mardi 22 janvier 2013

Saint VINCENT, diacre et martyr et Saint ANASTASE, moine et martyr

Saint VINCENT et Saint ANASTASE

Le 22 janvier 304 ou 305, l’évêque de Saragosse, Valère, et son diacre, Vincent, furent mis à mort. Un siècle plus tard, St Augustin déclare que l’anniversaire de St Vincent est célébré partout où le nom de l’Empire Romain ou Chrétien s’étend [1].

Le moine perse Anastase fut mis à mort en 628 et son chef fut transporté à Rome, où il était vénéré vers 650.

Entre le XIe et le XIIe siècle, les deux fêtes fusionnèrent, comme celles de St Fabien et de St Sébastien le 20 janvier.

En 1221, les reliques de St Vincent furent apportées d’Espagne et placée dans la basilique dédiée à St Anastase.

[1] St Augustin, in festo martyris Vincentii, III, sermon 276, 14, P.L. 38 col. 1257.

Leçons des Matines avant 1960

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Vincent, né à Huesca, dans l’Espagne citérieure, s’adonna à l’étude dès l’enfance, et fut instruit dans les saintes lettres par Valère, Évêque de Saragosse. Ce Prélat ne pouvant s’acquitter par lui-même du devoir de la prédication, à cause de la difficulté qu’il avait à parler, lui confia la charge de prêcher l’Évangile, ce qui fut rapporté à Dacien, que Dioclétien et Maximien avaient établi gouverneur de la province ; il donna ordre de saisir Vincent à Saragosse, et de le lui amener chargé de chaînes à Valence. Là, le Saint fut battu de verges, et torturé sur le chevalet, en présence de nombreux témoins ; mais ni la violence des tourments, ni la rudesse ou la douceur des paroles, ne purent le détourner de sa résolution ; après avoir été étendu sur un gril posé sur des charbons ardents, déchiré avec des ongles de fer, brûlé avec des lames ardentes, il fut de nouveau ramené dans la prison qu’on avait jonchée de têts de pots cassés, afin que son corps nu, accablé de sommeil, fût tourmenté par les têts aigus, sur lesquels il reposerait.

Cinquième leçon. Mais tandis qu’il était enfermé dans son cachot ténébreux, une très vive splendeur brilla soudain et illumina toute la prison ; cette lumière ravit de la plus profonde admiration tous ceux qui étaient présents, et le fait fut rapporté à Dacien par le gardien de la prison. Celui-ci ordonna de faire sortir Vincent de son cachot, et de retendre sur une couche molle ; c’est ainsi qu’il s’efforça de séduire par les délices celui qu’il n’avait pu amener à faire sa volonté par les supplices. Mais le courage invincible de Vincent, fortifié par la foi et l’espérance en Jésus-Christ, triompha de tout ; ayant vaincu le feu, le fer et la cruauté des bourreaux, il s’envola victorieux pour recevoir la céleste couronne du martyre, le onze des calendes de février. Comme son corps avait été jeté et laissé sans sépulture, un corbeau le défendit miraculeusement avec ses griffes, son bec et ses ailes contre un loup et contre les oiseaux. A cette nouvelle, Dacien commanda de jeter le corps en pleine mer ; mais Dieu voulut que les flots le ramenassent sur le rivage, et les Chrétiens l’ensevelirent.

Sixième leçon. Anastase, moine persan, après avoir visité les lieux saints de Jérusalem, sous l’empire d’Héraclius, souffrit avec constance, à Césarée de Palestine, les liens et les fouets pour la religion du Christ. Peu après, les Perses le soumirent à divers supplices pour la même cause et enfin le roi Chosroès lui fit trancher la tête, en même temps qu’à soixante-dix autres Chrétiens. Ses reliques, furent portées d’abord à Jérusalem, dans le monastère où il avait fait profession de la vie monastique, et ensuite à Rome, où on les plaça dans le monastère situé aux Eaux Salviennes.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Aujourd’hui Vincent, le Victorieux, couvert de la dalmatique sacrée, et tenant la palme entre ses mains fidèles, vient rejoindre au berceau de l’Emmanuel son chef et son frère Etienne le Couronné. L’Espagne l’a vu naître ; il exerce le ministère du Diaconat dans la glorieuse Église de Sarragosse, et, par la force et l’ardeur de sa foi, il présage les destinées du royaume Catholique entre tous les autres. Mais il n’appartient point à l’Espagne seulement ; comme Etienne, comme Laurent, Vincent est le héros de l’Église entière. C’est à travers les pierres qui pleuvaient sur lui, comme sur un blasphémateur, que le Diacre Etienne a prêché le Christ ; c’est sur le gril embrasé, comme le Diacre Laurent, que le Diacre Vincent a confessé le Fils de Dieu. Ce triumvirat de Martyrs fait l’ornement de la Litanie sacrée, et leurs trois noms symboliques et prédestinés, Couronne, Laurier et Victoire, nous annoncent les plus vaillants chevaliers de l’Emmanuel.

Vincent a triomphé du feu, parce que la flamme de l’amour qui le consumait au dedans était plus ardente encore que celle qui brûlait son corps. Des prodiges admirables l’ont assisté dans ses rudes combats ; mais le Seigneur, qui se glorifiait en lui, n’a cependant pas voulu qu’il perdît la palme ; et, au milieu de ses tortures, le saint Diacre n’avait qu’une pensée, celle de reconnaître, par le don de son sang et de sa vie, le sacrifice du Dieu qui avait souffert la mort pour lui et pour tous les hommes. Avec quelle fidélité et quel amour il garde, en ces saints jours, le berceau de son Maître ! Comme il désire que cet Enfant soit aimé de ceux qui le visitent ! Lui qui n’a pas reculé, quand il s’est agi de se donner à lui à travers tant d’angoisses, comme il accuserait la lâcheté des chrétiens qui n’apporteraient à Jésus naissant que des cœurs froids et partagés ! A lui, on a demandé sa vie par lambeaux, il l’a donnée en souriant ; et nous refuserions de lever les obstacles futiles qui nous empêchent de commencer sérieusement avec Jésus une vie nouvelle ! Que le spectacle de tous ces Martyrs qui se pressent depuis quelques jours sur le Cycle stimule donc nos cœurs ; qu’ils apprennent à devenir simples et forts, comme l’a été le cœur des martyrs.

Une ancienne tradition, dans la chrétienté, assigne à saint Vincent le patronage sur les travaux de la vigne et sur ceux qui les exercent. Cette idée est heureuse, et nous rappelle mystérieusement la part que le Diacre prend au divin Sacrifice. C’est lui qui verse dans le calice ce vin qui bientôt va devenir le sang du Christ. Il y a peu de jours, nous assistions au festin de Cana : le Christ nous y offrait son divin breuvage, le vin de son amour ; aujourd’hui, il nous le présente de nouveau, par la main de Vincent. Pour se rendre digne d’un si haut ministère, le saint Diacre a fait ses preuves, en mêlant son propre sang, comme un vin généreux, dans la coupe qui contient le prix du salut du monde. Ainsi se vérifie la parole de l’Apôtre, qui nous dit que les Saints accomplissent dans leur chair, par le mérite de leurs souffrances, quelque chose qui manquait, non à l’efficacité, mais à la plénitude du Sacrifice du Christ dont ils sont les membres [2].

L’Église Gothique d’Espagne loue dignement saint Vincent dans sa Liturgie Mozarabe. Nous empruntons les deux premières Oraisons que nous donnons ici, au Bréviaire, et la troisième au Missel gothiques.

ORATIO.

O Dieu, qui avez couronné Vincent, ce vainqueur admirable de tant de supplices, en le délivrant de leurs effets, en sorte que ses pieds, qui ne s’étaient jamais souillés en la fange des vices, foulaient, comme en se jouant, toutes les inventions de la cruauté ; et qui n’avez pas voulu que les ondes engloutissent celui qui, méprisant le siècle dans son cœur, était prêt à saisir l’héritage du ciel : accordez-nous, par les prières d’un si grand Martyr, de ne point être atteints de la souillure des vices, et de ne point être engloutis dans l’abîme profond du désespoir ; mais de nous présenter à vous au jour du jugement, dans tout l’éclat d’une conscience libre et pure. Amen.

ORATIO.

Nous vous bénissons, ô Dieu tout-puissant, qui avez délivré le bienheureux Vincent, votre Martyr, de l’embrasement du feu, comme autrefois les trois enfants, en sorte que la flamme, appliquée sur ses membres, pouvait le brûler, mais non le vaincre : daignez, par ses prières, répandre sur nos cœurs la rosée de votre miséricorde, afin que le feu de l’incendie charnel en étant humecté, la flamme du péché s’attiédisse en nous ; et que, si nous n’en devons pas être délivrés naturellement dans nos sens, du moins elle ne consume pas notre fragilité, que matériellement elle provoque ; mais que votre grâce subvienne assez à la nature pour que nous puissions, par votre secours, éteindre une flamme dont l’origine n’est pas venue de nous. Amen.

ORATIO.

O Christ, dont la puissance a ramené sur le rivage, pour y recevoir les honneurs qui lui étaient dus, le corps de votre Martyr Vincent, que l’aveugle fureur de Dacien avait fait jeter dans les flots de la mer : par les mérites de ce Martyr, et par la main de votre miséricorde, faites-nous surnager sur les ondes orageuses de ce siècle, afin que nous qui, par l’impulsion de l’ennemi, sommes tombés dans cette mer, avec le poids de nos péchés, nous puissions arriver un jour au port du salut, par cette charité qui couvre tous les péchés, et nous réjouir dans la société

Nous regrettons de ne pouvoir donner ici, à cause de son extrême longueur, l’Hymne magnifique consacrée à saint Vincent par Prudence, dans son livre des Couronnes. Nous nous contenterons d’insérer les strophes que le Bréviaire Ambrosien a extraites de ce poème.

HYMNE.

Heureux Martyr, protège ce jour de ton triomphe, dans lequel tu reçois la couronne, prix de ton sang glorieux, ô Vincent !

C’est ce jour qui, du sein des ténèbres de ce monde, après la victoire sur le juge et sur le bourreau, t’enlève au ciel, et te porte joyeux aux pieds du Christ.

Aujourd’hui, uni aux Anges, tu brilles sous cette robe éclatante que, témoin invincible, tu lavas dans les flots de ton sang.

Lévite de la tribu sacrée, ministre de l’autel de Dieu, l’une des sept colonnes blanches comme le lait, Martyr après le plus noble triomphe,

Toi seul, deux fois illustre, as remporté la palme d’un double combat ; toi seul as cueilli à la fois deux lauriers.

Victorieux dans la mort la plus cruelle, tu cueilles, après cette mort, un second triomphe ; et, vainqueur à lui seul, ton corps a brisé l’orgueil du tyran.

O Martyr, par tes chaînes, par tes flammes, partes ongles de fer, par les entraves de ton cachot, par ce lit déchirant où s’est accrue ta gloire,

Assiste-nous ; écoute nos vœux et nos prières ; sois pour nous, pécheurs, un puissant avocat au trône du Père céleste.

A ce Dieu Père soit la gloire, gloire à son Fils unique, gloire aussi à l’Esprit Paraclet, et maintenant et à jamais !

Amen.

Adam de Saint-Victor a composé deux Séquences à la gloire du grand Diacre de Sarragosse ; elles sont si belles l’une et l’autre que nous nous faisons un devoir de les insérer ici.

Ière séquence.

Voici le jour désiré, jour heureux, jour délectable, jour de grande liesse.

Vénérons ce jour, et admirons les combats du Christ dans Vincent.

Tout est illustre en ce Martyr : naissance, foi, sainteté, science, parole, dignité, office.

Dans les honneurs du Diaconat, sous Valère son père, il commandait dans l’Église.

Privé du don de la parole, le Pontife vaquait à Dieu, et confiait au Lévite le ministère de l’enseignement.

La droiture des discours brillait dans l’éloquence du Diacre ; une double science s’épanchait de la simplicité de son cœur.

Mais pendant qu’il instruit dans la saine doctrine, par le secours de la grâce, le peuple de Sarragosse,

Un Préfet jaloux, ardent pour l’idolâtrie, se déchaîne contre l’Église.

Au bruit de la constance qu’ils montrent dans la foi, il fait traîner les deux apôtres, sous les chaînes, à Valence.

Ni la jeunesse en sa fleur n’obtient grâce, ni l’impie ne considère l’âge du vieillard.

Las du chemin, accablés sous le poids des chaînes, on les enferme dans un sombre cachot sans nourriture.

Jusque-là s’étend le pouvoir du tyran ; pour le reste son désir demeure impuissant ; car le Christ lui-même nourrit ses deux soldats par sa providence.

Lors le Préfet exile le vieillard, mais réserve le jeune homme pour un plus affreux supplice.

Vincent souffre le chevalet et les ongles de fer ; il monte sur le gril d’un cœur assuré.

Il brûle, mais n’est point intimidé ; il n’en confesse que plus hautement le Christ, et il brave en face le tyran.

Le visage de Dacien s’enflamme de colère ; dans sa rage, il balbutie ; sa main tremble, et dans son délire, il ne se contient plus.

Par son ordre, le Martyr est rejeté dans sa prison ; on le couche sur des têts aigus ; mais une lumière éclatante le vient réjouir, et les Anges le visitent.

Enfin, déposé sur un lit, soldat émérite, il s’envole dans les cieux, et son âme triomphante est présentée au Seigneur.

On refuse au corps du héros le droit commun de la sépulture ; la haine du tyran outrage à la fois la loi et la nature.

Ce juge sévit contre un mort ; mais ce mort grandit en gloire ; les bêtes féroces tremblent à l’aspect de l’objet que, d’ordinaire, elles dévorent.

C’est un corbeau qui garde intact ce corps sans sépulture : ainsi est déjouée l’intention barbare du tyran.

C’est alors que le profane Dacien ordonne d’ensevelir, sous le silence des ondes, un corps dont la terre ne peut le défaire.

Ni la meule n’a pu retenir au fond, ni la mer dérober aux regards celui que toute l’Église s’empresse d’honorer aujourd’hui de sa louange singulière.

Ce corps, demi-brûlé dans le feu, est devenu fameux sur la terre et sur la mer. Bon Jésus ! donnez-nous de vous louer dignement, avec vos Saints, dans la patrie.

Amen.

IIe SÉQUENCE

Il s’est levé, le jour du triomphe, jour auguste qui ramène la solennité du grand Lévite ; livrons-nous tous à la joie, et honorons dans le Christ Vincent le Victorieux.

Porteur d’un si beau nom, il en réalise le présage : vainqueur sur la terre, vainqueur sur les eaux ; tous les tourments, toutes les craintes, sont pour lui l’objet d’un triomphe.

Il a l’éclat de la pourpre deux fois teinte ; de l’hyacinthe il a la splendeur ; aux reins il porte la double ceinture ; sa tunique est de fin lin ; et la palme empourprée qu’il a cueillie montre à quel point il fut invincible au milieu des supplices cruels qu’il endura pour le Christ.

Il est la victime succulente, l’agneau offert dont la dépouille embellie de son sang sert de voile au tabernacle ; il a semé au milieu des larmes, et pour prix de ses sueurs, il rapporte les gerbes de la vie.

On entraîne le serviteur de Dieu au tribunal sanglant du farouche Dacien ; le magistrat pour le tenter emploie tour à tour la prière et la menace ; il fait briller, comme récompense, les honneurs mondains.

Mais l’athlète a dédaigné la fleur passagère du monde ; il en fait autant des offres, des caresses et des terreurs du fier tyran. On l’attache au chevalet ; et le juge qui se sent méprisé fait succéder tortures à tortures. Les torches ardentes, le lit embrasé, les verges du licteur, le sel brûlant qui pénètre jusqu’aux entrailles mises à nu, tout se réunit pour accroître les angoisses du martyr ; mais ces tourments divers n’ont pas abattu sa constance pleine de joie.

Enfermé dans un cachot, les têts sur lesquels il est étendu déchirent ses membres cruellement ; mais en même temps une joie inspirée par le ciel vient le fortifier, comme l’huile dont l’athlète baigne ses membres. Pour lui, le poids des chaînes devient glorieux, les ténèbres de la prison font place au jour le plus éclatant ; et les pointes qui lacéraient son corps se transforment tout à coup en fleurs souples et odorantes.

Bientôt, on porte le martyr sur un lit commode ; il pousse alors ses soupirs vers le ciel, et entouré du chœur mélodieux des Anges, il rend à Dieu son âme. On jette son corps aux bêtes, mais un gardien lui est donné d’en haut ; on le précipite dans les flots, mais il ne disparaît pas, et la terre entoure de ses honneurs ce précieux dépôt qui lui est rendu.

Ainsi vit-on tous les éléments se réunir pour sa victoire : l’eau, la terre, l’air et le feu. Noble témoin de la vérité, prie le Christ de nous purifier de nos péchés, et de nous faire goûter les joies véritables ; afin que, devenus les cohéritiers de la lumière, nous chantions à notre tour : Alleluia !

Nous vous saluons, ô Diacre Victorieux, tenant entre vos mains le Calice du salut. Autrefois, vous le présentiez à l’autel, afin que la liqueur qu’il contenait fût transformée, par les paroles sacrées, au Sang du Christ ; vous le présentiez aux fidèles, afin que tous ceux qui avaient soif de Dieu se désaltérassent aux sources de la vie éternelle. Aujourd’hui, vous l’offrez vous-même au Christ ; et il est plein jusqu’au bord de votre propre sang. Ainsi avez-vous été un Diacre fidèle, donnant jusqu’à votre vie pour attester les Mystères dont vous étiez le dispensateur. Trois siècles s’étaient écoulés depuis l’immolation d’Etienne ; soixante ans depuis le jour où les membres de Laurent fumaient sur les brasiers de Rome, comme un encens à l’odeur suave et forte ; et dans cette dernière persécution de Dioclétien, à la veille du triomphe de l’Église, vous veniez attester, par votre constance, que la fidélité du Diacre n’avait point défailli.

Vous brillez en tête de la phalange des Martyrs, ô Vincent ! Et l’Église est fière de vos victoires ; souvenez-vous que c’est pour elle, après le Christ, que vous avez combattu. Soyez-nous donc propice ; et marquez ce jour de votre fête par les effets de votre protection sur nous. Vous contemplez, face à face, le Roi des siècles dont vous fûtes le Chevalier ; ses splendeurs éternelles luisent à vos regards, fermes quoique éblouis. Nous, dans cette vallée de larmes nous le possédons, nous le voyons aussi ; car il s’appelle Emmanuel, Dieu avec nous. Mais c’est sous la figure d’un faible enfant qu’il se montre à nos regards ; car il craint de nous effrayer par l’éclat de sa gloire. Rassurez cependant nos cœurs troublés quelquefois par la pensée que ce doux Sauveur doit être un jour notre juge. La vue de ce que vous avez fait, de ce que vous avez souffert pour son service, nous émeut, nous si vides de bonnes œuvres, si oublieux des droits d’un tel maître. Obtenez que vos exemples ne passent pas en vain sous nos yeux. Il vient nous recommander la simplicité de l’enfance, cette simplicité qui procède de l’humilité et de la confiance en lui, cette simplicité qui vous fit affronter tant de tourments sans faiblesse et d’un cœur tranquille. Rendez-nous dociles à écouter la voix d’un Dieu qui nous parle par ses exemples, calmes et joyeux dans l’accomplissement de ses volontés, dévoués uniquement à son bon plaisir.

Priez, ô Vincent, pour tous les Chrétiens ; car tous sont appelés à la lutte contre le monde et les passions de leur propre cœur. Tous nous sommes conviés à la palme, à la couronne, à la victoire. Jésus n’admettra que des vainqueurs au banquet de la gloire éternelle, à cette table où il nous a promis de boire avec nous le vin nouveau, au royaume de son Père. La robe nuptiale, nécessaire pour y avoir entrée, doit être teinte dans le sang de l’Agneau ; nous devons tous être martyrs, sinon d’effet, du moins de désir : car c’est peu d’avoir vaincu les bourreaux, si on ne s’est vaincu soi-même.

Assistez de votre secours les nouveaux martyrs qui versent encore aujourd’hui leur sang sur des plages lointaines, afin qu’ils soient dignes des temps glorieux qui donnèrent Vincent à l’Église. Protégez l’Espagne, votre patrie. Priez l’Emmanuel d’y susciter des héros forts et fidèles comme vous, afin que le royaume Catholique, toujours si jaloux de la pureté de la foi, sorte bientôt des épreuves auxquelles il est soumis. Ne souffrez pas que l’illustre Église de Sarragosse, fondée par l’Apôtre fils du Tonnerre, visitée par la glorieuse Mère de Dieu, sanctifiée par votre ministère de Diacre, voie s’affaiblir le sentiment de la foi catholique, ou se briser le lien de l’unité. Et puisque la piété des peuples vous révère comme le protecteur des vignobles, bénissez cette partie de la création que le Seigneur a destinée à l’usage de l’homme, et dont il a voulu faire l’instrument du plus profond des mystères et l’un des plus touchants symboles de son amour pour nous.

En ce même jour, l’Église honore la mémoire du saint moine Persan Anastase, qui souffrit le martyre en 628. Chosroès, s’étant emparé de Jérusalem, avait emporté en Perse le bois de la vraie Croix, qui fut reconquis plus tard par Héraclius. La vue de ce bois sacré excita dans Anastase, encore païen, le désir de connaître la Religion dont il est le trophée. Il renonça à la superstition persane pour embrasser le Christianisme et la vie monastique. Cette démarche, jointe au zèle du néophyte, anima contre lui le ressentiment des païens ; et après d’affreuses tortures, le soldat du Christ eut la tête tranchée. Son corps fut transféré à Constantinople, et de là à Rome, où il repose avec honneur. Deux Églises célèbres de cette capitale, l’une dans la ville, l’autre hors des murs, sont dédiées en commun à saint Vincent et à saint Anastase, parce que ces deux grands Martyrs ont souffert le même jour, quoique à des époques éloignées. Tel est le motif qui a porté l’Église à réunir leurs deux fêtes en une seule. Prions ce nouvel athlète du Christ de nous être favorable, et de nous recommander au Seigneur, dont la croix lui fut si chère.

[2] Coloss. I, 24.

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Station au Vatican, à l’oratoire « in Hierusalem », et au monastère « ad Aquas Salvias » sur la voie d’Ostie.

Ces deux martyrs avaient eux aussi à Rome l’honneur d’une messe stationnale distincte pour chacun. La fête du diacre Vincent est la plus ancienne, et elle était célébrée dans son oratoire près de Saint-Pierre ; celle du moine Anastase date seulement du pontificat d’Honorius Ier (625-638), époque où son chef fut transféré d’Orient au monastère ad Aquas Salvias près de la voie d’Ostie, où, pour cette raison, on la célébrait. Quelques liturgistes ont supposé qu’en ce jour la station de saint Vincent se célébrait aussi dans le titre d’Eusèbe sur l’Esquilin, mais ils ne sont pas d’accord pour indiquer le motif qui suggéra le choix de cette basilique. Nous savons seulement que là reposait le corps d’un des diacres comités Xysti du nom de Vincent, enseveli primitivement près de saint Eusèbe dans la crypte papale du cimetière de Callixte. Pour cette raison, le titre d’Eusèbe fut aussi dédié à ce Vincent, diacre et martyr romain.

Il y avait à Rome beaucoup d’autres églises portant le nom de Saint-Vincent. La plus ancienne est celle qui fut construite au Vatican, par le pape Symnaque probablement, et qui s’élevait près de l’oratoire de Sainte-Croix in Hierusalem. Le monastère qui y était annexé est mentionné dans la vie d’Etienne III. Les catalogues des églises de Rome mentionnent en outre l’oratoire de Saint-Vincent de Papa près des maisons des Papareschi au Transtévère ; des Saints-Vincent-et-Anastase de Trivio, et celui des Saints-Vincent-Alexandre-et-Barthélemy de Columna. Hors de Rome, toute l’Europe latine, pour ainsi dire, est parsemée de basiliques dédiées à ce glorieux martyr, dont le nom, même dans les Litanies des saints, est associé à celui des deux diacres Etienne et Laurent. Parmi les plus insignes monastères élevés en l’honneur de saint Vincent, il faut mentionner celui ad fontes Vulturni, construit au commencement du VIIIe siècle par saint Thomas de Maurienne, abbé de Farfa.

Le martyre de saint Vincent a été chanté par Prudence dans le Peristephanon [3].

Les anciens sacramentaires et lectionnaires romains assignent comme messe stationnale de saint Vincent celle qui, dans le missel, commence par le mot Laetabitur, qui est maintenant l’une de celles du Commun des martyrs et que nous avons déjà vue le 14 de ce mois. La première et la dernière collectes sont identiques à celles actuellement en usage, sauf qu’à l’origine elles ne contenaient pas le nom de saint Anastase. L’oraison super oblata est tombée en désuétude de même que la splendide préface. La lecture de l’Évangile est celle des fêtes de diacres (Ioan., XII, 24-26) où le Christ se compare lui-même à un grain de blé qui, avant de germer, doit être jeté en terre et y pourrir. La même condition est requise de quiconque veut servir le Seigneur.

La secrète était primitivement la suivante : Hodiernum, Domine, sacrificium laetantes offerimus, quo beati Vincentii caelestem victoriam recensentes, et tua magnalia predicamus, et nos acquisisse gaudemus suffragia gloriosa. — Aujourd’hui l’Église, célébrant la victoire de l’héroïque diacre, immole dans l’allégresse le divin Sacrifice, pour remercier le Seigneur d’avoir répandu une si grande force dans son martyr, et d’avoir accordé aux fidèles un si puissant intercesseur.

L’incise propre que l’on insérait dans la préface est ainsi conçue : per Christum Dominum nostrum ; pro cuius nomine gloriosus levita Vincentius et miles invictus rabidi hostis insaniam interritus adiit, modestus sustmuit, securus irrisit, sciens paratus esse ut resisteret, nesciens elatus esse ut vinceret ; in utroque Domini ac Magistri sui vestigia sequens, qui humilitatis custodiendae et de hostibus triumphandi, suis sequenda exempla monstravit. Per Quem etc.

Le culte de saint Anastase, moine persan martyrisé à Césarée de Palestine sous Chosroës vers 626, s’implanta à Rome quelque temps plus tard, c’est-à-dire lorsqu’on y apporta son chef, qui fut déposé dans le monastère ad aquas salvias érigé par Narsès pour les moines de Cilicie. Le grand nombre de prodiges qui s’ensuivirent rapidement lui valurent la renommée de thaumaturge, en sorte que la liste des évangiles de Würzbourg assigne à sa messe le passage de saint Marc (V, 21-34) où Jésus opère la résurrection de la fille de Jaïre et la guérison de l’hémorroïsse.

La grande popularité de cette dévotion envers saint Anastase à Rome est attestée par les nombreuses basiliques qui lui étaient dédiées, à l’Arenula, à la Marmorata, dans le quartier de pinea, et à Trevi. Les miracles qui s’opéraient durant le haut moyen âge par l’image du saint, ont fait que celle-ci, presque jusqu’à nos temps, était reproduite jusque dans les Sante Croci, ou alphabets à l’usage des enfants.

Aujourd’hui la fête des saints Vincent et Anastase ne comporte plus, comme jadis, deux messes distinctes mais seulement celle du Commun de plusieurs martyrs, avec deux collectes spéciales.

L’antienne d’introït est comme celle du 20 janvier. La prière est la suivante : « Écoutez, Seigneur, nos supplications, et quoique nous nous confessions coupables de si grandes iniquités, faites que nous en soyons délivrés par l’intercession de vos bienheureux martyrs Vincent et Anastase, » La première lecture est tirée du livre de la Sagesse (III, 1-18). L’âme des justes s’est confiée à Dieu, et il la garde et la sauve, même si dans ce but il permet que les impies l’éprouvent par leurs tourments. Ceux-ci, loin de contrevenir d’une façon quelconque aux desseins divins, entrent au contraire dans leur plan pour la prédestination des élus, puisque l’épreuve à laquelle ils soumettent les saints est comme la flamme d’un creuset où l’or se purifie.

Le répons-graduel est le même que pour la fête des martyrs Fabien et Sébastien. Le verset alléluiatique est tiré de l’Ecclésiastique (XLIV, 14) : « Les corps des saints reposent dans la paix de la tombe, mais leur gloire survit dans les siècles. »

Après la Septuagésime, au lieu du verset précédent, on chante le psaume tractus comme le 20 janvier.

La lecture évangélique est tirée de saint Luc (XXI, 9-19), là où Jésus annonce les signes qui apparaîtront au ciel et sur la terre, et les graves persécutions que subiront les saints avant la fin du monde. Deux choses doivent encourager les martyrs à endurer généreusement ces tourments. La première, c’est qu’ils souffrent et sont haïs à cause de Jésus ; la seconde, c’est que les persécuteurs auxquels Dieu abandonne parfois le corps de ses justes, non seulement ne peuvent rien contre l’âme, mais ils lui sont au contraire l’occasion d’un bien et d’une gloire sans fin.

Le verset pour l’offertoire est tiré du psaume 67 ; le sens littéral ne se rapporte point aux saints, comme le ferait croire la version latine, mais au sanctuaire de Jérusalem. « O Yahweh, vous êtes terrible de votre sanctuaire ! Le Dieu d’Israël donne à son peuple valeur et force. Yahweh soit béni ! » Voici, donc, d’où les martyrs ont tiré un si grand courage. « Aujourd’hui, — disait sainte Félicité de Carthage en proie aux douleurs de l’enfantement, — aujourd’hui c’est moi qui souffre ce que je souffre ; quand, au contraire, je serai exposée aux bêtes féroces dans le cirque, alors ce sera un autre qui souffrira pour moi, puisque c’est pour lui qu’alors je souffrirai. »

La collecte avant l’anaphore est la suivante : « Nous vous présentons, Seigneur, l’oblation de notre dévotion ; qu’elle vous soit donc agréable, offerte qu’elle est en l’honneur de vos justes ; et que par votre bonté elle nous vaille le salut éternel. »

L’antienne pour la distribution de la sainte communion au peuple est tirée du texte du Livre de la Sagesse lu précédemment : « Si aux yeux des hommes ils ont souffert des tourments, ce fut Dieu qui les éprouva. Il voulut les éprouver comme l’or dans le creuset, et finalement il les accepta comme des holocaustes. » Voilà le motif qui doit nous inspirer un sentiment d’infini respect pour la persécution et pour celui qui la détermine. Les hommes impies déchirent les martyrs, mais l’Écriture enseigne que c’est Dieu qui les soumet à l’épreuve. . La collecte d’action de grâces est la suivante : « Maintenant que nous avons reçu le céleste aliment, nous vous supplions, ô Dieu tout-puissant, défaire que, par l’intercession de vos bienheureux martyrs Vincent et Anastase, il nous protège contre toute adversité. Par notre Seigneur, etc. »

L’exemple de la force héroïque des martyrs qui, dans l’espérance de la résurrection, bien loin de trahir la foi, n’acceptent aucun moyen d’éviter la mort, est bien opportun de nos jours, où une piété toute sentimentale menace de se substituer, dans la conscience d’un grand nombre, à la profession pratique de la vie chrétienne.

[3] Hymn. V. P. L., LX, col. 378 et seq.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Soyons des diacres, des serviteurs du corps du Christ.

Saint Vincent. — Jour de mort : 22 janvier 304. Tombeau : église du tombeau à Castres (Aquitaine). Image : On le représente en diacre, avec un corbeau (qui protégea son cadavre). Sa vie : Vincent est, avec saint Étienne et saint Laurent, le troisième des illustres saints diacres de l’Église : il est le plus célèbre des martyrs d’Espagne. Il fut, en présence de plusieurs témoins, frappé de coups, étendu sur le chevalet, mais aucune torture, aucune flatterie, aucune menace ne put ébranler le courage de sa foi. On le plaça ensuite sur un gril rougi au feu, on le déchira avec des ongles de fer, on le brûla avec du fer rouge, puis on le ramena dans la prison, dont le sol était couvert de tessons. Là, une lumière céleste illumina tout le cachot, à la grande stupéfaction de tous ceux qui la virent. Là dessus, on le mit dans un lit moelleux, afin de l’amener à l’apostasie par les délices, puisque tous les tourments avaient été inutiles. Mais le courage invincible de Vincent, que fortifiaient la foi à Jésus-Christ et l’espérance de la Vie éternelle, triompha de tout, de la mollesse comme il avait triomphé du feu et des tourments. Enfin il conquit victorieusement la couronne du martyre.

Saint Anastase. — Jour de mort : 22 janvier 628. Tombeau : à Rome, aux bains Salviens (où se trouve son chef). Image : On le représente comme moine, avec une hache (instrument de son supplice). Sa vie : Le martyrologe relate : « Anastase était un moine de Perse. Il avait, à Césarée de Palestine, souffert une grande quantité de tourments ; en prison, il avait aussi été battu de fouets et verges. Ensuite, le roi de Perse, Chosroas, le fit de nouveau tourmenter de diverses manières et enfin décapiter. Ses soixante-dix compagnons avaient été auparavant noyés dans les flots, si bien qu’ils le précédèrent dans le martyre. Sa tête fut plus tard apportée à Rome ainsi qu’une image de lui qui jouit d’un culte universel. Devant cette image, les mauvais Esprits s’enfuyaient et les malades étaient délivrés de leurs souffrances. Ces effets ont été attestés par les Actes du second concile de Nicée. » Le saint fut en effet très vénéré à Rome. Pratique. L’Église a toujours témoigné un grand respect pour les reliques et les images des saints. Ce culte ne nous détourne pas du Christ, mais au contraire nous conduit à Lui, car nous voyons dans les saints des membres glorieux de son corps ; à leur vue s’enfuient véritablement les mauvais Esprits.

La messe (Intret). — L’Introït est le même que celui d’avant-hier. En pensant à saint Vincent, nous comprendrons mieux ce chant. L’homme naturel s’indigne des tourments des martyrs. L’accent de la Leçon est plus consolant : « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Aux yeux des insensés ils ont paru mourir, mais ils sont dans la paix (de la vision béatifique). Dieu les a seulement éprouvés et les a trouvés dignes de lui... il les a acceptés comme victimes, maintenant ils brillent et règnent, et le Seigneur est leur Roi pour toujours. » Comme l’Église s’entend à placer le martyre dans sa plus belle lumière et à nous inspirer le courage de souffrir !

A l’Évangile, nous entendons, de la bouche du Christ, les signes avant-coureurs de son retour : « Ils mettront la main sur vous, ils vous persécuteront... ils vous traîneront devant les rois et les gouverneurs à cause de mon nom... Vous serez haïs de tous. » Cette parole s’est réalisée à la lettre pour nos saints. Nous aussi, nous devons sentir en nous un peu du souffle de leur héroïsme et être, tout au moins, capables d’un martyre non sanglant : « Dans votre patience, vous posséderez vos âmes. » Dans la communion, nous recevons une nouvelle force pour offrir notre vie comme un « holocauste ».

Le diaconat de la Sainte Église. — La fête d’aujourd’hui nous amène à penser au diaconat de la sainte Église. Diacre veut dire serviteur. Le premier diacre est le Christ lui-même qui a dit, à son sujet : « Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rédemption pour plusieurs. » (Math. XX, 28).

Le diaconat, comme ministère ecclésiastique et Ordre, fut institué par les Apôtres. Les Actes (VI, 1 et sq.) racontent le choix des sept premiers diacres, dont le rôle était en premier lieu le service des pauvres. Peu à peu, ce ministère ecclésiastique prit une grande importance. C’est le premier des Ordres sacrés qui confère le caractère sacramentel. Ceci se manifeste dans la liturgie par le fait que le diacre a déjà le droit de saluer le peuple en disant : Dominus vobiscum, salut auquel le peuple répond par ces mots : Et cum spiritu tuo (c’est-à-dire avec le Saint-Esprit qui vous a été conféré dans l’ordination).

Dans la primitive Église, le diacre avait trois fonctions principales : 1° le service des pauvres, 2° la prédication de l’Évangile, 3° la distribution de la sainte Eucharistie aux fidèles ; en un mot, le service du corps du Christ, de son corps mystique (les pauvres) et de son corps eucharistique (l’Évangile et la Communion). Aujourd’hui, dans l’Église d’Occident, ce ministère est presque entièrement tombé en désuétude, mais chaque prêtre doit se rappeler qu’il est aussi diacre et qu’il doit accomplir fidèlement ces trois fonctions : service des pauvres, prédication de l’Évangile administration de l’Eucharistie. Mais le fidèle aussi est diacre. De même qu’il y a un sacerdoce général, auquel participent tous les fidèles, on peut aussi parler d’un diaconat général. Le laïc ne peut-il pas, d’une certaine manière, remplir envers le corps du Christ les trois services du diacre ? Il peut accomplir, dans toute son étendue, le service des pauvres (n’y avait-il pas autrefois des diaconesses ?). Sans doute, il n’a pas le droit de prêcher l’Évangile, mais, par contre, il peut et doit avoir toujours avec lui le livre des Évangiles (dans les anciennes mosaïques, on représente toujours les diacres avec le livre des Évangiles). Il peut propager l’Évangile, les pères et mères peuvent l’expliquer à leurs enfants et le leur lire chaque dimanche ; le laïc peut exercer l’apostolat de la Bible et des bons livres. De cette façon, le fidèle peut être diacre. Enfin le service à l’autel. Jadis, les fidèles eux-mêmes pouvaient porter la Sainte Eucharistie aux malades ; ce ministère est, aujourd’hui, réservé aux prêtres, mais il reste aux laïcs bien des possibilités de servir le Christ eucharistique : le soin de la propreté de l’Église, des linges sacrés, des vêtements sacerdotaux, la décoration des autels ; ils peuvent propager, expliquer le missel, travailler à la renaissance et au développement de l’esprit liturgique, tout cela constitue un beau diaconat. Quelle que soit la nature de nos occupations particulières, restons, toute notre vie, des diacres, des serviteurs du corps de Jésus-Christ.