dimanche 13 janvier 2013

Saint HILAIRE de POITIERS, évêque et Père de l'Église


BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 10 octobre 2007



Saint Hilaire de Poitiers


Chers frères et sœurs,

Aujourd'hui, je voudrais parler d'un grand Père de l'Église d'Occident, saint Hilaire de Poitiers, l'une des grandes figures d'Evêques qui ont marqué le IV siècle. Au cours de la confrontation avec les ariens, qui considéraient le Fils de Dieu Jésus comme une créature, certes éminente, mais toutefois uniquement comme une créature, Hilaire a consacré toute sa vie à la défense de la foi dans la divinité de Jésus Christ, Fils de Dieu et Dieu comme le Père, qui l'a engendré de toute éternité.

Nous ne disposons pas d'informations certaines sur la plus grande partie de la vie d'Hilaire. Les sources antiques disent qu'il naquit à Poitiers, probablement vers l'année 310. Issu d'une famille aisée, il reçut une solide formation littéraire, bien évidente dans ses écrits. Il ne semble pas qu'il ait grandi dans un milieu chrétien. Lui-même nous parle d'un chemin de recherche de la vérité, qui le conduisit peu à peu à la reconnaissance de Dieu créateur et du Dieu incarné, mort pour nous donner la vie éternelle. Baptisé vers 345, il fut élu Evêque de sa ville natale autour de 353-354. Au cours des années suivantes, Hilaire écrivit sa première œuvre, le Commentaire à l'Evangile de Matthieu. Il s'agit du plus ancien commentaire en langue latine qui nous soit parvenu de cet Evangile. En 356, Hilaire assiste comme Evêque au Synode de Béziers, dans le sud de la France, le "synode des faux Apôtres", comme il l'appelle lui-même, car la réunion fut dominée par des Evêques philo-ariens, qui niaient la divinité de Jésus Christ. Ces "faux apôtres" demandèrent à l'empereur Constance la condamnation à l'exil de l'Evêque de Poitiers. Hilaire fut ainsi obligé de quitter la Gaule au cours de l'été 356.

Exilé en Phrygie, dans l'actuelle Turquie, Hilaire se trouva au contact d'un milieu religieux totalement dominé par l'arianisme. Là aussi, sa sollicitude de pasteur le poussa à travailler sans relâche pour le rétablissement de l'unité de l'Eglise, sur la base de la juste foi, formulée par le Concile de Nicée. C'est dans ce but qu'il commença la rédaction de son œuvre dogmatique la plus importante et la plus connue: le De Trinitate (Sur la Trinité). Dans celle-ci, Hilaire expose son chemin personnel vers la connaissance de Dieu, et se préoccupe de montrer que l'Ecriture atteste clairement la divinité du Fils et son égalité avec le Père, non seulement dans le Nouveau Testament, mais également dans un grand nombre de pages de l'Ancien Testament, dans lequel apparaît déjà le mystère du Christ. Face aux ariens, il insiste sur la vérité des noms de Père et de Fils et développe toute sa théologie trinitaire à partir de la formule du Baptême qui nous a été donnée par le Seigneur lui-même: "Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".

Le Père et le Fils sont de la même nature. Et si certains passages du Nouveau Testament pourraient faire penser que le Fils est inférieur au Père, Hilaire offre des règles précises pour éviter des interprétations erronées: certains textes de l'Ecriture parlent de Jésus comme de Dieu, d'autres mettent, en revanche, en évidence son humanité. Certains se réfèrent à Lui dans sa préexistence auprès du Père; d'autres prennent en considération l'état d'abaissement (kenosi), sa descente jusqu'à la mort; d'autres, enfin, le contemplent dans la gloire de la résurrection. Au cours des années de son exil, il écrivit également le Livre des Synodes, dans lequel il reproduit et commente pour ses confrères Evêques de Gaule les confessions de foi et d'autres documents des synodes réunis en Orient autour de la moitié du IV siècle. Toujours ferme dans son opposition aux ariens radicaux, saint Hilaire montre un esprit conciliant à l'égard de ceux qui acceptaient de confesser que le Fils était ressemblant au Père dans son essence, naturellement en cherchant à les conduire vers la plénitude de la foi de Nicée, selon laquelle il n'y a pas seulement une ressemblance, mais une véritable égalité du Père et du Fils dans la divinité. Cela aussi me semble caractéristique: l'esprit de conciliation qui cherche à comprendre ceux qui n'y sont pas encore arrivés et qui les aide, avec une grande intelligence théologique, à parvenir à la plénitude de la foi, dans la divinité véritable du Seigneur Jésus Christ.

En 360 ou en 361, Hilaire put finalement revenir dans sa patrie après son exil, et il reprit immédiatement l'activité pastorale dans son Eglise, mais l'influence de son magistère s'étendit de fait bien au-delà des frontières de celle-ci. Un synode tenu à Paris en 360 ou en 361 reprend le langage du Concile de Nicée. Certains auteurs antiques pensent que ce tournant anti-arien de l'épiscopat de la Gaule a été en grande partie dû à la fermeté et à la mansuétude de l'Evêque de Poitiers. Tel était précisément son don: conjuguer la fermeté dans la foi et la douceur dans les relations interpersonnelles. Au cours des dernières années de sa vie, il rédigea encore les Traités sur les Psaumes, un commentaire de cinquante-huit Psaumes, interprétés selon le principe souligné dans l'introduction de l'œuvre: "Il ne fait aucun doute que toutes les choses qui se disent dans les Psaumes doivent être comprises selon l'annonce évangélique, de façon à ce que, quelle que soit la voix avec laquelle l'esprit prophétique a parlé, tout soit cependant rattaché à la connaissance de la venue de Notre Seigneur Jésus Christ, incarnation, passion et royaume, et à la gloire et puissance de notre résurrection" (Instructio Psalmorum 5). Il voit dans tous les psaumes cette compréhension du mystère du Christ et de son Corps, qui est l'Eglise. En diverses occasions, Hilaire rencontra saint Martin: précisément près de Poitiers, le futur Evêque de Tours fonda un monastère, qui existe encore aujourd'hui. Hilaire mourut en 367. Sa mémoire liturgique est célébrée le 13 janvier. En 1851, le bienheureux Pie IX le proclama Docteur de l'Eglise.

Pour résumer l'essentiel de sa doctrine, je voudrais dire qu'Hilaire trouve le point de départ de sa réflexion théologique dans la foi baptismale. Dans le De Trinitate, Hilaire écrit: Jésus "a commandé de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (cf. Mt 28, 19), c'est-à-dire dans la confession de l'Auteur, du Fils unique et du Don. Il n'y a qu'un seul Auteur de toutes les choses, car Dieu le Père est un seul, dont tout procède. Et Notre Seigneur Jésus Christ est un seul, à travers lequel tout fut fait (1 Co 8, 6), et l'Esprit est un seul (Ep 4, 4), don en tous... En rien on ne pourra trouver qu'il manque quelque chose à une plénitude aussi grande, dans laquelle convergent dans le Père, dans le Fils et dans le Saint-Esprit l'immensité de l'Eternel, la révélation dans l'Image, la joie dans le Don" (De Trinitate 2, 1). Dieu le Père, étant entièrement amour, est capable de communiquer en plénitude sa divinité au Fils. Je trouve particulièrement belle la formule suivante de saint Hilaire: "Dieu ne sait rien être d'autre qu'amour, il ne sait rien être d'autre que le Père. Et celui qui l'aime n'est pas envieux, et celui qui est le Père l'est dans sa totalité. Ce nom n'admet pas de compromis, comme si Dieu pouvait être le Père sur certains aspects, mais ne l'était pas sur d'autres" (ibid. 9, 61).

C'est pourquoi, le Fils est pleinement Dieu sans aucun manque ni diminution: "Celui qui vient de la perfection est parfait, car celui qui a tout, lui a tout donné" (ibid. 2, 8). Ce n'est que dans le Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, que l'humanité trouve son salut. En assumant la nature humaine, Il a uni chaque homme à lui, "il s'est fait notre chair à tous" (Tractatus in Psalmos 54, 9); "il a assumé en lui la nature de toute chair, et au moyen de celle-ci il est devenu la vraie vie, il possède en lui les racines de chaque sarment" (ibid. 51, 16). C'est précisément pour cette raison que le chemin vers le Christ est ouvert à tous, - car il a attiré chacun dans sa nature d'homme - même si la conversion personnelle est toujours demandée: "A travers la relation avec sa chair, l'accès au Christ est ouvert à tous, à condition qu'ils se dépouillent du vieil homme (cf. Ep 4, 22) et qu'ils le clouent sur sa croix (cf. Col 2, 14); à condition qu'ils abandonnent les oeuvres de jadis et qu'ils se convertissent, pour être ensevelis avec lui dans son baptême, en vue de la vie (cf. Col 1, 12; Rm 6, 4)" (ibid. 91, 9).

La fidélité à Dieu est un don de sa grâce. C'est pourquoi saint Hilaire demande, à la fin de son Traité sur la Trinité, de pouvoir rester toujours fidèle à la foi du baptême. C'est une caractéristique de ce livre: la réflexion se transforme en prière et la prière redevient réflexion. Tout le livre est un dialogue avec Dieu. Je voudrais conclure la catéchèse d'aujourd'hui par l'une de ces prières, qui devient ainsi également notre prière: "Fais, ô Seigneur - récite saint Hilaire de manière inspirée - que je reste toujours fidèle à ce que j'ai professé dans le symbole de ma régénération, lorsque j'ai été baptisé dans le Père, dans le Fils et dans l'Esprit Saint. Fais que je t'adore, notre Père, et en même temps que toi, que j'adore ton Fils; fais que je mérite ton Esprit Saint, qui procède de toi à travers ton Fils unique... Amen" (De Trinitate 12, 57).

* * *

Je suis heureux d'accueillir ce matin les pèlerins francophones, en particulier le groupe du journal Pèlerin, accompagné par le Cardinal Panafieu, à l'occasion du cent vingt-cinquième anniversaire des pèlerinages en Terre Sainte organisés par les Pères Assomptionnistes. Je salue aussi les pèlerins de Lyon, avec leur archevêque, le Cardinal Barbarin, et son auxiliaire Mgr Giraud, ainsi que les missionnaires brésiliens accompagnés par Mgr Rey, Évêque de Fréjus-Toulon. Je souhaite que, suivant l'enseignement de saint Hilaire de Poitiers, vous puissiez toujours vivre dans la fidélité à la foi de votre Baptême. Avec ma Bénédiction apostolique.

________________________________________

Appel

Ces jours-ci se déroule à Ravenne la dixième Session plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe dans son ensemble, qui affronte un thème théologique d'un intérêt oecuménique particulier: "Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l'Eglise - Communion ecclésiale, conciliarité et autorité". Je vous demande de vous unir à ma prière afin que cette importante rencontre nous aide à marcher vers la pleine communion entre les catholiques et les orthodoxes, et que l'on puisse parvenir au plus tôt à partager le même Calice du Seigneur.



Saint Hilaire de Poitiers

évêque de Poitiers et défenseur de la Foi,

(315 - 368)

Fêté le 13 janvier

ORIGINE ET CONVERSION

Fils d'un sénateur patricien poitevin, HILAIRE, surnommé par saint JEROME, le "Rhône de l'éloquence latine et la trompette des Latins face aux Ariens" est un des plus grands théologiens du haut Moyen-Age. Il est aussi un des premiers écrivains de l'Eglise occidentale. Il naquit à Poitiers en 315, dans une famille gauloise non chrétienne. D'après Hilaire lui-même les familles patriciennes étaient soucieuses de culture et de bien-être. Leur idéal était bien souvent "d'être riche et de ne rien faire ".

Nous savons très peu de choses sur lui avant que Dieu le prenne en main. Mais il cultiva certainement sa vive intelligence en étudiant la rhétorique et la philosophie et développa sa sensibilité au contact des beautés de la nature. Il devint un orateur, se maria et eu une fille appelée Abra (Abram, Afra, ou Apra) \ Mais cela ne pouvait suffire à son bonheur, son but étant la recherche de la Vérité. Un soir en lisant la Bible il fut frappé par le Témoignage que Dieu y rend de Lui-même dans l'exode : "Je suis celui qui est".

Conquis par cette définition parfaite, ce fut pour lui un tournant dans sa recherche, une véritable conversion. La transcendance de Dieu qu'il commençait à connaître augmentait jour après jour. C'est en lisant le prologue de l'Evangile de saint Jean qu'il trouva le Vrai Visage du Seigneur et il comprit que le Verbe descendu des cieux donnait, en s'incarnant, à chaque homme, le pouvoir de devenir enfant de Dieu. Et il écrit cette merveilleuse phrase, véritable profession de Foi : "Mon âme accueillit dans la joie la révélation de ce divin mystère. Car par la chair je m'approchais de Dieu, et par la foi j'étais appelé à une nouvelle naissance. Il était en mon pouvoir d'obtenir la régénération d'en haut".

Il dut se faire inscrire parmi les catéchumènes, reçut le baptême vers 350 et continua en apparence, à mener la même vie, tout en méditant l'Evangile. A partir de ce moment, il mena une vie totalement consacrée à Dieu, ne pensant plus qu'à exhorter les hommes à devenir des Saints. Sa femme et sa fille la future sainte ABRA se convertirent à la même époque.

L'EGLISE DE POITIERS

L'évangélisation du Poitou, terre qui accueillera Hilaire comme Evêque est peu connue et reste obscure par manque de documents. Les étapes en auraient été : au premier siècle la mission de saint Martial, disciple de l'apôtre Pierre. C'est vers 290 que les Pictons reçurent leur autonomie religieuse avec Nectarius leur premier évêque. D'autres témoignages existent ; tels que la présence de martyrs, avec le sacrifice de Simplicien ; D'autre part des rangs de l'Eglise Pictave serait sorti Maximin de Trêves qui a accueilli Athanase d'Alexandrie grand défenseur de l'orthodoxie nicéenne, lors de son exil, à Trêves.1

HILAIRE DEVIENT ÉVÊQUE

Vers 351-352, l'évêque Paixent de l'Eglise de Poitiers meurt. Hilaire qui jouissait d'un grand prestige car on le savait remarquable théologien fut choisi par acclamations comme successeur. Il accepta dans un esprit de service ses nouvelles responsabilités. Et il appliquera dans sa vie ses propres paroles : "L'évêque est placé à la tête de la maison pour veiller aux besoins et aux intérêts du peuple qui lui est confié" et "L'évêque ne remplit son ministère que s'il fortifie ce qui est faible par un enseignement à la fois authentique et adapté, s'il consolide ce qui tombe en ruine, s'il redresse celui qui s'égare, s'il dispense le verbe de vie à la famille qu'il a à nourrir de la nourriture éternelle". Il fut un évêque aimé se consacrant en premier lieu à la prédication et à la méditation de la Bible. Il rédigea le "Commentaire sur l'évangile de saint Matthieu" (353-356) et accueilli vers 356 le futur saint Martin.

Celui-ci s'attacha à l'évêque Hilaire comme "un converti d'Egypte auprès d'un "ancien" du delta ou du désert" et reçut de lui une formation ascétique. Mais rapidement l'Eglise se trouva en pleine crise dont la cause était l'hérésie arienne (355). Cette hérésie qui nie la consubstantialité du Père avec le Fils au sein de la Trinité fut combattue par une majorité d'évêques occidentaux mais aussi par d'autres d'Orient, comme Basile, Athanase d'Alexandrie, Grégoire de Nysse, Grégoire de Naziance. Devant la volonté de l'évêque d'Arles Saturnin, qui voulait imposer l'Arianisme à toute l'Eglise de Gaule, Hilaire entra en lisse et organisa la résistance. Dès ce moment et à l'instar de saint Athanase dAlexandrie, on le surnommera l'Athanase d'Occident. Ce qui lui valut en 356, au concile de Béziers d'être condamné pour sa Foi Orthodoxe et persistant dans son attitude antiarienne, il fut déposé, puis exilé en Phrygie (centre de la Turquie). Banni, il s'écria : "On peut bien exiler les évêques, mais peut-on exiler la vérité?".

L'EXIL

Du fond de la Phrygie, le grand exilé écrivit inlassablement, car dit-il "on ne peut retenir captive la parole de Dieu". En douze livres, il établit son traité "sur la Trinité". Au coeur de la trame du traité saint Hilaire nous fait découvrir le "mystère du Christ vrai Dieu et vrai homme". Il présente et réfute avec vigueur les thèses de l'hérésie arienne sur la nature créée du Fils et démontre à partir de l'Ecriture son unité d'essence, de gloire et d'action avec le Père. Pour les évêques de Gaules, il écrivit aussi un traité "sur les synodes", recueil de multiples formules de foi solennelle du Concile de Nicée2. Pendant son exil, il étudia les Pères grecs et surtout Origène et servira de pont entre les deux moitiés de l'Eglise universelle. C'est aussi suite à la réaction anti-arienne menée par Basile, qu'Hilaire tentera d'unir l'Occident et l'Orient chrétien dans la Foi Nicéenne. Son exil en Phrygie aura eu un effet salutaire sur sa propre formation et sur l'information de l'épiscopat occidental quant au véritable enjeu de la crise aérienne : le salut de l'homme en sa plénitude 3.

LE RETOUR EN GAULE.

Vers la fin de l'année 360 il revient en Gaule, car les Ariens en Orient redoutaient son influence grandissante. On le surnomma d'ailleurs "le perturbateur de l'Orient"4. Sa présence, au concile de Séleucie (359) où il avait demandé une séance publique pour confondre les évêques hérétiques, avait été pour eux un coup terrible. Après son passage à Constantinople (360) passant par Rome, Hilaire rentra en Gaule. Son retour à Poitiers fut un triomphe. Il y retrouva son siège épiscopal grâce à l'empereur Julien. Par ses talents d'homme d'action et d'écrivain, par la situation politique du moment il put travailler à y restaurer l'Orthodoxie en éliminant l'hérésie arienne de l'Eglise. Il obtint l'excommunication (Synode de Paris -361) de deux leaders de l'arianisme en Gaule, les évêques d'Arles et de Périgueux et il s'appliquera avec fermeté mais aussi avec la douceur qui le caractérise, à regagner les évêques qui avaient faillis5 mais qui reconnaissaient leurs erreurs. Ce fut le salut de la Gaule chrétienne. "Tout le monde reconnut, écrit Sulpice Sévère, que notre Gaule fut débarrassée de l'hé résie criminelle par le zèle d'Hilaire de Poitiers."

Plusieurs miracles enthousiasmèrent le peuple ainsi que sa grande charité. Il retrouva aussi Martin qui initié à la vie monastique, s'établira dans un ermitage à Ligugé (Premier monastère de la Gaule). De nombreux disciples viendront rejoindre Martin. Plus tard celui-ci deviendra lui-même Evêque de Tours et sera pour l'histoire l'un des premiers représentants de la vie monastique en Gaule. Mais saint Hilaire continua à souffrir des ravages fait par l'hérésie arienne, il rassembla des conciles, et ira jusqu'à Milan pour la combattre. Epuisé, il revient à Poitiers, rédigea son "contre Auxence" où il dénonça avec force les empiétements du pouvoir impérial sur les affaires religieuses et où il précisa les conditions réelles de l'unité des chrétiens : il aimait dire : "Les oreilles du peuple chrétien sont plus saintes que le coeur de leurs évêques".

Les dernières années de St Hilaire furent empreintes d'une tranquillité qui n'était pas le reflet de son caractère, ni de la paix de l'Eglise. Il préféra se consacrer à l'enseignement de ses fidèles et rédigea alors le "commentaire sur les psaumes", le "Traité des mystères" et de nombreux "Hymnes" pour la vie liturgique. Aux clercs de son Presbyterium, il dispensait une "théologie biblique" qui était avant tout un commentaire suivi de l'Ecriture; se voulant fidèle à une exégèse ecclésiale et à une lectio ancrée dans les réalités du magistère épiscopal afin que la Parole soit reçue dans toute sa réalité et sa profondeur. Si l'oeuvre de St Hilaire, n'eut qu'une influence restreinte en Orient, ses écrits permirent à faire connaître en Occident quelques aspects de la théologie grecque auxquels se référait encore au 12ème siècle un de ses successeurs sur le siège de l'Eglise de Poitiers, Gilbert de La Porée.

Hilaire, ce grand "confesseur" dont parle saint Jérôme mourut à Poitiers dans la tranquillité soit le 1er novembre 367 ou le 13 janvier 368. La date précise de sa mort n'est pas connue. Rapidement au nom de "confesseur" furent associés celui de "théologien et de saint". Oui, Dieu avait planté en dehors du monde mais dans Son Eglise un homme juste comparable à la beauté d'un cèdre et dont le psalmiste dit : "Le juste pousse comme un palmier et il grandit comme un cèdre du Liban".

VÉNÉRATIONS DES RELIQUES ET DU TOMBEAU

Aujourd'hui qui veut vénérer sur les lieux les reliques de st Hilaire, doit se rendre à l'église "St Hilaire-le-Grand" à Poitiers. Eglise construite sur l'en: placement du tombeau du saint Evêque de Poitier-D'après la tradition, c'est Hilaire lui-même qui aura érigé, dans une nécropole gallo-romaine, l'oratoire où il fut inhumé : un oratoire dédié aux martyrs romains de 363, saint Jean et saint Paul. Ceux-ci ayant refusé; d'offrir de l'encens à la statue de Jupiter furent décapités sur l'ordre de Julien l'Apostat.

Le tombeau de saint Hilaire fut une halte recommandée aux pèlerins de saint Jacques de Compostelle (12èmeS.).

Aujourd'hui l'église "Saint-Hilaire-le-Grand" collégial historique est sous le patronage de l'Unesco.

Marie Louise Wiewanters de Guillen

publié dans Foi transmise et sainte tradition, revue de la Fraternité Saint Jean Cassien

TEXTES :

Catéchèse de la foi baptismale.

« Le Christ ordonne à ses Apôtres de baptiser "au nom du Père, du Fils et Saint Esprit", c'est-à-dire en reconnaissant l'Auteur, le Fils Unique et le Don. L'auteur de tout est unique car "il n'y a qu'un seul Dieu, le Père de qui tout vient", et "Un seul" Fils Unique, Jésus-Christ notre "Seigneur par qui tout existe" (lCor8, 6) et "Un seul Esprit" (Ep4, 4), Don répandu en tous. Tout est donc ordonné selon les puissances et les qualités des personnes divines : un seul Etre Tout-Puissant de qui tout vient, un seul Engendré par qui tout est, un seul Don, source de l'espérance parfaite. Rien ne manque à une telle perfection qui embrasse dans le Père, le Fils et le Saint Esprit, l'immensité dans l'Eternel, la vue de Dieu dans l'Image, sa jouissance dans le don.» LA TRINITE 2/1

Dieu est partout.

« Le ciel tout entier tient dans la paume de Dieu et la terre tout entière est enclose dans son poing. Or la parole de Dieu fait bien sûr toujours profit à l'intelligence d'un esprit religieux; cependant elle contient encore plus de sens lorsqu'on l'examine au-dedans par la pensée qu'au moment où on la reçoit au-dehors par l'ouïe. De fait le ciel enclos dans la paume de Dieu est en même temps son trône et la même terre qui tient dans son poing est l'escabeau de ses pieds. Cela en permet pas de concevoir, sur le trône et l'escabeau, une apparence corporelle s'étalant dans l'attitude de quelqu'un d'assis, puisque ce qui est pour elle trône et escabeau, cette infinité puissante le prend dans sa paume et l'enclôt en son poing. Mais grâce à cela, on saurait que Dieu, au-dedans et au-dehors, est toujours présent à l'origine des créatures, qu'il est à la fois transcendant et immanent, c'est-à-dire répandu autour de toutes choses et en elles. Tenir dans la paume et le poing manifesterait donc l'être puissant sur la nature extérieure; le trône et l'escabeau montreraient les êtres extérieurs à lui subordonnés comme à l'être intérieur. Ces êtres extérieurs à lui, au-dedans desquels il réside, voici qu'à l'inverse, extérieur à eux, ce même Etre les enclôt, intérieurs à lui. C'est ainsi qu'il tient tout entier toutes choses et du dedans et du dehors : infini qu'il est, il n'est rien dont il soit absent et rien non plus qui ne soit en lui, qui est infini. Or donc cette conception très religieuse de Dieu faisait les délices de mon âme, possédée qu'elle était par l'amour du vrai. En effet, pensai-je, il n'est rien qui soit digne de qui cherche à l'atteindre. Cela, nous le comprenions avec respect; mais le prophète venait de rendre plus assuré et manifeste encore en disant : "Où irais-je loin de ton esprit, ou bien où fuirais-je loin de ta face? Si je monte dans le ciel, tu y es; si je descends dans les enfers, tu es là aussi. Si je prends mes ailes avant l'aurore et m'en vais habiter au fin bout de la mer, là ta main me conduira et ta droite me tiendra." (Ps. 138, 7 - 10) Aucun lieu n'est privé de Dieu; il n'en est aucun qui ne soit en lui. Il est aux deux, il est dans les enfers, il est par-delà les mers. Au-dedans il habite, il déborde par dehors. Ainsi tout en possédant, il est aussi possédé ; il n'est enfermé dans rien, mais il n'est rien où il ne soit" LA TRINITE, 1,6.

Louanges et profession de Foi.

« Quant à moi, j'en ai conscience : le devoir principal de ma vie est de m'offrir à Toi, Dieu, Père Tout-Puissant, pour que tout en moi, paroles et pensées, parlent de Toi. Oui, la plus grande récompense que puisse m'apporter l'usage de la parole dont tu m'as gratifié, c'est de l'employer à te servir, en proclamant ce que Tu es, c'est-à-dire le Père de Dieu, Unique-Engendré, et en le démontrant à un monde qu'il ignore et à l'hérétique qui le nie. Oui, vraiment, c'est là, je le déclare, mon seul désir ! Toutefois j'ai grand besoin d'implorer dans la prière la grâce de ton secours et de la miséricorde, pour que le souffle de ton Esprit gonfle les voiles de notre foi, tendues pour Toi; qu'il nous fasse avancer dans ce voyage qu'est l'enseignement que nous commençons de donner ici (...) Accorde-nous donc de donner aux mots leur véritable sens, prodigue la lumière à notre esprit, la beauté de l'expression à notre style et établis note foi dans la vérité. Accorde-nous de dire ce que nous croyons ; selon le devoir qui nous incombe, après avoir appris des prophètes et des apôtres que Tu es un seul Dieu et qu'il y a un seul Seigneur Jésus-Christ, donne-nous de Te célébrer, à rencontre des négations hérétiques, donne-nous de le proclamer, Lui, Dieu et non faux Dieu» LA TRINITÉ, l, 6.

Le mystère Trinitaire et l'union Eucharistique.

« Eucharistie nourriture céleste et lien d'unité de la communauté chrétienne avec le Christ, Nier l'unité naturelle du Père et du Fils c'est nier la réalité de la communion eucharistique au Christ. La communion Eucharistique pour saint Hilaire débouche dans le mystère de l'intimité trinitaire à laquelle l'Eucharistie nous fait participer, dont elle nous révèle la vérité et dont elle permet la confession. "Si donc le Christ a vraiment assumé la chair de notre corps, si cet homme, né de Marie, est vraiment le Christ, nous mangeons la chair de son corps dans le sacrement, et par-là, nous sommes un, puisque le Père est en lui et que lui est en nous", LA TRINITE 8/16 6

TROPAIRE DE ST HILAIRE - ton 4

Saint Père et Hiérarque Hilaire, la vérité de tes œuvres t'a révélé à ton troupeau, modèle de foi, image de douceur et maître de tempérance; C'est pourquoi par ton humilité, tu as été élevé, par ta pauvreté tu es devenu riche, prie le Christ Dieu de sauver nos âmes.

KONDAKION DE ST HILAIRE - ton 3

Excellent docteur de la foi, lumière de la Sainte Eglise du Christ, comme Lui tu donnes ta vie pour tes brebis, saint évêque Hilaire, intercède pour nous auprès du Dieu unique en trois personnes pour qu'il garde Son Eglise dans la paix.

1 J. Doigne

1 bis. témoignage de Venance Fortunat

2 Lire les Pères de l'Eglise / sœur Gabriel Peters O.S.B

3 Le mystère de la Trinité / père Boris Bobrinskoy

4 Sulpice Sévère

5 Lire les Pères de l'Eglise / soeur Gabriel Peters O.S.B

6 Sources générales : Document du site diocésain de Poitiers, abbaye saint Benoît, ch, éditions du Cerf, site saint Patrick, documents de la collégiale "St Hilaire le Grand", Les Pères de l'Eglise - collection Migne, L'Eglise de Poitiers - Beauchesne - 1988.

SOURCE : http://www.eglise-orthodoxe.eu/texte_saint_hilaire_poitiers.htm





SAINT HILAIRE *

Hilaire vient d'hilarité, parce qu'il servit Dieu avec un coeur plein de joie. Ou bien Hilaire vient de altus, haut, élevé, et arès vertu, parce qu'il fut élevé en science et en vertu, durant sa vie. Hilaire viendrait encore de hylè, qui veut dire matière primordiale, qui fut obscure, et en effet, dans ses oeuvres, il y a grande obscurité et profondeur.

Hilaire, évêque de Poitiers, originaire du pays d'Aquitaine, brilla, comme Lucifer, entre les astres. Tout d'abord il fut marié et eut une fille; mais il menait la vie d'un moine sous des habits laïcs; il était avancé en âge et en science, quand il fut élu, évêque. Or, comme le bienheureux Hilaire préservait, non seulement sa ville, mais toute la France, contre les hérétiques, à la suggestion de deux évêques qui s'étaient laissé gâter par l’hérésie, il fut relégué en exil, avec saint Eusèbe, évêque de Verceil, par l’empereur fauteur des hérétiques. Enfin, comme l’arianisme jetait partout des racines, et que liberté avait été donnée par l’empereur aux évêques, de se réunir et de discuter sur les vérités de la foi, saint Hilaire étant venu, à la requête des susdits évêques qui ne pouvaient supporter son éloquence, il fut forcé de revenir à Poitiers.

Or, avant abordé à file de Gallinarie (Isolotta d'Arbenga, petite île de la mer de Gênes), qui était pleine de serpents, dès en y descendant, il mit par son regard, ces reptiles en fuite : il planta un pieu au milieu de l’île, et ils ne purent le franchir, comme si cette partie d'île eût été une mer et non la terre. A Poitiers, par ses prières, il rendit la vie à un enfant mort sans baptême. En effet il resta prosterné sur la poussière jusqu'à l’instant où l’un et l’autre se levèrent, le vieillard de sa prière et l’enfant des bras de 1a mort. Apia, sa fille, voulant se marier, Hilaire, son père, l’instruisit et l’affermit dans le dessein de sauvegarder sa virginité. Au moment où il la vit bien résolue, craignant qu'elle ne variât dans sa conduite, il pria le Seigneur avec grande instance de la retirer à lui de la vie de ce monde : et il en fut ainsi, car peu de jours après, elle trépassa dans le Seigneur. Il l’ensevelit de ses propres mains; en voyant cela, la mère d'Apia pria l’évêque de lui obtenir ce qu'il avait obtenu pour sa fille, il le f i encore, car, par sa prière, il l’envoya par avance dans le royaume du ciel.

En ce temps-là, le pape Léon, corrompu par la perfidie des hérétiques, convoqua un concile de tous lés évêques, moins saint Hilaire qui y vint pourtant. Le pape, l’ayant su, ordonna que, à son arrivée, personne ne se lèverait, ni ne lui ferait place. Quand il fut entré, le pape lui dit: « Vous êtes Hilaire, Gaulois. » « Je ne suis pas Gaulois, répondit Hilaire, mais de la Gaule; c'est-à-dire je ne suis pas né dans la Gaule, mais je suis évêque dans la Gaule. » Le pape reprit : « Eh bien ! si vous êtes Hilaire de la Gaule, je suis, moi, Léon, le juge et l’apostolique du siège de Rome. » Hilaire dit: « Quand bien même vous seriez Léon, vous n'êtes pas le lion de la tribu de Juda, et si vous siégez en qualité de juge, ce n'est pas sur le siège de la majesté (Jean Béleth rapporte ce propos dans son Rationale divinorum officiorum, ch. CXXII). » Alors le pape se leva plein d'indignation en disant : « Attendez un instant, je vais rentrer et je vous dirai ce que vous méritez. » Hilaire reprit. « Si vous ne rentrez pas, qui me répondra à votre place ? » Le pape dit: « Je vais rentrer aussitôt, et j'humilierai ton orgueil. » Puis étant allé où les besoins de la nature l’appelaient, il fut attaqué de la dyssenterie et il mourut misérablement en rejetant tous ses intestins. Pendant ce temps, Hilaire voyant que personne ne se levait pour lui faire place, s'assit avec calme et patience par terre en disant les mots du Psautier : Domini est terra, « la terre est au Seigneur, » et tout aussitôt, par la permission de Dieu, la terre sur laquelle il était assis s'exhaussa jusqu'à ce qu'il eût été aussi haut placé que les autres évêques. Quand l’on eut connu la mort misérable du pape, Hilaire se leva et confirma tous les évêques dans la foi catholique, et il les renvoya pleins de fermeté en leur pays. Mais ce miracle touchant la mort du pape Léon est douteux, car l’Histoire ecclésiastique et l’Histoire tripartite n'en font pas mention : d'ailleurs la chronique ne place pas:un pape de ce nom à cette époque ; de plus saint Jérôme dit : que la sainte Eglise Romaine est toujours restée immaculée et restera toujours sans être souillée par un hérétique. On pourrait cependant dire qu'il y a eu alors un pape de ce nom, mais qu'il n'a pas été canoniquement élu, et qu'il était tyranniquement intrus; ou même que c'était le pape Libère, fauteur de l’hérétique Constantin, qu'on aurait appelé Léon. Enfin après avoir fait une multitude de miracles, saint Hilaire, se sentant affaibli et connaissant que sa mort était prochaine, appela auprès de lui le prêtre Léonce qu'il chérissait tendrement; et vers le déclin du jour, il le pria de sortir, en lui recommandant, s'il entendait quelque chose, de l’en instruire. Celui-ci obéit et revint annoncer qu'il avait entendu des cris tumultueux dans la ville. Comme Léonce veillait en attendant son dernier soupir, à minuit Hilaire lui commanda encore de sortir et de lui rapporter ce qu'il entendrait. Ayant dit qu'il n'avait rien entendu, tout à coup une clarté extraordinaire, telle que le prêtre ne la pouvait supporter, éclata auprès d'Hilaire, et comme elle s'affaiblissait insensiblement, le saint rendit l’esprit au Seigneur. Il fleurit vers l’an 360, sous Constantin. La fête de ce saint tombe à l’octave de l’Epiphanie. Deux marchands possédaient en, commun une certaine quantité de cire : l’un d'eux avait offert sa part à l’autel de saint Hilaire, l’autre ne voulant pas, offrir la sienne. Aussitôt la cire se partagea; une moitié resta au saint et l’autre revint à celui qui l’avait refusée.

* Bréviaire, sa vie

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome01/020.htm


SAINT HILAIRE

Leçons des Matines avant 1960


AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Hilaire, né en Aquitaine de famille noble, excella en doctrine et en éloquence. Engagé d’abord dans le mariage, il y mena une vie presque monastique ; créé ensuite Évêque de Poitiers à cause de ses rares vertus, il s’acquitta de la charge épiscopale de façon à mériter les plus grandes louanges de la part des fidèles. C’était à l’époque où l’empereur Constance persécutait les Catholiques, employant la terreur, la spoliation des biens, l’exil, et toutes sortes de cruautés, s’ils ne voulaient pas passer au parti des Ariens ; Hilaire, s’opposant aux efforts de l’Arianisme comme un mur inébranlable, attira sur lui toute la fureur des hérétiques. Aussi beaucoup de pièges lui furent tendus, et enfin, par les artifices de Saturnin, Évêque d’Arles, il se vit exilé par le synode de Béziers et relégué en Phrygie. Dans son exil, il ressuscita un mort et écrivit contre les Ariens ses douze livres sur la Trinité.

Cinquième leçon. Quatre ans après, un concile ayant été rassemblé à Séleucie, ville d’Isaurie. Hilaire fut contraint d’y assister. Il partit ensuite pour Constantinople où il remarqua l’extrême péril de la foi, et demanda, par trois requêtes publiques, audience à l’empereur, afin de disputer devant lui de la foi avec ses adversaires. Mais comme Ursace et Valens, Évêques ariens qu’Hilaire avait réfutés dans ses écrits, craignaient la présence d’un homme si savant, ils persuadèrent à Constance de le rétablir dans son évêché, comme pour lui faire honneur. Ce fut alors que l’Église des Gaules, selon l’expression de saint Jérôme, embrassa Hilaire revenant de ses combats contre les hérétiques. Saint Martin le suivit jusqu’à sa ville épiscopale, et fut depuis élevé au gouvernement de l’Église de Tours ; la sainteté de sa vie montra dans la suite combien il avait profité des leçons d’un tel maître.

Sixième leçon. Depuis lors, Hilaire gouverna l’Église de Poitiers dans une grande tranquillité. Il amena la Gaule entière à condamner l’impiété des Ariens. Il écrivit plusieurs livres d’une admirable érudition. Saint Jérôme, dans sa lettre à Læta, atteste qu’ils peuvent tous être lus sans’ crainte d’y rencontrer l’erreur. « On peut, dit-il, lire sans aucun risque les livres d’Hilaire. » II s’en alla au ciel le jour des ides de janvier, sous les empereurs Valentinien et Valens, l’an de la naissance de Jésus-Christ trois cent soixante-neuf. Un grand nombre de Pères et plusieurs conciles ont donné à Hilaire le nom de Docteur insigne de l’Église, et dans quelques diocèses il était honoré sous ce titre : enfin, sur les instances du synode de Bordeaux, le souverain Pontife Pie IX, après avoir pris l’avis de la sacrée Congrégation des Rites, a déclaré et confirmé saint Hilaire Docteur de l’Église universelle, et ordonné qu’au jour de sa fête, il fût partout honoré de ce titre à la Messe et à l’Office.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Après avoir consacré à la gloire de l’Emmanuel manifesté à la terre la radieuse Octave de l’Épiphanie, la sainte Église, toujours occupée du divin Enfant et de son auguste Mère, jusqu’au jour où Marie portera dans ses bras ce fruit béni de ses entrailles au Temple où il doit être offert ; la sainte Église, disons-nous, admet sur son glorieux Cycle de nombreux amis de Dieu, qui nous tracent au ciel, comme autant d’astres étincelants, la voie qui conduit des joies de la Nativité au sacré mystère de la Purification.

Tout d’abord, éclate d’une gloire sans pareille, dès le lendemain du jour consacré à la mémoire du Baptême du Christ, le fidèle et courageux Hilaire, honneur immortel de l’Église des Gaules, le frère d’Athanase et d’Eusèbe de Verceil dans les combats qu’il soutint pour la divinité de l’Emmanuel. Le lendemain des persécutions sanglantes du paganisme, commence cette lutte affreuse de l’Arianisme, qui avait juré d’enlever au Christ vainqueur, par ses Martyrs, de la violence et de la politique des Césars, la gloire et les honneurs de la divinité. L’Église, affranchie par son propre sang, ne fit point défaut sur ce nouveau champ de bataille ; de nombreux Martyrs scellèrent encore de leur sang, versé par .des princes désormais chrétiens, mais hérétiques, la divinité du Seigneur immortel qui a daigné apparaître dans la faiblesse delà chair ; mais à côté de ces généreux athlètes, brillèrent, martyrs eux-mêmes de désir, d’illustres Docteurs qui vengèrent, par leur savoir et leur éloquence, cette foi de Nicée qui avait été celle des Apôtres. Au premier rang, et tout couvert des palmes d’une glorieuse confession, apparaît Hilaire, élevé, comme dit saint Jérôme, sur le cothurne gaulois et paré des fleurs de la Grèce, le Rhône de l’éloquence latine, et l’insigne Docteur des Églises, selon saint Augustin.

Sublime par son génie, profond dans sa doctrine, Hilaire est plus grand encore dans son amour pour le Verbe incarné, dans son zèle pour la liberté de l’Église ; toujours dévoré de la soif du martyre, toujours invincible à cette époque désolante où la foi, victorieuse des tyrans, sembla un jour au moment d’expirer, par l’astuce des princes, et parla lâche défection de tant de pasteurs.

L’ancienne Église Gallicane, dans ses livres liturgiques dont quelques fragments sont venus jusqu’à nous, consacre les éloges suivants au plus illustre de ses Pontifes. Nous donnerons d’abord cette Allocution au peuple fidèle, extraite d’un antique Sacramentaire.

ALLOCUTION.

Supplions, ô peuples, l’adorable Seigneur, dans l’abondance de nos vœux, en ce retour solennel de la fête du très heureux pontife Hilaire, dont la bouche a tonné au milieu du monde, pour l’égalité des trois divines personnes, avec tant de force, que ce soldat du Christ a renversé le Prince de ce siècle, et est entré vainqueur au palais du Roi céleste. Demandons à Celui qui l’a rendu chef vigilant de ses armées, et calme au milieu des combats, qu’il daigne nous faire la grâce d’obtenir, par le suffrage d’Hilaire, ce que nous sollicitons en son honneur.

Cette Préface, qui célèbre les vertus et les prodiges de saint Hilaire, s’est conservée dans l’Église des Gaules, même après l’introduction de la Liturgie Romaine :

PRÉFACE.

Il est vraiment digne et juste de vous rendre grâces , de vous offrir des vœux, de vous consacrer ces dons, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez élu le bienheureux Hilaire votre Confesseur pour le Pontife de votre confession sacrée : cet homme tout éclatant d’une lumière immense, orné d’une si grande douceur de mœurs, enflammé des ardeurs de la foi, source impétueuse d’éloquence ; lui dont la gloire paraît dans le concours des peuples à son tombeau, dans la guérison des possédés, dans le soulagement de ceux qui languissent, dans les signes des plus merveilleux prodiges. Selon la nature, il a quitté notre séjour ; mais les mérites de ce Pontife survivent au delà du tombeau, en la présence du Sauveur Jésus-Christ, notre Seigneur.

L’Oraison suivante a été recueillie de plusieurs anciens Missels manuscrits :

ORAISON.

O Dieu, dont la miséricorde change les pécheurs pour le pardon, et transfère les justes pour les couronner ; vous qui, habitant dans le cœur du bienheureux Pontife Hilaire, y avez donné les réponses de la foi, comme du sein de votre sanctuaire ; vous qui avez donné à cet illustre Confesseur de ne pas craindre César : daignez, par son intercession, défendre votre peuple suppliant contre son ennemi spirituel, et faire qu’il soit protégé par la fidèle prière de celui dont il célèbre avec transport la solennité.

L’Église de Poitiers, toujours fidèle à la mémoire de son héroïque Pontife, célèbre sa fête avec une religion filiale. Pour honorer avec plus d’éclat le témoignage rendu par le grand Docteur des Gaules, au mystère qui fait la base du Christianisme tout entier, elle chante en ce jour, à la Messe, la Préface de la Sainte Trinité. Nous donnerons ici quelques pièces liturgiques empruntées aux anciens livres de cette illustre Église. Les Répons suivants sont tirés en partie de la Légende du Saint, rédigée par saint Venance Fortunat, l’un de ses plus illustres successeurs.

R/. Le bienheureux Hilaire, distingué au-dessus de tous par l’honneur de la naissance, plus éclatant encore par la pureté de son cœur, * Brillant comme l’étoile du matin, a paru au milieu des astres, V/. Le bienheureux Hilaire, Évêque de la ville de Poitiers, sorti de la région d’Aquitaine, * Brillant comme l’étoile.

R/. Oh ! Qu’il fut parfait dans l’état de laïque ! Les prêtres mêmes eussent désiré être ses imitateurs. * L’occupation de sa vie n’était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l’aimer avec crainte, V/. Ceux qui marchent sur ses traces, courent à la gloire ; ceux qui s’en écartent, encourent la peine : au croyant la récompense ; à l’incrédule, les supplices. * L’occupation de sa vie.

R/. Le très saint Hilaire fut donc exilé dans la Phrygie, contrée d’Asie, pour l’accroissement de sa vertu ; * Car plus il s’éloignait, pour l’amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s’approcher du ciel. V/. Étant arrivé au lieu de ses désirs, nous devons célébrer les faveurs qui lui furent accordées. * Car plus il s’éloignait.

R/. De retour de son exil, le saint Pontife Hilaire rentra dans Poitiers, au milieu de la joie et des applaudissements de tout son peuple ; * Car l’Église recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur. V/. La perle des Prélats, il est rentré dans son héritage ; louons le Seigneur, et que le chœur des Anges aussi se réjouisse. * Car l’Église.

De nos jours, l’Église de Poitiers chante en l’honneur de son grand Évêque ces deux Hymnes composées par le pieux Simon Gourdan, chanoine régulier de cette même abbaye de Saint-Victor de Paris, tant illustrée par les Séquences de son immortel Adam.

HYMNE.

Depuis le jour où l’Église, mère féconde de tant d’hommes illustres, réunit les Gaulois à son immense troupeau, quel homme parmi eux a été comparable à Hilaire ? Quel docteur a vengé avec plus de courage le Fils engendré par le Père ?

Célèbre, ô peuple fidèle, les titres de gloire qui le recommandent, la dignité de son élocution, les qualités nombreuses qui brillèrent en lui ; mais son suprême honneur, c’est la foi, par laquelle il proclame hautement le Fils de Dieu.

La mitre qui brille sur son auguste front n’a pas été teinte de son sang ; mais sa vie a été en proie à mille épreuves ; ses fatigues incessantes ont compense pour lui l’honneur du martyre.

La foi de Nicée resplendit par les efforts d’un tel vengeur ; en vain la fureur des enfers s’efforce d’en renverser le Symbole ; Hilaire lance les éclairs de sa parole semblable à un glaive d’or ; il chasse les loups dévastateurs.

Avec quel transport le fidèle troupeau reçoit, à son retour, le Pontife exilé I Après ses longs combats, que de lauriers Hilaire moissonne ! O Martin ! c’est alors qu’il t’enseigne à marcher d’un pas ferme dans le sentier des vertus.

Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l’Esprit divin !

Amen.

HYMNE.

Ni la fraude, ni la faveur des princes, ni leurs menaces, n’ébranlent l’athlète magnanime ; Pasteur, il est contraint par un ordre tyrannique de quitter son troupeau. Qui désormais repoussera la fureur des loups ?

Tu pars, ô Pontife ! Mais tandis que ton grand cœur se soumet à l’exil, la Gaule est baignée dans les larmes ; et la terre de Phrygie, qui reçoit en toi un père, va se réjouir de posséder en toi le vengeur du Verbe.

Puissant Docteur, il illumine du flambeau d’une lumière nouvelle les ténèbres sous lesquelles se cachait l’erreur ; ses eaux vives nettoient les pâturages souillés d’un impur limon ; il éclaire des nations que l’infidélité rendait encore féroces.

Il confirme dans la foi des pasteurs chancelants : on voit revenir vers leurs troupeaux les gardiens timides que l’audace de l’hérésie en avait éloignés ; la voix d’Hilaire est pour eux la voix d’un père.

Sublime Pontife, qui, au plus haut des cieux, contemples de près le Soleil de justice, obtiens qu’il daigne nous éclairer, ce Verbe dont tu nous as fait connaître l’essence.

Qu’ils tremblent en présence du prince de ce monde ceux qui ne goûtent que les choses terrestres ; pour Hilaire, il dédaigne les fureurs d’un César irrité ; il n’affirme qu’avec plus de liberté la pure foi du Christ.

Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l’Esprit divin. Amen.

Ainsi a mérité d’être glorifié le saint Pontife Hilaire, pour avoir conservé, par ses courageux efforts, et jusqu’à exposer sa tête, la foi dans le premier des mystères. Une autre gloire que Dieu lui a donnée est d’avoir fécondé, par sa vigueur, le grand principe de la Liberté de l’Église, principe sans lequel l’Épouse de Jésus-Christ est menacée de perdre, du même coup, la fécondité et la vie. Naguère, nous avons honoré la mémoire du saint Martyr de Cantorbéry ; aujourd’hui, nous célébrons la fête d’un des plus illustres Confesseurs dont l’exemple l’éclaira et l’encouragea dans la lutte. L’un et l’autre s’inspiraient des leçons qu’avaient données aux ministres du Christ les Apôtres eux-mêmes, lorsqu’ils parurent pour la première fois devant les tribunaux de ce monde et prononcèrent cette grande parole, qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. (Act. V, 29.) Mais les uns et les autres n’étaient si forts contre la chair et le sang, que parce qu’ils étaient détachés des biens terrestres, et avaient compris que la vraie richesse du chrétien et du Pontife est dans l’humilité et le dénuement de la crèche, la seule force victorieuse dans la simplicité et la faiblesse de l’Enfant qui nous est né. Ils avaient tous goûté les leçons de l’école de Bethlehem, et voilà pourquoi aucune promesse d’honneurs, de richesses, de paix même, ne put les séduire.

Avec quelle dignité cette nouvelle famille de héros du Christ se lève au sein de l’Église ! Si la politique des tyrans qui veulent paraître chrétiens, malgré le christianisme, leur refuse avec obstination la gloire du martyre, de quelle voix tonnante ne proclament-ils pas la liberté due à l’Emmanuel et à ses ministres ! D’abord, ils savent dire aux princes, avec notre grand Évêque de Poitiers, dans son premier Mémoire à Constance : « Glorieux Auguste, votre sagesse singulière comprend qu’il ne convient pas, qu’il n’est pas possible de contraindre violemment des hommes qui y répugnent de toutes leurs forces, à se soumettre, et à s’unir à ceux qui ne cessent de répandre les semences corrompues d’une doctrine adultère. L’unique but de vos travaux, de vos desseins, de votre gouvernement, de vos veilles, doit être de faire jouir des douceurs de la liberté tous ceux à qui vous commandez. Pas d’autre moyen d’apaiser les troubles, de réunir ce qui a été disjoint avec violence, que de rendre chacun exempt de la servitude, et maître de sa vie. Laissez donc parvenir aux oreilles de votre mansuétude toutes ces voix qui crient : Je suis Catholique, je ne veux pas être hérétique ; je suis Chrétien, je ne suis pas Arien : je préfère mourir en ce monde, plutôt que de laisser corrompre par la domination d’un homme la pureté virginale de la vérité. »

Et lorsque l’on faisait retentir aux oreilles d’Hilaire le nom profané de la Loi pour justifier la trahison dont l’Église était l’objet de la part de ceux qui préféraient les bonnes grâces de César au service de Jésus-Christ, le saint Pontife, dans son Livre contre Auxence, rappelait avec courage à ses collègues l’origine de l’Église, qui n’a pu s’établir qu’à rencontre des lois humaines, et qui se fait gloire d’enfreindre toutes celles qui entraveraient sa conservation, ses développements et son action.

« Quelle pitié nous inspire toute cette peine qu’on se donne de notre temps, et combien il nous faut gémir en considérant les folles opinions de ce siècle, quand on rencontre des hommes qui pensent que les choses humaines peuvent protéger Dieu, et qui travaillent à défendre l’Église du Christ par les moyens de l’ambition séculière ! Je vous le demande, à vous, Évêques, de quel appui les Apôtres se sont-ils servis dans la publication de l’Évangile ? Quelles sont les puissances qui les ont aidés à prêcher le Christ, à faire passer presque toutes les nations du culte des idoles à celui de Dieu ? Obtenaient-ils quelques dignités de la cour, eux qui chantaient des hymnes à Dieu dans les prisons, sous les chaînes, et après avoir été flagellés ? Était-ce par les édits du prince, que Paul rassemblait l’Église du Christ ? Sans doute qu’il agissait sous le patronage d’un Néron, d’un Vespasien, ou d’un Décius, de ces princes dont la haine a fait fleurir la prédication divine ! Ces Apôtres, qui vivaient du travail de leurs mains, qui tenaient leurs assemblées dans des lieux secrets, qui parcouraient les villages, les villes, les nations, par terre et par mer, en dépit des Sénatus-Consultes et des Édits royaux, ils n’avaient sans doute pas les clefs du Royaume des Cieux ! Ou bien encore, ce n’est pas la vertu de Dieu qui triomphait des passions humaines, dans ces temps où la prédication du Christ s’étendait en proportion des défenses dont elle était l’objet ! »

Mais quand le moment est arrivé de s’adresser à l’Empereur lui-même, et de protester en face contre la servitude de l’Église, Hilaire, le plus doux des hommes, revêt cette indignation divine dont le Christ lui-même parut animé contre les violateurs du Temple ; et son zèle apostolique brave tous les dangers pour signaler les périls du système que Constance a inventé pour étouffer l’Église du Christ, après l’avoir flétrie.

« Le temps de parler est venu ; car le temps de se taire est passé. Il nous faut attendre le Christ ; car le règne de l’Antéchrist a commencé. Que les pasteurs poussent des cris ; car les mercenaires ont pris la fuite. Donnons nos vies pour nos brebis ; car les voleurs sont entrés, et le a lion furieux tourne autour de nous. Allons au-devant du martyre ; car l’ange de Satan est transformé en ange de lumière.

« Pourquoi, Dieu tout-puissant, ne m’avez-vous pas fait naître, et remplir mon ministère au temps des Néron et des Décius ? Plein du feu de l’Esprit-Saint, je n’eusse pas craint le chevalet, au souvenir d’Isaïe scié en deux ; le feu ne m’eût pas épouvanté, à la pensée des Enfants Hébreux chantant au milieu des flammes ; ni la croix, ni le brisement des membres ne m’eussent effrayé, en me rappelant le larron transféré dans le Paradis après un semblable supplice ; les abîmes de la mer, la fureur des vagues n’eussent point affaibli mon courage ; car l’exemple de Jonas et de Paul aurait été là pour m’apprendre que vos fidèles peuvent vivre sous les flots.

« Contre vos ennemis avoués, j’aurais combattu avec bonheur ; car je n’aurais pas eu de doute qu’ils ne fussent de vrais persécuteurs, ceux qui m’auraient voulu contraindre par les supplices, le fer et le feu, à renier votre Nom ; pour vous rendre témoignage, notre mort seule aurait suffi. Nous eussions combattu ouvertement et avec confiance contre ceux qui vous renient, contre des bourreaux, contre des meurtriers ; et nos peuples, avertis par la publicité de la persécution, nous eussent suivis comme leurs chefs, dans le sacrifice qui vous rend témoignage.

« Mais aujourd’hui nous avons à combattre contre un persécuteur déguisé, contre un ennemi qui nous flatte, contre Constance l’Antéchrist, qui a pour nous, non des coups, mais des caresses ; qui ne proscrit pas ses victimes pour leur donner la vie véritable, mais les comble de richesses pour leur donner la mort ; qui ne leur octroie pas la liberté des cachots, mais leur donne une servitude d’honneurs dans ses palais ; qui ne déchire pas les flancs, mais envahit les cœurs ; qui ne tranche pas la tête avec le glaive, mais tue l’âme avec son or ; qui ne publie pas d’édits pour condamner au feu, mais allume, pour chacun, le feu de l’enfer. Il ne dispute pas, dans la crainte d’être vaincu ; mais il flatte pour dominer ; il confesse le Christ, pour le renier ; il procure une fausse unité, afin qu’il n’y ait pas de paix ; il sévit contre certaines erreurs, pour mieux détruire la doctrine du Christ ; il honore les Évêques, afin qu’ils cessent d’être Évêques ; il bâtit des églises, tout en ruinant la foi.

« Qu’on cesse de m’accuser de médisance, de calomnie ; le devoir des ministres de la vérité est de ne dire que des choses véritables. Si nous disons des choses fausses, nous consentons à ce que nos paroles soient réputées infâmes ; mais si nous faisons voir que tout ce que nous disons est manifeste, nous n’avons pas dépassé la liberté et la modestie des Apôtres, nous qui n’accusons qu’après un long silence.

« Je te dis hautement, Constance, ce que j’aurais dit à Néron, ce que Décius et Maximien auraient entendu de ma bouche : Tu combats contre Dieu, tu sévis contre l’Église, tu persécutes les saints, tu hais les prédicateurs du Christ, tu enlèves la religion ; tu es un tyran, sinon dans les choses humaines, du moins dans les choses divines. Voilà ce que j’aurais dit en commun, à toi et à eux ; maintenant, écoute ce qui t’est propre. Sous le masque d’un chrétien, tu es un nouvel ennemi du Christ ; précurseur de l’Antéchrist, tu opères déjà ses odieux mystères. Vivant contre la foi, tu t’ingères à en dresser des formules ; tu distribues les évêchés à tes créatures ; tu remplaces les bons par des méchants. Par un nouveau triomphe de la politique, tu trouves le moyen de persécuter sans faire de martyrs. « _ Combien plus nous fûmes redevables à votre cruauté, Néron, Décius, Maximien ! Par vous, nous avons vaincu le diable. La piété a recueilli en tous lieux le sang des martyrs ; et leurs ossements vénérés rendent témoignage de toutes parts. Mais toi, plus cruel que tous les tyrans, tu nous attaques avec un plus grand péril pour nous, et tu nous laisses moins d’espoir pour le pardon. A ceux qui auraient eu le malheur d’être faibles, il ne reste même pas l’excuse de pouvoir montrer à l’éternel Juge la trace des tortures et les cicatrices de leurs corps déchirés, pour se faire pardonner la faiblesse, en considération de la nécessité. O le plus scélérat des a hommes ! tu tempères les maux de la persécution de telle sorte que tu enlèves l’indulgence à la faute, et le martyre à la confession.

« Nous te reconnaissons sous tes vêtements de brebis, loup ravissant ! Avec l’or de l’État, tu décores le sanctuaire de Dieu ; tu lui offres ce que tu enlèves aux temples des Gentils, ce que tu extorques par tes édits et tes exactions. Tu reçois les Évêques par le même baiser dont le Christ a été trahi. Tu abaisses ta tête sous la bénédiction, et tu foules aux pieds la foi ; tu fais remise des impôts aux clercs, pour en faire des chrétiens renégats ; tu relâches de tes droits, dans le but de faire perdre à Dieu les siens. »

Telle était la vigueur du saint évêque en face d’un prince qui finit par faire des martyrs ; mais Hilaire n’eut pas seulement à lutter contre César. A toutes les époques, l’Église a renfermé dans son sein des demi-fidèles que l’éducation, une certaine bienséance, quelques succès d’influence et de talent, retiennent parmi les catholiques, mais que l’esprit du monde a pervertis. Ils se sont fait une Église humaine, parce que le naturalisme ayant faussé leur esprit, ils sont devenus incapables de saisir l’essence surnaturelle de la véritable Église. Accoutumés aux variations de la politique, aux tours habiles à l’aide desquels les hommes d’État arrivent à maintenir un équilibre passager à travers les crises, il leur semble que l’Église, dans la déclaration même des dogmes, doit compter avec ses ennemis, qu’elle pourrait se méprendre sur l’opportunité de ses résolutions, en un mot que sa précipitation peut attirer sur elle, et sur ceux qu’elle compromettra avec elle, une défaveur funeste. Arbres déracinés, dit un apôtre ; car en effet leurs racines ne plongent plus dans le sol qui les eût nourris et rendus féconds. Les promesses formelles de Jésus-Christ, la direction immédiate de l’Esprit-Saint sur l’Église, l’aspiration du vrai fidèle à entendre proclamer dans son complément la vérité qui nourrit la foi, en attendant la vision, la soumission passive due préalablement à toute définition qui émane et émanera de l’Église jusqu’à la consommation du monde : tout cela pour eux n’appartient point à l’ordre pratique. Dans l’enivrement de leur politique mondaine et des encouragements qu’elle leur vaut de la part de ceux qui haïssent l’Église, ils se compromettent devant Dieu et devant l’histoire par les efforts désespérés qu’ils osent faire pour arrêter la promulgation de la vérité révélée.

Hilaire devait aussi les rencontrer sur son chemin, ces hommes qu’effrayait le consubstantiel, comme d’autres se sont effarouchés de la transsubstantiation et de l’infaillibilité. Il s’opposa comme un mur d’airain à leurs pusillanimités et à leurs vulgaires calculs. Écoutons-le lui-même commenté par le plus éloquent de ses successeurs : « La paix, me dites-vous ? N’allez-vous pas troubler la paix, troubler l’union ? » — C’est un beau nom que celui de la paix ; c’est aussi une belle chose que l’idée d’unité ; mais qui donc ignore que, pour l’Église et pour l’Évangile, il n’y a pas d’autre unité et d’autre paix que l’unité et la paix de Jésus-Christ ? » — Mais, lui objectait-on encore, ne savez-vous pas avec qui vous vous mesurez, et n’avez-vous pas peur ? » — « Oui, vraiment j’ai peur : j’ai peur des dangers que court le monde ; j’ai peur de la terrible responsabilité qui pèserait sur moi par la connivence, par la complicité de mon silence. J’ai peur enfin du jugement de Dieu, j’en ai peur pour mes frères sortis de la voie de la vérité, j’en ai peur pour moi, dont c’est le devoir de les y ramener. » On ajoutait : « Mais n’y a-t-il pas des réticences permises, des ménagements nécessaires ? » Hilaire répondait que l’Église n’a vraiment pas besoin qu’on lui fasse la leçon, et qu’elle ne peut oublier sa mission essentielle. Or, cette mission, la voici : « Ministres de la vérité, il nous appartient de déclarer ce qui est vrai. Ministros veritatis decet vera proferre [1]. »

C’était donc avec raison, glorieux Hilaire, que l’Église de Poitiers vous adressait, dès les temps anciens, ce magnifique éloge que l’Église Romaine consacre à votre illustre disciple Martin : « O bienheureux Pontife ! Qui aimait de toutes ses entrailles le Christ Roi, et qui ne ployait pas sous le faix du commandement ! O âme très sainte ! Que le glaive du persécuteur n’a point séparée du corps, et qui cependant n’a pas perdu la palme du martyre ! » Si la palme vous a manqué, du moins n’avez-vous pas manqué à la palme ; et la couronne de Martyr, qui ceint le front de votre illustre frère Eusèbe, ne convient pas moins à votre tête sacrée qu’entoure déjà l’auréole de Docteur. Tant de gloire est due à votre courage dans la confession de ce Verbe divin dont nous honorons, en ces jours, les abaissements et l’ineffable enfance. Comme les Mages, vous n’avez point tremblé en présence d’Hérode ; et si les ordres de César vous exilèrent sur la terre étrangère, votre cœur se consola en songeant à l’exil de Jésus enfant, dans la terre d’Égypte. Obtenez-nous la grâce de comprendre, à notre tour, ces divins mystères.

Veillez aussi sur la foi des Églises ; et par votre suffrage puissant, conservez-y la connaissance et l’amour du divin Emmanuel. Souvenez-vous de celle que vous avez gouvernée, et qui se glorifie encore d’être votre fille ; mais puisque l’ardeur de votre zèle embrassait la Gaule tout entière dont vous fûtes l’invincible boulevard, protégez aujourd’hui la France chrétienne. Qu’elle garde toujours le don de la foi ; que ses Evêques soient les athlètes courageux de la liberté ecclésiastique ; formez dans son sein des prélats puissants en œuvres et en paroles, comme Martin et comme vous, profonds dans la doctrine, et fidèles dans la garde du dépôt.

[1] Œuvres du Cardinal Pie, évêque de Poitiers, tome VI. Discours prononcé à Rome, dans l’Église de Saint-André della Valle, le 14 janvier 1870.

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Selon Grégoire de Tours, cette fête était déjà célébrée le 13 janvier dans cette cité épiscopale dès la fin du Ve siècle, c’est-à-dire sous le gouvernement de saint Perpétue. Mais ce ne fut que de nombreux siècles plus tard, sous Pie IX, qu’elle fut insérée dans le calendrier romain. Toutefois le 13 janvier étant le jour octave de l’Épiphanie, l’office de saint Hilaire fut remis au lendemain.

La messe est celle du Commun des Docteurs, semblable, en grande partie, à celle de la fête de saint Ambroise le 7 décembre. On y trouve seulement quelques variantes.

Le répons pour la messe des Docteurs est tiré du psaume 36 : « Les lèvres du juste proféreront des oracles de sagesse, et sa langue prononcera ce qui est juste. » — Voilà la magnifique louange que le Saint-Esprit fait de celui qui instruit les fidèles dans la voie de la vertu. Il ajoute toutefois immédiatement ce qui est exigé du prédicateur sacré, pour que sa parole puisse être vraiment fructueuse : « La loi de Dieu remplit son cœur, en sorte qu’il ne vacillera pas dans sa marche. »

Le verset alléluiatique s’inspire de l’Ecclésiastique (XLV, 9) : « Le Seigneur l’a aimé et l’a orné d’un manteau de gloire. » Toute grâce est un don de l’amour.

Le verset pour la communion est tiré de l’Évangile selon saint Luc (XII, 42) : « Voici le serviteur fidèle et prudent que le Seigneur a placé à la tête de sa famille. » — La prudence est le don le plus nécessaire aux supérieurs ecclésiastiques. Toutefois pour que cette prudence ne soit pas celle de la chair qui, selon l’Apôtre, est ennemie de Dieu, il faut qu’elle s’inspire de la foi, et c’est pourquoi le saint Évangile nous parle ici du serviteur non seulement prudent, mais aussi fidèle.

La collecte d’action de grâces est la même que pour la fête de saint Pierre Chrysologue.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Saint Hilaire. — Jour de mort : 13 janvier 367. Tombeau : dans la cathédrale de Parme (Italie). Image : On le représente en évêque, avec le livre des docteurs ; à ses pieds des serpents ou des dragons, symboles des erreurs qu’il a combattues. Sa vie : Saint Hilaire est un de ces héros qui, pour la foi à la divinité du Christ, ont éprouvé de grandes souffrances et accompli de grandes œuvres. A peine le temps des persécutions sanglantes était-il passé, que s’éleva un autre ennemi terrible dans le sein de l’Église : l’arianisme. Cette hérésie niait la divinité du Christ et n’était, sous le masque de la foi chrétienne, qu’une forme de paganisme. En très peu de temps, se déchaîna un conflit qui s’étendit sur toute l’Église, avec d’autant plus de rapidité que les empereurs soi-disant chrétiens favorisèrent puissamment l’hérésie. Il fallut encore que de nombreux martyrs scellassent, de leur sang, la foi à la divinité du Christ. Les évêques orthodoxes qui s’opposaient à l’hérésie furent envoyés en exil où ils souffrirent toutes sortes de privations.

Au premier rang des défenseurs de la foi se trouvait saint Hilaire. Il était issu d’une famille distinguée et avait reçu une éducation soignée. Bien que marié, il fut nommé, à cause de sa vie vertueuse, évêque de Poitiers ; bientôt, à cause de sa défense de la vraie foi, il fut exilé en Phrygie. C’est là qu’il composa son ouvrage principal sur la Sainte-Trinité (en douze livres) où il défend avec enthousiasme la foi de l’Église qui triomphe quand elle est combattue ». Enfin il put revenir dans sa patrie. Par sa sage douceur, il arriva à débarrasser les Gaules de l’hérésie d’Arius. Comme écrivain ecclésiastique, il eut aussi une influence heureuse ; c’est pourquoi l’Église l’a élevé à la dignité de docteur de l’Église.

Pratique. Depuis le Baptême, notre plus grand bien est la Sainte-Trinité, mais aussi notre adhésion à la Trinité par le Christ. Toutes nos prières, tous nos travaux et tous nos sacrifices sont un culte rendu à la Trinité. Avec quel zèle ne devrions-nous pas nous acquitter de nos prières à la Sainte Trinité depuis le signe de la Croix et Gloria Patri jusqu’au Gloria in excelsis, au Te Deum, au Credo. Depuis le Baptême nous sommes la propriété de la Sainte Trinité. Puissions-nous l’être consciemment dans notre intelligence, notre volonté, notre cœur, notre âme tout entière. Saint Hilaire peut être notre guide.

La messe du commun des docteurs (In medio) est très plastique. L’Église voit dans le prêtre célébrant notre saint docteur (cette conception rend les chants plus intelligibles). Quand le prêtre (autrefois l’Évêque) s’avance vers l’autel, nous chantons : « Au milieu de l’Église, Dieu lui ouvre la bouc e, le Seigneur le remplit de l’esprit de sagesse et d’intelligence ; il l’a revêtu de la robe de gloire » (Intr.). Le docteur de l’Église nous adresse en tout temps la parole, dans l’Église de Dieu. C’est dans la personne du prêtre qu’il nous parle aujourd’hui, le vêtement sacerdotal est l’image de la stola gloriae, de la robe de gloire. Dans le psaume 91, nous louons Dieu dans ses saints.

L’Oraison mérite elle aussi d’être méditée : le docteur de l’Église est pour nous, sur la terre, un doctor vitae — un maître de vie (c’est-à-dire de la sagesse de vie mais aussi de la vie divine) et en même temps un intercesseur au ciel.

Dans l’Épître, nous voyons le saint marcher sur les traces de saint Paul : il a été un combattant et un prédicateur sans peur et infatigable du royaume de Dieu — « opportunément ou importunément » — , il a fait œuvre d’évangéliste (nous ne voyons la facilité d’adaptation du texte de la messe que lorsque nous connaissons, d’une certaine manière, la vie du saint). Aujourd’hui est le jour de sa mort, le jour du retour du Seigneur pour lui, où il peut dire : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, maintenant est réservée pour moi la couronne de justice que me donnera en ce jour le Seigneur le juste Juge. » Et nous pouvons aujourd’hui, à la messe, assister avec le saint au retour du Seigneur.

Le saint docteur est le sel de la terre, une lumière de l’Église, une ville sur la montagne (songeons à l’Évêque assis sur un trône élevé), une lumière dans la maison du Seigneur, placée sur le chandelier, lumière à laquelle nous pouvons allumer notre petite lumière ; il est appelé grand, car il a fait et enseigné de grandes choses (Év.).

Quand nous approchons de l’autel, pour offrir nos dons, le saint « se multiplie » en nous comme « se multiplie le palmier ou le cèdre » ; nous lui devenons semblables. (Off). Au moment de la communion, nous voyons encore dans le prêtre qui nous la distribue, le docteur de l’Église. Nous voyons en esprit l’Évêque de la primitive Église, dans ses fonctions liturgiques de prédicateur et de prêtre. Dans l’avant-messe, nous entendons son enseignement ; au Saint-Sacrifice, nous le voyons dans l’administration de la communion. La doctrine et l’Eucharistie sont le froment divin que l’administrateur de la famille de Dieu distribue « prudemment et fidèlement ». Aujourd’hui encore le prêtre qui célèbre nous distribue le même froment des élus dans l’esprit de saint Hilaire.

SOURCE : http://www.introibo.fr/14-01-St-Hilaire-eveque-confesseur#nh1


Hilaire de Poitiers



Commentaires sur les Psaumes



Instruction préalable sur les Psaumes


Voici la traduction de l’ « Instruction préalable sur les Psaumes » qui figure au commencement des « Commentaires sur les Psaumes » de saint Hilaire de Poitiers. par Claude Rigolot (frère Irénée)

1. NOUS AVONS CONSTATÉ, à partir des livres mêmes qu’ils ont laissés, que chez beaucoup, à propos du Livre des Psaumes, les opinions divergent. En effet, parmi les hébreux, les uns veulent que les psaumes soient répartis en cinq livres ; qu’ainsi, le premier livre aille jusqu’au psaume 40, que le second aille du psaume 41 au psaume 70, que de là jusqu’au psaume 88 on ait le troisième livre, qu’ensuite on ait le quatrième livre jusqu’au psaume 105 - ce qui justifierait cette répartition serait que chacun des psaumes concluant chaque livre porte en finale fiat, fiat, « que cela soit, que cela soit » - ; le cinquième livre se terminerait au psaume 150. D’autres cependant ont estimé que les Psaumes devaient être intitulés Psaumes de David, titre par lequel ils veulent entendre que tous ont été composés par David. Mais nous, en nous appuyant sur l’autorité de l’Apôtre, nous disons et nous écrivons : Livre des Psaumes. Car dans les Actes des Apôtres, nous nous rappelons qu’il est dit : Ainsi est-il écrit au Livre des Psaumes : ’Que sa maison soit déserte et qu’un autre prenne sa fonction d’épiscope’ (Ac 1, 20). Ce n’est donc ni de cinq livres qu’il s’agit - comme l’entendent certains hébreux -, ni de Psaumes de David - selon la naïveté de beaucoup -, mais on doit, selon l’autorité de l’Apôtre, reconnaître ce livre comme le Livre des Psaumes.

2. Plusieurs auteurs ont écrit ces psaumes. En effet, dès l’en-tête de plusieurs d’entre eux, il est mentionné que David en est l’auteur ; pour d’autres que c’est Salomon, pour d’autres Asaph ou Idithus ; pour d’autres encore, que ce sont les fils de Choré ; comme en-tête d’un autre, il est dit que Moïse en est l’auteur. Il ressort de cela qu’il est absurde de les dire indistinctement Psaumes de David alors que tant d’auteurs sont désignés par les titres mêmes des inscriptions initiales. Il est donc plus exact de parler de Livre des Psaumes : psaumes relatifs à diverses prophéties d’époques et d’auteurs différents ayant été rassemblées en un seul volume. Cependant, pour quelques-uns, on constate que les noms de Jérémie, d’Aggée et de Zacharie figurent dans les suscriptions qui introduisent ces psaumes-là, alors que rien de tel ne se constate dans l’édition des livres authentiques des Soixante-Dix traducteurs (LXX), d’autant que, dans plusieurs manuscrits grecs et latins, les titres non altérés de nombreux psaumes se présentent sans leurs noms.

3. Pour ce qui est des psaumes qui, sans nom d’auteur, sont placés sous des suscriptions différentes, la tradition reçue des anciens est que, à partir du psaume dont l’auteur est indiqué dans la suscription, ceux qui viennent après sans suscription mentionnant leurs auteurs doivent être considérés comme étant de celui qui est donné comme auteur du psaume précédent jusqu’au psaume où le nom d’un autre auteur est mentionné dans l’en-tête, de sorte que, si la suscription initiale du psaume mentionne « Psaume de David », ceux qui suivent sans titre soient tenus pour être de David, cela jusqu’à ce que le nom d’un autre prophète soit placé en tête d’une nouvelle suscription. Et, partant de celui-ci jusqu’à un autre prophète nouvellement mentionné, les psaumes qui, sans nom d’auteur, se trouvent entre les deux, sont attribués à l’auteur qui figure dans la suscription du psaume antérieur.

4. Si d’aventure il se trouve quelqu’un pour déprécier le bon droit de cette manière d’interpréter en se basant sur le fait que, dans les psaumes qui suivent immédiatement celui dont l’auteur est présenté comme étant Moïse, il est écrit - comme dans le psaume 98 - : Moïse et Aaron parmi ses prêtres, et Samuel parmi ceux qui invoquent son nom…, et que cela ne peut avoir été prophétisé par Moïse puisque le nom de Samuel, né longtemps après Moïse, figure dans le psaume, que celui-là (le « dépréciateur ») se rappelle qu’il n’est ni extraordinaire, ni difficile d’admettre qu’un aussi grand prophète ait pu révéler le nom d’un autre grand prophète des temps futurs même s’il est venu après lui. C’est ainsi qu’au premier Livre des Rois figure le nom de Josias, prophétisé bien avant qu’il fût né, lorsque le prophète dit : Autel, autel, ainsi parle le Seigneur : voici qu’il naîtra un fils à David, nommé Josias (1 R 13, 2). Il n’est donc pas invraisemblable de penser qu’il convienne de croire que Samuel ait été prédit par Moïse. Bien plus, lorsque, selon Jérémie, il est dit : Pas même si Moïse ou Samuel se tenaient devant ma face (Jr 15, 1), Samuel est nommé et comparé à Moïse eu égard au mérite de sa sainteté. Quant à la tradition venant d’Esdras qui aurait rassemblé, croit-on, les psaumes en un seul livre après la Captivité, il appartient à ceux qui suspectent les auteurs de ces psaumes de démontrer si l’on doit la considérer comme fausse ou invraisemblable. Il est absolument clair en effet, qu’ils ne peuvent l’avoir été que si, comme prophéties, ils ont été prophétisés prophétiquement (nisi prophetis prophetantibus prophetari).

5. Pas d’ambiguïté possible : ce qui est dit dans les psaumes, c’est selon la prédication évangélique qu’il convient de le comprendre, en sorte que, quelle que soit la personne par laquelle l’Esprit prophétique a parlé, tout ce qui y est dit vise la connaissance de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, de son incorporation (corporatio), de sa Passion, de son règne, de la gloire et de la puissance de notre résurrection. Cependant, toutes les prophéties ont été fermées et scellées pour l’esprit mondain et pour la prudence du siècle, selon ce que dit Isaïe : Toutes ces paroles deviendront pour vous comme les mots d’un livre scellé. Et si on les donne à quelqu’un qui sait lire en lui disant : ’Lis cela’, il répondra : ’Je ne le peux pas, car le livre est scellé’. Et si on remet le livre entre les mains de quelqu’un qui ignore les lettres en lui disant : ’Lis cela’, il répondra : ’Je ne sais pas lire’ (Is 29, 11-12).

L’incapacité de lire et de comprendre le livre de la prophétie est démontrée au moyen de ces deux hommes ; lorsque l’intelligence de l’homme formé à la lecture n’a pas d’accès au sceau du mystère resté fermé, elle est mise sur le même plan que l’ignorance de l’homme inculte, du fait pour l’un et l’autre de leur commune indigence à comprendre. Tout est en effet entrelacé de significations allégoriques et typologiques par lesquelles tous les mystères sont dévoilés, ceux du Fils de Dieu Unique-Engendré naissant dans un corps, souffrant, mourant, ressuscitant et régnant dans l’éternité, glorifiant avec lui ceux qui auront cru en lui, et jugeant les autres. Et, parce que les scribes et les pharisiens qui n’admettaient pas le fait que le Fils de Dieu fût né dans un corps, refusaient à tous d’accéder à l’intelligence prophétique, le Seigneur, en les menaçant d’un châtiment, les accuse en ces termes : Malheur à vous, Docteurs de la Loi, qui avez enlevé la clef de la science ; vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous ne leur avez pas permis de le faire (Lc 11, 52). Car en niant le Christ dont l’avènement est l’œuvre des prophètes, ils ont enlevé la clef de la science ; le refus de la foi en l’avènement corporel ferme en effet l’accès à la connaissance de la Loi qui annonçait cet événement corporel du Seigneur.

6. Assurément, il faut comprendre que c’est de tout genre d’écrits prophétiques qu’il a été dit que, s’il n’a pas été compris et reconnu comme relatif à l’avènement du Seigneur engendré homme à partir d’une vierge, son intelligibilité reste scellée et fermée. Cependant, que le Livre des Psaumes ne puisse être compris d’aucune manière si ce n’est par le moyen de la foi en l’avènement du Seigneur, nous en sommes instruits par l’Apocalypse du bienheureux Jean : A l’ange de l’Église de Philadelphie, écris : "Ainsi parle le Saint, le Vrai, qui possède la clef de David ; s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira. Il possède donc la clef de David, car lui-même, par les sept sceaux dont parle prophétiquement David dans les Psaumes à propos de sa nature corporelle (corporalitas), de sa passion, de sa mort, de sa résurrection, de sa gloire, de son règne, et de son jugement, il accomplit en ouvrant ce que personne ne fermera, et il ferme ce que personne n’ouvrira. Par la clef de la prophétie qui s’est accomplie en lui, il ouvrira ce que personne n’interdira et, au contraire, si l’on refuse de donner sa foi à la prophétie qui a été accomplie en lui, il fermera ce que personne ne pourra ouvrir. En effet, personne d’autre que celui en qui ces événements ont été annoncés et réalisés ne donnera la clef de leur intelligibilité. De fait, c’est bien ce qu’il a enseigné à la suite de ce texte de l’Apocalypse quand Jean dit : Et je vis dans la main droite de Celui qui siège sur le trône un livre écrit au recto et au verso, scellé de sept sceaux ; et je vis un ange puissant proclamant à haute voix : ’Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en briser les sceaux ?’ Et personne ne put ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ouvrir le livre et le lire. Et moi je pleurais car personne ne fut jugé digne d’ouvrir le livre et de le lire. L’un des vieillards me dit : ’Ne pleurs pas. Voici qu’il a remporté la victoire le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David ; il pourra ouvrir le livre aux sept sceaux’ (Ap 5, 1-6). [1] Ce livre-là qui contient les événements passés et futurs écrits à l’intérieur et à l’extérieur, personne n’est digne de l’ouvrir ; les pleurs de l’Apôtre proviennent de son désir de comprendre et de la douleur provoquée par la difficulté d’y accéder. Mais il a remporté la victoire le lion de la tribu de Juda, et le rejeton de David peut ouvrir le livre aux sept sceaux, car seul, il a brisé, par le sacrement de son incorporation (sacramentum corporationis) et de sa divinité, les sept sceaux dont nous avons parlé plus haut par lesquels le livre restait fermé. De cela même, le Seigneur a témoigné après sa résurrection lorsqu’il dit : Il fallait donc que tout s’accomplisse de ce qui fur écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes (Lc 24, 44). Voilà donc ce par quoi tout livre prophétique est scellé et fermé puisque, quand on aura cru à ce qui a été accompli par le Seigneur, tout ce qui est scellé et fermé sera ouvert et délié.

8. Il ne faut pas ignorer d’autre part, que chez les hébreux, le nombre des psaumes est indistinct, et qu’ils sont répertoriés sans numéros d’ordre. Les psaumes ne sont pas numérotés en tête premier, second, troisième ; pas de cinquantième ou de centième qui soit annoncé ; sans aucun repère d’ordre ou de nombre, ils sont mélangés. En effet, comme le rapportent les antiques traditions, Esdras les rassembla et les transmit en un seul volume alors qu’ils étaient en désordre et dispersés en raison de la diversité des auteurs et des époques de composition. Mais les soixante-dix anciens qui, selon la tradition de Moïse, demeuraient dans la synagogue pour garder la Loi et la droite doctrine, après que leur eut été confié par le roi Ptolémée le soin de traduire de l’hébreu en grec le contenu de toute la Loi, ils comprirent sous l’effet d’une science spirituelle et céleste la portée de chaque psaume, les numérotèrent et les remirent en ordre, attribuant à chaque numéro, qui tire sa perfection de son ’efficace’ [em], la place qui revient aux psaumes parfaits en tant que dotés d’une réelle efficience.

9. Bien que cela puisse être compris à partir de la valeur de chaque psaume, nous l’apprenons cependant de la façon la plus manifeste dans le récit historique des actions et des époques : la place des psaumes est déterminée par l’efficace des nombres parfaits. Ainsi, le psaume 3 est postérieur, selon la lettre, au psaume 50 ; les deux titres sont séparés par un long intervalle de temps et de générations ; le second (Ps 50), expose les faits relatifs à Urie et à David ; le premier (Ps 3) rapporte la fuite de David poursuivi par son fils Absalon. La puissance et le mystère du nombre ont fait que l’un et l’autre soient placés en fonction des nombres qui leur sont appropriés et leur conviennent.

10. Le titre du psaume 50 est, selon l’histoire, postérieur à celui du psaume 51. Mais la puissance (uirtus) du nombre 50 réclamait qu’il fût placé avant le cinquante-et-unième ; et Doeg, implacable dans sa haine à l’égard de David, exigeait d’être reporté après le cinquantième, en sorte que la rémission des péchés soit associée au nombre cinquante, et que la peine de la perfidie, excédant le nombre de la rémission prévue, fût privée de pardon du fait que le temps et le chiffre de la pénitence aient été outrepassés. En effet, puisque selon la préfiguration de l’année jubilaire, la rémission des péchés a été instituée sous le signe du nombre cinquante en qui se trouve le sabbat des sabbats, il était normal que le psaume dans lequel, après s’être soumis à la pénitence, on demande le pardon des péchés, fût placé au rang correspondant à ce nombre.

11. Le Livre des Psaumes est constitué de trois fois cinquante psaumes ; cela tient à l’organisation et à l’ordonnancement de notre bienheureuse attente. Car si l’on considère attentivement la totalité que représente la première cinquantaine, la deuxième cinquantaine qui vient ensuite et la troisième cinquantaine qui vient encore après en marquant la fin du livre, on comprendra que l’intention qui se manifeste dans la répartition des psaumes suivant cet ordre est adaptée à l’économie de notre salut. En effet, comme il y a, pour atteindre le salut, un premier degré : renaître en homme nouveau après la remise des péchés, comme après l’aveu du repentir arrive le Règne du Seigneur qui sera conservé jusqu’au temps de la Cité sainte et de la Jérusalem céleste, comme ensuite, une fois achevée en nous la gloire céleste, nous avançons par le règne du Fils jusqu’au règne de Dieu le Père, où toute la foule des esprits bienheureux proclamera devant Dieu les louanges qui lui sont dues, il nous sera facile de comprendre que dans la puissance (in uirtutibus) de chaque psaume placé sous le nombre de cinquante se trouve contenu un sens relatif au mystère qu’il doit à cette répartition par cinquantaine.

12. Cependant, le nombre sept compté sept fois de façon à obtenir son septuple montre qu’il s’agit du sabbat des sabbats ; néanmoins, il est porté à sa perfection par le nombre huit - le premier jour étant aussi le huitième -, ajouté à l’ultime sabbat, selon la plénitude évangélique. Le sabbat des sabbats a été observé par les Apôtres selon un rite prescrivant que durant ces jours de la cinquantaine, nul ne ferait sa prière d’adoration le corps étendu sur la terre, ni n’entraverait par le jeûne l’allégresse de ce bonheur spirituel ; la même chose a été également établie concernant les jours du Seigneur qui, au-delà du nombre du sabbat, viennent s’ajouter par la plénitude de la prédication évangélique. En effet, bien que dans le septième jour, le nom et l’observance du sabbat aient été établis, cependant, quant à nous, c’est au huitième jour - qui en fait est le premier -, que nous nous réjouissons dans l’allégresse du parfait sabbat.

13. Il convient de considérer aussi dans le psaume qui est à la huitième place la perfection de l’ogdoade, perfection qu’elle doit aux mystères célestes dans le psaume qui se trouve le huitième ; il lui est adjoint le titre : Pour les pressoirs, les pressoirs étant des récipients préparés pour recevoir les fruits nouveaux et la chaleur du moût qui fermente. Et ce nombre huit est destiné à percevoir les fruits évangéliques, une fois réformés les récipients éphémères de nos corps, selon l’ogdoade évangélique. La teneur même des paroles de ce même psaume huit l’atteste. La puissance (uirtus) de cette ogdoade est aussi comme contenue dans la puissance (uirtus) du psaume 6 et de son chiffre, où l’on prie pour l’octave. C’est la signification du nombre qui a fait qu’au psaume 6 se trouvait une prière pour l’octave, et qu’au psaume 8 fut ajouté le titre pour les pressoirs. Mais cette suscription des pressoirs se trouve par trois fois reprise. En effet, les psaumes huitième, quatre-vingtième et quatre-vingt-troisième ont ce titre pour que l’ordonnance (ordo) de cette parfaite béatitude se fondât sur des nombres parfaits ; il fallait cependant que le mystère de la Triade - qui pour nous se nomme Trinité -, fût enclos dans l’ogdoade simple et la décade de l’ogdoade.

14. Qui plus est, nous pouvons encore reconnaître cette perfection de l’ogdoade dans le psaume cent dix-huitième. En effet, chaque lettre de l’alphabet hébreu est répétée huit fois, en tête de huit versets. Mais la puissance (uirtus) même du psaume montre le sens relatif au mystère (sacramentum) de l’ogdoade. Or, dans ce psaume, il y a vingt-deux ogdoades. De fait, à chaque groupe de huit versets est assignée en tête une des lettres (hébraïques) ; la raison en est la suivante : comme le psaume conduit l’homme parfait à son achèvement, selon la doctrine évangélique, il fallait que nous fussions formés en suivant les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu, sous le signe sacré de l’ogdoade.

15. La raison pour laquelle la Loi de l’ancien Testament est répartie en vingt-deux livres est que ce nombre correspondait à celui des lettres de l’alphabet hébreu. Selon les traditions des Anciens, ces vingt-deux livres se répartissent ainsi : cinq livres de Moïse, Iesus Navé (Josué) comme sixième livre, les Juges et Ruth comme septième ; premier et second Livre des Rois comme huitième ; les troisième et quatrième Livres des Rois comme neuvième ; les deux Livres des Paralipomènes (Chroniques) comme dixième livre ; les paroles rapportées par Esdras comme onzième ; le Livre des Psaumes comme douzième ; les Proverbes de Salomon, l’Ecclésiaste et le Cantique des cantiques comme treizième, quatorzième et quinzième livres ; les douze (petits) Prophètes comme seizième livre ; Isaïe, Jérémie avec les Lamentations et la Lettre (cf. Bar. 6), Daniel, Ezéchiel, Job et Esther portant le total à vingt-deux livres. À ces livres cependant, certains ont jugé bon, en ajoutant les livres de Tobie et de Judith, d’en compter vingt-quatre, selon le nombre des lettres de l’alphabet grec, la langue des Romains se situant entre celles des Hébreux et des Grecs ; c’est en effet surtout par ces trois langues qu’est annoncé le mystère de la volonté de Dieu et l’attente du bienheureux Règne. De là ce que fit Pilate : il écrivit dans ces trois langues que le Seigneur Jésus-Christ était le Roi des Juifs. Bien que nombre de peuples barbares aient acquis une connaissance de Dieu conforme à la prédication des Apôtres et qu’ils aient embrassé la foi des Églises qui aujourd’hui trouvent place (chez ces peuples barbares), l’enseignement de l’Évangile a son assise cependant de manière spéciale dans l’Empire Romain, sous l’égide duquel sont tenus ensemble Hébreux et Grecs.

16. D’autre part, il est normal qu’à la suite de ce nombre multiple de huit, produit de vingt-deux ogdoades (celles du Ps 118), on considère le nombre qui le suit dans les quinze cantiques des Psaumes des degrés (Ps 119-133). Il fallait que ce « Cantique des degrés » constitue un ensemble de quinze psaumes obtenu à partir de deux nombres parfaits, à savoir l’hebdomade et l’ogdoade, c’est-à-dire les nombres sept et huit. Car, par l’observance de la Loi qui est fondée sur la septaine, et le progrès évangélique qui se trouve accompli dans le culte présent et dans l’attente espérée de l’ogdoade, on s’élève par ce Cantique des degrés aux choses célestes et éternelles. En effet, dans le Temple aussi, les princes des prêtres montaient dans le « Saint des saints » par ce nombre de degrés, de sorte que celui qui aurait parfaitement cru à la perfection et à la vérité de ce nombre de l’hebdomade et de l’ogdoade présent dans le Cantique des degrés, se verrait placé dans la perfection et la béatitude du « Saint des saints », puisque ni l’hebdomade de la Loi sans l’ogdoade des évangiles, ni l’ogdoade des évangiles sans l’hebdomade de la Loi, ne peuvent conduire l’homme à sa perfection.

17. Bien que ces réalités aient été dites par nous d’après les nombres relatifs à l’observance de la Loi et répartis dans le mystère évangélique, cependant, de façon évidente, nous comprendrons la puissance (uirtus) de chaque nombre à partir des suscriptions des psaumes et de l’intelligence des termes mêmes qui y sont employés ; les titres de toutes ces suscriptions sont différents. En effet, hormis ceux qui portent le nom de leurs auteurs ou des indications de motifs ou de temps, il s’en trouve d’autres dont le titre porte : pour la fin, d’autres Psaume d’un Cantique seulement, ou Cantique d’un Psaume ; il y a nécessairement diversité de motifs quand il y a diversité de suscriptions. Car ce n’est pas sans raison, du fait de la très grande diversité des sujets traités, qu’est modifié l’ordre des titres, de sorte que l’on trouve en tête pour caractériser le psaume placé sous le titre tantôt pour la fin, tantôt Psaume, tantôt Cantique, tantôt Cantique du Psaume, tantôt Psaume du Cantique ; et quoique nous nous efforcions à propos de chaque psaume de rendre compte de chacun des intitulés, cependant, ce n’est que sous forme de résumé permettant d’en saisir le sens que nous rassemblerons en un bref exposé la signification des diverses suscriptions.

18. Il y a toute une suite de psaumes dont la cause est la fin ; mais le psaume lui-même répond de sa propre motivation, et nul autre à sa place. La fin est ce en vue de quoi tout le reste existe ; mais elle n’est elle-même à l’origine de rien d’autre. En effet, tout est tourné vers la fin, mais il n’y a rien après elle. Ainsi, la fin est l’accomplissement des antécédents, et, comme elle ne tend vers rien d’autre, ce qu’elle a en propre est en elle-même sa propre possession. Il faut donc comprendre que les psaumes où se trouve inscrit pour la fin, doivent être compris de telle sorte qu’ils tiennent leur existence des espérances et des enseignements parfaits et achevés des biens éternels. Car la course de notre foi a pour objectif les biens qui seront mentionnés dans ces psaumes, et que, dans ces biens, du fait qu’elle ne se prolonge pas au-delà, la fin même d’une béatitude souhaitée et obtenue trouve son repos.

19. Dans les arts musicaux, il y a une multiplicité de fonctions et de genres. Il s’agira d’un psaume lorsque la voix faisant silence, seul l’impact de l’instrument d’accompagnement est entendu. On parlera de cantique lorsque le chœur des chantres, usant de sa libre interprétation, n’étant pas astreinte aux règles strictes de l’accompagnement d’un instrument, prend son essor dans un hymne qui met seulement en œuvre une voix harmonieuse. On parle de cantique d’un psaume lorsqu’après l’intonation par un instrument, on entend la voix du chœur qui chante, imitant par les modulations de la voix le rythme du psaltérion. Quant au psaume du cantique, on en parle lorsque, le chœur chantant le premier, le jeu de l’instrument qui l’accompagne s’adapte à l’hymne du chant humain, et que le psaltérion joue en mesure avec un charme égal en suivant les modulations de la voix qui chante en premier. À ces quatre genres d’art musical s’appliquent donc les suscriptions adaptées à chaque psaume ; cependant, la raison d’être de chaque suscription apparaît dans la signification des psaumes et dans la diversité même du genre musical qu’il convient d’adopter.

20. En effet, dans tel psaume, répertorié comme psaume, se trouvent contenus l’enseignement et la confession des œuvres des fidèles et des actes des saints, tandis qu’en rappelant ce qu’il a fait, le prophète (le psalmiste) nous forme à la science (doctrina) d’actes similaires, les mouvements de notre instrument corporel (notre corps) étant adaptés à une pieuse mise en pratique de nos devoirs. Lorsque, dans son titre, le psaume est précédé de la mention cantique, la science spirituelle et l’intelligence du mystère céleste se trouvent contenus en lui, science et intelligence que l’on atteint par la connaissance de la sagesse quand, sans mention des œuvres de la foi, on manifeste que l’on a seulement appris la parfaite connaissance de Dieu. Car il ne s’en suit pas pourtant que toute la science ne puisse consister dans une œuvre bonne, et inversement, qu’une œuvre bonne ne puisse donner automatiquement accès à la science véritable. Il en résulte que l’on trouve un troisième genre de suscription dit cantique du psaume, quand la connaissance de la science est associée à l’efficacité des œuvres bonnes ; c’est en effet d’abord dans les œuvres bonnes que l’on doit vivre pour que puisse être parfaite cette connaissance du mystère divin qui vient ensuite, selon ce que dit le Siracide : Tu as désiré la sagesse ? Observe les commandements et le Seigneur te la prodiguera (Sir 1, 33 vulg.). Le Seigneur accorde donc la sagesse à ceux qui, par le mérite des œuvres, poursuivent la grâce de l’intelligence (spirituelle). C’est à partir de ces applications aux œuvres et à la doctrine (l’enseignement de la foi) que se révèlera le motif de l’inscription en tête du psaume : cantique de psaume. Mais où se trouve inscrit : psaume de cantique, il est traité de la réalisation d’une œuvre bonne grâce à la science d’une connaissance préalablement acquise de Dieu, connaissance qui prodiguera l’efficacité aux œuvres de la foi que nous désirons accomplir.

21. C’est pourquoi cette quadruple diversification de l’art musical des psaumes est appropriée à leur diversité, de telle sorte que le psaume soit, par la motion de l’instrument corporel, orienté vers le mémorial des actes accomplis, que le cantique possède, par la connaissance de la sagesse, la science de la doctrine ; il y a cantique de psaume quand la connaissance de la science est prodiguée au mérite antécédent des actes ; puis il y a psaume de cantique quand, par la connaissance de la science acquise, commencent à s’accomplir et se réalisent par des actes les œuvres des croyants. Il conviendra donc, grâce aux propriétés des en-têtes, de rechercher la compréhension des psaumes, puisque chaque genre d’harmonie musicale est adapté à chaque genre de prophétie dans le contenu propre des titres. Quant aux psaumes qui se présentent sans aucune inscription orientant vers leur signification - comme c’est le cas du premier, du second, et de plusieurs autres -, il convient de les comprendre comme ayant été chantés à partir de l’enseignement de l’Esprit-Saint en vue d’une connaissance spirituelle de science générale, afin que chacun atteigne, à partir de ces psaumes sans suscription, la raison de l’intelligence spirituelle selon la sincérité de sa foi.

22. Quant aux autres en-têtes qui, ou bien renvoient à la réalité de faits qui relèvent de l’histoire, ou bien ont inclus des époques ou des jours ou quelque autre réalité, elles montrent soit à partir de l’interprétation des noms, soit à partir d’un rapprochement entre des faits, soit à partir de la prise en compte d’éléments de même ordre - toutes choses qui constituent la matière du psaume -, que là où il y a pour le jour du sabbat ou pour les mystères du fils ou pour le huitième jour, il faut comprendre qu’à travers la signification littérale des suscriptions, on est en présence d’un psaume spirituel (orientant vers la compréhension ou la contemplation du mystère de notre foi) De même, quand dans un titre, à l’occasion d’un rappel historique, on lit d’abord de David ou pour David ou Absalon ou Saül ou Doeg, alors la nature des cas - à savoir de David ou pour David -, ou bien la signification des noms - par exemple Absalon, Saül, Doeg -, nous engagent à atteindre la prophétie contenue dans le psaume.

23. Quant à diapsalma, qui se trouve inséré dans plusieurs psaumes, il faut y voir le commencement d’un changement, soit de personne, soit de sens moyennant une modification de mode musical, de sorte que, là où est inséré un diapsalma, il faut comprendre ou bien que quelque chose d’autre est dit, ou même est dit par quelqu’un d’autre, ou bien est chanté sur un autre mode musical. Concernant les personnes et le sens, quand nous remarquerons qu’intervient un diapsalma, nous essaierons d’en rendre compte ; par contre, la traduction grecque et latine n’a pu conserver la règle du mode musical. Telles sont les remarques qu’un rapide exposé préalable à l’explication proprement dite des psaumes a rassemblées en une brève synthèse.

24. Mais il faut appliquer à l’explication de chaque psaume un jugement attentif et réfléchi, afin que l’on sache par quelle clef chacun d’entre eux s’ouvre à l’intelligence. En effet, tout le Livre des Psaumes est semblable à une grande et belle cité en laquelle se trouvent de nombreux et variés petits temples dont les portes sont fermées par diverses clefs appropriées à chacun, clefs qui se trouvent amassées et entremêlées en un seul lieu. D’où une difficulté majeure pour l’ignorant qui veut ouvrir chacun de ces petits temples : trouver la clef de chacun. Pour cela il faut ou une connaissance intime permettant de reconnaître la clef et de la choisir rapidement dans la masse de toutes les clefs mises ensemble, ou un énorme travail pour trouver la clef adaptée et appropriée à l’ouverture de chaque entrée. En effet, la raison comme la nature des choses (ratio et qualitas) ne permettent pas que les clefs appropriées à chaque entrée s’adaptent à des serrures différentes. Aussi, au moment où nous nous apprêtons, avec la miséricorde du Seigneur, à trouver la clef pour ouvrir chaque psaume, commençons par donner accès au psaume premier avec la clef adaptée qui convient.

Sources : Traduction effectuée à partir de l’édition du CCSL LXI de Brepols, 1997.

[1] À la suite d’Origène (cf. Philocalie sur l’Écriture, SC 302, p. 251 et svt), Hilaire voit dans les sept sceaux de l’Apocalypse (Ap 3, 7), sceaux ouverts successivement et donnant accès à la lecture du Livre des destinées humaines dans le Dessein de Dieu, les événements successifs des actes sauveurs du Christ : l’incarnation (corporatio), la passion, la mort, la résurrection, la glorification, l’établissement du Règne et le jugement. Le Christ se révèle en cela la Clef de David (cf. Is 22, 22 ; Ap 3, 7). Hilaire trouve un confirmatur évangélique dans la citation de Lc 24, 44. L’incarnation du Verbe de Dieu est donc révélatrice du dessein de Dieu, à savoir, le salut de l’humanité, et, à travers elle, celui du cosmos tout entier. Le Livre des Psaumes en recèle la prophétie.

[em] Efficientia, cf. De Trin. III, 25 ; SC 443, p. 384, l. 13)



Hilaire de Poitiers : Commentaire sur le Psaume 1

par Claude Rigolot (frère Irénée)

Voici une traduction inédite du Commentaire du psaume 1. Pour vous guider dans votre lecture vous pouvez lire l’introduction générale parue sur patristique.org ou consulter les explicitations propres à ce psaume.

Psaume I

1. La compréhension essentielle du sens des psaumes implique de pouvoir discerner quel est le locuteur et à quelle personne il convient d’attribuer ce qui est rapporté. Ce n’est pas, en effet, un schéma uniforme et non diversifié qu’empruntent les auteurs, avec une expression formulée en des catégories diverses, vis-à-vis de ces personnes. Nous trouvons en effet fréquemment dans les psaumes que la personne de Dieu le Père est habituellement mise en avant, comme dans le Ps 88, lorsqu’il est dit : « J’ai exalté un élu du milieu de mon peuple. J’ai trouvé David, mon serviteur ; je l’ai oint de l’huile sainte. Lui-même m’invoquera : ’Tu es mon Père, Toi, le protecteur et le soutien de mon salut’. Et moi, je ferai de lui le Premier-né, le plus élevé des rois de la terre » (Ps 88, 20-21 ; 27-28). En fait, c’est la personne du Fils qui est d’ordinaire introduite en plusieurs psaumes, comme dans le Ps 17 : « Un peuple que je ne connaissais pas m’est asservi » (Ps 17, 45). Et au Ps 21 : « Ils se sont partagé entre eux mes vêtements, et, ma tunique, ils l’ont tirée au sort » (Ps 21, 19). Cependant, ici, dans le Ps 1, la réalité même des paroles qui suivent, enseigne clairement qu’on ne peut la comprendre comme venant de la personne du Père ou de la personne du Fils : « Mais il prend son plaisir dans la Loi du Seigneur et médite cette Loi jour et nuit » (Ps 1, 2). Car, dans le Ps 88 où - nous venons de le dire - la personne du Père est désignée, c’est à celui-ci en effet que sont rapportées des paroles qui lui sont propres, lorsqu’il est dit : « Lui-même m’a invoqué en disant :’ Tu es mon Père, mon Dieu et le soutien de mon salut’ ». Et dans cet autre psaume - le Ps 17 -, dans lequel le Fils est sensé parler, lui-même se montre bien l’auteur des paroles parmi celles qu’il rappelle, disant : « Un peuple que je ne connaissais pas, s’est fait mon serviteur » (Ps 17, 45). En effet, tandis que le Père dit : « Lui-même m’a invoqué », et que le Fils parle ainsi : « Un peuple s’est fait mon serviteur » (Ps 17, 45), ceux qui parlent là se désignent eux-mêmes. Par contre, lorsqu’il est dit : « Mais il prend son plaisir dans la Loi du Seigneur », d’aucune manière, à partir de ce qui est dit, la personne du Seigneur n’est désignée, mais, bien plutôt, il s’agit de la béatitude d’un autre, à savoir de cet homme dont il est annoncé qu’il trouve son plaisir dans la Loi du Seigneur. C’est pourquoi la personne du Prophète, par la bouche duquel l’Esprit-Saint a parlé, doit être maintenant reconnue pour nous instruire par le ministère de sa bouche, et nous porter à la connaissance du mystère spirituel.

2. Puisqu’il est parlé de réalités spirituelles, nous devons chercher, pour en comprendre la teneur, de quel homme parle le psalmiste. Il dit en effet : « Heureux l’homme qui ne va pas au conseil des impies et ne s’asseoit pas sur le siège pestilentiel ; mais qui prend plaisir à suivre la Loi du Seigneur, et à méditer cette Loi jour et nuit. Il sera comme un arbre planté aux bords des eaux qui donne son fruit en son temps et dont le feuillage ne sèche pas. Tout ce qu’il entreprend réussira » (Ps 1, 1-3).Au sujet de ce psaume, beaucoup, soit en partant de cette parole ci-dessus exprimée, soit à partir des lettres et écrits qu’ils ont trouvés, prirent conscience que dans ce psaume, c’est notre Seigneur Jésus-Christ qui devait être compris, lui dont la béatitude était pré-annoncée par ce dont il était question ici. Mais de cela, ils n’enseignèrent ni de quelle manière, ni par quel argument cela devait être affirmé, même si, poussé par le sentiment d’une haute opinion, ils estimaient que toute prophétie des psaumes, devait lui être rapportée ; mais où et quand se réfère la parole de cette prophétie le concernant, cela doit être discerné avec exactitude en usant de la connaissance rationnelle.

3. Cependant, ce qui a été présenté dans l’exorde du psaume, ne convient pas du tout à la personne du Christ et à sa dignité ; et, ce qui s’y trouve affirmé, contredit cette imprudente facilité d’interpréter à la légère ce que le psaume contient. En effet, lorsqu’il est dit : « Et il met son plaisir (sa uoluntas) dans la Loi du Seigneur », puisque la Loi a été apportée par le Fils de Dieu, comment la béatitude peut-elle être rapportée, à cause de cela, à celui dont le plaisir aura été d’accomplir la Loi du Seigneur, alors que lui-même est le Seigneur de la Loi ? Qu’elle soit sa Loi, lui-même en témoigne dans le Ps 77, où il dit : « Écoute, ô mon peuple ma Loi ; incline ton oreille aux paroles de ma bouche. Je vais ouvrir ma bouche pour parler en paraboles » (Ps 77, 1-2). L’évangéliste Matthieu confirme d’ailleurs que ces paroles concernant le Seigneur ont bien été prononcées par lui, lorsqu’il dit : « C’est pourquoi il parlait en paraboles pour que s’accomplisse ce qui avait été dit : ’J’ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles’ » (Mt 13, 35). Par ces faits, le Seigneur accomplit donc sa prophétie. En effet, à travers les événements dont il parlera, il s’annoncera lui-même, en parlant en paraboles. Mais, ce qu’il dit là, dans le psaume : « Et il sera comme un arbre planté au bord des eaux », en quoi cela pourrait-il être ajusté à sa personne, puisqu’il est montré, par une métaphore, que la béatitude progresse d’intensité, comme l’arbre planté au bord des eaux ; cet arbre se révélerait alors plus heureux que le Fils de Dieu, puisque lui, pour atteindre la perfection de la béatitude, devrait progresser pour accéder à la béatitude de l’arbre. Par conséquent, comme il est, selon la Sagesse et l’Apôtre, « le Premier-né de toute créature, avant les siècles et les temps éternels » (cf. Tt 1, 2), et qu’ « en lui et par lui toutes choses ont été créées » (cf. Col 1, 15-16), comment pourrait-il être heureux à condition d’être fait semblable à ces choses qui par lui ont été jetées dans l’existence, alors que ni la puissance du Créateur ne lui manque pour atteindre, par rapport aux créatures, la perfection de sa béatitude, ni l’antiquité de « Premier-né ». L’expression « il sera comme un arbre » admet donc un temps de comparaison, mais dans un ordre inversé. Le « qui sera » - cela suppose un temps d’attente -, devra donc être compris comme s’il y avait « il aura été », ou bien comme se référant à un état de possession par nature. Quoi qu’il en soit, il est déjà « bienheureux », et il ne manque pas à sa béatitude quelque dilatation du temps ; ainsi, ce qui sera est commencé en lui, parce que par l’antiquité de sa sortie dans l’être, il perdure dans l’être-même.

4. C’est pourquoi, du fait que ces notations ont été comprises comme étrangères à la divinité de l’Unique Engendré, le Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, cet homme - mentionné par le psaume et comme doit le penser le Prophète (c’est à dire le Psalmiste) - qui a été proclamé « bienheureux », c’est celui-là même qui, par ce corps que le Seigneur a assumé et dans lequel il est né homme, fera valoir sa conformité de nature par la recherche studieuse de l’équité et par la perfection de toute justice. Il convient donc de le comprendre ainsi, comme la suite du commentaire du psaume le montrera.

5. Mais l’Esprit-Saint a entrepris ce très spécifique et très digne exorde en tête du Psautier, afin que soit encouragée l’humaine faiblesse par l’espérance de la béatitude dans la pratique sans fard de la religion, pour que soit enseigné le mystère du Dieu ayant pris un corps, pour que soit annoncée la communion de la gloire céleste, pour avertir de la peine du jugement, pour montrer la Providence de Dieu dans l’effective rétribution. C’est qu’en effet, l’Esprit-Saint commence la présentation ordonnée d’une si grande prophétie par un raisonnement très logique et une réflexion consommée, afin que l’espérance oriente la faiblesse de l’homme heureux vers la ferveur de la foi, que la béatitude comparée à l’arbre donne sa garantie à une espérance bienheureuse, que la sévérité ouvertement déclarée aux impies corrige l’insolence de leur impiété en leur inspirant de craindre, que le respect de l’ordre du rang social aide à discerner la diversité des mérites dans l’assemblée des saints, et que l’équité établie démontre la magnificence de Dieu manifestée dans « les chemins empruntés par les justes et que Dieu connaît » (cf. Ps 1, 5). Mais de ces réalités elles-mêmes et de leur expression verbale, nous en traiterons plus loin.

6. « Heureux l’homme qui ne va pas au conseil des impies, qui ne se tient pas sur le chemin des pécheurs, et qui ne s’assied pas sur le siège pestilentiel des moqueurs, mais prend son plaisir (uoluntas) dans la Loi du Seigneur, et médite cette Loi jour et nuit » (Ps 1, 1-2). Le Prophète rappelle que pour l’homme heureux, le fondement de sa vie repose sur une observance en cinq points : d’abord, « ne pas aller au conseil des impies » ; ensuite, « ne pas s’engager sur le chemin des pécheurs » ; en troisième lieu, « ne pas s’asseoir sur le siège pestilentiel des moqueurs » ; ensuite, « placer tout son désir d’aimer dans la Loi du Seigneur » ; finalement, « faire de cette Loi l’objet de sa méditation, jour et nuit ». Il est donc nécessaire de distinguer l’impie du pécheur, le pécheur de la pestilence, et, précisément, de faire la distinction entre « le conseil des impies », « le chemin des pécheurs », « le siège pestilentiel des moqueurs » ; ensuite, distinguer entre le fait d’être allé au conseil des impies plus que de s’y être établi, entre le fait de s’être tenu sur le chemin des pécheurs plus que d’y être allé. Afin que nous puissions comprendre le pourquoi de ces expressions, il nous faut discerner combien diffère le pécheur de l’impie, pour que, par là, puisse être saisi la raison pour laquelle il est assigné un chemin au pécheur, et un conseil à l’impie. Ensuite, il faudra se demander pourquoi on parle de « se tenir sur le chemin » et « d’aller au conseil » quand la coutume parle plutôt de « se tenir au conseil » et « d’aller sur le chemin ». Tout pécheur n’est pas nécessairement impie, mais l’impie, par contre, ne peut pas ne pas être également pécheur. Prenons un exemple tiré de la conscience commune : les fils peuvent aimer leurs pères quoique ceux-ci soient portés au vin, lascifs et prodigues ; et malgré ces vices qu’ils entretiennent, ils demeurent sans impiété, eux qui pourtant ne sont pas sans reproche. Bien que les impies soient en quelque sorte portés aux vertus de continence et de tempérance, ils considèreront comme une faute tout ce qui sera autre que l’impiété, et ils le transgresseront en le tenant pour irrespectueux envers leurs parents.

7. Ainsi, d’après l’exemple ci-dessus proposé, il ne fait pas de doute que l’impie est distingué du pécheur. La nature même du bon sens commun montre, en vérité, que les impies sont ceux qui dédaignent rechercher la connaissance de Dieu, qui présument, sous l’effet d’une irreligieuse opinion, que nul Créateur du monde n’existe, que le monde - rappellent-ils -, dans sa manière d’être et son ornementation, a été constitué pour des motifs fortuits de peur de devoir laisser au Créateur d’opérer le jugement de discernement entre une vie correctement vécue et un comportement déviant ; ils voudraient être nés par l’effet d’une nécessité de nature et devoir, sous l’effet de cette même nécessité, être dissous dans la mort. Donc, tout conseil flottant dans l’hésitation et provenant d’eux est incertain et vague ; il est à écarter pour les mêmes raisons, du fait de son absence totale de constance : il ne s’appuie sur aucune détermination précise. Dans leur discours, ils osent enseigner qu’il n’y a pas de Créateur du monde - et pourtant, hors de lui, comment trouver réponse lorsque tu cherches pourquoi le monde existe, et quand, et comment, et si c’est le monde pour l’homme ou l’homme pour le monde, et pourquoi la mort -, et où, et jusqu’où -, et quelle mort ? Autour d’eux, les conseils de leur impiété vont et viennent, sans trouver de lieu où se poser.

8. Il y a d’autres « conseils des impies », à savoir les « conseils » de ceux qui sont tombés dans l’hérésie et qui ne s’en tiennent ni aux lois du Nouveau, ni aux lois de l’Ancien Testament. Leur parole est proférée, se disant et se contredisant, circulant sans cesse dans le monde en s’infléchissant dans l’erreur, ne s’attachant à rien de solide : toute la consistance de cette parole tient dans un discours imprécis. Le Dieu de leur impiété est non pas le Dieu qui atteste par lui-même qu’il est « de Dieu », mais qui est mesuré à l’étalon de la volonté de leur propre conseil (arbitrium), ignorant que ce n’est pas une moindre impiété de parler d’un Dieu façonné que de totalement le nier. Lorsque tu requiers d’eux de signifier par quelle espérance et par quelle foi ils adhèrent à l’espoir d’une issue heureuse de leur sort final, ils deviennent confus ; perturbés, ils dissimulent, tournent autour de la question et de l’enjeu de la recherche ; ils évitent d’en discuter. « Bienheureux », donc, « est l’homme qui ne va pas en ce conseil des impies », c’est-à-dire qui ne consentira pas à y aller, car c’est une faute d’adhérer aux impiétés comme ç’en est déjà une d’y avoir seulement pensé.

9. Fait alors suite que « celui qui ne va pas au conseil des impies, n’aille pas non plus sur le chemin des pécheurs ». En effet, nombreux sont ceux qui, bien qu’ils aient, par leur confession de foi en Dieu, renoncé à croire en l’impiété, ils ne sont cependant pas pour autant libérés du péché. Ils demeurent, il est vrai, dans l’Église, mais ils ne se maintiennent pas dans la discipline de l’Église, en tant qu’avares, adonnés à la boisson, querelleurs, insolents, orgueilleux, simulateurs, menteurs, rapaces. En vérité, d’instinct, notre nature nous pousse vers ces vices, mais le chemin qui nous conduira à couper court et à ne pas nous engager dans cette manière de vivre est utile, puisque descendre par habitude dans ces vices, ne permet pas le retour de qui demeure insouciant. A cause de cela, « heureux est l’homme qui ne se tient pas sur le chemin des pécheurs », car si notre nature nous porte vers ce chemin, la vertu de religion nous fait échapper, par la foi, à cette voie.

10. Le troisième point de la disposition à l’obtention de la béatitude est de « ne pas s’asseoir sur le siège pestilentiel des moqueurs ». Les docteurs pharisiens se sont assis sur le siège de Moïse. Il s’est assis à son tribunal, Pilate. De quel siège estimons-nous que l’usage est malsain ? Ce n’est pas indistinctement envers Moïse que le Seigneur désapprouve davantage ceux qui sont assis que la session sur le siège, lorsqu’il dit : « Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur le siège de Moïse ; tout ce qu’ils vous disent, faites-le ; mais ce qu’ils font, ne le faites pas » (Mt 23, 2). La session sur le siège des docteurs n’est pas pestilentielle en soi : l’obédience en est prescrite par l’autorité même du Seigneur. La session qui sera donc pestilentielle, sera celle que Pilate voulut éviter en se lavant les mains. En effet, nombreux encore sont atteints de corruption par l’ambition des honneurs du siècle, et veulent jusqu’à substituer aux lois de l’Église, des lois qui lui sont étrangères. Mais bien qu’à ces services que nos docteurs accomplissent, ils apportent avec eux bienveillance et tempérance, il est cependant inévitable que ceux sur qui sont déversées ces charges, soient comme pollués par le contact malsain contracté en leurs rapports. L’administration des affaires d’utilité publique, ne permet pas, même à ceux qui le veulent, de demeurer dans la sainteté des lois ecclésiastiques. Et quoique résolument déterminés à conserver leur propos religieux, ils sont contraints cependant, par la pression exercée à partir du siège qu’ils occupent, tantôt à l’outrage, tantôt à l’injure, tantôt à devoir infliger des peines - bien que leur désir profond résistât -, et les voilà rendus participants de cette même nécessité, imprégnés qu’ils sont comme d’une corruption morbide. Aussi, le Prophète dénomme-t-il ce siège qui est leur, « siège pestilentiel », car il pénètre même, par contagion, la disposition amoureuse de l’esprit religieux.

11. Mais le Prophète ne résume pas toute la béatitude de l’homme dans le seul fait de n’être pas allé « au conseil des impies » ou de ne pas s’être tenu « sur le chemin des pécheurs », ou encore de ne pas s’être assis « sur le siège pestilentiel des moqueurs ». En effet, ces manières de vivre peuvent se trouver chez un homme du siècle, de telle sorte qu’il affirme que Dieu est le Créateur du monde, qu’il fasse référence, par sa ferveur à s’éloigner du péché, à la modestie de l’innocence, qu’il fasse aussi passer avant les dignités honorifiques le loisir d’une vie tranquille et retirée. Mais maintenant ici-bas, le Prophète fait ressembler l’homme parfait selon Dieu, et qu’il se représente d’après les grands exemples de l’éternelle béatitude, non pas comme celui qui se conforme à ce qu’enseignent les vertus communes, mais, comme celui qui se consume, pour être bienheureux, dans les vertus énoncées ensuite : qu’il prenne son plaisir dans la Loi du Seigneur. La suppression des qualités précédentes n’y fait rien, pourvu que l’intention soit effectivement appliquée, à savoir que « dans la Loi du Seigneur, il mette tout son plaisir ». Le Prophète n’attend pas que cet homme soit parfait dans la crainte de Dieu. Beaucoup tiennent pour de la crainte ce qui est dans la Loi, mais peu font consister la Loi dans une application heureuse de la volonté, car ce qui appartient à la crainte n’est pas d’oser négliger de devoir craindre, mais c’est une religion (une pratique religieuse) parfaite que de se soumettre à ce qui est prescrit. Il s’en suit donc, qu’est bienheureux celui qui, vis à vis de la Loi du Seigneur, n’en éprouve pas de crainte, mais trouve en elle son plaisir (cf. Jn 14, 15 ; 15, 10 etc).

12. Mais il manque parfois quelque chose à la volonté. Le seul vouloir n’obtient pas la parfaite béatitude, à moins que le passage à l’acte ne suive la décision volontaire. D’où ce qui suit : « Et dans la Loi du Seigneur médite jour et nuit ». La méditation continuelle et sans relâche de la Loi, porte à son achèvement la béatitude de cet homme ; mais peut-être que cela n’est pas bien accepté de la nature humaine dans sa faiblesse, nature qui a besoin de se reposer, de dormir, de vaquer à sa nourriture. Devant de tels impératifs - ceux d’une nécessité de nature -, c’est dans l’espérance de la béatitude qui doit suivre la méditation de la Loi, que nous déciderons que soit interrompu un travail corporel pour cette méditation diurne et nocturne. D’une manière semblable à cette parole du psaume, l’Apôtre dit : « Priez sans cesse » (1 Th 5, 17). Il n’est pas possible de ne pas s’occuper des nécessités de notre nature, et de ne pas tenir compte du temps pour effectivement toujours prier. C’est pourquoi, la méditation de la Loi doit non seulement se faire par la lecture de paroles, mais encore dans une relation à Dieu par les œuvres, de sorte que nous repassions dans notre esprit non seulement livres et écrits, mais que nous méditions les gestes et les réalités contenues dans ces livres et écrits, mettant en pratique les œuvres diurnes et nocturnes, expressives de la Loi. Cela, l’Apôtre le dit : « Tout ce que vous faites, faites-le pour la gloire de Dieu, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez » (1 Co 10, 31). C’est ainsi, en effet, que s’accomplit la prière ininterrompue, de telle sorte que, par les œuvres qui plaisent à Dieu et qui sont toujours exécutées pour sa gloire, toute la vie de cet homme soit une prière. Vivant ainsi jour et nuit selon la Loi, même la vie nocturne appartiendra à la Loi, tandis que la méditation sera diurne.

13. Mais par la réalisation de la béatitude de cet homme qui s’abstient des conseils des impies, des chemins des pécheurs, et du siège pestilentiel des moqueurs, qui veut méditer jour et nuit la Loi de Dieu, nous est enseigné quel fruit cette béatitude acquise lui procurera dans le futur. Vouloir être heureux, en effet, provient de l’attente de cette même béatitude ; ce que montre la suite : « Et il sera comme un arbre planté auprès du cours des eaux qui donne son fruit en son temps, et dont jamais le feuillage ne sèche » (Ps 1, 3). Peut-être, pensera-t-on que cette comparaison est ridicule et inepte pour parler de la béatitude. En vérité, ces éléments de comparaison ne sont peut-être pas très ajustés aux hommes de ce siècle. Mais, selon l’enseignement prophétique, nous voyons combien, dans ces réalités naturelles et ces paroles, se trouve établie la gloire de la béatitude.

14. Dans le livre de la Genèse, où le Législateur (Moïse) nous montre un jardin (paradisum) planté par Dieu, il montre aussi que tout arbre est beau à voir et son produit bon à manger. Il expose aussi qu’au milieu du Paradis se trouve l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal ; il poursuit, disant que le Paradis est irrigué par un fleuve qui se divise, hors de sa source, en quatre bras. Ce qu’était cet arbre de vie, le prophète Salomon l’enseigne, à propos de son exhortation à la Sagesse, en disant : « Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent et qui s’y attachent » (Pr 3, 18). Donc, cet arbre de vie n’est pas seulement vivant, mais aussi rationnel ; rationnel en tant qu’il donne du fruit, et qu’il le donne vraiment, non pas de manière confuse, non pas inopportunément, mais « en son temps ». Et cet arbre est planté « près du cours des eaux », à savoir en possession du Règne de Dieu, dans le Paradis, d’où sort un fleuve qui se divise en quatre bras. Il ne dit pas, en effet, « après le cours des eaux », mais « près du cours des eaux », donc avant que le cours des eaux ne se divise et ne se partage en quatre bras. En effet, cet arbre est planté là où le Seigneur, qui est la Sagesse, introduit le fameux larron qui le confessait « Seigneur », disant : « Amen, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43). Et nous apprenons de l’autorité prophétique que la Sagesse - qui est le Christ -, est appelée « arbre de vie » en vue du mystère de l’Incorporation (l’Incarnation) et de la Passion, et que, même le caractère particulier de cette interprétation doit être attribué aux évangiles. Le Seigneur, en effet, s’est lui-même comparé à un arbre, lorsque les juifs disaient de lui que c’était par Béelzéboul qu’il expulsait les démons : « Ou vous faites que l’arbre soit bon et bon aussi son fruit, ou vous faites que l’arbre soit mauvais et mauvais aussi son fruit. C’est à son fruit que l’on reconnaît l’arbre » (Mt 12, 33). Car, alors que son fruit se révélait le meilleur pour chasser les démons, Béelzéboul, dont les fruits sont exécrables, était aussi désigné par des fruits détestables. Il ne dédaigna pas non plus d’enseigner en lui-même la vertu de ce bon arbre, lorsque, marchant vers la croix, il dit : « S’ils en font ainsi du bois vert, qu’en sera-t-il du bois sec ? » (Lc 23, 31). Par l’image du bois vert, il signifiait qu’en lui, rien n’était servile et bas jusque dans l’aridité même de la mort.

15. C’est pourquoi, ce bienheureux homme est rendu semblable à cet arbre, alors que, transféré à la manière du Larron dans le Paradis, il est lui-même planté « selon le cours des eaux », et cette nouvelle plantation est, elle aussi, bienheureuse, ne devant pas être arrachée. C’est d’elle dont parle le Seigneur dans les évangiles lorsqu’il se plaint au sujet de la plantation étrangère, disant : « Toute plantation que mon Père n’a pas plantée, il l’arrache » (Mt 15, 13). Cet arbre donnera donc ses fruits. Cependant, partout où la parole divine indique quelque chose au sujet des fruits des arbres, elle rappelle qu’il s’agit plutôt de faire du fruit que d’en donner ; ainsi dit-elle : « Un arbre bon ne peut faire de mauvais fruits » (Mt 7, 18). Et, lors de la querelle à propos de la vigne, selon Isaïe : « J’étais en attente, dit le Seigneur par son Prophète, de ce qu’elle fasse du raisin, mais elle a produit des épines » (Is 5, 2). Mais cet arbre-ci donnera ses fruits par la tempérance que lui donneront sa capacité de discernement et sa raison. Il produira en effet du fruit « en son temps » ; mais, en quel temps finalement ? Eh bien, en ce temps dont parle le bienheureux Apôtre lorsqu’il dit : « …nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon son bon plaisir, tel qu’il l’avait librement conçu dans le Christ, pour le réaliser à la plénitude du temps » (Eph 1, 9). Donc, ce temps de l’ « économie » (dispensatio), où l’opportunité de recevoir et de donner est réglée, une fois arrivé à son terme, s’ouvrira l’ère de l’accueil par Dieu de ceux auxquels il donnera accès. Cependant, le délai du temps, dépend de « la plénitude du temps ». En effet, l’ « économie » consistant à donner les fruits récoltés, est conservée jusqu’à la plénitude des temps. Et qui sera en fin de compte le dispensateur du fruit ? Assurément, celui de qui le même Apôtre se souvient, lorsqu’il dit : « Et il transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps de gloire » (Ph 3, 21). Il nous donnera donc ces fruits que déjà, en celui qu’il assuma et qui est signifié par l’arbre, il amena pour l’homme à sa maturité parfaite, et qu’il transvasa, en absorbant la mortalité dans la nature même de son immortalité. Ainsi, sera-t-il comme cet arbre l’homme bienheureux du psaume, lorsque lui-même sera rendu conforme à son Seigneur, dans la gloire de Dieu.

16. En outre, le feuillage de cet arbre ne se flétrit pas (v.3). Rien d’étonnant si les feuilles de cet arbre ne sèchent pas puisque ses fruits sont offerts sur les branches, et non pas tombés à terre, non pas écartés de l’arbre par leur maturité, non pas tombés par terre sous l’effet d’une force extérieure qui les aurait secoués, mais en proportion de l’ « économie » d’un devoir rationnel bienfaisant. Partant d’une comparaison avec les éléments corporels de la nature sensible, ce qui est signifié dans les feuilles est manifeste. En effet, si nous considérons attentivement ce qu’est la nature des feuilles, nous voyons qu’elle est de se précipiter autour des fruits pour les entourer de leur protection, afin de protéger, comme d’une sorte de rempart, la tendre fragilité commençante des fruits. Ainsi, l’enseignement des paroles de Dieu qui recouvre comme d’un vêtement protecteur les fruits qui nous sont promis, c’est cela même qui est signifié par les feuilles. En effet, par ces paroles de Dieu, notre espérance est protégée d’ombre pour que les fruits soient dérobés à la vue des tempêtes de ce monde et protégés comme par un abri. Donc, les feuilles, c’est-à-dire les paroles de Dieu, ne dépérissent pas, puisqu’il fut dit par le Seigneur que « le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas ». Ainsi, rien de ce que le Seigneur a dit, ne se dispersera, ni ne tombera pour sa perte.

17. Que les feuilles de cet arbre ne soient pas inutiles mais salutaires pour les Gentils, saint Jean en témoigne dans l’Apocalypse lorsqu’il dit : « Puis il (l’Ange) me montra le fleuve de l’eau de la vie, brillant comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau ; au milieu de la place de la Cité et entre les deux rives du fleuve, est l’arbre de vie qui porte douze fois des fruits, les donnant une fois par mois, et dont les feuilles servent pour la guérison des nations païennes ». Le mystère céleste est ainsi présenté sous des formes corporelles pour que ces réalités corporelles elles-mêmes, quoiqu’elles ne puissent pas rendent compte, étant incorporées, de toute la réalité, n’affaiblissent cependant pas l’intelligence spirituelle du texte du psaume. Il aurait convenu, en effet, qu’il fût dit, dans l’Apocalypse, que de l’un et l’autre côtés du fleuve se trouvaient plantés des arbres, et non seulement un seul arbre. Mais parce que, dans le sacrement du baptême, l’arbre de vie se trouve en tout lieu pour apporter le fruit de la prédication apostolique à ceux qui, de toute part, s’en approchent, pour cette raison, un seul arbre de vie se tient de part et d’autre du fleuve - car un seul Agneau est contemplé sur le trône de Dieu, et un seul fleuve, et un seul arbre de vie : toutes ces réalités contemplées contiennent en elles-mêmes tous les mystères de l’Incorporation du Seigneur, de son Baptême et de sa Passion, arbre dont les feuilles, qui ne tombent pas et représentent les paroles de la prédication, communiquent en partage aux païens le salut, par l’enseignement de la foi.

18. « Et tout ce qu’il entreprend réussit » (v. 3). Ce n’est pas comme en Adam où le don qui lui fut fait et les conditions de son établissement dans la justice furent perturbées, pour avoir perdu par lui-même, en péchant par transgression de la Loi, la béatitude dans l’état d’immortalité. Mais, par la rédemption de l’Arbre de vie, c’est-à-dire par la Passion seigneuriale, déjà, alors que nous lui serons rendus semblables par ce même arbre de vie, tout ce qu’il réalise en nous, c’est de l’éternel ; un « éternel » à entendre au sens de béatitude. « Tout ce qu’il fait réussi ». Tous ceux-là (les rachetés par l’Arbre de vie) réussissent ce qu’ils entreprennent, non par une transformation incertaine, non dans une nature affaiblie, mais lorsque l’incorruptibilité aura absorbé la corruption, et l’éternité, la faiblesse, et la forme de Dieu, la forme de la chair de cette terre. D’où ce qui suit : cet homme sera semblable à un arbre planté donnant ses fruits en temps opportun ; lui aussi sera planté en Paradis, de sorte qu’en ce lieu où toutes choses créées par Dieu sont implantées pour prospérer, la plantation de Dieu ne souffre aucun arrachement, et qu’ensuite, elle ne soit déracinée sous l’effet de quelque transformation ou de notre condition de faiblesse, ou de durée.

19. Par la béatitude reconnue parfaite de cet homme, dont parle le psaume, était montré, en conséquence, que le châtiment demeurait effectif pour les impies. Le psaume poursuit, en effet : « Il n’en va pas de même pour les impies, non, pas de même ; il en va pour eux comme de la poussière emportée par le souffle du vent » (v. 4) ». Il ne reste pas d’espérance d’entrer pour les impies, dans cette béatitude, présentée ici sous forme de comparaisons, mais ils demeurent errants, écrasés, emportés à tous vents, dispersés et sans repos, de sorte qu’à partir de cette image de la solide fermeté du corporel, ils soient dispersés pour le châtiment, comme la poussière d’un objet battu, et cependant non retourné dans le néant ; cela, pour que le motif pénal soit maintenu, mais que, abattus dans une terre desséchée, poussiéreuse et sans consistance, ils soient jetés dehors pour subir leur peine dans une mobilité de dérision. De cette peine, le même Prophète se souvient, dans un autre endroit, lorsqu’il dit (de la part du Seigneur) : « Je les ai broyés comme la poussière livrée au vent, je les ai écrasés comme la boue des places publiques » (Ps 17, 43). C’est pourquoi un parallèle est ainsi tracé entre la béatitude et la peine. En effet, que ce ne soit aucun travail difficile pour le vent de dissiper la poussière, et que ceux qui foulent la boue des places ne s’en aperçoivent même pas, cette évidence rappelle qu’il est aisé, pour cette peine d’en-bas, de broyer et de disperser ceux que le rapport au péché a dissouts dans la boue et transformés en poussière, pour être réduits en une substance sans solidité, comme le sont la poussière et la boue ; les voici donc passés dans une nature substantiellement vouée aux supplices.

20. Parce que, par ce changement d’une substance solide à l’inconsistance de la poussière, ils ne participeront pas à ce bien qui est donné à l’homme heureux, à partir du fruit de l’arbre produit en temps opportun ; aussi le Psalmiste ajoute-t-il : « C’est pourquoi, ils ne se dresseront pas debout, les impies, au jour du jugement ». Ce n’est pas une destruction sans exception qui sera déclarée pour ceux qui giseront dans la poussière, par le fait qu’ils ne se dresseront pas debout ; mais, la résurrection pour le jugement leur sera refusée. Ce n’est pas, en effet, parce qu’ils ne seront pas - au sens de devoir manquer le jugement -, que ferait l’économie de la peine ce qui ne subsisterait pas pour subir le châtiment. Mais ils ont encore assez d’être pour subsister, puisqu’ils sont poussière. À la vérité, devenir poussière soit par l’aridité, soit pour avoir été broyé, ce n’est pas avoir perdu la nature de ce qui doit subsister, mais c’est subsister en une autre nature. Par le fait aussi qu’au jugement ils ne se dresseront pas, est prouvé que ce n’est pas à leur nature qu’ils doivent de ne pouvoir se dresser, mais au fait d’avoir perdu la disposition leur permettant de se mettre debout pour le jugement. Cette disposition nécessaire à la résurrection et au jugement doit être comprise selon ce que montre le Seigneur dans les évangiles, lorsqu’il dit : « Qui croit en moi, n’est pas jugé (condamné) ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé (condamné) ; et voici pourquoi : la lumière est venue en ce monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière » (Jn 3, 18-19).

21. L’énoncé de la parole du Seigneur trouble fortement à la fois l’indifférente disposition des auditeurs et l’incurie des lecteurs. Lorsqu’il dit en effet : « Qui croit en moi ne sera pas jugé », cela exclut du jugement les fidèles ; et lorsqu’il dit plus loin : « Mais qui ne croit pas en moi est déjà condamné », cette parole n’admet pas au jugement les infidèles. Donc, si les croyants sont exclus et les infidèles rejetés, comment, par cette sorte de présentation du jugement, estimer convenable dans toute sa réalité cette troisième parole : « Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière » ? Il ne peut y avoir de place pour le jugement lorsque ni infidèles, ni fidèles, ne sont en capacité d’être jugés. À la vérité, cela apparaît ainsi aux auditeurs négligents et aux lecteurs peu perspicaces ; mais en fait, la vigueur même des mots en eux-mêmes contient la qualité propre qui leur appartient et leur compréhension.

22. « Qui croit en moi ne sera pas jugé (d’un jugement de condamnation) ». Quelle nécessité en effet de juger le croyant ? Le jugement se justifie pour dénouer des affaires ambiguës ; et lorsque l’ambiguïté est levée, l’examen de la situation ne requiert plus de jugement. De cela il ressort que, de peur que les infidèles ne soient pas nécessairement jugés - parce que l’ambiguïté ne subsiste pas lorsqu’il s’avère qu’ils ne sont pas infidèles -, mais que le jugement soit enlevé pour les croyants et pour les non-croyants, le Seigneur ajoute un motif de jugement pour ceux qui le produisent et doivent nécessairement être jugés. En effet, il y en a quelques-uns parmi les justes et les impies, qui se trouvent au milieu, mêlés aux uns et aux autres et pourtant, à leur manière propre, ni l’un ni l’autre ; en cela même ils dépendent les uns des autres, ne se mêlant pas à la foi car il y a en eux quelque chose qui participe à l’infidélité, ni s’estimant devoir pactiser avec l’infidélité car ils possèdent quelque chose de la foi. Plusieurs, en effet, conservent dans l’Église la crainte de Dieu, quoique les agréments du siècle les attirent vers les vices mondains. Ils prient, parce qu’ils craignent. Ils pèchent, parce qu’ils le veulent bien. Ils se nomment chrétiens, parce que l’espérance de l’éternité leur est bonne. Ils agissent comme des païens, parce que leur agréable présence leur agrée. Impies, ils ne se maintiennent pas, car pour eux le nom de Dieu est en honneur ; gens pieux, ils ne le sont pas vraiment, car ce qui est du domaine de la piété, ils le jugent étranger à leurs pratiques. Il leur est nécessaire d’aimer plus ces biens étrangers par lesquels le nom qu’ils redoutent (celui de chrétien) ne peut être réel selon l’amour qu’il requiert et que dément leur peu d’empressement pour les œuvres de l’amour. D’où ce qu’a ajouté le Seigneur, après qu’il ait parlé des croyants qui n’ont pas été jugés, et des non-croyants qu’il a dit avoir été déjà jugés : « Voici en quoi consiste le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière ». Pour ceux-ci, il y a bien un jugement qui déjà, dans les incrédules, est à l’œuvre, et qui, pour les croyants, n’est pas nécessaire. Pour les premiers, s’ils ont aimé les ténèbres plus que la lumière, ce n’est pas qu’ils n’aient pas aimé du tout la lumière, mais parce que leur amour se sera davantage incliné vers les ténèbres. En effet, comme il est de coutume, l’amour est une préférence par rapport à une autre chose qui pourrait aussi être aimée. De là, le jugement : tout en ayant aimé le Christ, ils lui ont préféré les ténèbres. Ils seront donc jugés, eux qui, ni comme gens pieux auraient à l’être, ni comme impies auraient dû l’être, mais d’un jugement s’effectuant à partir de leur préférence d’un amour sur l’autre.

23. Il est vrai, le Prophète montre bien qu’il détient la raison de cette disposition évangélique, lorsqu’il dit : « C’est pourquoi, les impies ne se lèveront pas lors du jugement, ni les pécheurs au conseil des justes » (v. 5). Le jugement pour les impies ne se maintient pas, car ils sont déjà jugés. Cependant, pour les pécheurs, dont nous avons dit plus haut qu’ils devaient être distingués des impies, le conseil (l’assemblée) des justes les réfutera, car ils doivent être jugés. En effet, l’impiété les juge avant le temps, eux que le péché tient effectivement éloignés pour être jugés. C’est pourquoi, ni l’impiété qui est déjà jugée et tolérée en vue du jugement des pécheurs, ni les pécheurs qui devront être jugés, ne mériteront la dignité de figurer au conseil des justes qui seuls ne seront pas jugés.

24. D’où la différenciation procédant de cette diversité d’état : « Le Seigneur connaît le chemin des justes, et le chemin des impies se perdra » (v. 6). Les pécheurs ne vont pas au conseil des justes, car le Seigneur connaît le chemin des justes. Cependant, il ne connaît pas d’une science faite d’ignorance, mais par une condescendance qui implique connaissance. En effet, ce n’est pas cette mutation permanente des passions humaines qui est en Dieu, de telle sorte qu’il connaîtrait ou ignorerait. Le bienheureux apôtre Paul expose pour quelle raison nous serons connus de Dieu, lorsqu’il dit : « Si quelqu’un croit être prophète ou inspiré par l’Esprit, qu’il reconnaisse que ce que je vous écris vient de Dieu ; mais si quelqu’un le méconnaît, c’est qu’il n’est pas connu » (1 Co 14, 37-38). Il montre donc que ceux-là sont connus de Dieu qui ont reconnu les choses de Dieu (les réalités révélées). Alors, devant être connus comme ils ont eux-mêmes connu, ils sont accordés à la dignité de connaître par le mérite de la religion révélée offerte à la connaissance, de sorte que ce qui est connu n’est pas compris comme un progrès venant de l’ignorant, mais venant de celui qui est connu. Aussi, le Seigneur montra-t-il de manière précise en Adam et en Abraham que les pécheurs s’ignorent, et que les fidèles se connaissent. En effet, après son péché, il est dit à Adam : « Où es-tu, Adam ? » non que Dieu qui avait jusqu’ici mis Adam en Paradis ignorât où était Adam, mais tandis que Dieu l’interrogeait sur le lieu, Adam se montrait, du fait qu’il avait péché, indigne d’une connaissance de Dieu. Ainsi, pendant un temps, Abraham fut ignoré, jusqu’à ce qu’à soixante-dix ans la parole de Dieu lui fut adressée, tandis que par l’oblation d’Isaac, il prouva sa fidélité au Seigneur ; alors il fut reçu avec honneur dans la divine familiarité : « Maintenant, j’ai reconnu que tu crains le Seigneur ton Dieu et que tu n’as pas épargné ton fils bien-aimé à cause de moi » (Gn 22, 12). Il n’ignorait pas entièrement la foi d’Abraham qui le porta à croire en l’engendrement d’Isaac, et, pour ce motif, le considéra comme un homme juste, car, en offrant son fils, il donnait un grand témoignage de sa crainte envers Dieu. Dès lors, il était connu ; dès lors, il avait été mis à l’épreuve ; dès lors, il était digne, lui qui n’était plus ignoré. Ainsi, Dieu connaît et ignore, lorsque Adam pécheur est ignoré et qu’Abraham, le fidèle, est connu. Est digne, celui qui de Dieu est connu, lui qui n’ignore absolument rien. Le chemin des justes est donc connu de Dieu, eux qui ne seront pas jugés (pour être condamnés). Et, pour cette raison, les pécheurs qui devront être jugés, seront écartés du conseil des justes, tandis que les impies ne se lèveront pas au jugement puisque leur chemin s’est perdu ; déjà, ils sont jugés par celui qui a dit : « Le Père ne juge personne ; mais, tout le jugement, il l’a remis au Fils » (Jn 5, 22), notre Seigneur Jésus-Christ, qui est béni dans les siècles des siècles. Amen.


Nous baserons l’essentiel de notre recherche sur l’introduction faite par Jean Doignon à son édition des Tractatus super Psalmos d’Hilaire, dans le CCSL LXI, Brepols 1997. Nous y adjoindrons plusieurs traductions inédites (Instr. Psalmorum, Tract. 1-2, 51, 61, 138, 148-150).

1- Situation chronologique du Commentaire

Hilaire remarque en Com. Ps 67, 15 : « À ces erreurs (christologiques), il a été répondu ailleurs avec plus d’ampleur et d’abondance ». Il renvoie ici à son traité sur la Trinité VII, 7, où sont plus explicitement mentionnées les trois erreurs christologiques soutenues par Arius, Sabellius et Photin (aliasHébion).

La réflexion d’Hilaire, commentateur des psaumes et exégète, s’appuie souvent sur des considérations qu’il a approfondies dans les livres VIII à XII de son traité sur la Trinité :

• in Ps 2, 25-27 ; 53,7 (rapports du Père et du Fils, sans altérité de nature).

• in Ps 122, 7 ; 138, 17 (dualité sans différence de nature).

• in Ps 138, 2. 5. 15. 19. 23 ; 143, 7 (opposition et rapport réciproque entre la forme d’esclave et la forme de Dieu [1].

• in Ps 53, 12 ; 68, 17 (rapport du Fils au temps, à la souffrance, à la glorification).

On pourrait comparer aussi le prologue du traité sur la Trinité I, 1-14 et l’in Ps 61.

Le mode de présentation des problèmes théologiques diffèrent dans les deux ouvrages car dans les Tractatus, la perspective est intentionnellement plus pédagogique et vise à la vulgarisation. Mais le contenu est bien le même que celui du traité sur la Trinité qui a donc précédé les Tractatus super Psalmos. Ces derniers sont contemporains des Traités sur les Mystères (Tractatus Mysteriorum) rédigés entre 364 et 366, selon H. Lindemann, et du Contre Constance qui date lui de 360-361.

2. Le genre littéraire des Tractatus : homélies ou lectiones ?

L’aspect lectio semble prépondérant, si l’on entend par là une lecture sur « une tranche de texte propice à l’instruction » (J. Doignon) ; cf. Hilaire, Instr. XI ; in Ps. 64, 8 où sont cités Mi 1, 2-5 et Ps 17, 8-10 : Toi dont la force affermit les montagnes, qui te ceins de puissance ; Toi qui altères le grondement des mers et le fracas de leur flots. Hilaire commente ainsi :

• Ce discours ne convient pas à la nature des montagnes terrestres ; elles sont fermes en effet, non apprêtées. Mais la préparation de la future opération est un commencement. Ensuite, il est parlé de la préparation des montagnes par Celui qui se revêt de puissance et se ceint de force. Cependant toute terre est jetée dans l’existence à partir de rien, et la réalité de sa puissance n’a pas manqué de ceindre Celui dont dépendait que le fait soit aisément commandé. Il est cependant utile de connaître en quels lieux il est fait mention des montagnes dans les Écritures. Le Prophète dit en effet : Écoutez, tous les peuples, sois attentive, terre, et tous tes habitants. Que le Seigneur Dieu vienne en témoignage contre vous, le Seigneur de son temple saint. C’est pourquoi, unique le Seigneur sort de son temple saint ; Il descend sur les hauteurs de la terre ; les montagnes fondent sous lui, les vallées se liquéfient comme cire en face du feu. Tout cela à cause de l’impiété de Jacob et à cause du péché de la maison d’Israël (Mi 1, 2-5). Et ensuite : Et la terre trembla, s’ébranla, les assises des montagnes frémirent et furent commotionnées, car Dieu fut irrité envers eux. Une fumée montait de ses narines et, sortant de sa face, un feu dévorant, produisant des charbons embrasés. Il inclina les cieux et descendit, une nuée sous les pieds (Ps 17, 8-10). En conséquence, Il envoya ses flèches et les dispersa ; Il lança des éclairs et les mis en déroute (Ps 17, 15).

Par les faits dont cette lectio nous instruit, l’Esprit-Saint nous montre, par le Prophète, la descente du Seigneur depuis le ciel, la crainte de la terre, le tremblement des montagnes : cela provenant de la colère du Seigneur, de la fumée sortie de sa fureur, et par le feu ; ensuite, devant sa face, une fumée montait, est-il dit (Ps 17, 9). C’est la réalité du temps passé. Un feu sortait de sa bouche (ibidem), cela recèle la signification des temps futurs. Ensuite, de peur que ne soit interprétée la parole comme provenant d’une nature figée et immobile, ces montagnes sont dispersées par des tirs de flèches, et commotionnées par une multitude d’éclairs (fin du § 8 du Com. Ps 64).

Que veut montrer Hilaire par cette tranche de texte, avec ces deux citations de Michée et du Ps 17, pour éclairer le verset 8 du Ps 64 ? Assurément, que Dieu est toute puissance, et que cette puissance se manifeste aussi bien dans le solide enracinement des montagnes que dans leur mise en branle sous l’effet de sa colère. Il en est le Créateur et Maître, et s’Il en vient à modifier les lois de la nature par quelque soudain cataclysme, cela ne vise qu’à provoquer le retournement du cœur rebelle de l’homme, dont la nature, créée bonne, s’est pervertie.

Dans l’in Ps 118, Hilaire présente la lectio diuina comme une « méditation de la Loi » dont nous entretient surabondamment le Prophète (cf. in Ps 118, 10, 15). L’auditeur et le lecteur ne sont pas dissociés. Cela ne correspond donc pas à une lecture faite dans un cadre liturgique où la proclamation de la Parole implique une dissociation entre lecteur et auditeur.

Quand Hilaire fait référence « aux psaumes qu’on a lus » (cf. in Ps 13 et 14), rien n’indique qu’une lecture publique ait été faite devant l’assemblée.

Les doxologies finales des Tractatus ne sont pas davantage un gage d’appartenance des Tractatus à un milieu homilétique. Origène parsème son Traité des Principes de telles doxologies… Et pourtant, le De Principiis est loin de ressembler à une collection d’homélies !

Conclusion

Rien ne porte à penser qu’il s’agit, dans les Tractatus, d’exhortations orales émises au cours d’homélies. C’est cependant l’opinion de Ph. Henne, dans son récent livre Initiation à Hilaire de Poitiers, Cerf, 2006, où l’auteur affirment que « certains indices,… permettent de supposer que ces explications (sur les psaumes) furent tout d’abord données sous la forme d’homélies et qu’ensuite l’auteur reprit toute cette matière et l’organisa en un grand ouvrage » (cf. p. 118). Cette opinion valorise l’aspect pastoral de la personnalité d’Hilaire, laissée en demi-teinte par Jean Doignon, mais qu’aussitôt Ph. Henne minimise en ajoutant (p. 123) qu’« en dogmatique comme en exégèse, Hilaire reste un homme de dossiers ». Pourtant la prédication (praedicatio) d’Hilaire n’implique pas nécessairement une proclamation orale qui aurait précédée une version écrite affinée par la suite. La finalité des Tractatus est didactique. Le public est supposé cultivé : public de clercs, probablement, comme celui de l’In Matthaeum, praesbyterium de l’évêque vraissemlablement, réuni dans l’église cathédrale pour entendre et lire l’Ecriture [2]. Hilaire entend former ses clercs.

3 - Peut-on néanmoins parler d’homilétique contemporaine en ce siècle d’Hilaire ?

Les sources d’Hilaire sont principalement Origène, par la médiation d’autres auteurs origéniens comme Eusèbe de Césarée qui reprend Origène ; pour le Ps 1, c’est patent.

En amont des Tractatus, une multitudes d’interprétations des Écritures se lisaient dans une tradition africano-alexandrine, à laquelle Hilaire ne cesse de puiser pour l’instruction de son clergé et des co-évêques ses frères (cf. in Ps 118, 4,1 ; 4, 6 ; 138, 39).

Si l’intention est donc de vulgarisation - alors que celle du De Trin. était plus didactique et plus scientifique -, il n’en reste pas moins vrai que le public (uulgus) sera nécessairement « lettré ». Hilaire ne sait pas abaisser le niveau de l’enseignement au point le plus bas, c’est-à-dire où, par abréviation ou réduction, il ne reste rien de l’Évangile, ou presque. S’il est un « lettré » - ce que nul conteste -, il est aussi « pasteur d’âmes », d’une autre manière que ne le sera Augustin, mais très réellement. Aurait-il autrement séduit Martin ?

4 - Le titre du Traité

Le titre retenu par les éditeurs depuis le XVIIe s. (Coustant, Maffei, Migne, Zingerle) est : Tractatus super psalmos. C’est celui qui convient le mieux.

Jérôme ne parle que de très généraux in psalmos commentarii, donc de Commentaires sur les Psaumes (cf. De uiris illustribus 100). Il a l’intéressante mention Psalmorum interpretatio dans sa Lettre 61, 2 où il marque la source origénienne de cette interpretatio : « Hilaire, dit-il, qui traduisit l’interprétation des psaumes et les homélies sur Job à partir des livres d’Origène, du grec en latin ».

Augustin fait référence dans son contra Julianum Pelagianum à l’expositio, c’est-à-dire au Commentaire et à la présentation critique du premier psaume par Hilaire (expositio primi psalmi ; cf. Contr. Iul. 2, 8, 28).

Le terme de Tractatus vise « une mise en lumière d’un texte scripturaire abscond » (J. Doignon) ; l’obscurité de ce texte demandant une explication interprétative. En fait, ce nom latin traduit le terme homiliai par lequel Origène désignait ses commentaires exégétiques présentés à un auditoire, si bien que Jérôme et Rufin traduiront homiliai par tractatus.

5 - Combien de Tractatus Hilaire a-t-il composés ?

58 selon la tradition manuscrite dans son extension la plus grande.

Jérôme ne connaissait pas le groupe des Tractatus 63 à 69, ni l’Instruction Psalmorum du début des Commentaires…

L’éditeur mauriste Coustant pensait qu’Hilaire avait commenté tout le Psautier. Marc Milhau a démontré qu’il n’en était rien.

6 - Les considérations d’Hilaire sur la constitution du Psautier en trois cinquantaines

Le schéma de base est présenté dans l’Instructio Psalmorum. On trouvera aussi des indications relatives à cette structure dans l’in Ps. 150.

Trois degrés sont à considérer, dit Hilaire :

• première cinquantaine : renoncement au péché et naissance de l’homme nouveau (poenitentia confessio).

• deuxième cinquantaine : prise de conscience d’une vie d’innocence dans le Royaume de Dieu (uita innocens), ce Royaume étant entendu au sens de « ceux que le Christ remettra à son Père, nous qui sommes devenus royaume par la glorification de son corps » (cf. Tr. Trin. XI, 39-42).

• troisième cinquantaine : établissement dans la gloire et consommation de la Cité céleste (Gaudium in nouitate spiritus). Ici, on pourra se référer à l’in Ps 11 et à l’in Ps 150, 1.

La vertu de la cinquantaine (cf. Instr. Psalm. 12) est empruntée à Origène (cf. in Mt 10, 24 à propos de la tri-partition de l’homme en corps, âme et esprit). Cet emprunt à Origène est déjà une réponse à Ph. Henne qui se demande pourquoi Hilaire n’a jamais dit « ce qui lui permettait d’affirmer que chacune des trois cinquantaines annonçait une étape de la vie chrétienne » (o. c., p. 121). Si toute l’Écriture retrace l’histoire du salut, il n’est pas surprenant de lire dans le Psautier qui brosse l’immense Prophétie du Christ, Créateur et Rédempteur de l’homme dans l’univers, ce « schéma spirituel ascendant », qui part de la condamnation des péchés, passe par l’effective œuvre de miséricorde, pour aboutir à la glorification. Hilaire n’a pas à s’en expliquer. Il s’inscrit dans la Tradition vivante de l’Eglise qui ne peut lire l’Ecriture autrement que comme « Histoire de Salut ».

7 - L’intérêt porté par Hilaire sur les titulus psalmorum (titres des psaumes) est significatif

Comme tous les anciens auteurs, il y discerne quelque « mystère » dont l’interprétation pourra se réaliser par une interprétation allégorique, c’est à dire spirituelle.

Le « titre » in finem, remarque-t-il, couvre le cycle des psaumes 51 à 69, et se retrouve avec les Ps 138 et 139. Ce sont des Psaumes très en lien avec l’histoire de David. « L’ordre historique », dit-il encore, « est souvent mis au jour dans les ’titres’ ». La prophétie se détache sur fond d’histoire. Le ’titre’ du Ps 51 : in finem ; intellectus illi David cum uenit Doec Edumaeus… , doit être compris comme s’agissant d’événements relatifs à David, en vue d’une fin, quand Doec, l’Iduméen, vint annoncer à Saül cette nouvelle : David est arrivé sur la terre d’Abimélech. Et « la fin c’est comme nous le montrons fréquemment, là où toutes choses sont conclues, pour la cause de laquelle (fin) les autres choses existent, vers laquelle (fin) toutes les œuvres se pressent, œuvres universelles d’espérance, de choses à réaliser, d’échanges ».

Ailleurs, le titulus est accompagné de la mention ’Psaume du Cantique’, ou ’Cantique du Psaume’ ; et dans l’Instructio Psalmorum (voir notre traduction), Hilaire rapporte que cette indication signifie la manière dont, dans un psaume, la réflexion conduit à l’action, ou, inversement, l’action conduit à la réflexion (cf. Instr. Psalm. 21)

Il est intéressant de voir que la double série des Ps 51-69 et 138-139, convie à une lecture continue qui ouvre, par delà les événements vécus par le David de l’histoire, aux attitudes du Christ, nouveau David, priant son Père dans l’humilité de l’Incarnation (in Ps 53), affirmant son égalité avec Lui au cœur de sa condition humaine de Serviteur (in Ps 138), affrontant l’hostilité de son peuple (in Ps 51), dans les souffrances de la Passion (in Ps 68) où il s’est dépouillé de tout pour nous (in Ps 139), nous arrachant aux puissances du mal (in Ps 58) pour nous éléver jusqu’à la gloire (in Ps 60), par la résurrection (in Ps 67), en vue de fonder l’Eglise, son Corps (in Ps 138).

Le titre « Cantique des montées » (Canticum graduum) est pour Hilaire comme une épitaphe « continue et égalisatrice » (cf. in Ps 119, 1) qui rassemble l’intelligence de tous les Psaumes 119 à 133, sous le signe de la montée vers la connaissance du mystère céleste (in Ps 133,1). L’intelligence de cette série de Psaumes est liée au symbole des 15 degrés qui conduisait au Temple (7 = le sabbat ; 8 = l’ogdoade qui ajoute l’unité au chiffre 7 du sabbat et qui figure l’Evangile : 7+8=15 ; cf. Instr. Psalm. 16).

Le titre « Alleluia ! » concerne les psaumes 134/135 et le groupe des trois psaumes de louange 145, 146, 147 (cf. Introd. CCSL, LXI, p.XXIX).

8 - Cohérence donnée par Hilaire au Livre des Psaumes

Il est remarquable que ce Pasteur qui a soif de sens pour en abreuver ses collaborateurs dans le ministère presbytéral, cherche à donner à l’ensemble du Livre des Psaumes une cohérence. Il s’inscrit là dans la ligne des grands herméneutes des IVe et Ve siècles, tant Alexandrins qu’Antiochiens ou Cappadociens. Il cherche une logique dans l’organisation interne de chaque psaume, ce qu’a aussi remarqué Ph. Henne : « Une dimension importante de l’analyse exégétique d’Hilaire est sans nul doute la cohérence générale du psautier » (o.c., p.120).

Le diapsalma, la pause (cf. in Ps 65, 16), peut indiquer un renversement des perspectives, mais, comme le prévoit l’Institution oratoire de Quintillien (VII, 1, 1), il y a passage successif d’un élément du discours à un autre, ici, d’un verset à un autre. Les questions traditionnelles (quid, qui, cur, unde) sont suivies (cf. in Ps 64, 10 ; 11 ; 12 par exemple).

Des attitudes spirituelles se dégagent d’un ensemble de versets : confession (in Ps 123, 6) ; louange (in Ps 145, 2) ; ordre de la prière (in Ps 141,2). Exceptionnellement traitée - sans doute parce l’atteindre est rarement réalisée -, la formation à la Sagesse véritable est annoncée dès l’exorde de l’in Ps 118 comme l’idée directrice de l’exégèse de ce psaume que B. Pascal appellera « l’échelle de l’amour divin ». La structure abécédaire, reposant sur les 22 lettres de l’alphabet hébreu, servait manifestement ce dessein : chaque verset de la strophe de huit versets, commençant par la même lettre. Cohérence donc, jusque dans la structure même du Psaume.

Quelques notations de Grégoire de Nysse sur les Titres des Psaumes

Une remarque initiale : le traité de Grégoire Sur les titres des Psaumes est très original. Il n’a pas son pareil dans la littérature patristique. Peut-on le dater ? Dans la belle édition de Jean Reynard (SC 466, Cerf 2002), une introduction incline à fixer la date de composition aux années qui suivent immédiatement la mort de Basile, frère de Grégoire, soit vers 380 [3]. Il est évident qu’Hilaire n’a pu lui emprunter ; mais, par ce que l’on sait d’Origène, et l’intérêt qu’il portait aux titres des Psaumes, il est très légitime de penser que l’Alexandrin est la source essentielle et commune d’Hilaire et de Grégoire.

Nous avons vu précédemment combien Hilaire s’interroge pour décrypter le sens du titre « in finem ». Nous trouvons la même préoccupation chez Grégoire, lorsqu’il lit le titre du Ps 51 (voir §§ 63-64, SC 466, p.415) : « Pour la fin, d’intelligence en l’honneur de David, lorsque Doek, l’Iduméen, est venu annoncer à Saül et lui dire : David est venu dans la maison d’Abimélech » (Ps 51, 1-2).

« J’apprends par là, poursuit Grégoire, que la situation qui conduit à la victoire finale, est celle où l’intelligence dirige la vie à la ressemblance du grand David, et que j’attriste particulièrement Doek, le tyran de mon salut, quand je me trouve dans la maison du prêtre, et quand, serviteur de mules, il n’a plus la force de m’attaquer de face, mais prépare en cachette une machination contre moi, en dénonçant, à celui qui veut ma mort, ma présence auprès du prêtre ». Retenons donc déjà que « pour la fin » équivaut, selon Grégoire, « pour la victoire finale sur le mal ».

Et Grégoire poursuit son commentaire allégorique avec cohérence. « Les mules que commande cet Iduméen, c’est la nature stérile en qui la bénédiction de Dieu n’a pas trouvé place, elle qui, d’emblée, a prescrit à la création de se multiplier par ces mots : Croissez et multipliez-vous (Gn 1, 28). Car la multiplication en mal ne procède pas de Dieu, comme la succession de l’espèce de mules ne procède pas non plus de leur croisement »… Quel est le but que vise la parole se demande notre herméneute ? « L’histoire (le sens littéral) donne le nom de mule à la malice. Elle ne tient pas de Dieu son existence. Et qui s’adonne au mal, ressemble à la nature des quadrupèdes sans raison »… L’irrationnalité est donc bestiale, asinienne…

« Doek, qui se fit auprès de Saül le porteur d’un message hostile à David, Doek, le berger stérile des mules, ne peut-il être autre que le méchant messager qui attire, grâce aux passions diverses du péché, l’âme humaine vers le mal ? Chaque fois que l’âme humaine se trouve dans la maison du prêtre véritable (Abimélech signifie « mon Père est roi » ; il est un type du Christ), et que Doek est incapable de la frapper par les ruades de ses mules, alors il dénonce au prince de méchanceté « l’esprit qui agit sur les fils de la désobéissance » (cf. Eph 2, 2). Mais celui qui est enraciné « comme un bel olivier et porte des fruits dans la Maison de Dieu » (Ps 51, 10), compose contre le tyran ces paroles que nous entendons dans le Psaume, disant : Pourquoi te glorifier, toi, le puissant en malice, de ton iniquité ? (v.3), toi dont la langue est un rasoir effilé (ibidem), elle qui dépouille ceux contre lesquels elle est appliquée, et qui, de leur belle chevelure, coupe les sept tresses de boucles (cf. Jg 16, 13-14.19 : histoire de Samson, amputé de ses cheveux dont il tirait sa force ; les sept tresses de boucles sont interprétées par Grégoire comme les sept dons du Saint Esprit, d’après Is 11, 2).

Au §64 qui fait suite, Grégoire parle de l’enracinement dans la foi suggéré par le psaume et son titulus. Il poursuit en fait son commentaire de l’ensemble du psaume, à partir du « titre ».

Ce puissant en malice, dénoncé par l’âme fidèle s’entend dire que Dieu le détruira (v.7), l’exclura de la tente et de la terre des vivants. Par là, dit Grégoire, « est réalisé l’affermissement de ceux qui, selon les paroles du divin Apôtre sont enracinés dans la foi » (cf. Col 2, 7), « ceux qui se confient dans la grâce de Dieu toujours et à jamais » (v.10). Celui-là se confie dans « la miséricorde dont l’infini est la mesure, c’est-à-dire les siècles des siècles ». Et son action de grâce sera sans fin (cf. v. 11). Grégoire conclut : « Oui, vraiment c’est être fou que de dire en son cœur : Il n’y a pas de Dieu » (v. 2).

On voit, par cette manière de faire, que Grégoire est fidèle à son grand principe d’interprétation : la recherche du sens de l’enchaînement - qu’il appelle l’akolouthia, et que Mariette Canévet à mis en relief dans son article du Dictionnaire de Spiritualité sur Grégoire de Nysse -, enchaînement suivi, aussi bien dans la structure du texte que dans l’ordre des mots. Cohérence, donc, avant tout (akolouthia), et liberté (parrhèsia).

Il convient d’ajouter que, de cette seule mention de l’in finem, Grégoire va tirer toute son interprétation du Psaume en se reportant, d’une part à l’histoire de l’Iduméen Doek rapportée en 1 Sam 21,8 et 22, ss., d’autre part à la signification de in finem dont il a précisé le sens précédemment en II, 2, 31 et que nous rappelons brièvement :

« Puisque la plupart des psaumes ont pour titre l’expression ’pour la fin’ (eis to télos), il faut, selon moi, connaître à ce propos les éclaircissements qu’apporte la pensée des autres traducteurs de la même Écriture. L’un dit, en effet, au lieu de ’pour la fin’, ’à celui qui rend victorieux’, un autre ’chant de victoire’, au autre ’pour la victoire’. Donc, puisque la fin de tout combat, c’est la victoire, sur laquelle ont les yeux tournés ceux qui se dévêtent en vue des combats pour se livrer à la lutte, le texte, me semble-t-il, par le mot ’fin’, grâce à une expression brève, excite et encourage ceux qui luttent par les vertus sur le stade de la vie, de sorte que, les yeux tournés vers la fin, c’est-à-dire la victoire, ils trouvent, dans l’espoir d’être couronnés, un soulagement à la souffrance de leurs luttes » [4].

Notre commentateur tire de cela une conséquence sur l’importance et la valeur du contenu du message des psaumes : « L’enseignement des psaumes…écarte de la malice et tire vers la vertu » [5].

Ainsi, de ces prémices, nous pouvons conclure, après cette considération de la démarche de Grégoire de Nysse sur l’interprétation des « titres » des Psaumes qui synthétise et coordonne la réflexion origénienne - réflexion qu’a connue Hilaire durant son exil (356-360) et qu’il empruntera à son tour -, que les titres des psaumes sont « des paroles athlétiques » (sic) qui invitent au combat spirituel pour remporter in finem, la victoire.

Commentaire de l’Instruction préalable au Commentaire sur les Psaumes

Principaux points traités

• Paragraphe 1

• Répartition des psaumes en cinq livres (1-40 ; 41-70 ; 71-88 ; 89-105 ; 106-150).

• L’appellation d’ensemble : Psaumes de David, est contestée.

• Recours à l’autorité de l’Apôtre Paul pour préférer l’appellation Livre des Psaumes.

• Paragraphe 2

• Diversité d’auteurs : David, Salomon, Asaph, Idithus, les fils de Chorée, Moïse…

• Identité : un recueil de prophéties regroupées en un seul volume.

• Rôle des suscriptions : elles aident à déterminer l’auteur du psaume, mais les LXX ne les rapportent pas tous (Jérémie, Aggée, Zacharie, ne figurent que dans les suscriptions hébraïques).

• Paragraphe 3

Des psaumes se présentent sans nom d’auteur : ils sont alors à mettre sous la paternité de l’auteur nommé dans le psaume précédent (ex. : le psaume 32 doit se rattacher à la longue série précédente de psaumes atribués à David).

• Paragraphe 4

Le caractère prophétique des psaumes : qu’un psaume attribué à Moïse contienne le nom de Samuel, venu 1200 ans après Moïse, ne doit pas surprendre : « il n’est pas invraissemblable que Moïse ait prédit Samuel ».

C’est à Esdras (vers 400 avant J.C.) qu’est attribué le regroupement des psaumes éparpillés en un seul livre. « C’est comme prophétie que les Psaumes ont été prophétiquement prophétisés ».

• Paragraphes 5 et 6

Ces paragraphes contiennent la forte et sereine affirmation - qui tient lieu pour Hilaire de principe exégétique et herméneutique fondamental -, que, « selon la prédication évangélique, … tout ce qui est dit dans les Psaumes, quelle que soit la personne par laquelle l’Esprit-Saint a parlé, vise la connaissance de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, de son Incorporation (corporatio), de sa Passion, de son Règne, de la gloire et de la puissance de notre Résurrection. » Mais pour lire ainsi les Psaumes, il faut - dit Hilaire -, recevoir la grâce de comprendre, par la foi au Christ, « les significations allégoriques et typologiques par lesquelles tous les mystères sont dévoilés », concernant le Fils de Dieu Unique-Engendré naissant corporellement, souffrant, mourant, ressuscitant et régnant dans l’éternité, glorifiant avec lui ceux qui auront cru en lui, et jugeant les autres.

Sous-jacent à ces affirmations se trouve énoncé la doctrine apostolique, qu’Augustin mettra bientôt si parfaitement en lumière, mais qu’Hilaire professe déjà implicitement, le mystère du Christ total, Tête et membres, ou mystère de l’Église Corps mystique du Christ.

De manière que l’on pourrait penser originale mais qui vient d’Origène [6], Hilaire voit aussi dans les sept sceaux de l’Apocalypse (Ap 3, 7), sceaux ouverts successivement et donnant accès à la lecture du Livre des destinées humaines dans le Dessein de Dieu, les événements successifs des actes sauveurs du Christ : « incorporation (corporatio), passion, mort, résurrection, glorification, établissement du Règne, jugement. » Le Christ se révèle en cela la Clef de David [7]. Hilaire trouve un confirmatur évangélique dans la citation de Lc 24, 44 ; et de conclure : « Le rejeton de David peut ouvrir le Livre car il a brisé, par le sacrement de son incorporation (corporatio) et de sa divinité, les sept sceaux dont nous avons parlé » …

L’Incarnation du Verbe de Dieu est donc révélatrice du Dessein de Dieu, à savoir, le salut de l’humanité, et, à travers elle, celui du cosmos tout entier. Le Livre des Psaumes en recèle la prophétie.

• Paragraphe 7

Le ’psaltérion’ (la nabla hébraïque) est « l’instrument de la prophétie ». Il est « dans la forme du corps du Seigneur » en qui a parlé l’Esprit céleste, comme pour le psaltérion, de forme simple, dont les accords musicaux viennent d’en-haut.

• Paragraphe 8

Rassemblés par Esdras en un seul livre, les Psaumes furent numérotés par les traducteurs grecs (LXX) et remis en ordre, attribuant à chaque numéro une « efficace » particulière (la puissance des nombres était très fortement tenue par les sages de l’Antiquité).

• Paragraphes 9 à 12

Ces paragraphes traitent en effet de la puissance (uirtus) du nombre. Hilaire s’efforce de démontrer la justesse de la numérotation des psaumes 3, 50 (7x7+1), 51…

• Paragraphes 13 à 15

Ici, Hilaire évoque avec enthousiasme le « mystère de l’ogdoade », c’est à dire du chiffre 8 qui, faisant suite au chiffre 7 (symbole du ’sabbat’ juif), fait entrer dans l’ère chrétienne et le ’repos’ du 8e jour (7+1). Les Ps 8, 80 et 83 illustrent ce mystère ; mais le Ps 118, l’explicite parfaitement.

Le rapport entre les 22 lettres de l’alphabet hébreu et les 22 strophes du Ps 118, introduit une réflexion sur le contenu de la Bible hébraïque en 22 livres qu’Hilaire énonce nommément. Il souligne, en contraste, la présentation de la Septante grecque (LXX) en 24 Livres, en correspondance avec les 24 lettres de l’alphabet grec. L’alphabet latin et ses 23 lettres, se situe donc entre les deux, si bien que finalement hébreu, grec et latin constituent les trois langues de l’expression du mystère du Seigneur Jésus Christ, le Roi des Juifs (cf. Jn 19, 19-20).

• Paragraphe 16

Après les 22 ogdoades du Ps 118, Hilaire constate la cohérence de la suite : les 15 Cantiques des Psaumes des degrés (Ps 119-133). Ces quinze degrés correspondent aux quinze marches d’accès au saint des saints, dans le Temple, où seul le Grand-Prêtre pouvait pénétrer. Hilaire commente : « la béatitude de la perfection dans le ’saint des saints’ ne s’obtient que par la pénétration dans l’hebdomade de la Loi (chiffre 7) portée à son accomplissement par l’adjonction de l’ogdoade (chiffre 8) des évangiles (7+8 = 15). »

• Paragraphes 17-20

Les suscriptions des psaumes sont un chemin d’accès vers leur intelligibilité. Hilaire remarque que sont distingués, dans les suscriptions, quatre modes ou genres musicaux auxquels, pensant rejoindre la tradition antérieure, il assigne un rôle particulier. Ce sont « psaume », « cantique », « cantique de psaume » et « psaume de cantique ». Les explications d’Hilaire restent assez confuses du fait de l’emploi d’un vocabulaire manquant d’une technicité à laquelle les documents anciens ne donnent plus accès. Tentons cependant de résumer la pensée d’Hilaire :

• le psaume, répertorié comme psaume, est porteur d’un message valorisant les œuvres et les actes des sanctifiés (les justes) : la perfection est donc dans la doctrine chrétienne du comportement moral qui oriente vers la prière d’un cœur purifié, uni à Dieu.

• le cantique, lui, privilégie la science spirituelle, la contemplation, qui orientera le priant vers la pratique des œuvres bonnes.

• Paragraphe 21

Les deux démarches explicitement présentes dans les Psaumes, se conjuguent sous la double forme du cantique de psaume et de psaume de cantique, liant dans un rapport inter-actif et inter-dépendant, ascèse et contemplation, practikè et théôria. L’une doit-elle nécessairement précéder l’autre ? Hilaire ne tranche pas. Quant aux psaumes privés de suscription, ils ne sont qualifiés ni de psaume, ni de cantique ; pourtant - dit Hilaire -, ils ont été chantés sous l’inspiration de l’Esprit en vue de transmettre une connaissance de science spirituelle, permettant à chacun, selon la véracité de sa foi, d’en comprendre le sens spirituel. La foi droite ouvre donc à l’intelligence spirituelle du texte biblique… « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas » : c’est la traduction d’Augustin d’Is 7, 9. Hilaire le pressentait déjà.

• Paragraphe 22

Les mentions du type : pour le jour du sabbat, pour les mystères du fils, pour le huitième jour, invitent à passer du sens littéral du texte du psaume, au sens spirituel. Les mentions plus historiques, renvoyant à des personnes (David, Saül, Doeg, Absalon…) invitent, par contre, à lire ces notations comme prophétie, comme annonce d’événements futurs ; la lecture doit donc se faire ici dans un sens typologique.

• Paragraphe 23

Quant au diapsalma (pause), placé en cours de psaume, il faut y voir, pense Hilaire, l’indication d’un changement qui va s’effectuer, soit au sujet de personnes, soit concernant le sens à donner dès lors au psaume.

• Paragraphe 24

Pour clore ce qu’Hilaire appelle cette « brève synthèse », il reprend d’Origène la parabole des clefs amassées toutes ensembles et dont chacune est spécifiquement destinée à ouvrir la porte d’un petit temple (lieu de prière et de contemplation du mystère de Dieu [8]. Mais pour trouver la clef, qui convient à chaque temple (entendons, à chaque psaume), deux méthodes sont envisageables : ou bien, acquérir une connaissance intime de la science spirituelle qui permet de discerner la clef idoine pour interpréter le psaume en question ; ou bien, faire le tri de l’amas des clefs pour tenter de reconnaître celle qui convient à chaque serrure… ; mais là, « le travail est énorme », reconnaît notre commentateur. Manifestement, son choix l’oriente vers la première méthode pour laquelle il était expérimenté du fait de l’acquis charismatique reçu dans l’officium de la charge épiscopale.

Selon cette méthode du don spirituel préalablement reçu et entretenu, Hilaire va ouvrir, par la clef appropriée, le psaume premier.

Commentaire du Psaume 1

• Composition

Les cinq premiers paragraphes sont introductifs et généraux. Ils traitent de la détermination préalable et nécessaire de la personne du locuteur (la personne qui parle), d’autant qu’elle varie au cours d’un même psaume. Pas d’a priori à ce sujet, mais il convient de mener une recherche objective et rationnelle (cf. §§ 1-5). Le commentaire cursif, verset par verset, commence au § 6, et Hilaire parle lui-même des cinq premiers paragraphes comme d’un « exorde » : « Mais l’Esprit-Saint a entrepris ce très spécifique et très digne exorde, en tête du Psautier, afin que soit encouragée l’humaine faiblesse par l’espérance de la béatitude dans une pratique sans fard de la religion »… (Ps 1, § 5).

À partir du § 6, Hilaire va montrer que la clef du bonheur réside dans ce que les Stoïciens appelaient la pratique de la vertu, et que lui-même nomme « une observance » (c’est-à-dire une pratique) que le psaume décrit comme se résumant en cinq points : ne pas aller au conseil des impies (l’explication suivra aux §§ 7-8), ne pas s’engager sur le chemin des pécheurs (cf. § 9), ne pas s’asseoir sur le siège pestilentiel des moqueurs (cf. §§ 10-11), ensuite placer tout son désir d’aimer dans la Loi du Seigneur (qui sera commenté au § 12), finalement, faire de cette Loi l’objet de sa méditation, jour et nuit. C’est ensuite, au § 13, qu’Hilaire va méditer sur le fruit de cette pratique, en rapprochant analogiquement ce bonheur de celui que le premier homme, demeurant soumis à Dieu, devait tirer de l’arbre de vie (cf. Gn 2-3). Toute cette réflexion occupera les §§ 14 à 18, et les derniers versets, relatifs à la position antinomique des impies, des pécheurs et des justes, face au jugement, retiendra l’exégète dans les derniers paragraphes (§§ 19-24).

• Style et méthode

Ce qui frappe, d’abord, c’est la recherche de cohérence dont fait preuve Hilaire tout au long de son commentaire. Cela est mis en évidence par le suivi, verset par verset, du psaume, montrant ainsi que le sens s’éclaire au fur et à mesure de la « lecture » du texte ; il s’agit donc bien là comme du « porche d’entrée » du Psautier, où se lit, en filigrane, tout le drame du salut. Hilaire se veut logique (les arguments de raison sont préférés aux arguments d’autorité, bien que l’Écriture soit souvent sollicitée). Tout en développant une exégèse allégorique, par l’exploitation de comparaisons et métaphores, il use à bon escient de l’outil rationnel. Comme il le dit à la fin du § 2, il entend « discerner le sens de la Parole, en usant de la connaissance rationnelle ». Il se veut donc cohérent. Rappelons que ce sera ce même principe de cohérence qui guidera Grégoire de Nysse dans ses commentaires Sur les titres des Psaumes.

Le style proprement dit d’Hilaire est caractéristique. Il s’exprime en de longues périodes ; elles sont souvent « la croix des traducteurs » et nécessitent une fragmentation pour plus d’intelligibilité et de clarté dans une lecture cursive.

• Théologie

Elle est bien sûre trinitaire. Le De Trinitate a déjà été écrit et publié à l’époque de la rédaction des Tractatus in Psalmos. Les §§ 4 et 5 en apportent une intéressante illustration. La christologie est affinée, sans avoir encore la précision chalcédonienne, mais n’allons pas trop vite ; disons seulement que la théologie d’Hilaire - doctrine trinitaire et christologie -, est totalement nicéenne mais ouverte, sans engouement excessif pour le « consubstantiel » (homoousios), très christocentrée, puisque les psaumes sont lus comme « prophétiques » (cf. finale du § 2).

• Vocabulaire, usage sémantique

Relevons quelques mots, chargés d’un poids théologique spécifique, qu’Hilaire emploie habituellement dans ses Traités et Commentaires. Tous ces termes trouvent leur sens véritable dans le Traité sur la Trinité (on pourra consulter l’Index Théologique des mots latins du De Trinitate d’Hilaire de Poitiers :

. Doctrina : c’est l’expression du discours chrétien formulant fidèlement le « dépôt » de la foi reçu des Apôtres et conservé dans et par l’Église.

• Dispensatio : une simple traduction de l’oikonomia des Pères grecs, c’est-à-dire la manière dont Dieu réalise, dans l’histoire, le salut de l’homme et de l’univers.

. Ordo : un mot très intéressant, et difficile à traduire dans de nombreux cas. Il est synonyme de ratio spiritualis, de mise en ordre logique des arguments présentés, ou des formules (ici des versets psalmiques) ; on pourrait traduire par le néologisme « ordonnancement » ; il y a bien une logique dans la présentation d’un « discours chrétien », ce qui échappe aux hérétiques.

. Il y a aussi tout le vocabulaire antithétique que l’on trouve dès l’ouverture du Psautier, et qui sera omniprésent dans la Bible : impietas, impius, auxquels s’opposent pietas et pius ; impius distingué par Hilaire de peccator, et iustus qui qualifie celui qui cultive la vertu de religion et pratique le justice envers le prochain.

. Mysterium et sacramentum qui, depuis l’usage consacré par Tertullien, sont équivalents [9]. Cependant, pour Hilaire qui, contemporainement aux Tractatus sur les Psaumes, écrira un Traité des Mystères (De Mysteriis), le mysterium de l’Écriture, c’est sa lecture au sens spirituel (allégorique ou mystique), dans sa plénitude de sens, c’est-à-dire se rapportant au Christ et à l’Église dans le lien nuptial qui les unit.

. Voluntas, si proche d’amor et de libertas ; intelligentia et ratio qui s’entrecroisent souvent.

. Il y a aussi tout le vocabulaire du « jugement » (retributio, iudicium), si présent dans le Psautier.

. Enfin, la prophetia : c’est tout le Mystère de Dieu sauvant le monde, et progressivement annoncé dans l’histoire. La « prophétie » se résout en s’accomplissant dans le Mystère du Christ, le « Juste » par excellence, le Beatus uir.

• Des formules bien frappées

Nous en donnons deux, à titre d’exemple :

• « Qui sera, en fin de compte, le dispensateur (l’oikonomos) du fruit ? Assurément, celui de qui le même Apôtre (Paul) se souvient lorsqu’il dit : Et il transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps de gloire (Ph 3, 21). Il nous donnera donc ces fruits que déjà, en celui qu’il assuma et qui est signifié par l’arbre, il amena pour l’homme à sa maturité parfaite, et qu’il transvasa en absorbant notre mortalité dans la nature même de son immortalité. Ainsi sera-t-il comme cet arbre, l’homme bienheureux du psaume, lorsque lui-même sera rendu conforme à son Seigneur, dans la gloire de Dieu » (Tract. In Ps 1, finale § 15).

• « Le mystère céleste (caeleste sacramentum) est… présenté sous des formes corporelles, pour que ces réalités corporelles elles-mêmes, quoiqu’elles ne puissent pas rendre compte - étant incorporées -, de toute la réalité, n’affaiblissent cependant pas l’intelligence spirituelle (rationem spiritalem) du texte du psaume » (Tract. In Ps 1, § 17, l. 6 à 10).



BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Saint Peter's Square

Wednesday, 10 October 2007

Saint Hilary of Poitiers


Dear Brothers and Sisters,

Today, I would like to talk about a great Father of the Church of the West, St Hilary of Poitiers, one of the important Episcopal figures of the fourth century. In the controversy with the Arians, who considered Jesus the Son of God to be an excellent human creature but only human, Hilary devoted his whole life to defending faith in the divinity of Jesus Christ, Son of God and God as the Father who generated him from eternity.

We have no reliable information on most of Hilary's life. Ancient sources say that he was born in Poitiers, probably in about the year 310 A.D. From a wealthy family, he received a solid literary education, which is clearly recognizable in his writings. It does not seem that he grew up in a Christian environment. He himself tells us of a quest for the truth which led him little by little to recognize God the Creator and the incarnate God who died to give us eternal life. Baptized in about 345, he was elected Bishop of his native city around 353-354. In the years that followed, Hilary wrote his first work, Commentary on St Matthew's Gospel. It is the oldest extant commentary in Latin on this Gospel. In 356, Hilary took part as a Bishop in the Synod of Béziers in the South of France, the "synod of false apostles", as he himself called it since the assembly was in the control of Philo-Arian Bishops who denied the divinity of Jesus Christ. "These false apostles" asked the Emperor Constantius to have the Bishop of Poitiers sentenced to exile. Thus, in the summer of 356, Hilary was forced to leave Gaul.

Banished to Phrygia in present-day Turkey, Hilary found himself in contact with a religious context totally dominated by Arianism. Here too, his concern as a Pastor impelled him to work strenuously to re-establish the unity of the Church on the basis of right faith as formulated by the Council of Nicea. To this end he began to draft his own best-known and most important dogmatic work: De Trinitate (On the Trinity). Hilary explained in it his personal journey towards knowledge of God and took pains to show that not only in the New Testament but also in many Old Testament passages, in which Christ's mystery already appears, Scripture clearly testifies to the divinity of the Son and his equality with the Father. To the Arians he insisted on the truth of the names of Father and Son, and developed his entire Trinitarian theology based on the formula of Baptism given to us by the Lord himself: "In the name of the Father and of the Son and of the Holy Spirit".

The Father and the Son are of the same nature. And although several passages in the New Testament might make one think that the Son was inferior to the Father, Hilary offers precise rules to avoid misleading interpretations: some Scriptural texts speak of Jesus as God, others highlight instead his humanity. Some refer to him in his pre-existence with the Father; others take into consideration his state of emptying of self (kenosis), his descent to death; others, finally, contemplate him in the glory of the Resurrection. In the years of his exile, Hilary also wrote the Book of Synods in which, for his brother Bishops of Gaul, he reproduced confessions of faith and commented on them and on other documents of synods which met in the East in about the middle of the fourth century. Ever adamant in opposing the radical Arians, St Hilary showed a conciliatory spirit to those who agreed to confess that the Son was essentially similar to the Father, seeking of course to lead them to the true faith, according to which there is not only a likeness but a true equality of the Father and of the Son in divinity. This too seems to me to be characteristic: the spirit of reconciliation that seeks to understand those who have not yet arrived and helps them with great theological intelligence to reach full faith in the true divinity of the Lord Jesus Christ.

In 360 or 361, Hilary was finally able to return home from exile and immediately resumed pastoral activity in his Church, but the influence of his magisterium extended in fact far beyond its boundaries. A synod celebrated in Paris in 360 or 361 borrows the language of the Council of Nicea. Several ancient authors believe that this anti-Arian turning point of the Gaul episcopate was largely due to the fortitude and docility of the Bishop of Poitiers. This was precisely his gift: to combine strength in the faith and docility in interpersonal relations. In the last years of his life he also composed the Treatises on the Psalms, a commentary on 58 Psalms interpreted according to the principle highlighted in the introduction to the work: "There is no doubt that all the things that are said in the Psalms should be understood in accordance with Gospel proclamation, so that, whatever the voice with which the prophetic spirit has spoken, all may be referred nevertheless to the knowledge of the coming of Our Lord Jesus Christ, the Incarnation, Passion and Kingdom, and to the power and glory of our resurrection" (Instructio Psalmorum, 5). He saw in all the Psalms this transparency of the mystery of Christ and of his Body which is the Church. Hilary met St Martin on various occasions: the future Bishop of Tours founded a monastery right by Poitiers, which still exists today. Hilary died in 367. His liturgical Memorial is celebrated on 13 January. In 1851 Blessed Pius IX proclaimed him a Doctor of the universal Church.

To sum up the essentials of his doctrine, I would like to say that Hilary found the starting point for his theological reflection in baptismal faith. In De Trinitate, Hilary writes: Jesus "has commanded us to baptize in the name of the Father and of the Son and of the Holy Spirit (cf. Mt 28: 19), that is, in the confession of the Author, of the Only-Begotten One and of the Gift. The Author of all things is one alone, for one alone is God the Father, from whom all things proceed. And one alone is Our Lord Jesus Christ, through whom all things exist (cf. I Cor 8: 6), and one alone is the Spirit (cf. Eph 4: 4), a gift in all.... In nothing can be found to be lacking so great a fullness, in which the immensity in the Eternal One, the revelation in the Image, joy in the Gift, converge in the Father, in the Son and in the Holy Spirit" (De Trinitate 2, 1). God the Father, being wholly love, is able to communicate his divinity to his Son in its fullness. I find particularly beautiful the following formula of St Hilary: "God knows not how to be anything other than love, he knows not how to be anyone other than the Father. Those who love are not envious and the one who is the Father is so in his totality. This name admits no compromise, as if God were father in some aspects and not in others" (ibid., 9, 61).

For this reason the Son is fully God without any gaps or diminishment. "The One who comes from the perfect is perfect because he has all, he has given all" (ibid., 2, 8). Humanity finds salvation in Christ alone, Son of God and Son of man. In assuming our human nature, he has united himself with every man, "he has become the flesh of us all" (Tractatus super Psalmos 54, 9); "he took on himself the nature of all flesh and through it became true life, he has in himself the root of every vine shoot" (ibid., 51, 16). For this very reason the way to Christ is open to all - because he has drawn all into his being as a man -, even if personal conversion is always required: "Through the relationship with his flesh, access to Christ is open to all, on condition that they divest themselves of their former self (cf. Eph 4: 22), nailing it to the Cross (cf. Col 2: 14); provided we give up our former way of life and convert in order to be buried with him in his baptism, in view of life (cf. Col 1: 12; Rom 6: 4)" (ibid., 91, 9).

Fidelity to God is a gift of his grace. Therefore, St Hilary asks, at the end of his Treatise on the Trinity, to be able to remain ever faithful to the baptismal faith. It is a feature of this book: reflection is transformed into prayer and prayer returns to reflection. The whole book is a dialogue with God. 

I would like to end today's Catechesis with one of these prayers, which thus becomes our prayer: 

"Obtain, O Lord", St Hilary recites with inspiration, "that I may keep ever faithful to what I have professed in the symbol of my regeneration, when I was baptized in the Father, in the Son and in the Holy Spirit. That I may worship you, our Father, and with you, your Son; that I may deserve your Holy Spirit, who proceeds from you through your Only Begotten Son... Amen" (De Trinitate 12, 57).

* * *

I welcome all the English-speaking visitors present today, including members of the Congregation of Holy Cross, participants in the Nato Defense College Senior Course, and the student groups from Scotland and Denmark. May your time in Rome be one of spiritual renewal. Upon all of you I invoke God's abundant Blessings of joy and peace.

Lastly, I greet the young people, the sick and the newly-weds. Tomorrow will be the liturgical Memorial of Bl. John XXIII. May his unforgettable Gospel testimony sustain you, dear young people, in your commitment of daily fidelity to Christ; may it encourage you, dear sick people, especially you, dear little friends of the Institute for the treatment of tumours in Milan, to follow Jesus patiently on the journey of trials and suffering; may it help you, dear newly-weds, to make your family the place of constant encounter with the Love of God and of the brethren.


APPEAL

The 20th Plenary Meeting of the Joint International Commission for Theological Dialogue between the Catholic Church and the Orthodox Church (as a whole) is taking place in Ravenna in these days. It is addressing a theological theme of special ecumenical interest: "Ecclesiological and canonical consequences of the sacramental nature of the Church - Ecclesial Communion, conciliarity and authority". I ask you to join in my prayers that this important meeting may help the progress towards full communion between Catholics and Orthodox, and that it will soon be possible to share the same Cup of the Lord.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana
SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20071010_en.html

St. Hilary of Poitiers

Bishop, born in that city at the beginning of the fourth century; died there 1 November, according to the most accredited opinion, or according to the Roman Breviary, on 13 January, 368. Belonging to a noble and very probably pagan family, he was instructed in all the branches of profane learning, but, having also taken up the study of Holy Scripture and finding there the truth which he sought so ardently, he renounced idolatry and was baptized. Thenceforth his wide learning and his zeal for the Faith attracted such attention that he was chosen about 350 to govern the body of the faithful which the city had possessed since the third century. We know nothing of the bishops who governed this society in the beginning. Hilary is the first concerning whom we have authentic information, and this is due to the important part he played in opposing heresy. The Church was then greatly disturbed by internal discords, the authority of the popes not being so powerful in practice as either to prevent or to stop them. Arianism had made frightful ravages in various regions and threatened to invade Gaul, where it already had numerous partisans more or less secretly affiliated with it. Saturninus, Bishop of Arles, the most active of the latter, being exposed by Hilary, convened and presided over a council at Béziers in 356 with the intention of justifying himself, or rather of establishing his false doctrine. Here the Bishop of Poitiers courageously presented himself to defend orthodoxy, but the council, composed for the most part of Arians, refused to hear him, and being shortly afterwards denounced to the Emperor Constantius, the protector of Arianism, he was at his command transported to the distant coasts of Phrygia.

But persecution could not subdue the valiant champion. Instead of remaining inactive during his exile he gave himself up to study, completed certain of his works which he had begun, and wrote his treatise on the synods. In this work he analysed the professions of faith uttered by the Oriental bishops in the Councils of Ancyra, Antioch, and Sirmium, and while condemning them, since they were in substance Arian, he sought to show that sometimes the difference between the doctrines of certain heretics and orthodox beliefs was rather in the words than in the ideas, which led to his counselling the bishops of the West to be reserved in their condemnation. He was sharply reproached for his indulgence by certain ardent Catholics, the leader of whom was Lucifer, Bishop of Cagliari. However, in 359, the city of Seleucia witnessed the assembly in synod of a large number of Oriental bishops, nearly all of whom were either Anomoeans or Semi-Arians. Hilary, whom everyone wished to see and hear, so great was his reputation for learning and virtue, was invited to be present at this assembly. The governor of the province even furnished him with post horses for the journey. In presence of the Greek fathers he set forth the doctrines of the Gallic bishops, and easily proved that, contrary to the opinion current in the East, these latter were not Sabellians. Then he took part in the violent discussions which took place between the Semi-Arians, who inclined toward reconciliation with the Catholics, and the Anomoeans, who formed as it were the extreme left of Arianism.

After the council, which had no result beyond the wider separation of these brothers in enmity, he left for Constantinople, the stronghold of heresy, to continue his battle against error. But while the Semi-Arians, who were less numerous and less powerful, besought him to become the intermediary in a reconciliation between themselves and the bishops of the West, the Anomoeans, who had the immense advantage of being upheld by the emperor, besought the latter to send back to his own country this Gallic bishop, who, they said, sowed discord and troubled the Orient. Constantius acceded to their desire, and the exile was thus enabled to set out on his journey home. In 361 Hilary re-entered Poitiers in triumph and resumed possession of his see. He was welcomed with the liveliest joy by his flock and his brothers in the episcopate, and was visited by Martin, his former disciple and subsequently Bishop of Tours. The success he had achieved in his combat against error was rendered more brilliant shortly afterwards by the deposition of Saturninus, the Arian Bishop of Arles by whom he had been persecuted. However, as in Italy the memory still rankled of the efforts he had made to bring about a reconciliation between the nearly converted Semi-Arians and the Catholics, he went in 364 to the Bishop of Vercelli to endeavour to overcome the intolerance of the partisans of the Bishop Lucifer mentioned above. Almost immediately afterwards, that it might be seen that, if he was full of indulgence for those whom gentleness might finally win from error, he was intractable towards those who were obstinate in their adherence to it, he went to Milan, there to assail openly Auxentius, the bishop of that city, who was a firm defender of the Arian doctrines. But the Emperor Valentinian, who protected the heretic, ordered Hilary to depart immediately from Milan.


He then returned to his city of Poitiers, from which he was not again to absent himself and where he was to die. This learned and energetic bishop had fought against error with the pen as well as in words. The best edition of his numerous and remarkable writings is that published by Dom Constant under the title: "Sancti Hilarii, Pictavorum episcopi opera, ad manuscriptos codices gallicanos, romanos, belgicos, necnon ad veteres editiones castigata" (Paris, 1693). The Latin Church celebrates his feast on 14 January, and Pius IX raised him to the rank of Doctor of the Universal Church. The Church of Puy glories in the supposed possession of his relics, but according to one tradition his body was borne to the church of St-Denys near Paris, while according to another it was taken from the church of St-Hilaire at Poitiers and burned by the Protestants in 1572.

Sources

BARONIUS, Ann. (1590), 355, 69-83; 358, 11-19; 360, 1-17; 362, 228-238; 369, 6-27; TILLEMONT, Mem. pour servir a l'hist. eccles. (1700), VII, 432-469; CEILLIER, Hist. gen. des aut. sacr. et eccles. (Paris, 1735), VI, 1-150; DUTEMS, Clergé de France (Paris, 1774), II, 396-402; Ad. VIEHAUSER, Hilarius Pictaviensis geschild. in seinem Kampfe gegen den Arianismus (Klagenfurt, 1860); BARBIER, Vie de S. Hilaire, évèque de Poitiers, docteur et père de l'Église (Tours and Paris, 1882).

Clugnet, Léon. "St. Hilary of Poitiers." The Catholic Encyclopedia. Vol. 7. New York: Robert Appleton Company, 1910. 13 Jan. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/07349b.htm>.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/07349b.htm

St. Hilary of Poiters

Bishop of Poiters, born in that city at the beginning of the fourth century; died there according to the Roman Breviary, on 13 January, 368. Belonging to a noble and pagan family, he was instructed in all the branches of profane learning, but, having also taken up the study of Holy Scripture and finding there the truth which he sought so ardently, he renounced idolatry and was baptized.

Thenceforth his wide learning and his zeal for the Faith attracted such attention that he was chosen about 350 to govern the body of the faithful which the city had possessed since the third century. We know nothing of the bishops who governed this society in the beginning. Hilary is the first concerning whom we have authentic information, and this is due to the important part he played in opposing heresy.

The Church was then greatly disturbed by internal discords, the authority of the popes not being so powerful in practice as either to prevent or to stop them. Arianism had made frightful ravages in various regions and threatened to invade Gaul, where it already had numerous partisans more or less secretly affiliated with it. Saturninus, Bishop of Arles, the most active of the latter, being exposed by Hilary, convened and presided over a council at Béziers in 356 with the intention of justifying himself, or rather of establishing his false doctrine. Here the Bishop of Poitiers courageously presented himself to defend orthodoxy, but the council, composed for the most part of Arians, refused to hear him, and being shortly afterwards denounced to the Emperor Constantius, the protector of Arianism, he was at his command transported to the distant coasts of Phrygia.

But persecution could not subdue the valiant champion. Instead of remaining inactive during his exile he gave himself up to study, completed certain of his works which he had begun, and wrote his treatise on the synods. In this work he analysed the professions of faith uttered by the Oriental bishops in the Councils of Ancyra, Antioch, and Sirmium, and while condemning them, since they were in substance Arian, he sought to show that sometimes the difference between the doctrines of certain heretics and orthodox beliefs was rather in the words than in the ideas, which led to his counselling the bishops of the West to be reserved in their condemnation. He was sharply reproached for his indulgence by certain ardent Catholics, the leader of whom was Lucifer, Bishop of Cagliari.

However, in 359, the city of Seleucia witnessed the assembly in synod of a large number of Oriental bishops, nearly all of whom were either Anomoeans or Semi-Arians. Hilary, whom everyone wished to see and hear, so great was his reputation for learning and virtue, was invited to be present at this assembly. The governor of the province even furnished him with post horses for the journey. In presence of the Greek fathers he set forth the doctrines of the Gallic bishops, and easily proved that, contrary to the opinion current in the East, these latter were not Sabellians. Then he took part in the violent discussions which took place between the Semi-Arians, who inclined toward reconciliation with the Catholics, and the Anomoeans, who formed as it were the extreme left of Arianism.

After the council, which had no result beyond the wider separation of these brothers in enmity, he left for Constantinople, the stronghold of heresy, to continue his battle against error. But while the Semi-Arians, who were less numerous and less powerful, besought him to become the intermediary in a reconciliation between themselves and the bishops of the West, the Anomoeans, who had the immense advantage of being upheld by the emperor, besought the latter to send back to his own country this Gallic bishop, who, they said, sowed discord and troubled the Orient. Constantius acceded to their desire, and the exile was thus enabled to set out on his journey home.

In 361 Hilary re-entered Poitiers in triumph and resumed possession of his see. He was welcomed with the liveliest joy by his flock and his brothers in the episcopate, and was visited by Martin, his former disciple and subsequently Bishop of Tours. The success he had achieved in his combat against error was rendered more brilliant shortly afterwards by the deposition of Saturninus, the Arian Bishop of Arles by whom he had been persecuted. However, as in Italy the memory still rankled of the efforts he had made to bring about a reconciliation between the nearly converted Semi-Arians and the Catholics, he went in 364 to the Bishop of Vercelli to endeavour to overcome the intolerance of the partisans of the Bishop Lucifer mentioned above. Almost immediately afterwards, that it might be seen that, if he was full of indulgence for those whom gentleness might finally win from error, he was intractable towards those who were obstinate in their adherence to it, he went to Milan, there to assail openly Auxentius, the bishop of that city, who was a firm defender of the Arian doctrines. But the Emperor Valentinian, who protected the heretic, ordered Hilary to depart immediately from Milan.

He then returned to his city of Poitiers, from which he was not again to absent himself and where he was to die. This learned and energetic bishop had fought against error with the pen as well as in words. The best edition of his numerous and remarkable writings is that published by Dom Constant under the title: “Sancti Hilarii, Pictavorum episcopi opera, ad manuscriptos codices gallicanos, romanos, belgicos, necnon ad veteres editiones castigata” (Paris, 1693). The Latin Church celebrates his feast on 14 January, and Pius IX raised him to the rank of Doctor of the Universal Church. The Church of Puy glories in the supposed possession of his relics, but according to one tradition his body was borne to the church of St-Denys near Paris, while according to another it was taken from the church of St-Hilaire at Poitiers and burned by the Protestants in 1572.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-hilary-of-poiters/

Hilary of Poitiers B, Dr. (RM)

Born in Poitiers, Aquitaine, France, 315; died there c. 368 (whether on November 1 or January 13 is now indiscernible); declared Doctor of the Divinity of Christ by Pope Pius IX in 1851; feast day formerly on January 14.


"Little children follow and obey their father. They love their mother. They know nothing of covetousness, ill- will, bad temper, arrogance and lying. This state of mind opens the road to heaven. To imitate our Lord's own humility, we must return to the simplicity of God's little one's." --Saint Hilary of Poitiers.

Saint Hilary has been praised by Saint Augustine, Saint Jerome, and quite generally by all the theologians and Church historians as one of the great pillars of the Church. Saint Augustine praises him as "the illustrious teacher of the churches." Saint Jerome says that Hilary was "a most eloquent man, and the trumpet of the Latins against the Arians." In another place he writes that God transplanted "two fair cedars"--SS. Cyprian and Hilary--"out of the world and into His Church."

For Saint Hilary, born of wealthy, noble parents, was raised as a pagan. He himself testifies that he was brought up on idolatry. He studied rhetoric and philosophy, became an orator, married early in life, and had a daughter.

In his own writings he describes how God led him in midlife (c. 350) to conversion. It involved a long process of discovering the absurdity of polytheism by reason and meeting the God of Moses through Biblical study. In the first chapter of John's Gospel, he learned that the Divine Word is coeternal and consubstantial with the Father. Hilary checked his natural curiosity, avoided intricacies, and submitted his understanding to divine revelation. Just as we must learn to do if we are to grow in faith, he resolved to leave what seemed incomprehensible to the veracity and power of God, and not measure divine mystery by the capacity of human understanding.

His study also led him to the conviction that man is in the world to practice moral virtue that must be rewarded in the hereafter. After his own conversion and baptism, Hilary led his wife and daughter, Saint Abra (Abram, Afra, or Apra), to God and separated himself from all un-Catholic company. At first he avoided all contact with Jews and heretics, but later came to realize that their conversion depended, in part, upon the compassion of Christians and relaxed his aversion.

His wife was still living when he was made bishop of Poitiers around 350-353 (age 35). He resisted the appointment, but his humility made the people even more insistent. He and his wife had to live separately thereafter in perpetual continence. Soon after his consecration, he wrote a commentary on the Gospel of Saint Matthew, which survives, and which, together with Hilary's commentaries on the Psalms, Saint Jerome commended for reading especially by virgins and the devout.

Almost at once he became involved in the Arian controversy, and from the first, he was an outspoken champion of orthodoxy. Emperor Constantius II had compelled the Eastern churches to embrace Arianism, then moved for a time to Arles. At the council of Arles in 353, which turned out badly, Hilary took the initiative to oppose the forms and motions that he himself had translated for Constantius. The emperor had called a synod in Milan in 355 that required all bishops to sign the condemnation of Saint Athanasius. Those who declined were banished, including SS. Eusebius of Vercelli and Dionysius of Milan. Hilary considered Athanasius to be right, and refused to attend.

In response to the action of the synod, Hilary wrote his First book to Constantius, begging him to restore peace to the Church. At the synod of Béziers (Bitterae) in 356, presided over by Arian Bishop Saturninus of Arles and composed mainly of Arian bishops, Hilary was condemned for his orthodoxy. Later that year, he was exiled by Constantius to Phrygia with Bishop Rhodanius, his friend from Toulouse.

During his banishment he did much of his writing, including his most important and celebrated work, De Trinitate, twelve books proving the consubstantiality of the Father, Son, and Holy Spirit meant to refute the Arians. In 358 he wrote On Synods or On the Faith of the Orientals to explain the terms and variations of the eastern Arians in their synods.

In 359, the emperor, again interfering in Church affairs, assembled a council of Arians at Seleucia in Isauria to neutralize the decrees of the Council of Nicaea. Saint Hilary, who had then been in Phrygia for three years, was invited by the semi-Arians to attend. They had hoped he would be useful to their party in crushing those who adhered strictly to the Arian doctrine. Hilary so boldly argued against all enemies of orthodox Christianity that the Phrygians were soon begging the emperor to send him back to Poitiers.

It seems that after defending Nicaea at Seleucia, Hilary withdrew to Constantinople and there presented to the emperor a request, called his Second book to Constantius, in which he begged the emperor's permission to hold a public disputation about religion with Saturninus, the author of his banishment. That is when the Arians, dreading such a trial, convinced Constantius to let Hilary go back to his see in 360.

In exile Saint Hilary perceived that his opponents used hymns to spread their false views. He decided that Christians should popularize their beliefs in the same way, and he became the first Latin hymn-writer of the Church. Most of his hymns have been lost, but three survive: one about Jesus's temptations in the wilderness; another about Easter; and a third, on the Trinity, seventy verses long.
He was one of the most prominent and esteemed theologians of his time. Although his writing could be stern and uncompromising, he was a gentle, calm, pious, polite, and friendly man. This face of Hilary can be seen in the still extant letter that his wrote during his exile to his 13-year-old daughter in which he acquaints her with the inestimable riches Christ wanted to bestow on her if she would forego all earthly things, including spouse, fine garments, and riches.

Most of Hilary's writing is difficult to read because his style is rather convoluted to the point of obscurity. Origen, who was condemned long after his death because of the twists some of his followers took, strongly influenced Hilary's writings. In addition to the previously mentioned commentaries on Saint Matthew's Gospel, Homilies on the Psalms, and De synodis, Hilary wrote Opus historicum and much on the Arian controversy. His writings are also useful for their historical insight.

Returning to Gaul, Hilary travelled through Illyricum and Italy, strengthening the morale of weaker Christians, and was received enthusiastically by the people of Poitiers. During his exile, no one replaced the saint as bishop of Poitiers. The priests preferred, instead, to pretend that he was still with them. His letters home during his exile showed that he was afraid, had little to eat, and was surrounded by enemies.

Upon his return to Poitiers, he had Arianism condemned by the Senate, set about reform, preaching and pastoral work with increased ardor. He convoked a synod in Gaul and condemned the synod of Rimini (359). Saturninus was excommunicated and deposed. Constantius died at Poitiers in 361, and the Arian persecution ended.

In 364, Hilary went to Milan to engage its usurping Arian Bishop Auxentius in a public dispute. His early training as an orator made him so successful that Auxentius's protector, Emperor Valentinian, ordered him to leave Milan. His greatest achievement was the re-establishment of order in the Church of his time.

All of Hilary's writings breathe a vein of extraordinary piety. He held it as the great work of his life to use all his faculties to evangelize and excite all men to the love of God. He earnestly recommended the practice of beginning and ending every action and discourse with prayer, to pray always and remember that all we do should praise and thank the Lord.

Hilary's relics have been moved several times. Some parts appear to be in Limousin; some burned by the Hugenots in Poitiers; but most of his remains are in the abbey of Saint Denys, near Paris. Venantius Fortunatus, a contemporary, related many of the miracles wrought by Saint Hilary during his lifetime; Saint Gregory of Tours and others recorded many that occurred at his tomb.

The spring term at the Law Courts in England and at Oxford University are named for him--the Hilary Term--as are three English churches (Attwater, Benedictines, Bentley, Butler, Delaney, Encyclopedia, Farmer, Husenbeth, Walsh, White).

He is portrayed in art holding an open book of the Gospel; or as a bishop with three books; or with a child (sometimes in a cradle at his feet, raised to life by him); or with a pen or stick (White). Roeder says that he is identified at a desk with books and a child in its cradle at his feet (so he is sometimes confused with Saint Ambrose). Sometimes he is shown with Saint Martin of Tours (because he was his friend and spiritual director); or with a snake and dragon (Roeder).

In a picture by the Master of Liesborn in the National Gallery of England is a Saint Hilary in armor, with SS Ambrose and Jerome. In view of the two doctors in whose company he is, it seems likely that this should represent the great Hilary of Poitiers, friend and teacher of Saint Martin of Tours, who began his career as a Roman officer. Saint Hilary, though a patrician by birth, is usually represented as a bishop and scholar rather than a knight (Roeder).

He is the patron of retarded children and invoked against snakes (Roeder).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0113.shtml

St. Hilary, Bishop

From his own writings, and the histories of that age, which furnish the most authentic memoirs of his life. See what Dom Coutant, the Benedictin monk, has recorded of him in his excellent edition of his works; as also Tillemont, T. 7. Cellier, T. 5. and Rivet, Hist. Lit. T. 1. part. 2. p. 139. The two books, the one of his life, the other of his miracles, by Fortunatus of Poictiers, 600, are inaccurate. Both the Fortunatus’s were from Italy; and probably one was the author of the first, and the other of the second book.

A.D. 368

ST. AUSTIN, who often urges the authority of St. Hilary against the Pelagians, styles him the illustrious doctor of the churches. 1 St. Jerom says, 2 that he was a most eloquent man, and the trumpet of the Latins against the Arians; and in another place, that in St. Cyprian and St. Hilary, God had transplanted two fair cedars out of the world into his church. 3

St. Hilary was born at Poictiers, and his family was one of the most illustrious in Gaul. 4 He spent his youth in the study of eloquence. He himself testifies that he was brought up in idolatry, and gives us a particular account of the steps by which God conducted him to the knowledge of his saving faith. 5 He considered by the glimmering or faint light of reason, that man, who is created a moral and free agent, is placed in this world for the exercise of patience, temperance, and other virtues, which he saw must receive from God a recompence after this life. He ardently set about learning what God is; and after some researches into the nature of the Supreme Being, quickly discovered the absurdity of polytheism, or a plurality of gods; and was convinced that there can be only one God, and that the same is eternal, unchangeable, all-powerful, the first cause and author of all things. Full of these reflections, he met with the holy scriptures, and was wonderfully affected with that just and sublime description Moses gives of God in those words, so expressive of his self-existence, 6 I AM WHO AM: and was no less struck with the idea of his immensity and supreme dominion, illustrated by the most lively images in the inspired language of the prophets. The reading of the New Testament put an end to, and completed his inquiries; and he learned from the first chapter of St. John, that the Divine Word, God the Son, is co-eternal and consubstantial with the Father. Here he checked his natural curiosity, avoided subtleties, and submitted his understanding to divine revelation, resolving what seemed incomprehensible into the veracity and power of God; and not presuming to measure divine mysteries by his shallow capacity. Being thus brought to the knowledge of faith, he received the heavenly regeneration by baptism. From that time forth he so squared his whole life by the rules of piety, and so zealous were his endeavours to confirm others in the faith of the holy Trinity, and to encourage all to virtue, that he seemed, though a layman, already to possess the grace of the priesthood.

He was married before his conversion to the faith; and his wife, by whom he had a daughter named Apra, or Abram, was yet living when he was chosen bishop of Poictiers, about the year 353; but from the time of his ordination he lived in perpetual continency. 7 He omitted no endeavours to escape this promotion; but his humility only made the people the more earnest to see him vested with that dignity; and indeed their expectations were not frustrated in him, for his eminent virtue and capacity shone forth with such a lustre, as soon drew upon him the attention not only of all Gaul, but of the whole church. Soon after he was raised to the episcopal dignity, he composed before his exile, elegant comments on the gospel of Saint Matthew, which are still extant. Those on the Psalms he compiled after his banishment. 8 On these comments on the Psalms, and on St. Matthew, we are chiefly to understand St. Jerom, when he recommends, in a particular manner, the reading of the works of St. Hilary to virgins and devout persons. 9 From that time the Arian controversy chiefly employed his pen. He was an excellent orator and poet. His style is lofty and noble, beautified with rhetorical ornaments and figures, but somewhat studied; and the length of his periods renders him sometimes obscure to the learned, 10 as St. Jerom takes notice.  11 It is observed by Dr. Cave, that all his writings breathe an extraordinary vein of piety. Saint Hilary solemnly appeals to God, 12 that he held it as the great work of his life, to” employ all his faculties to announce God to the world, and to excite all men to the love of him. He earnestly recommends the practice of beginning every action and discourse by prayer, 13 and some act of divine praise; 14 as also to meditate on the law of God day and night, to pray without ceasing, by performing all our actions with a view to God their ultimate end, and to his glory. 15 He breathes a sincere and ardent desire of martyrdom, and discovers a soul fearless of death and torments. He had the greatest veneration for truth, sparing no pains in its pursuit, and dreading no dangers in its defence.

The Emperor Constantius, having laboured for several years to compel the eastern churches to embrace Arianism, came into the West; and after the overthrow of the tyrant Magnentius, made some stay at Arles, whilst his Arian bishops held a council there, in which they engaged Saturninus, the impious bishop of that city, in their party, in 353. A bolder Arian council at Milan, in 355, held during the residence of the emperor in that city, required all to sign the condemnation of St. Athanasius. Such as refused to comply were banished; among whom were St. Eusebius of Vercelli, Lucifer of Cagliari, and St. Dionysius of Milan, into whose see Auxentius, the Arian, was intruded. St. Hilary wrote on that occasion his first book to Constantius, in which he mildly entreated him to restore peace to the church. He separated himself from the three Arian bishops in the West, Ursacius, Valens, and Saturninus, and exhibited an accusation against the last in a synod at Beziers. But the emperor, who information of the matter from Saturninus, had sent an order to Julian, then Cæsar, and surnamed after the apostate, who at that time commanded in Gaul, for St. Hilary’s immediate banishment into Phrygia, together with St. Rhodanius, bishop of Toulouse. The bishops in Gaul being almost all orthodox, remained in communion with St. Hilary, and would not suffer the intrusion of any one into his see, which in his absence he continued to govern by his priests. The saint went into banishment about the middle of the year 356, with as great alacrity as another would take a journey of pleasure, and never entertained the least disquieting thought of hardships, dangers, or enemies, having a soul above both the smiles and frowns of the world, and fixed only on God. He remained in exile somewhat upwards of three years, which time he employed in composing several learned works. The principal and most esteemed of these is that On the Trinity, against the Arians, in twelve books. In them he proves the consubstantiality of the Father, Son, and Holy Ghost. He teaches that the church is one, by separating from which all heresies spring; but that by this she is distinguished, as standing always one, always alone against them all, and confounding them all: whereas they, by perpetual divisions, tear each other in pieces, and so become the subject of her triumph. 16 He proves that Arianism cannot be the faith of Christ, because not revealed to St. Peter, upon whom the church was built and secured for ever; for whose faith Christ prayed, that it might never fail; who received the keys of the kingdom of heaven, and whose judiciary sentence on earth is that of heaven; 17 all which arguments he frequently urges. 18 He proves the divinity of Christ by the miracles wrought at the sepulchres of the apostles and martyrs, and by their relics: for the devils themselves confess Christ’s Godhead, and roar and flee at the presence of the venerable bones of his servants, 19 which he also mentions and urges in his invective against Constantius. 20 In 358, he wrote his book On Synod, or On the Faith of the Orientals, to explain the terms and variation of the eastern Arians in their synods.

In his exile he was informed, that his daughter Apra, whom he had left in Gaul, had thoughts of embracing the married state; upon which he implored Christ, with many tears, to bestow on her the precious jewel of virginity. He sent her a letter that is still extant, in which he acquaints her, that if she contemned all earthly things, spouse, sumptuous garments, and riches, Christ had prepared for her, and had shown unto him, at his prayers and tears, an inestimable never-fading diamond, infinitely more precious than she was able to frame to herself an idea of. He conjures her by the God of heaven, and entreats her not to make void his anxiety for her, nor to deprive herself of so incomparable a good. Fortunatus assures us, that the original letter was kept with veneration in the church of Poictiers, in the sixth century, when he wrote, and that Apra followed his advice, and died happily at his feet after his return. 21 St. Hilary sent to her with this letter two hymns, composed by himself; one for the evening, which does not seem to have reached our times; the other for the morning, which is the hymn Lucis largitor splendide.

The emperor, by an unjust usurpation in the affairs of the church, assembled a council of Arians, at Seleucia in Isauria, to undermine the great council of Nice. St. Hilary, who had then passed four years in banishment, in Phrygia, was invited thither by the Semi-Arians, who hoped from his lenity that he would be useful to their party, in crushing the staunch Arians, that is, those who adhered strictly to the doctrine of Arius. But no human considerations could daunt his courage. He boldly defended the decrees of Nice, till at last, tired out with hearing the blasphemies of the heretics, he withdrew to Constantinople. The weak emperor was the dupe sometimes of the Arians, and at other times of the Semi-Arians. These last prevailed at Seleucia, in September 359, as the former did, in a council held at Constantinople, in the following year, 360, where having the advantage, they procured the banishment of the Semi-Arians, less wicked than themselves. St. Hilary, who had withdrawn from Seleucia to Constantinople, presented to the emperor a request, called, his second book to Constantius, begging the liberty of holding a public disputation about religion with Saturninus, the author of his banishment. He presses him to receive the unchangeable apostolic faith, injured by the late innovations, and smartly rallies the fickle humour of the heretics, who were perpetually making new creeds, and condemning their old ones, having made four within the compass of the foregoing year; so that faith was become that of the times, not that of the gospels, and that there were as many faiths as men, as great a variety of doctrine as of manners, and as many blasphemies as vices. 22 He complains that they had their yearly and monthly faiths; that they made creeds to condemn and repent of them; and that they formed new ones to anathematize those that adhered to their old ones. He adds, that every one had scripture texts, and the words Apostolic Faith, in their mouths, for no other end than to impose on weak minds: for by attempting to change faith, which is unchangeable, faith is lost; they correct and amend, till weary of all, they condemn all. He therefore exhorts them to return to the haven, from which the gusts of their party spirit and prejudice had driven them, as the only means to be delivered out of their tempestuous and perilous confusion. The issue of this challenge was, that the Arians, dreading such a trial, persuaded the emperor to rid the East of a man, that never ceased to disturb its peace, by sending him back into Gaul; which he did, but without reversing the sentence of his banishment, in 360.

St. Hilary returned through Illyricum and Italy to confirm the weak. He was received at Poictiers with the greatest demonstrations of joy and triumph, where his old disciple, St. Martin, rejoined him, to pursue the exercises of piety under his direction. A synod in Gaul, convoked at the instance of St. Hilary, condemned that of Rimini, which, in 359, had omitted the word Consubstantial. Saturninus proving obstinate, was excommunicated and deposed for his heresy and other crimes. Scandals were removed, discipline, peace, and purity of faith were restored, and piety flourished. The death of Constantius put an end to the Arian persecution. St. Hilary was the mildest of men, full of condescension and affability to all; yet seeing this behaviour ineffectual, he composed an invective against Constantius, in which he employed severity, and the harshest terms; and for which undoubtedly he had reasons that are unknown to us. This piece did not appear abroad till after the death of that emperor. Our saint undertook a journey to Milan, in 364, against Auxentius, the Arian usurper of the see, and in a public disputation obliged him to confess Christ to be true God, of the same substance and divinity with the Father. St. Hilary indeed saw through his hypocrisy; but this dissembling heretic imposed so far on the emperor Valentinian, as to pass for orthodox. Our saint died at Poictiers, in the year 368, on the thirteenth of January, or on the first of November, for his name occurs in very ancient Martyrologies on both these days. In the Roman breviary his office is celebrated on the fourteenth of January. The one is probably that of some translation of his relics. The first was made at Poictiers in the reign of Clovis I. on which see Cointe. 23 From St. Gregory of Tours it appears, that before his time some part of St. Hilary’s relics was honoured in a church in Limousin. 24 Alcuin mentions the veneration of the same at Poictiers; 25 and it is related that his relics were burned by the Hugenots at Poictiers. 26 But this we must understand of some small portion, or of the dust remaining in his tomb. For his remains were translated from Poictiers to the abbey of St. Denys, near Paris, as is proved by the tradition of that abbey, a writer of the abbey of Richenow, in the ninth century, 27 and other monuments. 28 Many miracles performed by St. Hilary are related by Venantius Fortunatus, bishop of Poictiers, and are the subject of a whole book added to his life, which seems to have been written by another Fortunatus. St. Gregory of Tours, Flodoard, and others, have mentioned several wrought at his tomb. Dom Coutant, the most judicious and learned Maurist monk, has given an accurate edition of his works, in one volume in folio, at Paris, in 1693, which was reprinted at Verona by the Marquess Scipio Maffei, in 1730, together with additional comments on several Psalms.

St. Hilary observes, that singleness of heart is the most necessary condition of faith and true virtue, “For Christ teaches that only those who become again as it were little children, and by the simplicity of that age cut off the inordinate affections of vice, can enter the kingdom of heaven. These follow and obey their father, love their mother; are strangers to covetousness, ill-will, hatred, arrogance, and lying, and are inclined easily to believe what they hear. This disposition of affections opens the way to heaven. We must therefore return to the simplicity of little children, in which we shall bear some resemblance to our Lord’s humility.” 29 This, in the language of the Holy Ghost, is called the foolishness of the cross of Christ, 30 in which consists true wisdom. That prudence of the flesh and worldly wisdom, which is the mother of self-sufficiency, pride, avarice, and vicious curiosity, the source of infidelity, and the declared enemy of the spirit of Christ, is banished by this holy simplicity; and in its stead are obtained true wisdom, which can only be found in a heart freed from the clouds of the passions, perfect prudence, which, as St. Thomas shows, is the fruit of the assemblage of all virtues, and a divine light which grace fails not to infuse. The simplicity, which is the mother of Christian discretion, is a stranger to all artifice, design, and dissimulation, to all views or desires of self-interest, and to all undue respect or consideration of creatures. All its desires and views are reduced to this alone, of attaining to the perfect union with God. Unfeignedly to desire this one thing, to belong to God alone, to arrive at his pure love, and to do his will in all things, is that simplicity or singleness of heart of which we speak, and which banishes all inordinate affections of the heart, from which arise the most dangerous errors of the understanding. This is the essential disposition of every one who sincerely desires to live by the spirit of Christ. That divine spouse of souls, loves to communicate himself to such. 31 His conversation (or as another version has it, his secret) is with the simple. 32 His delight is in those who walk with simplicity. 33 This is the characteristic of all the saints; 34 whence the Holy Ghost cries out, “Approach him not with a double heart.” 35 That worldly wisdom is not subject to the law of God, neither can it be. 36 Its intoxication blinds men, and shuts their eyes to the light of divine revelation. They arrogate to themselves the exclusive privilege of learning and clear understanding: but the scepticism, the pitiful inconsistencies, and monstrous extravagancies which characterise their writings and discourses, make us blush to see so strong an alliance of ignorance and presumption; and lament that the human mind should be capable of falling into a state of so deplorable degeneracy. Among the fathers of the church we admire men the most learned of their age, the most penetrating and most judicious, and at the same time, the most holy and sincere; who, being endowed with true simplicity of heart, discovered in the mysteries of the cross the secrets of infinite wisdom, which they made their study, and the rule of their actions.

Note 1. L. 2. adv. Julian, c. 8. [back]

Note 2. L. 2. adv. Rufin. p. 415. [back]

Note 3. In Isa. c. 60. [back]

Note 4. S. Hieron. in Catal. [back]

Note 5. L. 1. de Trin. p. 1–10. [back]

Note 6. Exod. iii. 14. [back]

Note 7. The contrary is certainly a mistake in Dr. Cave: for Saint Jerom, writing against Jovinian, says, in l. 1. p. 175, that though the church was sometimes obliged to make choice of married men for the priesthood, because virgins, or unmarried, could not always be found, they notwithstanding lived ever after continent. Certè confiteris, non posse esse episcopum qui in episcopate filios faciat: alioqui si deprehensus fuerit non quasi vir tenebitur, sed quasi adulter condemnabitur, ib. And in his book against Vigilantius, p. 28, he observes, that in the churches of the East, in Egypt. and in the apostolic see of Rome, those only were made clergymen, who were virgins, or single; or if they were married, they ceased to live as husbands. Aut virgines clericos accipiunt, aut continentes; aut si uxores habuerint, mariti esse desinunt, p. 281. [back]

Note 8. S. Hilar. in Ps. 53. n. 8. in Ps. 67. n. 15. and Coutant, Armon. in S. Hilar. in Psalmos, p. 165. [back]

Note 9. Ep. ad Lætam. [back]

Note 10. On the interpretation of certain obscure passages of the works of Saint Hilary, see Dom Coutant, in an excellent preface to his edition of this father’s works; also Witasse de Incarn. t. 2, &c. [back]

Note 11. Ep. 49. ad Paulinum, T. 4. p. 567. [back]

Note 12. Lib. 1. de Trinit. [back]

Note 13. Doubtless his love of prayer, and the assiduous application of his mind to that holy exercise, moved him to make the Psalms a main object of his sacred studies and meditation. His comments are elegant; though in them he dwells much on the literal sense, he neglects not the mystical and allegorical, every thing in these divine oracles being prophetic, as he takes notice (in Ps. 142. n. 1.) Often he finds the immediate literal sense clear; in other passages, he shows Christ and his church to be pointed out. The true sense of the holy scriptures he teaches, only to be opened to us by the spirit of assiduous prayer, (in Ps. 125. n. 2, &c.) The fatal and opposite errors, which the overweening spirit and study of a false criticism have produced in every age, justify this general remark of the fathers, that though the succour of reasonable criticism ought by no means to be neglected, a spirit of prayer is the only key which can open to us the sacred treasures of the divine truths, by the light which it obtains of the Holy Ghost, and the spirit of simplicity, piety, and humility, which it infuses. In this disposition the holy doctors of the church discovered in the divine oracles that spirit of perfect virtue, which they imbibed and improved from their assiduous meditation. Saint Hilary remarks, that the first lesson we are to study in them is that of humility, in which “Christ has taught, that all the titles and prizes of our faith are comprised:” In humilitate docuit omnia fidei nomina et præmia contineri. (in Ps. 118. l. 20. n. 1. p. 358.) Whence the royal prophet entreats God, to consider nothing in him but his lowliness of heart, (v. 153. ibid.) This holy father hesitates not to say, humility is the greatest work of our faith, our best sacrifice to God; (in Ps. 130. n. 1. p. 442.) but true humility is accompanied with an invincible courage, and a firmness and constancy in virtue, which no fear of worldly power is ever able to shake. (in Ps. xiv. p. 66.) Saint Hilary laments, that even several pastors of the church thought it a part of piety to flatter princes. But true religion teaches us (Matt. x. 28.) only to fear things which are justly to be feared; that is, to fear God, to fear sin, or what can hurt our souls: for what threatens only our bodies is to be despised, when the interest of God and our souls is concerned. We indeed study, out of charity, to give offence to no one; (1 Cor. x. 32, 33.) but desire only to please men for God, not by contemning him. (in Ps. 52. p. 89, 90.) Prayer is the great christian duty which this holy doctor was particularly solicitous to inculcate, teaching, that it consists in the cry of the heart, not in the lips, as David cried to God in his whole heart. Ps. cxviii. v. 145. (in Ps. cxviii. l. 19. p. 352.) We are to pour forth our souls before God, with earnestness, and with abundance of tears. (in Ps. 41. apud Marten, t. 9. p. 71.) Amidst the dangers and evils of this life, our only comfort ought to be in God, in the assured hope of his promises, and in prayer. (Ib.) That prayer is despised by God, which is slothful and lukewarm, accompanied with distrust, distracted with unprofitable thoughts, weakened by worldly anxiety and desires of earthly goods, or fruitless, for want of the support of good works, (in Ps. liv. p. 104.) All our actions and discourses ought to be begun by prayer, and the divine praise, (in Ps. lxiv. p. 162.) The day among Christians is always begun by prayer, and ended by hymns to God. (ib. n. 12. p. 169.) By this public homage of the church, and of every faithful soul in it, God is particularly honoured, and he delights in it. (St. Jerom. in eund. Ps.) St. Hilary takes notice, that the night is of all others the most proper time for prayer; as the example of Christ, David, and other saints, demonstrates, (in Ps. cxviii. l. 8. p. 292.) He observes, that it cannot be doubted, but among all the acts of prayer, that of the divine praise is in general the most noble and most excellent; and that it is for his infinite goodness and mercy, in the first place, that we are bound to praise him. (in Ps. cxxxiv. p. 469.) Next to this, he places the duty of thanksgiving. (Ib.) To be silent in the divine praises, he calls the greatest of all punishments; and takes notice, that every one makes what he loves the chiefest object of his joy: as we see in the drunkard, the covetous, or the ambitious man: thus the prophet makes the heavenly Jerusalem the beginning of his joy; always bearing in mind, that this is his eternal country, in which he will be associated with the troops of angels, be received into the kingdom of God, and put in possession of its glory; he therefore finds all other things insipid, and knows no other comfort or joy, but in this hope, bearing always in mind, that the glorious inhabitants of that kingdom, never cease singing the divine praises, saying, Holy, holy, holy, &c. (in. Ps. cxxxvi. n. 11. p. 494.) In another place he tells us, that the prophet bears not the delays of his body, (moras corporis sui non patitur,) sighing with the apostle to be dissolved and clothed with immortality; but earnestly praying, that he may find mercy, and be delivered from falling into the lake of torments. (in Ps. cxlii. n. 8, 9. p. 549.) During this exile to meditate on eternity, and on the divine law and judgments, ought to be our assiduous occupation, (in Ps. cxlii. n. 6. p. 548.) especially in time of tribulations and temptations. (in Ps. cxviii. l. 12. n. 10. p. 313.) The world is to be shunned, at least in spirit; first, because it is filled on every side with snares and dangers; secondly, that our souls may more freely soar above it, always thinking on God; hence, he says, our souls must be, as it were, spiritual birds of heaven, always raised high on the wing; and he cries out, “Thou art instructed in heavenly science: what hast thou to do with anxious worldly cares? thou hast renounced the world, what hast thou to do with its superfluous concerns? Why dost thou complain if thou art taken in a snare, by wandering in a strange land, who oughtest to restrain thy affections from straying from home? Say rather, Who will give me wings as of a dove, and I will fly, and will be at rest?” Ps. liv. 7. (in Ps. cxviii. l. 14. p. 328.) To build a house for God, that is, to prepare a dwelling for him in our souls, we must begin by banishing sin, and all earthly affections; (in Ps. xxxi. p. 73.) for Christ, who is wisdom, sanctity, and truth, cannot establish his reign in the breast of a fool, hypocrite, or sinner. (in Ps. xli. p. 60. ap. Marten, t. 9.) It is easy for God, by penance, to repair his work, howsoever it may have been defaced by vice, as a potter can restore or improve the form of a vessel, while the clay is yet moist: (in Ps. ii. p. 47.) but he often inculcates that repentance, or the confession of sin, is a solemn profession of sinning no more, (in Ps. cxxxvii. p. 498. in Ps. li. and cxviii. p. 263, &c.) Every thing that is inordinate in the affections must be cut off. “The prophet gave himself entirely to God, according to the tenor of his consecration of himself. Whatever lives in him, lives to God. His whole heart, his whole soul is fixed on God alone, and occupied in him, and he never loses sight of him. In all his works and thoughts, God is before his eyes.” Totum quod vivit, Deo vivit. (Ps. cxviii. l. 14. n. 16. p. 327.) Upon these words, I am thy servant, Ps. cxviii. v. 125. he observes, that every Christian frequently repeats this, but most deny by their actions what they profess in words: “It is the privilege of the prophet to call himself the servant of God in every affection of his heart, in every circumstance and action of his life,” &c. (in Ps. cxviii. l. 17. p. 339.) He teaches that the angels, patriarchs, and prophets are as it were mountains protecting the church; (in Ps. cxxiv. n. 6. p. 404.) and that holy angels attend and succour the faithful; (in Ps. cxxxvii. p. 499.) assist them in time of combat against the devils; (in Ps. lxv. p. 178. and in Ps. cxxxiv. p. 475.) carry up their prayers to their heavenly Father with an eager zeal; and looking upon this ministry as an honour. (in Matt. c. 18. p. 699.) That the church of Christ is one, out of which, as out of the ark of Noah, no one can be saved. (in Ps. cxlvi. xiv. lxiv. cxxviii, and cxxvii. in Matt. c. 4. and 7. De Trinit. l. 7. p. 917.) He mentions fast days of precept, the violation of which renders a Christian a slave of the devil, a vessel of death, and fuel of hell, (in Ps. cxviii. l. 18. p. 349.) This crime he joins with pride and fornication, as sins at the sight of which every good Christian ought to pine away with grief and zeal, according to the words of Ps. cxviii. v. 139. Saint Hilary seems to have explained the whole Psalter, though only part is recovered by the editors of his works. To the comments published by Dom Coutant at Paris, in 1693, the marquis Scipio Maffei added some others on several other Psalms, in his edition at Verona, in 1730. Dom Martenne, in 1733, published others on certain other Psalms, which he had discovered in a manuscript at Anchin, in his Amplissima Monumentorum Collectio, t. 9. p. 55. These comments on the Psalms, St. Hilary compiled after his exile, as appears from certain allusions to his books on the Trinity, and from his frequent reflections against the Arians. Nothing of this is found in his commentary on Saint Matthew, which Dom Coutant shows to have been the first of his works in the order of time, composed soon after he was raised to the episcopal dignity. He here and there borrows short passages from Origen, but adheres closer to the literal sense, though he sometimes has recourse to the allegorical, for the sake of some moral instruction. St. Hilary is one of the first who published any Latin comments in the holy scriptures. Rheticius, bishop of Autun, and St. Victorinus of Passaw, though the latter wrote in Greek, had opened the way in the West in the beginning of the same century. St. Hilary, in this commentary on St. Matthew, excellently inculcates in few words the maxims of christian virtue, especially fraternal charity and meekness, by which our souls pass to divine charity and peace: (in Matt. c. 4. v. 18, 19. p. 626.) and the conditions of fasting and prayer, though for the exposition of our Lord’s prayer, he refers to that of St. Cyprian; adding that Tertullian has left us also a very suitable work upon it; but that his subsequent error has weakened the authority of his former writings which may deserve approbation. (in c. 5. p. 630.) The road to heaven he shows to be exceedingly narrow, because even among Christians very few sincerely despise the world, and labour strenuously to subdue their flesh and all their passions, and to shun all the incentives of vice, (in c. 6. p. 368.) St. Peter he calls the Prince of the College of the Apostles, and the Porter of Heaven, and extols the authority of the keys conferred upon him. (in Matt. c. 7. p. 642. in c. 16. p. 690. Also l. 6. de Trin. p. 891, 903, 904.) He proves that Christ in his bloody sweat, grieved more for the danger of his disciples and other causes, than for his own death; because he had in his last supper already consecrated his blood to be poured forth for the remission of sin. Numquid pati ipse nolebat! Atquin superius fundendum in remissionem peccatorum corporis sui sanguinem consecraverat. (S. Hilar. in Matt. c. 31. p. 743.) His twelve books on the Trinity he compiled during his banishment in Phrygia, between the years 356 and 359, as is clear from his own express testimony, and that of St. Jerom. In the first book of this immortal monument of his admirable genius and piety, he beautifully shows that man’s felicity is only to be found in God; and that the light of reason suffices to demonstrate this, which he illustrates by an account of his own conversion to the faith. After this he takes notice, that we can learn only by God’s revelation, his nature, or what he is, he being the competent witness of himself, who is known only by himself. (n. 18. p. 777.) In the second book he explains the Trinity, which we profess in the form of baptism, and says, that faith alone in believing, and sincerity and devotion in adoring, this mystery ought to suffice, without disputing or prying; and laments, that by the blasphemies of the Sabellians and Arians, who perverted the true sense of the scriptures, he was compelled to dispute of things ineffable and incomprehensible, which only necessity can excuse. (n. 25.) He then proves the eternal generation of the Son, the procession of the Holy Ghost, and their consubstantiality in one nature. (l. 2. & 3.) He checks their presumption in pretending to fathom the Trinity, by showing that they cannot understand many miracles of Christ or corporeal things, which yet they confess to be most certain. (l. 3. n. 19, 20, 24.) He detects and confutes the subtleties of the Arians, in their various confessions of faith, (l. 4, 5, 6.) also of the Sabellians and Photinians; (l. 7.) and demonstrates the divinity of Christ, from the confession of St. Peter, &c. (l. 6.) and of the very Jews, who were more sincere than the Arians, acknowledging that Christ called himself the natural Son of God. (John x. 31, &c. l. 7. n. 2, 3. p. 931.) The natural unity of the Father and Son, he demonstrates from that text, “I and my Father are one,” and others, (l. 8.) and observes that both from the testimony of Christ in the holy scriptures, and from the faith of the church, we believe without doubting the Eucharist to be the true body and blood of Christ. (l. 8. n. 14. p. 955, 956.) He answers several objections from Scripture, (l. 9.) and shows, there was something in Christ (viz. the divine person, &c.) which did not suffer in his passion. (l. 10.) Other objections he confutes, (l. 11.) and in his last book defends the eternity of the Son of God. Between August in 358, and May in 359, St. Hilary, after he had been three years in banishment, and was still in Asia, published his book on Synods, to inform the Catholics in Gaul, Britain, and Germany, what judgment they ought to form of several synods held lately in the East, chiefly by the Arians and Semi-Arians: a work of great use in the history of those times, and in which St. Hilary’s prudence, humility, modesty, greatness of soul, constancy, invincible meekness, and love of peace shine forth. In this work he mollifies certain expressions of the Semi-Arians in their councils, because writing before the council of Rimini, he endeavoured to gain them by this method, whereas he at other times severely condemned the same: as did also St. Athanasius, in his book on the same subject, and under the same title, which he composed after the council of Rimini, and expressly to show the variations of those heretics. (See Coutant, vit. S. Hilar. p. c. ci. et præf. in S. Hilar. de Synodis, p. 1147.) Fifteen fragments of St. Hilary’s history of the councils of Rimini and Seleucia furnish important materials for the history of Arianism, particularly of the council of Rimini. In his first book to the emperor Constantius, which he wrote in 355 or 356, he conjures that prince with tears to restore peace to the church, and leave the decision of ecclesiastical causes to its pastors. The excellent request, which he presented to Constantius at Constantinople, in 360, is called his second book to that prince. The third book ought to be styled, with Coutant, Against Constantius: for in it St. Hilary directs it to the Catholics, (n. 2. & 12,) though he often uses an apostrophe to Constantius. The saint wrote it five years after the council of Milan, in 355, as he testifies; consequently in 360, after that prince had rejected his second request; but it was only published after the death of that emperor, in the following year, as is clear from St. Jerom. He says, Constantius, by artifices and flattery, was a more dangerous persecutor than Nero and Decius: he tells him, “Thou receivest the priests with a kiss, as Christ was betrayed by one: thou bowest thy head to receive their blessing, that thou mayest trample on their faith: thou entertainest them at thy table, as Judas went from table to betray his master.” Fleury, l. 14. n. 26, bids us observe in these words, with what respect emperors then treated bishops. St. Hilary in his elegant book against Auxentius, gives the Catholics an account of his conferences with that heretic at Milan in 364. [back]

Note 14. In Ps. 64. [back]

Note 15. In Ps. 1. p. 19, 20. [back]

Note 16. Lib. 7. de Trinit. n. 4. p. 917. [back]

Note 17. L. 6. n. 37, 38. p. 904. [back]

Note 18. In Ps. 131. n. 4. p. 447. in cap. 16. Matt. n. 7. p. 690. [back]

Note 19. Lib. 11. de Trinit. n. 3. [back]

Note 20. Lib. 3. adv. Constant. n. 8. p. 1243. Ed. Ben. [back]

Note 21. This letter is commended by the most judicious critics, Baronius, Tillemont, Fleury, and Coutant, a monk of the congregation of St. Maur, in his edition of the works of St. Hilary, and others. The style is not pompous, but adapted to the capacity of a girl of thirteen years of age. [back]

Note 22. Facta est fides temporum, potiùs quàm evangeliorum, l. 2. ad Const. p. 1227. Tot nunc fides existere, quot voluntates. ib. Annuas atque menstruas de Deo fides decernimus, decretis pœnitemus, pœnitentes defendimus, defensos anathematizamus. ib. p. 1228. [back]

Note 23. Cointe Annal. Fr. ad ann. 538. n. 41, 42, 43. [back]

Note 24. L. de Gl. Conf. c. 2. [back]

Note 25. Alcuin, Hom. de S. Willibrordo. [back]

Note 26. Baillet, Vie de S. Hilaire. [back]

Note 27. Ap. Mab. anal. T. 4. p. 644. [back]

Note 28. Aimoin. l. 4. c. 17 and 33. Coutant, Vit. S. Hilar. p. cxxiv. cxxv. cxxxix. [back]

Note 29. S. Hilar. in Matt. c. 18. v. i. p. 698. [back]

Note 30. 1 Cor. i. 17. and iii. 18. S. Hilar. l. 3. de Trin. n. 24, 25. p. 822, 823. [back]

Note 31. 1 Par. xxix. 17. [back]

Note 32. Prov. iii. 32. [back]

Note 33. Prov. xi. 20. [back]

Note 34. 2 Cor. i. 12. [back]

Note 35. Eccles. i. 39. [back]

Note 36. Rom. viii. 7. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume I: January. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/1/141.html
Voir aussi : http://www.christianiconography.info/hilary.html
Saint Hilaire de Poitiers, Père et Docteur de l'église catholique (315- 367), Traité des Mystères (Le nom d'Adam; Adam et Ève préfigure du Christ et de l'Église ; La création d'Ève type de la résurrection de la chair ; CAÏN ET ABEL; Première interprétation spirituelle; Le crime de Caïn préfigure de la Passion; La vocation des Gentils ; LAMECH; La prophétie de Lamech ; Interprétation spirituelle; SETH; NOÉ; Prophétie sur la naissance de Noé. ; La préfigure du Christ.; Deuxième et troisième mission de la colombe. ; L'ivresse de Noé type de la Passion du Christ.; ABRAHAM; Les noms d'Abraham et de Sarra.; ISAAC; Rébecca figure de l'Église.; JACOB; Le droit d'aînesse d'Ésaü préfigure de l'élection d'Israël.; Bénédiction de Jacob.; Sens spirituel.; La préfigure du peuple chrétien.; La bénédiction d'Ésaü.; MOÏSE; L'imitation.; Naissance et sauvetage de Moïse.; Moïse préfigure du Christ dans son enfance et son adolescence.; Le buisson ardent.; Les trois signes.; Encore l'Imitation. ; La figure du bois.; Les douze sources et soixante-dix palmiers.; La manne.) : 

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Hilaire/mystere.htm