dimanche 6 janvier 2013

L'ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR


MESSE EN LA SOLENNITÉ DE L'ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR


HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI


Basilique Vaticane

Jeudi 6 janvier 2011

Chers frères et sœurs,

En la solennité de l’Epiphanie, l’Eglise continue à contempler et à célébrer le mystère de la naissance de Jésus sauveur. La fête d’aujourd’hui souligne en particulier la destination et la signification universelles de cette naissance. Se faisant homme dans le sein de Marie, le Fils de Dieu est venu non seulement pour le peuple d’Israël, représenté par les pasteurs de Bethléem, mais également pour l’humanité tout entière, représentée par les Mages. Et c’est précisément sur les Mages et sur leur chemin à la recherche du Messie (cf. Mt 2, 1-12) que l’Eglise nous invite aujourd’hui à méditer et à prier. Dans l’Evangile, nous avons entendu que ces derniers, arrivés de l’Orient à Jérusalem, demandent: «Où est le roi des juifs qui vient de naître? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui» (v. 2). Quel genre de personnes étaient-ils et de quelle sorte d’étoile s’agissait-il? C’était probablement des sages qui scrutaient le ciel, mais non pour chercher à «lire» l’avenir dans les astres, ou éventuellement pour en tirer un profit; c’était plutôt des hommes «à la recherche» de quelque chose de plus, à la recherche de la véritable lumière, qui soit en mesure d’indiquer la voie à parcourir dans la vie. C’était des personnes assurées que dans la création, il existe ce que nous pourrions définir la «signature» de Dieu, une signature que l’homme peut et doit tenter de découvrir et déchiffrer. La manière de mieux connaître ces Mages et de comprendre leur désir de se laisser guider par les signes de Dieu est peut-être de s’arrêter pour analyser ce qu’ils trouvent, sur leur chemin, dans la grande ville de Jérusalem.

Ils rencontrèrent tout d’abord le roi Hérode. Il était certainement intéressé par l’enfant dont parlaient les Mages; mais pas dans le but de l’adorer, comme il veut le laisser croire en mentant, mais pour le supprimer. Hérode était un homme de pouvoir, qui ne voyait dans l’autre qu’un rival à combattre. Au fond, si nous réfléchissons bien, Dieu aussi lui apparaît comme un rival, et même un rival particulièrement dangereux, qui voudrait priver les hommes de leur espace vital, de leur autonomie, de leur pouvoir; un rival qui indique la route à parcourir dans la vie et qui empêche ainsi de faire tout ce que l’on veut. Hérode entend de ses experts en Ecritures Saintes les paroles du prophète Michée (5, 1), mais son unique pensée est le trône. Alors, Dieu lui-même doit être voilé et les personnes doivent se réduire à être de simples pions à déplacer sur le grand échiquier du pouvoir. Hérode est un personnage qui ne nous est pas sympathique et que nous jugeons instinctivement de façon négative en raison de sa brutalité. Mais nous devrions nous demander: peut-être existe-t-il quelque chose d’Hérode en nous? Peut-être nous aussi, parfois, voyons-nous Dieu comme une sorte de rival? Peut-être nous aussi sommes-nous aveugles devant ses signes, sourds à ses paroles, parce que nous pensons qu’il pose des limites à notre vie et ne nous permet pas de disposer de notre existence à notre gré? Chers frères et soeurs, quand nous voyons Dieu de cette manière, nous finissons par être insatisfaits et mécontents, car nous ne nous laissons pas guider par Celui qui est à la base de toutes les choses. Nous devons ôter de notre esprit et de notre coeur l’idée de la rivalité, l’idée que laisser place à Dieu constitue une limite pour nous-mêmes; nous devons nous ouvrir à la certitude que Dieu est l’amour tout-puissant qui n’ôte rien, qui ne menace pas, et qui est au contraire l’Unique capable de nous offrir la possibilité de vivre en plénitude, d’éprouver la vraie joie.

Les Mages rencontrent ensuite les savants, les théologiens, les experts qui savent tout sur les Saintes Ecritures, qui en connaissent les interprétations possibles, qui sont capables d’en citer par cœur chaque passage et qui sont donc une aide précieuse pour ceux qui veulent parcourir la voie de Dieu. Toutefois, affirme saint Augustin, ils aiment être des guides pour les autres, ils indiquent la voie, mais ils ne marchent pas, ils restent immobiles. Pour eux, les Saintes Ecritures deviennent une sorte d’atlas à lire avec curiosité, un ensemble de paroles et de concepts à examiner et sur lesquels discuter doctement. Mais nous pouvons à nouveau nous demander: n’existe-t-il pas aussi en nous la tentation de considérer les Saintes Ecriture, ce trésor très riche et vital pour la foi de l’Eglise, davantage comme un objet d’étude et de discussion des spécialistes, que comme le Livre qui indique la juste voie pour parvenir à la vie? Je pense que, comme je l’ai exposé dans l’exhortation apostolique Verbum Domini, devrait toujours à nouveau naître en nous la profonde disposition à voir la parole de la Bible, lue dans la Tradition vivante de l’Eglise (n. 18), comme la vérité qui nous dit ce qu’est l’homme et comment il peut se réaliser pleinement, la vérité qui est la voie à parcourir quotidiennement, avec les autres, si nous voulons construire notre existence sur le roc et non sur le sable.

Et nous en venons ainsi à l’étoile. Quel type d’étoile était celle que les Mages ont vue et suivie? Au cours des siècles, cette question a été l’objet de discussion entre les astronomes. Kepler, par exemple, considérait qu’ils s’agissait d’une «nova» ou d’une «supernova», c’est-à-dire de l’une de ces étoiles qui normalement diffusent une faible lumière, mais qui peuvent à l’improviste connaître une violente explosion interne qui produit une lumière exceptionnelle. Ce sont assurément des choses intéressantes, mais qui ne nous conduisent pas à ce qui est essentiel pour comprendre cette étoile. Nous devons revenir au fait que ces hommes cherchaient les traces de Dieu; ils cherchaient à lire sa «signature» dans la création; ils savaient que «les cieux proclament la gloire de Dieu» (Ps 19, 2); c’est-à-dire qu’ils étaient certains que Dieu peut être entrevu dans la création. Mais, en hommes sages, ils savaient également que ce n’est pas avec un télescope quelconque, mais avec l’acuité des yeux de la raison à la recherche du sens ultime de la réalité et avec le désir de Dieu animé par la foi, qu’il est possible de le rencontrer, ou mieux qu’il devient possible que Dieu s’approche de nous. L’univers n’est pas le résultat du hasard, comme certains veulent nous le faire croire. En le contemplant, nous sommes invités à y lire quelque chose de profond: la sagesse du Créateur, l’inépuisable imagination de Dieu, son amour infini pour nous. Nous ne devrions pas permettre que notre esprit soit limité par des théories qui n’arrivent toujours qu’à un certain point et qui — à tout bien considérer — ne sont pas du tout en opposition avec la foi, mais ne réussissent pas à expliquer le sens ultime de la réalité. Dans la beauté du monde, dans son mystère, dans sa grandeur et dans sa rationalité, nous ne pouvons que lire la rationalité extérieure, et nous ne pouvons manquer de nous laisser guider par celle-ci jusqu’à l’unique Dieu, créateur du ciel et de la terre. Si nous avons ce regard, nous verrons que Celui qui a créé le monde et celui qui est né dans une grotte à Bethléem et qui continue à habiter parmi nous dans l’Eucharistie, sont le même Dieu vivant, qui nous interpelle, qui nous aime, qui veut nous conduire à la vie éternelle.

Hérode, les experts en Ecritures, l’étoile. Mais suivons le chemin des Mages qui parviennent à Jérusalem. Au dessus de la grande ville, l’étoile disparaît, on ne la voit plus. Qu’est-ce que cela signifie? Dans ce cas aussi, nous devons lire le signe en profondeur. Pour ces hommes, il était logique de chercher le nouveau roi dans le palais royal, où se trouvaient les sages conseillers de la cour. Mais, probablement à leur grand étonnement, ils durent constater que ce nouveau-né ne se trouvait pas dans les lieux du pouvoir et de la culture, même si dans ces lieux leur étaient offertes de précieuses informations sur lui. Ils se rendirent compte en revanche que, parfois, le pouvoir, même celui de la connaissance, barre la route à la rencontre avec cet Enfant. L’étoile les guida alors à Bethléem, une petite ville; elle les guida parmi les pauvres, parmi les humbles, pour trouver le Roi du monde. Les critères de Dieu sont différents de ceux des hommes; Dieu ne se manifeste pas dans la puissance de ce monde, mais dans l’humilité de son amour, cet amour qui demande à notre liberté d’être accueilli pour nous transformer et nous permettre d’arriver à Celui qui est l’Amour. Mais pour nous aussi les choses ne sont pas si différentes que ce qu’elles étaient pour les Mages. Si on nous demandait notre avis sur la façon dont Dieu aurait dû sauver le monde, peut-être répondrions-nous qu’il aurait dû manifester tout son pouvoir pour donner au monde un système économique plus juste, dans lequel chacun puisse avoir tout ce qu’il veut. En réalité, cela serait une sorte de violence sur l’homme, car cela le priverait d’éléments fondamentaux qui le caractérisent. En effet, il ne serait fait appel ni à notre liberté, ni à notre amour. La puissance de Dieu se manifeste de manière complètement différente: à Bethléem, où nous rencontrons l’apparente impuissance de son amour. Et c’est là que nous devons aller, et c’est là que nous retrouvons l’étoile de Dieu.

Ainsi nous apparaît très clairement un dernier élément important de l’épisode des Mages: le langage de la création nous permet de parcourir un bon bout de chemin vers Dieu, mais il ne nous donne pas la lumière définitive. A la fin, pour les Mages, il a été indispensable d’écouter la voix des Saintes Ecritures: seules celles-ci pouvaient leur indiquer la voie. La Parole de Dieu est la véritable étoile qui, dans l’incertitude des discours humains, nous offre l’immense splendeur de la vérité divine. Chers frères et sœurs, laissons-nous guider par l’étoile, qui est la Parole de Dieu, suivons-la dans notre vie, en marchant avec l’Eglise, où la Parole a planté sa tente. Notre route sera toujours illuminée par une lumière qu’aucun autre signe ne peut nous donner. Et nous pourrons nous aussi devenir des étoiles pour les autres, reflet de cette lumière que le Christ a fait resplendir sur nous. Amen.

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SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2011/documents/hf_ben-xvi_hom_20110106_epifania_fr.html


1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages d'Orient

arrivèrent à Jérusalem,

2 disant : " Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Car nous avons vu son étoile à l'orient et

nous sommes venus l'adorer. "

3 Ce que le roi Hérode ayant appris, il fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et il s'enquit auprès d'eux où

devait naître le Christ. Ils lui dirent :

5 " A Bethléem de Judée, car ainsi a-t-il été écrit par le prophète :

6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre parmi les principales villes de Juda,

car de toi sortira un chef qui paîtra Israël, mon peuple. "

7 Alors Hérode, ayant fait venir secrètement les mages, s'enquit avec soin auprès d'eux du

temps où l'étoile était apparue.

8 Et il les envoya à Bethléem en disant : " Allez, informez-vous exactement au sujet de l'enfant,

et lorsque vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi j'aille l'adorer. "

9 Ayant entendu les paroles du roi, ils partirent.

Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue à l'orient allait devant eux, jusqu'à ce que, venant

au-dessus du lieu où était l'enfant, elle s'arrêta.

10 A la vue de l'étoile, ils eurent une très grande joie.

11 Ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils

l'adorèrent; puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l'or, de l'encens et de la

myrrhe.

12 Et ayant été avertis en songe de ne point retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays

par un autre chemin.

Évangile selon saint MATTHIEU, II : 1-12

SOURCE : http://jesusmarie.free.fr/bible_crampon_matthieu.html


1 Lève-toi, et resplendis ! Car ta lumière paraît, et la gloire de Yahweh s'est levée sur toi.


2 Voici que les ténèbres couvrent la terre, et une sombre obscurité les peuples; mais sur toi Yahweh se lève, et sa gloire se manifeste sur toi.

3 Les nations marchent vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton lever.

4 Lève tes regards autour de toi, et vois: Tous se rassemblent, ils viennent à toi ; tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.

5 Tu le verras alors, et tu seras radieuse; ton coeur tressaillira et se dilatera ; car les richesses de la mer se dirigeront vers toi, les trésors des nations viendront à toi.

6 Des multitudes de chameaux te couvriront, les dromadaires de Madian et d'Epha; tous ceux de Saba viendront, ils apporteront de l'or et de l'encens, et publieront les louanges de Yahweh.

Livre d’ISAÏE, LX : 1-6

SOURCE : http://jesusmarie.free.fr/bible_crampon_isaie.html

Psaume 72 ( Vulg. LXXI )

72 De Salomon.

O Dieu, donne tes jugements au roi,

et ta justice au fils du roi.

2 Qu'il dirige ton peuple avec justice,

et tes malheureux avec équité !

3 Que les montagnes produisent la paix au peuple,

ainsi que les collines, par la justice.

4 Qu'il fasse droit aux malheureux de son peuple,

qu'il assiste les enfants du pauvre,

et qu'il écrase l'oppresseur !

5 Qu'on te révère, tant que subsistera le soleil,

tant que brillera la lune, d'âge en âge !

6 Qu'il descende comme la pluie sur le gazon,

comme les ondées qui arrosent la terre !

7 Qu'en ses jours le juste fleurisse,

avec l'abondance de la paix,

jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lune

8 Il dominera d'une mer à l'autre,

du Fleuve aux extrémités de la terre.

9 Devant lui se prosterneront les habitants du désert,

et ses ennemis mordront la poussière.

10 Les rois de Tharsis et des îles paieront des tributs;

les rois de Saba et de Méroé offriront des présents.

11 Tous les rois se prosterneront devant lui ;

toutes les nations le serviront.

12 Car il délivrera le pauvre qui crie vers lui,

et le malheureux dépourvu de tout secours.

13 Il aura pitié du misérable et de l'indigent,

et il sauvera la vie du pauvre.

SOURCE : http://jesusmarie.free.fr/bible_crampon_psaumes_1_90.html


1 A cause de cela, moi Paul, le prisonnier du Christ pour vous, païens…


2 puisque vous avez appris la dispensation de la grâce de Dieu qui m'a été

donnée pour vous,

3 comment c'est par révélation que j'ai eu connaissance du mystère que je

viens d'exposer en peu de mots.

4 Vous pouvez, en les lisant, reconnaître l'intelligence que j'ai du mystère du

Christ.

5 Il n'a pas été manifesté aux hommes dans les âges antérieurs, comme il a

été révélé de nos jours par l'Esprit aux saints apôtres et prophètes de

Jésus-Christ.

6 Ce mystère, c'est que les Gentils sont héritiers avec les Juifs, et membres

du même corps et qu'ils participent à la promesse de Dieu en Jésus-Christ

par l'Evangile,

7 dont je suis devenu ministre selon le don de la grâce de Dieu qui m'a été

accordée par son opération toute-puissante.

8 C'est à moi, le moindre de tous les saints, qu'a été accordée cette grâce

d'annoncer parmi les Gentils la richesse incompréhensible du Christ,

9 et de mettre en lumière, aux yeux de tous, l'économie du mystère qui avait

été caché depuis le commencement en Dieu, le Créateur de toutes choses,

10 afin que les principautés et les puissances dans les cieux connaissent

aujourd'hui, à la vue de l'Eglise, la sagesse infiniment variée de Dieu,

11 selon le dessein éternel qu'il a réalisé par Jésus-Christ Notre-Seigneur,

12 en qui nous avons, par la foi en lui, la hardiesse de nous approcher de Dieu

avec confiance.

13 C'est pourquoi je vous prie de ne pas vous laisser décourager à cause des

afflictions que j'endure pour vous : elles sont votre gloire.

Lettre de saint PAUL Apôtre aux Éphésiens, III : 1-13

SOURCE : http://jesusmarie.free.fr/bible_crampon_ephesiens.html

L'Épiphanie

dite Fête des Rois

Le mot Épiphanie veut dire manifestation. C'est qu'en effet, le 6 janvier, l'Église célèbre une triple manifestation de Jésus-Christ, qui, d'après certaines traditions, aurait eu lieu le même jour, quoique à différentes années.

La fête de l'Épiphanie a donc trois objets: 1° la manifestation de la divinité du Sauveur aux Mages par l'étoile miraculeuse qui les conduisit à l'étable de Bethléem; 2o la manifestation de la divinité du Christ aux Juifs pendant Son baptême, sur les bords du Jourdain; 3ola manifestation de cette même divinité aux noces de Cana, où Jésus changea l'eau en vin. Toutefois, l'objet principal de cette fête, c'est bien la manifestation de la divinité de Jésus aux Mages et la vocation des peuples à la foi chrétienne.

L'Évangile nous apprend comment les Mages, guidés par une étoile merveilleuse et plus encore poussés par l'Esprit de Dieu, entreprirent un long et pénible voyage à la recherche d'un roi nouveau-né; il nous apprend aussi le trouble de la ville de Jérusalem à cette nouvelle, les craintes et les projets perfides d'Hérode; il nous montre enfin les heureux voyageurs prosternés dans l'étable de Bethléem, aux pieds d'un Enfant qu'ils regardent comme un Être extraordinaire, qu'ils saluent comme un Roi, qu'ils adorent comme un Dieu, et auquel ils offrent des présents symboliques: l'or, l'encens et la myrrhe.

Élevons nos âmes au-dessus du fait historique et perçons les voiles du mystère. C'est aujourd'hui l'appel de tous les peuples à la foi chrétienne. L'Église a bien lieu de chanter: "Lève-toi, Jérusalem, brille dans toute ta splendeur. Voici la Lumière du monde qui paraît; la gloire du Seigneur s'est levée sur ton enceinte; lève les yeux, regarde, dilate ton sein, tout l'univers vient à toi!" Allons avec les Mages au berceau du Sauveur, et offrons-Lui l'or de l'amour, l'encens de la prière et la myrrhe du sacrifice!

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950




L'ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR

L'Epiphanie du Seigneur est célèbre par quatre miracles, ce qui lui a fait donner quatre noms différents. En effet, aujourd'hui, les Mages adorent J.-C., Jean-Baptiste le Sauveur, J.-C. change l’eau en vin et il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains. Jésus avait treize jours, lorsque, conduits par l’étoile, les Mages vinrent le trouver, d'où vient le nom de Epiphanie, epi, au-dessus, phanos, apparition, ou bien parce que l’étoile apparut d'en haut, ou bien parce que J.-C. lui-même a été montré aux Mages, comme le vrai Dieu, par une étoile vue dans les airs. Le même jour, après vingt-neuf ans révolus, alors qu'il atteignait trente ans, parce qu'il avait vingt-neuf ans et treize jours ; Jésus, dit saint Luc, avait alors environ trente ans commencés, ou bien, d'après Bède, il avait trente ans accomplis, ce qui est aussi la croyance de l’Eglise romaine; alors, dis-je, il fut baptisé dans le Jourdain, et de là vient le nom de Théophanie, de Theos, Dieu et phanos apparition, parce que en ce moment la Trinité se manifesta: le Père dans la voix qui se fit entendre, le Fils dans la chair et le Saint-Esprit sous l’apparence d'une colombe. Le même jour, un an après, alors qu'il avait trente ou trente et un ans, il changea l’eau en vin: d'où vient le nom de Bethanie, de beth, maison, parce que, par un miracle opéré dans une maison, il apparut vrai Dieu. En ce même jour encore, un an après, comme il avait trente et un ou trente-deux ans et treize jours, il rassasia cinq mille hommes avec cinq pains, d'après Bède, et cette hymne qu'on chante en beaucoup, d'églises et qui commence par ces mots : Illuminans altissimum (Bréviaire mozarabe). De là vient le nom de Phagiphanie de phagé manger, bouchée. Il y a doute si ce quatrième miracle a été opéré en ce jour, tant parce qu'on ne le trouve pas ainsi en l’original de Bède, tant parce qu'en saint Jean (VI) au lieu où il parle de ce prodige, il dit : « Or, le jour de Pâques était proche. » Cette quadruple apparition eut donc lieu aujourd'hui. La première par l’étoile sur la crèche ; la seconde par la voix du Père sur le fleuve du Jourdain ; la troisième par le changement de l’eau en vin au repas et la quatrième par la multiplication des pains dans le désert. Mais c'est principalement la première apparition que l’on célèbre aujourd'hui, ainsi nous allons en exposer l’histoire.

Lors de la naissance du Seigneur, trois mages vinrent à Jérusalem. Leur nom latin c'est Appellius, Amérius, Damascus ; en hébreu on les nomme Galgalat, Malgalat et Sarathin ; en grec, Caspar, Balthasar, Melchior. Mais qu'étaient ces, mages ? Il y a là-dessus trois sentiments, selon les trois significations du mot mage. En effet, mage veut dire trompeur, magicien et sage. Quelques-uns prétendent que, en effet, ces rois ont été appelés mages, c'est-à-dire trompeurs, de ce qu'ils trompèrent Hérode en ne revenant point chez lui. Il est dit dans l’Evangile, au sujet d'Hérode « Voyant qu'il avait été trompé par les mages. » Mage veut encore dire magicien. Les magiciens de Pharaon sont appelés mages, et saint Chrysostome dit qu'ils tirent leur nom de là. D'après lui, ils seraient des magiciens qui se seraient convertis et auxquels le Seigneur a voulu révéler sa naissance, les attirer à lui, et par là donner aux pécheurs l’espoir du pardon. Mage est encore la même chose que sage. Car mage en hébreu signifie scribe, en grec philosophe, en latin sage. Ils sont donc nommés mages, c'est-à-dire savants, comme si on disait merveilleusement sages. Or, ces trois sages et rois vinrent à Jérusalem avec une grande suite. Mais on demande pourquoi les mages vinrent à Jérusalem, puisque le Seigneur n'y était point né. Remigius (Moine d'Auxerre en 890, Bibliothèque des Pères, Homé1. VII) en donne quatre raisons: La première, c'est que les mages ont bien su le temps de la naissance de J.-C., mais ils n'en ont pas connu le lieu or, Jérusalem étant une cité royale et possédant un souverain sacerdoce, ils soupçonnèrent qu'un enfant si distingué ne devait naître nulle part ailleurs si ce n'est dans une cité royale. La deuxième, c'était pour connaître plus tôt le lieu de la naissance, puisqu'il y avait là des docteurs dans la loi et des scribes. La troisième, pour que les Juifs restassent inexcusables ; ils auraient pu dire en effet : « Nous avons bien connu le lieu de la naissance, mais nous en avons ignoré le temps et c'est le motif pour lequel nous ne croyons point. » Or, les Mages désignèrent aux Juifs le temps et les Juifs indiquèrent le lieu aux Mages. La quatrième, afin que l’empressement des Mages devînt la condamnation de l’indolence des Juifs : car les Mages crurent à un seul prophète et les Juifs refusèrent de croire au plus grand nombre. Les Mages cherchent un roi étranger, les Juifs ne cherchent pas celui qui est le leur propre : les uns vinrent de loin, les autres restèrent dans le voisinage. Ils ont été rois et les successeurs de Balaam ils sont venus eu voyant l’étoile, d'après la prophétie de leur père : « Une étoile se lèvera sur Jacob et un homme sortira d'Israël. » Un autre motif de leur venue est donné par saint Chrysostome dans son original sur saint Mathieu. Des auteurs s'accordent à dire que, certains investigateurs de secrets choisirent douze d'entre eux, et si l’un venait à mourir, son fils ou l’un de ses proches le remplaçait. Or, ceux-ci, tous les ans, après un mois écoulé, montaient sur la montagne de la Victoire, y restaient trois jours, se lavaient et priaient Dieu de leur montrer l’étoile prédite par Balaam. Une fois, c'était le jour de la naissance du Seigneur, pendant qu'ils étaient là, vint vers eux sur la montagne une étoile singulière : elle avait la forme d'un magnifique enfant, sur la tête duquel brillait une croix, et elle adressa ces paroles aux Mages : « Hâtez-vous d'aller dans la terre de Juda, vous chercherez un roi nouveau-né, et vous l’y trouverez. » Ils se mirent aussitôt en chemin. Mais comment, en si peu de temps, comment, en treize jours, avoir pu parcourir un si long chemin, c'est-à-dire de l’Orient à Jérusalem, qui est censée occuper le centre du monde? On peut dire, avec Remigius, que cet enfant vers lequel ils allaient,, a bien pu les conduire si vite, ou bien l’on peut croire, avec saint Jérôme, qu'ils vinrent sur des dromadaires, espèce d'animaux très alertes, qui font en une journée le chemin qu'un cheval met trois jours à parcourir. Voilà pourquoi on l’appelle dromadaire, dromos course, arès courage. Arrivés à Jérusalem, ils demandèrent : « Où est celui qui est né roi des Juifs ? » Ils ne demandent pas s'il est né, ils le croyaient, mais ils demandent où il est né. Et comme si quelqu'un leur avait dit : « D'où savez-vous que ce roi est né? » Ils répondent : « Nous avons vu son étoile dans l’Orient et nous sommes venus l’adorer; » ce qui veut dire : « Nous qui restons en Orient, nous avons vu une étoile indiquant sa naissance; nous l’avons vue, dis-je, posée sur la Judée. Ou bien : nous qui demeurons dans notre pays, nous avons vu son étoile dans l’Orient, c'est-à-dire dans la partie orientale. » Par ces paroles, comme le dit Remigius, dans son original, ils confessèrent un vrai homme, un vrai roi et un vrai Dieu. Un vrai homme, quand ils dirent : « Où est celui qui est né ? » Un vrai roi en disant : « Roi des Juifs; » un vrai Dieu en ajoutant: « Vous sommes venus l’adorer. » Il a été en effet ordonné de n'adorer aucun autre que Dieu seul. Mais Hérode qui entendit cela fut troublé et Jérusalem tout entière avec lui. Le roi est troublé pour trois motifs: 1° dans la crainte que les Juifs ne reçussent comme leur roi ce nouveau-né, et ne le chassassent lui-même comme étranger. Ce qui fait dire à saint Chrysostome : « De même qu'un rameau placé en haut d'un arbre est agité par un léger souffle, de même les hommes élevés au faîte des dignités sont tourmentés même par un léger bruit. » 2° Dans la crainte qu'il ne soit inculpé par, les Romains, si quelqu'un était appelé roi sans avoir été institué par Auguste. Les Romains avaient en effet ordonné que ni dieu ni roi ne fût reconnu que par leur ordre et avec leur permission. 3° Parce que, dit saint Grégoire, le roi du ciel étant né, le roi de la terre a été troublé. En effet, la grandeur terrestre est abaissée, quand la grandeur céleste est dévoilée. — Tout Jérusalem fut troublée avec lui pour trois raisons : 1° parce que les impies ne sauraient se réjouir de la venue du Juste ; 2° pour flatter Je roi troublé, en se montrant troublés eux-mêmes; 3° parce que comme le choc des vents agite l’eau, ainsi les rois se battant l’un contre l’autre, le peuple est troublé, et c'est pour cela qu'ils craignirent être enveloppés dans la lutte entre le roi de fait et le prétendant. » C'est la raison que donne saint Chrysostome.

Alors Hérode convoqua tous les prêtres et les scribes pour leur demander où naîtrait le Christ. Quand il en eut appris que c'était à Bethléem de Juda, il appela les mages en secret et s'informa auprès d'eux de l’instant auquel l’étoile leur était apparue, pour savoir ce qu'il avait à faire, si les mages ne revenaient pas ; et il leur recommanda qu'après avoir trouvé l’enfant, ils revinssent le lui dire, en simulant vouloir adorer celui qu'il voulait tuer. Or, remarquez qu'aussitôt les mages entrés à Jérusalem, l’étoile cesse de les conduire, et cela pour trois raisons. La 1re pour qu'ils soient forcés de s'enquérir du lieu de la naissance de J.-C. ; afin par là d'être assurés de cette naissance, tant à cause de l’apparition de l’étoile qu'à cause de l’assertion de la prophétie : ce qui eut lieu. La 2e parce que en cherchant un secours des hommes, ils méritèrent justement de perdre celui de Dieu. La 3e parce que les signes ont été, d'après l’apôtre, donnés aux infidèles, et la prophétie aux fidèles : c'est pour cela qu'un signe fut donné aux Mages, alors qu'ils étaient infidèles ; mais ce signe ne devait plus paraître dès lors qu'ils se trouvaient chez les juifs qui étaient fidèles. La glose entrevoit ces trois raisons. Mais lorsqu'ils furent sortis de Jérusalem, l’étoile les précédait, jusqu'à ce qu'arrivée au-dessus du lieu où était l’enfant, elle s'arrêta. De quelle nature était cette étoile ? Il y a trois opinions, rapportées par Remilus en son original. Quelques-uns avancent que c'était le saint Esprit, afin que, devant descendre plus tard surale Seigneur après son baptême, sous la forme d'une colombe, il apparût aussi aux Mages sous la forme d'une étoile. D'autres disent, avec saint Chrysostome, que ce fut l’ange qui apparut aux bergers, et ensuite aux Mages aux bergers eu leur qualité de juifs et raisonnables, elle apparut sous une forme raisonnable, mais aux gentils qui étaient, pour ainsi dire, irraisonnables, elle prit une forme matérielle. Les autres, et c'est le sentiment le plus vrai, assurent que ce fut une étoile nouvellement créée, et qu'après avoir accompli son ministère, elle revint à son état primitif. Or, cette étoile, selon Fulgence, différait des autres en trois manières, 1° en situation, parce qu'elle n'était pas située positivement dans le firmament, mais elle se trouvait suspendue dans un milieu d'air voisin de la terre ; 2° en éclat, parce qu'elle était plus brillante que les autres; cela est évident, puisque le soleil ne pouvait pas en diminuer l’éclat ; loin de là, elle paraissait en plein midi ; 3° en mouvement, parce qu'elle allait en avant des Mages, comme ferait un voyageur ; elle n'avait donc point un mouvement circulaire, mais une espèce de mouvement animale( progressif. La glose en touche trois autres raisons à ces mots sur le 2e chapitre de saint Mathieu: « Cette étoile de la naissance du Seigneur, etc. » La 1re elle différait dans son origine, puisque les autres avaient été créées au commencement du monde, et que celle-ci venait de l’être. La 2e dans sa destination, les autres avaient été faites pour indiquer des temps et des saisons, comme il est dit dans la Genèse (I, 14) et celle-ci pour montrer le chemin aux Mages ; la 3e dans sa durée, les autres sont perpétuelles, celle-ci, après avoir accompli son ministère, revint à son état primitif.

Or, lorsqu'ils virent l’étoile, ils ressentirent une très grande joie. Observez que cette étoile aperçue par les Mages est quintuple ; c'est une étoile matérielle, une étoile spirituelle, une étoile intellectuelle, une étoile raisonnable, et une étoile supersubstantielle. La première, la matérielle, ils la- virent en Orient; la seconde, la spirituelle qui est la foi, ils la virent dans leur coeur, car si cette étoile, c'est-à-dire, la foi, n'avait pas projeté ses rayons dans leur coeur, jamais ils ne fussent parvenus à voir la première. Or, ils eurent la foi en l’humanité du Sauveur, puisqu'ils dirent : « Où est celui qui est né? » Ils eurent la foi en sa dignité royale, quand ils dirent: « Roi des juifs. » Ils eurent la foi en sa divinité puisqu'ils ajoutèrent : « Nous sommes venus l’adorer. » La troisième, l’étoile intellectuelle, qui est l’ange, ils la virent dans le sommeil, quand ils furent avertis par l’ange de ne pas revenir vers Hérode. Mais d'après une glose particulière, ce ne fut pas un ange, mais le Seigneur lui-même qui leur apparut. La quatrième, la raisonnable, ce fut la Sainte Vierge, ils la virent dans l’hôtellerie. La cinquième, la supersubstantielle, ce fut J.-C., qu'ils virent dans la crèche ; c'est de ces deux dernières qu'il est dit : « En entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère... » etc. Et chacune d'elles est appelée étoile : la 1re par le Psaume : « La lune et les étoiles que vous avez créées. » La 2e dans l’Ecclésiastique (XLIII, 10) : « La beauté du ciel, c'est-à-dire de l’homme céleste, c'est l’éclat des étoiles, c'est-à-dire des vertus. » La 3e dans Baruch (III, 31) : « Les étoiles ont répandu leur lumière chacune en sa place, et elles ont été dans la j oie. » La ie par la Liturgie : « Salut, étoile de la mer. » La 5e dans l’Apocalypse (XXII, 16) : « Je suis le rejeton et le fils de David, l’étoile brillante, et l’étoile du matin. » En voyant la première et la seconde, les Mages se sont réjouis ; en voyant la troisième, ils se sont réjouis de joie; en voyant la quatrième ils se sont réjouis d'une joie grande ; en voyant la cinquième, ils se sont réjouis d'une très grande joie. Ou bien ainsi que dit la glose: « Celui-là se réjouit de joie qui se réjouit de Dieu, qui est la véritable joie, et il ajoute « grande », car rien n'est plus grand que Dieu ; et il met « très » grande, parce qu'on peut se réjouir plus ou moins de grande joie. Ou bien par l’exagération de ces expressions, l’évangéliste a voulu montrer que les hommes se réjouissent plus des choses perdues qu'ils ont retrouvées que de celles qu'ils ont toujours possédées.

Après être entrés dans la chaumière, et avoir trouvé l’enfant avec sa mère, ils fléchirent les genoux et chacun offrit ces présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ici saint Augustin s'écrie : « O enfance extraordinaire, à laquelle les astres sont soumis. Quelle grandeur ! Quelle gloire immense dans celui devant les langes duquel les anges se prosternent, les astres assistent, les rois tremblent, et les partisans de la sagesse se mettent à genoux ! O bienheureuse chaumière ! Ô trône de Dieu, le second après le ciel, où ce n'est pas une lumière qui éclaire, mais une étoile! ô céleste palais dans lequel habite non pas un roi couvert de pierreries, mais un Dieu qui a pris un corps, qui a pour couche délicate une dure crèche, pour plafond doré, un toit de chaume tout noir, mais décoré par l’obéissance d'unie étoile! Je suis saisi quand je vois les lampes et que je regarde les cieux; je suis enflammé, quand je vois dans une crèche un mendiant plus éclatant encore que les astres.» Et saint Bernard : « Que faites-vous ? Vous adorez un enfant à la mamelle dans une vile étable? Est-ce que c'est un Dieu? Que faites-vous? Vous lui offrez de l’or? Est-ce donc un Roi ? Où donc est sa cour, où est son trône, où sont les courtisans de ce roi? Est-ce que la cour, c'est l’étable? Le trône la crèche, les courtisans de ce roi, Joseph et Marie Ils sont devenus insensés, pour devenir sensés. » Voici ce que dit encore à ce sujet saint Hilaire dans le second livre de la Trinité : « Une vierge enfante, mais celui qui est enfanté vient de Dieu. L'enfant vagit, on entend des anges le louer, les langes sont sales, Dieu est adoré. C'est pourquoi la dignité de la puissance n'est pas perdue, puisque l’humilité de la chair est adoptée. Et voici comment dans Jésus enfant on rencontre des humiliations, des infirmités, mais aussi des sublimités, et l’excellence de la divinité. » A ce propos encore saint Jérôme dit, sur l’épître aux Hébreux : « Regardez le berceau de J.-C., voyez en même temps le ciel ; vous apercevez un enfant pleurant dans une crèche, mais en même temps faites attention aux cantiques des anges. Hérode persécute, mais les Mages adorent; les Pharisiens ne le connaissent point, mais l’étoile le proclame ; il est baptisé par un serviteur, mais on entend la voix de Dieu qui tonne d'en haut: il est plongé dans l’eau, mais la colombe descend ; il y a plus encore, c'est le Saint-Esprit dans la colombe. »

Pourquoi maintenant les Mages offrent-ils des présents de cette nature! On en peut signaler une foule de raisons. 1° C'était une tradition ancienne, dit Remigius, que personne ne s'approcherait d'un dieu ou d'un roi, les mains vides. Les Perses et les Chaldéens avaient coutume d'offrir de pareils présents. Or, les Mages, ainsi qu'il est dit en l’Histoire scholastique, vinrent des confins de la Perse et de la Chaldée, où coule le fleuve de Saba, d'où vient le nom de Sabée que porte leur pays. 2° La seconde est de saint Bernard: « Ils offrirent de l’or à la sainte Vierge pour soulager sa détresse, de l’encens, pour chasser la puanteur de l’étable, de la myrrhe pour fortifier les membres de l’enfant et pour expulser de hideux insectes. 3° Parce que avec l’or se paie le tribut, l’encens sert au sacrifice et la myrrhe à ensevelir les morts. Par ces trois présents, on reconnaît, dans le Christ la puissance royale, la majesté divine, et la mortalité humaine. 4° Parce que l’or signifie l’amour, l’encens la prière, la myrrhe, la mortification de la chair: Et nous devons les offrir tous trois à J.-C. 5° Parce que par ces trois présents sont signifiées trois qualités de J.-C. : une divinité très précieuse, une âme toute dévouée, et une chair intègre et incorruptible. Les offrandes étaient encore prédites par ce qui se trouvait dans l’arche d'alliance. Dans la verge qui fleurit, nous trouvons la chair de J.-C. qui est ressuscitée; au Psaume: « Ma chair a refleuri »; dans les tables où étaient gravés les commandements, l’âme dans laquelle sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu; dans la manne, la divinité qui a toute saveur et toute suavité. Par l’or, donc, qui est le plus précieux des métaux, on entend la divinité très précieuse; par l’encens, l’âme très dévouée, parce que l’encens signifie dévotion et prière (Ps.) : « Que ma prière monte comme l’encens.» Par la myrrhe qui est un préservatif de corruption, la chair qui ne fut pas corrompue. Les Mages, avertis en songe de ne pas revenir chez Hérode, retournèrent par un autre chemin en leur pays. Voici comment partirent les Mages : Ils vinrent sous la direction de l’étoile; ils furent instruits par des hommes, mieux encore par dés prophètes; ils retournèrent sous la conduite de l’ange, et moururent dans le Seigneur. Leurs corps reposaient à Milan dans une église de notre ordre, c'est-à-dire des frères prêcheurs, mais ils reposent maintenant à Cologne. Car ces corps,d'abord enlevés par Hélène, mère de Constantin, puis transportés à Constantinople, furent transférés ensuite par saint Eustorge, évêque de Milan; mais l’empereur Henri les transporta de Milan à Cologne sur le Rhin, où ils sont l’objet de la dévotion et des hommages du peuple.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii




PREMIER SERMON POUR LE JOUR DE L'ÉPIPHANIE DE NOTRE-SEIGNEUR.

Sur ces paroles de l'Apôtre : " La bonté de Dieu notre Sauveur et son humanité ont paru dans le monde (Tit. III, 4) : " et sur les trois apparitions de Jésus-Christ.

1. La bonté de Dieu notre Sauveur et son humanité ont paru dans le monde (Tit. III, 14). ".Grâces soient rendues à Dieu par qui nous recevons une si abondante consolation dans notre voyage, au sein de l'exil et au milieu de nos misères. Car nous avons soin de vous rappeler bien souvent, afin que vous ne l'oubliiez pas, que nous sommes des voyageurs sur la terre, des exilés de la patrie, des hommes dépouillés de leur héritage; car quiconque n'a point gémi sur son sort ne sera jamais consolé. Quiconque ne sent point la nécessité d'être consolé ne saurait espérer la grâce de Dieu (a). Aussi, les gens du monde, absorbés tout entiers par une multitude d'affaires et dé désordres, ne s'aperçoivent point de leur misère et ne recherchent point la miséricorde. Mais vous, à qui il n'a pas été dit en vain : " Arrêtez-vous et voyez que je suis le Seigneur de toutes douceurs (Psal. XLV, 11), " vous, à qui le même Prophète disait encore : " Le Seigneur fera connaître à son peuple la puissance de ses oeuvres (Psal. CX, 6) : " vous, dis-je, que les occupations du siècle ne captivent plus, remarquez combien est grande la consolation spirituelle. Vous, qui n'ignorez point que vous êtes en exil, apprenez que le secours vient du ciel, " car la bonté de Dieu notre Sauveur et son humanité ont paru dans ce monde. " Tant que son humanité ne parut point, sa bonté demeura cachée, attendu que celle-ci existait avant celle-là puisque la miséricorde du Seigneur est éternelle. Mais comment pouvait-elle être connue dans toute sa grandeur ? Elle était promise mais on ne le sentait point encore, et voilà pourquoi tant d'hommes en doutaient. Dieu avait parlé autrefois en diverses occasions et en diverses manières par la bouche des prophètes (Hebr. I, 1), il avait dit : " Mes pensées sont des pensées de paix, non d'affliction (Jerem. XXIX, 11). " Que répondait l'homme qui né ressentait que son affliction et ignorait les douceurs de la paix ? Il disait à Dieu jusques à quand nous direz-vous : " La paix, la paix, lorsqu'il n'y a point de paix (Ezech. XIII, 10)? " Aussi les anges de paix versaient-ils des larmes amères en s'écriant : " Seigneur, qui est-ce qui croira nos paroles (Isa. XXXIII, 7) ? " Mais que les hommes en croient du moins leurs propres yeux maintenant, car " les témoignages de Dieu sont très-dignes de créance (Psal. XCII, 5). " Et, afin qu'elle ne pût échapper à ses regards, " Dieu a dressé sa tente en plein soleil (Psal. XVII, 5). "

2. Or, voici maintenant la paix non plus promise simplement, mais envoyée; non plus différée, mais donnée; non plus prophétisée, mais présentée. Voici que Dieu a envoyé sur la terre comme le trésor même de sa miséricorde, ce trésor, dis-je, dont la passion doit briser l'enveloppe, pour en répandre le pria de notre salut qui y est caché;

a Saint Bernard vent dire que ceux qui ne sentent point leur misère ne recevront point la grâce de Dieu, parce qu'il ne la donne qu'à ceux qui la demandent; de plus elle ne se conserve que dans ceux qui craignent de la perdre. (Voir plus loin le premier sermon de saint Bernard pour le jour de l'octave de l'Epiphanie, n. 5, et le deuxième sermon pour le même jour, n. 8.) On peut consulter aussi le premier sermon sur la psaume quatre-vingt-dixième, n. 1, ainsi que le cinquième sermon pour le jour de la race de l'Eglise, n. 8, où notre saint s'exprime ainsi : " Ne point voir sa propre est un obstacle à la miséricorde, et la grâce ne se répand point là où on présume de son mérite. " (Voir encore la livre I de la Vie de saint Bernard, n. 36 et 37.)

pour être, peu volumineux, il n'en est pas moins rempli, car si ce n'est qu'un tout petit enfant qui nous a été donné, en lui habite toute la plénitude de la divinité. Dans la plénitude des temps est donc venue la plénitude, de la divinité. Elle est venue dans la chair afin d'être visible par des yeux de chair, et, afin qu'à la vue de son humanité, on reconnût sa bonté; car si ce dès que l'humanité,de Dieu apparaît, il n'est plus possible de doutes de sa bonté. Comment, en effet, aurait-il pu nous mieux signaler sa bonté, qu'en prenant notre chair, notre chair, dis-je, non point celle qu’Adam eut, avant son péché? Est-il rien qui prouve mieux sa miséricorde que de voir qu'il a pris, notre misère? Enfin où trouver un amour plus plein, que dans le fait du Verbe même de Dieu se faisant pain pour nous ? " Seigneur, qu’ est-ce que l'homme pour faire tant de cas,de lui, et pour que votre cœur, s'attache à lui (Job. VII, 17) ? " Que l’homme apprenne, par là, quel soin Dieu prend de lui, quel bien il lui rend dans sa pensée, et quels sentiments il nourrit à son égard. Ne te demande point, ô homme, ce que tu souffres, mais ce qu'il, a souffert. Reconnais quel cas il fait de toi, par ce qu'il est devenu pour toi afin que tu pusses, en voyant son humanité, te convaincre de sa bonté. En effet, plus il s'est fait petit en se faisant homme, plus il s'est montré grand en amour, et, plus il s'est fait humble pour moi, plus il est digne de mon amour. " La bonté de Dieu notre Sauveur et son humanité nous ont apparu, " disait l'Apôtre. Oui elles ont apparu, mais immenses, mais manifestes ! ce qui a rendu la preuve de sa bonté plus grande encore, c'est le nom de Dieu qu’il a voulu ajouter à son humanité.

3. Car l’ange Gabriel, qui fut envoyé à Marie, lui parle du fils de Dieu, mais ne le nomme point. Dieu. Béni donc soit Dieu qui a trouvé parmi nous, et pour nous, un ange de notre race qui suppléât ce que l'ange du ciel avait omis, Car le nôtre avait aussi l'esprit de Dieu, et c'est dans cet esprit qu'il nous a annoncé :ce qu'il nous importait tant de savoir. Est-il, en effet, quelque chose qui fonde la foi, fortifie l'espérance et enflamme la charité comme l'humanité de pieu? Mais ce que les autres anges n'ont point dit, c'est le notre qui devait le dire. Il ne convenait point que tous les anges annonçassent toutes choses, car, il fallait que nous eussions le plaisir, d'apprendre une chose des uns et une autre des autres, et que nous eussions des actions de grâces à rendre à chacun. Pourtant, il y a un nom que les anges et l'Apôtre s'accordent à lui donner, c'est celui de Sauveur. En s'adressant à Marie qui était plus complètement instruite que lui par le Saint-Esprit, Gabriel se contente de lui indiquer le nom du Sauveur; " vous lui donnerez le nom de Jésus (Luc. I, 31). " Mais lorsqu'il s'adresse à Joseph, il lui explique la signification de ce nom : " Vous lui donnerez le nom de Jésus, parce que ce sera lui qui sauvera son peuple (Matth. I, 21). " De même aux, bergers, la grande nouvelle qui leur est annoncée, c'est qu'il leur est né un Sauveur, le Seigneur Christ. Saint Paul s'exprime à peu près de la même manière quand il dit : " La bonté et l'humanité du Sauveur notre Dieu ont paru (Tit. III, 6). " C'est un nom d'une grande douceur, et nul n'a négligé de le prononcer, attendu qu'il m'était bien nécessaire de l'entendre. Autrement qu'aurai-je fait en apprenant que le Seigneur venait? Ne me serais-je point enfui, comme Adam qui voulait éviter sa présence et ne put y réussir ? Ne tomberais-je point dans le désespoir, en apprenant l'arrivée de celui dont j'ai si souvent violé la loi, de la patience. de qui j'ai tant abusé, dont j'ai si mal reconnu les bienfaits? Quelle plus grande consolation pourrait-il y avoir pour moi que d'entendre un nom plein de douceur et de consolation? Aussi entendez-le lui-même dire que " le Fils n'est pas venu pour juger le monde, mais, pour que le monde fût sauvé par lui (Joan. III, 17). " Alors je m’approche avec confiance, je prie, l'espérance dans l’âme. En effet, que craindrais-je quand celui qui vient dans ma demeure est le Sauveur? Je n'ai péché que contre lui, s'il me pardonne tout sera oublié, d'autant plus qu'il peut faire tout ce qu'il lui plait il est Dieu, s’il me justifie, qui est-ce qui me condamnera? Qui est-ce qui osera élever la voix contre les élus de Dieu (Rom. VIII, 33)? Il faut donc nous réjouir de ce qu'il est venu chez nous, car il se montrera facile à pardonner.

4. Après tout il est tout petit enfant, il sera donc bien facile de l'apaiser: Qui ne sait que les enfants pardonnent aisément? Et s'il n'est pas venu à nous pour peu de chose, cependant il faut bien peu de chose pour nous réconcilier avec lui ; mais si peu que ce soit de ne saurait pourtant pas être moins que la pénitence, après tout n'est-ce que notre pénitence, sinon infiniment peu de chose? Nous sommes pauvres, nous ne pouvons donner que peu; mais ce peu, si nous le voulons, suffit pour nous réconcilier. Tout ce que je puis donner, c'est ce misérable corps, mais si je le donne, il suffit; sinon j'ajoute son propre corps au mien, en effet il est du même sang que moi, il est à moi. Car cet " enfant est né pour nous, ce fils a été donné à nous (Is. IX, 6). " Seigneur, je supplée par vous à ce qui me manque. O réconciliation d'une incomparable douceur ! O satisfaction infiniment agréable ! O réconciliation vraiment facile mais infiniment utile ; satisfaction vraiment petite mais non de peu de prix ! Mais plus elle est facile aujourd'hui, plus elle sera difficile demain, et si maintenant il n'est personne qui ne puisse se réconcilier, bientôt il n'y aura plus personne qui le pourra, car, de même que la bonté du Sauveur s'est montrée au delà de toute espérance, au delà de tout ce que les hommes pouvaient imaginer, ainsi pouvons-nous nous attendre à un jugement dune sévérité pareille à ce que fut sa bonté. Gardez-vous donc bien de mépriser la miséricorde de Dieu si vous ne voulez point ressentir sa justice, ou plutôt sa colère, son indignation, sa violence ou sa fureur. Seigneur, ne me reprenez point dans votre fureur, et ne me châtiez pas dans votre colère (Psal. VI, 1). Pour que vous n'ignoriez point quelle sera la sévérité du jugement futur, il a commencé par vous en donner une idée dans la grandeur de sa miséricorde qui, le précède; jugez donc de la grandeur de la vengeance par la grandeur de l'indulgence. Dieu est immense, sa justice comme sa miséricorde est infinie, il est riche en pardon, riche en vengeance ; mais la miséricorde a. pris le devant, afin que, si nous le voulons, la sévérité du jugement n'ait plus le motif de sévir. Il a donc donné le pas à sa bonté, afin que réconciliés par elle, nous pussions considérer sans crainte sa sévérité. Voilà pourquoi il voulut non-seulement descendre sur la terre, mais s'y faire connaître; non-seulement y naître, mais y être connu.

5. Après tout, c'est à cause de cette manifestation que ce jour est célèbre pour nous, sous le nom de jour de l'apparition. En effet, c'est aujourd'hui que les Mages sont venus de l'Orient à la recherche du soleil de justice qui venait de se lever, de celui dont il est écrit : " Voilà l'homme qui a pour nom Orient (Zach. VI, 12). " C'est aujourd'hui qu'ils ont adoré l'enfantement nouveau d'une vierge, après avoir suivi la route que leur indiquait un astre nouveau. N'y a-t-il point là encore pour nous une grande consolation, de même que dans le mot de l’Apôtre dont je vous ai entretenus ? Celui-ci la nommé Dieu; et ceux-là lui donnent le même titre sinon de bouche, du moins par leurs actions. Que faites-vous, ô Mages, que fais-vous? Vous adorez un enfant à la mamelle, dans une vile étable, et caché sous de vils langes? Est-ce que vous voyez Dieu en lui ? Si c'était un Dieu ne serait-il point dans son temple; le Seigneur, mais c'est dans les cieux qu'il habite : et vous venez, le chercher, dans une vile étable, sur le sein d'une mère? Que faites-vous, encore une fois, et pourquoi lui offrez-vous de l’or ? Est-il donc roi aussi ? Mais où est sa cour royale, où est son trône, où est la foule de ses courtisans ? Faut-il prendre une étable pour la cour d'un roi, une crèche pour son trône, Joseph et Marie pour tous courtisans? Comment des hommes aussi, sages ont-ils pu perdre le sens au point d'adresser leurs adorations à un tout petit enfant, que son âge et la pauvreté de ses parents contribuent à rendre méprisable? Ils ont perdu le. sens, c'est vrai, mais c'est pour le recouvrer, et le Saint-Esprit leur a appris avant tout autre ce que l'Apôtre n'a annoncé que plus tard, c'est, que : " Si quelqu'un parmi vous veut être sage, qu'il devienne insensé et il deviendra sage (I Cor. I, 21). " N'y avait-il pas lieu de craindre, mes frères, que ces hommes ne se scandalisassent et ne se crussent mystifiés en voyant tant de choses indignes d'un Dieu et d'un roi? De la capitale d'un royaume où ils présumaient qu'ils devaient chercher le roi, ils sont envoyés à Bethléem, dans une misérable petite bourgade ; ils entrent dans une étable et y trouvent un enfant enveloppé de langes. Cette étable ne les choque point, ces langes ne les offusquent point, et cet enfant à la mamelle ne les scandalise point; ils se prosternent, ils le saluent comme un roi, et l'adorent comme un Dieu; sans douté c'est que celui qui les a conduits là les a instruits en même temps; sans doute celui qui les a avertis extérieurement par une étoile, les a aussi intérieurement éclairés. Le Seigneur en se manifestant ce jour-là l'a donc rendu céleste; et les Mages, parleurs respect leur dévotion, en ont fait un jour de dévotion et de respects.

6. Mais nous ne célébrons point que cette manifestation aujourd'hui il en est encore une autre que nous avons appris de nos pères à célébrer encore. Bien qu'elle soit séparée par un long laps de temps de la première, cependant on croit qu'elle eut lieu le même jour. Jésus ayant accompli sa trentième année dans la chair (car en tant que Dieu il est toujours le même et ses années ne marchent point vers leur déclin), il se présenta au baptême de Jean au milieu d'un grand concours d'hommes de sa nation. Il y vint comme un homme du peuple, lui qui seul était sans péché. Qui l'aurait pris alors pour le Fils de Dieu ? Qui aurait pensé qu'il était le Seigneur de majesté ? O Seigneur, comme vous vous humiliez profondément! Vous vous cachez bien bas, mais vous ne pouvez demeurer inconnu à Jean. N'est-ce pas lui qui du fond du sein maternel, avant même d'avoir vu le jour, vous reconnut, bien que vous ne fussiez pas encore né non plus? N'est-ce pas lui qui vous reconnut à travers la double enveloppe du sein de sa mère et du sein de la vôtre? Comme il ne pouvait alors s'adresser à la foule, il instruisait du moins sa mère de votre présence par un tressaillement de joie. Mais aujourd'hui que se passe-t-il? l'Evangéliste nous le dit : " Jean le vit venir et il dit : voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les pêches du monde ( Joan. II, 29). " Oui, c'est bien un agneau , c'est bien lui plein d'humilité, lui plein de douceur. " Voici, dit-il, l'Agneau de Dieu, celui qui ôte les péchés du monde. " C'est-à-dire voici celui qui ;va effacer nos iniquités et purifier notre cloaque. Mais nonobstant ce témoignage il veut être baptisé de la main de Jean. Celui-ci n'ose céder à ses voeux, qui peut s'en étonner? Oui, qu'y a-t-il d'étonnant qu'un homme tremble et n'ose point toucher au chef saint d'un Dieu, à cette tête que les Anges adorent, que les puissances vénèrent, que les principautés ne considèrent qu'avec crainte? Eh quoi, Seigneur Jésus, vous- voulez être baptisé? Pourquoi cela, Seigneur, et quel besoin avez-vous du baptême? Est-ce que l'homme qui est en bonne santé a besoin de médecin, et celui qui est pur a-t-il besoin de se purifier encore ? D'où vous viendrait donc le péché pour avoir besoin du baptême? Est-ce de votre père? Vous en avez un, je le sais, mais ce père est Dieu, vous lui êtes égal, car vous êtes Dieu de Dieu, lumière de lumière. Or, qui ne sait que le péché ne peut se trouver en Dieu ? Est-ce de votre mère, car vous avez aussi une mère, mais cette mère est vierge. Je me demande quel péché vous pouvez tenir d'elle, puisqu'elle vous a conçu sans péché et vous a mis au monde sans perdre sa virginité? Quelle tâche peut se trouver dans l'Agneau immaculé? " C'est moi plutôt, dit Jean, qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi (Matth,. III, 14) ! " Des deux côtés l'humilité est grande, mais il n'y a pas de comparaison entre celle de l'un et celle de l'autre. En effet, le moyen pour un homme de ne point s'humilier en présence d'un Dieu qui est humble ? " Laissez-moi faire pour le moment, dit le Seigneur, car c'est ainsi qu'il convient que nous accomplissions toute justice (Matth. III, 15). " Jean céda et obéit; il baptisa l’Agneau de Dieu, il purifia l’eau. C'est nous qui avons été lavés, ce n'est pas lui, car nous savons que c'est pour nous purifier, que les eaux ont été purifiées elles-mêmes.

7. Mais peut être ne vous en rapporterez-vous point entièrement au témoignage de Jean, attendu qu'après tout, il est homme et par conséquent sujet à caution, d’autant plus qu'il est proche parent de celui à qui il rend témoignage. Eh, bien! voilà un témoignage plus imposant, que celui, de Jean, c'est le témoignage de la colombe qui vient se reposer:sur Jésus-Christ. Or ce n'est pas sans raison que pour désigner l'Agneau de Dieu, c'est une colombe qui arrive attendu qu'il n'est point d'être qui convienne mieux à l'agneau que la colombe. Ce qu'est l'agneau parmi les animaux, la colombe l’est parmi les oiseaux. L'un et l'autre sont d'une parfaite innocence , d'une très-grande douceur et d’une extrême simplicité. Est-il rien de plus éloigné de toute malice qu’un agneau et qu'une colombe? Ils ne sauraient nuire à personne, ils ne savent point ce que c'est que de faire du mal. N'allez pas croire que tout cela s’est passé par hasard , le témoignage de Dieu le Père vous détromperait: Le Dieu de toute majesté fit retentir son tonnerre, le Seigneur s'est fait entendre sur les grandes eaux (Psal. XXVIII, 3). " Au même instant on entendit une voix du ciel qui dit: celui-ci est : mon Fils bien-aimé en qui j'ai. mis toutes mes complaisances (Matth. III, 17). " En effet, Jésus est bien celui en qui rien ne déplaît au Père, rien ne choque les regards de sa majesté. Aussi dit-il lui-même : " Je fais toujours ce qui lui plaît. Ecoutez-le (Joan. VIII, 29), " dit-il. A vous maintenant, Seigneur Jésus, à vous de parler. Jusques à quand ferez-,vous comme si vous n'entendiez point? Vous ne vous êtes tu que trop longtemps, oui trop longtemps; mais à présent votre Père vous permet de parler. Combien de temps vertu, sagesse de Dieu, demeurerez-vous cachée dans la foule comme un homme faible et dépourvu de sagesse? Combien de temps encore, noble Roi, Roi du ciel, souffrirez-vous qu'on vous croie et qu'on vous. appelle le ils du charpentier? Car saint Luc nous apprend qu'alors encore il passait pour être le fils de Joseph (Luc. III, 23). " O humilité, vertu du Christ, ô sublime humilité ! Comme vous confondez notre orgueil et notre vanité ! J'ai une ombre de savoir à peine, ou plutôt je me figure que je l'ai, et je ne puis plus me taire, je me produis et me fais valoir avec autant d'imprudence que d'impudence, j'ai hâte de parler, je suis aussi avide d'instruire les autres que lent à les écouter. Est-ce que Jésus, quand il gardait si longtemps le silence et se tenait caché, redoutait la vaine gloire? Pourquoi aurait-il appréhendé la vaine gloire lui qui est la vraie gloire du Père? Et pourtant il la craignait, mais non pour lui. Il la craignait pour nous, à qui il savait qu'elle était redoutable. C’est nous qu'il voulait prémunir, nous encore qu'il voulait instruire. Il gardait le silence des lèvres, mais il nous parlait par ses oeuvres, et, ce qu’il nous apprit plus tard par ses leçons, en disant : apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur (Matth. XI, 29), " il nous l'enseignait dès lors par ses exemples. En effet, nous ne savons que peu de choses de son enfance, et, depuis son enfance jusqu'à l’âge de trente ans, il n'est plus parlé de lui. Mais à présent il ne peut plus demeurer caché, car son Père fa trop clairement montré à tous les yeux. Mais dans sa première manifestation même il voulut se montrer en la société de la Vierge Marie parce que la virginité de sa mère est encore une leçon de réserve.

8. Nous trouvons dans l'Evangile sa troisième manifestation dont nous célébrons également aujourd'hui le souvenir. Il était invité aux noces de Cana; là, le vin étant venu à manquer, il compatit à l'embarras des époux et changea l'eau en vin: "Ce fut, dit l’Evangéliste, le premier de ses miracles (Joan. II, 11). " Ainsi dans la première manifestation, il montre le vieil homme en lui, car c'est sous la forme d'un enfant suspendu aux mamelles de sa mère qu'il a apparu : dans la seconde, le témoignage de son Père montre en lui le vrai Fils de Dieu; et dans la troisième, il se montre lui-même vraiment Dieu en changeant la nature à son gré. Ce sont là, autant de preuves qui confirment aujourd'hui notre foi, autant de démonstrations qui fortifient notre espérance, autant de motifs qui enflamment notre amour.


DEUXIÈME SERMON POUR LE JOUR DE L'ÉPIPHANIE DE NOTRE-SEIGNEUR.

Sur les Mages, à l'occasion de ce passage du Cantique des cantiques " Sortez de vos demeures, filles de Sion, et voyez le roi Salomon (Cant. III, 10). "

1. Nous lisons que le Seigneur s'est manifesté trois fois le même jour, sinon à la même époque. La seconde et la troisième fois il le fit d'une manière admirable, mais sa première manifestation est la plus admirable de toutes. Je trouve admirable le changement de l'eau en vin, admirable encore le témoignage de Jean, de la colombe et du Père; mais ce qui m'inspire plus d'admiration encore, c'est qu'il fut reconnu par les Mages. Or, ils l'ont reconnu, la preuve en est qu'ils l’adorèrent et lui offrirent de l’encens. Non-seulement ils reconnurent en lui un Dieu, mais aussi un roi, comme le prouve for qu'ils lui présentèrent. Toutes ces offrandes cachent pour eux un grand mystère de charité, aussi lui offrent-ils de la myrrhe pour indiquer sa mort. Les Mages adorent donc un enfant à la mamelle et lui offrent des présents. Mais, ô Mages, où donc voyez-vous la pourpre royale autour de cet enfant ? Est-ce dans ces pauvres langes dont il est enveloppé ? Si cet enfant est roi, où donc est son diadème? Pour vous, vous le voyez effectivement avec le diadème dont sa mère l'a couronné, je veux parler de cette- enveloppe mortelle dont il dit lui-même en ressuscitant : " Vous avez déchiré le sac dont j'étais vêtu, et vous m'avez environné de joie (Psal. XXIX, 12). " Sortez donc de vos demeures, filles de Jérusalem, et venez voir le roi Salomon qui parait avec le diadème dont sa mère l'a couronné, etc. (Cant. III, 10). " Oui sortez, vertus angéliques, habitants de la Jérusalem céleste, voici votre roi, mais paré de notre couronne, du diadème dont sa mère lui a ceint le front. Mais vous avez jusqu'à ce jour ignoré ces délices, jusqu'à ce jour vous n'avez point goûté ce bonheur. Vous connaissez bien sa grandeur, vous avez maintenant son abaissement sous les yeux; sortez donc de vos demeures et venez voir votre roi Salomon qui paraît avec, le diadème .dont sa mère l'a couronné.

2. Mais il n'est pas nécessaire que nous les y invitions , ils ressentent eux-mêmes le désir de le contempler. Car plus sa grandeur leur est connue, plus son abaissement leur semble aimable et précieux; voilà pourquoi, bien que nous ayons encore plus de sujets qu'eux de nous réjouir,puisque c'est pour nous qu'il est né, et à nous qu'il est donné, ce sont eux cependant nous préviennent et nous exhortent à le voir. J'en vois la preuve dans le fait de l'ange qui annonce la bonne et grande nouvelle aux bergers, et dans les chants de l'armée céleste qui était avec lui (Luc. III, 16). C'est: donc à vous, âmes mondaines, que je m'adresse quand je dis filles de Sion; 'est,à vous qui êtes des filles délicates et faibles plutôt que des fils, car la force vous manque et vous n'avez rien de viril en vous, que je dis : " Sortez de votre demeure, filles de Sion. " Sortez de vos sentiments charnels pour vous élever vers l'intelligence de l’esprit, de la servitude, de la concupiscence de la chair, pour rester dans la liberté de l'intelligence de l'esprit. Sortez de votre pays, de votre parenté et de la demeure de votre père " et venez voir votre roi Salomon. "D'ailleurs il ne serait pas sûr pour vous de voir en lui l'Ecclésiaste, car qui dit Salomon, dit pacifique. Or il est Salomon dans l'exil (a); mais qui dit Ecclésiaste dit harangueur de la foule, or il le sera au jugement dernier; qui dit Idite, dit ami du Seigneur, il ne le sera que dans son royaume. Dans l'exil il est doux et aimable; au jugement dernier il sera juste et terrible, et dans le royaume, il sera glorieux et admirable. Sortez donc de vos demeures, et venez voir votre roi Salomon,,car partout il porte sa royauté. Son royaume n'est pas de ce, monde, il est vrai, mais il n'en est pas moins roi dans ce monde. En effet, quand on lui dit : "Vous êtes donc roi? Je le suis, répondit-il, et c'est- pour cela que je suis né et que je suis venu dans le monde (Joan. XVIII, 37). " Maintenant donc il règle nos moeurs, au jugement dernier il discernera nos mérites, et dans son royaume il les récompensera.

3. Sortez donc de vos demeures, filles de Sion, et venez voir votre roi Salomon qui parait avec le diadème dont sa mère l'a couronné, le diadème de la pauvreté, la couronne de la misère. Car il a reçu de

a. Depuis cet endroit jusqu'à ta fin. du paragraphe, saint Bernard continue dans-les mêmes termes qu'il s'exprimera dans le cinquantième de ses sermons divers.

sa marâtre une couronne d'épines, une couronne de misère. Mais il en recevra une de justice de la main des siens, le jour où les anges iront arracher tous les scandales du milieu de son royaume, alors qu'il viendra pour juger avec les anciens de son peuple, et que l'univers entier se déclarera pour lui contre les insensés. Son Père le gratifie d'une couronne de gloire, selon ce mot du Psalmiste : " Vous lui avez donné une couronne de gloire et d'honneur (Psal. VIII, 6). " Venez donc le contempler, filles de Sion, sous le diadème dont l'a couronné sa mère. Prenez la couronne de votre roi devenu petit enfant pour vous, et, avec les Mages, adorez son abaissement; car leur foi et leur dévotion vous sont aujourd'hui proposées en exemple. A qui, en effet, comparerons-nous, à qui assimilerons-nous ces hommes aujourd'hui? Si je considère la foi du bon larron et la confession du centurion, il me semble que les Mages l'emportent sur tous les deux, attendu que pour ceux-ci déjà il avait fait bien des miracles, déjà il avait été annoncé par bien des bouches, déjà même il avait reçu les adorations de bien des gens. Remarquons néanmoins quel fut le langage de ces deux hommes. Le bon larron s'écriait du haut de la croix : " Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous serez arrivé dans votre royaume (Luc. XXII, 42). " Le supplice de la, croix serait-il la voie qui le conduit à son royaume? Qui donc t'a appris qu'il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire? Et toi, centurion, où as-tu appris à le connaître? L'Évangéliste nous dit que : " En voyant qu'il avait expiré en jetant ce grand cri, il s'écria : certainement cet homme était le Fils de Dieu (Marc, XV, 39). " Chose étrange et bien digne d'admiration!

4. Aussi vous dirai-je, voyez et remarquez quels yeux perçants, quels yeux de lynx a la foi. Elle voit le Fils de Dieu dans un enfant à la mamelle, elle le voit dans un homme attaché à la croix, enfin elle le voit dans un mourant En preuve, c'est que le centurion le reconnut sur la croix et les mages dans une étable: l'un le reconnaît malgré ses clous; les autres, malgré ses langes; celui-là reconnaît la Vie dans la mort, ceux-ci la vertu de Dieu dans le faible corps d'un nouveau-né; le premier, l'Esprit suprême dans un dernier soupir; les seconds, le Verbe de Dieu dans un muet enfant; car ce que l'un confesse par ses paroles, les autres le confessent par leurs présents. Le bon larron confesse le roi, et le centurion, le Fils de Dieu et de l'homme en même temps. Mais que signifient les trois présents des Mages? Leur encens ne montre-t-il point qu'ils reconnaissent en Jésus non moins un Dieu que le fils de Dieu? Aussi, mes frères bien-aimés, je demande à Dieu que l'immense charité que le Dieu de toute majesté nous a témoignée, vous profite, ainsi que le profond abaissement auquel il s'est soumis, et l'immense bonté que le Christ nous a montrée par son abaissement. Rendons grâce au Rédempteur, notre médiateur, qui nous a fait connaître l'extrême bonne volonté de Dieu le Père à notre égard; car nous savons si bien quelles sont ses dispositions à notre égard, que nous pouvons dire avec raison : " Nous courrons, mais non pas au hasard (I Cor. IX, 26). " Nous ne pouvons douter, en effet, que le coeur de Dieu le Père ne soit à notre égard dans les dispositions où nous l'a montré celui même qui est sorti de son coeur.



TROISIÈME SERMON POUR LE JOUR DE L'ÉPIPHANIE DE NOTRE SEIGNEUR.

Sur ce passage de l’Évangile : " Où est le roi des Juifs qui est nouvellement né ( Matt. II, 2) ? "

1 Mes frères, je crois nécessaire de vous exposer, selon ce que j'ai coutume de faire les autres jours de fête le sens de la solennité d'aujourd'hui. Quelquefois je parle contre les vices, ce genre de sermons est très utiles mais il me paraît mieux convenir aux autres jours qu'à celui-ci. Les jours de fête et surtout dans nos plus grandes solennités, il vaut mieux s’appliquer dans les sermons à instruire et à toucher. Comment, en effet, pourriez-vous célébrer ce que vous ne connaîtriez point, et comment connaîtriez-vous ce dont on ne vous parle point? Que ceux donc qui sont versés dans la connaissance de la loi, nous permettent de nous mettre à la portée de ceux qui le sont peu, comme l'exige la loi de la charité. D'ailleurs je ne bois pas qu'ils soient privés de nourriture , parce qu'ils voudront bien servir des mets un peu moins recherchés aux âmes un peu moins instruites, comme on pourrait le faire pour le simple peuple. Or, c'est ce qu'ils feront si dans , une pensée de charité fraternelle, ils se contentent de ce que réclament les personnes moins instruites, quoique peut-être ce ne soit pas aussi nécessaire pour eux. Ils pourront ensuite ramasser les restes, et repasser dans leur esprit avec attention et ruminer comme font les animaux purs, tout ce qui aura pu échapper, à cause de sa subtilité, aux esprits peu cultivés.

2. La solennité de ce jour tire donc son nom d'un mot qui signifie manifestation, car ce mot épiphanie n'a pas d'autre sens. C'est donc aujourd'hui la manifestation de Notre-Seigneur, non pas d'une seule, mais d'une triple manifestation, selon ce que nos pères nous ont appris En effet, c'est aujourd'hui que notre Roi, encore tout petit enfant, s'est manifesté peu de jours après sa naissance, aux premiers des, gentils, qu'une étoile avait amenés jusqu'à lui. C'est également en ce jour, que Jésus ayant accompli sa trentième année dans la chair, car en tant que Dieu, il est toujours le même et ses années ne marchent point vers leur déclin, il vint au Jourdain, confondu dans la foule des gens de sa nation pour être baptisé, et que le témoignage de Dieu, son Père, le fit connaître aux hommes. C'est également aujourd'hui que, se trouvant, avec ses disciples, invité à des noces où le vin a manqué, il a changé l'eau en vin par un miracle admirable de sa puissance. Mais je préfère considérer plus particulièrement la manifestation qui s'est faite dit Sauveur pendant les premiers jours de son enfance, parce qu'elle est remplie d'une très grande douceur, et que d'ailleurs c'est celle qui est le principal objet de cette fête.

3. C'est donc aujourd'hui, comme nous l'avons vu dans l'Evangile, que les Mages vinrent à Jérusalem du fond de l'Orient. Il est bien juste sans , doute que ceux qui viennent nous apprendre le lever du Soleil de justice, et remplir le monde entier de l'annonce de l'heureuse nouvelle, nous arrivent de l'Orient. Par malheur la Judée infortunée qui haïssait la lumière, se voile la face à l'éclat de cette clarté nouvelle et voit ses yeux malades se fermer au lieu de s'ouvrir aux brillants rayons du Soleil éternel. Mais écoutons le langage des mages arrivés de l'Orient: "Où est le Roi des Juifs nouvellement né (Matt. II, 2 ) ? "Quelle foi assurée, quelle absence d'hésitation et de doute! Ils ne s'inquiètent point s'il est né, mais pleins d'une complète certitude et tout à fait étrangers au doute, ils demandent où est le Roi des Juifs qui vient de naître. A ce mot de roi, Hérode se figure qu'il va avoir un successeur et il est saisi de crainte. Ne nous étonnons point de son trouble, mais étonnons-nous bien plutôt de voir Jérusalem, la cité de Dieu, dont le nom signifie la vision de la paix, partager le trouble d'Hérode. Voyez, mes frères, quel mal peut faire un pouvoir unique, comment un chef ;impie fait partager son impiété à ses sujets. O la malheureuse ville que celle où règne Hérode ; elle ne saurait demeurer étrangère à, la malice d'Hérode, et ne point partager le trouble qu'il éprouva à la nouvelle de la naissance du Sauveur. J'espère bien, avec la grâce de Dieu, qu'il ne régnera jamais sur nous, ce dont Dieu nous préserve. C'est partager la malice d'Hérode et la cruauté de Babylone, que de vouloir étouffer un ordre naissant et briser contre la pierre les jeunes enfants d'Isaac. Il est évident, en effet, que lorsqu'il parait quelque chose qui peut aider au salut, ou t quelque ordre nouveau, quiconque y' fait de l'opposition, et le combat, est du nombre de ces Egyptiens qui voulaient éteindre la race d'Israël, je dis plus, c'est un allié d'Hérode qui persécute le Sauveur naissant. Mais revenons à notre histoire, car je suis convaincu que s'il y a quelqu'un qui se, trouve dans ce cas, il veillera désormais sur lui-même avec le plus grand soin, détestant du fond de l’âme les sentiments d'Hérode, afin de, ne point partager son sort.

4. Comme les Mages s'informaient du Roi des Juifs, et comme Hérode de son côté s'informait auprès des scribes du lieu où devait naître le Seigneur, ceux-ci lui firent connaître le nom de la ville qu'avait indiquée le Prophète. Lorsque les plages se furent éloignés, après avoir quitté les Juifs, " voilà que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient, marchait devant eux. " Ces paroles nous donnent assez clairement à entendre qu'ils cessèrent d'avoir Dieu pour guide tant qu'ils s'enquirent auprès des hommes; car le signe céleste leur fit défaut dès l'instant qu'ils se mirent en quêté de renseignements humains. Mais à peine ont-ils quitté Hérode qu'ils sont remplis d'une grande joie, car l’étoile leur apparut marchant devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au dessus de l’endroit , où était l'enfant, elle s'arrêta: " Entrant alors dans la maison, ils trouvèrent l'Enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils l'adorèrent (Matt. II, 11). " O étrangers, d'ou vient que vous agissez ainsi ? Nous n'avons point vu de foi pareille dans Israël. Ainsi la triste apparence de cette étable ne vous offusque point, non plus que la vue de ce pauvre berceau fait d'une crèche ? La présence de cette mère pauvre ni cet enfant à la mamelle, ne vous scandalisent donc point?

5. Alors, dit l'Evangéliste " Ils ouvrent leurs trésors et ils lui offrent en présents, de l'or, de l'encens et de la myrrhe (Ibid.) " S'ils ne lui avaient offert que de l'or, peut-être auraient-ils paru avoir eu la pensée de venir en aide à la pauvreté de la mère, et lui donner les moyens d'élever son enfant. Mais comme ils lui offrent en même temps de l'or, de l'encens et de là myrrhe, il est évident que leurs offrandes ont un sens spirituel. En effet, l'or passe pour ce qu'il y a de plus précieux parmi les richesses des hommes; c'est ce que, avec la grâce du Sauveur, nous lui offrons dévotement lorsque, pour son nom, nous renonçons entièrement aux biens de ce monde. Mais à présent il ne nous reste plus, après avoir si complètement foulé aux pieds les choses de la terre, qu'à rechercher avec une plus vive ardeur celles des cieux. Car c'est ainsi que nous pourrons lui offrir la bonne odeur de l'encens qui, selon saint Jean, comme nous le voyons dans son Apocalypse (Apoc. V, 3), représente les prières des saints. Voilà ce qui faisait dire au Psalmiste : " Que ma prière s'élève vers vous comme la fumée de l'encens (Psal. CXL, 2) : " et à l'Ecclésiastique : "La prière du juste perce les nues: " La prière, dis-je, non de quiconque, mais du juste ( Eccles. XXXV, 21), car la prière de quiconque détourne l'oreille pour ne point écouter, la loi de Dieu, est exécrable (Prov. XXVIII, 9). "

6. Si donc vous voulez être juste et ne point détourner l'oreille des commandements de Dieu, pour que lui-même ne détourne pas la sienne de vos prières, il faut non-seulement que vous méprisiez le siècle présent, mais encore que vous châtiez votre chair et la réduisiez en servitude. Car celui qui a dit: "Quiconque ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple (Luc. XVI, 32), " et encore "Si vous voulez être parfaits, allez, vendez tout ce que vous avez et donnez-le aux pauvres, puis revenez vous mettre à ma suite (Matt. XIX, 21), est le même qui a dit dans un autre endroit : " Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix et me suive (Luc. IX, 23)." L'Apôtre voulant expliquer le sens de ces paroles, disait ; "Ceux qui sont à Jésus-Christ, ont crucifié leur chair avec toutes ses passions et ses désirs déréglés (Gal. V, 24). " La prière doit donc avoir deux ailes, le mépris du monde et la mortification de la chair, et avec elles il n'est pas douteux qu'elle puisse pénétrer les cieux et s'élever en présence de Dieu comme la fumée de l'encens. Pour que notre sacrifice soit agréable et que notre offrande mérite d'être accueillie, il faut qu'à l'or et à l'encens s'ajoute encore la myrrhe, car bien qu'elle soit amère, elle n'en est pas moins fort utile, elle conserve le corps qui est mort à cause du péché et l'empêche de tomber en pourriture en tombant dans le vice. Qu'il suffise de ce peu de mots pour nous engager à imiter les offrandes des Mages.

7. Mais comme nous avons parlé de manifestation, il est bien que nous recherchions qu'est-ce qui se manifeste à nous dans cette fête. L'Apôtre se charge de nous l'apprendre en nous disant : " Ce qui a paru, c'est la bonté et l'humanité du Sauveur notre Dieu (Tit. III, 4). " Et, en effet, nous avons entendu l'Evangéliste nous dire que "étant entrés dans la maison, les Mages y trouvèrent l'Enfant avec Marie sa mère (Matt. II, 41). " Or dans ce corps d'enfant qu'une mère réchauffait contre son sein virginal, qu'est-ce qui apparaît sinon le vérité de la chair qu'il a prise? Dans la seconde manifestation, ne vous semble-t-il point qu'il est manifestement proclamé Fils de Dieu de la bouche même de. son Père? En effet, les cieux s'entr'ouvrirent au-dessus de sa tète, le Saint-Esprit en descendit sur lui sous la forme corporelle d'une colombe, et en même temps la voix du Père fit entendre ces paroles : " Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances (Matt. III, 17). " Certes, il est assez manifeste après cela, il est suez évident et assez indubitable que le Fils de Dieu ne peut être que Dieu lui-même. Personne, en effet, ne révoque en doute que les enfants des hommes soient des hommes aussi, ni que les petits des animaux soient de la même espèce que ceux dont ils sont nés. Toutefois, pour qu'il n'y ait plus place pour une erreur sacrilège, celui qui, dans la première manifestation, fut reconnu pour vrai homme et fils d'homme, et qui dans la seconde, n'en est pas moins déclaré Fils de Dieu, se montre dans la troisième vrai Dieu et véritable auteur de la nature qu'il change à son gré. Pour nous, par conséquent, mes bien-aimés, aimons Jésus-Christ comme étant véritablement homme et notre frère; honorons-le comme Fils de Dieu, et adorons-le comme Dieu. Croyons avec une entière sécurité en lui, et confions-nous à lui avec la même sécurité, mes frères, car le pouvoir de nous sauver ne lui manque point, puisqu'il est vraiment Dieu, et Fils de Dieu; non plus que la bonne volonté, attendu qu'il est comme l'un de nous un homme véritable et fils de l'homme. Comment pourrait-il se montrer inexorable à notre égard, quand il s'est fait, pour nous, semblable à nous et sujet à la douleur?

8. Si vous désirez maintenant que je vous dise sur ces trois manifestations quelques mots qui aient rapport à la pratique, je vous prie de remarquer avant tout que le Christ se montre enfant avec une Vierge pour mère, afin de nous apprendre à rechercher par dessus tout, la simplicité et la modestie. La simplicité est, en effet, le partage de l'enfance, de même que la modestie est l'apanage des vierges. Par conséquent, nous tous, qui que,nous soyons, il est deux vertus surtout que nous devons acquérir dès le principe même de notre conversion, c'est une humble simplicité, et une gravité pleine de modestie. Dans la seconde manifestation, le Sauveur vient aux eaux du baptême, non pour être purifié, mais plutôt pour recevoir le témoignage de son Père. Tout cela représente les larmes de la dévotion dans lesquelles on recherche bien moins à obtenir le pardon de ses fautes, qu'à complaire à Dieu le Père, lorsque l'esprit des enfants d'adoption descend sur nous pour rendre témoignage à notre propre esprit, que nous sommes les enfants de Dieu, en sorte qu'il nous semble entendre du haut du ciel une voix douce comme le miel qui nous assure que Dieu le Père se complaît véritablement en nous. Or, il y a une grande différence entre ces larmes de la dévotion et de l'âge viril, et celles que le premier âge laissait couler su milieu des vagissements de l'enfance et qui n'étaient que les larmes de la pénitence et de la confession. Toutefois, il en est d'autres qui sont bien supérieures aux premières, ce sont celles qui prennent le goût du vin; car on peut dire avec vérité que les, larmes de la compassion fraternelle qui s'échappent dans l’ardeur de la charité, sont véritablement changées en vin, attendu que, par la charité, il semble qu'on s'oublie soi-même un instant comme par l'effet d'une ivresse pleine de sobriété.

Oeuvres Complètes de Saint BERNARD. Traduction par M. l'Abbé Charpentier. Vivès, Paris 1866




AUX PREMIÈRES VÊPRES.

Ant. 1 Engendré avant l’aurore * et avant les siècles : le Seigneur, notre Sauveur, apparaît aujourd’hui au monde.

Ant. 2 Ta lumière a brillé, * 0 Jérusalem, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi ; et les Nations marcheront à ta lumière, alléluia.

Ant. 3 Ouvrant leurs trésors, * les Mages, offrirent au Seigneur, l’or, l’encens et la myrrhe, alléluia.

Ant. 4 Mers et fleuves, * bénissez le Seigneur ; fontaines, chantez un hymne au Seigneur, alléluia.

Ant. 5 Cette étoile * brille comme une flamme, et manifeste le Dieu, Roi des rois ; les Mages l’ont vue et sont venus offrir leurs présents au grand Roi.

Capitule. Is. 60, 1. Lève-toi, sois éclairée, Jérusalem, parce qu’est venue ta lumière et que la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.

Hymnus

Crudélis Heródes, Deum

Regem veníre quid times ?

Non éripit mortália,

Qui regna dat cæléstia.

Ibant Magi, quam víderant,

Stellam sequéntes prǽviam :

Lumen requírunt lúmine :

Deum faténtur múnere.

Lavácra puri gúrgitis

Cæléstis Agnus áttigit :

Peccáta, quæ non détulit,

Nos abluéndo sústulit.

Novum genus poténtiæ :

Aquæ rubéscunt hýdriæ,

Vinúmque iussa fúndere,

Mutávit unda oríginem.

Hymne

Cruel Hérode, pourquoi crains-tu

l’arrivée d’un Dieu Roi ?

Il ne ravit pas les sceptres mortels,

celui qui donne les royaumes célestes.

Les Mages s’avançaient, suivant l’étoile

qu’ils avaient vue et qui marchait devant eux ;

sa lumière leur fait trouver la (vraie) lumière ;

par leurs présents, ils reconnaissent un Dieu.

L’Agneau céleste a touché l’onde

du lavoir de pureté ;

par son ablution, il lave et détruit en nous

des péchés qu’il n’a point commis.

Nouveau prodige de puissance !

L’eau rougit dans les urnes (de Cana) ;

obéissant au Rédempteur, elle change

de nature, et s’écoule en flots de vin.

O Jésus, qui vous êtes rêvélé aux Gentils,

gloire à vous

ainsi qu’au Père et à l’Esprit divin,

dans les siècles éternels. Amen.

V/. Les rois de Tharsis et les îles lui offriront des présents.

R/. Des rois de l’Arabie et de Saba lui apporteront des dons.

Ant.au Magnificat Les Mages,* voyant l’étoile, se dirent l’un à l’autre : Voici le signe du grand Roi ; allons et cherchons-le ; offrons-lui en présent, l’or, l’encens et la myrrhe, alléluia.

A MATINES.

L’Invitatoire et l’Hymne sont omis le jour de l’Épiphanie. [1]

Au premier nocturne.

Ant. 1 Apportez (des présents) au Seigneur,* enfants de Dieu ; adorez le Seigneur dans son saint temple

Ant. 2 Le cours d’un fleuve abondant * réjouit, alléluia, la cité de Dieu, alléluia.

Ant. 3 Chantez notre Dieu,* chantez ; chantez notre Roi, chanter avec sagesse.

V/. Que toute la terre vous adore et vous chante.

R/. Qu’elle dise un psaume à la gloire de votre nom, Seigneur.

Du Prophète Isaïe. Cap. 55, 1-4 ; 60, 1-6 ; 61, 10-11 & 62, 1.

Première leçon. Vous tous qui avez soif, venez vers les eaux : et (vous) qui n’avez pas d’argent, hâtez-vous, achetez et mangez ; venez, achetez sans argent et sans aucun échange, du vin et du lait. Pourquoi dépensez-vous de l’argent à ce qui n’est pas du pain et votre travail à ce qui ne peut vous rassasier ? Écoutez-moi avec une grande attention [2], et mangez une bonne nourriture, et votre âme se délectera en s’engraissant. Inclinez votre oreille, et venez à moi ; écoute ?, et votre âme vivra et je ferai avec vous un pacte éternel (qui montrera) véritables les miséricordes (promises) à David. Voilà que je l’ai donné pour témoin aux peuples, pour chef et pour maître aux Nations.

R/. En ce jour [3], quand le Seigneur eut été baptisé dans le Jourdain, les cieux s’ouvrirent, le Saint-Esprit se reposa sur lui comme une colombe, et la voix du Père se fit entendre : * Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances. V/. L’Esprit-Saint descendit sur lui, sous la forme sensible d’une colombe, et une voix vint du Ciel. * Celui-ci. Rubrique avant 1955 : Ce Verset se dit seulement aujourd’hui, le Dimanche dans l’Octave même s’il est anticipé, et au jour Octave ; mais les autres jours dans l’Octave au lieu de ce Répons, on dit le Répons propre aux jours dans l’Octave, indiqué en son lieu.

Deuxième leçon. Lève-toi, sois éclairée, Jérusalem, parce qu’est venue ta lumière, et que la gloire du Seigneur sur toi s’est levée. Parce que voilà que les ténèbres couvriront la terre, et une obscurité, les peuples ; mais sur toi se lèvera le Seigneur, et sa gloire en toi se verra [4]. Et des Nations marcheront à ta lumière, et des rois à la splendeur de ton lever [5]. Lève autour de toi, tes yeux, et vois [6] ; tous ceux-ci se sont rassemblés, ils sont venus à toi ; tes fils de loin viendront, et tes filles à ton côté se lèveront. Alors tu verras, et tu seras dans l’abondance ; ton cœur admirera et se dilatera, quand se sera tournée vers toi la richesse de la mer, et que la force des Nations sera venue à toi. Une inondation de chameaux te couvrira, des dromadaires de Madian et d’Epha ; tous viendront de Saba, apportant de l’or et de l’encens, et publiant des louanges en l’honneur du Seigneur.

R/. On vit le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe, et on entendit la voix du Père : * Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. V/. Les cieux lui furent ouverts et la voix du Père se fit entendre. * Celui-ci.

Troisième leçon. Me réjouissant, je me réjouirai dans le Seigneur, mon âme exultera en mon Dieu ; parce qu’il m’a revêtu des vêtements du salut, et du manteau de la justice [7] ; il m’a enveloppé, comme l’époux paré d’une couronne, et comme l’épouse ornée de ses colliers. Car comme la terre produit son germe, et comme un jardin fait germer sa semence, ainsi le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les Nations. A cause de Sion, je ne me tairai pas, et à cause de Jérusalem je ne me reposerai pas, jusqu’à ce que paraisse son juste comme une éclatante lumière, et que son sauveur, comme un flambeau, répande sa clarté.

R/. Les rois de Tharsis [8] et les îles lui offriront des présents ; * Des rois de l’Arabie et de Saba lui apporteront des dons. V/. Tous viendront de Saba. apportant de t’or et de l’encens. * Des rois. Gloire au Père. * Des rois.

Au deuxième nocturne.

Ant. 1 Que toute la terre vous adore * et vous chante, qu’elle dise un psaume à votre nom, Seigneur.

Ant. 2 Les rois de Tharsis * et les îles offriront des présents au Seigneur Roi.

Ant. 3 Toutes les Nations * que vous avez faites viendront, et adoreront devant vous, Seigneur.

V/. Les rois de Tharsis et les îles lui offriront des présents.

R/. Des rois de l’Arabie et de Saba lui apporteront des dons.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. « Réjouissez-vous dans le Seigneur, mes bien-aimés, je le dis encore, réjouissez-vous » ; puisque peu de temps après la solennité de la Nativité de Jésus-Christ, la fête de sa manifestation brille à son tour : et celui que la Vierge a enfanté le vingt-cinq décembre, le monde l’a reconnu aujourd’hui. Le Verbe fait chair a disposé son entrée dans le monde de telle manière que l’enfant Jésus fut manifesté aux fidèles et caché à ses persécuteurs. Alors déjà « les cieux racontèrent la gloire de Dieu, et le bruit de la vérité se répandit dans toute la terre, » quand une armée d’Anges apparut aux pasteurs pour leur annoncer la naissance du Sauveur, et qu’une étoile servit de guide aux Mages pour le venir adorer. L’avènement du véritable Roi fut ainsi manifesté avec éclat du levant au couchant, car les royaumes de l’Orient apprirent des Mages les éléments de la foi, et ils ne restèrent pas cachés à l’empire romain.

R/. Reçois la lumière, reçois la lumière, Jérusalem, car ta lumière est venue : * Et la gloire du Seigneur sur toi s’est levée V/. Et des Nations marcheront à ta lumière, et des rois à la splendeur de ton lever. * Et.

Cinquième leçon. La cruauté d’Hérode, voulant étouffer dans le berceau le Roi qui lui était suspect, servait, à son insu, à cette diffusion de la foi. Tandis qu’il s’appliquait à faire réussir un crime détestable, et qu’il cherchait à envelopper dans un massacre général l’enfant qui lui restait inconnu, le bruit de ce massacre divulguait en tous lieux la naissance du maître du ciel. La nouvelle s’en répandit d’autant plus promptement et d’autant mieux, que le prodige d’un signe dans le ciel était plus nouveau, et l’impiété du persécuteur plus cruelle. Alors aussi le Sauveur fut porté en Égypte, pour que ce peuple attaché à d’anciennes erreurs fût préparé, par une grâce secrète, à recevoir son prochain salut, et afin qu’avant même d’avoir banni ses vieilles superstitions, ce pays reçût pour hôte la vérité même.

R/. Tous viendront de Saba apportant de l’or et de l’encens, et publiant des louanges en l’honneur du Seigneur. * Alléluia, alléluia, alléluia. V/. Les rois de Tharsis et les îles lui offriront des présents ; des rois de l’Arabie et de Saba lui apporteront des dons. * Alléluia, alléluia, alléluia

Sixième leçon. Reconnaissons donc, mes bien-aimés, dans les Mages adorateurs du Christ, les prémices de notre vocation et de notre foi, et célébrons avec des cœurs pleins de joie les débuts de cette heureuse espérance. Car dès ce moment nous avons commencé à entrer dans l’héritage céleste ; depuis lors les passages mystérieux des saintes Écritures qui se rapportaient au Christ ont été découverts pour nous, et la vérité que l’aveuglement des Juifs n’accepte pas, a répandu sa lumière dans toutes les Nations. Honorons donc ce très saint jour en lequel l’Auteur de notre salut s’est fait connaître, et Celui que les Mages ont adoré petit enfant dans une crèche, adorons-le, tout-puissant dans les Cieux. Et, comme les Rois firent de leurs trésors des offrandes mystiques au Seigneur, cherchons de même à trouver dans nos cœurs des dons qui méritent d’être offerts à Dieu.

R/. Des Mages vinrent de l’Orient à Jérusalem cherchant et disant : Où est celui qui est né et dont nous avons vu l’étoile ? * Et nous sommes venus adorer le Seigneur. V/. Nous avons vu son étoile en Orient. * Et. Gloire au Père. * Et.

Au troisième nocturne.

Ant. 1 Cette antienne est répétée dans le psaume comme indiqué.Venez, adorons-le, car lui-même est le Seigneur notre Dieu.

Psaume 94

Venez, réjouissons-nous devant le Seigneur ; * poussons des cris de joie vers Dieu, notre Sauveur.

Allons au-devant de Lui avec des louanges, * et chantons des cantiques à Sa gloire.

Ant. Venez, adorons-le, car lui-même est le Seigneur notre Dieu.

Car le Seigneur est le grand Dieu, * et le grand Roi au-dessus de tous les dieux.

Dans Sa main sont tous les confins de la terre, * et les sommets des montagnes Lui appartiennent.

Ant. Venez, adorons-le, car lui-même est le Seigneur notre Dieu.

A Lui est la mer, et c’est Lui qui l’a faite, * et Ses mains ont formé le continent.

Ant. Venez, adorons-le, car lui-même est le Seigneur notre Dieu.

car Il est le Seigneur notre Dieu, * et nous, nous sommes le peuple de Son pâturage, et les brebis de Sa main.

Aujourd’hui, si vous entendez Sa voix, * gardez-vous d’endurcir vos cœurs,

comme lorsqu’ils excitèrent Ma colère, au jour de la tentation dans le désert, * où vos pères M’ont tenté, M’ont mis à l’épreuve, et ont vu Mes œuvres.

Ant. Venez, adorons-le, car lui-même est le Seigneur notre Dieu.

Pendant quarante ans Je fus irrité contre cette génération ; * et Je dis : Leur cœur ne cesse de s’égarer.

Et ils n’ont point connu Mes voies ; * de sorte que J’ai juré dans Ma colère : Ils n’entreront point dans Mon repos.

Ant. Venez, adorons-le, car lui-même est le Seigneur notre Dieu.

Gloire au Père…

Ant. Venez, adorons-le, car lui-même est le Seigneur notre Dieu.

Cette Antienne avec son psaume est dite seulement la nuit de l’Épiphanie : pendant l’Octave, on dit à sa place l’Antienne suivante : Un homme est né dans elle, et lui-même, le Très-Haut, ta fondée.

Ant. 2 Adorez le Seigneur * alléluia ; dans son saint temple, alléluia.

Ant. 3 Adorez Dieu, * alléluia, tous, ses Anges, alléluia.

V/. Adorez le Seigneur, alléluia.

R/. Dans son saint temple, alléluia.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu. Cap. 2, 1-12.

En ce temps-là : Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem, disant : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?". Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Comme vous l’avez entendu, mes très chers frères, dans la lecture de l’Évangile, un roi de la terre se troubla à la naissance du Roi des Cieux : c’est parce que les grandeurs terrestres sont confondues, lorsque celles du Ciel viennent à paraître. Mais nous devons chercher pour quel motif, à la naissance du Rédempteur, un Ange apparut aux pasteurs dans la Judée, tandis que ce ne fut pas un Ange, mais une étoile, qui servit de guide aux Mages de l’Orient, pour venir l’adorer. Ce fut, sans doute, parce que les Juifs, usant de la raison pour connaître le vrai Dieu, il était juste qu’un Ange, c’est-à-dire une créature raisonnable, leur annonçât la nativité du Sauveur ; quant aux Gentils, qui ne savaient pas se servir de leur raison, ils sont amenés à connaître le Seigneur, non par une voix, mais par des signes matériels. C’est pourquoi saint Paul a dit : « .Les prophéties sont données aux fidèles, non aux infidèles ; mais les signes sont pour les infidèles, non pour les fidèles. » Aussi les prophéties ont-elles été annoncées aux pasteurs qui étaient Juifs, comme à des fidèles, et les signes ont-ils été donnés aux Mages, comme à des infidèles et non comme à des fidèles.

R/. L’étoile que les Mages avaient vue en Orient les précédait, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés au lieu où se trouvait l’enfant. * Or, voyant l’étoile, ils se réjouirent d’une grande joie. V/. Et, entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils l’adorèrent. * Or.

Huitième leçon. Il faut remarquer que lorsque notre Rédempteur aura atteint l’âge d’homme parfait, les Apôtres le prêcheront à ces mêmes Gentils, tandis que lorsqu’il est enfant, et ne se sert pas encore pour parler de ses organes corporels, c’est une étoile qui l’annonce à la Gentilité. L’ordre de la raison voulait sans doute que ce fussent des prédicateurs qui parlassent pour nous faire connaître le Seigneur quand lui-même eut parlé, et que des éléments muets l’annonçassent lorsqu’il ne parlait pas encore. Mais nous devons considérer, au souvenir de tous les prodiges qui ont paru, et à la naissance et à la mort du Seigneur, quelle fut la dureté de cœur de ceux des Juifs qui ne le reconnurent, ni au don de prophétie ni à ses miracles.

R/. Les Mages, voyant l’étoile, se réjouirent d’une grande joie. * Et, entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère, et se prosternant, ils l’adorèrent : * Puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. V/. L’étoile que les Mages avaient vue en Orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vînt s’arrêter au-dessus du lieu où était l’enfant. * Et, entrant. Gloire au Père. * Puis.

Neuvième leçon. Tous les éléments ont rendu témoignage à la venue de leur Auteur. Et, pour en parler selon le langage usité parmi les hommes, les cieux ont reconnu qu’il était Dieu, puisqu’aussitôt ils ont envoyé l’étoile. La mer l’a reconnu, car elle s’est affermie sous ses pas. La terre l’a reconnu, puisqu’elle a tremblé, quand il expirait. Le soleil l’a reconnu puisqu’alors il a caché les rayons de sa lumière. Les rochers et les murailles l’ont reconnu, puisqu’au moment de sa mort, ils se sont fendus. L’enfer l’a reconnu, car il a rendu à la liberté les morts qu’il renfermait. Et cependant, celui que tous les éléments insensibles ont reconnu pour leur Seigneur, les cœurs des Juifs infidèles ne l’ont pas reconnu comme Dieu, et plus durs que les rochers ils n’ont pas voulu s’ouvrir à la pénitence.

A LAUDES

Antiennes et Capitule comme aux 1ères Vêpres.

Hymnus

O sola magnárum úrbium

Maior Bethlem, cui cóntigit

Ducem salútis cǽlitus

Incorporátum gígnere.

Quem stella, quæ solis rotam

Vincit decóre ac lúmine,

Venísse terris núntiat

Cum carne terréstri Deum.

Vidére postquam illum Magi,

Eóa promunt múnera :

Stratíque votis ófferunt

Thus, myrrham, et aurum régium.

Regem Deúmque annúntiant

Thesáuris, et fragrans odor

Thuris Sabæi, ac mýrrheus

Pulvis sepúlcrum prǽdocet.

Hymne

O Bethléem, à toi seule tu surpasses

en grandeur les villes les plus célèbres,

toi à qui revient l’honneur d’engendrer l’Auteur de notre salut,

descendu du Ciel, et revêtu d’un corps mortel.

Une étoile dont la beauté et l’éclat

surpassent le soleil,

annonce que c’est un Dieu, revêtu d’une chair terrestre,

qui est venu sur la terre.

Les Mages l’ayant vu, lui présentent

des dons apportés d’Orient :

se prosternant, ils lui offrent avec leurs vœux,

l’encens, la myrrhe, et l’or des rois.

Le métal précieux et l’odeur suave de l’encens de Saba

attestent sa royauté et sa divinité ;

et la poudre de myrrhe

nous prédit son ensevelissement au tombeau.

O Jésus, qui vous êtes révélé aux Gentils,

gloire à vous,

ainsi qu’au Père et à l’Esprit divin

dans les siècles éternels. Amen.

V/. Adorez Dieu, alléluia.

R/. Tous ses Anges, alléluia.

Ant. au Bénédictus Aujourd’hui, * l’Église s’unit au céleste Époux, car ses péchés sont lavés par le Christ dans le Jourdain ; les Mages accourent aux noces royales, apportant des présents ; l’eau est changée en vin, et les convives du festin sont dans la joie, alléluia.

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

Comme aux 1ères Vêpres, sauf :

Ant. au Magnificat Trois prodiges * ont marqué ce jour que nous honorons. Aujourd’hui l’étoile a conduit les Mages à la crèche ; aujourd’hui l’eau a été changée en vin au festin nuptial ; aujourd’hui le Christ a voulu être baptisé par Jean dans le Jourdain, pour notre salut, alléluia.

[1] On ne dit pas aujourd’hui l’invitatoire au commencement de Matines : d’abord pour ne pas rappeler l’invitation qu’Hérode adressa aux Scribes de lui faire connaître les prophéties qui regardaient Jésus-Christ : invitation exécrable qui était inspirée par le désir de faire mourir le Sauveur. Ensuite pour nous engager à imiter les Mages, qui vinrent en toute hâte adorer notre Seigneur, sans qu’ils y fussent invités par personne, si ce n’est par un messager muet ; c’est en même temps pour faire rougir ceux qui sont lents à croire, quoiqu’ils aient une multitude de prédicateurs. Mais il est placé au troisième Nocturne, parce que le troisième Nocturne représente la loi de grâce, dans laquelle la voix des Apôtres et de leurs successeurs fait des invitations à louer Dieu plus pressantes et plus nombreuses que dans la loi de nature ou dans la loi mosaïque. On ne chante pas non plus d’Hymne à Matines, parce qu’il n’appartient qu’aux parfaits de chanter des Hymnes ; or la conversion des Gentils dans la personne des Mages seuls, n’était pas encore parfaite.

[2] « C’est aux oreilles de l’âme et non à celles du corps que s’adresse le texte sacré, car cène sont point les biens matériels, mais les biens de l’âme, qu’il promet. Méprisons ce qui ne peut nous servir à acheter les eaux du Seigneur, pour nous hâter d’aller à Celui qui cria dans le temple : • Qui conque a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Sain ! Jean, 7, 37) ; et qui, plus tard, tenant le calice sacré, disait à ses disciples : • Prenez et buvez,ceci est mon sang, qui sera répandu pour vous. » (Saint Matth., 26, 27). (Saint Jérôme).

[3] Ce premier Répons se dit le jour même de l’Épiphanie, parce que le Sauveur aurait, selon une ancienne tradition, été baptisé le 6 janvier. On le dit aussi le Dimanche dans l’Octave, parce que, dit saint Augustin, le jour où notre Seigneur fut baptisé était un Dimanche ; on le dit enfin au jour Octave parce qu’autrefois l’Office entier de l’Octave était du baptême de J.-C. ; aujourd’hui il n’en reste plus que l’Évangile.

[4] Ces paroles s’adressent à Jérusalem ou à l’Église, car c’est en ce grand jour de l’Épiphanie que commence le mouvement des Nations vers l’Église, la vraie Jérusalem. « Tandis que des ténèbres couvriront la terre, c’est-à-dire ceux qui ont le goût des biens terrestres, et que l’obscurité enveloppera les peuples, ou, d’après le texte hébreu, les tribus, ce qui a trait aux Juifs, on verra éclater en elle la gloire du Seigneur. « (Saint Jérôme).

[5] Jérusalem est comparée à un astre. Ce verset ne peut s’expliquer que de la venue de Jésus-Christ. N’est-ce-pas de Jérusalem que s’est levé sur nous le jour du salut ?

[6] « Cet ordre est le même que celui que le divin Maître donna aux Apôtres en ces termes : Levez les yeux et voyez que les champs blanchissent déjà pour la moisson. (Saint Jean, 4, 35). C’est nous qui sommes les fils venus de loin vers le Seigneur ; nous, voyageurs autrefois loin du testament de Dieu et de ses promesses. » (Saint Jérôme).

[7] « Nous tous, qui sommes baptisés en Jésus-Christ, nous sommes revê tus de J-C., en qui nous portons la tunique de la justice, puisqu’il est devenu pour nous la sainteté, la justice et la rédemption. « (Galat., 1). (.Saint Jérôme).

[8] La tradition nous enseigne que les Mages étaient rois, et c’était alors l’usage en prient d’élever à la royauté les personnages les plus illustres par leur érudition, et l’astronomie surtout y était estimée une science digne des souverains. On croit aussi qu’ils étaient prêtres, et au nombre de trois, sans compter leur suite, savoir : Gaspar, Balthazar et Melchior. La prédiction de Balaam, annonçant l’étoile de Jacob, leur était connue, aussi abandonnèrent-ils généreusement leurs états et leurs biens aux soins de la divine Providence, pour aller adorer le Messie. Leur patrie semble avoir été l’Arabie heureuse. Après avoir quitté l’Enfant-Dieu, ils s’illustrèrent par de nombreux travaux évangéliques, et moururent dans une vieillesse


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

La Fête de l’Épiphanie est la suite du mystère de Noël ; mais elle se présente, sur le Cycle chrétien, avec une grandeur qui lui est propre. Son nom qui signifie Manifestation, indique assez qu’elle est destinée à honorer l’apparition d’un Dieu au milieu des hommes !

Ce jour, en effet, fut consacré durant plusieurs siècles à fêter la Naissance du Sauveur ; et lorsque, vers l’an 376, les décrets du Saint-Siège obligèrent toutes les Églises à célébrer désormais, avec Rome, le mystère de la Nativité au 25 décembre, le 6 janvier ne fut pas entièrement déshérité de son antique gloire. Le nom d’Épiphanie lui resta avec la glorieuse mémoire du Baptême de Jésus-Christ, dont une tradition fixe l’anniversaire à ce jour.

L’Église Grecque donne à cette Fête le vénérable et mystérieux nom de Théophanie, si célèbre dans l’antiquité pour signifier une Apparition divine. On trouve ce nom dans Eusèbe, dans saint Grégoire de Nazianze, dans saint Isidore de Péluse ; il est le propre titre de la Fête dans les livres liturgiques de l’Église Grecque.

Les Orientaux appellent encore cette solennité les saintes Lumières, à cause du Baptême que l’on conférait autrefois en ce jour, en mémoire du Baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain. On sait que le Baptême est appelé dans les Pères illumination, et ceux qui l’ont reçu illuminés.

Enfin, nous nommons familièrement, en France, cette fête la Fête des Rois, en souvenance des Mages, dont la venue à Bethléhem est particulièrement solennisée aujourd’hui.

L’Épiphanie partage avec les Fêtes de Noël, de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte, l’honneur d’être qualifiée de jour très saint, au Canon de la Messe ; et on la range parmi les fêtes cardinales, c’est-à-dire parmi les solennités sur lesquelles repose l’économie de l’Année liturgique. Une série de six Dimanches emprunte d’elle son nom, comme d’autres successions dominicales se présentent sous le titre de Dimanches après Pâques, Dimanches après la Pentecôte.

Par suite de la Convention faite en 1801 entre Pie VII et le Gouvernement français, le légat Caprara procéda à une réduction des fêtes, et la piété des fidèles en vit, à regret, supprimer un grand nombre. Il y eut des solennités qui ne furent pas supprimées, mais dont la célébration fut remise au Dimanche suivant. L’Épiphanie est de celles qui subirent ce sort ; et toutes les fois que le 6 janvier n’est pas un Dimanche, nos Églises voient retarder jusqu’au Dimanche suivant les pompes qui accompagnent un si grand jour dans tout l’univers catholique. Espérons que des jours meilleurs luiront enfin sur notre Église, et qu’un avenir plus heureux nous rendra les joies dont la sage condescendance du Saint-Siège nous a sevrés pour un temps.

Ce jour de l’Épiphanie du Seigneur est donc véritablement un grand jour ; et l’allégresse dans laquelle nous a plongés la Nativité du divin Enfant doit s’épanouir, tout de nouveau, dans cette solennité. En effet, ce second rayonnement de la Fête de Noël nous montre la gloire du Verbe incarné dans une splendeur nouvelle ; et sans nous faire perdre de vue les charmes ineffables du divin Enfant, il manifeste dans tout l’éclat de sa divinité le Sauveur qui nous a apparu dans son amour. Ce ne sont plus seulement les bergers qui sont appelés par les Anges à reconnaître le VERBE FAIT CHAIR, c’est le genre humain, c’est la nature entière que la voix de Dieu même convie à l’adorer et à l’écouter.

Or, dans les mystères de sa divine Épiphanie, trois rayons du Soleil de justice descendent jusqu’à nous. Ce sixième jour de janvier, sur le cycle de Rome païenne, fut assigné à la célébration du triple triomphe d’Auguste, auteur et pacificateur de l’Empire ; mais lorsque notre Roi pacifique, dont l’empire est sans limites et pour jamais, eut décidé, par le sang de ses martyrs, la victoire de son Église, cette Église jugea, dans la sagesse du ciel qui l’assiste, qu’un triple triomphe de l’Empereur immortel devait remplacer, sur le Cycle régénéré, les trois triomphes du fils adoptif de César.

Le six janvier restitua donc au vingt-cinq décembre la mémoire de la Naissance du Fils de Dieu ; mais, en retour, trois manifestations de la gloire du Christ vinrent s’y réunir dans une même Épiphanie : le mystère des Mages, venus d’Orient sous la conduite de l’Etoile, pour honorer la Royauté divine de l’Enfant de Bethléhem ; le mystère du Baptême du Christ, proclamé Fils de Dieu, dans les eaux du Jourdain, par la voix même du Père céleste ; enfin le mystère de la puissance divine de ce même Christ, transformant l’eau en vin, au festin symbolique des Noces de Cana. Le jour consacré à la mémoire de ces trois prodiges est-il en même temps l’anniversaire de leur accomplissement ? Cette question est débattue entre les savants. Dans ce livre, où notre but n’est autre que de favoriser la piété des fidèles, nous n’entrerons point dans ces discussions purement critiques ; nous nous contenterons de dire que l’adoration des Mages a eu lieu en ce jour même, d’après le sentiment si grave de Baronius, de Suarez, de Théophile Raynaud, d’Honoré de Sainte-Marie, du cardinal Gotti, de Sandini, et d’une infinité d’autres, à l’opinion desquels se joint expressément le suffrage éclairé de Benoît XIV. Le Baptême du Christ, au six janvier, est un fait reconnu par les critiques les plus exigeants, par Tillemont lui-même, et qui n’a été contesté que par une imperceptible minorité d’écrivains. Quant au miracle des Noces de Cana, la certitude du jour précis de son accomplissement est moins grande, bien qu’il soit impossible de démontrer que ce prodige n’ait pas eu lieu le six janvier. Mais il suffit aux enfants de l’Église que leur Mère ait fixé la mémoire de ces trois manifestations dans la Fête d’aujourd’hui, pour que leurs cœurs applaudissent aux triomphes du divin Fils de Marie.

Si nous considérons maintenant en détail le multiple objet de la solennité, nous remarquons d’abord que l’adoration des Mages est celui des trois mystères que la sainte Église Romaine honore aujourd’hui avec le plus de complaisance. La majeure partie des chants de l’Office et de la Messe est employée à le célébrer ; et les deux grands Docteurs du Siège Apostolique, saint Léon et saint Grégoire, ont paru vouloir y insister presque uniquement, dans leurs Homélies sur cette fête, quoiqu’ils confessent avec saint Augustin, saint Paulin de Nole, saint Maxime de Turin, saint Pierre Chrysologue, saint Hilaire d’Arles, et saint Isidore de Séville, la triplicité du mystère de l’Épiphanie. La raison de la préférence de l’Église Romaine pour le mystère de la Vocation des Gentils, vient de ce que ce grand mystère est souverainement glorieux à Rome, qui, de chef de la gentilité qu’elle était jusqu’alors, est devenue le chef de l’Église chrétienne et de l’humanité, par la vocation céleste qui appelle en ce jour tous les peuples à l’admirable lumière de la foi, en la personne des Mages.

L’Église Grecque ne fait point aujourd’hui une mention spéciale de l’adoration des Mages ; elle a réuni ce mystère à celui de la Naissance du Sauveur dans ses Offices pour le jour de Noël. Toutes ses louanges, dans la présente solennité, ont pour objet unique le Baptême de Jésus-Christ.

Ce second mystère de l’Épiphanie est célébré en commun avec les deux autres par l’Église latine, au six janvier. Il en est fait plusieurs fois mention dans l’Office d’aujourd’hui ; mais la venue des Mages au berceau du Roi nouveau-né attirant surtout l’attention de Rome chrétienne en cette journée, il a été nécessaire, pour que le mystère de la sanctification des eaux fût dignement honoré, d’en attacher la mémoire à un autre jour. L’Octave de l’Épiphanie a été choisie par l’Église d’Occident pour honorer spécialement le Baptême du Sauveur.

Le troisième mystère de l’Épiphanie étant aussi un peu offusqué par l’éclat du premier, quoiqu’il soit plusieurs fois rappelé dans les chants de la Fête, sa célébration spéciale a été pareillement remise à un autre jour, savoir au deuxième Dimanche après l’Épiphanie.

Plusieurs Églises ont réuni au mystère du changement de l’eau en vin celui de la multiplication des pains, qui renferme en effet plusieurs analogies avec le premier, et dans lequel le Sauveur manifesta pareillement sa puissance divine ; mais l’Église Romaine, en tolérant cet usage dans les rites Ambrosien et Mozarabe, ne l’a jamais reçu, pour ne pas déroger au nombre de trois qui doit marquer sur le Cycle les triomphes du Christ, au six janvier ; et aussi parce que saint Jean nous apprend, dans son Évangile, que le miracle de la multiplication des pains eut lieu aux approches de la Fête de Pâques : ce qui ne pourrait convenir en aucune façon à l’époque de l’année où l’on célèbre l’Épiphanie.

Pour la disposition des matières, dans cette solennité, nous garderons l’ordre suivant. Aujourd’hui, nous honorerons avec l’Église les trois mystères à la fois ; dans le cours de l’Octave, nous contemplerons le mystère de la venue des Mages ; nous vénérerons le Baptême du Sauveur, au jour même de l’Octave ; et nous traiterons le mystère des Noces de Cana, au deuxième Dimanche après la fête, jour auquel l’Église a réuni, dans ces derniers temps, avec une parfaite harmonie, la solennité du très saint Nom de Jésus.

Livrons-nous donc tout entiers à l’allégresse d’un si beau jour ; et dans cette fête delà Théophanie, des saintes Lumières, des Rois Mages, considérons avec amour l’éblouissante lumière de notre divin Soleil qui monte à pas de géant, comme dit le Psalmiste [9], et qui verse sur nous les flots d’une lumière aussi douce qu’éclatante. Déjà les bergers accourus à la voix de l’Ange ont vu renforcer leur troupe fidèle ; le prince des Martyrs, le Disciple Bien-Aimé, la blanche cohorte des Innocents, le glorieux Thomas, Silvestre, le Patriarche de la paix, ne sont plus seuls à veiller sur le berceau de l’Emmanuel ; leurs rangs s’ouvrent pour laisser passer les Rois de l’Orient, porteurs des vœux et des adorations de l’humanité entière. L’humble étable est devenue trop étroite pour un tel concours ; et Bethléhem apparaît vaste comme l’univers. Marie, le Trône de la divine Sagesse, accueille tous les membres de cette cour avec son gracieux sourire de Mère et de Reine ; elle présente son Fils aux adorations de la terre et aux complaisances du ciel. Dieu se manifeste aux hommes, parce qu’il est grand ; mais il se manifeste par Marie, parce qu’il est miséricordieux.

Nous trouvons dans les premiers siècles de l’Église deux événements remarquables qui ont signalé la grande journée qui nous rassemble aux pieds du Roi pacifique. Le six janvier 361, le César Julien, déjà apostat dans son cœur, à la veille de monter sur le trône impérial que bientôt la mort de Constance allait laisser vacant, se trouvait à Vienne dans les Gaules. 11 avait besoin encore de l’appui de cette Église chrétienne dans laquelle on disait même qu’il avait reçu le degré de Lecteur, et que cependant il se préparait à attaquer avec toute la souplesse et toute la férocité du tigre Nouvel Hérode, artificieux comme l’ancien, il voulut aussi, dans ce jour de l’Épiphanie, aller adorer le Roi nouveau-né. Au rapport de son panégyriste Ammien Marcellin, on vit le philosophe couronné sortir de l’impie sanctuaire où il consultait en secret les aruspices, puis s’avancer sous les portiques de l’église, et au milieu de l’assemblée des fidèles, offrir au Dieu des chrétiens un hommage aussi solennel que sacrilège.

Onze ans plus tard, en 372, un autre Empereur pénétrait aussi dans l’église, en cette même solennité de l’Épiphanie. C’était Valens, chrétien par le Baptême comme Julien, mais persécuteur, au nom de l’Arianisme, de cette même Église que Julien poursuivait au nom de ses dieux impuissants et de sa stérile philosophie. La liberté évangélique d’un saint Évêque abattit Valens aux pieds du Christ Roi, en ce même jour où la politique avait contraint Julien de s’incliner devant la divinité du Galiléen.

Saint Basile sortait à peine de son célèbre entretien avec le préfet Modestus, dans lequel il avait vaincu toute la force du siècle par la liberté de son âme épiscopale. Valens arrive à Césarée, et, l’impiété arienne dans le cœur, il se rend à la basilique où le Pontife célébrait avec son peuple la glorieuse Théophanie. « Mais, comme le dit éloquemment saint Grégoire de Nazianze, à peine l’Empereur a-t-il franchi le seuil de l’enceinte sacrée, que le chant des psaumes retentit à ses oreilles comme un tonnerre. Il contemple avec saisissement la multitude du peuple fidèle, semblable à une mer. L’ordre, la pompe du sanctuaire éclatent à ses yeux d’une majesté plus angélique qu’humaine. Mais ce qui l’émeut plus que tout le reste, c’est cet Archevêque debout en présence de son peuple, le corps, les yeux, l’esprit aussi fermes que si rien de nouveau ne se fût passé ; tout entier à Dieu et à l’autel. Valens considère aussi les ministres sacrés, immobiles dans le recueillement, remplis de la sainte frayeur des Mystères. Jamais l’Empereur n’avait assisté à un spectacle si auguste ; sa vue s’obscurcit, sa tête tourne, son âme est saisie d’étonnement et d’horreur. »

Le Roi des siècles, Fils de Dieu et Fils de Marie, avait vaincu. Valens sentit s’évanouir ses projets de violence contre le saint Évêque ; et si, dans ce moment, il n’adora pas le Verbe consubstantiel au Père, du moins il confondit ses hommages extérieurs avec ceux du troupeau de Basile. Au moment de l’offrande, il s’avança vers la barrière sacrée, et présenta ses dons au Christ en la personne de son Pontife. La crainte que Basile ne les voulût pas recevoir agitait si violemment le prince, que la main des ministres du sanctuaire dut le soutenir pour qu’il ne tombât pas, dans son trouble, au pied même de l’autel.

Ainsi, dans cette grande solennité, la Royauté du Sauveur nouveau-né a-t-elle été honorée par les puissants de ce monde qu’on a vus, selon la prophétie du Psaume, abattus, et léchant la terre à ses pieds [10].

Mais de nouvelles générations d’empereurs et de rois devaient venir qui fléchiraient les genoux, et présenteraient au Christ-Seigneur l’hommage d’un cœur dévoué et orthodoxe. Théodose, Charlemagne, Alfred le Grand, Etienne de Hongrie, Édouard le Confesseur, Henri II l’Empereur, Ferdinand de Castille, Louis IX de France, tinrent ce jour en grande dévotion ; et leur ambition fut de se présenter avec les Rois Mages aux pieds du divin Enfant, et de lui ouvrir comme eux leurs trésors. L’usage s’était même conservé à la cour de France jusqu’à l’an 1378 et au delà, comme en fait foi le continuateur de Guillaume de Nangis, que le Roi très chrétien, venant à l’offrande, présentât de l’or, de l’encens et delà myrrhe, comme un tribut à l’Emmanuel.

Mais cette représentation des trois mystiques présents des Mages n’était pas seulement usitée à la cour des rois : la piété des fidèles au moyen âge présentait aussi au Prêtre pour qu’il les bénît, en la Fête de l’Épiphanie, de l’or, de l’encens et de la myrrhe ; et l’on conservait en l’honneur des trois Rois ces signes touchants de leur dévotion envers le Fils de Marie, comme un gage de bénédiction pour les maisons et pour les familles. Cet usage s’est conservé encore en quelques diocèses d’Allemagne, et il n’a disparu du Rituel Romain que dans l’édition de Paul V, qui crut devoir supprimer plusieurs bénédictions, que la piété des fidèles ne réclamait plus que rarement.

Un autre usage a subsisté plus longtemps, inspiré aussi par la piété naïve des âges de foi. Pour honorer la royauté des Mages venus de l’Orient vers l’Enfant de Bethléhem, on élisait au sort, dans chaque famille, un Roi pour cette fête de l’Épiphanie. Dans un festin animé d’une joie pure, et qui rappelait celui des Noces de Galilée, on rompait un gâteau ; et l’une des parts servait à désigner le convive auquel était échue cette royauté d’un moment. Deux portions du gâteau étaient détachées pour être offertes à l’Enfant Jésus et à Marie, en la personne des pauvres, qui se réjouissaient aussi en ce jour du triomphe du Roi humble et pauvre. Les joies de la famille se confondaient encore une fois avec celles de la Religion ; les liens de la nature, de l’amitié, du voisinage, se resserraient autour de cette table des Rois ; et si la faiblesse humaine pouvait apparaître quelquefois dans l’abandon d’un festin, l’idée chrétienne n’était pas loin, et veillait au fond des cœurs.

Heureuses encore aujourd’hui les familles au sein desquelles la fête des Rois se célèbre avec une pensée chrétienne ! Longtemps, un faux zèle a déclamé contre ces usages naïfs dans lesquels la gravité des pensées de la foi s’unissait aux épanchements de la vie domestique ; on a attaqué ces traditions de famille sous le prétexte du danger de l’intempérance , comme si un festin dépourvu de toute idée religieuse était moins sujet aux excès. Par une découverte assez difficile, peut-être, à justifier, on est allé jusqu’à prétendre que le gâteau de l’Épiphanie, et la royauté innocente qui l’accompagne, n’étaient qu’une imitation des Saturnales païennes : comme si c’était la première fois que les anciennes fêtes païennes auraient eu à subir une transformation chrétienne. Le résultat de ces poursuites imprudentes devait être et a été, en effet, sur ce point comme sur tant d’autres, d’isoler de l’Église les mœurs de la famille, d’expulser de nos traditions une manifestation religieuse, d’aider à ce qu’on appelle la sécularisation de la société. Dans une grande partie de la France, le festin des Rois est resté ; et l’intempérance a seule désormais la charge d’y présider.

Mais retournons contempler le triomphe du royal Enfant dont la gloire resplendit en ce jour avec tant d’éclat. La sainte Église va nous initier elle-même aux mystères que nous avons à célébrer. Revêtons-nous de la foi et de l’obéissance des Mages ; adorons, avec le Précurseur, le divin Agneau au-dessus duquel s’ouvrent les cieux ; prenons place au mystique festin de Cana, auquel préside notre Roi trois fois manifesté, et trois fois glorieux. Mais, dans les deux derniers prodiges, ne perdons pas de vue l’Enfant de Bethléhem, ne cessons pas non plus de voir le grand Dieu du Jourdain, et le maître des éléments.

LES PREMIÈRES VÊPRES.

L’Église prélude à la solennité de l’Épiphanie par le chant des premières Vêpres.

La sainte Église, après avoir ainsi célébré par les psaumes des Vêpres, la puissance donnée au divin Enfant sur les rois, dont il brisera la tête, au jour de sa colère ; son alliance avec les nations qu’il donnera en héritage à son Église ; sa lumière qui s’est levée au milieu des ténèbres ; son Nom proclamé de l’aurore au couchant ; après avoir, en ce jour de la Vocation des Gentils, invité toutes les nations, tous les peuples, à louer la miséricorde et la Vérité éternelles, s’adresse à Jérusalem, figure de l’Église, et l’appelle dans le capitule, par la bouche d’Isaïe, à jouir de la Lumière qui se lève aujourd’hui sur la race humaine tout entière : Lève-toi, Jérusalem ! sois illuminée ; car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.

L’Hymne vient ensuite ; et c’est ce beau cantique de Sédulius dont nous avons chanté les premières strophes dans les Laudes de Noël. L’Église y célèbre les trois Épiphanies. Bethléhem, le Jourdain et Cana témoignent tour à tour de la gloire du grand Roi Jésus.

HYMNE.

Cruel Hérode, que crains-tu de l’arrivée d’un Dieu qui vient régner ? Il ne ravit pas les sceptres mortels, lui qui donne les royaumes célestes.

Les Mages s’avançaient, suivant l’étoile qu’ils avaient vue et qui marchait devant eux : la lumière les conduit à la Lumière ; leurs présents proclament un Dieu.

Le céleste Agneau a touché l’onde du lavoir de pureté ; dans un bain mystique, il lave en nous des péchés qu’il n’a point commis.

Nouveau prodige de puissance ! L’eau rougit dans les vases du festin ; docile, et changeant sa nature, elle s’écoule en flots de vin.

O Jésus ! qui vous révélez aux Gentils, gloire à vous, avec le Père et l’Esprit divin, dans les siècles éternels !

Amen.

Les Mages, voyant l’étoile, se dirent l’un à l’autre : Voici le signe du grand Roi ; allons à sa recherche, et offrons-lui en présent l’or, l’encens et la myrrhe. Alléluia.

Les chants de l’Église en l’honneur de l’auguste Théophanie sont commencés. Demain, l’offrande du grand Sacrifice viendra réunir tous les vœux ; achevons cette journée dans le recueillement et l’allégresse.

L’Office des Matines (voir plus bas, n.d.w.) est d’une grande magnificence ; mais comme il n’est pas fréquenté par les fidèles, nous nous abstiendrons d’en reproduire ici les particularités. Dans l’Église de Milan, les Matines de l’Épiphanie sont célébrées la nuit comme celles de Noël, et se composent pareillement de trois Nocturnes, contre l’usage de la Liturgie Ambrosienne qui n’a ordinairement qu’un seul Nocturne à Matines. Le peuple y assiste avec un grand concours : et cette sainte Veille est presque aussi fréquentée que celle de la Naissance du Sauveur.

Le jour des Mages, le jour du Baptême, le jour du Festin nuptial est enfin arrivé ; les trois puissants rayons du Soleil de justice luisent sur nous. Les ténèbres matérielles sont aussi moins épaisses ; la nuit a déjà perdu de son empire, la lumière progresse de jour en jour. Dans son humble berceau, les membres sacrés du divin Enfant prennent accroissement et force. Aux Bergers, Marie le fit voir étendu dans la crèche ; aux Mages, elle va le présenter sur ses bras maternels. Les présents que nous avons à lui offrir doivent être préparés : suivons donc nous aussi l’étoile, et mettons-nous en marche pour Bethléhem, la Maison du Pain de vie.

A LA MESSE.

A Rome, la Station est à Saint-Pierre, au Vatican, près de la tombe du Prince des Apôtres, à qui toutes les nations ont été données en héritage dans le Christ.

L’Église ouvre les chants de la Messe solennelle en proclamant l’arrivée du grand Roi que la terre attendait, et sur la naissance duquel les Mages sont venus consulter les oracles prophétiques, en Jérusalem.

Après le Cantique des Anges, la sainte Église, toute réjouie des splendeurs de l’étoile qui conduit la Gentilité au berceau du divin Roi, implore, dans la Collecte, la grâce de contempler cette Lumière vivante pour laquelle la foi nous prépare, et dont la splendeur nous illuminera éternellement.

ÉPÎTRE.

O gloire infinie de ce grand jour, dans lequel commence le mouvement des nations vers l’Église, la vraie Jérusalem ! O miséricorde du Père céleste qui s’est souvenu de tous ces peuples ensevelis dans les ombres de la mort et du crime ! Voici que la gloire du Seigneur s’est levée sur la Cité sainte ; et les Rois se mettent en marche pour l’aller contempler. L’étroite Jérusalem ne peut plus contenir ces flots des nations ; une autre ville sainte est inaugurée ; et c’est vers elle que va se diriger cette inondation des peuples gentils de Madian et d’Epha. Dilate ton sein, dans ta joie maternelle, ô Rome ! Tes armes t’avaient assujetti des esclaves ; aujourd’hui ce sont des enfants qui arrivent en foule à tes portes ; lève les yeux, et vois : tout cela est à toi ; l’humanité tout entière vient prendre dans ton sein une nouvelle naissance. Ouvre tes bras maternels ; et accueille-nous, nous tous qui venons du Midi et de l’Aquilon, apportant l’encens et l’or à Celui qui est ton Roi et le nôtre.

ÉVANGILE.

Les Mages, prémices de la Gentilité, ont été introduits auprès du grand Roi qu’ils cherchaient, et nous les avons suivis. L’Enfant nous a souri comme à eux. Toutes les fatigues de ce long voyage qui mène à Dieu sont oubliées ; l’Emmanuel reste avec nous, et nous avec lui. Bethléhem, qui nous a reçus, nous garde à jamais ; car à Bethléhem nous possédons l’Enfant et Marie sa Mère. En quel lieu du monde trouverions-nous des biens aussi précieux ? Supplions celte Mère incomparable de nous présenter elle-même ce Fils qui est notre lumière, notre amour, notre Pain de vie, au moment où nous allons approcher de l’autel vers lequel nous conduit l’Etoile de la foi. Dès ce moment ouvrons nos trésors ; tenons à la main notre or, notre encens et notre myrrhe, pour le nouveau-né. Il agréera ces dons avec bonté ; il ne demeurera point en retard avec nous. Quand nous nous retirerons comme les Mages, comme eux aussi nous laisserons nos cœurs sous le domaine du divin Roi ; et ce sera aussi par un autre chemin, par une voie toute nouvelle, que nous rentrerons dans cette patrie mortelle qui doit nous retenir encore, jusqu’au jour où la vie et la lumière éternelle viendront absorber en nous tout ce qui est de l’ombre et du temps.

Dans les églises cathédrales et autres insignes, après le chant de l’Évangile, on annonce au peuple avec pompe le jour de la prochaine fête de Pâques. Cet usage, qui remonte aux premiers siècles de l’Église, rappelle le lien mystérieux qui unit les grandes solennités de l’Année liturgique, et aussi l’importance que les fidèles doivent mettre à la célébration de celle de Pâques qui est la plus grande de toutes, et le centre de la Religion tout entière. Après avoir honoré le Roi des nations dans l’Épiphanie, il nous restera donc à célébrer, au temps marqué, le triomphateur de la mort. Voici la forme en laquelle se fait cette annonce solennelle :

L’ANNONCE DE LA PÂQUE.

Sachez, bien-aimés Frères, que, par la miséricorde de Dieu, de même que nous avons goûté l’allégresse de la Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi nous vous annonçons aujourd’hui les joies prochaines de la Résurrection de ce même Dieu et Sauveur. Le........... sera le Dimanche de la Septuagésime.

Le......... sera le jour des Cendres, et l’ouverture du jeûne de la très sainte Quarantaine. Le.... nous célébrerons avec transport la sainte Pâque de notre Seigneur Jésus-Christ. Le second Dimanche après Pâques, on tiendra le Synode diocésain. Le.... on célébrera l’Ascension de notre Seigneur Jésus-Christ. _ Le.... la fête de la Pentecôte. Le.... la fête du très saint Corps du Christ. Le...... sera le premier Dimanche de l’Avent de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Durant l’Offertoire, la sainte Église, en présentant à Dieu le pain et le vin, emprunte les paroles du Psalmiste, et célèbre les Rois de Tharsis, d’Arabie et de Saba, tous les rois de la terre et tous les peuples, accourus pour offrir leurs présents au nouveau-né.

La Préface de la Messe de l’Épiphanie est particulière à la Fête et à son Octave. L’Église y célèbre la lumière immortelle apparaissant à travers les voiles de l’humanité sous laquelle le Verbe divin est venu, par amour, cacher sa gloire.

Pendant la Communion, la sainte Église, unie à Celui qui est son Roi et son Époux, chante l’Etoile messagère d’un tel bonheur, et se félicite d’avoir marché à sa lumière ; car elle a trouvé Celui qu’elle cherchait.

De si hautes faveurs exigent de nous une rare fidélité ; l’Église la demande dans la Postcommunion, et implore le don d’intelligence et la pureté que réclame un si ineffable mystère.

LES SECONDES VÊPRES DE L’ÉPIPHANIE.

Les secondes Vêpres de notre grande fête sont presque semblables aux premières. Les mêmes Antiennes expriment la Théophanie, la divine Apparition ici-bas de ce Verbe éternel engendré avant l’aurore, et descendu pour être notre Sauveur ; la gloire du Seigneur qui se lève sur Jérusalem, et les nations marchant à sa lumière ; les Mages ouvrant leurs trésors, et déposant leurs mystiques présents aux pieds du royal Enfant ; les mers, les fleuves et les fontaines sanctifiés dans le baptême de l’Homme-Dieu ; la splendeur merveilleuse de l’Etoile qui nous indique le Roi des rois.

Le cinquième Psaume n’est plus celui que nous avons chanté hier, et qui conviait toutes les nations à louer le Seigneur. L’Église lui substitue aujourd’hui le CXIIIe, In exitu Israel de Aegypto, dans lequel, après avoir célébré la délivrance d’Israël, David flétrit les idoles des nations, ouvrage de la main des hommes, et qui doivent tomber en présence de l’Emmanuel. Tous les peuples sont associés à l’adoption de Jacob. Dieu va bénir, non plus seulement la maison d’Israël et la maison d’Aaron, mais encore tous ceux qui craignent le Seigneur, de quelque race, de quelque nation qu’ils soient.

Dans l’Antienne du Cantique de Marie, la sainte Église résume encore une fois le triple mystère de la solennité : « Nous honorons un jour marqué par trois prodiges : aujourd’hui, l’étoile a conduit les Mages à la crèche ; aujourd’hui, l’eau a été changée en vin au festin nuptial ; aujourd’hui, le Christ a voulu être baptisé par Jean dans le Jourdain, pour notre salut. Alléluia. »

Durant tout le cours de l’Octave, nous placerons à chaque jour quelques pièces empruntées aux anciennes Liturgies et employées par les diverses Églises à célébrer, les unes le triple mystère de l’Épiphanie, d’autres la venue des Mages, ou le Baptême du Christ ; quelques-unes enfin la Naissance du Dieu Enfant, ou la divine Maternité de la Vierge.

Nous commencerons aujourd’hui par cette Hymne de saint Ambroise, que chante l’Église de Milan :

HYMNE.

Dieu Très-Haut, qui allumez l’éclatant flambeau des sphères célestes, Jésus ! paix, vie, lumière, vérité, soyez propice à nos prières.

Soit que, par votre baptême mystique, vous rendiez ce jour à jamais sacré, sanctifiant les flots du Jourdain qui jadis remonta trois fois vers sa source ;

Soit que vous annonciez au ciel l’enfantement de la Vierge par une étoile étincelante, et conduisiez en ce jour les Mages à la crèche, pour vous adorer ;

Soit que vous donniez la saveur du vin aux amphores remplies d’eau, et fassiez goûter au serviteur la liqueur qu’il n’y avait pas versée :

Gloire à vous, ô Seigneur, qui avez apparu aujourd’hui ; gloire à vous avec le Père et l’Esprit divin, dans les siècles éternels. Amen.

La Préface suivante est empruntée au Sacramentaire de saint Gélase :

PRÉFACE.

Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire de vous louer, Seigneur, qui êtes admirable dans toutes vos œuvres, au moyen desquelles vous avez révélé les mystères de votre royaume. Une étoile messagère de l’enfantement virginal a annoncé la solennité présente, faisant connaître aux Mages étonnés que le Seigneur du ciel était né sur la terre. Ainsi le Dieu qui devait être manifesté au monde, est déclaré par un indice céleste, et Celui qui devait connaître une naissance temporelle, est manifesté au moyen des signes qui règlent le temps.

Le livre des Séquences de l’Abbaye de Saint-Gall nous a fourni celle que nous donnons ci-après, composée au IX° siècle par le célèbre Notker.

SÉQUENCE.

Que la chrétienté tout entière célèbre les solennités du Christ.

Elles sont éclatantes de merveilles, vénérables à tous les peuples.

Elles honorent l’avènement du maître de toutes choses et la vocation des Gentils.

Quand le Christ fut né, une étoile parut aux yeux des Mages.

Les Mages ont compris que l’astre ne brille pas en vain d’un tel éclat.

Ils portent des présents, pour les offrir, comme à un Roi céleste, à l’enfant que leur annonce l’étoile.

Ils dédaignent, en passant, le lit cou vert d’or d’un prince superbe : c’est la crèche du Christ qu’ils recherchent.

La colère du farouche Hérode s’allume ; il est envieux du Roi nouveau-né.

Il ordonne d’immoler, par un glaive cruel, les enfants de Bethlehem.

O Christ ! Quelle armée tu formeras pour ton Père, à l’âge où, devenu homme, apte à de plus grands combats, tu prêcheras ta doctrine au peuple, si aujourd’hui, encore à la mamelle, tu lui envoies de si nombreux bataillons.

A trente ans, à l’âge d’homme, le grand Dieu s’inclina sous la main d’un illustre serviteur, rendant sacré ce baptême qui devait remettre nos crimes.

L’Esprit-Saint, sous la forme d’un innocent oiseau, le visite, pour opérer en lui cette onction qui surpasse celle de tous les saints ; il habitera à jamais son cœur avec délices.

La voix pleine de tendresse du Père retentit ; le Père a oublié cette parole qu’il prononça jadis : « Je me repens d’avoir créé l’homme ».

Elle dit : « Tu es vraiment mon Fils, l’objet de mes complaisances ; aujourd’hui, je t’ai engendré, mon Fils. »

Peuples, écoutez tous ce Docteur.

Ame

Les Menées de l’Église Grecque, au jour de la Nativité du Sauveur, nous donnent les belles strophes suivantes :

IN NATALI DOMINI.

Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! C’est le cri des Anges en Bethléhem ; sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté. Le sein de la Vierge est plus vaste que le ciel ; une lumière s’est levée sur ceux qui étaient assis dans les ténèbres. Cette lumière a exalté les humbles et ceux qui chantent avec les Anges : Gloire à Dieu au plus haut des cieux !

Réjouis-toi, Israël ; chantez la louange, vous tous qui aimez Sion. Le lien de la damnation d’Adam a été brisé ; le Paradis nous a été ouvert, et le Serpent a perdu sa force. Celle qu’il avait trompée au commencement, il la voit maintenant Mère du Créateur. O abîme des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Celle qui avait introduit en toute chair la mort, ouvrage du péché, est devenue, par une Mère de Dieu, le principe du salut. Car le petit enfant qui naît d’elle est le Dieu très parfait : dans sa naissance même, il maintient le sceau de la virginité ; par ses langes il délie les liens du péché, et, par son enfance, il apporte le remède aux douleurs d’Eve qui n’enfantait qu’avec tristesse. Que toute créature mène le chœur, et se réjouisse ; car le Christ est venu la rappeler à la vie et sauver nos âmes.

Ta naissance, ô notre Dieu, a apporté au monde la lumière de la science ; par elle, ceux qui adoraient les astres apprennent d’un astre à t’adorer, Soleil de justice ; à te reconnaître, céleste Orient : gloire à toi, Seigneur !

Justes, réjouissez-vous ; cieux, tressaillez ; montagnes, bondissez : le Christ est né. La Vierge est assise ; semblable aux Chérubins, elle porte sur ses genoux, comme sur un trône, le Dieu Verbe fait chair. Les bergers glorifient le nouveau-né ; les Mages offrent des présents au Seigneur ; les Anges chantent ce cantique : Seigneur incompréhensible, gloire à toi !

Pour honorer la pure et glorieuse Mère de notre divin Roi, empruntons cette Séquence au pieux moine Herman Contract :

SÉQUENCE.

Salut, glorieuse Etoile de la mer ; votre lever divin, ô Marie, présage la lumière aux nations.

Salut, Porte céleste, fermée à tout autre qu’à Dieu ! Vous introduisez en ce monde la Lumière de vérité, le Soleil de justice, revêtu de notre chair.

Vierge, beauté du monde, Reine du ciel, brillante comme le soleil, belle comme l’éclat de la lune, jetez les yeux sur tous ceux qui vous aiment.

Dans leur foi vive, les anciens Pères et les Prophètes vous désirèrent sous l’emblème de ce rameau qui devait naître sur l’arbre fécond de Jessé.

Gabriel vous désigna comme l’arbre de vie qui devait produire, par la rosée de l’Esprit-Saint, l’amandier à la divine fleur.

C’est vous qui avez conduit l’Agneau-Roi, le Dominateur de la terre, de la pierre du désert de Moab à la montagne de la fille de Sion.

Vous avez écrasé Léviathan, malgré ses fureurs, et brisé les anneaux de ce tortueux serpent, en délivrant le monde du crime qui causa sa damnation.

Nous donc, restes des nations, pour honorer votre mémoire, nous appelons sur l’autel, pour l’immoler mystérieusement, l’Agneau de propitiation, Roi éternel des cieux, le fruit de votre enfantement merveilleux.

Les voiles étant abaissés, il nous est donné à nous, vrais Israélites, heureux fils du véritable Abraham, de contempler, dans notre admiration, la manne véritable que figurait le type mosaïque : priez, ô Vierge, que nous soyons rendus dignes du Pain du ciel.

Donnez-nous de nous désaltérer, avec une foi sincère, à cette douce fontaine représentée par celle qui sortit de la pierre du désert ; que nos reins soient ceints de la ceinture mystérieuse ; que nous traversions heureusement la mer, et qu’il nous soit donné de contempler sur la croix le serpent d’airain.

Les pieds mystérieusement dégagés de leurs chaussures, les lèvres pures, le cœur sanctifié, donnez-nous d’approcher du feu saint, le Verbe du Père, que vous avez porté, comme le buisson porta la flamme, ô Vierge devenue mère !

Écoutez-nous ; car votre Fils aime à vous honorer en vous exauçant toujours.

Sauvez-nous, ô Jésus ! Nous pour qui la Vierge-Mère vous supplie.

Donnez-nous de contempler la source de tout bien, d’arrêter sur vous les yeux purifiés de notre âme.

Que notre âme, désaltérée aux sources de la Sagesse, puisse aussi percevoir la saveur de la vraie Vie.

Qu’elle orne par les œuvres la foi chrétienne qui habite en elle, et que, par une heureuse fin, elle passe de cet exil vers vous, Auteur du monde. Amen.

Nous venons à notre tour vous adorer, ô Christ, dans cette royale Épiphanie qui rassemble aujourd’hui à vos pieds toutes les nations. Nous nous pressons sur les pas des Mages ; car, nous aussi, nous avons vu l’étoile, et nous sommes accourus. Gloire à vous, notre Roi ! à vous qui dites dans le Cantique de votre aïeul David : « C’est moi qui ai été établi Roi sur Sion, sur la montagne sainte, pour annoncer la loi du Seigneur. Le Seigneur m’a dit qu’il me donnerait les nations pour héritage, et l’empire jusqu’aux confins de la terre. Maintenant donc, ô rois, comprenez ; instruisez-vous, arbitres du monde ! » [11].

Bientôt vous direz, ô Emmanuel, de votre propre bouche : « Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre » [12] ; et, quelques années plus tard, l’univers entier sera sous vos lois. Déjà Jérusalem s’émeut ; Hérode tremble sur son trône ; mais l’heure approche où les hérauts de votre avènement iront annoncer à la terre entière que Celui qui était l’attente des nations est arrivé. La parole qui doit vous soumettre le monde partira ; elle s’étendra au loin comme un vaste incendie. En vain les puissants de la terre tenteront de l’arrêter dans son cours. Un Empereur, pour en finir, proposera au Sénat de vous inscrire solennellement au rang de ces dieux que vous venez renverser ; d’autres croiront qu’il est possible de refouler votre domination par le carnage de vos soldats. Vains efforts ! le jour viendra où le signe de votre puissance ornera les enseignes prétoriennes, où les Empereurs vaincus déposeront leur diadème à vos pieds, où cette Rome si fière cessera d’être la capitale de l’empire de la force, pour devenir à jamais le centre de votre empire pacifique et universel.

Ce jour merveilleux, nous en voyons poindre l’aurore ; vos conquêtes commencent aujourd’hui, ô Roi des siècles ! Du fond de l’Orient infidèle, vous appelez les prémices de cette gentilité que vous aviez délaissée, et qui va désormais former votre héritage. Plus de distinction de Juif ni de Grec, de Scythe ni de barbare. Vous avez aimé l’homme plus que l’Ange, puisque vous relevez l’un, et laissez l’autre dans sa chute. Mais si, durant de longs siècles, votre prédilection fut accordée à la race d’Abraham, désormais votre préférence est pour nous Gentils. Israël ne fut qu’un peuple, et nous sommes nombreux comme les sables de la mer, comme les étoiles du firmament. Israël fut placé sous la loi de crainte ; vous avez réservé pour nous la loi d’amour.

Dès aujourd’hui vous commencez, ô divin Roi, à éloigner de vous la Synagogue qui dédaigne votre amour ; aujourd’hui vous acceptez pour Épouse la Gentilité, dans la personne des Mages. Bientôt votre union avec elle sera proclamée sur la croix, du haut de laquelle, tournant le dos à l’ingrate Jérusalem, vous étendrez les bras vers la multitude des peuples. O joie ineffable de votre Naissance ! mais joie plus ineffable encore de votre Épiphanie, dans laquelle il nous est donné à nous, déshérités jusqu’ici, d’approcher de vous, de vous offrir nos dons, et de les voir agréés par votre miséricorde, ô Emmanuel !

Grâces vous soient donc rendues, Enfant tout-puissant, « pour l’inénarrable don de la foi » [13] qui nous transfère de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière ! Mais donnez-nous de comprendre toujours toute l’étendue d’un si magnifique présent, et la sainteté de ce grand jour où vous formez alliance avec la race humaine tout entière, pour arriver avec elle à ce mariage sublime dont parle votre éloquent Vicaire, Innocent III : « mariage, dit-il, qui fut promis au patriarche Abraham, juré au roi David, accompli en Marie devenue Mère, et aujourd’hui consommé, confirmé et déclaré : consommé dans l’adoration des Mages, confirmé dans le baptême du Jourdain, déclaré dans le miracle de l’eau changée en vin. » Dans cette fête nuptiale où l’Église votre Épouse, née à peine, reçoit déjà les honneurs de Reine, nous chanterons, ô Christ, dans tout l’enthousiasme de nos cœurs, cette sublime Antienne des Laudes, où les trois mystères se fondent si merveilleusement en un seul, celui de votre Alliance avec nous : « Aujourd’hui l’Église s’unit au céleste Époux : ses péchés sont lavés par le Christ dans le Jourdain ; les Mages accourent aux Noces royales, apportant des présents ; l’eau est changée en vin, et les convives du festin sont dans la joie. Alléluia. »

[9] Ps. XVIII

[10] Psalm. LXXI.

[11] Psalm. II.

[12] Matth. XXVIII

[13] II Cor. IX, 15.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Épiphanie veut dire apparition, et, à l’origine, cette fête avait, chez les Orientaux, la même signification que celle de Noël à Rome. C’était la fête du Verbe éternel se révélant, revêtu de chair, à l’humanité. On vénérait en particulier trois circonstances différentes de cette révélation historique, l’adoration des Mages à Bethléhem, la conversion de l’eau en vin aux noces de Cana et le baptême de Jésus dans le Jourdain.

Chez les Orientaux, la scène du Jourdain, où l’Esprit Saint, sous la forme d’une colombe, couvrit de son ombre le Sauveur que le Père éternel, du haut du ciel, proclama son Fils bien-aimé, est la plus saillante. Dès l’époque de saint Jean, la gnose hérétique attribuait à cette scène une importance capitale pour sa christologie, soutenant qu’alors seulement la divinité s’était unie à l’humanité de Jésus, pour s’en séparer ensuite au moment de son crucifiement. Ce baptême était donc la vraie naissance divine de Jésus, et pour cela les gnostiques le célébraient avec toute la pompe possible. Contre cette doctrine, saint Jean écrivit dans sa première épître : hic (Jésus Christ) venit per aquam et sanguinem, non in aqua solum, sed in aqua et sanguine [14], c’est-à-dire Jésus vint au monde en qualité de Sauveur et de Fils de Dieu, non seulement dans les eaux du Jourdain, mais dès son incarnation, où il prit corps et sang humains. Il est probable que les catholiques, à l’exemple de l’Évangéliste, ont voulu dès la première heure opposer à l’épiphanie gnostique du baptême, celle de la naissance temporelle à Bethléhem, en sorte que cette fête eut un sens très complexe, en tant qu’elle voulut aussi retenir les dates évangéliques du baptême et des noces de Cana, les reléguant toutefois au second plan, comme autant de révélations solennelles et authentiques de la divinité de Jésus. A Rome, dans un milieu très positif et tout à fait étranger à l’exaltation mystique des Orientaux, la fête historique de la Nativité de Jésus acquit toutefois une telle popularité, qu’aujourd’hui encore elle est l’idée dominante de toute la liturgie de cette période. Il y eut, il est vrai, quelque incertitude quant à la date, et un dédoublement s’ensuivit. La solennité du 6 janvier fut avancée, sur les bords du Tibre, de deux semaines, en faveur exclusivement de Noël, mais l’antique théophanie demeura à sa place, quoique appauvrie dans sa conception, puisque la crèche de Bethléhem, comme par attraction, donna un plus grand éclat à l’adoration des Mages, aux dépens de la signification originaire du baptême dans le Jourdain.

Il est probable qu’au IIIe siècle, Rome suivait encore fidèlement la tradition orientale primitive, administrant pour cette raison le baptême solennel le jour de la Théophanie. En effet, Hippolyte fit un sermon aux néophytes ‘en la sainte Théophanie’ précisément comme dans le très ancien calendrier copte, où là fête de ce jour est appelée dies baptismi sanctificati. A l’époque où vivait saint Grégoire de Nazianze, les Grecs l’intitulaient la solennité des saintes lumières, — In Sancta Lumina, — en tant que le baptême est l’illumination surnaturelle de l’âme.

Le troisième souvenir annexé à la solennité d’aujourd’hui est le premier miracle accompli par le Sauveur aux noces de Cana. Il est compté parmi les théophanies christologiques, puisque les prodiges évangéliques fournissent la preuve extérieure de la divinité de Jésus. Saint Paulin de Nole [15] et saint Maxime de Turin [16] relèvent le triple aspect de la fête de l’Épiphanie, en termes tout à fait semblables à ceux qu’emploie l’Église romaine dans la splendide antienne de l’office de l’aurore. Hodie caelesti Sponso iuncta est ecclesia. — noces mystiques symbolisées par celles de Cana — quoniam in Iordane lavit Christus eius crimina — baptême des péchés — currunt cum muneribus magi ad regales nuptias — adoration du divin Nouveau-Né — et ex aqua facto vino laetantur convivae — miracle de Cana.

Ce qui surprend, c’est que ces éléments primitifs de la solennité orientale de la Théophanie se retrouvent, mélangés plus ou moins à Rome dans la fête même du 25 décembre ; cela est si vrai que, dans le discours qu’il prononça à Saint-Pierre le jour de Noël, lorsque Marcelline, sœur de saint Ambroise, reçut de ses mains le voile des vierges, le pape Libère lui dit entre autres choses : « O ma fille, tu as désiré une excellente union. Vois quelle foule de peuple est accourue au Natale de ton Époux, et personne ne s’en retourne sans être rassasié. C’est Lui, en effet, qui, invité à des noces, changea l’eau en vin, et, avec cinq pains et deux poissons, nourrit dans le désert quatre mille hommes. »

Le choix de la basilique de Saint-Pierre pour la station s’inspire du même concept qu’au jour de Noël. A Rome, les grandes solennités, sauf celles du baptême pascal, trop prolongées, se célèbrent chez le Pastor Ecclesiae, dont la basilique est le bercail du troupeau romain. Jusqu’au XIIIe siècle, les Ordines Romani prescrivaient que, après la messe, le pape ceignît la tiare et retournât à cheval au Latran. Plus tard cependant, les Pontifes préférèrent rester au Vatican jusqu’aux secondes vêpres, auxquelles ils assistaient avec le pluvial d’écarlate et la mitre dorée. L’usage qui voulait que le pape lui-même célébrât aujourd’hui la messe stationnale, nous est attesté jusqu’à la fin du XIVe siècle dans l’ordo de l’évêque Pierre Amelius de Sinigallia, qui fait une exception seulement pour le cas où une infirmité du Pontife, ou la rigueur du froid, l’en empêcheraient.

L’introït s’inspire librement de Malachie (III, 1) et fut chanté par les Byzantins quand ils vinrent à la rencontre du pape Jean Ier. Il est adopté aussi comme verset responsorial au second dimanche de l’Avent, mais on ne retrouve pas la source directe d’où il provient. « Voici qu’arrivé le Seigneur et Dominateur, qui porte en main le règne, la puissance et le commandement. »

Le psaume est celui de la fête, le 71e, où sont annoncés les rois qui offriront leurs dons au Christ. — II faut toutefois remarquer, et nous le verrons avec évidence au canon, que, dans la liturgie romaine, toute cette fête de l’Épiphanie conserve encore quelque chose de sa signification orientale primitive, en sorte que, faisant presque abstraction de Noël, le mystère principal qu’elle a en vue semble être la première manifestation du Verbe de Dieu revêtu de chair mortelle.

Dans la collecte, nous prions le Seigneur, qui, aujourd’hui, révéla par la splendeur d’une étoile son Fils unique aux gentils, de permettre que nous, qui le connaissons déjà par la foi, arrivions à contempler la lumière de l’essence divine.

La lecture est tirée d’Isaïe (LX, 1-6) et traite de la vocation des gentils à la foi et de leur droit de cité dans le royaume messianique. Les ténèbres du péché couvrent la terre, mais dans l’Église resplendit bien vive la lumière divine, vers laquelle tous les peuples dirigeront leurs regards. Les nations s’efforceront à l’envi d’entrer dans la grande famille catholique, et la louange du Seigneur retentira dans tout l’univers.

Le verset graduel est tiré du même passage d’Isaïe, et montre les nations qui accourent au berceau du Messie, apportant l’or et l’encens. La strophe alléluiatique, au contraire, provient de saint Matthieu (II), là où les Mages disent être venus adorer le Messie après l’apparition de l’étoile. C’est toujours la foi qui illumine notre route vers Dieu, en sorte qu’on ne peut Lui plaire sans elle.

La lecture évangélique est prise en saint Matthieu (II, 1-12), là où il narre l’arrivée des Mages à Jérusalem, le trouble d’Hérode et du Sanhédrin, et finalement l’offrande des dons à Jésus assis sur les genoux de Marie. Il est remarquable que l’Évangéliste ne parle pas de saint Joseph, comme s’il s’agissait d’un personnage entièrement étranger à la scène. Le saint patriarche dut certainement se trouver là, et même, en sa qualité de pater familias, exerça-t-il à cette occasion un rôle très important. Pourtant le silence de saint Matthieu et la précision constante avec laquelle il n’envisage que la maternité de la Sainte Vierge, nous montrent qu’ici, mieux qu’une relation uniquement historique, nous avons une profonde représentation dogmatique du Verbe de Dieu fait homme, reconnu et adoré par les grands du monde, sur les genoux de sa Mère. Saint Joseph n’a aucune part essentielle en ce mystère, Marie en a une. C’est pourquoi l’Évangéliste nous a tracé son merveilleux tableau théophanique, excluant tous ces personnages accessoires qui, n’étant pas requis par la scène, en auraient troublé ou affaibli le concept essentiel.

L’offertoire rappelle cette prédiction du psaume 71, où il est dit que les rois de Tharsis et des îles porteront des présents, les rois de Scheba et de Seba offriront des tributs au Monarque universel du monde.

Le rôle primitif de la collecte sur les oblations est différent dans la liturgie romaine et dans les liturgies gallicanes. Dans la première, elle sert d’introduction à l’anaphore eucharistique, tandis que dans les autres elle clôt la lecture des diptyques portant les noms des donateurs. Or, de même que, en quelques endroits, la récitation de ces noms a pris place après la consécration, ainsi certaines formules de « secrètes » romaines ont pénétré dans la liturgie gallicane post mysterium. Dans le rit romain, la collecte qui sert de préambule à l’anaphore eucharistique est en quelque sorte une anticipation de la commendatio oblationum, et, par suite, elle prend une signification pour ainsi dire parallèle à celle de l’oratio post nomina des liturgies franques.

Le texte de la collecte de la fête de ce jour se retrouve, plus ou moins modifié, en diverses liturgies. La leçon du Sacramentaire grégorien, et du missel romain actuel, est celle-ci : « Regardez favorablement, Seigneur, les offrandes de votre Église, puisqu’elle ne vous présente point l’or, l’encens et la myrrhe, mais qu’est immolé et pris en nourriture celui qui était jadis symbolisé par ces dons, c’est-à-dire Jésus-Christ notre Sauveur. »

L’incise spéciale qui, selon la lettre du pape Vigile à Profuturus de Braga, est insérée dans le texte de l’hymne eucharistique (= préface), est celle-ci : « parce que, votre Fils unique étant apparu dans la substance de l’humanité, il nous remit dans la voie du salut par la splendeur de son immortalité ».

Dans le protocole de la prière appelée par les Grecs la grande intercession et qui, dans le rit romain, encadre les diptyques épiscopaux de la Chaire apostolique, on fait une seconde fois mention expresse de la solennité de la Théophanie, de telle sorte qu’il apparaît clairement qu’à l’origine cette fête n’en faisait qu’une avec celle de Noël. Il y est dit en effet : « vénérant le jour très sacré où votre Fils unique, qui vous est coéternel dans la gloire, apparut parmi nous avec un corps visible, égal au nôtre ».

L’antienne durant la Communion répète le verset alléluiatique.

La collecte eucharistique demande la réalisation pour nous du mystère de ce jour, fêté par l’Église avec des rites si profonds et si solennels ; en d’autres termes, la théophanie de Jésus apparaissant à l’âme.

La vie intérieure du chrétien est une reproduction de la vie de Jésus ; aussi le but de l’Église en nous proposant le cycle annuel des fêtes, n’est-il pas simplement commémorer les grandes époques historiques de la Rédemption humaine, mais encore d’en renouveler l’effet spirituel dans nos âmes. C’est pourquoi, dans l’office nocturne d’aujourd’hui, nous ne chantons pas seulement que le Christ est apparu aux Mages il y a vingt siècles, mais aussi qu’il s’est révélé à nous-mêmes.

En un mot, ce n’est pas la simple Épiphanie historique que nous voulons célébrer, mais nous y associons aussi cette autre épiphanie subjective qui se vérifie en tout croyant, à qui Jésus apparaît au moyen de la sainte Foi.

[14] I Joan., v, 6.

[15] Poem., XXVIII, Nat. IX, 47 ; P. L., LXI, col. 649.

[16] Hom. VII in Ephiph. ; P.L. LVII, col. 273.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Voici qu’est arrivé (advenit) le Souverain, le Seigneur, dans sa main se trouve la dignité royale, la puissance et l’empire du monde » (Introït). L’Église nous indique par là que notre fête est l’accomplissement suprême de l’Avent. L’Épiphanie est le point culminant du cycle de Noël.

« Réjouissez-vous dans le Seigneur, mes très chers, je vous le dis encore, réjouissez-vous, car peu de temps après la solennité de la naissance du Christ, brille à nos yeux la fête de sa Manifestation. Celui qui, à Noël. est né de la Vierge, le monde l’a reconnu aujourd’hui » (Mat. Homélie de saint Léon I).

1. Pensées de la fête. — La liturgie atteint le second sommet du cycle de Noël, dans la fête de l’Épiphanie. Noël est la fête intime, la fête de famille des chrétiens, l’Épiphanie est la fête mondiale de l’Église catholique. La pensée de la fête, comme nous l’avons déjà dit, est moins un événement de l’enfance de Jésus que la manifestation du Fils de Dieu au monde. Cette pensée est illustrée par trois images tirées de la vie de Notre Seigneur : l’adoration des Mages, le Baptême de Jésus et son premier miracle aux noces de Cana. Alors que les chrétiens orientaux mettent au premier plan la seconde image et appellent cette fête, la fête du Jourdain, l’Église Occidentale préfère la première image, l’adoration des Mages et appelle volontiers cette fête, la fête des Rois.

Pour avoir une intelligence plus profonde de la fête, considérons deux manières de voir des Orientaux. Quand, en Orient, un souverain visitait une ville, il était reçu solennellement au milieu des illuminations, lui-même faisait son entrée dans toute sa splendeur royale, il offrait aux habitants de la ville un repas somptueux et concédait des privilèges. On appelait cette visite solennelle théophanie, épiphanie « apparition d’un dieu », comme si Dieu lui-même était venu sur la terre. Cette apparition de Dieu se réalise véritablement dans la personne du Christ. Le divin Roi est « apparu » dans sa ville, l’Église. Il déploie toute sa magnificence, les habitants de la ville le reçoivent avec de grandes manifestations de joie et il leur prépare le festin de l’Eucharistie.

La seconde manière de voir se rattache à l’usage des noces en Orient. Ces noces revêtaient une solennité extraordinaire et duraient plusieurs jours, si bien que les Orientaux se représentaient la vie heureuse sous l’aspect des noces. L’image des noces est une vraie image biblique, c’est aussi une image liturgique : le Christ vient comme un Époux dans le monde, par la Rédemption. Il célèbre ses noces avec l’Église, l’Eucharistie est son banquet nuptial. Ces deux images s’unissent dans la fête de l’Épiphanie. Le Christ, le divin Roi, fait son entrée dans sa ville et célèbre ses noces avec son Épouse l’Église ; quant à nous, les enfants de Dieu, nous sommes invités à prendre part au festin nuptial.

Cette image se dessine avec une grande beauté dans l’antienne de Benedictus, à Laudes, et les trois images signalées plus haut se fondent harmonieusement en une trame merveilleuse. Elle est rythmée et provient d’une hymne, c’est vraisemblablement une libre adaptation d’un modèle grec versifié.

Hodie caelesti Sponso

Juncta est Ecclesia

Quoniam in Jordane lavit

Christus ejus crimina ;

Currunt cum muneribus

Magi ad regales nuptias

Et ex aqua facto vino

Laetentur convivae

Alléluia.

Aujourd’hui à son céleste Époux

A été unie l’Église

Parce que dans le Jourdain ont été lavés

Par le Christ ses péchés ;

On voit courir avec des présents

Les Mages aux noces royales

Et du vin provenant de l’eau

Les convives se réjouissent.

Alléluia.

Dans cet admirable tableau de noces est dessinée toute la vie sacramentelle de l’Église : le Baptême, l’Offrande, la Communion. Par le Baptême, le Christ s’est fait de chaque âme chrétienne une épouse immaculée et il célèbre ses noces avec l’Église dans le banquet eucharistique. Les dons spirituels, que nous apportons à l’Offertoire dans le symbole de l’Offrande, sont de véritables dons royaux, des présents de noces. A la Communion, nous recevons de nouveau ces dons et nous constatons avec admiration que l’eau a été changée en vin. Ainsi les deux grandes fêtes du cycle d’hiver nous représentent la Rédemption en deux tableaux progressifs : la Naissance et les Noces : Noël, la naissance du Christ et notre renaissance en Lui ; Épiphanie, le mariage du Christ avec l’Église et l’âme. L’idée de lumière est aussi nettement accentuée dans les deux fêtes (de là l’insistance de l’Église sur l’étoile des Mages, de. là aussi la belle leçon à la messe de la fête : Illumine-toi, Jérusalem).

Bien que, le jour de la fête, les trois mystères se présentent tour à tour à nous (au bréviaire), l’Église, en les traitant successivement, s’en tient à la suite historique. Le jour même de la fête, elle célèbre l’adoration des Mages ; au jour Octave, le Baptême dans le Jourdain ; le deuxième dimanche après l’Épiphanie. les noces de Cana, Entre temps, le dimanche dans l’Octave, elle introduit l’incident de Jésus à douze ans, ce qui constitue une transition entre l’Enfance et la vie publique de Jésus.

2. L’Office des Heures. — Dans une si grande fête, les laïcs eux-mêmes devraient prendre part à la prière des Heures de l’Église, Le jour de l’Épiphanie, spécialement, la prière des Heures est une adoration du Fils de Dieu sous la conduite des Mages, On s’en rend compte immédiatement, en constatant que, dans les antiennes, revient avec prédilection le mot adorare, adorer. Les Matines de la fête n’ont pas d’invitatoire. A sa place on emploie le psaume d’adoration lui-même, le ps. 94, au cours des Matines (avec répétition fréquente du verset principal). Les âmes pieuses feront bien, au cours de cette semaine, de méditer le ps. 71 qui est le cantique directeur de la fête, L’Église distingue encore ses très grandes fêtes en chantant, dans les répons brefs des petites heures, l’Alléluia comme à Pâques. C’est le cas aujourd’hui.

3. Annonce des fêtes mobiles de l’année. — Aujourd’hui, dans les Églises cathédrales et abbatiales et aussi dans les communautés où on cultive la liturgie, les fêtes mobiles de l’année sont annoncées solennellement après l’Évangile de la grand messe :

Sachez, mes très chers frères, que, de même que nous nous sommes réjouis de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous vous annonçons, aussi par la miséricorde de Dieu, la joie de la Résurrection de Notre-Seigneur : Le 17 février sera le dimanche de la Septuagésime. Le 6 mars le jour des Cendres et le commencement du jeûne de la sainte quarantaine. Le 21 avril nous célébrerons la sainte Pâque de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la joie. Le 30 mai est l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le 9 juin est la fête de la Pentecôte. Le 20 juin est la fête du Très saint Corps du Christ. Le 1er décembre est le premier dimanche de l’Avent de Notre-Seigneur Jésus-Christ à qui soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen .

Remarquons le sens profond de cette annonce. Au point culminant du cycle de Noël, l’Église nous fait déjà à entrevoir le point culminant du cycle de Pâques.

4. La messe (Ecce advenit). — La prière des Heures était une adoration, la messe est une Offrande, sous la conduite des Mages. Cette fête étant la fête de l’Église des Gentils, de l’Église catholique, nous célébrons le Saint-Sacrifice dans la basilique de Saint-Pierre, où tous les peuples sont rassemblés en esprit. A l’entrée du Pape et du clergé, nous saluons le divin Roi qui paraît dans sa ville, car aujourd’hui est le point culminant et l’accomplissement de l’Avent. « Voici que s’avance (advenit) le Souverain. » Et nous chantons immédiatement le psaume 71, le psaume des Rois qui retentit à travers toute la messe. La belle Oraison nous explique le mystère des Rois : nous sommes comme les Mages, conduits par l’étoile de la foi, à travers le désert de la vie ; à travers les persécutions d’Hérode (du démon), nous marchons vers le Christ, non pas vers l’Enfant, mais vers le Roi qui revient dans tout l’éclat de sa Majesté. Ce retour se réalise déjà à la messe, extérieurement semblable à ce que virent les Mages, l’Hostie rappelant le petit Enfant.

L’Oraison a déjà fait ressortir le thème de la lumière. Dans la leçon il apparaît dans toute sa splendeur. Le Prophète montre à nos regards une vision de la royauté du Messie sur le monde. La ville de Dieu est illuminée, car le Roi y fait sa visite royale, sa « Parousie ». La ville étincelle alors de la lumière de Dieu pendant que l’obscurité recouvre toute la terre. Alors les peuples païens accourent vers la lumière divine pour marcher ensuite dans son rayonnement. Ils viennent avec des présents dans les mains, des présents royaux, de l’or et de l’encens. — Avec intention, le Graduel répète comme un écho de la leçon, les deux pensées dominantes : la lumière et les présents ; l’Alléluia emprunte à l’Évangile son verset principal qui contient les deux mêmes idées. (Les deux chants constituent ainsi une transition entre les deux lectures, ce sont deux morceaux classiques).

La vision prophétique qui domine les temps trouve dans l’histoire des Mages (Évang.) une première réalisation et une illustration. Mais nous, ne nous arrêtons pas à l’image ; déjà à l’Évangile, en faisant la génuflexion à ces mots : « et ils tombèrent à genoux et ils l’adorèrent » nous montrons que nous ne nous contentons pas d’entendre l’histoire des Mages mais que nous nous associons à eux. Au Saint-Sacrifice, l’image devient réalité. La procession de l’Offrande commence, nous nous avançons avec les Mages vers l’autel, nous sommes nous-mêmes les Mages, nous sommes des Rois et nos dons d’aujourd’hui sont des présents royaux. Mais nous sommes aussi les représentants des Gentils qui ont rendu hommage au divin Roi (le texte développé répète trois fois : toutes les nations le serviront). Remarquons encore une fois comme l’Offertoire est bien choisi pour accompagner la procession de l’Offrande. La secrète explique au sens spirituel les dons des Mages.

Les présents royaux sont les offrandes de l’Église et celles-ci sont beaucoup plus précieuses que l’or, l’encens et la myrrhe, elles sont le Christ lui-même qui à l’Offertoire est offert avec une dévotion pure comme l’or, au Sacrifice est immolé comme l’encens et, à la communion, est déposé comme la myrrhe, dans le tombeau de notre âme. A la Communion, nous sommes enfin, avec les Mages, au terme de notre voyage, nous voyons briller l’étoile du Seigneur, la lumière de sa venue dans notre cœur. Maintenant nous adorons le Seigneur (nous chantons encore le ps. 71, le psaume des Rois qu’il faudrait chanter en entier).

Les courtes indications que nous avons données nous montrent que presque chaque prière et chaque chant sont à leur vraie place. Les chants sont nettement destinés à accompagner les diverses processions et les symbolisent merveilleusement. Ainsi l’Introït marque l’entrée du divin Roi ; l’Offrande, le voyage des Mages pour offrir leurs présents ; la procession de la Commu. nion, l’arrivée des Mages à Bethléem. Il y a aussi entre les deux lectures un beau parallélisme, l’une est prophétie, l’autre l’accomplissement. Le Graduel et l’Alléluia marquent la relation entre les deux lectures. Enfin les deux oraisons expriment avec concision et magnificence le drame de la fête. On peut appeler la Messe des Rois un modèle classique du formulaire de messe.

A la messe d’aujourd’hui nous apprenons à apprécier l’ancienne procession de l’Offrande qui malheureusement est tombée en désuétude. A l’offrande, nous entrons dans le Sacrifice du Christ ; l’offrande se rapporte à notre propre personne, c’est nous-mêmes que nous offrons. Mais aujourd’hui nous devons nous mettre davantage en frais et faire une offrande pour toute l’année. Nous devons apporter des présents précieux comme l’or, saints comme l’encens, marquant notre dévouement absolu comme la myrrhe amère. Dans les communautés qui aiment la liturgie, on pourrait organiser une offrande spéciale : des pièces d’or et d’argent pour les pauvres, de l’encens pour les besoins de l’année et quelques remèdes pour les malades nécessiteux.

5. Pieux usages à l’occasion de l’Épiphanie. — Les Grecs faisaient, à l’occasion de cette fête, une bénédiction très solennelle de l’eau avec procession au fleuve. En Occident, dans certaines régions, on bénit ce jour-là de l’eau appelée l’eau des Rois, et les fidèles emportent cette eau bénite chez eux. Cette eau bénite est un sacramental destiné à la sanctification, à la purification et à la protection des chrétiens. Mais sa signification la plus profonde est de rappeler l’eau du Baptême. Dans certaines églises on bénit aussi de l’or, de l’encens et de la myrrhe. C’est une sainte et louable coutume de bénir les maisons le jour de l’Épiphanie. La formule rituelle employée pour cette bénédiction est pleine de sens. « Bénis, Seigneur, Dieu Tout-Puissant, cette maison afin que demeurent en elle la santé, la chasteté, la vertu victorieuse, l’humilité, la bonté, la douceur, l’accomplissement de la loi et la reconnaissance envers Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Et que cette bénédiction demeure sur cette maison et ses habitants, par le Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

SOURCE : http://www.introibo.fr/Epiphanie-du-Seigneur-6-janvier
Epiphany

Known also under the following names: (1) ta epiphania, or he epiphanios, sc. hemera (rarely he epiphaneia: though, e.g. in Athanasius, he somatike epiphaneia occurs); theophaneia: dies epiphaniarum; festivitas declarationis, manifestationis; apparitio; acceptio. (2) hemera ton photon: dies luminum; dies lavacri. (3) phagiphania, Bethphania; etc. (4) Festum trium regum: whence the Dutch Drie-koningendag Danish Hellig-tre-kongersdag, etc. (5) Twelfth Day, Swedish Trettondedag;, etc. — The meaning of these names will be explained below. The feast was called among the Syrians denho (up-going), a name to be connected with the notion of rising light expressed in Luke. I, 78. The name Epiphania survives in Befana, the great fair held at that season in Rome; it is difficult to say how closely the practice then observed of buying all sorts of earthenware images, combined with whistles, and representing some type of Roman life, is to be connected with the rather similar custom in vogue during the December feast of the Saturnalia. For the earthenware or pastry sigillaria then sold all over Rome, see Macrobius; s. I, x, xxiv; II, xlix; and Brand, "Pop. Ant.", 180, 183.

History

As its name suggests, the Epiphany had its origin in the Eastern Church. There exists indeed a homily of Hippolytus to which (in one manuscript only) is affixed the lemma ieis ta hagia theophaneia [not epiphaneia: Kellner]; it is throughout addressed to one about to be baptized, and deals only with the Sacrament of Baptism. It was edited by Bonwetsch and Achelis (Leipzig, 1897); Achelis and others consider it spurious. The first reference about which we can feel certain is in Clement (Stromata I.21.45), who writes: "There are those, too, who over-curiously assign to the Birth of Our Saviour not only its year but its day, which they say to be on 25 Pachon (20 May) in the twenty-eighth year of Augustus. But the followers of Basilides celebrate the day of His Baptism too, spending the previous night in readings. And they say that it was the 15th of the month Tybi of the 15th year of Tiberius Caesar. And some say that it was observed the 11th of the same month." Now, 11 and 15 Tybi are 6 and 10 January, respectively. The question at once arises; did these Basilidians celebrate Christ's Nativity and also His Baptism on 6 and 10 January, or did they merely keep His Baptism on these days, as well as His Nativity on another date? The evidence, if not Clement's actual words, suggests the former. It is certain that the Epiphany festival in the East very early admitted a more or less marked commemoration of the Nativity, or at least of the Angeli ad Pastores, the most striking "manifestation" of Christ's glory on that occasion. Moreover, the first actual reference to the ecclesiastical feast of the Epiphany (Ammianus Marcellinus, XXI, ii), in 361, appears to be doubled in Zonaras (XIII, xi) by a reference to the same festival as that of Christ's Nativity. Moreover, Epiphanius (Haer., li, 27, in P.G., XLI, 936) says that the sixth of January is hemera genethlion toutestin epiphanion, Christ's Birthday, i.e. His Epiphany. Indeed, he assigns the Baptism to 12 Athyr, i.e. 6 November. Again in chapters xxviii and xxix (P.G., XLI, 940 sq.) he asserts that Christ's Birth, i.e. Theophany, occurred on 6 January, as did the miracle at Cana, in consequence of which water, in various places (Cibyra, for instance), was then yearly by a miracle turned into wine, of which he had himself drunk. It will be noticed, first, if Clement does not expressly deny that the Church celebrated the Epiphany in his time at Alexandria, he at least implies that she did not. Still less can we think that 6 January was then observed by the Church as holy. Moreover, Origen, in his list of festivals (Against Celsus VIII.22), makes no mention of it.

Owing no doubt to the vagueness of the name Epiphany, very different manifestations of Christ's glory and Divinity were celebrated in this feast quite early in its history, especially the Baptism, the miracle at Cana, the Nativity, and the visit of the Magi. But we cannot for a moment suppose that in the first instance a festival of manifestations in general was established, into which popular local devotion read specified meaning as circumstances dictated. It seems fairly clear hat the Baptism was the event predominantly commemorated. The Apostolic Constitutions (VIII, xxxiii; cf. V, xii) mention it. Kellner quotes (cf. Selden, de Synedriis, III, xv, 204, 220) the oldest Coptic Calendar for the name Dies baptismi sanctificati, and the later for that of Immersio Domini as applied to this feast. Gregory of Nazianzus identifies, indeed, ta theophania with he hagia tou Christou gennesis, but this sermon (Orat. xxxviii in P.G., XXXVI. 312) was probably preached 25 Dec., 380; and after referring to Christ's Birth, he assures his hearers (P.G., 329) that they shall shortly see Christ baptized. On 6 and 7 Jan., he preached orations xxxix and xl (P.G., loc. cit.) and there declared (col. 349) that the Birth of Christ and the leading of the Magi by a star having been already celebrated, the commemoration of His Baptism would now take place. The first of these two sermons is headed eis ta hagia phota, referring to the lights carried on that day to symbolize the spiritual illumination of baptism, and the day must carefully be distinguished from the Feast of the Purification, also called Festum luminum for a wholly different reason. Chrysostom, however, in 386 (see CHRISTMAS) preached "Hom. vi in B: Philogonium" where (P.G., XLVIII, 752) he calls the Nativity the parent of festivals, for, had not Christ been born, neither would He have been baptized, hoper esti ta theophania. This shows how loosely this title was used. (Cf. Chrys., "Hom. in Bapt. Chr.", c. ii, in P.G., XLIX, 363; A.D. 387). Cassian (Coll., X, 2, in P.L., XLIX; 820) says that even in his time (418-427) the Egyptian monasteries still celebrated the Nativity and Baptism on 6 January.

At Jerusalem the feast had a special reference to the Nativity owing to the neighbourhood of Bethlehem. The account left to us by Etheria (Silvia) is mutilated at the beginning. The title of the subsequent feast, Quadragesimae de Epiphania (Perigrin. Silviae, ed. Geyer, c.xxvi), leaves us, however, in no doubt as to what she is describing. On the vigil of the feast (5 Jan.) a procession left Jerusalem for Bethlehem and returned the following morning. At the second hour the services were held in the splendidly decorated Golgotha church, after which that of the Anastasis was visited. On the second and third days this ceremony was repeated; on the fourth the service was offered on Mount Olivet; on the fifth at the grave of Lazarus at Bethany; on the sixth on Sion; on the seventh in the church of the Anastasia, on the eighth in that of the Holy Cross. The procession to Bethlehem was nightly repeated. It will be seen, accordingly, that this Epiphany octave had throughout so strong a Nativity colouring as to lead to the exclusion of the commemoration of the Baptism in the year 385 at any rate. It is, however, by way of actual baptism on this day that the West seems to enter into connection with the East. St. Chrysostom (Hom. in Bapt. Chr. in P.G., XLIX, 363) tells us how the Antiochians used to take home baptismal water consecrated on the night of the festival, and that it remained for a year without corruption. To this day, the blessing of the waters by the dipping into river, sea, or lake of a crucifix, and by other complicated ritual, is a most popular ceremony. A vivid account is quoted by Neale ("Holy Eastern Church", Introduction, p. 754; cf. the Greek, Syriac, Coptic, and Russian versions, edited or translated from the original texts by John, Marquess of Bute, and A. Wallis Budge). The people consider that all ailments, spiritual and physical, can be cured by the application of the blessed water. The custom would seem, however, to be originally connected rather with the miracle of Cana than with the Baptism. That baptism on this day was quite usual in the West is proved, however, by the complaint of Bishop Himerius of Tarragona to Pope Damasus (d. 384), that baptisms were being celebrated on the feast of the Epiphany. Pope Siricius, who answered him (P.L., XIII, 1134) identifies the feasts of Natalitia Christi and of his Apparitio, and is very indignant at the extension of the period for baptisms beyond that of Easter and that of Pentecost. Pope Leo I ("Ep. xvi ad Sicil. episcopos", c. i, in P.L., LIV, 701; cf. 696) denounces the practice as an irrationabilis novitas; yet the Council of Gerona (can. iv) condemned it in 517, and Victor Vitensis alludes to it as the regular practice of the (Roman-) African Church (De Persec. Vandal., II, xvii, in P.L., LVIII, 216). St. Gregory of Tours, moreover (De gloriâ martyrum in P.L., LXXI, 783; cf. cc. xvii, xix), relates that those who lived near the Jordan bathed in it that day, and that miracles were then wont to take place. St. Jerome (Comm. in Ez., I, i, on verse 3 in P.L., XXV, 18) definitely asserts that it is for the baptism and opening of the heavens that the dies Epiphaniorum is still venerable and not for the Nativity of Christ in the flesh, for then absconditus est, et non apparuit — "He was hidden, and did not appear."

That the Epiphany was of later introduction in the West than the Christmas festival of 25 December, has been made clear in the article CHRISTMAS. It is not contained in the Philocalian Calendar, while it seems most likely that 25 December was celebrated at Rome before the sermon of Pope Liberius (in St. Ambrose, De virg., iii, I, in P.L., XVI, 231) which many assign to 25 Dec., 354. St. Augustine clearly observes Oriental associations in the Epiphany feasts: "Rightly", says he (Serm. ccii, 2, in Epiph. Domini, 4, in P, L., XXXVIII, 1033), "have refused to celebrate this day with us; for neither do they love unity, nor are they in communion with the Eastern Church, where at last the star appeared." St. Philastrius (Haer., c. cxl, in P.L., XII, 1273) adds that certain heretics refuse to celebrate the Epiphany, regarding it, apparently, as a needless duplication of the Nativity feast, though, adds the saint, it was only after twelve days that Christ "appeared to the Magi in the Temple". The dies epiphaniorum, he says (P.L., XII, 1274), is by some thought to be "the day of the Baptism, or of the Transformation which occurred on the mountain". Finally, an unknown Syrian annotator of Barsalibi (Assemani, Bibl. Orient., II, 163) boldly writes: "The Lord was born in the month of January on the same day on which we celebrate the Epiphany; for of old the feasts of the Nativity and Epiphany were kept on one and the same day, because on the same day He was born and baptized. The reason why our fathers changed the solemnity celebrated on 6 January, and transferred it to 25 December follows: it was the custom of the heathens to celebrate the birthday of the sun on this very day, 25 December, and on it they lit lights on account of the feast. In these solemnities and festivities the Christians too participated. When, therefore, the teachers observed that the Christians were inclined to this festival, they took counsel and decided that the true birth-feast be kept on this day, and on 6 Jan., the feast of the Epiphanies. Simultaneously, therefore, with this appointment the custom prevailed of burning lights until the sixth day."

It is simpler to say that, about the time of the diffusion of the December celebration in the East, the West took up the Oriental January feast, retaining all its chief characteristics, though attaching overwhelming importance, as time went on, to the apparition of the Magi. Epiphanius indeed had said (loc. cit.) that not only did water in many places turn into wine on 6 Jan., but that whole rivers, and probably the Nile, experienced a similar miracle; nothing of this sort is noted in the West. The Leonine Sacramentary is defective here; but Leo's eight homilies on the Theophania (in P.L., LIV, Serm. xxxi, col. 234, to Serm. xxxviii, col. 263) bear almost wholly on the Magi, while in Serm. xxxv, col. 249, he definitely asserts their visit to be the commemoration for which the feast was instituted. Fulgentius (Serm. iv in P.L., LXV, 732) speaks only of the Magi and the Innocents. Augustine's sermons (cxcix-cciv in P.L., XXXVIII) deal almost exclusively with this manifestation; and the Gelasian Sacramentary (P.L., LXXIV, 1062) exclusively, both on the vigil and the feast. The Gregorian Sacramentary makes great use of Psalm 72:10 and mentions the three great apparitions in the Canon only. The Ambrosian, however, refers to all three manifestations in the vigil-preface, and in the feast-preface to baptism alone. The "Missale Vesontiense" (Neale and Forbes, The Anc. Liturgies of the Gallican Church, p. 228) speaks, in the prayer, of Illuminatio, Manifestatio, Declaratio, and compares its Gospel of Matthew 3:13-17; Luke 3:22; and John 2:1-11, where the Baptism and Cana are dwelt upon. The Magi are referred to on the Circumcision. The Gothic Missal (Neale and Forbes, op. cit., p. 52) mentions the Magi on the vigil, saying that the Nativity, Baptism, and Cana make Christ's Illustratio. All the manifestations are, however, referred to, including (casually) the feeding of the 5000, a popular allusion in the East, whence the name phagiphania. Augustine (Serm. suppl. cxxxvi, 1, in P.L., XXXIX, 2013) speaks of the raising of Lazarus (cf. day 5 of the Jerusalem ritual) as on an equality with the other manifestations, whence in the East the name Bethphania occurs. Maximus of Turin admits the day to be of three miracles, and speculates (Hom. vii, in epiph., in P.L., LVII, 273) on the historical connection of date and events. Polemius Silvanus, Paulinus of Nola (Poem. xxvii; Natal., v, 47, in P.L., LXI) and Sedulius (in P.L., LXXII) all insist on the three manifestations. The Mozarabic Missal refers mainly to the Magi, using of their welcome by Christ the word Acceptio, a term of "initiation" common to Mithraists and Christians. In 381, the Council of Sargossa (can. iv), read together with the Mozarabic Missal's Mass in jejunio epiphaniae, makes it clear that a fast at this season was not uncommon even among the orthodox. "Cod. Theod." (II, viii, 20; XXV, v, 2) forbids the circus on this day in the year 400; "Cod. Justi." (III, xii, 6) makes it a day of obligation. In 380 it is already marked by cessation of legal business in Spain; in Thrace (if we can trust the "Passio S. Philippi" in Ruinart, "Acta", 440, 2) it was kept as early as 304. Kellner quotes the "Testamentum Jesu Christi" (Mainz, 1899) as citing it twice (I, 28; IV, 67, 101) as a high festival together with Easter and Pentecost.

In the present Office, Crudelis Herodes alludes to the three manifestations; in Nocturn i, the first response for the day, the octave, and the Sunday within the octave, deals with the Baptism, as does the second response; the third response, as all those of Nocturns i and iii, is on the Magi. The antiphon to the Benedictus runs: "Today the Church is joined to her celestial spouse, because in Jordan Christ doth wash her sins; the Magi hasten with gifts to the royal marriage-feast, and the guests exult in the water turned to wine." O Sola refers to the Magi only. The Magnificat antiphon of Second Vespers reads: "We keep our Holy Day adored with three miracles: today a star led the Magi to the crib, today wine was made from water at the marriage, today in Jordan Christ willed to be baptized by John to save us." On the Epiphany it was a very general custom to announce the date of Easter, and even of other festivals, a practice ordered by many councils, e.g. that of Orléans in 541 (can. i); Auxerre in 578 and 585 (can. ii), and still observed (Kellner) at Turin, etc. Gelasius finally tells us (Ep. ad episc. Lucan., c. xii, in P.L., LIX, 52) that the dedication of virgins occurred especially on that day.

Origin

The reason for the fixing of this date it is impossible to discover. The only tolerable solution is that of Mgr. Duchesne (Orig. Chr., 262), who explains simultaneously the celebration of 6 January and of 25 December by a backward reckoning from 6 April and 25 March respectively. The Pepyzitae, or Phrygian Montanists, says Sozomen (Church History VII.18), kept Easter on 6 April; hence (reckoning an exact number of years to the Divine life) Christ's birthday would have fallen on 6 January. But, it may be urged, the first notice we have of the observance of this date, refers to Christ's Baptism. But this (if we may assume the Basilidians, too, to have argued from 6 April) will have fallen on the exact anniversary of the Birth. But why preeminently celebrate the Baptism? Can it be that the celebration started with those, of whatever sect, who held that at the Baptism the Godhead descended upon Christ? On this uncertain territory we had better risk no footstep till fresh evidence, if such there be, be furnished us. Nor is this the place to discuss the legends of the Three Kings, which will be found in the article MAGI. Kellner, Heortologie (Freiburg im Br., 1906); Funk in Kraus, Real-Encyclopädie, s.v. Feste; Bingham, Antiquities of the Christian Church (London, 1708-22), Bk. XX, c. iv; Usener, Religionsgeschichtliche Untersuchungen (Bonn, 1889). I.Cyril Martindale.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/05504c.htm


Solemnity of the Epiphany of Our Lord


Like many of the most ancient Christian feasts, Epiphany was first celebrated in the East, where it has been held from the beginning almost universally on January 6. Today, among both Eastern Catholics and Eastern Orthodox, the feast is known as Theophany—the revelation of God to man. In the United States it is celebrated on the Sunday between January 1 and January 6. (in 2011 on January 2)

Epiphany originally celebrated four different events, in the following order of importance: the Baptism of Christ; Christ’s first miracle, the changing of water into wine at the wedding in Cana; the Nativity of Christ; and the visitation of the Wise Men or Magi. Each of these is a revelation of God to man: At Christ’s Baptism, the Holy Spirit descends and the voice of God the Father is heard, declaring that Jesus is His Son; at the wedding in Cana, the miracle reveals Christ’s divinity; at the Nativity, the angels bear witness to Christ, and the shepherds, representing the people of Israel, bow down before Him; and at the visitation of the Magi, Christ’s divinity is revealed to the Gentiles—the other nations of the earth.

Eventually, the celebration of the Nativity was separated out, in the West, into Christmas; and shortly thereafter, Western Christians adopted the Eastern feast of the Epiphany, still celebrating the Baptism, the first miracle, and the visit from the Wise Men. Thus, Epiphany came to mark the end of Christmastide—the twelve days of Christmas, which began with the revelation of Christ to Israel in His Birth and ended with the revelation of Christ to the Gentiles at Epiphany.

Over the centuries, the various celebrations were further separated in the West, and now the Baptism of the Lord is celebrated on the Sunday after January 6, and the wedding at Cana is commemorated on the Sunday after the Baptism of the Lord.

In many parts of Europe, the celebration of Epiphany is at least as important as the celebration of Christmas. In Italy and other Mediterranean countries, Christians exchange gifts on Epiphany—the day on which the Wise Men brought their gifts to the Christ Child—while in Northern Europe, it’s not unusual to give gifts on both Christmas and Epiphany (often with smaller gifts on each of the twelve days of Christmas in between).

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/epiphany-of-our-lord/