mardi 10 février 2015

Bienheureux ALOISIUS (ALOYS, ALOJZIJE) STEPINAC, cardinal, archevêque et martyr


Bienheureux Aloys Stepinac, évêque et martyr

Sa figure résume toute la tragédie qui a frappé l'Europe au cours du XX° siècle, marqué par les grands maux du fascisme, du nazisme et du communisme. En lui resplendit dans sa plénitude la réponse catholique: foi en Dieu, respect de l'homme, amour envers tous confirmé dans le pardon, unité avec l'Eglise guidée par le Successeur de Pierre.

Né en 1898, Alojzije Stepinac était archevêque de Zagreb depuis 1937 quand la persécution atteint son Eglise. Calomnié, condamné dans une parodie de justice il mourut le 10 février 1960 après plus de 13 années de prison. Il avait été créé cardinal en 1952.


Bienheureux Aloisius Stepinac

cardinal archevêque martyr Zagreb ( 1960)
Né en 1898, Alojzije Stepinac mourut le 10 février 1960 après plus de 13 ans en prison.

Béatifié par Jean-Paul II lors de son pèlerinage au célèbre sanctuaire de Marija Bistrica le 3 octobre 1998 - voyage apostolique en Croatie.

"In Te, Domine, speravi; telle était la devise du Cardinal Alojzije Stepinac, sur la tombe duquel j'ai prié dès mon arrivée à Zagreb. Sa figure résume toute la tragédie qui a frappé l'Europe au cours de ce siècle, marqué par les grands maux du fascisme, du nazisme et du communisme. En lui resplendit dans sa plénitude la réponse catholique: foi en Dieu, respect de l'homme, amour envers tous confirmé dans le pardon, unité avec l'Eglise guidée par le Successeur de Pierre. Dans sa béatification, nous reconnaissons la victoire de l'Évangile du Christ sur les idéologies totalitaires; la victoire des droits de Dieu et de la conscience sur la violence et les abus de pouvoir; la victoire du pardon et de la réconciliation sur la haine et la vengeance. Le bienheureux Stepinac constitue ainsi le symbole de la Croatie qui veut pardonner et se réconcilier, en purifiant la mémoire de la rancœur et en vainquant le mal par le bien.

La cause de la persécution et du procès-farce monté contre lui, fut son ferme refus face aux insistances du régime pour qu'il se sépare du Pape et du Siège apostolique et qu'il se place à la tête d'une 'Église nationale croate'. Il préféra rester fidèle au Successeur de Pierre. C'est pourquoi il fut calomnié, puis condamné." extraits de l'audience générale du 7 octobre 1998.

Homélie en anglais, en italien.

À Krasic, près de Zagreb en Croatie, l’an 1960, le bienheureux Louis Stépinac, évêque et martyr. Il s’opposa avec audace aux doctrines qui niaient la foi et la dignité humaine. À cause de sa fidélité à l’Église, il fut détenu longtemps en prison et, atteint de maladie et consumé d’inanition, il acheva un éminent épiscopat.


Martyrologe romain

"La figure du bienheureux Alojzije Stepinac constitue pour tous un point de référence vers lequel se tourner pour en tirer inspiration et soutien."

Jean-Paul II



Bienheureux Louis STEPINAC

Nom: STEPINAC
Prénom: Louis (Alojzije)
Pays: Croatie

Naissance: 08.05.1898  à Krasic (Brezaric)
Mort: 10.02.1960  à Krasic
Etat: Archevêque - Cardinal  -  Martyr

Note: Prêtre en 1930. Évêque coadjuteur de Zagreb en 1934. Archevêque en 1937. Condamné le 11.10.1946. Cardinal le 12.01.1953.

Béatification: 03.10.1998  à Marija Bistrica (Croatie)  par Jean Paul II
Canonisation:
Fête: 10 février

Réf. dans l’Osservatore Romano: 1998 n.39 p.9-10  -  n.40 p.1   -   1999 n.11 p.6-9
Réf. dans la Documentation Catholique: 1998 n.20 p.973-976 & 982-990
Notice brève:

Alois Stepinac naît en 1898 près de Zagreb en Croatie. Très jeune il ressent la vocation, mais en 1916 il doit faire son service militaire pendant la grande guerre. Après quoi il tergiverse pour sa vocation. Quand il se décide, son évêque, Mgr Bauer, l'envoie à Rome pour ses études. Ordonné prêtre en 1930, il obtient l'année suivante les doctorats de philosophie et de théologie. Revenu à Zagreb, il travaille à l'évêché tout en s'occupant des pauvres. Il crée pour la Caritas de Zagreb le journal "Caritas". En 1934, à 37 ans, il est nommé archevêque coadjuteur de Zagreb et remplace Mgr Bauer trois ans plus tard. Il s'occupe de ses prêtres, défend la famille chrétienne, encourage le laïcat. Il redonne vie au sanctuaire de Marija Bristrica faisant chaque année à pied les 50 km de ce pèlerinage. Il se réjouit quand la Croatie devient indépendante en 1941 avec l'arrivée des Oustachis au pouvoir. Mais ceux-ci sont inféodés aux nazis; ils persécutent les Juifs et font des conversions forcées. Mgr Stepinac s'oppose à eux de plus en plus fortement, prenant la défense des faibles et des opprimés. Pour les Oustachis, il devient l'homme à abattre. Quand Tito prend le pouvoir en 1945 et veut créer une Église Croate séparée de Rome, Mgr Stepinac refuse. Les communistes lui intentent un procès factice à la suite duquel il est emprisonné pendant 5 ans, puis assigné à résidence surveillée dans son village natal de Krasic. Pendant plus de 13 ans, il doit subir des persécutions physiques et morales. Il meurt en 1960, martyr de son attachement au Saint-Siège, entouré de la vénération de tout le peuple croate.

Notice développée

Alois Stepinac naît en 1898 à Krazic, petit village rattaché à la paroisse de Brezaric, non loin de Zagreb. Il est le cinquième enfant d'une famille qui en compte huit. Son père s'est remarié et lui, est issu du second lit. C'est une famille profondément catholique de cette terre de Croatie imprégnée de christianisme. En 1916, après avoir passé son baccalauréat, il ne fait pas comme plusieurs autres de son âge qui, en ce temps de guerre, rentrent au séminaire sans vocation pour échapper au service militaire. Il sert dans l'armée autrichienne comme officier. En 1918 il est fait prisonnier par les Italiens, mais il est assez vite relâché. Vers la fin de la guerre, il s'engage comme volontaire sur le front de Salona (Solin) ce qui était alors l'option de nombreux jeunes Croates mécontents de la place de la Croatie dans la monarchie austro-hongroise. Démobilisé à la fin de 1919, il s'inscrit à la faculté d'agronomie de Zagreb, mais déçu par le manque de moralité des étudiants, il retourne travailler dans le domaine paternel. Il fait de l'action catholique pour jeunes et songe au mariage. Depuis longtemps, il pense aussi au sacerdoce mais il tergiverse longuement, se rappelant certains mauvais exemples dont il a été le témoin à l'armée. Au demeurant, même en cette période, la religion continue à être, comme autrefois, son guide et sa consolation. D'ailleurs, dès sa plus tendre enfance, il est soutenu par les prières de sa mère et il jouit des conseils de son confesseur et du soutien d'un ancien professeur, prêtre.

En 1924, il se décide pour le sacerdoce. Son évêque, Mgr Bauer, l'envoie au Collège "Germanicum - Hungaricum" de Rome. En 1930 il est ordonné prêtre le jour du Christ-Roi. (Plus tard, l'anniversaire de son ordination lui donnera l'occasion de prononcer de retentissants sermons à l'occasion de cette fête liturgique). Il célèbre sa première messe à Sainte Marie Majeure, marquant ainsi sa grande dévotion envers la Sainte Vierge. En 1931 il obtient les doctorats de philosophie et de théologie. Revenu au pays, il désire se lancer dans la pastorale, mais Mgr Bauer le retient à l'évêché pour différents services. Outre cela il se livre à des œuvres de charité. Il suggère à son évêque de fonder la "Caritas" à Zagreb. En 1934 il est chargé de créer le journal "Caritas". Dans son premier éditorial il écrit: "Nous voulons à travers l'amour et la charité promouvoir la gloire de Dieu. Et puisque notre but est élevé et notre intention pure, nous n'allons pas nous laisser déconcerter par des reproches venus de droite ou de gauche. Nous savons et ressentons parfaitement qu'aujourd'hui les temps sont très difficiles. Mais l'amour et la charité sont d'autant plus nécessaires que les temps sont difficiles". Ses activités multiples ne l'empêchent pas d'entretenir une profonde vie de prière. En 1934, Pie XI le nomme archevêque coadjuteur avec droit de succession. Il a 37 ans: c'est le plus jeune évêque du monde.

Le temps de son épiscopat se partage en deux périodes de durée à peu près égales: une période active, tant qu'il jouit de la liberté, et une période passive ou souffrante, lorsqu'il est en prison ou assigné à résidence. Dans la période active, qui dure 12 1/2  ans il s'occupe du clergé, des pauvres et visite les paroisses. Il prêche avec force, rappellant les 10 commandements, encourageant les prêtres, recommandant la fidélité au Pape, soutenant la famille chrétienne et sa fécondité; il intensifie l'apostolat des laïcs. Il redonne vie au sanctuaire marial de Marija Bristrica (qui deviendra sanctuaire national en 1971). Chaque année il s'y rend à pied en pèlerinage (50 km) jusqu'à ce que cela lui soit interdit en 1946. Après le décès de Mgr Bauer en 1937, il assure la responsabilité de l'archevêché. En 1941, en pleine guerre, les Oustachis - parti catholique extrémiste - instaurent l'"État indépendant de Croatie". Mgr Stepinac fête l'accession à l'indépendance par un "Te Deum", ce dont on lui fera grief plus tard. En ce temps de détresse il se fait le défenseur intrépide des pauvres, des opprimés, des personnes déplacées. Dès l'été 1942, il critique de plus en plus fortement les Oustachis. Il exige que les droits de tous soient respectés, quelle que soit leur appartenance religieuse, raciale ou ethnique. Il devient ainsi l'ennemi juré du gouvernement inféodé au IIIe Reich. Dans le célèbre sermon du Christ-Roi de l'année 1943, il dit que "l'Église catholique ne connaît pas de races qui dominent et d'autres qui sont esclaves"; et en finale il s'en prend à l'idolâtrie de l'État lorsqu'il déclare: "Notre prochain, peu importe son nom, n'est pas un rouage dans une machine l'État, qu'il soit coloré de rouge ou de noir, de gris ou de vert, mais c'est un enfant de Dieu qui est libre, notre frère en Dieu". Les Oustachis l'auraient mis à mort si la défaite allemande n'avait marqué la fin de leur pouvoir. Ils sont remplacés par les communistes en mai 1945: c'était tomber de Charybde en Scylla. La Croatie perd son autonomie, elle dépend à nouveau de la Yougoslavie. Une grande partie de l'élite du pays s'enfuit. Mgr Stepina déclare: "Je reste".

Commence alors la partie passive de son épiscopat qui dure un peu plus de 13 ans. En visite à Zagreb, Tito demande à Mgr Stepinac de créer une "Église nationale Croate", indépendante de Rome. Sur son refus, il est mis en état d'arrestation et de détention préventive. Des protestations s'élèvent, notamment celle de Pie XII et il est relâché. En septembre 1945 une lettre pastorale des évêques Yougoslaves, avec son nom en tête, rappelle à l'État sa promesse de respecter la liberté religieuse et la propriété privée. Cette lettre énergique ne fait qu'exacerber la persécution. Après une campagne orchestrée d'un an et demi avec des accusations et des calomnies, on intente un procès à Mgr Stepinac: "un bien triste procès" (Pie XII) dont l'issue est décidée d'avance. Il refuse de se défendre et de prendre un avocat. Par quatre fois, dans sa déposition, revient ce leitmotiv: "Notre [pluriel de majesté] conscience est propre et paisible". Pendant tout le procès, il fait preuve d'un calme imperturbable dont il s'étonne lui-même et qu'il attribue à la protection de la Sainte Vierge, 'l'Avocate de la Croatie'. On l'accuse de collaboration avec les Oustachis. En fait, derrière 'l'accusé Stepinac', expression ressassée une centaine de fois, personne n'est assez naïf pour ignorer que c'est le représentant de l'Église catholique en Yougoslavie qu'on vise. En l'attaquant c'est l'effet contraire qui se produit: "Aujourd'hui, déclare courageusement son vicaire général, Aloïs Stepinac est le personnage le plus aimé parmi le peuple Croate". Il est enfermé pendant 5 ans à la prison de Lepograva (1946-1951). Il dira plus tard: "Vous m'aviez tout pris, sauf une chose: la possibilité de lever comme Moïse les bras vers le ciel". Puis il est mis en résidence surveillée dans la cure de son village natal, à Krasic, "petit coin de liberté confinée", où il peut dire la messe, recevoir et écrire. Il encourage les prêtres à rester attachés à Rome. En janvier 1953 - surprise! - le détenu est nommé cardinal. "La pourpre cardinalice est le symbole du sang" remarque-t-il. L'État rompt les relations diplomatiques avec le Vatican… Jamais au cours des 15 dernières années de sa vie n'auront cessées les persécutions physiques ou morales. On dit même qu'il a été empoisonné lentement. Il meurt en 1960 sans avoir jamais fléchi dans sa volonté inflexible de pardon, mais sans avoir jamais cédé à la crainte, victime en définitive de son attachement au Saint Siège. L'État autorise le retour de son corps à Zagreb, triomphe populaire dans une attitude de douleur profonde et calme. A cette nouvelle, Jean XXIII célèbre une messe solennelle au Vatican.

Beaucoup plus tard, certains critiqueront son attitude en se basant sur les dépositions du procès communiste. Mais lorsque la Croatie accède de nouveau à l'indépendance (autoproclamation en 1991, reconnaissance par la communauté européenne en 1992), le parlement national croate, dès février 1992, vote à l'unanimité une déclaration condamnant le procès politique et les verdicts portés à l'encontre du cardinal. La cérémonie de béatification, le 3 octobre 1998 au sanctuaire de Marija Bistrica, a montré l'extraordinaire attachement au nouveau bienheureux et la ferveur d'un peuple à peine sorti de longues années de souffrance. Le Cardinal Stepinac est le plus illustre représentant de ces "innombrables martyrs et confesseurs, hommes et femmes de tous les âges, qui sont le fruit de cette terre bénie!" (Jean Paul II)

JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 7 Octobre 1998


1. De vendredi à dimanche dernier, j'ai effectué ma deuxième visite pastorale en Croatie. Alors que j'ai encore à l'esprit les images de ce pèlerinage, je désire m'arrêter brièvement avec vous sur sa signification, en le plaçant dans le contexte des événement historiques qui ont concerné non seulement la Croatie, mais l'Europe tout entière.

Je rends tout d'abord grâce à Dieu qui m'a permis de vivre cette expérience si intense. Ma pensée reconnaissante s'adresse ensuite aux très chers évêques de la Croatie, ainsi qu'à Monsieur le Président de la République, aux autres représentants des Autorités et à tous ceux qui ont rendu possible cette nouvelle rencontre entre le Successeur de Pierre et la nation croate, qui Lui a toujours été fidèle depuis plus de treize siècles.

Le thème de la visite faisait écho aux paroles que Jésus ressuscité adressa aux Apôtres: «Vous serez mes témoins» (Ac 1, 8). Ce pèlerinage était donc placé sous le signe du témoignage. Et c'est dans cette perspective que j'ai pu reparcourir en esprit presque deux mille ans d'histoire: des martyrs des persécutions romaines jusqu'à ceux du récent régime communiste: de saint Domnius, Evêque de Salone, antique Siège primatial, au Cardinal Alojzije Stepinac, Archevêque de Zagreb, dont la béatification a représenté le moment culminant de mon séjour croate. Cet acte liturgique solennel a ainsi été mis en relief, sur l'arrière-plan d'événements historiques remontant à la Rome antique, lorsque le pays n'était pas encore habité par les Croates.

L'autre temps fort de mon voyage apostolique a été la célébration du 1700 anniversaire de la ville et de l'Eglise de Split. Ces deux moments ont été accompagnés par un pèlerinage marial: tout d'abord au Sanctuaire national de Marija Bistrica, puis à celui de la Madone de l'Ile, à Salone, le plus ancien sanctuaire consacré à la Vierge en Croatie. Ce fait est très significatif. En effet, quand un peuple connaît l'heure de la passion et de la croix, il ressent plus fort que jamais le lien avec la Mère du Christ, et Elle devient un signe d'espérance et de réconfort. Cela a été le cas pour ma patrie, la Pologne; cela a été le cas pour la Croatie, ainsi que pour chaque nation chrétienne durement éprouvée par les événements historiques.

2. In Te, Domine, speravi; telle était la devise du Cardinal Alojzije Stepinac, sur la tombe duquel j'ai prié dès mon arrivée à Zagreb. Sa figure résume toute la tragédie qui a frappé l'Europe au cours de ce siècle, marqué par les grands maux du fascisme, du nazisme et du communisme. En lui resplendit dans sa plénitude la réponse catholique: foi en Dieu, respect de l'homme, amour envers tous confirmé dans le pardon, unité avec l'Eglise guidée par le Successeur de Pierre.

La cause de la persécution et du procès-farce monté contre lui, fut son ferme refus face aux insistances du régime pour qu'il se sépare du Pape et du Siège apostolique et qu'il se place à la tête d'une «Eglise nationale croate». Il préféra rester fidèle au Successeur de Pierre. C'est pourquoi il fut calomnié, puis condamné.

Dans sa béatification, nous reconnaissons la victoire de l'Evangile du Christ sur les idéologies totalitaires; la victoire des droits de Dieu et de la conscience sur la violence et les abus de pouvoir; la victoire du pardon et de la réconciliation sur la haine et la vengeance. Le bienheureux Stepinac constitue ainsi le symbole de la Croatie qui veut pardonner et se réconcilier, en purifiant la mémoire de la rancœur et en vainquant le mal par le bien.

3. Depuis longtemps, je désirais me rendre en personne au célèbre sanctuaire de Marija Bistrica. La Providence a fait en sorte que cela se réalise à l'occasion de la béatification du Cardinal Alojzije Stepinac. Dès les débuts de son épiscopat, il guida personnellement chaque année, à pied, le pèlerinage votif de la ville de Zagreb à ce sanctuaire, situé à 50 kilomètres environ de la capitale, jusqu'à ce que les autorités communistes n'interdisent tout type de manifestation religieuse.

La statue de bois antique et vénérée de la Madone à l'Enfant, que les fidèles furent obligés de cacher au cours du XVI siècle, lors de l'invasion ottomane, pour la préserver du sacrilège et de la destruction, représente en un certain sens l'histoire difficile du peuple croate pendant plus de mille trois cents ans. La béatification du Cardinal Stepinac dans ce sanctuaire, et la visite le lendemain à Split, se détachent ainsi sur l'arrière-plan d'événements qui remontent aux temps antiques, lorsque la ville appartenait à l'empire romain.

Dans le centre de la ville actuelle de Split, qui comprend l'antique Siège épiscopal de Salone, se trouvent le palais et le mausolée de l'empereur Dioclétien, qui fut sans doute le plus cruel persécuteur des chrétiens. Mais voici que, quelques siècles plus tard, le mausolée fut transformé en cathédrale et, dans ses murs, furent placées les reliques de saint Domnius, Evêque de Salone et martyr. Je me suis recueilli en prière devant son urne, en reparcourant en esprit l'ample perspective historique qui s'étend depuis l'époque de Dioclétien jusqu'aux événements de notre siècle, marqué par des persécutions tout aussi féroces, mais également illustré par des figures de martyrs tout aussi splendides que celles de l'antiquité.

4. A Salone, où s'élève le sanctuaire marial consacré à la Madone de l'Ile, se trouvent les plus anciens vestiges du christianisme dans la région. C'est précisément là que j'ai voulu rencontrer les catéchistes, les professeurs et les membres des associations et mouvements ecclésiaux, des jeunes pour la plupart: auprès des vestiges des racines chrétiennes, nous avons prié pour l'avenir de l'Eglise et de l'évangélisation.

Les vastes domaines dans lesquels travailler sont surtout ceux de la famille, de la vie et des jeunes, comme je l'ai rappelé lors de la rencontre avec les membres de la Conférence épiscopale croate. Dans chacun de ces domaines, les chrétiens sont appelés à apporter un témoignage de cohérence évangélique dans les choix personnels et collectifs. La guérison des blessures de la guerre, l'édification d'une paix juste et stable et, surtout, le rétablissement des valeurs morales minées par les précédents régimes totalitaires, exigent un travail long et patient, pour lequel il est nécessaire de faire sans cesse référence au patrimoine spirituel hérité des pères.

La figure du bienheureux Alojzije Stepinac constitue pour tous un point de référence vers lequel se tourner pour en tirer inspiration et soutien. A travers sa béatification nous a été révélée, se détachant au cours des siècles, cette lutte entre l'Evangile et l'anti-Evangile qui parcourt l'histoire. Le martyr de notre temps, dont les plus âgés se souviennent encore, est ainsi élevé au rang de grand symbole de ce combat: depuis la formation sur les ruines de l'empire romain d'une nouvelle société et l'arrivée des Croates sur les rives de la mer Adriatique, à travers les temps difficiles de la domination ottomane, jusqu'à notre siècle troublé et dramatique, l'Eglise à toujours fait face aux défis du mal, en annonçant avec une force courageuse la parole de l'Evangile.

Pendant plus de treize siècles, les Croates, ayant accueilli cette Parole et reçu le Baptême, ont conservé leur fidélité au Christ et à l'Eglise, la confirmant au seuil du troisième millénaire. La personne de l'Archevêque de Zagreb, le bienheureux martyr Alojzije Stepinac en est le témoin! Sa figure rejoint celle des martyrs antiques: contrairement aux intentions de Dioclétien, les persécutions des premiers siècles consolidèrent la présence de l'Eglise dans le monde antique. Prions le Seigneur afin que, par l'intercession de la Vierge Marie, Advocata Croatiae, Mater fidelissima, les persécutions des temps modernes soient à l'origine d'une nouvelle floraison de la vie ecclésiale en Croatie et dans le monde entier.

* * *

Je salue les pèlerins francophones présents à cette audience, et je leur accorde à tous de grand cœur la Bénédiction apostolique.

© Copyright - Libreria Editrice Vaticana



Bienheureux Aloïs Stepinac

« Nous voulons à travers l'amour et la charité promouvoir la gloire de Dieu »

1898-1960

Fête le 10 février

Alois Stepinac naît en 1898 à Krazic, petit village rattaché à la paroisse de Brezaric, non loin de Zagreb. Il est le cinquième enfant d'une famille qui en compte huit. Son père s'est remarié et lui, est issu du second lit. C'est une famille profondément catholique de cette terre de Croatie imprégnée de christianisme. En 1916, après avoir passé son baccalauréat, il ne fait pas comme plusieurs autres de son âge qui, en ce temps de guerre, rentrent au séminaire sans vocation pour échapper au service militaire. Il sert dans l'armée autrichienne comme officier. En 1918 il est fait prisonnier par les Italiens, mais il est assez vite relâché. Vers la fin de la guerre, il s'engage comme volontaire sur le front de Salona (Solin) ce qui était alors l'option de nombreux jeunes Croates mécontents de la place de la Croatie dans la monarchie austro-hongroise. Démobilisé à la fin de 1919, il s'inscrit à la faculté d'agronomie de Zagreb, mais déçu par le manque de moralité des étudiants, il retourne travailler dans le domaine paternel. Il fait de l'action catholique pour jeunes et songe au mariage. Depuis longtemps, il pense aussi au sacerdoce mais il tergiverse longuement, se rappelant certains mauvais exemples dont il a été le témoin à l'armée. Au demeurant, même en cette période, la religion continue à être, comme autrefois, son guide et sa consolation. D'ailleurs, dès sa plus tendre enfance, il est soutenu par les prières de sa mère et il jouit des conseils de son confesseur et du soutien d'un ancien professeur, prêtre.

En 1924, il se décide pour le sacerdoce. Son évêque, Mgr Bauer, l'envoie au Collège "Germanicum - Hungaricum" de Rome. En 1930 il est ordonné prêtre le jour du Christ-Roi. (Plus tard, l'anniversaire de son ordination lui donnera l'occasion de prononcer de retentissants sermons à l'occasion de cette fête liturgique). Il célèbre sa première messe à Sainte Marie Majeure, marquant ainsi sa grande dévotion envers la Sainte Vierge. En 1931 il obtient les doctorats de philosophie et de théologie. Revenu au pays, il désire se lancer dans la pastorale, mais Mgr Bauer le retient à l'évêché pour différents services. Outre cela il se livre à des œuvres de charité. Il suggère à son évêque de fonder la "Caritas" à Zagreb. En 1934 il est chargé de créer le journal "Caritas". Dans son premier éditorial il écrit: "Nous voulons à travers l'amour et la charité promouvoir la gloire de Dieu. Et puisque notre but est élevé et notre intention pure, nous n'allons pas nous laisser déconcerter par des reproches venus de droite ou de gauche. Nous savons et ressentons parfaitement qu'aujourd'hui les temps sont très difficiles. Mais l'amour et la charité sont d'autant plus nécessaires que les temps sont difficiles". Ses activités multiples ne l'empêchent pas d'entretenir une profonde vie de prière. En 1934, Pie XI le nomme archevêque coadjuteur avec droit de succession. Il a 37 ans: c'est le plus jeune évêque du monde.

Le temps de son épiscopat se partage en deux périodes de durée à peu près égales: une période active, tant qu'il jouit de la liberté, et une période passive ou souffrante, lorsqu'il est en prison ou assigné à résidence. Dans la période active, qui dure 12 1/2  ans il s'occupe du clergé, des pauvres et visite les paroisses. Il prêche avec force, rappellant les 10 commandements, encourageant les prêtres, recommandant la fidélité au Pape, soutenant la famille chrétienne et sa fécondité; il intensifie l'apostolat des laïcs. Il redonne vie au sanctuaire marial de Marija Bristrica (qui deviendra sanctuaire national en 1971). Chaque année il s'y rend à pied en pèlerinage (50 km) jusqu'à ce que cela lui soit interdit en 1946. Après le décès de Mgr Bauer en 1937, il assure la responsabilité de l'archevêché. En 1941, en pleine guerre, les Oustachis - parti catholique extrémiste - instaurent l'"État indépendant de Croatie". Mgr Stepinac fête l'accession à l'indépendance par un "Te Deum", ce dont on lui fera grief plus tard. En ce temps de détresse il se fait le défenseur intrépide des pauvres, des opprimés, des personnes déplacées. Dès l'été 1942, il critique de plus en plus fortement les Oustachis. Il exige que les droits de tous soient respectés, quelle que soit leur appartenance religieuse, raciale ou ethnique. Il devient ainsi l'ennemi juré du gouvernement inféodé au IIIe Reich. Dans le célèbre sermon du Christ-Roi de l'année 1943, il dit que "l'Église catholique ne connaît pas de races qui dominent et d'autres qui sont esclaves"; et en finale il s'en prend à l'idolâtrie de l'État lorsqu'il déclare: "Notre prochain, peu importe son nom, n'est pas un rouage dans une machine l'État, qu'il soit coloré de rouge ou de noir, de gris ou de vert, mais c'est un enfant de Dieu qui est libre, notre frère en Dieu". Les Oustachis l'auraient mis à mort si la défaite allemande n'avait marqué la fin de leur pouvoir. Ils sont remplacés par les communistes en mai 1945: c'était tomber de Charybde en Scylla. La Croatie perd son autonomie, elle dépend à nouveau de la Yougoslavie. Une grande partie de l'élite du pays s'enfuit. Mgr Stepina déclare: "Je reste".

Commence alors la partie passive de son épiscopat qui dure un peu plus de 13 ans. En visite à Zagreb, Tito demande à Mgr Stepinac de créer une "Église nationale Croate", indépendante de Rome. Sur son refus, il est mis en état d'arrestation et de détention préventive. Des protestations s'élèvent, notamment celle de Pie XII et il est relâché. En septembre 1945 une lettre pastorale des évêques Yougoslaves, avec son nom en tête, rappelle à l'État sa promesse de respecter la liberté religieuse et la propriété privée. Cette lettre énergique ne fait qu'exacerber la persécution. Après une campagne orchestrée d'un an et demi avec des accusations et des calomnies, on intente un procès à Mgr Stepinac: "un bien triste procès" (Pie XII) dont l'issue est décidée d'avance. Il refuse de se défendre et de prendre un avocat. Par quatre fois, dans sa déposition, revient ce leitmotiv: "Notre [pluriel de majesté] conscience est propre et paisible". Pendant tout le procès, il fait preuve d'un calme imperturbable dont il s'étonne lui-même et qu'il attribue à la protection de la Sainte Vierge, 'l'Avocate de la Croatie'. On l'accuse de collaboration avec les Oustachis. En fait, derrière 'l'accusé Stepinac', expression ressassée une centaine de fois, personne n'est assez naïf pour ignorer que c'est le représentant de l'Église catholique en Yougoslavie qu'on vise. En l'attaquant c'est l'effet contraire qui se produit: "Aujourd'hui, déclare courageusement son vicaire général, Aloïs Stepinac est le personnage le plus aimé parmi le peuple Croate". Il est enfermé pendant 5 ans à la prison de Lepograva (1946-1951). Il dira plus tard: "Vous m'aviez tout pris, sauf une chose: la possibilité de lever comme Moïse les bras vers le ciel". Puis il est mis en résidence surveillée dans la cure de son village natal, à Krasic, "petit coin de liberté confinée", où il peut dire la messe, recevoir et écrire. Il encourage les prêtres à rester attachés à Rome. En janvier 1953 - surprise! - le détenu est nommé cardinal. "La pourpre cardinalice est le symbole du sang" remarque-t-il. L'État rompt les relations diplomatiques avec le Vatican… Jamais au cours des 15 dernières années de sa vie n'auront cessées les persécutions physiques ou morales. On dit même qu'il a été empoisonné lentement. Il meurt en 1960 sans avoir jamais fléchi dans sa volonté inflexible de pardon, mais sans avoir jamais cédé à la crainte, victime en définitive de son attachement au Saint Siège. L'État autorise le retour de son corps à Zagreb, triomphe populaire dans une attitude de douleur profonde et calme. A cette nouvelle, Jean XXIII célèbre une messe solennelle au Vatican.

Beaucoup plus tard, certains critiqueront son attitude en se basant sur les dépositions du procès communiste. Mais lorsque la Croatie accède de nouveau à l'indépendance (autoproclamation en 1991, reconnaissance par la communauté européenne en 1992), le parlement national croate, dès février 1992, vote à l'unanimité une déclaration condamnant le procès politique et les verdicts portés à l'encontre du cardinal. La cérémonie de béatification, le 3 octobre 1998 au sanctuaire de Marija Bistrica, a montré l'extraordinaire attachement au nouveau bienheureux et la ferveur d'un peuple à peine sorti de longues années de souffrance. Le Cardinal Stepinac est le plus illustre représentant de ces "innombrables martyrs et confesseurs, hommes et femmes de tous les âges, qui sont le fruit de cette terre bénie!" (Jean Paul II). L'on peut voir son corps incorrompu, conservé et vénéré en la Cathédrale de Zagreb.



Mgr Stepinac lors de son procès en 1946.

Bienheureux Aloÿs Stepinac
   Aloÿs ( Aloisius en latin, Alojzije en croate ) Victor Stepinac ( prononcer Stepinatz ) naquit le 8 mai 1898 à Krasic, non loin de Zagreb. Il était donc sujet austro-hongrois de l' Empereur François-Joseph.

Né dans une famille de paysans croates aisés, il était le cinquième de huit enfants. Il fit ses études au gymnase ( lycée ) de Zagreb de 1909 à 1916. Il fut appelé ensuite comme conscrit dans l' armée austro-hongroise, pour combattre sur le front italien, où il devint lieutenant.


Il fut prisonnier par les Italiens en juillet 1918. En novembre, la Croatie, la Slovénie et la Bosnie furent agrégées au royaume de Serbie, allié aux Occidentaux, sous la couronne de Pierre Ier. Ce fut la naissance de la Yougoslavie. Il fut libéré en décembre et s' engagea dans la légion yougoslave sur le front de Salonique, où il fut décoré. Démobilisé au printemps 1919, il s' inscrivit à l' université d' agronomie de Zagreb qu' il quitta au bout d' un semestre pour aider son père dans l' exploitation familiale.

En 1924, il partit pour Rome étudier à l' Institut Germanicum, vivier de vocations des anciens sujets austro-hongrois. Il suivit aussi des cours à la Grégorienne. Il fut lauréat de philosophie en 1927, et de théologie en 1931. Il fut ordonné prêtre en janvier 1930.

Revenu en Yougoslavie en 1931, il devint curé de paroisse à Zagreb, puis coadjuteur de l' archevêque en 1934. En 1937, il succéda à Mgr Bauer comme archevêque de Zagreb.

Entre 1941 et 1945, un nouvel Etat indépendant de Croatie fut créé, auquel le jeune archevêque fut favorable. En effet, les populations croates - catholiques - qui avaient vécu sous la monarchie catholique autrichienne avaient été réticentes par rapport à la couronne de la dynastie orthodoxe serbe. Rapidement, le régime des Oustachis de Croatie, dirigé par Ante Pavelic ( prononcer Pavélitch ) se radicalisa. Le soutien de Mgr Stepinac à un Etat indépendant pour les Croates lui fut depuis toujours reproché par les Occidentaux, qui ne voulaient pas de regain de nationalisme dans les Balkans - d' autant plus que le régime de Pavelic allait entrer dans l' orbite idéologique du IIIème Reich. 

Cependant, Mgr Stepinac, s' il était fidèle à ce nouvel Etat, réalisa que le régime croate se laissait séduire par les pseudo-théories raciales des hitlériens. Il adressa de nombreuses requêtes pour sauver les Juifs et les Gitans de la déportation. Le 24 octobre 1942, il déclara dans une homélie : 

" Tous les hommes et toutes les race sont les enfants de Dieu, tous sans distinction. Ceux qui sont Gitans, Noirs, Européens ou Aryens ont le même droit de dire NOTRE PERE QUI ETES AUX CIEUX.

Pour cette raison, l' Eglise catholique a toujours condamné, et condamne toujours, toute injustice et violence au nom des théories de classe, de race ou de nationalité. Il n' est pas possible de persécuter les Gitans et les Juifs, parce qu' ils sont supposés être de race inférieure. "

Vis-à-vis de la minorité serbe, dont certains furent obligés par la pression politique de se convertir au catholicisme, il eut une position moins tranchée ; mais déclara qu' après la barbarie de la seconde guerre mondiale, chacun allait revenir dans son Eglise, sauf ceux qui s' étaient réellement convertis. Le régime fasciste oustachi massacra de nombreux orthodoxes, accusés d' être pro-serbes. En 1941, Mgr Stepinac protesta contre le sort fait aux Serbes.

Après la libération de la Yougoslavie, Mgr Stepinac fut arrêté par le nouveau régime, le 17 mai 1945 jusqu' au 3 juin suivant. Le régime communiste de Tito ( 1892-1984 ), dans l' orbite de l' URSS, voulait que l' Eglise catholique croate se sépare de Rome, afin de créer une Eglise nationale serbo-croate. Bien sûr, Mgr Stepinac refusa le schisme. Le 22 juin suivant les évêques catholiques envoyèrent un message aux autorités pour dénoncer les assassinats de nombreux prêtres - plus de 350 - par les Partisans yougoslaves. Tito recula, mais les biens d' Eglise furent confisqués, l' enseignement religieux interdit. Ce fut le début d' une persécution sourde qui allait s' intensifier dans toute l' Europe de l' Est, soumise de plus en plus à l' influence de Staline.

Si le régime titiste allait se démarquer de l' URSS, il n' en demeurait pas moins que l' Eglise était considérée comme l' ennemie du nouveau régime. Ennemie, car concurrente dans la la direction des âmes et hostile à une explication matérialiste et athée de l' existence humaine. Il fallait frapper le catholicisme croate. Tito demanda , en janvier 1946, que l' on déplaçât Mgr Stepinac à Rome, mais le Saint-Siège refusa.

L' archevêque de Zagreb fut donc arrêté en septembre 1946. Un bruyant procès spectacle avec de faux témoignages et de fausses accusations fut donc organisé pour discréditer le bienheureux archevêque et à travers lui l' Eglise et Pie XII, détesté par les communistes. Ce procès fut l' un de ceux d' une longue série qui eurent lieu dans TOUS les pays d' Europe de l' Est, pendant ces années...En octobre, il fut condamné à seize ans de travaux forcés. En 1951, après cinq ans de prison à Lepoglava, il fut assigné à résidence, car le maréchal Tito cherchait à donner des gages à l' Occident et à s' engager dans une voie communiste différente de celle de l' URSS.

L' archevêque refusa encore de s' exiler à Rome, comme le souhaitait le maréchal " Mon devoir est de rester avec mon peuple en ces temps difficiles."
Il fut nommé cardinal en novembre 1952 par Pie XII, et reçut la barrette au consistoire de janvier 1953. Préoccupé de son sort, ainsi que celui de nombreux autres évêques en pays communistes, Pie XII avait toujours été proche de Mgr Stepinac. La Yougoslavie, en représailles, rompit ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Le sort de l' Eglise catholique en Yougoslavie était devenu dès lors encore plus malheureux.

En 1953, le Cardinal Stepinac fut atteint de polycéthymie. Il mourut d' une thrombose, le 10 février 1960. Il fut enterré dans la cathédrale de Zagreb.

En 1992, le nouveau régime de la Croatie indépendante condamna le procès de Mgr Stepinac.
En 1998, le Pape Jean-Paul II béatifia le cardinal Stepinac.




La Croix, 3/10/1998


REFLEXION

Les protestations du cardinal Stepinac

Les soupçons de collaboration de l'archevêque de Zagreb avec le régime oustachi pendant la guerre ne sont pas fondés.


par Georges-Marie Chenu, 


ancien ambassadeur de France en Croatie.


La béatification par le Pape du cardinal Stepinac, archevêque de Zagreb durant la Seconde Guerre mondiale, suscite en France des réactions contrastées. « Figure emblématique de la résistance croate au fascime et au communisme » pour les uns, le prélat mort en résidence surveillée en 1960 est accusé par d'autres, au mieux de « complicité passive » avec « le génocide de centaines de milliers de Serbes, juifs et Tsiganes par le régime oustachi ». A Paris, le bureau européen du centre Wiesenthal a demandé au Saint-Père de suspendre sa décision jusqu'aux conclusions d'une enquête impartiale comportant accès aux archives vaticanes.

Les recherches historiques sur la Yougoslavie royale puis communiste de 1919 à 1991 étant peu développées en France, c'est aux historiens anglo-saxons qu'il faut s'adresser pour savoir si Alojzije Stepinac a soutenu l'Etat indépendant croate _ mis en place en avril 1941 par l'Axe et dirigé par Ante Pavelic _, s'il a encouragé les conversions forcées des orthodoxes et fermé les yeux sur des crimes fascistes.

Au contraire, les faits montrent que l'archevêque de Zagreb n'est pas resté passif. Dès l'adoption, en avril 1941, d'une législation anti-serbe et anti-juive, il protesta par écrit auprès du ministre de l'intérieur. Après le premier massacre collectif de Serbes, il écrivit son indignation à Pavelic (mai 1941). En novembre, la Conférence des évêques dénonça la procédure des conversions collectives. 

Les démarches écrites étant sans effet _ notamment une lettre à Pavelic de juillet 1941 sur les déportations de Serbes _, l'archevêque fit connaître son hostilité à l'action du gouvernement dans des sermons, prononcés le plus souvent dans sa cathédrale, à partir de mai 1942 et ensuite à de nombreuses occasions. Des extraits de ses homélies (contre « l'ordre nouveau », les « discriminations raciales », etc.), qui ont peu d'équivalents en Europe occupée, furent repris par les partisans et diffusés par la radio de Londres. Pourquoi Mgr Stepinac n'a-t-il pas rompu avec éclat avec un régime qu'il condamnait ? A l'envoyé du gouvernement en exil, Stanislav Rapotec, l'archevêque répondit, en avril 1942, que « s'il l'avait fait, il n'aurait plus été capable d'aider qui que ce soit ». « Il connaissait les terribles représailles des oustachis. En août 1941, le chanoine Lontchar, qui expliquait aux curés l'opposition des évêques aux conversions forcées, fut condamné à mort : il fut sauvé par le représentant du Saint-Siège à Zagreb auprès de la hiérarchie catholique et non pas de Pavelic. 

Ayant choisi de résister au sein des institutions, Mgr Stepinac participa jusqu'à la fin à une vie protocolaire mais en « commandeur » qui, chaque fois qu'il pouvait s'exprimer, rappelait les principes dont devaient s'inspirer des responsables se disant chrétiens. Choix délicat et risqué, propre à entretenir des ambiguïtés. Mgr Stepinac était pour un Etat croate mais pas pour un régime oustachi ! 

En aucun cas on ne peut s'appuyer sur sa condamnation à seize ans de travaux forcés, en octobre 1946, pour prétendre que Mgr Stepinac a collaboré avec Pavelic qui, d'ailleurs, le détestait. Ce fut un procès politique destiné à ruiner l'autorité d'un prélat qui refusait une Eglise croate indépendante de Rome proposée par Tito en juin 1945 et qui condamnait très fort l'athéisme d'Etat. L'accusation brandit un faux et écarta des témoins en mesure de prouver que le prévenu avait sauvé des milliers de vies humaines, notamment juives et serbes. 

Notre ignorance de l'histoire contemporaine des Balkans est si grande, les clichés si tenaces, les passions si fortes, qu'une recherche historique collective est indispensable. Mais à la condition d'être scientifique, c'est-à-dire d'être conduite hors des pressions, de porter aussi sur l'avant-guerre ainsi que tous les acteurs, et non pas sur une seule personnalité et une seule communauté, et enfin d'accéder à toutes les archives. Sont en jeu des événements qui ont broyé des centaines de milliers d'êtres humains, l'honneur d'un homme, la vérité et la justice. 

A propos de Mgr Stepinac, on doit écouter un témoin français. Le jour de la fête du Christ-Roi, en octobre 1942, l'archevêque, du haut de sa chaire, « avait flétri la doctrine nationale-socialiste en matière de race ». Le 6 novembre, Georges Geyraud, notre consul général à Zagreb, envoya à Vichy ce commentaire : « Cette expression solennelle de la réprobation qu'inspire à Mgr Stepinac le régime, s'ajoute aux protestations et représentations que le jeune et intrépide archevêque de Zagreb, au risque de représailles contre sa personne, multiplie auprès des pouvoirs publics. » (Archives du Quai d'Orsay.) Mgr Stepinac est accusé par les uns de complicité avec le régime oustachi pro-nazi, tandis que d'autres affirment qu'il a sauvé des milliers de vies humaines, notamment juives et serbes.


La Croix, 06/10/1998


MIDI MOINS SEPT 

« Mgr Stepinac avait condamné le racisme des oustachis ».

Le rôle de l'archevêque de Zagreb entre 1941 et 1945 fait l'objet de trop de simplifications.


INVITE : Joseph Krulic, Historien.



Bruno Frappat : La visite de Jean-Paul II en Croatie et la béatification du cardinal Stepinac suscitent des controverses. Pouvez-vous resituer l'histoire récente de ce pays de 4,8 millions d'habitants ? 


Joseph Krulic : La Croatie a proclamé son indépendance en juin 1991. Elle a connu une guerre très dure pendant sept mois en 1991-1992 et, à la suite d'un nouveau conflit, a récupéré en août 1995 la totalité de son territoire. Ce qui caractérise les Croates, dans l'ensemble des peuples de langue serbo-croate, c'est le rattachement à la catholicité. 



_ Avec l'affaire Stepinac, on a l'impression, si on lit la presse française, que Jean-Paul II s'est mis dans un mauvais pas. Il aurait béatifié un « collabo », un archevêque proche des nazis... 


_ Mgr Stepinac a sûrement été béatifié pour son rôle de martyr après 1945, plus que pour son rôle antérieur. En mai 1945, les partisans communistes de Tito entrent à Zagreb mais c'est en septembre que le cardinal Stepinac est emprisonné : il avait été reçu par Tito qui lui avait demandé de créer une Eglise nationale séparée du Saint-Siège. Il avait refusé. Mgr Stepinac et les autres évêques croates publièrent une lettre critiquant la politique du régime sur la liberté religieuse, la confiscation des biens ecclésiastiques, les persécutions, les meurtres de prêtres, etc. 


_ C'est à la suite de cela qu'il est condamné 


_ Il ne recouvrera jamais la pleine liberté. Il quittera sa prison de Leplogova _ où Tito avait lui-même été emprisonné avant guerre _ au début de 1952 et sera nommé cardinal par Pie XII. Il restera en résidence surveillée dans son village natal jusqu'à sa mort, en 1960. 


_ Quel a été son comportement lorsque la Croatie vivait sous le régime fasciste des oustachis ? 


_ Contrairement à ce qui est dit parfois, Stepinac a critiqué en privé, et par des lettres, le dictateur Pavelic qui, lui-même, le détestait. A deux occasions au moins, le 25 octobre 1942 et le 14 mars 1943, en chaire, à la cathédrale de Zagreb, il a condamné la politique raciste à l'égard des juifs et des Tsiganes. Il est vrai que le mot Serbe ne figure pas dans ces sermons. Ses propos avaient été cités par la BBC, ce qui mit en rage des dirigeants oustachis.


_ Le voyage de Jean-Paul II peut-il faciliter la réconciliation des communautés ? 


_ Avec la communauté juive de Zagreb, la réconciliation est en grande partie faite, y compris grâce à des initiatives du président croate : il a présenté quasiment des excuses publiques pour la période 1941-1945. Avec les Serbes, la réconciliation est beaucoup plus difficile. Il n'est pas évident qu'ils comprennent la béatification du cardinal Stepinac.



Ladislav Gradečak. Aloysius Stepinac

La Croix, 06/10/1998


BÉATIFICATION

Jean-Paul II en Croatie 


Samedi 3 octobre, une foule émue a assisté à la béatification du cardinal Stepinac. Le Pape n'a pas évoqué les polémiques autour du cardinal et de la seconde guerre mondiale. Il a placé sa béatification sous le signe de la fidélité à l'unité de l'Église.

MARIJA BISTRICA, SPLIT 

Guillaume Goubert, envoyé spécial.

Pour l'immense majorité des catholiques croates, la sainteté du cardinal Alojzije Stepinac ne fait aucun doute. C'est devant une foule émue que Jean-Paul II, samedi matin au sanctuaire marial de Marija Bistrica, a béatifié l'ancien archevêque de Zagreb, mort en 1960 alors qu'il était en résidence surveillée, quatorze ans après avoir été condamné comme « traître et ennemi de la patrie » par le régime communiste yougoslave. 

Hors de Croatie, le cardinal Stepinac ne fait pas la même unanimité. Du côté de la Serbie et de certaines associations juives, on met en cause son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale. On l'accuse d'avoir été complice des déportations, des exécutions et des conversions forcées de Serbes et de juifs menées par le régime oustachi, inféodé à l'Allemagne nazie, et qui proclama l'indépendance de la Croatie en 1941. 

Jean-Paul II n'a pas voulu, à l'occasion de cette béatification, engager un travail de purification de la mémoire sur les responsabilités qui furent celles de catholiques croates dans les exactions d'alors. Ce qui, d'une certaine façon, l'a empêché de rappeler _ pour défendre sa mémoire _ ce que fit le cardinal Stepinac face aux crimes du régime oustachi. 


« Il n'a pas eu peur des chaînes » 


En effet, l'archevêque de Zagreb qui avait initialement approuvé, en 1941, la création de l'Etat indépendant de Croatie, ne resta pas inerte vis-à-vis des autorités. Il dénonça en chaire ce que subissaient juifs et Serbes. Il donna des instructions à son clergé pour sauver des vies (voir nos éditions du 3 octobre). 

Tout cela, Jean-Paul II ne l'a évoqué qu'implicitement dans son homélie de la messe de béatification : « En la personne du nouveau bienheureux, se résume, pour ainsi dire, toute la tragédie qui a frappé les populations croates au cours de ce siècle marqué par les trois grands maux du fascisme, du nazisme et du communisme. (...) Significatives, à cet égard, sont les paroles que le nouveau bienheureux prononça en 1943, durant le second conflit mondial lorsque l'Europe se trouvait prise dans l'étau de violences inouïes : « Quel système soutient aujourd'hui l'Eglise catholique alors que le monde entier est en train de combattre pour un nouvel ordre mondial ? En condamnant les injustices, tous les massacres d'innocents, les incendies de villages pacifiques, la destruction du travail des pauvres, nous répondons : l'Eglise soutient ce système qui est aussi vieux que les dix commandements de Dieu. Nous sommes pour le système (...) qui a été inscrit par le doigt du Dieu vivant dans la conscience des hommes. » 

Pour Jean-Paul II, le message essentiel du cardinal Stepinac qui a conduit à sa béatification tient en son engagement pour l'indépendance et l'unité de l'Eglise. Rendant hommage à celui qui refusa de prendre la tête d'une Eglise nationale comme le lui demandait le régime titiste, le Pape déclarait dimanche à Split : « Il a accompli sa mission d'évangélisateur en souffrant pour l'Eglise et il a scellé par la mort son message de foi. Il a préféré la prison à la liberté pour défendre la liberté et l'unité de l'Eglise. Il n'a pas eu peur des chaînes afin que ne soit pas enchaînée la parole de l'Evangile. »

G. G.


Blessed Aloysius Stepinac, Cardinal M (AC)
(also known as Louis or Alojzije of Zagreb)


Born at Brezaric near Krasic, Croatia, on May 


8, 1898; died at Krasic, on February 10, 1960; beatified on October 3, 1998, by Pope John Paul II at the Marian shrine of Marija Bistrica.

Aloysius Stepinac, the eighth of 12 children of a peasant family, was always the special object of his mother's prayers to he might be ordained. In 1916, he was conscripted into the Austro-Hungarian army and fought on the Italian front until he was taken prisoner. Upon his return to civilian life in 1919, Stepinac entered the University of Zagreb to study agriculture, but soon recognized his call to the priesthood. In 1924, he was sent to Rome for his seminary studies leading to his ordination on October 26, 1930.

He returned to Zagreb in July 1931 with doctorates in theology and philosophy. Soon afterwards, Stepinac was chosen to become secretary to Archbishop Antun Bauer. On June 24, 1934, he was nominated as coadjutor to the Archbishop of Zagreb. After this nomination, Stepinac stated: "I love my Croatian people and for their benefit I am ready to give everything, as well as I am ready to give everything for the Catholic Church." After Bauer's death on December 7, 1937, Stepinac became the Archbishop of Zagreb. He took as his motto, "In You, O Lord, I take refuge!" (Psalm 31:1), which was the inspiration for his service to the Church.

During the Second World War, Stepinac never turned his back on the refugees, or the prosecuted. His door was always open not only for Croatians, but also Jews, Serbs, and Slovenes that needed his help. Stepinac always stood for political freedom and fundamental rights, and he always advocated the rights of the Croatian people. Stepinac wanted Croatia to be a country of God.

At the end of the war, Stepinac was found guilty of collaborating with the Nazis at a mock trial. He was convicted and sentenced sixteen years' hard labour on October 11, 1946. At his trial when his life was on the line, Stepinac asked his communist prosecutors: ". . . every nation has the right to independence, then why should it be denied to the Croatians?" He spent five years in the prison of Lepoglava, 1,864 days in hard labor, and, in 1951, Tito's government released him and confined him to the village of Krasic.

Even though he was forbidden by the government to resume his duties, Stepinac was created cardinal by Pope Pius XII on January 12, 1953. He died under house arrest from the many illnesses he contracted while in prison and was buried three days later behind the main altar in the cathedral in Zagreb. One story reported that poison was found in his bones

In 1985, his trial prosecutor Jakov Blazevic publically admitted that Stepinac was framed; he was prosecuted because of the regime's hatred of religion and Stepinac's loyalty to the Holy See.
Without a doubt, Cardinal Aloysius Stepinac is one of the greatest Croatian patriots of the 20th century. He spent his entire life serving God and the Croatian people, demonstrating the importance of faith, charity and virtue (Savor).
SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0210.shtml

Cardinal Alojzije Stepinac - biography
History always balances its accounts. For years the Communists endeavoured to separate Croat Catholics from the Pope. They used all means to sever Church unity: vane pledges and threats; bribery and murder; trickery and torture.

The focal point in that artificial conglomeration, Yugoslavia, and other satellite countries to Moscow - was identical: the communist notion of the state must not allow the existence of any "alien powers" on its territory, much less that these "powers" be somehow tied to "foreign" or "supra-national institutions". What disturbed the communist dream most were the tight ties of local Churches with the Pope.

In Tito's Yugoslavia, that Yugoslavia where communism had a "human face", Stepinac was arrested in 1946, sentenced during a shameful trial, imprisoned and detained until his death (10 February 1960) because his response to those communist efforts was calm and firmly "No!" He said "no" to attractive proposals and then confirmed his "no" when faced with force.

"My conscience is clear and calm. If you will not give me the right, history will give me that right", he said during that "deplorable trial".

It was the victory of history that was witnessed on Saturday, 3 October 1998 when St. Peter's Successor - that Peter that Stepinac remained loyal to, to the point of martyrdom - as he pilgrimaged to the Marija Bistrica shrine, to the place where Stepinac himself most liked to pilgrimage to and pray. A pilgrimage that reached its peak in the beatification that recognised that Croatian cardinal as a martyr.
 
8 May 1898: Alojzije Stepinac was born in Brezaric, Krasic parish, about 50 kilometres from Zagreb. Croatia was then part of the Austro-Hungarian Monarchy.

Summer 1916: After attending high school in Zagreb conscripted in World War I to the Italian front. He was captured. Later he enrolled as a volunteer and was deployed to Salonica.

Spring 1919: He returned to Krasic and dedicated himself to a rural life. This was the time of his great choice. He enrolled into university and became engaged (1923) but both experiences were brief.

July 1924: Decides to become a priest.

28 October 1924: Enters the Pontifical Germanicum-Hungaricum College in Rome. Attends seven years at the Pontifical Gregoriana University.

26 October 1930: On the feast of Christ the King, ordained in Rome as a priest. Ordained with him too was Franjo Seper (born 1905) who on 5 March 1960 became Stepinac's successor to the Zagreb Archdiocese. On 1 November, Stepinac says his first Mass in the Santa Maria Maggiore basilica.

19 July 1931: Celebrated his first Mass in Krasic.

1 October 1931: Appointed the Archbishop's Master of Ceremonies

24 December 1931: 'Founded the Zagreb Archdiocesan Caritas

28 May 1934: Pope Pius XI appoints him as the Archbishop Coadjutor with the right to succeed Antun Bauer. His Bishop's motto was: In te, Domine, spe-ravi, (Iplace my trust in you my Lord)

24 June 1934: Ordained a bishop. Immediately began intensive activities: visiting numerous parishes and initiating traditional pilgrimages to the Marija Bis-trica shrine.

July 1937: Pilgrimage to the Holy Land.

7 December 1937: Archbishop Bauer dies and Stepinac is appointed Zagreb's Archbishop. Tirelessly dedicates himself to human rights, primarily in the Kingdom of Yugoslavia and then, particularly during World War II, in the Independent State of Croatia. During the Nazi occupation he is not afraid to publicly and courageously defend the rights of the persecuted: Serbs, Jews, Gypsies and Croats.

17 May 1945: Archbishop Stepinac's first arrest, nine days after the Communists came to power. He was released on 3 June.

4 June 1945: Stepinac met with Tito.

22 September 1945: Joint Pastoral Letter by Croatian bishops pointing out the existence of Communist violence.

4 November 1945: Attempted assassination on Stepinac in Zapresic. Compelled to stop any pastoral visits outside Zagreb.

18 September 1946: At 5.30 a.m. arrested in the Archbishop's Palace while preparing to celebrate morning Mass

30 September 1946: The start of the shameful fabricated trial.

3 October 1946: The day, of the calm and determined speech by Stepinac at the trial. That same day, fifty-two years later, the Pope beatified Stepinac.

11 October 1946: Reading of the court's sentence by which he was sentenced to sixteen years imprisonment and the loss of all civil and political rights for five years.

19 October 1946: Imprisoned in Lepoglava. 

5 December 1951: Transferred to house arrest in the Krasic presbytery where he remained until his death.

25 September 1952: The Non licet document released according to which bishops forbade registration to the "Association of Priests" which the Communists made up in an attempt to destroy the Church's unity.

12 January 1953: Pope Pius XII announces Stepinac's elevation to a cardinal.

10 February 1960: Died in Krasic

13 February 1960: Funeral in Zagreb's cathedral where he is buried.

17 February 1960: Pope John XXIII gives his shattering speech during the memorial Mass in St. Peter's basilica.

4 December 1980: The process for the cause of saints commenced. The first step was taken by Msgr. Franjo Kuharic on 14 November 1969, the then Apostolic Administrator of Zagreb Archdiocese. A special plea for the cause of saints submitted to the Pope on 17 February 1979 by two of Stepinac's successors: Cardinal Franjo Seper, the then Prefect of the Congregation for the Doctrine of the Faith and Msgr. Franjo Kuharic, Archbishop of Zagreb.

14 February 1992: The Croatian Parliament annulled the sentence against Stepinac.

10 September 1994: During his first pastoral visit to Zagreb, Pope John Paul II prayed at Stepinac's grave. The Pope's speech about the courageous Cardinal was greeted with long standing applause.

3 July 1998: In the presence of the Pope at the Vatican, a Decree by the Congregation for the Causes of Saints is read to confirm Stepinac's martyrdom.

3 October 1998: During his second pastoral visit to Croatia Pope John Paul II beatified Stepinac at the Marija Bistrica shrine.

Cardinal Aloysius Stepinac
"A Servant of God and the Croatian People"
by M.S.
Aloysius Stepinac came from a peasant family, born in Brezani near Krasic on May 8, 1898. He was the eighth out of twelve children, and his mother always prayed that he might one day become a priest. In 1916, Stepinac was conscripted into the Austro-Hungarian army and fought on the Italian front until he was taken prisoner. In 1919 he returned to civilian life and entered the University of Zagreb to study agriculture. Stepinac decided to become a priest in 1924 and was sent to Rome to prepare, and was ordained six years later on October 26, 1930.

He returned to Zagreb in July, 1931 with the degrees of Doctor of Theology and Philosophy. Soon afterwards, Stepinac was chosen to become secretary to Archbishop Antun Bauer. On June 24, 1934 he was nominated as coadjutor to the Archbishop of Zagreb. After this nomination, Stepinac stated: "I love my Croatian people and for their benefit I am ready to give everything, as well as I am ready to give everything for the Catholic Church." After Bauer's death on December 7, 1937 Stepinac became the Archbishop of Zagreb.

During the Second World War, Stepinac never turned his back on refugees, or the prosecuted. His door was always open not only for Croatians, but also Jews, Serbs and Slovenes that needed his help. Stepinac always stood for political freedom and fundamental rights, and he always advocated the rights of the Croatian people. Stepinac wanted Croatia to be a country of God.

In May of 1943, he openly criticised the Nazis, and as a result, the Germans and Italians demanded that he be removed from office. Pope Pious XII refused, and warned Stepinac that his life was in danger. In July of 1943, the BBC and the Voice of America began to broadcast Stepinac's sermons to occupied Europe, and the BBC commented on Stepinac's criticism of the  regime.

At the end of the war, Stepinac was found guilty of Nazi collaboration at a mock trial, and was convicted and sentenced sixteen years' hard labour on October 11, 1946. At his trial when his life was on the line, Stepinac asked his communist prosecutors: "...every nation has the right to independence, then why should it be denied to the Croatians?" He spent five years in the prison of Lepoglava, and in 1951, Tito's government released him and confined him to the village of Krasic.

Even though he was forbidden by the government to resume his duties, Stepinac was named Cardinal by Pope Pius XII on January 12, 1953. Due to pain caused by the many illnesses he contracted while imprisoned, Cardinal Stepinac died in Krasic on February 10, 1960. On February 13th, he was buried behind the main altar in the cathedral in Zagreb. Pope Pious XII stated that "this Croatian Cardinal is the most important priest of the Catholic Church".

In 1985, his trial prosecutor Jakov Blazevic admited publically that Cardinal Stepinac's trial was entirely framed, and that Stepinac was tried only because he refused to sever thousand year old ties between Croatians and the Roman Catholic Church. Cardinal Spelman commented on Stepinac by stating that : "the only thing Cardinal Stepinac is guilty of was his love for God and his homeland". On October 3, 1998 in Marija Bistrica, Pope John Paul II beatified Cardinal Stepinac, and referred to him as one of the outstanding figures of the Catholic Church.
Without a doubt, Blessed Cardinal Aloysius Stepinac is one of the greatest Croatian patriots of the 20th century. He spent his entire life serving God and the Croatian people, demonstrating the importance of faith, charity and virtue. 
Blaženi Alojzije Stepinac
Blaženi Alojzije Stepinac (Brezarić kraj Krašića, 8. svibnja 1898. - Krašić, 10. veljače 1960.), zagrebački nadbiskup i kardinal, proglašen blaženim 1998. Smatra se jednim od velikana Katoličke Crkve u Hrvatskoj.

Djetinjstvo je proveo u rodnom mjestu. Klasičnu gimnaziju završio je u Zagrebu. Za vrijeme Prvog svjetskog rata sudjelovao je u borbama na talijanskom i solunskom frontu, bio je ranjen i pet mjeseci zarobljenik. Iz rata se vratio kući s činom potpukovnika. Nakon studija u Rimu, zaređen je za svećenika 1930. godine. Na njegov prijedlog osnovan je Caritas Zagrebačke nadbiskupije, kojem je bio na čelu. Imenovan je nadbiskupom koadjutorom 1934. godine. Iste godine zaređen je za biskupa.

Postao je zagrebački nadbiskup 1937. godine. Kao žarki i neumorni propovjednik Božje riječi pohađao je svoju prostranu nadbiskupiju promičući Katoličku akciju, Caritas i pobožnost prema Djevici Mariji. Utemeljio je brojne nove župe i organizirao proslavu 1300. obljetnice evangelizacije hrvatskog naroda. Za vrijeme Drugog svjetskog rata pomagao je progonjene i patnike, zbrinuo je 500 prognanih slovenskih svećenika te 6717 bolesne i gladne djece. Prosvjedovao je protiv progona Židova i provedbe nacističkih zakona. U govoru 31. listopada 1943. ispred zagrebačke katedrale osudio je svaku diskriminaciju, rasnu, nacionalnu i vjersku, zatvaranje i ubijanje nevinih, otimanje i palež imovine i mirnih sela.

Nakon dolaska komunista na vlast, odbio je odvojenje Katoličke Crkve u Hrvatskoj od Vatikana. U montiranom procesu, osuđen je na 16 godina zatvora i prisilnog rada. Pet godina proveo je u zatvoru u Lepoglavi, a od kraja 1951. do svoje smrti 10. veljače 1960. godine u kućnom pritvoru u Krašiću. Papa Pio XII. imenovao ga je kardinalom 1952. godine. Umro je na glasu svetosti primivši svete sakramente. Vijest o njegovoj smrti objavljena je na naslovnicama dnevnih novina širom svijeta, a misa zadužnica služila se i u Rimu, Montrealu, New Yorku, Chicagu, Rio de Janeiru i drugim svjetskim gradovima. Pokopan je u kripti zagrebačke katedrale uz prisutnost mnoštva vjernika. Papa Ivan Pavao II. proglasio ga je blaženim 3. listopada 1998. godine u Mariji Bistrici.