mercredi 9 janvier 2013

Saint JULIEN L'HOSPITALIER, martyr et sainte BASILISSE


« Mariage de saint Julien d'Antioche et de sainte Basilisse ».
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.


Saint Julien l'Hospitalier et sainte Basilisse

Saint Julien naquit à Antioche, capitale de la Syrie, de parents illustres et craignant DIEU. A l'âge de dix-huit ans, ils le sollicitèrent de s'engager dans les liens du mariage. Après quelques jours de réflexion, ayant eu une vision, DIEU lui promit que sa future épouse conserverait avec lui sa virginité et que leur union serait pour beaucoup une occasion de salut.

Il consentit alors à épouser une jeune fille, nommée Basilisse, que ses parents lui présentèrent. Le soir même des noces, les pieux époux s'étant mis en prière, Basilisse sentit dans la chambre un suave parfum de fleurs, quoiqu'on fût au cœur de l'hiver. Son époux lui expliqua comment ces fleurs signifiaient la bonne odeur de la virginité, et il obtint sans peine qu'elle consentît à vivre avec lui dans la continence parfaite.

Leur vœu fut aussitôt récompensé, car un chœur de saints et de saintes, conduit par JESUS et MARIE, leur apparut dans une nuée brillante, et les deux époux entendirent une harmonie toute céleste qui remplit leur âme d'une joie inénarrable.

Leurs parents étant morts, ils consacrèrent tous leurs revenus au soulagement des pauvres et des malades ; ils firent même de leur maison une espèce d'hôpital. Il y avait des logements séparés pour les hommes et pour les femmes.

Basilisse avait soin des personnes de son sexe, et Julien, que son immense charité avait fait surnommer l'hospitalier, avait soin des hommes. La pieuse épouse mourut la première, après avoir reçu un avertissement céleste, et prédit à son époux qu'il recevrait bientôt la palme du martyre.

En effet, la persécution s'étant élevée, Julien, connu par son zèle pour la religion de JESUS-CHRIST, ne tarda pas à être jeté en prison. Son interrogatoire, ses supplices, furent accompagnés d'étonnants prodiges et surtout de nombreuses conversions.

DIEU permit que son épouse Basilisse lui apparût pour lui annoncer que la fin de ses combats était venue et que bientôt il recevrait la palme tant désirée du martyre. Epargné par le feu et par les bêtes féroces, Julien eut enfin la tête tranchée, le 9 janvier 313.

Ce fut par une jeunesse sainte et mortifiée et par une fidèle correspondance à la grâce que Julien obtint tant de faveurs du Ciel. Jamais DIEU ne se laisse vaincre en générosité. —

LE SEIGNEUR a illustré Saint Julien par plusieurs miracles, non seulement à son tombeau, où dix lépreux furent guéris le même jour, mais aussi en plusieurs endroits de la chrétienté.

Pratique. Évitez l'égoïsme ; vivez pour DIEU et le prochain.

SOURCE : http://je-n-oeucume-guere.blogspot.ca/2010/01/09-janvier-saint-julien-lhospitalier.html


Le calendrier civil, en lien avec la tradition populaire, se réfère à un autre saint Julien, dit l'Hospitalier, patron des bateliers, des aubergistes et des voyageurs. Il nous est surtout connu par un beau conte de Gustave Flaubert, reprenant une histoire déjà propagée depuis des siècles par Jacques de Voragine dans sa Légende dorée.
On y racontait que Julien était un grand chasseur devant l'Éternel, selon une référence au Livre de la Genèse dans la Bible. Un jour, Julien traquait un cerf qui se met à lui parler, lui prédisant qu'il deviendrait le meurtrier de ses propres parents. Ce qui arriva par une erreur tragique. Désespéré, parricide sans l'avoir voulu, Julien décide de tout faire pour se racheter. Il se dépouille de tous ses biens et construit près d'un fleuve dangereux une maison d'accueil pour les voyageurs. Il assure gratuitement leur passage : on le nomme l'hospitalier. Par une nuit de tempête, il risque sa vie pour faire passer un lépreux qui se révèle à lui comme étant le Christ. On pense tout de suite à saint Christophe : à invoquer comme protecteur de tous les voyageurs, des vacanciers en ce début du mois d'août.
Le prénom Julien vient du latin Julia, famille illustre de romains qui prétendaient être descendants directs de Vénus ! Le membre le plus célèbre de cette famille est bien sûr Jules César.

Rédacteur : Frère Bernard Pineau, OP




Bas-relief évoquant la légende de saint Julien au n°42 rue Galande, Paris V


SAINT JULIEN L’HOSPITALIER

Texte résumé et modifié. Inspiré de Gustave Flaubert.

Le père et la mère de Julien habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline.

On y vivait en paix depuis si longtemps que la herse ne s’abaissait plus; les fossés étaient pleins d’eau et des hirondelles faisaient leur nid dans la fente des créneaux.
L’archer qui se promenait toute la journée sur la courtine, dès que le soleil brillait trop fort, rentrait dans l’échauguette et s’endormait.
A l’intérieur, tous respirait l’abondance : les armoires regorgeaient de linge, les tapisseries protégeaient du froid, les tonnes de vins s’empilaient dans les celliers et les coffres craquaient sous le poids des sacs d’argent.

Le bon seigneur du lieu, se promenait dans sa maison, rendant la justice, apaisant les querelles. Pendant l’hiver, il se faisait lire des histoires. Dès les premiers beaux jours, il allait se promener le long des chemins et causait avec les manants auxquels il donnait des conseils.
Après beaucoup d’aventures, il avait pris pour femme une demoiselle de haut lignage. Elle était très blanche, un peu fière et sérieuse. A force de prier Dieu, il lui vint un fils.

Alors, il y eut de grandes réjouissances qui durèrent trois jours et quatre nuits. On y mangea les plus rares épices avec des poules grosses comme des moutons.
La mère n’assista pas à ces fêtes. Elle se tenait dans son lit tranquillement.

Un soir, elle se réveilla, et elle aperçut, à travers la fenêtre, un vieillard en froc de bure, avec un chapelet au côté, qui avait toute l’apparence d’un ermite.
Il s’approcha de son chevet et lui dit :
- “ Réjouis-toi ô mère ! ton fils sera un saint !”

Elle allait crier mais le vieillard disparut.
Elle entendit les voix des anges mais sa tête retomba sur l’oreiller. Le lendemain, elle eut soin de n’en rien dire, ayant peur qu’on ne l’accusât d’orgueil.

Les convives s’en allèrent au petit jour; et le père de Julien se trouvait en dehors de la poterne. Quand soudain un mendiant se dressa devant lui, c’était un Bohème à barbe tressée, avec des yeux aux prunelles flamboyantes.
Il bégaya ces mots :
- “ Ah ! ah! ton fils !… beaucoup de sang!… beaucoup de gloire!… toujours heureux ! La famille d’un empereur.” Puis il disparut.

Le châtelain attribua cette vision à la fatigue “si j’en parle, on se moquera de moi”.
Les époux cachèrent leur secret. Tous deux chérissaient l’enfant d’un pareil amour.

Quand il eut sept ans, sa mère lui appris à chanter. Son père, pour le rendre courageux, le hissa sur un gros cheval. Il ne tarda pas à savoir tout ce qui concerne les destriers. Un vieux moine très savant lui enseigna l’Ecriture sainte, la numération des Arabes, les lettres latines.
Julien écoutait souvent, avec émotion, le châtelain et ses compagnons raconter leurs faits d’armes. mais le soir, au sortir de l’angélus, il puisait dans son escarcelle et, avec modestie, donnait aux pauvres inclinés devant lui.
Sa place dans la chapelle était aux côtés de ses parents. Il était très pieux.

Un jour, pendant la messe, il aperçut, en relevant la tête, une petite souris blanche qui sortait d’un trou dans la muraille. Après deux ou trois tours, elle s’enfuit par le trou.
Elle revint chaque dimanche. Il en était importuné. Pris de haine contre elle il décida de s’en défaire. Il mit donc des miettes de gâteau sur les marches, et, attendit une baguette à la main. Au bout d’un long moment, quand la souris parut, il la frappa avec son bâton et demeura stupéfait devant ce petit corps sanglant qui ne bougeait plus.

Beaucoup d’oisillons picoraient les graines du jardin. Il imagina de mettre des pois dans un roseau creux. Quand il entendait gazouiller, il s’approchait avec douceur puis, en enflant ses joues, il levait son tube et les bestioles lui pleuvaient abondamment sur les épaules. Il ne pouvait alors s’empêcher de rire.

Un matin, il vit un gros pigeon sur le rempart. Avec une pierre, il abattit l’oiseau. Le pigeon aux ailes cassées palpitait toujours. Julien était irrité de ce qu’il vivait encore et se mit à l’étrangler. Au dernier raidissement, il faillit s’évanouir.

Un soir, son père décida qu’il devait être initié à la chasse. Il lui constitua une grande meute et une fauconnerie avec des piqueurs et des rabatteurs. Mais cela n’intéressait pas vraiment Julien qui préférait chasser loin du monde, seul avec son cheval, son faucon et ses chiens.

Quand le cerf commençait à gémir sous les morsures, il l’abattait prestement puis se délectait à la furie des chiens qui le dévoraient. Il tua des ours, des taureaux, des sangliers et des loups…

Un matin d’hiver, il partit en forêt malgré la neige. Remarquant un coq de bruyère qui, engourdi par le froid,  dormait la tête sous l’aile, il lui faucha les deux pattes. Il enfonca son poignard dans le corps d’un bouquetin, assomma, avec son fouet, les grues qui passaient au dessus de sa tête, tua, de loin, à l’aide d’une flèche, un castor au museau noir.
Il tua bien des chevreuils, des blaireaux, des daims qui tournaient autour de lui avec un regard plein de douceur et de supplications. Mais il ne se fatiguait pas de tuer et n’en gardait pas le souvenir.

Un jour, il vit de nombreux cerfs entassés dans un vallon. Ils se réchauffaient de leur haleine que l’on voyait fumer dans le brouillard. L’espoir d’un pareil carnage le suffoqua de plaisir.
Puis, il se mit à tirer. Au sifflement de la première flèche, un mouvement agita le troupeau. Le rebord du vallon était trop haut pour le franchir. Ils bondissaient dans l’enceinte, cherchant à s’échapper. Les cerfs rendus furieux se battaient. Les flèches tombaient comme une pluie d’orage. Ils moururent couchés sur le sable.
Puis tout fut immobile. la nuit allait venir, le ciel était rouge comme une nappe de sang.

Julien s’adossa à un arbre, contemplant l’énormité du massacre et ne comprenant pas comment il avait pu le faire.

De l’autre coté du vallon, il aperçut un énorme cerf noir, une biche et son faon qui tétait les mamelles de sa mère. Encore une fois, l’arbalète ronfla. Le faon fut tué. Sa mère regarda le ciel en bramant d’une voix profonde, déchirante, humaine. Julien la tua.
Le grand cerf l’avait vu. Il fit un bond mais Julien lui envoya sa dernière flèche. Elle l’atteignit au front et y resta plantée.
Enjambant par dessus les morts, le grand cerf s’approcha de Julien comme s’il voulait l’éventrer. Julien eut une épouvante indicible. L’animal s’arrêta, les yeux flamboyant, solennel comme un patriarche et comme un justicier. Pendant qu’une cloche tintait au loin, il répéta trois fois :

“Maudit ! maudit ! maudit ! Un jour, coeur féroce, tu assassineras ton père et ta mère !”

Puis, le cerf mourut.
 
Julien fut stupéfait. Un dégoût et une tristesse l’envahit. Accablé, il pleura longtemps.

De retour au château, il ne dormit pas la nuit. la prédiction du cerf noir l’obsédait. “Non, non, je ne peux pas les tuer !  “ Puis, “Si je le voulais pourtant?...”  et il avait peur que le diable lui en souffle l’envie.
Durant trois mois, les parents de Julien s’inquiétèrent du mal de leur fils. Puis, quand il fut rétabli, il pris la résolution de ne plus chasser.
Son père lui fit cadeau d’une épée sarrasine. Julien monta sur une échelle pour la prendre en haut d’un pilier où elle était accrochée. Mais l’épée trop lourde lui échappa des mains. En tombant, elle coupa le manteau de son père. Julien qui crut l’avoir tué s’évanouit.
Dès lors, il redouta les armes. Le vieux moine qui lui avait tout enseigné lui commanda de reprendre de l’exercice. Il s’initia au maniement de la javeline et y excella bien vite.

Un soir d’été, il aperçut, tout au fond du jardin, deux ailes blanches qui voletaient. Il pensa que c’était une cigogne et lança son javelot. Un cri déchirant partit. C’était sa mère dont le bonnet à longues barbes restait cloué au mur.
Julien s’enfuit du château et ne reparut plus.

Il s’engagea dans une troupe d’aventuriers. Grâce à son courage, il commanda sans peine toute la compagnie. Il échappa toujours à la mort grâce à la faveur divine, car il protégeait les gens d’église, les veuves les orphelins et les vieillards. Il se mit au service des grands de ce monde. Il sauva même la vie de l’empereur d’Occitanie, qui, pour le remercier, lui donna sa fille en mariage. Elle était très belle. Julien accepta et l’épousa. Il vécurent dans un grand palais de marbre blanc.

Julien ne faisait plus la guerre. Il se reposait entouré d’un peuple tranquille. Quelquefois, dans un rêve, il se voyait comme notre père Adam, au milieu du paradis, entre toutes ses bêtes; en allongeant les bras, il les faisait toutes mourir.
Des amis l’invitèrent à chasser, il refusait toujours. Sa femme, pour le divertir faisait venir jongleurs et danseuses. Ils se promenaient longuement dans la campagne.
Un jour, Julien lui avoua son horrible pensée. Elle la combattit en raisonnant très bien : son père et sa mère étaient probablement morts.

Un soir qu’ils étaient dans leur chambre, Julien entendit le jappement d’un renard puis entrevit dans l’ombre comme des apparences d’animaux. La tentation était trop forte, il décrocha son carquois et partit dans la forêt. “Au lever du soleil, je serai revenu !”

Après son départ, Arrivèrent au château, deux vieillards poussiéreux. Ils dirent qu’ils apportaient à Julien des nouvelles de ses parents. Le maître étant absent, c’est la seigneuresse qui les reçut. Ils demandèrent à la jeune femme si Julien aimait toujours ses parents, s’il parlait d’eux ? Celle-ci répondait que oui. Ils avouèrent alors qu’ils étaient eux-mêmes ses parents et donnèrent des preuves en décrivant leur fils en détail.
Ils racontèrent le long voyage qu’ils avaient dû faire pour retrouver leur fils ainsi que l’argent qu’ils avaient dépensés à tel point que maintenant, ils étaient obligés de mendier.
Lorsque les parents de Julien découvrirent les richesses du château, ils pensèrent à la prophétie de l’ermite et du mendiant, de nombreuses années auparavant.
La femme de Julien les engagea à ne pas l’attendre mais à aller se reposer. Elle les coucha alors dans son propre lit puis ferma la fenêtre, ils s’endormirent.
Le jour allait paraître et les petits oiseaux commençaient à chanter.

Pendant ce temps, Julien marchait d’un pas nerveux dans la forêt. Il vit des sangliers, des loups, des hyènes qu’il ne put atteindre de ses flèches. Il s’en affligeat et sentait qu’un pouvoir supérieur avait détruit sa force.
Il y avait dans les feuillages, des yeux d’animaux, des chats sauvages, des écureuils, des hiboux, des perroquets, des singes. Julien tira contre eux ses flèches mais elles se posaient sur les feuilles comme des papillons blancs. Il leur jeta des pierres, les pierres sans rien toucher retombaient. Il aurait voulu se battre, hurla des imprécations, étouffait de rage.
 
Tous les animaux qu’il avait poursuivis se représentèrent en faisant autour de lui un cercle étroit comme pour le narguer. Julien se mit à courir, ils le poursuivirent. Le serpent sifflait, les bêtes puantes bavaient, les singes le pinçaient en grimaçant. Un ours, d’un revers, lui enleva son chapeau. Une ironie perçait dans leurs allures sournoises.
 
Les animaux semblaient méditer un plan de vengeance.
 
Le coq chanta. Julien reconnut au loin les toits de son château et courut de plus belle. Sur le bord du champ, il vit des perdrix. Il jeta sur elles son manteau tel un filet. Quand il les eut découvertes, il n’en trouva plus qu’une seule, et morte depuis longtemps, pourrie.
Cette déception l’exaspéra. Sa soif de carnage le reprit. Les bêtes manquant, il aurait voulu massacrer des hommes.

Il arriva enfin chez lui et se détendit en pensant à sa femme. Elle dormait sans doute, et il allait la surprendre. Ayant retiré ses sandales, il tourna doucement la serrure, et entra. Les vitraux garnis de plombs obscurcissaient la chambre. Perdu dans les ténèbres, il s’approcha du lit.
Quand il voulut embrasser sa femme, il sentit contre sa bouche l’impression d’une barbe. Il se recula croyant devenir fou; mais revint auprès du lit et ses doigt touchèrent des cheveux qui étaient très longs. A côté, c’était bel et bien une barbe qu’il sentait. La barbe d’un homme, un homme couché avec sa femme. Eclatant d’une colère démesurée, il bondit sur eux à coups de poignard; il trépignait, écumait, avec des hurlements de bêtes fauves.
Puis il s’arrêta, il écoutait maintenant deux râles qui s’affaiblissaient. Cette voix plaintive se rapprochait, s’enfla, devint cruelle; et il reconnut, terrifié, le bramement du grand cerf noir.

Alors, il crut voir dans l’encadrure de la porte, le fantôme de sa femme, une lumière à la main. Celle-ci épouvantée comprit et s’enfuit en courant , et laissa tomber son flambeau. Julien le ramassa. Son père et sa mère étaient devant lui, étendus sur le dos avec un trou dans la poitrine. Leur visages majestueux et doux avaient l’air de garder comme un secret éternel.

A la fin du jour, il se présenta à sa femme et lui commanda de ne pas lui répondre, de ne pas l’approcher et de ne pas le regarder. Il lui donna des instructions pour les funérailles de ses parents puis partit en abandonnant tout.
Pendant la messe, un moine, cagoule rabattue resta à plat ventre, les bras en croix et le front dans la poussière.

Puis il disparut.

Julien s’en alla de par le monde, recherchant la solitude de la campagne. Mais chaque nuit, en rêve, son parricide recommençait. Il mendiait çà et là, et son visage était si triste que jamais on ne lui refusait l’aumône. Le temps qui passait n’apaisait pas sa souffrance. Il ne se révoltait pas contre Dieu qui lui avait infligé cette action, et pourtant se désespérait de l’avoir pu commettre. Il résolut alors de mourir.

Un jour qu’il était au bord d’une fontaine et qu’il se penchait pour juger de la profondeur de l’eau, il vit l’image d’un vieillard tout décharné.  Sans reconnaître son image, il se rappela confusément du visage de son père et ne pensa plus à se tuer.

Portant ainsi le poids de son souvenir, il arriva près d’un fleuve dont la traversée était dangereuse. Il eu l’idée de mettre son existence au service des autres.

Il aménagea la berge, répara une vieille barque et s’installa modestement dans une cahute qu’il fit avec de la terre glaise.  Une petite table, un escabeau, un lit de feuilles mortes et trois coupes d’argile lui servaient de mobilier.

Des gens se présentèrent, il les fit traverser sans épargner ses peines. Il ne demandait rien en échange. Certains lui donnaient des restes de victuailles ou des habits usés. D’autres vociféraient des blasphèmes. Il les reprenait avec douceur et, s’ils l’injuriaient, il se contentait de les bénir.

Une nuit qu’il dormait, il crut entendre quelqu’un l’appeler. Il tendit l’oreille mais ne distingua que le mugissement des flots. Mais la même voix reprit :
 
- “Julien !”

Elle venait de l’autre bord. Ce qui paraissait extraordinaire vu la largeur du fleuve.
Une deuxième fois, on l’appela :
 
- “Julien !”

Il sortit en tenant sa lanterne à la main. Un ouragan furieux emplissait la nuit. Les ténèbres étaient profondes. Julien ne vit rien.
Une troisième fois, la voix se fit entendre :
- “Julien !”

Après un moment d’hésitation, Julien dénoua l’amarre. L’eau devint tranquille et la barque glissa jusqu’à l’autre berge où un homme l’attendait.

En s’approchant de lui, Julien s’aperçut qu’une lèpre hideuse le recouvrait. Cependant, son attitude avait la majesté d’un roi. 
Dès qu’il entra dans sa barque, elle enfonça prodigieusement, écrasée par son poids. Une secousse la remonta et Julien se mit à ramer. La grêle cinglait ses mains et la pluie coulait dans son dos, la traversée dura longtemps.

Quand il furent arrivé dans la cahute, Julien ferma la porte et le vit siégeant sur l’escabeau. Le linceul qui le recouvrait était tombé jusqu’à ses hanches? Sa poitrine et ses bras étaient recouverts de pustules écailleuses. Il avait un trou à la place du nez et ses lèvres bleuâtre dégageaient une haleine nauséabonde.
- “ J’ai faim ! “ dit-il.
 
Julien lui donna ce qu’il possédait : un vieux morceau de lard et un croûton de pain. Quand il les eut dévorés, il dit encore :
 
- “ J’ai soif ! “
Julien lui apporta une cruche d’eau dont il vit qu’elle était devenue du vin.
- “ J’ai froid ! “ dit l’homme.
Julien enflamma un paquet de fougères, au milieu de la cabane.
Le lépreux vint s’y chauffer.

Puis, d’une voix presque éteinte, il murmura :
- “ Ton lit ! “.

Julien l’aida doucement à l’y traîner et étendit sur lui la toile de son bateau. Le lépreux gémissait, les coins de sa bouche découvraient ses dents, un râle accéléré lui secouait la poitrine. Puis il ferma ses paupières.
- “ C’est comme de la glace dans mes os ! Viens près de moi ! “

Julien, écartant la toile, se coucha sur les feuilles mortes, près de lui, côte à côte.
Le lépreux tourna la tête.
- “ Déshabille-toi, pour que j’aie la chaleur de ton corps ! “

Julien ôta ses vêtements; puis, nu comme le jour de sa naissance, se replaça dans le lit. Il sentait contre lui la peau du lépreux plus froide qu’un serpent, rude comme une lime.
- “ Ah, je vais mourir… rapproche-toi, réchauffe-moi avec toute ta personne ! “

Julien s’étala dessus bouche contre bouche, poitrine contre poitrine.
Alors le lépreux l’étreignit; ses yeux tout à coup prirent une clarté d’étoile, ses cheveux s’allongèrent comme les rais du soleil; le souffle de ses narines avait la douceur des roses.

Puis il se mit à grandir, touchant de sa tête les murs de la cabane. Le toit s’envola, le firmament se déployait.
Et Julien monta vers les espaces bleus, face à face avec Notre Seigneur Jésus-Christ qui l’emportait vers le ciel.

Et voilà l’histoire de Saint Julien l’hospitalier, telle, à peu près, qu’on la trouve, sur un vitrail d’église, dans mon pays.

Fête le 27 janvier ou le 12 février.

SAINT-JULIEN

D'après la légende Dorée de jacques de Voragine

On trouve encore un autre julien qui tua son père et sa mère sans le savoir. Un jour, ce jeune noble prenait le plaisir de la chasse et poursuivait un cerf qu'il avait fait lever, quand tout à coup le cerf se tourna vers lui miraculeusement et lui dit : " Tu me poursuis, toi qui tueras ton père et ta mère ? " Quand Julien eut entendu cela, il fut étrangement saisi, et dans la crainte que tel malheur prédit par le cerf lui arrivât, il s'en alla sans prévenir personne, et se retira dans un pays fort éloigné, où il se mit au service d'un prince; il se comporta si honorablement partout, à la guerre, comme à la cour, que le prince le fit son lieutenant et le maria à une châtelaine veuve, en lui donnant un château pour dot. Cependant, les parents de Julien, tourmentés de la perte de leur fils, se mirent à sa recherche en parcourant avec soin les lieux où ils avaient l'espoir de le trouver. Enfin ils arrivèrent au château dont Julien, était le seigneur : Pour lors saint julien se trouvait absent. Quand sa femme les vit et leur eut demandé qui ils étaient, et qu'ils eurent raconté tout ce qui était arrivé à leur fils, elle reconnut que c'était le père et la mère de son époux, parce qu'elle l'avait entendu souvent lui raconter son histoire. Elle les reçut donc avec bonté, et pour l'amour de son mari, elle leur donne son lit et prend pour elle une autre chambre. Le matin arrivé, la châtelaine alla à l'église; pendant ce temps, arriva Julien qui entra dans sa chambre à coucher comme pour éveiller sa femme; mais trouvant deux personnes endormies, il suppose que c'est sa femme avec un adultère, tire son épée sans faire de bruit et les tue l'un et l'autre ensemble. En sortant de chez soi, il voit son épouse revenir de l'église; plein de surprise, il lui demande qui sont ceux qui étaient couchés dans son lit : " Ce sont, répond-elle, votre père et votre mère qui vous ont cherché bien longtemps et que j'ai fait mettre en votre chambre. " En entendant cela, il resta à demi mort, se mit à verser des larmes très amères et à dire : " Ah! malheureux! Que ferais-je ? J'ai tué mes bien-aimés parents. La voici accomplie, cette parole du cerf; en voulant éviter le plus affreux des malheurs, je l'ai accompli. Adieu donc, ma chère sueur, je ne me reposerai désormais que je n'aie su que Dieu a accepté ma pénitence. " Elle répondit : " Il ne sera pas dit, très cher frère, que je te quitterai; mais si j'ai partagé tes plaisirs, je partagerai aussi ta douleur. " Alors, ils se retirèrent tous les deux sur les bords d'un grand fleuve, où plusieurs perdaient la vie, ils y établirent un grand hôpital où ils pourraient faire pénitence; sans cesse occupés à faire passer la rivière à ceux qui se présentaient, et à recevoir tous les pauvres. Longtemps après, vers minuit, pendant que julien se reposait de ses fatigues et qu'il y avait grande gelée, il entendit une voix qui se lamentait pitoyablement et priait julien d'une façon lugubre, de le vouloir passer. A peine l'eut-il entendu qu'il se leva de suite, et il ramena dans sa maison un homme qu'il avait trouvé mourant de froid; il alluma le feu et s'efforça de le réchauffer, comme il ne pouvait réussir, dans la crainte qu'il ne vînt à mourir, il le porta dans son petit lit et le couvrit soigneusement. Quelques instants après, celui qui paraissait si malade et comme couvert de lèpre se lève blanc comme neige vers le ciel, et dit à son hôte : " Julien, le Seigneur m'a envoyé pour vous avertir qu'il a accepté votre pénitence et que dans peu de temps tous deux vous reposerez dans le Seigneur. " Alors il disparut, et peu de temps après Julien mourut dans le Seigneur avec sa femme, plein de bonnes oeuvres et d'aumônes.
Traduction J.-B. M. Roze

GARNIER-FLAMARION, Paris, 1967.

SOURCE : http://www.rouen-histoire.com/Vitraux/Saint_Julien/Legende_Doree.htm

Julian the Hospitaler (AC)

(also known as Julian the Poor Man)

Fictitious; feast day of January 29 in the Acta Sanctorum appears to be arbitrary. Of the many churches, hospitals, and other charitable institutions in western Europe which bore or bear the name of Saint Julian, most commemorate this hero of a romance, a pious fiction that was very popular in the Middle Ages. There is no evidence to suggest any historicity whatsoever.


According to the James Voragine's Golden Legend, Julian the Hospitaler accidentally committed one of the worst crimes possible: He killed his parents. This was predicted one day while the nobleman was hunting. A deer reproached Julian for hunting him and said that in the future he would commit the crime. Afraid of committing such a terrible crime, Julian migrated to a far land and served the king there so well that he was knighted and given a rich widow in marriage with a castle for her dowry.

One day he returned to his castle and went to the bedroom. Unknown to him, his parents had arrived unexpectedly, and being tired had got into Julian's own bed. Julian saw two figures there and not recognizing them under the bedclothes, he supposed them to be intruders and impetuously stabbed them both to death. He suspected that another man had been in bed with Julian's own wife. However, he met her as she was returning home from church. Distraught with grief and guilt, he told her he was about to leave her, no longer fit to live with decent people. She refused to abandon him. Together they set out to attempt to make amends for his crime. They forsook their fine castle and journeyed first to Rome to obtain absolution, then as far as a swiftly flowing, wide river where they built a hospital for the poor and an inn for travellers. In addition to this work, they did penance for Julian's crime by helping travellers across the swift river.

After many years Julian was awakened one freezing night by a voice from the other side of the river crying for help. He got up, crossed over, and discovered a man almost frozen to death. Julian carried the man across the river and warmed him back to life in his own bed. The poor sufferer appeared to be a leper, but this did not stop Julian. And when the man recovered, he revealed himself to be a special messenger from God, sent to test the saint's kindness. "Julian," the leper said, "Our Lord sends you word that He has accepted your penance"

There are many saints named Julian. Some of their stories have mixed with the tale of the Hospitaler and vice versa. The one with which he is most confused is Julian the Martyr, whose wife was also named Basilissa. Nevertheless, Julian the Hospitaller's story is recorded in the sermons of Antoninus of Florence, the 13th-century work of Vincent of Beauvais, and in one of Gustave Flaubert's Trois Contes (Attwater, Benedictines, Bentley, Delaney, Farmer).

Saint Julian is depicted in his identifying scene: killing his parents in bed. Sometimes he is shown (1) as young, richly dressed with a hawk on his finger (making him difficult to distinguish from Saint Bavo); (2) holding an oar; (3) wearing a fur-lined cloak, sword, and gloves; (4) with a stag; or (5) carrying a leper over the river to his waiting wife Saint Basilissa (Roeder). Julian's legend is portrayed in several important cycles of 13th-century stained glass at both Chartres and Rouen, as well as medieval paintings elsewhere (Farmer).

He is the patron of boatmen, ferrymen, innkeepers, musicians, travellers, and wandering minstrels (Roeder).


SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0212.shtml

Saint Julian

According to a pious legend that was very popular in the Middle Ages, St. Julian was of noble birth and while hunting one day, was reproached by a hart for hunting him and told that he would one day kill his mother and father.

He was richly rewarded for his services by a king and married a widow. While he was away his mother and father arrived at his castle seeking him; When his wife realized who they were, she put them up for the night in the master’s bed room. When St. Julian returned unexpectedly later that night and saw a man and a woman in his bed, he suspected the worst and killed them both. When his wife returned from church and he found he had killed his parents, he was overcome with remorse and fled the castle, resolved to do a fitting penance.

He was joined by his wife and they built an inn for travelers near a wide river, and a hospital for the poor. He was forgiven for his crime when he gave help to a leper in his own bed; the leper turned out to be a angel from God who had been sent to test him. He is the patron of hotel keepers, travelers, and boatmen. His feast day is February 12th.

 
SOURCE : http://ucatholic.com/saints/julian/



Sts. Julian and Basilissa
Husband and wife; died at Antioch or, more probably, at Antinoe, in the reign of Diocletian, early in the fourth century, on 9 January, according to the Roman Martyrology, or 8 January, according to the Greek Menaea. We have no historically certain data relating to these two holy personages, and more than one this Julian of Antinoe has been confounded with Julian of Cilicia. The confusion is easily explained by the fact that thirty-nine saints of this name are mentioned in the Roman Martyrology, eight of whom are commemorated in the one month of January. But little is known of this saint, one we put aside the exaggerations of his Acts. Forced by his family to marry, he agreed with his spouse, Basilissa, that they should both preserve their virginity, and further encouraged her to found a convent for women, of which she became the superior. while he himself gathered a large number of monks and undertook their direction. Basilissa died a very holy death, but martyrdom was reserved for Julian. During the persecution of Diocletian he was arrested, tortured, and put to death at Antioch, in Syria, by the order of the governor, Martian, according to the Latins, at Antinoe, in Egypt, according to the Greeks, which seems more probable. Unfortunately, the Acts of this martyr belong to those pious romances so much appreciated in early times, whose authors, unearned only for the edification of their readers, drowned the few known facts in a mass of imaginary details. Like many similar lives of saints, it offers miracles, prodigies, and improbable utterances, that lack the least historical value. In any ease these two saints must have enjoyed a great reputation in antiquity, and their veneration was well established before the eighth century. In the "Martyrologium Hieronymianum" they are mentioned under 6 January; Usuard, Ado, Notker, and others place them under the ninth, and Rabanus Maurus under the thirteenth of the same month, while Vandelbert puts them under 13 February, and the Menology of Canisius under 21 June, the day to which the Greek Menaea assign St. Julian of Caesarea. There used to exist at Constantinople a church under the invocation of these saints, the dedication of which is inscribed in the Greek Calendar under 5 July.

Sources
Acta SS. Bolland. Jan. I (1643), 570-75; MARCHINI, I SS. Giuliano e Basilissa sposi, vergini e martiri, protettori dei conjugati (Genoa, 1873); TILLEMONT, Mémoires pour servir à l'hist. eccl. V (Paris, 1698), 799 sqq.; SURIUS, Vit. Sanct., I (Venice 1581), 61-62.


Clugnet, Léon. "Sts. Julian and Basilissa." The Catholic Encyclopedia. Vol. 8. New York: Robert Appleton Company, 1910. 12 Feb. 2016 http://www.newadvent.org/cathen/08556b.htm.