lundi 14 janvier 2013

Saint SÉRAPHIM de SAROV, moine, ermite et mystique

Saint Séraphim de Sarov

Saint Séraphim de Sarov est un des saints russes les plus connus et les plus populaires, non seulement parmi les orthodoxes, mais aussi parmi beaucoup de chrétiens d’autres confessions. Il naît en 1759 et entre au monastère de Sarov à l’âge de vingt ans, où il reste jusqu’à sa naissance au ciel en 1833. Pendant quarante-six ans il vit d’abord comme moine en communauté, puis, de 1794 à 1810, comme ermite, et en dernier lieu, comme reclus dans le monastère de Sarov. Durant toutes ces longues années il mène le dur combat vers la perfection en Christ, bénéficiant de nombreuses grâces, notamment des apparitions de la Sainte Mère de Dieu.

Les derniers huit ans de sa vie terrestre, il émerge de la solitude pour servir aux nombreux fidèles qui accourent vers lui en tant que starets, père spirituel. Chacun de ceux qui le visite dans sa petite cellule - moine, moniale, prêtre, laïc, homme, femme, riche, pauvre, empereur... - vient pour être conforté dans les épreuves, pour entendre la parole de vie, pour recevoir le conseil nécessaire afin d'avancer sur le chemin vers Dieu. Le saint starets quitte cet vie le 2 janvier 1833, lorsqu’il prie dans sa cellule, devant l'icône de la Mère de Dieu de Tendresse. Il a été canonisé le 19 juillet 1903.

La grande originalité de l'enseignement de saint Séraphim est avant tout son insistance que « le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu ». De son vivant il a témoigné de la présence de l’Esprit-Saint dans le monde : l’événement le plus remarquable de sa vie s’est produit un jour d’hiver en plein forêt en 1830, lorsqu’il a été transfiguré, devant et avec son disciple Nicolas Motovilov, par la lumière incréée de l’Esprit-Saint.


LE MOINE EN COMMUNAUTÉ

La vie de Saint Séraphim de Sarov est simple et une. Mais cette simplicité, cette unité recèlent un mystère. On se trouve en présence de plusieurs périodes bien délimitées dont chacune apparaît comme le fruit spirituel de celle qui la précède.

Une première période comprend sa jeunesse depuis sa naissance en 1759 jusqu'à son entrée au monastère de Sarov en 1779. Prokhor, le futur Séraphim, était le fils de marchands pieux de la ville de Koursk, du nom de Mochnine. Rien n'est remarquable en ce garçon doué, gai, qui se mêle volontiers aux enfants de son âge, si ce n'est un certain don de clairvoyance, qui fait de l'au-delà une réalité pour lui toute proche. C'est ainsi que lors d'une maladie il voit la Mère de Dieu qui lui parle et promet de la guérir. Très jeune, il se sent attiré par la vie monastique. Âgé de dix-huit ans, en compagnie de quelques amis qui ont entendu le même appel que lui, il part à pèlerinage à Kiev pour y prier auprès des reliques des saints de la Petcherskaïa Lavra. Il va demander conseil aussi au starets Dosithée qui le dirige vers l'ermitage de Sarov.

Il a vingt ans quand, ayant renoncé à son héritage paternel et fait des dons aux pauvres, il quitte définitivement sa ville natale, muni seulement d'un petit sac, d'un bâton et emportant comme unique trésor la croix de cuivre avec laquelle sa mère l'a béni et qui ne le quittera jamais.

Une sorte de prédestination mystique semble se manifester dans le fait qu'il entre comme novice à Sarov la veille de la fête de la Présentation au Temple de la Mère de Dieu (le 20 novembre 1779).

De 1779 à 1793, il mène la vie de novice, puis d'un moine modèle. Obéissance absolue à son starets, travail corporel comme boulanger, comme menuisier, puis comme sacristain, jeûnes, lecture assidue de la Bible et des écrits mystiques des Pères et surtout prière, tels sont les exercices par lesquels il se prépare à la tonsure monastique. Dès le début, toute mortification corporelle, en dehors du jeûne et de l'abstinence, est écartée. Extérieurement c'est un jeune homme beau et vigoureux, que les jeûnes n'ont pas affaibli et qui accomplit avec adresse les travaux les plus rudes comme les plus délicats. Il est le bûcheron de la communauté et sculpte en même temps des croix de bois de cyprès. À tous ces travaux il unit la prière, invoquant constamment le Nom de Jésus. Il est taciturne et évite les conversations. Dans ses moments de loisir, il se retire dans la forêt pour prier. Cependant il n'est pas sombre mais sait, par une parole ou un simple sourire, encourager ceux qui sont tristes. Cette gaieté n'est nullement l'indice d'un tempérament naturellement optimiste.

La seule tentation grave dont il soit fait mention pour lui est celle de la tristesse, du désespoir. Il la surmonte en persévérant dans la prière et acquiert ainsi la paix. Cette paix ne le quitte pas pendant une maladie dont il souffre pendant trois ans sans jamais se plaindre, sans vouloir appeler de médecin, en s'abandonnant " au seul vrai médecin du corps et de l’âme, Notre Seigneur Jésus Christ et à sa sainte Mère ". C’est de nouveau après une apparition mystérieuse de la Mère de Dieu qu’il est guéri. Celle-ci lui adresse les mêmes paroles qu’il avait entendues déjà pendant sa maladie d’enfance : " Celui-ci est de notre race... " Peu de temps après sa guérison, le jeune moine part comme pèlerin pour quêter des dons en vue de la construction d’une église dans l’enceinte du monastère.

Le 13 août 1786, Prokhor reçoit la tonsure monastique ainsi que le nom de Séraphim - le " flambeau ", le " feu ardent ". Une peu plus tard, il est ordonné diacre, puis hiéromoine (titre donné dans l’Église orthodoxe aux moines, d’ailleurs relativement peu nombreux, qui sont revêtus de la dignité sacerdotale). La dernière partie de cette période de sa vie est marquée par une participation spirituelle intense au mystère liturgique. Au cours d’une Liturgie de vendredi saint il a la vision du Christ " sous les traits du Fils de l’Homme souffrant ".

L’ERMITE DU « LOINTAIN PETIT DÉSERT »

L’année 1794 marque le début d’une phase nouvelle de sa vie. Séraphim obtient la permission de se retirer loin du monastère, dans une petite hutte au fond des bois. Alors commence sa longue période solitaire, son ascension spirituelle vertigineuse dans les sphères dont la plupart des hommes ne soupçonnent guère l’existence, où il doit poursuivre son chemin sans aucune aide humaine, guidé et fortifié seulement par la grâce de Dieu. Cette fuite loin de la société humaine comporte toutefois des étapes.

La première de celles-ci est la vie d’ermite dans une isba (ermitage) à cinq ou six kilomètres du monastère, qu’il nomme " lointain petit désert ". Saint Séraphim n’a pas encore abandonné tous les travaux terrestres. Il cultive un potager et prend soin d’une ruche. Puis il délaissera aussi ces modestes travaux agricoles, tirant sa substance uniquement d’herbes et de baies sauvages. Le dimanche il se rend au monastère pour prendre part à la Liturgie et pour communier. Sa vie pendant cette période rappelle celle de saint Serge de Radonège. La tradition le dépeint nourrissant comme ce dernier un ours sauvage. Mais ce qui est nouveau chez lui et par où il s’apparente à certains saints occidentaux, c’est son effort pour revivre spirituellement la vie terrestre de Jésus. Tout le domaine sylvestre qui entoure son ermitage se transforme pour le prier solitaire en Terre Sainte. Un coin de la forêt devient Nazareth et il y prie la salutation de l’ange à Marie. Dans une caverne, ses yeux spirituels contemplent la naissance du Sauveur. Il aime relire le Sermon sur la Montagne au sommet d’une colline qui domine la contrée. Il a son Mont Thabor, son Gethsémani et son Golgotha où il s’efforce de communier aux souffrances du Christ.

La méditation fervente de l’Évangile, jointe à la prière, l’aident à surmonter les angoisses de la solitude pendant les longues nuits d’hiver, quand la tempête assaille sa hutte et le démon sa âme. Un incident tragique clôt cette première période solitaire. Des bandits assaillent le saint et l’assomment à coups de bâton. Des blessures qu’il reçoit ainsi, il ne se relèvera jamais entièrement. À partir de cette époque, il marchera courbé, en s’appuyant sur un bâton comme un vieillard. Néanmoins, il retourne dans son ermitage après une autre vision de la Mère de Dieu qui l’appelle à des nouvelles luttes spirituelles.

Quand les brigands qui l’ont assailli sont arrêtés, il demande aux autorités de gracier ses persécuteurs, menaçant même de quitter le monastère si on leur infligeait un châtiment. Il leur a pardonné lui-même et cependant il a le sentiment d’être le dernier des pécheurs. On peut deviner seulement la lutte intérieure avec les puissances du mal qui se poursuit dans son âme. Le signe extérieur de cette lutte est le renouvellement par le saint de l’exploit des stylites. Debout sur un rocher, dans la foret, élevant les mains au ciel, il prie pendant mille nuits, répétant sans cesse les paroles du péager : " Seigneur, aie pitié de moi, pécheur " (Luc 18, 13).

Ceci se passe entre 1804 et 1807. Jusque-là Séraphim s’était, pendant la journée, montré aux visiteurs et avait parlé à ceux qui venait lui demander des conseils spirituels. À partir de 1807, il prend sur lui la croix du silence complet. À ses " enfants spirituels " qui s’en affligent il répond : " Il est bon de parler pour Dieu, mais il est mieux encore de se purifier pour lui intérieurement ". Jusqu’en 1810 il demeure dans le silence, ne parlant à personne et prosternant la face contre terre quand il rencontre un passant dans la forêt, jusqu’à ce que celui-ci se soit éloigné. Ce silence est pour lui " la croix sur laquelle l’homme doit se crucifier avec tous ses péchés et toutes ses passions " (Instructions spirituelles, 38).

LE RECLUS DE SAROV

En 1810, un ordre de l’higoumène (abbé) de Sarov, dû à des intrigues de moines, ordre auquel il se soumet humblement, l’oblige à retourner au couvent. Mais Dieu ne lui permet pas encore de rompre son voeu de silence et il demande à son supérieur la bénédiction pour la vie de zatvor, c’est-à-dire la réclusion dans une cellule étroite où ne pénètre personne et dont il ne sort jamais. Un secret presque absolu plane sur cette phase de son existence. On sait seulement qu’il prie et qu’il lit l’Évangile : chaque semaine, il lit le Nouveau testament en entier. Sa cellule est pauvre et froide. Dans le vestibule se trouve son propre cercueil auprès duquel il médite longuement. Une seule petite lumière brille dans le " coin des icônes " devant l’image de la Mère de Dieu appelée " de Tendresse ". Cependant, une joie mystérieuse imprègne, en ce temps déjà, l’atmosphère spirituelle de saint qui racontera plus tard à son disciple Jean Tikhonovitch les visions merveilleuses qui lui fut alors accordées. Il contemple " la beauté des demeures du paradis et les saints, les prophètes, les martyrs, les apôtres, rayonnant d’une gloire et d’une joie infinie ". Des lors, Séraphim lui-même ressemble, selon les dires de ceux qui l’ont entrevu, à un " ange terrestre ou à un homme céleste ".

À partir de 1815, la rigueur de sa réclusion est un peu atténuée. Il permit d’ouvrir la porte de sa cellule. Mais il ne parle pas encore à ceux qui viennent le voir. En 1820 il commence à donner des conseils et à bénir ses visiteurs. Enfin en 1825, après avoir reçu l’ordre de la Mère de Dieu, il sort de sa cellule pour servir les hommes.

LE STARETS EN PLEIN SOLEIL

Ceci marque le début de la dernière période de sa vie, de ses années de labeur comme " père " et conseiller spirituel de milliers de moines et de laïcs. Mystérieuse et cachée en Dieu jusqu’à là, sa vie apparaît maintenant comme une révélation, du moins partielle, dans la mesure où ses proches étaient capables de la saisir, " de la vie du siècle futur ". Humblement et gaiement il accueille tous les visiteurs, appelant chacun " ma joie ". Des centaines de cierges brûlent maintenant dans sa cellule, devant l’icône de la Mère de Dieu, symbole de toutes les âmes qui se sont confiées à lui et demandent son intercession. À chacun de ceux qui viennent le voir il se donne tout entier, à chacun il sait dire la parole qui lui convient et ne convient qu’à lui seule, à chacun il parvient à faire sentir la réalité du Royaume des Cieux et de la vie surnaturelle.

Un lien tout particulier, mystique, existe entre lui et la communauté des soeurs de Divéyevo que son propre starets mourant lui avait confiée. Il organise la vie des religieuses jusqu’en ses moindres détails, il a avec elles des longs entretiens spirituels et il ira jusqu’à faire don à une jeune moniale de son propre " habit angélique ", le " grand schème " du moine, signe du degré le plus élevé de l’initiation monastique.

Mais en même temps il a des " enfants spirituels " laïcs, vivant dans le monde, pour lesquels il compose une " règle " de prières journalières (Instructions spirituelles, pp. 212-213). Tel est ce Nicolas Motovilov à qui il est donné d’être le témoin oculaire de la transfiguration du saint par la lumière céleste, la " lumière du Saint-Esprit ". Une grâce analogue est accordée à la moniale Eupraxie. Elle voit la Mère de Dieu, entourée de plusieurs saintes, entrer dans la cellule du starets et converser familièrement avec lui.

Le 2 janvier 1833, saint Séraphim est trouvé inanimé dans sa cellule. La bougie tombée de ses mains a allumé les feuillets de l’Évangile et failli provoquer un incendie. Le saint lui-même est mort à genoux devant l’icône de la Vierge de Tendresse.

L’ICÔNE SPIRITUELLE DE SAINT SÉRAPHIM

Lorsque nous analysons l’icône spirituelle de saint Séraphim, nous y découvrons à la fois des traits traditionnels de la sainteté monastique russe et des traits nouveaux. Saint Séraphim appartient à la même lignée que saint Théodose de Petchersk, saint Serge de Radonège et saint Nil Sorskii, lignée qui se rattache elle-même à la tradition monastique antique, en particulier celle de la Palestine se prolongeant dans le mouvement mystique du Sinaï et du Mont Athos. Saint Séraphim s’est approprié cette tradition très consciemment : dès son noviciat, sa lecture préférée, outre l’Évangile, sont la Philocalie et le grand Ménologe (Vie des saints) de Dimitri de Rostov.

Quand il passe mille nuits debout en prière sur un rocher, il rappelle qu’il n’est que l’élève des stylites du Ve et du Vie siècle. En plein XIXe siècle, il met en pratique les préceptes ascétiques des Pères du désert syrien et égyptien. Boulanger pendant son noviciat, il a dû se souvenir de saint Théodose de Petchersk et de saint Cyrille de Bielozersk qui avaient fait le même métier. Ermite dans la forêt, il suit les traces des poustiniki du XIVe siècle, et, comme saint Serge, il apprivoise les animaux sauvages. Sa " règle de prière " est l’antique règle de saint Pacôme l’Égyptien. Mais il est surtout l’élève de Nil Sorskii dans la pratique de " l’action spirituelle ", de la prière du coeur adressée à Jésus.

Nous retrouvons chez lui tous les traits classiques du starets russe : sa douceur, le pardon accordé aux ennemis et surtout la charité infinie pour toutes les souffrances humaines. Ses visions sont aussi apparentées à celles qu’eurent les anciens saints russes : visions de la Mère de Dieu, visions rattachées au mystère de l’Eucharistie, vision de la Lumière céleste. En sa personne s’accomplit la synthèse de la mystique nordique de saint Serge et de la mystique orientale représentée en Russie surtout par saint Nil Sorskii.

Cependant malgré ces attaches nombreuses avec la tradition ancienne russe et grecque, il se dégage de la personne de saint Séraphim une impression très forte de fraîcheur et de nouveauté. Les thèmes antiques du monachisme oriental, il les a revécus avec l’intensité d’un homme qui a entendu un appel personnel de Dieu. Cet appel, ce fut la vocation " d’acquérir le don du Saint-Esprit ". Tel est selon lui " le but de la vie chrétienne " (Entretien avec Motovilov, p. 156), de " toute " vie chrétienne.

Ce lien intime et mystique de saint Séraphim avec la Troisième Hypostase Divine, le Saint-Esprit, confère à sa figure un caractère neuf et prophétique, annonciateur de la joie du siècle à venir. Malgré les longues années d’ascèse et de repentir, la vie de saint Séraphim n’a rien de sombre. Au-dessus d’elle ne plane point l’image d’un Dieu irrité qui exige des mortifications et des larmes pour être apaisé, mais celle de " l’Aimé ", dont l’amour divin réclame de l’homme, à son tour, un divin et parfait amour. Cet amour parfait, Séraphim sait que Dieu seul peut le donner par la grâce du Saint-Esprit. La conviction inébranlable qu’il pouvait, en invoquant avec foi le Seigneur Jésus, recevoir en cette vie même le don du Saint-Esprit, a fait l’unité de l’existence spirituelle du saint.

Au labeur de cette invocation, il s’est livré corps et âme : " Comme le fer au forgeron, ainsi j’ai remis ma volonté entre les mains de Dieu ". Afin d’accomplir l’oeuvre " d’invocation du Nom de l’Aimé " et de purifier son âme dans l’attente de la grâce du Saint-Esprit, il est devenu le jeûner silencieux qui, à l’exemple de la veuve de l’Évangile (Luc 18, 1-8), a importuné Dieu, nuit et jour, par son appel nostalgique : " Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi ". Dans sa fuite loin du monde, il n’avait aucune haine des hommes, " qui portent sur eux le Nom du Christ ", mais seulement le désir de purifier son coeur de toutes les préoccupations terrestres et humaines, afin de préparer en lui-même la place du Saint-Esprit.

La vie " dans le Saint-Esprit ", c’est la vie du siècle à venir, " dont le silence est le sacrement ". Pour avoir part à cette vie, il faut souffrir avec le Christ et le silence est précisément " la croix sur laquelle l’homme se cloue lui-même ". Il est souffrance " soufferte dans la communion de la Croix de Jésus Christ " (Instructions spirituelles, 38). En même temps il donne la possibilité de concentrer toutes les forces de la pensée, du coeur, de la volonté dans le cri, en communion avec l’Église, " invoquant le Saint-Esprit : Notre Dieu, donne-nous la paix ". Et toute âme paisible, c’est-à-dire toute âme qui a su acquérir la paix, " est vivifiée par la Saint-Esprit et grandit en pureté, illuminée par l’unité trinitaire du mystère sacré ". La souffrance n’a été pour saint Séraphim que la condition que doit remplir celui qui veut parvenir à une joie plus grande, surnaturelle. C’est ce qu’il exprime clairement dans les paroles adressées à son disciple Jean Tikhonovitch : " Si tu connaissais la douce paix de l’âme des justes dans le ciel, tu souffrirais volontiers et avec reconnaissance en ce monde des peines, des persécutions et des calomnies. Si cette cellule était remplie de vers noirs et si ces vers rongeaient notre corps pendant toute cette vie, il faudrait l’accepter pour ne pas perdre la joie céleste " (Semeur, mars-avril 1927, pp. 285-286). Dans ce même esprit d’attente du Royaume céleste, comparable à l’espérance eschatologique des premiers chrétiens, saint Séraphim a enseigné le " joyeux mourir ". " Pour nous, mourir sera une joie ", dit-il à une religieuse, en l’exhortant à sacrifier sa vie pour son frère.

L’attente joyeuse et confiante du siècle à venir est fortifiée chez saint Séraphim par la conviction qu’ici-bas déjà, et dans ce siècle, la vie du chrétien peut être une vie dans le Saint-Esprit. Plus encore que par ses paroles, saint Séraphim a manifesté par sa vie elle-même la présence, en ce monde, du Saint-Esprit. Il était devenu une flamme vivante, une lumière brûlante, un porteur de l’Esprit de Dieu sur terre, est-il dit dans les Annales de Divéveyo. Et lui-même a exprimé le secret de son rayonnement spirituel quand il disait : " Dieu est un feu qui réchauffe et enflamme notre coeur et nos entrailles de l’amour parfait, non seulement pour lui, mais aussi pour le prochain " (Instructions spirituelles, p. 193).

Les signes de la présence du Saint-Esprit en saint Séraphim furent, selon ses biographes, la joie et la paix surnaturelles qu’il répandait autour de lui. " Joyeux et lumineux comme celui d’un ange ", c’est ainsi qu’on dépeint le visage du starets. Et lui-même a dit que le signe de l’action de la grâce est " une vie ordonnée en paix " (Instructions spirituelles, 24) et une " intelligence joyeuse, d’une joie d’ange " (Ibidem), car " Dieu crée de la joie dans tout ce qu’il touche " (cf. Entretien avec Motovilov, p. 178). Il appelait chacun de ceux qui venaient à lui " ma joie " et il les saluait par la joyeuse salutation de Pâques : " Christ est ressuscité ".

Cette joie, il ne se contentait pas de la proclamer, mais il la déversait dans le coeur de ses interlocuteurs : " L’état d’âme du starets semblait couler dans l’âme des affligés et ils s’en retournaient ranimés par sa joie. Chacun de ceux qui venaient à lui était touché par le feu divin qui était en lui et l’humain commençait à s’embraser " (Annales de Divéyevo). La source profonde de cette action spirituelle était un amour sans bornes pour les humains, qui, avec la paix et la joie, lui apparaissait comme le don essentiel du Saint-Esprit. Il a exprimé la nature de sa propre tendresse pour ses enfants spirituels par l’exhortation adressée à un higoumène d’être pour les siens " non seulement comme un père, mais comme une mère ". D’autre signes, plus mystérieux, de la présence du Saint-Esprit dans la vie de saint Séraphim sont ses visions, son commerce familier avec la Mère de Dieu et les saints, son don de guérir, sa science surnaturelle des âmes humaines. Tout ceci est ramené par lui expressément au don du Saint-Esprit. La connaissance qu’a le saint du passé et l’avenir, des pensées secrètes de ses interlocuteurs, n’est pas le fruit d’un effort de la raison, d’une réflexion laborieuse. C’est un savoir intuitif, le " gai savoir " dans le Saint-Esprit. Saint Séraphim lui-même l’explique ainsi : " La première pensée qui s’élève en mon âme, je la considère comme un message de Dieu et je l’exprime sans savoir ce qui se passe dans l’âme de celui qui vient à moi ".

De toutes les grâces accordées au saint, la plus étonnante, pour nos esprits obscurcis par le péché, fut sans doute sa transfiguration corporelle par la Lumière du Saint-Esprit à laquelle il fut donné à Nicolai Motovilov de participer (voir l’Entretien avec Motovilov, pp. 176-181). Faisant entrevoir hic et nunc la transfiguration de l’homme et de la nature tout entière par le don du Saint-Esprit, la sainteté de saint Séraphim nous communique la sensation de la proximité du Royaume de Dieu : elle annonce la résurrection des morts et la vie du siècle à venir.

Extrait du livre d'Élisabeth Behr-Sigel, Prière et sainteté dans l’Église russe, Éditions Abbaye de Bellefontaine, 1982. Les intertitres ont été ajoutés par les Pages Orthodoxes La Transfiguration.


SAINT SÉRAPHIM, NOTRE CONTEMPORAIN

par Mgr Antoine (Bloom)

Saint Séraphim est quasiment notre contemporain. Il est mort en 1833, mais il fait partie de notre XXe siècle ; il est tout proche de notre époque. Néanmoins, par son zèle spirituel inébranlable, il incarne la tradition monastique la plus ancienne. À l’issue d’un parcours ascétique exemplaire, il est venu offrir au monde son expérience.

Quand nous lisons les vies des saints, nous voyons, la plupart du temps, des hommes qui abandonnent le monde définitivement à la suite de déceptions diverses, et se retirent dans un désert à leur mesure. Désert réel et matériel, ou bien celui d’une ville, petite ou grande. Mais toujours, il y a ce départ, qui marque le début d’une vie nouvelle ou constitue le couronnement d’un passé. Saint Arsène le Grand est du nombre. Haut dignitaire de la cour byzantine, il ressentit soudain le vide de son existence, abandonna tout et se retira dans le désert, où il se fit le disciple d’un moine sans instruction – un des plus grands maîtres spirituels de son siècle. Tous s’étonnaient de voir cet homme cultivé, à la pensée et aux moeurs délicates, choisir un tel modèle. À quoi il répondait : " Il est un autre livre – limpide à mon maître – que je sais à peine déchiffrer ! " L’un avait accès à l’univers des connaissances humaines, et l’autre – au monde de l’esprit. Saint Arsène resta au désert, évitant tout contact avec les hommes, fuyant même les rencontres fortuites. Quand on lui demandait pourquoi il agissait ainsi, il répondait : " Au ciel, les myriades d’anges sont animées d’une volonté unique ; ici-bas, la volonté des hommes est multiple : je ne peux abandonner l’harmonie céleste même au nom du commerce avec les hommes et de l’amour que j’ai pour eux ! " Avec lui, cependant, vivait un moine, qui acceptait, toujours au nom de Dieu, de renoncer, parfois, à la tranquillité du désert par amour pour ses semblables et venait en aide aux voyageurs et aux pèlerins.

À mon avis, le parcours de saint Séraphim a été plus riche encore que celui de ces deux hommes : nulle déception ne lui a fait quitter le monde ; nulle souffrance – si ce n’était de voir ce monde aussi partagé et proche des ténèbres, rempli de Dieu, mais où la lumière divine invincible ne parvient jamais à tout envelopper.

Saint Séraphim n’a pas fui le monde à la suite de quelque infortune. On peut même dire que le sort l’avait comblé : il avait la prestance, la force, la santé et aussi de l’intelligence ; il réussissait ce qu’il entreprenait. Tous l’aimaient et le respectaient. S’il aspirait à s’éloigner du monde, c’était pour avoir pressenti dès l’enfance la beauté, la profondeur, l’harmonie du sacré. Il voulut se plonger dans ce monde harmonieux de façon telle que rien ne puisse jamais l’en arracher. Il s’engagea dans l’ascèse avec courage et une exigence exceptionnelle envers lui-même. Mais quand son objectif fut atteint, suivant l’appel de la Mère de Dieu et la volonté divine, il revint vers les hommes et passa les cinq dernières années de sa vie à les servir. Ce fut le temps de l’accomplissement.

Un certain temps encore il garda le silence, puis il se mit à recevoir les gens et à parler. Il vivait dans le monastère et recevait, chaque jour, jusqu’à deux mille pèlerins venus le révérer. Car il n’enseignait pas, ne faisait pas de discours, et il n’avait pas de disciples qui auraient pu sélectionner les visiteurs selon leurs doléances, canaliser le flot humain. On venait juste pour le contempler. " Nul n’accepterait de se détourner du monde s’il n’avait entrevu sur un visage d’homme le rayonnement de la vie éternelle, la lumière de l’éternité ! " , nous dit un vieux dicton monastique. C’est ce que voyaient tous ceux qui l’approchaient.

Il faisait sortir de la foule ceux à qui il devait dire quelque chose – pour qui Dieu lui avait confié un message. Mais les autres ne restaient pas assoiffés : ils voyaient ! Ils voyaient la paix. Ils voyaient la grandeur. Ils voyaient la joie. Ils voyaient l’amour. Mais ce n’était pas une joie, une paix, une tranquillité humaines ordinaires. Le contexte était tout différent : ils contemplaient ce rayonnement sur le visage d’un homme qui menait une lutte implacable pour l’intégrité de son âme et pour le salut de son prochain. Intégrité conquise chèrement ! Nous trouvons dans la vie du saint cet épisode : il recevait un jour un visiteur qui se tenait assis, en silence, tandis que lui-même priait. Soudain, la cellule fut envahie par les ténèbres et le visiteur – pris d’effroi. Cela dura un certain temps ; Séraphim poursuivait sa prière. Puis, les ténèbres se dissipèrent, de même que l’effroi du pèlerin. Le visiteur interrogea le saint, qui expliqua : " Je priais pour le salut d’une âme, et toute l’obscurité de l’enfer a fondu sur nous pour s’opposer à ma prière et empêcher que l’âme soit sauvée ".

Séraphim éprouvait de l’allégresse là où d’autres n’auraient su sourire ni même survivre normalement. Il recevait tout le monde avec amour, appelant chacun : " Ma joie ! ". Il saluait souvent ses visiteurs par " Christ est ressuscité ! " – ces mots où tout l’Évangile est contenu ! Il n’y avait en lui aucun sentimentalisme, aucune mièvre affectivité. Plus on lit de témoignages sur sa vie, plus on s’efforce de cerner les traits particuliers de sa sainteté et plus on est impressionné par cette figure. Plus on a peur ! Comme nous fait peur tout ce qui nous dépasse trop par sa prééminence. Mais ce n’était pas non plus de la froideur : tel l’air vivifiant des montagnes, il avait en lui une fraîcheur étincelante, chargée d’une douceur d’un autre monde – qui était le feu divin.

Action et contemplation sont-elles conciliables ? Nous trouvons en saint Séraphim la solution à ce problème qui agite chaque génération. On peut s’imaginer faussement que toute la vie du saint ne fut qu’une quête incessante de la contemplation, si l’on peut dire. Mais quand on le voit, dans divers récits, s’astreindre, durant de longues années de solitude, à une règle de prière d’une rigueur telle qu’aucun d’entre nous n’aurait pu la suivre plus d’un jour ; quand on le voit s’infliger des besognes que peu de paysans étaient capables d’accomplir ; alors qu’il n’avait, pour tout chauffage, au cœur des rudes hivers russes, que la petite veilleuse de son icône – on devine combien cela représentait d’effort physique, mental et spirituel, et l’on comprend mieux ce que sous-entend la tradition orthodoxe, quand elle enseigne que toute vie contemplative commence par l’action, l’effort, un combat acharné. Tant que Dieu n’est pas venu lui-même conquérir et dompter le moine, elle ne saurait être assimilée à une attente passive de la grâce : elle n’est que vigilance et concentration permanentes de l’être dans tous les actes de sa vie.

Saint Séraphim lisait beaucoup. Il lisait et méditait la Bible. Il étudiait les écrits des maîtres spirituels et s’efforçait de mettre leur enseignement en pratique, cherchant à mieux les comprendre par l’imitation. Il connaissait à fond la tradition ascétique et mystique orthodoxe. Avec cela, dans la période de sa vie que l’on pourrait appeler " active ", nous constatons que son action était, plus que jamais, empreinte de contemplation. Il est sorti de sa solitude au moment, justement, où s’est fixée en lui la Présence divine. Conscient de cette grâce et capable de prière ininterrompue, il pouvait faire face à tous les problèmes et situations, d’une manière caractéristique aux contemplatifs. Un jour qu’on lui demandait comment il parvenait à dire aux pèlerins, en quelques mots, juste ce dont ils avaient précisément besoin, comme s’il connaissait tout leur passé et leur vie actuelle, leurs problèmes concrets et leurs aspirations, saint Séraphim répondit qu’il priait, qu’il priait sans cesse, demandant à Dieu de bénir chaque rencontre, et ne faisait que prononcer les mots que Dieu lui inspirait.

Action et contemplation sont ici réunies et liées intimement – et c’est là l’unique manière d’être et d’agir du christianisme véritable. Un vrai chrétien n’est pas celui qui accomplit les commandements de Dieu avec application, froideur et rigorisme, comme s’il s’agissait de simples règles de conduite externe. Ni même celui qui accumule des exploits dans ses œuvres au nom de Dieu. Un saint chrétien est un être dont chaque acte et chaque parole sont des manifestations divines accomplies à travers l’homme devenu co-opérant de Dieu. Et cela n’est possible qu’à ceux qui se sont exercés avec zèle à la vie contemplative.

Vous vous rappelez sûrement ces paroles du Christ : " Je juge selon ce que j’entends. Et mon jugement est juste parce que je ne cherche pas ma propre volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé " (Jn 5,30). Jésus écoute et exprime la seule volonté du Père. Ce qu’il a entendu de Dieu le Père, Il le rapporte clair et haut au monde entier dans lequel il se trouve. Nous voyons, dans d’autres passages, que le Père est toujours agissant. Le Seigneur dévoile son projet, et le Christ, Fils de Dieu, exécute l’œuvre du Père et la réalise sur la terre. Les saints parlent et agissent de la même manière : ils prononcent des paroles qui appartiennent à Dieu ; ils accomplissent des actes qui viennent aussi de Dieu. Souvenez-vous des mots superbes qui, dans l’Évangile, désignent Jean le Précurseur : " la voix de celui qui crie dans le désert ". Il s’est à ce point uni à la volonté divine et à ce qu’il doit annoncer de la par de Dieu, qu’on ne peut même plus l’appeler " prophète parlant au nom de Dieu " – c’est Dieu lui-même qui parle à travers l’homme. C’est ce qui frappe, justement, dans les dernières années de saint Séraphim : cet homme est si profondément enraciné dans la vie contemplative, si intimement uni à Dieu, qu’il peut agir. Ou plutôt : Dieu se met à agir en lui et par lui à ce moment. Et cette activité de Séraphim dépasse grandement les capacités humaines. Il y avait bien plus que les paroles qu’il prononçait, les miracles qu’il accomplissait ou les conseils qu’il prodiguait – tout ce par quoi il manifestait son amour évangélique. Cet homme était si recueilli en lui-même et en Dieu qu’en posant sur lui son regard on voyait Dieu !

Bien qu’il fût courageux, Séraphim a connu les épreuves que subissent bien des ascètes : les affres de la nuit, la peur des loups, des ours et autres animaux sauvages, l’effroi où les forces des ténèbres jettent les reclus... Il luttait pour progresser dans la vie intérieure, pour échapper à notre condition ordinaire d’une vie passée hors de nous-mêmes. Car nous nous trouvons rarement concentrés en nous-mêmes, suffisamment attentifs et assurés pour agir librement, parler de façon autonome. La plupart du temps, nous ne faisons que réagir au lieu d’agir ; nous nous contentons de refléter des lumières au lieu de briller par nous-mêmes. Un savant contemporain a dit : " La majorité des gens s’imaginent que nous finissons là où notre corps s’arrête. En réalité, nous ressemblons plutôt aux poulpes – tout vides de l’intérieur, nous étendons autour de nous d’immenses tentacules. Le système digestif du vorace, précise-t-il, ne se trouve pas à l’intérieur de lui-même, il s’étend sur tout ce qui est mangeable sur la terre ; de même, les cinq sens du curieux ne sont pas simplement des moyens d’appréhender le monde : tels des tentacules, ils s’agrippent à tout ce qui excite sa curiosité. "

Le premier devoir de l’ascète est de neutraliser ces tentacules, de s’affranchir du désir de possession, de l’illusion de posséder les choses dont il est en réalité l’esclave. Puis de partir en quête de son " moi " profond. Saint Séraphim a fait tout ce chemin à l’intérieur de lui-même, s’affranchissant peu à peu de tout ce qui le reliait au monde – des choses mauvaises, mais aussi des plus ordinaires et humaines, jusqu’à gagner une totale liberté. Et la lutte extérieure devenait plus intense à mesure que l’âme progressait. Mais ce n’était pas là un exploit spirituel extraordinaire, dans le sens où il ne s’était pas fixé un objectif exceptionnel. C’était une quête opiniâtre du détachement, de l’autonomie et de la constance, qui l’ont rendu capable, en toutes circonstances, de se tenir devant Dieu avec fermeté.

Cet homme avait quitté le monde non parce qu’il le trouvait misérable, mais parce qu’il y avait perçu la présence de Dieu et aspirait à une vie de plénitude. Après s’être consacré quarante années durant à un combat implacable, il s’est retrouvé au cœur du peuple de Dieu qui se mit aussitôt à affluer vers lui. Il guérissait, il bénissait, il enseignait, conseillait, apportait son secours de multiples manières. Rien ne lui semblait insignifiant. " Seul l’Esprit Saint discerne l’importance de ce qui nous paraît négligeable " : on pourrait appliquer ces mots à saint Séraphim. Cet homme a parcouru le chemin que nous sommes tous conviés à prendre ; et, dans la pureté de son cœur, il a trouvé Dieu. Il n’a jamais cessé d’aimer ses proches, jamais il ne s’est détourné des pécheurs, les prétendant indignes du Seigneur. Il respectait et aimait tous les hommes. Il recevait souvent, dit-on, ses visiteurs à genoux, embrassait les mains de simples paysans, les installait même à sa place, les entourant de tous les soins. Il voyait en chacun la dignité de l’homme ; pour lui, chaque être était sacré. Il avait mené ce combat pour devenir lui-même un homme véritable – réceptacle du Saint-Esprit, témoin vivant du Christ, participant à la nature divine – à quoi nous sommes tous appelés.

Il dit un jour, à propos de la prière, ces mots qui semblent d’une audace extrême : " Nous devons prier pour que le Saint-Esprit vienne et fasse en nous Sa demeure. Mais quand il sera là, il ne faudra plus dire "Viens et fais ta demeure en moi" – cela signifierait que tu doutes de la grâce qui t’est offerte. Laisse alors l’Esprit Saint prier et agir en toi ".

Peu avant sa mort, saint Séraphim dit à quelqu’un : " Mon corps est presque mort, mais pas mon âme, j’ai l’impression de venir de naître ". Telle est la vie véritable : une vision achevée de l’homme – l’union parfaite du souffle divin et de la destinée humaine. Voilà pourquoi les foules venaient à lui en si grand nombre, pourquoi tous tenaient à le voir, la plupart sentant que les mots n’étaient pas indispensables. Bien des siècles avant lui, un ascète égyptien, sollicité de dire quelque sainte parole à un évêque de passage, déclara : " Je ne dirai rien ! " Pressé de s’expliquer, il avait répondu aux frères : " Si cet homme ne comprend pas mon silence, il ne comprendra jamais mon discours ".

Nous voyons ici la même chose : les foules innombrables qui venaient à saint Séraphim n’avaient pas besoin de paroles. Son silence et la seule vision de cet homme les comblaient. Cela devrait nous inspirer pour notre époque : nous appréhendons le monde avec trop de passion, comme un bien propre, incapables de nous en détacher, d’y renoncer. Certes, Dieu a, lui aussi, aimé le monde, au point de sacrifier son Fils unique pour le sauver. Mais nous oublions volontiers que nous sommes appelés avant tout à agir sur le monde. Et pour que notre action puisse être, à travers nous, œuvre divine, nous devons travailler sur nous-mêmes sans trêve, lutter avec acharnement et dans la joie – pour pouvoir accéder à la vie véritable dans notre monde somnolent, pour devenir lumière au sein de la pénombre et apporter le feu là où il fait froid. Ainsi agit le Christ à travers tous ses saints.

Je n’avais guère le temps, ici, de vous parler davantage des événements marquants de la vie de saint Séraphim – de ses rencontres, de ses dialogues, des miracles qu’il accomplissait. J’ai voulu vous parler surtout de l’homme, de ses victoires sur lui-même au nom du prochain.

Conférence prononcée le 4 juin 1970.

Traduit du russe par Anne Prokofieff.

Le Messager orthodoxe, No 139, 2003.


ACTUALITÉ DU MESSAGE DE SAINT SÉRAPHIM

par le Père Boris Bobrinskoy

L’actualité du message spirituel du starets Séraphim consiste précisément à rappeler au monde post-chrétien, replié sur sa propre suffisance, que le mystère de l’Église est un mystère de communication véritable entre la vie de Dieu, la vie de son saint et notre expérience quotidienne de prière et de sanctification. C’est à ce niveau d’expérience et de vision spirituelle que nous porte le message du saint sur le mystère de l’Esprit Saint.

Au cours de son histoire, l’homme a été plus ou moins sensible au souffle de l’Esprit. Notre siècle semble particulièrement marqué, au sein de toutes les confessions chrétiennes, par une recherche, une découverte et un retour au sens du Saint-Esprit. Le message sur l’Esprit de saint Séraphim vient donc en son heure. Il est prophète et témoin de l’Esprit Saint dans l’Église pour le monde. Son expérience de l’Esprit n’est pas hétérogène à l’expérience commune de l’Église de la Pentecôte permanente, c’est-à-dire l’expérience de l’effusion en permanence des dons de la Pentecôte sur l’Église dans l’aujourd’hui de Dieu.

Il n’y a pas d’autre moyen de déceler l’œuvre de l’Esprit si ce n’est dans la conversion des cœurs. Dans la communauté ecclésiale comme dans le cœur humain, c’est l’Esprit lui-même qui prie, invoquant en nous le nom béni de Jésus. La description de saint Isaac le Syrien s’applique bien à saint Séraphim, porteur de l’Esprit : " L’Esprit, quand il demeure dans un homme, ne le quitte pas dès lors que cet homme est devenu prière. Car l’Esprit lui-même ne cesse de prier en lui. Que cet homme dorme ou qu’il veille, 1a prière désormais ne s’en va pas de son âme. Qu’il mange, qu’il boive, qu’il dorme, quoi qu’il fasse et jusque dans le sommeil profond, les parfums et l’encens de la prière s’élèvent sans cesse de son cœur. La prière ne le quitte plus. " (Œuvres spirituelles, DDB, pp. 437-438.)

Cette expérience de la prière continuelle de l’Esprit dans nos cœurs fait écho à la parole de l’apôtre Paul sur " l’Esprit priant en nous en des gémissements ineffables " (Rm 8, 26). Le même enseignement est donné par saint Séraphim : " Il faut, dit-il, quand le Seigneur Dieu, l’Esprit Saint nous visite et vient en nous dans la plénitude de son indicible bonté, s’écarter de la prière aussi, supprimer la prière même. L’âme priante parle et profère des paroles. Mais à la descente de l’Esprit Saint, il convient d’être absolument silencieux, afin que l’âme puisse entendre clairement et bien comprendre les annonces de vie éternelle qu’il daigne nous apporter. " (" Entretien avec Motovilov ", in Séraphim de Sarov, DDB, p. 163.)

Cette attention portée à l’expérience et à la théologie du Saint-Esprit, inhérente au monachisme oriental, apparente saint Séraphim aux types spirituels de saint Syméon le Nouveau Théologien (XIe s.), de saint Tikhon de Zadonsk (XVIIIe s.), prophète de la joie et de l’espérance du Royaume du Christ, et de saint Silouane de l’Athos (+1938), dont les écrits témoignent abondamment de l’expérience vivifiante de l’Esprit Saint. La tradition orthodoxe vit intensément la présence continue et réelle de l’Esprit de la Pentecôte dans les cœurs des chrétiens, transformés et embrasés de jour en jour dans le secret de leur vie intérieure par la lumière, la joie, la paix et l’amour de l’Esprit de Dieu. Tant que l’Église durera, son Seigneur suscitera les dons multiples de guérison, d’exorcisme, de prophétie, de jugement, de langues, de discernement des esprits, de compassion à la souffrance.

" Acquiers un esprit de paix, disait saint Séraphim, et des milliers trouveront le salut autour de toi. "

La brise légère et pacifiante de Dieu n’est décelable que par les hommes spirituels qui constituent, de génération en génération, un exemple vivant de communion, d’intégralité intérieure retrouvée, d’humanité régénérée en Christ. Telles les colonnes de prière, ils soutiennent le monde entier et le préservent de la haine destructrice des puissances du mal. Quel relief et quelle réalité tragique ces puissances du mal occupent-elles dans la vision spirituelle du starets ! Car Satan, qui ne découvre pas volontiers son visage dans notre univers quotidien, est contraint à sortir de l’ombre par la " venue " du Christ au sein du cœur humain. Ceux qui, à la suite du Christ, sont engagés dans le " combat invisible " connaissent le pouvoir du Prince de ce monde et la profondeur de sa haine mortelle. À un visiteur qui l’interrogeait sur les démons, le saint répondit simplement : " Ils sont hideux ! Tout comme il est impossible aux pécheurs de supporter la lumière des anges, ainsi les esprits du mal sont redoutables à voir. " Nous ne pouvons que pressentir les abîmes infernaux de ténèbres et de froid dans lesquels les saints sont appelés à descendre, se conformant à la descente aux enfers de leur Maître divin.

Cette connaissance du mal et de son empire contraste avec l’image traditionnelle du saint rayonnant de douceur, nimbé de la joie et de la lumière pascales. Pourtant, aussi bien le combat spirituel que le rayonnement charismatique de saint Séraphim le situe dans la lignée la plus authentique du monachisme oriental, liée au courant philocalique du Mont Athos et à la pratique de la prière de Jésus.

Saint Séraphim a quitté le monde et choisi le dur chemin de la solitude et de la réclusion durant de longues années. Mais c’est pour revenir, au terme de sa vie, vers les hommes, se pencher sur les maladies de leurs corps et de leurs âmes, les engendrer à la vie nouvelle dans l’Esprit Saint. Renonçant aux formes extrêmes d’érémitisme pour retrouver le monde, il transcende, selon l’expression de Paul Evdokimov, le monachisme institutionnel.

" Quant à nos états différents de moine et de laïc, dit-il à son disciple Motovilov dans sa catéchèse du Saint-Esprit, ne vous en souciez pas. Dieu recherche avant tout un cœur rempli de foi en lui et en son Fils unique, en réponse à laquelle il envoie d’en haut la grâce de l’Esprit Saint. Le Seigneur cherche un cœur rempli d’amour pour lui et pour le prochain : c’est là un trône sur lequel il aime s’asseoir et où il apparaît dans la plénitude de sa gloire. " (" Entretien avec Motovilov ", p. 161.)

Tel est l’ultime message de saint Séraphim aux hommes de notre temps. C’est dans l’offrande à Dieu du cœur de l’homme que se manifeste l’Esprit. Une offrande dans l’amour et dans la joie qui nous fasse chanter avec le liturge : " Réjouis-toi, saint Séraphim ! "

Saint Séraphim est entré dans la grande famille des saints comme une nouvelle facette de la sainteté de Dieu parmi les hommes. Tant s’en faut cependant que ce " fils de la lumière " nous ait tout révélé. Il a bien suivi son propre conseil de " ne pas révéler à autrui les secrets de son cœur ". Il se propose à nous comme un message à découvrir, comme une de ces paraboles qui n’en finissent pas de receler des trésors nouveaux. " Selon la mesure avec laquelle vous mesurez, vous serez mesurés, et il vous sera ajouté en plus " (Mc 4, 23). C’est ce " plus ", gratuitement donné en abondance, qui nous permet d’avancer plus loin, de pénétrer plus profondément dans le mystère de sainteté du Père Séraphim, mystère dont les fruits, plus lumineux que le soleil, furent la joie, l’amour et la paix. " À vous, le mystère du Royaume de Dieu est donné " (Mc 4,11) : ce mystère, Séraphim l’a vécu intensément, totalement, en cachette du monde, dans l’intimité du moine seul à seul avec Dieu. Pourtant, par lui, par sa vie et ses paroles et ce qui nous est donné d’en comprendre, les uns et les autres, ce mystère nous est également donné, à chacun selon sa mesure, " une mesure pleine et bien tassée " (Lc 6,38).

Le Messager orthodoxe, No 139, 2003



À notre époque de recherches œcuméniques où un grand nombre de personnes aspirent à l'union des chrétiens, il semble opportun de faire un rapprochement entre deux figures de la sainteté en Russie et en France au XIXe siècle, celles de saint Séraphim de Sarov et de saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars.

Ces deux saints sont contemporains. saint Séraphim, d'après ses biographes, est né le 19 juillet 1759 et il est mort le 2 janvier 1833. Le curé d'Ars naquit le 8 mai 1786 et mourut le 4 août 1859. Si saint Séraphim est l'image de la " sainte Russie ", le saint curé d'Ars représente un des aspects de la sainteté de la France catholique. Tous les deux sont témoins de la grâce divine car, en eux, c'est une révélation de Dieu que nous pouvons découvrir ; certaines manifestations de cette révélation, comme celles qui accompagnaient leurs moments de prière et leur état mystique sous l'apparence de lumière, ont été décrites par leurs biographes.

L'abbé Couturier, le grand œcuméniste, qui nous avait, mon mari et moi, emmenés à Ars en 1938, nous avait dit : " Le curé d'Ars, c'est notre saint Séraphim ". Ces paroles m'avaient d'abord surprise, mais, entrée dans la petite église où le saint avait, pendant dix-sept ans, été " martyr du confessionnal ", où il avait eu des illuminations et des visions, j'eus l'impression de revivre les souvenirs gardés de mon pèlerinage aux lieux saints de Sarov en 1913. La même atmosphère de sainteté y régnait et s'y faisait sentir à chaque pas.

En nous conduisant en ces lieux, l'abbé Couturier nous exprima sa conviction que les lieux saints dépassent les frontières confessionnelles et que plus un homme s'élève vers Dieu, plus les murs qui nous séparent ici bas s'abaissent et finissent par disparaître.

La sainteté est le point de rencontre de l'humain et du divin dans la nature humaine et, si le premier moment dans la vie d'un saint est la reconnaissance de la voix du Seigneur et de son appel, le deuxième est une longue étape de travail et de peines que l'homme se donne pour purifier son corps et son âme afin de les faire transparents à la pénétration divine. La transparence acquise n'est donc pas un état passif où Dieu s'empare de la nature humaine et se la subordonne, mais un état actif de relations vivantes et de pénétration mutuelle.

Pour atteindre cette " élévation d'âme ", les deux saints vécurent des années de contrition, versèrent des larmes, passèrent des jours et des nuits de prière ardente. On pourrait dire que leur sainteté se présente comme une élévation graduelle vers la transfiguration, comme une ascension " de gloire en gloire " afin que le " Christ soit formé en eux ".

LES ENFANCES

Dès leur jeune âge les deux saints étaient conscients de leur vocation. Prokhor Mochnine, le futur saint Séraphim, voulait devenir moine, Jean-Marie Vianney, le futur curé d'Ars voulait " sauver les âmes " et devenir prêtre. Dès qu'ils apprirent à lire, les saintes Ecritures étaient leur lecture préférée ainsi que la vie des saints et, en particulier la vie des Père s du Désert à laquelle tous deux aspiraient. Dès leur enfance, ils avaient manifesté une vénération profonde envers la sainte Vierge et connurent des signes de sa sollicitude. Par deux fois, Prokhor fut guéri en se vouant à sa protection, quant à Jean-Marie, il confia à l'un de ses amis : " la sainte Vierge et moi nous nous connaissons bien ". Cet aveu est presque identique à celui que fit le père Séraphim, évoquant les paroles de la sainte Vierge qui aurait dit, en le désignant " Celui-ci est de notre race ". Cette race est celle des enfants de Dieu qui portent le reflet de sa divinité, de son image et de sa ressemblance. C'est là le fond de toute sainteté. À l'exemple de la Servante du Seigneur, les deux saints ont passé leur vie dans l'obéissance et l'humilité.

L'éducation maternelle eut une influence importante sur la formation de leur âme. " La vertu passe facilement du cœur des mères dans le cœur des enfants ", dira le curé d'Ars. Des six enfants de la famille Vianney, fermiers du village de Dardilly dans le Lyonnais, Jean-Marie était le quatrième. Son frère aîné, François, et sa plus jeune sueur, Marguerite, ont conservé de lui des souvenirs précieux, rapportés par les biographes. Vif et alerte, élevé au grand air de la campagne, cet enfant aux yeux bleus et aux cheveux bruns, hérita de sa mère une douce sensibilité et un grand amour de l'Église. Cet amour, dira-t-il, " après Dieu je le dois à ma mère ". C'est à elle qu'il confia son désir de devenir prêtre et c'est grâce à elle qu'il put fréquenter l'école du village et continuer ses études au-delà, tandis que son père préférait le laisser garder les brebis et les vaches de la ferme et plus tard, aider son frère aîné à cultiver la terre.

LA VOCATION DE SÉRAPHIM

Dans la famille des Mochnine, petits commerçants de la ville de Koursk, c'est aussi à la mère de Prokhor qu'incomba la tâche, après la mort de son mari, d'élever ses trois enfants dont Prokhor était le cadet, et de surveiller les travaux de construction d'une grande église que son mari, entrepreneur en maçonnerie, n'avait pas eu le temps d'achever, lorsque la mort l'emporta. Prokhor aimait accompagner sa mère au chantier et ce fut là qu'il fit une chute dangereuse dont il se releva sans mal ce qui fut considéré comme un miracle. Un autre miracle se produisit lors d'une procession de l'icône de la Mère de Dieu : dès que la mère de Prokhor eut approché son enfant malade de l'icône, la guérison s'opéra. La mère de Prokhor, Agathe, était une femme de grande foi et de grand cœur. Charitable et généreuse, elle s'occupait des pauvres et des orphelins et elle était bien connue en ville pour ses bonnes œuvres. C'est d'elle que Prokhor hérita cet amour du prochain qu'il déploya dans toute sa force lorsque, plus tard, il fut sollicité par la foule des pèlerins. C'est elle aussi qui lui donna sa bénédiction en mettant à son cou une relique familiale, une grande croix en cuivre, lorsqu'elle apprit son désir de se faire moine. Prokhor, devenu hiéromoine Séraphim, portera toute sa vie cette croix sur la poitrine.

Les deux saints, ayant reçu l'ordination sacerdotale, diront que le comportement d'un prêtre envers ses ouailles doit être semblable à celui d'une mère envers ses enfants. Ils considéraient aussi la protection des orphelins comme l'une de leurs plus grandes tâches.

Ayant terminé ses études primaires, Prokhor entreprit un long pèlerinage à pied au monastère des Grottes de Kiev, aux tombeaux des saints moines Antoine et Théodose, pour présenter sa vie au Seigneur avant le pas décisif pour sa vocation future. C'est là qu'il reçut le conseil d'aller faire son noviciat au monastère de Sarov, dans la région de Tambov. Il s'y trouvait déjà quelques moines, originaires de Koursk, issus de la classe marchande de cette ville, tels l'ermite Marc et le supérieur du monastère. Celui-ci, l'abbé Pacôme, avait connu les parents de Prokhor et l'accueillit avec joie lorsqu'il se présenta à lui dans la soirée du 20 novembre 1778, veille de la fête de la Présentation au Temple de la sainte Vierge.

Malheureusement, à cette époque, les temps étaient fort peu favorables au développement de la vie monastique à laquelle la politique gouvernementale, depuis les réformes de Pierre le Grand et de Catherine II, devenait hostile.

Le premier prieur du monastère de Sarov, Jean, inculpé de trahison envers l'état, fut déporté et mourut dans un cachot de Saint-Petersbourg en 1757. Son successeur, Éphrem, fut également détenu pendant seize ans dans une forteresse. Rendu vers la fin de sa vie (+ 1777) à sa communauté, il se consacra surtout aux œuvres de charité. Pendant la disette de 1775 il organisa des distributions de vivres aux pauvres des villages voisins qui venaient chaque jour par centaines. Ce genre d'activités n'était pas toujours apprécié par les autorités civiles, car les épaisses forêts de Sarov abritaient quelquefois des sujets suspects, des déserteurs ou des serfs évadés enclins à la révolte, qui trouvaient refuge au monastère. C'était le temps des guerres interminables et l'état avait besoin de soldats. Pour cette raison le gouvernement procédait à la fermeture d'un grand nombre de monastères et s'opposait à de nouvelles prises d'habit. Grâce à la protection du père Pacôme, très respecté dans la région, Prokhor fut admis au monastère. Au dire de ses contemporains il était un jeune homme robuste et bien bâti, au regard vif et intelligent. Ses cheveux blonds encadraient les traits fins de son visage et ses yeux reflétaient la pureté de son âme.

On le confia à la direction spirituelle du starets Joseph, homme intelligent et grand ascète. Un starets, au sens littéral du mot, est un " ancien ", pas obligatoirement prêtre, mais un homme expérimenté dans la prière et l'ascèse, que les moines choisissent parmi eux pour les guider dans la vie monastique. La tradition des startsi est ancienne et remonte aux temps des Père s du Désert. Un moment délaissée en Russie, elle reçut un nouvel essor grâce au starets Païssi Velitchkovski (1722-1794), contemporain de Prokhor. Païssi rapporta du Mont Athos de nombreux textes concernant la prière, qu'il traduisit du grec en slavon et dont il fit un recueil, intitulé " Philocalie " (1). Avec la parution de ce recueil en Russie, tout un monde de spiritualité s'ouvrait aux yeux des orthodoxes.

C'était, en premier lieu, la sanctification du Nom de Jésus par la prière, dite " du cœur ", qui a pour fondement les paroles du publicain (Lc 18, 13) auxquelles les chrétiens ont ajouté le Nom de Jésus, et dont la formule est : " Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pêcheur ". En gardant sa simplicité, cette prière contient l'essentiel de la foi chrétienne : le Nom de Jésus signifie " Sauveur " en hébreu ; sa divinité est soulignée par le mot " Seigneur " ; " Fils de Dieu" exprime sa filiation au père ; la grâce de l'Esprit saint, reposant sur lui, est signifiée par le mot " Christ ", qui veut dire " l'Oint ". C'est donc la connaissance du mystère de la sainte Trinité qui y est implicitement évoquée.

En enseignant cette prière, les Père s attirent l'attention de ceux qui la pratiquent sur le rythme de la respiration à cause de la corrélation intérieure existant entre le souffle humain et le Souffle vivifiant du saint-Esprit. Ils insistent également sur le lieu du " cœur ", centre vital de l'être qui possède la force de transformer l'homme total en ce " corps spirituel " dont parle saint-Paul. La prière doit se faire dans une atmosphère de calme et de silence qui, en grec, s'exprime par le mot " hésychia ", par suite de quoi les ermites qui la pratiquaient jadis étaient connus sous le nom d'" hésychastes ". De même que la tradition des startsi, la pratique de la prière de Jésus ou du cœur, enseignée par eux, existait depuis des siècles et elle était fidèlement conservée au Mont Athos. En Russie, elle avait eu aussi ses adeptes, tels saint Nil de la Sora, mais les différentes calamités survenues dans le pays – guerres, invasions, politique sécularisante de l'état – furent cause d'un certain affaiblissement de sa pratique.

Or, à l'époque où Prokhor passait son noviciat, un souffle nouveau commençait à se faire sentir. L'abbé Théophane (+ 1832) qui avait séjourné à Sarov, écrit dans son autobiographie (2) qu'il y avait en ce temps-là dans ce monastère des startsi de grande sainteté parmi lesquels il nomme les pères Éphrem, Pacôme, Nazaire et autres. C'est donc à leur école que Prokhor reçut sa formation spirituelle. Lorsque, plus tard, un novice lui demandera des conseils pour progresser dans la vie de l'esprit, il lui répondra : " Tu n'as qu'à répéter la prière de Jésus et Dieu s'approchera lui-même de ton cœur ". " Allant et venant, assis ou debout, au travail comme à l'église, laisse ces paroles s'échapper constamment de tes lèvres ; avec cette prière tu trouveras la paix intérieure et ton corps et ton âme seront purifiés. Acquiers la paix, disait-il encore, et des milliers trouveront leur salut autour de toi ".

En s'initiant à la prière perpétuelle, Prokhor devait aussi accomplir certaines besognes. Tour à tour boulanger, menuisier, bûcheron, il s'acquittait avec joie de son travail. Bientôt on le fit lecteur et il chanta avec les moines à l'église. Il aimera plus tard se souvenir de ses premières années de noviciat. " Ah, si tu m'avais vu, lorsque je venais d'entrer au monastère, disait-il, que j'étais joyeux ! Quand le chant n'allait pas dans le chœur à cause de la fatigue, je commençais à encourager les moines par quelques paroles amusantes et voilà qu'ils se mettaient à nouveau à chanter de bon cœur. Car, vois-tu, Dieu aime que l'homme aie devant lui le cœur joyeux. La gaîté n'est vraiment pas un péché. " Cette gaîté juvénile, spontanée, se transforma, au cours des années, en une joie profonde et constante, une joie qui abreuvait son âme comme une source vivifiante. En cette joie chaque visage humain reflétait pour lui l'image du Ressuscité et, grâce à elle, la salutation habituelle du père Séraphim devint : " Ma joie, le Christ est ressuscité ! "

Du temps de son noviciat, Prokhor s'instruisait en lisant les écrits des Père s qu'il pouvait trouver à la bibliothèque du monastère. Il citera plus tard les textes des œuvres des Grands Cappadociens, ainsi que ceux de saint Macaire, de saint Jean Climaque, de saint Isaac le Syrien, de saint Maxime le Confesseur, de saint Syméon le Nouveau Théologien et autres auteurs de la Philocalie. Sa lecture de tous les jours était celle des Evangiles, du Psautier, des livres de la Bible ; il la faisait, d'habitude, en se tenant debout en position de prière et considérait ces veillées comme un " approvisionnement ", de l'âme. À son travail, à ses lectures et à ses prières il ajoutait des jeûnes rigoureux et, bien que robuste, il fut obligé de s'aliter, atteint d'hydropisie. Son corps était enflé et lui causait de grandes souffrances qui ne prirent fin que trois ans plus tard, lors d'une apparition de la Mère de Dieu. Beaucoup d'eau s'écoula alors de son corps et il se trouva guéri. Un an après, en août 1786, il fut autorisé à prononcer ses vœux monastiques de chasteté, de pauvreté et d'obéissance et il reçut alors le nom de Séraphim qui, traduit de l'hébreu, signifie " flamboyant ". D'après la vision du prophète Isaïe, ce nom appartient aux esprits angéliques aux six ailes qui entourent le trône du Seigneur en le glorifiant par le chant du Sanctus (Is 6, 2). Au mois d'octobre de la même année, Séraphim fut ordonné diacre et les sept années de son diaconat, passées à l'autel, ne furent pour lui, comme il le disait, que " clarté et lumière ". " Dans ma joie que rien ne troublait, disait-il, j'oubliais tout et mon cœur fondait en moi comme de la cire à la chaleur du feu. "

Le prieur Pacôme emmenait souvent le jeune diacre avec lui au cours de ses tournées pastorales et il arriva un jour d'été 1789 qu'ils firent une visite à la supérieure d'une petite communauté de femmes dans le village de Divéevo, à 12 km de Sarov. Pressentant l'approche de sa mort, la mère Alexandra pria instamment le père Pacôme et le diacre Séraphim de bien vouloir veiller à la protection de ses " orphelines " – comme elle appelait les sœurs groupées autour d'elle, ce que les deux moines lui promirent.

Ce n'est qu'une trentaine d'années plus tard cependant que le père Séraphim, lorsqu'il fut sorti de la clôture, eut la possibilité d'aider efficacement les sœurs, aidé par son fils spirituel, Michel Mantourov.

Le diacre Séraphim eut, alors qu'il célébrait la Liturgie du Jeudi saint avec le père Pacôme, une vision dont les détails ne furent connus que plus tard. Après la prière de l'entrée du prêtre : " Seigneur notre Dieu... fais que notre entrée se fasse avec l'entrée de tes anges qui concélèbrent et te glorifient avec nous "..., le jeune diacre se figea soudain dans une étrange immobilité et les traits de son visage changèrent d'expression. On le fit entrer dans le sanctuaire où il resta trois heures, immobile, sans pouvoir articuler une parole. D'après les aveux qu'il fit plus tard, on sut qu'il se trouva ébloui comme par un rayon de soleil au milieu duquel il vit le Seigneur Jésus-Christ sous l'aspect du Fils de l'Homme marchant dans les airs, dans une clarté éblouissante, entouré d'armées d'anges et d'archanges, de Chérubins et de Séraphims. L'Église recommandant aux fidèles d'écarter de leur imagination tout phénomène visuel, le père Pacôme conseilla au jeune diacre de n'en parler à personne, mais fut contraint d'expliquer lui-même, plus tard, ce qui s'était passé.

En 1793 le diacre Séraphim reçut l'ordination sacerdotale et toute l'année il célébra la Liturgie quotidiennement, faisant croître en lui les charismes que le Christ avait légués aux apôtres : enseignement de la Parole, guérison des malades, exorcisme des possédés et don de prophétie. Si quelques autorités ecclésiastiques et certains moines de Sarov reprocheront plus tard au père Séraphim d'oindre les malades hors de l'office traditionnel du sacrement de l'onction, il leur répondra qu'il ne le fait qu'en obéissant à l'enseignement du Christ. Du reste il faisait toujours précéder cet acte sacramentel par une profession de foi du malade et par une prière d'intercession.

On ne trouve pas d'indication sur la célébration liturgique par le père Séraphim après cette première année de prêtrise. On sait cependant que, lorsqu'il recevait la sainte Communion à l'église ou dans sa cellule du temps de sa clôture, il portait toujours sur lui les insignes de son sacerdoce : l'étole (épitrachilion), les surmanches et la croix pectorale et c'est ainsi qu'on le représente sur ses icônes. Il insistera avec force sur la communion fréquente des fidèles, ce que fera aussi le curé d'Ars et c'est encore un point qui leur est commun.

En novembre 1794, l'abbé Pacôme mourut et le père Séraphim, profondément affecté par cette mort, prit la décision de se retirer dans la solitude des forêts de Sarov. À cette époque sa santé était de nouveau très éprouvée, il souffrait de maux de tête et ressentait des douleurs dans les jambes. Le nouveau prieur, le père Isaïe, lui fit délivrer un billet de congé et le 20 novembre 1794, seize ans jour pour jour après son entrée au monastère, le père Séraphim le quitta pour aller vivre en ermite. En dehors de son état de santé, une autre raison peut-être l'obligeait aussi à s'éloigner de la communauté. On peut le deviner dans sa réponse au reproche qu'on lui adressait à ce sujet : " Ce ne sont pas les gens que fuient les ermites, mais leurs vices. Nous nous éloignons de la communauté des frères non pas à cause du manque d'amour envers eux, mais parce que l'empreinte angélique à laquelle s'apparente l'état monacal est souvent profanée par les paroles et les actes. " Déjà du temps de son noviciat le père Séraphim aimait s'éloigner pour quelques jours dans la forêt où il s'était construit une cabane à 5 km du monastère et qu'il appelait son " désert ", son Athos ou sa Jérusalem. Cette région rocheuse était une véritable " Thébaïde " remplie de grottes et peuplée d'ermites parmi lesquels le père Séraphim avait des amis. Les bêtes sauvages venaient prendre la nourriture de ses mains et on le voyait quelquefois en compagnie d'un grand ours.

LA VOCATION DE JEAN-MARIE

En France, à la même époque, c'est le temps de la Terreur. On guillotine les prêtres qui n'ont pas prêté serment à la Constitution, on arrête ceux qui les hébergent, on s'attaque à tous les signes du culte et le sang coule à flots. L'horreur du sacrilège que Jean-Marie Vianney voit autour de lui sera le début de cet " amour violent " qu'il aura pour le Dieu que l'on persécute (3). L'église du village de Dardilly est fermée et son clocher abattu. Ceux des prêtres qui ont échappé à la prison sillonnent les routes de village en village sous divers déguisements pour célébrer la messe dans quelque ferme isolée. La mère Vianney emmenait ses enfants à la tombée de la nuit à ces retraites clandestines et c'est dans une pièce d'un château voisin, aux volets bien clos, que Jean-Marie fait sa première communion à l'âge de treize ans.

Avec l'accession de Bonaparte au consulat, les prêtres qui survécurent à la déportation en Guyane et à l'internement aux îles de Ré et d'Oléron, commencent à revenir d'exil. En 1803 un curé, l'abbé Charles Balley, frère d'un chartreux guillotiné pendant la Terreur, est nommé pour desservir la paroisse d'Écully, voisine de Dardilly. Il y fonda une école presbytérale pour engager des vocations ecclésiastiques et Jean-Marie Vianney y est admis quelques années plus tard grâce aux sollicitations de sa mère. Jusqu'alors il n'a pas eu l'occasion de se préparer aux études : d'abord petit berger dans les pacages de la ferme du vallon de Chante-Merle, ensuite laboureur, il n'a pu faire jusqu'à l'âge de dix-neuf ans que des études primaires et les cours de latin et la philosophie de Descartes qu'on lui imposait lui furent tellement ardus que, pour remédier au découragement qui l'avait envahi, il résolut en été 1806 de faire un pélerinage d'une centaine de kilomètres à pied au sanctuaire de la Louvesc, dans l'Ardèche, au tombeau de saint François de Régis, l'" apôtre du Vivarais " du XVIIe siècle (4). Jean-Marie pria avec ferveur et, rentré à l'école, reprit ses études avec courage. En 1807, à l'âge de 21 ans, il reçut le sacrement de confirmation et le nom de Baptiste fut ajouté à ses deux autres prénoms. C'est sous ce triple signe de sainteté que vivra désormais Jean-Marie Baptiste Vianney. Cependant, comme l'enseignement théologique en France subissait encore à cette époque l'influence d'un moralisme jansénisant, le futur curé d'Ars portera longtemps dans son comportement et ses sermons l'empreinte du rigorisme moral de son maître, l'abbé Balley.

Pour relever une perspective quelque peu divergente entre le curé d'Ars et le père Séraphim, il est permis de noter que la tradition occidentale, marquée par un spiritualisme désincarné et un intellectualisme doctrinal, hérité de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquin, s'était éloignée des sources spirituelles authentiques auxquelles puisait son inspiration la tradition des Père s orientaux, dont l'un des dépositaires fut le père Séraphim.

Toutefois, si le début du ministère pastoral du curé d'Ars porte encore la marque de sa formation scolaire, il est important de remarquer qu'il a pu se libérer au cours des années de la rigidité et des exigences doctrinales de son temps et retrouver, sous l'action du saint Esprit, les racines communes à l'Orient et à l'Occident.

En automne 1809, l'appel sous les drapeaux interrompt les études du jeune Vianney. Quelques jours après son arrivée au dépôt de Lyon, déjà affaibli par les efforts scolaires et les privations, il tombe malade et est transporté à l'hôpital ; puis, il reçoit l'ordre de rejoindre son détachement en partance pour la frontière de l'Espagne. Il part à pied, s'égare dans les monts du Forez, et remet sa destinée entre les mains de Dieu. Or, dans la région lyonnaise on considérait Napoléon comme un usurpateur, on lui reprochait ses batailles sanglantes et la plupart des paysans de la région gardaient des attaches étroites avec l'Ancien régime. Aussi, le maire de la commune de Noës installa Vianney dans la grange de la ferme des Robins qui appartenait à sa cousine et c'est là que le " déserteur malgré lui " passa plusieurs mois sous le nom de " Jérôme Vincent " jusqu'au moment où Napoléon accorda une amnistie aux réfractaires (mars 1810). Lors de son " exil ", Jean-Marie se fit des attaches, se lia d'amitié, forma clandestinement autour de lui un groupe d'enfants et leur donna des cours de catéchisme. Plusieurs fois il courut le risque d'être arrêté par les gendarmes, mais il ne fut jamais dénoncé.

Ce n'est qu'en 1813 qu'il put revenir à Écully et reprendre ses études. L'abbé Balley, qui l'avait pris en affection, le présenta à la première tonsure que l'on donnait aux séminaristes l'année de leur rhétorique et Jean-Marie Baptiste put revêtir la soutane. Il avait près de vingt-cinq ans et, afin d'accélérer ses études, l'abbé Balley l'envoya au petit séminaire de Verrières pour l'année de philosophie, mais le jeune séminariste comprit peu de choses à la dialectique et à la logique qu'on lui enseignait. Pour les cours de " l'année scolastique " de 1813-1814 il entra au grand séminaire saint-Irénée de Lyon. Pour faciliter ses études, on lui donna quelques leçons particulières en lui expliquant les notions de théologie en français, mais, tous les efforts qu'il employa pour saisir cette matière ne donnèrent qu'un résultat médiocre et on fut obligé de le renvoyer.

Comme le diocèse de Lyon manquait de prêtres, les autorités ecclésiastiques se montrèrent plus indulgentes. On se renseigna sur le côté moral et la piété du séminariste et le 2 juillet 1814, le jour de la fête de la Visitation de Notre Dame, on le présenta aux ordres mineurs et au sous-diaconat. L'année suivante il fut ordonné diacre et, aussitôt après, grâce aux démarches de l'abbé Balley, on décida de le présenter à l'ordination sacerdotale à Grenoble. Transporté de joie, c'est à pied que le jeune diacre couvrit les cent kilomètres qui séparent Lyon de Grenoble, par les routes du Dauphiné envahies de soldats ennemis, pour recevoir le 13 août 1815, à l'âge de vingt-neuf ans, l'ordination sacerdotale. Il n'a pas révélé les impressions ressenties lors de cet événement si longtemps attendu, mais il dira plus tard, en parlant du sacerdoce : " Ô, que le prêtre est quelque chose de grand ! Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel !... Si on le comprenait sur la terre, on mourrait, non de frayeur, mais d'amour. " Il considérait le mystère du sacerdoce comme une extension de celui de Jésus-Christ et, en dehors de l'offrande eucharistique qui pour lui occupait la première place, c'était la responsabilité devant Dieu du pasteur auquel le salut des âmes était confié qui le faisait frémir. " Sauver les âmes ", tel était son désir ardent dès son jeune âge. À présent que cette tâche se présentait à lui, elle lui paraissait au-dessus de ses forces. " Un prêtre, dira-t-il, doit être un saint, un séraphin. "

Il célébra sa première messe le 14 août, veille de l'Assomption, à Grenoble et, à son retour à Écully, l'abbé Balley lui apprit la nouvelle de sa nomination au poste de vicaire de cette paroisse. Quelques mois plus tard, l'abbé Vianney reçut les pouvoirs nécessaires pour confesser et son premier pénitent fut son vieux maître, le curé Balley.

On peut remarquer une différence dans la conception du sacrement de pénitence du curé d'Ars et du père Séraphim. Pour ce dernier, le prêtre, en recevant la confession des pénitents, n'est que le témoin devant Dieu, tandis que, selon la conception du curé d'Ars, le prêtre est revêtu de tous les pouvoirs de Dieu, il est juge et " après Dieu il est tout ". C'est le poids de cette grande responsabilité qui pesait sur l'abbé Vianney et qui l'obligeait souvent à faire revenir les pénitents plusieurs fois avant de leur donner l'absolution.

Le vicariat de l'abbé Vianney à Ecully ne fut pas de longue durée. Le pasteur Balley, miné par les épreuves du temps de la Terreur et les efforts ascétiques auxquels il se soumettait, s'éteignit le 17 décembre 1817, à l'âge de soixante-cinq ans, pleuré par son disciple dévoué. Comme souvenir de son maître, le futur curé d'Ars conservera jusqu'à sa mort le petit miroir du père Balley " qui avait reflété son visage " et le cilice usé qu'il avait porté.

On garda quelque temps le vicaire Vianney dans la paroisse d'Écully, mais le nouveau curé trouvait son vicaire " exagéré ", à cause de son comportement, sa manière paysanne, son air de " Trappiste ". Au début de février 1818 l'abbé Jean-Marie Vianney apprenait que la chapelle d'Ars-en-Dombes lui était confiée.

Le pauvre village auquel elle appartenait comptait 230 habitants à peine et, parmi les paroisses du département de l'Ain, il était considéré comme une sorte de Sibérie par le clergé de Lyon. La région avait connu les suites déplorables de la Révolution, il y avait eu des apostasies parmi les membres du clergé, le culte de la Déesse raison y avait été pratiqué quelque temps et, par opposition, une secte janséniste s'était organisée à Fareins, à deux lieues d'Ars.

La châtelaine d'Ars, la comtesse des Garets, qui ainsi que son frère, avait été le soutien le plus important au cours des années difficiles du curé, subissait aussi l'influence jansénisante de son temps. En remettant la feuille de nomination à l'abbé Vianney, le vicaire général lui dit : " Il n'y a pas beaucoup d'amour de Dieu dans cette paroisse ; vous y en mettrez. "

Les premiers pas du nouveau curé furent une prise de contact avec les habitants, dont les plus jeunes, grandis pendant la Révolution, ignoraient tout de la religion. Il y avait aussi beaucoup de misère, des orphelins sans secours, des enfants abandonnés. Mais les cabarets du village étaient toujours fréquentés, les danses attiraient la jeunesse et l'église restait vide les dimanches. Pour convertir ses futurs paroissiens, l'abbé Vianney se levait aux premiers rayons de l'aurore, allait tout droit au sanctuaire et commençait à dire ses prières. Quelquefois on l'aperçoit agenouillé dans les bois voisins implorant Dieu de le prendre en pitié, lui et son troupeau. Élevé à la campagne, il aimait la vie des champs et des bois, il aimait le chant des oiseaux et il comparait l'âme qui prie à une hirondelle dans son vol vers le ciel. Plus tard, lorsque les foules l'assiègeront et le " cloueront à la croix de son confessionnal ", il tentera plusieurs fois de quitter sa paroisse. Déchiré entre sa responsabilité pastorale et son désir de " finir sa pauvre vie " dans le désert, il essayera de rejoindre la Trappe ou de retourner dans son village natal de Dardilly. Ses biographes noteront trois de ces " fugues ".

Or, chaque fois qu'il entreprendra de fuir le troupeau innombrable qui le harcelait, ses paroissiens le ramèneront de force au village. Alors il recommencera ses catéchismes, ses sermons, il continuera à passer des heures, jusque tard dans la nuit, à confesser les pénitents et l'afflux des pèlerins deviendra de plus en plus considérable. Les visiteurs remarqueront cependant que l'atmosphère de la petite bourgade d'Ars avait changé au cours des années : " Ars n'est plus Ars, diront-ils plus de gens oisifs dans les cabarets les dimanches, plus de danses la veille des grandes fêtes et l'église est toujours emplie de gens en prière. "

Mais le début du pastorat fut dur pour le jeune curé. À ses prières pour le salut des âmes il ajoutait des pénitences, se croyant toujours pasteur indigne et ignorant et, le soir, avant de s'étendre sur le plancher du grenier de la cure, il se flagellait sans pitié. " Quand on est jeune, dira-t-il plus tard, on fait des imprudences. " Il avait refusé les meubles que la comtesse des Garets lui avait envoyés et tout ce que les paroissiens lui donnaient, il le distribuait aux pauvres. Comme nourriture il faisait cuire des pommes de terre ou des " mâte-faim " pour toute la semaine et il lui arrivait parfois de ne rien prendre pendant deux ou trois jours. Une voisine le surprit une fois en train de cueillir de l'oseille dans le jardin du presbytère. " Vous mangez donc de l'herbe ", lui demanda-t-elle. Un peu confus, il répondit qu'il avait essayé de ne manger que cela, mais qu'il n'avait pas pu continuer.

EN PLEIN SOLEIL

Nous trouvons ici le même comportement que celui de saint Séraphim. " Connais-tu la perce-feuille, demanda-t-il un jour à une sœur de Divéevo, sais-tu qu'elle est bien bonne à manger ? Pendant près de trois ans je ne me suis nourri que d'elle, je la séchais pour l'hiver, et cela faisait un mets excellent. " Tous les deux avaient été impitoyables envers leur corps – que le curé d'Ars appelait " cadavre " ; le père Séraphim ne conseillera pourtant pas aux autres les grandes mortifications, car, dira-t-il, " le corps doit être l'aide et l'ami de l'âme, sinon il peut arriver que le corps s'étant affaibli, l'âme aussi s'exténue ". Saint Séraphim ne portait pas de cilice, comme le curé d'Ars, mais on sait qu'en plus de la croix pectorale donnée par sa mère il portait sur son dos, sous sa soutane, une autre grande croix en cuivre. Il transportait aussi de gros sacs remplis de pierres pour border la rive de la source dans la forêt et disait, lorsqu'on le questionnait à ce sujet : " Je tourmente celui qui me tourmente ".

On doit dire que les " tourments " qu'éprouvaient les deux saints étaient identiques : découragement, angoisses, sentiment d'être abandonné de Dieu. Ils étaient tous deux également poursuivis par les attaques diaboliques. " Celui qui a choisi la vie du désert, disait le père Séraphim, doit toujours être prêt au combat " ; et, s'il menait ce combat en silence, dans son ermitage, les voisins du curé d'Ars, entendant des cris s'élever de la cure accouraient apeurés, croyant que des voleurs s'y étaient introduits. Mais le curé les rassurait tranquillement : " Ce n'est rien, c'est le grappin " – sobriquet qu'il donnait au démon. " Le grappin a une bien vilaine voix ", disait-il. Quant au père Séraphim, lorsqu'on lui demanda comment étaient les démons, il répondit brièvement : " Ils sont abjects ".

Les attaques de Satan devenaient plus agressives dans la cure d'Ars lorsqu'un " gros poisson " – nom par lequel le curé désignait un pécheur incorrigible –, devait arriver. Un souffle froid pénétrait dans la cellule du père Séraphim pendant qu'il priait pour une âme pécheresse, les cierges s'éteignaient et tout semblait envahi par les ténèbres. " Le diable est froid ", disait-il.

Pour repousser les attaques du Malin, le père Séraphim, comme les anciens stylites, resta mille nuits et mille jours agenouillé, les bras en croix, en prière sur un rocher de granit. Durant trois ans, il s'imposa le silence et passa cinq années en reclus. Il fut une fois attaqué dans la forêt par trois paysans qui croyaient trouver chez lui de l'argent. Il fut battu, supporta ses souffrances sans se plaindre et demanda à ce qu'on ne punisse pas ses agresseurs lorsqu'ils furent arrêtés. Ces années de luttes et d'épreuves, de prière perpétuelle et d'ascèse le préparèrent à devenir un " starets " dont l'expérience sera mise au service des hommes. Il commencera alors à réorganiser la communauté des religieuses de Divéevo, accomplissant la promesse donnée à la mère Alexandra.

Au début, sa tâche ne lui fut pas facile, car l'attitude du monastère envers la communauté avait changé depuis la nomination du nouveau prieur, le père Niphonte, qui trouvait encombrant de fournir aux sœurs des vivres en échange du travail qu'elles accomplissaient du temps des précédents prieurs. Le nombre des sœurs avait diminué et la nouvelle supérieure, malgré les règles austères de la communauté, n'arrivait pas à satisfaire à tous les besoins. C'est donc à cette œuvre que le père Séraphim sacrifia ses forces et son temps. Les habitants des villages voisins réclamaient aussi ses conseils et sa direction spirituelle. Il existait dans la région des mines de fer et les ouvriers qui y travaillaient se livraient fréquemment à la boisson, à la débauche et au brigandage. " C'était un nid de Satan, disait le père Séraphim, et il fallait beaucoup prier pour que Dieu veuille faire disparaître les armées du diable de ces lieux. "

À cette époque (1822-1825), les deux saints sont en possession de tous leurs charismes révélés au monde par une suite de miracles, de guérisons, de manifestations de clairvoyance et de prophétie. Si, auparavant ils avaient évité la société des femmes, ils se consacraient à présent à leur éducation et à leur formation spirituelle.

En 1824, le curé d'Ars concentre son activité à la fondation d'une maison pour les jeunes orphelines des villages voisins qu'il appellera " Providence ". Cette œuvre, tout en lui apportant des joies, fut aussi cause de gros ennuis, tant matériels que moraux. Il dut endurer des vexations et des calomnies, on critiquait ses catéchismes, les expressions quelquefois " triviales " qu'il employait, l'absence de règles grammaticales dans ses sermons, la pauvreté et le manque d'hygiène de l'installation. Son juge le plus sévère fut son auxiliaire, l'abbé Raymond, que le curé avait jadis lui-même encouragé dans les études. Le jeune vicaire ne doutait pas de la sainteté de son curé, mais il considérait cette paroisse comme placée sous sa responsabilité personnelle ; il se montrait d'un autoritarisme extrême et traitait son supérieur avec dureté. Il se mêlait aussi des affaires de la " Providence ", usait de son influence et les autorités civiles finirent par éliminer le personnel de cette institution dont la directrice, Catherine Lassagne, avait été pendant des années la collaboratrice fidèle du curé d'Ars. Catherine Lassagne a laissé de précieux témoignages sur son père spirituel. Sous la pression de l'abbé Raymond, la " Providence " fut transmise aux sœurs de la congrégation de saint Joseph.

Des ennuis semblables, concernant la communauté de Divéevo, arrivèrent au père Séraphim. Un jeune homme de la ville voisine de Tambov, Ivan Tikhonovitch, ayant entendu parler des miracles qui se produisaient à Sarov et de la masse des pèlerins qui y affluaient, voulut y faire son noviciat ; il n'y fut pas admis et commença à fréquenter le père Séraphim afin d'être initié par lui à la vie monastique. Il voulait imiter la vie des Pères du désert, porter un cilice qu'il se fit commander, obtenir des charismes de starets. À peine entra-t-il dans la cellule du père Séraphim que celui-ci lui dit : " Si un enfant voulait porter un cilice, crois-tu que cela lui conviendrait ? Le cilice du moine est la patience qu'il exerce. Les moines qui n'ont pas atteint la patience et l'humilité ne sont que des fumerons, car ce n'est pas la chape monacale qui fait le moine. " " La vertu n'est pas une poire que l'on mange d'un seul coup ", disait-il encore. Tout en fréquentant le starets, Ivan Tikhonovitch connut la communauté de Divéevo, s'y introduisit comme chef de chœur pour diriger la chorale des sœurs " à la manière italienne " comme on le faisait à Saint-Pétersbourg, et décida de moderniser l'organisation du couvent. " Tu deviens vieux, disait-il au starets, confie-moi tes orphelines ! " Les intrigues qu'il mena semèrent la discorde parmi les sœurs ; certaines prirent le parti de l'" intrus ", attirèrent l'attention des autorités ecclésiastiques et civiles, et cette histoire causa beaucoup de peine au père Séraphim. Les moines de Sarov, de leur côté, accusaient le starets de tailler le bois dans les futaies du monastère et de le donner aux sœurs, faisaient des perquisitions chez le père et à Divéevo et, si la grâce divine ne s'était pas manifestée à chaque incident pour réhabiliter le comportement du père Séraphim, il aurait été pénible pour le starets de supporter tous ces outrages.

Mais les joies dont furent gratifiées les deux œuvres faisaient oublier les souffrances des deux père s. La " multiplication " du pain et de la farine dans la communauté de Divéevo et dans celle de la " Providence ", sont inscrites dans leurs Annales respectives. Les deux institutions avaient été mises sous la protection de la sainte Vierge dont les apparitions furent nombreuses tant à Divéevo qu'à Ars. " On n'oserait pas mettre le pied sur tel carreau, si l'on savait ce qui s'y était passé " disait le curé d'Ars, et le père Séraphim indiqua aux sœurs cette petite sente qui bordait leur domaine où " les pieds de la Très Pure s'étaient posés ".

C'est dans un climat de " fioretti " et de " légende dorée " que se passait la vie de ces saintes femmes et jeunes filles ; les récits de Catherine Lassagne ainsi que les témoignages des sœurs de Divéevo reflètent avec fidélité et amour l'image lumineuse de leurs père s spirituels.

Il serait trop long de rapporter tous les enseignements des deux saints, les ravissements qu'ils connurent, les visions de la sainte Vierge dont tous deux parlent en habitués de ses apparitions, de décrire l'état lumineux en lequel des témoins les avaient vus, le phénomène de lévitation qui se produisait au moment où ils priaient quand leur corps transgressait le poids de la pesanteur, phénomène du même ordre que l'auréole et le rayonnement.

" Dieu est un feu ", disait le père Séraphim et, pour rendre témoignage de cette vérité et la rappeler au monde, le starets fit participer son ami, Nicolas Motovilov, à la vision de l'éblouissante lumière qui les enveloppa tous deux et au milieu de laquelle le visage du père Séraphim resplendissait, plus étincelant que le soleil. " Ce n'est pas à vous seul que cette manifestation divine a été faite, lui dit le père Séraphim, mais, par vous, au monde entier... parlez-en à tous ! ". Cette manifestation était celle de l'Esprit saint, dont l'acquisition doit être le but essentiel de la vie humaine, pour préparer l'avènement du Royaume.

Si le curé d'Ars a consenti à quelques confidences sur les révélations qu'il avait reçues, toujours il s'empressait de les atténuer. Mais en revivant les souvenirs de sa vie intérieure, il s'exclamait tout radieux, sans préciser : " Ah ! quelle grâce, mais quelle grâce ! ".

Lorsque le curé d'Ars transféra ses catéchismes de la classe de la " Providence " à l'église, à cause des pèlerins, et que ses sermons se trouveront libérés du caractère livresque des sermonnaires utilisés autrefois, car il n'a désormais plus le temps de les préparer, ils prendront un élan et une spontanéité tels que le célèbre prédicateur Lacordaire, venu écouter ce curé qu'on lui avait dépeint de façon fort peu favorable, ne dissimulera pas son admiration. Le sermon portait sur la réception du saint Esprit, sur les effets qu'il produit quand l'homme est admis à le recevoir et sur la félicité qu'il en éprouve. En se séparant du curé, Lacordaire se prosterna devant lui en lui demandant sa bénédiction. Il attesta au château du comte des Garets que le sermon sur le saint Esprit " avait éclairé et développé une idée qu'il poursuivait depuis bien des années ". Les contemporains du curé d'Ars qui le connaissaient de près, l'appelaient " réceptacle du Saint-Esprit ".

Les dons de clairvoyance et de prophétie que possédaient les deux saints provenaient de l'obéissance parfaite à la volonté de Dieu qu'ils avaient acquise. " Je suis comme un rabot dans les mains du Bon Dieu ", disait le saint curé et lorsqu'on voulait savoir comment il arrivait à pénétrer les secrets du cœur humain et prévoir l'avenir, il répondait en s'esquivant : " Bah, c'est un souvenir ", ou bien : " Oh, c'est une idée qui m'est passée par la tête ".

Le père Séraphim, quant à lui, disait : " Pareil au fer entre les mains du forgeron, je me suis donné tout entier à Dieu et je ne dis à celui qui vient que ce que Dieu m'ordonne de lui dire. Le cœur de l'homme est un mystère, Dieu seul le connaît et s'il m'arrivait de chercher la réponse moi-même, je me tromperais. Je ne parle que lorsque la parole m'est donnée ".

RAPPEL À DIEU

Les conditions en lesquelles le Seigneur a voulu rappeler à lui les deux saints furent différentes.

" Prisonnier " des pèlerins qui l'entouraient jusqu'au dernier moment de sa vie, le saint curé d'Ars agonisait, étendu sur son lit en pâture au public. Les habitants de la bourgade, les pèlerins, la foule, s'empressaient dans la cour du presbytère, bousculant les médecins, envahissant la chambre du mourant, demandant de bénir des objets de piété. Le 4 août 1859, par une nuit d'orage et de chaleur torride, " dans le fracas des éclairs et du tonnerre ", le curé d'Ars rendit son dernier soupir, accompagné par les paroles des prières des agonisants : " Que les saints anges de Dieu viennent à ta rencontre et t'introduisent dans la céleste Jérusalem ".

Saint Séraphim mourut dans la nuit du 2 janvier 1833 dans sa cellule du monastère, agenouillé devant l'icône de la Vierge ; l'une des pages de son Évangile ouvert se consumait au feu du cierge allumé. C'est l'odeur du brûlé qui attira l'attention des moines. Le starets avait bien prédit que sa mort serait annoncée par le feu. Dans la soirée, on l'avait encore entendu chanter les hymnes pascales qu'il aimait tant et, lorsque les moines pénétrèrent chez lui, ils le crurent endormi de fatigue, car son corps avait encore gardé sa chaleur.

On rapporte qu'à l'heure de sa mort une lumière extraordinaire éclaira le ciel, et un moine, en la voyant, s'écria " C'est l'âme du père Séraphim qui s'élève vers le trône du Seigneur ! ".

Le Messager orthodoxe, No 54, 1971.
NOTES

[1] Pour des extraits de la Philocalie voir : Petite Philocalie de la prière du cœur, traduite et présentée par Jean Gouillard, Seuil, 1968. Pour faire publier la Philocalie en Russie, le métropolite de Saint-Petersbourg, Gabriel, se fit conseiller par un ancien de Sarov, le père Nazaire et le recueil fut édité en 1794 sous le titre de Dobrotolubié. Le père Séraphim connaissait bien ces textes et s'y référait constamment.

[2] Voir Igor Smolitsch, Moines de la sainte Russie, traduit de l'allemand par J. Alzin et P. Chambard. Ed. Mame, 1967, pp. 1&6-117.

[3] Le père Séraphim fait-il allusion à ces événements survenus en France lorsqu'il parle de l'Antéchrist qui se met à abattre les croix des églises ou est-ce une projection sur l'avenir de son pays où des événements semblables auront lieu ? En tout cas, la sécularisation du monde ne cessait de l'accabler et il prédisait la colère de Dieu qui pourrait survenir sur l'humanité éblouie par les « lumières » de ce siècle.

[4] Ne trouvons-nous pas là encore un trait commun qui unit les deux saints : ce désir de se mettre à l'écoute de Dieu pendant un pèlerinage et une retraite afin d'orienter et d'affermir leurs pas dans la direction que le Seigneur leur avait indiquée ?


POUR ALLER PLUS LOIN

Nous recommandons vivement le livre d’Irina Goraïnoff, qui contient la biographie de saint Séraphim, l’Entretien avec Motovilov, et les Instructions spirituelles :

Irina Goraïnoff, Séraphim de Sarov : Sa Vie, Entretien avec Motovilov et Instructions spirituelles. Abbaye de Bellefontaine/Desclée de Brouwer (Collection Théophanie), 1995.

Autres livres et fascicules sur saint Séraphim de Sarov :

Élisabeth Behr-Sigel, Prière et sainteté dans l’Église russe. Abbaye de Bellefontaine, 1982.

Michel Evdokimov, La prière des chrétiens de Russie. C.L.D., Chambray, 1988, pp. 49-55.

Moniales de Wisques, trad., Entretien avec Motovilov. DODEC/AIM (Coll. Témoins du Christ, 22), Abbaye d'En Calcat, 81110 Dourge, 1990.

Pascal Pingault et Yolaine Schmelt, Lumière pour les temps de la fin, Saint Séraphim de Sarov. Le Sarment Fayard, Communauté du pain de vie.

Popovic, Archimandrite Justin, Saint Séraphim de Sarov. Monastère orthodoxe Saint-Michel, F-47230 Lavardac, 1987.

Vsévolod Rochcau, Saint Séraphim : Sarov et Divéyevo études et documents. Bellefontaine, 1987.

« Sur la lumière du Saint-Esprit », Traduction de l’Entretien avec Motovilov. Supplément no. 15bis, revue Contacts, mai/juin 1957. Introduction du père Gabriel Bornand et commentaire de l’Archevêque Benjamin.

Les livres d’Irina Goraïnoff et d’Élisabeth Behr-Sigel contiennent des bibliographies d’oeuvres sur saint Séraphim de Sarov en allemand, anglais et russe.



L’ENTRETIEN AVEC MOTOVILOV

C'était un jeudi. Le ciel était gris. La terre était couverte de neige et d'épais flocons continuaient à tourbillonner lorsque le Père Séraphim engagea notre conversation dans une clairière, près de son " Petit Ermitage " face à la rivière Sarovka coulant au pied de la colline. Il me fit asseoir sur le tronc d'un arbre qu'il venait d'abattre et lui-même s'accroupit en face de moi.

- Le Seigneur m'a révélé, dit le grand starets, que depuis votre enfance vous désiriez savoir quel était le but de la vie chrétienne et que vous aviez maintes fois interrogé à ce sujet des personnages même haut placés dans la hiérarchie de l'Église.

Je dois dire que dès l'âge de douze ans cette idée me poursuivait et qu'effectivement j'avais posé la question à plusieurs personnalités ecclésiastiques sans jamais recevoir de réponse satisfaisante. Le starets l'ignorait.

- Mais personne, continua le Père Séraphim, ne vous a rien dit de précis. On vous conseillait d'aller à l'église, de prier, de vivre selon les commandements de Dieu, de faire le bien - tel, disait-on, était le but de la vie chrétienne. Certains même désapprouvaient votre curiosité, la trouvant déplacée et impie. Mais ils avaient tort. Quant à moi, misérable Séraphim, je vous expliquerai maintenant en quoi ce but réellement consiste.

Le vrai but de la vie chrétienne


consiste en l'acquisition


du Saint-Esprit de Dieu.

La prière, le jeûne, les veilles et autres activités chrétiennes, aussi bonnes qu'elles puissent paraître en elles-mêmes, ne constituent pas le but de la vie chrétienne, tout en aidant à y parvenir. Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. Quant à la prière, au jeûne, aux veilles, à l'aumône et toute autre bonne action faite au nom du Christ, ce ne sont que des moyens pour l'acquisition du Saint-Esprit.

Au nom du Christ

Remarquez que seule une bonne action faite au nom du Christ nous procure les fruits du Saint-Esprit. Tout ce qui n'est pas fait en son Nom, même le bien, ne nous procure aucune récompense dans le siècle à venir, et en cette vie non plus ne nous donne pas la grâce divine. C'est pourquoi le Seigneur Jésus Christ disait : " Celui qui n'amasse pas avec moi dissipe " (Lc 11,23).

On est pourtant obligé d'appeler une bonne action " amassage " ou récolte, car même si elle n'est pas faite au Nom du Christ, elle reste bonne. L'Écriture dit : " En toute nation celui qui craint Dieu et pratique la justice lui est agréable " (Ac 10,35). Le centurion Corneille, qui craignait Dieu et agissait selon la justice, fut visité pendant qu'il était en prière, par un ange du Seigneur qui lui dit : " Envoie des hommes à Joppé chez Simon le corroyeur, tu y trouveras un certain Pierre qui te fera entendre des paroles de vie éternelle par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison " (Ac 10,5).

On voit donc que le Seigneur emploie ses moyens divins pour permettre à un tel homme de ne pas être privé, dans l'éternité, de la récompense qui lui est due. Mais pour l'obtenir il faut que dès ici-bas il commence par croire en Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu descendu sur terre pour sauver les pécheurs, ainsi que par acquérir la grâce du Saint-Esprit qui introduit dans nos coeurs le Royaume de Dieu et nous fraye le chemin de la béatitude du siècle à venir. Là s'arrête la satisfaction que procurent à Dieu les bonnes actions qui ne sont pas commises au Nom du Christ. Le Seigneur nous donne les moyens de les parachever. A l'homme d'en profiter ou non. C'est pourquoi le Seigneur a dit aux Juifs " Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché mais vous dites : " Nous voyons ! " Votre péché demeure " (Jn 9,41). Quand un homme comme Corneille dont l'oeuvre qui n'a pas été faite au Nom du Christ mais qui a été agréable à Dieu, se met à croire en son Fils, cette oeuvre lui est comptée comme faite au Nom du Christ, à cause de sa foi en lui (He 11,6). Dans le cas contraire, l'homme n'a pas le droit de se plaindre que le bien accompli ne lui a pas été profitable. Cela n'arrive jamais quand une bonne action a été faite au Nom du Christ, car le bien accompli en son Nom apporte non seulement une couronne de gloire dans le siècle à venir, mais dès ici-bas remplit l'homme de la grâce du Saint-Esprit, comme il a été dit " Dieu donne l'Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils ; il a tout remis entre ses mains " (Jn 3,34-35).

L'acquisition du Saint-Esprit

C'est donc dans l'acquisition de cet Esprit de Dieu que consiste le vrai but de notre vie chrétienne, tandis que la prière, les veilles, le jeûne, l'aumône et les autres actions vertueuses faites au Nom du Christ ne sont que des moyens pour l'acquérir.

-- Comment l'acquisition ? demandai-je au Père Séraphim. Je ne comprends pas très bien.

-- L'acquisition, c'est la même chose que l'obtention. Vous savez ce que c'est que d'acquérir de l'argent? Pour le Saint-Esprit, c'est pareil. Pour les gens du commun, le but de la vie consiste en l'acquisition d'argent - le gain. Les nobles, en plus, désirent obtenir des honneurs, des marques de distinction et autres récompenses accordées pour des services rendus à l'État. L'acquisition du Saint-Esprit est aussi un capital, mais un capital éternel, dispensateur de grâces ; très semblable aux capitaux temporels, et qui s'obtient par les mêmes procédés. Notre Seigneur Jésus Christ, Dieu-Homme, compare notre vie à un marché et notre activité sur terre à un commerce. Il nous recommande à tous " Négociez jusqu'à ce que je vienne, en économisant le temps, car les jours sont incertains " (Lc 19,12-13 ; Ép 5,15-16), autrement dit : Dépêchez-vous d'obtenir des biens célestes en négociant des marchandises terrestres. Ces marchandises terrestres ne sont autres que les actions vertueuses faites au Nom du Christ et qui nous apportent la grâce du Saint-Esprit.

La parabole des vierges


L'huile symbolise la grâce


par l'entremise de laquelle


le Saint-Esprit emplit notre être.


Dans la parabole des vierges sages et des vierges folles (Mt. 25,1-13) quand ces dernières manquèrent d'huile, il leur fut dit : " Allez en acheter au marché. " Mais en revenant, elles trouvèrent la porte de la chambre nuptiale close et ne purent entrer. Certains estiment que le manque d'huile chez les vierges folles symbolise l'insuffisance d'actions vertueuses faites dans le courant de leur vie. Une telle interprétation n'est pas entièrement juste. Quel manque d'actions vertueuses pouvait-il y avoir puisqu'elles étaient appelées vierges, quoique folles ? La virginité est une haute vertu, un état quasi-angélique, pouvant remplacer toutes les autres vertus. Moi,, misérable, je pense qu'il leur manquait justement le Saint-Esprit de Dieu. Tout en pratiquant des vertus, ces vierges, spirituellement ignorantes, croyaient que la vie chrétienne consistait en ces pratiques. Nous avons agi d'une façon vertueuse, nous avons fait oeuvre pie, pensaient-elles, sans se soucier si, oui ou non, elles avaient reçu la grâce du Saint-Esprit. De ce genre de vie, basé uniquement sur la pratique des vertus morales, sans un examen minutieux pour savoir si elles nous apportent - et en quelle quantité - la grâce de l'Esprit de Dieu, il a été dit dans les livres patristiques : " Certaines voies qui paraissent bonnes au début conduisent à l'abîme infernal " (Pr 14,12).

En parlant de ces vierges, Antoine le Grand dit dans ses Épîtres aux Moines : " Beaucoup de moines et de vierges ignorent complètement la différence qui existe entre les trois volontés agissant à l'intérieur de l'homme. La première est la volonté de Dieu, parfaite et salvatrice ; la deuxième - notre volonté propre, humaine, qui, en soi, n'est ni néfaste ni salvatrice ; tandis que la troisième - diabolique - est tout à fait néfaste. C'est cette troisième volonté ennemie qui oblige l'homme soit à ne pas pratiquer la vertu du tout, soit à la pratiquer par vanité, ou uniquement pour le " bien ", et non pour le Christ. La deuxième, notre volonté propre, nous incite à satisfaire nos mauvais instincts ou, comme celle de l'ennemi, nous apprend à faire le " bien " au nom du bien, sans se soucier de la grâce qu'on peut acquérir. Quant à la troisième volonté, celle de Dieu, salvatrice, elle consiste à nous apprendre à faire le bien uniquement dans le but d'acquérir le Saint-Esprit, trésor éternel, inépuisable, que rien au monde n'est digne d'égaler. "

C'est justement la grâce du Saint-Esprit symbolisée par l'huile, qui faisait défaut aux vierges folles. Elles sont appelées " folles " parce qu'elles ne se souciaient pas du fruit indispensable de la vertu qui est la grâce de l'Esprit-Saint sans laquelle personne ne peut être sauvé, car " toute âme est vivifiée par le Saint-Esprit afin d'être illuminée par le mystère sacré de l'Unité Trinitaire " (Antienne avant l'Évangile des matines). Le Saint-Esprit lui-même vient habiter nos âmes, et cette résidence en nous du Tout-Puissant, la coexistence en nous de son Unité Trinitaire avec notre esprit ne nous est donnée qu'à condition de travailler par tous les moyens en notre pouvoir à l'obtention de cet Esprit-Saint qui prépare en nous un lieu digne de cette rencontre, selon la parole immuable de Dieu : " Je viendrai et j'habiterai en eux, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple " (Ap 3,20 ; Jn 14,23). C'est cela, l'huile que les vierges sages avaient dans leurs lampes, huile capable de brûler longtemps, haut et clair, permettant d'attendre l'arrivée, à minuit, de l'Époux et d'entrer, avec lui, dans la chambre nuptiale de la joie éternelle.

Quant aux vierges folles, voyant que leurs lampes risquaient de s'éteindre, elles allèrent au marché, mais n'eurent pas le temps de revenir avant la fermeture de la porte. Le marché - c'est notre vie. La porte de la chambre nuptiale, fermée et interdisant l'accès à l'Époux - c'est notre mort humaine ; les vierges - sages et folles - sont des âmes chrétiennes. L'huile ne symbolise pas nos actions, mais la grâce par l'entremise de laquelle le Saint-Esprit emplit notre être, transformant ceci en cela : le corruptible en l'incorruptible, la mort psychique en vie spirituelle, les ténèbres en lumière, l'étable où sont enchaînées, comme des bêtes, nos passions, en temple de Dieu, en chambre nuptiale où nous rencontrons Notre Seigneur, Créateur et Sauveur, Époux de nos âmes. Grande est la compassion que Dieu a pour notre malheur, c'est-à-dire pour notre négligence envers sa sollicitude. Il dit : " Je suis à la porte et je frappe... " (Ap 3,20), entendant par " porte " le courant de notre vie pas encore arrêté par la mort.

La prière

Plus que toute autre chose


la prière nous donne


la grâce de l'Esprit de Dieu.


Oh ! que j'aimerais, ami de Dieu, qu'en cette vie vous soyez toujours en l'Esprit-Saint. " Je vous jugerai dans l'état dans lequel je vous trouverai " dit le Seigneur (Mt 24,42 ; Mc 13,33-37 ; Lc 19,12 et suivants). Malheur, grand malheur s'il nous trouve appesantis par les soucis et les peines terrestres, car qui peut endurer son courroux et qui peut lui résister ? C'est pourquoi il a été dit : " Veillez et priez pour ne pas être induit en tentation " (Mt 26,41), autrement parlant pour ne pas être privé de l'Esprit de Dieu, car les veilles et la prière nous donnent sa grâce.

Il est certain que toute bonne action faite au Nom du Christ confère la grâce du Saint-Esprit, mais la prière plus que toute autre chose, étant toujours à notre disposition. Vous auriez, par exemple, envie d'aller à l'église, mais l'église est loin, ou l'office est terminé; vous auriez envie de faire l'aumône, mais vous ne voyez pas de pauvre, ou vous n'avez pas de monnaie ; vous voudriez rester vierge, mais vous n’avez pas assez de force pour cela, à cause de votre constitution ou à cause des embûches de l'ennemi auxquelles la faiblesse de votre chair humaine ne vous permet pas de résister ; vous voudriez peut-être trouver une autre bonne action à faire au Nom du Christ, mais vous n'avez pas assez de force pour cela, ou l'occasion ne se présente pas. Quant à la prière, rien de tout cela ne l'affecte : chacun a toujours la possibilité de prier, le riche comme le pauvre, le notable comme l'homme du commun, le fort comme le faible, le bien portant comme le malade, le vertueux comme le pécheur.

On peut juger de la puissance de la prière, même pécheresse, sortant d'un coeur sincère, par l'exemple suivant rapporté par la Sainte Tradition : à la demande d'une malheureuse mère qui venait de perdre son fils unique, une courtisane qu'elle rencontra sur son chemin, touchée par le désespoir maternel, osa crier vers le Seigneur, toute souillée qu'elle était encore par son péché : " Non à cause de moi, horrible pécheresse, mais à cause des larmes de cette mère pleurant son fils tout en croyant fermement en ta miséricorde et en ta Toute-Puissance, ressuscite-le, Seigneur ! " Et le Seigneur le ressuscita (cf. Lc 7,11-15).

Telle, ami de Dieu, est la puissance de la prière. Plus que toute autre chose elle nous donne la grâce de l'Esprit de Dieu et plus que tout elle est toujours à notre portée. Bienheureux serons-nous lorsque Dieu nous trouvera veillants, dans la plénitude des dons de son Esprit-Saint. Nous pourrons alors espérer être ravis sur les nuées à la rencontre de Notre Seigneur venant dans les airs revêtu de puissance et de gloire juger les vivants et les morts et donner à chacun son dû. [...]

Voir Dieu

-- Père, lui dis-je, vous parlez toujours de l'acquisition de la grâce du Saint-Esprit comme le but de la vie chrétienne. Mais comment puis-je la reconnaître ? Les bonnes actions sont visibles. Mais l'Esprit-Saint peut-il être vu ? Comment puis-je savoir si, oui ou non, il est en moi ?

-- A l'époque où nous vivons, répondit le starets, on est parvenu à une telle tiédeur dans la foi, à une telle insensibilité à l'égard de la communion avec Dieu, qu'on s'est éloigné presque totalement de la vraie vie chrétienne. Des passages de l'Écriture sainte nous paraissent étranges aujourd'hui, par exemple quand l'Esprit-Saint, par la bouche de Moïse, dit " Adam voyait Dieu se promenant au paradis " (Gn 3,8), ou quand nous lisons chez l'Apôtre Paul qu'il a été empêché par l'Esprit-Saint d'annoncer la parole en Asie, mais que l'Esprit l'accompagna lorsqu'il se rendit en Macédoine (Ac 16,6-9). Dans beaucoup d'autres passages de l'Écriture Sainte il est, à maintes reprises, question de l'apparition de Dieu aux hommes. [...]

L’action du Saint-Esprit et celle du Malin


Le Saint-Esprit guide nos pas,


solennellement et joyeusement,


dans la voie de la paix.


Je dois encore, moi, misérable Séraphim, vous expliquer, ami de Dieu, en quoi consiste la différence entre l’action du Saint-Esprit prenant mystérieusement possession des coeurs de ceux qui croient en notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ et l’action ténébreuse du péché qui vient en nous comme un voleur, à l’instigation du Démon.

Le Saint-Esprit nous remet en mémoire les paroles du Christ et travaille de concert avec lui, guidant nos pas, solennellement et joyeusement, dans la voie de la paix. Tandis que les agissements de l'esprit diabolique, opposé au Christ, nous incitent à la révolte et nous rendent esclaves de la luxure, de la vanité et de l'orgueil.

En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi ne mourra jamais " (Jn 6,47). Celui qui par sa foi au Christ est en possession de l'Esprit-Saint, même ayant commis par faiblesse humaine un quelconque péché causant la mort de son âme, ne mourra pas pour toujours, mais sera ressuscité par la grâce de Notre Seigneur Jésus Christ qui a pris sur lui les péchés du monde et qui donne gratuitement grâce sur grâce.

C'est en parlant de cette grâce manifestée au monde entier et à notre genre humain par le Dieu-Homme que l'Évangile dit : " De tout être il était la vie, et la vie était la lumière des hommes " et ajoute : " La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu l'atteindre " (Jn 1,4-5). Ce qui veut dire que la grâce du Saint-Esprit reçue au baptême au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, malgré les chutes peccamineuses, malgré les ténèbres entourant notre âme, continue à luire dans notre coeur de son éternelle lumière divine à cause des inestimables mérites du Christ. Face à un pécheur endurci, cette lumière du Christ dit au Père : " Abba, Père, que ta colère ne s'enflamme pas contre cet endurcissement. " Et ensuite, quand le pécheur se sera tourné vers le repentir, elle effacera complètement les traces des crimes commis, revêtant l'ancien pécheur d'un vêtement d'incorruptibilité tissé de la grâce de cet Esprit-Saint de l'acquisition duquel tout le temps je vous parle.



La grâce du Saint-Esprit est Lumière


Il fut transfiguré devant eux


et ses vêtements devinrent blancs


comme neige... (Matthieu 17,2)


Encore il faut que je vous dise, afin que vous compreniez mieux ce qu'il faut entendre par la grâce divine, comment on peut la reconnaître, comment elle se manifeste chez les hommes qu'elle éclaire : La grâce du Saint-Esprit est Lumière.

Toute l'Écriture sainte en parle. David, l'ancêtre du Dieu-Homme, a dit : " Une lampe sous mes pieds, ta parole, une lumière sur ma route " (Ps 118,105). En d'autres termes, la grâce du Saint-Esprit que la loi révèle sous la forme des commandements divins est mon luminaire et ma lumière, et si ce n'était cette grâce du Saint-Esprit " qu'avec tant de peine je m'efforce d'acquérir, m'enquêtant sept fois par jour de sa vérité " (Ps 118,164) comment parmi les nombreux soucis inhérents à mon rang royal pourrais-je trouver en moi une seule étincelle de lumière pour m'éclairer sur le chemin de la vie enténébrée par la haine de mes ennemis ? "

En effet, le Seigneur a souvent montré, en présence de nombreux témoins, l'action de la grâce du Saint-Esprit sur des hommes qu'il avait éclairés et enseignés par de grandioses manifestations. Rappelez-vous Moïse après son entretien avec Dieu sur le Mont Sinaï (Ex 34,30-35). Les hommes ne pouvaient pas le regarder, tellement son visage brillait d'une lumière extraordinaire. il était même obligé de se montrer au peuple la face recouverte d'un voile. Rappelez-vous la Transfiguration du Seigneur sur le Thabor : " Il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent blancs comme neige... et ses disciples effrayés tombèrent la face contre terre. " Lorsque Moïse et Élie apparurent revêtus de la même lumière " un nuage les recouvrit afin qu'ils ne soient pas aveuglés " (Mt 17,1-8 ; Mc 9,2-8 ; Lc 9,28-37). C'est ainsi que la grâce du Saint-Esprit de Dieu apparaît dans une lumière ineffable à ceux à qui Dieu manifeste son action.

Présence du Saint-Esprit


« Je ne peux pas, Père, vous regarder.


Des foudres jaillissent de vos yeux.


Votre visage est devenu plus lumineux


que le soleil. J'ai mal aux yeux... »


-- Comment alors, demandai-je au Père Séraphim, pourrais-je reconnaître en moi la présence de la grâce du Saint-Esprit ? "

-- C'est fort simple, répondit-il. Dieu dit : " Tout est simple pour celui qui acquiert la Sagesse " (Pr 14,6). Notre malheur, c'est que nous ne la recherchons pas, cette Sagesse divine qui, n'étant pas de ce monde, n'est pas présomptueuse. Pleine d'amour pour Dieu et pour le prochain, elle façonne l'homme pour son salut. C'est en parlant de cette Sagesse que le Seigneur a dit : " Dieu veut que tous soient sauvés et parviennent à la Sagesse de la vérité " (1 Tm 2,4). A ses Apôtres qui manquaient de cette Sagesse, il dit " Combien vous manquez de Sagesse ! N'avez-vous pas lu les Écritures ? " (Lc 24,25-27). Et l'Évangile dit qu'il " leur ouvrit l'intelligence afin qu'ils puissent comprendre les Écritures. ". Ayant acquis cette Sagesse, les Apôtres savaient toujours si, oui ou non, l'Esprit de Dieu était avec eux et, remplis de cet Esprit, affirmaient que leur oeuvre était sainte et agréable à Dieu. C'est pourquoi, dans leurs Épîtres, ils pouvaient écrire : " Il a plu au Saint-Esprit et à nous... " (Ac 15,28), et c'est seulement persuadés qu'ils étaient de sa présence sensible, qu'ils envoyaient leurs messages. Alors, ami de Dieu, vous voyez comme c'est simple ?

Je répondis :

-- Quand même, je ne comprends pas comment je peux être absolument sûr de me trouver dans l'Esprit-Saint ? Comment puis-je moi-même déceler en moi sa manifestation ? "

Le Père Séraphim répondit :

-- Je vous ai déjà dit que c'était très simple et je vous ai expliqué en détail comment les hommes se trouvaient dans l'Esprit-Saint et comment il fallait comprendre sa manifestation en nous... Que vous faut-il encore ?

-- Il me faut, répondis-je, le comprendre vraiment bien...

La lumière incréée

Alors le Père Séraphim me prit par les épaules et les serrant très fort dit :

-- Nous sommes tous les deux, toi et moi, en la plénitude de l'Esprit-Saint. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?

-- Je ne peux pas, Père, vous regarder. Des foudres jaillissent de vos yeux. Votre visage est devenu plus lumineux que le soleil. J'ai mal aux yeux...

Le Père Séraphim dit :

-- N'ayez pas peur, ami de Dieu. Vous êtes devenu aussi lumineux que moi. Vous aussi vous êtes à présent dans la plénitude du Saint-Esprit, autrement vous n'auriez pas pu me voir.

Inclinant sa tête vers moi, il me dit à l'oreille :

-- Remerciez le Seigneur de nous avoir accordé cette grâce indicible. Vous avez vu - je n'ai même pas fait le signe de la croix. Dans mon coeur, en pensée seulement, j'ai prié " Seigneur, rends-le digne de voir clairement, avec les yeux de la chair, la descente de l'Esprit-Saint, comme à tes serviteurs élus lorsque tu daignas leur apparaître dans la magnificence de ta gloire ! " Et immédiatement Dieu exauça l'humble prière du misérable Séraphim. Comment ne pas le remercier pour ce don extraordinaire qu'à tous les deux il nous accorde ? Ce n'est même pas toujours aux grands ermites que Dieu manifeste ainsi Sa grâce. Comme une mère aimante, cette grâce a daigné consoler votre coeur désolé, à la prière de la Mère de Dieu elle-même... Mais pourquoi même regardez-vous pas dans les yeux ? Osez me regarder sans crainte ; Dieu est avec nous.

« Mon âme est remplie d'un silence


et d'une paix inexprimables. »


Après ces paroles, je levai les yeux sur son visage et une peur plus grande encore s'empara de moi. Imaginez-vous au milieu du soleil, dans l'éclat le plus fort de ses rayons de midi, le visage d'un homme qui vous parle. Vous voyez le mouvement de ses lèvres, l'expression changeante de ses yeux, vous entendez le son de sa voix, vous sentez la pression de ses mains sur vos épaules, mais en même temps vous n'apercevez ni ses mains, ni son corps, ni le vôtre, rien qu'une étincelante lumière se propageant tout autour, à une distance de plusieurs mètres, éclairant la neige qui recouvrait la prairie et tombait sur le grand starets et sur moi-même. Peut-on se représenter la situation dans laquelle je me trouvais alors ?

-- Que sentez-vous maintenant? demanda le Père Séraphim.

-- Je me sens extraordinairement bien.

-- Comment " bien "? Que voulez-vous dire par " bien " ?

-- Mon âme est remplie d'un silence et d'une paix inexprimables.

-- C'est là, ami de Dieu, cette paix dont le Seigneur parlait lorsqu'il disait à ses disciples : " Je vous donne ma paix, non comme le monde la donne. C'est moi qui vous la donne. Si vous étiez de ce monde, ce monde vous aimerait. Mais je vous ai élus et le monde vous hait. Soyez sans crainte pourtant, car j'ai vaincu le monde " (Jn 14,27 ; 15,19,16,33). C'est à ces hommes, élus par Dieu mais haïs par le monde, que Dieu donne la paix que vous ressentez à présent, " cette paix, dit l'Apôtre, qui dépasse tout entendement " (Ph 4,7). L'Apôtre l'appelle ainsi parce qu'aucune parole ne peut exprimer le bien-être spirituel qu'elle fait naître dans les coeurs des hommes où le Seigneur l'implante. Lui-même l'appelle sa paix (Jn 14,27). Fruit de la générosité du Christ et non de ce monde, aucun bonheur terrestre ne peut la donner. Envoyée d'en-haut par Dieu lui-même, elle est la Paix de Dieu... Que sentez-vous encore ?

-- Une douceur extraordinaire.

-- C'est la douceur dont parlent les Écritures. " Ils boiront le breuvage de ta maison et tu les désaltéreras par les torrent de ta douceur " (Ps 35,9). Elle déborde de notre coeur, s'écoule dans nos veines, procure une sensation de délice inexprimable... Que sentez-vous encore ?

Le Saint-Esprit recrée


dans la joie


tout ce qu'il effleure.


-- Une joie extraordinaire dans tout mon coeur.

-- Quand le Saint-Esprit descend sur l'homme avec la plénitude de ses dons, l'âme humaine est remplie d'une joie indescriptible, le Saint-Esprit recréant dans la joie tout ce qu'il effleure. C'est de cette joie que le Seigneur parle dans l'Évangile lorsqu'il dit : " Une femme qui enfante est dans la douleur, son heure étant venue. Mais ayant mis un enfant au monde, elle ne se souvient plus de la douleur, tellement sa joie est grande. Vous aussi, vous aurez à souffrir dans ce monde, mais quand je vous visiterai vos coeurs seront dans la joie, personne ne pourra vous la ravir " (Jn 16, 21-22).

Toute grande et consolante qu'elle soit, la joie que vous ressentez en ce moment, n'est rien en comparaison de celle dont le Seigneur a dit, par l'entremise de son Apôtre : " La joie que Dieu réserve à ceux qui l'aiment est au-delà de tout ce qui peut être vu, entendu et ressenti par le coeur de l'homme en ce monde " (1 Co 2,9). Ce qui nous est accordé à présent n'est qu'un acompte de cette joie suprême. Et si, dès maintenant, nous ressentons douceur, jubilation et bien-être, que dire de cette autre joie qui nous est réservée au ciel, après avoir, ici-bas, pleuré ? Vous avez déjà assez pleuré dans votre vie et voyez quelle consolation dans la joie le Seigneur, dès ici-bas, vous donne. C'est à nous maintenant, ami de Dieu, d'oeuvrer de toutes nos forces pour monter de gloire en gloire et à " constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ " (Ép 4,13). " Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leurs forces, il leur vient des ailes comme aux aigles, ils courent sans lassitude et marchent sans fatigue " (Is 40,31). " Ils marcheront de hauteur en hauteur et Dieu leur apparaîtra dans Sion " (Ps 83,8). C'est alors que notre joie actuelle, petite et brève, se manifestera dans toute sa plénitude et personne ne pourra nous la ravir, remplis que nous serons d'indicibles voluptés célestes... Que ressentez-vous encore, ami de Dieu ?

-- Une chaleur extraordinaire.

-- Comment, une chaleur? Ne sommes-nous pas dans la forêt, en plein hiver ? La neige est sous nos pieds, nous en sommes couverts, et elle continue de tomber... De quelle chaleur s'agit-il ?

-- D'une chaleur comparable à celle d'un bain de vapeur.

-- Et l'odeur est-elle comme au bain ?

-- Oh non! Rien sur terre ne peut se comparer à ce parfum. Du temps où ma mère vivait encore j'aimais danser et quand j'allais au bal, elle m'aspergeait de parfums qu'elle achetait dans les meilleurs magasins de Kazan et payait fort cher. Leur odeur n'était pas comparable à ces aromates.

Le Père Séraphim sourit.

-- Je le sais, mon ami, aussi bien que vous, et c'est exprès que je vous questionne. C'est bien vrai - aucun parfum terrestre ne peut être comparé à la bonne odeur que nous respirons en ce moment - la bonne odeur du Saint-Esprit. Qu'est-ce qui peut, sur terre, lui être semblable ? Vous avez dit tout à l'heure qu'il faisait chaud, comme au bain. Mais regardez, la neige dont nous sommes couverts, vous et moi, ne fond pas, ainsi que celle qui est sous nos pieds. La chaleur n'est donc pas dans l'air, mais à l'intérieur de nous-mêmes. Elle est cette chaleur que l'Esprit-Saint nous fait demander dans la prière : " Que ton Saint-Esprit nous réchauffe ! " Cette chaleur permettait aux ermites, hommes et femmes, de ne pas craindre le froid de l'hiver, enveloppés qu'ils étaient, comme dans un manteau de fourrure, dans un vêtement tissé par l'Esprit-Saint.

C'est ainsi qu'en réalité cela devrait être, la grâce divine habitant au plus profond de nous, dans notre coeur. Le Seigneur a dit " Le Royaume des Cieux est au-dedans de vous " (Lc 17,21). Par le Royaume des Cieux, il entend la grâce du Saint-Esprit. Ce Royaume de Dieu est en nous maintenant. Le Saint-Esprit nous illumine et nous réchauffe. Il emplit l'air ambiant de parfums variés, réjouit nos sens et abreuve nos coeurs d'une joie indicible. Notre état actuel est semblable à celui dont parle l'Apôtre Paul " Le Royaume de Dieu, ce n'est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par l'Esprit-Saint " (Rm 14,17). Notre foi ne se base pas sur des paroles de sagesse terrestre, mais sur la manifestation de la puissance de l'Esprit. C'est l'état dans lequel nous sommes actuellement et que le Seigneur avait en vue lorsqu'il disait : " Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici présents ne mourront point qu'ils n'aient vu le Royaume de Dieu venir avec puissance " (Mc 9,1).

Humbles que nous sommes,


le Seigneur nous a aussi remplis


de la plénitude de son Esprit.


Voilà, ami de Dieu, quelle joie incomparable le Seigneur a daigné nous accorder. Voilà ce que c'est que d'être " en la plénitude de l'Esprit-Saint. " C’est cela qu'entend saint Macaire d’Égypte lorsqu'il écrit : " Je fus moi-même dans la plénitude de l'Esprit-Saint. " Humbles que nous sommes, le Seigneur nous a aussi remplis de la plénitude de son Esprit. Il me semble qu'à partir de maintenant vous n'aurez plus à m'interroger sur la façon dont se manifeste dans l'homme la présence de la grâce de l'Esprit-Saint.

Diffusion du message

Cette manifestation restera-t-elle gravée pour toujours dans votre mémoire ?

-- Je ne sais, Père, si Dieu me rendra digne de me la rappeler toujours, avec autant de netteté que maintenant.

-- Et moi, répondit le starets, j'estime qu'au contraire Dieu vous aidera à garder toutes ces choses à jamais dans votre mémoire. Autrement il n'aurait pas été aussi rapidement touché par l'humble prière du misérable Séraphim et n'aurait pas exaucé aussi vite son désir. D'autant plus que ce n'est pas à vous seul qu'il a été donné de voir la manifestation de cette grâce, mais par votre entremise au monde entier. Affermi vous-même, vous serez utile à d'autres.

Extrait de l’Entretien avec Motovilov, dans Irina Goraïnoff, Séraphim de Sarov, Éditions Abbaye de Bellefontaine et Desclée de Brouwer, 1995. Reproduit avec l'autorisation des Éditions Desclée de Brouwer.


Entretien de St Séraphim de Sarov avec Motovilov sur la lumière du St Esprit : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Seraphim/table.html


Saint Seraphim of Sarov

"Acquire the Spirit of Peace and a Thousand Souls Around You Shall Be Saved"

Our father among the saints Seraphim of Sarov was a Russian ascetic who lived at the Sarov Monastery in the 18th century, and is considered a wonder-worker. The Church commemorates St. Seraphim on January 2, and the opening of his relics on July 19.

St. Seraphim of Sarov is one of the most beloved Orthodox saints of recent times (1759–1833). He is credited with acquiring in a most full way, the grace and the Spirit of God. He spent 1,000 days and nights on a rock praying to God for forgiveness. He was a hermit, spiritual guide and priest. He led many christian souls along the path in of apostolic Christianity in Russia during the 19th-century. Born on July 19, 1754, at Kursk, Russia.

His parents, Isidore and Agathia Moshnin, lived in Kursk, Russia; Isidore was a merchant. At the age of 10, Seraphim became seriously ill. During the course of his illness, he saw the Mother of God in his sleep, who promised to heal him. Several days later there was a religious procession in Kursk with the locally reveredDue to bad weather, the procession took an abbreviated route past the house of the Moshnin family. After his mother put Seraphim up to the miracle-working image, he recovered rapidly. While at a young age, he needed to help his parents with their shop, but business had little appeal for him. Young Seraphim loved to read the lives of the saints, to attend church, and to withdraw into seclusion for prayer.

He started as meek and labor-loving monk but later on as a ascetic recluse and finally a spiritual guide to thousands of souls in Russia, St. Seraphim remains one of the most beloved saints in his own land , and is known universally as a miracle-worker and a glorious bearer of God's grace.

Orthodox spirituality has produced many holy and famous men, but none in recent centuries to compare with Seraphim of Sarov. He started as a monk working with people and then he was led to become a hermit. He lived deep in the forest and was all alone with only his pet bear, Misha, to keep him company. But, his solitude was interrupted when he was attacked by bandits. So he returned to the community and in 1825, after fifteen years in silence, he began to receive visitors again and to spend his energies in their spiritual direction. By means of his faith and asceticism he performed a number of miracles. His fame and humility brought a steady stream of visitors, religious and royalty alike, to him for advice. Tsar Nicholas wanted to appoint Seraphim as the Metropolitan of St. Petersburg. This was not to the austere monk's taste. He remained a private meditative counselor until his death. The church proclaimed him a saint in 1903. His humility and concern for people made Sarov a center of pilgrimage until the events of the 1917 revolution.

For 45 years he led the life of a contemplative, first in the monastery and then in an isolated hut. Eight years before his death he opened his cell to visitors so that they might seek his advice. It was said he could supply answers before visitors had time to ask their questions. He counseled tough cases of conscience and reportedly worked miracles, healing the sick. Gentle but firm with others, he was very severe with himself. He spent many nights in continual prayer. Depth in spiritual prayer was open, he said, to all Christians. Through his teaching and his life, he revived monasticism as a helpful force to common believers in the Russian Orthodox church.

For St. Seraphim emphasized that the whole purpose of life was to be filled with the Holy Spirit. Doing good in Christ's name was but a means to this end. He saw contemplation, self-denial and meditation as means of bringing oneself to ecstatic prayer.

Once while discussing the topic with his disciple Motovilov, he became so shining that Motovilov could not at first look at him. His eyes were flashing like lightning, and his face shone like the sun. When finally able to lift his eyes to gaze upon his master, Motovilov was filled with peace and joy. This peace and joy, said Seraphim, was the peace and joy Christ promised the disciples at the last supper when he said, "My peace I give unto you," and "your sorrow will be turned to joy."
St. Seraphim was loved by all, but he was especially loved by children and heal so loved them a lot. When adults came to St. Seraph while he was living in his hermitage, there were times when he did not respond, so they sent their children out to call him, and he then would appear, spreading sunshine in all their hearts.

A visionary, he saw the Virgin Mary and groups of saints several times during his life. As a prophet, he foretold the future and read men's hearts. As an ascetic, he felled trees with his axe, and when moved into the main monastery late in life through obedience, he hauled rocks from one place to the other to avoid being idle

St. Seraphim was , healed as a boy by the wonder-working Kursk Root Icon of the Mother of God, and he entered the monastery of Sarov when he was nineteen years of age. His mother blessed him with a large copper crucifix, which he wore over his clothing all his life. After this, he entered the Sarov monastery as a novice.

From day one in the monastery, exceptional abstinence from food and slumber were the distinguishing features of his life. He ate once a day, and little. On Wednesdays and Fridays he ate nothing. He spent many years in monastic service, bearing all manner and types physical brutality with unfailing love, patience, and humility. As his fame as a prophet and spiritual light spread throughout Russia, thousands of pilgrims flocked to his wilderness retreat to receive healing's and spiritual consulting.

In obedience to his superiors, he became the spiritual father for nearby nuns and inspired and instructed many. Since he departed this life in l833, his sound has gone forth into all the earth, so much so that many consider him to be the greatest force behind the revival of Orthodox mysticism in the l9th century Russia and indeed throughout the world today. 80 verified instances of miraculous healing worked by Seraphim.

Sarov is a town in the southern Russia in the Nizhny Novgorod region. By the middle of the 18th century the Sarov hermitage had become a well-known spiritual center. The history of Sarov is connected with the pride of the Sarov and Diveyevo monasteries. This place became known due to good deeds and spiritual achievements of the monk Seraphim, it is the last place of St Seraphim lived. In 1903, Sarvo was visited by Emperor of All Russia Nicholas II who with his family and court attended the ceremony of canonization of St Seraphim of Sarov. The uncovering of the holy relics of Saint Seraphim of Sarov on July 19, 1903 was attended by many thousands, among them the foremost of the clergy and Christians. After 1917 the hermitage was destroyed. The Church of St. Seraphim of Sarov is being successfully restored in the town of Sarov (the Nizhny Novgorod region). The town opened a monument to St Seraphim, one of the most revered saints in Russia, the 100th anniversary.



QUOTES from St. Seraphim of Sarov :

Maintain a spirit of peace and you will save a thousand souls.

"The reading of the word of God should be performed in solitude, in order that the whole mind of the reader might be plunged into the truths of the Holy Scripture, and that from this he might receive warmth, which in solitude produces tears; from these a man is wholly warmed and is filled with spiritual gifts, which rejoice the mind and heart more than any word."

God is a fire that warms and kindles the heart and inward parts. Hence, if we feel in our hearts the cold which comes from the devil—for the devil is cold—let us call on the Lord. He will come to warm our hearts with perfect love, not only for Him but also for our neighbor, and the cold of him who hates the good will flee before the heat of His countenance.

The body is a slave, the soul a sovereign, and therefore it is due to Divine mercy when the body is worn out by illness: for thereby the passions are weakened, and a man comes to himself; indeed, bodily illness itself is sometimes caused by the passions.

Without sorrows there is no salvation. On the other hand, the Kingdom of God awaits those who have patiently endured. And all the glory of the world is nothing in comparison.

Those who have truly decided to serve the Lord God should practice the remembrance of God and uninterrupted prayer to Jesus Christ, mentally saying: Lord Jesus Christ, Son of God, have mercy on me, a sinner.

When despondency seizes us, let us not give in to it. Rather, fortified and protected by the light of faith, let us with great courage say to the spirit of evil: "What are you to us, you who are cut off from God, a fugitive for Heaven, and a slave of evil? You dare not do anything to us: Christ, the Son of God, has dominion over us and over all. Leave us, you thing of bane. We are made steadfast by the uprightness of His Cross. Serpent, we trample on your head."

"It is necessary that the Holy Spirit enter our heart. Everything good that we do, that we do for Christ, is given to us by the Holy Spirit, but prayer most of all, which is always available to us,"

"Prayer, fasting, vigil and all other Christian practices, however good they may be in themselves, do not constitute the aim of our Christian life, although they serve as the indispensable means of reaching this end. The true aim of our Christian life consists in the [increasing] acquisition of the Holy Spirit of God. As for fasts, and vigils, and prayer, and almsgiving, and every good deed done for Christ's sake, they are only means of acquiring the Holy Spirit of God."

"…the people who, in spite of the bonds of sin which fetter them and hinder them (by constraint and by inciting them to new sins), come to Him, our Savior, with perfect repentance for tormenting Him, who despise all the strength of the fetters of sin and force themselves to break their bonds – such people at last actually appear before the face of God made whiter than snow by His grace. 'Come, says the Lord: Though your sins be as scarlet, I will make them whiter than snow' (Isa. 1:18)."

"Every success in anything we should refer to the Lord and with the Prophet say: 'Not to us, O Lord, not to us, but to Your name give glory' (Ps. 113:9)."
"The true aim of our Christian life consists in the acquisition of the Holy Spirit of God… But… only the good deeds done for Christ’s sake bring us the fruits of the Holy Spirit."

"…only the good deed done for Christ’s sake brings us the fruits of the Holy Spirit. All that is not done for Christ’s sake, even though it be good, brings neither reward in the future life nor the grace of God in this life. That is why our Lord Jesus Christ said: 'He who gathers not with Me scatters' (Lk. 11:23)."

SOURCE : http://www.kurskroot.com/st.seraphim_of_sarvo.html


St. Seraphim of Sarov, the Righteous Wonderworker

Saint Seraphim of Sarov, a great ascetic of the Russian Church, was born on July 19, 1754. His parents, Isidore and Agathia Moshnin, were inhabitants of Kursk. Isidore was a merchant. Toward the end of his life, he began construction of a cathedral in Kursk, but he died before the completion of the work. His little son Prochorus, the future Seraphim, remained in the care of his widowed mother, who raised her son in piety.

After the death of her husband, Agathia Moshnina continued with the construction of the cathedral. Once she took the seven-year-old Prochorus there with her, and he fell from the scaffolding around the seven-storey bell tower. He should have been killed, but the Lord preserved the life of the future luminary of the Church. The terrified mother ran to him and found her son unharmed.

Young Prochorus, endowed with an excellent memory, soon mastered reading and writing. From his childhood he loved to attend church services, and to read both the Holy Scripture and the Lives of the Saints with his fellow students. Most of all, he loved to pray or to read the Holy Gospel in private.

At one point Prochorus fell grievously ill, and his life was in danger. In a dream the boy saw the Mother of God, promising to visit and heal him. Soon past the courtyard of the Moshnin home came a church procession with the Kursk Root Icon of the Sign (November 27). His mother carried Prochorus in her arms, and he kissed the holy icon, after which he speedily recovered.

While still in his youth Prochorus made his plans to devote his life entirely to God and to go to a monastery. His devout mother did not object to this and she blessed him on his monastic path with a copper cross, which he wore on his chest for the rest of his life. Prochorus set off on foot with pilgrims going from Kursk to Kiev to venerate the Saints of the Caves.

The Elder Dositheus (actually a woman, Daria Tyapkina), whom Prochorus visited, blessed him to go to the Sarov wilderness monastery, and there seek his salvation. Returning briefly to his parental home, Prohkor bid a final farewell to his mother and family. On November 20, 1778 he arrived at Sarov, where the monastery then was headed by a wise Elder, Father Pachomius. He accepted him and put him under the spiritual guidance of the Elder Joseph. Under his direction Prochorus passed through many obediences at the monastery: he was the Elder's cell-attendant, he toiled at making bread and prosphora, and at carpentry. He fulfilled all his obediences with zeal and fervor, as though serving the Lord Himself. By constant work he guarded himself against despondency (accidie), this being, as he later said, "the most dangerous temptation for new monks. It is treated by prayer, by abstaining from idle chatter, by strenuous work, by reading the Word of God and by patience, since it is engendered by pettiness of soul, negligence, and idle talk."

With the blessing of Igumen Pachomius, Prochorus abstained from all food on Wednesdays and Fridays, and went into the forest, where in complete isolation he practiced the Jesus Prayer. After two years as a novice, Prochorus fell ill with dropsy, his body became swollen, and he was beset with suffering. His instructor Father Joseph and the other Elders were fond of Prochorus, and they provided him care. The illness dragged on for about three years, and not once did anyone hear from him a word of complaint. The Elders, fearing for his very life, wanted to call a doctor for him, but Prochorus asked that this not be done, saying to Father Pachomius: "I have entrusted myself, holy Father, to the True Physician of soul and body, our Lord Jesus Christ and His All-Pure Mother."

He asked that a Molieben be offered for his health. While the others were praying in church, Prochorus had a vision. The Mother of God appeared to him accompanied by the holy Apostles Peter and John the Theologian. Pointing with Her hand towards the sick monk, the Most Holy Virgin said to St John, "He is one of our kind." Then She touched the side of the sick man with Her staff, and immediately the fluid that had swelled up his body began to flow through the incision that She made. After the Molieben, the brethren found that Prochorus had been healed, and only a scar remained as evidence of the miracle.

Soon, at the place of the appearance of the Mother of God, an infirmary church was built for the sick. One of the side chapels was dedicated to Sts Zosimas and Sabbatius of Solovki (April 17). With his own hands, St Seraphim made an altar table for the chapel out of cypress wood, and he always received the Holy Mysteries in this church.

After eight years as a novice at the Sarov monastery, Prochorus was tonsured with the name Seraphim, a name reflecting his fiery love for the Lord and his zealous desire to serve Him. After a year, Seraphim was ordained as hierodeacon.

Earnest in spirit, he served in the temple each day, incessantly praying even after the service. The Lord granted him visions during the church services: he often saw holy angels serving with the priests. During the Divine Liturgy on Great and Holy Thursday, which was celebrated by the igumen Father Pachomius and by Father Joseph, St Seraphim had another vision. After the Little Entrance with the Gospel, the hierodeacon Seraphim pronounced the words "O Lord, save the God-fearing, and hear us." Then, he lifted his orarion saying, "And unto ages of ages." Suddenly, he was blinded by a bright ray of light.

Looking up, St Seraphim beheld the Lord Jesus Christ, coming through the western doors of the temple, surrounded by the Bodiless Powers of Heaven. Reaching the ambo, the Lord blessed all those praying and entered into His Icon to the right of the royal doors. St Seraphim, in spiritual rapture after this miraculous vision, was unable to utter a word, nor to move from the spot. They led him by the hand into the altar, where he just stood for another three hours, his face having changed color from the great grace that shone upon him. After the vision the saint intensified his efforts. He toiled at the monastery by day, and he spent his nights praying in his forest cell.

In 1793, Hierodeacon Seraphim was ordained to the priesthood, and he served the Divine Liturgy every day. After the death of the igumen Father Pachomius, St Seraphim received the blessing of the new Superior Father Isaiah, to live alone in a remote part of the forest three and a half miles from the monastery. He named his new home "Mount Athos," and devoted himself to solitary prayer. He went to the monastery only on Saturday before the all-night Vigil, and returned to his forest cell after Sunday's Liturgy, at which he partook of the Divine Mysteries.

Fr Seraphim spent his time in ascetical struggles. His cell rule of prayer was based on the rule of St Pachomius for the ancient desert monasteries. He always carried the Holy Gospels with him, reading the entire New Testament in the course of a week. He also read the holy Fathers and the service books. The saint learned many of the Church hymns by heart, and sang them while working in the forest. Around his cell he cultivated a garden and set up a beehive. He kept a very strict fast, eating only once during the entire day, and on Wednesdays and Fridays he completely abstained from food. On the first Sunday of the Great Fast he did not partake of food at all until Saturday, when he received the Holy Mysteries.

The holy Elder was sometimes so absorbed by the unceasing prayer of the heart that he remained without stirring, neither hearing nor seeing anything around him. The schemamonk Mark the Silent and the hierodeacon Alexander, also wilderness-dwellers, would visit him every now and then. Finding the saint immersed in prayer, they would leave quietly, so they would not disturb his contemplation.

In the heat of summer the righteous one gathered moss from a swamp as fertilizer for his garden. Gnats and mosquitoes bit him relentlessly, but he endured this saying, "The passions are destroyed by suffering and by afflictions."

His solitude was often disturbed by visits from monks and laymen, who sought his advice and blessing. With the blessing of the igumen, Fr Seraphim prohibited women from visiting him, then receiving a sign that the Lord approved of his desire for complete silence, he banned all visitors. Through the prayers of the saint, the pathway to his wilderness cell was blocked by huge branches blown down from ancient pine trees. Now only the birds and the wild beasts visited him, and he dwelt with them as Adam did in Paradise. They came at midnight and waited for him to complete his Rule of prayer. Then he would feed bears, lynxes, foxes, rabbits, and even wolves with bread from his hand. St Seraphim also had a bear which would obey him and run errands for him.

In order to repulse the onslaughts of the Enemy, St Seraphim intensified his toil and began a new ascetical struggle in imitation of St Simeon the Stylite (September 1). Each night he climbed up on an immense rock in the forest, or a smaller one in his cell, resting only for short periods. He stood or knelt, praying with upraised hands, "God, be merciful to me, a sinner." He prayed this way for 1,000 days and nights.

Three robbers in search of money or valuables once came upon him while he was working in his garden. The robbers demanded money from him. Though he had an axe in his hands, and could have put up a fight, but he did not want to do this, recalling the words of the Lord: "Those who take up the sword will perish by the sword" (Mt. 26: 52). Dropping his axe to the ground, he said, "Do what you intend." The robbers beat him severely and left him for dead. They wanted to throw him in the river, but first they searched the cell for money. They tore the place apart, but found nothing but icons and a few potatoes, so they left. The monk, regained consciousness, crawled to his cell, and lay there all night.

In the morning he reached the monastery with great difficulty. The brethren were horrified, seeing the ascetic with several wounds to his head, chest, ribs and back. For eight days he lay there suffering from his wounds. Doctors called to treat him were amazed that he was still alive after such a beating.

Fr Seraphim was not cured by any earthly physician: the Queen of Heaven appeared to him in a vision with the Apostles Peter and John. Touching the saint's head, the Most Holy Virgin healed him. However, he was unable to straighten up, and for the rest of his life he had to walk bent over with the aid of a stick or a small axe. St Seraphim had to spend about five months at the monastery, and then he returned to the forest. He forgave his abusers and asked that they not be punished.

In 1807 the abbot, Father Isaiah, fell asleep in the Lord. St Seraphim was asked to take his place, but he declined. He lived in silence for three years, completely cut off from the world except for the monk who came once a week to bring him food. If the saint encountered a man in the forest, he fell face down and did not get up until the passerby had moved on. St Seraphim acquired peace of soul and joy in the Holy Spirit. The great ascetic once said, "Acquire the spirit of peace, and a thousand souls will be saved around you."

The new Superior of the monastery, Father Niphon, and the older brethren of the monastery told Father Seraphim either to come to the monastery on Sundays for divine services as before, or to move back into the monastery. He chose the latter course, since it had become too difficult for him to walk from his forest cell to the monastery. In the spring of 1810, he returned to the monastery after fifteen years of living in the wilderness.

Continuing his silence, he shut himself up in his cell, occupying himself with prayer and reading. He was also permitted to eat meals and to receive Communion in his cell. There St Seraphim attained the height of spiritual purity and was granted special gifts of grace by God: clairvoyance and wonderworking. After five years of solitude, he opened his door and allowed the monks to enter. He continued his silence, however, teaching them only by example.

On November 25, 1825 the Mother of God, accompanied by the two holy hierarchs commemorated on that day (Hieromartyr Clement of Rome, and St Peter, Archbishop of Alexandria), appeared to the Elder in a vision and told him to end his seclusion and to devote himself to others. He received the igumen's blessing to divide his time between life in the forest, and at the monastery. He did not return to his Far Hermitage, but went to a cell closer to the monastery. This he called his Near Hermitage. At that time, he opened the doors of his cell to pilgrims as well as his fellow-monks.

The Elder saw into the hearts of people, and as a spiritual physician, he healed their infirmities of soul and body through prayer and by his grace-filled words. Those coming to St Seraphim felt his great love and tenderness. No matter what time of the year it was, he would greet everyone with the words, "Christ is Risen, my joy!" He especially loved children. Once, a young girl said to her friends, "Father Seraphim only looks like an old man. He is really a child like us."

The Elder was often seen leaning on his stick and carrying a knapsack filled with stones. When asked why he did this, the saint humbly replied,"I am troubling him who troubles me."

In the final period of his earthly life St Seraphim devoted himself to his spiritual children, the Diveyevo women's monastery. While still a hierodeacon he had accompanied the late Father Pachomius to the Diveyevo community to its monastic leader, Mother Alexandra, a great woman ascetic, and then Father Pachomius blessed St Seraphim to care always for the "Diveyevo orphans." He was a genuine father for the sisters, who turned to him with all their spiritual and material difficulties.

St Seraphim also devoted much effort to the women's monastic community at Diveyevo. He himself said that he gave them no instructions of his own, but it was the Queen of Heaven who guided him in matters pertaining to the monastery. His disciples and spiritual friends helped the saint to feed and nourish the Diveyevo community. Michael V. Manturov, healed by the monk from grievous illness, was one of Diveyvo's benefactors. On the advice of the Elder he took upon himself the exploit of voluntary poverty. Elena Vasilievna Manturova, one of the Diveyevo sisters, out of obedience to the Elder, voluntarily consented to die in place of her brother, who was still needed in this life.

Nicholas Alexandrovich Motovilov, was also healed by the monk. In 1903, shortly before the glorification of the saint, the remarkable "Conversation of St Seraphim of Sarov with N. A. Motovilov" was found and printed. Written by Motovilov after their conversation at the end of November 1831, the manuscript was hidden in an attic in a heap of rubbish for almost seventy years. It was found by the author S. A. Nilus, who was looking for information about St Seraphim's life. This conversation is a very precious contribution to the spiritual literature of the Orthodox Church. It grew out of Nicholas Motovilov's desire to know the aim of the Christian life. It was revealed to St Seraphim that Motovilov had been seeking an answer to this question since childhood, without receiving a satisfactory answer. The holy Elder told him that the aim of the Christian life is the acquisition of the Holy Spirit, and went on to explain the great benefits of prayer and the acquisition of the Holy Spirit.

Motovilov asked the saint how we can know if the Holy Spirit is with us or not. St Seraphim spoke at length about how people come to be in the Spirit of God, and how we can recognize His presence in us, but Motovilov wanted to understand this better. Then Father Seraphim took him by the shoulders and said, "We are both in the Spirit of God now, my son. Why don't you look at me?"

Motovilov replied, "I cannot look, Father, for your eyes are flashing like lightning, and your face is brighter than the sun."

St Seraphim told him, "Don't be alarmed, friend of God. Now you yourself have become as bright as I am. You are in the fulness of the Spirit of God yourself, otherwise you would not be able to see me like this."

Then St Seraphim promised Motovilov that God would allow him to retain this experience in his memory all his life. "It is not given for you alone to understand," he said, "but through you it is for the whole world."

Everyone knew and esteemed St Seraphim as a great ascetic and wonderworker. A year and ten months before his end, on the Feast of the Annunciation, St Seraphim was granted to behold the Queen of Heaven once more in the company of St John the Baptist, the Apostle John the Theologian and twelve Virgin Martyrs (Sts Barbara, Katherine, Thekla, Marina, Irene, Eupraxia, Pelagia, Dorothea, Makrina, Justina, Juliana, and Anysia). The Most Holy Virgin conversed at length with the monk, entrusting the Diveyevo sisters to him. Concluding the conversation, She said to him: "Soon, My dear one, you shall be with us." The Diveyevo nun Eupraxia was present during this visit of the Mother of God, because the saint had invited her.

In the last year of St Seraphim's life, one of those healed by him saw him standing in the air during prayer. The saint strictly forbade this to be mentioned until after his death.

St Seraphim became noticeably weaker and he spoke much about his approaching end. During this time they often saw him sitting by his coffin, which he had placed in the ante-room of his cell, and which he had prepared for himself.

The saint himself had marked the place where finally they would bury him, near the altar of the Dormition cathedral. On January 1, 1833 Father Seraphim came to the church of Sts Zosimas and Sabbatius one last time for Liturgy and he received the Holy Mysteries, after which he blessed the brethren and bid them farewell, saying: "Save your souls. Do not be despondent, but watchful. Today crowns are being prepared for us."

On January 2, Father Paul, the saint's cell-attendant, left his own cell at six in the morning to attend the early Liturgy. He noticed the smell of smoke coming from the Elder's cell. St Seraphim would often leave candles burning in his cell, and Father Paul was concerned that they could start a fire.

"While I am alive," he once said, "there will be no fire, but when I die, my death shall be revealed by a fire." When they opened the door, it appeared that books and other things were smoldering. St Seraphim was found kneeling before an icon of the Mother of God with his arms crossed on his chest. His pure soul was taken by the angels at the time of prayer, and had flown off to the Throne of the Almighty God, Whose faithful servant St Seraphim had been all his life.

St Seraphim has promised to intercede for those who remember his parents, Isidore and Agathia.

(http://ocafs.oca.org/FeastSaintsViewer.asp?SID=4&ID=1&FSID=100008)

For more information on the uncovering of the Holy Relics of St. Seraphim of Sarov, see: http://full-of-grace-and-truth.blogspot.com/2009/07/uncovering-of-relics-of-st-seraphim-of.html.

Troparion - Tone 4

You loved Christ from your youth, O blessed one, and longing to work for Him alone you struggled in the wilderness in constant prayer and labor. With penitent heart and great love for Christ you were favored by the Mother of God. Therefore we cry to you: "Save us by your prayers, venerable Seraphim, our father."

Kontakion - Tone 2

Forsaking the beauty as well as the corruption of this world, you settled in the monastery of Sarov, O Saint. There you lived an angelic life, becoming for many the way to salvation. Therefore, Christ has glorified you, Father Seraphim, enriching you with abundant healing and miracles. So we cry to you: "Save us by your prayers, venerable Seraphim, our father."

(http://oca.org/FStropars.asp?SID=13&ID=100008)

Through the prayers of our Holy Fathers, Lord Jesus Christ our God, have mercy on us and save us! Amen!

SOURCE : http://full-of-grace-and-truth.blogspot.ca/2012/01/st-seraphim-of-sarov-righteous.html

Seraphim of Sarov, Mystic

Born at Kursk, 1759; died at Sarov (near Moscow, Russia), 1833; canonized by the Russian Orthodox Church in 1903.


Prokhor Moshnin was the son of a builder. He studied hard as a boy, and at age 20 he entered the monastery of Sarov, taking the name Seraphim. Here the regimen was stringent: total abstinence from meat and only one meal daily except on Wednesdays and Fridays when a total fast was required. Each monk engaged in long hours of study of Scripture and the Fathers, choral prayer, and manual labor in the bakehouse and carpentry shop.

In 1780, Seraphim fell ill and was bedridden for three years. During this time he was consoled with visions of the Blessed Virgin and the Apostles. When he recovered, he made an altar of cypress for the infirmary chapel.

In 1793, Seraphim was ordained a priest and thereafter, unlike the majority of his contemporary Russian priests, he used his priestly faculties to celebrate the Mass daily. The following year, saddened by the death of his abbot, Seraphim became a hermit. Thereafter his life reads like the story of a desert monk of Egypt in the fourth century.

For 16 years he lived alone in a shack in the depths of a neighboring forest, growing vegetables for food, felling trees, studying Scripture and the writings of the Church Fathers, and praying continually. Like Saint Godric, he also engaged in manual labor: cutting wood, baking bread, and caring for wild animals.

In 1804 he was beaten up by robbers with his own axe and left for dead. Nevertheless he managed to drag himself the two-hour walk to the monastery. Suffering badly from shock, he was cared for in the monastery for five months and then returned to his solitude. Thereafter he was left with a perpetual stoop and needed the assistance of a walking stick.

There for some years he in a measure emulated Saint Simeon the Stylite, spending much of his time in prayer on a high outcrop of rock. In 1807, the abbot of Sarov died and Seraphim was offered, but refused, the position. He submitted himself to the "trial of silence," speaking to no one until 1810.

By 1810 Father Seraphim's strength was failing, he could no longer get to the monastery on Sundays and feast days. So he was given a small room in the house, where he could live as a recluse within the community in a cell without a bed, heat, or lighting. Here he continued to live so far as possible as before. Although another vision of the Blessed Virgin in 1832 prompted him to forego the solitary life and instead give help and comfort to the numerous visitors who came to him. This included providing spiritual direction to the nuns of a neighboring convent of Diveyev, where Seraphim experienced his last vision in the presence of a nun.

During his life a number of cures of spiritual and physical ills were attributed to him. Among these, that of Nicholas Motovilov, who for three years had suffered from rheumatism and other complaints. This cure is notable because it led to the beneficiary's writing down a conversation he had with Seraphim on the Holy Spirit in Christian life. A work that has been published in English more than once.

In this teaching, Seraphim emphasized that the Holy Spirit, source of light, transfigures the soul of the mystic. He also taught the importance of service and of poverty.

On January 2, 1833, he was found dead on the floor of his cell, his clothes burnt by a candle that had fallen from his hands, his face turned towards an icon of the Virgin.

Whatever elements of legend may have gathered round Saint Seraphim, there is no doubt that he was a man of remarkable spiritual and prophetic gifts, who summed up in himself the Russian ideal of the holy monk and elder (starets); and the more-than-natural facial transfiguration recorded in the conversation with Motovilov- -a spiritual irradiation manifesting itself outwardly in a 'blinding light'--is a phenomenon recorded of other outstanding holy men and women in both East and West (Attwater, Farmer, Zander).