dimanche 27 janvier 2013

Saint JEAN CHRYSOSTOME, évêque et Docteur de l'Église



BENOÎT XVI


AUDIENCE GÉNÉRALE


Mercredi 19 septembre 2007


Saint Jean Chrysostome

Chers frères et sœurs!

On célèbre cette année le seizième centenaire de la mort de saint Jean Chrysostome (407-2007). Jean d'Antioche, appelé Chrysostome, c'est-à-dire "Bouche d'or" en raison de son éloquence, peut se dire encore vivant aujourd'hui, également en raison de ses œuvres. Un copiste anonyme écrivit que celles-ci "traversent le monde entier comme des éclairs foudroyants". Ses écrits nous permettent également, ainsi qu'aux fidèles de son temps, qui furent à plusieurs reprises privés de sa présence en raison de ses exils, de vivre avec ses livres, malgré son absence. C'est ce qu'il suggérait lui-même dans l'une de ses lettres (cf. A Olympiade, Lettre 8, 45).

Né autour de 349 à Antioche de Syrie (aujourd'hui Antakya, au sud de la Turquie), il y exerça son ministère pastoral pendant environ onze ans, jusqu'en 397, puis, ayant été nommé Evêque de Constantinople, il exerça le ministère épiscopal dans la capitale de l'Empire avant ses deux exils, qui se suivirent à brève distance l'un de l'autre, entre 403 et 407. Nous nous limitons aujourd'hui à prendre en considération les années de Chrysostome vécues à Antioche.

Orphelin de père en bas âge, il vécut avec sa mère, Antusa, qui lui transmit une extrême sensibilité humaine et une profonde foi chrétienne. Après avoir terminé ses études élémentaires et supérieures, couronnées par des cours de philosophie et de rhétorique, il eut pour maître Libanios, un païen, le plus célèbre rhéteur de son temps. A son école, Jean devint le plus grand orateur de l'antiquité grecque tardive. Baptisé en 368 et formé à la vie ecclésiastique par l'Evêque Melezio, il fut institué lecteur par celui-ci en 371. Ce fait marqua l'entrée officielle de Chrysostome dans le cursus ecclésiastique. De 367 à 372, il fréquenta l'Asceterio, une sorte de séminaire d'Antioche, avec un groupe de jeunes, dont certains devinrent ensuite Evêques, sous la direction du célèbre exégète Diodore de Tarse, qui initia Jean à l'exégèse historico-littérale, caractéristique de la tradition antiochienne.

Il se retira ensuite pendant quatre ans parmi les ermites du proche mont Silpio. Il poursuivit cette retraite par deux autres années encore, vécues en totale solitude dans une grotte sous la direction d'un "ancien". Au cours de cette période, il se consacra totalement à méditer "les lois du Christ", les Evangiles et en particulier les Lettres de Paul. Etant tombé malade, il se trouva dans l'impossibilité de se soigner tout seul, et il dut donc revenir dans la communauté chrétienne d'Antioche (cf. Palladius, Vie 5). Le Seigneur - explique le biographe - intervint à un juste moment avec cette infirmité, pour permettre à Jean de suivre sa véritable vocation. En effet, il écrira lui-même que, placé dans l'alternative de choisir entre les vicissitudes du gouvernement de l'Eglise et la tranquillité de la vie monastique, il aurait préféré mille fois le service pastoral (cf. Sur le sacerdoce, 6, 7): c'est précisément à cela que Chrysostome se sentait appelé. Et ici s'accomplit le tournant décisif de l'histoire de sa vocation: pasteur d'âme à plein temps! L'intimité avec la Parole de Dieu, cultivée au cours des années de son ermitage, avait fait mûrir en lui l'urgence irrésistible de prêcher l'Evangile, de donner aux autres ce qu'il avait reçu au cours des années de méditation. L'idéal missionnaire le lança ainsi, âme de feu, dans le service pastoral.

Entre 378 et 379 il revint en ville. Devenu diacre en 381 et prêtre en 386, il devint un célèbre prédicateur dans les églises de sa ville. Il prononça des homélies contre les ariens, suivies de celles pour commémorer les martyrs antiochiens, ainsi que d'autres sur les festivités liturgiques principales: il s'agit d'un grand enseignement de la foi dans le Christ, également à la lumière de ses saints. 387 fut l'"année héroïque" de Jean, celle de la "révolte des statues". Le peuple abattit les statues impériales, en signe de protestation contre l'augmentation des impôts. Au cours de ces journées de Carême et d'angoisse en raison des punitions dont l'empereur menaçait, il prononça ses 22 vibrantes Homélies sur les statues, finalisées à la pénitence et à la conversion. Suivit ensuite la période sereine du ministère pastoral (387-397).

Chrysostome s'inscrit parmi les Pères les plus prolifiques: de lui, nous sont parvenus 17 traités, plus de 700 homélies authentiques, les commentaires à Matthieu et à Paul (Lettres aux Romains, aux Corinthiens, aux Ephésiens et aux Hébreux), et 241 lettres. Ce ne fut pas un théologien spéculatif. Il transmit cependant la doctrine traditionnelle et sûre de l'Eglise, à une époque de controverses théologiques suscitées en particulier par l'arianisme, c'est-à-dire par la négation de la divinité du Christ. Il est donc un témoin digne de foi du développement dogmatique atteint par l'Eglise aux IV-V siècles. Sa théologie est typiquement pastorale, avec la constante préoccupation de la cohérence entre la pensée exprimée par la parole et le vécu existentiel. Tel est, en particulier, le fil conducteur des splendides catéchèses, avec lesquelles il préparait les catéchumènes à recevoir le Baptême. Proche de la mort, il écrivit que la valeur de l'homme se trouve dans la "connaissance exacte de la véritable doctrine et dans la rectitude de vie" (Lettre de l'exil). Les deux choses, connaissance de la vérité et rectitude de vie, vont de pair: la connaissance doit se traduire en vie. Chacune de ses interventions visa à développer chez les fidèles l'exercice de l'intelligence, pour comprendre et traduire en pratique les exigences morales et spirituelles de la foi.

Jean Chrysostome se soucia d'accompagner par ses écrits le développement intégral de la personne, dans les dimensions physique, intellectuelle et religieuse. Les diverses phases de la croissance sont comparées à tout autant de mers d'un immense océan! "La première de ces mers est l'enfance" (Homélie 81, 5 sur l'Evangile de Matthieu). En effet, "précisément au cours de ce premier âge se manifestent les inclinations au vice et à la vertu". C'est pourquoi la loi de Dieu doit être dès le début imprimée dans l'âme "comme sur une tablette de cire" (Homélie 3,1 sur l'Evangile de Jean): de fait, c'est l'âge le plus important. Nous devons nous rappeler qu'il est fondamental qu'en cette première phase de la vie, entrent réellement dans l'homme les grandes orientations qui donnent sa juste perspective à l'existence. Chrysostome recommande donc: "Dès l'âge le plus tendre fortifiez les enfants avec des armes spirituelles, et enseignez-leur à marquer le front avec la main" (Homélie 12, 7 sur la première Lettre aux Corinthiens). Viennent ensuite l'adolescence et la jeunesse: "A l'enfance suit la mer de l'adolescence, où les vents soufflent avec violence..., car en nous croît... la concupiscence" (Homélie 81, 5 sur l'Evangile de Matthieu). Arrivent enfin les fiançailles et le mariage: "A la jeunesse succède l'âge de la personne mûre, où se présentent les engagements de la famille: le temps est venu de chercher une femme" (ibid.). Il rappelle les objectifs du mariage, en les enrichissant - avec un rappel à la vertu de la tempérance - d'un riche tissu de relations personnalisées. Les époux bien préparés barrent ainsi la route au divorce: tout se déroule avec joie et l'on peut éduquer les enfants à la vertu. Lorsque naît ensuite le premier enfant, celui-ci est "comme un pont; les trois deviennent une seule chair, car l'enfant réunit les deux parties" (Homélie 12, 5 sur la Lettre aux Colossiens), et les trois constituent "une famille, petite Eglise" (Homélie 20, 6 sur la Lettre aux Ephésiens).

La prédication de Chrysostome se déroulait habituellement au cours de la liturgie, "lieu" où la communauté se construit à travers la parole et l'Eucharistie. L'assemblée réunie là exprime l'unique Eglise (Homélie 8, 7 sur la Lettre aux Romains), la même parole est adressée en tout lieu à tous (Homélie 24, 2 sur la première Lettre aux Corinthiens), et la communion eucharistique devient le signe efficace de l'unité (Homélie 32, 7 sur l'Evangile de Matthieu). Son projet pastoral était inséré dans la vie de l'Eglise, dans laquelle les fidèles laïcs assument avec le Baptême la charge sacerdotale, royale et prophétique. Il dit au fidèle laïc: "A toi aussi le Baptême fait de toi un roi, un prêtre et un prophète" (Homélie 3, 5 sur la deuxième Lettre aux Corinthiens). C'est de là que naît le devoir fondamental de la mission, car chacun est dans une certaine mesure responsable du salut des autres: "Tel est le principe de notre vie sociale... ne pas s'intéresser seulement à nous!" (Homélie 9, 2 sur la Genèse). Le tout se déroulait entre deux pôles: la grande Eglise et la "petite Eglise", la famille, en relation réciproque.

Chers frères et sœurs, comme vous pouvez le voir, cette leçon de Chrysostome sur la présence authentiquement chrétienne des fidèles laïcs dans la famille et dans la société, demeure encore aujourd'hui plus que jamais actuelle. Prions le Seigneur, afin qu'il nous rende dociles aux enseignements de ce grand Maître de la foi.

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Je salue cordialement les pèlerins francophones présents ce matin, notamment les pèlerins sénégalais, guidés par Mgr Ndiaye, Évêque de Kaolack, les membres de l’Association des Vieilles Maisons françaises, le groupe des Missionnaires d’Afrique et les pèlerins de Côte d’Ivoire et du Canada. Je vous souhaite à tous un heureux pèlerinage, source d’approfondissement de votre foi et de renouvellement pour votre vie.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana



BENOÎT XVI


AUDIENCE GÉNÉRALE


Mercredi 26 septembre 2007


Saint Jean Chrysostome

Chers frères et sœurs!

Nous poursuivons aujourd'hui notre réflexion sur saint Jean Chrysostome. Après la période passée à Antioche, il fut nommé en 397, Evêque de Constantinople, la capitale de l'Empire romain d'Orient. Dès le début, Jean projeta la réforme de son Eglise: l'austérité du palais épiscopal devait constituer un exemple pour tous - clergé, veuves, moines, personnes de la cour et riches. Malheureusement, un grand nombre d'entre eux, concernés par ses jugements, s'éloignèrent de lui. Plein d'attention à l'égard des pauvres, Jean fut également appelé l'"Aumônier". En effet, en administrateur attentif, il avait réussi à créer des institutions caritatives très appréciées. Son esprit d'entreprise dans les divers domaines fit de lui pour certains un dangereux rival. Toutefois, comme un véritable pasteur, il traitait chacun de manière cordiale et paternelle. En particulier, il avait toujours des accents tendres pour la femme et des attentions spéciales pour le mariage et la famille. Il invitait les fidèles à participer à la vie liturgique, qu'il rendit splendide et attrayante grâce à une créativité de génie.

Malgré son bon cœur, il ne connut pas une vie tranquille. Pasteur de la capitale de l'Empire, il se trouva souvent concerné par des questions et des intrigues politiques, en raison de ses relations permanentes avec les autorités et les institutions civiles. De même, sur le plan ecclésiastique, ayant déposé en Asie en 401 six Evêques illégitimement élus, il fut accusé d'avoir franchi les limites de sa juridiction, et devint ainsi la cible d'accusations faciles. Un autre prétexte contre lui fut la présence de plusieurs moines égyptiens, excommuniés par le patriarche Théophile d'Alexandrie et qui s'étaient réfugiés à Constantinople. Une vive polémique naquit ensuite en raison des critiques faites par Jean Chrysostome à l'égard de l'impératrice Eudoxie et de ses courtisanes, qui réagirent en jetant sur lui le discrédit et des insultes. On arriva ainsi à sa déposition, lors du synode organisé par le Patriarche Théophile lui-même en 403, avec pour conséquence une condamnation à un premier bref exil. Après son retour, l'hostilité suscitée contre lui par la protestation contre les fêtes en l'honneur de l'impératrice - que l'Evêque considérait païennes, luxueuses -, et l'expulsion des prêtres chargés des Baptêmes lors de la Veillée pascale de 404 marquèrent le début de la persécution des fidèles de Chrysostome, qu'on appelait les "Johannites".

Jean dénonça alors les faits, par écrit, à l'Evêque de Rome, Innocent I. Mais il était désormais trop tard. En l'an 406, il dut à nouveau partir en exil, cette fois à Cucuse, en Arménie. Le Pape était convaincu de son innocence, mais n'avait pas le pouvoir de l'aider. Un Concile, voulu par Rome pour parvenir à une pacification entre les deux parties de l'Empire et entre leurs Eglises, ne put avoir lieu. Le voyage épuisant de Cucuse vers Pytius, un objectif qu'il n'atteignit jamais, devait empêcher les visites des fidèles et briser la résistance de l'exilé qui était épuisé: sa condamnation à l'exil fut une véritable condamnation à mort! Les nombreuses lettres de son exil, dans lesquelles Jean manifeste ses préoccupations pastorales avec des accents de participation et de douleur pour les persécutions contre les siens, sont émouvantes. La marche vers la mort s'arrêta à Comana dans le Pont. C'est là que Jean, moribond, fut conduit dans la chapelle du martyre saint Basilisque, où il rendit son esprit à Dieu et fut enseveli, martyr à côté d'un martyr (Pallade, Vie 119). C'était le 14 septembre 407, fête de l'Exaltation de la sainte Croix. La réhabilitation eut lieu en 438 avec Théodose II. Les reliques du saint Evêque, déposées dans l'église des Apôtres, à Constantinople, furent ensuite transportées à Rome en 1204, dans la Basilique constantinienne primitive, et elles reposent à présent dans la chapelle du Chœur des Chanoines de la Basilique Saint-Pierre. Le 24 août 2004, une partie importante de celles-ci fut donnée par le Pape Jean-Paul II au Patriarche Bartholomaios I de Constantinople. La mémoire liturgique du saint est célébrée le 13 septembre. Le bienheureux Jean XXIII le proclama patron du Concile Vatican II.

On dit de Jean Chrysostome que, lorsqu'il fut assis sur le trône de la nouvelle Rome, c'est-à-dire de Constantinople, Dieu fit voir en lui un deuxième Paul, un docteur de l'Univers. En réalité, chez Chrysostome, il existe une unité substantielle entre la pensée et l'action, à Antioche comme à Constantinople. Seuls le rôle et les situations changent. En méditant sur les huit œuvres accomplies par Dieu dans la séquence des six jours dans le commentaire de la Genèse, Chrysostome veut reconduire les fidèles de la création au Créateur: "C'est un grand bien", dit-il, "de connaître ce qu'est la créature et ce qu'est le Créateur". Il nous montre la beauté de la création et la transparence de Dieu dans sa création, qui devient ainsi presque comme une "échelle" pour monter vers Dieu, pour le connaître. Mais à ce premier passage s'en ajoute un deuxième: ce Dieu créateur est également le Dieu de la condescendance (synkatabasis). Nous sommes faibles dans notre démarche de "monter", nos yeux sont faibles. Et ainsi, Dieu devient le Dieu de la condescendance, qui envoie à l'homme déchu et étranger une lettre, l'Ecriture Sainte, si bien que la Création et l'Ecriture se complètent. Dans la lumière de l'Ecriture, de la Lettre que Dieu nous a donnée, nous pouvons déchiffrer la création. Dieu est appelé "père tendre" (philostorgios) (ibid.), médecin des âmes (Homélie 40, 3 sur la Genèse), mère (ibid.) et ami affectueux (Sur la providence 8, 11-12). Mais, à ce deuxième passage - tout d'abord la Création comme "échelle" vers Dieu, et ensuite la condescendance de Dieu à travers une lettre qu'il nous a donnée, l'Ecriture Sainte - s'ajoute un troisième passage. Dieu ne nous transmet pas seulement une lettre: en définitive, il descend lui-même, il s'incarne, il devient réellement "Dieu avec nous", notre frère jusqu'à la mort sur la Croix. Et à ces trois passages - Dieu est visible dans la création, Dieu nous donne une lettre, Dieu descend et devient l'un de nous - s'ajoute à la fin un quatrième passage. A l'intérieur de la vie et de l'action du chrétien, le principe vital et dynamique de l'Esprit (Pneuma), qui transforme les réalités du monde. Dieu entre dans notre existence elle-même à travers l'Esprit Saint et il nous transforme de l'intérieur de notre cœur.

C'est dans ce cadre que Jean, précisément à Constantinople, dans le commentaire continu des Actes des Apôtres, propose le modèle de l'Eglise primitive (Ac 4, 32-37), comme modèle pour la société, en développant une "utopie" sociale (presque une "cité idéale"). En effet, il s'agissait de donner une âme et un visage chrétien à la ville. En d'autres termes, Chrysostome a compris qu'il n'est pas suffisant de faire l'aumône, d'aider les pauvres ponctuellement, mais il est nécessaire de créer une nouvelle structure, un nouveau modèle de société; un modèle fondé sur la perspective du Nouveau Testament. C'est la nouvelle société qui se révèle dans l'Eglise naissante. Jean Chrysostome devient donc réellement ainsi l'un des grands Pères de la Doctrine sociale de l'Eglise: la vieille idée de la "polis" grecque doit être remplacée par une nouvelle idée de cité inspirée par la foi chrétienne. Chrysostome soutenait avec Paul (cf. 1 Co 8, 11) le primat de chaque chrétien, de la personne en tant que telle, également de l'esclave ou du pauvre. Son projet corrige ainsi la vision grecque traditionnelle de la "polis", de la cité, dans laquelle de larges couches de la population étaient exclues des droits de citoyen, alors que dans la cité chrétienne, tous sont frères et sœurs avec des droits égaux. Le primat de la personne est également la conséquence du fait que c'est réellement à partir d'elle que l'on construit la cité, alors que dans la "polis" grecque, la patrie était au-dessus de l'individu, qui était totalement subordonné à la cité dans son ensemble. Ainsi, Chrysostome définit la vision d'une société construite par la conscience chrétienne et il nous dit que notre "polis" est une autre, "notre patrie est dans les cieux" (Ph 3, 20) et, même sur cette terre, cette patrie nous rend tous égaux, frères et sœurs, et nous oblige à la solidarité.

Au terme de sa vie, dans son exil aux frontières de l'Arménie, "le lieu le plus reculé du monde", Jean, se rapportant à sa première prédication de 386, reprit le thème qui lui était cher du dessein que Dieu poursuit à l'égard de l'humanité: c'est un dessein "indicible et incompréhensible", mais certainement guidé par Lui avec amour (cf. Sur la Providence 2, 6). Telle est notre certitude. Même si nous ne pouvons pas déchiffrer les détails de l'histoire personnelle et collective, nous savons que le dessein de Dieu est toujours inspiré par son amour. Ainsi, malgré ses souffrances, Chrysostome réaffirmait la découverte que Dieu aime chacun de nous avec un amour infini, et désire donc le salut de tous. Pour sa part, le saint Evêque coopéra généreusement à ce salut, sans ménager ses forces, toute sa vie. En effet, il considérait comme le but ultime de son existence cette gloire de Dieu, que - désormais mourant - il laissa comme dernier testament: "Gloire à Dieu pour tout!" (Pallade, Vie 11).

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Je salue cordialement les pèlerins francophones présents à cette audience, en particulier Mgr Guy Thomazeau, Archevêque de Montpellier avec des pèlerins de Béziers, le groupe de Frères Maristes en année de formation permanente, les jeunes de Tours et les pèlerins de La Réunion. Puisse votre séjour à Rome vous donner l’occasion de découvrir davantage le Seigneur, qui nous aime et qui veut nous sauver.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana



Saint Jean Chrysostome

Évêque et Docteur de l'Église

(344-407)

Saint Jean, surnommé Chrysostome, c'est-à-dire Bouche d'Or, à cause de la force et de la beauté de son éloquence, naquit à Antioche, vers l'an 344. Veuve à vingt ans, sa mère, femme très remarquable, n'épargna rien pour lui donner une brillante éducation. Doué d'un génie supérieur, objet de l'admiration universelle, incliné au plaisir, Jean fut ramené à la réalité des choses et conquis à la perfection de l'Évangile, par l'amitié fidèle d'un jeune homme de son âge, qui fut saint Basile. Noble exemple de l'apostolat qu'un véritable ami peut exercer dans son entourage! L'amitié des deux jeunes gens ne fit que s'accroître par l'union désormais parfaite des pensées et des aspirations.

Devenu clerc de l'Église d'Antioche, Chrysostome renonce complètement aux vanités du siècle; il ne paraît qu'avec une tunique pauvre; la prière, la méditation, l'étude de l'Écriture Sainte, partagent son temps: il jeûne tous les jours et prend sur le plancher de sa chambre le peu de sommeil qu'il accorde à son corps, après de longues veilles. S'élevant par degré dans les fonctions ecclésiastiques, il devient l'oeil, le bras, la bouche de son évêque. Son éloquence est si grande que toute la ville accourt à ses premières prédications où il y avait souvent jusqu'à cent mille auditeurs et plus à l'entendre.

A trente ans, Chrysostome fuit, dans la vie monastique, l'épiscopat auquel, plus tard, il ne pourra échapper. C'est en 398, qu'il est emmené de force à Constantinople et sacré patriarche de la ville impériale. Son zèle, l'indépendance de son langage ne furent égalés que par sa charité; son éloquence séduisante, qui brillait alors de tout son éclat, attirait les foules autour de sa chaire; il ranimait la foi au coeur des fidèles et convertissait une multitude d'hérétiques et de païens. Jamais pasteur ne fut à ce point l'idole de son peuple; jamais pasteur ne souleva autour de lui un pareil mouvement chrétien: c'est que l'éloquence de l'orateur dévoilait le coeur d'un père, d'un apôtre et d'un saint.

Dieu permit que la croix vint achever en Chrysostome l'oeuvre de la perfection. Le courage invincible du Pontife, sa liberté à flétrir les désordres de la cour, lui valurent l'exil. En quittant Constantinople, il fit porter à l'impératrice cette fière réponse: "Chrysostome ne craint qu'une chose: ce n'est ni l'exil, ni la prison, ni la pauvreté, ni la mort, c'est le péché." Il mourut en exil, victime des mauvais traitements de ses ennemis. Bien qu'il ne porte pas le titre de martyr, il en a tout le mérite et toute la gloire.

Saint Paul était l'objet de son admiration et de sa dévotion. Il a dit de lui cette belle parole: "Le coeur de Paul était le coeur du Christ."

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950




Saint Jean Chrysostome, évêque, confesseur et docteur

St Jean Chrysostome mourut le 14 septembre 407. Son corps fut transféré à Constantinople le 27 janvier 438.

La fête fut d’abord reçue à Rome le 13 novembre, date de la célébration byzantine qui fête le jour de son retour après son premier exil en 403. Puis le missel de la chapelle papale la fixe au 27 janvier en accord avec les martyrologes latins.

Leçons des Matines avant 1960

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Jean, né à Antioche, fut surnommé Chrysostome, à cause du fleuve d’or de son éloquence. Il quitta le barreau et les affaires du siècle pour s’adonner entièrement à l’étude des saintes lettres, dans laquelle il s’attira beaucoup de louanges par son génie et par sa science. Aussi ayant été initié aux mystères sacrés, puis fait Prêtre de l’Église d’Antioche, il fut préposé, malgré lui, à l’Église de Constantinople, après la mort de Nectaire, par les soins de l’empereur Arcadius. Dès qu’il eut reçu la charge pastorale, il commença à s’élever avec force contre la corruption des mœurs et la vie licencieuse des grands. Cette liberté le rendit l’objet d’une haine profonde de la part d’un grand nombre. Il blessa même vivement l’impératrice Eudoxie, en lui reprochant de s’être emparée de l’argent de la Veuve Callitrope, et du champ d’une autre veuve.

Cinquième leçon. C’est pourquoi les ennemis du Saint réunirent à Chalcédoine une assemblée de quelques Évêques ; Jean ayant été cité, ne voulut pas s’y rendre, disant que ce concile n’était ni public ni légitime. Il fut donc envoyé en exil, principalement par les efforts d’Eudoxie ; mais peu après, le regret de son absence excita une sédition parmi le peuple, et on le rappela aux grands applaudissements de la cité. Comme il ne laissait pas de tonner contre les vices, et qu’il défendait de célébrer des jeux devant la statue d’argent d’Eudoxie, sur la place de Sainte-Sophie, une conspiration des Évêques s.es ennemis le contraignit de nouveau à s’exiler, tandis que les veuves et les indigents pleuraient le bannissement de leur père commun. On ne saurait croire combien de maux Chrysostome souffrit en exil, ni combien d’âmes il convertit à la foi de Jésus-Christ.

Sixième leçon. Tandis que le souverain Pontife Innocent Ier, par un décret porté dans un concile tenu à Rome, le rétablissait sur son siège, il était accablé durant le voyage, de souffrances et de privations inouïes par les soldats qui le gardaient. Comme on le conduisait par l’Arménie, le Martyr saint Basilisque, dans l’église duquel il avait auparavant prié, lui parla ainsi durant la nuit : « Jean, mon frère, le jour de demain nous réunira dans un même lieu. » Il prit donc le lendemain le sacrement de l’Eucharistie, et, s’étant muni du signe de la croix, il rendit son âme à Dieu, le dix-huit des calendes d’octobre. Après sa mort, une effroyable grêle tomba sur Constantinople, et quatre jours plus tard, l’impératrice quitta cette vie. Théodose, fils d’Arcadius, fit apporter le corps du Saint à Constantinople avec une pompe insigne et au milieu d’une grande affluence de peuple : il le fit ensevelir honorablement le six des calendes de février, et lui-même, vénérant ses reliques, implora le pardon de ses parents. Depuis, le corps du Saint, ayant été transporté à Rome, fut enseveli dans la basilique Vaticane. Tous admirent le nombre, la piété, la beauté de ses sermons et de ses autres écrits, sa manière d’interpréter les livres sacrés et de les expliquer en s’attachant au sens littéral des paroles. Il semble que saint Paul lui ait dicté beaucoup des choses qu’il a écrites ou prêchées, et tout le monde l’estime digne d’une telle faveur. Pie X a déclaré et constitué cet illustre saint, Docteur de l’Église universelle et céleste patron de tous les orateurs sacrés.



Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Avant l’arrivée de notre Emmanuel, les hommes étaient comme des brebis sans pasteur ; le troupeau était dispersé, et le genre humain courait à sa ruine. Jésus ne s’est donc pas contenté d’être l’Agneau destiné à l’immolation pour nos péchés ; il a voulu revêtir le caractère de Pasteur, pour nous rallier tous dans le divin bercail. Mais, comme il devait remonter aux cieux, il a pourvu aux besoins de ses brebis en établissant une suite de pasteurs qui paissent, en son nom, le troupeau, jusqu’à la consommation des siècles. Or, les brebis du Seigneur ont principalement besoin de la doctrine, qui est la lumière dévie ; c’est pourquoi l’Emmanuel a voulu que les Pasteurs fussent aussi docteurs. La Parole divine et les Sacrements, telle est la dette des pasteurs envers leurs troupeaux. Ils doivent dispenser par eux-mêmes, et sans cesse, cette double nourriture à leurs brebis, et donner leur vie, s’il le faut, pour l’accomplissement d’un devoir sur lequel repose l’œuvre tout entière du salut du monde.

Mais, comme le disciple n’est point au-dessus du Maître, les Pasteurs et Docteurs du peuple chrétien, s’ils sont fidèles, sont en butte à la haine des ennemis de Dieu ; car ils ne peuvent étendre le royaume de Jésus-Christ qu’au détriment de la domination de Satan. Aussi l’histoire de l’Église n’est-elle, à chaque page, que le récit des persécutions qu’ont endurées les Pasteurs et Docteurs qui ont voulu continuer le ministère de zèle et de charité que le Christ a ouvert sur la terre. Trois sortes de combats leur ont été livrés dans la suite des siècles, et ont donné occasion à trois admirables victoires. Les Pasteurs et Docteurs des Églises ont eu à lutter contre l’erreur païenne, qui s’opposait par le carnage à la prédication de la loi sublime du Christ ; c’est cette persécution qui a couronné et réuni autour du berceau de l’Emmanuel, dans les quarante jours consacrés à sa Naissance, les Polycarpe, les Ignace, les Fabien, les Marcel, les Hygin, les Télesphore.

Après l’âge des persécutions, une nouvelle arène, non moins glorieuse, s’est ouverte pour les Pasteurs et Docteurs du peuple chrétien. Les princes, devenus d’abord enfants de l’Église, ont voulu bientôt l’enchaîner. Ils ont cru dans l’intérêt de leur politique d’asservir cette parole qui doit librement parcourir le monde en tous sens, comme la lumière visible qui est son image. Ils ont voulu être prêtres et pontifes, comme aux jours du paganisme, et mettre arrêt sur ces sources de vie qui se tarissent dès qu’une main profane les a touchées. Une lutte incessante s’est établie entre les deux pouvoirs, spirituel et temporel ; cette longue période a produit aussi ses athlètes et ses martyrs. En chaque siècle, Dieu a glorifié son Église par les combats et les triomphes de plus d’un vaillant champion de la parole et du ministère. Thomas de Cantorbéry, Hilaire de Poitiers, représentent dignement ces chevaliers à la Cour du Roi nouveau-né.

Mais il est une autre série de combats pour les Pasteurs et Docteurs du peuple fidèle : c’est la lutte contre le monde et ses vices. Elle dure depuis le commencement du Christianisme, elle occupera les forces de l’Église jusqu’au dernier jour ; et c’est parce qu’ils l’ont soutenue avec courage, que tant de saints prélats ont été odieux pour le nom de Jésus-Christ. Ni la charité, ni les services de tout genre, ni l’humilité, ni la mansuétude, ne les ont garantis de l’ingratitude, de la haine, de la calomnie, des persécutions ; parce qu’ils étaient fidèles à proclamer la doctrine de leur Maître, à venger la vertu, à s’opposer aux pécheurs. François de Sales n’a pas été plus exempt des effets de la malice des hommes que Jean Chrysostome lui-même, dont le triomphe réjouit aujourd’hui l’Église, et qui se présente au berceau de l’Emmanuel comme le plus illustre des martyrs du devoir pastoral.

Disciple du Sauveur des hommes jusque dans la pratique de ses conseils par la profession monastique, ce prédicateur à la bouche d’or n’a employé le don de son éloquence sublime qu’à recommander les vertus apportées par le Christ sur la terre, qu’à reprendre toute sorte de pécheurs. Une impératrice, dont il avait dénoncé les vanités païennes ; des hommes puissants, dont il avait signalé les œuvres mauvaises ; des femmes influentes, aux oreilles desquelles sa voix importune tonnait trop souvent ; un évêque d’Alexandrie, des prélats de cour, plus jaloux encore de sa réputation que de sa vertu : telles sont les forces que l’enfer réunit contre Jean. L’amour de son peuple ne le garantira pas plus que la sainteté de sa vie ; et l’on verra cet illustre pontife qui avait ravi par le charme de sa parole les habitants d’Antioche, et autour duquel Constantinople tout entière se réunissait dans un enthousiasme qui ne se ralentit pas un seul jour, après s’être vu déposé dans un indigne conciliabule, après avoir vu son nom effacé des diptyques de l’autel, malgré la protestation énergique du Pontife romain, s’en aller mourir de fatigue, entre les mains des soldats, sur la route de l’exil.

Mais ce Pasteur, ce Docteur n’était pas vaincu. Il répétait, avec le grand Paul : « Malheur à moi, si je ne prêche pas l’Évangile ! » [1]. Et encore : « La parole de Dieu ne s’enchaîne pas. » [2]. L’Église triomphait en lui, plus glorifiée et plus consolidée par la constance de Chrysostome mené en captivité pour avoir prêché la doctrine de Jésus-Christ, que par les succès de cette éloquence que Libanius avait enviée pour le paganisme. Écoutons les fortes paroles de Chrysostome, à la veille de partir pour son dernier exil. Déjà il a été enlevé une fois ; mais un affreux tremblement de terre, présage de la colère du ciel, a contraint Eudoxie elle-même à demander avec larmes son rappel à l’Empereur. De nouveaux orages se forment contre Jean ; mais il sent que toute la force de l’Église est en lui, et il défie la tempête. Apprenons ce que c’est qu’un Évêque formé à l’école de Jésus-Christ, le Pasteur et l’Evêque de nos âmes [3], comme parle saint Pierre :

« Les flots et la tourmente s’avancent contre nous ; cependant nous ne craignons pas d’en être submergés ; car nous sommes assis sur la pierre. Que la mer s’élance dans tout son courroux, elle ne dissoudra pas la pierre ; que les flots montent, ils ne submergeront pas le vaisseau de Jésus. Je vous le demande, que craindrions-nous ? La mort ? Mais le Christ est ma vie, et mourir m’est un gain. [4] L’exil, me direz-vous ? Mais la terre est au Seigneur, avec tout ce qu’elle renferme. [5] La confiscation des biens ? Mais nous n’avons rien apporté en venant en ce monde, et nous rien pouvons rien emporter. [6] Les terreurs de ce monde me sont à mépris, et ses biens n’excitent que ma risée. Je ne crains pas la pauvreté, je ne convoite pas les richesses, je ne redoute pas la mort ; et si je désire vivre, c’est uniquement pour votre avantage. Votre intérêt est même le seul motif qui me porte à faire allusion à la circonstance présente.

« Voici la prière que je fais à votre charité : « Ayez confiance. Nul ne pourra nous séparer ; ce que Dieu a joint, ce n’est pas à l’homme de le désunir. Dieu l’a dit à propos de l’union de l’homme et de la femme. Tu ne peux, ô homme ! briser le lien d’un seul mariage ; comment pourrais-tu diviser l’Église de Dieu ? C’est donc elle que tu attaques, parce que tu ne peux atteindre celui que tu poursuis. Le moyen de rendre ma gloire plus éclatante, d’épuiser plus sûrement encore tes forces, c’est de me combattre ; car il te sera dur de regimber contre l’aiguillon. [7] Tu n’en émousseras pas la pointe, et tes pieds en seront ensanglantés. Les flots n’entament pas le rocher ; ils retombent sur eux-mêmes, écume impuissante.

« O homme ! Rien n’est comparable à la force de l’Église. Cesse la guerre, si tu ne veux pas sentir épuiser tes forces ; ne fais pas la guerre au ciel. Si tu déclares la guerre à l’homme, tu peux vaincre, ou succomber ; mais quand tu attaques l’Église, l’espoir de vaincre t’est interdit ; car Dieu est plus fort que tout. Serions-nous donc jaloux du Seigneur ? Serions-nous plus puissants que lui ? Dieu a fondé, il a affermi ; qui essaiera d’ébranler ? Tu ne connais donc pas sa force ? Il regarde la terre, et il la fait trembler ; il commande, et ce qui était ébranlé devient solide. Si naguère il a raffermi votre ville agitée par un tremblement de terre, combien plus pourra-t-il rasseoir l’Église ! Mais elle est plus solide que le ciel même. Le ciel et la terre passeront, dit le Seigneur ; mais mes paroles ne passeront point. Et quelles paroles ? Tu es Pierre, et sur cette pierre qui est à moi, je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle.

« Si tu ne crois pas à cette parole, crois aux faits. Combien de tyrans ont essayé d’écraser l’Église ? Que de bûchers, que de bêtes féroces, que de glaives ! Et tout cela pour ne rien produire. Où sont maintenant ces redoutables ennemis ? Le silence et l’oubli en ont fait justice. Et l’Église, où est-elle ? Sous nos yeux, plus resplendissante que le soleil. Mais si, lorsque les chrétiens étaient en petit nombre, ils n’ont pas été vaincus ; aujourd’hui que l’univers entier est plein de cette religion sainte, comment les pourrais-tu vaincre ? Le ciel et la terre passeront, dit le Christ, mais mes paroles ne passeront, pas. Et il en doit être ainsi ; car l’Église a est plus aimée de Dieu que le ciel même. Ce n’est pas du ciel qu’il a pris un corps ; la chair qu’il a prise appartient à l’Église. Le ciel est pour l’Église, et non pas l’Église pour le ciel.

« Ne vous troublez pas de ce qui est arrivé. Faites-moi cette grâce, d’être immobiles dans la foi. N’avez-vous pas vu Pierre, lorsqu’il marchait sur les eaux, pour avoir douté un instant, courir le risque d’être submergé, non par l’impétuosité des flots, mais à cause de la faiblesse de sa foi ? Sommes-nous donc montés sur ce siège par les calculs humains ? L’homme nous a-t-il élevé, pour que l’homme nous puisse renverser ? Je ne le dis pas par arrogance, ni par une vaine jactance : à Dieu ne plaise ! je veux seulement affermir ce qui en vous serait flottant.

« La ville était rassise sur ses bases ; le diable a voulu ébranler l’Église. O esprit de scélératesse et d’infamie ! tu n’as pas su renverser des murailles, et tu espères ébranler l’Église ! Consiste-t-elle donc dans des murailles, l’Église ? Non ; l’Église, c’est la multitude des fidèles ; ils sont ses fermes colonnes, non liées avec le fer, mais serrées par la foi. Je ne dis pas seulement qu’une telle multitude a plus de force que le feu ; ta rage ne saurait triompher même d’un seul chrétien. Rappelle-toi quelles blessures t’ont infligées les martyrs. N’a-t-on pas vu souvent comparaître une jeune fille délicate, amenée devant le juge, avant l’âge nubile ? Elle était plus tendre que la cire, et cependant plus ferme que la pierre. Tu déchirais ses flancs ; tu ne lui enlevais pas la foi. La chair cédait sous l’instrument de torture, la constance dans la foi ne cédait pas. Tu n’as pu vaincre même une femme, et tu espères surmonter tout un peuple ? Tu n’as donc pas entendu le Seigneur qui disait : Là où deux ou trois sont rassemblés en mon Nom, j’y suis au milieu d’eux ? [8] Et il ne serait pas présent au milieu d’un peuple nombreux, enchaîné par les liens de la charité !

« J’ai en mes mains le gage, je possède sa promesse écrite ; c’est là le bâton sur lequel je m’appuie, c’est là ma sécurité, c’est là mon port tranquille. Que l’univers entier s’agite ; je me contente de relire ces caractères sacrés ; c’est là mon mur, c’est là ma forteresse. Mais quels caractères ? Ceux-ci : Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles. Le Christ est avec moi ! qu’ai-je à craindre ? Quand les flots s’élèveraient contre moi, quand les mers, quand la fureur des princes ; pour moi, tout cela est moins qu’une toile d’araignée. Si votre charité ne m’eût retenu, j’étais prêt à partir pour l’exil, dès aujourd’hui même. Voici ma prière : « Seigneur, que votre volonté se fasse ; non telle ou telle volonté, mais la vôtre. Qu’il arrive ce que Dieu voudra ; s’il veut que je reste ici, je l’en remercie ; en quelque lieu qu’il veuille que je sois transporté, je lui rends grâces. »

Tel est le cœur du ministre de Jésus-Christ, humble et invincible. Et Dieu donne de ces hommes dans tous les siècles ; et quand ils deviennent rares, tout languit et s’éteint. Quatre Docteurs de ce caractère ont été donnés à l’Église Orientale : Athanase, Grégoire de Nazianze, Basile et Chrysostome ; et le siècle qui les a produits conserva la foi, malgré les plus redoutables périls. Les deux premiers brillent au Cycle, à l’époque où l’Église est toute radieuse de l’éclat de son Époux ressuscité ; le troisième signale le temps où les dons de l’Esprit d’amour ont fécondé l’Église ; Chrysostome nous réjouit par sa présence, en ce jour où le Verbe de Dieu nous apparaît sous les livrées de l’infirmité et de l’enfance. Nous, heureux fils de l’Église latine qui seule a eu le bonheur de conserver la foi primitive, parce que Pierre est avec elle, honorons ces quatre fortes colonnes de l’édifice de la tradition ; mais rendons aujourd’hui nos hommages à Chrysostome, le Docteur de toutes les Églises, le vainqueur du monde, le Pasteur inébranlable, le successeur des Martyrs, le prédicateur par excellence, l’admirateur de Paul, l’imitateur du Christ.

L’Église Grecque emploie tout son enthousiasme liturgique, dans les Menées, pour exalter la gloire de son grand Docteur. Nous lui emprunterons quelques strophes.

Célébrons, dans des hymnes mélodieuses la trompette d’or, l’orgue au souffle divin, l’inépuisable mer de la science, l’appui de l’Église, l’intelligence céleste, l’abîme de sagesse, la coupe dorée, de laquelle découlent, à flots de miel, les fleuves de doctrine qui arrosent toute créature.

Honorons dignement Jean le Chrysologue, l’astre sans couchant, qui illumine des rayons de la doctrine tout ce qui est sous le soleil, le prédicateur de la pénitence, l’éponge d’or qui sèche l’humidité du désespoir funeste dans les âmes, et qui humecte de rosée le cœur desséché par le péché.

Glorifions dans nos cantiques Chrysostome, l’Ange de la terre, l’homme céleste, la lyre éloquente aux sons variés, le trésor des vertus, la pierre immobile, la forme des fidèles, l’émule des Martyrs , le compagnon des saints Anges, le commensal des Apôtres.

La grâce est répandue sur tes lèvres, ô Père saint, Jean Chrysostome ! car Dieu t’a sacré Pontife de son peuple, pour paître son troupeau dans la sainteté et la justice. Ceint du glaive de la puissance, tu as tranché les discours insensés de l’hérésie ; aujourd’hui prie sans cesse afin que le monde soit dans la paix, et que nos âmes soient sauvées.

Richement ornée de tes discours d’or, comme d’un or pur, ô Jean Chrysostome, l’Église, dans la joie de ta fête, s’écrie : « Je me suis rassasiée dans tes pâturages où croît l’or, désaltérée à tes courants où l’or coule avec le miel ; tes exhortations me font passer de l’action à la contemplation, et m’unissent au Christ, mon Époux spirituel, pour régner avec lui » ; c’est pourquoi nous qui sommes réunis pour célébrer ta mémoire, nous te crions : Ne te lasse pas de prier pour le salut de nos âmes.

Il convenait que la reine des villes se glorifiât d’avoir possédé Jean, comme l’ornement de sa royauté, d’avoir entendu la trompette d’or, qui fait retentir par toute la terre les dogmes du salut, et qui convoque tous les hommes au concert des cantiques divins. C’est à lui que nous crions : Chrysologue et Chrysostome, supplie le Christ de sauver nos âmes.

Réjouis-toi, père des orphelins, puissant secours de ceux qui souffrent, trésor des pauvres, nourriture de ceux qui ont faim, appui qui relevé les pécheurs, habile médecin des âmes, mesure exacte de la plus haute théologie, interprète des Écritures, loi lumineuse donnée par l’Esprit-Saint, règle très droite, théorie et pratique de la plus haute sagesse ; supplie le Christ d’envoyer à nos âmes une grande miséricorde.

Tu as été un soleil éclatant, illuminant la terre de tes paroles, un astre étincelant, une lampe brillante, un phare sur la mer du monde, appelant au port tranquille du salut, dans la charité, les hommes battus par la tempête, ô Chrysostome, bouche d’or, avocat de nos âmes.

Dans ta charge pastorale. Père saint, tu as souffert l’injustice, tu as participé aux amères tribulations et aux exils, par lesquels tu t’es rendu digne d’une fin bienheureuse, ô toi qui, comme un athlète généreux, as surmonté l’artificieux ennemi ; c’est pourquoi le Christ t’a couronné du diadème de la victoire, ô Jean Chrysostome, avocat de nos prières !

Que de couronnes ornent votre front, ô Chrysostome ! Que votre nom est glorieux dans l’Église de la terre et dans l’Église du ciel ! Vous avez enseigné avec vérité, vous avez combattu avec constance vous avez souffert pour la justice, vous êtes mort pour la liberté de la parole de Dieu. Les applaudissements des hommes ne vous ont point séduit ; le don de l’éloquence évangélique, dont l’Esprit-Saint vous avait enrichi, n’était qu’une faible image de la splendeur et de la force des feux dont le Verbe divin remplissait votre cœur. Vous l’avez aimé, ce Verbe, ce Jésus, plus que votre gloire, plus que votre repos, plus que votre vie. Votre mémoire a été poursuivie par les hommes ; des mains perfides ont effacé votre nom des tables de l’autel ; d’indignes passions ont dicté une sentence dans laquelle, comme votre Maître, vous étiez mis au rang des criminels, et vous avez été précipité des degrés de la chaire sacrée. Mais il n’est pas au pouvoir des hommes d’éteindre le soleil, ni d’effacer la mémoire de Chrysostome. Rome vous a été fidèle ; elle a gardé avec honneur votre nom, comme aujourd’hui encore elle garde votre corps sacré, près de celui du Prince des Apôtres. Le monde chrétien tout entier vous proclame comme l’un des plus fidèles dispensateurs de la Vérité divine.

En retour de nos hommages, ô Chrysostome, regardez-nous du haut du ciel comme vos brebis ; instruisez-nous, réformez-nous, rendez-nous chrétiens. Comme votre sublime maître Paul, vous ne saviez que Jésus-Christ ; mais c’est en Jésus-Christ que tous les trésors de la science et de la sagesse sont cachés. Révélez-nous ce Sauveur qui est venu à nous, avec tant de charmes et de douceur ; faites-nous connaître son esprit ; enseignez-nous la manière de lui plaire, les moyens de l’imiter ; faites-lui agréer notre amour. Comme vous, nous sommes exilés ; mais nous aimons trop le lieu de notre exil ; souvent nous sommes tentés de le prendre pour une patrie. Détachez-nous de ce séjour terrestre, et de ses illusions. Que nous ayons hâte d’être réunis à vous, comme vous fûtes réuni à Basilisque, afin d’être avec Jésus-Christ, en qui nous vous retrouverons pour jamais.

Pasteur fidèle, priez pour nos Pasteurs ; obtenez-leur votre esprit, et rendez leurs troupeaux dociles. Bénissez les prédicateurs de la parole sainte, afin qu’ils ne se prêchent pas eux-mêmes, mais Jésus-Christ. Rendez-nous l’éloquence chrétienne qui s’inspire des Livres saints et de la prière, afin que les peuples, séduits par un langage du ciel, se convertissent et rendent gloire à Dieu. Protégez le Pontife romain dont le prédécesseur osa seul vous défendre ; que son cœur soit toujours l’asile des Évêques persécutés pour la justice. Rendez la vie à votre Église de Constantinople, qui a oublié vos exemples et votre foi. Relevez-la de l’avilissement où elle languit depuis longtemps. Touché enfin par vos prières, que le Christ, Sagesse éternelle, se souvienne de son Église de Sainte-Sophie ; qu’il daigne la purifier, et y rétablir l’autel sur lequel il s’immola durant tant de siècles. Aimez toujours les Églises de l’Occident, auxquelles votre gloire a constamment été chère. Hâtez la chute des hérésies qui ont désolé plusieurs de nos chrétientés, dissipez les ténèbres de l’incrédulité, ranimez la foi parmi nous et faites fleurir les vertus.

[1] I Cor. IX, 16.

[2] II Tim. II, 9.

[3] I Petr. II, 25.

[4] Philip, I, 21.

[5] Psalm. XXXIII, I.

[6] I Tim. VI, 7.

[7] Act. IX, 5.

[8] Matth. XVIII, 20.



Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Cet invincible champion de la vérité succomba aux peines de l’exil à Comane, dans le Pont, le 14 septembre 407. Toutefois comme ce jour-là l’Église romaine célébra d’abord la fête des martyrs Corneille et Cyprien, puis celle de l’Exaltation de la sainte Croix, sa mémoire fut transférée au 27 janvier, anniversaire de la translation de son corps à Constantinople.

Saint Jean Chrysostome mourut victime des mauvais traitements et des peines subis pour la foi et pour l’exercice intrépide de ses devoirs épiscopaux en face de la cour corrompue de Byzance. Toutefois comme quelques prélats notoirement catholiques prirent part à la persécution qu’il souffrit — le Seigneur le permettant ainsi pour perfectionner la vertu du saint — et comme il ne mourut pas à proprement parler de mort sanglante pour la défense du dogme catholique, la messe en son honneur est celle des évêques confesseurs et non celle des martyrs.

La fête de saint Jean Chrysostome dans le calendrier romain aujourd’hui assume une signification spéciale et démontre comment la primauté pontificale représente une source de bien et une garantie de liberté pour toute l’Église catholique. Jean, vaincu par ses adversaires et déposé de son siège, selon le jugement des évêques inféodés à la Cour, en appela à la Chaire apostolique. Le pape Innocent Ier prit immédiatement la défense du persécuté, annula l’injuste sentence et, après la mort de Chrysostome, exigea de ses adversaires, comme condition de communion avec le Siège pontifical, que son nom serait de nouveau inséré dans les diptyques épiscopaux, ce qui, dans les formes juridiques de l’époque, était comme une canonisation. Aujourd’hui les Orientaux ont trop facilement oublié l’œuvre de l’Église romaine et les luttes soutenues jadis par les papes pour défendre précisément l’orthodoxie et la renommée de leurs plus grands docteurs, tels que Basile, Athanase, Jean Chrysostome, etc. Mais on ne change pas l’histoire, et elle démontre que, pour l’Orient surtout, l’exercice de la Primauté pontificale a été dans l’antiquité la garantie des premiers conciles œcuméniques et l’ancre du salut, que, dans le naufrage qui menaçait déjà les malheureuses Églises orientales, saisissaient avec confiance ces champions de l’orthodoxie catholique.

L’antienne pour l’introït, qui est celle du Commun des docteurs, est identique à celle assignée à la fête de saint Ambroise le 7 décembre.

Dans la collecte suivante, l’Église implore, par les mérites du grand Proscrit, la grâce céleste, surtout celle d’une foi éclairée, féconde en œuvres énergiques : « Nous vous prions, Seigneur, afin que la grâce céleste dilate votre Église, que vous avez daigné illustrer par les mérites glorieux et la doctrine de votre bienheureux confesseur et pontife, Jean Chrysostome. Par notre Seigneur, etc. »

La lecture est celle du Commun des docteurs ; nous l’avons déjà rapportée le jour de saint Ambroise. Saint Paul, à la veille du martyre, ou, comme il le dit, sur le point d’être offert en sacrifice, y instruit Timothée des périls qui menaceront l’Église, du fait des faux docteurs ; il y expose la nécessité, pour le ministre de Jésus-Christ, d’opposer à tous ces sophismes de l’orgueil humain une saine doctrine et un apostolat patient et longanime. Mais cela ne suffit pas. Paul a prêché, il ne s’est jamais épargné mais il n’a pas encore accompli sa mission. Comme le Christ, après avoir enseigné, s’est offert sur la croix pour mériter aux âmes la grâce de croire à l’Évangile et de se sauver, ainsi doit faire aussi le prêtre de Jésus. Il doit être non seulement docteur, mais aussi victime, parce que c’est seulement dans la douleur qu’il pourra mériter la gloire de la paternité spirituelle.

Le verset alléluiatique n’est pas celui du Commun des pontifes ou des docteurs, mais il convient cependant fort bien à saint Jean Chrysostome, qui succomba à la cruauté de ses persécuteurs.

Après la Septuagésime, le psaume-trait est celui que nous avons déjà trouvé le 15 janvier, et il en est ainsi à toutes les fêtes des confesseurs et des martyrs qui se célèbrent durant ce cycle préparatoire à la solennité pascale.

Le verset de l’offertoire est pris du psaume 91 : Le juste fleurira comme le palmier, et il étendra ses rameaux comme un cèdre sur le Liban.

La secrète est la suivante : « Que ne nous fasse pas défaut, Seigneur, la pieuse intercession de votre saint pontife Jean Chrysostome, laquelle vous rende nos dons agréables et implore sans cesse pour nous votre miséricorde. Par notre Seigneur, etc. »

L’antienne pour la communion est la même que pour la fête de saint Sabbas, le 6 décembre, mais contrairement à l’antique usage des messes des saints, elle ne correspond pas au texte de l’Évangile du jour. Cela nous révèle que la messe des docteurs fut définitivement rédigée très tard, alors que cette loi liturgique était déjà tombée en oubli.

Que Dieu soit loué de tout ! Ce fut le dernier cri de notre saint, vaillant champion de la foi, quand déjà la mort s’apprêtait à mettre fin à ses tourments et à le soustraire à la main des sbires. Oui, en vérité, qu’en tout Dieu soit loué, mais plus spécialement quand il nous confère l’honneur inestimable de souffrir quelque chose pour lui, puisque la croix est toujours la condition la plus propice pour faire de grands progrès dans les voies de Dieu.



Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Je porte les stigmates de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans mon corps.

Saint Jean Chrysostome. — Jour de mort : 14 septembre 407, en exil. Tombeau : son corps fut d’abord apporté à Constantinople ; plus tard, il fut transporté à Rome, à Saint-Pierre. Sa vie : le martyrologe annonce au 14 septembre : « A Constantinople, la mort de saint Jean, évêque de cette ville ; à cause du flot d’or de son éloquence, il avait reçu le surnom de Chrysostome (Bouche d’or). Par les intrigues d’un parti ennemi, il fut exilé. Mais, après que le pape Innocent 1er eut décidé en sa faveur, on fut obligé de le rappeler. Comme le saint avait beaucoup souffert des mauvais traitements des soldats qui l’accompagnaient, il succomba sur le chemin du retour. »

Faisons aujourd’hui un pèlerinage à Saint-Pierre de Rome, au tombeau du grand évêque. Il est difficile de dire en peu de mots toute son importance : c’est un docteur de l’Église, un évêque et un martyr. Maintenant encore, il se tient « au milieu de l’Église » et toujours « le Seigneur ouvre sa bouche », car ses écrits continuent son influence dans l’Église. Ce fut un prédicateur béni de Dieu, peut-être le plus grand de tous les temps, il eut un culte ardent pour saint Paul, si bien qu’on croyait que l’Apôtre l’avait aidé dans la rédaction de ses écrits. Ses commentaires de l’Écriture, à cause de leur caractère concret, sont plus intelligibles pour nous que les commentaires allégoriques des autres Pères de l’Église. Ses écrits sont très nombreux, et ses œuvres complètes forment treize volumes in-folio. Elles comprennent des traités sur la vie monastique, la virginité, le sacerdoce, des sermons, des homélies.

Ce fut aussi, dans tout le sens du mot, un pasteur des âmes, un protecteur de la veuve et de l’orphelin, un évêque courageux, qui savait « reprendre opportunément et importunément », qui ne craignait pas le mécontentement des princes, même celui de l’impératrice. Son devoir pastoral fit de lui un martyr : deux fois il dut partir pour l’exil, et bien que l’Église ne le fête pas comme martyr, il porte cependant la palme du martyre à la main, car sa mort fut la conséquence des mauvais traitements qu’il subit. Signalons encore qu’il exerça une grande influence sur la liturgie de l’Église d’Orient : les cérémonies de la messe qui sont, aujourd’hui encore, les plus employées dans l’Église grecque, s’appellent liturgie de saint Jean Chrysostome.

La fin de sa vie. — Les soldats de la garde de l’empereur le conduisaient et le forçaient de marcher rapidement. Ils espéraient parvenir, au moyen des fatigues excessives, à se débarrasser du saint. En dépit de la pluie qui tombait violemment, les soldats le poussaient sans pitié devant eux. Jamais on ne faisait halte dans les villes et les bourgades. Malgré tous ces mauvais traitements, le saint garda, pendant ces trois mois d’un voyage pénible, son calme et sa sérénité. Après avoir traversé, sans s’y arrêter, la ville de Komona, on fit halte à cinq ou six milles de là, près du sanctuaire d’un martyr. Là, pendant la nuit, le saint évêque vit, dans une vision, saint Basilisque évêque de Komona, qui avait été martyrisé en Bithynie, sous l’empereur Maximin ; il était accompagné du martyr Lucien d’Antioche : « Courage Jean, mon frère », lui dit-il, « demain nous serons réunis ensemble. » Dans la foi à cette promesse, le saint demanda le lendemain matin aux soldats de le laisser en ce lieu jusqu’à la cinquième heure. Ceux-ci refusèrent et le forcèrent à partir. Mais à peine avaient-ils fait trente stades, qu’ils se virent forcés de revenir sur leurs pas, car Jean était tombé malade. Le saint évêque demanda des habits blancs qui convenaient à la pureté de sa vie. Il distribua ses propres habits aux personnes présentes, ne gardant que ses chaussures. Après avoir reçu les saints mystères et fait devant les fidèles rassemblés sa dernière prière, avec la formule accoutumée « Béni soit Dieu pour tout », celui dont les pieds s’étaient fatigués pour amener les pénitents au salut et détourner les grands pécheurs de la voie de la perdition, entra dans l’éternel repos.




SAINT JEAN CHRYSOSTOME *

Jean, surnommé Chrysostome, naquit à Antioche, de parents nobles. Son père se nommait Second, et sa mère Anthura. Sa vie, son genre, ses actions et sa persécution, sont décrits au long dans l’Histoire tripartite (l. X). Quand il eut étudié la philosophie, il la délaissa pour s'adonner à la lecture des choses de Dieu. Après sa promotion à la prêtrise, le zèle qu'il avait pour la chasteté le faisait passer pour trop sévère, et il penchait plus vers l’emportement que vers la mansuétude; la raideur de sa conduite ne lui laissait pas la ressource de prendre des précautions pour l’avenir. Dans ses conversations il était regardé comme arrogant par les ignorants. Ses leçons étaient solides, ses explications exquises. Il était fort habile pour diriger les âmes. Ce fut sous le règne d'Arcade et d'Honorius et du temps que Damase occupait le siège de Rome qu'il fut ordonné évêque. En voulant corriger tout d'un coup la vie des clercs, il s'attira la haine de tous. Ils l’évitaient comme un furieux et ils le calomniaient auprès de tout le monde : sous prétexte qu'il n'invitait jamais personne à sa table et qu'il ne voulait recevoir aucune invitation, ils avançaient qu'il en agissait ainsi parce qu'il mangeait d'une manière sale. D'autres disaient tout haut que c'était parce qu'il usait seulement de mets choisis et délicats ; et en réalité c'était pour faire abstinence; et comme il souffrait souvent de l’estomac et de la tête, il évitait les repas somptueux. Le peuple, à cause des sermons qu'il prêchait à l’église, l’aimait beaucoup et ne tenait aucun cas de ce que les envieux pouvaient répandre contre lui. Jean s'appliqua encore à reprendre quelques-uns des grands, et il en résulta que l’envie redoubla. de violence contre lui.

Un autre fait souleva extraordinairement tout le monde. Eutrope, ministre de l’empereur, et jouissant de la dignité consulaire, voulant instrumenter contre ceux qui cherchaient un asile dans les églises, prit tous les moyens de faire porter, par l’empereur, une loi par laquelle personne ne pourrait s'y réfugier à l’avenir, et de plus que ceux qui s'y étaient réfugiés depuis longtemps, en seraient arrachés. Or, peu de jours après, Eutrope ayant offensé l’empereur, s'empressa de se réfugier dans l’église ; et l’évêque qui le sut vint trouver cet homme qui se cachait sous l’autel, et dans une homélie qu'il fit contre lui, il lui adressa les reproches les plus durs ; ceci offensa bien des gens parce que loin d'user de miséricorde à l’égard d'un malheureux, il ne s'abstint pas de lui adresser des réprimandes. L'empereur fit enlever Eutrope qui eut la tète tranchée. Pour différents motifs, il se laissait aller à attaquer une certaine quantité de personnes, ce qui le rendit généralement odieux. Or, Théophile, évêque d'Alexandrie, voulait déposer Jean et prenait tous les moyens pour mettre à sa place par intrusion un prêtre nommé Isidore : c'est pourquoi il cherchait avec soin des motifs de déposition. Cependant le peuple prenait la défense de Jean dont il écoutait avec une admirable avidité toutes les instructions. Jean forçait aussi les prêtres à vivre selon la discipline ecclésiastique, et il disait que celui-là ne devait pas jouir de l’honneur attaché au sacerdoce qui ne daignerait pas en pratiquer les lois. Ce n'était pas seulement la ville de Constantinople que le saint gouvernait avec courage, mais il établissait encore des lois sages dans plusieurs provinces circonvoisines, en s'aidant de l’autorité impériale. Quand il eut appris que l’on offrait encore des sacrifices aux démons dans la Phénicie, il y envoya des clercs et des moines, et fit détruire tous les temples des idoles. En ce temps-là, existait un certain Gaymas, Celte d'origine, barbare dans ses projets, extrêmement emporté par des goûts tyranniques, infecté de l’hérésie arienne, et cependant il avait été créé officier dans l’armée, Il pria l’empereur de lui donner pour soi et pour les siens une église dans l’intérieur de la ville. L'empereur le permit, et pria Jean de céder une église à Gaymas, espérant ainsi mettre un frein à sa tyrannie. Mais Jean, rempli d'un courage extraordinaire et enflammé de zèle, dit à l’empereur : « Prince, veuillez ne pas permettre cela, et lie donnez pas les choses saintes aux chiens; M'appréhendez rien de ce barbare : commandez qu'on nous fasse venir tous les deux, et écoutez, sans parler, ce qui se dira entre nous : je mettrai un tel frein à sa langue qu'il n'aura pas la présomption de vous renouveler sa demande. » L'empereur, en entendant cela, fut réjoui, et il les manda l’un et l’autre pour le lendemain.

Gaymas ayant réclamé pour lui un oratoire, Jean lui dit : « Partout la maison de Dieu vous est ouverte, en sorte que personne ne vous empêche de prier.» Gaymas reprit : « Je suis d'une autre secte, et je demande à avoir un temple pour les miens et pour moi. J'ai entrepris bien des choses pour l’empire romain, c'est, pour cela que je ne dois pas éprouver l’affront d'un refus. » Jean lui dit : « Vous avez reçu des récompenses plus que n'en méritent vos combats : vous avez été fait commandant des armées, en outre vous avez été orné de la toge consulaire ; et il vous faut considérer ce que vous avez été autrefois et ce que vous êtes aujourd'hui, quelle fut jadis votre pauvreté et quelles sont à présent vos richesses, quels étaient auparavant vos habits, et ceux dont vous vous ornez maintenant. Donc puisque des services de peu de valeur vous ont procuré de si hautes récompenses, ne soyez pas ingrat envers celui qui vous honore. »

Par ces paroles, Jean lui ferma la bouche et le força à se taire. Or, pendant que Chrysostome gouvernait avec vigueur la ville de Constantinople, Gaymas qui visait à l’empire, ne pouvant rien faire de jour, envoya pendant la nuit des barbares, pour brûler le palais. On acquit alors la preuve évidente que saint Jean était le gardien de la ville; car une nombreuse troupe d'anges armés et qui avaient pris un corps, apparut aux Barbares qui furent à l’instant mis en fuite. Quand ils rapportèrent cela à leur maître, celui-ci en fut dans une grande admiration; car il savait que les troupes étaient en garnison dans d'autres villes. La nuit suivante, il leur donna donc encore le même ordre, et ils furent comme la première fois mis en fuite par des anges qu'ils aperçurent. Enfin il y vint lui-même, vit le miracle, et s'enfuit, dans la pensée que des soldats se cachaient pendant le jour et gardaient la cité pendant la nuit. Il quitta Constantinople et vint dans la Thrace où il portait partout le ravage avec une armée nombreuse qu'il avait ramassée. Tout le monde redoutait la férocité de ces barbares. Alors l’empereur chargea saint Jean de l’office de légat auprès de Gaymas. Le saint oublia toutes les causes d'inimitié et partit avec joie. Gayrnas, tenant compte de la confiance du saint, revint à de meilleurs sentiments, et s'avança fort loin au-devant de lui; alors il lui prit la main qu'il porta à ses yeux, et commanda à ses enfants de lui baiser les genoux avec respect. Telle était en effet la vertu de Jean qu'il forçait les hommes les plus terribles à s'humilier et à craindre.

Dans le même temps encore, il s'émut une question : c'était de savoir si Dieu a un corps. Cela donna lieu à des contestations et à des luttes; les uns soutenant une opinion, les autres une autre. Ce fut surtout la classe des simples moines, qui se laissa entraîner à dire que Dieu avait une forme corporelle. Or, Théophile, évêque d'Alexandrie, pensait le contraire; en sorte que, dans l’église, il soutenait l’opinion contraire à ceux qui avançaient que Dieu avait une forme humaine, et il prêchait que Dieu est incorporel. Les moines d'Egypte, ayant eu connaissance de cela, quittèrent leurs retraites et vinrent à Alexandrie où ils excitèrent une sédition contre Théophile, en sorte qu'ils prenaient des mesures pour le tuer. Quand il le sut, il eut peur et leur dit : « Comme je vous vois, comme je vois le visage de Dieu. » « Si vous dites vrai, répondirent-ils, que le visage de Dieu soit comme le nôtre, anathématisez donc les livres d'Origène, contraires à notre opinion. Que si vous ne le faites pas, comme vous êtes rebelle envers l’empereur et envers Dieu, vous aurez à endurer des opprobres de notre part. » Et Théophile dit : « Ne commettez aucune violence contre ma personne, et je ferai tout ce qui vous plaît. » Ce fut ainsi qu'il détourna les moines de l’attaquer. Niais ceux-ci, expérimentés et arrivés à la perfection, ne se laissèrent pas séduire, tandis que les simples, entraînés par l’ardeur de leur foi, s'insurgèrent contre ceux de leurs frères qui croyaient le contraire, et en firent tuer un grand nombre. Pendant que ces faits se passaient en Egypte, saint Jean brillait à Constantinople par sa doctrine, et passait auprès de tous pour un homme admirable. Or, les ariens, dont le nombre se multipliait beaucoup, et qui avaient une église hors de la ville, s'assemblaient le samedi et le dimanche entre les portes et les portiques, où ils chantaient, pendant la nuit, des hymnes et des antiennes. Quand venait le point du jour, ils traversaient la ville en répétant ces mêmes antiennes et, sortant hors des portes, ils venaient en foule à leur église. Ils ne cessaient d'agir ainsi pour vexer les orthodoxes, car ils répétaient souvent ces paroles : « Où sont ceux qui disent qu'en trois il n'y a qu'une puissance? » Alors saint Jean, dans la crainte que les simples ne se laissassent entraîner par ces chants, institua que tous les fidèles passeraient la nuit à chanter des Hymnes, afin que l’oeuvre des hérétiques fût étouffée et que les fidèles fussent affermis dans leurs pratiques; de plus, il fit faire des croix d'argent que l’on portait avec des cierges argentés. Les ariens, excités par la jalousie, s'emportèrent jusqu'à vouloir sa mort: et une nuit Brison, eunuque de l’impératrice, fut frappé d'une pierre. Jean l’avait chargé d'exercer à chanter les hymnes; il y eut même quelques gens du peuple qui furent tués de part et d'autre. Alors l’empereur ému défendit aux ariens de chanter publiquement leurs hymnes. En ce temps-là, Sévérien, évêque de Gabales, qui était en honneur auprès d'un certain nombre de grands, et chéri par l’empereur lui-même et par l’impératrice, vint à Constantinople, où saint Jean e reçut avec des félicitations; pendant son voyage en Asie, il lui confia le soin de son église. Mais Sévérien ne se comportait pas avec fidélité et tâchait de s'attirer l’estime du peuple. Sérapion, qui était clerc de Jean, s'empressa d'en informer le saint. Or, une fois que Sévérien passait, Séraphin ne se- leva pas : alors l’évêque indigné s'écria : « Si le clerc Sérapion ne meurt pas, J.-C. n'est pas né de nature humaine. » Saint Jean, apprenant ces excès, revint et chassa Sévérien de la ville comme un blasphémateur. Cela déplut beaucoup à l’impératrice qui fit rentrer l’évêque en priant saint Jean de se réconcilier avec lui : mais le saint n'y consentit en aucune manière : jusqu'au moment où l’impératrice mit son fils Théodose sur les genoux de Jean, en le suppliant, en le conjurant de faire la paix avec Sévérien.

Dans le même temps encore, Théophile, évêque d'Alexandrie, chassa injustement Dyoscore, un très saint homme, et Isidore qui était auparavant un de ses grands amis. Ceux-ci vinrent à Constantinople pour raconter au prince et à Jean ce qui s'était passé. Or, Jean les traita honorablement, mais il ne voulut pas les recevoir en sa communion avant de connaître l’état des choses. Cependant un faux bruit parvint à Théophile, que Jean était en communion avec eux, et qu'il leur donnait aide. Alors Théophile indigné ne se contenta pas d'exercer sa vengeance contre eux, mais il s'arma de toutes pièces pour déposer Jean. Il dissimula donc son intention et il envoya des messages aux évêques de chaque ville pour annoncer qu'il voulait condamner les livres d'Origène. Epiphane, évêque de Chypre, très saint et très illustre personnage, se laissa circonvenir par Théophile qui s'en fit un ami, et qu'il pria de condamner aussi lui-même les livres d'Origène. Epiphane, dont la sainteté ne découvrait pas ces ruses, convoqua ses évêques à Chypre et interdit, la lecture d'Origène ; il adressa des lettres à saint Jean par lesquelles il le priait de s'abstenir à l’avenir de lire ces ouvrages, et de confirmer les décisions qui avaient été prises. Mais Jean, qui fit peu de cas de cette démarche, s'appliquait aux soins du ministère ecclésiastique où il excellait, et ne s'inquiétait aucunement de ce qu'on pouvait machiner contre lui. Enfin Théophile dévoila cette haine qu'il avait longtemps cachée, et fit connaître qu'il voulait déposer Jean. Aussitôt les ennemis du saint, un grand nombre de clercs, et les seigneurs du palais, trouvant l’occasion favorable, usaient de toutes sortes de moyens pour faire assembler contre Jean un concile à Constantinople. Après quoi, Epiphane vint en cette ville portant avec soi le décret de condamnation d'Origène; mais il ne voulut pas accepter l’invitation de Jean, en considération de Théophile. Or, quelques-uns, par respect pour Epiphane, souscrivirent à la condamnation des livres d'Origène; beaucoup cependant refusaient de le faire. L'un de ces derniers fut Théotin, évêque de Sicée, homme très recommandable par la droiture de sa conduite, qui répondit ainsi : « Pour moi, Epiphane, je ne veux pas faire injure à qui est mort depuis longtemps dans la justice, et je n'ai pas la présomption de m’exposer à commettre un sacrilège en condamnant ce que nos devanciers n'ont pas voulu flétrir; car je ne vois pas qu'il se trouve une mauvaise doctrine dans ses livres. Ceux qui s'attachent à les mépriser ne se connaissent pas eux-mêmes. Athanase le défenseur du concile de Nicée, invoque le témoignage de ce grand homme en faveur de la foi ; il met ses livres avec les siens quand il dit : «L’admirable et infatigable Origène nous apporte ce témoignage du Fils de Dieu, alors qu'il affirme qu'il est coéternel au Père. » Jean conçut de l’indignation de ce que, contre tous les règlements, Epiphane fit une ordination dans son église ; cependant il le priait de demeurer avec lui parmi les évêques. Mais Epiphane répondit qu'il ne voulait ni rester, ni prier avec lui, à moins qu'il ne chassât Dyoscore et qu'il ne souscrivît à la condamnation des livres d'Origène. Jean refusant de le faire, Epiphane fut excité contre lui par ceux qui lui portaient envie. Epiphane alors condamna les livres d'Origène et porta un jugement contre Dyoscore ; ensuite il commença à détracter Jean comme leur adversaire. Alors Jean lui manda ce qui suit : «Vous avez agi, Epiphane, en beaucoup de cas contre les règles; d'abord vous avez fait une ordination dans une église placée sous ma juridiction; ensuite de votre autorité, privée, vous y avez célébré les saints mystères ; en outre quand je vous ai invité, vous vous êtes excusé; et en dernier lieu maintenant, vous ne vous en rapportez qu'à vous-même. Or, prenez garde qu'une sédition ne s'élève parmi le peuple, et que le péril n'en retombe sur vous. » Epiphane informé de cela partit, et avant de se mettre eu route pour Chypre, il fit dire à Jean : « J'espère que vous ne mourrez pas évêque. » Et Jean lui fit tenir cette réponse : « J'espère que vous ne rentrerez pas dans votre patrie. » C'est ce qui eut lieu, car Epiphane mourut en route, et peu après Jean, déposé de l’épiscopat, finit sa vie dans l’exil. Au tombeau de cet Epiphane, personnage d'une haute sainteté, les démons sont mis en fuite. Sa générosité envers les pauvres fut prodigieuse. Un jour qu'il avait, donné tout l’argent de l’église sans qu'il lui restât rien, quelqu'un vint tout à coup lui offrir un sac avec beaucoup d'argent et disparut sans qu'on ait su ni d'où il venait, ni où il allait. Quelques pauvres voulurent tromper Epiphane afin qu'il leur donnât l’aumône. L'un d'eux se coucha sur le dos par terre, et debout auprès de lui un autre le pleurait comme s'il était mort, et criait piteusement qu'il n'avait pas de quoi le pouvoir ensevelir. Alors Epiphane survint ; il pria pour que le mort dormît en paix ; ensuite, il donna ce qui était nécessaire pour la sépulture, puis après avoir consolé l’autre, il s'en alla. Alors celui-ci disait à son compagnon en le poussant : « Lève-toi, allons manger ce due tu as gagné. » Mais après l’avoir remué plusieurs fois, il reconnut qu'il était mort ; il courut alors à Epiphane lui dire ce qui était arrivé, et le pria de ressusciter cet homme. Epiphane le consola avec bonté, mais ne ressuscita pas le mendiant afin qu'on ne se jouât pas facilement des ministres de Dieu. Or, quand Epiphane fut parti, on rapporta à Jean que l’impératrice Eudoxie avait excité Epiphane contre lui. Jean, toujours enflammé de zèle, fit au peuple un discours renfermant toutes sortes de critiques contre les femmes sans exception. Ce sermon fut pris par tout le monde comme une attaque directe contre l’impératrice. Celle-ci, qui en fut instruite, se plaignit à l’empereur en disant que le blâme infligé à sa femme retombait principalement sur lui. L'empereur ému fit célébrer un synode contre Jean. Alors Théophile se hâta de convoquer les évêques; et tous les ennemis de Pan vinrent en foule avec grande joie, en le traitant d'orgueilleux et d'impie. Tous les évêques donc réunis à Constantinople ne s'occupaient plus des livres d'Origène, mais se déclaraient ouvertement contre Jean. Ils le firent citer, mais le saint jugea prudent de ne pas se livrer à ses ennemis et déclara qu'il fallait assembler un concile universel. Ils le firent citer encore jusqu'à quatre fois. Or, comme il refusait de comparaître et qu'il réclamait un concile, ils le condamnèrent, sans articuler contre lui d'autre fait qu'ayant été appelé il n'avait pas voulu obéir. Le peuple, qui en fut informé, se livra à une violente sédition ; il ne laissa pas enlever Jean de l’église, mais il demanda hautement que l’affaire fût portée à un concile plus nombreux. Cependant l’ordre du prince exigeait qu'il fût enlevé par force et qu'il fût déporté en exil. Alors Jean, qui craignait les suites de la sédition, se livra lui-même, à l’insu du peuple, pour être mené en exil. Quand le peuple le sut, il s'éleva une émeute tellement grave que beaucoup de ceux qui étaient les ennemis de Jean, et un instant auparavant désiraient sa déposition, se laissèrent aller à la pitié en proclamant qu'il était victime de la calomnie.

Alors Sévérien, dont il a été question plus haut, se mit à détracter Jean dans les instructions qu'il faisait à l’église : il disait que quand bien même il n'y aurait pas d'autre crime à lui imputer, c'était assez de son orgueil pour le déposer. La sédition contre l’empereur et contre les évêques ayant pris d'énormes proportions, Eudoxie pria l’empereur de faire ramener Jean de l’exil. Il se fit encore un violent tremblement de terre dans la ville, et tout le monde disait que cela arrivait parce que Jean avait été injustement chassé. On envoya donc des ambassadeurs à l’évêque pour le prier de revenir au plus tôt secourir la ville ruinée et calmer la sédition excitée parmi le peuple. Après les premiers on en fit partir d'autres, et après ceux-ci d'autres encore pour le forcer à hâter son retour. Jean s'y refusait ; cependant ils le ramenèrent le plus vite qu'ils purent. Le peuple tout entier alla à sa rencontre avec des cierges et des lampes. Cependant il ne voulait pas se placer sur son siège épiscopal, en disant que cela ne pouvait se faire sans un jugement synodal et que c'était à ceux qui l’avaient condamné à révoquer leur sentence. Cependant le peuple était soulevé pour le voir assis sur son siège et pour entendre parler ce saint docteur. Il l’emporta enfin, Jean fut donc forcé d'adresser un discours et de s'asseoir sur son trône épiscopal. Théophile alors prit la fuite. Arrivé à Hiérapolis, l’évêque de cette ville vint à mourir, et on élut Lamon, qui était un moine d'une haute sainteté. Il refusa à plusieurs reprises, mais Théophile lui conseillant d'accepter, Lamon le promit en disant: « Demain, il en sera ce qu'il plaît au Seigneur. » Le lendemain, on vint à sa cellule le conjurer de recevoir l’épiscopat: « Prions auparavant le Seigneur, dit-il. » Et pendant qu'il priait, il rendit le dernier soupir. Jean cependant instruisait son peuplé avec assiduité. Or, dans le même temps, on avait élevé, sur la place qui se trouvait vis-à-vis de l’église de Sainte-Sophie, une statue d'argent revêtue d'une chlamyde, en l’honneur de l’impératrice Eudoxie; les soldats et les grands y célébraient des jeux publics: ce qui déplaisait fort à Jean parce qu'il voyait en cela un outrage à l’église.

Il compta assez sur ses forces pour s'élever, dans ses discours, avec vigueur contre cet abus. Et quand il fallait employer des paroles de supplication pour détourner les seigneurs de se livrer à ces jeux, il ne le fit pas, mais il usa de toute l’impétuosité de son éloquence pour maudire ceux qui commandaient de pareils excès. L'impératrice. qui regardait tout cela comme une injure personnelle, travaillait de nouveau à faire célébrer encore un concile contre lui. Jean qui le pressentit prononça dans l’église cette fameuse homélie commençant par ces mots: « Hérodiade est encore en délire, elle est encore agitée, elle danse encore, elle demande encore une fois qu'on lui donne 1a tête de Jean dans un plat. » Ce fait excita bien davantage la colère de l’impératrice. Alors un homme voulut tuer Jean; or, le peuple surprit l’assassin et le traîna devant le juge; mais le préfet se saisit de lui afin qu'il ne fût pas massacré. Le serviteur d'un prêtre voulut aussi se jeter sur lui et tenter de le tuer, mais il en fut empêché par un particulier qui fut égorgé par l’assassin, ainsi qu'un autre qui se trouvait là. On se mit alors à crier, et comme la foule accourait, il en massacra encore plusieurs. Dès ce moment, Jean fut protégé parle peuple qui montait la garde jour et nuit dans sa maison. Par les conseils de l’impératrice, les évêques s'assemblèrent à Constantinople et les accusateurs de Jean s'opiniâtrèrent de plus en plus. La fête de la naissance du Seigneur étant survenue, l’empereur fit dire à Jean que, s'il ne se justifiait pas des crimes dont on l’accusait, il ne communiquerait pas avec lui. Cependant les évêques ne trouvèrent rien à lui reprocher, si ce n'est qu'après sa déposition, il avait osé siéger dans sa chaire sans le décret d'un concile. Et ainsi, ils le condamnèrent. Enfin, à l’approche de la fête de Pâques, l’empereur lui manda qu'il ne pouvait rester dans l’église avec un homme condamné par deux conciles. Jean se tint donc à l’écart et il ne descendait plus du tout dans l’église. Ceux qui tenaient pour lui étaient appelés Johannites. Cependant l’empereur le fit ensuite chasser de la ville et conduire en exil dans une petite ville sur les limites du Pont et de l’empire romain, pays voisin de cruels barbares. Mais dans sa clémence, le Seigneur ne permit pas longtemps que l’un de ses plus fidèles athlètes restât dans de pareils lieux.

Le pape Innocent, qui apprit cela, en fut contrasté ; et voulant célébrer un concile, il écrivit au clergé de Constantinople de ne pas donner un successeur à Jean. Mais le saint, fatigué par la longueur de la route et tourmenté très violemment de douleurs de tête, souffrait encore de l’insupportable chaleur du soleil. Cette sainte âme fut déliée de son corps à Comanes, le lie jour du mois de septembre. A sa mort, une grêle violente tomba sur Constantinople et sur tous ses faubourgs; chacun disait que c'était le fait de la colère de Dieu parce que Jean avait été condamné injustement. La mort de l’impératrice, arrivée aussitôt après, confirma ces dires: car elle mourut quatre jours après la grêle. Quand le docteur de l’univers fut mort, les évêques d'Occident ne voulurent plus rester en communion avec ceux d'Orient, jusqu'à ce que son très saint nom eût été rétabli sur les dyptiques avec ceux des évêques, ses prédécesseurs. Cependant Théodose, fils très chrétien de l’empereur Arcade, qui avait hérité de la piété et, du nom de son aïeul, fit transporter dans la cité impériale les saintes reliques de ce docteur, dans le mois de janvier. Le peuple, toujours resté fidèle à son évêque, alla au-devant avec des lampes et des cierges.

Alors Théodose se prosterna devant les reliques du saint, en le suppliant de pardonner à Arcade, son père, et à Eudoxie, sa mère, comme ayant péché par ignorance; ils étaient morts depuis longtemps. Ce Théodose porta si loin la clémence; qu'il ne laissa mourir aucun criminel de lèse-majesté, et il disait : « Plût à Dieu qu'il me fût possible plutôt' de rappeler les morts à la vie. » Sa cour paraissait être un Monastère, car on célébrait les matines et on lisait les livres saints. Sa femme, nommée Eudoxie, composa beaucoup de poèmes en vers héroïques. Il eut une, fille, nommée aussi Eudoxie : il la donna en mariage à Valentinien qu'il avait fait empereur. Tous ces détails sont extraits de l’Histoire tripartite. Saint Jean mourut vers l’an du Seigneur 407.

* Tiré de la vie du saint.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii



Autres pères de l’Église d’Orient (III) : Jean Chrysostome († 407)

Cours de patrologie de soeur Gabriel Peters o.s.b., chapitre 3

Sommaire

• I - VIE

1. Famille et formation intellectuelle

2. Baptême, formation théologique et monachisme

3. Diaconat et prêtrise à Antioche

4. L’évêque de Constantinople (398-407)

 Le premier exil (403)

 Le deuxième exil (404-407)

 La mort (407)

5. La survie

• II – ŒUVRES

1. Homélies et sermons

2. Le Traité du Sacerdoce

3. Les lettres d’exil

• III - QUELQUES ASPECTS DE LA PENSÉE

1. Sur le monachisme

2. Le moralisme

3. L’apôtre des laïcs

4. Le sens social

5. Le Docteur de l’Eucharistie

6. Sur le travail

• CONCLUSION

O SOUFFRANCE qui resplendis

O Croix qui étincelles !

Le soleil s’obscurcit, les astres tombent comme des feuilles,

mais la croix brille plus éclatante qu’eux tous,

elle occupe le ciel tout entier !

Homélie Sur la Providence de Dieu

• LAISSONS LE CHRIST s’exprimer à travers nous. Tel un instrument, tiens-toi tout prêt pour la main de l’artiste. Ne laisse pas les cordes se détendre et s’amollir sous l’effet des plaisirs, ne deviens pas une cithare inutilisable. Serre les cordes, tends-les pour le chant. Rends-toi digne des mains très pures qui se serviront de toi !… Si le Christ se met à jouer sur son instrument, alors le Saint-Esprit viendra sûrement et le miracle qui dépasse tous les autres se manifestera : la charité !

Commentaire de l’épître aux Romains, homélie 8, 7

I - VIE

1. Famille et formation intellectuelle

Jean naît en 344 à Antioche de parents chrétiens. Son père, Secundus, est un officier (princeps militum), peu de temps après la naissance de son fils, il meurt. Sa mère, Anthousa, très pieuse, est une grecque de pure race. Elle demeure veuve à 20 ans, elle perd aussi sa fille aînée et elle se dévoue entièrement à l’éducation de son fils unique.

Après avoir parcouru le cycle de la paideia (programme d’éducation classique des jeunes Grecs), Jean étudie sous la direction du célèbre rhéteur Libanios, païen convaincu. Parmi ses condisciples, il faut mentionner Théodore, le futur évêque de Mopsueste.

Les empereurs comblaient Libanios d’honneurs ! Jean raconte lui-même qu’un jour son maître fit publiquement l’éloge de sa mère. Apprenant qu’âgée maintenant de 40 ans, elle était veuve depuis 20 ans, il s’était écrié : « Ah ! Quelles femmes il y a chez les chrétiens ! » Devenu vieux, il aurait répondu à quelqu’un qui lui avait demandé qui il désirait avoir pour successeur : « Jean, mais les chrétiens me l’ont enlevé ! »

2. Baptême, formation théologique et monachisme

En 369, Jean reçoit le baptême. Il aimerait vivre en moine avec son ami Basile, le futur évêque de Raphanée en Syrie, dans l’école cléricale et monacale de Diodore de Tarse, mais sa mère s’y oppose ! Tandis que Basile devient moine, Jean demeure élève externe ! Pendant trois ans, il s’initie dans cette célèbre école d’Antioche aux côtés de son ami, Théodore de Mopsueste, à l’exégèse littérale et à la théologie.

En 370, il est ordonné lecteur par Mélèce, l’évêque d’Antioche. C’est en cette même année qu’à Césarée en Cappadoce, Basile le Grand était élu évêque.

En 374, Jean épris de perfection fuit au désert malgré sa répugnance instinctive.

• Je me demandais d’où me viendraient les provisions nécessaires, s’il me serait encore possible de manger du pain frais du jour, si l’on ne m’obligerait pas à me servir de la même huile pour ma lampe et pour ma nourriture, si l’on ne me réduirait pas au pauvre régime des légumes et si l’on ne m’obligerait pas à un travail pénible comme de bêcher, de porter du bois et de l’eau et de faire toutes sortes de travaux de ce genre. Je me souciais beaucoup de tout ce qui est confortable.

De compunctione ad Demetrium, 1, 6

Pendant quatre ans, Jean mène la vie cénobitique. Ensuite, il passe deux ans solitaire dans une caverne. Son austérité, sans être extravagante, est effrayante et sa santé en demeurera marquée.

• Pendant deux ans, il passa la plus grande partie du temps sans dormir. Il apprit par cœur le Testament du Christ afin de se débarrasser complètement de l’ignorance. Jamais il ne s’est couché ni de jour ni de nuit.

PALLADIUS, V

L’expérience du désert révèle à Jean sa vocation : il y saisit le sens profond d’une vie qu’il avait pratiquée sans en comprendre la richesse ; désormais son idéal personnel est d’associer à la vie monastique la vie apostolique au service de l’Église.

3. Diaconat et prêtrise à Antioche

En 380, Jean revient à Antioche où il devient diacre en 381, en l’année du Concile de Constantinople. Mélèce, l’évêque d’Antioche, meurt en cette même année. Jean restera diacre cinq ans, il reçoit ensuite la prêtrise des mains de l’évêque Flavien. Il se voit confier la charge de prédicateur.

• Mon sacerdoce est de prêcher et d’annoncer l’Évangile.

Homélie 29, 1 in Rm

• Ma prédication me guérit, dès que j’ouvre la bouche pour prêcher, toute fatigue est vaincue.

Homélie après le tremblement de terre

• C’est le corps même du Christ qui est confié à notre garde.

De Sac, 4, 2

Dès février 387 éclate une sédition. Mécontents de l’augmentation des impôts, les citoyens renversent et brisent les statues de l’empereur Théodose, de l’impératrice défunte et des deux jeunes princes Arcadius et Honorius. En ce carême de panique et d’effroi, Jean prononce dix-neuf homélies et calme le peuple, tandis que l’évêque Flavien se rend à Constantinople pour implorer et obtenir la grâce de la malheureuse cité. Dès ce moment, Jean est reconnu par tous comme la grande voix de l’Orient.

L’insignifiant Nectaire, évêque de Constantinople, meurt. Les intrigues se succèdent et Théophile, évêque d’Alexandrie, s’efforce de faire accéder au siège de Constantinople un de ses protégés. Cependant Eutrope, favori et conseiller de la cour, désigne Jean. Jean fut littéralement enlevé et emmené à Constantinople où Théophile d’Alexandrie dut présider au sacre.

4. L’évêque de Constantinople (398-407)

Jean reçut la consécration épiscopale le 26 février 398. Il devint aussitôt le prédicateur de la grande église dédiée au Christ-Sagesse [1]. Sa fidélité héroïque à l’idéal chrétien et sa liberté de langage l’opposeront bientôt à l’empereur et à l’impératrice qui le condamneront à la disgrâce.

Tout commença bien cependant. Le jeune empereur Arcadius, qui avait vingt ans et se montrait très faible de caractère sinon franchement incapable, l’honorait de son estime. Quant à l’impératrice Eudoxie, autoritaire et passionnée, elle fit tout pour se montrer chrétienne exemplaire. Elle voulut présider elle-même une procession de transfert de reliques et l’évêque l’en remercia dans le style de cour :

• Vous êtes grande, ô reine, nous vous appelons bienheureuse, hôtesse des saints, patronne des Églises, rivale des Apôtres par votre zèle !

Homélie 2

En 399, le conseiller de la cour Eutrope est disgracié. Lui qui peu de temps auparavant avait voulu supprimer le droit d’asile des églises, il se réfugie auprès de l’autel.

L’évêque protège le fugitif, il prononce les deux homélies sur Eutrope. Il lui sauve ainsi momentanément la vie, car elle lui sera enlevée, peu après, par la décapitation. L’impératrice Eudoxie est nommée Augusta en l’an 400, c’est elle qui, désormais, exerce le pouvoir.

En 401, Jean se rendit en Asie pour y déposer des évêques simoniaques.

En 402, les « Longs Frères », moines accusés d’origénisme, fuient l’Égypte et viennent solliciter la protection de Jean de Constantinople contre l’évêque Théophile d’Alexandrie.

Le premier exil (403)

Théophile irrité se venge et il réunit en 403 près de Chalcédoine le Synode du Chêne. Jean fut condamné à l’exil. Mais très peu de temps après, il fut rappelé par l’impératrice effrayée d’un incident qu’elle interpréta comme un châtiment divin.

• Les circonstances ont changé mais la doxologie reste la même. Que le nom du Seigneur soit béni ! Béni soit Dieu qui a permis mon exil, béni soit Dieu qui ordonne mon rappel.

Homélie, Post reditum

Mais deux mois plus tard, Jean se compromet : on a fêté avec un luxe effréné l’inauguration d’une statue de l’impératrice Eudoxie. Et dans une homélie, Jean fait allusion à l’impératrice :

• De nouveau, Hérodiade fait rage, de nouveau, elle s’emporte, de nouveau, elle danse, de nouveau, elle demande à recevoir la tête de Jean sur un plateau !

Spuria

Le deuxième exil (404-407)

Les intrigues contre Jean se succèdent et vers Pâques 404, l’empereur ordonne l’exil. Après la Pentecôte, il part, il dit adieu à son Église, à l’Ange qui en a la garde, puis, au baptistère, à Olympias [2] et aux autres diaconesses.

Il se livre ensuite aux soldats, on le conduit au port, il embarque et le soir du même jour, un violent incendie ravage Sainte-Sophie (20 juin).

Jean en appelle à Rome.

Le premier voyage dure soixante-dix jours et le conduit à Cucuse. Les deux soldats qui l’escortent se montrent pleins d’égards.

La vaste correspondance de Jean révèle en lui un professeur d’énergie.

Jean demeura trois ans à Cucuse, les visites se multiplient, Cucuse devient un lieu de pèlerinage ! Aussi une nouvelle déportation est-elle exigée.

La mort (407)

Ici se place le calvaire de Jean, le long voyage de trois mois en direction de Pityonte (sur la Mer Noire).

Jean, épuisé, meurt en route. Il demande, sentant la mort venir, d’être revêtu de blanc (foi en la résurrection) et prononce ses paroles habituelles : « Gloire à Dieu pour toutes choses ». C’est le 14 septembre 407.

• Gloire à Dieu pour toutes choses… Ne cesse de répéter ce mot et de l’enseigner aux autres. C’est ce mot qui a fait couronner Job, ce mot qui fait fuir le diable. C’est lui qui enlève tout trouble. Continue donc d’en charmer tout ce qui t’arrive.

Ad Paenium, Ep. 193

5. La survie

En janvier 438, le successeur de Jean sur le siège de Constantinople fit ramener les reliques du saint qui reposaient au martyrium de Cumana et il les fit déposer à côté de la sépulture de l’impératrice Eudoxie.

En 451, le Concile de Chalcédoine proclame Jean docteur de l’Église. Au VIe s., Jean fut appelé « Bouche d’or », Chrysostome. Bossuet appelle - Jean Chrysostome « le Démosthène chrétien ». Pie X le proclame patron des prédicateurs.

II – ŒUVRES

La plus grande partie des œuvres de Jean Chrysostome est constituée par ses Homélies. On possède aussi quelques traités et les Lettres d’exil.

1. Homélies et sermons

Il y a les homélies exégétiques et les sermons de circonstance. Parmi les homélies exégétiques, signalons celles Sur la Genèse, sur 58 Psaumes, sur Isaïe, - pour le Nouveau Testament, les importantes Homélies sur saint Matthieu (90) dont saint Thomas d’Aquin a dit qu’il les préférerait à la possession d’une ville comme Paris, les Homélies sur saint Jean (88), 3 séries d’homélies sur les Actes des Apôtres et son chef d’œuvre : les homélies (environ 250) sur toutes les Épîtres de saint Paul dont les plus belles sont celles Sur l’Épître aux Romains. _ Une affinité spirituelle unit Jean Chrysostome à saint Paul qu’il aime avec passion et dont le programme de vie est le sien.

Dans son exégèse, Jean Chrysostome dépend de l’école littérale d’Antioche. Toute son œuvre est pénétrée de l’amour de l’Écriture.

• Les saintes Écritures ne nous ont pas été données pour que nous les laissions dans les livres mais pour que, par la lecture et la méditation, nous les gravions dans nos cœurs. La loi doit être écrite sur des tablettes de chair, nos cœurs.

In Jn. Hom. 32, 3

Parmi les sermons de circonstance, relevons les fameuses 21 Homélies sur les Statues, les 2 Homélies sur la disgrâce d’Eutrope, les 12 très belles Homélies contre les anoméens [3] sur l’incompréhensibilité de Dieu, les 12 Catéchèses baptismales dont 8 furent découvertes par le Père Wenger en 1967.

Notes sur les Homélies sur l’incompréhensibilité de Dieu

Soulignons l’importance des Homélies sur l’incompréhensibilité de Dieu. Elles ont été prononcées contre l’anoméisme, forme antiochienne de l’arianisme. Eunome réfuté tour à tour par saint Basile et Grégoire de Nysse s’en faisait le fanatique propagateur : rien de plus simple que l’essence divine, disait-il, rien de plus aisé que de la connaître et Dieu ne sait de son être rien de plus que nous. Les homélies de Jean forment un vrai traité de la transcendance divine.

Dans son livre Le Sacré, Rudolf Otto en a montré toute l’importance, tant au point de vue du concept de transcendance qu’à celui de la réaction subjective de l’homme. Voici ce que dit saint Jean Chrysostome :

• Tu m’as terriblement étonné (Ps 138, 14). Pourquoi terriblement ?… Quand nous admirons la grandeur de la mer et son abîme immense, alors nous admirons terriblement, en nous penchant sur sa profondeur. C’est ainsi que le prophète s’étant penché sur l’océan infini et sans fond de la Sagesse divine et, saisi de vertige, ayant admiré terriblement, est pris d’un mouvement de recul.

Hom. 1, 4 ; PG, 48, 705 B

Jean Chrysostome considère tout particulièrement la crainte sacrée dans le climat de la liturgie, moment essentiel de la manifestation de Dieu et expression officielle d’adoration, et surtout au moment de la messe, kairos par excellence :

• Le moment (kairos) de la messe où les hommes s’unissent à la liturgie des anges et où Dieu se manifeste est rempli d’une grande terreur.

cf. Hom. IV, 5 ; PG, 48, 733 C

• Avec quelle vénération faut-il s’approcher de ces réalités très remplies de terreur.

Hom. III, 7 ; PG, 48, 725 C

• L’homme se tient alors près du trône de gloire et il chante l’hymne très saint - cri rempli de terreur sacrée - aussi doit-il se tenir devant Dieu dans la terreur et le tremblement.

Hom. IV, 6 ; PG, 48, 734 C

[4]

Cette crainte se pénètre d’attirance, de fascinatio.

Le sacrifice eucharistique constitue un événement extraordinaire, un moment unique, un temps de grâce.

• Quelle espérance de salut ne peux-tu pas avoir en ce moment (kairos) ?

Hom. III, 7 ; PG, 48, 726 D

L’Eucharistie est présence en mystère du kairos unique de la croix.

Trois éléments principaux justifient l’exceptionnelle importance de la circonstance historique de la messe : l’assemblée de la communauté - la présence des anges - l’offrande du Corps du Christ :

• Tu ne peux pas prier à la maison comme à l’église où il y a le grand nombre, où le cri est lancé à Dieu d’un seul cœur. Il y a là quelque chose de plus, l’union des esprits, l’accord des âmes, le lien de la charité, les prières des prêtres.

Hom. III, 6 ; PG, 48, 725 C-D

• Représente-toi dans quels chœurs tu vas entrer. Revêtu d’un corps, tu as été jugé digne de célébrer avec les Puissances célestes le commun Seigneur de tous.

Hom. IV, 5 ; PG, 48, 734

• Les hommes agitent devant les rois des rameaux d’olivier afin qu’ils se souviennent (l’anamnèse) de leur amour et de leur pitié, ainsi les anges présentent le corps du Seigneur et prient le Seigneur pour la nature humaine :…

Nous te prions pour ceux-ci que tu as daigné le premier aimer, jusqu’à donner ta vie. Nous répandons nos supplications pour ceux pour lesquels toi, tu as répandu ton sang. Nous intercédons pour ceux pour lesquels tu as offert ce corps en sacrifice.

Hom. III, 7 ; PG, 48, 726 D - 727 A

Ce qui fait l’efficacité souveraine du Kairos de la messe, c’est qu’il est l’anamnèse (la memoria) du sacrifice de la croix par lequel le Christ a engagé son amour irrévocable : rappel à Dieu de son amour des hommes et rappel aux hommes de l’amour de Dieu envers eux.

Jean Chrysostome n’est pas l’auteur de la liturgie qui porte son nom et qui résulte d’un développement de plusieurs siècles, mais on a pu se rendre compte que l’esprit de la liturgie byzantine est bien le sien. Les principales sources de la liturgie dite de saint Jean Chrysostome sont ses catéchèses et prédications, celles de Théodore de Mopsueste et celles de Cyrille de Jérusalem.

2. Le Traité du Sacerdoce

Retenons seulement, parmi d’autres traités, le célèbre traité De Sacerdotio. Il imite en l’amplifiant le discours de Grégoire de Nazianze, Sur sa fuite. Il étudie l’éminente dignité de l’épiscopat et de l’apostolat sacerdotal, supérieur à la vie monastique.

3. Les lettres d’exil

On compte 236 Lettres qui datent toutes du second exil, les 17 Lettres à Olympias sont un petit traité de la providence et de la souffrance chrétienne.

Notes sur les Lettres à Olympias

Olympias était la pupille et la protégée de Grégoire de Nazianze. Elle resta veuve à 19 ans. « Quel homme que cette femme », disait d’elle Palladius ! Nectaire l’admit au rang des diaconesses et elle s’occupa, avec quelques autres diaconesses, du temporel de l’évêque Jean. Affligée par son exil, elle tomba dans un état maladif d’apathie. Jean, avec une simplicité charmante et une délicatesse exquise, oublie ses propres souffrances pour la réconforter :

• On ne saurait vous empêcher d’être comptée parmi le chœur des vierges bien que mariée. Car, pour Paul, la vierge n’est pas celle qui ne connaît pas le mariage, mais celle qui fait du Seigneur l’objet de sa sollicitude. Le Christ lui-même montre combien est supérieure à la virginité la charité (parabole des dix vierges).

Ep. 8, 4

• Il n’y a, Olympias, qu’une seule chose à craindre, une seule épreuve, le péché. Je n’ai pas cessé et ne cesserai pas de le dire : une seule chose doit nous affliger : le péché.

Ep. 7, 1

• C’est sur le visage que se concentrent tous les sentiments et tous les sens… donnez-moi donc de jouir de la présence de l’être aimé : je veux lui parler, entendre sa voix. Je veux le voir, ce visage d’où s’échappe le son de la voix que j’aime. Je veux entendre cette parole qui me révèle la pensée de ce cœur, voir ce visage où des oreilles recueillent mes propres paroles et où les yeux peignent à mon regard tous les mouvements de l’âme : ce n’est que face à face que réellement je puis jouir de ceux que j’aime.

Ep. 8, 12

• Auriez-vous sous les yeux toutes sortes de troubles, de bouleversements et de tempêtes, ne vous tourmentez de rien. Notre Maître peut tout… Ne vous laissez pas troubler par les événements, mais cessant de rechercher un appui auprès d’un tel ou d’un tel et de poursuivre des ombres (car c’est cela le secours humain), suppliez sans cesse Dieu que vous adorez de faire un signe seulement et tout en un instant s’arrangera.

Ep. 7, 2

• Souffrez, je le veux bien, mais souffrez en mettant une mesure à votre peine.

Ep. 8, 1

• Si vous voulez vous soigner comme il faut, vous vous porterez mieux !

Ep. 17, 1

• Montrez-moi que vous m’aimez en obéissant à mes lettres : ce que je désire c’est que vous retrouviez la même joie que je vous ai connue jadis !

Ep. 8, 13

• Ce n’est pas dans la nature des choses mais dans la pensée des hommes que réside le bonheur.

Ep. 10, 1

Le style

Jean de Constantinople fut un orateur de race semblable à un Démosthène ou à un Cicéron. Ses prédications sont toujours directes et il joue de main de maître sur le clavier des sentiments. Le style est animé d’un mouvement intense, tantôt simple, familier, naturel, tantôt frémissant et indigné, parcouru d’éclairs d’une ironie cinglante.

La parole interpelle l’auditeur, aussi communicative que le sera plus tard celle d’Augustin.

Mais tandis que la prédication de l’évêque d’Hippone sera théologique, celle de Jean est nettement moralisante, elle poursuit directement un but utilitaire. Augustin est homme de pensée, Jean est homme d’action.

Un petit exemple de style pittoresque :

• Le coureur qui s’élance est celui qui tout en courant des pieds s’efforce de prendre les devants avec le reste de son corps : il se tend en avant et étend les mains afin de couvrir un peu plus d’espace.

In Ep ad Phil., homélie 12, 2

III - QUELQUES ASPECTS DE LA PENSÉE

1. Sur le monachisme

[5]

Après avoir mené une vie quasi-monacale auprès de sa mère, fréquentant l’Asketerion de Diodore de Tarse, Jean fut moine six ans, il passa après quatre ans de noviciat cénobitique à l’érémitisme le plus rigoureux.

Il semble que cette expérience révéla à Jean sa vraie vocation : la vie apostolique au service de la communauté des fidèles. Désormais son but sera d’élever le niveau spirituel de la communauté chrétienne en proposant à des laïcs une spiritualité conforme à leur état.

• Gens du monde et moines ont le devoir d’atteindre au même sommet de la perfection.

Adv. opp. vit. mon., 3, 14 [6]

De part et d’autre, il faut rechercher l’amour de Dieu le plus total.

• Aimer le Christ, c’est n’être pas mercenaire, ne pas s’adonner au petit commerce, mais pratiquer la vertu d’une façon absolue et tout faire pour l’amour de Dieu.

Homélie 6in Ac

La différence réside donc pour Chrysostome uniquement dans le devoir de la virginité et de la pauvreté, imposé au moine qui s’y engage librement. Mais au moine autant qu’au laïc est demandé le service de la communauté chrétienne : service de prière, service d’édification, service apostolique. C’est dans ce dernier point que se trouve la pensée essentielle de Jean Chrysostome, pasteur et apôtre, sur le monachisme.

• Tu aurais beau rester à jeûn, coucher à la dure, manger de la cendre, pleurer sans cesse, si tu n’es pas utile à d’autres, tu ne fais rien de grand.

In Tit. 6, 2

• Les moines prient pour l’univers, voilà le plus grand témoignage de leur amitié.

Homélie 78, in Jn

Que le monachisme soit donc le signe de la possibilité de l’idéal évangélique réalisé d’une façon absolue dans l’Église qui demeure malgré les persécutions :

• Nous vous exhortons à faire l’aumône, un autre s’est dépouillé de tous ses biens, nous vous pressons de vivre chastement dans le mariage, un autre a renoncé au mariage.

Homélie 3 9 in Mt

Les moines sont un « signe eschatologique » car déjà ils réalisent la parole du Seigneur : « ils seront comme des anges » (Mt 22, 30). Et certes d’abord par leur virginité mais cette virginité les rend plus aptes au service de tous leurs frères :

• En quoi consiste le ministère des anges ? A servir Dieu pour notre salut. C’est donc une œuvre angélique de tout faire pour le salut de ses frères.

Homélie 3, 2 in He

L’accent est toujours mis chez saint Jean Chrysostome sur l’utilité des moines. Aussi tandis qu’il insiste auprès des laïcs pour qu’ils se rendent dans les solitudes, afin de faire halte auprès des moines, il insiste auprès des moines, afin qu’il n’hésitent pas à venir établir leurs solitudes dans les villes. C’est le message dont le moine est porteur qu’il importe de faire connaître. La mission d’accueil, la vertu d’hospitalité sont donc aspects essentiels, corollaires indispensables de la vie monastique :

• Les monastères sont des phares qui brillent de haut pour éclairer au loin ceux qui viennent à eux. Établis dans le port, ils invitent tout le monde à partager leur tranquillité, ne permettant pas que ceux qui les voient fassent naufrage ou demeurent dans les ténèbres.

Homélie in 1 Tim, 14, 3

2. Le moralisme

Oui, Jean Chrysostome est un moraliste et il l’est toujours, mais par nécessité. Cet aspect de sa pensée ne doit pas nous porter à perdre de vue que Jean avait comme seul but la croissance de l’amour chrétien

• Presque toutes nos instructions sont consacrées aux exhortations morales. Il ne devrait pas en être ainsi. Vous devriez veiller vous-mêmes à la réforme de vos mœurs.

De Statuis, 16, 2

• N’applaudissez pas. Je ne vous ai pas parlé pour me faire applaudir mais pour provoquer chez vous une sainte émulation.

Discours sur le mariage, III, 9

Ce fougueux dénonciateur des vices fut accusé au synode du Chêne d’encourager à pécher en disant : « Si tu as péché de nouveau, fais de nouveau pénitence, aussi souvent que tu auras péché, viens à moi et je te guérirai ». Cet homme qui consacra sa vie à combattre le mal sait que la miséricorde de Dieu est plus puissante que la faiblesse de l’homme.

• Ne désespérez pas, gardez-vous du désespoir. Je le répéterai mille fois : si vous péchez tous les jours, faites pénitence tous les jours… Oui, tu seras sauvé. Parce que le Seigneur a pour les hommes une grande bonté. Mon espoir n’est pas fondé sur ta pénitence. Ta pénitence ne peut effacer tes crimes, mais bien la clémence de Dieu qui s’y joint aussitôt, qui n’a pas de mesure, qu’aucune parole ne peut expliquer. Ta malice est celle d’un homme, elle est bornée, la miséricorde qui pardonne est celle de Dieu, elle n’a pas de bornes, elle est infinie. La malice de l’homme est à la bonté de Dieu ce qu’une étincelle tombant dans l’océan est à l’océan. Non, moins encore. L’océan a des rives, la bonté de Dieu n’en a aucune.

Homélie 31 in Ro

• Vous redoutez l’enfer ? Mais moi, je ne cesserai de vous crier que d’offenser le Christ est plus insupportable et plus redoutable que n’importe quel enfer.

Homélie 36, 4 in Mt

• Je vous aime et je suis aimé. Mais ce n’est pas cela que je vous demande. Aimons Jésus-Christ d’abord. C’est le premier commandement. Vous remplissez si bien le second, appliquez-vous au premier ! Aimons Jésus-Christ, aimons-le de toute l’ardeur de nos âmes.

Homélie 44,4 in Ac.

3. L’apôtre des laïcs

L’ardeur apostolique de Jean Chrysostome trouve sa source dans la doctrine de notre incorporation au Christ, telle qu’il l’a comprise en étudiant saint Paul. Tout chrétien est membre, membre uni au Christ dans la solidarité à tous ses frères. Voilà pourquoi incombe à tout chrétien le devoir de l’apostolat. Les laïcs sont, dit Jean Chrysostome, « le plérôme de l’évêque ». À chacun d’eux de particulariser l’enseignement épiscopal.

• Tu ne peux corriger l’Église, mais tu peux avertir ta femme. Tu ne peux prêcher à la multitude, mais tu peux ramener ton fils… ce petit cercle n’excède pas tes forces…

Homélie 4, 2 in princ. Ac

• Ce qui entretient le corps de l’Église, c’est la diffusion de la nourriture spirituelle dans tous ses membres. Le membre qui garde pour lui toute la nourriture sans la communiquer à son voisin se nuit à lui-même et nuit au corps entier.

Sermon 9, 2 Gn

• Le Christ nous a laissés ici-bas pour que nous répandions la lumière… pour que nous soyons le levain… pour que nous soyons des adultes parmi les enfants, des spirituels parmi les charnels, des semences qui porteront de nombreux fruits. Les actes remplacent avantageusement les paroles. Il n’y aurait plus de païens si nous nous comportions en vrais chrétiens.

Homélie 10, 3 in 1 Tim

• Certes, il faut désirer le ciel, mais avant que le ciel ne soit concédé le Christ nous ordonne de réaliser le ciel sur la terre, de nous comporter sur terre comme si nous étions au ciel et de porter dans nos prières la sollicitude du monde entier. Il ne nous a pas enseigné à dire : que ta volonté soit faîte en moi - ou en nous - mais sur la terre partout.

Homélie 19, 5

• Rien n’est plus vain qu’un chrétien non appliqué à sauver les autres.

Homélie 62, 4 in Mt

• Si le ferment ne fait lever toute la pâte, comment est-il ferment ? Si le parfum ne parfume pas, comment est-il parfum ? Ne dis pas : c’est impossible. Si tu es chrétien, il est impossible qu’il ne se passe rien. Cela fait partie de l’essence même du chrétien. Autant dénier au soleil la possibilité d’éclairer qu’au chrétien celle c’être utile à son prochain. Ne dis donc pas : impossible. C’est le contraire qui est impossible. Cesse d’insulter Dieu.

Homélie 20, 34 in Ac

Comment fera le chrétien pour devenir parfum ? Qu’il prie Dieu, qu’il fréquente l’église. Il pourra alors diffuser la parole entendue.

• Si quelqu’un entre dans la boutique d’un parfumeur et s’y arrête un peu, il sentira bon, il répandra autour de lui une douce odeur, à plus forte raison la répandra-t-il, cette bonne odeur, s’il fréquente l’église.

Homélie 53, 3 in Jn

Le pire tourment de Jean en exil ne fut-il pas la pensée de son « peuple »(les laïcs = le laos - le peuple) demeuré sans pasteurs zélés.

• J’ai été très peiné d’apprendre que vous et Théophile manquez de zèle. L’un de vous n’a prêché que cinq fois depuis octobre et l’autre pas du tout. Voilà qui m’accable plus que la désolation de mon état présent. Dans un temps où les autres sont persécutés, bannis, tourmentés, vous êtes impardonnables de ne soutenir votre peuple malheureux ni par votre présence, ni par vos paroles.

Ep 203

4. Le sens social

L’amour de Jean pour le pauvre est au premier plan de sa pensée [7]. Cet amour est au cœur de la doctrine chrétienne car le pauvre est membre et membre éminent du Christ. Le « c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt., 25) du jugement dernier ne cesse de le hanter avec tout son réalisme : Jésus s’offre à nous dans les pauvres.

• Ses paroles en effet sont plus dignes d’être crues que nos propres yeux. Quand donc tu vois un pauvre, souviens-toi de ses paroles qui t’affirment que c’est lui qui est nourri.

Homélie 88, sur Mt

Jean n’a rien épargné pour aider le pauvre et il a invité à donner aux pauvres avant de donner aux églises. La richesse de l’Église le peinait et il voulait qu’elle revienne à ceux auxquels elle appartient : les pauvres.

Il rendait la dureté des fidèles responsable de la richesse de l’Église. Le riche ne devrait être qu’un bon administrateur des richesses.

• C’est votre dureté qui oblige l’Église à posséder des champs, des maisons de rapport, des véhicules, des chevaux, des mulets. Elle eût mieux aimé vous les laisser et que votre zèle fût sa richesse… Votre amour pour les biens du monde a effrayé vos pasteurs : ils ont dû réserver un patrimoine à l’Église afin que les veuves, les orphelins et les vierges ne restassent pas dans l’abandon.

Homélie 85, in Mt

Aussi Jean nourrit-il un rêve et il en propose en vain l’accomplissement à ses fidèles, se faisant ainsi le prophète d’une charité communautaire dont les trois éléments seraient :

• une pauvreté volontaire à l’instar de celle des moines,

• une fraternité effective dans le partage,

• un modeste standard de vie.

Peine perdue ! Si du moins les 100.000 fidèles de Constantinople offraient chacun un pain ou même une obole… (Homélie 85, in Mt).

Mais les gens d’Église eux-mêmes comprennent-ils mieux ?

• Autrefois, je me suis moqué des princes qui ne regardaient qu’à la fortune, qu’à l’influence… Mais depuis que j’ai vu les mêmes abus chez nous, je n’en suis plus scandalisé… Les gens du monde sont dominés par leur misérable passion pour l’or et pour la gloire, mais ceux qui font profession d’y renoncer agissent-ils mieux ?

De Sac., 15

Il faut signaler aussi la délicatesse de Jean envers le pauvre.

• Que le pauvre soit païen ou Juif, s’il a besoin de miséricorde, n’hésite pas. Il a droit à être secouru.

Homélie 10, in He

• Que l’amitié se resserre entre vous. Demandez-leur quelque service pour qu’ils ne rougissent pas de recevoir. Ainsi ils seront plus à l’aise et entre vous régnera liberté et confiance.

Homélie 48, 7, in Mt

5. Le Docteur de l’Eucharistie

Le réalisme eucharistique de Jean Chrysostome nous est bien connu [8] En fait, et précisément à cause de l’importance que Jean accorde à la doctrine de notre incorporation au Christ, Jean est reconnu comme le docteur de l’Eucharistie. Citons seulement deux beaux textes [9] :

• Moi, je m’insinue en toi de toutes parts. Je ne veux plus rien entre nous deux : je veux que les deux deviennent un.

Homélie in 1 Tim, 15

• Bâtissons donc sur le Christ, qu’il soit notre fondement, comme la vigne l’est pour le sarment, et que rien ne s’intercale entre nous et lui : si venait la moindre séparation, nous péririons à l’instant. Car le sarment vit de son rattachement et la construction tient par l’appui qu’elle trouve : si celui-ci venait à se dérober, elle s’effondrerait, n’ayant pas de soutien. Et ne nous attachons pas seulement au Christ, accolons-nous à lui ; le moindre intervalle nous ferait mourir. Car il est écrit (Ps 72, 27) : « Ceux qui s’éloignent de toi périront » Accolons-nous donc à lui et accolons-nous par les œuvres. Car, dit-il, « C’est celui qui observe mes commandements qui demeure en moi » (Jn 14, 21). Et en vérité, il fait notre union avec lui de beaucoup de manières. Vois : il est la tête, nous, le corps, peut-il y avoir un espace vide entre la tête et le corps ? Il est le fondement, nous l’édifice ; lui, la vigne, nous, les sarments ; lui, l’époux, nous, l’épouse ; lui, le berger, nous, les brebis ; lui, la voie, nous, les voyageurs nous, le temple, lui, l’habitant ; lui, l’aîné, nous, les frères lui, l’héritier, nous, les cohéritiers, lui, la vie, nous les vivants ; lui, la résurrection, nous, les ressuscités ; lui, la lumière, nous, les illuminés. Tout cela parle d’union, tout cela indique qu’il ne peut demeurer d’intervalle, fût-ce le plus petit. Qui se sépare, même très peu, verra la brèche grandir et sera écarté. Est-ce que notre corps, quand un glaive y fait une déchirure même exiguë, ne périt pas ? Est-ce qu’un édifice, par des fissures même étroites, ne va pas à sa ruine ? Est-ce qu’une branche, coupée de la racine, même délicatement, ne dessèche pas ? Ce, peu de chose, vous le voyez, n’est pas peu, c’est presque tout.

Homélie 8 in 1 Co, 4

6. Sur le travail

[10]

Notre âge scientifique, où la technique modifie les conditions de vie, s’interroge sur la valeur du travail et, pour la première fois peut-être dans l’histoire, l’Église se montre soucieuse d’élaborer une théologie du travail. Une enquête dans la tradition patristique s’impose. Quels éléments la pensée de Jean Chrysostome pourra-telle apporter ?

Les renseignements sont épars et lorsque les textes sont réunis, nous constatons qu’en fait Jean n’a guère parlé que du travail « corporel », invitant les riches à le respecter, à en comprendre la dignité.

Instinctivement, Jean répugnait à ce travail… Voici ce qu’il dit au moment de se faire moine :

• Je me demandais… si on n’allait pas me faire faire un travail pénible, par exemple me faire bêcher, porter du bois ou de l’eau…

De Compunctione ad Dem., 1, 6

L’estime du travail

La riche société d’Antioche méprise l’humble travailleur et Jean, pasteur d’âmes, réagit.

• Ne dis pas : c’est un ouvrier en airain, c’est un cordonnier, un cultivateur,… ne le méprise pas. Ne regardons jamais le travail comme une honte.

In Prisc. et Aquila, 1, 5

• Paul était corroyeur, après avoir prêché, il se mettait à son métier.

In 1 Co, homélie 20, 5-6

• Nous sommes les disciples de pêcheurs, de publicains, de faiseurs de tentes, de celui qui a été nourri dans la maison d’un charpentier.

Ad pop. Ant., 19, 2

• Paul… a consacré dans ses lettres comme sur une stèle d’airain le souvenir de son métier, et nous, indignes que nous sommes,… nous rougissons de ce dont il se montre fier.

In Prisc. et Aquila, 1, 5

Aussi Jean veut-il s’adresser aux plus humbles :

• Je veux que les serviteurs et les servantes, la pauvre veuve, le marchand, le matelot, le simple laboureur, puissent aisément me comprendre.

Quod Christus sit Deus, 1

Et en une fête de l’Ascension, Jean se réjouit de saluer dans la basilique d’Antioche, des prêtres-agriculteurs.

• Je regarde ce jour comme une très grande fête à cause de la présence de nos frères. Ils ne rougissent pas de travailler comme les habitants de notre cité. Tantôt ils courbent les bœufs sous le joug, tantôt montant en chaire, ils cultivent les âmes qui leur sont soumises, tantôt, serpe en main, ils coupent les épines du sol, tantôt ils purifient les âmes de leurs péchés, par la parole.

Ad pop. Ant., 19, 1

Jean, qui n’envisage guère que le travail manuel, semble quelque peu méprisant pour les vains jeux de l’esprit

• Diogène n’est pas plus admirable que les charlatans qui avalent des clous et mangent des souliers ; tout travail qui ne produit aucun fruit n’a droit à aucune louange.

De S. Babyla cont. Jul., 8

Si le riche cependant apprend à faire un bon usage de ses richesses, alors il possède « un art supérieur à tous les autres, car son atelier est dans les cieux »(Homélie 49 in Mt, 34).

Le rôle de l’art

L’art, la technè est pour Jean une réaction de la sagesse mise par Dieu dans l’homme aux besoins et difficultés que lui pose la vie.

• Voyez quelle grande chose est l’art. Un homme plein de force ne vient pas toujours à bout de maîtriser un seul cheval, tandis qu’avec le secours de l’art un adolescent souvent en gouverne deux sans peine et les guide à son gré.

In Act. Ap. Hom. 29,4

• Le cheval est plus rapide que l’homme, mais tandis que le cheval le plus rapide parcourra 200 stades en un jour, l’homme en attelant successivement plusieurs chevaux pourra en parcourir jusqu’à 2000…

Ad pop. Ant., II, 4

L’art engage l’homme tout entier, corps et âme, dans l’œuvre de domination et de transformation du monde - par là se manifeste sa qualité d’image de Dieu.

L’homme, image de Dieu, est maître sous un Maître

L’homme est situé entre le Dieu pantocrator et le monde créé pour lui. Quelles sont les incidences du travail sur la vie spirituelle ?

La tendance eschatologique de Jean l’amène à affirmer avec force que la fin de l’homme n’est pas la construction de la cité terrestre, car « la figure de ce monde passe » (De Virginitate, 73), on ne peut donc oublier la fin supérieure, s’aliéner dans les choses temporelles. Il faut travailler comme les moines, sans se laisser prendre aux soucis de cette vie. Tout chrétien doit prendre du « loisir » pour vaquer aux choses spirituelles. Le labeur spirituel de la prière est un art supérieur (De Resurr. Mort., 5).

• Moi, je ne vous demande pas de rester sept, dix jours sans travailler, mais de me prêter deux heures dans une journée et de garder les autres.

In inscr. alt., 2

• Tu es ouvrier ? Chante des psaumes, assis au travail. Mais tu ne peux pas chanter à haute voix ? Fais-le par l’esprit. Tu peux être dans ton atelier comme dans un monastère.

Ad illum. Cat., 2, 4

Tout chrétien a une première profession : être chrétien. Il y a donc le primat de la prière, le premier labeur de la prière :

• L’Église de Dieu se lève pendant la nuit pour offrir à Dieu le sacrifice de louanges. Lève-toi donc aussi… Tu vas objecter : j’ai travaillé tout le jour, je suis fatigué, je suis incapable de me lever. Ta fatigue égale-t-elle celle du métallurgiste qui travaille péniblement la plus grande partie de la nuit ? Ouvre donc un atelier spirituel, non pour y fabriquer des marmites et des bassins, mais pour y façonner ton âme. Cette âme vieillie dans le péché, plonge-la dans le creuset de la confession…

Homélie 26, 3-4 in Ac

Dieu par sa parole a donné à la terre l’impulsion initiale (Hom. in Gen., 6, 4) et c’est sous la main bénissante du Maître suprême que l’homme doit travailler. Avant d’offrir aux paysans des bains, qu’on leur construise une église, si simple soit-elle :

• Que personne n’ait une terre sans église. Vous trouvez que c’est une dépense trop considérable ? Commencez ; par une construction modeste : votre héritier l’agrandira.

Homélie 18 in Ac

• Une campagne où il y a une église ressemble au paradis de Dieu.

Homélie 23 in 2 Co

• Que ce soit de là que les mains prennent leur élan vers le labeur ; qu’elles soient d’abord étendues pour la prière, qu’ensuite elles partent au travail.

Homélie 18 in Ac

Deux thèmes dominent dans la pensée de Jean Chrysostome sur le travail : • Toute la création est pour l’homme. • L’homme est « dominateur » à l’image de Dieu : à lui de dominer la création. La création est pour l’homme

• Comme quelqu’un qui aurait construit un palais magnifique, étincelant d’or, éblouissant de l’éclat des pierreries, ayant disposé le monde, Dieu introduisit l’homme pour régner sur tout ce qui s’y trouve.

De Comp. ad Stel., 2, 5

• Lorsque la création fut achevée, lorsqu’il ne resta rien d’imparfait et que tout fut terminé, le corps réclama sa tête, la cité son chef, la création son roi, l’homme.

Contra Anomeos, II, 2

• Le monarque est nécessaire aux sujets et les sujets au monarque.

Ad pop. Ant., II, 4

Le monde est ainsi un signe de la philanthropie divine, le inonde est tout entier « la nourrice d’un enfant royal » (In Rom. hom. 14, 5).

La venue de l’homme au terme de la création est bien plus qu’un symbole, l’homme est à tous les sens du mot la fin (l’achèvement, le but) de la création.

L’homme est « dominateur » à l’image de Dieu

La dignité de l’homme est celle d’image de Dieu et certes, de là vient d’abord sa nécessaire soumission à l’Être suprême dont il est l’image, mais de là découle aussi son droit d’empire absolu sur la création.

• Ce petit être de trois coudées, tellement inférieur aux animaux par la force du corps, Dieu l’a élevé au-dessus de tous, lui donnant avec lui-même la parenté de la raison, le gratifiant d’une âme raisonnable, ce qui est le sommet de l’honneur.

In pasc. 48, 7

Le terme d’ « image de Dieu » est compris expressément par Jean Chrysostome comme signifiant une similitude de pouvoir.

• Ce qu’est Dieu, en effet dans le ciel, l’homme l’est sur la terre, je veux dire quant au pouvoir.

In He homélie 2, 2

À l’homme responsable de ne pas décevoir l’espérance de la créature, de ne pas décevoir - en restant fidèlement son image l’amour de Dieu qui lui transmet son pouvoir créateur.

La création soumise à l’homme chante ainsi la gloire de Dieu :

• Tout est au service de l’homme, c’est-à-dire de l’image du Maître. La création n’honore pas l’être terrestre, elle révère le signe céleste, le signe du roi.

Texte cité dans Échos d’Orient, II, 1908, p. 81

Bien des notations devraient être ajoutées ! Signalons seulement que le travail est la source première de l’aumône, service du pauvre, et qu’il est facteur d’union entre les hommes soumis ensemble au labeur et travaillant au service des autres.

• Ne comprenez-vous pas que si l’abeille l’emporte en dignité sur les autres, ce n’est pas parce qu’elle travaille, mais parce qu’elle travaille pour les autres. L’araignée aussi travaille, elle prend beaucoup de peine à tisser ses toiles, mais son œuvre ne nous est en rien profitable.

CONCLUSION

Peut-on tracer un portrait de Jean Chrysostome ? On sait qu’il fut d’un aspect physique insignifiant : petit de taille, chétif, de mine souffrante, très sensible au froid. Mais la parole qui fut sa vocation et sa passion le transfigurait.

La postérité ne s’est pas trompée en choisissant de désigner Jean de Constantinople sous le nom de Jean Bouche d’Or (Chrysostome) : l’éloquence de Jean est si vivante, si familière qu’elle nous atteint aujourd’hui encore. Ce prédicateur infatigable parle encore et il développe pour nous ses thèmes préférés : l’Eucharistie, l’amour du pauvre, la charité, l’appel universel à la sainteté.

S Jean Chrysostome fut en effet le défenseur passionné des humbles, il sut dénoncer avec véhémence le révoltant contraste qui existait entre les pauvres auxquels le Christ s’identifie et les riches qui se prétendaient chrétiens :

• Ton chien est repu et le Christ est dévoré par la faim.

Homélie 17 in 2 Co

Condamnant le luxe, Jean vécut pauvrement et suscita ainsi l’inimitié de ceux pour lesquels cet exemple était une trop dure leçon.

Jean Chrysostome fut formé à l’exégèse à l’école d’Antioche, aussi s’attache-t-il avec soin au commentaire du sens littéral, mais il le fait toujours en prédicateur, en pasteur, soucieux du progrès spirituel de ses auditeurs.

Les lettres d’exil nous révèlent un Jean Chrysostome très humain : oublieux de lui jusqu’à l’héroïsme, il sait cependant reconnaître ses souffrances très dures, mais surtout il se préoccupe de chacun avec une affection délicate et vibrante, une étonnante compréhension.

Newman s’est demandé longuement pourquoi Jean Chrysostome lui était si particulièrement cher : « Je l’aime comme j’aime David ou saint Paul. Comment l’expliquer ? » Il répond en décrivant avec finesse la « bienveillance attentive », l’amour personnel de Jean pour chacun.

• Je considère, dit-il, que le charme de Chrysostome réside dans sa sympathie et sa compassion profonde pour le monde entier, non seulement dans sa force, mais dans sa faiblesse… Tout possédé qu’il est du feu de la divine charité, il n’a pas perdu une fibre, il ne laisse échapper aucune vibration de l’ensemble compliqué de la sentimentalité et de l’affectivité humaines, tout pareil au buisson miraculeux du désert qui, malgré la flamme qui l’enveloppait, n’était pas pour cela consumé. [11]

Source :

SOEUR GABRIEL PETERS, Lire les Pères de l’Église. Cours de patrologie, DDB, 1981.

Avec l’aimable autorisation des Éditions Migne

[1] Cette église - la Mégalè - est Sainte-Sophie, elle fut endommagée par l’incendie de 404, détruite en 532 lors de la sédition Nika et reconstruite sous Justinien dans sa forme actuelle.

[2] Olympias est une veuve diaconesse. Lors de son deuxième exil, Jean lui écrira 17 lettres sur la souffrance.

[3] Les anoméens disaient que le Fils était totalement différent du Père, seul inengendré.

[4] Nous avons traduit « terreur », mais le terme propre est plus fort encore, c’est l’« horreur », c’est-à-dire la crainte sacrée.

[5] Pour plus de détails, voir Théologie de la vie monastique, Paris 1961, à l’article de J. - M. LEROUX, p. 143-190.

[6] Contre les ennemis du monachisme : Adversus oppugnatores vitae monasticae.

[7] Voir de très beaux textes réunis dans E. MERSCH, Le Corps mystique du Christ, t. 1, 1936, p. 476-485.

[8] Voir les lectures lues autrefois au 2e dimanche après la Pentecôte, homélie 60 au peuple d’Antioche.

[9] On en trouvera d’autres dans E. MERSCH, op. cit., t. I, p. 469-476.

[10] D’après Lucien DALOZ, Le travail selon saint Jean Chrysostome, Paris 1959.

[11] Voir J.H. NEWMAN, Esquisses patristiques, trad. D. Gorce, Paris 1962, p. 383-388. Il faut lire ces pages merveilleuses que Newman n’a pu écrire que parce qu’en cela, il fut si semblable à saint Jean Chrysostome.



ST. JOHN was born at Antioch, in 344. In order to break with the world which admired and courted him, he in 374 retired for six years to a neighboring mountain. Having thus acquired the art of Christian silence, he returned to Antioch, and there labored as priest, until he was ordained Bishop of Constantinople in 398. The effect of his sermons was everywhere marvellous. He was very urgent that his people should frequent the Holy Sacrifice, and in order to remove all excuse he abbreviated the long Liturgy until then in use. St. Nilus relates that St. John Chrysostom was wont to see, when the priest began the holy sacrifice, "many of the blessed ones coming down from heaven in shining garmetns, and with bare feet, eyes intent, and bowed heads, in utter stillness and silence, assisting at the consummation of the tremendous mystery." Beloved as he was in Constantinople, his denunciations of vice made him numerous enemies. In 403 these procured his banishment; and although he was almost immediately recalled, it was not more than a reprieve. In 404 he was banished Cucusus in the deserts of Taurus. In 407 he was wearing out, but his enemies were impatient. They hurried him off to Pytius on the Euxine, a rough journey of nigh 400 miles. He was assiduously exposed to every hardship, cold, wet, and semi-starvation, but nothing could overcome his cheerfulness and his consideration for others. On the journey his sickness increased, and he was warned that his end was nigh. Thereupon, exchanging his travel-stained clothes for white garments, he received Viaticum, and with his customary words, "Glory be to God for all things, amen," passed to Christ.

REFLECTION.—We should try to understand that the most productive work in the whole day, both for time and eternity, is that involved in hearing Mass. St. John Chrysostom felt this so keenly, that he allowed no consideration of venerable usage to interfere with the easiness of hearing Mass.



St. John Chrysostom

(Chrysostomos, "golden-mouthed" so called on account of his eloquence).

Doctor of the Church, born at Antioch, c. 347; died at Commana in Pontus, 14 September, 407.
John — whose surname "Chrysostom" occurs for the first time in the "Constitution" of Pope Vigilius (cf. P.L., LX, 217) in the year 553 — is generally considered the most prominent doctor of the Greek Church and the greatest preacher ever heard in a Christian pulpit. His natural gifts, as well as exterior circumstances, helped him to become what he was.

Life

Boyhood

At the time of Chrysostom's birth, Antioch was the second city of the Eastern part of the Roman Empire. During the whole of the fourth century religious struggles had troubled the empire and had found their echo at Antioch.Pagans, Manichaeans, Gnostics, Arians, Apollinarians, Jews, made their proselytes at Antioch, and the Catholicswere themselves separated by the schism between the bishops Meletius and Paulinus. Thus Chrysostom's youth fell in troubled times. His father, Secundus, was an officer of high rank in the Syrian army. On his death soon after the birth of John, Anthusa, his wife, only twenty years of age, took the sole charge of her two children, Johnand an elder sister. Fortunately she was a woman of intelligence and character. She not only instructed her son in piety, but also sent him to the best schools of Antioch, though with regard to morals and religion many objections could be urged against them. Beside the lectures of Andragatius, a philosopher not otherwise known, Chrysostom followed also those of Libanius, at once the most famous orator of that period and the most tenacious adherent of the declining paganism of Rome. As we may see from the later writings of Chrysostom, he attained then considerable Greek scholarship and classical culture, which he by no means disowned in his later days. His alleged hostility to classical learning is in reality but a misunderstanding of certain passages in which he defends the philosophia of Christianity against the myths of the heathen gods, of which the chief defenders in histime were the representatives and teachers of the sophia ellenike (see A. Naegele in "Byzantin. Zeitschrift", XIII, 73-113; Idem, "Chrysostomus und Libanius" in Chrysostomika, I, Rome, 1908, 81-142).

Chrysostom as lector and monk

It was a very decisive turning-point in the life of Chrysostom when he met one day (about 367) the bishopMeletius. The earnest, mild, and winning character of this man captivated Chrysostom in such a measure that he soon began to withdraw from classical and profane studies and to devote himself to an ascetic and religious life. He studied Holy Scripture and frequented the sermons of Meletius. About three years later he received HolyBaptism and was ordained lector. But the young cleric, seized by the desire of a more perfect life, soon afterwards entered one of the ascetic societies near Antioch, which was under the spiritual direction of Carterius and especially of the famous Diodorus, later Bishop of Tarsus (see Palladius, "Dialogus", v; Sozomenus, Church History VIII.2). Prayer, manual labour and the study of Holy Scripture were his chief occupations, and we may safely suppose that his first literary works date from this time, for nearly all his earlier writings deal with asceticand monastic subjects [cf. below Chrysostom writings: (1) "Opuscuia"]. Four years later, Chrysostom resolved to live as an anchorite in one of the caves near Antioch. He remained there two years, but then as his health was quite ruined by indiscreet watchings and fastings in frost and cold, he prudently returned to Antioch to regain his health, and resumed his office as lector in the church.

Chrysostom as deacon and priest at Antioch

As the sources of the life of Chrysostom give an incomplete chronology, we can but approximately determine thedates for this Antiochene period. Very probably in the beginning of 381 Meletius made him deacon, just before his own departure to Constantinople, where he died as president of the Second Ecumenical Council. Thesuccessor of Meletius was Flavian (concerning whose succession see F. Cavallera, "Le Schime d'Antioche", Paris, 1905). Ties of sympathy and friendship connected Chrysostom with his new bishop. As deacon he had to assist at the liturgical functions, to look after the sick and poor, and was probably charged also in some degree with teaching catechumens. At the same time he continued his literary work, and we may suppose that he composed his most famous book, "On the Priesthood", towards the end of this period (c. 386, see Socrates, Church HistoryVI.3), or at latest in the beginning of his priesthood (c. 387, as Nairn with good reasons puts it, in his edition of "De Sacerd.", xii-xv). There may be some doubt if it was occasioned by a real historical fact, viz., that Chrysostom and his friend Basil were requested to accept bishoprics (c. 372). All the earliest Greek biographers seem not to have taken it in that sense. In the year 386 Chrysostom was ordained priest by Flavian, and from that dates his real importance in ecclesiastical history. His chief task during the next twelve years was that of preaching, which he had to exercise either instead of or with Bishop Flavian. But no doubt the larger part of the popular religious instruction and education devolved upon him. The earliest notable occasion which showed his power of speaking and his great authority was the Lent of 387, when he delivered his sermons "On the Statues" (P.G., XLVIII, 15, xxx.). The people of Antioch, excited by the levy of new taxes, had thrown down the statues ofEmperor Theodosius. In the panic and fear of punishment which followed, Chrysostom delivered a series of twenty or twenty-one (the nineteenth is probably not authentic) sermons, full of vigour, consolatory, exhortative, tranquilizing, until Flavian, the bishop, brought back from Constantinople the emperor's pardon. But the usual preaching of Chrysostom consisted in consecutive explanations of Holy Scripture. To that custom, unhappily no longer in use, we owe his famous and magnificent commentaries, which offer us such an inexhaustible treasure of dogmatic, moral, and historical knowledge of the transition from the fourth to the fifth century. These years, 386-98, were the period of the greatest theological productivity of Chrysostom, a period which alone would have assured him for ever a place among the first Doctors of the Church. A sign of this may be seen in the fact that in the year 392 St. Jerome already accorded to the preacher of Antioch a place among his Viri illustres ("De Viris ill.", 129, in P.L., XXIII, 754), referring expressly to the great and successful activity of Chrysostom as atheological writer. From this same fact we may infer that during this time his fame had spread far beyond the limits of Antioch, and that he was well known in the Byzantine Empire, especially in the capital.

St. Chrysostom as bishop of Constantinople

In the ordinary course of things Chrysostom might have become the successor of Flavian at Antioch. But on 27 September 397, Nectarius, Bishop of Constantinople, died. There was a general rivalry in the capital, openly or in secret, for the vacant see. After some months it was known, to the great disappointment of the competitors, that Emperor Areadius, at the suggestion of his minister Eutropius, had sent to the Prefect of Antioch to call JohnChrysostom out of the town without the knowledge of the people, and to send him straight to Constantinople. In this sudden way Chrysostom was hurried to the capital, and ordained Bishop of Constantinople on 26 February, 398, in the presence of a great assembly of bishops, by Theophilus, Patriarch of Alexandria, who had beenobliged to renounce the idea of securing the appointment of Isidore, his own candidate. The change for Chrysostom was as great as it was unexpected. His new position was not an easy one, placed as he was in the midst of an upstart metropolis, half Western, half Oriental, in the neighbourhood of a court in which luxury and intrigue always played the most prominent parts, and at the head of the clergy composed of most heterogeneous elements, and even (if not canonically, at least practically) at the head of the whole Byzantine episcopate. The first act of the new bishop was to bring about a reconciliation between Flavian and Rome. Constantinople itself soon began to feel the impulse of a new ecclesiastical life.

The necessity for reform was undeniable. Chrysostom began "sweeping the stairs from the top" (Palladius, op. cit., v). He called his oeconomus, and ordered him to reduce the expenses of the episcopal household; he put an end to the frequent banquets, and lived little less strictly than he had formerly lived as a priest and monk. With regard to the clergy, Chrysostom had at first to forbid them to keep in their houses syneisactoe, i.e. womenhousekeepers who had vowed virginity. He also proceeded against others who, by avarice or luxury, had givenscandal. He had even to exclude from the ranks of the clergy two deacons, the one for murder and the other foradultery. Of the monks, too, who were very numerous even at that time at Constantinople, some had preferred to roam about aimlessly and without discipline. Chrysostom confined them to their monasteries. Finally he took care of the ecclesiastical widows. Some of them were living in a worldly manner: he obliged them either to marryagain, or to observe the rules of decorum demanded by their state. After the clergy, Chrysostom turned his attention to his flock. As he had done at Antioch, so at Constantinople and with more reason, he frequently preached against the unreasonable extravagances of the rich, and especially against the ridiculous finery in thematter of dress affected by women whose age should have put them beyond such vanities. Some of them, thewidows Marsa, Castricia, Eugraphia, known for such preposterous tastes, belonged to the court circle. It seems that the upper classes of Constantinople had not previously been accustomed to such language. Doubtless some felt the rebuke to be intended for themselves, and the offence given was the greater in proportion as the rebuke was the more deserved. On the other hand, the people showed themselves delighted with the sermons of their new bishop, and frequently applauded him in the church (Socrates, Church History VI). They never forgot his care for the poor and miserable, and that in his first year he had built a great hospital with the money he hadsaved in his household. But Chrysostom had also very intimate friends among the rich and noble classes. The most famous of these was Olympias, widow and deaconess, a relation of Emperor Theodosius, while in the Courtitself there was Brison, first usher of Eudoxia, who assisted Chrysostom in instructing his choirs, and always maintained a true friendship for him. The empress herself was at first most friendly towards the new bishop. She followed the religious processions, attended his sermons, and presented silver candlesticks for the use of thechurches (Socrates, op. cit., VI, 8; Sozomenus, op. cit., VIII, 8).
Unfortunately, the feelings of amity did not last. At first Eutropius, the former slave, now minister and consul, abused his influence. He deprived some wealthy persons of their property, and prosecuted others whom he suspected of being adversaries of rivals. More than once Chrysostom went himself to the minister (see "Oratio ad Eutropium" in P.G., Chrys. Op., III, 392) to remonstrate with him, and to warn him of the results of his own acts, but without success. Then the above-named ladies, who immediately surrounded the empress, probably did not hide their resentment against the strict bishop. Finally, the empress herself committed an injustice in depriving awidow of her vineyard (Marcus Diac., "Vita Porphyrii", V, no. 37, in P.G., LXV, 1229). Chrysostom interceded for the latter. But Eudoxia showed herself offended. Henceforth there was a certain coolness between the imperial Court and the episcopal palace, which, growing little by little, led to a catastrophe. It is impossible to ascertain exactly at what period this alienation first began; very probably it dated from the beginning of the year 401. But before this state of things became known to the public there happened events of the highest political importance, and Chrysostom, without seeking it, was implicated in them. These were the fall of Eutropius and the revolt of Gainas.
In January, 399, Eutropius, for a reason not exactly known, fell into disgrace. Knowing the feelings of the people and of his personal enemies, he fled to the church. As he had himself attempted to abolish the immunity of theecclesiastical asylums not long before, the people seemed little disposed to spare him. But Chrysostom interfered, delivering his famous sermon on Eutropius, and the fallen minister was saved for the moment. As, however, he tried to escape during the night, he was seized, exiled, and some time later put to death. Immediately another more exciting and more dangerous event followed. Gainas, one of the imperial generals, had been sent out to subdue Tribigild, who had revolted. In the summer of 399 Gainas united openly withTribigild, and, to restore peace, Arcadius had to submit to the most humiliating conditions. Gainas was named commander-in-chief of the imperial army, and even had Aurelian and Saturninus, two men of the highest rank atConstantinople, delivered over to him. It seems that Chrysostom accepted a mission to Gainas, and that, owing to his intervention, Aurelian and Saturninus were spared by Gainas, and even set at liberty. Soon afterwards, Gainas, who was an Arian Goth, demanded one of the Catholic churches at Constantinople for himself and his soldiers. Again Chrysostom made so energetic an opposition that Gainas yielded. Meanwhile the people ofConstantinople had become excited, and in one night several thousand Goths were slain. Gainas however escaped, was defeated, and slain by the Huns. Such was the end within a few years of three consuls of theByzantine Empire. There is no doubt that Chrysostom's authority had been greatly strengthened by the magnanimity and firmness of character he had shown during all these troubles. It may have been this that augmented the jealousy of those who now governed the empire — a clique of courtiers, with the empress at their head. These were now joined by new allies issuing from the ecclesiastical ranks and including some provincialbishops  Severian of Gabala, Antiochus of Ptolemais, and, for some time, Acacius of Beroea — who preferred the attractions of the capital to residence in their own cities (Socrates, op. cit., VI, 11; Sozomenus, op. cit., VIII, 10). The most intriguing among them was Severian, who flattered himself that he was the rival of Chrysostom in eloquence. But so far nothing had transpired in public. A great change occurred during the absence of Chrysostom for several months from Constantinople. This absence was necessitated by an ecclesiastical affair inAsia Minor, in which he was involved. Following the express invitation of several bishops, Chrysostom, in the first months of 401, had come to Ephesus, where he appointed a new archbishop, and with the consent of the assembled bishops deposed six bishops for simony. After having passed the same sentence on Bishop Gerontius of Nicomedia, he returned to Constantinople.

Meanwhile disagreeable things had happened there. Bishop Severian, to whom Chrysostom seems to have entrusted the performance of some ecclesiastical functions, had entered into open enmity with Serapion, thearchdeacon and oeconomus of the cathedral and the episcopal palace. Whatever the real reason may have been, Chrysostom, found the case so serious that he invited Severian to return to his own see. It was solely owing to the personal interference of Eudoxia, whose confidence Serapion possessed, that he was allowed to come back from Chalcedon, whither he had retired. The reconciliation which followed was, at least on the part of Severian, not a sincere one, and the public scandal had excited much ill-feeling. The effects soon became visible. When in the spring of 402, Bishop Porphyrius of Gaza (see Marcus Diac., "Vita Porphyrii", V, ed. Nuth, Bonn, 1897, pp. 11-19) went to the Court at Constantinople to obtain a favour for his diocese, Chrysostom answered that he could do nothing for him, since he was himself in disgrace with the empress. Nevertheless, the party of malcontents were not really dangerous, unless they could find some prominent and unscrupulous leader. Such aperson presented himself sooner than might have been expected. It was the well-known Theophilus, Patriarch ofAlexandria. He appeared under rather curious circumstances, which in no way foreshadowed the final result.Theophilus, toward the end of the year 402, was summoned by the emperor to Constantinople to apologize before a synod, over which Chrysostom should preside, for several charges, which were brought against him bycertain Egyptian monks, especially by the so-called four "tall brothers". The patriarch, their former friend, had suddenly turned against them, and had them persecuted as Origenists (Palladius, "Dialogus", xvi; Socrates, op. cit., VI, 7; Sozomenus, op. cit., VIII, 12).

However, Theophilus was not easily frightened. He had always agents and friends at Constantinople, and knewthe state of things and the feelings at the court. He now resolved to take advantage of them. He wrote at once toSt. Epiphanius at Cyprus, requesting him to go to Constantinople and prevail upon Chrysostom at to condemn the Origenists. Epiphanius went. But when he found that Theophilus was merely using him for his own purposes, he left the capital, dying on his return in 403. At this time Chrysostom delivered a sermon against the vain luxury of women. It was reported to the empress as though she had been personally alluded to. In this way the ground was prepared. Theophilus at last appeared at Constantinople in June, 403, not alone, as he had been commanded, but with twenty-nine of his suffragan bishops, and, as Palladius (ch. viii) tells us, with a good deal of money and all sorts of gifts. He took his lodgings in one of the imperial palaces, and held conferences with all the adversaries of Chrysostom. Then he retired with his suffragans and seven other bishops to a villa nearConstantinople, called epi dryn (see Ubaldi, "La Synodo ad Quercum", Turin, 1902). A long list of the most ridiculous accusations was drawn up against Chrysostom (see Photius, "Bibliotheca", 59, in P.G., CIII, 105-113), who, surrounded by forty-two archbishops and bishops assembled to judge Theophilus in accordance with theorders of the emperor, was now summoned to present himself and apologize. Chrysostom naturally refused to recognize the legality of a synod in which his open enemies were judges. After the third summons Chrysostom, with the consent of the emperor, was declared to be deposed. In order to avoid useless bloodshed, he surrendered himself on the third day to the soldiers who awaited him. But the threats of the excited people, and a sudden accident in the imperial palace, frightened the empress (Palladius, "Dialogus", ix). She feared some punishment from heaven for Chrysostom's exile, and immediately ordered his recall. After some hesitation Chrysostom re-entered the capital amid the great rejoicings of the people. Theophilus and his party savedthemselves by flying from Constantinople. Chrysostom's return was in itself a defeat for Eudoxia. When her alarms had gone, her rancour revived. Two months afterwards a silver statue of the empress was unveiled in the square just before the cathedral. The public celebrations which attended this incident, and lasted several days, became so boisterous that the offices in the church were disturbed. Chrysostom complained of this to the prefectof the city, who reported to Eudoxia that the bishop had complained against her statue. This was enough to excite the empress beyond all bounds. She summoned Theophilus and the other bishops to come back and todepose Chrysostom again. The prudent patriarch, however, did not wish to run the same risk a second time. He only wrote to Constantinople that Chrysostom should be condemned for having re-entered his see in opposition to an article of the Synod of Antioch held in the year 341 (an Arian synod). The other bishops had neither the authority nor the courage to give a formal judgment. All they could do was to urge the emperor to sign a newdecree of exile. A double attempt on Chrysostom's life failed. On Easter Eve, 404, when all the catechumens were to receive baptism, the adversaries of the bishop, with imperial soldiers, invaded the baptistery and dispersed the whole congregation. At last Arcadius signed the decree, and on 24 June, 404, the soldiers conducted Chrysostom a second time into exile.

Exile and death

They had scarcely left Constantinople when a huge conflagration destroyed the cathedral, the senate-house, and other buildings. The followers of the exiled bishop were accused of the crime and prosecuted. In haste Arsacius, an old man, was appointed successor of Chrysostom, but was soon succeeded by the cunning Atticus. Whoever refused to enter into communion with them was punished by confiscation of property and exile. Chrysostom himself was conducted to Cucusus, a secluded and rugged place on the east frontier of Armenia, continually exposed to the invasions of the Isaurians. In the following year he had even to fly for some time to the castle ofArabissus to protect himself from these barbarians. Meanwhile he always maintained a correspondence with his friends and never gave up the hope of return. When the circumstances of his deposition were known in the West, the pope and the Italian bishops declared themselves in his favour. Emperor Honorius and Pope Innocent Iendeavoured to summon a new synod, but their legates were imprisoned and then sent home. The pope broke off all communion with the Patriarchs of Alexandria, Antioch (where an enemy of Chrysostom had succeeded Flavian), and Constantinople, until (after the death of Chrysostom) they consented to admit his name into thediptychs of the Church. Finally all hopes for the exiled bishop had vanished. Apparently he was living too long for his adversaries. In the summer, 407, the order was given to carry him to Pithyus, a place at the extreme boundary of the empire, near the Caucasus. One of the two soldiers who had to lead him caused him all possible sufferings. He was forced to make long marches, was exposed to the rays of the sun, to the rains and the cold of the nights. His body, already weakened by several severe illnesses, finally broke down. On 14 September the party were at Comanan in Pontus. In the morning Chrysostom had asked to rest there on the account of his state of health. In vain; he was forced to continue his march. Very soon he felt so weak that they had to return toComana. Some hours later Chrysostom died. His last words were: Doxa to theo panton eneken (Glory be to Godfor all things) (Palladius, xi, 38). He was buried at Comana. On 27 January, 438, his body was translated toConstantinople with great pomp, and entombed in the church of the Apostles where Eudoxia had been buried in the year 404 (see Socrates, VII, 45; Constantine Prophyrogen., "Cæremoniale Aul Byz.", II, 92, in P.G., CXII, 1204 B).

The writings of St. Chrysostom

Chrysostom has deserved a place in ecclesiastical history, not simply as Bishop of Constantinople, but chiefly as aDoctor of the Church. Of none of the other Greek Fathers do we possess so many writings. We may divide them into three portions, the "opuscula", the "homilies", and the "letters". (1) The chief "opuscula" all date from the earlier days of his literary activity. The following deal with monastical subjects: "Comparatio Regis cum Monacho" ("Opera", I, 387-93, in P.G., XLVII-LXIII), "Adhortatio ad Theodorum (Mopsuestensem?) lapsum" (ibid., 277-319), "Adversus oppugnatores vitae monasticae" (ibid., 319-87). Those dealing with ascetical subjects in general are the treatise "De Compunctione" in two books (ibid., 393-423), "Adhortatio ad Stagirium" in three books (ibid., 433-94), "Adversus Subintroductas" (ibid., 495-532), "De Virginitate" (ibid., 533-93), "De Sacerdotio" (ibid., 623-93). (2) Among the "homilies" we have to distinguish commentaries on books of Holy Scripture, groups of homilies (sermons) on special subjects, and a great number of single homilies. (a) The chief "commentaries" on the Old Testament are the sixty-seven homilies "On Genesis" (with eight sermons on Genesis, which are probably a first recension) (IV, 21 sqq., and ibid., 607 sqq.); fifty-nine homilies "On the Psalms" (4-12, 41, 43-49, 108-117, 119-150) (V, 39-498), concerning which see Chrys. Baur, "Der ursprangliche Umfang des Kommentars des hl. Joh. Chrysostomus zu den Psalmen" in Chrysostomika, fase. i (Rome, 1908), 235-42, acommentary on the first chapters of "Isaias" (VI, 11 sqq.). The fragments on Job (XIII, 503-65) are spurious (see Haidacher, "Chrysostomus Fragmente" in Chrysostomika, I, 217 sq.); the authenticity of the fragments on theProverbs (XIII, 659-740), on Jeremias and Daniel (VI, 193-246), and the Synopsis of the Old and the New Testament (ibid., 313 sqq.), is doubtful. The chief commentaries on the New Testament are first the ninetyhomilies on "St. Matthew" (about the year 390; VII), eighty-eight homilies on "St. John" (c. 389; VIII, 23 sqq. — probably from a later edition), fifty-five homilies on "the Acts" (as preserved by stenographers, IX, 13 sqq.), andhomilies "On all Epistles of St. Paul" (IX, 391 sqq.). The best and most important commentaries are those on thePsalms, on St. Matthew, and on the Epistle to the Romans (written c. 391). The thirty-four homilies on the Epistle to the Galatians also very probably comes to us from the hand of a second editor. (b) Among the "homiliesforming connected groups", we may especially mention the five homilies "On Anna" (IV, 631-76), three "On David" (ibid., 675-708), six "On Ozias" (VI, 97-142), eight "Against the Jews" (II, 843-942), twelve "De Incomprehensibili Dei Naturæ" (ibid., 701-812), and the seven famous homilies "On St. Paul" (III, 473-514). (c) A great number of "single homilies" deal with moral subjects, with certain feasts or saints. (3) The "Letters" of Chrysostom (about 238 in number: III, 547 sqq.) were all written during his exile. Of special value for their contents and intimate nature are the seventeen letters to the deaconess Olympias. Among the numerous "Apocrypha" we may mention the liturgy attributed to Chrysostom, who perhaps modified, but did not compose the ancient text. The most famous apocryphon is the "Letter to Cæsarius" (III, 755-760). It contains a passage on the holy Eucharist which seems to favour the theory of "impanatio", and the disputes about it have continued for more than two centuries. The most important spurious work in Latin is the "Opus imperfectum", written by anArian in the first half of the fifth century (see Th. Paas, "Das Opus imperfectum in Matthæum", Tübingen, 1907).

Chrysostom's theological importance

Chrysostom as orator

The success of Chrysostom's preaching is chiefly due to his great natural facility of speech, which was extraordinary even to Greeks, to the abundance of his thoughts as well as the popular way of presenting and illustrating them, and, last but not least, the whole-hearted earnestness and conviction with which he delivered the message which he felt had been given to him. Speculative explanation did not attract his mind, nor would they have suited the tastes of his hearers. He ordinarily preferred moral subjects, and very seldom in hissermons followed a regular plan, nor did he care to avoid digressions when any opportunity suggested them. In this way, he is by no means a model for our modern thematic preaching, which, however we may regret it, has to such a great extent supplanted the old homiletic method. But the frequent outbursts of applause among his congregation may have told Chrysostom that he was on the right path.

Chrysostom as an exegete

As an exegete Chrysostom is of the highest importance, for he is the chief and almost the only successful representative of the exegetical principles of the School of Antioch. Diodorus of Tarsus had initiated him into the grammatico-historical method of that school, which was in strong opposition to the eccentric, allegorical, andmystical interpretation of Origen and the Alexandrian School. But Chrysostom rightly avoided pushing his principles to that extreme to which, later on, his friend Theodore of Mopsuestia, the teacher of Nestorius, carried them. He did not even exclude all allegorical or mystical explanations, but confined them to the cases in which the inspired author himself suggests this meaning.

Chrysostom as dogmatic theologian

As has already been said, Chrysostom's was not a speculative mind, nor was he involved in his lifetime in greatdogmatic controversies. Nevertheless it would be a mistake to underrate the great theological treasures hidden in his writings. From the very first he was considered by the Greeks and Latins as a most important witness to theFaith. Even at the Council of Ephesus (431) both parties, St. Cyril and the Antiochians, already invoked him on behalf of their opinions, and at the Seventh Ecumenical Council, when a passage of Chrysostom had been read in favour of the veneration of images, Bishop Peter of Nicomedia cried out: "If John Chrysostom speaks in the way of the images, who would dare to speak against them?" which shows clearly the progress his authority had made up to that date.

Strangely enough, in the Latin Church, Chrysostom was still earlier invoked as an authority on matters of faith. The first writer who quoted him was Pelagius, when he wrote his lost book "De Naturæ" against St. Augustine (c. 415). The Bishop of Hippo himself very soon afterwards (421) claimed Chrysostom for the Catholic teaching in his controversy with Julian of Eclanum, who had opposed to him a passage of Chrysostom (from the "Hom. ad Neophytos", preserved only in Latin) as being against original sin (see Chrys. Baur, "L'entrée littéraire de St. Jean Chrys. dans le monde latin" in the "Revue d'histoire ecclés.", VIII, 1907, 249-65). Again, at the time of theReformation there arose long and acrid discussions as to whether Chrysostom was a Protestant or a Catholic, and these polemics have never wholly ceased. It is true that Chrysostom has some strange passages on our Blessed Lady (see Newman, "Certain difficulties felt by Anglicans in Catholic Teachings", London, 1876, pp. 130 sqq.), that he seems to ignore private confession to a priest, that there is no clear and any direct passage in favour of the primacy of the pope. But it must be remembered that all the respective passages contain nothing positive against the actual Catholic doctrine. On the other side Chrysostom explicitly acknowledges as a rule of faithtradition (XI, 488), as laid down by the authoritative teaching of the Church (I, 813). This Church, he says, is but one, by the unity of her doctrine (V, 244; XI, 554); she is spread over the whole world, she is the one Bride ofChrist (III, 229, 403; V, 62; VIII, 170). As to Christology, Chrysostom holds clearly that Christ is God and man in one person, but he never enters into deeper examination of the manner of this union. Of great importance is hisdoctrine regarding the Eucharist. There cannot be the slightest doubt that he teaches the Real Presence, and his expressions on the change wrought by the words of the priest are equivalent to the doctrine of transubstantiation(see Naegle, "Die Eucharistielehre des hl. Joh. Chry.", 74 sq.).

Sources

A complete analysis and critique of the enormous literature on Chrysostom (from the sixteenth century to the twentieth) is given in BAUR, S. Jean Chrysostome et ses oeuvres dans l'histoire litt raire (Paris and Louvain, 1907), 223-297.

(1) LIFE OF CHRYSOSTOM. (a) Sources. — PALLADIUS, Dialogue cum Theodoro, Ecclesioe Romanoe Diacono, de vit et conversatione b. Joh. Chrysostomi(written c. 408; best source; ed. BIGOT, Paris, 1680; P.G., XLVII, 5-82) MARTYRIUS, Panegyricus in S. Joh. Chrysostomum (written c. 408; ed. P.G., loc. cit., XLI-LII); SOCRATES, Church History VI.2-23 and VII.23, 45 (P.G., LXVII, 661 sqq.); SOZOMENUS, Church History VIII.2-28 (P.G., ibid., 1513 sqq.), more complete than Socrates, on whom he is dependent; THEODORET,Church History V.27; P.G., LXXXII, 1256-68, not always reliable; ZOSIMUS, V, 23-4 (ed. BEKKER, p. 278-80, Bonn. 1837), not trustworthy.

(b) Later Authors. — THEODORE OF THRIMITUS, (P.G., XLVII, col. 51-88), without value, written about the end of the seventh century; (PSEUDO-) GEORGIUS ALEXANDRINUS, ed. SAVILE, Chrys. opera omnia (Eton, 1612), VIII, 157-265 (8th - 9th century); LEO IMPERATOR, Laudatio Chrys. (P.G., CVII, 228 sqq.); ANONYMUS, (ed. SAVILE, loc. cit., 293-371); SYMEON METAPHRASTES, (P.G., CXIV, 1045-1209).

(c) Modern Biographies. — English: STEPHENS, Saint John Chrysostom, his life and times, a sketch of the Church and the empire in the fourth century (London, 1871; 2nd ed., London, 1880), the best English biography, but it anglicanizes the doctrine of Chrysostom; BUSH, The Life and Times of Chrysostom (London, 1885), a popular treatise. French: HERMANT, La Vie de Saint Jean Chrysostome . . . divis e en 12 livres (Paris, 1664; 3rd ed., Paris, 1683), the first scientific biography; DE TILLEMONT, Mémoires pour servir l'histoire ecclésiastique des six premiers si cles, XI, 1-405, 547-626 (important for the chronology); STILTING, De S. Jo. Chrysostomo . . . Commentarius historicus in Acta SS., IV, Sept., 401-700 (1st ed., 1753), best scientific biography in Latin; THIERRY, S. Jean Chrysostome et l'imp ratrice Eudoxie (Paris, 1872; 3rd ed., Paris, 1889), "more romance than history"; PUECH, Saint Jean Chrysostome (Paris, 1900); 5th ed., Paris, 1905), popular and to be read with caution. German: NEANDER, Der hl. Joh. Chrysostomus und die Kirche, besonders des Orients, in dessen Zeitalter, 2 vols. (Berlin, 1821 - 22; 4th ed., Berlin 1858); first vol., translated into English by STAPLETON (London, 1838), gives an account of the doctrine of Chrysostom with Protestant views; LUDWIG, Der hl. Joh. Chrys. in seinem Verh liniss zum byzantinischen Hof. (Braunsberg, 1883), scientific. Chrysostom as orator: ALBERT, S. Jean Chrysostome consid r comme orateur populaire (Paris, 1858); ACKERMANN, Die Beredsamkeit des hl. Joh. Chrys. (W rzburg, 1889); cf. WILLEY, Chrysostom: The Orator (Cincinnati, 1908), popular essay.

(2) CHRYSOSTOM'S WRITINGS. (a) Chronology. — See TILLEMONT, STILTING, MONTFAUCON, Chrys. Opera omnia; USENER, Religionsgeschichtliche Untersuchungen, I (Bonn, 1889), 514-40; RAUSCHEN, Jahrb cher der christl. Kirche unter dem Kaiser Theodosius dem Grossen (Freiburg im Br., 1897), 251-3, 277-9, 495-9; BATIFFOL, Revue bibl., VIII, 566-72; PARGOIRE, Echos d'Orient, III 151-2; E. SCHARTZ, J dische und chrisl. Ostertafeln (Berlin, 1905), 169-84.

(b) Authenticity. — HAIDACHER, Zeitschr. für Kath. Theologie, XVIII-XXXII; IDEM, Deshl. Joh. Chrys. Buchlein ber Hoffart u. Kindererziehung (Freiburg, im Br., 1907).

(3) CHRYSOSTOM'S DOCTRINE. MAYERUS, Chrysostomus Lutheranus (Grimma, 1680: Wittenberg, 1686); HACKI, D. Jo. Chrysostomus . . . a Lutheranismo . . . vindicatus (Oliva, 1683); F RSTER, Chrysostomus in seinem Verh ltniss zur antiochen. Schule (Gotha, 1869); CHASE, Chrysostom, A Study in the History of Biblical Interpretation (London, 1887); HAIDACHER, Die Lehre des hl. Joh. Chrys. ber die Schriftinspiration (Salzburg, 1897); CHAPMAN, St. Chrysostom on St. Peter in Dublin Review (1903), 1-27; NAEGLE, Die Eucharistielehre des hl. Johannes Chrysostomus, des Doctor Eucharisti (Freiburg im Br., 1900).

(4) EDITIONS. (a) Complete. — SAVILE (Eton, 1612), 8 volumes (the best text); DUCAEUS, (Paris, 1609-1636), 12 vols.; DE MONTFAUCON, (Paris, 1718-1738), 13 vols.; MIGNE, P.G., XLVII - LXIII.


(b) Partial. — FIELD, Homilies in Matth. (Cambridge, 1839), 3 vols., best actual text reprinted in MIGNE, LVII - LVIII; IDEM, Homilioe in omnes epistolas Pauli (Oxford, 1845-62), VII. The last critical edition of the De Sacerdotio was edited by NAIRN (Cambridge, 1906). There exist about 54 complete editions (in five languages), 86 percent special editions of De Sacerdotio (in twelve languages), and the whole number of all (complete and special) editions is greatly over 1000. The oldest editions are the Latin; of which forty-six different incunabula editions (before the year 1500) exist. See DIODORUS OF TARSUS, METETIUS OF ANTIOCH, ORIGENISTS, PALLADIUS, THEODORE OF MOPSUESTIA.




SAINT JEAN CHRYSOSTOME. OEUVRES COMPLÈTES. Traduites pour la première fois sous la direction de M. JEANNIN, licencié ès-lettres professeur de rhétorique au collège de l'Immaculée-Conception de Saint-Dizier. Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie, éditeurs, 1864. Dans cette édition numérisée ne figure pas l'Histoire proposée dans le Tome I. Nous avons préféré la remplacer par une histoire plus brève de J-B Bergier de 1856 : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/

Lucas_Cranach_the_Elder. La pénitence de Saint Jean Chrysostome. Gravure, 26.2 x 20.8, 1509, Saint Louis Art Museum