, en effet, il ne s'agit pas de se modeler soi-même, de former sa propre personnalité, mais seulement de faire fructifier ses capacités créatives, donnant une forme esthétique aux idées conçues par la pensée.

Mais si la distinction est fondamentale, la relation entre ces deux dispositions, morale et artistique, n'est pas moins importante. Elles se conditionnent profondément l'une l'autre. En modelant une œuvre, l'artiste s'ex prime de fait lui-même à tel point que sa production constitue un reflet particulier de son être, de ce qu'il est et du comment il est. On en trouve d'innombrables confirmations dans l'histoire de l'humanité. En effet, quand l'artiste façonne un chef-d'œuvre, non seulement il donne vie à son œuvre, mais à travers elle, en un certain sens, il dévoile aussi sa propre personnalité. Dans l'art, il trouve une dimension nouvelle et un extraordinaire moyen d'expression pour sa croissance spirituelle. À travers les œuvres qu'il réalise, l'artiste parle et communique avec les autres. L'histoire de l'art n'est donc pas seulement une histoire des œuvres, elle est aussi une histoire des hommes. Les œuvres d'art parlent de leurs auteurs, elles introduisent à la connaissance du plus profond de leur être et elles révèlent la contribution originale qu'ils ont apportée à l'histoire de la culture.

La vocation artistique au service de la beauté

3. Un poète polonais connu, Cyprian Norwid, écrit : «La beauté est pour susciter l'enthousiasme dans le travail, / le travail est pour renaître( 3).

Le thème de la beauté est particulièrement approprié pour un discours sur l'art. Il a déjà affleuré quand j'ai souligné le regard satisfait de Dieu devant la création. En remarquant que ce qu'il avait créé était bon, Dieu vit aussi que c'était beau (4). Le rapport entre bon et beau suscite des réflexions stimulantes. La beauté est en un certain sens l'expression visible du bien, de même que le bien est la condition métaphysique du beau. Les Grecs l'avaient bien compris, eux qui, en fusionnant ensemble les deux concepts, forgèrent une locution qui les comprend toutes les deux : «kalokagathía», c'est-à-dire «beauté-bonté». Platon écrit à ce sujet : «La vertu propre du Bien est venue se réfugier dans la nature du Beau (5).

C'est en vivant et en agissant que l'homme établit ses relations avec l'être, avec la vérité et avec le bien. L'artiste vit une relation particulière avec la beauté. En un sens très juste, on peut dire que la beauté est la vocation à laquelle le Créateur l'a appelé par le don du «talent artistique». Et ce talent aussi est assurément à faire fructifier, dans la logique de la parabole évangélique des talents (cf. Mt 25, 14-30).

Nous touchons ici un point essentiel. Celui qui perçoit en lui-même cette sorte d'étincelle divine qu'est la vocation artistique - de poète, d'écrivain, de peintre, de sculpteur, d'architecte, de musicien, d'acteur... - perçoit en même temps le devoir de ne pas gaspiller ce talent, mais de le développer pour le mettre au service du prochain et de toute l'humanité.

L'artiste et le bien commun

4. La société, en effet, a besoin d'artistes, comme elle a besoin de scientifiques, de techniciens, d'ouvriers, de personnes de toutes professions, de témoins de la foi, de maîtres, de pères et de mères, qui garantissent la croissance de la personne et le développement de la communauté à travers cette très haute forme de l'art qu'est «l'art de l'éducation». Dans le vaste panorama culturel de chaque nation, les artistes ont leur place spécifique. Lorsque précisément, dans la réalisation d'œuvres vraiment valables et belles, ils obéissent à leur inspiration, non seulement ils enrichissent le patrimoine culturel de chaque nation et de l'humanité entière, mais ils rendent aussi un service social qualifié au profit du bien commun.

Tout en déterminant le cadre de son service, la vocation différente de chaque artiste fait apparaître les devoirs qu'il doit assumer, le dur travail auquel il doit se soumettre, la responsabilité qu'il doit affronter. Un artiste conscient de tout cela sait aussi qu'il doit travailler sans se laisser dominer par la recherche d'une vaine gloire ou par la frénésie d'une popularité facile, et encore moins par le calcul d'un possible profit personnel. Il y a donc une éthique, et même une «spiritualité», du service artistique, qui, à sa manière, contribue à la vie et à la renaissance d'un peuple. C'est justement à cela que semble vouloir faire allusion Cyprian Norwid quand il affirme : «La beauté est pour susciter l'enthousiasme dans le travail, / le travail est pour renaître».

L'art face au mystère du Verbe incarné

5. La Loi de l'Ancien Testament interdit explicitement de représenter Dieu invisible et inexprimable à l'aide d'«une image taillée ou fondue» (Dt 27, 15), car Dieu transcende toute représentation matérielle : «Je suis celui qui est» (Ex 3, 14). Toutefois, le Fils de Dieu en personne s'est rendu visible dans le mystère de l'Incarnation : «Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme» (Ga 4, 4). Dieu s'est fait homme en Jésus Christ, qui est devenu ainsi «le centre par rapport auquel il faut se situer pour pouvoir comprendre l'énigme de l'existence humaine, du monde créé et de Dieu lui- même (6).

Cette manifestation fondamentale du «Dieu-Mystère» constitue un encouragement et un défi pour les chrétiens, entre autres dans le domaine de la création artistique. Il en est sorti une floraison de beauté qui a tiré sa sève précisément de là, du mystère de l'Incarnation. En se faisant homme, en effet, le Fils de Dieu a introduit dans l'histoire de l'humanité toute la richesse évangélique de la vérité et du bien, et, en elle, a révélé aussi une nouvelle dimension de la beauté : le message évangélique en est totalement rempli.

La Sainte Écriture est devenue ainsi une sorte d'«immense vocabulaire» (P. Claudel) et d'«atlas iconographique» (M. Chagall), où la culture et l'art chrétien ont puisé. L'Ancien Testament lui-même, interprété à la lumière du Nouveau, s'est avéré source inépuisable d'inspiration. À partir des récits de la création, du péché, du déluge, du cycle des Patriarches, des événements de l'Exode, jusqu'à tant d'autres épisodes et personnages de l'histoire du salut, le texte biblique a enflammé l'imagination de peintres, de poètes, de musiciens, d'auteurs de théâtre et de cinéma. Une figure comme celle de Job, pour prendre un exemple, avec sa problématique brûlante et toujours actuelle de la souffrance, continue à susciter à la fois l'intérêt philosophique et l'intérêt littéraire et artistique. Et que dire du Nouveau Testament ? De la Nativité au Golgotha, de la Transfiguration à la Résurrection, des miracles aux enseignements du Christ, jusqu'aux événements rapportés par les Actes des Apôtres ou entrevus par l'Apocalypse dans une perspective eschatologique, d'innombrables fois la parole biblique s'est faite image, musique, poésie, évoquant par le langage de l'art le mystère du «Verbe fait chair».

Dans l'histoire de la culture, tout cela constitue un vaste chapitre de foi et de beauté. Ce sont surtout les croyants qui en ont bénéficié pour leur expérience de prière et de vie. Pour beaucoup d'entre eux, en des époques de faible alphabétisation, les expressions imagées de la Bible constituèrent même des moyens catéchétiques concrets (7). Mais pour tous, croyants et non-croyants, les réalisations artistiques inspirées par l'Écriture demeurent un reflet du mystère insondable qui enveloppe et habite le monde.

Entre l'Évangile et l'art, une alliance féconde

6. En effet, chaque intuition artistique authentique va au-delà de ce que perçoivent les sens et, en pénétrant la réalité, elle s'efforce d'en interpréter le mystère caché. Elle jaillit du plus profond de l'âme humaine, là où l'aspiration à donner un sens à sa vie s'accompagne de la perception fugace de la beauté et de la mystérieuse unité des choses. C'est une expérience partagée par tous les artistes que celle de l'écart irrémédiable qui existe entre l'œuvre de leurs mains, quelque réussie qu'elle soit, et la perfection fulgurante de la beauté perçue dans la ferveur du moment créateur : ce qu'ils réussissent à exprimer dans ce qu'ils peignent, ce qu'ils sculptent, ce qu'ils créent, n'est qu'une lueur de la splendeur qui leur a traversé l'esprit pendant quelques instants.

Le croyant ne s'en étonne pas : il sait que s'est ouvert devant lui pour un instant cet abîme de lumière qui a en Dieu sa source originaire. Faut-il s'étonner si l'esprit en reste comme écrasé au point de ne savoir s'exprimer que par des balbutiements ? Nul n'est plus prêt que le véritable artiste à reconnaître ses limites et à faire siennes les paroles de l'Apôtre Paul, selon lequel Dieu «n'habite pas dans des temples faits de mains d'homme», de même que «nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l'or, de l'argent ou de la pierre, travaillés par l'art et le génie de l'homme» (Ac 17, 24. 29). Si déjà la réalité profonde des choses se tient toujours «au-delà» des capacités de pénétration humaine, combien plus Dieu dans les profondeurs de son mystère insondable !

La connaissance de foi est d'une tout autre nature : elle suppose une rencontre personnelle avec Dieu en Jésus Christ. Toutefois, cette connaissance peut, elle aussi, tirer avantage de l'intuition artistique. Les œuvres de Fra Angelico, par exemple, sont un modèle éloquent d'une contemplation esthétique qui est sublimée dans la foi. Non moins significative est à ce sujet la lauda extatique, que saint François d'Assise reprend deux fois dans la chartula rédigée après avoir reçu sur le mont de l'Alverne les stigmates du Christ : «Tu es beauté... Tu es beauté ! (8). Saint Bonaventure commente : «Il contemplait dans les belles choses le Très Beau et, en suivant les traces imprimées dans les créatures, il poursuivait partout le Bien-Aim (9).

Une approche semblable se rencontre dans la spiritualité orientale, où le Christ est qualifié de «Très Beau en beauté plus que tous les mortels (10). Macaire le Grand commente ainsi la beauté transfigurante et libératrice du Ressuscité : «L'âme qui a été pleinement illuminée par la beauté indicible de la gloire lumineuse du visage du Christ, est remplie du Saint Esprit,... n'est qu'œil, que lumière, que visage (11).

Toute forme authentique d'art est, à sa manière, une voie d'accès à la réalité la plus profonde de l'homme et du monde. Comme telle, elle constitue une approche très valable de l'horizon de la foi, dans laquelle l'existence humaine trouve sa pleine interprétation. Voilà pourquoi la plénitude évangélique de la vérité ne pouvait pas ne pas susciter dès le commencement l'intérêt des artistes, sensibles par nature à toutes les manifestations de la beauté intime de la réalité.

Les origines

7. L'art que le christianisme rencontra à ses origines était le fruit mûr du monde classique, il en exprimait les canons esthétiques et en même temps il en véhiculait les valeurs. La foi imposait aux chrétiens, dans le domaine de l'art comme dans celui de la vie et de la pensée, un discernement qui ne permettait pas la réception automatique de ce patrimoine. L'art d'inspiration chrétienne commença ainsi en sourdine, étroitement lié au besoin qu'avaient les croyants d'élaborer des signes pour exprimer, à partir de l'Écriture, les mystères de la foi, et en même temps un «code symbolique», à travers lequel ils pourraient se reconnaître et s'identifier, spécialement dans les temps difficiles des persécutions. Qui ne se souvient de ces symboles qui furent aussi les premières esquisses d'un art pictural et plastique ? Le poisson, les pains, le pasteur, évoquaient le mystère en devenant, presque insensiblement, les ébauches d'un art nouveau.

Quand, par l'édit de Constantin, il fut accordé aux chrétiens de s'exprimer en pleine liberté, l'art devint un canal privilégié de manifestation de la foi. En divers lieux commencèrent à fleurir des basiliques majestueuses dans lesquelles les canons architectoniques du paganisme ancien étaient repris et en même temps soumis aux exigences du nouveau culte. Comment ne pas rappeler au moins l'ancienne Basilique Saint-Pierre et celle de Saint Jean de Latran, construites aux frais de Constantin lui-même ? Ou, pour les splendeurs de l'art byzantin, la Haghia Sophía de Constantinople, voulue par Justinien ?

Alors que l'architecture dessinait l'espace sacré, le besoin de contempler le mystère et de le proposer de façon immédiate aux gens simples conduisit progressivement aux premières expressions de l'art pictural et sculptural. En même temps apparurent les premières esquisses d'un art de la parole et du son; et si Augustin, parmi les nombreux thèmes de ses œuvres, incluait un De musica, Hilaire, Ambroise, Prudence, Éphrem le Syrien, Grégoire de Nazianze, Paulin de Nole, pour ne citer que quelques noms, se faisaient les promoteurs d'une poésie chrétienne qui atteint souvent une haute valeur non seulement théologique mais aussi littéraire. Leur programme poétique mettait en relief des formes héritées des classiques, mais il puisait à la pure sève de l'Évangile, comme le déclarait à juste titre le saint poète de Nole : «Notre unique art est la foi et le Christ est notre chant (12). Quelque temps plus tard, Grégoire le Grand, pour sa part, avec la compilation de l'Antiphonarium, posait les prémisses du développement organique de la musique sacrée si originale qui a pris son nom. Par ses modulations inspirées, le chant grégorien deviendra au cours des siècles l'expression mélodique typique de la foi de l'Église durant la célébration liturgique des Mystères sacrés. Le «beau» se conjuguait ainsi avec le «vrai», afin qu'à travers les chemins de l'art les esprits soient transportés de ce qui est sensible à l'éternel.

Les moments difficiles ne manquèrent pas tout au long de ce chemin. Précisément à propos de la représentation du mystère chrétien, la période antique connut une controverse très dure, qui passa dans l'histoire sous le nom de «querelle iconoclaste». Les images sacrées, qui s'étaient largement répandues dans la dévotion populaire, furent l'objet d'une violente contestation. Le Concile célébré à Nicée en 787 fut un événement historique, non seulement du point de vue de la foi mais aussi pour la culture, en décidant la licéité des images et du culte qui les entourent. Pour régler la controverse, les Évêques firent appel à un argument décisif : le mystère de l'Incarnation. Si le Fils de Dieu est entré dans le monde des réalités visibles, en jetant par son humanité un pont entre le visible et l'invisible, il est loisible de penser, de manière analogue, qu'une représentation du mystère peut être employée, dans la logique des signes, comme une évocation sensible du mystère. L'icône n'est pas vénérée pour elle-même, mais elle renvoie au sujet qu'elle représente (13).

Le Moyen Âge

8. On fut témoin, au cours des siècles suivants, d'un grand développement de l'art chrétien. En Orient, l'art de l'icône continua à fleurir. Cet art reste lié à des canons théologiques et esthétiques précis, et il est sous-tendu par la conviction que, en un certain sens, l'icône est un sacrement: en effet, d'une manière analogue à ce qui se réalise dans les sacrements, elle rend présent le mystère de l'Incarnation dans l'un ou l'autre de ses aspects. C'est précisément pour cela que la beauté de l'icône peut surtout être appréciée à l'intérieur d'une église avec les lampes qui brûlent et jettent dans la pénombre d'infinis reflets de lumière. Pavel Florenski écrit à ce propos: «L'or, barbare, lourd, futile dans l'éclat du plein jour, se ravive sous la lueur vacillante d'une lampe ou d'une bougie, car il brille alors de myriades d'étincelles qui jettent leurs feux ici ou là et font pressentir d'autres lumières, non terrestres, qui remplissent l'espace céleste» (14).

En Occident, les artistes partent de points de vue extrêmement variés, en fonction des convictions de fond présentes dans le milieu culturel de leur temps. Le patrimoine artistique s'est enrichi au cours des siècles et compte une abondante éclosion d'œuvres d'art sacré qui témoignent d'une haute inspiration et remplissent d'admiration même l'observateur d'aujourd'hui. Les grands édifices du culte demeurent au premier plan; leur caractère fonctionnel se marie toujours au génie, et celui-ci se laisse inspirer par le sens de la beauté et l'intuition du mystère. Il en est résulté des styles bien connus dans l'histoire de l'art. La force et la simplicité de l'art roman, exprimées dans les cathédrales et les abbayes, se développeront graduellement, donnant les formes élancées et les splendeurs du gothique. Derrière ces formes, il n'y a pas seulement le génie d'un artiste, mais l'âme d'un peuple. Dans les jeux d'ombre et de lumière, dans les formes tour à tour puissantes et élancées, interviennent, certes, des considérations de technique structurale, mais aussi des tensions propres à l'expérience de Dieu, mystère qui suscite «crainte» et «fascination». Comment résumer en quelques traits, et pour les diverses formes de l'art, la puissance créatrice des longs siècles du Moyen Âge chrétien ? Une culture entière, tout en restant dans les limites toujours présentes de l'humain, s'était imprégnée de l'Évangile et, là où la pensée théologique aboutissait à la Somme de saint Thomas, l'art des églises poussait la matière à se plier à une attitude d'adoration du mystère, tandis qu'un poète admirable comme Dante Alighieri pouvait composer «le poème sacré, / où le ciel et la terre ont mis la main (15), ainsi qu'il qualifiait lui-même la Divine Comédie.

Humanisme et Renaissance

9. L'heureux climat culturel d'où a germé l'extraordinaire floraison artistique de l'Humanisme et de la Renaissance a eu également une influence significative sur la manière dont les artistes de cette période ont abordé les thèmes religieux. Bien évidemment, leur inspiration est tout aussi variée que leurs styles, du moins en ce qui concerne les plus grands d'entre eux. Mais il n'est pas dans mes intentions de vous rappeler ces choses que vous, artistes, connaissez bien. Je voudrais plutôt, vous écrivant du Palais apostolique, véritable écrin de chefs-d'œuvre peut-être unique au monde, me faire l'interprète des grands artistes qui ont déployé ici les richesses de leur génie, souvent pétri d'une grande profondeur spirituelle. D'ici, parle Michel-Ange, qui, dans la Chapelle Sixtine, a pour ainsi dire recueilli tout le drame et le mystère du monde, depuis la Création jusqu'au Jugement dernier, donnant un visage à Dieu le Père, au Christ Juge, à l'homme qui chemine péniblement depuis les origines jusqu'au terme de l'histoire. D'ici, parle le génie délicat et profond de Raphaël, montrant, à travers la variété de ses peintures, et spécialement dans la «Controverse» qui se trouve dans la salle de la Signature, le mystère de la révélation du Dieu Trinitaire, qui, dans l'Eucharistie, se fait le compagnon de l'homme et projette sa lumière sur les questions et les attentes de l'intelligence humaine. D'ici, de la majestueuse Basilique consacrée au Prince des Apôtres, de la colonnade qui se détache d'elle comme deux bras ouverts pour accueillir l'humanité, parlent encore un Bramante, un Bernin, un Borromini, un Maderno, pour ne citer que les plus grands; ils donnent, à travers les formes plastiques, le sens du mystère qui fait de l'Église une communauté universelle, accueillante, une mère et une compagne de voyage pour tout homme qui cherche Dieu.

Dans cet ensemble extraordinaire, l'art sacré a trouvé une expression d'une exceptionnelle puissance, atteignant des sommets d'une impérissable valeur tout autant esthétique que religieuse. Ce qui le caractérise toujours davantage, sous l'impulsion de l'Humanisme et la Renaissance, puis des tendances de la culture et de la science qui ont suivi, c'est un intérêt croissant pour l'homme, pour le monde, pour la réalité de l'histoire. En elle-même, cette attention n'est en aucune manière un danger pour la foi chrétienne, centrée sur le mystère de l'Incarnation et donc sur la valorisation de l'homme par Dieu. Les grands artistes que je viens de citer nous le montrent bien. Qu'il suffise de penser comment Michel-Ange, dans ses peintures et ses sculptures, exprime la beauté du corps humain (16).

En outre, même dans le nouveau climat de ces derniers siècles, où une partie de la société semble devenue indifférente à la foi, l'art religieux n'a jamais interrompu son élan. Cette constatation se confirme si, des arts figuratifs, nous en venons à considérer le grand développement qu'a connu, dans le même laps de temps, la musique sacrée, composée pour répondre aux exigences de la liturgie ou liée seulement à des thèmes religieux. En dehors de tant d'artistes qui se sont très largement consacrés à la musique sacrée - comment ne pas mentionner au moins un Pier Luigi da Palestrina, un Roland de Lassus, un Tomás Luis de Victoria ? -, on sait que beaucoup de grands compositeurs - de Händel à Bach, de Mozart à Schubert, de Beethoven à Berlioz, de Listz à Verdi - nous ont donné des œuvres d'une très grande inspiration dans ce domaine.

Vers un renouveau du dialogue

10. Il est vrai cependant que, dans la période des temps modernes, parallèlement à cet humanisme chrétien qui a continué à être porteur d'expressions culturelles et artistiques de valeur, s'est progressivement développée une forme d'humanisme caractérisée par l'absence de Dieu et souvent par une opposition à Lui. Ce climat a entraîné parfois une certaine séparation entre le monde de l'art et celui de la foi, tout au moins en ce sens que de nombreux artistes n'ont plus eu le même intérêt pour les thèmes religieux.

Vous savez toutefois que l'Église n'a jamais cessé de nourrir une grande estime pour l'art en tant que tel. En effet, même au-delà de ses expressions les plus typiquement religieuses, l'art, quand il est authentique, a une profonde affinité avec le monde de la foi, à tel point que, même lorsque la culture s'éloigne considérablement de l'Église, il continue à constituer une sorte de pont jeté vers l'expérience religieuse. Parce qu'il est recherche de la beauté, fruit d'une imagination qui va au-delà du quotidien, l'art est, par nature, une sorte d'appel au Mystère. Même lorsqu'il scrute les plus obscures profondeurs de l'âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l'artiste se fait en quelque sorte la voix de l'attente universelle d'une rédemption.

On comprend donc pourquoi l'Église tient particulièrement au dialogue avec l'art et pourquoi elle désire que s'accomplisse, à notre époque, une nouvelle alliance avec les artistes, comme le souhaitait mon vénéré prédécesseur Paul VI dans le vibrant discours qu'il adressait aux artistes lors de la rencontre spéciale du 7 mai 1964 dans la Chapelle Sixtine (17). L'Église souhaite qu'une telle collaboration suscite une nouvelle «épiphanie» de la beauté en notre temps et apporte des réponses appropriées aux exigences de la communauté chrétienne.

Dans l'esprit du Concile Vatican II

11. Le Concile Vatican II a jeté les bases de relations renouvelées entre l'Église et la culture, avec des conséquences immédiates pour le monde de l'art. Il s'agit de relations marquées par l'amitié, l'ouverture et le dialogue. Dans la constitution pastorale Gaudium et spes, les Pères conciliaires ont souligné «la grande importance» de la littérature et des arts dans la vie de l'homme: «Ils s'efforcent en effet de comprendre le caractère propre de l'homme, ses problèmes, son expérience dans ses tentatives pour se connaître et se perfectionner lui-même, pour connaître et perfectionner le monde; ils s'appliquent à mieux saisir sa place dans l'histoire et dans l'univers, à mettre en lumière les misères et les joies, les besoins et les forces de l'homme, et à présenter l'esquisse d'une destinée humaine meilleure (18).

En partant de ces bases, les Pères conciliaires ont, à la clôture des travaux, salué les artistes en leur lançant un appel en ces termes : «Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, c'est ce qui met la joie au cœur des hommes, c'est ce fruit précieux qui résiste à l'usure du temps, qui unit les générations et les fait communiquer dans l'admiration (19). C'est précisément dans cet esprit de profonde estime pour la beauté que la constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie avait rappelé la longue amitié de l'Église pour l'art. Et, en parlant plus spécifiquement de l'art sacré, «sommet» de l'art religieux, ce document n'avait pas hésité à considérer comme un «noble ministère» le travail des artistes quand leurs œuvres sont capables de refléter, en quelque sorte, l'infinie beauté de Dieu et d'orienter l'esprit de tous vers Lui (20). Grâce aussi à leur apport, «la connaissance de Dieu se manifeste mieux, et la prédication de l'Évangile devient plus facile à saisir par l'intelligence des hommes (21). À la lumière de ce qui vient d'être dit, l'affirmation du P. Marie-Dominique Chenu ne nous surprend pas, lui qui considère que l'historien de la théologie ferait œuvre incomplète s'il n'accordait pas l'attention qui leur est due aux réalisations artistiques - qu'elles soient littéraires ou plastiques -, qui constituent, à leur manière, «non seulement des illustrations esthétiques, mais de véritables “lieux” théologiques (22).

L'Église a besoin de l'art

12. Pour transmettre le message que le Christ lui a confié, l'Église a besoin de l'art. Elle doit en effet rendre perceptible et même, autant que possible, fascinant le monde de l'esprit, de l'invisible, de Dieu. Elle doit donc traduire en formules significatives ce qui, en soi, est ineffable. Or, l'art a une capacité qui lui est tout à fait propre de saisir l'un ou l'autre aspect du message et de le traduire en couleurs, en formes ou en sons qui renforcent l'intuition de celui qui regarde ou qui écoute. Et cela, sans priver le message lui-même de sa valeur transcendantale ni de son auréole de mystère.

L'Église a besoin, en particulier, de ceux qui sont en mesure de réaliser tout cela sur le plan littéraire et figuratif, en utilisant les infinies possibilités des images et de leur valeur symbolique. Dans sa prédication, le Christ lui- même a fait largement appel aux images, en pleine harmonie avec le choix de devenir lui-même, par l'Incarnation, icône du Dieu invisible.

Mais l'Église a également besoin des musiciens. Combien de compositions sacrées ont été élaborées, au cours des siècles, par des personnes profondément imprégnées du sens du mystère! D'innombrables croyants ont alimenté leur foi grâce aux mélodies qui ont jailli du cœur d'autres croyants et sont devenues partie intégrante de la liturgie, ou du moins concourent de manière remarquable à sa digne célébration. Par le chant, la foi est expérimentée comme un cri éclatant de joie et d'amour, une attente confiante de l'intervention salvifique de Dieu.

L'Église a besoin d'architectes, parce qu'il lui faut des espaces pour rassembler le peuple chrétien et pour célébrer les mystères du salut. Après les terribles destructions de la dernière guerre mondiale et avec la croissance des métropoles, une nouvelle génération d'architectes s'est formée autour des nécessités du culte chrétien, prouvant ainsi la puissance d'inspiration du thème religieux même au regard des canons architecturaux de notre temps. Souvent, en effet, on a construit des églises qui sont des lieux de prière et, en même temps, d'authentiques œuvres d'art.

L'art a-t-il besoin de l'Église ?

13. Ainsi donc, l'Église a besoin de l'art. Mais peut-on dire que l'art a besoin de l'Église ? La question peut paraître provocante. En réalité, si on l'entend dans son juste sens, elle est légitime et profonde. L'artiste est toujours à la recherche du sens profond des choses, son ardent désir est de parvenir à exprimer le monde de l'ineffable. Comment ne pas voir alors quelle grande source d'inspiration peut être pour lui cette sorte de patrie de l'âme qu'est la religion ? N'est ce pas dans le cadre religieux que se posent les questions personnelles les plus importantes et que se cherchent les réponses existentielles définitives ?

De fait, le religieux est l'un des sujets les plus traités par les artistes de toutes les époques. L'Église a toujours fait appel à leur capacité créatrice pour interpréter le message évangélique et son application concrète dans la vie de la communauté chrétienne. Cette collaboration a été source d'enrichissement spirituel réciproque. En définitive, elle en a retiré comme profit la compréhension de l'homme, de son image authentique, de sa vérité. Cela fait apparaître aussi le lien particulier qui existe entre l'art et la révélation chrétienne. Ce qui ne veut pas dire que le génie humain n'a pas trouvé également des inspirations stimulantes dans d'autres contextes religieux. Il suffit de rappeler l'art antique, spécialement grec et romain; et celui encore florissant des plus anciennes civilisations de l'Orient. Cependant, il reste vrai que le christianisme, en vertu du dogme central de l'incarnation du Verbe de Dieu, offre à l'artiste un univers particulièrement riche de motifs d'inspiration. Quel appauvrissement serait pour l'art l'abandon de la source inépuisable de l'Évangile !

Appel aux artistes

14. Par cette lettre, je m'adresse à vous, artistes du monde entier, pour vous confirmer mon estime et pour contribuer à développer à nouveau une coopération plus profitable entre l'art et l'Église. Je vous invite à redécouvrir la profondeur de la dimension spirituelle et religieuse qui en tout temps a caractérisé l'art dans ses plus nobles expressions. C'est dans cette perspective que je fais appel à vous, artistes de la parole écrite et orale, du théâtre et de la musique, des arts plastiques et des technologies de communication les plus modernes. Je fais spécialement appel à vous, artistes chrétiens : à chacun, je voudrais rappeler que l'alliance établie depuis toujours entre l'Évangile et l'art implique, au-delà des nécessités fonctionnelles, l'invitation à pénétrer avec une intuition créatrice dans le mystère du Dieu incarné, et en même temps dans le mystère de l'homme.

Aucun être humain, en un sens, ne se connaît lui-même. Non seulement Jésus Christ révèle Dieu, mais il «manifeste pleinement l'homme à lui- même (23). Dans le Christ, Dieu s'est réconcilié le monde. Tous les croyants sont appelés à rendre ce témoignage; mais il vous appartient, à vous hommes et femmes qui avez consacré votre vie à l'art, de dire avec la richesse de votre génie que, dans le Christ, le monde est racheté : l'homme est racheté, le corps humain est racheté, la création entière est rachetée, elle dont saint Paul a écrit qu'elle «attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm 8, 19). Elle attend la révélation des fils de Dieu même à travers l'art et dans l'art. Telle est votre tâche. Au contact des œuvres d'art, l'humanité de tous les temps - celle d'aujourd'hui également - attend d'être éclairée sur son chemin et sur son destin.

Esprit créateur et inspiration artistique

15. Dans l'Église retentit souvent l'invocation à l'Esprit Saint : Veni, Creator Spiritus... - «Viens, Esprit Créateur, / visite l'âme de tes fidèles / emplis de la grâce d'en haut / les cœurs que tu as créés (24).

L'Esprit Saint, «le Souffle» (ruah), est Celui auquel fait déjà allusion le Livre de la Genèse : «La terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme et le souffle de Dieu agitait la surface des eaux» (Gn 1, 2). Et il existe une telle affinité entre les mots «souffle - expiration» et «inspiration» ! L'Esprit est le mystérieux artiste de l'univers. Dans la perspective du troisième millénaire, je voudrais souhaiter à tous les artistes de pouvoir recevoir en abondance le don des inspirations créatrices dans lesquelles s'enracine toute œuvre d'art authentique.

Chers artistes, vous le savez bien, nombreuses sont les stimulations, intérieures et extérieures, qui peuvent inspirer votre talent. Cependant, toute inspiration authentique renferme en elle-même quelque frémissement de ce «souffle» dont l'Esprit créateur remplissait dès les origines l'œuvre de la création. En présidant aux mystérieuses lois qui régissent l'univers, le souffle divin de l'Esprit créateur vient à la rencontre du génie de l'homme et stimule sa capacité créatrice. Il le rejoint par une sorte d'illumination intérieure, qui unit l'orientation vers le bien et vers le beau, et qui réveille en lui les énergies de l'esprit et du cœur, le rendant apte à concevoir l'idée et à la mettre en forme dans une œuvre d'art. On parle alors à juste titre, même si c'est de manière analogique, de «moments de grâce», car l'être humain a la possibilité de faire une certaine expérience de l'Absolu qui le transcende.

La «Beauté» qui sauve

16. Au seuil du troisième millénaire, je vous souhaite à tous, chers artistes, d'être touchés par ces inspirations créatrices avec une intensité particulière. Puisse la beauté que vous transmettrez aux générations de demain être telle qu'elle suscite en elles l'émerveillement ! Devant le caractère sacré de la vie et de l'être humain, devant les merveilles de l'univers, l'unique attitude adéquate est celle de l'émerveillement.

De cet émerveillement pourra surgir l'enthousiasme dont parle Norwid dans la poésie à laquelle je me référais au début. Les hommes d'aujourd'hui et de demain ont besoin de cet enthousiasme pour affronter et dépasser les défis cruciaux qui pointent à l'horizon. Grâce à lui, l'humanité, après chaque défaillance, pourra encore se relever et reprendre son chemin. C'est en ce sens que l'on a dit avec une intuition profonde que «la beauté sauvera le monde (25).

La beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance. Elle est une invitation à savourer la vie et à rêver de l'avenir. C'est pourquoi la beauté des choses créées ne peut satisfaire, et elle suscite cette secrète nostalgie de Dieu qu'un amoureux du beau comme saint Augustin a su interpréter par des mots sans pareil : «Bien tard, je t'ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, bien tard, je t'ai aimée !(26).

Puissent vos multiples chemins, artistes du monde, vous conduire tous à l'Océan infini de beauté où l'émerveillement devient admiration, ivresse, joie indicible !

Puissiez-vous être orientés et inspirés par le mystère du Christ ressuscité, que l'Église contemple joyeusement ces jours-ci !

Et que la Vierge Sainte, la «toute belle», vous accompagne, elle que d'innombrables artistes ont représentée et que le célèbre Dante contemple dans les splendeurs du Paradis comme «beauté, qui réjouissait les yeux de tous les autres saints (27) !

«Du chaos surgit le monde de l'esprit». Partant des mots qu'Adam Mickiewicz écrivait dans une période particulièrement tourmentée pour la patrie polonaise (28), je formule un souhait pour vous : que votre art contribue à l'affermissement d'une beauté authentique qui, comme un reflet de l'Esprit de Dieu, transfigure la matière, ouvrant les esprits au sens de l'éternité !
Avec mes vœux les plus cordiaux !

Du Vatican, le 4 avril 1999, en la Résurrection du Seigneur.


(1) Dialogus de Ludo Globi, lib. II: Philosophisch-Theologische Schriften, Vienna 1967, III, p. 332.

(2) Les vertus morales, et parmi elles en particulier la prudence, permettent au sujet d'agir en harmonie avec le critère du bien et du mal moral, selon la recta ratio agibilium (le juste critère des comportements). L'art, au contraire, est défini par la philosophie comme recta ratio factibilium (la droite détermination des oeuvres à faire).

(3) Promethidion, Bogumil, vv. 185-186: Pisma wybrane, Warsaw 1968, vol. 2, p. 216.

(4) La traduction grecque des Septante a bien exprimé cet aspect, en traduisant le terme hébraïque t(o-)b (bon) par kalón (beau).

(5) Philebus, 65 A. 



(6)» Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio (14 septembre 1998), 80: AAS 91 (1999), 67.

(7) Ce principe pédagogique a été énoncé avec autorité par saint Grégoire le Grand dans une lettre de 599 à l'Évêque de Marseille Sereno : « La peinture est utilisée dans les églises parce que les analphabètes, au moins en regardant sur les murs, lisent ce qu'ils ne sont pas capables de déchiffrer sur la page. » Epistulae, IX, 209: CCL 140A, 1714.

(8) Lodi di Dio Altissimo, vv. 7 and 10: Fonti Francescane, No. 261, Padua 1982, p. 177.



(9) Legenda Maior, IX, 1: Fonti Francesane, No. 1162, loc. cit., p. 911.

(10) Enkomia of the Orthós of the Holy and Great Saturday.

(11) Homélie I, 2: PG 34, 451.

(12) “At nobis ars una fides et musica Christus”: Carmen 20, 31: CCL 203, 144.

(13) Cf. Jean-Paul II, Lettre Apostolique  Duodecimum Saeculum (4 décembre 1987), 8-9: AAS 80 (1988), pp. 247-249.

(14) La prospettiva rovesciata ed altri scritti, Rome 1984, p. 63.

(15) Paradiso XXV, 1-2.

(16) Cf. Jean-Paul II, Homélie de la messe célébrée à la fin de la restauration des fresques de Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine,  8 avril 1994: Insegnamenti, XVII, 1 (1994), 899-904.

(17) Cf. AAS 56 (1964), 438-444.

(18) No. 62.

(19) Message aux artistes (8 décembre 1965) : AAS 58 (1966), 13.

(20) Cf. No. 122.

(21) Conc. œcum. Vat. II,  Constitution Pastorale Gaudium et Spes, 62.

(22) La teologia nel XII secolo, Milan 1992, p. 9.

(23) Conc. œcum. Vat. II,  Constitution Pastorale Gaudium et Spes, 22.

(24) Hymne des Vêpres de la Pentecôte.

(25) F. DOSTOYEVSKI, L'Idiot, Part III, chap. 5.

(26)» «Sero te amavi ! Pulchritudo tam antiquam et tam nova, sero te amavi !», Confessions, 10, 27: CCL 27, 251.

(27) Paradiso XXXI, 134-135.

(28) Oda do mlodosci, v. 69: Wybór poezji, Wroclaw 1986, vol. 1, p. 63.

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LETTER OF HIS HOLINESS
POPE JOHN PAUL II
TO ARTISTS

1999

To all who are passionately dedicated
to the search for new “epiphanies” of beauty
so that through their creative work as artists
they may offer these as gifts to the world
.


God saw all that he had made, and it was very good” (Gn 1:31)


The artist, image of God the Creator

1. None can sense more deeply than you artists, ingenious creators of beauty that you are, something of the pathos with which God at the dawn of creation looked upon the work of his hands. A glimmer of that feeling has shone so often in your eyes when—like the artists of every age—captivated by the hidden power of sounds and words, colours and shapes, you have admired the work of your inspiration, sensing in it some echo of the mystery of creation with which God, the sole creator of all things, has wished in some way to associate you.

That is why it seems to me that there are no better words than the text of Genesis with which to begin my Letter to you, to whom I feel closely linked by experiences reaching far back in time and which have indelibly marked my life. In writing this Letter, I intend to follow the path of the fruitful dialogue between the Church and artists which has gone on unbroken through two thousand years of history, and which still, at the threshold of the Third Millennium, offers rich promise for the future.

In fact, this dialogue is not dictated merely by historical accident or practical need, but is rooted in the very essence of both religious experience and artistic creativity. The opening page of the Bible presents God as a kind of exemplar of everyone who produces a work: the human craftsman mirrors the image of God as Creator. This relationship is particularly clear in the Polish language because of the lexical link between the words stwórca (creator) and twórca (craftsman).

What is the difference between “creator” and “craftsman”? The one who creates bestows being itself, he brings something out of nothing—ex nihilo sui et subiecti, as the Latin puts it—and this, in the strict sense, is a mode of operation which belongs to the Almighty alone. The craftsman, by contrast, uses something that already exists, to which he gives form and meaning. This is the mode of operation peculiar to man as made in the image of God. In fact, after saying that God created man and woman “in his image” (cf. Gn 1:27), the Bible adds that he entrusted to them the task of dominating the earth (cf. Gn 1:28). This was the last day of creation (cf. Gn 1:28-31). On the previous days, marking as it were the rhythm of the birth of the cosmos, Yahweh had created the universe. Finally he created the human being, the noblest fruit of his design, to whom he subjected the visible world as a vast field in which human inventiveness might assert itself.

God therefore called man into existence, committing to him the craftsman's task. Through his “artistic creativity” man appears more than ever “in the image of God”, and he accomplishes this task above all in shaping the wondrous “material” of his own humanity and then exercising creative dominion over the universe which surrounds him. With loving regard, the divine Artist passes on to the human artist a spark of his own surpassing wisdom, calling him to share in his creative power. Obviously, this is a sharing which leaves intact the infinite distance between the Creator and the creature, as Cardinal Nicholas of Cusa made clear: “Creative art, which it is the soul's good fortune to entertain, is not to be identified with that essential art which is God himself, but is only a communication of it and a share in it”.(1)

That is why artists, the more conscious they are of their “gift”, are led all the more to see themselves and the whole of creation with eyes able to contemplate and give thanks, and to raise to God a hymn of praise. This is the only way for them to come to a full understanding of themselves, their vocation and their mission.

The special vocation of the artist

2. Not all are called to be artists in the specific sense of the term. Yet, as Genesis has it, all men and women are entrusted with the task of crafting their own life: in a certain sense, they are to make of it a work of art, a masterpiece.

It is important to recognize the distinction, but also the connection, between these two aspects of human activity. The distinction is clear. It is one thing for human beings to be the authors of their own acts, with responsibility for their moral value; it is another to be an artist, able, that is, to respond to the demands of art and faithfully to accept art's specific dictates.(2) This is what makes the artist capable of producing objects, but it says nothing as yet of his moral character. We are speaking not of moulding oneself, of forming one's own personality, but simply of actualizing one's productive capacities, giving aesthetic form to ideas conceived in the mind.

The distinction between the moral and artistic aspects is fundamental, but no less important is the connection between them. Each conditions the other in a profound way. In producing a work, artists express themselves to the point where their work becomes a unique disclosure of their own being, of what they are and of how they are what they are. And there are endless examples of this in human history. In shaping a masterpiece, the artist not only summons his work into being, but also in some way reveals his own personality by means of it. For him art offers both a new dimension and an exceptional mode of expression for his spiritual growth. Through his works, the artist speaks to others and communicates with them. The history of art, therefore, is not only a story of works produced but also a story of men and women. Works of art speak of their authors; they enable us to know their inner life, and they reveal the original contribution which artists offer to the history of culture.

The artistic vocation in the service of beauty

3. A noted Polish poet, Cyprian Norwid, wrote that “beauty is to enthuse us for work, and work is to raise us up”.(3)

The theme of beauty is decisive for a discourse on art. It was already present when I stressed God's delighted gaze upon creation. In perceiving that all he had created was good, God saw that it was beautiful as well.(4) The link between good and beautiful stirs fruitful reflection. In a certain sense, beauty is the visible form of the good, just as the good is the metaphysical condition of beauty. This was well understood by the Greeks who, by fusing the two concepts, coined a term which embraces both: kalokagathía, or beauty-goodness. On this point Plato writes: “The power of the Good has taken refuge in the nature of the Beautiful”.(5)

It is in living and acting that man establishes his relationship with being, with the truth and with the good. The artist has a special relationship to beauty. In a very true sense it can be said that beauty is the vocation bestowed on him by the Creator in the gift of “artistic talent”. And, certainly, this too is a talent which ought to be made to bear fruit, in keeping with the sense of the Gospel parable of the talents (cf. Mt 25:14-30).

Here we touch on an essential point. Those who perceive in themselves this kind of divine spark which is the artistic vocation—as poet, writer, sculptor, architect, musician, actor and so on—feel at the same time the obligation not to waste this talent but to develop it, in order to put it at the service of their neighbour and of humanity as a whole.

The artist and the common good

4. Society needs artists, just as it needs scientists, technicians, workers, professional people, witnesses of the faith, teachers, fathers and mothers, who ensure the growth of the person and the development of the community by means of that supreme art form which is “the art of education”. Within the vast cultural panorama of each nation, artists have their unique place. Obedient to their inspiration in creating works both worthwhile and beautiful, they not only enrich the cultural heritage of each nation and of all humanity, but they also render an exceptional social service in favour of the common good.

The particular vocation of individual artists decides the arena in which they serve and points as well to the tasks they must assume, the hard work they must endure and the responsibility they must accept. Artists who are conscious of all this know too that they must labour without allowing themselves to be driven by the search for empty glory or the craving for cheap popularity, and still less by the calculation of some possible profit for themselves. There is therefore an ethic, even a “spirituality” of artistic service, which contributes in its way to the life and renewal of a people. It is precisely this to which Cyprian Norwid seems to allude in declaring that “beauty is to enthuse us for work, and work is to raise us up”.

Art and the mystery of the Word made flesh

5. The Law of the Old Testament explicitly forbids representation of the invisible and ineffable God by means of “graven or molten image” (Dt 27:15), because God transcends every material representation: “I am who I am” (Ex 3:14). Yet in the mystery of the Incarnation, the Son of God becomes visible in person: “When the fullness of time had come, God sent forth his Son born of woman” (Gal 4:4). God became man in Jesus Christ, who thus becomes “the central point of reference for an understanding of the enigma of human existence, the created world and God himself”.(6)

This prime epiphany of “God who is Mystery” is both an encouragement and a challenge to Christians, also at the level of artistic creativity. From it has come a flowering of beauty which has drawn its sap precisely from the mystery of the Incarnation. In becoming man, the Son of God has introduced into human history all the evangelical wealth of the true and the good, and with this he has also unveiled a new dimension of beauty, of which the Gospel message is filled to the brim.

Sacred Scripture has thus become a sort of “immense vocabulary” (Paul Claudel) and “iconographic atlas” (Marc Chagall), from which both Christian culture and art have drawn. The Old Testament, read in the light of the New, has provided endless streams of inspiration. From the stories of the Creation and sin, the Flood, the cycle of the Patriarchs, the events of the Exodus to so many other episodes and characters in the history of salvation, the biblical text has fired the imagination of painters, poets, musicians, playwrights and film-makers. A figure like Job, to take but one example, with his searing and ever relevant question of suffering, still arouses an interest which is not just philosophical but literary and artistic as well. And what should we say of the New Testament? From the Nativity to Golgotha, from the Transfiguration to the Resurrection, from the miracles to the teachings of Christ, and on to the events recounted in the Acts of the Apostles or foreseen by the Apocalypse in an eschatological key, on countless occasions the biblical word has become image, music and poetry, evoking the mystery of “the Word made flesh” in the language of art.

In the history of human culture, all of this is a rich chapter of faith and beauty. Believers above all have gained from it in their experience of prayer and Christian living. Indeed for many of them, in times when few could read or write, representations of the Bible were a concrete mode of catechesis.(7) But for everyone, believers or not, the works of art inspired by Scripture remain a reflection of the unfathomable mystery which engulfs and inhabits the world.

A fruitful alliance between the Gospel and art

6. Every genuine artistic intuition goes beyond what the senses perceive and, reaching beneath reality's surface, strives to interpret its hidden mystery. The intuition itself springs from the depths of the human soul, where the desire to give meaning to one's own life is joined by the fleeting vision of beauty and of the mysterious unity of things. All artists experience the unbridgeable gap which lies between the work of their hands, however successful it may be, and the dazzling perfection of the beauty glimpsed in the ardour of the creative moment: what they manage to express in their painting, their sculpting, their creating is no more than a glimmer of the splendour which flared for a moment before the eyes of their spirit.

Believers find nothing strange in this: they know that they have had a momentary glimpse of the abyss of light which has its original wellspring in God. Is it in any way surprising that this leaves the spirit overwhelmed as it were, so that it can only stammer in reply? True artists above all are ready to acknowledge their limits and to make their own the words of the Apostle Paul, according to whom “God does not dwell in shrines made by human hands” so that “we ought not to think that the Deity is like gold or silver or stone, a representation by human art and imagination” (Acts 17:24, 29). If the intimate reality of things is always “beyond” the powers of human perception, how much more so is God in the depths of his unfathomable mystery!

The knowledge conferred by faith is of a different kind: it presupposes a personal encounter with God in Jesus Christ. Yet this knowledge too can be enriched by artistic intuition. An eloquent example of aesthetic contemplation sublimated in faith are, for example, the works of Fra Angelico. No less notable in this regard is the ecstatic lauda, which Saint Francis of Assisi twice repeats in the chartula which he composed after receiving the stigmata of Christ on the mountain of La Verna: “You are beauty... You are beauty!”.(8) Saint Bonaventure comments: “In things of beauty, he contemplated the One who is supremely beautiful, and, led by the footprints he found in creatures, he followed the Beloved everywhere”.(9)

A corresponding approach is found in Eastern spirituality where Christ is described as “the supremely Beautiful, possessed of a beauty above all the children of earth”.(10) Macarius the Great speaks of the transfiguring and liberating beauty of the Risen Lord in these terms: “The soul which has been fully illumined by the unspeakable beauty of the glory shining on the countenance of Christ overflows with the Holy Spirit... it is all eye, all light, all countenance”.(11)

Every genuine art form in its own way is a path to the inmost reality of man and of the world. It is therefore a wholly valid approach to the realm of faith, which gives human experience its ultimate meaning. That is why the Gospel fullness of truth was bound from the beginning to stir the interest of artists, who by their very nature are alert to every “epiphany” of the inner beauty of things.

The origins

7. The art which Christianity encountered in its early days was the ripe fruit of the classical world, articulating its aesthetic canons and embodying its values. Not only in their way of living and thinking, but also in the field of art, faith obliged Christians to a discernment which did not allow an uncritical acceptance of this heritage. Art of Christian inspiration began therefore in a minor key, strictly tied to the need for believers to contrive Scripture-based signs to express both the mysteries of faith and a “symbolic code” by which they could distinguish and identify themselves, especially in the difficult times of persecution. Who does not recall the symbols which marked the first appearance of an art both pictorial and plastic? The fish, the loaves, the shepherd: in evoking the mystery, they became almost imperceptibly the first traces of a new art.

When the Edict of Constantine allowed Christians to declare themselves in full freedom, art became a privileged means for the expression of faith. Majestic basilicas began to appear, and in them the architectural canons of the pagan world were reproduced and at the same time modified to meet the demands of the new form of worship. How can we fail to recall at least the old Saint Peter's Basilica and the Basilica of Saint John Lateran, both funded by Constantine himself? Or Constantinople's Hagia Sophia built by Justinian, with its splendours of Byzantine art?

While architecture designed the space for worship, gradually the need to contemplate the mystery and to present it explicitly to the simple people led to the early forms of painting and sculpture. There appeared as well the first elements of art in word and sound. Among the many themes treated by Augustine we find De Musica; and Hilary of Poitiers, Ambrose, Prudentius, Ephrem the Syrian, Gregory of Nazianzus and Paulinus of Nola, to mention but a few, promoted a Christian poetry which was often of high quality not just as theology but also as literature. Their poetic work valued forms inherited from the classical authors, but was nourished by the pure sap of the Gospel, as Paulinus of Nola put it succinctly: “Our only art is faith and our music Christ”.(12) A little later, Gregory the Great compiled the Antiphonarium and thus laid the ground for the organic development of that most original sacred music which takes its name from him. Gregorian chant, with its inspired modulations, was to become down the centuries the music of the Church's faith in the liturgical celebration of the sacred mysteries. The “beautiful” was thus wedded to the “true”, so that through art too souls might be lifted up from the world of the senses to the eternal.

Along this path there were troubled moments. Precisely on the issue of depicting the Christian mystery, there arose in the early centuries a bitter controversy known to history as “the iconoclast crisis”. Sacred images, which were already widely used in Christian devotion, became the object of violent contention. The Council held at Nicaea in 787, which decreed the legitimacy of images and their veneration, was a historic event not just for the faith but for culture itself. The decisive argument to which the Bishops appealed in order to settle the controversy was the mystery of the Incarnation: if the Son of God had come into the world of visible realities—his humanity building a bridge between the visible and the invisible— then, by analogy, a representation of the mystery could be used, within the logic of signs, as a sensory evocation of the mystery. The icon is venerated not for its own sake, but points beyond to the subject which it represents.(13)

The Middle Ages

8. The succeeding centuries saw a great development of Christian art. In the East, the art of the icon continued to flourish, obeying theological and aesthetic norms charged with meaning and sustained by the conviction that, in a sense, the icon is a sacrament. By analogy with what occurs in the sacraments, the icon makes present the mystery of the Incarnation in one or other of its aspects. That is why the beauty of the icon can be best appreciated in a church where in the shadows burning lamps stir infinite flickerings of light. As Pavel Florensky has written: “By the flat light of day, gold is crude, heavy, useless, but by the tremulous light of a lamp or candle it springs to life and glitters in sparks beyond counting—now here, now there, evoking the sense of other lights, not of this earth, which fill the space of heaven”.(14)

In the West, artists start from the most varied viewpoints, depending also on the underlying convictions of the cultural world of their time. The artistic heritage built up over the centuries includes a vast array of sacred works of great inspiration, which still today leave the observer full of admiration. In the first place, there are the great buildings for worship, in which the functional is always wedded to the creative impulse inspired by a sense of the beautiful and an intuition of the mystery. From here came the various styles well known in the history of art. The strength and simplicity of the Romanesque, expressed in cathedrals and abbeys, slowly evolved into the soaring splendours of the Gothic. These forms portray not only the genius of an artist but the soul of a people. In the play of light and shadow, in forms at times massive, at times delicate, structural considerations certainly come into play, but so too do the tensions peculiar to the experience of God, the mystery both “awesome” and “alluring”. How is one to summarize with a few brief references to each of the many different art forms, the creative power of the centuries of the Christian Middle Ages? An entire culture, albeit with the inescapable limits of all that is human, had become imbued with the Gospel; and where theology produced the Summa of Saint Thomas, church art moulded matter in a way which led to adoration of the mystery, and a wonderful poet like Dante Alighieri could compose “the sacred poem, to which both heaven and earth have turned their hand”,(15) as he himself described the Divine Comedy.

Humanism and the Renaissance

9. The favourable cultural climate that produced the extraordinary artistic flowering of Humanism and the Renaissance also had a significant impact on the way in which the artists of the period approached the religious theme. Naturally, their inspiration, like their style, varied greatly, at least among the best of them. But I do not intend to repeat things which you, as artists, know well. Writing from this Apostolic Palace, which is a mine of masterpieces perhaps unique in the world, I would rather give voice to the supreme artists who in this place lavished the wealth of their genius, often charged with great spiritual depth. From here can be heard the voice of Michelangelo who in the Sistine Chapel has presented the drama and mystery of the world from the Creation to the Last Judgement, giving a face to God the Father, to Christ the Judge, and to man on his arduous journey from the dawn to the consummation of history. Here speaks the delicate and profound genius of Raphael, highlighting in the array of his paintings, and especially in the “Dispute” in the Room of the Signatura, the mystery of the revelation of the Triune God, who in the Eucharist befriends man and sheds light on the questions and expectations of human intelligence. From this place, from the majestic Basilica dedicated to the Prince of the Apostles, from the Colonnade which spreads out from it like two arms open to welcome the whole human family, we still hear Bramante, Bernini, Borromini, Maderno, to name only the more important artists, all rendering visible the perception of the mystery which makes of the Church a universally hospitable community, mother and travelling companion to all men and women in their search for God.

This extraordinary complex is a remarkably powerful expression of sacred art, rising to heights of imperishable aesthetic and religious excellence. What has characterized sacred art more and more, under the impulse of Humanism and the Renaissance, and then of successive cultural and scientific trends, is a growing interest in everything human, in the world, and in the reality of history. In itself, such a concern is not at all a danger for Christian faith, centred on the mystery of the Incarnation and therefore on God's valuing of the human being. The great artists mentioned above are a demonstration of this. Suffice it to think of the way in which Michelangelo represents the beauty of the human body in his painting and sculpture.(16)

Even in the changed climate of more recent centuries, when a part of society seems to have become indifferent to faith, religious art has continued on its way. This can be more widely appreciated if we look beyond the figurative arts to the great development of sacred music through this same period, either composed for the liturgy or simply treating religious themes. Apart from the many artists who made sacred music their chief concern—how can we forget Pier Luigi da Palestrina, Orlando di Lasso, Tomás Luis de Victoria?—it is also true that many of the great composers—from Handel to Bach, from Mozart to Schubert, from Beethoven to Berlioz, from Liszt to Verdi—have given us works of the highest inspiration in this field.

Towards a renewed dialogue

10. It is true nevertheless that, in the modern era, alongside this Christian humanism which has continued to produce important works of culture and art, another kind of humanism, marked by the absence of God and often by opposition to God, has gradually asserted itself. Such an atmosphere has sometimes led to a separation of the world of art and the world of faith, at least in the sense that many artists have a diminished interest in religious themes.

You know, however, that the Church has not ceased to nurture great appreciation for the value of art as such. Even beyond its typically religious expressions, true art has a close affinity with the world of faith, so that, even in situations where culture and the Church are far apart, art remains a kind of bridge to religious experience. In so far as it seeks the beautiful, fruit of an imagination which rises above the everyday, art is by its nature a kind of appeal to the mystery. Even when they explore the darkest depths of the soul or the most unsettling aspects of evil, artists give voice in a way to the universal desire for redemption.

It is clear, therefore, why the Church is especially concerned for the dialogue with art and is keen that in our own time there be a new alliance with artists, as called for by my revered predecessor Paul VI in his vibrant speech to artists during a special meeting he had with them in the Sistine Chapel on 7 May 1964.(17) From such cooperation the Church hopes for a renewed “epiphany” of beauty in our time and apt responses to the particular needs of the Christian community.

In the spirit of the Second Vatican Council

11. The Second Vatican Council laid the foundation for a renewed relationship between the Church and culture, with immediate implications for the world of art. This is a relationship offered in friendship, openness and dialogue. In the Pastoral Constitution Gaudium et Spes, the Fathers of the Council stressed “the great importance” of literature and the arts in human life: “They seek to probe the true nature of man, his problems and experiences, as he strives to know and perfect himself and the world, to discover his place in history and the universe, to portray his miseries and joys, his needs and strengths, with a view to a better future”.(18)

On this basis, at the end of the Council the Fathers addressed a greeting and an appeal to artists: “This world—they said—in which we live needs beauty in order not to sink into despair. Beauty, like truth, brings joy to the human heart and is that precious fruit which resists the erosion of time, which unites generations and enables them to be one in admiration!”.(19) In this spirit of profound respect for beauty, the Constitution on the Sacred Liturgy Sacrosanctum Concilium recalled the historic friendliness of the Church towards art and, referring more specifically to sacred art, the “summit” of religious art, did not hesitate to consider artists as having “a noble ministry” when their works reflect in some way the infinite beauty of God and raise people's minds to him.(20) Thanks also to the help of artists “the knowledge of God can be better revealed and the preaching of the Gospel can become clearer to the human mind”.(21) In this light, it comes as no surprise when Father Marie Dominique Chenu claims that the work of the historian of theology would be incomplete if he failed to give due attention to works of art, both literary and figurative, which are in their own way “not only aesthetic representations, but genuine 'sources' of theology”.(22)

The Church needs art

12. In order to communicate the message entrusted to her by Christ, the Church needs art. Art must make perceptible, and as far as possible attractive, the world of the spirit, of the invisible, of God. It must therefore translate into meaningful terms that which is in itself ineffable. Art has a unique capacity to take one or other facet of the message and translate it into colours, shapes and sounds which nourish the intuition of those who look or listen. It does so without emptying the message itself of its transcendent value and its aura of mystery.

The Church has need especially of those who can do this on the literary and figurative level, using the endless possibilities of images and their symbolic force. Christ himself made extensive use of images in his preaching, fully in keeping with his willingness to become, in the Incarnation, the icon of the unseen God.

The Church also needs musicians. How many sacred works have been composed through the centuries by people deeply imbued with the sense of the mystery! The faith of countless believers has been nourished by melodies flowing from the hearts of other believers, either introduced into the liturgy or used as an aid to dignified worship. In song, faith is experienced as vibrant joy, love, and confident expectation of the saving intervention of God.

The Church needs architects, because she needs spaces to bring the Christian people together and celebrate the mysteries of salvation. After the terrible destruction of the last World War and the growth of great cities, a new generation of architects showed themselves adept at responding to the exigencies of Christian worship, confirming that the religious theme can still inspire architectural design in our own day. Not infrequently these architects have constructed churches which are both places of prayer and true works of art.

Does art need the Church?

13. The Church therefore needs art. But can it also be said that art needs the Church? The question may seem like a provocation. Yet, rightly understood, it is both legitimate and profound. Artists are constantly in search of the hidden meaning of things, and their torment is to succeed in expressing the world of the ineffable. How then can we fail to see what a great source of inspiration is offered by that kind of homeland of the soul that is religion? Is it not perhaps within the realm of religion that the most vital personal questions are posed, and answers both concrete and definitive are sought?

In fact, the religious theme has been among those most frequently treated by artists in every age. The Church has always appealed to their creative powers in interpreting the Gospel message and discerning its precise application in the life of the Christian community. This partnership has been a source of mutual spiritual enrichment. Ultimately, it has been a great boon for an understanding of man, of the authentic image and truth of the person. The special bond between art and Christian revelation has also become evident. This does not mean that human genius has not found inspiration in other religious contexts. It is enough to recall the art of the ancient world, especially Greek and Roman art, or the art which still flourishes in the very ancient civilizations of the East. It remains true, however, that because of its central doctrine of the Incarnation of the Word of God, Christianity offers artists a horizon especially rich in inspiration. What an impoverishment it would be for art to abandon the inexhaustible mine of the Gospel!

An appeal to artists

14. With this Letter, I turn to you, the artists of the world, to assure you of my esteem and to help consolidate a more constructive partnership between art and the Church. Mine is an invitation to rediscover the depth of the spiritual and religious dimension which has been typical of art in its noblest forms in every age. It is with this in mind that I appeal to you, artists of the written and spoken word, of the theatre and music, of the plastic arts and the most recent technologies in the field of communication. I appeal especially to you, Christian artists: I wish to remind each of you that, beyond functional considerations, the close alliance that has always existed between the Gospel and art means that you are invited to use your creative intuition to enter into the heart of the mystery of the Incarnate God and at the same time into the mystery of man.

Human beings, in a certain sense, are unknown to themselves. Jesus Christ not only reveals God, but “fully reveals man to man”.(23) In Christ, God has reconciled the world to himself. All believers are called to bear witness to this; but it is up to you, men and women who have given your lives to art, to declare with all the wealth of your ingenuity that in Christ the world is redeemed: the human person is redeemed, the human body is redeemed, and the whole creation which, according to Saint Paul, “awaits impatiently the revelation of the children of God” (Rom 8:19), is redeemed. The creation awaits the revelation of the children of God also through art and in art. This is your task. Humanity in every age, and even today, looks to works of art to shed light upon its path and its destiny.

The Creator Spirit and artistic inspiration

15. Often in the Church there resounds the invocation to the Holy Spirit: Veni, Creator Spiritus... – “Come, O Creator Spirit, visit our minds, fill with your grace the hearts you have created”.(24)

The Holy Spirit, “the Breath” (ruah), is the One referred to already in the Book of Genesis: “The earth was without form and void, and darkness was on the face of the deep; and the Spirit of God was moving over the face of the waters” (1:2). What affinity between the words “breath - breathing” and “inspiration”! The Spirit is the mysterious Artist of the universe. Looking to the Third Millennium, I would hope that all artists might receive in abundance the gift of that creative inspiration which is the starting-point of every true work of art.

Dear artists, you well know that there are many impulses which, either from within or from without, can inspire your talent. Every genuine inspiration, however, contains some tremor of that “breath” with which the Creator Spirit suffused the work of creation from the very beginning. Overseeing the mysterious laws governing the universe, the divine breath of the Creator Spirit reaches out to human genius and stirs its creative power. He touches it with a kind of inner illumination which brings together the sense of the good and the beautiful, and he awakens energies of mind and heart which enable it to conceive an idea and give it form in a work of art. It is right then to speak, even if only analogically, of “moments of grace”, because the human being is able to experience in some way the Absolute who is utterly beyond.

The “Beauty” that saves

16. On the threshold of the Third Millennium, my hope for all of you who are artists is that you will have an especially intense experience of creative inspiration. May the beauty which you pass on to generations still to come be such that it will stir them to wonder! Faced with the sacredness of life and of the human person, and before the marvels of the universe, wonder is the only appropriate attitude.

From this wonder there can come that enthusiasm of which Norwid spoke in the poem to which I referred earlier. People of today and tomorrow need this enthusiasm if they are to meet and master the crucial challenges which stand before us. Thanks to this enthusiasm, humanity, every time it loses its way, will be able to lift itself up and set out again on the right path. In this sense it has been said with profound insight that “beauty will save the world”.(25)

Beauty is a key to the mystery and a call to transcendence. It is an invitation to savour life and to dream of the future. That is why the beauty of created things can never fully satisfy. It stirs that hidden nostalgia for God which a lover of beauty like Saint Augustine could express in incomparable terms: “Late have I loved you, beauty so old and so new: late have I loved you!”.(26)

Artists of the world, may your many different paths all lead to that infinite Ocean of beauty where wonder becomes awe, exhilaration, unspeakable joy.

May you be guided and inspired by the mystery of the Risen Christ, whom the Church in these days contemplates with joy.

May the Blessed Virgin Mary be with you always: she is the “tota pulchra” portrayed by countless artists, whom Dante contemplates among the splendours of Paradise as “beauty that was joy in the eyes of all the other saints”.(27)

“From chaos there rises the world of the spirit”. These words of Adam Mickiewicz, written at a time of great hardship for his Polish homeland,(28) prompt my hope for you: may your art help to affirm that true beauty which, as a glimmer of the Spirit of God, will transfigure matter, opening the human soul to the sense of the eternal.

With my heartfelt good wishes!

From the Vatican, 4 April 1999, Easter Sunday.


(1) Dialogus de Ludo Globi, lib. II: Philosophisch-Theologische Schriften, Vienna 1967, III, p. 332.

(2) The moral virtues, and among them prudence in particular, allow the subject to act in harmony with the criterion of moral good and evil: according to recta ratio agibilium (the right criterion of action). Art, however, is defined by philosophy as recta ratio factibilium (the right criterion of production).

(3) Promethidion, Bogumil, vv. 185-186: Pisma wybrane, Warsaw 1968, vol. 2, p. 216.

(4) The Greek translation of the Septuagint expresses this well in rendering the Hebrew term t(o-)b (good) as kalón (beautiful).

(5) Philebus, 65 A.

(6) JOHN PAUL II, Encyclical Letter Fides et Ratio (14 September 1998), 80: AAS 91 (1999), 67.

(7) This pedagogical principle was given authoritative formulation by Saint Gregory the Great in a letter of 599 to Serenus, Bishop of Marseilles: “Painting is employed in churches so that those who cannot read or write may at least read on the walls what they cannot decipher on the page”, Epistulae, IX, 209: CCL 140A, 1714.

(8) Lodi di Dio Altissimo, vv. 7 and 10: Fonti Francescane, No. 261, Padua 1982, p. 177.

(9) Legenda Maior, IX, 1: Fonti Francesane, No. 1162, loc. cit., p. 911.

(10) Enkomia of the Orthós of the Holy and Great Saturday.

(11) Homily I, 2: PG 34, 451.

(12) “At nobis ars una fides et musica Christus”: Carmen 20, 31: CCL 203, 144.

(13) Cf. JOHN PAUL II, Apostolic Letter Duodecimum Saeculum (4 December 1987), 8-9: AAS 80 (1988), pp. 247-249.

(14) La prospettiva rovesciata ed altri scritti, Rome 1984, p. 63.

(15) Paradiso XXV, 1-2.

(16) Cf. JOHN PAUL II, Homily at the Mass for the Conclusion of the Restoration of Michelangelo's Frescoes in the Sistine Chapel, 8 April 1994: Insegnamenti, XVII, 1 (1994), 899-904.

(17) Cf. AAS 56 (1964), 438-444.

(18) No. 62.

(19) Message to Artists, 8 December 1965: AAS 58 (1966), 13.

(20) Cf. No. 122.

(21) SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Pastoral Constitution Gaudium et Spes, 62.
(22) La teologia nel XII secolo, Milan 1992, p. 9.

(23) SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Pastoral Constitution on the Church in the Modern World Gaudium et Spes, 22.

(24) Hymn at Vespers on Pentecost.

(25) F. DOSTOYEVSKY, The Idiot, Part III, chap. 5.

(26) Sero te amavi! Pulchritudo tam antiqua et tam nova, sero te amavi!: Confessions, 10, 27: CCL 27, 251.

(27) Paradiso XXXI, 134-135.

(28) Oda do mlodosci, v. 69: Wybór poezji, Wroclaw 1986, vol. 1, p. 63.

© Copyright - Libreria Editrice Vaticana



LETTERA DI GIOVANNI PAOLO II
AGLI ARTISTI

A quanti con appassionata dedizione 

cercano nuove « epifanie » della bellezza 
per farne dono al mondo 
nella creazione artistica.


« Dio vide quanto aveva fatto, ed ecco, era cosa molto buona » (Gn 1, 31).


L'artista, immagine di Dio Creatore

1. Nessuno meglio di voi artisti, geniali costruttori di bellezza, può intuire qualcosa del pathos con cui Dio, all'alba della creazione, guardò all'opera delle sue mani. Una vibrazione di quel sentimento si è infinite volte riflessa negli sguardi con cui voi, come gli artisti di ogni tempo, avvinti dallo stupore per il potere arcano dei suoni e delle parole, dei colori e delle forme, avete ammirato l'opera del vostro estro, avvertendovi quasi l'eco di quel mistero della creazione a cui Dio, solo creatore di tutte le cose, ha voluto in qualche modo associarvi.

Per questo mi è sembrato non ci fossero parole più appropriate di quelle della Genesi per iniziare questa mia Lettera a voi, ai quali mi sento legato da esperienze che risalgono molto indietro nel tempo ed hanno segnato indelebilmente la mia vita. Con questo scritto intendo mettermi sulla strada di quel fecondo colloquio della Chiesa con gli artisti che in duemila anni di storia non si è mai interrotto, e si prospetta ancora ricco di futuro alle soglie del terzo millennio.

In realtà, si tratta di un dialogo non dettato solamente da circostanze storiche o da motivi funzionali, ma radicato nell'essenza stessa sia dell'esperienza religiosa che della creazione artistica. La pagina iniziale della Bibbia ci presenta Dio quasi come il modello esemplare di ogni persona che produce un'opera: nell'uomo artefice si rispecchia la sua immagine di Creatore. Questa relazione è evocata con particolare evidenza nella lingua polacca, grazie alla vicinanza lessicale fra le parole stwórca (creatore) e twórca (artefice).

Qual è la differenza tra « creatore » ed « artefice? » Chi crea dona l'essere stesso, trae qualcosa dal nulla - ex nihilo sui et subiecti, si usa dire in latino - e questo, in senso stretto, è modo di procedere proprio soltanto dell'Onnipotente. L'artefice, invece, utilizza qualcosa di già esistente, a cui dà forma e significato. Questo modo di agire è peculiare dell'uomo in quanto immagine di Dio. Dopo aver detto, infatti, che Dio creò l'uomo e la donna « a sua immagine » (cfr Gn 1, 27), la Bibbia aggiunge che affidò loro il compito di dominare la terra (cfr Gn 1, 28). Fu l'ultimo giorno della creazione (cfr Gn 1, 28-31). Nei giorni precedenti, quasi scandendo il ritmo dell'evoluzione cosmica, Jahvé aveva creato l'universo. Al termine creò l'uomo, il frutto più nobile del suo progetto, al quale sottomise il mondo visibile, come immenso campo in cui esprimere la sua capacità inventiva.

Dio ha, dunque, chiamato all'esistenza l'uomo trasmettendogli il compito di essere artefice. Nella « creazione artistica » l'uomo si rivela più che mai « immagine di Dio », e realizza questo compito prima di tutto plasmando la stupenda « materia » della propria umanità e poi anche esercitando un dominio creativo sull'universo che lo circonda. L'Artista divino, con amorevole condiscendenza, trasmette una scintilla della sua trascendente sapienza all'artista umano, chiamandolo a condividere la sua potenza creatrice. E ovviamente una partecipazione, che lascia intatta l'infinita distanza tra il Creatore e la creatura, come sottolineava il Cardinale Nicolò Cusano: « L'arte creativa, che l'anima ha la fortuna di ospitare, non s'identifica con quell'arte per essenza che è Dio, ma di essa è soltanto una comunicazione ed una partecipazione ».(1)

Per questo l'artista, quanto più consapevole del suo « dono », tanto più è spinto a guardare a se stesso e all'intero creato con occhi capaci di contemplare e ringraziare, elevando a Dio il suo inno di lode. Solo così egli può comprendere a fondo se stesso, la propria vocazione e la propria missione.

La speciale vocazione dell'artista

2. Non tutti sono chiamati ad essere artisti nel senso specifico del termine. Secondo l'espressione della Genesi, tuttavia, ad ogni uomo è affidato il compito di essere artefice della propria vita: in un certo senso, egli deve farne un'opera d'arte, un capolavoro.

E importante cogliere la distinzione, ma anche la connessione, tra questi due versanti dell'attività umana. La distinzione è evidente. Una cosa, infatti, è la disposizione grazie alla quale l'essere umano è l'autore dei propri atti ed è responsabile del loro valore morale, altra cosa è la disposizione per cui egli è artista, sa agire cioè secondo le esigenze dell'arte, accogliendone con fedeltà gli specifici dettami.(2) Per questo l'artista è capace di produrre oggetti, ma ciò, di per sé, non dice ancora nulla delle sue disposizioni morali. Qui, infatti, non si tratta di plasmare se stesso, di formare la propria personalità, ma soltanto di mettere a frutto capacità operative, dando forma estetica alle idee concepite con la mente.

Ma se la distinzione è fondamentale, non meno importante è la connessione tra queste due disposizioni, la morale e l'artistica. Esse si condizionano reciprocamente in modo profondo. Nel modellare un'opera, l'artista esprime di fatto se stesso a tal punto che la sua produzione costituisce un riflesso singolare del suo essere, di ciò che egli è e di come lo è. Ciò trova innumerevoli conferme nella storia dell'umanità. L'artista, infatti, quando plasma un capolavoro, non soltanto chiama in vita la sua opera, ma per mezzo di essa, in un certo modo, svela anche la propria personalità. Nell'arte egli trova una dimensione nuova e uno straordinario canale d'espressione per la sua crescita spirituale. Attraverso le opere realizzate, l'artista parla e comunica con gli altri. La storia dell'arte, perciò, non è soltanto storia di opere, ma anche di uomini. Le opere d'arte parlano dei loro autori, introducono alla conoscenza del loro intimo e rivelano l'originale contributo da essi offerto alla storia della cultura.

La vocazione artistica a servizio della bellezza

3. Scrive un noto poeta polacco, Cyprian Norwid: « La bellezza è per entusiasmare al lavoro, il lavoro è per risorgere ».(3)

Il tema della bellezza è qualificante per un discorso sull'arte. Esso si è già affacciato, quando ho sottolineato lo sguardo compiaciuto di Dio di fronte alla creazione. Nel rilevare che quanto aveva creato era cosa buona, Dio vide anche che era cosa bella.(4) Il rapporto tra buono e bello suscita riflessioni stimolanti. La bellezza è in un certo senso l'espressione visibile del bene, come il bene è la condizione metafisica della bellezza. Lo avevano ben capito i Greci che, fondendo insieme i due concetti, coniarono una locuzione che li abbraccia entrambi: « kalokagathía« , ossia « bellezza-bontà ». Platone scrive al riguardo: « La potenza del Bene si è rifugiata nella natura del Bello ».(5)

E vivendo ed operando che l'uomo stabilisce il proprio rapporto con l'essere, con la verità e con il bene. L'artista vive una peculiare relazione con la bellezza. In un senso molto vero si può dire che la bellezza è la vocazione a lui rivolta dal Creatore col dono del « talento artistico ». E, certo, anche questo è un talento da far fruttare, nella logica della parabola evangelica dei talenti (cfr Mt 25, 14-30).
Tocchiamo qui un punto essenziale. Chi avverte in sé questa sorta di scintilla divina che è la vocazione artistica - di poeta, di scrittore, di pittore, di scultore, di architetto, di musicista, di attore... - avverte al tempo stesso l'obbligo di non sprecare questo talento, ma di svilupparlo, per metterlo a servizio del prossimo e di tutta l'umanità.

L'artista ed il bene comune

4. La società, in effetti, ha bisogno di artisti, come ha bisogno di scienziati, di tecnici, di lavoratori, di professionisti, di testimoni della fede, di maestri, di padri e di madri, che garantiscano la crescita della persona e lo sviluppo della comunità attraverso quell'altissima forma di arte che è « l'arte educativa ». Nel vasto panorama culturale di ogni nazione, gli artisti hanno il loro specifico posto. Proprio mentre obbediscono al loro estro, nella realizzazione di opere veramente valide e belle, essi non solo arricchiscono il patrimonio culturale di ciascuna nazione e dell'intera umanità, ma rendono anche un servizio sociale qualificato a vantaggio del bene comune.

La differente vocazione di ogni artista, mentre determina l'ambito del suo servizio, indica i compiti che deve assumersi, il duro lavoro a cui deve sottostare, la responsabilità che deve affrontare. Un artista consapevole di tutto ciò sa anche di dover operare senza lasciarsi dominare dalla ricerca di gloria fatua o dalla smania di una facile popolarità, ed ancor meno dal calcolo di un possibile profitto personale. C'è dunque un'etica, anzi una « spiritualità » del servizio artistico, che a suo modo contribuisce alla vita e alla rinascita di un popolo. Proprio a questo sembra voler alludere Cyprian Norwid quando afferma: « La bellezza è per entusiasmare al lavoro, il lavoro è per risorgere ».

L'arte davanti al mistero del Verbo incarnato

5. La Legge dell'Antico Testamento presenta un esplicito divieto di raffigurare Dio invisibile ed inesprimibile con l'aiuto di « un'immagine scolpita o di metallo fuso » (Dt 27, 15), perché Dio trascende ogni raffigurazione materiale: « Io sono colui che sono » (Es 3, 14). Nel mistero dell'Incarnazione, tuttavia, il Figlio di Dio in persona si è reso visibile: « Quando venne la pienezza del tempo, Dio mandò il suo Figlio nato da donna » (Gal 4, 4). Dio si è fatto uomo in Gesù Cristo, il quale è diventato così « il centro a cui riferirsi per poter comprendere l'enigma dell'esistenza umana, del mondo creato e di Dio stesso ».(6)

Questa fondamentale manifestazione del « Dio-Mistero » si pose come incoraggiamento e sfida per i cristiani, anche sul piano della creazione artistica. Ne è scaturita una fioritura di bellezza che proprio da qui, dal mistero dell'Incarnazione, ha tratto la sua linfa. Facendosi uomo, infatti, il Figlio di Dio ha introdotto nella storia dell'umanità tutta la ricchezza evangelica della verità e del bene, e con essa ha svelato anche una nuova dimensione della bellezza: il messaggio evangelico ne è colmo fino all'orlo.

La Sacra Scrittura è diventata così una sorta di « immenso vocabolario » (P. Claudel) e di « atlante iconografico » (M. Chagall), a cui hanno attinto la cultura e l'arte cristiana. Lo stesso Antico Testamento, interpretato alla luce del Nuovo, ha manifestato filoni inesauribili di ispirazione. A partire dai racconti della creazione, del peccato, del diluvio, del ciclo dei Patriarchi, degli eventi dell'esodo, fino a tanti altri episodi e personaggi della storia della salvezza, il testo biblico ha acceso l'immaginazione di pittori, poeti, musicisti, autori di teatro e di cinema. Una figura come quella di Giobbe, per fare solo un esempio, con la sua bruciante e sempre attuale problematica del dolore, continua a suscitare insieme l'interesse filosofico e quello letterario ed artistico. E che dire poi del Nuovo Testamento? Dalla Natività al Golgota, dalla Trasfigurazione alla Risurrezione, dai miracoli agli insegnamenti di Cristo, fino agli eventi narrati negli Atti degli Apostoli o prospettati dall'Apocalisse in chiave escatologica, innumerevoli volte la parola biblica si è fatta immagine, musica, poesia, evocando con il linguaggio dell'arte il mistero del « Verbo fatto carne ».

Nella storia della cultura tutto ciò costituisce un ampio capitolo di fede e di bellezza. Ne hanno beneficiato soprattutto i credenti per la loro esperienza di preghiera e di vita. Per molti di essi, in epoche di scarsa alfabetizzazione, le espressioni figurative della Bibbia rappresentarono persino una concreta mediazione catechetica.(7) Ma per tutti, credenti e non, le realizzazioni artistiche ispirate alla Scrittura rimangono un riflesso del mistero insondabile che avvolge ed abita il mondo.

Tra Vangelo ed arte un'alleanza feconda

6. In effetti, ogni autentica intuizione artistica va oltre ciò che percepiscono i sensi e, penetrando la realtà, si sforza di interpretarne il mistero nascosto. Essa scaturisce dal profondo dell'animo umano, là dove l'aspirazione a dare un senso alla propria vita si accompagna alla percezione fugace della bellezza e della misteriosa unità delle cose. Un'esperienza condivisa da tutti gli artisti è quella del divario incolmabile che esiste tra l'opera delle loro mani, per quanto riuscita essa sia, e la perfezione folgorante della bellezza percepita nel fervore del momento creativo: quanto essi riescono ad esprimere in ciò che dipingono, scolpiscono, creano non è che un barlume di quello splendore che è balenato per qualche istante davanti agli occhi del loro spirito.

Di questo il credente non si meraviglia: egli sa di essersi affacciato per un attimo su quell'abisso di luce che ha in Dio la sua sorgente originaria. C'è forse da stupirsi se lo spirito ne resta come sopraffatto al punto da non sapersi esprimere che con balbettamenti? Nessuno più del vero artista è pronto a riconoscere il suo limite ed a far proprie le parole dell'apostolo Paolo, secondo il quale Dio « non dimora in templi costruiti dalle mani dell'uomo », così che « non dobbiamo pensare che la Divinità sia simile all'oro, all'argento e alla pietra, che porti l'impronta dell'arte e dell'immaginazione umana » (At 17,24.29). Se già l'intima realtà delle cose sta sempre « al di là » delle capacità di penetrazione umana, quanto più Dio nelle profondità del suo insondabile mistero!

Di altra natura è la conoscenza di fede: essa suppone un incontro personale con Dio in Gesù Cristo. Anche questa conoscenza, tuttavia, può trarre giovamento dall'intuizione artistica. Modello eloquente di una contemplazione estetica che si sublima nella fede sono, ad esempio, le opere del Beato Angelico. Non meno significativa è, a questo proposito, la lauda estatica, che san Francesco d'Assisi ripete due volte nella chartula redatta dopo aver ricevuto sul monte della Verna le stimmate di Cristo: « Tu sei bellezza... Tu sei bellezza! ».(8) San Bonaventura commenta: « Contemplava nelle cose belle il Bellissimo e, seguendo le orme impresse nelle creature, inseguiva dovunque il Diletto ».(9)

Un approccio non dissimile si riscontra nella spiritualità orientale, ove Cristo è qualificato come « il Bellissimo di bellezza più di tutti i mortali ».(10) Macario il Grande commenta così la bellezza trasfigurante e liberatrice del Risorto: « L'anima che è stata pienamente illuminata dalla bellezza indicibile della gloria luminosa del volto di Cristo, è ricolma dello Spirito Santo... è tutta occhio, tutta luce, tutta volto ».(11)

Ogni forma autentica d'arte è, a suo modo, una via d'accesso alla realtà più profonda dell'uomo e del mondo. Come tale, essa costituisce un approccio molto valido all'orizzonte della fede, in cui la vicenda umana trova la sua interpretazione compiuta. Ecco perché la pienezza evangelica della verità non poteva non suscitare fin dall'inizio l'interesse degli artisti, sensibili per loro natura a tutte le manifestazioni dell'intima bellezza della realtà.

I primordi

7. L'arte che il cristianesimo incontrò ai suoi inizi era il frutto maturo del mondo classico, ne esprimeva i canoni estetici e al tempo stesso ne veicolava i valori. La fede imponeva ai cristiani, come nel campo della vita e del pensiero, anche in quello dell'arte, un discernimento che non consentiva la ricezione automatica di questo patrimonio. L'arte di ispirazione cristiana cominciò così in sordina, strettamente legata al bisogno dei credenti di elaborare dei segni con cui esprimere, sulla base della Scrittura, i misteri della fede e insieme un « codice simbolico », attraverso cui riconoscersi e identificarsi specie nei tempi difficili delle persecuzioni. Chi non ricorda quei simboli che furono anche i primi accenni di un'arte pittorica e plastica? Il pesce, i pani, il pastore, evocavano il mistero diventando, quasi insensibilmente, abbozzi di un'arte nuova.

Quando ai cristiani, con l'editto di Costantino, fu concesso di esprimersi in piena libertà, l'arte divenne un canale privilegiato di manifestazione della fede. Lo spazio cominciò a fiorire di maestose basiliche, in cui i canoni architettonici dell'antico paganesimo venivano ripresi e insieme piegati alle esigenze del nuovo culto. Come non ricordare almeno l'antica Basilica di San Pietro e quella di San Giovanni in Laterano, costruite a spese dello stesso Costantino? O, per gli splendori dell'arte bizantina, la Haghia Sophía di Costantinopoli voluta da Giustiniano?

Mentre l'architettura disegnava lo spazio sacro, progressivamente il bisogno di contemplare il mistero e di proporlo in modo immediato ai semplici spinse alle iniziali espressioni dell'arte pittorica e scultorea. Insieme sorgevano i primi abbozzi di un'arte della parola e del suono, e se Agostino, fra i tanti temi della sua produzione, includeva anche un De musica, Ilario, Ambrogio, Prudenzio, Efrem il Siro, Gregorio di Nazianzo, Paolino di Nola, per non citare che alcuni nomi, si facevano promotori di una poesia cristiana che spesso raggiunge un alto valore non solo teologico ma anche letterario. Il loro programma poetico valorizzava forme ereditate dai classici, ma attingeva alla pura linfa del Vangelo, come efficacemente sentenziava il santo poeta nolano: « La nostra unica arte è la fede e Cristo è il nostro canto ».(12) Gregorio Magno, per parte sua, qualche tempo più tardi poneva con la compilazione dell'Antiphonarium la premessa per lo sviluppo organico di quella musica sacra così originale che da lui ha preso nome. Con le sue ispirate modulazioni il Canto gregoriano diverrà nei secoli la tipica espressione melodica della fede della Chiesa durante la celebrazione liturgica dei sacri Misteri. Il « bello » si coniugava così col « vero », perché anche attraverso le vie dell'arte gli animi fossero rapiti dal sensibile all'eterno.

In questo cammino non mancarono momenti difficili. Proprio sul tema della rappresentazione del mistero cristiano l'antichità conobbe un'aspra controversia passata alla storia col nome di « lotta iconoclasta ». Le immagini sacre, ormai diffuse nella devozione del popolo di Dio, furono fatte oggetto di una violenta contestazione. Il Concilio celebrato a Nicea nel 787, che stabilì la liceità delle immagini e del loro culto, fu un avvenimento storico non solo per la fede, ma per la stessa cultura. L'argomento decisivo a cui i Vescovi si appellarono per dirimere la controversia fu il mistero dell'Incarnazione: se il Figlio di Dio è entrato nel mondo delle realtà visibili, gettando un ponte mediante la sua umanità tra il visibile e l'invisibile, analogamente si può pensare che una rappresentazione del mistero possa essere usata, nella logica del segno, come evocazione sensibile del mistero. L'icona non è venerata per se stessa, ma rinvia al soggetto che rappresenta.(13)

Il Medioevo

8. I secoli che seguirono furono testimoni di un grande sviluppo dell'arte cristiana. In Oriente continuò a fiorire l'arte delle icone, legata a significativi canoni teologici ed estetici e sorretta dalla convinzione che, in un certo senso, l'icona è un sacramento: analogamente, infatti, a quanto avviene nei Sacramenti, essa rende presente il mistero dell'Incarnazione nell'uno o nell'altro suo aspetto. Proprio per questo la bellezza dell'icona può essere soprattutto gustata all'interno di un tempio con lampade che ardono e suscitano nella penombra infiniti riflessi di luce. Scrive in proposito Pavel Florenskij: « L'oro, barbaro, pesante, futile nella luce diffusa del giorno, con la luce tremolante di una lampada o di una candela si ravviva, poiché sfavilla di miriadi di scintille, ora qui ora là, facendo presentire altre luci non terrestri che riempiono lo spazio celeste ».(14)

In Occidente i punti di vista da cui partono gli artisti sono i più vari, in dipendenza anche dalle convinzioni di fondo presenti nell'ambiente culturale del loro tempo. Il patrimonio artistico che s'è venuto accumulando nel corso dei secoli annovera una vastissima fioritura di opere sacre altamente ispirate, che lasciano anche l'osservatore di oggi colmo di ammirazione. Restano in primo piano le grandi costruzioni del culto, in cui la funzionalità si sposa sempre all'estro, e quest'ultimo si lascia ispirare dal senso del bello e dall'intuizione del mistero. Ne nascono gli stili ben noti alla storia dell'arte. La forza e la semplicità del romanico, espressa nelle cattedrali o nei complessi abbaziali, si va gradatamente sviluppando negli slanci e negli splendori del gotico. Dentro queste forme, non c'è solo il genio di un artista, ma l'animo di un popolo. Nei giochi delle luci e delle ombre, nelle forme ora massicce ora slanciate, intervengono certo considerazioni di tecnica strutturale, ma anche tensioni proprie dell'esperienza di Dio, mistero « tremendo » e « fascinoso ». Come sintetizzare in pochi cenni, e per le diverse espressioni dell'arte, la potenza creativa dei lunghi secoli del medioevo cristiano? Un'intera cultura, pur nei limiti sempre presenti dell'umano, si era impregnata di Vangelo, e dove il pensiero teologico realizzava la Summa di S. Tommaso, l'arte delle chiese piegava la materia all'adorazione del mistero, mentre un mirabile poeta come Dante Alighieri poteva comporre « il poema sacro, al quale ha posto mano e cielo e terra »,(15) come egli stesso qualifica la Divina Commedia.

Umanesimo e Rinascimento

9. La felice temperie culturale, da cui germoglia la straordinaria fioritura artistica dell'Umanesimo e del Rinascimento, ha riflessi significativi anche sul modo in cui gli artisti di questo periodo si rapportano al tema religioso. Naturalmente le ispirazioni sono variegate quanto lo sono i loro stili, o almeno quelli dei più grandi tra essi. Ma non è nelle mie intenzioni richiamare cose che voi, artisti, ben conoscete. Vorrei piuttosto, scrivendovi da questo Palazzo Apostolico, che è anche uno scrigno di capolavori forse unico al mondo, farmi voce dei sommi artisti che qui hanno riversato le ricchezze del loro genio, intriso spesso di grande profondità spirituale. Da qui parla Michelangelo, che nella Cappella Sistina ha come raccolto, dalla Creazione al Giudizio Universale, il dramma e il mistero del mondo, dando volto a Dio Padre, a Cristo giudice, all'uomo nel suo faticoso cammino dalle origini al traguardo della storia. Da qui parla il genio delicato e profondo di Raffaello, additando nella varietà dei suoi dipinti, e specie nella « Disputa » della Stanza della Segnatura, il mistero della rivelazione del Dio Trinitario, che nell'Eucaristia si fa compagnia dell'uomo, e proietta luce sulle domande e le attese dell'intelligenza umana. Da qui, dalla maestosa Basilica dedicata al Principe degli Apostoli, dal colonnato che da essa si diparte come due braccia aperte ad accogliere l'umanità, parlano ancora un Bramante, un Bernini, un Borromini, un Maderno, per non citare che i maggiori, dando plasticamente il senso del mistero che fa della Chiesa una comunità universale, ospitale, madre e compagna di viaggio per ogni uomo alla ricerca di Dio.

L'arte sacra ha trovato, in questo complesso straordinario, un'espressione di eccezionale potenza, raggiungendo livelli di imperituro valore insieme estetico e religioso. Ciò che sempre di più la caratterizza, sotto l'impulso dell'Umanesimo e del Rinascimento, e poi delle successive tendenze della cultura e della scienza, è un interesse crescente per l'uomo, il mondo, la realtà della storia. Questa attenzione, di per sé, non è affatto un pericolo per la fede cristiana, centrata sul mistero dell'Incarnazione, e dunque sulla valorizzazione dell'uomo da parte di Dio. Proprio i sommi artisti su menzionati ce lo dimostrano. Basterebbe pensare al modo con cui Michelangelo esprime, nelle sue pitture e sculture, la bellezza del corpo umano.(16)

Del resto, anche nel nuovo clima degli ultimi secoli, in cui parte della società sembra divenusta indifferente alla fede, l'arte religiosa non ha interrotto il suo cammino. La constatazione si amplia, se dal versante delle arti figurative, passiamo a considerare il grande sviluppo che, proprio nello stesso arco di tempo, ha avuto la musica sacra, composta per le esigenze liturgiche, o anche solo legata a temi religiosi. A parte i tanti artisti che si sono dedicati principalmente ad essa - come non ricordare almeno un Pier Luigi da Palestrina, un Orlando di Lasso, un Tomás Luis de Victoria? - è noto che molti grandi compositori - da Handel a Bach, da Mozart a Schubert, da Beethoven a Berlioz, da Liszt a Verdi - ci hanno dato opere di grandissima ispirazione anche in questo campo.

Verso un rinnovato dialogo

10. E vero però che nell'età moderna, accanto a questo umanesimo cristiano che ha continuato a produrre significative espressioni di cultura e di arte, si è progressivamente affermata anche una forma di umanesimo caratterizzato dall'assenza di Dio e spesso dall'opposizione a lui. Questo clima ha portato talvolta a un certo distacco tra il mondo dell'arte e quello della fede, almeno nel senso di un diminuito interesse di molti artisti per i temi religiosi.

Voi sapete tuttavia che la Chiesa ha continuato a nutrire un grande apprezzamento per il valore dell'arte come tale. Questa, infatti, anche al di là delle sue espressioni più tipicamente religiose, quando è autentica, ha un'intima affinità con il mondo della fede, sicché, persino nelle condizioni di maggior distacco della cultura dalla Chiesa, proprio l'arte continua a costituire una sorta di ponte gettato verso l'esperienza religiosa. In quanto ricerca del bello, frutto di un'immaginazione che va al di là del quotidiano, essa è, per sua natura, una sorta di appello al Mistero. Persino quando scruta le profondità più oscure dell'anima o gli aspetti più sconvolgenti del male, l'artista si fa in qualche modo voce dell'universale attesa di redenzione.

Si comprende, dunque, perché al dialogo con l'arte la Chiesa tenga in modo speciale e desideri che nella nostra età si realizzi una nuova alleanza con gli artisti, come auspicava il mio venerato predecessore Paolo VI nel vibrante discorso rivolto agli artisti durante lo speciale incontro nella Cappella Sistina, il 7 maggio 1964.(17) Da tale collaborazione la Chiesa si augura una rinnovata « epifania » di bellezza per il nostro tempo e adeguate risposte alle esigenze proprie della comunità cristiana.

Nello spirito del Concilio Vaticano II

11. Il Concilio Vaticano II ha gettato le basi di un rinnovato rapporto fra la Chiesa e la cultura, con immediati riflessi anche per il mondo dell'arte. E un rapporto che si propone nel segno dell'amicizia, dell'apertura e del dialogo. Nella Costituzione pastorale Gaudium et spes i Padri conciliari hanno sottolineato la « grande importanza » della letteratura e delle arti nella vita dell'uomo: « Esse si sforzano, infatti, di conoscere l'indole propria dell'uomo, i suoi problemi e la sua esperienza, nello sforzo di conoscere e perfezionare se stesso e il mondo; si preoccupano di scoprire la sua situazione nella storia e nell'universo, di illustrare le sue miserie e le sue gioie, i suoi bisogni e le sue capacità, e di prospettare una migliore condizione dell'uomo ».(18)

Su questa base, a conclusione del Concilio, i Padri hanno rivolto agli artisti un saluto e un appello: « Questo mondo - hanno detto - nel quale noi viviamo ha bisogno di bellezza, per non cadere nella disperazione. La bellezza, come la verità, mette la gioia nel cuore degli uomini ed è un frutto prezioso che resiste al logorio del tempo, che unisce le generazioni e le fa comunicare nell'ammirazione ».(19) Appunto in questo spirito di profonda stima per la bellezza, la Costituzione sulla Sacra Liturgia Sacrosanctum Concilium aveva ricordato la storica amicizia della Chiesa per l'arte, e parlando più specificamente dell'arte sacra, « vertice » dell'arte religiosa, non aveva esitato a considerare « nobile ministero » quello degli artisti quando le loro opere sono capaci di riflettere, in qualche modo, l'infinita bellezza di Dio, e indirizzare a lui le menti degli uomini.(20) Anche grazie al loro contributo « la conoscenza di Dio viene meglio manifestata e la predicazione evangelica si rende più trasparente all'intelligenza degli uomini ».(21) Alla luce di ciò, non sorprende l'affermazione del P. Marie Dominique Chenu, secondo cui lo stesso storico della teologia farebbe opera incompleta, se non riservasse la dovuta attenzione alle realizzazioni artistiche, sia letterarie che plastiche, che costituiscono, a loro modo, « non soltanto delle illustrazioni estetiche, ma dei veri “luoghi” teologici ».(22)

La Chiesa ha bisogno dell'arte

12. Per trasmettere il messaggio affidatole da Cristo, la Chiesa ha bisogno dell'arte. Essa deve, infatti, rendere percepibile e, anzi, per quanto possibile, affascinante il mondo dello spirito, dell'invisibile, di Dio. Deve dunque trasferire in formule significative ciò che è in se stesso ineffabile. Ora, l'arte ha una capacità tutta sua di cogliere l'uno o l'altro aspetto del messaggio traducendolo in colori, forme, suoni che assecondano l'intuizione di chi guarda o ascolta. E questo senza privare il messaggio stesso del suo valore trascendente e del suo alone di mistero.

La Chiesa ha bisogno, in particolare, di chi sappia realizzare tutto ciò sul piano letterario e figurativo, operando con le infinite possibilità delle immagini e delle loro valenze simboliche. Cristo stesso ha utilizzato ampiamente le immagini nella sua predicazione, in piena coerenza con la scelta di diventare egli stesso, nell'Incarnazione, icona del Dio invisibile.

La Chiesa ha bisogno, altresì, dei musicisti. Quante composizioni sacre sono state elaborate nel corso dei secoli da persone profondamente imbevute del senso del mistero! Innumerevoli credenti hanno alimentato la loro fede alle melodie sbocciate dal cuore di altri credenti e divenute parte della liturgia o almeno aiuto validissimo al suo decoroso svolgimento. Nel canto la fede si sperimenta come esuberanza di gioia, di amore, di fiduciosa attesa dell'intervento salvifico di Dio.

La Chiesa ha bisogno di architetti, perché ha bisogno di spazi per riunire il popolo cristiano e per celebrare i misteri della salvezza. Dopo le terribili distruzioni dell'ultima guerra mondiale e l'espansione delle metropoli, una nuova generazione di architetti si è cimentata con le istanze del culto cristiano, confermando la capacità di ispirazione che il tema religioso possiede anche rispetto ai criteri architettonici del nostro tempo. Non di rado, infatti, si sono costruiti templi che sono, insieme, luoghi di preghiera ed autentiche opere d'arte.

L'arte ha bisogno della Chiesa?

13. La Chiesa, dunque, ha bisogno dell'arte. Si può dire anche che l'arte abbia bisogno della Chiesa? La domanda può apparire provocatoria. In realtà, se intesa nel giusto senso, ha una sua motivazione legittima e profonda. L'artista è sempre alla ricerca del senso recondito delle cose, il suo tormento è di riuscire ad esprimere il mondo dell'ineffabile. Come non vedere allora quale grande sorgente di ispirazione possa essere per lui quella sorta di patria dell'anima che è la religione? Non è forse nell'ambito religioso che si pongono le domande personali più importanti e si cercano le risposte esistenziali definitive?

Di fatto, il soggetto religioso è fra i più trattati dagli artisti di ogni epoca. La Chiesa ha fatto sempre appello alle loro capacità creative per interpretare il messaggio evangelico e la sua concreta applicazione nella vita della comunità cristiana. Questa collaborazione è stata fonte di reciproco arricchimento spirituale. In definitiva ne ha tratto vantaggio la comprensione dell'uomo, della sua autentica immagine, della sua verità. E emerso anche il peculiare legame esistente tra l'arte e la rivelazione cristiana. Ciò non vuol dire che il genio umano non abbia trovato suggestioni stimolanti anche in altri contesti religiosi. Basti ricordare l'arte antica, specialmente quella greca e romana, e quella ancora fiorente delle antichissime civiltà dell'Oriente. Resta vero, tuttavia, che il cristianesimo, in virtù del dogma centrale dell'incarnazione del Verbo di Dio, offre all'artista un orizzonte particolarmente ricco di motivi di ispirazione. Quale impoverimento sarebbe per l'arte l'abbandono del filone inesauribile del Vangelo!

Appello agli artisti

14. Con questa Lettera mi rivolgo a voi, artisti del mondo intero, per confermarvi la mia stima e per contribuire al riannodarsi di una più proficua cooperazione tra l'arte e la Chiesa. Il mio è un invito a riscoprire la profondità della dimensione spirituale e religiosa che ha caratterizzato in ogni tempo l'arte nelle sue più nobili forme espressive. E in questa prospettiva che io faccio appello a voi, artisti della parola scritta e orale, del teatro e della musica, delle arti plastiche e delle più moderne tecnologie di comunicazione. Faccio appello specialmente a voi, artisti cristiani: a ciascuno vorrei ricordare che l'alleanza stretta da sempre tra Vangelo ed arte, al di là delle esigenze funzionali, implica l'invito a penetrare con intuizione creativa nel mistero del Dio incarnato e, al contempo, nel mistero dell'uomo.

Ogni essere umano, in un certo senso, è sconosciuto a se stesso. Gesù Cristo non soltanto rivela Dio, ma « svela pienamente l'uomo all'uomo ».(23) In Cristo Dio ha riconciliato a sé il mondo. Tutti i credenti sono chiamati a rendere questa testimonianza; ma tocca a voi, uomini e donne che avete dedicato all'arte la vostra vita, dire con la ricchezza della vostra genialità che in Cristo il mondo è redento: è redento l'uomo, è redento il corpo umano, è redenta l'intera creazione, di cui san Paolo ha scritto che « attende con impazienza la rivelazione dei figli di Dio » (Rm 8, 19). Essa aspetta la rivelazione dei figli di Dio anche mediante l'arte e nell'arte. E questo il vostro compito. A contatto con le opere d'arte, l'umanità di tutti i tempi - anche quella di oggi - aspetta di essere illuminata sul proprio cammino e sul proprio destino.

Spirito creatore ed ispirazione artistica

15. Nella Chiesa risuona spesso l'invocazione allo Spirito Santo: Veni, Creator Spiritus . . . - « Vieni, o Spirito creatore, visita le nostre menti, riempi della tua grazia i cuori che hai creato ».(24)

Lo Spirito Santo, « il Soffio » (ruah), è Colui a cui fa cenno già il Libro della Genesi: « La terra era informe e deserta e le tenebre ricoprivano l'abisso e lo Spirito di Dio aleggiava sulle acque » (1,2). Quanta affinità esiste tra le parole « soffio - spirazione » e « ispirazione »! Lo Spirito è il misterioso artista dell'universo. Nella prospettiva del terzo millennio, vorrei augurare a tutti gli artisti di poter ricevere in abbondanza il dono di quelle ispirazioni creative da cui prende inizio ogni autentica opera d'arte.

Cari artisti, voi ben lo sapete, molti sono gli stimoli, interiori ed esteriori, che possono ispirare il vostro talento. Ogni autentica ispirazione, tuttavia, racchiude in sé qualche fremito di quel « soffio » con cui lo Spirito creatore pervadeva sin dall'inizio l'opera della creazione. Presiedendo alle misteriose leggi che governano l'universo, il divino soffio dello Spirito creatore s'incontra con il genio dell'uomo e ne stimola la capacità creativa. Lo raggiunge con una sorta di illuminazione interiore, che unisce insieme l'indicazione del bene e del bello, e risveglia in lui le energie della mente e del cuore rendendolo atto a concepire l'idea e a darle forma nell'opera d'arte. Si parla allora giustamente, se pure analogicamente, di « momenti di grazia », perché l'essere umano ha la possibilità di fare una qualche esperienza dell'Assoluto che lo trascende.

La « Bellezza » che salva

16. Sulla soglia ormai del terzo millennio, auguro a tutti voi, artisti carissimi, di essere raggiunti da queste ispirazioni creative con intensità particolare. La bellezza che trasmetterete alle generazioni di domani sia tale da destare in esse lo stupore! Di fronte alla sacralità della vita e dell'essere umano, di fronte alle meraviglie dell'universo, l'unico atteggiamento adeguato è quello dello stupore.

Da qui, dallo stupore, potrà scaturire quell'entusiasmo di cui parla Norwid nella poesia a cui mi riferivo all'inizio. Di questo entusiasmo hanno bisogno gli uomini di oggi e di domani per affrontare e superare le sfide cruciali che si annunciano all'orizzonte. Grazie ad esso l'umanità, dopo ogni smarrimento, potrà ancora rialzarsi e riprendere il suo cammino. In questo senso è stato detto con profonda intuizione che « la bellezza salverà il mondo ».(25)

La bellezza è cifra del mistero e richiamo al trascendente. E invito a gustare la vita e a sognare il futuro. Per questo la bellezza delle cose create non può appagare, e suscita quell'arcana nostalgia di Dio che un innamorato del bello come sant'Agostino ha saputo interpretare con accenti ineguagliabili: « Tardi ti ho amato, bellezza tanto antica e tanto nuova, tardi ti ho amato! ».(26)

I vostri molteplici sentieri, artisti del mondo, possano condurre tutti a quell'Oceano infinito di bellezza dove lo stupore si fa ammirazione, ebbrezza, indicibile gioia.

Vi orienti ed ispiri il mistero del Cristo risorto, della cui contemplazione gioisce in questi giorni la Chiesa.

Vi accompagni la Vergine Santa, la « tutta bella » che innumerevoli artisti hanno effigiato e il sommo Dante contempla negli splendori del Paradiso come « bellezza, che letizia era ne li occhi a tutti li altri santi ».(27)

« Emerge dal caos il mondo dello spirito »! Dalle parole che Adam Mickiewicz scriveva in un momento di grande travaglio per la patria polacca(28) traggo un auspicio per voi: la vostra arte contribuisca all'affermarsi di una bellezza autentica che, quasi riverbero dello Spirito di Dio, trasfiguri la materia, aprendo gli animi al senso dell'eterno.

Con i miei auguri più cordiali!

Dal Vaticano, 4 aprile 1999, Pasqua di Risurrezione.

IOANNES PAULUS PP. II


(1) Dialogus de ludo globi, lib. II: Philosophisch-Theologische Schriften, Wien 1967, III, p. 332.

(2) Le virtù morali, e tra queste in particolare la prudenza, consentono al soggetto di agire in armonia con il criterio del bene e del male morale: secondo la recta ratio agibilium (il giusto criterio dei comportamenti). L'arte, invece, è definita in filosofia come recta ratio factibilium (il giusto criterio delle realizzazioni).

(3) Promethidion: Bogumil vv. 185-186: Pisma wybrane, Warszawa 1968, vol. 2, p. 216.

(4) Espresse efficacemente questo aspetto la traduzione greca dei Settanta, rendendo il termine t(o-)b (buono) del testo ebraico con kalón (bello).

(5) Filebo, 65 A.

(6) Giovanni Paolo II, Fides et ratio (14 settembre 1998), 80: AAS 91 (1999), 67.

(7) Questo principio pedagogico è stato autorevolmente enunciato da S. Gregorio Magno in una lettera del 599 al Vescovo di Marsiglia Sereno: « La pittura è adoperata nelle chiese perché gli analfabeti, almeno guardando sulle pareti, leggano ciò che non sono capaci di decifrare sui codici », Epistulae, IX, 209: CCL 140A, 1714.

(8) Lodi di Dio altissimo, vv. 7 e 10: Fonti Francescane, n. 261. Padova 1982, p. 177.

(9) Legenda maior, IX, 1: Fonti Francescane, n. 1162, l.c., p. 911.

(10) Enkomia dell'Orthós del Santo e Grande Sabato.

(11) Omelia I, 2: PG 34, 451.

(12) « At nobis ars una fides et musica Christus »: Carmen 20, 31: CCL 203, 144.

(13) Cfr GIOVANNI PAOLO II, Duodecimum saeculum (4 dicembre 1987), 8-9: AAS 80 (1988), 247-249.

(14) La prospettiva rovesciata ed altri scritti, Roma 1984, p. 63.

(15) Paradiso XXV, 1-2.

(16) Cfr GIOVANNI PAOLO II, Omelia alla Messa per la conclusione dei restauri degli affreschi di Michelangelo nella Cappella Sistina(8 aprile 1994): Insegnamenti 171 (1994), 899-904.

(17) Cfr AAS 56 (1964), 438-444.

(18) N. 62.

(19) Paolo VI, Messaggio agli artisti (8 dicembre 1965): AAS 58 (1966), 13.

(20) Cfr n. 122.

(21) CONC. ECUM. VAT. II, Gaudium et spes, 62.

(22) La teologia nel XII secolo, Milano 1992, p. 9.

(23) CON. ECUM. VAT. II, Gaudium et spes, 22.

(24) Inno ai Vespri di Pentecoste.

(25) F. DOSTOEVSKIJ, L'Idiota, P. III, cap. V, Milano 1998, p. 645.

(26) « Sero te amavi, pulchritudo tam antiqua et tam nova, sero te amavi! », Confessiones 10, 27: CCL 27,251.

(27) Paradiso XXXI, 134-135.

(28) Oda do młodosci, v. 69: Wybór poezji, Wrocław 1986, vol. I, p. 63.

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