lundi 21 janvier 2013

Sainte AGNÈS, vierge et martyre

Sainte Agnès

Vierge et Martyre

(† 304)

La fête de ce jour nous rappelle un des plus touchants et des plus beaux triomphes de la foi chrétienne; elle nous montre une faible enfant sacrifiant, pour l'amour de Jésus-Christ, tout ce que le monde a de plus séduisant: noblesse, fortune, jeunesse, beauté, plaisirs, honneurs.

Agnès, enfant de l'une des plus nobles familles de Rome, se consacra au Seigneur dès l'âge de dix ans. Elle avait à peine treize ans quand un jeune homme païen, fils du préfet de Rome, la demanda en mariage; mais Agnès lui fit cette belle réponse: "Depuis longtemps je suis fiancée à un Époux céleste et invisible; mon coeur est tout à Lui, je Lui serai fidèle jusqu'à la mort. En L'aimant, je suis chaste; en L'approchant, je suis pure; en Le possédant, je suis vierge. Celui à qui je suis fiancée, c'est le Christ que servent les Anges, le Christ dont la beauté fait pâlir l'éclat des astres. C'est à Lui, à Lui seul, que je garde ma foi."

Peu après, la noble enfant est traduite comme chrétienne devant le préfet de Rome, dont elle avait rebuté le fils; elle persévère dans son refus, disant: "Je n'aurai jamais d'autre Époux que Jésus-Christ." Le tyran veut la contraindre d'offrir de l'encens aux idoles, mais sa main ne se lève que pour faire le signe de la Croix.

Supplice affreux pour elle: on la renferme dans une maison de débauche. "Je ne crains rien, dit-elle; mon Époux, Jésus-Christ, saura garder mon corps et mon âme." Et voici, ô miracle, que ses cheveux, croissant soudain, servent de vêtement à son corps virginal, une lumière éclatante l'environne, et un ange est à ses côtés. Le seul fils du préfet ose s'approcher d'elle, mais il tombe foudroyé à ses pieds. Agnès lui rend la vie, et nouveau prodige, le jeune homme, changé par la grâce, se déclare chrétien.

Agnès est jetée sur un bûcher ardent, mais les flammes la respectent et forment comme une tente autour d'elle et au-dessus de sa tête. Pour en finir, le juge la condamne à avoir la tête tranchée. Le bourreau tremble; Agnès l'encourage: "Frappez, dit-elle, frappez sans crainte, pour me rendre plus tôt à Celui que j'aime; détruisez ce corps qui, malgré moi, a plu à des yeux mortels." Le bourreau frappe enfin, et l'âme d'Agnès s'envole au Ciel.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950




Sainte Agnès, vierge et martyre
Cette fillette de treize ans mourut volontairement à Rome pour la foi en Jésus-Christ vers 304, lors de la persécution de Dioclétien. La nouvelle s'en répandit très vite chez les chrétiens de l'Empire. Le pape Damase chante son martyre dans une très belle inscription au lieu de sa sépulture. Saint Ambroise dira d'elle qu'elle sût donner au Christ un double témoignage : celui de sa chasteté et celui de sa foi. La légende s’empara d’elle par la suite. Traditionnellement, le jour de la fête de Sainte-Agnès, deux agneaux sont bénits dans l’église qui lui est dédiée sur la via Nomentana. Les bêtes sont ensuite tondues et leur laine était utilisée pour tisser les palliums offerts aux archevêques par le pape.

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/01/21/1635/-/sainte-agnes-vierge-et-martyre

Le culte de Ste Agnès remonte au IVe siècle. A partir du VIIe, lectionnaires et sacramentaires donnent les formulaires de sa messe. Au XIIe siècle, l’Office entier est propre à la fête.

AUX PREMIÈRES VÊPRES Avant 1960

Ant. au Magnificat La bienheureuse Agnès, * au milieu des flammes, les mains étendues, priait ainsi : Je vous remercie, ô tout-puissant, adorable, digne d’honneur, Père redoutable, de ce que, par votre saint Fils, j’ai échappé aux menaces d’un tyran sacrilège et de ce que ma voie est restée pure de toute souillure de la chair. Voici que je viens à vous, que j’ai aimé, que j’ai cherché, que j’ai toujours désiré.

A MATINES Avant 1960

Au premier nocturne

Ant. 1 Retirez-vous de moi,* appât de mort, parce que j’ai été l’objet des prévenances d’un autre amant.

Ant. 2 Il a orné ma main droite* et entouré mon cou de pierres précieuses, et il a mis à mes oreilles des perles d’un prix inestimable.

Ant. 3 Il a mis un signe* sur ma face, pour que je n’admette point d’autre amant que lui.

Du livre de l’Ecclésiastique. Leçons du Commun des Vierges, répons propres à la fête de Ste Agnès

Première leçon. Je vous glorifierai, Seigneur Roi, et je vous louerai, vous qui êtes Dieu, mon Sauveur. Je glorifierai votre nom, parce que vous m’êtes devenu un aide et un protecteur. Et vous avez délivré mon corps de la perdition, du piège de la langue inique et des lèvres de ceux qui commettent le mensonge, et en présence de ceux qui se tenaient debout (près de moi), vous m’êtes devenu un aide. Et vous m’avez délivré, selon la multitude des miséricordes de votre nom, des lions rugissants prêts à me dévorer ; des mains de ceux qui recherchaient mon âme et des portes des tribulations qui m’ont environné ; de la violence de la flamme qui m’a environné, et au milieu du feu, je n’en ai pas senti la chaleur ; de la profondeur des entrailles de l’enfer, et de la langue souillée et de la parole du mensonge ; d’un roi inique et de la langue injuste.

R/. Nous célébrons la fête d’une très sainte Vierge ; rappelons à notre mémoire comment a souffert la bienheureuse Agnès : dans sa treizième année, elle a perdu la mort et trouvé la vie : * Parce qu’elle a aimé seul l’auteur de la vie. V/. Elle était encore dans l’enfance selon le nombre des années, mais elle était d’une grande maturité selon l’esprit. * Parce que.

Deuxième leçon. Jusqu’à la la mort mon âme louera le Seigneur ; car ma vie s’approchait de l’enfer, en bas. Ils m’ont environné de tous côtés, et il n’y avait personne qui me secourût. Je tournais mes regards vers le secours des hommes, et il n’en était point. Je me suis souvenu, Seigneur, de votre miséricorde et de votre œuvre, qui sont dès le commencement du monde ; parce que vous délivrez, Seigneur, ceux qui vous attendent avec patience et vous les sauvez des mains des nations.

R/. Il a orné ma main et mon cou de pierres précieuses, il a mis à mes oreilles des perles d’un prix inestimable : * Et il m’a toute parée de pierres précieuses d’un grand éclat. V/. Il a mis un signe sur ma face, pour que je n’admette point d’autre amant que lui. * Et.

Troisième leçon. Vous avez élevé sur la terre mon habitation ; et à cause de la mort qui découlait (sur moi), j’ai fait des supplications. J’ai invoqué le Seigneur, père de mon Seigneur, afin qu’il ne me laisse point sans secours au jour de ma tribuiation et au temps des superbes. Je louerai votre nom sans cesse et je le glorifierai dans mes louanges, car ma prière a été exaucée. Et vous m’avez délivré de la perdition, et vous m’avez arraché au temps de l’iniquité. C’est pourquoi je vous glorifierai, et je vous dirai une louange et je bénirai le nom du Seigneur.

R/. ’aime le Christ, je serai l’épouse de celui dont la mère est vierge, (Dieu) son Père l’a produit sans mère, et lui-même fait retentir à mes oreilles d’harmonieux accords : * Quand je l’aime, je suis chaste ; quant je le touche, je suis pure ; quand je le possède, je suis vierge. V/. Il m’a donné un anneau pour gage de sa foi, et il m’a parée d’un riche collier. * Quand. Gloire au Père. * Quand.

Au deuxième nocturne

Ant. 4 Le Seigneur m’a revêtue * d’une robe tissue d’or, et il m’a ornée de colliers magnifiques.

Ant. 5 Le miel et le lait * je les ai recueillis sur ses lèvres [1], et son sang colore mes joues [2].

Ant. 6 C’est à lui seul que je garde ma foi, * c’est à lui que je me livre sans aucune réserve.

Du Livre de saint Ambroise, Évêque : des Vierges.

Quatrième leçon. Nous célébrons aujourd’hui la naissance au ciel d’une Vierge, recherchons la pureté. C’est la fête d’une Martyre, immolons des victimes. C’est la fête de sainte Agnès, que les hommes soient dans l’admiration, que les enfants ne perdent pas courage, que les épouses s’étonnent, que les vierges imitent. Mais que pouvons-nous dire qui soit digne de celle dont le nom même n’est pas vide d’éloge [3] ? Son dévouement à Dieu était au dessus de son âge, sa vertu surpasse la nature : en sorte que son nom me semble ne pas lui venir d’un choix humain mais être une prédiction de martyre, une annonce de ce qu’elle devait être. Le nom de cette Vierge indique la pureté. Je l’appellerai Martyre et je l’aurai assez louée. La louange a de l’étendue quand on en est l’objet sans la rechercher. Personne n’est plus digne d’éloges que celui qui peut être loué de tous. Cette Martyre a autant de hérauts pour la louer qu’il y a d’hommes qui prononcent son nom.

R/. Le Seigneur m’a revêtue du vêtement du salut, et il m’a enveloppée du manteau de la joie, * Et comme une épouse, il m’a parée d’une couronne. V/. Il a mis à mes oreilles d’inestimables perles, et il m’a toute parée de pierres brillantes et étincelantes. * Et.

Cinquième leçon. On rapporte qu’elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. La cruauté du tyran fut d’autant plus détestable qu’il n.’épargna pas un âge si tendre ; mais remarquons plutôt la grande puissance de la foi qui trouve des témoins de cet âge. Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? Et celle qui n’avait pas de quoi recevoir le fer, avait de quoi vaincre le fer. Elle est intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, elle ne s’émeut pas tandis qu’on tire avec bruit de lourdes chaînes, elle offre tout son corps au glaive du soldat furieux ; elle ignore encore ce que c’est que la mort, mais elle est prête, si on la traîne malgré elle aux autels des idoles, à tendre les mains vers le Christ, du sein des flammes, et à former jusque sur le brasier sacrilège, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Elle passe son cou et ses mains dans les fers qu’on lui présente, mais aucun ne pouvait serrer des membres si petits. Nouveau genre de martyre ! Cette Vierge n’est pas encore apte au supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; à peine peut-elle combattre, et elle est capable de remporter la couronne ; elle avait contre elle le préjugé de son âge, et elle pratiqua la vertu des maîtres.

R/. J’ai reçu de sa bouche le miel et le lait, * Et son sang a orné mes joues. V/. Il m’a montré des trésors incomparables, et il m’a promis qu’il me les donnerait. * Et.

Sixième leçon. L’épouse n’irait pas aux noces avec autant de hâte que cette sainte Vierge en mettait à se diriger d’un pas rapide vers le lieu de son supplice, joyeuse de son approche. Tous versaient des larmes, elle seule ne pleurait pas. La plupart admiraient avec quelle facilité, prodigue d’une vie à laquelle elle n’avait pas encore puisé, elle la donnait comme si elle l’eût épuisée. Tous étaient surpris qu’elle se montrât déjà témoin de la divinité, à un âge où elle ne pouvait encore disposer d’elle-même. Combien de menaces n’employa pas le sanguinaire tyran pour l’intimider ; combien de caresses pour la persuader ; et combien d’hommes la souhaitèrent pour épouse ! Mais elle de répondre : « La fiancée fait injure à l’époux si elle désire plaire à d’autres. Celui-là m’aura seul, qui, le premier, m’a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Qu’il périsse ce corps que peuvent aimer des yeux auxquels je ne veux pas plaire. » Elle se présenta, elle pria, elle courba la tête. Vous eussiez vu le bourreau saisi de crainte, comme si lui-même eût été Condamné ; sa main tremblait, son visage était pâte pour le péril d’autrui, pendant qu’une jeune fille voyait sans crainte son propre danger. Voici donc dans une seule victime un double martyre de pureté et de religion. Agnès demeura vierge et elle obtint le martyre.

R/. Déjà, (par l’aliment céleste), sa chair a été unie à ma chair, et son sang a orné mes joues : * C’est lui dont la mère est vierge, et (Dieu) son Père l’a engendré sans mère. V/. Je suis fiancée à celui que servent les Anges, à celui dont le soleil et la lune admirent la beauté. * C’est. Gloire au Père. * C’est.

Au troisième nocturne

Ant. 7 De sa beauté * le soleil et la lune sont dans l’admiration ; c’est à lui-même, à lui seul, que je garde ma foi.

Ant. 8 Le Christ m’a entièrement parée * de pierres précieuses, brillantes et étincelantes.

Ant. 9 Je suis fiancée * à celui que les Anges servent, à celui dont le soleil et la lune admirent la beauté.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu.

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples cette parabole : Le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent au-devant de l’époux et de l’épouse. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Leçons du Commun des Vierges, répons propres à la fête de Ste Agnès

Septième leçon. Je vous recommande souvent, mes très chers frères, de fuir le mal et de vous préserver de la corruption du monde ; mais aujourd’hui la lecture du saint Évangile m’oblige à vous dire de veiller avec beaucoup de soin à ne pas perdre le mérite de vos bonnes actions. Prenez garde que vous ne recherchiez dans le bien que vous faites, la faveur ou l’estime des hommes, qu’il ne s’y glisse un désir d’être loué, et que ce qui paraît au dehors ne recouvre un fond vide de mérite et peu digne de récompense. Voici que notre Rédempteur nous parle de dix vierges, il les nomme toutes vierges et cependant toutes ne méritèrent pas d’être admises an séjour de la béatitude, car tandis qu’elles espéraient recueillir de leur virginité une gloire extérieure, elles négligèrent de mettre de l’huile dans leurs vases.

R/. Je suis fiancée à celui que les Anges servent, à celui dont le soleil et la lune admirent la beauté : * C’est à lui seul que je garde ma foi, c’est à lui que je me livre sans aucune réserve. V/. Il a entouré ma main et mon cou de pierres précieuses, il a mis à mes oreilles d’inestimables perles. * C’est.

Huitième leçon. II nous faut d’abord examiner ce qu’est le royaume des cieux, ou pourquoi il est comparé à dix vierges, et encore quelles sont les vierges prudentes et les vierges folles. Puisqu’il est certain qu’aucun réprouvé n’entrera dans le royaume des cieux, pourquoi nous dit-on qu’il est semblable à des vierges parmi lesquelles il y en a de folles ? Mais nous devons savoir que l’Église du temps présent est souvent désignée dans le langage sacré sous le nom de royaume des cieux ; d’où vient que le Seigneur dit en un autre endroit : « Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scandales ». Certes, ils ne pourraient trouver aucun scandale à enlever, dans ce royaume de la béatitude, où se trouve la plénitude de la paix.

R/. Je vous bénis, ô tout-puissant, adorable, digne d’être honoré et craint : * De ce que, par votre Fils unique, j’ai échappé aux menaces d’hommes impies, et de ce que j’ai franchi sans être souillée les pièges d’impureté du diable. V/. C’est vous que louent mes lèvres et mon cœur, c’est vous que je désire du fond de mon âme. * De. Gloire au Père. * De.

Neuvième leçon. L’âme il humaine subsiste dans un corps doué de cinq sens. Le nombre cinq, multiplié par deux, donne celui de dix. Et parce que la multitude des fidèles comprend l’un et l’autre sexe, la sainte Église est comparée à dix vierges. Comme, dans cette Église, les méchants se trouvent mêlés avec les bons et ceux qui seront réprouvés avec les élus, ce n’est pas sans raison qu’on la dit semblable à des vierges, dont les unes sont sages et les autres insensées. Il y a en effet, beaucoup de personnes chastes qui veillent sur leurs passions quant aux choses extérieures et sont portées par l’espérance vers les biens intérieurs ; elles mortifient leur chair et aspirent de toute l’ardeur de leur désir vers la patrie d’en haut ; elles recherchent les récompenses éternelles, et ne veulent pas recevoir pour leurs travaux de louanges humaines : celles-ci ne mettent assurément pas leur gloire dans les paroles des hommes, mais la cachent au fond de leur conscience. Et il en est aussi plusieurs qui affligent leur corps par l’abstinence, mais attendent de cette abstinence même des applaudissements humains.

A LAUDES

Ant. 1 Agnès, introduite * dans le lieu d’ignominie, y trouva un Ange du Seigneur prêt à la défendre.

Ant. 2 J’ai avec moi * pour gardien de mon corps un Ange du Seigneur.

Ant. 3 Par son anneau, * Jésus-Christ, mon Seigneur, m’a fiancée, et il m’a ornée d’une couronne comme son épouse.

Ant. 4 Je vous bénis, * Père de mon Seigneur Jésus-Christ, parce que le feu qui brûlait, autour de moi a été éteint par votre Fils.

Ant. 5 Partagez mon allégresse, * et félicitez-moi, car j’ai obtenu avec toutes ces (saintes Vierges) un trône de lumière.

Capitule Je vous glorifierai Seigneur mon Roi, et je vous louerai, vous qui êtes Dieu, mon Sauveur. Je glorifierai votre nom, parce que vous m’êtes devenu un aide et un protecteur, et vous avez délivré mon corps de la perdition.

Ant. au Bénédictus Voici que ce que j’ai désiré avec ardeur, * je le vois maintenant ; déjà je possède ce que j’ai espéré ; je suis unie dans les cieux à celui que, sur la terre, j’ai aimé avec un dévouement sans réserve.

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

Ant. au Magnificat La bienheureuse Agnès, * debout au milieu des flammes, les mains étendues, priait ainsi le Seigneur : O tout-puissant, adorable, digne d’être honoré et craint, je vous bénis, et je glorifie votre nom à jamais.

[1] En écoutant sa parole divine, aliment et douceur.

[2] Car je me nourris de son Eucharistie.

[3] « Le saint Docteur fait ici allusion au mot agneau, dont on peut dériver le nom à Agnès. Il le considère ensuite comme formé du mot grec agnoi, qui lignifie pure. (Dom Guéranger).


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Nous n’avons pas épuisé encore la splendide constellation de Martyrs qui se rencontre en ces jours sur le Cycle. Hier, Sébastien ; demain, Vincent, qui porte la victoire jusque dans son nom. Entre ces deux fortes palmes apparaît aujourd’hui, tressée de lis et de roses, la gracieuse couronne d’Agnès. C’est à une enfant de treize ans que l’Emmanuel a donné ce mâle courage du martyre, qui l’a fait marcher dans l’arène d’un pas aussi ferme que le vaillant chef de la cohorte prétorienne et que l’intrépide Diacre de Sarragosse. S’ils sont les soldats du Christ, elle en est la chaste amante. Tels sont les triomphes du Fils de Marie. A peine s’est-il manifesté au monde, que tous les nobles cœurs volent vers lui, selon la parole qu’il a dite : « Où sera le corps, les aigles se rassembleront. » [4]. Fruit admirable de la virginité de sa Mère, qui a mis en honneur la fécondité de l’âme, bien au-dessus de la fécondité des corps, et ouvert une voie ineffable par laquelle les âmes choisies s’élancent rapidement jusqu’au divin Soleil, dont leur regard épuré contemple, sans nuage, les rayons ; car il a dit aussi : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. » [5].

Gloire immortelle de l’Église catholique, qui, seule, possède en son sein le don de la virginité, principe de tous les dévouements, parce que la virginité procède uniquement de l’amour ! Honneur sublime pour Rome chrétienne d’avoir produit Agnès, cet ange de la terre, devant laquelle pâlissent ces anciennes Vestales, dont la virginité comblée de faveurs et de richesses ne fut jamais éprouvée par le fer ni le feu !

Quelle gloire est comparable à celle de cette enfant de treize ans, dont le nom retentira jusqu’à la fin des siècles dans le Canon sacré du Sacrifice universel ! La trace de ses pas innocents, après tant de siècles, est empreinte encore dans la ville sainte. Ici, sur l’ancien Cirque Agonal, un temple somptueux s’élève avec sa riche coupole, et donne entrée sous ces voûtes jadis souillées par la prostitution, maintenant tout embaumées des parfums de la virginité d’Agnès. Plus loin, sur la voie Nomentane, hors des remparts de Rome, une élégante Basilique, bâtie par Constantin, garde, sous un autel revêtu de pierres précieuses, le chaste corps de la vierge. Sous terre, autour de la Basilique, commencent et s’étendent de vastes cryptes, au centre desquelles Agnès reposa jusqu’au jour de la paix, et où dormirent, comme sa garde d’honneur, des milliers de Martyrs.

Nous ne devons pas taire non plus le plus gracieux hommage que rend, chaque année, la sainte Église Romaine à notre illustre Vierge, au jour de sa fête. Deux agneaux sont placés sur l’autel de la Basilique Nomentane, rappelant à la fois la mansuétude du divin Agneau et la douceur d’Agnès. Après qu’ils ont été bénis par l’Abbé des Chanoines réguliers qui desservent cette église, ils sont conduits ensuite dans un monastère de vierges consacrées au Seigneur, qui les élèvent avec soin ; et leur laine sert à tisser les Pallium que le Pontife suprême doit envoyer, comme signe essentiel de leur juridiction, à tous les Patriarches et Métropolitains du monde catholique. Ainsi le simple ornement de laine que ces Prélats doivent porter sur leurs épaules comme symbole de la brebis du bon Pasteur, et que le Pontife Romain prend sur le tombeau même de saint Pierre pour le leur adresser, va porter jusqu’aux extrémités de l’Église, dans une union sublime, le double sentiment de la vigueur du Prince des Apôtres et de la douceur virginale d’Agnès.

Nous donnerons maintenant les admirables pages que saint Ambroise, dans son livre des Vierges, a consacrées à la louange de sainte Agnès. L’Église en lit la plus grande partie dans l’Office d’aujourd’hui ; et la vierge du Christ ne pouvait désirer un plus aimable panégyriste que le grand évêque de Milan, le plus éloquent des Pères sur la virginité, et le plus persuasif ; car l’histoire nous apprend que, dans les villes où il prêchait, les mères renfermaient leurs filles, dans la crainte que les attrayantes paroles du prélat n’allumassent en elles un si ardent amour du Christ, qu’on les vît renoncer à tout hymen terrestre.

« Ayant à écrire un livre de la Virginité, dit le grand évêque, je m’estime heureux de l’ouvrir par l’éloge de la vierge dont la solennité nous réunit. C’est aujourd’hui la fête d’une Vierge : recherchons la pureté. C’est aujourd’hui la fête d’une Martyre : immolons des victimes. C’est aujourd’hui la fête de sainte Agnès : que les hommes soient dans l’admiration, que les enfants ne perdent pas courage, que les épouses considèrent avec étonnement, que les vierges imitent. Mais comment pourrons-nous parler dignement de celle dont le nom même renferme l’éloge ? Son zèle a été au-dessus de son âge, sa vertu au-dessus de la nature ; en sorte que son nom ne semble pas un nom humain, mais plutôt un oracle qui présageait son martyre. » Le saint Docteur fait ici allusion au mot agneau, dont on peut dériver le nom d’Agnès. Il le considère ensuite comme formé du mot grec agnos, qui signifie pur, et continue ainsi son discours :

« Le nom de cette vierge est aussi un titre de pureté : j’ai donc à la célébrer et comme Martyre et comme Vierge. C’est une louange abondante que celle que l’on n’a pas besoin de chercher, et qui existe déjà par elle-même. Que le rhéteur se retire, que l’éloquence se taise ; un seul mot, son nom seul, loue Agnès. Que les vieillards, que les jeunes gens, que les enfants la chantent. Tous les hommes célèbrent cette Martyre ; car ils ne peuvent dire son nom sans la louer.

« On rapporte qu’elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. Cruauté détestable du tyran, qui n’épargne pas un âge si tendre ; mais, plus encore, merveilleuse puissance de la foi, qui trouve des témoins de cet âge ! Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? A peine le glaive trouvait-il sur cette enfant un lieu où frapper ; et cependant Agnès avait en elle de quoi vaincre le glaive.

« A cet âge, la jeune fille tremble au regard irrité de sa mère ; une piqûre d’aiguille lui arrache des larmes, comme ferait une blessure. Intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, Agnès se tient immobile sous le fracas des lourdes chaînes qui l’écrasent ; ignorante encore de la mort, mais prête à mourir, elle présente tout son corps à la pointe du glaive d’un soldat furieux. La traîne-t-on, malgré elle, aux autels : elle tend les bras au Christ, à travers les feux du sacrifice ; et sa main forme, jusque sur les flammes sacrilèges, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Son cou, ses deux mains, elle les passe dans les fers qu’on lui présente ; mais on n’en trouve pas qui puissent serrer des membres si petits.

« Nouveau genre de martyre ! La Vierge n’a pas encore l’âge du supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; elle n’est pas mûre pour le combat, et déjà elle est capable de la couronne ; elle avait contre elle le préjugé de son âge, et déjà elle est maîtresse en fait de vertu. L’épouse ne marche pas vers le lit nuptial avec autant de vitesse que cette Vierge qui s’avance, pleine de joie, d’un pas dégagé, vers le lieu de son supplice ; parée, non d’une chevelure artificieusement disposée, mais du Christ ; couronnée, non de fleurs, mais de pureté.

« Tous étaient en larmes ; elle seule ne pleure pas ; on s’étonne qu’elle prodigue si facilement une vie qu’elle n’a pas encore goûtée ; qu’elle la sacrifie , comme si elle l’eût épuisée. Tous admirent qu’elle soit déjà le témoin de la divinité, à un âge où elle ne pourrait encore disposer d’elle-même. Sa parole n’aurait pas valeur dans la cause d’un mortel : on la croit aujourd’hui dans le témoignage qu’elle rend à Dieu. En effet, une force qui est au-dessus de la nature ne saurait venir que de l’auteur delà nature. Quelles terreurs n’employa pas le juge pour l’intimider ! que de caresses pour la gagner ! Combien d’hommes la demandèrent pour épouse ! Elle s’écrie : La fiancée fait injure à l’époux, si elle se fait attendre. Celui-là m’aura seul, qui, le premier, m’a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux que je n’agrée pas.

« Elle se présente, elle prie, elle courbe la tête. Vous eussiez vu trembler le bourreau, comme si lui-même eût été condamné. Sa main était agitée, son visage était pâle sur le danger d’un a autre, pendant que la jeune fille voyait, sans crainte, son propre péril. Voici donc, dans une seule victime, un double martyre : l’un de chasteté, l’autre de religion. Agnès demeura vierge, et elle obtint le martyre. »

L’Église Romaine chante aujourd’hui de mélodieux Répons, dans lesquels Agnès exprime avec tant de charmes son naïf amour, et le bonheur qu’elle éprouve d’être fiancée au Christ. Ils sont formés de paroles tirées des anciens Actes de la martyre, longtemps attribués à saint Ambroise. Saint Ambroise a voulu chanter lui-même, dans cette Hymne gracieuse et délicate, le martyre de notre incomparable Vierge :

HYMNE.

C’est la fête d’Agnès, l’heureuse vierge, le jour où, sacrée par son sang, elle rendit au ciel son âme faite pour le ciel.

Elle fut mûre pour le martyre avant de l’être pour les noces, dans un temps où la foi chancelait au cœur même des hommes, où le vieillard lassé cédait au tyran.

Ses parents, dans la crainte de la perdre, la gardaient plus sévèrement encore que ne la retenait la bienséance du sexe ; elle force les portes de sa retraite : sa foi ne saurait demeurer captive.

On croirait voir s’avancer une épouse, tant son visage est radieux ; elle apporte à l’Époux de nouvelles richesses ; le prix de sa dot est dans son sang.

On veut la contraindre à allumer la torche aux autels d’un dieu sacrilège ; elle répond : « Ce ne sont pas là les flambeaux que portent les vierges du Christ.

« Votre feu éteint la foi, votre flamme détruit la lumière ; frappez, frappez ici : mon sang versé éteindra vos brasiers. »

Pour recevoir le coup, comme elle dispose sa parure ! Soigneuse de la pudeur, elle se drape dans ses vêtements, afin qu’aucun œil ne la contemple immodeste.

Cette pudeur la suit dans la mort ; sa main voilait son visage, elle tombe à genoux sur Ta terre, et sa chute encore est empreinte de modestie.

Gloire à vous, Seigneur, gloire au Fils unique, avec le Saint-Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

Notre admirable Prudence, qui visita Rome dans les premières années du Ve siècle, témoin de la piété romaine envers la glorieuse épouse du Christ, lui a consacré l’un de ses plus gracieux poèmes. Ce beau chant qui, malgré sa longueur, forme l’Hymne de la fête au Bréviaire Mozarabe.

(On en trouvera le texte ici.)

Le concert ne serait fias complet à la louange d’Agnès, si nous n’entendions pas notre mélodieux Adam de Saint-Victor chanter en son honneur une de ses plus belles Séquences.

SEQUENCE.

Animons-nous à la lutte, en célébrant la Passion d’une vierge glorieuse.

En touchant la fleur sacrée, respirons les parfums de suavité qu’elle exhale.

Belle, prudente et d’illustre race, déjà Agnès à deux premiers lustres avait ajouté trois ans.

Aimée du fils du Préfet, la vierge à ses désirs résiste avec courage.

Merveilleuse force de la foi ! Merveilleuse virginité ! Merveilleuse intégrité d’un cœur virginal !

Ainsi le Fils de Dieu, par un conseil admirable, se montre plus admirable dans un instrument fragile.

L’amant languit sur sa couche de souffrance ; la cause de cette langueur est connue du Préfet, qui s’empresse d’y chercher remède.

Il offre beaucoup, promet plus encore de choses périssables, périssable qu’il est ; mais tout cela est vil aux yeux de la vierge.

Le Préfet la fait exposer nue dans un lieu infâme ; mais le Christ la revêt du voile de sa chevelure et d’un vêtement céleste.

Un messager d’en haut veille à ses côtés ; l’antre du crime devient un séjour de lumière ; la terreur s’empare des débauchés.

L’aveugle amant s’irrite ; il s’élance, et tombe étouffé par l’esprit malin.

Le père pleure, tout pleure : Rome a pleuré aux funérailles du jeune mort.

Agnès le rend à la vie : la foule frémit confusément, et cependant on prépare pour la vierge un bûcher.

Mais les flammes brûlent les impies ; elles tourmentent les bourreaux furieux, et rendent hommage au grand Dieu.

Agnès, au Seigneur rendant grâces, présente son cou au licteur ; tranquille sur sa pureté, elle ne craint pas de mourir sur l’heure.

Debout à la droite de l’Agneau du salut, tu es glorieuse, Agnès ! tu viens consoler tes parents ; tu les invites aux réjouissances.

Qu’ils cessent de pleurer ta mort, maintenant que tu es unie à l’Époux céleste.

Apparaissant sous la forme d’un agneau, il leur révèle sa gloire, et les honneurs de ta virginité.

Ne permets pas que jamais nous soyons séparés de cet Agneau salutaire, à qui tu t’es consacrée tout entière, et par la puissance duquel tu guéris la noble Constantia.

Vase élu, vase d’honneur, fleur d’incorruptible parfum, bien-aimée des chœurs des Anges, tu donnes au monde un exemple de noblesse et de pudeur.

Toi, ornée de la palme triomphale, couronnée des fleurs de la virginité : nous, indignes d’une récompense spéciale, fais-nous du moins inscrire sur les fastes communs des saints. Amen.

Qu’il est doux et fort, ô Agnès, l’amour de Jésus, votre Époux ! Comme il s’empare des cœurs innocents, pour les transformer en cœurs intrépides ! Que vous importaient le monde et ses joies, le supplice et ses tortures ? Qu’aviez-vous à craindre de l’affreuse épreuve à laquelle la féroce dérision du persécuteur voulut vous soumettre ? Sous ces voûtes impures, l’Ange du Seigneur attendait le téméraire. Vous l’ignoriez, et cependant votre cœur ne tremblait pas, car l’amour de Jésus le remplissait tout entier. Le lupanar, le bûcher, le glaive n’étaient rien pour vous ; votre amour vous disait assez que nulle violence humaine ne vous ravirait le cœur de l’Époux divin ; vous aviez sa parole, et vous saviez qu’il est fidèle.

O enfant si pure au milieu de la contagion de Rome, si libre au milieu d’un peuple esclave, combien le caractère de notre Emmanuel paraît en vous ! Il est Agneau, et vous êtes simple comme lui ; il est le Lion de la tribu de Juda, et, comme lui, vous êtes invincible. Quelle est donc cette nouvelle race descendue du ciel qui vient peupler la terre ? Oh ! Qu’elle vivra de longs siècles, cette famille chrétienne issue des Martyrs, qui compte parmi ses ancêtres des héros si magnanimes ! des vierges, des enfants, à côté des pontifes et des guerriers, tous remplis d’un feu céleste, et n’aspirant qu’à sortir de ce monde, après y avoir jeté la semence des vertus. Ainsi sont rapprochés de nous les exemples du Christ par la noble chaîne de ses Martyrs. Par nature, ils étaient fragiles comme nous ; ils avaient à triompher des mœurs païennes qui avaient corrompu le sang de l’humanité ; et cependant ils étaient forts et purs.

Jetez les yeux sur nous, ô Agnès, et secourez-nous. L’amour du Christ languit dans nos cœurs. Vos combats nous émeuvent ; nous versons quelques larmes au récit de votre héroïsme ; mais nous sommes faibles contre le monde et les sens. Amollis par la recherche continuelle de nos aises, par une folle dépense de ce que nous appelons sensibilité, nous n’avons plus de courage en face des devoirs. N’est-il pas vrai de dire que la sainteté n’est plus comprise ? Elle étonne, elle scandalise ; nous la jugeons imprudente et exagérée. Et cependant, ô Vierge du Christ, vous êtes là devant nous, avec vos renoncements, avec vos ardeurs célestes, avec votre soif de la souffrance qui mène à Jésus. Priez pour nous, indignes ; élevez-nous au sentiment d’un amour généreux, agissant, d’un amour qui connaisse la jalousie à l’encontre de ce qui n’est pas Dieu. Épurez cette religion tiède et contente d’elle-même, qui est venue prendre la place de la piété des anciens jours. Il est quelques âmes fortes qui vous suivent ; mais il en est peu ; accroissez-en le nombre par vos prières, afin que l’Agneau, dans les deux, ait une suite nombreuse, entre les lis et les roses de ce séjour du bonheur.

Vous nous apparaissez, ô Vierge innocente, dans ces jours où nous nous pressons autour du berceau de l’Enfant divin. Qui pourrait dire les caresses que vous lui prodiguez, et celles dont il vous comble ? Laissez toutefois approcher les pécheurs près de cet Agneau qui vient les racheter, et recommandez-les vous-même, au nom de votre tendresse, à ce Jésus que vous avez toujours aimé. Conduisez-nous à Marie, la tendre et pure brebis qui nous a donné ce Sauveur. Vous qui réfléchissez en vous le doux éclat de sa virginité, obtenez-nous d’elle un de ces regards qui purifient les cœurs.

Suppliez, ô Agnès, pour la sainte Église qui est aussi l’Épouse de Jésus. C’est elle qui vous a enfantée à son amour ; c’est d’elle que nous aussi tenons la vie et la lumière. Obtenez qu’elle soit de plus en plus féconde en vierges fidèles. Protégez Rome, où votre tombe est si glorieuse, où vos palmes sont si éclatantes. Bénissez les Prélats de l’Église : obtenez pour eux la douceur de l’agneau, la fermeté du rocher, le zèle du bon Pasteur pour la brebis égarée. Enfin, ô Épouse de l’Emmanuel, soyez le secours de tous ceux qui vous invoquent ; et que votre amour pour les hommes s’allume de plus en plus à celui qui brûle au Cœur de Jésus.

[4] Matth. XXIV, 28.

[5] Matth. V, 8.



Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Station dans le « coemeterium », ou « agellum » de sainte Agnès sur la voie Nomentane.

Aujourd’hui, dans l’antiquité, la station était dans la basilique de la martyre sur la voie Nomentane, où, à cette occasion, saint Grégoire prononça une de ses quarante célèbres homélies sur l’Évangile. Les Pères de l’Église latine, Jérôme, Ambroise, Damase, Prudence, forment comme un concert d’éloges de cette « agnelle » virginale qui, prodigue de son propre sang envers Celui qui l’avait consacrée avec le sien, affronte intrépide les bûchers et les glaives de la Rome idolâtre. Omnium gentium litteris atque linguis, praecipue in Ecclesiis, Agnes vita laudata est [6].

Son corps fut primitivement déposé dans une petite propriété sur la voie Nomentane in agello suo, à peu de distance du cimetière Majeur où d’anciennes traditions romaines veulent que saint Pierre ait baptisé.

Quand la paix eut été donnée à l’Église, Constance, fille de Constantine et sœur de l’empereur Constantin, fit ériger sur cette tombe une somptueuse basilique, près de laquelle furent ensevelis plusieurs membres de cette famille impériale. Il est très probable que dès lors s’éleva un monastère de vierges qui serait de la sorte le plus ancien de la Ville éternelle. Nous avons encore l’épigraphe acrostiche de cette première construction constantinienne :

CONSTANTINA • DEVM • VENERANS • CHRISTOQVE • DICATA

OMNIBVS • IMPENSIS • DEVOTA • MENTE • PARATIS

NVMINE • DIVINO • MVLTVM • CHRISTO • QVE • IVVANTE

SACRAVIT • TEMPLVM • VICTRICIS • VIRGINIS • AGNES

TEMPLORVM • QVOD • VICIT • OPVS • TERRENAQVE • CVNCTA

AVREA • QVAE • RVTILANT • SVMMI • FASTIGIA • TECTI

NOMEN • ENIM • CHRISTI • CELEBRATVR • SEDIBVS • ISTIS

TARTAREAM • SOLVS • POTVIT • QUI • VINCERE • MORTEM

INVECTVS • CAELO • SOLVS • QVE • INFERRE • TRIVMPHVM

NOMEN • ADAE • REFERENS • ET • CORPVS • ET • OMNIA • MEMBRA

A • MORTIS • TENEBRIS • ET • CAECA • NOCTE • LEVATA

DIGNVM • IGITVR • MVNVS • MARTYR • DEVOTA • QVE • CHRISTO

EX • OPIBVS • NOSTRIS • PER • SAECVLA • LONGA • TENEBIS

O • FELIX • VIRGO • MEMORANDI • NOMINIS • AGNES.

« Constantine, vouée à Dieu et consacrée au Christ, ayant préparé avec la grâce du Seigneur et l’aide du même Christ les fonds nécessaires, dédia avec une âme pieuse ce temple à la vierge victorieuse Agnès. L’édifice surpasse la splendeur de tous les temples et de toutes les constructions terrestres, dont le faîte couvert de tuiles dorées miroite aux rayons du soleil. En ce temple, en effet, on invoque le nom du Christ, c’est-à-dire de Celui qui seul put vaincre le tartare et la mort, et qui, au nom de l’entière descendance d’Adam, ayant revendiqué son corps et ses membres contre les prétentions de la mort ténébreuse et de l’horrible nuit du sépulcre, la fit pénétrer triomphante dans le ciel.

Toi donc tu posséderas pour de longs siècles un monument élevé à nos frais, ô Martyre consacrée au Christ, ô heureuse Vierge Agnès, dont le nom est dans toutes les mémoires. »

L’acrostiche initial de ce poème de la décadence, à la fois obscur et peu élégant, est : Constantina Deo.

Bien que la basilique ait été restaurée plusieurs fois, elle conserve encore suffisamment le type architectonique primitif des temps de Symmaque et d’Honorius Ier. Comme le titre des Quatre-Couronnés au Cœlius, les nefs mineures sont divisées en deux galeries superposées ; la plus élevée, ou matroneum, était réservée autrefois aux femmes de la haute aristocratie et aux vierges consacrées. La basilique se trouve à un niveau assez inférieur à celui de la route, et elle est parallèle au plan du cimetière, parce que, à l’époque de Constantin, pour ne pas enlever la martyre de son tombeau primitif, on creusa le terrain du temple, détruisant ainsi les galeries cimitérales contiguës, précisément comme l’on fit dans un cas semblable à Saint-Laurent et dans la basilique des martyrs Nérée et Achillée sur la voie Ardéatine.

Outre l’hypogée de la voie Nomentane, à Rome, durant le haut moyen âge beaucoup d’autres églises s’élevaient en l’honneur de sainte Agnès ; rappelons seulement les plus célèbres, celle in Agone sur les ruines du stade d’Alexandre-Sévère, où, probablement, elle fut exposée dans le lupanar ; une autre près du Panthéon, et une autre encore ad duo furna près de Sainte-Praxède.

La messe en l’honneur de sainte Agnès a été le prototype de celle qui est devenue par la suite commune à toutes les vierges. Elle a un caractère d’antiquité, solennel et fort sobre, à la différence de l’office qui est d’une époque plus tardive, et se fonde sur des textes apocryphes. A cet éloge liturgique fait un magnifique écho l’épigraphe du pape Damase en l’honneur d’Agnès. Aujourd’hui encore, dans son marbre originel, elle orne l’escalier monumental qui, de la voie Nomentane, descend à la basilique de la martyre.

FAMA • REFERT • SANCTOS • DVDVM • RETVLISSE • PARENTES

AGNEN • CVM • LVGVBRES • CANTVS • TVBA • CONCREPVISSET

NVTRICIS • GREMIVM • SVBITO • LIQVISSE • PVELLAM

SPONTE • TRVCIS • CALCASSE • MINAS • RABIEM • QVE • TYRAMNI

VRERE • CVM • FLAMMIS • VOLVISSET • NOBILE • CORPVS

VIRIBVS • IMMENSVM • PARVIS • SVPERASSE • TIMOREM

NVDA • QVE • PROFVSVM • CRINEM • PER • MEMBRA • DEDISSE

NE • DOMINI • TEMPLVM • FACIES • PERITVRA • VIDERET

O • VENERANDA • MIHI • SANCTVM • DECVS • ALMA • PVDORIS

VT • DAMASI • PRECIBVS • FAVEAS - PRECOR • INCLITA • MARTYR

« La renommée rapporte ce que les pieux parents d’Agnès ont narré, c’est-à-dire comment celle-ci, encore enfant, dès que la trompette du héraut eut annoncé le funeste édit de persécution, tout de suite s’arrache aux bras de sa nourrice pour affronter, intrépide, la fureur du féroce tyran et en mépriser les menaces.

Alors que celui-ci tenta de livrer aux flammes son corps délicat, Agnès, avec ses forces débiles d’enfant, réussit à vaincre l’horrible crainte qu’inspirait ce supplice. Découverte, pour qu’un œil humain ne se posât pas sur le temple consacré au Seigneur, elle couvrit son corps de sa chevelure. O magnanime, ô digne de toute ma vénération, ô splendeur de la pudeur chrétienne, je te supplie, illustre martyre, d’accueillir avec bienveillance les prières de Damase. »

L’antienne pour l’introït est la même que pour sainte Vibiane, le 1er décembre.

La prière fait relever l’immense gloire du Christ, lequel a voulu triompher des tourments et de toute la puissance de l’enfer au moyen des instruments les plus faibles, tels précisément que peuvent être la virginité et la sainteté d’une tendre jeune fille, afin que la louange de la victoire soit toute attribuée à Dieu. C’est ici la force de l’Église, l’argument qui démontre le mieux la divinité de son origine, de sa vie ; elle seule peut revendiquer une telle et si abondante race de héros. « O Dieu éternel et tout-puissant, qui avez choisi les créatures les plus faibles de ce monde pour confondre tous les puissants, accordez-nous cette grâce, que célébrant la solennité de votre bienheureuse martyre, la Vierge Agnès, nous éprouvions l’effet de son patronage auprès de vous. »

La lecture est tirée de l’Ecclésiastique, et elle est identique à celle de la fête de sainte Barbe, le 4 décembre. Toutefois si nous en jugeons d’après le Comes de Würzbourg [7], cette péricope devait probablement autrefois occuper la place de la première lecture prophétique, puisqu’il y en avait ensuite une seconde, tirée de l’épître de saint Paul aux Corinthiens, là où sont décrits les mérites de la virginité (II, 10-11). La première lecture, l’unique maintenant, s’adapte admirablement à sainte Agnès, à ce point que les Actes de la sainte semblent même s’inspirer du texte sacré qu’on lisait à la messe stationnale de son dies natalis.

Le répons que l’on chantait sur les degrés de l’ambon est tiré du psaume 44 de virginitate, et, adaptant à l’épouse ce qui y est dit de la fermeté de l’époux, il célèbre non seulement la grâce extérieure de la courageuse jeune fille, mais aussi les mérites plus intimes de ses vertus, sa foi, sa force, son amour de la vérité, qui la poussèrent à se ceindre, elle aussi, des armes pour le combat, à sauter en selle et à se battre avec Satan, montant finalement sur le bûcher, plutôt que de dévier jamais de cette suprême vérité dans laquelle — pour employer un mot de saint Jean — elle marchait. « La grâce est répandue sur vos lèvres, c’est pourquoi Dieu vous a bénie dès l’éternité. Chevauchez pour la vérité et la justice ; votre droite vous conduira à des choses merveilleuses. »

Le verset alléluiatique suivant (Matth., XXV, 4-6) est propre à la fête de sainte Agnès. Il faut toutefois remarquer que ces parties de la messe qui sont lues aujourd’hui par le prêtre seul, étaient à l’origine chantées par d’habiles solistes, ou par de nombreuses scholae de clercs chantres. C’est ainsi que lectures, chants, musique, cérémonies, ministres, faisaient de la messe non pas simplement une prière, mais une action sacrée, presque un drame liturgique qui éveillait une impression profonde, surtout dans les niasses populaires. De plus, comme l’élément mélodique occupe une place très importante dans la liturgie romaine, l’on ne peut juger de la beauté de son inspiration artistique par le simple texte d’un répons ou d’une antienne ; mais il convient de tenir compte spécialement du vêtement mélodique dont elle est ornée. Nous en avons une preuve dans le verset alléluiatique de la messe de sainte Agnès, qui est l’un des plus délicats et des plus riches de sentiment du recueil grégorien. Il semble qu’il ait même inspiré l’artiste de Ravenne, contemporain des Goths, qui, dans la basilique de Saint-Apollinaire-le-Neuf représenta, sur la paroi de la nef centrale, une théorie de vierges, parmi lesquelles sainte Agnès, qui, avec les lampes allumées à la main, vont à la rencontre de la Mère du Sauveur.

« Les cinq vierges prévoyantes prirent, avec leurs lampes, dé l’huile dans leurs vases. A minuit, l’on entendit un cri : voici l’Époux ! Allez au-devant du Christ Seigneur. » Les cinq vierges prudentes, comme saint Augustin l’explique, sont toutes ces âmes catholiques qui, détournant leurs sens des objets illicites au moyen de la mortification chrétienne, et par des progrès continuels dans la voie de la vertu, vont au-devant du Christ Juge.

Après la Septuagésime, l’on omet le précédent verset alléluiatique, et l’on dit le psaume-trait, lequel, contrairement aux règles de la tradition classique, a un verset initial étranger au Psautier : « Viens, ô Épouse du Christ, reçois la couronne que, de toute éternité, t’a préparée le Seigneur pour l’amour duquel tu as été prodigue de ton sang. » PS. 44 : « Tu as aimé la justice et haï l’iniquité ; c’est pourquoi Yahweh ton Dieu t’a consacré entre tous tes compagnons avec un chrême d’allégresse. Avance dans la splendeur et la beauté et règne. » La martyre a épousé Jésus en s’étendant sur la croix comme sur un lit nuptial, et l’Époux divin a décidé qu’il serait Lui-même la couronne de son Épouse.

C’est de cette pensée que s’inspire la célèbre inscription composée par le pape Honorius Ier, et qui, copiée sur le tombeau de sainte Agnès, entra dans les recueils épigraphiques du moyen âge :

INCLITA • VOTA • SVIS • ADQVIRVNT • PRAEMIA • LAVDIS

DVM • PERFECTA • MICANT • MENTE • FIDE • MERITIS

VIRGINIS • HOC • AGNAE • CLAVDVNTVR • MEMBRA • SEPVLCHRO

QVAE • INCORRVPTA • TAMEN • VITA • SEPVLTA • TENET

HOC • OPVS • ARGENTO • CONSTRVXIT • HONORIVS • AMPLO

MARTYRIS • ET • SANCTAE • VIRGINIS • OB • MERITVM

L’Évangile rapporte la parabole des vierges, qui, leurs lampes allumées à la main, vont au-devant du couple nuptial (Matth., XXV, 1-13) ; il fut commenté par saint Grégoire le Grand dans la basilique de Sainte-Agnès, précisément le jour de son natale. Par la suite, tant le passage évangélique que l’homélie du saint Docteur firent partie du Commun des vierges.

L’Époux et l’Épouse sont le Christ et l’Église. Les dix vierges sont les fidèles qui, avec les stigmates de la mortification chrétienne, s’abstiennent des joies illicites du monde pour aller à la rencontre de Dieu qui vient pour le dernier jugement. L’huile dans les lampes signifie la charité ardente et les bonnes œuvres qui procèdent de la foi catholique quae per dilectionem operatur ; l’arrivée imprévue de l’Époux et la clôture de la porte du banquet désignent l’heure de la mort, qui, pour employer les derniers mots de l’Évangile de ce jour, vient avec le Christ, quand l’homme s’y attend le moins.

Cette péricope de l’Évangile qui se rapporte, comme nous l’avons dit, à toutes les âmes fidèles, est, d’une façon particulière, appliquée aux saintes vierges, précisément parce que celles-ci, en considération de la fugacité du temps et de la brièveté de la vie humaine, ont par le saint propos de leur chasteté sans tache, anticipé dans l’Église militante cet état privilégié qui deviendra général dans l’Église triomphante, où même les mortels erunt sicut angeli Dei in coelo.

Le verset pour l’offrande est tiré de l’habituel psaume de virginitate, c’est-à-dire le 44e, et il s’adapte bien au moment liturgique auquel il est destiné, moment où, après l’Époux divin qui, dans le Sacrifice de l’autel se présente et s’offre au Roi, apparaît aussi l’Église Vierge accompagnée de l’armée vêtue de blanc de ses saints, pour associer sa propre offrande à celle du Rédempteur : « Les vierges ses amies seront présentées au Roi ; elles se présenteront dans l’allégresse et dans la joie ; elles seront introduites dans le temple du Seigneur et Roi. »

La secrète est la suivante : « Accueillez favorablement, Seigneur, les hosties que nous vous présentons ; et, par l’intercession de votre bienheureuse martyre la vierge Agnès, dégagez-nous des liens de nos péchés. »

Aujourd’hui le Sacramentaire Grégorien nous offre une splendide préface :

... aeterne Deus ;

et diem beatae Agnetis martyrio consecratam solemniter recensere ;

quae terrenae generositatis oblectamenta despiciens, caelestem meruit dignitatem ;

societatis humanae vota comtemnens,

aeterni Regis est sociata consortio ;

et pretiosam mortem, sexus fragilitate calcata,

pro Christi confessione suscipiens,

simul est facta conformis et sempiternitatis eius et gloriae.

Per Quem maiestatem tuam etc.

Dieu éternel ;

Et de fêter solennellement le jour consacré au martyre de la bienheureuse Agnès ;

qui, dédaignant les charmes de la magnanimité terrestre, a mérité la dignité céleste ;

et méprisant les souhaits de la société humaine,

elle fut associée à la compagnie du Roi éternel ;

Et foulant au pied la fragilité du sexe, recevant la mort précieuse

en confessant le Christ,

elle fut rendue en même temps conforme à son éternité et à sa gloire.

Lui, par qui nous louons ta majesté…

Dans ces préfaces classiques, outre l’élégance de l’antique cursus on sent toute l’importance et la célébrité dont jouissaient primitivement ces stations au natale des martyrs.

L’antienne pour la communion est identique au verset qui suit l’alléluia. Aux premiers siècles de l’Église, quand la foi populaire attendait encore comme imminente la parousie du divin Juge, quel effet profond devaient faire au cœur de la nuit, dans le cimetière, près du tombeau de la martyre, les paroles de l’Évangile sur lesquelles insiste tant la liturgie de ce jour : Voici que le Seigneur vient ! C’est là le désir suprême de tous les justes, et le vœu final de la sainte Bible, qui se clôt précisément par les paroles du voyant de Patmos : Amen, veni, Domine lesu.

La collecte après la communion était, à l’origine, propre au natale de sainte Agnès ; plus tard elle fit partie du Commun des confesseurs : « Réconfortés par la nourriture et le breuvage déifiques, nous vous conjurons humblement, Seigneur, de faire que nous protège la prière de Celle en mémoire de qui nous avons participé à de si grands dons ! »

L’Eucharistie célébrée en mémoire des martyrs exprime notre solidarité non seulement avec leur foi pour laquelle ils subirent jadis la mort corporelle, mais aussi avec leur charité, qui les incorpora au Christ, hostie de propitiation pour les péchés du monde. En somme, la messe et la communion offertes au natale d’un martyr, sont de notre part comme une sorte de martyre de désir.

L’Église romaine fête encore le natale de cette Agna très sainte par un rite fort émouvant. Le chapitre du Latran offre en ce jour au Pape, comme à titre de cens, deux petits agneaux dont la laine sert à tisser les palliums des archevêques. Mais avant qu’ils soient présentés au Pontife, on les dépose sur l’autel de Sainte-Agnès où, après la messe stationnale, les deux innocents animaux reçoivent une bénédiction spéciale. Au moyen âge, cette présentation prenait des formes fort solennelles, puisque les chanoines du Latran, avec la Croix dressée et en ordre de procession, précédaient le cheval recouvert d’un caparaçon doré et de coussins sur lesquels étaient les agneaux.

Aujourd’hui encore, après que ces petits agneaux, symboles de l’innocence, ont été présentés au Souverain Pontife, ils sont confiés aux soins des Bénédictines du monastère de Sainte-Cécile au Transtévère, afin d’associer les deux célèbres martyres romaines à ce rite si expressif de virginale candeur.

Nous terminerons avec Prudence dans sa belle hymne sur sainte Agnès [8], (voir le texte complet ici).

O virgo felix, o nova gloria,

caelestis arcis nobilis incola,

intende nostris conluvionibus

vultum gemello cum diademate,

cui posse soli cunctiparens dedit

castum vel ipsum reddere fornicem !

O Vierge heureuse, ô nouvelle gloire.

Noble habitante du séjour céleste.

Jette un regard sur nos souillures

Toi qui es couronnée d’un double diadème.

Le Créateur du monde t’a donné à toi seule

De rendre chaste le lupanar même.

Je serai pur si, par la splendeur de tes paroles bienveillantes,

Tu rassasies mon cœur.

Tout est pur quand tu daignes le regarder, ô Sainte,

Ou le toucher de ton pied virginal.

[6] HIERON. Epist. CXX ad Demetriadem, P. L., XXII, col. 1123.

[7] 30 : IN NAT SCARUM AGNAE ET AGATHAE lec epi beati pauli apost ad corinteos. II. FF qui gloriatur in dno glorietur non enim qui seipsum commendat usq. uirginem castam exibere xpo.

31 : IN NAT SCARUM SUPRASCRIPTARUM lec lib sapi salo. In omnibus requiem quaesiui et in ereditate dni morabo usq. quasi murra electa dedi odorem suauitatis.

32 : IN NAT UBI SUPRA lec lib sapi salom. Confitebor tibi dne rex usq. et liberasti eos de manu gentium.

33 : IN NAT UNDE SUPRA lec lib sapi salom. Dne ds meus exaltasti super terram habitationem meam usq. laudem dicam nomine tuo dne ds noster.

[8] Peristephanon Hymn. XIV, P. L.. LX, col. 589.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

A Lui je suis fiancée... à Lui seul je garde ma foi.

Dans la virginale et héroïque fiancée de Dieu, Agnès, l’Église se représente aujourd’hui et c’est pourquoi elle nous laisse contempler son âme brûlante d’amour de Dieu ; la prière des Heures est aujourd’hui un cantique des cantiques, un chant nuptial de l’Église à son divin Époux. Notre âme aussi, qui est une image de l’Église, doit ressembler à sainte Agnès.

Sainte Agnès. — Jour de mort : 21 janvier (à la fin du IIIe siècle). Tombeau : dans l’église du tombeau à Rome. Image : On la représente comme une toute jeune fille, avec la couronne du martyre, avec un agneau. Sa vie : Sainte Agnès est une des plus célèbres figures de saints de l’Église romaine et les Pères de l’Église les plus illustres chantent à l’envi sa gloire. Saint Jérôme écrit : « Toutes les nations, et particulièrement les Églises chrétiennes, célèbrent, en paroles et en écrits, la vie de sainte Agnès. Elle triompha de son âge tendre comme du tyran sans cœur. En plus de : la couronne de l’innocence sans tache, elle conquit — la gloire du martyre ».

Le nom de la sainte est grec (Hagne = la pure), il ne vient pas du latin agna = agnelle. Cependant l’interprétation latine a prévalu dans la primitive Église (Agnès apparut huit jours après : sa mort à ses parents, environnée d’une troupe de vierges, avec un agneau blanc auprès d’elle). Saint Augustin connaissait les deux interprétations. « Agnès signifie en latin un agnelle et en grec la pure. » C’est de l’interprétation latine que vient l’usage de bénir, tous les ans à pareil jour, dans l’église Sainte-Agnès, à Rome, des agneaux dont la laine sert ensuite à faire le pallium des archevêques. Le martyre de sainte Agnès ne tarda pas à être célèbre dans toute l’Église. Dans l’église bâtie par Constantin, au-dessus de son tombeau, le pape saint Grégoire le Grand a prononcé quelques-unes de ses plus belles homélies. Au sujet de la vie de la sainte, nous n’avons que peu de renseignements sûrs. Nous trouvons les plus anciens dans l’ouvrage de saint Ambroise sur les vierges, dans un passage que nous lisons aujourd’hui au bréviaire. Par contre, la Passion postérieure est pour nous très importante, car c’est d’elle que, depuis l’antiquité, sont tirés les chants de la prière des Heures.

Vie de la sainte d’après les chants liturgiques :

Comme la jeune Agnès, âgée de treize ans, revenait de l’école, elle rencontra le fils du préfet de la. ville, Symphronius, qui s’éprit d’amour pour elle. Pour la gagner, il voulut lui offrir des joyaux précieux, mais Agnès le repoussa : « Loin de moi, nourriture de mort, car je possède déjà un autre fiancé » (2e A. I. N.). « Avec son anneau, mon Seigneur Jésus-Christ m’a fiancée à lui et il m’a parée de la couronne de fiancée » (3e A. Laud.). « Il a entouré ma main droite et mon cou de pierres précieuses et m’a donné des boucles d’oreilles avec des perles sans prix, il m’a parée de beaux brillants » (2e Rép.). « Il m’a donné une ceinture brochée d’or, et m’a parée de bijoux inestimables » (4e A). « J’ai reçu du miel et du lait de sa bouche et son sang a rougi mes joues » (5e A.). « J’aime le Christ dans la chambre duquel j’entrerai, dont la Mère est vierge, dont le Père ne connaît pas de femme, dont la musique me fait entendre d’aimables chants. Quand je l’aime, je reste chaste, quand je le touche je reste pure, quand je le reçois je reste vierge. Son corps est déjà uni à mon corps et son sang a rougi mes joues. Je lui suis fiancée, à lui que les anges servent, dont le soleil et la lune admirent la beauté. A lui seul je garde ma foi, à lui je me donne de tout mon cœur. » Irrité de voir repousser ses avances, le fils du préfet de la ville dénonça Agnès à son père. Celui-ci la menaça de l’envoyer dans une:maison de débauche, mais Agnès répondit : « J’ai à mon côté un ange qui me protège, un ange de Dieu » ( 2e Ant. Laud.). « Quand Agnès entra dans la maison de débauche, elle trouva l’ange du Seigneur prêt à la défendre » (1ère Ant. Laud.). Une lumière l’environna et aveugla tous ceux qui voulurent s’approcher d’elle. Un autre juge la condamna au bûcher, parce que les prêtres païens l’accusaient de sorcellerie. Sainte Agnès pria au milieu des flammes : « Je te supplie, Père tout-puissant, adorable et vénérable, par ton saint Fils j’ai échappé aux menaces d’un tyran impie et j’ai foulé d’un pied sans souillure les immondices du péché, voici maintenant que je viens vers toi que j’ai aimé, que j’ai cherché, que j’ai toujours désiré. » Elle remercie : « Tout-Puissant, adorable, vénérable, redoutable, je te loue, car par ton adorable Fils, j’ai échappé aux menaces des hommes impies et j’ai passé, sans me souiller les pieds, à travers les immondices de Satan. Je te confesse avec mes lèvres et je te désire de tout mon cœur et de toutes mes forces. » Alors les flammes s’éteignent :“Je te loue car, par ton Fils, le feu s’est éteint autour de moi » (4e Ant. Laud.). Maintenant elle soupire après son union avec le Christ : « Voici que ce que je désirais ardemment, je le contemple, ce que j’espérais, je l’ai déjà reçu, je suis unie dans le ciel avec Celui que j’ai aimé de tout mon cœur. » Son vœu fut exaucé, le juge la fit décapiter par l’épée.

La messe (Me expectaverunt). Cette belle messe de fiançailles, qui était d’abord la messe propre de la sainte, servit ensuite de modèle pour le commun des vierges. La parabole des vierges sages domine toute la messe (Allél., Évang., Comm.) ; puis vient le psaume 44, le chant nuptial de l’Église dont Agnès est aujourd’hui l’image (Grad., Off., Com. dans son développement entier).

A l’Introït, nous sortons avec Agnès du monde hostile qui nous guette pour nous perdre, et, avec la jeune vierge, nous suivons le chemin immaculé.

A l’Offertoire, nous voyons la virginale Épouse, l’Église, unir son offrande au sacrifice rédempteur du Christ. Elle est accompagnée de la blanche troupe des fidèles, sous la conduite d’Agnès (les anciens textes portent non pas « afferentur », mais « offerentur », ce qui indique une offrande).

A la Communion, nous entendons encore le leitmotiv de l’Évangile : Voici venir l’Époux, allez à sa rencontre. Quelle impression devait faire ce chant, dans la primitive Église, alors qu’on croyait encore au retour imminent du Seigneur, quand on le chantait, en pleine nuit, dans les catacombes, près du tombeau de la sainte !


Sainte Agnès

A propos de sainte Agnès, la tradition latine a pour fondement le De Virginibus de saint Ambroise. Prononcé pour la fête de la sainte, en janvier 375 ou 376, le sermon donne la plus ancienne représentation du martyre de date certaine :

A douze ans, Agnès accomplit son martyre ; détestable cruauté qui n'épargna point cet âge si jeune ou plutôt admirable puissance de la foi qui jusque dans cet âge sut trouver un témoin.

En un si petit corps, y eut-il place pour la blessure ? Et pourtant, n'ayant pas où recevoir le glaive, elle eut de quoi vaincre le glaive.

Les filles de cet âge ne peuvent soutenir le regard irrité de leurs parents, une piqûre d'aiguille les fait pleurer, comme si c'était une blessure ; Agnès, intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, immobile au milieu des lourdes chaînes qu'on tire avec fracas, offre tout son corps à la pointe du glaive que le soldat brandit contre elle avec fureur.

Sans savoir encore ce qu'est la mort, elle est prête à la subir. Si, malgré elle, on la traîne aux autels, à travers leurs feux elle tend les mains vers le Christ ; sur les foyers sacrilèges, elle forme le signe victorieux de la croix du Seigneur. Au carcan et aux menottes de fer, elle passe son cou et ses deux mains ; mais il n'en était pas qui pussent serrer des membres si délicats.

Martyre d'un genre inconnu, elle n'a point l'âge requis pour le supplice et elle est capable d'en triompher. À grand'peine elle peut être admise à combattre et, sans peine, elle ravit la couronne. Elle est maîtresse consommée en fait de courage, elle qui en était dispensée par son âge. L'épousée n'irait pas aussi allègrement à la salle nuptiale que la vierge alla, joyeuse de son succès, hâtant le pas vers le lieu de son supplice, ayant pour orner sa tête non la coiffure bien tressée, mais le Christ, ayant pour couronne non les fleurs, mais les vertus.

Tous pleuraient, elle seule était sans larmes.

On s'étonnait qu'elle fût si facilement prodigue de sa vie, qu'elle la donnât sitôt, non encore goûtée, comme si elle en était rassasiée déjà. Chacun s'émerveillait de la voir se présenter déjà en témoin de la divinité, à un âge où l'on ne peut encore disposer de soi.

Elle fit tant qu'on accepta, quand il s'agissait de Dieu, son témoignage qu'on n'aurait pu recevoir s'il se fût agi d'un homme ; ce qui dépasse la nature ne dénote-t-il pas l'auteur de la nature.

Quel appareil de terreur employa le juge pour l'intimider, que de douces paroles pour la persuader ! Combien lui exprimèrent le vœu de l'obtenir pour épouse ! Mais c'est faire injure à mon fiancé, dit-elle, que s'attendre à me plaire. Celui-là m'aura pour sienne qui le premier m'a choisie. Pourquoi, bourreau, tant de retards ? Périsse un corps qui peut être aimé par des yeux auxquels je me refuse !

Elle se tient droite, elle prie, elle infléchit le cou. Le juge frémit comme s'il était le condamné. Le bourreau sentit sa main trembler, son visage pâlir ; il redoutait pour Agnès ce qu'Agnès ne redoutait pas pour elle-même.

Vous avez donc en une seule victime un double martyre : celui de la pudeur et celui de la religion. Agnès est restée vierge et elle a obtenu le martyre.

Ambroise aime ici à répandre des fleurs sur son sujet ; il se soucie des antithèses beaucoup plus que des faits ; il suppose que son auditoire connaît l'histoire ou la légende de son héroïne ; il se réclame de la tradition dont les points essentiels se ramènent aux suivants :

1. Agnès accomplit son martyre à douze ans ; la naissance de la sainte a pu varier entre 240 et 290, le martyre entre 254 et 304 ; les auteurs, ici, ne sont pas d'accord ;

2. Agnès était vierge et elle a dû lutter pour rester vierge ;

3. Agnès a péri percée par le glaive ; elle est allée spontanément au martyre.

D'autre part, dans la composition de son hymne, Agnes beatæ virginis, le même saint Ambroise a mis en lumière quelques traits laissés ici dans l'ombre ; ainsi, la modestie de la vierge mourante : curam pudoris præstitit, de l'avant-dernière strophe ; mais les différences ne portent que sur des particularités. Les données de la tradition ambrosienne restent donc plausibles.

De Virginibus de saint Ambroise

Les reliques et les églises de Rome en son honneur

Lorsque le martyre d'Agnès fut consommé, ses restes furent recueillis et portés dans une villa de la famille, non loin de la voie Nomentane ; on a cru retrouver cette villa dans le monastère de Sainte-Agnès-hors-les-Murs.

Quand la paix fut donnée à l'Église, les malades affluèrent au tombeau. Constance, qu'on a dite fille de Constantin le Grand fut guérie par l'intercession de sainte Agnès. Au tombeau de cette sainte, le pape Libère fit mettre des tables de marbre, sur l'une de ces tables, saint Damase inscrivit les louanges d'Agnès et y mentionna le nom de Constance. Cette princesse avait, en 321, résolu d'élever une basilique sur le tombeau : ce fut Sainte-Agnès-hors-les-Murs.

Vers 410, Innocent I° mit la basilique et son cimetière sous la juridiction du prêtre titulaire de Saint-Vital. Les récits du V° siècle font allusion à la conservation du corps sous l'autel majeur de Sainte-Agnès-hors-les-Murs. Il y eut des réparations, sous Symmaque, Honorius I° ; des dévastations par les Lombards en 755, puis des réparations sous Adrien I°, en 773.

Près de la basilique se trouvait un monastère de religieuses basiliennes grecques auxquelles Léon III fit des dons magnifiques pour l'ornementation de l'église. En somme, jusqu'au IX° siècle, les reliques de sainte Agnès restèrent intactes dans le tombeau où l'on avait placé aussi le corps de sainte Émérentienne (23 janvier) ; sous Pascal I° (817-824), les religieuses grecques furent remplacées par des bénédictines ; le corps de sainte Émérentienne fut tiré du tombeau, son chef resta à la basilique de la voie Nomentane, mais sans être placé sous l'autel. Le corps de sainte Agnès resta dans le tombeau, sous l'autel majeur ; le chef en fut détaché pour être porté dans la chapelle du palais pontifical du Latran, appelée Sancta sanctorum. En 877, Jean VIII pouvait emporter dans ses voyages le chef de sainte Agnès ; de là diverses translations et repositions pendant les XIV° et XVI° siècles. Il était dans un reliquaire donné par Honorius III, on en a fait une reconnaissance en 1903.

Quant au corps de sainte Agnès, la reconnaissance qui en fut faite l'an 1605 en constate la présence à Sainte-Agnès-hors-les-Murs.

Une pratique annuelle observée dans cette basilique a quelque rapport symbolique avec sainte Agnès elle-même. Chaque année, après la messe solennelle du 21 janvier, l'abbé de Saint-Pierre-ès-Liens bénit deux agneaux qui ont été donnés à titre de redevance au chapitre de Saint-Jean-de-Latran ; les chanoines de ce chapitre desservent maintenant la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs ; ils offrent au pape ces deux agneaux bénits dont le soin est confié aux religieuses du couvent de Saint-Laurent in Panisperna ; elles en recueillent et tissent la laine pour la confection des palliums.

Outre la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, Rome possédait plusieurs églises construites en l'honneur de sainte Agnès dont deux ont disparu : celle du Transtevere et S. Agnese ad duo furna ; en revanche, il existe encore, place Navonne, S. Agnese in Agone, à l'endroit même où s'élevaient les arcades du stade de Domitien, là où la tradition latine place l'exposition et le supplice de sainte Agnès.

A Paris, au début du XIII° siècle, sainte Agnès possédait une chapelle, près des Halles, qui fut plus tard érigée en église paroissiale sous le vocable de Saint-Eustache où Augustin de Saint-Aubin a dessiné la châsse de sainte Agnès, telle qu'il la voyait, vers 1779, dans le recueil de Stockholm ; Lepautre sculpta une sainte Agnès sur le banc d'oeuvre.



« Un double martyre : celui de la pureté et celui de la foi » (Saint Ambroise de Milan)

« C’est aujourd’hui l’anniversaire d’une vierge, imitons sa pureté. C’est l’anniversaire d’une martyre, offrons un sacrifice. C’est l’anniversaire de Sainte Agnès. Selon la Tradition, elle a subi le martyre à douze ans. Qu’elle est détestable, la cruauté qui n’a même pas épargné une si petite fille ! Mais combien la foi est grande pour avoir reçu témoignage d’un âge aussi tendre ! Ce petit corps offrait donc assez de place aux blessures ! Et celle qui n’avait presque rien à leur offrir a eu de quoi les vaincre. Alors que les petites filles, à cet âge, ne peuvent supporter les visages sévères de leurs parents et, lorsqu’elles se sont piquées avec une aiguille, pleurent comme si elles s’étaient blessées ! Celle-ci n’éprouve aucune crainte entre les mains sanglantes des bourreaux, elle ne bouge pas en entendant les grincements des lourdes chaînes que l’on tire, et voici qu’elle présente son corps à l’épée d’un soldat furieux. Elle ne sait pas encore ce que c’est que mourir, mais elle y est prête. Et si on l’entraîne de force vers les autels, voilà qu’elle tend les mains vers le Christ à travers les flammes; jusque dans ce foyer sacrilège, elle fait le signe qui glorifie le Seigneur victorieux. Voici qu’on introduit son cou et ses deux mains dans des liens de fer, mais aucune chaîne ne pouvait serrer des membres aussi menus. Est-ce un nouveau genre de martyre ? Elle n’est pas encore capable de souffrir et elle est déjà mûre pour vaincre; il lui est difficile de combattre, et facile de triompher; alors qu’elle supportait le handicap de son jeune âge, elle a réalisé un chef-d’œuvre de vaillance. Elle ne se serait pas hâtée vers la chambre nuptiale le jour de son mariage, comme elle s’est avancée d’un pas joyeux, étant vierge, au lieu de son supplice; c’est le Christ qui était l’ornement de sa tête, et non pas une coiffure compliquée; elle n’était pas couronnée de fleurs, mais de vertus. Tout le monde pleure, elle n’a pas une larme. La plupart s’étonnent de lui voir si facilement répandre une vie à laquelle elle n’avait pas encore goûté, et la donner comme si elle en avait atteint le terme. Tous sont stupéfaits de ce qu’elle se montre témoin de la divinité alors que, en raison de son âge, elle ne pouvait encore décider d’elle-même. Bref, on l’a crue au sujet de Dieu, alors qu’on ne l’aurait pas encore crue au sujet d’un homme. Car ce qui est au-delà de la nature vient du Créateur de la nature. Quelles menaces son bourreau a-t-il employées pour lui faire peur, quelles flatteries pour la fléchir, combien de promesses pour lui faire accepter de l’épouser ! Mais elle : « C’est faire injure à mon époux d’attendre celui qui doit me plaire. Celui qui le premier m’a choisie, c’est lui qui me recevra. Pourquoi traînes-tu, exécuteur ? Qu’il périsse, le corps qui peut être aimé pour avoir charmé les yeux, ce que je refuse ». Elle se leva, pria, tendit le cou. Vous auriez vu le bourreau tressaillir comme s’il était le condamné, la main de l’exécuteur trembler et son visage pâlir par la crainte du coup infligé à un autre, alors que la jeune fille ne craignait rien pour elle-même. Vous avez donc, avec une seule victime, un double martyre : celui de la pureté et celui de la foi. Elle a gardé sa virginité et elle a obtenu le martyre ».

Du traité Sur les Vierges de Saint Ambroise, évêque (Livre 1, ch. 2.5.7-9: PL 16 [éd. 1845], 189-191)



SAINTE AGNÈS, VIERGE

Agnès vient d'agneau, parce qu'elle fut douce et humble comme un agneau. Agnos en grec veut dire pieux, et Agnès fut remplie de piété et de miséricorde. Agnès viendrait encore de agnoscendo, connaître, parce qu'elle connut la voie de la vérité. Or, la vérité, d'après saint Augustin, est opposée à la vanité, à la fausseté et à l’irrésolution, trois vices dont Agnès sut se préserver par son courage.

Agnès; vierge d'une très haute prudence, au témoignage de saint Ambroise qui a écrit son martyre, à l’âge de treize ans souffrit la mort et gagna la vie. A ne compter que ses années elle était une enfant, mais par son esprit, elle était d'une vieillesse avancée : jeune de corps, mais vieille de coeur, belle de visage, mais plus belle encore par sa foi. Un jour qu'elle revenait des écoles, elle rencontra le fils du préfet, qui en fut épris d'amour. Il lui promit des pierreries, des richesses immenses, si elle consentait à devenir sa femme. Agnès lui répondit : « Eloigne-toi de moi, foyer de péché, aliment de crime, pâture de mort; déjà un autre amant s'est assuré de mon coeur. » Et elle commença à faire l’éloge de cet amant, de cet époux par cinq qualités exigées principalement par les épouses de leurs époux, savoir: noblesse de race, beauté éclatante, abondance de richesses, courage et puissance réelle, enfin amour éminent. « J'en aime un, dit-elle, qui est bien plus noble et de meilleure lignée que toi : sa mère est vierge, son père l’a engendré sans femme ; il a des anges pour serviteurs; sa beauté fait l’admiration du soleil et de la lune ; ses richesses sont intarissables; elles ne diminuent jamais : Les émanations de sa personne ressuscitent les morts, son toucher raffermit les infirmes ; quand je l’aime, je suis chaste, quand je m’approche de lui, je suis pure; quand je l’embrasse, je suis vierge.

« Sa noblesse est plus éminente, sa puissance plus forte, son aspect plus beau, son amour phis suave et plus délicat que toute grâce. »

Ensuite elle exposa cinq avantages que son époux avait accordés à elle et à ses autres épouses. Il leur donne des arrhes avec l’anneau de foi ; il les revêt et les orne d'une variété infinie de vertus; il les marque du sang de sa passion; il se les attache par le lien de l’amour, et les enrichit des trésors de la gloire céleste. « Celui, ajouta-t-elle, qui s'est engagé à moi par l’anneau qu'il a mis à ma main droite, et qui a entouré mon cou de pierres précieuses, m’a revêtue d'un manteau tissu d'or, et m’a parée d'une prodigieuse quantité de bijoux : il a imprimé un signe sur mon visage, afin que je ne prisse aucun autre amant que lui ; et le sang de ses joues s'est imprimé sur les miennes. Ses chastes embrassements m’ont déjà étreinte ; déjà son corps s'est uni au mien ; il m’a montré des trésors incomparables qu'il m’a promis de me donner, si je lui suis fidèle à toujours. » En entendant cela le jeune homme tout hors de lui se mit au lit : ses profonds soupirs indiquent aux médecins qu'il est malade d'amour; .son père en informe la jeune vierge; et sur ce qu'elle l’assure qu'il n'est pas en son pouvoir de violer l’alliance jurée à son premier époux, le préfet cherche à savoir quel est cet époux que se vantait de posséder Agnès. Quelqu'un assura que l’époux dont elle parlait était J.-C., et alors le préfet voulut l’ébranler d'abord par de douces paroles et enfin par la crainte. Agnès lui dit : « Quoi que tu veuilles, fais-le ; tu ne pourras pas obtenir ce que tu réclames. » Et elle se riait aussi bien de ses flatteries que de ses menaces. Le préfet lui dit : « Choisis de deux choses l’une : ou bien sacrifie à la déesse Vesta avec les vierges, si ta virginité t'est chère, ou bien tu seras exposée dans un lieu de prostitution. » Or, comme elle était noble, il ne pouvait la condamner ainsi; il allégua donc contre elle sa qualité de chrétienne. Mais Agnès répondit : « Je ne sacrifierai pas plus à tes dieux que je ne serai souillée par les actions infâmes de qui que ce soit, car j'ai pour gardien de mon corps un ange du Seigneur: »

Le préfet ordonna alors de la dépouiller et de la mener toute nue au lupanar; Mais le Seigneur rendit sa chevelure si épaisse qu'elle était mieux couverte par ses cheveux que par ses vêtements. Et quand elle entra dans le lieu infâme, elle trouva un ange, du Seigneur qui l’attendait et qui remplit l’appartement d'une clarté extraordinaire, en même temps qu'il lui préparait une robe resplendissante de blancheur: Ainsi le lieu de, prostitution devint un lieu d'oraison; et l’on en sortait plus pur que l’on y était entré, tant cette lumière immense vous revêtait d'honneur. Or, le fils du préfet vint au lupanar avec d'autres jeunes gens et il les engagea à entrer les premiers. Mais ils n'y eurent pas plutôt mis les pieds que, effrayés du miracle, ils sortirent pleins de componction. Il les traita de misérables, et entra comme un furieux : mais comme il voulait arriver jusqu'à elle, la lumière se rua sur lui, et parce qu'il n'avait pas rendu honneur à Dieu, il fut étranglé par le diable et expira. A cette nouvelle, le préfet vient tout en pleurs trouver Agnès et prendre des renseignements précis, sur la cause de la mort de son fils. Agnès lui dit : « Celui dont il voulait exécuter les volontés, s'est emparé de lui et l’a tué ; car ses compagnons, après avoir été témoins du miracle qui les avait effrayés, sont sortis sans éprouver aucun malaise. » Le préfet dit : « On verra que tu n'as pas usé d'arts magiques en cela, si tu peux obtenir qu'il ressuscite. » Agnès se met en prière, le jeune homme ressuscite et prêche publiquement la foi, en J.-C. Là-dessus, les prêtres des temples excitent une sédition parmi le peuple et crient hautement ; « Enlevez cette magicienne, enlevez cette malfaitrice, qui change les esprits et égare les coeurs. » Le préfet, à la vue d'un pareil miracle, voulut la délivrer, mais craignant la proscription,;' il la confia à son suppléant ; et il se retira tout triste de ne pouvoir pas la sauver. Le suppléant, qui se nommait Aspasius, la fit jeter dans un grand feu, mais la flamme, se partageant en deux, brûla le peuple séditieux qui était -à l’entour, sans atteindre, Agnès. Aspasius lui fit alors plonger une épée dans la gorge. Ce fut ainsi que le Christ, son époux éclatant de blancheur et de rougeur, la sacra son épouse; et, sa martyre. On croit qu'elle souffrit du temps de Constantin le Grand qui monta sur le trône l’an 309 de J.-C. Quand les chrétiens et ses parents lui rendirent les derniers devoirs avec joie, c'est à peine s'ils purent échapper aux païens qui les accablèrent de pierres.

Emérentienne, sa soeur de lait, vierge remplie de sainteté, mais qui n'était encore que catéchumène, se tenait debout auprès du sépulcre d'Agnès et argumentait avec force contre les gentils qui la lapidèrent mais il se fit des éclairs et un tonnerre si violent que plusieurs d'entre eux périrent, et dorénavant, on n'assaillit plus ceux qui venaient au tombeau de la sainte. Le corps d'Emérentienne fut inhumé à côté de celui de sainte Agnès. Huit jours après, comme ses parents veillaient auprès du tombeau, ils virent un choeur de vierges tout brillant d'habits d'or; au milieu d'elles ils reconnurent Agnès vêtue aussi richement et à sa droite se trouvait un agneau plus éclatant encore. Elle leur dit : « Gardez-vous de pleurer ma mort, réjouissez-vous au contraire avec moi et me félicitez de ce que j'occupe un trône de lumière avec toutes celles qui sont ici. » C'est pour cela que l’on célèbre une seconde fois la fête de sainte Agnès (Saint Ambroise, Bréviaire romain). Constance, fille de Constantin, était couverte d'une lèpre affreuse et quand elle eut connu cette apparition, elle alla au tombeau de sainte Agnès ; et comme sa prière avait duré longtemps, elle s'endormit : elle vit alors la sainte qui lui dit: « Constance, agissez avec constance; quand vous croirez en J.-C., vous serez aussitôt guérie. » A ces mots elle se réveilla et se trouva parfaitement saine; elle reçut le baptême et éleva une basilique sur le corps de sainte Agnès.

Elle y vécut dans la virginité et réunit autour d'elle une foule de vierges qui suivirent son exemple.

Un homme appelé Paulin, qui exerçait les fonctions du sacerdoce dans l’église de sainte Agnès, éprouva de violentes tentations de la chair; toutefois comme il ne voulait pas offenser Dieu, il demanda au souverain pontife la permission de se marier. Le pape voyant sa bonté et sa simplicité: lui donna un anneau dans lequel était enchâssée une émeraude et lui ordonna de commander de sa part à une image de sainte Agnès, peinte en son église, de lui permettre de l’épouser. Comme le prêtre adressait sa demande à l’image, celle-ci lui présenta aussitôt l’annulaire, et après avoir reçu l’anneau, elle retira son doigt, et délivra le prêtre de ses tentations. On prétend que l’on voit encore cet anneau à son doigt. On lit cependant ailleurs que l’église de sainte Agnès tombant en ruines, le pape dit à un prêtre qu'il voulait lui confier une épouse pour qu'il en eût soin et la nourrît (et cette épouse, c'était l’église de sainte Agnès), et lui remettant un anneau; ... il lui ordonna d'épouser ladite image, ce qui eut lieu; car elle offrit son doigt et le retira. Voici ce que dit saint Ambroise de sainte Agnès dans son Livre des Vierges : « Vieillards, jeunes gens, enfants, tous chantent ses louanges : Personne n'est plus louable que celui qui peut être loué par tous. Autant de personnes, autant de panégyristes. On ne parle que pour exalter cette martyre. Admirez tous comment elle a pu rendre témoignage à Dieu, alors qu'elle ne pouvait pas encore être maître d'elle-même en raison de son âge. Elle se comporta de manière à recevoir de Dieu ce qu'un homme ne lui durait pas confié; parce que ce qui est au-dessus de la nature est l’oeuvre de l’auteur de la nature. Dans elle, c'est un nouveau genre de martyre. Elle n'était pas préparée encore pour la souffrance, qu'elle était mûre pour la victoire : elle peut à peine combattre, qu'elle est digne de la couronne elle a été un maître consommé dans la vertu, elle dont l’âge n'avait encore pu développer le jugement. Une épouse n'eût pas dirigé ses pas vers le lit de l’époux comme cette vierge s'est présentée au supplice, joyeuse dans son entreprise, prompte dans sa démarche. » Le même saint dit dans la préface : « La bienheureuse Agnès, en foulant aux pieds les avantages d'une illustre naissance, a mérité les splendeurs du ciel;: en méprisant ce qui fait l’objet du désir des hommes, elle a été associée au partage de la puissance du roi éternel en recevant une mort précieuse pour confesser J.-C : elle mérita en même temps de lui être conforme. »

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii



Agnès est née en 290 à Rome, À l'âge de douze ans, elle rejeta les avances du fils du préfet de Rome qui la courtisait avec empressement, lui déclarant qu'elle était déjà fiancée à quelqu'un de bien plus noble que lui. Le jeune homme tomba malade d'amour. Lorsque son père en connut la raison, il convoqua Agnès qui lui confia qu'elle était chrétienne et consacrée à Jésus-Christ depuis l’âge de dix ans : « Depuis longtemps je suis fiancée à un Époux céleste et invisible; mon coeur est tout à Lui, je Lui serai fidèle jusqu'à la mort. En L'aimant, je suis chaste; en L'approchant, je suis pure; en Le possédant, je suis vierge. Celui à qui je suis fiancée, c'est le Christ que servent les Anges, le Christ dont la beauté fait pâlir l'éclat des astres. C'est à Lui, à Lui seul, que je garde ma foi ». Refusant de lui céder, Agnès fut dépouillée de ses vêtements et conduite, nue, à travers la ville, jusqu'au lieu de prostitution. « Je ne crains rien, dit-elle; mon Époux, Jésus-Christ, saura garder mon corps et mon âme ». En effet, ses cheveux se mirent à pousser miraculeusement recouvrant entièrement son corps. Arrivée dans le lupanar, un ange apparut et l'enveloppa d'une lumière éblouissante, et le lupanar devint un lieu de prière. Alors que le fils du préfet lui rendait visite, bien décidé à la conquérir, un démon l'étrangla et il mourut. Agnès lui rendit la vie, et nouveau prodige, le jeune homme, changé par la grâce, se déclare chrétien. Fou de colère, le préfet ordonna qu'Agnès soit brûlée en place publique comme une sorcière, mais le feu épargna la jeune fille et détruisit ses bourreaux. Finalement, Sainte Agnès fut égorgée. Le bourreau tremble. Agnès l'encourage : « Frappez, dit-elle, frappez sans crainte, pour me rendre plus tôt à Celui que j'aime. Détruisez ce corps qui, malgré moi, a plu à des yeux mortels ». Le bourreau frappe enfin, et l'âme d'Agnès s'envole au Ciel. Sainte Agnès avait treize ans.

Ses principaux attributs sont un agneau blanc, la palme du martyre, un rameau ou une couronne d'olivier, une épée ou un poignard et un bûcher en flammes.



St. Agnes of Rome

Of all the virgin martyrs of Rome none was held in such high honour by the primitive church, since the fourth century, as St. Agnes.

In the ancient Roman calendar of the feasts of the martyrs (Depositio Martyrum), incorporated into the collection of Furius Dionysius Philocalus, dating from 354 and often reprinted, e.g. in Ruinart [Acta Sincera Martyrum (ed. Ratisbon, 1859), 63 sqq.], her feast is assigned to 21 January, to which is added a detail as to the name of the road (Via Nomentana) near which her grave was located. The earliest sacramentaries give the same date for her feast, and it is on this day that the Latin Church even now keeps her memory sacred.
Since the close of the fourth century the Fathers of the Church and Christian poets have sung her praises and extolled her virginity and heroism under torture. It is clear, however, from the diversity in the earliest accounts that there was extant at the end of the fourth century no accurate and reliable narrative, at least in writing, concerning the details of her martyrdom. On one point only is there mutual agreement, viz., the youth of the Christian heroine. St. Ambrose gives her age as twelve (De Virginibus, I, 2; P.L., XVI, 200-202: Haec duodecim annorum martyrium fecisse traditur), St. Augustine as thirteen (Agnes puella tredecim annorum; Sermo cclxxiii, 6, P.L., XXXVIII, 1251), which harmonizes well with the words of Prudentius: Aiunt jugali vix habilem toro (Peristephanon, Hymn xiv, 10 in Ruinart, Act. Sinc., ed cit. 486). Damasus depicts her as hastening to martyrdom from the lap of her mother or nurse (Nutricis gremium subito liquisse puella; in St. Agneten, 3, ed. Ihm, Damasi epigrammata, Leipzig, 1895, 43, n. 40). We have no reason whatever for doubting this tradition. It indeed explains very well the renown of the youthful martyr.

Sources

We have already cited the testimony of the three oldest witnesses to the martyrdom of St. Agnes:
  • St. Ambrose, De Virginibus, I, 2;
  • the inscription of Pope Damasus engraved on marble, the original of which may yet be seen at the foot of the stairs leading to the sepulchre and church of St. Agnes (Sant' Agnese fuori le muri);
  • Prudentius, Peristephanon, Hymn 14.

St. Ambrose

The rhetorical narrative of St. Ambrose, in addition to the martyr's age, gives nothing except her execution by the sword.

Pope Damasus

The metrical panegyric of Pope Damasus tells us that immediately after the promulgation of the imperial edict against the Christians, Agnes voluntarily declared herself a Christian, and suffered very steadfastly the martyrdom of fire, giving scarcely a thought to the frightful torments she had to endure, and concerned only with veiling, by means of her flowing hair, her chaste body which had been exposed to the gaze of the heathen multitude (Nudaque profusum crinem per membra dedisse, Ne domini templum facies peritura videret).

Prudentius

Prudentius, in his description of the martyrdom, adheres rather to the account of St. Ambrose, but adds a new episode: The judge threatened to give over her virginity to a house of prostitution, and even executed this final threat; but when a young man turned a lascivious look upon the virgin, he fell to the ground stricken with blindness, and lay as one dead. Possibly this is what Damasus and Ambrose refer to, in saying that the purity of St. Agnes was endangered; the latter in particular says (loc. cit.): Habetis igitur in una hostiâ duplex martyrium, pudoris et religionis: et virgo permansit et martyrium obtinuit (Behold therefore in the same victim a double martyrdom, one of modesty, the other of religion. She remained a virgin, and obtained the crown of martyrdom). Prudentius, therefore, may have drawn at least the substance of this episode from a trustworthy popular legend.

Agnes beatae virginis

Still another source of information, earlier than the Acts of her martyrdom, is the glorious hymn: Agnes beatae virginis, which, though probably not from the pen of St. Ambrose (since the poet's narrative clings more closely to the account of Damasus), still betrays a certain use of the text of St. Ambrose, and was composed not long after the latter work. (See the text in Dreves, Aur. Ambrosius der Vater des Kirchengesanges, 135, Freiburg, 1893.)

The Acts of the Martyrdom of St. Agnes

The Acts of the Martyrdom of St. Agnes belong to a somewhat later period, and are met with in three recensions, two Greek and one Latin. The oldest of them is the shorter of the two Greeks texts, on which the Latin text was based, though it was at the same time quite freely enlarged. The longer Greek text is a translation of this Latin enlargement (Pio Franchi de Cavalieri, St. Agnese nella tradizione e nella legenda, in Römische Quartalschrift, Supplement X, Rome, 1899; cf. Acta SS., Jan. II, 350 sqq). The Latin, and consequently, the shorter Greek text date back to the first half of the fifth century, when St. Maximus, Bishop of Turin (c. 450-470), evidently used the Latin Acts in a sermon (P.L., LVII, 643 sqq.). In these Acts the brothel episode is still further elaborated, and the virgin is decapitated after remaining untouched by the flames.

After her martyrdom

We do not know with certainty in which persecution the courageous virgin won the martyr's crown. Formerly it was customary to assign her death to the persecution of Diocletian (c. 304), but arguments are now brought forward, based on the inscription of Damasus, to prove that it occurred during one of the third-century persecutions subsequent to that of Decius.

The body of the virgin martyr was placed in a separate sepulchre on the Via Nomentana, and around her tomb there grew up a larger catacomb that bore her name. The original slab which covered her remains, with the inscriptions Agne sanctissima, is probably the same one which is now preserved in the Museum at Naples. During the reign of Constantine, through the efforts of his daughter Constantina, a basilica was erected over the grave of St. Agnes, which was later entirely remodelled by Pope Honorius (625-638), and has since remained unaltered. In the apse is a mosaic showing the martyr amid flames, with a sword at her feet. A beautiful relief of the saint is found on a marble slab that dates from the fourth century and was originally a part of the altar of her church.


Since the Middle Ages St. Agnes has been represented with a lamb, the symbol of her virginal innocence. On her feast two lambs are solemnly blessed, and from their wool are made the palliums sent by the Pope to archbishops.



ST. AGNES, Virgin, Martyr.

ST. AGNES was but twelve years old when she was led to the altar of Minerva at Rome and commanded to obey the persecuting laws of Diocletian by offering incense. In the midst of the idolatrous rites she raised her hands to Christ, her Spouse and made the sign of the life-giving cross. She did not shrink when she was bound hand and foot, though the gyves slipped from her young hands, and the heathens who stood around were moved to tears. The bonds were not needed for her, and she hastened gladly to the place of her torture. Next, when the judge saw that pain had no terrors for her, he inflicted an insult worse than death: her clothes were stripped off, and she had to stand in the street before a pagan crowd, yet even this did not daunt her. "Christ," she said, "will guard His own." So it was. Christ showed, by a miracle, the value which He sets upon the custody of the eyes. Whilst the crowd turned away their eyes from the spouse of Christ, as she stood exposed to view in the street, there was one young man who dared to gaze at the innocent child with immodest eyes. A flash of light struck him blind, and his companions bore him away half dead with pain and terror.

Lastly, her fidelity Christ was proved by flatter and offers of marriage. But she answered, "Christ is my Spouse: He chose me first, and His I will be." At length the sentence of death was passed. For a moment she stood erect in prayer, and then bowed her neck to the sword. At one stroke her head was severed from her body, and the angels bore her pure soul to Paradise. Died-- c. 350?

Reflection.C-Her innocence endeared St. Agnes to Christ, as it has endeared her to His Church ever since. Even as penitents we may imitate this innocence of hers in our own degree. Let us strictly guard our eyes, and Christ, when He sees that we keep our hearts pure for love of Him, will renew our youth and give us back the years which the canker-worm has wasted.



El Greco.Vierge à l’Enfant avec Sainte Martinet Sainte Agnès
1597-1599, 193.5 x 103, National Gallery of Art, Washington

Prayer to St. Agnes of Rome :

Let us gain courage for our own battle

by honoring the martyrdom of the glorious virgin Agnes.

St. Agnes, vessel of honor,

flower of unfading fragrance,

beloved of the choirs of Angels,

you are an example to the worth of virtue and chastity.

O you who wear a Martyr’s palm and a virgin’s wreath,

pray for us that, though unworthy of a special crown,

we may have our names written in the list of Saints. Alleluia.

SOURCE : http://churchartphotography.wordpress.com/2011/01/21/st-agnes-virgin-and-martyr/


St. Agnes

St. Agnes († 304) was a Roman girl who was only thirteen years old when she suffered martyrdom for her Faith. Agnes had made a promise, a promise to God never to stain her purity. Her love for the Lord was very great and she hated sin even more than death! Since she was very beautiful, many young men wished to marry Agnes, but she would always say, “Jesus Christ is my only Spouse.”

Procop, the Governor’s son, became very angry when she refused him. He had tried to win her for his wife with rich gifts and promises, but the beautiful young girl kept saying, “I am already promised to the Lord of the Universe. He is more splendid than the sun and the stars, and He has said He will never leave me!” In great anger, Procop accused her of being a Christian and brought her to his father, the Governor. The Governor promised Agnes wonderful gifts if she would only deny God, but Agnes refused. He tried to change her mind by putting her in chains, but her lovely face shone with joy.

He sent her to a house of prostitution to be tempted. The men who saw her there were afraid to touch her because they saw her courage. It is said one man looked at her with lust in his heart and he was struck blind. Agnes was said to have prayed for him and he regained his sight.

At last, she was condemned to death. Even the pagans cried to see such a young and beautiful girl going to death. Yet, Agnes was as happy as a bride on her wedding day. She did not pay attention to those who begged her to save herself. “I would offend my Spouse,” she said, “if I were to try to please you. He chose me first and He shall have me!” Then she prayed and bowed her head for the death-stroke of the sword.

The name Agnes means lamb. Often used as a sign of gentleness and innocence. She died in 304 and is the Patroness of young girls.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-agnes/