samedi 28 février 2015

Bienheureux DANIEL BROTTIER, prêtre


Bienheureux Daniel Brottier, prêtre

Daniel Brottier nait en 1876 à La Ferté-Saint-Cyr (Loir-et-Cher). Il est d’abord ordonné prêtre diocésain puis entre chez les Spiritains. En 1903 il est envoyé à Saint-Louis-du-Sénégal. Très actif, il y fonde un patronage, un jardin d’enfants, un comité de l’enfance, un bulletin paroissial et une chorale. Sa santé l’oblige à revenir en métropole une première fois puis définitivement en 1911. Il se repose et tente une courte expérience chez les cisterciens de Lérins. Il est finalement nommé vicaire général de l’évêque de Dakar, avec résidence en France et mission de lever des fonds pour la construction de la cathédrale. Bien qu’exempté, il se porte volontaire pendant la guerre de 1914 où il sert sur le front. En 1923, sa congrégation le sollicite pour prendre la responsabilité des Orphelins Apprentis d’Auteuil, œuvre qu’il redresse financièrement, pour laquelle il fait construire un sanctuaire à Sainte Thérèse de Lisieux pour laquelle il a une grande dévotion, et qu’il développe considérablement. Il meurt à Paris le 28 février 1936.



CÉRÉMONIE DE BÉATIFICATION DE JOSÉ MANYANET Y VIVES,
DANIEL BROTTIER ET ELISABETH DE LA TRINITÉ

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Basilique Saint-Pierre

Dimanche 25 novembre 1984

En italien

1. « Ceux-ci appartiennent au Christ. » (1 Co 15, 23.) Aujourd’hui, solennité du Christ-Roi, par cette cérémonie de béatification, l’Église nous propose trois grandes figures. Nous avons écouté leurs noms. Les évêques, comme pasteurs des Églises locales, ont témoigné publiquement de leur vie héroïque.

José Manyanet y Vives, prêtre, fondateur de la Congrégation des Fils de la Sainte Famille et de l’Institut des Filles missionnaires de la Sainte Famille de Nazareth.

— Daniel Brottier, prêtre de la Congrégation du Saint- Esprit et du Cœur immaculé de Marie.

— Sœur Élisabeth de la très sainte Trinité, religieuse de l’ordre des Carmélites déchaussées.
Voici « ceux qui appartiennent au Christ ».

Le dernier dimanche de l’année liturgique, l’Église désire vénérer le Christ comme « Roi des siècles », accueillant avec joie le témoignage de ses fils et de ses filles en qui le signe de l’appartenance au Christ a été mis particulièrement en évidence.

L’Évangile de la solennité d’aujourd’hui nous permet de mieux comprendre comment tout homme est appelé à rendre témoignage de son appartenance au Christ ; comment il devient participant de son royaume.

Voici que devant l’assemblée de toutes les nations, à la fin du monde, le Christ roi et pasteur prononce ce jugement :

« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.

Parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné a boire ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, en prison et vous êtes venus à moi. » (Mt 25, 34-36.)

Les justes demandent : Quand ? Quand et où avons-nous fait tout cela ?

Le Christ pasteur et roi répond : « Toutes les fois que vous avez fait cela à l’un de ces plus petits c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40.) Voici comment le signe de l’appartenance au Christ apparaît dans l’homme.

Voici comment l’homme se prépare à entrer dans le royaume du Christ. Pour recevoir « en héritage le royaume préparé… depuis la fondation du monde » (Mt 25, 34). Le royaume préparé par le Père, le royaume préparé en Jésus-Christ, crucifié et ressuscité : en Jésus-Christ pasteur des âmes et roi des siècles.

En espagnol

2. La première figure que l’Église nous propose ce matin, pour nous l’offrir comme exemple de travailleur modèle pour le royaume de Dieu dans le Christ est celle du bienheureux José Manyanet y Vives, fils illustre de la terre de Catalogne, en Espagne.

Le motif de l’exaltation de ce prêtre et fondateur de deux congrégations religieuses n’est pas autre chose que son héroïque dévouement à l’amour de Dieu et à la cause du Christ dans le service du prochain. Cela l’amena à mettre toutes ses forces — malgré les limites de la maladie — pour procurer avant tout « l’honneur de la Sainte Famille et le bien des familles et des enfants ». Tel est le charisme propre qui traverse toute sa vie, plongée dans le mystère d’une vocation évangélique apprise à l’exemple de Jésus, Marie et Joseph, dans le silence de Nazareth.

En un moment difficile de l’histoire, où certaines idéologies cherchaient à pénétrer dans la société par le moyen de l’érosion de la famille, le nouveau bienheureux regarde avec clairvoyance les exemples de sainteté qui, de Nazareth, viennent de la Sainte Famille. De là naît son engagement apostolique : il s’agit d’apporter un tel message au monde et de faire de chaque foyer un Nazareth. Aussi, comme il s’efforcera d’inviter chaque famille — le joyau le plus précieux, comme il l’appellera — à regarder vers Nazareth et à construire un modèle de vie selon le plan de Dieu, basé en même temps sur les valeurs humaines authentiques.

Dans la même ligne, il se consacre avec enthousiasme à offrir aux enfants et aux jeunes la pédagogie de l’Évangile de Nazareth, avec un grand amour et un grand respect pour la vocation de chacun, et en vue d’une éducation harmonieuse. Comme le nouveau bienheureux peut apprendre à notre société d’aujourd’hui !

Et maintenant quelques mots en langue catalane pour les concitoyens du nouveau bienheureux. Chers pèlerins : Essayez d’être fidèles à l’exemple et au message de votre concitoyen. Portez le modèle de la Sainte Famille dans vos foyers. Faites de chaque foyer un Nazareth, selon l’ardent désir apostolique du bienheureux Joseph Manyanet.

En français

4. Parmi « ceux qui sont au Christ », nous distinguons Daniel Brottier. Il a rejoint la Congrégation des Pères du Saint-Esprit pour répondre à l’appel missionnaire de la manière la plus ardente. Parti en Afrique, il se dévoue sans compter au service de la communauté chrétienne de Saint- Louis du Sénégal et notamment des jeunes. Son zèle apostolique le conduit à prendre sans cesse de nouvelles initiatives pour que l’Église soit vivante et la Bonne Nouvelle entendue. Même éloigné de ce champ d’action, il ne cesse pas d’aider à bâtir l’Église au Sénégal.

Disciple du Christ, il l’est aussi par l’épreuve de la souffrance : la douleur physique ne le quitte pas. Et, volontaire sur le front, il soigne et réconforte les blessés par sa présence courageuse. Aux soldats mourants, il porte le secours de Dieu. La guerre passée, il travaille à prolonger la fraternité née entre ces hommes dans le dépouillement et le don de soi héroïque.

Quand il reçoit la charge des orphelins d’Auteuil c’est à leur service qu’il déploie avec force l’activité la plus débordante qui le fera connaître bien au-delà de Paris. Rien n’arrête sa charité quand il s’agit d’accueillir, de nourrir, de vêtir des enfants délaissés et meurtris par la vie. Innombrables sont ceux qu’il associe à cette œuvre profondément évangélique. Parce qu’il faut loger ces jeunes et les mettre dans un climat chaleureux, les aider à acquérir un métier et à bâtir leur avenir, le P. Brottier multiplie les appels et constitue une chaîne toujours vivante d’active solidarité.

Prêtre, religieux, sa grande activité « découlait de son amour de Dieu » comme l’a dit un témoin. À la fois humble et vrai, actif jusqu’aux limites du possible, serviteur désintéressé, Daniel Brottier avançait avec audace et simplicité car il travaillait « comme si tout dépendait de lui, mais aussi sachant que tout dépend de Dieu. » Il avait confié les enfants d’Auteuil à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qu’il appelait familièrement à l’aide, assuré de son soutien efficace à tous ceux pour qui elle avait offert sa propre vie.

Le bienheureux Daniel Brottier a achevé son œuvre sur la terre par un « fiat » courageux. Aujourd’hui nous le savons secourable aux pauvres qui l’invoquent car il communie à l’amour du Sauveur qui animait tout son service sacerdotal.

5. Presque contemporaine de Thérèse de l’Enfant-Jésus, Élisabeth de la Trinité fait une expérience profonde de la présence de Dieu, qu’elle mûrit de manière impressionnante en quelques années de vie au Carmel. Nous saluons en elle un être comblé de dons naturels ; elle était intelligente et sensible, pianiste accomplie, appréciée de ses amis, délicate dans l’affection des siens. Voici qu’elle s’épanouit dans le silence de la contemplation, rayonne du bonheur d’un total oubli de soi ; sans réserve, elle accueille le don de Dieu, la grâce du baptême et de la réconciliation ; elle reçoit admirablement la présence eucharistique du Christ. À un degré exceptionnel, elle prend conscience de la communion offerte à toute créature par le Seigneur.

Nous osons aujourd’hui présenter au monde cette religieuse cloîtrée qui mena une « vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ » (Col 3, 3) car elle est un témoin éclatant de la joie d’être enraciné et fondé dans l’amour (cf. Ep 3, 17). Elle célèbre la splendeur de Dieu, parce qu’elle se sait habitée au plus intime d’elle-même par la présence du Père du Fils et de l’Esprit en qui elle reconnaît la réalité de l’amour infiniment vivant.

Élisabeth a connu elle aussi la souffrance physique et morale. Unie au Christ crucifié, elle s’est totalement offerte, achevant dans sa chair la passion du Seigneur (cf. Col 1, 24), toujours assurée d’être aimée et de pouvoir aimer. Elle fait dans la paix le don de sa vie blessée.

À notre humanité désorientée qui ne sait plus trouver Dieu ou qui le défigure, qui cherche sur quelle parole fonder son espérance, Élisabeth donne le témoignage d’une ouverture parfaite à la Parole de Dieu qu’elle a assimilée au point d’en nourrir véritablement sa réflexion et sa prière, au point d’y trouver toutes ses raisons de vivre et de se consacrer à la louange de sa gloire.

Et cette contemplative, loin de s’isoler, a su communiquer à ses sœurs et à ses proches la richesse de son expérience mystique. Son message se répand aujourd’hui avec une force prophétique. Nous l’invoquons : disciple de Thérèse de Jésus et de Jean de la Croix, qu’elle inspire et soutienne toute la famille du Carmel ; qu’elle aide beaucoup d’hommes et de femmes, dans la vie laïque ou la vie consacrée, à recevoir et partager les « flots de charité infinie » qu’elle recueillait « à la fontaine de vie ».

6. Alors qu’elle porte son regard sur ces trois hautes figures, l’Église désire aujourd’hui professer la foi apostolique au règne du Christ, affirmer qu’elle croit que vraiment il règne.

Car le Christ « est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1 Co 15, 20).

Dans l’histoire des hommes vaincus par la mort, il a, le premier, remporté la victoire sur la mort.
C’est une victoire pour lui — et en même temps c’est une victoire pour nous. « C’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront. » (1 Co 15, 22.)

Tous ceux qui lui appartiennent par la grâce et l’amour ont en eux la vie nouvelle : la vie du royaume que le Père a préparé « depuis la création du monde ».

Dans cette vie nouvelle s’épanouira la victoire du Christ sur tout ce qui est contraire au règne de Dieu dans la création visible et invisible. « C’est lui, en effet, qui doit régner jusqu’au jour où « il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis ». Et le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort. » (1 Co 15, 25-26.)

En espagnol

7. Le Père éternel non seulement a préparé depuis la création du monde le règne de grâce et d’amour, le règne de vie nouvelle et de vie éternelle.

Le Père céleste a aussi « confié comme tâche » ce règne à son Fils éternel, quand il se fit homme.
Tous ceux qui, de toute nation, génération, race siècle et Église sur la terre ont accepté de participer à cette tâche salvifique et rédemptrice, appartiennent au Christ. Ils attendent de même le témoignage définitif, quand le Christ, par sa venue à la fin du monde, « remettra la royauté à Dieu le Père » (1 Co 15, 24).

Le règne de Dieu trouvera sa perfection quand l’histoire humaine aura pris fin. Il se réalisera là où il a pris son commencement : dans l’amour du Père communiqué jusqu’à la fin par l’amour du Fils.

« Quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a tout soumis, pour que Dieu soit tout en tous. » (1 Co 15, 28.)

Voilà le sens définitif du règne de Dieu : Dieu qui est tout en tous.

Bienheureux sont ceux qui ont accepté ce sens, lui ouvrant leurs cœurs, lui consacrant leurs œuvres.
« Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume. »


© Copyright 1984 - Libreria Editrice Vaticana


BIENHEUREUX DANIEL BROTTIER (+ 1936)

Il rêvait de donner sa vie pour l’évangélisation de l’Afrique. Il ne put rester à Saint Louis du Sénégal où il venait d’être nommé, car sa santé est trop fragile. Il se consacrera à la construction d’une cathédrale du "Souvenir Africain", à Dakar, demandant à tous ceux qui ont été en Afrique de lui payer une ou plusieurs pierres. Quand arrive la guerre de 1914-1918, il est aumônier militaire, risquant sa vie sur le front et dans les tranchées, mais toujours mystérieusement protégé. Après la guerre, l’évêque de Dakar lui révèlera qu’il l’avait mis sous la protection de sainte Thérèse de Lisieux. Aussi, quand il se voit confier l’Oeuvre des Orphelins Apprentis d’Auteuil, il confie l’oeuvre à sainte Thérèse. La chapelle est la première dédiée à la petite sainte qui vient d’être canonisée. L’oeuvre prend une expansion extraordinaire. Il meurt d’épuisement l’année où est consacrée la cathédrale du "Souvenir Africain".

SOURCE : http://ansart.pagesperso-orange.fr/Sanctoral/Annee/0228.htm



Bienheureux Daniel Brottier 1876 – 1936
  • 07 septembre 1876 : Naissance de Daniel Brottier à La Ferté-Saint-Cyr
  • Janvier 1890 : Confirmation au petit séminaire de Blois
  • Décembre 1892 : Prise de soutane
  • Novembre 1896 - Septembre 1897 : Service militaire - sert en qualité de « Cycliste du Colonel »
  • 1897 - 1902 : Surveillant puis professeur au collège de Pont-Levoy
  • 22 Octobre 1899 : Ordination à Blois
  • Septembre 1902 : Entrée au noviciat des pères du Saint-Esprit à Orly-Grignon
  • Septembre 1903 : Profession Religieuse
  • De 1903 à 1906 : Vicaire à Saint-Louis du Sénégal
  • Août 1906 - Janvier 1907 : Repos en Suisse puis en France
  • Septembre 1906 : Vœux de 5 ans (Fribourg)
  • Janvier 1907 - juin 1911 : Retour à Saint Louis du Sénégal
  • Juin 1911 - Août 1914 : A Paris, démarre la levée des fonds pour construire la cathédrale de Dakar (Souvenir Africain).
  • Août 1914 - Mai 1919 : Aux armées – aumônier volontaire – recevra 6 citations 
  • Croix de la Légion d'honneur : 5 mai 1916
  • Médaille militaire
  • Officier de la Légion d'honneur : 12 novembre 1932
  • Mai 1919 : Vœux perpétuels
  • Juin 1919 - 21 novembre 1923 : reprend l’œuvre du Souvenir Africain.
  • Novembre 1923 – 28 Février 1936 : Directeur général des Orphelins Apprentis d’Auteuil
  • 28 février 1936 : Décès du père à l'hôpital Saint-Joseph à Paris
  • 03 Mars 1936 : Messe d'enterrement
  • 05 Avril 1936 : Inhumation dans la chapelle Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus à Auteuil
  • 25 Novembre 1984 : Béatification par le pape Jean-Paul II

Bienheureux Daniel Brottier

Prêtre ( 1936)

Il rêvait de donner sa vie pour l'évangélisation de l'Afrique. Il ne put rester à Saint Louis du Sénégal où il venait d'être nommé, car sa santé était trop fragile. 

Il se consacrera à la construction d'une cathédrale du "Souvenir Africain", à Dakar, demandant à tous ceux qui ont été en Afrique de lui payer une ou plusieurs pierres. Quand arrive la guerre de 1914-1918, il est aumônier militaire, risquant sa vie sur le front et dans les tranchées, mais toujours mystérieusement protégé. 

Après la guerre, l'évêque de Dakar lui révèlera qu'il l'avait mis sous la protection de sainte Thérèse de Lisieux. Aussi, quand, en 1923, il se voit confier l’œuvre des Orphelins Apprentis d'Auteuil (fondée le 19 mars 1866 par l'abbé Louis Roussel), il confie l’œuvre à sainte Thérèse. La chapelle est la première dédiée à la petite sainte qui vient d'être canonisée. L’œuvre prend une expansion extraordinaire. 

Il meurt d'épuisement l'année où est consacrée la cathédrale du "Souvenir Africain". 

Béatifié le 25 novembre 1984.

Un internaute nous écrit: "Daniel Brottier, prêtre missionnaire de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit, devenu directeur des orphelins apprentis d'Auteuil en 1923 jusqu'à sa mort en 1936 et ayant, à son arrivée, édifié une chapelle dédiée à la Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus qui sera canonisée en 1925 et mettant l’œuvre et les enfants sous sa protection."

À Paris, en 1930, le bienheureux Daniel Brottier, prêtre de la Congrégation du Saint-Esprit, qui se dépensa dans la fondation de l’œuvre des orphelins d’Auteuil.

Martyrologe romain




Daniel Brottier
Prêtre, Fondateur, Bienheureux 
(1876-1936)
L'enfance et les études
Daniel Brottier naquit le 7 septembre 1876 à la Ferté-Saint-Cyr, près de Beaugency, au diocèse de Blois. 
Il reçut de ses parents une éducation Chrétienne et manifesta très tôt son désir d'être Prêtre. Quelques mois après sa première Communion, en octobre 1887, il entra au petit séminaire de Blois. Brillant dans ses études, Daniel était aussi bon camarade, d'une nature droite, gaie et entraînante, mais il avait à combattre des tendances à l'orgueil et à la colère. Il sut bien par la suite éviter l'un et maîtriser l'autre. 
Déjà, dans ses yeux luisait une flamme claire. Regard étonnant qui, tout au long de sa vie, subjuguera ses visiteurs d'un moment comme ses amis les plus fidèles. De cette époque date un mal de tête tenace et lancinant qui se déclara lors d'une maladie, quand il avait treize ans et qui ne le quittera plus jamais. 
On a dit de lui, à la fin de ses études secondaires: «Élève éveillé et résolu, assez sûr de lui-même et d'une physionomie ouverte et sympathique», et «Aucun art ne lui était indifférent. Il aimait particulièrement la musique. Il jouait de l'orgue et chantait à merveille. Il exécutait la photographie aussi bien que les maîtres de l'art».
Séminaire et professorat
En octobre 1892 il commença la philosophie au grand séminaire de Blois et le 8 décembre suivant eut lieu la prise de soutane. Il franchit normalement les étapes vers le Sacerdoce; sous-diaconat, diaconat et fut ordonné Prêtre dans la chapelle du grand séminaire, le 22 octobre 1899. 
L'évêché de Blois lui confia alors la charge de professeur au collège de Pontlevoy. On peut voir dans ces trois ans d'un travail d'éducateur une préparation lointaine à ce qui l'attend plus tard à Auteuil. 
Pendant son séjour à Pontlevoy, peu à peu mûrit son projet de partir en mission. Il s'orienta vers la Congrégation du Saint-Esprit.
Vocation missionnaire
Le 26 septembre 1902, Daniel Brottier commença son noviciat à Grignon-Orly, dans la banlieue Sud de Paris. 
Il avait eu du mal à faire accepter sa vocation missionnaire par son père. Alors que Daniel se préparait à prononcer ses vœux de religion, son père écrivit au maître des novices pour lui faire remarquer que la santé délicate de son fils l'empêchait d'aller vivre dans des climats malsains et mortels. 
S'en remettant à la volonté de ses supérieurs, Daniel Brottier s'engagea, le 30 septembre 1903, par la profession religieuse temporaire.
Le Sénégal
Aussitôt faite la profession, il reçut son obédience pour le Sénégal, nommé vicaire à la paroisse Saint-Louis. 
Le climat du Sénégal était réputé modéré et cette désignation répondait partiellement aux mises en garde de son père. Arrivé à Saint-Louis le 27 novembre 1903, il y fit son premier sermon le 8 décembre, en la Fête de l'Immaculée Conception. 
Son auditoire, curieux et réservé au départ, apprécia la nouveauté du ton et désormais ses prédications et ses causeries furent toujours très suivies. 
À cette époque, l'administration française appliquait, au Sénégal, la politique de laïcisation de M. Combes. Le 18 juillet 1904, les Frères de Ploërmel et les Sœurs de Cluny durent quitter leurs écoles et les hôpitaux. 
Le Père Brottier participa alors activement à la création et à l'organisation d'un patronage où on pourrait continuer à donner une éducation chrétienne à la jeunesse. 
En même temps il fut nommé directeur du Cercle Jeanne d'Arc, ouvert aux hommes de la paroisse et aux militaires en garnison. Par la suite, il prit de nombreuses autres initiatives dans des domaines très différents : jardin d'enfants et Comité de l'enfance, bulletin paroissial (l'Écho de Saint-Louis), chorale... 
Mais, secouée par un accident de cheval au début de son séjour, puis ébranlée par une insolation, la santé de Daniel s'altérait de plus en plus. Il lui fallut rentrer en France. 
Le 6 août 1906, il s'embarqua sur le Chili, pour un repos de six mois. Au cours de ce séjour, il éprouva un attrait pour la solitude, prit contact avec une trappe du Brésil, mais ce projet n'eut pas de suite.
Deuxième séjour au Sénégal
Ayant repris des forces, il rentra au Sénégal en janvier 1907 où, malgré certaines oppositions, il reprit ses diverses activités. 
Il y ajouta la fondation de la fanfare La Faidherbe et s'intéressa aussi à la botanique : greffe de manguiers (il laisse son nom à la mangue Brottier), greffe de rosiers : la vente de roses lui procurait des ressources pour ses œuvres. 
Il s'efforça aussi de promouvoir la lecture de livres biens choisis et encouragea la Bonne Presse. Il continuait à pratiquer la photo et fit éditer des cartes postales. La plupart des négatifs sur plaques de verre qu'il avait laissés après lui, ont malheureusement disparu ou ont été détruits. 
Le surmenage, s'ajoutant à un fond de santé fragile et une nouvelle insolation finirent par avoir raison durablement de ses forces. Le 29 juin 1911, Mgr Jalabert, son Évêque, accompagnait sur le paquebot Italie, un Père Brottier qui ne reverrait jamais plus les rives africaines. 
Après quelques semaines de repos en Suisse, il tenta un nouvel essai à la trappe, celle de Lérins (Saint-Honorat) cette fois. Mais, bientôt il écrivit à Mgr Le Roy, Supérieur général des Spiritains : 
«Je vous reviens en bon enfant prodigue, après avoir consciencieusement discuté la question. J'ai tout ce qu'il faut pour faire un bon trappiste, mais ma santé ne semble pas vouloir s'adapter à la situation».
Le souvenir Africain
Mgr Jalabert, Évêque de Dakar, rappela alors à Daniel Brottier leur commun regret de constater que le Sénégal n'avait pas de Cathédrale. 

Il nomma le Père Brottier son vicaire général, résidant en France, chargé de promouvoir le projet de la Cathédrale du Souvenir Africain. 

La campagne fut lancée à Paris, dans l'église Saint-Augustin, par Mgr Jalabert lui-même, qui y prononça un discours dont l'éloquence déconcerterait de nos jours. 

En janvier 1912, l'Évêque de Dakar rédigea son «Appel à la France» «Je propose de construire une Cathédrale à la mémoire des héros de l'épopée africaine: explorateurs, missionnaires, soldats, marins, administrateurs, commerçants, morts là-bas au service de la France. 

Le monument s'élèvera dans la ville la plus considérable de l'A.O.F., la ville par laquelle presque tous les pionniers de la conquête africaine ont passé, la ville d'où est parti Marchand, où expira Savorgnan de Brazza: Dakar ... ». Cet extrait donne le ton ! Il faut évidemment le lire en se mettant dans l'esprit du temps.

Pour la réalisation de ce projet, le Père Brottier entra en relation avec les familles des victimes de l'aventure africaine. Ses lettres se comptèrent par centaines. Il publia des extraits des réponses qu'il reçut dans la Revue mensuelle du Souvenir Africain.

Aumônier militaire volontaire

Survint la guerre de 1914-1918. Daniel Brottier avait été réformé en 1901, mais il se proposa comme aumônier militaire volontaire. 

Le 26 août 1914 il rejoignit la 26e division d'Infanterie. 

Pour avoir des détails sur le Père Brottier pendant la «Grande Guerre», on consultera ses biographies. Citons seulement quelques témoignages:  

«Cet homme appartenait à tous et, partout où la mort nous frôlait, il était là. Ceux qui ne croyaient pas étaient tout près de croire.» 

«Après des journées harassantes, alors qu'il était épuisé, il était toujours volontaire pour d'interminables parties de cartes avec les poilus, pour les distraire et leur donner du moral. Ceux qui prétendent qu'il n'a rien fait d'extraordinaire ne l'ont pas vraiment connu.» 

«Le Père Brottier, c'était le réconfort moral toujours prêt à se faire sentir. Dès qu'il était là, on était tranquille. Il racontait tellement d'histoires et si drôles que nul cafard n'aurait tenu. Et cela, quelle que fût l'intensité du marmitage.» 

Il passe l'intégralité de la guerre en première ligne sans pourtant jamais être blessé, un miracle qu'il attribue à sainte Thérèse de Lisieux

Cité cinq fois à l'ordre de l'Armée, dont la dernière le 29 juin 1918, il aura l'occasion de proposer à Clemenceau de fonder l'Union des Combattants (« Unis comme au front ») après la guerre. Il reçoit la Légion d’honneur et la Croix de guerre.

Des cinq citations adressées au Père Brottier au cours de la guerre, retenons la dernière qui les résume toutes: 

«À l'ordre de l'Armée, le 29 juin 1918: Brottier Daniel, âme magnifique où s'allient harmonieusement l'ardeur du soldat et le dévouement de Prêtre, légendaire au régiment dont il partage toujours les heures pénibles. 

Pendant les attaques des 1er et 2 juin, à Troesnes, parcourait la ligne pour relever et secourir les blessés, allant les chercher en avant de nos postes, sous le feu des mitrailleuses et encourageant les combattants. 

Est resté à Troesnes, malgré les relèves de bataillon, subissant, le 3, une nouvelle attaque et, dans les jours suivants, un bombardement très dur. Exerce sur les combattants qu'il soutient moralement aux heures difficiles, par ses encouragements et son exemple, l'influence la plus heureuse». 

Même pendant la guerre le Souvenir Africain ne quittait pas ses pensées. Déjà, en 1916, il avait écrit: «Ma foi dans l'étoile du Souvenir Africain reste entière. 

Il y aura plusieurs moyens susceptibles de succès. Ayons d'abord la victoire et le reste viendra facilement».

L'Union Nationale des Combattants

Jamais à cours d'idées, le Père Brottier conçut, dès 1917, le projet de l'Union Nationale des Combattants, avec sa devise «Unis comme au front». 

Il eut même l'occasion d'en parler à Clémenceau et celui-ci fut immédiatement conquis. L'organisme se mit en place, avec son complément, l'Escompte du Combattant, qui proposait aux soldats démobilisés le règlement immédiat, en espèces, de leur bon de démobilisation. En quelques semaines, l'Union compta plus de quatre cent mille adhérents. Ils atteignirent bientôt trois millions.

L'aumônerie militaire pendant la guerre, l'organisation du mouvement des Anciens Combattants, tinrent une grande place dans la vie du Père Brottier; c'est important de le souligner. 

Lui-même n'a-t-il pas dit: «Si j'ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c'est sur les champs de bataille». 

Et pourtant, une autre phase de sa vie va commencer, importante elle aussi, quand on va lui confier une œuvre à laquelle son nom restera attaché.

Les Orphelins Apprentis d'Auteuil

Devenu directeur des Orphelins Apprentis d'Auteuil, il s'installa au 40 rue La Fontaine, le 19 novembre 1923.

L'abbé Roussel avait fondé cette œuvre en 1866. Ses successeurs furent, en 1895, l'abbé Fontaine et, en 1901, l'abbé Blétit. 

En 1923, l'abbé Muffat, qui dirigeait l'Œuvre depuis 1914, demanda à en être déchargé. L'Archevêché de Paris s'adressa à Mgr Le Roy, supérieur de la Congrégation du Saint-Esprit, et c'est ainsi que le choix se porta sur le Père Brottier. 

Sa première initiative fut d'entreprendre, par souscription, un sanctuaire à Sainte-Thérèse de Lisieux. «Ce dont les enfants ont été sevrés, disait-il, c'est d'affection. Thérèse sera leur maman.» 

Après la guerre, le P. Brottier avait appris de Mgr Jalabert que celui-ci était persuadé d'avoir obtenu pour lui la protection de Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus. De là dataient sa dévotion et sa confiance envers la petite Sainte. 

Les débuts à Auteuil furent difficiles. La guerre avait déstabilisé cette œuvre, les dettes n'avaient cessé de croître, et le personnel désabusé, avait laissé s'instaurer parmi les jeunes une mentalité détestable.

Il en fallait plus pour démonter le nouveau directeur: «Les Allemands n'ont pas eu ma peau, dit-il à un ami. Ce ne sont pas les gosses d'Auteuil qui l'auront!» 

Avec lui, une qualité des relations, une joie de vivre et de travailler s'instaurèrent dans l'Œuvre... ce qui, au dire d'un de ses biographes, aurait amené cette déclaration d'un jeune enfant: «Je voudrais devenir Orphelin d'Auteuil!»

L'œuvre croît. Au départ, ils étaient 70 enfants, au maximum des possibilités. A la fin, ils seront 1400. Pour eux il diversifie les ateliers d'apprentissage qui leur permettront d'aborder la vie avec un métier. 

Pour les ressources, le Père Brottier ne s'appuie que sur la Providence, ce qui est encore le cas de nos jours (à peu de choses près). 

Aussi le Père entretient une montagne de correspondance non seulement avec ses bienfaiteurs mais avec beaucoup d'autres qui s'adressent à lui. 

Il entreprend aussi une œuvre formidable dans le domaine de la presse en créant plusieurs journaux ou revues dont certains ont un grand tirage. 

Bref, tout lui réussit, mais non sans peine: il est "actif jusqu'aux limites du possible", et cela  "de cinq du matin à minuit". 

Pour ses enfants, il définit ainsi son objectif: "Un toit, du pain, un métier, beaucoup d'amour". Il veut en faire "des hommes debout" selon son expression. 

Il leur dit: "Devenir des hommes, tel doit être votre idéal, mes enfants. Un homme, c'est celui qui sait ce qu'il veut et qui l'accomplit coûte que coûte. (...) Ne soyez pas ces ombres d'hommes qui vont devant eux au hasard".

Pour réaliser son projet de construction d'une chapelle dédiée à Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, le Père Brottier stimulait régulièrement collaborateurs et bienfaiteurs. 

Le magazine d'Auteuil «La France Illustrée» se couvrit d'annonces de kermesses, d'éditoriaux vibrants. Le 5 octobre 1930, le Cardinal Verdier, Archevêque de Paris, procéda à la Consécration du Sanctuaire, dont la Fête annuelle attirera bientôt jusqu'à vingt mille personnes.

En même temps, il fallait payer les dettes et trouver des ressources pour la vie quotidienne. Le Père Brottier donna pour cela beaucoup de son temps à la correspondance. Il recevait aussi de nombreux visiteurs, bienfaiteurs ou non. 

A quelqu'un qui lui dit «Quelle chance vous avez, tout vous réussit», il répliqua: «Ma chance, ce fut de travailler sans répit de 5 heures du matin à minuit, d'écrire des lettres et de recevoir des visites par milliers».

Ici aussi il faut renvoyer à des biographies plus détaillées. Soulignons seulement une des caractéristiques du Père Brottier, déjà signalée auparavant, mais qu'il développa plus encore à Auteuil:

Daniel Brottier, homme de médias

Pour employer le langage actuel, Brottier fut homme de «médias». En voici quelques exemples:

Avec lui le Courrier d'Auteuil atteindra 300 000 exemplaires mensuels. L'Ami des enfants sera tiré à 70 000 exemplaires. La France Illustrée (fondée en 1874) touchera chaque semaine 100 000 abonnés.
Et pourtant il jugea nécessaire d'abandonner la gestion de La France Illustrée: il pensait que cela risquait de le détourner de son œuvre principale. En 1930, il fonda la revue Missions où la mise en pages présentait une certaine originalité. En trois ans Missions atteignit un tirage de 40 000. 

Il utilisa l'affichage dans le métro, avec l'effigie de Sainte-Thérèse de Lisieux, pour inviter à des concerts au profit de sa chapelle. 

En 1927, il ouvrit aux écoles et aux patronages la salle Auteuil, Bon Cinéma. On y compta 600 000 spectateurs en quatorze ans.

Le développement de l'œuvre

Sous la direction du P. Brottier, Auteuil s'agrandit et les succursales se multiplièrent: le Vésinet (1930), La Motte-Grenet (1931), Saint-Michel-en-Priziac et Saintry (1932), Malepeyre et Restigné (1933), Perpezac et Verneuil-sur-Indre (1934), Nice et Caminel (1935). 

Il faut y ajouter l'organisme le Foyer à la campagne (1933). Dans l'ensemble de ces maisons, en 1936, on accueillait mille quatre cents orphelins. 

On ne peut citer ici tous les collaborateurs du P. Brottier. Mentionnons cependant le P. Yves Pichon, qui vécut dans son intimité et fut son biographe; M. David, «homme extraordinaire, dit de lui le P. Brottier, qu'on ne dérangeait jamais, mais qui se dérangeait sans cesse» ; M. Mouillier, polytechnicien, qui mena à bien la modernisation des ateliers, tout en se montrant soucieux de formation humaine : Mlle Colonvillé, rédactrice de l'Ami des enfants ; Mlle Bigot, l'organisatrice géniale des Foyers à la campagne... Avec le regret de se limiter à ces quelques noms.

Les dernières semaines

Le 2 février 1936, avait lieu à Dakar la Consécration, par le Cardinal Verdier, légat du Pape, de la Cathédrale du Souvenir Africain. Le Père Brottier, dont la santé laissait à désirer depuis quelque temps, ne put s'y rendre. 

Le lundi 3 février, épuisé, il se coucha en fin de matinée, pour ne plus se relever. Il était terrassé par une fièvre intense, de violents maux de tête et de vives douleurs à la poitrine. Une congestion pulmonaire double se déclara. 

Quelques jours plus tard, une grippe infectieuse ajouta encore à ses tourments et il fut transporté à l'hôpital. 

Arrivé à l'hôpital Saint-Joseph mourant, il lui restait assez de forces pour survivre pendant onze jours. Ce fut vers 4 heures du matin, le 28 février 1936 que Daniel Brottier rendit le dernier soupir. 

Il fut Béatifié le 25 Novembre 1984, par le Pape Saint Jean-Paul Il.

Jean Ernoult, spiritain.

SOURCE : http://nouvl.evangelisation.free.fr/daniel_brottier.htm


Mgr Ravel : « Le Père Brottier, modèle d’humanité »

Publié le 19 janvier 2015

Le 29 janvier à Angoulême, l’album Daniel Brottier. Remuer Ciel et Terre recevra le Prix international 2015 de la BD chrétienne francophone. Mgr Luc Ravel, évêque aux Armées, évoque cette figure d’aumônier militaire (1876-1936) aussi légendaire que d’actualité. Propos recueillis par Chantal Joly.

Le Père Brottier est-il célèbre ou méconnu ?

Il est très connu d’au moins deux catégories de personnes. Il y a, bien sûr, l’immense réseau des donateurs de l’Oeuvre d’Auteuil ainsi que tous ceux qui aiment la petite Thérèse de l’Enfant Jésus et, par extension, connaissent cet « ami » qui a fait édifier à Paris la première chapelle qui lui fut dédiée. Le Père Brottier est également légendaire dans le monde des aumôniers militaires et plus largement celui des militaires.

Quand l’avez-vous découvert ?

Il y a plus de 40 ans ! D’abord parce que ma tante était l’une des bienfaitrices des Orphelins Apprentis d’Auteuil à qui le Père Brottier écrivait régulièrement en vue de soutenir son oeuvre, mais également grâce à un confrère de mon abbaye Saint Pierre de Champagne en Ardèche, à ce point marqué par cette grande figure qu’il avait choisi d’accoler comme saint patron à son nom de « Père Daniel » -en référence au prophète de l’Ancien Testament- celui du bienheureux Daniel Brottier.

Qu’avez-vous apprécié dans la bande dessinée qui lui est consacrée ?

Bravo aux auteurs qui ont commencé par ses années de guerre ! Ils ont compris que celles-ci n’avaient pas été anodines mais, au contraire, fondatrices au niveau psychologique et pour sa maturation pastorale. De même que pour Teilhard de Chardin pour qui ce fut un baptême dans le réel, le Père Brottier y a trouvé ses racines. Il y a montré ses qualités. Il a donné et il a reçu.

La guerre lui a également fourni ultérieurement un carnet d’adresses de fidèles très actifs pour ses ventes de charité et ses appels aux dons. Cofondateur de l’UNC (Union des Anciens Combattants) afin que ne se perde pas la belle fraternité vécue dans les tranchées, le Père Brottier a en effet proposé à ses camarades d’autres combats à mener. L’oeuvre d’Auteuil n’aurait jamais connu son ampleur sans ce passage de 14-18.

Lors du 30e anniversaire de sa béatification en novembre dernier devant les jeunes d’Auteuil, sur quel aspect de sa personnalité avez-vous insisté ?

Sur les citations qui ont accompagné ses remises de décorations (légion d’honneur, croix de guerre). Remontées au Ministère de la guerre via la hiérarchie militaire, elles témoignent de la reconnaissance d’hommes de bonne volonté envers des valeurs de bonté, de dévouement, de courage hors pair et de disponibilité sans faille. Souvenons-nous que nous étions à une époque d’extrême anti-cléricalisme. Or que découvraient les soldats en ces aumôniers volontaires qui apprenaient leur « métier » sur le terrain ? Des curés qui ne correspondaient pas aux caricatures de l’époque mais partageaient avec eux le danger, la boue, la puanteur, les rats, le froid. Dans la guerre contre le terrorisme dans laquelle nous entrons, il nous faudra peut-être déployer des mêmes qualités fondamentales que ces aumôniers de légende de la grande guerre ont manifestées à tous.

Qu’admirez-vous le plus dans le caractère du Père Brottier ?

Son courage personnel, tant face aux obus que devant le travail pour relever l’Oeuvre d’Auteuil. Et son génie de l’organisation. Le Père Brottier avait des méthodes très modernes. Il utilisait les moyens de communication. Il fonçait. Mais surtout, en se faisant brancardier, photographe ou combattant (sans armes) au milieu des troupes, il incarnait un modèle de pastorale qui a marqué toute l’Eglise de France, a « reboosté » l’Action catholique et reste pour moi d’actualité dans le cadre de la nouvelle évangélisation dans un monde qui a envie de se passer de nous. Car être prêtre, c’est à 20% de son temps prêcher la Bonne Nouvelle, célébrer une messe ou avoir une conversation théologique mais c’est à 80% de la proximité humaine.



Daniel Brottier was born on 7 September 1876 at La Ferré-Saint-Cyr, a pretty little village not far from the town of Chambord in the Department of Loire-et-Cher. The house where he was born still stands. It lay close to the chateau where his father was coachman to the Marquis of Durfort. Daniel always wanted to be a priest, and started learning Latin even before he attended school. His little witticism, “I will be Pope”, was the first indication of his personality, his first intimation of the “all or nothing” that marked the main steps of his life: missionary in Dakar, chaplain in the trenches in 1914-1918, the person mainly responsible for the building of the Dakar African Memorial cathedral and of the Auteuil chapel dedicated to St Thérèse. His statement recalls little Thérèse's own statement: “I will become a Saint”.

Daniel made his first holy communion in 1886 at the age of ten, and entered the junior seminary of Blois the following year. His school companions remembered him as a lively, outgoing, boy, even mischievous ( espiègle ), but good-hearted. In 1896, at the age of 20, he did one year of military service at Blois . After long years in a seminary he was ordained priest on 22 October 1899 by Bishop Laborde of Blois . His first appointment was to the Free School of Pontlevoy, where he worked marvels with the children. But he felt something was wanting. His field of action was limited and his apostolic soul sought a more challenging field of activity. Like Père Jacques Laval while yet working in Pinterville parish, he wanted to be a missionary. His family were not at all happy with his decision but eventually acquiesced. Having got his bishop's permission he entered the novitiate of the Congregation of the Holy Spirit at Orly near Paris in 1902.

Professed in 1903 he wrote to the Superior General, Mgr Alexander Le Roy: “I have always envisaged the missionary's life as that of people willing to sacrifice themselves for the salvation of souls.” Before he set out for the missions he was photographed with members of his family.

St Louis in Senegal

To his disappointment Fr Brottier was assigned to the parish in the town of St. Louis , whereas he had dreamt of a rough life in the interior of the country. Welcomed by his parish priest, Fr Hyacinth Jalabert, later Bishop, he soon spent himself at his urban apostolate. He turned his attention to the most abandoned of the time, the half-castes. Where many missionaries had despaired of evangelizing them, Fr Brottier succeeded in convincing his companions there was hope. With youthful vigour he naturally turned again towards the youth, revitalizing apostolic works that had died with the transfer of former priests. He gave weekly instructions to the students of Faidherbe secondary school; he founded a child-aid centre; he published a parish bulletin The Echo of St Louis in 1906 that has continued for years under a title he would have liked, “ Unité ”. But the first issue was hardly out when he fell sick and was advised to return to France . After a rest of six months he was judged fit to return. Again he threw himself whole heartedly into the work of a missionary in a large urban area. He developed his journalistic talents and organized a band. St Louis was giving him full scope for priestly and missionary activity; he was creative, enterprising, progressive and disturbing! Prayer sustained all this activity, but his health deteriorated once more. He had to come home again in 1911.

Lerins monastery

A major interlude in his life at this juncture was his stay at the Trappist monastery in the Island of Lerins off Marseilles where St Patrick is said to have spent some time when preparing for the priesthood. Fr Brottier felt called to the contemplative life rather than the very active career he had been living to date. A short trial in Lerins, however, disabused him of that idea. Monks in that secluded area were known to suffer from depression if left there very long. Fr Brottier's problem was different, as he wrote to his sisters: “I lived unforgettable hours in the recollection of the cloister in an atmosphere of sacrifice and immolation. But the lack of sleep, and especially of food, wore me down, and after a few days I had to yield to the evidence: I was not made for this kind of life… There are big question-marks over my return to St Louis . I have promised to leave all to Providence and take no steps for or against.”

Bishop Hyacinth Jalabert had dreams of building a major cathedral at St Louis , the place where the great project of the evangelisation of the Black race had been launched due to the initiative of Bishop Edward Barron and Fr Francis Libermann. Jalabert wanted to build a fitting place of worship as a cathedral, and a monument of homage to all who gave of their energy, life and blood for the sake of Africa , in the service of the Lord and the African people. Knowing Fr Brottier's potential and his state of health vis-à-vis the tropics, he appointed him Vicar general of Dakar “residing in Paris ” and director of the African Memorial. Fr Brottier was enthusiastic that even in France he would be doing a missionary task. He threw all his energy into the new apostolate; he set up a secretariat and a public relations office that offended some of his zealous confreres; he involved lay people; he gave a soul to the work that Christians in France could not ignore. A network of reliable friends took shape that gradually covered all France . He concentrated on the African Memorial for seven years over two periods 1911-1914 and 1919-1923, interrupted by his chaplaincy during the war. It brought out his qualities and virtues providentially; his great faith and missionary spirit mobilized his remarkable human qualities. It challenged him adequately as he brought Bishop Jalabert's dream to a reality. The African Memorial entailed long days and nights at a desk, writing, replying all the time, frequent contacts with “important people”, from the Duchess of Chartres to the Prince of Aremberg, including Madame Savorgnan de Brazza and General Gourand. Fr Brottier had made it his duty to alert “all Paris ” to his noble work, and Paris responded generously. On 2 February 1936 the Dakar cathedral was consecrated by Cardinal Jean Verdier, papal legate. Notably absent from the ceremony was Fr Brottier himself, who preferred to remain hidden in the hour of glory. Bishop Jalabert was also absent: he had perished en route to Senegal with his band of missionaries in the shipwreck of the Afrique in 1919.

Military Chaplain

But this image of Fr Brottier, tied to the desk or frequenting the salons, is scarcely the one we think of spontaneously. He was made for an “apostolate of contact”, both by nature and by his own wish. Chaplaincy during the 1914-1918 war offered him that field of activity, first in the Somme (1914-1916) and later in Verdun . Eye-witness accounts and stories proliferate about his deeds among his soldiers in open terrain or in the trenches.

Perhaps he felt better employed in that situation where risk was daily bread and the sufferings of the poorest were shared. For the fifty-two months of that tragedy he lived with danger. By word and example he brought comfort, he raised morale, he stimulated energies, he received confidences, he prepared people for death. Vulnerable all the time, ignoring danger, he heard and saw everything. In the name of Charity with a capital C he built “bridges” between the troops and the high command and he even changed the mind of a staff officer of the armed forces about the basis for an attack! He was conferred with the Légion d'honneur, Ordre de l'Armée in May 1916.

His priestly role during these terrible years is expressed in the words he wrote to his brother and sister-in-law on giving them his military chaplain's cross after the war:

“Keep it carefully, for it was my silent witness all during the war. How many lips of dying people kissed that cross! It heard the last sighs of innumerable young soldiers. It touched their mangled, shattered bodies. I can declare that if the cord of this cross knew all the blood it drank the water in which it dipped would run red”

The commendations he received are full of the superlatives the army uses; but one of them, that of 29 June 1918 , uses an unusual term: it dubs him a “legendary” chaplain . A halo of the “marvellous” was already enveloping him; everything in his life was “marvellous”.

National Union of Servicemen

Bishop Jalabert , Senegal , the African Memorial, the great war. God was writing straight with crooked lines, down to the thunderclap of Auteuil , still re-echoing. Père Brottier had dreamt of the extraordinary spirit of fraternity born in the course of the war continuing afterwards among the former soldiers. He saw the foundation of a wide movement develop. This simple military chaplain, who might be tempted to create “his” association of ex-servicemen along confessional lines, became a forward-looking priest aiming at a national union open to all without distinction. He did not hesitate to involve public powers and he even got access to Clemenceau, then President of the Council. Once again the driving-force behind his outsize plans was love. The union grew to two million members. Père Brottier never did things by halves; it was always “all or nothing”.

Auteuil

When Bishop Jalabert met Père Brottier after the war he showed a picture he had kept in his breviary – that of the “Little Flower” of Lisieux and said, “I prayed to her continually for your safety.” From that moment Père Brottier looked for an occasion to thank her. In 1923 the Archbishop of Paris, Cardinal Dubois, asked the Congregation of the Holy Spirit to take charge of the Auteuil orphanage. This great charitable project had been launched in 1866 by Abbé Louis Roussel, a former protégé of Fr Desgenettes of Our Lady of Victories fame. In spite of several setbacks, due mainly to political upheavals, it continued to flourish. In more recent years it had declined due to lack of its new director. Immediately he decided to place this work under the patronage of Blessed Thérèse. Having visited Auteuil , he found that the oratory there was but an old unworthy shed. He decided immediately to build there a beautiful church in honour of Blessed Thérèse. Before consulting the Cardinal he asked Thérèse for a sign, namely that he would receive the gift of 10,000 francs. The sign came and so began the saga of miracles associated with Père Brottier's years in charge of the Auteuil project. The Cardinal agreed to his plan. To say that not everybody else saw the building of a church as the priority would be an understatement. Dormitories, workshops, structural repairs etc were seen to be the requirements crying out in the rundown state of the institute. It was not as if Père Brottier had lost sight of these pressing necessities nor that his principal charges were to be the poorest and most unfortunate children of Paris, but his trust in Thérèse as his ‘heavenly bursar' paid off. Funds poured in and the chapel became a source of gracand a spiritual centre for all manner of requests and acts of thanksgiving. In spite of continued ill health he got down to Herculean work with innovative schemes and broad horizons. He thought not merely of the abandoned children of Paris but launched the association of “Orphans of France” involving many people in the care of these deprived children. Having experienced the power of the media and in particular the value of the visual image, he mastered the art of the camera and instructed the orphans in film making. He even produced a very popular cine film on the life of St Thérèse.

Much has been written on the Auteuil miracle which continues to spread worldwide but we turn instead to some statements from Père Brottier's own pen. The amount of letters written by him is almost incredible – sometimes up to 200 a day. He was not a man for writing treatises about his work or spirituality nor had he ever the leisure to do so but his occasional obiter dicta are very revealing. Passing over the technical side of the training of the apprentices in various skills we quote rather from Brottier's statements about their caring attitude to the children confided to them :

What better life could you wish for a priest than the life we live here? Look, we spend the whole day doing what? Practising the virtue of charity. From morning to night, what do we do? Receive people in pain, encourage and help them, give them hope; receive orphans, clothe and feed them and give them beds, shelter them from want, train and catechize them, make good Christians out of them; serve as go-betweens for the unemployed to get them work; intercede with the civil, military or religious authorities for families or people in straits; enlighten and guide wavering souls looking for the right path; visit and console the sick and reconcile them with God; pray and get our children to pray for the thousand-and-one miseries we hear about; give a service to all, sometimes the rich more than the poor. What is all that, indeed, if not a perpetual exercise of charity? No, believe me, we have chosen the better part, or rather the good God has chosen it for us and we should thank him profusely. To live as Christ lived, is that not, for a priest, the way of perfection?

Elsewhere he wrote:

If we want to succeed at Auteuil , we must dedicate ourselves to these children wholeheartedly and unreservedly. I have offered myself to God to serve them until death. I desire no other job, I want to die here in their service. Those who come to live with us must be happy. The children must feel that I know what they are doing and that I follow them up affectionately. Let the children be treated without harshness, always with justice. Prefer rewards to punishments. Let them not have to complain about food, clothing, tools. Then you can preach to them and get them to pray. Your ideal, children, is to become men. A man knows what he wants and accomplishes it, no matter what it costs. Do not turn out to be aimlessly wandering shadows. Spiritual values are proper to men. Our financial and social situation can change, our personal, intellectual and moral value remains. Take it to heart to develop the personality in you, the gift that God gave you…

The Christian life will be inculcated in the children starting from the liturgy of the Mass. Only one must go to the trouble of minting it, making it thirty-five living, sung, interesting and basically happy minutes. The children must get the taste for the things of God, without being overdosed.

When people marvelled at the continued success of the Auteuil project Père Brottier wrote:

People who come looking for my secret are funny. My secret is this: help yourself and heaven will help you. My secret, as you well know, is twelve years of work, day and night, hard and persevering, and twelve years of hard and persevering prayer by everyone at Auteuil , priests, sisters, young people, and first communicants. I have no other secret. If the good God worked miracles here, through Thérèse 's intercession, I think I can say in all justice that we did everything, humanly speaking, to be deserving, and that they were the divine reward of our work, prayers and trust in providence .

The miracle of Père Brottier's life was that he achieved so much while suffering severely from ill health. His death came, after a brief but painful illness, on 28 February 1936 , a few weeks after the solemn dedication of the African Memorial Cathedral in Dakar . We quote a brief extract from one account of his remarkable funeral:

When the radio announced later on the following morning, February 28th 1936, that Father Brottier had died, an old employee at the orphanage at Auteuil who, for several months, had been confined to bed with painfully deformed arms and legs of rheumatic origin, cried out: “Good Père Brottier, if you are in heaven, cure me.” She was completely cured at once and lived to praise the Lord for many years. It was the beginning of a long succession of many favours of all kinds – spiritual, mental, moral and physical. Indeed, as I write, I have by me two heavy volumes each of over 600 pages, recording graces obtained through the intercession of Père Brottier between 1936 and 1959.

The mortal remains of Père Brottier were removed to the Chapel of St Thérèse of Lisieux at Auteuil and for forty unbroken hours a guard of honour was mounted by the catafalque. There his doubly-bereaved orphans stood alongside scions of noble families and humble tradesmen trained by him. There too stood officers and men who had come to know and admire him on the battlefields of Flanders . Most of these were members of the now two million strong National Union of Ex-Servicemen he had founded. Next day, Sunday March 1st, some 15,000 Parisians came to gaze affectionately for the last time, on that fine, noble face they had known so well, as he slept in peace at last. H is funeral was more a triumph than bereavement. All Paris , all France , it seemed, people of every class of society, official and private, were represented there.

Naturally work began immediately on the introduction of Père Brottier's cause for beatification. This process received a special boost when, in 1962, his body was exhumed as part of that process and was found as intact as on the day of his burial. Père Brottier was beatified by Pope John Paul on 25 November 1984 - the same day as the Carmelite – Sr Elisabeth of the Trinity.

For much of the matter and some of the text I am indebted to the excellent pamphlet by Fr Gerald
Fitzgerald entitled Blessed Daniel Brottier Friend of Youth