mardi 15 janvier 2013

Saint PAUL l'Ermite

Saint Paul

Premier Ermite

(229-342)

La gloire de ce grand Saint est d'avoir frayé la voie du désert à d'innombrables générations de solitaires et de n'avoir été surpassé par personne dans la pratique de la prière et de la pénitence. Il naquit dans la Basse-Thébaïde, en Égypte. Orphelin dès l'âge de quinze ans et possesseur d'un très riche patrimoine, il abandonna tout pour obéir à l'impulsion divine. S'enfonçant dans la solitude, il arriva à une caverne creusée dans les flancs d'une montagne, et dans laquelle coulait une source limpide. Il prit ce lieu en affection et résolut d'y passer sa vie. Un palmier voisin lui fournissait son repas et son vêtement; l'eau claire de la fontaine était son unique boisson.

Paul avait vingt-deux ans quand il se retira du monde; il vécut dans le désert jusqu'à l'âge de cent treize ans; il passa donc quatre-vingt-onze ans sous le regard de Dieu et loin de la vue des hommes, et nul ne pourra jamais nous dire ni les merveilles de vertu qu'il a accomplies, ni les ineffables douceurs de sa vie pénitente et contemplative. Deux faits cependant nous sont connus.

Paul avait quarante-trois ans quand Dieu se chargea de le nourrir lui-même en lui envoyant miraculeusement chaque jour, par un corbeau, la moitié d'un pain. A l'âge de cent treize ans, il reçut la visite du saint solitaire Antoine.

Antoine, âgé de quatre-vingt-dix ans, avait été éprouvé par une tentation de vaine gloire, le démon essayant de lui suggérer qu'il était le plus parfait des solitaires. Mais Dieu lui avait ordonné en songe d'aller plus avant dans le désert, à la rencontre d'un solitaire bien plus parfait que lui. Après deux jours et une nuit de marche, Antoine suivit la trace d'une louve qui le conduisit jusqu'à la grotte où habitait Paul. Ce fut à grand peine que le Saint voulut ouvrir sa porte au voyageur inconnu. Il ouvrit enfin; les deux vieillards s'embrassèrent en s'appelant par leur nom et passèrent de longues heures à bénir Dieu.

Ce jour-là, le corbeau leur apporta un pain entier; ils rendirent grâces au Seigneur, et s'assirent au bord de la fontaine pour prendre leur frugal repas. Antoine, de retour dans sa solitude, disait à ses disciples: "Malheur à moi, pécheur, qui suis indigne d'être appelé serviteur de Dieu! J'ai vu Élie, j'ai vu Jean dans le désert; en un mot, j'ai vu Paul dans le Paradis." Paul mourut cette même année, et sa fosse fut creusée par deux lions du désert. Sa vie parfaitement authentique, fut écrite par saint Jérôme.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950


Saint Paul l'ermite

Il naquit en haute Egypte près de la ville de Thèbes (Louxor), sous le règne de l'empereur Alexandre Sévère, vers l'an 230. Ses parents chrétiens lui donnèrent une solide éducation religieuse. Il maitrisait la langue grecque et égyptienne. A l'âge de 16 ans il perdit sa mère puis son père. Il ne lui restait plus qu'une soeur marié avec un beau frère qui voulait s'accaparer de l'héritage du jeune garçon. Vers l'an 248, Décius un militaire romain se révolte contre l'empereur Philippe l'Arabe, qui, d'après Eusèbe, s'était converti au christianisme et l'assassine. En 249 après la bataille de Vérone où Philippe l'Arabe est tué, Décius prend sa succession, et lance une nouvelle persécution contre les chrétiens de l'empire. La persécution fut si féroce, que les bourreaux ne tuaient pas les pauvres victimes mais essayaient de les faire souffrir le plus longtemps possible avant de les achever.

Les églises d'Egypte furent abandonnées. Paul qui n'était qu'un adolescent préféra se cacher dans une cabane, dans les champs de ses parents, restant à l'écart de ces évènements mais son beau-fère le dénonça en pensant profiter de cette occasion pour se débarrasser de lui et prendre tout l'héritage. Mais sa soeur pu le prévenir à temps et il s'enfonça seul dans le désert. Au début, il ne s'éloigna pas beaucoup, car il espérait revenir quand la persécution aurait cessée pour réclamer son dû à son beau-frère.

Mais face à la faim, la soif, le froid, la fièvre et à son désir de vengeance qui le rongeait, il cria du fond de sa détresse et appela Jésus à son secours. Egaré dans cet immense désert et à bout de force, il se croyait perdu quand il arriva devant une colline où se trouvait une caverne dont l'entrée était caché par un palmier. A côté de cette tanière se trouvait aussi une source d'eau limpide. Il put enfin étancher sa soif et se rassasier des dattes qui murissaient sur le palmier. Il trouva dans cet endroit une paix profonde et passa toute la nuit en prière pour remercier Dieu de sa sollicitude. Plus le temps passait plus, il se sentait heureux dans cette solidude qui le raprochait de Dieu. Quand ses habits furent usés, il se fit une tunique de feuilles de palmier. Trouvant dans ce lieu tout le nécessaire pour vivre, il ne désira rien de plus, et tourna toute son attention au salut de son âme et le rachat de ses fautes. Ainsi caché au regard des hommes, il passa 90 ans dans ce désert. C'est déjà l'époque où les Chrétiens connaissent une paix relative dans l'empire romain et le début des hérésies. Dieu voulu révéler à son église et au monde la vie cachée de ce saint égyptien pour qu'il sert d'exemple aux générations suivantes. C'est à Saint Antoine le Grand que fut confié cette tâche et jusqu'à ce jour cette tradition, l'ermite du désert, est toujours vivante parmi les moines coptes.


SAINT PAUL

Plusieurs ont douté quel a été celui d'entre tous les solitaires qui a le premier habité les déserts; et il y en a qui, remontant bien loin jusque dans les siècles passés, veulent que les premiers auteurs d'une si sainte retraite soient le bienheureux Hélie et saint Jean-Baptiste ; dont l'un me semble devoir plutôt être considéré comme un prophète que comme un solitaire, et l'autre a commencé à prophétiser avant même que de naître. D'autres assurent, et c'est la commune opinion, que saint Antoine doit être considéré comme le maître de ce projet; ce qui est vrai en partie puisque, bien qu'il n'ait pas été le premier de tous les solitaires qui en fuyant le monde ait passé dans le désert, il a été le premier qui par son exemple a montré le chemin et excité l'ardeur de tous ceux qui se sont portés à embrasser une vie si sainte; car Amatas et Macaire, deux de ses disciples dont le premier l'a mis en terre, nous assurent encore aujourd'hui qu'un nommé Paul Thébéen a été celui qui a commencé à vivre de cette sorte, en quoi je suis bien de leur avis. Il y en a aussi d'autres qui, feignant sur cela tout ce qui leur vient en fantaisie, voudraient nous faire croire que Paul vivait dans un antre souterrain, et que les cheveux lui tombaient jusque sur les talons; à quoi ils ajoutent d'autres semblables contes faits à plaisir, et que je n'estime pas devoir prendre la peine de réfuter, puisque ce sont des mensonges ridicules et sans apparence.

Or, d'autant que l'on a écrit très exactement, tant en grec qu'en latin, la vie de saint Antoine, j'ai résolu de dire quelque chose du commencement et de la fin de celle de saint Paul, plutôt à cause que personne ne l'a fait jusqu'ici que par la créance d'y pouvoir bien réussir; car quant à ce qui s'est passé depuis sa jeunesse jusqu'à sa vieillesse, et aux tentations du diable qu'il a soutenues et surmontées, personne n'en a connaissance.

Du temps de la persécution de Decius et de Valérien, lorsque le pape Corneille à Rome et saint Cyprien à Carthage répandirent leur sang bienheureux , cette cruelle tempête dépeupla plusieurs Eglises dans l'Egypte et dans la Thébaïde. Le plus grand souhait des chrétiens était alors d'avoir la tête tranchée pour la confession du nom de Jésus-Christ. Mais la malice de leur ennemi le rendait ingénieux à inventer des supplices qui leur donnassent une longue mort, parce que son dessein était de tuer leurs âmes et non pas leurs corps; ainsi que saint Cyprien, qui l'a éprouvé en sa propre personne, le témoigne lui-même par ces paroles: « On refusait de donner la mort à ceux qui la désiraient.»Et afin de faire connaître jusqu'à quel excès allait cette cruauté, j'en veux rapporter ici deux exemples pour en conserver la mémoire.

Un magistrat païen, voyant un martyr demeurer ferme et triompher des tourments au milieu des chevalets et des lames de fer sortant de la fournaise, commanda qu'on lui frottât tout le corps de miel, et qu'après lui avoir lié les mains derrière le dos on le mit à la renverse, et qu'on l'exposât ainsi aux plus ardents rayons du soleil, afin que celui qui avait surmonté tant d'autres douleurs cédât à celles que lui feraient sentir les aiguillons d'une infinité de mouches.

Il ordonna que l'on menât un autre qui était en la fleur de son âge dans un jardin très délicieux, et que là, au milieu des lis et des roses, et le long d'un petit ruisseau qui avec un doux murmure serpentait à l'entour de ces fleurs, et où le vent en soufflant agréablement agitait un peu les feuilles des arbres, on le couchât sur un lit, et qu'après l'y avoir attaché doucement avec des rubans de soie pour lui ôter tout moyen d'en sortir, on le laissât seul. Chacun s'étant retiré, il fit venir une fort belle courtisane qui se jetta à son cou avec des embrassements lascifs, et, ce qui est horrible seulement à dire, porta ses mains en des lieux que la pudeur ne permet pas de nommer, afin qu'après avoir excité en lui le désir d'un plaisir criminel, son impudence victorieuse triomphât de sa chasteté. Ce généreux soldat de Jésus-Christ ne savait en cet état ni que faire ni à quoi se résoudre, car se fût-il laissé vaincre par les délices après avoir résisté à tant de tourments ? Enfin par une inspiration divine il se coupa la langue avec les dents, et en la crachant au visage de cette, effrontée qui le baisait il éteignit, par l'extrême douleur qu'il se fit à lui-même, les sentiments de volupté qui eussent pu s'allumer dans sa chair fragile.

Au temps que ces choses se passaient Paul, n'étant âgé que de quinze ans et n'ayant plus ni père ni mère mais seulement une soeur déjà mariée, se trouva maître d'une grande succession en la basse Thébaïde. Il était fort savant dans les lettres grecques et égyptiennes, de fort douce humeur et plein d'un grand amour de Dieu. La tempête de cette persécution éclatant de tous, côtés, il se retira en une maison des champs assez éloignée et assez à l'écart.

Son beau-frère se résolut de découvrir celui qu'il était si obligé de cacher, sans que les larmes de sa femme, les devoirs d’une si étroite alliance ni la crainte de Dieu, qui du haut du ciel regarde toutes nos actions, fussent capables de le détourner d’un si grand crime; et la cruauté qui le portait à cela se couvrait même d'un prétexte de religion.

Ce jeune garçon qui était très sage, ayant appris ce dessein et se résolvant à faire volontairement ce qu'il était obligé de faire par force, s'enfuit dans les déserts des montagnes pour y attendre que la persécution fût cessée ; et en s'y avançant peu à peu, et puis encore davantage, et continuant souvent à faire la même chose, enfin il trouva une montagne pierreuse au pied de laquelle était une grande caverne dont l'entrée était fermée avec une pierre, qu'il retira; et, regardant attentivement de tous côtés par cet instinct naturel qui porte l'homme à désirer de connaître les choses cachées, il aperçut au-dedans , comme un grand vestibule qu'un vieux palmier avait formé de ses branches en les étendant et les entrelaçant les unes dans les autres, et qui n'avait rien que le ciel au-dessus de soi. Il y avait là une fontaine très claire d'où il sortait un ruisseau, qui à peine commençait à couler qu'on le voyait se perdre dans un petit trou, et être englouti par la même terre qui le produisait. Il y avait aussi aux endroits de la montagne les plus difficiles à aborder diverses petites maisonnettes où l'on voyait encore des burins, des enclumes et des marteaux dont on s'était autrefois servi pour faire de la monnaie ; et quelques mémoires égyptiens portent que c'avait été une fabrique de fausse monnaie, durant le temps des amours d'Antoine et de Cléopâtre.

Notre saint, concevant de l'attrait pour cette demeure qu'il considérait comme lui ayant été présentée de la main de Dieu, y passa toute sa vie en oraisons et en solitude ; et le palmier dont ,j'ai parlé lui fournissait tout ce qui,lui était nécessaire pour sa nourriture et son vêlement; ce qui ne doit pas passer pour impossible, puisque je prends à témoin Jésus-Christ et ses anges que, dans cette partie du désert qui en joignant la Syrie tient aux terres des Arabes, j'ai vu parmi des solitaires un frère qui, étant reclus, il y avait trente ans, ne vivait que de pain d'orge et d'eau bourbeuse, et un autre qui, étant enfermé dans une vieille citerne, vivait de cinq figues par jour. Je ne doute pas néanmoins que cela ne semble incroyable aux personnes qui manquent de foi, parce « qu'il n'y a que ceux qui croient, à qui telles, choses soient possibles. »

Mais pour retourner à ce que j'avais commencé de dire, il y avait déjà cent treize axis que le bienheureux Paul menait sur la terre, une vie toute céleste; et Antoine, âgé de quatre-vingt-dix ans ( comme il l'assurait souvent ), demeurant dans, une autre solitude, il lui vint en pensée que nul autre que lui n'avait passé dans le désert la vie d'un parlait et véritable solitaire; mais lorsqu'il dormait il lui fut, la nuit, révélé en songe qu'à y en avait un autre, plus, avant dans le désert, meilleur que lui, et qu'il se devait hâter d'aller voir.

Dès la pointe du jour ce vénérable vieillard, soutenant son corps faible et exténué avec mi bâton qui lui servait aussi à se conduire, commença à marcher sans savoir où il allait; et déjà le, soleil, arrivé à son midi, avait échauffé l'air de telle sorte qu'il paraissait tout enflammé, sans que néanmoins il se pût résoudre à différer son voyage, disant en lui-même:

« Je me confie en mon Dieu, et ne doute point qu'il ne me fasse voir son serviteur ainsi qu'il me l'a promis.» Comme il achevait ces paroles il vit un Homme qui avait en partie le corps d'un cheval, et était comme ceux que les poètes nomment Hippocentaures. Aussitôt qu'il l'eut aperçu il arma son front du signe salutaire de la croix et lui cria: « Holà! En quel lieu demeure ici le serviteur de Dieu ?» Alors ce monstre, marmottant je ne sais quoi de barbare et entrecoupant plutôt ses paroles qu'il ne les proférait distinctement, s'efforça de faire sortir une voix douce de ses lèvres toutes hérissées de poil, et, étendant sa main droite, lui montra le chemin tant désiré; puis en fuyant il traversa avec une incroyable vitesse toute une grande campagne, et s'évanouit devant les yeux de celui qu'il avait rempli d'étonnement. Quant à savoir si le diable pour épouvanter le saint avait pris cette figure, ou si ces déserts si fertiles en monstres avaient produit celui-ci, je ne saurais en rien assurer.

Antoine, pensant tout étonné à ce qu'il venait de voir, ne laissa pas de continuer son chemin ; et à peine avait-il commencé à marcher qu'il aperçut dans un vallon pierreux un fort petit homme qui avait les narines crochues, des cornes au front et des pieds de chèvre. Ce nouveau spectacle ayant augmenté son admiration, il eut recours, comme un vaillant soldat de Jésus-Christ, aux armes de la foi et de l'espérance; mais cet animal, pour gage de son affection, lui offrit des dattes pour le nourrir durant son voyage. Le saint s'arrêta et lui demanda qui il était. Il répondit : « Je suis mortel et l'un des habitants des déserts que les païens, qui se laissent emporter à tant de diverses erreurs, adorent sous le nom de Faunes, de Satyres et d'Incubes. Je suis envoyé vers vous comme ambassadeur par ceux de mon espèce, et nous Vous supplions tous de prier pour nous celui qui est également notre Dieu, lequel nous avons su être venu pour le salut du monde, et dont le nom et la réputation se sont répandus par toute la terre. »

A ces paroles ce sage vieillard et cet heureux pèlerin trempa son visage des larmes que l’excès de sa joie lui faisait répandre, en abondance, et qui étaient des marques évidentes de ce qui se passait dans son coeur; car il se réjouissait de la gloire de Jésus-Christ et de la destruction de celle du diable, et admirait en même temps comment il avait pu entendre le langage de cet animal et être entendu de lui. En cet état, frappant la terre de son bâton, il disait: « Malheur à toi, Alexandrie, qui adores des monstres en qualité de dieux ! Malheur à toi, ville adultère qui es devenue la retraite des démons répandus en toutes les parties du monde. De quelle sorte t'excuseras-tu maintenant? Les bêtes parlent des grandeurs de Jésus-Christ, et tu rends à des bêtes les honneurs et les hommages qui ne sont dus qu'à Dieu seul! » A peine avait-il achevé ces paroles, que cet animal si léger s'enfuit avec autant de vitesse que s'il avait eu des ailes. Et s'il se trouve quelqu'un à qui cela semple si incroyable qu'il fasse difficulté d'y ajouter foi, il en pourra voir un exemple dont tout le monde a été témoin et qui est arrivé sous le règne de Constance; car un homme de cette sorte, ayant été mené vivant à Alexandrie, l'ut vu avec admiration de tout le peuple ; et, étant mort, son corps, après avoir été salé de crainte que la chaleur de l'été ne le corrompit, fut porté à Antioche pour le faire voir à l'empereur.

Mais, pour revenir à mon discours, Antoine, continuant à marcher dans le chemin où il s'était engagé, ne considérai autre chose que la piste des bêtes sauvages et la vaste solitude de ce désert, sans savoir ce qu'il devait faire ni de quel côté il devait tourner.

Déjà le second jour était passé depuis qu'il était parti, et il en restait encore un troisième afin qu'il acquit par cette épreuve une entière confiance de ne pouvoir être abandonné de Jésus-Christ. Il employa toute cette seconde nuit en oraisons, et à peine le jour commençait à poindre qu'il aperçut de loin une louve qui, toute haletante de soif, se coulait le long du pied de la montagne. Il la suivit des yeux et, lorsqu'elle fut fort éloignée, s'étant approché de la caverne et voulant regarder dedans, sa curiosité lui fut inutile, à cause due son obscurité était si grande que ses yeux ne la pouvaient pénétrer; mais, comme dit l'Écriture, « le parfait amour bannissant la crainte, » après s’être un peu arrêté et avoir repris Baleine, ce saint et habile espion entra dans cet antre en s'avançant peu à peu et s'arrêtant souvent pour écouter s'il n'entendrait point de bruit. Enfin, à travers l'horreur de ces épaisses ténèbres, il aperçut de la lumière assez loin de là. Alors, redoublant ses pas et marchant sur des cailloux, il fit du bruit. Paul l'ayant entendu, il tira sur lui sa porte qui était ouverte, et la ferma au verrou.

Antoine, se jetant contre terre sur le seuil de la porte, y demeura jusqu'à l'heure de Sexte et davantage, le conjurant toujours de lui ouvrir et lui disant : « Vous savez qui je suis, d'où je viens, et le sujet qui m'amène. J'avoue que je ne suis pas digne de vous voir, mais je ne partirai néanmoins jamais d'ici jusqu'à ce due j'aie revu ce bonheur. Est-il possible que, ne refusant pas aux bêtes l'entrée de votre caverne, vous la refusiez aux hommes? Je vous ai cherché, je vous ai trouvé; et,je frappe à votre porte afin qu'elle me soit ouverte : que si je ne puis obtenir cette grâce, je suis résolu de mourir en la demandant; et j'espère qu'au moins vous aurez assez de charité pour m'ensevelir. »

« Personne ne supplie en menaçant et ne mêle des injures avec des larmes, » lui répondit Paul « vous étonnez-vous donc si je ne veux pas vous recevoir, puisque vous dites n'être venu ici que pour mourir?» Ainsi Paul en souriant lui ouvrit la porte; et alors, s'étant embrassés à diverses fois, ils se saluèrent et se nommèrent tous deux par leurs propres noms. Ils rendirent ensemble grâces à Dieu; et, après s'être donné le saint baiser, Paul, s'étant assis auprès d'Antoine, lui parla en cette sorte :

« Voici celui que vous avez cherché avec tant de peine, et dont le corps flétri de vieillesse est couvert par des cheveux blancs tout pleins de crasse; voici cet homme qui est sur le point d'être réduit en poussière; mais, puisque la charité ne trouve rien de difficile, dites-moi, je vous supplie, comment va le monde : fait-on de nouveaux bâtiments dans les anciennes villes? qui est celui qui règne aujourd'hui ? et se trouve-t-il encore des hommes si aveuglés d'erreur que d'adorer les démons? »

Comme ils s'entretenaient de la sorte ils virent un corbeau qui, après s'être reposé sur une branche d'arbre, vint de là, en volant tout doucement, apporter à terre devant eux un pain tout entier. Aussitôt qu'il fut parti Paul commença à dire : « Voyez, je vous supplie, comme Dieu, véritablement tout bon et tout miséricordieux, nous a envoyé à dîner. Il y a déjà soixante ans que je reçois chaque jour de cette sorte une moitié de pain; mais depuis que vous êtes arrivé Jésus-Christ a redoublé ma portion, pour faire voir par là le soin qu'il daigne prendre de ceux qui, en qualité de ses soldats, combattent pour son service. »

Ensuite, ayant tous deux rendu grâces à Dieu, ils s'assirent sur le bord d'une fontaine aussi claire que du cristal, et voulant se déférer l'un à l'autre l'honneur de rompre le pain, cette dispute dura quasi jusqu'à vêpres, Paul insistant sur ce que l'hospitalité et la coutume l'obligeaient à cette civilité, et Antoine la refusant à cause de l'avantage que l'âge de Paul lui donnait sur lui. Enfin ils résolurent que chacun de son côté, prenant le pain et le tirant à soi, en retiendrait la portion qui lui demeurerait entre les mains. Après, en se baissant sur la fontaine et mettant leur bouche sur l'eau, ils en burent chacun un peu, et puis, offrant à Dieu un sacrifice de louanges, ils passèrent toute la nuit en prières.

Le jour étant venu, Paul parla ainsi à Antoine : « Il y a longtemps, mon frère, que je savais votre séjour en ce désert; il y a longtemps que Dieu m'avait promis que vous emploieriez comme moi votre vie à son service; mais parce que l'heure de mon heureux sommeil est arrivé, et qu'ayant toujours désiré avec ardeur d'être délivré de ce corps mortel pour m'unir à Jésus-Christ, il ne me reste plus, après avoir achevé ma course, que de recevoir la couronne de justice, notre Seigneur vous a envoyé pour couvrir de terre ce pauvre corps, ou, pour mieux dire, pour rendre la terre à la terre. »

A ces paroles Antoine, fondant en pleurs et jetant mille soupirs, le conjurait de ne le point abandonner et de demander à Dieu qu'il lui tint compagnie en ce voyage; à quoi il lui répondit : «Vous ne devez pas désirer ce qui vous est plus avantageux, mais ce qui est plus utile à votre prochain : il n'y a point de doute que ce ne vous fût un extrême bonheur d'être déchargé du fardeau ennuyeux de cette chair pour suivre l'agneau sans tache, mais il importe au bien de vos frères d'être encore instruits par votre exemple. Ainsi, si ce ne vous est point trop d'incommodité, je vous supplie d'aller quérir le manteau que l'évêque Athanase vous donna, et de me l'apporter pour m'ensevelir. » Or si le bienheureux Paul lui faisait cette prière, ce n'est pas qu'il se souciât beaucoup que son corps fût plutôt enseveli que de demeurer nu, puisqu'il devait être réduit en pourriture, lui qui depuis tant d'années n'était revêtu que de feuilles de palmier entrelacées, mais afin que, Antoine étant éloigné de lui, il ressentit avec moins de violence l'extrême douleur qu'il recevrait de sa mort.

Antoine fut rempli d'un merveilleux étonnement de ce qu'il lui venait de dire de saint Athanase et du manteau qu'il lui avait donné; et, comme s'il eût vu Jésus-Christ dans Paul et adorant Dieu résidant dans son coeur, il n'osa plus lui rien répliquer; mais, pleurant sans dire une seule parole, après lui avoir baisé les yeux et les mains il partit pour s'en retourner à son monastère, qui fut depuis occupé par les Arabes; et, bien que son esprit fit faire à son corps affaibli de jeûnes et cassé de vieillesse une diligence beaucoup plus grande que son âge ne le pouvait permettre, il s'accusait néanmoins de marcher trop lentement. Enfin après avoir achevé ce long chemin, il arriva tout fatigué et tout hors d'haleine à son monastère.

Deux de ses disciples qui le servaient depuis plusieurs années ayant couru au-devant de lui et lui disant : « Mon père, où avez-vous demeuré si longtemps?» il leur répondit : «Malheur à moi, misérable pécheur, qui porte si indignement le nom de solitaire! J'ai vu Hélie, j'ai vu Jean dans le désert, et, pour parler selon la vérité, j'ai vu Paul dans un paradis. »Sans en dire davantage et en se frappant la poitrine il tira le manteau de sa cellule; et ses disciples le suppliant de les informer plus particulièrement de ce que c'était, il leur répondit : « Il y a temps de parler et temps de se taire ; » et, sortant ainsi de la maison sans prendre aucune nourriture, il s'en retourna par le même chemin qu'il était venu, ayant le coeur tout rempli de Paul, brûlant d'ardeur de le voir et l'ayant toujours devant les yeux et dans l'esprit, parce qu'il craignait, ainsi qu'il arriva, qu'il ne rendit son âme à Dieu durant son absence.

Le lendemain au point du jour, lorsqu'il y avait déjà trois heures qu'il était en chemin, il vit au milieu des troupes des anges et entre les chœurs des prophètes et des apôtres Paul, tout éclatant d'une blancheur pure et lumineuse, monter dans le ciel. Soudain, se jetant le visage contre terre, il se couvrit la tête de sable et s'écria en pleurant : « Paul, pourquoi m'abandonnez-vous ainsi? Pourquoi partez-vous sans me donner le loisir de vous dire adieu? Vous ayant connu si tard, faut-il que vous me quittiez si tôt? »

Le bienheureux Antoine contait, depuis, qu'il acheva avec tant de vitesse ce qui lui restait de chemin qu'il semblait qu'il eût des ailes, et non sans sujet puisque, étant entré dans la caverne, il y vit le corps mort du saint qui avait les genoux en terre, la tête levée et les mains étendues vers le ciel. Il crut d'abord qu'il était vivant et qu'il priait, et se mit de son côté en prières; mais, ne l'entendant point soupirer ainsi qu'il avait coutume de le faire en priant, il s'alla jeter à son cou pour lui donner un triste baiser, et reconnut que par une posture si dévote le corps de ce saint homme, tout mort qu'il était, priait encore Dieu auquel toutes choses sont vivantes.

Ayant roulé et tiré ce corps dehors, et chanté des hymnes et des psaumes selon la tradition de l'Eglise catholique, il était fort fâché de n'avoir rien pour fouiller la terre, et pensant et repensant à cela avec inquiétude d'esprit, il disait : « Si je retourne au monastère il me faut trois jours pour revenir, et si je demeure ici, je n'avancerai rien : il vaut donc beaucoup mieux que je meure et que, suivant votre vaillant soldat, ô Jésus-Christ, mon cher maître, je rende auprès de lui les derniers soupirs. »

Comme il parlait ainsi en lui-même, voici deux lions qui, sortant en courant dis fond du désert, faisaient flotter leurs longs crins dessus le cou. Ils lui donnèrent d'abord de la frayeur, mais, élevant son esprit à Dieu, il demeura aussi, tranquille que s'ils eussent été dés colombes, lis vinrent droit au corps du bienheureux vieillard, et, s'arrêtant là et le flattant avec leurs queues, ils se couchèrent à ses pieds, puis jetèrent de grands rugissements pour lui témoigner qu'ils le pleuraient en la manière qu'ils le pouvaient. Ils commencèrent ensuite à gratter la terre avec leurs ongles, en un lieu assez proche de là, et, jetant, à l'envi le sable. de côté et d'autre, firent une fosse capable de recevoir le corps d'un homme; et aussitôt après, comme s'ils eussent demandé récompense de leur travail, ils vinrent, en remuant les oreilles et la tête basse, vers Antoine, et lui léchaient les pieds et les mains. Il reconnut qu'ils lui demandaient sa bénédiction, et soudain, rendant des louanges infinies à Jésus-Christ de ce que même les animaux irraisonnables avaient quelque sentiment de la divinité, il dit : « Seigneur, sans la volonté duquel il ne tombe pas même une seule feuille des arbres ai le moindre oiseau ne perd la vie, donnez à ces lions ce que vous savez leur être nécessaire ; » et après, leur faisant signe de la main, il leur commanda de s'en aller.

Lorsqu'ils furent partis il courba ses épaules affaiblies par la vieillesse sous le fardeau de ce saint corps, et, l'ayant porté dans la fosse, jeta du sable dessus pour l'enterrer selon la coutume de l’Eglise. Le jour suivant étant venu, ce pieux héritier, ne voulant, rien perdre de la succession de celui qui était mort sans faire de testament, prit pour soi la tunique qu'il avait tissue de ses propres mains avec des feuilles de palmier, en la même sorte qu'on l'ait des paniers d'osier, et retournant ainsi à son monastère, il conta particulièrement à ses disciples tout ce qui lui était arrivé; et aux jours solennels de Pâques et de la Pentecôte il se revêtait toujours de la tunique du bienheureux Paul.

Je ne saurais m'empocher, sur la fin de cette histoire, de demander à ceux qui ont tant de biens qu'ils n'en savent pas le compte, qui bâtissent des palais de marbre, qui enferment dans un seul collier de diamants ou de perles le prix, de plusieurs riches héritages, ce qui a jamais manqué à ce, vieillard tout nu. Vous buvez dans des coupes de pierres précieuses; et lui avec le creux de sa main satisfaisait, au besoin de la nature; vous vous parez, avec des robes tissues d'or, et lui n'a pas eu le plus vil habit qu'eût pu porter le moindre de vos esclaves; mais, par un changement étrange, le paradis a été ouvert à cet homme si pauvre, et vous, avec votre magnificence, serez précipités dans les flammes éternelles; tout nu qu'il était, il a conservé cette robe blanche dont Jésus-Christ l'avait revêtu au baptême, et vous, avec ces habits somptueux, vous l'avez perdue; Paul, n'étant couvert que d'une vile poussière, se relèvera un jour pour ressusciter en gloire, et ces tombeaux si élaborés et si superbes qui vous enferment aujourd'hui ne vous empêcheront pas de braver misérablement avec toutes vos richesses. Ayez pitié de vous-mêmes, je vous prie, et épargnez au moins ces biens que vous aimez tant. Pourquoi ensevelissez-vous vos morts dans des draps d'or et de soie? Pourquoi votre vanité ne cesse-t-elle pas même au milieu de vos soupirs et de vos larmes? Est-ce que vous croyez que les corps des riches ne sauraient pourrir que dans des étoffes précieuses?

Qui que vous soyez qui lirez ceci, je vous conjure de vous souvenir du pécheur Jérôme, lequel, si Dieu lui en avait donné le choix, aimerait incomparablement mieux la tunique de Paul avec ses mérites due la pourpre des rois avec toute leur puissance.

Saint Jérôme.Vies de quelques Pères du désert. Vie de Saint Paul ermite. : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jerome/mystiques/019.htm


SAINT PAUL, ERMITE *

Paul, premier ermite, au témoignage de saint Jérôme qui a écrit sa vie, se retira, pendant la persécution violente de Dèce, dans un vaste désert où il demeura 60 ans, au fond d'une caverne, tout à fait inconnue des hommes. Ce Dèce, qui eut, deux noms, pourrait bien être Gallien qui commença à régner l’an du Seigneur 256. Saint Paul voyant donc les chrétiens en butte à toutes sortes de supplices, s'enfuit au désert. A la même époque, en effet, deux jeunes chrétiens sont pris, l’un d'eux a tout le corps enduit de miel et est exposé sous l’ardeur du soleil aux piqûres des mouches, des insectes et des guêpes ; l’autre est mis sur un lit des plus mollets, placé dans un jardin charmant, où une douce température, le murmure des ruisseaux, le chant des oiseaux, l’odeur des fleurs étaient enivrants. Le jeune homme est attaché avec des cordes tissées de la couleur des fleurs, de sorte qu'il ne pouvait s'aider ni des mains, ni des pieds. Vient une jouvencelle d'une exquise beauté, mais impudique, qui caresse impudiquement le jeune homme rempli de l’amour de Dieu. Or, comme il sentait dans sa chair des mouvements contraires à la raison, mais qu'il était privé d'armes, pour se soustraire à son ennemi, il se coupa la langue avec les dents et la cracha au visage de cette courtisane : il vainquit ainsi la tentation par la douleur, et mérita un trophée digne de louanges. Saint Paul effrayé par de pareils tourments et par d'autres encore, alla au désert. Antoine se croyait alors le premier des moines qui vécût en ermite; mais averti en songe qu'il y en a un meilleur que lui de beaucoup, lequel vivait dans un ermitage, il se mit à le chercher à travers les forêts; il rencontra un hippocentaure cet être moitié homme, moitié cheval, lui indiqua qu'il fallait prendre à droite. Bientôt après, il rencontra un animal portant des fruits de palmier, dont la partie supérieure du corps avait la figure d'un homme et la partie inférieure, la forme d'une chèvre. Antoine le conjura de la part de Dieu de lui dire qui il était; l’animal répondit qu'il était un satyre, le Dieu des bois, d'après la croyance erronée des gentils. Enfin il rencontra un loup qui le conduisit à la cellule de saint Paul. Mais celui-ci ayant deviné que c'était Antoine qui venait, ferma sa porte. Alors Antoine le prie de lui ouvrir, l’assurant qu'il ire s'en ira pas de là, mais qu'il y mourra plutôt. Paul cède et lui ouvre, et aussitôt ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre en s'embrassant. Quand l’heure du repas fut arrivée, un corbeau apporta une double ration de pain : or, comme Antoine était dans l’admiration, Paul répondit que Dieu le servait tous les jours de la sorte, mais qu'il avait doublé la pitance en faveur de son hôte. Il y eut un pieux débat entre eux pour savoir qui était le plus digne de rompre ce pain : saint Paul voulait déférer cet honneur à son hôte et saint Antoine à son ancien. Enfin ils tiennent. le pain chacun d'une main et le partagent égaleraient en deux. Saint Antoine, à son retour, était déjà près de sa cellule, quand il vit des anges portant l’âme de Paul, il s'empressa de revenir, et trouva le corps de Paul droit sur ses genoux fléchis, comme s'il priait; en sorte qu'il le pensait vivant ; mais s'étant assuré qu'il était mort, il dit : « O sainte âme, tu as montré par ta mort ce que tu étais dans ta vie. » Or, comme Antoine était dépourvu de ce qui était nécessaire pour creuser une fosse, voici venir deux lions qui en creusèrent une, puis s'en retournèrent à la forêt, après l’inhumation. Antoine prit à Paul sa tunique tissue avec da palmier, et il s'en revêtit dans la suite aux jours de solennité. Il mourut environ l’an 287.

* Tiré de saint Jérôme.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii



Leçons des Matines avant 1960

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Paul, l’instituteur et le maître des Ermites, naquit dans la basse Thébaïde ; il n’avait que quinze ans lorsqu’il perdit son père et sa mère. Quelque temps après, pour fuir la persécution de Dèce et de Valérien et pour servir Dieu avec plus de liberté, il se retira dans une caverne du désert. C’est là qu’un palmier lui fournissant de quoi se nourrir et se vêtir, il vécut jusqu’à l’âge de cent treize ans : alors saint Antoine, qui en avait quatre-vingt-dix, le visita, d’après un avertissement de Dieu. Ils se saluèrent de leurs propres noms, bien qu’ils ne se connussent point auparavant, et pendant qu’ils se complaisaient à s’entretenir du royaume de Dieu, un corbeau, qui jusqu’alors avait toujours apporté à Paul la moitié d’un pain, en déposa un tout entier auprès d’eux.

Cinquième leçon. Après le départ du corbeau : « Voyez, dit Paul, comment le Seigneur vraiment bon, vraiment miséricordieux, nous a envoyé notre repas. Il y a déjà soixante ans que je reçois chaque jour la moitié d’un pain, et maintenant, à votre arrivée, Jésus-Christ a donné une ration double pour ses soldats. » Ils prirent donc leur nourriture avec action de grâces, au bord d’une fontaine ; ayant ainsi réparé leurs forces et rendu de nouveau grâces à Dieu, selon la coutume, ils passèrent la nuit dans les louanges divines. Au point du jour, Paul, sachant que sa mort était proche, en avertit Antoine, et le pria d’aller chercher, pour ensevelir son corps, le manteau qu’il avait reçu de saint Athanase. Antoine, étant en route pour revenir, vit l’âme de Paul monter au ciel parmi les chœurs des Anges et dans la compagnie des Prophètes et des Apôtres.

Sixième leçon. Quand il fut arrivé à la cellule de Paul, il le trouva à genoux, la tête levée, les mains étendues vers le ciel et le corps inanimé. Il l’enveloppa du manteau et chanta des hymnes et des Psaumes, selon la tradition chrétienne. Comme il n’avait pas d’instrument pour creuser la terre, deux lions accoururent du fond du désert et s’arrêtèrent près du corps du bienheureux vieillard, donnant à entendre qu’ils le pleuraient à leur manière. Ils creusèrent la terre avec leurs griffes à l’envi l’un de l’autre et firent une fosse capable de contenir un homme. Lorsqu’ils furent partis, Antoine déposa le saint corps en ce lieu, et le couvrant de terre, il lui dressa un tombeau à la manière des chrétiens. Quant à la tunique de Paul, qu’il avait tissue de feuilles de palmier comme on fait les corbeilles, il l’emporta avec lui, et tant qu’il vécut, il se servit de ce vêtement aux jours solennels de Pâques et de la Pentecôte.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

L’Église honore aujourd’hui la mémoire d’un des hommes le plus spécialement choisis pour représenter la pensée de ce détachement sublime que l’exemple du Fils de Dieu, né dans une grotte, à Bethlehem, révéla au monde. L’ermite Paul a tant estimé la pauvreté de Jésus-Christ, qu’il s’est enfui au désert, loin de toute possession humaine et de toute convoitise. Une caverne pour habitation, un palmier pour sa nourriture et son vêtement, une fontaine pour y désaltérer sa soif, un pain journellement apporté du ciel par un corbeau pour prolonger cette vie merveilleuse : c’est ainsi que Paul servit, pendant soixante ans, étranger aux hommes, Celui qui n’avait pas trouvé de place dans la demeure des hommes, et qui fut contraint d’aller naître dans une étable abandonnée.

Mais Paul habitait avec Dieu dans sa grotte ; et en lui commence la race sublime des Anachorètes, qui, pour converser avec le Seigneur, ont renoncé à la société et même à la vue des hommes : anges terrestres dans lesquels a éclaté, pour l’instruction des siècles suivants, la puissance et la richesse du Dieu qui suffit lui seul aux besoins de sa créature. Admirons un tel prodige ; et considérons, avec reconnaissance, à quelle hauteur le mystère d’un Dieu incarné a pu élever la nature humaine tombée dans la servitude des sens, et tout enivrée de l’amour des biens terrestres.

N’allons pas croire cependant que cette vie de soixante ans passée au désert, cette contemplation surhumaine de l’objet de la béatitude éternelle, eussent désintéressé Paul de l’Église et de ses luttes glorieuses. Nul n’est assuré d’être dans la voie qui conduit à la vision et à la possession de Dieu, qu’autant qu’il se tient uni à l’Épouse que le Christ s’est choisie, et qu’il a établie pour être la colonne et le soutien de la vérité [1]. Or, parmi les enfants de l’Église, ceux qui doivent le plus étroitement se presser contre son sein maternel, sont les contemplatifs ; car ils parcourent des voies sublimes et ardues, où plusieurs ont rencontré le péril Du fond de sa grotte, Paul, éclairé d’une lumière supérieure, suivait les luttes de l’Église contre l’arianisme ; il se tenait uni aux défenseurs du Verbe consubstantiel au Père : et afin de montrer sa sympathie pour saint Athanase, le vaillant athlète de la foi, il pria saint Antoine, à qui il laissait sa tunique de feuilles de palmier, de l’ensevelir dans un manteau dont l’illustre patriarche d’Alexandrie, qui aimait tendrement le saint abbé, lui avait fait présent.

Le nom de Paul, père des Anachorètes, est donc enchaîné à celui d’Antoine, père des Cénobites ; les races fondées par ces deux apôtres de la solitude sont sœurs ; toutes deux émanent de Bethlehem comme d’une source commune. La même période du Cycle réunit, à un jour d’intervalle, les deux fidèles disciples de la crèche du Sauveur.

Nous donnons ici les trois strophes suivantes, consacrées par l’Église Grecque, dans ses Menées, à la louange du premier des Ermites :

Quand, par l’inspiration divine, tu as abandonné avec sagesse, ô Père, les sollicitudes de la vie pour embrasser les travaux de l’ascèse ; alors, enflammé de l’amour du Seigneur , plein de joie, tu t’es emparé du désert, laissant derrière toi les passions de l’homme , et poursuivant avec persévérance ce qu’il y a de meilleur, semblable à un Ange, tu as accompli ta vie.

Séparé volontairement de toute société humaine, dès ton adolescence, ô Paul, notre Père, tu as, le premier de tous, embrassé la complète solitude , dépassant tous les autres solitaires, et tu as été inconnu pendant toute ta vie : c’est pourquoi Antoine, par un mouvement divin, t’a découvert, toi qui étais comme caché, et il t’a manifesté à l’univers.

Livré, ô Paul, à un genre de vie inaccoutumé sur la terre, tu as habité avec les bêtes, assisté du ministère d’un oiseau, par la volonté divine ; à cette vue, le grand Antoine stupéfait, au jour où il te découvrit, te célébra sans relâche, comme le Prophète et le Maître de tous comme un être divin.

Vous contemplez maintenant dans sa gloire, ô prince des Anachorètes, le Dieu dont vous avez médité, durant soixante années, la faiblesse et les abaissements volontaires ; votre conversation avec lui est éternelle. Pour cette caverne, qui fut le théâtre de votre pénitence, vous avez l’immensité des cieux ; pour cette tunique de feuilles de palmier, un vêtement de lumière ; pour ce pain matériel, l’éternel Pain de vie ; pour cette humble fontaine, la source de ces eaux qui jaillissent jusque dans l’éternité. Dans votre isolement sublime, vous imitiez le silence du Fils de Dieu en Bethlehem ; maintenant, votre langue est déliée, et la louange s’échappe à jamais de votre bouche avec le cri de la félicité. Souvenez-vous cependant de cette terre dont vous n’avez connu que les déserts ; rappelez à l’Emmanuel qu’il ne l’a visitée que dans son amour, et faites descendre sur nous ses bénédictions. Obtenez-nous la grâce d’un parfait détachement des choses périssables, l’estime de la pauvreté, l’amour de la prière, et une continuelle aspiration vers la patrie céleste.

[1] II Tim. III, 15.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

La fête de ce patriarche de l’ascèse monastique orientale est entrée très tard dans le calendrier romain, puisque ce fut seulement sous l’influence d’une Congrégation religieuse portant son nom, et qui, après le XIVe siècle, avait pris en Occident un développement considérable, qu’Innocent XIII éleva la fête de saint Paul au rite double pour l’Église universelle. Rome elle-même avait, au XVIe siècle, sur le mont Viminal, un temple en l’honneur de cet admirable fils du désert. Aujour d’hui cet édifice a été confisqué et profané.

L’insigne des Ermites de Saint-Paul était le palmier. De là viennent, dans la messe, les gracieuses et fréquentes allusions à cet arbre providentiel qui fournit à notre saint la nourriture et le vêtement, et qui, par l’extension de ses branches, symbolise si bien dans les Écritures l’activité surnaturelle des justes.

L’histoire de saint Paul, premier ermite, fut écrite vers 376 par saint Jérôme. Son identité avec le moine Paul, que les deux prêtres lucifériens Marcellin et Faustin dans une lettre aux empereurs Valentinien, Théodose et Arcadius (entre 383 et 384), nous décrivent comme un invincible champion de l’orthodoxie de Nicée à Oxyrhynque, n’est pas entièrement démontrée. Si le Paul de ce deuxième document était le même que celui dont saint Jérôme fit l’éloge, le premier ermite nous serait montré sous un jour tout à fait nouveau. Les besoins de la foi l’eussent temporairement transformé en un courageux apôtre. Le document en question ajoute que la fête de saint Paul était dès lors célébrée chaque année par le peuple d’Oxyrhynque [2].

La messe, sauf un verset d’Osée, n’a aucun élément propre, mais emprunte ses diverses parties aux messes du Commun des simples confesseurs.

L’introït est tiré du psaume 91 : « Le juste fleurira comme le palmier et croîtra comme le cèdre sur le Liban. Il sera transplanté dans la maison de Dieu, dans les cours du temple de Yahweh. » — Au juste est promise la fécondité et la force, parce qu’il agit, non par lui-même, mais en Dieu, unique principe de vie. Voilà le secret du succès des œuvres des saints.

La collecte est la suivante : « O Dieu qui réjouissez ce jour par la solennité de votre bienheureux confesseur Paul ; de grâce, accordez-nous d’imiter les œuvres de celui dont nous célébrons la naissance à la vie éternelle. »

La lecture est tirée de l’épître aux Philippiens (III, 7-12) où l’Apôtre rappelle à ses correspondants que, pour gagner le Christ et sa croix, il a abdiqué ces avantages que lui promettait sa situation sociale antérieure vis-à-vis de la Synagogue ; lui, de la tribu de Benjamin, pharisien, disciple de rabbi Gamaliel, zélé gardien de la Thora, jusqu’à devenir persécuteur des chrétiens. Toutes ces circonstances dont se seraient tant glorifiés les émules de l’Apôtre, furent par lui comptées pour rien, et il n’ambitionna plus d’autre gloire que celle de porter en lui-même l’empreinte du Crucifié. C’est seulement à cette condition que Paul se promet d’avoir part avec le Christ à la gloire de la résurrection.

Le graduel est presque semblable à l’introït. Le second verset est le suivant : « Pour célébrer de bon matin votre bonté, et votre vérité au cœur de la nuit. »

Le verset alléluiatique s’inspire du prophète Osée (xiv, 6) : « Le Juste fleurira comme le lis, et sans fin il germera devant le Seigneur. »

Après la Septuagésime, on omet le verset alléluiatique et l’on récite à sa place le psaume tractus, qui, à l’origine, suivait, aux jours de fête, la deuxième lecture de l’Écriture. Quand, au moyen âge, l’on perdit la notion historique de l’origine du tractus, les liturgistes y découvrirent un chant lugubre de pénitence. Au contraire, le Missel n’assigne le tractus qu’aux dimanches de la Septuagésime pascale, à quelques fériés quadragésimales solennelles, et aux fêtes des saints que l’on célèbre durant cette période de préparation à la fête de Pâques. Tous les autres jours de la semaine qui sont sanctifiés par le jeûne n’ont point le tractus — le psaume Domine, non secundum, récité trois fois par semaine en Carême, est d’introduction tardive — précisément parce que le tractus représente encore dans le Missel actuel l’ancien psaume in directum.

Celui-ci, les jours festifs, suivait la seconde lecture, régulièrement tirée du Nouveau Testament — en général des épîtres de saint Paul — mais il disparut quand saint Grégoire le Grand prescrivit, aux messes dominicales en dehors du Carême, le chant de l’Alléluia, jusqu’alors réservé à Rome au seul temps pascal.

Saint Grégoire voulut ainsi égaler le dimanche à la solennité pascale dont il est vraiment, depuis l’antiquité, la commémoration hebdomadaire. Il ne prévit pas, toutefois, toutes les conséquences de cette mesure. Les fêtes des martyrs commencèrent à être placées sur le même plan que le dimanche ; vinrent ensuite celles des confesseurs et des vierges, et il arriva ceci, que ce qui était à l’origine le chant pascal par excellence et que saint Jean, dans l’Apocalypse, met sur les lèvres des bienheureux dans le ciel, devint le chant quotidien du chœur. L’alléluia perdit ainsi toute cette éclatante beauté qu’il avait pour les anciens, lesquels l’entonnaient à l’aube de la nuit de Pâques, quand, avec le Christ triomphateur de la mort, la blanche armée des néophytes sortait processionnellement du baptistère, pour s’approcher pour la première fois de l’autel eucharistique du Seigneur. Le trait est tiré du psaume 111, qui célèbre l’éloge du Juste : « Bienheureux l’homme qui craint Yahweh, et qui trouve son bonheur dans l’observance de ses préceptes. Sa postérité sera puissante sur la terre, parce que la descendance des justes est en bénédiction. La gloire et les richesses sont dans sa maison, et sa justice demeurera à travers tous les siècles. » C’est l’éloge messianique du Juste par excellence, c’est-à-dire du Christ, à qui les saints ont tâché de se conformer.

La lecture évangélique est prise en saint Matthieu (XI, 25-30). Jésus exulte et, rendant grâces au Père, il entonne le chant de l’humilité : Je te remercie, ô Père, parce que tu as caché tes mystères aux sages et aux puissants de ce monde pour révéler au contraire l’Évangile du Royaume, la joyeuse nouvelle, aux pauvres. Venez, vous tous, ô pauvres, vous qui travaillez et êtes fatigués, et je vous dédommagerai de vos peines. Le monde proclame bienheureux ceux qui jouissent ; bienheureux, an contraire, ceux qui, d’eux-mêmes, mettent sur leur cou mon joug, joug d’humilité, de douceur, joug suave, qui est gage de vraie liberté d’esprit et qui contient le secret de la joie intime du cœur.

L’antienne pour l’oblation est tirée du psaume 20 : « Seigneur, par votre puissance le juste exulte et se délecte dans votre salut qu’il reconnaît bien venir de vous. Vous avez rempli le vœu de son cœur. » Voilà comment la louange catholique des saints n’enlève rien à l’adoration que tous nous devons à Dieu ; car si l’Église magnifie la vertu de ses membres de choix, elle en attribue néanmoins toute la gloire, toute la louange et toutes les grâces au Seigneur, devant le trône duquel les saints de l’Apocalypse déposent avec respect leurs couronnes.

La secrète est la suivante : « Seigneur, nous vous offrons ce sacrifice de louange en la fête de vos saints, le cœur plein de confiance qu’il nous servira à échapper aux maux présents et à éviter les périls futurs. »

Le verset pour la communion est tiré du psaume 63. « Le Juste se réjouira parce qu’il met dans le Seigneur son espérance. Tous ceux qui ont le cœur droit seront loués. » Voici donc comment la source de la joie, de la justice et de la gloire est la céleste confiance en Dieu. Se fier à Dieu et faire en sorte que Dieu se fie à nous, la sainteté est toute en cela.

La prière d’action de grâces est la suivante : « Rassasiés par une nourriture et un breuvage divins, nous vous demandons que toujours nous protègent les prières de celui en l’honneur duquel nous avons participé au céleste Sacrifice. »

Un auteur sacré donne une belle définition d’un saint. Un saint, dit-il, est un chrétien qui prend au sérieux les obligations de son baptême et la nature des relations existant entre le Créateur et la créature. Ainsi s’explique-t-on que saint Paul ermite, par exemple, ait pu soutenir près d’un siècle de vie solitaire et pénitente, croyant encore donner trop peu pour conquérir le paradis et Dieu.

[2] Cf. H. DELEHAYE, La personnalité historique de saint Paul de Thèbes (Analect. Bolland, t. XLIV, pp. 64-69).


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Le silence et l’obéissance sont des conditions préalables pour la bonne tenue liturgique.

Nos maîtres de vertu. — Les saints veulent être nos guides vers le ciel. L’Église déroule devant nos yeux la vie des saints, elle exalte leurs vertus et les propose à notre imitation. Considérons les moyens que l’Église emploie pour cela. Aux Matines, nous lisons avec attention la vie du saint, parfois même, l’Église nous fait lire quelques passages de ses écrits. A l’Oraison, il n’est pas rare que l’Église insiste sur sa vertu préférée. Dans les deux lectures de la messe (Ép., Év.) le saint est caractérisé par des paroles de l’Écriture, afin de nous exciter à l’imiter. Il y a même des messes où les chants psalmodiques sont empruntés à la vie du saint. L’Église brosse ainsi un portrait brillant du saint, elle nous invite à le contempler toute la journée et à en reproduire les traits en nous. C’est là le côté éducateur du culte des saints. Les deux saints d’aujourd’hui nous enseignent l’amour de la solitude, le silence et l’obéissance. La solitude et le silence sont la clôture de l’âme. « Pendant que le silence enveloppait la terre », le Fils de Dieu est descendu ici-bas ; c’est ainsi qu’il descend dans notre âme, qu’il aime environner de silence et de solitude. Dans l’agitation du monde, la voix de Dieu ne se fait pas entendre. L’obéissance est une condition préalable pour devenir enfants de Dieu. La désobéissance a introduit le péché sur la terre. L’obéissance du Fils de Dieu, portée jusqu’à la mort, nous a valu la Rédemption et le ciel.

Saint Paul : jour de mort (d’après le martyrologe) : 15 janvier 347, à l’âge de 113 ans. Tombeau : reliques insignes à Rome (Saint Pierre et Sainte Marie du Capitole). Image : On le représente en ermite, vêtu de feuilles de palmier, et avec un corbeau. Sa vie : Paul « le premier ermite » (il est rare que le Missel et le Bréviaire fassent une mention particulière comme celle-ci) est le porte-étendard de ces hommes courageux qui, par amour pour le Christ, quittèrent le monde et peuplèrent le désert où ils s’adonnèrent à la contemplation, au milieu de toutes sortes de privations. Les ermites furent les grands suppliants dans ces jours terribles où l’Église devait, dans des combats violents, se défendre contre les hérésies. Pendant des siècles, leur exemple fut l’école de la perfection chrétienne. Ils furent les précurseurs de la vie monastique et religieuse dans l’Église. Le bréviaire raconte cette légende édifiante au sujet de saint Paul : Un jour, saint Antoine, un vieillard de quatre-vingt dix ans, vint le visiter sur l’ordre de Dieu. Bien qu’ils ne se connussent pas, ils se saluèrent cependant par leurs noms et s’entretinrent de conversations spirituelles ; alors le corbeau qui avait coutume d’apporter à Paul. un demi-pain, apporta un pain entier. Quand le corbeau se fut éloigné, Paul dit : « Vois, le Seigneur qui est vraiment bon et bienveillant, nous a envoyé de la nourriture. Il y a déjà soixante ans que je reçois,. tous les jours un demi-pain, mais, à ton arrivée, le Christ a doublé la ration de ses soldats. » Ils prirent donc, en remerciant Dieu, leur nourriture auprès d’une source, et, après avoir pris un peu de repos, ils offrirent de nouveau leurs actions de grâces au Seigneur, comme ils avaient toujours coutume de le faire, et passèrent toute la nuit dans les louanges de Dieu. Le lendemain, de bonne heure, Paul révéla à Antoine sa mort imminente et le pria de lui apporter le manteau qu’il avait reçu de saint Athanase, pour l’ensevelir dedans. Lorsque Antoine revint de ce voyage, il vit l’âme de Paul, entourée d’anges et au milieu du chœur des Prophètes et des Apôtres, s’envoler au ciel. — Saint Jérôme écrivit, en 376, la vie du premier ermite.

La messe (Justus ut palma). — La messe reflète d’une manière très belle la vie de saint Paul. Quand, à l’Introït, on le compare à un palmier, nous nous souvenons de sa vie dans le désert où le palmier lui fournissait vêtement et nourriture (de même le Graduel). L’Épître est très belle, c’est un des plus sublimes passages de saint Paul. « Ce qui était pour moi un gain, je l’ai regardé à cause du Christ comme une perte... tout me semble une ordure, afin que je gagne le Christ... en lui devenant semblable dans la mort pour parvenir à la résurrection. » L’Évangile aussi est une des plus belles pages de la Sainte Écriture. Le Christ y trace son propre portrait. D’une part il est Dieu, d’autre part il est le Sauveur miséricordieux, dans son humilité et sa douceur. « Venez tous à moi, vous qui êtes fatigués... et je vous soulagerai. » Cela se réalise au Saint-Sacrifice, mais nous devons, par contre, réaliser à l’Offrande cette parole : « Prenez mon joug sur vous. » Considérons qu’à l’Épître c’est notre saint qui parle ; à l’Évangile, c’est Notre-Seigneur. Tous les deux se sont caractérisés d’une manière merveilleuse. Avec les sentiments de l’Épître, approchons-nous, au Saint-Sacrifice, du Seigneur et du Sauveur de l’Évangile.



St. Paul the Hermit

There are three important versions of the Life of St. Paul: (1) the Latin version (H) of St. Jerome; (2) a Greek version (b), much shorter than the Latin; (3) a Greek version (a), which is either a translation of H or an amplification of b by means of H. The question is whether H or b is the original. Both a and b were published for the first time by Bidez in 1900 ("Deux versions grecques inédites de la vie des s. Paul de Thébes", Ghent). Bidez maintains that H was the original Life. This view has been attacked by Nau, who makes b the original in the "Analect. Bolland." of 1901 (XX, 121-157). The Life, minor details excepted, is the same in other versions.

When a young man of sixteen Paul fled into the desert of the Thebaid during the Decian persecution. He lived in a cave in the mountain-side till he was one-hundred-and-thirteen. The mountain, adds St. Jerome, was honeycombed with caves.


When he was ninety St. Anthony was tempted to vain-glory, thinking he was the first to dwell in the desert. In obedience to a vision he set forth to find his predecessor. On his road he met with a demon in the form of a centaur. Later on he spied a tiny old man with horns on his head. "Who are you?" asked Antony. "I am a corpse, one of those whom the heathen call satyrs, and by them were snared into idolatry." This is the Greek story (b) which makes both centaur and satyr unmistakably demons, one of which tries to terrify the saint, while the other acknowledges the overthrow of the gods. With St. Jerome the centaur may have been a demon; and may also have been "one of those monsters of which the desert is so prolific." At all events he tries to show the saint the way. As for the satyr he is a harmless little mortal deputed by his brethren to ask the saint's blessing. One asks, on the supposition that the Greek is the original, why St. Jerome changes devils into centaurs and satyrs. It is not surprising that stories of St. Anthony meeting fabulous beasts in his mysterious journey should spring up among people with whom belief in such creatures lingered on, as belief in fairies does to the present day. The stories of the meeting of St. Paul and St. Anthony, the raven who brought them bread, St. Anthony being sent to fetch the cloak given him by "Athanasius the bishop" to bury St. Paul's body in, St. Paul's death before he returned, the grave dug by lions, are among the familiar legends of the Life. It only remains to add that belief in the existence of St. Paul seems to have existed quite independently of the Life.

Sources

Besides the writings of BIDEZ and NAU, see BUTLER, Lausiac Hist., etc., pt. i, p. 285, where he critices Amélineau's view that the Coptic version published by him was the original (Amélineau's view seems to have found no supporters), and maintains the claim of the Latin. In Journ. of Theolog. Studies, III, 152, there is a notice concerning Bidez where Amélineau again expresses the same opinion; later in a notice concerning Nau (ibid., V, 151), while still inclining to his old opinion, he says that after reading Nau he is "unable to arrive at a decision." The BOLLANDISTS (I, Jan., 602) gave a Latin translation of a Greek version (the original will be found in Anact. Bol., XI, 563), maintaining it was the original. FUHRMANN in 1750 (Acta Sincera S. Pauli, etc.) published, as the original, another Greek version.

Bacchus, Francis Joseph. "St. Paul the Hermit." The Catholic Encyclopedia. Vol. 11. New York: Robert Appleton Company,1911. 7 Dec. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/11590b.htm>.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/11590b.htm

The Life of Paulus the First Hermit

The Life of Paulus was written in the year 374 or 375 during Jerome's stay in the desert of Syria, as is seen from c. 6, and was dedicated to Paulus of Concordia as stated in Jerome's Epistle x. c. 3.

1. It has been a subject of wide-spread and frequent discussion what monk was the first to give a signal example of the hermit life. For some going back too far have found a beginning in those holy men Elias and John, of whom the former seems to have been more than a monk and the latter to have begun to prophesy before his birth. Others, and their opinion is that commonly received, maintain that Antony was the originator of this mode of life, which view is partly true. Partly I say, for the fact is not so much that he preceded the rest as that they all derived from him the necessary stimulus. But it is asserted even at the present day by Amathas and Macarius, two of Antony's disciples, the former of whom laid his master in the grave, that a certain Paul of Thebes was the leader in the movement, though not the first to bear the name, and this opinion has my approval also. Some as they think fit circulate stories such as this— that he was a man living in an underground cave with flowing hair down to his feet, and invent many incredible tales which it would be useless to detail. Nor does the opinion of men who lie without any sense of shame seem worthy of refutation. So then inasmuch as both Greek and Roman writers have handed down careful accounts of Antony, I have determined to write a short history of Paul's early and latter days, more because the thing has been passed over than from confidence in my own ability. What his middle life was like, and what snares of Satan he experienced, no man, it is thought, has yet discovered.

2. During the persecutions of Decius and Valerian, when Cornelius at Rome and Cyprian at Carthage shed their blood in blessed martyrdom, many churches in Egypt and the Thebaid were laid waste by the fury of the storm. At that time the Christians would often pray that they might be smitten with the sword for the name of Christ. But the desire of the crafty foe was to slay the soul, not the body; and this he did by searching diligently for slow but deadly tortures. In the words of Cyprian himself who suffered at his hands: they who wished to die were not suffered to be slain. We give two illustrations, both as specially noteworthy and to make the cruelty of the enemy better known.

3. A martyr, steadfast in faith, who stood fast as a conqueror amidst the racks and burning plates, was ordered by him to be smeared with honey and to be made to lie under a blazing sun with his hands tied behind his back, so that he who had already surmounted the heat of the frying-pan might be vanquished by the stings of flies. Another who was in the bloom of youth was taken by his command to some delightful pleasure gardens, and there amid white lilies and blushing roses, close by a gently murmuring stream, while overhead the soft whisper of the wind played among the leaves of the trees, was laid upon a deep luxurious feather-bed, bound with fetters of sweet garlands to prevent his escape. When all had withdrawn from him a harlot of great beauty drew near and began with voluptuous embrace to throw her arms around his neck, and, wicked even to relate! To handle his person, so that when once the lusts of the flesh were roused, she might accomplish her licentious purpose. What to do, and whither to turn, the soldier of Christ knew not. Unconquered by tortures he was being overcome by pleasure. At last with an inspiration from heaven he bit off the end of his tongue and spat it in her face as she kissed him. Thus the sensations of lust were subdued by the intense pain which followed.

4. While such enormities were being perpetrated in the lower part of the Thebaid, Paul and his newly married sister were bereaved of both their parents, he being about sixteen years of age. He was heir to a rich inheritance, highly skilled in both Greek and Egyptian learning, gifted with a gentle disposition and a deep love for God. Amid the thunders of persecution he retired to a house at a considerable distance and in a more secluded spot. But to what crimes does not the accursed thirst for gold impel the human heart? His brother-in-law conceived the thought of betraying the youth whom he was bound to conceal. Neither a wife's tears which so often prevail, nor the ties of blood, nor the all-seeing eye of God above him could turn the traitor from his wickedness. He came, he was urgent, he acted with cruelty while seeming only to press the claims of affection.

5. The young man had the tact to understand this, and, conforming his will to the necessity, fled to the mountain wilds to wait for the end of the persecution. He began with easy stages, and repeated halts, to advance into the desert. At length he found a rocky mountain, at the foot of which, closed by a stone, was a cave of no great size. He removed the stone (so eager are men to learn what is hidden), made eager search, and saw within a large hall, open to the sky, but shaded by the wide-spread branches of an ancient palm. The tree, however, did not conceal a fountain of transparent clearness, the waters whereof no sooner gushed forth than the stream was swallowed up in a small opening of the same ground which gave it birth. There were besides in the mountain, which was full of cavities, many habitable places, in which were seen, now rough with rust, anvils and hammers for stamping money. The place, Egyptian writers relate, was a secret mint at the time of Antony's union with Cleopatra.

6. Accordingly, regarding his abode as a gift from God, he fell in love with it, and there in prayer and solitude spent all the rest of his life. The palm afforded him food and clothing. And, that no one may deem this impossible, I call to witness Jesus and His holy angels that I have seen and still see in that part of the desert which lies between Syria and the Saracens' country, monks of whom one was shut up for thirty years and lived on barley bread and muddy water, while another in an old cistern (called in the country dialect of Syria Gubba) kept himself alive on five dried figs a day. What I relate then is so strange that it will appear incredible to those who do not believe the words that all things are possible to him that believes.

7. But to return to the point at which I digressed. The blessed Paul had already lived on earth the life of heaven for a hundred and thirteen years, and Antony at the age of ninety was dwelling in another place of solitude (as he himself was wont to declare), when the thought occurred to the latter, that no monk more perfect than himself had settled in the desert. However, in the stillness of the night it was revealed to him that there was farther in the desert a much better man than he, and that he ought to go and visit him. So then at break of day the venerable old man, supporting and guiding his weak limbs with a staff, started to go: but what direction to choose he knew not. Scorching noontide came, with a broiling sun overhead, but still he did not suffer himself to be turned from the journey he had begun. Said he, I believe in my God: some time or other He will show me the fellow-servant whom He promised me. He said no more. All at once he beholds a creature of mingled shape, half horse half man, called by the poets Hippocentaur. At the sight of this he arms himself by making on his forehead the sign of salvation, and then exclaims, Holloa! Where in these parts is a servant of God living? The monster after gnashing out some kind of outlandish utterance, in words broken rather than spoken through his bristling lips, at length finds a friendly mode of communication, and extending his right hand points out the way desired. Then with swift flight he crosses the spreading plain and vanishes from the sight of his wondering companion. But whether the devil took this shape to terrify him, or whether it be that the desert which is known to abound in monstrous animals engenders that kind of creature also, we cannot decide.

8. Antony was amazed, and thinking over what he had seen went on his way. Before long in a small rocky valley shut in on all sides he sees a mannikin with hooked snout, horned forehead, and extremities like goats' feet. When he saw this, Antony like a good soldier seized the shield of faith and the helmet of hope: the creature none the less began to offer to him the fruit of the palm-trees to support him on his journey and as it were pledges of peace. Antony perceiving this stopped and asked who he was. The answer he received from him was this: I am a mortal being and one of those inhabitants of the desert whom the Gentiles deluded by various forms of error worship under the names of Fauns, Satyrs, and Incubi. I am sent to represent my tribe. We pray you in our behalf to entreat the favour of your Lord and ours, who, we have learned, came once to save the world, and 'whose sound has gone forth into all the earth.' As he uttered such words as these, the aged traveller's cheeks streamed with tears, the marks of his deep feeling, which he shed in the fullness of his joy. He rejoiced over the Glory of Christ and the destruction of Satan, and marvelling all the while that he could understand the Satyr's language, and striking the ground with his staff, he said, Woe to you, Alexandria, who instead of God worshippest monsters! Woe to you, harlot city, into which have flowed together the demons of the whole world! What will you say now? Beasts speak of Christ, and you instead of God worship monsters. He had not finished speaking when, as if on wings, the wild creature fled away. Let no one scruple to believe this incident; its truth is supported by what took place when Constantine was on the throne, a matter of which the whole world was witness. For a man of that kind was brought alive to Alexandria and shown as a wonderful sight to the people. Afterwards his lifeless body, to prevent its decay through the summer heat, was preserved in salt and brought to Antioch that the Emperor might see it.

9. To pursue my proposed story. Antony traversed the region on which he had entered, seeing only the traces of wild beasts, and the wide waste of the desert. What to do, whither to wend his way, he knew not. Another day had now passed. One thing alone was left him, his confident belief that he could not be forsaken by Christ. The darkness of the second night he wore away in prayer. While it was still twilight, he saw not far away a she-wolf gasping with parching thirst and creeping to the foot of the mountain. He followed it with his eyes; and after the beast had disappeared in a cave he drew near and began to look within. His curiosity profited nothing: the darkness hindered vision. But, as the Scripture says, perfect love casts out fear. With halting step and bated breath he entered, carefully feeling his way; he advanced little by little and repeatedly listened for the sound. At length through the fearful midnight darkness a light appeared in the distance. In his eager haste he struck his foot against a stone and roused the echoes; whereupon the blessed Paul closed the open door and made it fast with a bar. Then Antony sank to the ground at the entrance and until the sixth hour or later craved admission, saying, Who I am, whence, and why I have come, you know. I know I am not worthy to look upon you: yet unless I see you I will not go away. You welcome beasts: why not a man? I asked and I have found: I knock that it may be opened to me. But if I do not succeed, I will die here on your threshold. You will surely bury me when I am dead.

Such was his constant cry: unmoved he stood.
To whom the hero thus brief answer made


Prayers like these do not mean threats; there is no trickery in tears. Are you surprised at my not welcoming you when you have come here to die? Thus with smiles Paul gave him access, and, the door being opened, they threw themselves into each other's arms, greeted one another by name, and joined in thanksgiving to God.

10. After the sacred kiss Paul sat down and thus began to address Antony. Behold the man whom you have sought with so much toil, his limbs decayed with age, his gray hairs unkempt. You see before you a man who ere long will be dust. But love endures all things. Tell me therefore, I pray you, how fares the human race? Are new homes springing up in the ancient cities? What government directs the world? Are there still some remaining for the demons to carry away by their delusions? Thus conversing they noticed with wonder a raven which had settled on the bough of a tree, and was then flying gently down till it came and laid a whole loaf of bread before them. They were astonished, and when it had gone, See, said Paul, the Lord truly loving, truly merciful, has sent us a meal. For the last sixty years I have always received half a loaf: but at your coming Christ has doubled his soldier's rations.

11. Accordingly, having returned thanks to the Lord, they sat down together on the brink of the glassy spring. At this point a dispute arose as to who should break the bread, and nearly the whole day until eventide was spent in the discussion. Paul urged in support of his view the rites of hospitality, Antony pleaded age. At length it was arranged that each should seize the loaf on the side nearest to himself, pull towards him, and keep for his own the part left in his hands. Then on hands and knees they drank a little water from the spring, and offering to God the sacrifice of praise passed the night in vigil. At the return of day the blessed Paul thus spoke to Antony: I knew long since, brother, that you were dwelling in those parts: long ago God promised you to me for a fellow-servant; but the time of my falling asleep now draws near; I have always longed to be dissolved and to be with Christ; my course is finished, and there remains for me a crown of righteousness. Therefore you have been sent by the Lord to lay my poor body in the ground, yea to return earth to earth.

12. On hearing this Antony with tears and groans began to pray that he would not desert him, but would take him for a companion on that journey. His friend replied: You ought not to seek your own, but another man's good. It is expedient for you to lay aside the burden of the flesh and to follow the Lamb; but it is expedient for the rest of the brethren to be trained by your example. Wherefore be so good as to go and fetch the cloak Bishop Athanasius gave you, to wrap my poor body in. The blessed Paul asked this favour not because he cared much whether his corpse when it decayed were clothed or naked (why should he indeed, when he had so long worn a garment of palm-leaves stitched together?); but that he might soften his friend's regrets at his decease. Antony was astonished to find Paul had heard of Athanasius and his cloak; and, seeing as it were Christ Himself in him, he mentally worshipped God without venturing to add a single word; then silently weeping he once more kissed his eyes and hands, and set out on his return to the monastery which was afterwards seized by the Saracens. His steps lagged behind his will. Yet, exhausted as he was with fasting and broken by age, his courage proved victorious over his years.

13. At last wearied and panting for breath he completed his journey and reached his little dwelling. Here he was met by two disciples who had begun to wait upon him in his advanced age. Said they, Where have you stayed so long, father? He replied, Woe to me a sinner! I do not deserve the name of monk. I have seen Elias, I have seen John in the desert, and I have really seen Paul in Paradise. He then closed his lips, beat upon his breast, and brought out the cloak from his cell. When his disciples asked him to explain the matter somewhat more fully he said, There is a time to keep silence, and a time to speak. Ecclesiastes 3:7

14. He then went out, and without taking so much as a morsel of food returned the same way he came, longing for him alone, thirsting to see him, having eyes and thought for none but him. For he was afraid, and the event proved his anticipations correct, that in his absence his friend might yield up his spirit to Christ. And now another day had dawned and a three hours' journey still remained, when he saw Paul in robes of snowy white ascending on high among the bands of angels, and the choirs of prophets and apostles. Immediately he fell on his face, and threw the coarse sand upon his head, weeping and wailing as he cried, Why do you cast me from you, Paul? Why go without one farewell? Have you made yourself known so late only to depart so soon?

15. The blessed Antony used afterwards to relate that he traversed the rest of the distance at such speed that he flew along like a bird; and not without reason: for on entering the cave he saw the lifeless body in a kneeling attitude, with head erect and hands uplifted. The first thing he did, supposing him to be alive, was to pray by his side. But when he did not hear the sighs which usually come from one in prayer, he fell to kisses and tears, and he then understood that even the dead body of the saint with duteous gestures was praying to God unto whom all things live.

16. Then having wrapped up the body and carried it forth, all the while chanting hymns and psalms according to the Christian tradition, Antony began to lament that he had no implement for digging the ground. So in a surging sea of thought and pondering many plans he said: If I return to the monastery, there is a four days' journey: if I stay here I shall do no good. I will die then, as is fitting, beside Your warrior, O Christ, and will quickly breathe my last breath. While he turned these things over in his mind, behold, two lions from the recesses of the desert with manes flying on their necks came rushing along. At first he was horrified at the sight, but again turning his thoughts to God, he waited without alarm, as though they were doves that he saw. They came straight to the corpse of the blessed old man and there stopped, fawned upon it and lay down at its feet, roaring aloud as if to make it known that they were mourning in the only way possible to them. Then they began to paw the ground close by, and vie with one another in excavating the sand, until they dug out a place just large enough to hold a man. And immediately, as if demanding a reward for their work, pricking up their ears while they lowered their heads, they came to Antony and began to lick his hands and feet. He perceived that they were begging a blessing from him, and at once with an outburst of praise to Christ that even dumb animals felt His divinity, he said, Lord, without whose command not a leaf drops from the tree, not a sparrow falls to the ground, grant them what you know to be best. Then he waved his hand and bade them depart. When they had gone he bent his aged shoulders beneath the burden of the saint's body, laid it in the grave, covered it with the excavated soil, and raised over it the customary mound. Another day dawned, and then, that the affectionate heir might not be without something belonging to the intestate dead, he took for himself the tunic which after the manner of wicker-work the saint had woven out of palm-leaves. And so returning to the monastery he unfolded everything in order to his disciples, and on the feast-days of Easter and Pentecost he always wore Paul's tunic.

17. I may be permitted at the end of this little treatise to ask those who do not know the extent of their possessions, who adorn their homes with marble, who string house to house and field to field, what did this old man in his nakedness ever lack? Your drinking vessels are of precious stones; he satisfied his thirst with the hollow of his hand. Your tunics are of wrought gold; he had not the raiment of the meanest of your slaves. But on the other hand, poor though he was, Paradise is open to him; you with all your gold will be received into Gehenna. He though naked yet kept the robe of Christ; you, clad in your silks, have lost the vesture of Christ. Paul lies covered with worthless dust, but will rise again to glory; over you are raised costly tombs, but both you and your wealth are doomed to the burning. Have a care, I pray you, at least have a care for the riches you love. Why are even the grave-clothes of your dead made of gold? Why does not your vaunting cease even amid mourning and tears? Cannot the carcasses of rich men decay except in silk?

18. I beseech you, reader, whoever you may be, to remember Jerome the sinner. He, if God would give him his choice, would much sooner take Paul's tunic with his merits, than the purple of kings with their punishment.


Translated by W.H. Fremantle, G. Lewis and W.G. Martley. From Nicene and Post-Nicene Fathers, Second Series, Vol. 6. Edited by Philip Schaff and Henry Wace. (Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1893.) Revised and edited for New Advent by Kevin Knight. <http://www.newadvent.org/fathers/3008.htm>.




St. Paul the Hermit

St. Paul the Hermit was reportedly born in Egypt, where he was orphaned by age 15. He was also a learned and devout young man. During the persecution of Decius in Egypt in the year 250, Paul was forced to hide in the home of a friend. Fearing a brother-in-law would betray him, he fled in a cave in the desert. His plan was to return once the persecution ended, but the sweetness of solitude and heavenly contemplation convinced him to stay.

He went on to live in that cave for the next 90 years. A nearby spring gave him drink, a palm tree furnished him clothing and nourishment. After 21 years of solitude a bird began bringing him half of a loaf of bread each day. Without knowing what was happening in the world, Paul prayed that the world would become a better place.

St. Anthony attests to his holy life and death. Tempted by the thought that no one had served God in the wilderness longer than he, Anthony was led by God to find Paul and acknowledge him as a man more perfect than himself. The raven that day brought a whole loaf of bread instead of the usual half. As Paul predicted, Anthony would return to bury his new friend.

Thought to have been about 112 when he died, Paul is known as the “First Hermit.” His feast day is celebrated in the East; he is also commemorated in the Coptic and Armenian rites of the Mass.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-paul-the-hermit/


St. Paul, the First Hermit

From his life, compiled by St. Jerom, in 365. Pope Gelasius I. in his learned Roman council, in 494, commends this authentic history. St. Paul is also mentioned by Cassian, St. Fulgentius, Sulpitius Severus, Sidonius, Paulinus, in the life of St. Ambrose, &c. St. Jerom received this account from two disciples of St. Antony, Amathas and Macarius. St. Athanasius says, that he only wrote what he had heard from St. Antony’s own mouth, or from his disciples, and desires others to add what they knew concerning his actions. On the various readings and MS. copies of this life, see the disquisition of F. Jer. de Prato, an oratorian of Verona, in his new edition of the works of Sulpitius Severus, t. 1. app. 2. p. 403. The Greek history of Saint Paul the hermit, which Bollandus imagines Saint Jerom to have followed, is evidently posterior; and borrows from him, as Jos. Assemani shows. Comm. in Calend. Univ. t. 6. p. 82. See Gudij Epistolæ, p. 278.

A.D. 342.

ELIAS and St. John the baptist sanctified the deserts, and Jesus Christ himself was a model of the eremitical state during his forty day’s fast in the wilderness; neither is it to be questioned that the Holy Ghost conducted the saint of this day, though young, into the desert, and was to him an instructor there: but it is no less certain, that an entire solitude and total sequestration of one’s self from human society, is one of those extraordinary ways by which God leads souls to himself, and is more worthy of our admiration, than calculated for imitation and practice; it is a state which ought only to be embraced by such as are already well experienced in the practices of virtue and contemplation, and who can resist sloth and other temptations, lest instead of being a help, it prove a snare and stumbling-block in their way to heaven.

This saint was a native of the Lower Thebais in Egypt, and had lost both his parents when he was but fifteen years of age: nevertheless he was a great proficient in Greek and Egyptian learning, was mild and modest, and feared God from his earliest youth. The bloody persecution of Decius disturbed the peace of the church in 250; gad what was most dreadful, Satan by his ministers, sought not so much to kill the bodies, as by subtle artifices and tedious tortures to destroy the souls of men. Two instances are sufficient to show his malice in this respect: A soldier of Christ, who had already triumphed over the racks and tortures, had his whole body rubbed over with honey, and was then laid on his back in the sun, with his hands tied behind him, that the flies and wasps, which are quite intolerable in hot countries, might torment and gall him with their stings. Another was bound with silk cords on a bed of down, in a delightful garden, where a lascivious woman was employed to entice him to sin; the martyr, sensible of his danger, bit off part of his tongue and spit it in her face, that the horror of such an action might put her to flight, and the smart occasioned by it be a means to prevent, in his own heart, any manner of consent to carnal pleasure. During these times of danger, Paul kept himself concealed in the house of another; but finding that a brother-in-law was inclined to betray him, that he might enjoy his estate, he fled into the deserts. There he found many spacious caverns in a rock, which were said to have been the retreat of money-coiners in the days of Cleopatra, queen of Egypt. He chose for his dwelling a cave in this place, near which were a palm-tree 1 and a clear spring; the former by its leaves furnished him with raiment, and by its fruit with food; and the latter supplied him with water for his drink.

  Paul was twenty-two years old when he entered the desert. His first intention was to enjoy the liberty of serving God till the persecution should cease; but relishing the sweets of heavenly contemplation and penance, and learning the spiritual advantages of holy solitude, he resolved to return no more among men, or concern himself in the least with human affairs, and what passed in the world: it was enough for him to know that there was a world, and to pray that it might be improved in goodness. The saint lived on the fruit of his tree till he was forty-three years of age, and from that time till his death, like Elias, he was miraculously fed with bread brought him every day by a raven. His method of life, and what he did in this place during ninety years, is unknown to us: but God was pleased to make his servant known a little before his death.

The great St. Antony, who was then ninety years of age, was tempted to vanity, as if no one had served God so long in the wilderness as he had done, imagining himself also to be the first example of a life so recluse from human conversation: but the contrary was discovered to him in a dream, the night following, and the saint was at the same time commanded, by Almighty God, to set out forthwith in quest of a perfect servant of his, concealed in the more remote parts of those deserts. The holy old man set out the next morning in search of the unknown hermit. St. Jerom relates from his authors, that he met a centaur, or creature not with the nature and properties, but with something of the mixed shape of man and horse, 2 and that this monster, or phantom of the devil, (St. Jerom pretends not to determine which it was,) upon his making the sign of the cross, fled away, after having pointed out the way to the saint. Our author adds, that St. Antony soon after met a satyr, 3 who gave him to understand that he was an inhabitant of those deserts, and one of that sort whom the deluded Gentiles adored for gods. Saint Antony, after two days and a night spent in the search, discovered the saint’s abode by a light that was in it, which he made up to. Having long begged admittance at the door of his cell, St. Paul at last opened it with a smile: they embraced, called each other by their names, which they knew by divine revelation. St. Paul then inquired whether idolatry still reigned in the world? While they were discoursing together, a raven flew towards them, and dropped a loaf of bread before them. Upon which St. Paul said, “Our good God has sent us a dinner. In this manner have I received half a loaf every day these sixty years past; now you are come to see me, Christ has doubled his provision for his servants.” Having given thanks to God, they both sat down by the fountain; but a little contest arose between them who should break the bread; St. Antony alleged St. Paul’s greater age, and St. Paul pleaded that Antony was the stranger; both agreed at last to take up their parts together. Having refreshed themselves at the spring, they spent the night in prayer. The next morning St. Paul told his guest that the time of his death approached, and that he was sent to bury him, adding, “Go and fetch the cloak given you by St. Athanasius, bishop of Alexandria, in which I desire you to wrap my body.” This he might say with the intent of being left alone in prayer, whilst he expected to be called out of this world; as also that he might testify his veneration for St. Athanasius, and his high regard for the faith and communion of the Catholic church, on account of which that holy bishop was then a great sufferer. St. Antony was surprised to hear him mention the cloak, which he could not have known but by divine revelation. Whatever was his motive for desiring to be buried in it, St. Antony acquiesced to what was asked of him: so, after mutual embraces, he hastened to his monastery to comply with St. Paul’s request. He told his monks that he, a sinner, falsely bore the name of a servant of God; but that he had seen Elias and John the Baptist in the wilderness, even Paul in Paradise. Having taken the cloak, he returned with it in all haste, fearing lest the holy hermit might be dead, as it happened. Whilst on his road, he saw his happy soul carried up to heaven, attended by choirs of angels, prophets, and apostles. St. Antony, though he rejoiced on St. Paul’s account, could not help lamenting on his own, for having lost a treasure so lately discovered. As soon as his sorrow would permit, he arose, pursued his journey, and came to the cave. Going in, he found the body kneeling, and the hands stretched out. Full of joy, and supposing him yet alive, he knelt down to pray with him, but by his silence soon perceived he was dead. Having paid his last respects to the holy corpse, he carried it out of the cave. Whilst he stood perplexed how to dig a grave, two lions came up quietly, and as it were mourning; and tearing up the ground, made a hole large enough for the reception of a human body. St. Antony then buried the corpse, singing hymns and psalms, according to what was usual and appointed by the church on that occasion. After this he returned home praising God, and related to his monks what he had seen and done. He always kept as a great treasure, and wore himself on great festivals, the garment of St. Paul, of palm-tree leaves patched together. St. Paul died in the year of our Lord, 342, the hundred and thirteenth year of his age, and the ninetieth of his solitude, and is usually called the first hermit, to distinguish him from others of that name. The body of this saint is said to have been conveyed to Constantinople, by the emperor Michael Comnenus, in the twelfth century, and from thence to Venice in 1240. 4 Lewis I. King of Hungary, procured it from that republic, and deposited it at Buda, where a congregation of hermits under his name, which still subsists in Hungary, Poland, and Austria, was instituted by blessed Eusebius of Strigonium, a nobleman, who, having distributed his whole estate among the poor, retired into the forests; and being followed by others, built the monastery of Pisilia, under the rule of the regular canons of St. Austin. He died in that house, January the 20th, 1270.

St. Paul, the hermit, is commemorated in several ancient western Martyrologies on the 10th of January, but in the Roman on the 15th, on which he is honoured in the anthologium of the Greeks.

An eminent contemplative draws the following portraiture of this great model of an eremitical life; 5 St. Paul, the hermit, not being called by God to the external duties of an active life, remained alone, conversing only with God, in a vast wilderness, for the space of nearly a hundred years, ignorant of all that passed in the world, both the progress of sciences, the establishment of religion, and the revolutions of states and empires; indifferent even as to those things without which he could not live, as the air which he breathed, the water he drank, and the miraculous bread with which he supported life. What did he do? say the inhabitants of this busy world, who think they could not live without being in a perpetual hurry of restless projects; what was his employment all this while? Alas! ought we not rather to put this question to them; what are you doing whilst you are not taken up in doing the will of God, which occupies the heavens and the earth in all their motions? Do you call that doing nothing which is the great end God proposed to himself in giving us a being, that is, to be employed in contemplating, adoring, and praising him? Is it to be idle and useless in the world, to be entirely taken up in that which is the eternal occupation of God himself, and of the blessed inhabitants of heaven? What employment is better, more just, more sublime, or more advantageous than this, when done in suitable circumstances? To be employed in any thing else, how great or noble soever it may appear in the eyes of men, unless it be referred to God, and be the accomplishment of his holy will, who in all our actions demands our heart more than our hand, what is it, but to turn ourselves away from our end, to lose our time, and voluntarily to return again to that state of nothing out of which we were formed, or rather into a far worse state?

Note 1. Pliny recounts thirty-nine different sorts of Palm-trees, and says that the best grow in Egypt, which are ever green, have leaves thick enough to make ropes, and a fruit which serves in some places to make bread. [back]

Note 2. Pliny, l. 7. c. 3. and others, assure us that such monsters have been seen. Consult the note of Rosweide. [back]

Note 3. The heathens might feign their gods of the woods, from certain monsters sometimes seen. Plutarch, in his life of Sylla, says, that a satyr was brought to that general at Athens; and St. Jerom tells us, that one was shown alive at Alexandria, and after its death was salted and embalmed, and sent to Antioch, that Constantine the Great might see it. [back]

Note 4. See the whole history of this translation, published from an original MS. by F. Gamans, a Jesuit, inserted by Bollandus in his collection. [back]

Note 5. F. Ambrose de Lombez, Capuchin, Tr. de la Paix Intérieure (Paris, 1758.) p. 372. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume I: January. The Lives of the Saints.  1866.