samedi 26 janvier 2013

Saint POLYCARPE, évêque et martyr



Saint Polycarpe, évêque et martyr

Disciple de saint Jean, l'évêque Polycarpe est le dernier témoin de l'âge apostolique. Il mourut sur le bûcher, au milieu du théâtre de Smyrne, en présence de tout le peuple, rendant grâce au Seigneur « d'avoir été jugé digne d'être compté au nombre des martyrs et de participer au calice du Christ ». C'était le 23 février 155, il avait quatre-vingt-six ans.

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/02/23/12941/-/saint-polycarpe-eveque-et-martyr

Saint Polycarpe

Évêque et Martyr

(70-167)

Saint Polycarpe fut un personnage d'une éminente sainteté et d'une très profonde doctrine. Il avait eu le bonheur de connaître plusieurs disciples du Sauveur, et de les entretenir familièrement, surtout l'Apôtre saint Jean, par l'autorité duquel il fut établi évêque de Smyrne.

Homme de grande foi, Polycarpe avait horreur de tout ce qui attaquait la doctrine chrétienne. L'hérétique Marcion s'approcha un jour de lui audacieusement, au moment où Polycarpe détournait la tête pour éviter de le voir, et il lui dit: "Ne me connaissez-vous pas? -- Si, répondit l'évêque, je vous connais pour le fils aîné de Satan." Une telle âme était préparée au martyre.

Le récit de son sacrifice est une des plus belles pages de l'histoire aux premiers siècles. A l'entrée de ce saint vieillard dans l'amphithéâtre, tous les chrétiens présents entendirent une voix mystérieuse qui lui disait: "Courage, Polycarpe, combats en homme de coeur!" Le proconsul lui demanda: "Es-tu Polycarpe? -- Oui, je le suis. -- Aie pitié de tes cheveux blancs, maudis le Christ, et tu seras libre. -- Il y quatre-vingt-six ans que je Le sers et Il ne m'a fait que du bien; comment pourrais-je Le maudire? Il est mon Créateur, mon Roi et mon Sauveur. -- Sais-tu que j'ai des lions et des ours tout prêts à te dévorer? -- Fais-les venir! -- Puisque tu te moques des bêtes féroces, je te ferai brûler. -- Je ne crains que le feu qui brûle les impies et ne s'éteint jamais. Fais venir tes bêtes, allume le feu, je suis prêt à tout." De toutes parts, dans l'amphithéâtre, la foule sanguinaire s'écrie: "Il est digne de mort. Polycarpe aux lions!" Mais les combats des bêtes féroces étaient achevés; on arrêta qu'il serait brûlé vif.

Comme les bourreaux se préparaient à l'attacher sur le bûcher, il leur dit: "C'est inutile, laissez-moi libre, le Ciel m'aidera." Le Saint lève les yeux au Ciel et prie. Tout à coup la flamme l'environne et s'élève par-dessus sa tête, mais sans lui faire aucun mal, pendant qu'un parfum délicieux embaume les spectateurs. A cette vue, les bourreaux lui percent le coeur avec une épée. C'était le 25 avril 167.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950



Les Pères apostoliques (III) : Polycarpe de Smyrne

Cours de patrologie de soeur Gabriel Peters o.s.b., chapitre 2

Vous trouverez ici le chapitre sur saint Polycarpe de Smyrne publié dans le manuel de patrologie de Soeur Gabriel Peters. Les Pères apostoliques sont ceux qui sont réputés avoir connu les apôtres.

I. Sources à consulter

II. Vie de Polycarpe

III. La lettre Aux Philippiens

- 1. État du texte

- 2. Occasion et date de la lettre

- 3. Style de la lettre

- 4. Aperçu de la lettre

IV. Le récit du martyre de Polycarpe

- 1. Genre littéraire

- 2. Sources du texte

- 3. Auteur de la lettre

- 4. Date de la lettre

- 5. Aperçu sur la lettre

Conclusion : Physionomie morale de Polycarpe

• Il y a quatre-vingt-six ans que je sers le Christ et il ne m’a jamais fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ?

Martyre de Polycarpe, 9.

• Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé et béni, qui nous a appris à te connaître, Dieu des Anges, des Puissances et de toute la création, Dieu de toute la famille des justes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs, et d’avoir part avec eux au calice de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint !… Pour cette grâce et pour toutes choses, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l’éternel grand-prêtre du ciel, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé. Par lui, gloire soit à Toi, avec Lui et le Saint-Esprit, maintenant et dam les siècles à venir. Amen.

Martyre de Polycarpe, 14.

I. SOURCES À CONSULTER

Pour l’étude de saint Polycarpe de Smyrne (69-155 ?), auteur d’une lettre aux Philippiens, voici les sources dont nous disposons :

1. L’œuvre écrite de saint Polycarpe, soit la Lettre aux Philippiens

2. Trois lettres de saint Ignace d’Antioche, soit celles qu’il adresse aux Éphésiens, à saint Polycarpe et aux Smyrniotes.

3. La lettre appelée communément Martyre de saint Polycarpe : lettre de l’Église de Smyrne à la communauté chrétienne de Philomelium « et à toutes les chrétientés du monde appartenant à l’Église catholique ». Cette lettre authentique et admirable est écrite moins d’un an après le martyre.

4. Dans l’œuvre de saint Irénée de Lyon (vers 180) qui fut, très jeune encore, disciple de saint Polycarpe : la lettre à Florinus (autre disciple de saint Polycarpe), la lettre au pape Victor (Adversus haereses III, 3, 4).

5. Eusèbe, Histoire ecclésiastique IV, 14 et 15.

6. Une vie de saint Polycarpe doit être rejetée : elle est entièrement légendaire et faussement attribuée au prêtre Pionius de Smyrne dont la dévotion à Polycarpe était connue et qui fut martyrisé sous l’empereur Dèce (250). Elle est écrite sans doute vers l’an 400. Elle demeure précieuse cependant car elle seule cite dans son entier la lettre connue sous le nom de Martyre de Polycarpe.

II. VIE DE POLYCARPE

En consultant les différentes sources que nous venons de citer nous pourrons retracer la vie de saint Polycarpe.

****Polycarpe est né de parents chrétiens vers l’an 69.

Voici comment on en arrive à cette double conjecture :

• Il y a quatre-vingt-six ans que je sers le Christ !

Martyre 9

Ainsi parle Polycarpe au matin même de son martyre. Or le martyre du bienheureux Polycarpe est daté :

• Polycarpe souffrit le martyre le second jour du mois de Xanthice, sept jours avant les calendes de mars, le jour du grand sabbat, à la huitième heure. Il fut fait prisonnier par Hérode, sous le pontificat de Philippe de Tralles. Statius Quadratus était proconsul de la province d’Asie, et notre Seigneur Jésus-Christ régnait dans tous les siècles. À lui soient rendus gloire, honneur, majesté, royauté éternelle, de génération en génération. Amen.

Martyre 21

D’après les calculs, cette date pourrait être, soit le 23 février 155, soit le 22 février 156 [1].

Sans doute, les « 86 ans de service » du martyr Polycarpe sont-ils ceux de sa vie, il serait donc né en 69 ou 70. D’autre part, on le pense, ces 86 ans sont comptés à partir du baptême, reçu dès le plus jeune âge. Par voie de conséquence, on suppose Polycarpe né de parents chrétiens.

Il fut le disciple de Jean et d’autres témoins du Seigneur

• Je me souviens, écrit Irénée à Florinus, que quand j’étais encore enfant, dans l’Asie inférieure, où tu brillais alors par ton emploi à la cour [2], je t’ai vu près de Polycarpe, cherchant à acquérir son estime. Je me souviens mieux des choses d’alors que de ce qui est arrivé depuis, car ce que nous avons appris dans l’enfance croît dans l’âme, s’identifie avec elle : si bien que je pourrais dire l’endroit où le bienheureux Polycarpe s’asseyait pour causer, sa démarche, sa physionomie, sa façon de vivre, les traits de son corps, sa manière d’entretenir l’assistance, comment il racontait la familiarité qu’il avait eue avec Jean et les autres qui avaient vu le Seigneur. Et ce qu’il leur avait entendu dire sur le Seigneur et sur ses miracles et sur sa doctrine. Polycarpe le rapportait comme l’ayant reçu des témoins oculaires du Verbe de Vie, le tout conforme aux Écritures.

IRENEE, Lettre à Florinus, citée par EUSEBE, H.E. V, 20, 4-6.

• Et Polycarpe ? Non seulement, il a été instruit par les Apôtres et a vécu avec beaucoup de ceux qui ont vu Notre-Seigneur, mais c’est encore par les Apôtres que dans l’Église de Smyrne en Asie, il a été constitué évêque. Nous-même l’avons vu dans notre premier âge (car il a vécu longtemps et était tout à fait vieux lorsqu’il est sorti de cette vie par un très glorieux et illustre martyre). Or il a toujours enseigné ce qu’il avait appris des Apôtres, cette doctrine que l’Église aussi transmet et qui est la seule vraie. Toutes les Églises qui sont en Asie l’attestent, et tous ceux qui jusqu’à ce jour ont succédé à Polycarpe. Un tel homme est un témoin de la vérité autrement sûr et digne de foi que Valentin, Marcion, et tous les autres qui pensent de travers.

IRENEE, Adv. haer. III, 34.

• Anicet ne pouvait pas persuader Polycarpe de ne pas observer ce que, avec Jean, le disciple de Notre-Seigneur, et les autres Apôtres avec qui il avait vécu, il avait toujours observé…

IRENEE, Lettre au pape Victor, citée par EUSEBE, H.E. V, 24, 16.

Il fut établi évêque de Smyrne

Nous ignorons à quelle date Polycarpe fut institué évêque de Smyrne. Saint Irénée vient de nous dire : « C’est… par les Apôtres que dans l’Église de Smyrne en Asie, il a été constitué évêque » (Adv. haer. III, 3, 4). Ce qui est certain, c’est que Polycarpe est évêque et évêque monarchique lors du passage d’Ignace d’Antioche à Smyrne, donc aux environs de l’an 107. Le style paternel et un peu protecteur de la lettre d’Ignace nous a suggéré que Polycarpe était alors assez jeune encore (si l’hypothèse admise plus haut est juste, il aurait eu une quarantaine d’années).

Polycarpe n’est pas d’origine juive

Ce qui nous autorise à le supposer, c’est son ignorance de l’Ancien Testament. Lui-même l’avoue ingénument :

• Je suis persuadé que vous êtes très versés dans les saintes Lettres qui ne renferment pas de secret pour vous. Moi, je ne puis en dire autant.

Phil. 12, 1

Dans cet humble aveu, il n’y a nulle exagération, semble-t-il. Dans une lettre qui n’est qu’un tissu de citations, Polycarpe ne cite guère l’Ancien Testament.

Polycarpe reçut à Smyrne l’évêque Ignace d’Antioche marchant vers le supplice

Ignace nous dit son affection pour Polycarpe et loue sa piété :

• C’est de cette ville (= Smyrne) que je vous écris, aimant Polycarpe comme je vous aime vous-même.

Eph. 21, 1

• Je rends hommage à ta piété solidement établie comme sur un roc inébranlable.

A Polyc., 1

L’aversion profonde de Polycarpe pour l’hérésie est bien connue :

La piété de Polycarpe à laquelle Ignace rend hommage est basée sur sa foi solide, foi pour laquelle « ferme comme l’enclume sous le marteau » (A Polyc., 3), il sacrifiera sa vie. Aussi a-t-il l’hérésie en horreur :

• Je puis témoigner en face de Dieu que si ce presbytre bienheureux et apostolique avait entendu quelque chose de semblable à ce que tu dis, Florinus [3], il aurait poussé des cris et se serait bouché les oreilles, en disant, selon qu’il était accoutumé : « O Dieu bon, pour quel temps m’as-tu réservé, pour que je supporte cela ? » Et il se serait enfui du lieu dans lequel, assis ou debout, il aurait entendu de telles paroles.

IRENEE, Lettre à Florinus, citée par EUSEBE, H.E. V, 20, 7.

Il se souvient en cela de l’exemple de Jean, son maître :

• Certains ont entendu Polycarpe conter que Jean, le disciple du Seigneur, étant allé aux bains à Éphèse, aperçut Cérinthe à l’intérieur ; alors, sans se laver, il bondit hors de l’établissement : « Sauvons-nous, dit-il, de crainte que les bains ne s’écroulent puisque Cérinthe, l’ennemi de la vérité, est à l’intérieur ! »

IRENEE, Adv. haer. III, 3, 4

Polycarpe a écrit plusieurs lettres.

Irénée en témoigne :

• Par les lettres qu’il envoyait, soit aux Églises voisines pour les affermir, soit à certains frères pour les avertir et les exhorter…

IRENEE, Lettre à Florinus, citée par EUSEBE, H.E. V, 20, 8

Une seule d’entre elles nous est conservée :

Il s’agit de la lettre aux Philippiens et Irénée lui-même ne mentionne expressément que cette lettre :

• Il existe encore une importante lettre de Polycarpe adressée aux Philippiens, où tous ceux qui le désirent et qui ont leur salut à cœur peuvent apprendre en même temps et la frappe de sa foi et la prédication de la Vérité.

IRENEE, Adv. haer. III, 3, 4

Cette lettre est écrite - nous allons l’étudier - peu après le passage d’Ignace à Smyrne.

Vers 154, Polycarpe rencontra à Rome le pape Anicet

[4].

Sans doute est-ce une quarantaine d’années après la rédaction de la lettre aux Philippiens que se place le voyage à Rome :

• Le bienheureux Polycarpe ayant fait un séjour à Rome sous Anicet, ils eurent l’un avec l’autre d’autres divergences sans importance, mais ils firent aussitôt la paix, et sur ce chapitre ils ne se disputèrent pas entre eux. En effet, Anicet ne pouvait persuader Polycarpe de ne pas observer ce que, avec Jean, le disciple de Notre-Seigneur, et les autres apôtres avec qui il avait vécu, il avait toujours observé ; et Polycarpe de son côté ne persuada pas Anicet de garder l’observance ; car il disait qu’il fallait retenir la coutume des presbytres antérieurs à lui. Et les autres choses étant ainsi, ils communièrent l’un avec l’autre, et à l’église, Anicet céda l’Eucharistie à Polycarpe, évidemment par déférence ; ils se séparèrent l’un de l’autre dans la paix ; et dans toute l’Église on avait la paix, qu’on observât ou non le quatorzième jour.

IRENEE, Lettre au pape Victor, citée par EUSEBE, H.E. V, 24, 16-17.

Il s’oppose avec force à Marcion qui l’abordait :

• Et Polycarpe lui-même, à Marcion qui s’avançait un jour vers lui en disant : « Reconnais-moi » : « Je reconnais, dit-il, le premier-né de Satan ».

IRENEE, Adv. haer. III, 3, 4

On pense communément que cette rencontre se fit à Rome [5]

Il est certain que Polycarpe eut une activité apostolique très intense :

Gardien jaloux de la foi, Polycarpe convertit de nombreux hérétiques :

• Au cours d’un voyage à Rome sous Anicet, Polycarpe convertit à l’Église de Dieu beaucoup des hérétiques dont il vient d’être question, proclamant qu’il n’avait reçu des Apôtres qu’une seule et unique vérité, celle-là même qui est transmise par l’Église.

IRENEE, Adv. haer. III, 3, 4

A l’heure de son martyre, la foule en témoignera « en vociférant » :

• Le voilà, le docteur de l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux, qui par son enseignement empêche tant de gens de leur sacrifier, de les adorer.

Martyre, 12

Polycarpe subit le martyre

lors d’une persécution qui éclata à Smyrne, sous le proconsulat de Statius Quadratus. Les Actes nous donneront tous les détails de ce martyre : l’évêque de Smyrne fut brûlé vif ; instruit par une vision, il en avait fait la prophétie. Mais le feu ne consumant pas le corps, d’un coup de poignard, on acheva le vieillard. Selon la coutume païenne, la dépouille fut ensuite brûlée. Les chrétiens de Smyrne en recueillirent les ossements.

III. LA LETTRE AUX PHILIPPIENS

1. État du texte

L’épître aux Philippiens compte quatorze chapitres. Eusèbe cite dans leur texte grec les chapitres 9 à 13 : il les avait donc encore au IVe siècle sous les yeux. Quant à nous, nous ne pouvons plus nous référer, pour posséder le texte complet, qu’à une assez médiocre version latine.

Neuf manuscrits grecs [6] existent cependant, mais incomplets. Tous doivent dépendre d’une source unique, car ils présentent la même étrange anomalie : au ch. 9 se soude immédiatement, comme au milieu d’une phrase, la deuxième partie de la lettre dite de Barnabé. Le copiste n’aura pas remarqué la disparition de plusieurs feuillets dans son modèle.

2. Occasion et date de la lettre

Les chapitres 1, 3, 9 et 13 de la lettre aux Philippiens nous en indiquent l’occasion et la date.

Occasion : pour répondre à une demande des Philippiens, Polycarpe leur envoie les lettres d’Ignace d’Antioche. S’il joint une exhortation à sa lettre, c’est parce que les Philippiens en ont exprimé le désir :

• Les épîtres d’Ignace, tant celles qu’il nous a adressées que d’autres que nous possédons de lui, nous vous les envoyons toutes, selon votre demande, elles sont jointes à la présente lettre.

13

• Frères, ce n’est pas de mon propre mouvement que je vous écris ainsi sur la justice, c’est parce que vous m’y avez invité.

3

Date : la lettre est écrite peu après le passage d’Ignace suivi de sa mort [7]. Polycarpe n’a pu encore envoyer en Syrie un délégué comme l’évêque d’Antioche le lui avait instamment demandé, il se propose d’ailleurs d’y aller lui-même s’il le peut. Il demande qu’on lui communique des nouvelles sûres d’Ignace et de ses compagnons. On peut donc dater la lettre de l’an 107.

• J’ai pris en Notre-Seigneur Jésus-Christ une grande part à la joie que vous avez eue d’accueillir les images de la vraie charité et d’escorter, ainsi qu’il vous appartenait, les captifs chargés de ces fers vénérables qui sont les diadèmes des véritables élus de Dieu et de Notre-Seigneur.

1

Montrez cette indéfectible patience que vous avez contemplée de vos propres yeux, non seulement dans les bienheureux Ignace, Zozime et Rufus, mais aussi en d’autres qui étaient de chez vous, en Paul lui-même et dans les autres apôtres, bien persuadés que ces hommes n’ont pas couru en vain mais dans la foi et la justice et que maintenant fis occupent auprès du Seigneur dont ils ont partagé les souffrances, la place qui leur est due. Car ce n’est pas le siècle présent qu’ils ont aimé mais celui qui est mort pour nous et que Dieu a ressuscité à cause de nous.

9

Vous m’avez écrit, vous et Ignace, de confier aussi votre lettre à celui qui éventuellement se rendra en Syrie. Je le ferai si je trouve une occasion favorable, soit moi-même, soit celui que j’enverrai pour vous représenter avec moi. Nous vous envoyons les lettres d’Ignace, comme vous nous l’avez demandé, celles qu’il nous a adressées et toutes les autres que nous avons chez nous. Elles sont jointes à la présente lettre et vous pourrez en tirer grand profit, car elles renferment foi, patience et toute édification en Notre-Seigneur. Faites-nous savoir ce que vous aurez appris de sûr au sujet d’Ignace et de ses compagnons.

13

3. Style de la lettre

La lettre de saint Polycarpe appartient au genre parénétique elle se compose d’une suite d’exhortations sur la fidélité à la vraie foi et à la pratique de la vie chrétienne.

Elle se distingue par sa forme sans apprêt. Toutes les pensées et presque toutes les paroles de Polycarpe sont empruntées à d’autres auteurs qu’il s’est entièrement assimilés. On compte une quarantaine d’emprunts à saint Clément de Rome. Les citations de la première épître de saint Pierre abondent, comme le remarquait Eusèbe :

• … Polycarpe, dans sa lettre aux Philippiens dont on vient de parler et qui est conservée jusqu’à présent, se sert de témoignages tirés de la première épître de Pierre.

EUSEBE, H.E. IV, 14, 9

Les emprunts aux épîtres de saint Paul sont nombreux et c’est surtout l’épître aux Philippiens - on le comprend - qui fournit à Polycarpe ses citations. Enfin, on peut compter sept citations de saint Jean.

L’ensemble, très simple, manque d’originalité. La puissance doctrinale de la lettre est réelle, mais elle n’est pas due à la pensée personnelle de Polycarpe.

4. Aperçu de la lettre

La lettre comprend, nous l’avons dit, 14 petits chapitres. Il est facile de faire le plan de la première partie, ch. 1 à 6.

• Conseils aux fidèles (ch. 1 à 5).

• Conseils aux diacres (ch. 5, 1-3) aux jeunes gens et aux vierges (ch. 5, 3).

• Conseils aux presbytres (ch. 6).

La deuxième partie (ch. 7 à 13) est une suite de conseils divers adressés à toute la communauté, mais il faut y relever deux chapitres plus circonstanciés, les ch. 7 et 11 : le chapitre 7 est une mise en garde contre le docétisme [8] ; le chapitre 11 fait allusion à un scandale de l’Église de Philippes, celui du presbytre Valens et de sa femme, coupables « d’amour de l’argent ».

Enfin, la conclusion - ch. 13 et 14 -, sert de billet d’envoi des lettres d’Ignace [9].

Voyons la lettre d’un peu plus près :

Dans les conseils aux fidèles, on doit remarquer l’insistance avec laquelle Polycarpe parle de la foi : la solide racine de leur foi porte des fruits (1, 2), qu’ils relisent la lettre du « bienheureux et glorieux Paul » pour les affermir dans la foi qu’ils ont reçue (3) car cette foi est notre « mère à tous » (cf. Ga 4, 26) (ch. 3).

Les diacres sont diacres (serviteurs) de Dieu et du Christ et non des hommes (5, 2) ; qu’ils marchent dans la voie de la vérité tracée par le Seigneur qui s’est fait le diacre (serviteur) de tous (5, 2).

Les jeunes gens doivent mettre un frein à leurs moindres mauvais désirs, s’affranchir de toutes les passions de ce monde, car toute passion combat contre l’esprit (5, 3).

L’évêque Polycarpe et ses presbytres (voir la suscription) s’adressent alors aux presbytres de l’Église de Philippes. On a remarqué que l’évêque de Philippes n’est nulle part mentionné.

Y avait-il à Philippes un évêque ? Si les lettres d’Ignace d’Antioche attestent l’existence d’un épiscopat monarchique, elles ne prouvent pas, pour autant, que cet état de choses, normal alors, ait été déjà généralisé. Quoi qu’il en soit, l’évêque de Smyrne parle conjointement avec son collège presbytéral :

• (Les jeunes gens doivent) se soumettre aux presbytres et aux diacres, comme à Dieu et au Christ.

5, 3

Les presbytres sont exhortés à la bienveillance :

• Qu’ils ne croient pas facilement au mal, qu’ils ne soient pas durs dans leurs jugements, se rappelant que nous avons tous contracté la dette du péché.

6, 1

Le chapitre 7 - cri d’alarme contre l’hérésie -, est important. L’erreur dénoncée est bien la même que celle contre laquelle combattait Ignace d’Antioche ; de part et d’autre, nous avons un écho direct de l’enseignement de saint Jean contre le docétisme.

• Quiconque refuse en effet de reconnaître que Jésus-Christ est venu en chair, est un antéchrist (1 Jn 4, 2, 3 et 2 Jn 7). Celui qui ne confesse pas le témoignage de la croix est du diable. Celui qui infléchit les paroles du Seigneur selon ses propres désirs en niant la résurrection et le jugement est le premier-né de Satan [10].

7

Ce qui est recommandé par-dessus tout - et ceci est capital -, c’est la fidélité à la tradition :

• Disons donc adieu aux vanités de la foule et aux fausses doctrines, revenons à l’enseignement qui nous a été transmis dès le commencement [11].

7, 2

Nous citons ci-après Mgr Batiffol afin de souligner l’importance de cette recommandation qui est constante dès les débuts du christianisme : « La méthode de foi que Polycarpe esquisse, dès avant l’an 120, c’est la soumission des fidèles aux presbytres en chaque Église, c’est la fidélité à l’enseignement donné dès le commencement par les apôtres qui ont évangélisé les Églises [12]« .

Au chapitre 8, Polycarpe recommande l’imitation du Christ dans sa patience, le passage est bien émouvant si on pense au martyre de Polycarpe, qui lui donnera toute sa vérité :

• Ayons donc sans cesse les yeux attachés sur notre espérance et le gage de notre justice, c’est-à-dire sur Jésus-Christ « qui a emporté nos péchés en son propre corps sur le bois, qui n’a point commis de péché et dans la bouche duquel ne s’est trouvé aucun artifice » (1 P 2, 24 et 22), mais qui a tout enduré pour nous afin que nous ayons la vie en lui. Tâchons donc d’imiter sa patience et si nous venons à souffrir pour lui, rendons-lui gloire. Tel est le modèle qu’il nous a proposé en sa personne et nous y avons cru.

« Profondément affligé au sujet du presbytre Valens et de son épouse », Polycarpe recommande envers eux la charité :

• Puisse le Seigneur leur inspirer un repentir sincère. De votre côté, montrez de la discrétion à leur égard, ne les regardez pas comme des ennemis (2 Th 3, 15), mais tâchez de les ramener comme des membres infirmes et égarés pour sauver votre corps tout entier. Ce faisant, vous travaillerez à vous édifier (construire) vous-mêmes [13].

11

Vers la fin de la lettre, on trouve une formule solennelle à laquelle se joint la recommandation de prier pour les autorités : que l’on se rappelle la grande prière de Clément. Tout ici est plus modeste, mais le schéma est le même :

• Que Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que le Pontife éternel lui-même, Jésus-Christ, Fils de Dieu, vous fasse croître dans la foi et la vérité, dans une douceur parfaite et exempte de tout emportement, dans la patience et la longanimité, dans la résignation, dans la chasteté ; que Dieu vous donne part à l’héritage de ses saints, qu’il nous y fasse participer avec vous, nous et tous ceux qui sont sous le ciel, qui croiront en Notre-Seigneur Jésus-Christ et en son Père qui l’a ressuscité d’entre les morts. Priez pour tous les saints. Priez aussi pour les rois, les magistrats et les princes, pour ceux qui vous persécutent et vous haïssent, et pour les ennemis de la croix : ainsi les fruits que vous porterez seront manifestes aux yeux de tous, et vous serez parfaits en Jésus-Christ [14].

12

On peut le remarquer : la lettre de Polycarpe (ce nom veut dire : qui porte des fruits nombreux) débutait en félicitant les Philippiens des fruits que portait leur foi, elle se termine en leur souhaitant de porter des fruits. Sans doute, ce jeu de mots est-il voulu. Ignace, appelé « Théophore » aimait de dire que nous « portions Dieu ».

IV. LE RECIT DU MARTYRE DE POLYCARPE

1. Genre littéraire

Le martyre de Polycarpe, publié sur patristique.org, nous est raconté en détail dans une lettre que l’Église de Smyrne adresse à l’Église de Philomélium et à toutes les chrétientés du monde appartenant à l’Église catholique [15].

Tout le monde s’accorde à voir dans ce document le plus ancien exemple connu et aussi le plus beau des « Actes des martyrs ». À parler strictement cependant, ce n’est pas tout à fait exact, car ce récit relève du genre épistolaire du christianisme primitif [16].

Voici comment on peut classer les « Actes des Martyrs » :

• Les Acta ou Gesta : procès-verbaux officiels encadrés dans un récit édifiant.

• Les Passiones ou Martyria : récits composés par des témoins ou des contemporains dignes de foi.

• Les légendes des martyrs : récits écrits tardivement et sans valeur historique.

La lettre de l’Église de Smyrne servit certainement de modèle aux écrits similaires postérieurs : une comparaison de cette lettre avec celle des Églises des Gaules sur les Martyrs de Lyon en fournit la preuve. Aussi peut-on souscrire au jugement de Renan : « Ce beau morceau constitue le plus ancien exemple connu des Actes de martyre. Il fut le modèle qu’on imita et qui fournit la marche et les parties essentielles de ces sortes de compositions » [17].

La lettre de l’Église de Smyrne a une valeur historique certaine. Nous citerons simplement les avis du Père Delehaye, bollandiste, et du Père Lebreton : « C’est le plus ancien document hagiographique que nous possédions et il n’y a qu’une voix pour dire qu’il n’en existe pas de plus beau. Il suffit de le relire et de peser chaque phrase pour se persuader que ce récit est ce qu’il prétend être, la relation d’ un contemporain qui a connu le martyr, l’a vu au milieu des flammes, a touché de ses mains les restes du saint corps » [18]. « L’historien des origines de la religion chrétienne ne saurait souhaiter un texte plus autorisé » [19].

2. Sources du texte

Deux sources indépendantes - l’une est incomplète - nous transmettent le récit du martyre de saint Polycarpe :

• Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique IV, 15, résume la lettre (chap. 2 à 7), après quoi il en cite heureusement la plus grande partie (chap. 8 à 19).

• Une soixantaine d’années plus tard, vers 400, l’auteur inconnu qui se fait faussement passer pour le prêtre Pionius de Smyrne (mort martyr en 250), insère dans sa Vie de Polycarpe légendaire le texte complet de la lettre de l’Église de Smyrne appelée Martyre de saint Polycarpe.

L’auteur étant suspect, le texte de la lettre ne l’est-il pas devenu lui aussi ? N’y a-t-il pas eu corruption du document ?

Une comparaison avec le récit et les extraits cités par Eusèbe permet d’affirmer que, dans son ensemble, le texte de la lettre fut respecté. Voici l’exemple le plus frappant d’un changement introduit :

• Voyant que les flammes ne pouvaient attaquer le corps de Polycarpe, les impies ordonnèrent au bourreau d’aller le percer de son poignard. À peine l’eût-il fait qu’une colombe s’échappa du bûcher…

16

L’apparition de la colombe est due à une interpolation ! Dans la Vita, cette même colombe légendaire planait sur la tête de l’évêque lors de sa consécration.

Le faux Pionius ajouta aussi à la lettre un appendice (22, 3) destiné à raconter l’histoire du manuscrit et de sa transmission.

Tous les manuscrits connus ont cet appendice : il est donc certain que tous dérivent du texte cité par le faux Pionius.

3. Auteur de la lettre

Le chapitre 20 nous renseigne très clairement : ce « récit sommaire » a été rédigé par un certain Marcion, un frère de l’Église de Smyrne. Le copiste qui transcrit la lettre est Evariste.

Ce récit peut être regardé comme sommaire, si on pense aux onze martyrs qui ont précédé Polycarpe,

• Il (= Polycarpe) fut le douzième qui souffrit le martyre à Smyrne, mais c’est de lui surtout qu’on a gardé le souvenir, au point que partout les païens eux-mêmes parlent de lui.

19

En ce qui concerne Polycarpe cependant, on ne voit pas bien quels détails encore pourraient être fournis.

4. Date de la lettre

A s’en tenir aux termes mêmes de la lettre, on peut affirmer que celle-ci fut écrite peu de temps après l’événement :

• des témoins oculaires [20] ont chargé Marcion de rédiger le récit.

• ce récit est abrégé : c’est en attendant l’histoire détaillée des événements qu’il fut rédigé :

• Vous nous avez priés de vous envoyer l’histoire détaillée de ces événements ; mais en attendant, nous vous en avons fait rédiger un récit sommaire par notre frère Marcion.

20

• au jour anniversaire du martyre, les chrétiens se proposent de se réunir autour des reliques (18).

D’autre part, il faut remarquer que Philomelium (l’actuelle Akschéher) étant distante de plus de 400 km de Smyrne, il a fallu un certain temps pour que la correspondance puisse s’établir entre les deux communautés.

On peut donc conclure : la lettre est écrite moins d’un an après le martyre de Polycarpe.

5. Aperçu sur la lettre

Une lecture de la lettre permettra de mettre en relief la personnalité si attachante du vénérable vieillard Polycarpe. C’est ce point de vue surtout qui nous guidera dans le choix des extraits. Cependant, dès la suscription, une remarque intéressante s’impose sur l’emploi du terme « catholique ».

• … lettre que l’Église de Smyrne adresse à l’Église de Philomelium et à toutes les chrétientés du monde appartenant à l’Église catholique.

Nous citons les trois passages de la lettre où le terme est encore employé :

• Polycarpe acheva enfin sa prière dans laquelle il avait fait la mention de tous ceux qu’il avait jamais connus, petits ou grands, illustres ou obscurs, et de toute l’Église catholique répandue sur la surface de la terre.

8, 1

• Au nombre de ceux-ci (= des élus), doit être rangé Polycarpe, ce très glorieux martyr, qui, à notre époque, fut, par ses enseignements, un apôtre et un prophète et l’évêque de l’Église catholique de Smyrne.

16, 2

• Maintenant, Polycarpe glorifie Dieu le Père tout-puissant et il bénit notre Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur de nos âmes, le pilote de nos corps, le pasteur de l’Église catholique répandue sur toute la terre.

19, 2

On se souvient du texte le plus ancien où est employé le terme « catholique ». Il est de saint Ignace d’Antioche : « Partout où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique » (Smyrn. 8, 2). Il signifie « universelle ». Dans le texte cité ci-dessus (16, 2), nous pouvons constater que le mot a pris une deuxième acception : « orthodoxe » par opposition à hérétique ou schismatique, puisqu’il ne serait pas possible de parler de « l’Église universelle de Smyrne » ! Dans ce sens, le terme se retrouve dans le Canon de Muratori [21] puis dans les œuvres de Clément d’Alexandrie, etc.

Ce sens nouveau est né le jour où l’Église chrétienne dut distinguer la véritable Église des sectes chrétiennes qui s’en détachaient. Or nous savons qu’à Smyrne existaient, au milieu du second siècle, des sectes gnostiques : Marcionites, Valentiniens, etc.

Dès le début de la lettre, un parallélisme voulu s’établit entre le martyre de Polycarpe et la passion du Sauveur :

• Polycarpe, comme le Seigneur lui-même, a patiemment attendu d’être livré.

1, 2

Ce parallélisme, un peu forcé parfois, se maintiendra tout au long de la lettre. Le martyre, en effet, est par excellence l’imitation du Sauveur [22].

Les chapitres 2 à 4 sont consacrés au récit très sommaire [23] d’autres martyres. Relevons ces mots :

• Le Seigneur se tenait à leurs côtés et s’entretenait avec eux.

2, 2

« Dans cette expression si simple et si profonde, écrit le Père Lebreton [24], ne retrouve-t-on pas cette familiarité qui nous charme chez sainte Perpétue : Ego, quae me sciebam fabulari cum Domino… ? On la retrouve chez sainte Blandine et exprimée dans les mêmes termes : au milieu de ses tortures atroces, elle ne sentait pas ce qu’elle souffrait, grâce à l’espérance, à l’attachement aux biens de la foi et à « sa conversation avec le Christ [25]« . Un seul chrétien apostasia : ce fut le Phrygien Quintus qui avait eu la présomption de se livrer :

• Aussi, frères, n’approuvons-nous pas ceux qui se livrent d’eux-mêmes : ce n’est d’ailleurs pas là ce qu’enseigne l’Évangile.

4

Au chapitre 5 commence le récit circonstancié du martyre de Polycarpe. Sur les instances de ses conseillers, l’évêque de Smyrne se retire dans une petite maison de campagne :

• Nuit et jour, il ne faisait que prier pour tous les hommes et pour les Églises du monde entier (l’oikoumenè) selon son habitude. Trois jours avant son arrestation pendant qu’il priait, il eut une vision : il vit son oreiller consumé par le feu. Se tournant vers ses compagnons, il leur dit : « Je dois être brûlé vif ».

5, 1-2

Devant l’insistance des recherches, Polycarpe se retire dans une autre villa. Mais « associé du Christ » (ch. 6), il fut trahi par l’un des siens : jeune esclave mis à la torture.

L’arrestation eut lieu.

• C’était un vendredi, vers l’heure du souper… Il eût pu encore s’échapper… mais il ne le voulut pas et dit : « Que la volonté de Dieu soit faite ».

7, 1

• Il leur (aux policiers) fit servir à manger et à boire à volonté, il leur demanda de lui accorder une heure pour prier librement. Ils y consentirent ; alors, se tenant debout, Polycarpe se mit en prière, tellement rempli de la grâce de Dieu que, deux heures durant, il ne put s’interrompre…

7, 2-3

Dans cette longue prière, il avait fait mention de tous ceux qu’il avait jamais connus, petits ou grands… et de toute l’Église catholique répandue sur la surface de la terre.

On l’emmena, monté sur un âne, à la ville. Deux magistrats - Hérode et son père Nicète - le prirent ensuite dans leur voiture et s’efforcèrent de le persuader :

• Quel mal y a-t-il donc à dire : César est le Seigneur

8

De tels mots, pour un chrétien, étaient la négation directe de la Seigneurie de Jésus, de sa divinité : « Jésus est Seigneur » (1 Co 12, 3).

Outrés du refus du vieillard, les magistrats le chassèrent brutalement de la voiture. Polycarpe tomba et s’écorcha la jambe.

• Sans même se retourner, et comme s’il ne lui était rien arrivé, Polycarpe reprit la route à pied, allègrement et d’un pas rapide.

8, 3

On le conduisit vers le stade où régnait un grand tumulte. Les chrétiens entendaient une voix venue du ciel qui disait : « Sois fort, Polycarpe, et agis en homme » [26]. Engagé à renier et à crier ensuite : « Plus d’athées », Polycarpe, très grave, montrant la foule, les yeux levés au ciel, dit avec un profond soupir : « Plus d’athées » [27]. Sommé alors de maudire le Christ, Polycarpe répond :

• Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers et il ne m’a jamais fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ?

9, 3

Le dialogue se poursuit et il semble certain qu’il ait été pris sur le vif. Polycarpe propose de discuter avec le proconsul, mais se refuse à le faire devant le peuple : « Quant à ceux-là, je ne les juge pas dignes (ἀξίους) d’entendre ma défense. » On traduirait peut-être mieux l’idée en disant qu’ils ne sont pas désignés pour cela : Polycarpe se refuse à un procédé qui ne convient pas.

• Polycarpe donna ces réponses avec joie et assurance. Son visage rayonnait de la grâce divine. Ce n’était pas lui que l’interrogatoire avait troublé, mais le proconsul.

12, 1

À l’accusation de christianisme, la foule vociféra :

• Le voilà, le docteur de l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux, celui qui, par ses enseignements, détourne tant de gens de sacrifier et d’adorer.

12, 2

Les combats des bêtes étaient terminés, aussi Polycarpe fut-il condamné à être brûlé vif [28]. La foule prépara le bûcher. L’hostilité des Juifs est soulignée :

• Selon leur habitude, les Juifs se distinguèrent par leur ardeur à cette besogne.

13, 1

Polycarpe s’applique à se déchausser : il n’y était pas accoutumé :

• En toute occasion, les fidèles se disputaient l’honneur de toucher son corps, tant était grand le prestige dont l’avait entouré, même avant son martyre, la sainteté de sa vie.

13, 2

Polycarpe refuse d’être cloué :

• Celui qui me donne la force d’affronter le feu me donnera aussi celle de rester immobile sur le bûcher sans qu’il soit besoin de vos clous.

13, 3

Lié au poteau, il semblait « un bélier de choix pris dans un grand troupeau, pour le sacrifice », levant les yeux au ciel, il dit :

• Seigneur, Dieu tout-puissant, père de Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé et béni, qui nous a appris à te connaître, Dieu des Anges, des Puissances et de toute la création, Dieu de toute la famille des justes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs et d’avoir part avec eux au calice de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint ! Puissé-je, aujourd’hui, être admis en ta présence, avec eux, comme une victime grasse et agréable, de même que le sort que tu m’avais préparé, que tu m’avais fait voir d’avance, tu le réalises maintenant, Dieu de vérité, Dieu exempt de mensonge ! Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l’éternel grand-prêtre du ciel, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé, par qui, à toi, avec lui, dans l’Esprit Saint, soit gloire maintenant et dans les siècles à venir. Amen.

14

Merveilleuse prière d’action de grâces et de louange qui, à la suite de celle de Clément de Rome, nous remet sous les yeux le type même de la prière ancienne [29].

Le feu ne s’attaquant pas à la victime, le bourreau l’acheva en le frappant du glaive.

« À l’instigation et sur les instances des Juifs », on voulut refuser le corps aux fidèles de Smyrne :

• Ils seraient capables d’abandonner le crucifié pour rendre un culte à Polycarpe.

17, 2

Cette crainte étrange nous vaut cette ardente protestation de foi qui est aussi une justification de la vénération que l’Église témoigne aux martyrs :

• Ils ignoraient que jamais nous ne pourrons abandonner le Christ qui a souffert pour le salut des sauvés du monde entier, (lui innocent pour des pécheurs [30]) ni rendre un culte à aucun autre : car lui, nous l’adorons parce qu’il est le Fils de Dieu ; quant aux martyrs, c’est en leur qualité de disciples et d’imitateurs du Seigneur que nous les aimons, et ils en sont bien dignes par leur attachement sans bornes à leur Roi et Maître. Puissions-nous, nous aussi, partager leur sort et être leurs condisciples.

17, 2-3

La perspective est exactement la même que dans les lettres d’Ignace d’Antioche : le martyr est le disciple parfait, l’imitateur du Seigneur. Il faut souligner aussi qu’uni au Seigneur, il est comme lui, offert en holocauste : Ignace parlait de la libation de son sang sur l’autel (Ro 2) et, froment moulu, aspirait à devenir le pain immolé du Christ ». Ainsi Polycarpe prononce avant son immolation une prière eucharistique et tout comme les fidèles voient en lui un holocauste, il se considère comme une victime agréable à Dieu. Comme Ignace voit en sa mort le terme auquel elle mène : la résurrection. Les martyrs ne vont pas à la mort, mais par la mort, unie à la passion du Seigneur, ils vont à la résurrection, participation à celle du Seigneur. Le martyre est participation au sacrifice glorieux du Christ. Polycarpe a part avec les martyrs « au calice du Christ pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint [31]« . Tous ces textes sont d’une grande densité doctrinale.

Le cadavre est brûlé selon la coutume païenne :

• Voilà comment nous pûmes ensuite recueillir ses ossements, d’une plus grande valeur que les pierres précieuses, plus estimables que l’or, pour les déposer dans un lieu convenable. C’est là que, dans la mesure du possible, nous nous réunirons dans la joie et l’allégresse pour célébrer, avec l’aide du Seigneur, l’anniversaire du jour où Polycarpe est né par le martyre…

18, 2-3

Texte important qui est à l’origine du culte des reliques et de la célébration du dies natalis des saints. Le texte poursuit en disant que s’il y a un hommage, il y a aussi une « exhortation au martyre » :

• Ce sera un hommage à la mémoire de ceux qui ont combattu avant nous, mais aussi un entraînement et une préparation aux luttes de l’avenir.

18, 3.

CONCLUSION : Physionomie de Polycarpe

La lettre aux Philippiens ne nous a donné qu’une image assez floue de son auteur : celui-ci s’est parfaitement assimilé les écrits chrétiens de son temps, et il se contente de s’en faire l’écho. Cependant, à travers ce document, Polycarpe, l’évêque de Smyrne, nous apparaît déjà comme un homme calme et humble, d’une foi profonde [32].

Ces traits essentiels, les Actes du martyre les burineront et nous pourrons mieux alors évoquer l’admirable physionomie de l’évêque de Smyrne qui, « serviteur toujours fidèle de son Sauveur » est devenu un vieillard. Simple et grave, il nous apparaît vénérable et presque majestueux. Sa fierté chrétienne est virile et joyeuse. Cette âme d’une foi intrépide est une âme de prière et son intention constante et première se trahit dans sa supplication habituelle pour « l’Église catholique ».

S’il ne nous est pas donné de pénétrer plus avant dans le sanctuaire intime de l’âme de Polycarpe, comme nous avons pu le faire pour l’ardent Ignace d’Antioche, nous n’en sentons pas moins, dans la protestation si fervente qui s’échappe des lèvres du vieil évêque [33], tout le respect confiant, toute la tendresse contenue dont vibre son âme.

Les « athées » dont Polycarpe, si ardemment, implorait la conversion ont laissé de lui un éloge définitif qui est magnifique :

• Polycarpe fut le docteur de l’Asie, le père des chrétiens et le destructeur des dieux.

Martyre de Polycarpe 12

Sources :

SOEUR GABRIEL PETERS, Lire les Pères de l’Église. Cours de patrologie, DDB, 1981.

Avec l’aimable autorisation des Éditions Migne.

[1] Revenant à des hypothèses admises autrefois, on a tendance à reculer cette date - et donc aussi celle de la naissance. Polycarpe, dit-on, serait mort sous Marc-Aurèle aux environs de l’an 170. On pourra voir un résumé des positions récentes dans QUASTEN, op. cit., p. 92.

[2] Sans doute s’agit-il d’un emploi auprès du proconsul d’Asie qui, vers 136, était Aurélius Fulvus lequel devint empereur sous le nom d’Antonin le Pieux. C’est l’opinion de Lightfoot.

[3] Florinus, disciple de Polycarpe et ami d’Irénée, s’est laissé gagner par des erreurs gnostiques.

[4] Cf. EUSEBE, H.E. IV, 14, 1 : « Aux temps dont nous parlons, alors qu’Anicet gouvernait l’Église des Romains, Polycarpe, qui était encore en vie, vint à Rome et s’entretint avec Anicet d’une question relative au jour de Pâques, à ce que raconte Irénée ».

[5] Les critiques proposent aussi Éphèse ou Smyrne ! On tâtonne dans les suppositions : toutes ces questions ont leur importance pour dater les événements.

[6] Le plus ancien date du Xle siècle : le Vaticanus 859.

[7] Ignace est mort sous le règne de Trajan entre l’an 107 et 117 ; la date traditionnelle de la mort d’Ignace est, on s’en souvient, l’an 107.

[8] Cf. les lettres d’Ignace d’Antioche.

[9] Le critique anglais HARRISON voit dans ces deux chapitres une lettre primitive de Polycarpe, une « courte note d’expéditeur », les douze premiers chapitres, dit-il, auraient été composés une vingtaine d’années plus tard. Cette hypothèse lui permet d’affirmer que l’hérésie dénoncée au chapitre 11 serait celle de Marcion.

[10] Il en est qui se demandent si l’hérésie visée dans ce passage n’est pas celle du gnostique Marcion lui-même. On le sait, Polycarpe s’opposa à Marcion en lui disant : « Je reconnais en toi le premier-né de Satan » (IRENEE, Adv. haer. III, 3, 4). D’autre part, l’hérésie de Marcion se caractérise par le rejet radical de l’Ancien Testament. Or, dans le contexte (6, 3), Polycarpe a recommandé la fidélité à l’enseignement des apôtres qui nous ont prêché l’Évangile et des prophètes qui ont annoncé d’avance la venue de Notre-Seigneur. Si cette hypothèse doit être retenue, elle remet en question la date de l’épître aux Philippiens, car le début de la propagation des erreurs de Marcion ne peut avoir précédé les années 130-140. Aussi Harrison a-t-il reculé, dans cette perspective, la date de la lettre de Polycarpe.

[11] Clément de Rome parlait en termes semblables, à tel point que ces mots de Polycarpe sont une citation implicite : « Laissons donc là les soucis vains et inutiles, rangeons-nous à la glorieuse et vénérable règle de notre tradition »(Lettre de Clément, 7, 2).

[12] Voir P. BATIFFOL, L’Église naissante et le catholicisme, Paris 1909, p. 198.

[13] C’est le thème de l’édification de l’Église, si fréquent dans saint Paul.

[14] À titre d’exemple de l’abondance des citations de l’Écriture dans l’épître de Polycarpe, voici les références des textes néotestamentaires de ce seul passage Ga 1, 1 ; Col 2, 12 ; 1 P 1, 21 ; Éph 6, 18 ; 1 Tm 2, 1-2 ; Mt 5, 44 ; Lc 6, 27 ; Ph 3, 18 ; Jn 15, 16 ; 1 Tm 4, 15 ; Jc 1, 4 ; Col 2, 10.

[15] L’emploi du terme catholique dans la lettre de l’Église de Smyrne sera étudié plus loin.

[16] Voir J. QUASTEN, o. c., I, p. 90.

[17] Voir RENAN, L’Église chrétienne, Paris 1879, p. 462.

[18] Voir DELEHAYE, Les Passions des Martyrs, p. 12-13, cité par FLICHE et MARTIN, Histoire de l’Église, Paris 1935, 1, p. 342.

[19] J. LEBRETON, Histoire du dogme de la Trinité, Paris 1928, tome 2, p. 200.

[20] Cf. 9, 1 ; 15, 1 et 2 ; 17, 1 ; 18, 2.

[21] Canon de Muratori : « Il circule sous le nom de Paul une autre épître qui favorise l’hérésie de Marcion, et un certain nombre d’autres qui ne peuvent être reçues dans l’Église catholique, car il ne convient pas de mêler le fiel et le miel. »

[22] Cf. IGNACE D’ANTIOCHE, Ro 6, 3 : « Laissez-moi imiter la passion de mon Dieu. »

[23] Cf. ch. 20 : « Nous vous avons fait rédiger un récit sommaire par notre frère Marcion. »

[24] Voir J. LEBRETON, Histoire du dogme de la Trinité, Paris 1928, tome 2, p. 231.

[25] On trouvera le texte de la Passio Perpetuae dans la Vie des Saints, Bénédictins de Paris, au 7 mars, III, p. 134 : « Moi qui savais que j’avais quelquefois l’honneur de m’entretenir familièrement avec Dieu », et le texte des Actes des Martyrs de Lyon, dans EUSEBE, H.E. V, 1, 56.

[26] Voir Josué 1, 6, 7 et 9. Cf. Dt 31, 6, 7 23 et Ps 26, 14 ; Ps 30, 25.

[27] Αἶρε τοὺς ἀθέους signifie littéralement : enlève les athées. Les athées qui, pour le proconsul, sont les chrétiens, sont, dans la pensée de Polycarpe, les païens. Ce n’est nullement une malédiction qu’il prononce, mais une instante prière, comme le prouve son attitude.

[28] Le souvenir de la vision de Polycarpe (ch. 5) est alors mentionné.

[29] On remarquera le trait johannique : « Ce jour et cette heure » - et aussi la formule liturgique si proche de celle du Gloria : « Je te loue, je te bénis, je te glorifie ». Il y a intérêt à analyser tous les termes de cette prière ; voir à ce sujet J. LEBRETON, Histoire du dogme de la Trinité, Paris 1928, tome 2, p. 196-199.

[30] Ces mots manquent dans Eusèbe.

[31] Le Martyre de Polycarpe 14, 2. Cf. Ignace : « Voici le moment où je vais être enfanté… ne m’empêchez pas de naître à la vie », Ro 6, 2.

[32] L’insistance que Polycarpe met à parler de la foi, de cette foi dont Ignace faisait en lui l’éloge, est saisissante.

[33] « Il y a 86 ans que je le sers et il ne m’a jamais fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ? », Martyre de Polycarpe, 9.




Saint Polycarpe, évêque et martyr

St Polycarpe mourut le 23 février 156 comme l’atteste la Lettre des Chrétiens de Smyrne relatant son martyre. Il est fêté en Orient à cette date. St Bède l’inscrivit au 26 janvier dans son martyrologe et sa fête se répand à cette date à partir du XIe siècle en Occident. Mais elle l’était déjà en Auvergne au VIe siècle, comme l’atteste Grégoire de Tour. Elle ne rentre au calendrier Romain qu’à la fin du XIIIe siècle.

Leçons des Matines avant 1960

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Du livre de saint Jérôme, prêtre : Des Écrivains Ecclésiastiques.

Quatrième leçon. Polycarpe, disciple de l’Apôtre Jean, et ordonné par lui Évêque de Smyrne, fut le primat de toute l’Asie. Il eut pour maîtres, ou du moins il vit quelques-uns des Apôtres et plusieurs de ceux qui avaient vu le Seigneur. Au sujet de certaines questions qui s’étaient élevées sur le jour de la Pâque, sous l’empire d’Antonin le Pieux, alors qu’Anicet gouvernait l’Église, il vint à Rome, où il ramena à la foi un grand nombre de fidèles qui s’étaient laissés séduire par les artifices de Marcion et de Valentin. Rencontrant un jour par hasard Marcion, cet hérésiarque lui dit : « Me connais-tu ? » Polycarpe lui répondit : « Je te reconnais pour le fils aîné du diable ». Plus tard, sous les règnes de Marc-Antonin et de Lucius-Aurelius Commode, dans la quatrième persécution depuis celle de Néron, sous les yeux du proconsul de Smyrne, siégeant dans l’amphithéâtre, et du peuple entier faisant entendre des clameurs contre lui, il fut livré au feu. Il avait écrit aux Philippiens une épître fort utile qui se lit encore aujourd’hui dans les Églises d’Asie.

Les autres leçons au commun.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Au milieu des douceurs qu’il goûte dans la contemplation du Verbe fait chair, Jean le Bien-Aimé voit arriver son cher disciple Polycarpe, l’Ange de l’Église de Smyrne, tout resplendissant de la gloire du martyre. Ce sublime vieillard vient de répondre, dans l’amphithéâtre, au Proconsul qui l’exhortait à maudire le Christ : « Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m’a jamais fait de mal ; que dis-je ? Il m’a comblé de biens. Comment pourrais-je maudire mon Roi qui m’a sauvé ? » Après avoir passé par le feu et par le glaive, il est arrivé aux pieds de ce Roi Sauveur, et va jouir éternellement du bonheur de sa présence, en retour des quatre-vingt-six ans qu’il l’a servi, des fatigues qu’il s’est données pour conserver dans son troupeau la foi et la charité, et de la mort sanglante qu’il a endurée.

Comme son maître apostolique, il s’est opposé avec énergie aux efforts des hérétiques qui altéraient la foi. Fidèle aux ordres de cet angélique confident de l’Homme-Dieu, il n’a pas voulu que celui qui corrompt la foi du Christ reçût de sa bouche le salut ; il a dit à l’hérésiarque Marcion qu’il ne le reconnaissait que pour le premier-né de Satan. Adversaire énergique de cette orgueilleuse secte qui rougissait de l’Incarnation d’un Dieu, il nous a laissé cette admirable Épître aux Philippiens, dans laquelle il dit : « Quiconque ne confesse pas que Jésus-Christ est venu dans la chair, est un Antéchrist. » Il convenait donc qu’un si courageux témoin fût appelé à l’honneur d’assister près du berceau dans lequel le Fils de Dieu se montre à nous dans toute sa tendresse, et revêtu d’une chair semblable à la nôtre. Honorons ce disciple de Jean, cet ami d’Ignace, cet Evêque de l’âge apostolique, qui mérita les éloges de Jésus-Christ même, dans la révélation de Pathmos. Le Sauveur lui avait dit par la bouche de Jean : « Sois fidèle jusqu’à la mort ; et je te donnerai la couronne de vie. » [1]. Polycarpe a été fidèle jusqu’à la mort ; c’est pourquoi il assiste couronné, en ces jours anniversaires de l’avènement de son Roi parmi nous.

L’Église, dans son Office, lit aujourd’hui, pour Légende, la courte notice, empruntée au livre de saint Jérôme : De Scriptoribus ecclesiasticis.

L’Église Grecque célèbre la gloire de saint Polycarpe dans ses Menées, auxquels nous empruntons les traits suivants :

Quand le fruit de la Vierge , semence féconde destinée à produire le principe de vie, est tombé sur la terre, c’est alors qu’il t’a produit, comme un épi, ô Polycarpe ! pour nourrir les fidèles par la parole et les enseignements de la piété, et pour les sanctifier par le sang divin du combat et parle parfum de la sainteté.

Quand le Christ, la vraie Vigne, eut été élevé sur le bois, c’est alors qu’il t’a développé sur la treille, comme une de ses branches fertiles, taillée par la faucille du martyre sacré, et foulée sous la pression des tourments, et dont nous buvons avec foi le calice d’allégresse, en glorifiant, ô Père, tes illustres combats.

Tu as vraiment cultivé, dans ton âme, le raisin de la charité, ô Père sage ! et tu as répandu, comme le vin, la parole de la foi, réjouissant les âmes de tous les fidèles ; tu as semble une vaste mer de miracles, quand tu as paru, toi l’honneur des martyrs, purifié par le feu, gratifié de la lumière éternelle, ô Polycarpe ! Prie donc le Christ-Dieu de nous donner le pardon de nos péchés, à nous qui célébrons avec amour ta sainte mémoire.

Marchant dans la droiture, et apparaissant comme le fils de la lumière et de la paix, tu as démasqué Marcion le premier-né de la nuit.

Par la fermeté de ton âme, tu as surmonté la flamme qui devait te consumer, ô homme plein de gloire I Comme les trois enfants qui ont éteint, par une douce rosée, le feu de la fournaise, tu es demeuré incombustible au milieu des flammes, chantant : Vous êtes béni, Dieu de nos pères !

Tu as cultivé avec piété le champ mystique du Christ, et, victime raisonnable, tu as été offert à Dieu comme un sacrifice agréable et excellent, comme une hostie abondante en fruits, ainsi que porte ton nom, ô Polycarpe trois fois heureux !

Toi qui as paru sur la croix, tu es entré par ton propre sang dans le temple de Dieu, ô Père ! toi qui es revêtu dignement de l’ornement hiérarchique.

Pour être présenté au Christ le Chef des pasteurs, tu as été marqué par le Christ comme le bélier du sacrifice ; tu t’es montré imitateur de ses souffrances, et tu as été fait participant de sa gloire, cohéritier de son royaume, ô Hiérophante !

Ta fête éclatante de mille feux, ô Père, illumine les âmes de ceux qui la célèbrent avec piété, ô homme divin ! Elle les rend tous participants de ta divine splendeur que nous glorifions dignement dans nos hymnes, ô sage !

Vous avez rempli toute retendue de votre nom, ô Polycarpe ! car vous avez produit beaucoup de fruits pour le Sauveur, durant les quatre-vingt-six ans que vous avez passés à son service. Ces fruits ont été les âmes nombreuses que vous avez gagnées au Christ, les vertus qui ont orné votre vie, enfin votre vie elle-même que vous avez rendue comme un fruit mûr à ce Sauveur. Quel bonheur a été le vôtre, d’avoir reçu les leçons du disciple qui se reposa sur la poitrine de Jésus ! Après une séparation de plus de soixante années, vous allez le rejoindre aujourd’hui ; et cet ineffable maître vous salue avec transport. Vous adorez ensemble ce divin Enfant dont vous avez imité la simplicité, et que vous aimiez uniquement ; demandez-lui pour nous de lui être comme vous « fidèles jusqu’à la mort ».

Cultivez encore du haut du ciel, ô Polycarpe, ce champ de l’Église, que vous avez fécondé par vos labeurs et arrosé de votre sang. Rétablissez la foi et l’unité au sein des Églises de l’Asie qui furent édifiées par vos mains vénérables. Hâtez, par vos prières, la dissolution de l’Islamisme, qui n’a dû ses succès et sa durée qu’aux tristes effets du schisme byzantin. Souvenez-vous de la France à qui vous avez envoyé d’illustres Apôtres, martyrs comme vous. Bénissez paternellement l’Église de Lyon qui vous révère comme son fondateur par le ministère de votre disciple Pothin, et qui prend elle-même une part si glorieuse dans l’Apostolat des Gentils, par son Œuvre de la Propagation de la Foi.

Veillez sur la conservation de la foi dans sa pureté ; gardez-nous du contact des séducteurs. L’erreur que vous avez combattue, et qui ne veut voir dans les mystères du Fils de Dieu incarné que des symboles stériles, s’est ranimée de nos jours. Marcion a reparu avec ses mythes orgueilleux ; soufriez sur ces derniers débris d’un système suranné qui égare encore quelques âmes. Rendant hommage à la Chaire Apostolique, vous aussi vous avez voulu voir Pierre ; et Rome vous a vu venir conférer avec son Pontife des intérêts de votre Église de Smyrne. Vengez les droits de ce Siège auguste, d’où découle, pour nos Pasteurs, la seule mission légitime, et pour tous, les enseignements souverains de la foi. Obtenez-nous de passer les derniers jours de cette pieuse quarantaine dans un recueillement profond et dans l’amour de notre Roi nouveau-né. Que cet amour, joint à la pureté de nos cœurs, nous obtienne faveur et miséricorde ; et, pour consommer notre carrière, demandez pour nous la couronne de vie.

[1] Apoc. II, 10.

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

La mémoire de cet insigne Père de l’Église naissante revient elle aussi fort opportunément durant le cycle de Noël, où il semble que les plus illustres défenseurs du dogme chrétien se soient donné rendez-vous autour de la crèche de l’Enfant Jésus. L’Église de Rome ne pouvait en outre omettre dans son calendrier la fête de saint Polycarpe. Autrefois, elle l’avait accueilli comme pèlerin, au temps du pape Anicet, quand il était venu aux bords du Tibre pour la controverse relative à la date de Pâques. A cette occasion, le Pontife, voulant honorer dignement le vénérable disciple de Jean l’Évangéliste, lui avait cédé l’honneur de célébrer à sa place la synaxe eucharistique.

Polycarpe souffrit le martyre dans l’amphithéâtre de Smyrne vers l’an 155, le 23 février, mais sa mémoire, dans le martyrologe romain, se présente aujourd’hui, parce que c’est aussi la date indiquée dans le hiéronymien.

La messe est celle du Commun des évêques martyrs, comme le jour de saint Eusèbe, le 16 décembre. Toutefois comme il s’agit d’un disciple de saint Jean l’Évangéliste, la première lecture est empruntée à l’épître de son maître, là où l’Apôtre de la sainte dilection traite de l’amour fraternel, qui doit se modeler sur celui que nous a porté le Seigneur. Dieu est amour, et c’est pourquoi celui qui aime demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Au contraire le démon est haine, et parce qu’il hait Dieu, il se hait lui-même, il hait tout et tous. — Je suis ce malheureux qui n’aime pas, dit un jour le diable à sainte Catherine de Sienne. — Gardons-nous donc avec horreur de nourrir en nos cœurs des sentiments désordonnés de rancune, d’envie, de haine, tout ce qui, en somme, est contraire à la douce dilection chrétienne, puisque tous ces mouvements viennent du malin, comme ceux de Caïn.

L’Évangile est le même que pour la fête de saint Saturnin, le 29 novembre.

Le plus bel éloge qu’on puisse faire de saint Polycarpe est contenu dans le cri du peuple de Smyrne, soulevé contre lui dans l’amphithéâtre : « Celui-ci est le père des chrétiens, le maître de toute l’Asie. » Sans Dieu nous ne pouvons rien faire ; mais une âme vide d’elle-même et qui se prête docilement à la motion intime du Saint-Esprit, est capable de convertir et de sanctifier le monde tout entier.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Une voix retentit du haut du ciel : Courage, Polycarpe, combats virilement.

Saint Polycarpe. — Jour de mort : 23 février 155. Tombeau : église du tombeau sur le mont Mustapha, en Asie Mineure. Image : On le représente en évêque, avec la palme et la couronne et aussi avec une épée. Sa vie : Le martyrologe raconte avec respect : « A Smyrne, la mort de saint Polycarpe, disciple de saint Jean ; il avait été consacré par lui évêque de cette ville et se tenait à la tête de toutes les Églises d’Asie Mineure. Sous Marc Antonin et Lucius Aurelius Commode, le proconsul tint un jour à Smyrne des assises judiciaires. Alors, toute la population commença, dans l’amphithéâtre, à manifester contre Polycarpe et à réclamer sa tête. C’est pourquoi on le condamna à la mort sur le bûcher. Mais comme il était sorti sain et sauf de ce supplice, on le décapita avec l’épée, et ainsi il fut orné de la couronne du martyre. Avec lui douze autres chrétiens qui venaient d’arriver de Philadelphie souffrirent aussi la mort pour la foi. »

Saint Polycarpe est du petit nombre de ces hommes de l’âge apostolique dont le nom est venu jusqu’à nous. L’évêque de Smyrne est une des plus vénérables figures de martyrs de l’antiquité chrétienne. Sa vie et sa mort nous sont attestées par des Actes authentiques de son martyre, — les plus anciens que nous possédions — et par des écrivains contemporains. Rien n’est émouvant comme de lire dans saint Irénée, un disciple de saint Polycarpe : « Le souvenir de ce temps où j’étais encore enfant auprès de Polycarpe, en Asie Mineure, est aussi vivant dans ma mémoire que le présent. Maintenant encore, je pourrais montrer l’endroit où il s’asseyait pour enseigner, je pourrais décrire ses allées et venues, son extérieur et même sa manière de parler devant le peuple. Il me semble que je l’entends encore parler de Jean et des autres qui avaient vu le Seigneur, rapporter leurs paroles et ce qu’il avait appris d’eux sur le Seigneur et ses miracles... »

Ceux de nos lecteurs, qui peuvent se procurer les Actes de son martyre, feront bien de les lire, tous les ans, au jour de sa fête. On sent, dans ses écrits, le souffle de l’esprit de la primitive Église. Le proconsul le pressait d’apostasier en lui disant : « Abjure et je te rends la liberté, maudis le Christ. » « Alors saint Polycarpe de répondre : « Il y a soixante ans que je le sers. Il ne m’a jamais fait de mal, comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ? » — Attaché sur le bûcher, il pria ainsi vers le ciel : « Seigneur, Dieu Tout-Puissant, Père de ton Fils béni, Jésus-Christ, par lequel nous avons eu connaissance de toi, Dieu des anges, des Puissances, de toute la création et de toute la légion des justes qui vivent devant ta face ! Je te loue parce que, en ce jour et en cette heure, tu m’as jugé digne de participer, en union avec tes martyrs, au calice de ton Christ, pour la résurrection dans la vie éternelle selon le corps et l’âme, dans l’immortalité du Saint-Esprit. Parmi eux je voudrais ; être reçu aujourd’hui comme une victime grasse et agréable, comme tu m’y as préparé, Dieu infaillible : et véridique, comme tu me l’as annoncé d’avance et comme maintenant tu l’as accompli. C’est pourquoi je te loue aussi pour tout, je te bénis et te glorifie par ton Pontife éternel et céleste, Jésus-Christ, par lequel soit à toi et à lui et au Saint-Esprit honneur maintenant et dans tous les siècles. Amen. » Dès qu’il eut dit Amen et achevé sa prière, les bourreaux allumèrent le feu. « La flamme s’éleva violemment, alors nous (les chrétiens présents) vîmes un miracle. Le feu se courba comme une voile que bombe le vent et entoure ainsi le corps du martyr. Quant à lui, il se tenait au milieu, non comme une chair qui grille, mais comme un pain qui est déjà cuit ou comme de l’or et de l’argent que purifie le feu... a Pour finir, encore un passage d’une grande importance liturgique : « De cette façon, nous avons ensuite reçu ses ossements qui sont plus précieux pour nous que des pierreries... et nous les avons ensevelis dans un endroit convenable. Là, avec la grâce de Dieu, nous nous rassemblerons avec joie et allégresse et nous célébrerons l’anniversaire de son martyre en mémoire de ceux qui ont déjà soutenu le combat et pour préparer au combat ceux qui l’attendent encore. »

La messe (Sacerdotes Dei). — La messe (empruntée pour la plus grande partie aux textes des messes de commun) évoque souvent la vie de notre saint. Le vieil et vénérable évêque se tient devant nous dans la personne du prêtre célébrant. (Intr., Allél.).

A l’Épître, le maître apostolique de notre saint nous parle de la charité : « Nous reconnaissons l’amour de Dieu, en ce qu’il a donné sa vie pour nous. Ainsi devons-nous donner notre vie pour nos frères. » C’est ce qu’a fait saint Polycarpe. A la messe se renouvelle mystiquement cette double mort : celle du Christ et celle du Saint martyr. Le saint a également réalisé l’Évangile, il a, dans la lumière du monde, annoncé la foi au Christ, il a « confessé le Seigneur devant les hommes » ; main tenant le Seigneur « le confesse devant son Père céleste. » Au banquet eucharistique, nous recevons un rayon de cette gloire dont Polycarpe jouit dans la splendeur des cieux.


Le martyr de St Polycarpe, Lettre de l’Église de Smyrne

L’Église de Dieu qui séjourne à Smyrne à l’Église de Dieu qui séjourne à Philomelium et à toutes les communautés de la sainte Église catholique qui séjournent en tout lieu : que la miséricorde, la paix et l’amour de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus Christ vous soient données en plénitude.

1, 1. Nous vous écrivons, frères, au sujet des martyrs et du bienheureux Polycarpe, qui, par son martyre, a pour ainsi dire mis le sceau à la persécution en la faisant cesser. Presque tous les événements antérieurs sont arrivés pour que le Seigneur nous montre encore une fois un martyre conforme à l’Évangile.

2. Comme le Seigneur, en effet, Polycarpe a attendu d’être livré, pour que nous aussi nous soyons ses imitateurs, sans regarder seulement à notre intérêt, mais aussi à celui du prochain (cf. Ph 2,4). Car c’est le fait d’une charité vraie et solide que de ne pas chercher seulement à se sauver soi-même, mais aussi à sauver tous les frères.

II, 1. Bienheureux donc et généreux tous ces martyres qui sont arrivés selon la volonté te Dieu. Car il nous faut être assez pieux pour attribuer à Dieu la puissance sur toutes choses.

2. Qui n’admirerait la générosité te ces héros, leur patience, leur amour pour le Maître ? Déchirés par les fouets, au point qu’on pouvait voir la constitution de leur chair jusqu’aux veines et aux artères intérieures, ils demeuraient fermes si bien que les spectateurs eux-mêmes en gémissaient de compassion. Ils en vinrent à un tel degré de courage que pas un d’entre eux ne dit un mot ni ne poussa un soupir. Ils nous montrèrent à tous que dans leurs tortures les généreux martyrs du Christ n’étaient plus dans leur corps, ou plutôt que le Seigneur était là qui s’entretenait avec eux.

3. Attentif à la grâce du Christ, ils méprisaient les tortures de ce monde, et en une heure ils achetaient la vie éternelle. Le feu même des bourreaux inhumains était froid pour eux, car ils avaient devant les yeux la pensée d’échapper au feu éternel qui ne s’éteint pas, et des yeux te leur coeur ils regardaient les biens réservés à la patience, biens que l’oreille n’a pas entendus, que l’oeil n’a pas vus, auxquels le coeur de l’homme n’a pas songé (1 Co 2,9 ; cf. Is 64,3), mais que le Seigneur leur a montrés, à eux qui n’étaient plus des hommes, mais déjà des anges.

4. De même ceux qui avaient été condamnés aux bêtes enduraient te terribles supplices ; on les étendit sur des coquillages piquants, et on leur fit subir toutes sortes de tourments variés pour les amener à renier, si possible, par ce supplice prolongé.

III, 1. Le diable machinait contre eux toutes sortes de supplices, mais grâce à Dieu, il ne put l’emporter contre aucun d’entre eux. Le généreux Germanicus fortifiait leur timidité par sa constance ; il fut admirable dans la lutte contre les bêtes ; le proconsul voulait le fléchir et lui disait d’avoir pitié de sa jeunesse ; mais il attira sur lui la bête en lui faisant violence, voulant être plus vite délivré de cette vie injuste et inique.

2. Alors toute la foule, étonnée devant le courage de la sainte et pieuse race des chrétiens, s’écria : "A bas les athées ; faites venir Polycarpe. "

IV. Mais l’un d’entre eux, nommé Quintus, un Phrygien récemment arrivé de Phrygie, fut pris de peur à la vue des bêtes. C’est lui qui avait entraîné quelques frères à se présenter spontanément avec lui devant le juge. Le proconsul, par ses prières instantes, réussit à le persuader de jurer et de sacrifier. C’est pourquoi, frères, nous ne louons pas ceux qui se présentent d’eux-mêmes, puisque ce n’est pas l’enseignement de l’Évangile.

V, 1. Quant à l’admirable Polycarpe, tout d’abord il ne se troubla pas à ces nouvelles, mais il voulait rester en ville ; mais la plupart cherchaient à le persuader de s’éloigner secrètement. Il se retira donc dans une petite propriété située non loin de la ville, avec un petit nombre de compagnons ; nuit et jour il ne faisait que prier pour tous les hommes et pour les Églises du monte entier, comme c’était son habitude.

2. Et étant en prière, il eut une vision, trois jours avant d’être arrêté : il vit son oreiller entièrement brûlé par le feu ; et se tournant vers ses compagnons il leur dit : "Je dois être brûlé vif."

VI, 1. Comme on continuait à le chercher, il passa dans une autre propriété, et aussitôt arrivèrent ceux qui le cherchaient. Ne le trouvant pas, ils arrêtèrent deux petits esclaves, et l’un d’eux, mis à la torture, avoua.

2. Il lui était donc impossible d’échapper, puisque ceux qui le livraient étaient dans sa maison ; et l’irénarque, qui avait reçu le même nom qu’Hérode, était pressé de le conduire au stade ; ainsi lui, il accomplirait sa destinée, en entrant en communion avec le Christ, tandis que ceux qui l’avaient livré recevraient le châtiment de Judas lui-même.

VII, 1. Prenant avec eux l’esclave, - c’était un vendredi vers l’heure tu souper -, les policiers et les cavaliers, armés comme à l’ordinaire, partirent comme pour courir "après un bandit" (cf. Mt 26,55). Et tard, dans la soirée, survenant tous ensemble, ils le trouvèrent couché dans une petite chambre à l’étage supérieur. Il pouvait encore s’en aller dans une autre propriété, mais il ne le voulut pas et dit : "Que la volonté de Dieu soit faite"

2. Apprenant donc que les agents étaient là, il descendit et causa avec eux ; ils s’étonnaient de son âge et de son calme, et de toute la peine qu’on prenait pour arrêter un homme aussi âgé. Aussitôt, à l’heure qu’il était, il leur fit servir à manger et à boire autant qu’ils voulaient ; il leur demanda seulement de lui donner une heure pour prier à son gré.

3. Ils le lui accordèrent, et debout, il se mit à prier, rempli de la grâce de Dieu au point que deux heures durant il ne put s’arrêter de parler, et que ceux qui l’entendaient en étaient étonnés et que beaucoup se repentirent d’être venus arrêter un si saint vieillard.

VIII, 1. Quant enfin, il cessa sa prière, dans laquelle il avait rappelé tous ceux qu’il avait jamais rencontrés, petits et grands, illustres ou obscurs, et toute l’Église catholique répandue par toute la terre, l’heure étant venue de partir, on le fit monter sur un âne, et on l’emmena vers la ville ; c’était jour de grand sabbat.

2. L’irénarque Hérode et son père Nicétès vinrent au-devant de lui, et le firent monter dans leur voiture ; assis à côté de lui, ils essayaient de le persuader en disant : "Quel mal y a-t-il à dire : César est Seigneur, à sacrifier, et tout le reste, pour sauver sa vie ?" Lui, d’abord, ne répondit pas, et, comme ils insistaient, il dit : "Je ne ferai pas ce que vous me conseillez."

3. Alors, ne réussissant pas à le persuader, ils lui dirent toutes sortes d’injures, et il le firent descendre de la voiture si précipitamment qu’il se déchira le devant de la jambe. Sans se retourner, et comme si rien ne lui était arrivé, il marchait allégrement ; il allait vers le stade, et il y avait un tel tumulte dans le stade que personne ne pouvait s’y faire entendre.

IX, 1. Quand Polycarpe entra dans le stade, une voix du ciel se fit entendre : "Courage, Polycarpe, et sois un homme." Personne ne vit celui qui parlait, mais la voix, ceux des nôtres qui étaient là l’entendirent. Enfin, on le fit entrer, et le tumulte fut grand quant le public apprit que Polycarpe était arrêté.

2. Le proconsul se le fit amener et lui demanda si c’était lui Polycarpe. Il répondit que oui, et le proconsul cherchait à le faire renier en lui disant : "Respecte ton grand âge" et tout le reste qu’on a coutume de dire en pareil cas ; "Jure par la fortune de César, change d’avis, dis : A bas les athées." Mais Polycarpe regarda d’un oeil sévère toute cette foule de païens impies dans le stade, et fit un geste de la main contre elle, puis soupirant et levant les yeux, il dit : "A bas les athées."

3. Le proconsul insistait et disait : "Jure, et je te laisse aller, maudis le Christ" ; Polycarpe répondit : "Il y a quatre-vingt six ans que je le sers, et il ne m’a fait aucun mal ; comment pourrais-je blasphémer mon roi qui m’a sauvé ?"

X, 1. Et comme il insistait encore et disait : "Jure par la fortune de César", Polycarpe répondit : "Si tu t’imagines que je vais jurer par la fortune de César, comme tu dis, et si tu fais semblant de ne pas savoir qui je suis, écoute je te le dis franchement : Je suis chrétien. Et si tu veux apprendre de moi la doctrine du christianisme, donne-moi un jour, et écoute-moi."

2. Le proconsul répondit : "Persuade cela au peuple. " Polycarpe reprit : "Avec toi, je veux bien discuter ; nous avons appris en effet à donner aux autorités et aux puissances établies par Dieu le respect convenable, si cela ne nous fait pas tort. Mais ceux-là, je ne les estime pas si dignes que je me défende devant eux."

XI, 1. Le proconsul dit : "J’ai des bêtes, et je te livrerai à elles si tu ne changes pas d’avis." Il dit : "Appelle-les, il est impossible pour nous de changer d’avis pour passer du mieux au pire, mais il est bon de changer pour passer du mal à la justice."

2. Le proconsul lui répondit : "Je te ferai brûler par le feu puisque tu méprises les bêtes, si tu ne changes pas d’avis." Polycarpe lui dit : "Tu me menaces d’un feu qui brûle un moment et peu de temps après s’éteint ; car tu ignores le feu du jugement à venir et du supplice éternel réservé aux impies. Mais pourquoi tarder ? Va, fais ce que tu veux."

XII, 1. Voilà ce qu’il disait et beaucoup d’autres choses encore ; il était tout plein de force et de joie et son visage se remplissait de grâce. Non seulement il n’avait pas été abattu ni troublé par tout ce qu’on lui disait, mais c’était au contraire le proconsul qui était stupéfait ; il envoya son héraut au milieu du stade proclamer trois fois : "Polycarpe s’est déclaré chrétien."

2. A ces paroles du héraut, toute la foule des païens et des Juifs, établis à Smyrne, avec un déchaînement de colère, se mit à pousser de grands cris : "Voilà le docteur de l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux ; c’est lui qui enseigne tant de gens à ne pas sacrifier et à ne pas adorer." En disant cela, ils poussaient des cris et demandaient à l’asiarque Philippe de lâcher un lion sur Polycarpe. Celui-ci répondit qu’il n’en avait pas le droit, puisque les combats de bêtes étaient terminés.

3. Alors il leur vint à l’esprit de crier tous ensemble : "Que Polycarpe soit brûlé vif !" Il fallait que s’accomplît la vision qui lui avait été montrée : pendant sa prière, voyant son oreiller en feu, il avait dit d’un ton prophétique aux fidèles qui étaient avec lui : "Je dois être brûlé vif" (V,2).

XIII, 1. Alors les choses allèrent très vite, en moins de temps qu’il n’en fallait pour les dire : sur-le-champ la foule alla ramasser dans les ateliers et dans les bains du bois et des fagots, - les Juifs surtout y mettaient de l’ardeur, selon leur habitude.

2. Quand le bûcher fut prêt, il déposa lui-même tous ses vêtements et détacha sa ceinture, puis il voulut se déchausser lui-même : il ne le faisait pas auparavant, parce que toujours les fidèles s’empressaient à qui le premier toucherait son corps : même avant son martyre, il était toujours entouré de respect à cause de la sainteté de sa vie.

3. Aussitôt donc, on plaça autour de lui les matériaux préparés pour le bûcher ; comme on allait l’y clouer, il dit : "Laissez-moi ainsi : celui qui me donne la force de supporter le feu, me donnera aussi, même sans la protection de vos clous, de rester immobile sur le bûcher."

XIV, 1. On ne le cloua donc pas, mais on l’attacha. Les mains derrière le dos et attaché, il paraissait comme un bélier de choix pris d’un grand troupeau pour le sacrifice, un holocauste agréable préparé pour Dieu. Levant les yeux au ciel, il dit : "Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de ton enfant bien-aimé, Jésus Christ, par qui nous avons reçu la connaissance de ton nom, Dieu des anges, des puissances, de toute la création, et de toute la race des justes qui vivent en ta présence,

2. je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, de prendre part au nombre de tes martyrs, au calice de ton Christ, pour la résurrection de la vie éternelle de l’âme et du corps, dans l’incorruptibilité de l’Esprit saint. Avec eux, puissé-je être admis aujourd’hui en ta présence comme un sacrifice gras et agréable, comme tu l’avais préparé et manifesté d’avance, comme tu l’as réalisé, Dieu sans mensonge et véritable.

3. Et c’est pourquoi pour toutes choses je te loue, je te bénis, je te glorifie, par le grand prêtre éternel et céleste Jésus Christ, ton enfant bien-aimé, par qui soit la gloire à toi avec lui et l’Esprit saint maintenant et dans les siècles à venir.

XV, 1. Quand il eut fait monter cet Amen et achevé sa prière, les hommes du feu allumèrent le feu. Une grande flamme brilla, et nous vîmes une merveille, nous à qui il fut donné de le voir, et qui avions été gardés pour annoncer aux autres ces événements.

2. Le feu présenta la forme d’une voûte, comme la voile d’un vaisseau gonflée par le vent, qui entourait comme d’un rempart le corps du martyr ; il était au milieu, non comme une chair qui brûle, mais comme un pain qui cuit, ou comme de l’or ou de l’argent brillant dans la fournaise. Et nous sentions un parfum pareil à une bouffée d’encens ou à quelque autre précieux aromate.

XVI, 1. A la fin, voyant que le feu ne pouvait consumer son corps, les impies ordonnèrent au confector d’aller le percer de son poignard. Quand il le fit, jaillit une quantité de sang qui éteignit le feu, et toute la foule s’étonna de voir une telle différence entre les incroyants et les élus.

2. Parmi ceux-ci fut l’admirable martyr de Polycarpe qui fut, en nos jours, un maître apostolique et prophétique, l’évêque de l’Église catholique de Smyrne ; toute parole qui est sortie de sa bouche s’est accomplie ou s’accomplira.

XVII, 1. Mais l’envieux, le jaloux, le mauvais, l’adversaire de la race des justes, voyant la grandeur de son témoignage et sa vie irréprochable dès le début, le voyant couronné de la couronne d’immortalité, et emportant une récompense incontestée, essaya de nous empêcher d’enlever son corps, bien que beaucoup d’entre nous voulussent le faire pour posséder sa sainte chair.

2. Il suggéra donc à Nicétès, le père d’Hérode, le frère d’Akè, d’aller trouver le magistrat pour qu’il ne nous livre pas le corps : "Pour qu’ils n’aillent pas, dit-il, abandonner le crucifié et se mettre à rendre un culte à celui-ci. " Il disait cela à la suggestion insistante des Juifs, qui nous avaient surveillés quand nous voulions retirer le corps du feu. Ils ignoraient que nous ne pourrons jamais ni abandonner le Christ qui a souffert pour le salut de tous ceux qui sont sauvés dans le monde, lui l’innocent pour les pécheurs, - ni rendre un culte à un autre.

3. Car lui, nous l’adorons, parce qu’il est le fils de Dieu ; quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur, et c’est juste, à cause de leur dévotion incomparable envers leur roi et maître ; puissions-nous, nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples.

XVIII, 1. Le centurion, voyant la querelle suscitée par les Juifs, exposa le corps au milieu et le fit brûler comme c’était l’usage.

2. Ainsi, nous pûmes plus tard recueillir ses ossements plus précieux que des pierres de grand prix et plus précieux que l’or, pour les déposer en un lieu convenable.

3. C’est là, autant que possible que le Seigneur nous donnera de nous réunir dans l’allégresse et la joie, pour célébrer l’anniversaire de son martyre, de sa naissance, en mémoire de ceux qui ont combattu avant nous, et pour exercer et préparer ceux qui doivent combattre à l’avenir.

XIX, 1. Telle fut l’histoire du bienheureux Polycarpe, qui fut, avec les frères de Philadelphie, le douzième à souffrir le martyre à Smyrne ; mais de lui seul on garde le souvenir plus que des autres, au point que partout les païens eux-mêmes parlent de lui. Il fut non seulement un docteur célèbre, mais aussi un martyr éminent, dont tous désirent imiter le martyre conforme à l’Évangile du Christ.

2. Par sa patience, il a triomphé du magistrat inique, et ainsi il a remporté la couronne de l’immortalité ; avec les Apôtres et tous les justes, dans l’allégresse, il glorifie Dieu, le Père tout-puissant, et bénit notre Seigneur Jésus-Christ, le sauveur de nos âmes et le pilote de nos corps, le berger de l’Église universelle par toute la terre.

XX, 1. Vous aviez désiré être informés avec plus de détail sur ces événements ; pour l’instant, nous vous en avons donné un récit sommaire par notre frère Marcion. Quand vous aurez pris connaissance de cette lettre, transmettez-la aux frères qui sont plus loin pour qu’eux aussi glorifient le Seigneur qui fait son choix parmi ses serviteurs.

2. A celui qui, par sa grâce et par son don, peut nous introduire tous dans son royaume éternel par son fils unique Jésus Christ, à lui la gloire, l’honneur, la puissance, la grandeur dans les siècles (cf. 1 Tm 6,16 ; 1 Pi 4,11 ; Jude 25 ; Ap 1,16 ; 5,13 ; etc.). Saluez tous les saints (cf. Rm 16,15 ; Hé 13,24 ; etc.) Ceux qui sont avec nous vous saluent, et aussi Erariste qui a écrit cette lettre, avec toute sa famille.

XXI. Le bienheureux Polycarpe a rendu témoignage au début du mois de Xanthique, le deuxième jour, le septième jour avant les calendes de mars, un jour de grand sabbat, à la huitième heure. Il avait été arrêté par Hérode, sous le pontificat de Philippe de Tralles, et le proconsulat de Statius Quadratus, mais sous le règne éternel de notre Seigneur Jésus Christ ; à lui soit la gloire, l’honneur, la grandeur, le trône éternel de génération en génération. Amen.

XXII, 1. Nous vous souhaitons bonne santé, frères, marchez selon l’Évangile, dans la parole de Jésus-Christ ; avec lui, gloire à Dieu le Père et au saint Esprit, pour le salut des saints élus. C’est ainsi que témoigna le bienheureux Polycarpe ; puissions-nous marcher sur ses traces, et être trouvés avec lui dans le royaume de Dieu.

2. Gaïus a transcrit cette lettre sur le manuscrit d’Irénée, disciple de Polycarpe ; Gaïus a vécu avec Irénée. Et moi, Socrate, je l’ai copiée d’après la copie de Gaïus. La grâce soit avec tous.

3. Et moi, à mon tour, Pionius, je l’ai copiée sur l’exemplaire ci-dessus ; je l’ai recherché, après que le bienheureux Polycarpe me l’eût montré dans une révélation, comme je le raconterai par la suite. J’ai rassemblé les fragments presque détruits par le temps ; que le Seigneur Jésus Christ me rassemble aussi avec ses élus dans le royaume du ciel ; à lui la gloire avec le Père et le saint Esprit dans les siècles des siècles. Amen.

Appendice du manuscrit de Moscou.

1. Gaïus a copié ceci dans les écrits d’Irénée ; il avait vécu avec Irénée, qui fut disciple de saint Polycarpe.

2. Cet Irénée, qui était à Rome à l’époque du martyre de l’évêque Polycarpe, instruisit beaucoup de personnes. On a de lui beaucoup d’écrits très beaux et très orthodoxes ; il y fait mention de Polycarpe, disant qu’il avait été son disciple ; il réfuta vigoureusement toutes les hérésies et nous transmet la règle ecclésiastique et catholique, telle qu’il l’avait reçue du saint.

3. Il dit aussi ceci : Marcion, d’où viennent ceux qu’on appelle les Marcionites, ayant un jour rencontré saint Polycarpe, lui dit : "Reconnais-nous, Polycarpe." Mais lui dit à Marcion : "Je reconnais, je reconnais le premier-né de Satan."

4. On lit aussi ceci dans les écrits d’Irénée : Au jour et à l’heure où Polycarpe souffrit le martyre à Smyrne, Irénée se trouvant à Rome entendit une voix pareille à une trompette qui disait : Polycarpe a été martyrisé.

5. Comme on l’a dit, c’est donc dans les écrits d’Irénée que Gaïus a copié ceci, et Isocrate à Corinthe l’a transcrit sur la copie de Gaïus. Et moi, Pionius, à mon tour je l’ai copié sur l’exemplaire d’Isocrate, que j’avais recherché d’après une révélation de saint Polycarpe. J’en ai rassemblé les fragments presque détruits par le temps. Que le Seigneur Jésus Christ me rassemble aussi avec ses élus dans la gloire du ciel ; à lui la gloire avec le Père et le saint Esprit dans les siècles des siècles. Amen.

SOURCE : http://www.introibo.fr/26-01-St-Polycarpe-eveque-et#nh1

Saint Polycarpe

Évêque de Smyrne et martyr

Polycarpe (dont le nom grec signifie fruit abondant) est regardé par toute l'Eglise comme ayant appartenu au groupe des Pères apostoliques. Il fut un disciple immédiat des apôtres, naquit au temps de Vespasien, vers l'an 70, fut converti à la religion chrétienne dès son enfance, sous le règne de Titus. Attaché à l'Eglise de Smyrne, il fut un disciple de l'apôtre saint Jean. Son biographe, Pionius, l'a dit originaire des contrées du Levant, puis amené jeune encore à Smyrne par des marchands qui le vendirent à une femme noble, nommée Callisto. Cette généreuse chrétienne l'éleva dans la crainte du Seigneur, lui confia le soin de sa maison. Héritier des biens de Callisto, Polycarpe n'en aurait usé que pour se perfectionner dans la connaissance des Ecritures, s'avancer dans la pratique de la piété, et aurait reçu le diaconat des mains de l'évêque de Smyrne, Bucolus, qui l'attacha à son Eglise. Cependant, des autorités, comme celle de saint Irénée ( Adv. hæresses, 1. V, c. XXXIII), nous apprennent que Polycarpe avec Papias suivit les leçons de Jean, l'apôtre bien-aimé de Jésus.

Au prêtre Florin qui était tombé dans l'erreur de Valentin, Irénée écrivait (Eusèbe, Hist. eccl., 1. V, c. XX, P. G., t. XX, col. 483) : Lorsque j'étais encore enfant, je vous ai vu en compagnie de Polycarpe, heureux au palais et soucieux de partager ses idées. Je me rappelle fort distinctement les événements de cette époque, car les souvenirs d'enfance sont plus vivaces que ceux d'un âge avancé. Je pourrais marquer distinctement la place où le très saint homme Polycarpe discourait, étant assis ; je pourrais dépeindre son attitude, la forme de ses traits, rappeler les enseignements qu'il donnait au peuple, exposer les entretiens qu'il nous disait avoir avec saint Jean et les autres disciples qui avaient vu le Seigneur ; je pourrais vous dire enfin comment il répétait leurs paroles et celles qu'ils avaient recueillies de la bouche même de Jésus. J'en prends Dieu à témoin, si ce saint et apostolique vieillard entendait ce que nous entendons maintenant, il se boucherait les oreilles et répéterait cette parole qui lui était familière : O Dieu bon ! pour quels temps m'avez-vous conservé jusqu'à ce jour ! et il quitterait sans retard le lieu où il aurait entendu de pareils propos.

Ce fut par les apôtres eux-mêmes que Polycarpe fut établi évêque de Smyrne ; des auteurs ont même pensé que l'apôtre saint Jean eut, en son disciple, plus d'égard au mérite qu'à l'âge, et le sacra avant son exil dans l'île de Pathmos. A Polycarpe, dans ce cas, s'appliqueraient les éloges de l'Apocalypse (II, 8-10) au sujet de l'ange de l'Eglise de Smyrne, le seul de tous déclaré irrépréhensible. L'épiscopat de Polycarpe fut assez tranquille sous le règne de Trajan, alors que la persécution agitait l'église dans les autres provinces de l'empire. Ignace d'Antioche, l'ami de Polycarpe, fut condamné à mort en Syrie et, de là, envoyé à Rome pour être livré aux bêtes de l'amphithéâtre. Il passa par Smyrne, heureux de voir Polycarpe et de l'embrasser avant de mourir. Arrivé à Troade, il lui adressa une lettre pour le remercier de son hospitalité ; il se félicitait d'avoir pu l'entretenir et lui donnait de sages conseils pour le gouvernement de son Eglise ; il lui demandait de communiquer en son nom avec les Eglises de l'Asie Mineure, notamment avec son Eglise d'Antioche.

Sur la demande des fidèles de Philippes, Polycarpe leur écrivit pour les féliciter d'avoir reçu Ignace et ses compagnons de captivité ; il leur exposait dans le détail les devoirs attachés aux différents états, leur donnait des instructions sur la réalité de l'incarnation et de la mort du Fils de Dieu ; il les félicitait d'avoir l'intelligence des saintes Ecritures et les exhortait à prier pour tous les saints. Il ajoutait en terminant : Quant aux lettres d'Ignace que j'ai pu me procurer, je vous les envoie toutes, elles vous seront d'un grand profit, respirant la foi, la patience, l'édification. L'évêque de Smyrne alla à Rome et y séjourna, mais il est difficile de dire à quelle époque ; il devait entretenir le pape de divers sujets, défense des vérités de la foi, union et paix des fidèles, observances de discipline. L'accord n'existait pas entre Rome et les Eglises d'Asie pour la célébration de la Pâque. Anicet et Polycarpe estimèrent que le plus sage, sur ce dernier point, était de laisser jusqu'à nouvel ordre l'Orient et l'Occident suivre leur coutume respective. Le séjour de Polycarpe à Rome fut encore utile à beaucoup de personnes qui s'étaient laissé infecter du venin de l'hérésie ; l'évêque rendit un public témoignage à la vérité orthodoxe, fit rentrer dans le sein de l'Eglise des âmes séduites par les erreurs de Valentin et de Marcion.

Rencontrant un jour ce dernier dans les rues de Rome, Marcion lui avait dit : Ne me reconnaissez-vous pas ? - Oui, répondit Polycarpe, je vous reconnais pour le fils aîné de Satan. Simple parole qui marque l'inviolable attachement de l'évêque aux enseignements de la foi.

Rentré dans son Eglise de Smyrne, Polycarpe n'y jouit pas longtemps du calme et de la tranquillité. alors s'éleva une grande persécution contre les chrétiens. L'Eglise de Smyrne, dans sa lettre à l'Eglise de Philadelphie et à toutes les Eglises catholiques, a raconté en quelles circonstances Polycarpe et ses compagnons endurèrent le martyre : Frères, nous vous envoyons une révélation de la mort de quelques martyrs, et particulièrement de la mort du bienheureux Polycarpe, qui, par son sang a mis fin à la persécution. Tout ce qui s'est passé en cette rencontre est arrivé pour vérifier ce que le Seigneur a prédit dans son Evangile, où il nous montre la voie que nous devons suivre. Il a voulu être livré lui-même et être attaché à la croix comme notre libérateur. Il veut que nous soyons ses imitateurs ; armé le premier d'une vertu céleste, il s'est assujetti à la volonté des impies ; comme un bon maître, il se fait le modèle de ses serviteurs pour n'être pas à charge à ceux qu'il instruit. Il a souffert tout d'abord ce qu'il ordonne aux autres de souffrir ; il nous apprend à tous à mourir utilement pour notre propre salut et celui de nos frères.

Nous nous sentons saisis de crainte au moment où nous nous préparons à vous raconter les combats des généreux athlètes et à vous décrire les glorieux trophées de leur amour pour Dieu et de leur invincible patience. Ils ont vu sans pâlir couler leur propre sang ; le peuple, ému d'un si horrible spectacle, n'a pu retenir ses larmes. Dieu, du haut du ciel, jetait des regards de complaisance sur ces illustres combattants ; leur âme était attaquée de tous côtés ; il l'a soutenue par sa force toute divine et l'a rendue victorieuse de la douleur malgré la faiblesse de leur corps. Même il les excitait de la voix ; de là vinrent le mépris pour leurs juges, le sage et judicieux discernement qui leur fit préférer la vérité au mensonge, le ciel à la terre, l'éternité au temps. Une heure de souffrance leur a acquis des joies sans fin.

La fermeté du martyr Germanicus a rassuré les esprits que les artifices du démon commençaient à ébranler. Quand ce confesseur eut été exposé aux bêtes, le proconsul, touché d'un sentiment d'humanité, l'exhorta à prendre pitié de lui-même, à conserver du moins ses jours. Regardant ce proconsul avec mépris, Germanicus lui dit : J'aime mieux perdre mille fois la vie que de la recevoir de toi à un tel prix. Et, s'avançant hardiment au-devant du lion, il chercha la mort dans les griffes et les dents meurtrières de cet animal. Le peuple fut frappé de dépit plutôt que de stupeur, car on entendit mille voix confuses s'écrier : Mort aux athées ! Qu'on amène Polycarpe !

Sur ses entrefaites, un chrétien de Phrygie, nommé Quintus, récemment arrivé à Smyrne, se présenta au proconsul ; mais la faiblesse trahit sa volonté. A peine eut-il aperçu les bêtes qu'il pâlit de frayeur, recula et demanda qu'on lui laissât la vie. Il était venu pour abattre les idoles et il prêta la main pour les soutenir, car le proconsul obtint de lui sans peine un sacrifice aux faux dieux. Tant il est vrai qu'il faut éviter toute présomption téméraire, réserver ses louanges pour ceux-là seuls qui se défient d'eux-mêmes, ne sortent de leur retraite que par l'ordre de Dieu. Le sage Polycarpe, pour avoir tenu la conduite humble et prudente que recommande l'Evangile, assura son propre triomphe. Apprenant qu'on le cherchait, il se déroba à la poursuite de ses ennemis ; par la tranquillité de son âme, il montrait qu'il ne fuyait pas la mort sous l'influence d'une crainte lâche, mais qu'il en reculait le moment en vertu d'une humble défiance de soi-même. Les fidèles qui lui donnaient asile le conjuraient de mettre sa vie en sûreté sans perdre un seul instant ; quant à lui, il marchait lentement, s'arrêtait volontiers là où il passait, ne semblait s'éloigner qu'à regret du lieu où l'on avait résolu sa mort. Soudain, il s'arrêta et revint dans une métairie peu distante de Smyrne ; il fit halte, adressa à Dieu de ferventes prières en vue du combat qu'il allait bientôt soutenir pour sa gloire. trois jours avant son supplice, il eut un songe dans lequel le chevet de son lit lui parut tout en feu. A son réveil, il dit à ceux qui l'entouraient : Dans trois jours, je serai brûlé vif !

On le fit alors changer de retraite, mais à peine arrivé à celle qu'on lui avait choisie, il y rencontra les émissaires du proconsul. Ceux-ci avaient eu bien de la peine à le découvrir, mais, s'étant emparés de deux jeunes enfants, ils avaient fouetté cruellement l'un d'eux et lui avaient arraché le secret de la retraite de Polycarpe. L'intendant de la police, Hérode, en fut aussitôt informé et, dans son impatience, il envoya aussitôt une escouade d'archers et de gens à cheval à la suite de l'enfant, qui les conduisit à la métairie. Polycarpe, caché dans un grenier, préféra se livrer lui-même. Il se présenta devant les archers surpris de trouver en ce vieillard une vivacité extraordinaire ; il leur fit servir à manger, leur demanda quelques heures de répit pour vaquer à la prière et enfin se remit entre leurs mains. L'escorte qui l'emmenait rencontra aux portes de la ville un char sur lequel étaient montés Hector et son père Nicétas. Hector décida Polycarpe à prendre place à ses côtés sur le char, espérant gagner par des promesses ce vieillard qui paraissait à l'épreuve des outrages et des mauvais traitements : Quel mal, lui répétait-il, trouvez-vous à donner à César le nom de Seigneur, puis à sacrifier pour sauver votre vie ? Fatigué de tant d'importunités, Polycarpe finit par rompre le silence et dit avec force : Non, non, je ne suis pas décidé à faire ce que vous me conseillez, rien ne sera capable de me faire changer de résolution. Irrités à ces mots, ces hommes jetèrent le masque, précipitèrent le saint évêque hors du char avec une telle violence qu'il fut blessé à la jambe dans la chute. Polycarpe, cependant, put se relever, continuer la route à pied et même se présenter allègrement dans l'amphithéâtre. Quand il y entra, il entendit une voix qui lui disait : Polycarpe, sois ferme ! Seuls les chrétiens de l'arène entendirent cette voix.

Amené directement en face du tribunal du proconsul, Polycarpe s'entendit exhorter à avoir égard à son grand âge. Epargne ta vieillesse, disait le magistrat, rends hommage au génie de César, dis avec nous : Plus d'athées ! Expression que le juge appliquait aux chrétiens. Polycarpe promena un instant ses regards sur la multitude des païens qui garnissaient les bancs de l'amphithéâtre et dit d'un air consterné, en lui appliquant l'expression : Oui, certes, plus d'athées ! - Poursuis, lui dit le proconsul, jure par le génie de César, et blasphème le Christ. - Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répliqua Polycarpe, et il ne m'a jamais fait aucun mal ; comment pourrais-je blasphémer mon Sauveur et mon roi ? Que si vous voulez que je jure par le génie de César, comme vous l'appelez, voici ma confession sincère : Je suis chrétien ; si vous voulez apprendre de moi la doctrine du Christ, accordez-moi un jour d'audience pour m'entendre. - Donne satisfaction au peuple, dit le proconsul. A quoi Polycarpe répondit : Je vous ai adressé la parole parce qu'on nous a appris la déférence aux princes tant que la religion n'a pas à en souffrir ; quant au peuple, ce n'est pas un tribunal compétent devant lequel j'ai à me justifier. De fait, la fureur d'un tel auditoire le mettait bien dans l'incapacité d'écouter.

Mais le proconsul prit alors un air sévère : Quoi ! dit-il, j'ai à ma disposition les bêtes sauvages ! - Faites-les sortir, reprit l'évêque, qu'elles viennent assouvir leur rage. Je suis absolument résolu à ne pas changer de bien en mal. Ce qu'il faut faire, c'est de passer du mal au bien ! - Mais si tu méprises les morsures des bêtes, ajouta le proconsul, je te ferai consumer par le feu ! Polycarpe dit alors : Le feu dont tu menaces est un feu qui ne brûle qu'un moment ; au bout d'un instant, son ardeur s'amortit ; ce que vous semblez ignorer, c'est qu'il est un feu d'éternel punissement dont la flamme ne s'éteindra jamais pour le châtiment des impies !

Au moment où Polycarpe prononçait ces dernières paroles, son visage parut resplendir au milieu d'une lumière céleste. Le proconsul lui-même en fut frappé d'admiration ; il fit crier trois fois par un héraut : Polycarpe s'est déclaré chrétien !

A ces mots, toute la multitude des païens et des juifs poussa un grand cri pour réclamer la mort de Polycarpe : C'est le grand docteur de l'Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux ; il apprend au peuple à ne pas sacrifier ! On fit appel à Philippe l'Asiarque ; on voulut l'obliger à lâcher un des lions contre Polycarpe. Il s'en défendit en disant que cela n'était pas en son pouvoir, que l'heure des spectacles était passée. Tous furent d'accord qu'il fallait brûler vif le saint vieillard ; ils ne songeaient pas qu'ils réalisaient la prédiction de Polycarpe ; lui-même interrompit sa prière pour le faire remarquer aux chrétiens de son entourage.

Cependant, le peuple courait aux bains publics, enfonçait les boutiques, enlevait tout ce qui pouvait servir à construire un bûcher ; les juifs, selon leur coutume, se signalèrent en cette occasion. Le bûcher préparé, on y mit le feu. Polycarpe ôta lui-même sa ceinture et sa première robe, se baissa pour se déchausser, ce qu'il n'était pas accoutumé de faire, car d'ordinaire les fidèles lui rendaient ce service pour pouvoir baiser ses pieds. Comme on se disposait à l'attacher au bûcher avec des chaînes de fer, il s'y opposa : Laissez-moi comme je suis, dit-il alors ; celui qui m'a donné la volonté de souffrir pour lui m'en donnera la force ; il adoucira la violence du feu et me fera la grâce d'en pouvoir supporter l'ardeur. Alors, on se contenta de lui lier les mains derrière, le dos avec des cordes ; il monta ainsi sur le bûcher comme sur l'autel de son sacrifice. Elevant ensuite les yeux au ciel, il prononça cette prière : Dieu des anges, Dieu des archanges qui avez détruit le péché et détruirez un jour la mort, monarque souverain du ciel et de la terre, protecteur des justes et de tous ceux qui marchent en votre présence, je vous bénis, moi, le moindre de vos serviteurs, et je vous rends grâces de ce que vous m'avez jugé digne de souffrir, de recevoir de votre main la couronne du martyre, de pouvoir approcher mes lèvres du calice de la passion ; je vous rends grâces de tous ces bienfaits, par Jésus-Christ dans l'unité du Saint-Esprit. voilà Seigneur, mon sacrifice presque achevé ; avant que le jour finisse, je verrai l'accomplissement de vos promesses. Soyez donc à jamais béni, Seigneur ; que votre nom adorable soit glorifié dans tous les siècles, par Jésus-Christ, pontife éternel et tout-puissant, et que tout honneur vous soit rendu avec lui et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

Après la prière, la flamme sortant de tous côtés du bûcher à gros tourbillons s'éleva dans les airs. Dieu, pour honorer son serviteur devant les hommes, opéra un nouveau prodige ; tous ceux que sa providence a choisis pour en être les témoins le répandront partout comme un monument éclatant de sa puissance et de la gloire de son fidèle ministre. Les tourbillons de flammes se courbèrent en arc, s'étendant à droite et à gauche, et représentèrent une voile de navire enflée par le vent. Cette voûte de feu, suspendue en l'air, couvrit le corps du saint martyr, sans que la moindre étincelle osât pour ainsi dire en approcher ni toucher ses vêtements. Le corps avait la couleur d'un pain nouvellement cuit, ou d'un mélange d'or et d'argent en fusion ; l'éclat réjouissait la vue. On respirait comme un agréable mélange d'encens, de myrrhe et de parfums Précieux qui dissipait la mauvaise senteur du feu. Cette merveille a étonné les ennemis de notre religion ; ils ont été convaincus par leurs propres yeux que le corps d'un chrétien était devenu respectable au plus furieux des éléments. Un de ceux qui entretenaient le bûcher reçut l'ordre de s'en approcher et de reconnaître de plus près la vérité du prodige ; on lui dit ensuite d'aller enfoncer son poignard dans le corps du martyr. Il le fit, et à l'heure même le sang sortit en grande abondance et éteignit le feu ; en même temps, on vit une colombe sortir du milieu de ces flots pour prendre son essor vers le ciel. Tout le peuple fut alors dans l'étonnement et reconnut la différence entre la mort des chrétiens et celle des autres hommes ; plusieurs furent contraints d'admettre la grandeur de notre religion, sans avoir la force de l'embrasser. Ainsi Polycarpe, évêque et docteur de la sainte Eglise de Smyrne, consomma son sacrifice ; ce qui lui avait été révélé à ce sujet se réalisa pleinement.

Le démon, cet ennemi irréconciliable des justes, reconnut lui-même que cette vie illustrée par tant de vertus avait été couronnée par une mort pleine de merveilles. Mais il suggéra à ses suppôts l'idée de soustraire aux chrétiens le corps du saint martyr. Déjà plusieurs avaient tenté de recueillir ses cendres quand, à son instigation, les juifs poussèrent Nicétas, père d'Hérode, à aller trouver le proconsul pour lui dire : Refusez les cendre de Polycarpe aux chrétiens, car ceux-ci vont leur rendre les honneurs dus à la divinité. Comme si les chrétiens pouvaient ne plus reconnaître Jésus pour Seigneur et Maître, après ce qu'il a souffert pour eux, et comme s'il leur était permis d'offrir à un autre qu'à lui leurs prières et leurs vœux ! Le centurion envoyé par le proconsul pour apaiser le différend entre les juifs et nous, touchant le corps du martyr, brûla ces saintes dépouilles. Cependant, nous en avons recueilli quelques ossements ; nous les conservons comme l'or et les pierres précieuses. Notre Eglise se réunit pour célébrer avec une sainte allégresse le jour de cette heureuse naissance, le Seigneur nous ayant fait connaître sa volonté sur ce point. Voilà ce qui s'est passé à Smyrne au sujet du bienheureux Polycarpe. Il a souffert le martyre avec douze autres chrétiens de Philadelphie ; mais sa mémoire est l'objet de plus de vénération que celle des autres martyrs. toute l'Asie le nomme toujours le Maître. Vous nous avez demandé plus d'une fois le récit détaillé des événements nous vous envoyons cette relation par notre frère Marcien. Quand vous aurez lu la lettre, faites-en part aux autres Eglises, pour que le Seigneur soit béni en tous lieux du choix que sa grâce fait des élus. Il est puissant pour nous sauver nous-mêmes par Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur ; à lui et à Jésus-Christ gloire, honneur, puissance, majesté dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il. Evariste qui a écrit cela vous salue et toute sa famille avec lui.

Polycarpe a souffert le martyre le VII des calendes de mars (22 février), le jour du grand samedi, à la huitième heure. Il fut arrêté par Hérode l'Erénarque, Philippe de Tralles étant pontife, et Statius Quadratus proconsul. On s'est beaucoup occupé en ces derniers temps de l'année ; quelques dissidents optent pour l'année 166, mais le plus grand nombre tient pour février 155 (ou 156). Une autre difficulté se présente ici, qui tient à la chronologie des évêques de Rome, en raison de l'avènement du pape Anicet en 155. Il faudrait mettre en 156 ou mieux en 155 la visite de Polycarpe au pape Anicet.

Les fidèles de Smyrne ont apporté un soin jaloux à établir un anniversaire pour célébrer la mémoire de Polycarpe. L'histoire ne parle d'aucune translation des reliques en dehors de Smyrne ; on prétend qu'il y en eut pourtant soit à Rhodes et à Malte, soit à Rome et enfin à Paris. Les Grecs ont placé la fête du saint martyr au 12 mars, puis au 23 février. Les Latins ont bien, dans quelques exemplaires du martyrologe hiéronymien, un saint Polycarpe au 23 février ; mais, depuis longtemps, la fête est au 26 janvier. C'est la date où l'inscrit le martyrologe de Florus. A cause de saint Irénée, évêque de Lyon, qui reçut une copie de la lettre de l'Eglise de Smyrne, on peut faire remonter le culte de saint Polycarpe jusqu'à l'époque de saint Irénée à Lyon. Mais pourquoi cet ajouté de Florus au 26 janvier : reliquiæ ejus Lugduni in crypta habentur ?

SOURCE : http://missel.free.fr/Sanctoral/02/23.php


St. Polycarp

Martyr (A.D. 69-155).
Our chief sources of information concerning St. Polycarp are: (1) the Epistles of St. Ignatius; (2) St. Polycarp's own Epistle to the Philippians; (3) sundry passages in St. Irenæus; (4) the Letter of the Smyrnaeans recounting the martyrdom of St. Polycarp.

The epistles of St. Ignatius

Four out of the seven genuine epistles of St. Ignatius were written from Smyrna. In two of these — Magnesiansand Ephesians — he speaks of Polycarp. The seventh Epistle was addressed to Polycarp. It contains little or nothing of historical interest in connexion with St. Polycarp. In the opening words St. Ignatius gives glory to God"that it hath been vouchsafed to me to see thy face". It seems hardly safe to infer, with Pearson and Lightfoot, from these words that the two had never met before.

The epistle of St. Polycarp to the Philippians

The Epistle of St. Polycarp was a reply to one from the Philippians, in which they had asked St. Polycarp to address them some words of exhortation; to forward by his own messenger a letter addressed by them to theChurch of Antioch; and to send them any epistles of St. Ignatius which he might have. The second request should be noted. St. Ignatius had asked the Churches of Smyrna and Philadelphia to send a messenger to congratulate the Church of Antioch on the restoration of peace; presumably, therefore, when at Philippi, he gave similar instructions to the Philippians. This is one of the many respects in which there is such complete harmonybetween the situations revealed in the Epistles of St. Ignatius and the Epistle of St. Polycarp, that it is hardly possible to impugn the genuineness of the former without in some way trying to destroy the credit of the latter, which happens to be one of the best attested documents of antiquity. In consequence some extremists, anti-episcopalians in the seventeenth century, and members of the Tübingen School in the nineteenth, boldly rejected the Epistle of Polycarp. Others tried to make out that the passages which told most in favour of the Ignatianepistles were interpolations.

These theories possess no interest now that the genuineness of the Ignatian epistles has practically ceased to be questioned. The only point raised which had any show of plausibility (it was sometimes used against thegenuineness, and sometimes against the early date of St. Polycarp's Epistle) was based on a passage in which it might at first sight seem that Marcion was denounced: "For every one who does not confess that Jesus Christ has come in the flesh is antichrist; and whosoever does not confess the testimony of the cross, is a devil, and whosoever perverteth the oracles of the Lord (to serve) his own lusts, and saith there is neither resurrection norjudgment, this man is a first-born of Satan." St. Polycarp wrote his epistle before he had heard of St. Ignatius'martyrdom. Now, supposing the passage just quoted to have been aimed at Marcion (whom, on one occasion, as we shall presently see, St. Polycarp called to his face "the first-born of Satan"), the choice lies between rejecting the epistle as spurious on account of the anachronism, or bringing down its date, and the date of St. Ignatius'martyrdom to A.D. 130-140 when Marcion was prominent. Harnack seems at one time to have adopted the latter alternative; but he now admits that there need be no reference to Marcion at all in the passage in question (Chronologie, I, 387-8). Lightfoot thought a negative could be proved. Marcion, according to him, cannot be referred to because nothing is said about his characteristic errors, e.g., the distinction between the God of theOld and the God of the New Testament; and because the antinomianism ascribed to "the first-born of Satan" is inapplicable to the austere Marcion (Lightfoot, St. Ignatius and St. Polycarp, I, 585; all references to Lightfoot (L), unless otherwise stated, will be to this work).

When Lightfoot wrote it was necessary to vindicate the authenticity of the Ignatian epistles and that of St. Polycarp. If the former were forgeries, the latter, which supports — it might almost be said presupposes — them, must be a forgery from the same hand. But a comparison between Ignatius and Polycarp shows that this is an impossible hypothesis. The former lays every stress upon episcopacy, the latter does not even mention it. The former is full of emphatic declarations of the doctrine of the Incarnation, the two natures of Christ, etc. In the latter these matters are hardly touched upon. "The divergence between the two writers as regards Scripturalquotations is equally remarkable. Though the seven Ignatian letters are many times longer than Polycarp'sEpistle, the quotations in the latter are incomparably more numerous, as well as more precise, than in the former. The obligations to the New Testament are wholly different in character in the two cases. The Ignatianletters do, indeed, show a considerable knowledge of the writings included in our Canon of the New Testament; but this knowledge betrays itself in casual words and phrases, stray metaphors, epigrammatic adaptations, and isolated coincidences of thought ... On the other hand in Polycarp's Epistle sentence after sentence is frequently made up of passages from the Evangelical and Apostolic writings ... But this divergence forms only part of a broader and still more decisive contrast, affecting the whole style and character of the two writings. Theprofuseness of quotations in Polycarp's Epistle arises from a want of originality ... On the other hand the letters of Ignatius have a marked individuality. Of all early Christian writings they are pre-eminent in this respect" (op. cit., 595-97).

Various passages in St. Irenaeus

In St. Irenæus, Polycarp comes before us preeminently as a link with the past. Irenaeus mentions him four times: (a) in connection with Papias; (b) in his letter to Florinus; (c) in his letter to Pope Victor; (d) at the end of the celebrated appeal to the potior principalitas of the Roman Church.

In connection with Papias

From Against Heresies V.33, we learn that Papias was "a hearer of John, and a companion of Polycarp".

In his letter to Florinus

Florinus was a Roman presbyter who lapsed into heresy. St. Irenæus wrote him a letter of remonstrance (a long extract from which is preserved by Eusebius, Church History V.20), in which he recalled their common recollections of Polycarp. "These opinions ... Florinus are not of sound judgment ... I saw thee when I was still a boy in Lower Asia in company with Polycarp, while thou wast faring prosperously in the royal court, and endeavouring to stand well with him. For I distinctly remember the incidents of that time better than events of recent occurrence ... I can describe the very place in which the Blessed Polycarp used to sit when he discoursed ... his personal appearance ... and how he would describe his intercourse with John and with the rest who had seen the Lord, and how he would relate their words ... I can testify in the sight of God, that if the blessed andapostolic elder had heard anything of this kind, he would have cried out, and stopped his ears, and said after his wont, 'O good God, for what times hast thou kept me that I should endure such things?' ... This can be shown from the letters which he wrote to the neighbouring Churches for their confirmation etc.". Lightfoot (op. cit., 448) will not fix the date of the time when St. Irenæus and Florinus were fellow-pupils of St. Polycarp more definitely than somewhere between 135 and 150. There are in fact no data to go upon.

In his letter to Pope Victor

The visit of St. Polycarp to Rome is described by St. Irenæus in a letter to Pope Victor written under the following circumstances. The Asiatic Christians differed from the rest of the Church in their manner of observing Easter. While the other Churches kept the feast on a Sunday, the Asiatics celebrated it on the 14th of Nisan, whatever day of the week this might fall on. Pope Victor tried to establish uniformity, and when the Asiatic Churchesrefused to comply, excommunicated them. St. Irenæus remonstrated with him in a letter, part of which is preserved by Eusebius (Church History V.24), in which he particularly contrasted the moderation displayed in regard to Polycarp by Pope Anicetus with the conduct of Victor. "Among these (Victor's predecessors) were thepresbyters before Soter. They neither observed it (14th Nisan) themselves, nor did they permit those after them to do so. And yet, though not observing it, they were none the less at peace with those who came to them from the parishes in which it was observed. . . And when the blessed Polycarp was at Rome in the time of Anicetus, and they disagreed a little about other things, they immediately made peace with one another, not caring to quarrel over this matter. For neither could Anicetus persuade Polycarp ... nor Polycarp Anicetus . . . But though matters were in this shape, they communed together, and Anicetus conceded the administration of the Eucharistin the Church to Polycarp, manifestly as a mark of respect. And they parted from each other in peace", etc.

There is a difficulty connected with this visit of Polycarp to Rome. According to the Chronicle of Eusebius in St. Jerome's version (the Armenian version is quite untrustworthy) the date of Anicetus' accession was A.D. 156-57. Now the probable date of St. Polycarp's martyrdom is February, 155. The fact of the visit to Rome is too well attested to be called into question. We must, therefore, either give up the date of martyrdom, or suppose thatEusebius post-dated by a year or two the accession of Anicetus. There is nothing unreasonable in this latter hypothesis, in view of the uncertainty which so generally prevails in chronological matters (for the date of theaccession of Anicetus see Lightfoot, "St. Clement I", 343).

In his famous passage on the Roman Church

We now come to the passage in St. Irenæus (Adv. Haer., III,3) which brings out in fullest relief St. Polycarp's position as a link with the past. Just as St. John's long life lengthened out the Apostolic Age, so did the four score and six years of Polycarp extend the sub-Apostolic Age, during which it was possible to learn by word of mouth what the Apostles taught from those who had been their hearers. In Rome the Apostolic Age ended about A.D. 67 with the martyrdom of St. Peter and St. Paul, and the sub-Apostolic Age about a quarter of a century later when St. Clement, "who had seen the blessed Apostles", died. In Asia the Apostolic Age lingered on till St. Johndied about A.D. 100; and the sub-Apostolic Age till 155, when St. Polycarp was martyred. In the third book of his treatise "Against Heresies", St. Irenæus makes his celebrated appeal to the "successions" of the bishops in all theChurches. He is arguing against heretics who professed to have a kind of esoteric tradition derived from theApostles. To whom, demands St. Irenæus, would the Apostles be more likely to commit hidden mysteries than to the bishops to whom they entrusted their churches? In order then to know what the Apostles taught, we must have recourse to the "successions" of bishops throughout the world. But as time and space would fail if we tried to enumerate them all one by one, let the Roman Church speak for the rest. Their agreement with her is a manifest fact by reason of the position which she holds among them ("for with this Church on account of itspotior principalitas the whole Church, that is, the faithful from every quarter, must needs agree", etc.).

Then follows the list of the Roman bishops down to Eleutherius, the twelfth from the Apostles, the ninth fromClement, "who had both seen and conversed with the blessed Apostles". From the Roman Church, representing all the churches, the writer then passes on to two Churches, that of Smyrna, in which, in the person of Polycarp, the sub-Apostolic Age had been carried down to a time still within living memory, and the Church of Ephesus, where, in the person of St. John, the Apostolic Age had been prolonged till "the time of Trajan". Of Polycarp he says, "he was not only taught by the Apostles, and lived in familiar intercourse with many that had seen Christ, but also received his appointment in Asia from the Apostles as Bishop in the Church of Smyrna". He then goes on to speak of his own personal acquaintance with Polycarp, his martyrdom, and his visit to Rome, where heconverted many heretics. He then continues, "there are those who heard him tell how John, the disciple of theLord, when he went to take a bath in Ephesus, and saw Cerinthus within, rushed away from the room without bathing, with the words 'Let us flee lest the room should fall in, for Cerinthus, the enemy of the truth, is within'. Yea, and Polycarp himself, also, when on one occasion Marcion confronted him and said 'Recognise us', replied, 'Ay, ay, I recognise the first-born of Satan' ".

The Smyrnaean letter describing St. Polycarp's martyrdom

Polycarp's martyrdom is described in a letter from the Church of Smyrna, to the Church of Philomelium "and to all the brotherhoods of the holy and universal Church", etc. The letter begins with an account of the persecutionand the heroism of the martyrs. Conspicuous among them was one Germanicus, who encouraged the rest, and when exposed to the wild beasts, incited them to slay him. His death stirred the fury of the multitude, and the cry was raised "Away with the atheists; let search be made for Polycarp". But there was one Quintus, who of his own accord had given himself up to the persecutors. When he saw the wild beasts he lost heart and apostatized. "Wherefore", comment the writers of the epistle, "we praise not those who deliver themselves up, since theGospel does not so teach us". Polycarp was persuaded by his friends to leave the city and conceal himself in a farm-house. Here he spent his time in prayer, "and while praying he falleth into a trance three days before his apprehension; and he saw his pillow burning with fire. And he turned and said unto those that were with him, 'it must needs be that I shall be burned alive'". When his pursuers were on his track he went to another farm-house. Finding him gone they put two slave boys to the torture, and one of them betrayed his place of concealment. Herod, head of the police, sent a body of men to arrest him on Friday evening. Escape was still possible, but the old man refused to flee, saying, "the will of God be done". He came down to meet his pursuers, conversed affably with them, and ordered food to be set before them. While they were eating he prayed, "remembering all, high and low, who at any time had come in his way, and the Catholic Church throughout the world". Then he was led away.

Herod and Herod's father, Nicetas, met him and took him into their carriage, where they tried to prevail upon him to save his life. Finding they could not persuade him, they pushed him out of the carriage with such haste that he bruised his shin. He followed on foot till they came to the Stadium, where a great crowd had assembled, having heard the news of his apprehension. "As Polycarp entered into the Stadium a voice came to him fromheaven: 'Be strong, Polycarp, and play the man'. And no one saw the speaker, but those of our people who were present heard the voice." It was to the proconsul, when he urged him to curse Christ, that Polycarp made his celebrated reply: "Fourscore and six years have I served Him, and he has done me no harm. How then can Icurse my King that saved me." When the proconsul had done with the prisoner it was too late to throw him to the beasts, for the sports were closed. It was decided, therefore, to burn him alive. The crowd took it upon itself tocollect fuel, "the Jews more especially assisting in this with zeal, as is their wont" (cf. the Martyrdom of Pionius). The fire, "like the sail of a vessel filled by the wind, made a wall round the body" of the martyr, leaving it unscathed. The executioner was ordered to stab him, thereupon, "there came forth a quantity of blood so that it extinguished the fire". (The story of the dove issuing from the body probably arose out of a textual corruption.See Lightfoot, Funk, Zahn. It may also have been an interpolation by the pseudo-Pionius.)

The officials, urged thereto by the Jews, burned the body lest the Christians "should abandon the worship of theCrucified One, and begin to worship this man". The bones of the martyr were collected by the Christians, andinterred in a suitable place. "Now the blessed Polycarp was martyred on the second day of the month ofKanthicus, on the seventh day before the Kalends of March, on a great Sabbath at the eighth hour. He was apprehended by Herodes ... in the proconsulship of Statius Quadratus etc." This subscription gives the following facts: the martyrdom took place on a Saturday which fell on 23 February. Now there are two possible years for this, 155 and 166. The choice depends upon which of the two Quadratus was proconsul of Asia. By means of thechronological data supplied by the rhetorician Aelius Aristides in certain autobiographical details which he furnishes, Waddington who is followed by Lightfoot ("St. Ignatius and St. Polycarp", I, 646 sq.), arrived at the conclusion that Quadratus was proconsul in 154-55 (the proconsul's year of office began in May). Schmid, a full account of whose system will be found in Harnack's "Chronologie", arguing from the same data, came to the conclusion that Quadratus' proconsulship fell in 165-66.

For some time it seemed as if Schmid's system was likely to prevail, but it has failed on two points:
  • Aristides tells us that he was born when Jupiter was in Leo. This happened both in 117 and 129. Schmid'ssystem requires the later of these two dates, but the date has been found to be impossible. Aristides was fifty-three years and six months old when a certain Macrinus was governor of Asia. "Now Egger (in theAustrian 'Jahreshefte', Nov., 1906) has published an inscription recording the career of Macrinus, which was erected to him while he was governing Asia, and he pointed out that as the birth of Aristides was either in 117 or 129, the government of Macrinus must have been either in 170-171, or 182-183, and he has shown that the later date is impossible". (Ramsay in "The Expository Times", Jan., 1907.)
  • Aristides mentions a Julianus who was proconsul of Asia nine years before Quadratus. Now there was aClaudius Julianus, who is proved by epigraphic and numismatic evidence to have been proconsul of Asia in 145. Schmid produced a Salvius Julianus who was consul in 148 and might, therefore, have been the Proconsul of Asia named by Aristides. But an inscription discovered in Africa giving the whole career ofSalvius Julianus disposes of Schmid's hypothesis. The result of the new evidence is that Salvius Julianus never governed Asia, for he was proconsul of Africa, and it was not permitted that the same person should hold both of these high offices. The rule is well known; and the objection is final and insurmountable (Ramsay, "Expos. Times", Feb., 1904. Ramsay refers to an article by Mommsen, "Savigny Zeitschrift fur Rechtgeschichte", xxiii, 54). Schmid's system, therefore, disappears, and Waddington's, in spite of some very real difficulties (Quadratus' proconsulship shows a tendency to slip a year out of place), is inpossession. The possibility of course remains that the subscription was tampered with by a later hand. But 155 must be approximately correct if St. Polycarp was appointed bishop by St. John.

There is a life of St. Polycarp by pseudo-Pionius, compiled probably in the middle of the fourth century. It is "altogether valueless as a contribution to our knowledge of Polycarp. It does not, so far as we know, rest on anytradition, early or late, and may probably be regarded as a fiction of the author's own brain" (Lightfoot, op. cit., iii, 431). The postscript to the letter to the Smyrneans: "This account Gaius copied from the papers of Irenaeus... and I, Socrates, wrote it down in Corinth ... and I, Pionius again wrote it down", etc. probably came from the pseudo-Pionius. The very copious extracts from the Letter of the Smyrneans given by Eusebius are a guarantee of the fidelity of the text in the manuscripts that have come down.

Bacchus, Francis Joseph. "St. Polycarp." The Catholic Encyclopedia. Vol. 12. New York: Robert Appleton Company, 1911.24 Feb. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/12219b.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Marie Jutras.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. June 1, 1911. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/12219b.htm

St. Polycarp

St. Polycarp lived in about 69-155 A.D., and was the Bishop of Smyrna, Izmir in modern Turkey. He was the leading Christian figure in Roman Asia Minor. He is an important link between the tradition of the Church stretch from the apostles to the 2nd century church.

Few details of his life are extant with any reliability beyond his famous martyrdom, which was recounted in the Martyrium Polycarpi. It is believed, however, that he was converted to the faith by St. John the Evangelist about 80 A.D. St. Irenaeus (Bishop of Lyons in 2nd century) tells us that Polycarp sat at the feet of the Apostle St. John. Polycarp also knew others that saw Christ in the flesh. He was appointed to the See of Smyrna by the Apostles themselves about 96 A.D.

He was, as was his friend St. Ignatius of Antioch, one of the most important intermediary links between the apostolic and the patristic eras in the Church, especially in Christian Asia Minor. When Ignatius was being taken to Rome to be put to death, he wrote of Polycarp being clothed “with the garment of grace.” A defender of orthodoxy, he opposed such heretical groups as the Marcionites and Valentinians. 

He also authored a surviving epistle to the Philippians, exhorting them to remain strong in the faith. The letter is of great interest to scholars because it demonstrates the existence of New Testament texts, with quotes from Matthew and Luke, the Acts of the Apostles, and the first letters of Peter and John.

Persecution broke out in Smyrna. Polycarp was himself arrested by Roman officials in Smyrna soon after returning from a trip to Rome to discuss the date for Easter with Pope Anicetus. When Polycarp heard that his pursuers were at the door, he said, “The will of God be done; ” and meeting them, he begged to be left alone for a little time, which he spent in prayer for “the Catholic Church throughout the world.” As Polycarp was led into the stadium where he was to be martyred, the uproar was so loud that many did not hear the announcement. A voice from heaven came to Polycarp as he was entering the stadium: “Be strong, Polycarp, and play the man!” No one saw the speaker, but many witnesses heard the voice.

The Roman proconsul attempted to persuade Polycarp to worship Caesar and say “Away with the atheists” referring to the Christians – Polycarp looked up to heaven and groaned “Away with the atheists!” refering to the Roman crowds. 

The proconsul asked him to revile Christ, and Polycarp replied: “I have served Him eight-six years and in no way has He dealt unjustly with me; so how can I blaspheme my King Who saved me?”

Polycarp declared his Christianity and refused any persistence by the proconsul. Many threats were made against him: wild beasts, fire, and any torture possible.

Polycarp’s response to these: “You threaten fire which burns for an hour and is soon quenched; for you are ignorant of the fire of the coming judgment and eternal punishment reserved for the wicked. But why do you wait? Come, do what you will!” 

As Polycarp spoke, he became filled with courage and joy. His face was covered with grace so much so that none of the threats stirred terror in his heart. The crowds shouted that Polycarp should be burned alive—they gathered wood and fuel from shops and baths.

Polycarp readily took off his garments and loosened his belt. He also made an effort to take off his shoes, although he was not used to doing this because the faithful always hurried to take them off so that they may be the first to touch his skin, since he was greatly adorned because of his Godly way of life. 

As they were about to nail Polycarp, he said: “Let me be as I am; for He who makes it possible for me to endure the fire will also make it possible for me to remain on the pyre unmoved without the security of nails.” Thus, they only bound him, but did not nail him.

Polycarp looked up to heaven and said this last prayer:

“Lord God Almighty, Father of Your Beloved and Blessed Son Jesus Christ, through whom we have received knowledge of You, God of angels and powers and every created thing and all the race of the just who dwell before You. I bless You because You have considered me worthy of this day and hour to receive a portion among the number of the martyrs in the Cup of your Christ unto the resurrection of eternal life, both of soul and body in the incorruption of the Holy Spirit. May I be received among them today as a rich and acceptable sacrifice, just as you have prepared beforehand and revealed beforehand, and fulfilled, O undeceiving and true God. For this reason and for all these things I praise You, I bless You, I glorify You, through the eternal and heavenly high priest, Jesus Christ, Your beloved Son, through whom to You with Him and the Holy Spirit be glory now and forever. Amen.”

When he lifted up the Amen and finished the prayer, the fire was lit. When the flame shot up, a miracle was witnessed: The fire took the form of an arch like the sail of a ship filled by the wind and encircled the body of the martyr like a wall. He was in the center of it not like burning flesh but like baking bread or like gold and silver being refined in a furnace. Those who witnessed this miracle also smelled a fragrant odor like the scent of incense or some other precious spice. 

When the pagans saw that his body could not be consumed by fire, they ordered the executioner to plunge a dagger into him. When he did this, a large quantity of blood came out—so much that it quenched the fire. Everyone was amazed that there was such a great difference between the unbelievers and the elect, of which Polycarp was a member.

After he departed, the Jews and others created an issue over what was to be done with St. Polycarp’s body—they thought that the faithful believers would begin to worship him, so the centurion decided to burn his body. 

”Then,” say the writers of his acts, “we took up the bones, more precious than the richest jewels or gold, and deposited them in a fitting place, at which may God grant us to assemble with joy to celebrate the birthday of the martyr to his life in heaven!”

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-polycarp/

Polycarp: The Apostolic Legacy

Polycarp of Smyrna holds a very special and perhaps even unique position in the history of the Christian church. He was personally taught by the apostle John and therefore is important to the continuity of beliefs from the time of Christ through the apostolic age and beyond.

Polycarp is believed to have been born around the year 69 or 70. Not many details of his early life are known. According to Maxwell Staniforth’s Early Christian Writings, he is thought to have been a native and lifelong resident of the Roman proconsular province of Asia, which became a new center for the Christian world after the fall of Jerusalem in 70. Many followers of Christ, possibly including Polycarp’s family, left Judea to settle in the cities of Asia. In particular, writes Staniforth, the last surviving apostle, John, “had made his home in Ephesus, and his name and influence had become a magnet for all that was most vital in Christendom. The young Polycarp himself was one of his disciples, and in later life was fond of recalling his precious memories of the saint.”

Polycarp served as bishop of Smyrna for some six decades, from the closing years of the first century to the mid-second century. The early-third-century theologian Tertullian writes in chapter 32 of his Prescription Against Heretics that, according to “original records,” it was the apostle John himself who ordained Polycarp to that office.

His later years as bishop saw major changes begin to occur within the church. W.H.C. Frend, a prominent 20th-century church historian, describes the period from 135–193 as a period of “acute hellenization” of the church. It was a time noted for the “rise of orthodoxy.” As a link to the apostolic age, Polycarp vigorously sought to prevent both of these developments.

Irenaeus, a second-century theologian and student of Polycarp, recorded his memories of his mentor. The theologian wrote to a heretic known as Florinus about Polycarp’s dedication to passing on the teachings of the apostles. Although Irenaeus’s original account is lost to history, church historian Eusebius quoted a portion of it, including the following, in book 5 of his Ecclesiastical History: “While I was still a boy I saw you [Florinus] in Lower Asia in Polycarp’s company. . . . I can describe the place where blessed Polycarp sat and talked, his goings out and comings in, the character of his life, his personal appearance, his addresses to crowded congregations. I remember how he spoke of his intercourse with John and with the others who had seen the Lord; how he repeated their words from memory; and how the things that he had heard them say about the Lord, His miracles and His teaching, things that he had heard direct from the eye-witnesses of the Word of Life, were proclaimed by Polycarp in complete harmony with Scripture.”

Documenting this line of scriptural teaching through Polycarp to the apostles had become increasingly critical through the course of the second century. The final years of Polycarp’s life were already dominated by problems within the church over doctrinal changes and external persecution. Polycarp’s inestimable value to the church was that, unlike those around him, he appears to have remained totally faithful to the teachings of the apostles. Hence Irenaeus was able to write of Polycarp’s dedication to what he had learned:

“But Polycarp also was not only instructed by apostles, and conversed with many who had seen Christ, but was also, by apostles in Asia, appointed bishop of the Church in Smyrna, whom I also saw in my early youth, for he tarried [on earth] a very long time, and, when a very old man, gloriously and most nobly suffering martyrdom, departed this life, having always taught the things which he had learned from the apostles, and which the Church has handed down, and which alone are true” (Against Heresies 3.3.4).

Polycarp’s adherence to the teachings of the apostles became especially evident during his visit to Rome, most likely in 154 or 155. The heretic Marcion had led many astray by his efforts to separate the church from its Jewish roots (see “Is Christianity Off Base?”). Polycarp, by his persuasive teaching, turned a large number of the Marcionites from their errors.

The bishop’s steadfastness failed, however, to prevent the church at Rome from adopting an unscriptural practice: the church there had introduced a new means of celebrating the death and resurrection of Jesus, known today as the Good Friday–Easter Sunday tradition, in place of the Passover service. Disagreement over this change, referred to as the Quartodeciman Controversy, caused a huge rift in the church. Polycarp urged Anicetus, then the bishop of Rome, to return to the observance of the festival on the 14th day of the first month in the Hebrew calendar, as the apostles had taught. Polycarp wished to remain true to the teachings he had received and to observe this festival in the manner he had learned from the apostle John in his youth.

Anicetus refused to change his position, however, claiming that he was following his own immediate predecessors. The ensuing split in the church notwithstanding, the two men apparently remained on friendly terms and agreed to disagree.

In His message to the seven churches of Asia, Jesus Christ had prophesied of Smyrna that “the devil is about to throw some of you into prison, that you may be tested. . . . Be faithful until death, and I will give you the crown of life” (Revelation 2:10). Polycarp, as bishop of Smyrna, held true to this standard when he was arrested around 155 and tried for refusing to sacrifice to Caesar or renounce his allegiance to Christ. The bishop was summarily burned alive as a martyr for his beliefs. At the time of his death, he spoke of himself as having served Christ for 86 years.

During those years, Polycarp took the precious knowledge handed down to him from Jesus Christ through the apostle John and passed it on to his own disciples. He embodied those teachings and stood firm in his beliefs, even though it meant death. Polycarp truly lived according to the following words from his only extant work, his epistle to the Philippians: “Stand fast, therefore, in these things, and follow the example of the Lord, being firm and unchangeable in the faith, loving the brotherhood, and being attached to one another, joined together in the truth, exhibiting the meekness of the Lord in your intercourse with one another, and despising no one.”

IVOR C. FLETCHER and PETER NATHAN

SOURCE : http://www.vision.org/visionmedia/article.aspx?id=534


Voir aussi : http://www.fministry.com/2009/02/st-polycarp-link-in-chain.html

De saint Polycarpe, évêque de Smyrne et saint martyr. Lettre aux Philippiens : http://www.patristique.org/sites/patristique.org/IMG/pdf/polycarpe_philippiens.pdf

Polycarp to the Philippians : http://www.earlychristianwritings.com/polycarp.html