vendredi 25 janvier 2013

LA CONVERSION DE SAINT PAUL


LA CONVERSION DE SAINT PAUL

1 Cependant Saul, respirant encore la menace et le meurtre contre les

disciples du Seigneur, alla trouver le grand prêtre

2 et lui demanda des lettres pour Damas, à l'adresse des synagogues, afin

que s'il trouvait des gens de la secte, hommes et femmes, il les amenât

enchaînés à Jérusalem.

3 Or, comme il était en chemin, alors qu'il approchait de Damas, tout à coup

une lumière (venant) du ciel resplendit autour de lui.

4 Il tomba à terre et entendit une voix qui lui disait : " Saul, Saul, pourquoi

me persécutes-tu? "

5 Il dit : " Qui êtes-vous, Seigneur? " Et lui : " Je suis Jésus que tu

persécutes.

6 Mais lève-toi et entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. "

7 Or les hommes qui faisaient route avec lui étaient demeurés saisis de

stupeur, entendant bien la voix, mais ne voyant personne.

8 Saul se releva de terre et, bien que ses yeux fussent ouverts, il ne voyait

rien. En le conduisant par la main, on le fit entrer à Damas.

9 Et il fut trois jours sans voir et sans prendre ni nourriture ni boisson.

10 Or il y avait à Damas un disciple nommé Ananie, et le Seigneur lui dit dans

une vision : " Ananie ! " Il dit : " Me voici, Seigneur. "

11 Et le Seigneur lui (dit) : " Lève-toi, va dans la rue qu'on appelle la Droite,

et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul de Tarse. Car le voilà qui

prie,

12 et il a vu dans une vision un homme nommé Ananie, qui entrait et lui

imposait les mains afin qu'il recouvrât la vue. "

13 Ananie répondit : " Seigneur, j'ai appris de plusieurs sur cet homme

combien de mal il a fait à vos saints dans Jérusalem.

14 Et il a ici, de la part des grands prêtres, plein pouvoir pour enchaîner tous

ceux qui invoquent votre nom. "

15 Mais le Seigneur lui dit : " Va, car cet homme est un instrument que j'ai

choisi pour porter mon nom devant les nations, les rois et les enfants

d'Israël;

16 je lui montrerai en effet tout ce qu'il doit souffrir pour mon nom. "

17 Ananie s'en alla, entra dans la maison, lui imposa les mains et dit : " Saul,

mon frère, le Seigneur Jésus qui t'est apparu sur le chemin par lequel tu

venais, m'a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de

l'Esprit-Saint. "

18 Et aussitôt il lui tomba des yeux comme des écailles, et il recouvra la vue.

Il se leva et fut baptisé;

19 et après qu'il eut pris de la nourriture, il reprit force.

Il passa quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas;

20 et aussitôt il prêchait dans les synagogues que Jésus est le Fils de Dieu.

21 Tous ceux qui (l')entendaient étaient stupéfaits et disaient : " N'est-ce

pas lui qui pourchassait à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom, et n'est-il pas

venu ici pour les conduire enchaînés aux grands prêtres? "

22 Cependant Saul se fortifiait de plus en plus (dans la foi) et il confondait

les Juifs qui habitaient à Damas, (leur) démontrant que (Jésus) était le

Christ.

23 Après un temps assez considérable, les Juifs se concertèrent pour le

tuer,

24 mais leur complot parvint à la connaissance de Saul. Ils gardaient aussi les

portes jour et nuit, afin de la tuer.

25 Mais ses disciples le prirent de nuit et le firent descendre par la muraille

dans une corbeille.

26 Or, arrivé à Jérusalem, il cherchait à se joindre aux disciples, et tous le

redoutaient, ne croyant pas qu'il fût un disciple.

27 Mais Barnabé, l'ayant pris, le mena aux apôtres et leur raconta comment

sur le chemin (Saul) avait vu le Seigneur et qu'il lui avait parlé, et comment, à

Damas, il avait parlé avec assurance au nom de Jésus.

28 Et (Saul) était avec eux, allant et venant dans Jérusalem, et il parlait

avec assurance au nom du Seigneur.

29 Il s'adressait aussi aux Hellénistes, disputant avec (eux); mais ceux-ci

cherchaient à le mettre à mort.

30 Les frères, l'ayant appris, l'emmenèrent à Césarée et le firent partir pour

Tarse.

31 L'Eglise était en paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie,

s'édifiant et marchant dans la crainte du Seigneur, et elle croissait par

l'assistance du Saint-Esprit.

ACTES DES APÔTRES, IX : 1-31


1 " Frères et pères, écoutez ce que j'ai maintenant à vous dire pour ma

défense. "

2 Entendant qu'il leur adressait la parole en langue hébraïque, ils firent

encore plus silence. Et il dit :

3 " Je suis Juif, né à Tarse de Cilicie; mais j'ai été élevé dans cette ville-ci et

instruit aux pieds de Gamaliel exactement selon la Loi de nos pères, zélateur

de Dieu comme vous l'êtes tous aujourd'hui.

4 J'ai persécuté cette secte jusqu'à la mort, chargeant de chaînes et jetant

en prison hommes et femmes,

5 comme le grand prêtre même m'en rend témoignage, ainsi que tout le collège

des Anciens. Ayant même reçu d'eux des lettres pour les frères, je m'en allais

à Damas pour amener aussi enchaînés à Jérusalem ceux qui se trouvaient là,

afin qu'ils fussent punis.

6 Or, il m'arriva, comme j'étais en chemin et que j'approchais de Damas, que

tout à coup, vers midi, une vive lumière venant du ciel resplendit autour de moi.

7 Je tombai sur le sol et j'entendis une voix qui me disait : " Saul, Saul,

pourquoi me persécutes-tu? "

8 Je répondis : " Qui êtes-vous, Seigneur? " Et il me dit : " Je suis Jésus de

Nazareth, que tu persécutes. "

9 Ceux qui étaient avec moi virent bien la lumière, mais ils n'entendirent pas la

voix de celui qui me parlait.

10 Alors je dis : " Qu'ai-je à faire, Seigneur? " Et le Seigneur me dit :

" Lève-toi, va à Damas, et là on te dira tout ce qu'il t'est prescrit de faire. "

11 Et comme par suite de l'éclat de cette lumière je ne voyais plus, ceux qui

étaient avec moi me conduisirent par la main, et j'arrivai à Damas.

12 Or un certain Ananie, homme pieux selon la Loi, à qui tous les Juifs habitant

(Damas) rendaient bon témoignage,

13 vint à moi et, se tenant près de moi, me dit : " Saul, mon frère, recouvre la

vue. " Et au même instant je le regardai.

14 Et il dit : " Le Dieu de nos pères t'a prédestiné à connaître sa volonté, à

voir le Juste et entendre les paroles de sa bouche,

15 parce que pour lui tu seras témoin, auprès de tous les hommes, des choses

que tu as vues et entendues.

16 Et maintenant pourquoi tarder? Lève-toi, fais-toi baptiser et purifie-toi de

tes péchés en invoquant son nom. "

17 De retour à Jérusalem, comme je priais dans le temple, il m'arriva d'être en

extase,

18 et je vis (le Seigneur) qui me disait : " Hâte-toi et sors au plus tôt de

Jérusalem, parce qu'on n'y recevra pas ton témoignage sur moi. "

19 Et je dis : " Seigneur, ils savent eux-mêmes que je faisais mettre en prison

et battre de verges dans les synagogues ceux qui croyaient en vous;

20 et lorsqu'on répandit le sang d'Etienne, votre témoin, j'étais moi-même

présent, approuvant et gardant les vêtements de ceux qui le tuaient. "

21 Et il me dit : " Va, parce que c'est aux nations lointaines que je vais

t'envoyer. "

22 (Les Juifs) l'avaient écouté jusqu'à ces mots; mais ils élevèrent la voix,

disant : " Ote de la terre un pareil (homme), car il n'est pas digne de vivre. "

23 Et comme ils poussaient de grands cris, jetaient leurs manteaux et

lançaient de la poussière en l'air,

24 le tribun ordonna de le faire entrer dans la forteresse et dit de lui donner

la question par le fouet, afin de savoir pour quel motif ils criaient ainsi contre

lui.

25 Mais comme on l'étendait pour la flagellation, Paul dit au centurion qui

était là : " Vous est-il permis d'appliquer le fouet à un citoyen romain, qui

n'est pas même condamné? "

26 Ayant entendu cela, le centurion alla le rapporter au tribun, disant : " Que

vas-tu faire? Car cet homme est Romain. "

27 Le tribun vin et dit à Paul : " Dis-moi, es-tu Romain? " Et il dit : " Oui. "

28 Et le tribun repris : " Moi, j'ai acheté bien cher ce droit de cité. " Et Paul

dit : " Mais moi, je l'ai de naissance. "

29 Aussitôt donc ceux qui allaient lui donner la question se retirèrent

d'auprès de lui, et le tribun aussi eut peur, quand il sut qu'il était Romain,

parce qu'il l'avait fait lier.

30 Le lendemain, voulant savoir exactement de quoi les Juifs l'accusaient (le

tribun) lui fit ôter ses liens, et il donna l'ordre aux grands prêtres et à tout le

Sanhédrin de se réunir; puis, ayant fait descendre Paul, il le plaça au milieu

d'eux.

ACTES DES APÔTRES, XXII : 1-30


1 Je vous rappelle, frères, l'Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez

reçu, dans lequel vous avez persévéré,

2 et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l'ai

annoncé; à moins que vous n'ayez cru en vain.

3 Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'ai appris moi-même, que le Christ

est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures;

4 qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour, conformément

aux Ecritures;

5 et qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze.

6 Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont

la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis.

7 Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.

8 Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi, comme à l'avorton.

9 Car je suis le moindre des Apôtres, moi qui ne suis pas digne d'être appelé

apôtre, parce que j'ai persécuté l'Eglise de Dieu.

10 C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi

n'a pas été vaine; loin de là, j'ai travaillé plus qu'eux tous, non pas moi

pourtant, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.

11 Ainsi donc, soit moi, soit eux, voilà ce que nous prêchons, et voilà ce que

vous avez cru.

Saint PAUL, Première épitre aux Corinthiens, XV : 1-11


11 Je vous le déclare, en effet, frères, l'Evangile que j'ai prêché n'est pas de

l'homme;

12 car ce n'est pas d'un homme que je l'ai reçu ni appris, mais par une

révélation de Jésus-Christ.

13 Vous avez, en effet, entendu parler de ma conduite, quand j'étais dans le

judaïsme; comment je persécutais à outrance et ravageais l'Eglise de Dieu,

14 et comment je surpassais dans le judaïsme beaucoup de ceux de mon âge et

de ma nation, étant à l'excès partisan jaloux des traditions de mes pères.

15 Mais, lorsqu'il plut à celui qui m'avait mis à part dès le sein de ma mère, et

qui m'a appelé par sa grâce,

16 de révéler en moi son Fils, afin que je l'annonce parmi les Gentils,

sur-le-champ, sans consulter ni la chair ni le sang,

17 sans monter à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant moi, je partis

pour l'Arabie; puis je revins encore à Damas.

Saint PAUL, Épitre aux Galates, I : 1-17

La Conversion de saint Paul

34 ou 35

Saint Paul était Juif, de la tribu de Benjamin; il naquit à Tarse, en Cilicie, dont les habitants étaient considérés comme citoyens romains. Il reçut une instruction fort soignée et devint, jeune encore, l'un des membres les plus distingués de la secte des Pharisiens. Son attachement aux traditions de ses pères, sa haine contre les chrétiens, sa présence au supplice de saint Étienne, son acharnement à poursuivre les disciples de Jésus-Christ, à les traîner en prison, à les battre de verges, ont poussé les interprètes de l'Écriture à voir en lui la réalisation de la prophétie de Jacob, concernant son fils Benjamin: "Benjamin est un loup ravisseur." Mais une hymne chrétienne a heureusement complété l'application de la prophétie, en disant: "Le loup ravisseur s'est changé en agneau."

Saul (c'était le premier nom du grand Apôtre) approchait de Damas, où il allait persécuter les chrétiens, accompagné de soldats et d'émissaires de la synagogue de Jérusalem, quand tout à coup il est renversé de son cheval et couché à terre par une force invisible. Une éblouissante clarté l'environne et une voix lui dit: "Saul, pourquoi Me persécutez-vous? - Qui êtes-Vous, Seigneur? -- Je suis Jésus, que vous persécutez. -- Seigneur, que voulez-Vous que je fasse? -- Levez-vous, entrez dans la ville, et là vous apprendrez ce que vous devez faire."

Saul était devenu aveugle; ses compagnons le conduisirent à Damas. Un serviteur de Dieu, nommé Ananias, averti en songe, alla le trouver, lui rendit la vue et lui conféra le baptême. Dès lors, Saul, devenu Paul, n'est pas seulement un converti, un chrétien, c'est un apôtre, c'est l'Apôtre par excellence, qui étonnera le monde et fera l'admiration des siècles par ses écrits sublimes et inspirés, par ses saintes audaces, ses travaux, les merveilles de son apostolat et la gloire de son martyre.

Que de leçons dans cette conversion étrange et foudroyante! Nous y voyons la puissance toute divine de la grâce à laquelle rien ne résiste; la sagesse de Dieu qui se plaît à confondre la fausse sagesse du monde; la miséricorde inénarrable du Seigneur, qui ne rebute personne et peut faire du plus grand des pécheurs le plus insigne des saints. Ne désespérons jamais du salut de personne, tout est possible à la prière et à la grâce. Nous ne comprendrons bien qu'au Ciel quelle a été l'influence de la prière dans le monde et combien de pécheurs devront leur salut à l'intercession des justes. Saint Augustin a dit fort justement: "Si Étienne n'avait pas prié, nous n'aurions pas saint Paul!"

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950



Conversion de St Paul

Evêque et docteur de l'Eglise

Sur la route de Damas, à la tête d’une troupe de fanatiques, chemine un homme de trente ans, qu’on appelle alors Saul (plus exactement Shaoul). Juif de race, grec de fréquentation, et politiquement romain, il a bénéficié de trois cultures, il connait le grec, l'araméen et l’hébreu. Il revendique une double citoyenneté, celle de Tarse1 et celle de Rome. A Tarse, sa ville natale, il n’a fréquenté que les écoles de grammaire, puis il est allé chercher à Jérusalem sa culture supérieure à l’école de Gamaliel2. Moins tolérant que son maître il s’est vite mué en persécuteur des chrétiens. On le voit garder les vêtements de ceux qui lapident Etienne, ravager l’Eglise de Jérusalem et obtenir un mandat officiel pour engager des poursuites contre les chrétiens de Damas.

Avant de parvenir à Damas, Saul rencontre le Christ et sa destinée en est toute changée. De ce grand événement, nous possédons trois récits inspirés : saint Paul rapporte lui-même les faits dans son discours apologétique aux Juifs de Jérusalem et dans son éloquente plaidoirie devant le roi Agrippa ; saint Luc raconte cet épisode au début des Actes des Apôtres.

Ainsi, Saul voit apparaître dans la gloire le Christ ressuscité. Saul n’est pas un incroyant qui découvre Dieu, ni un pécheur qui veut se libérer de ses fautes, de ses négligences ou de son indifférence. S'il se convertit, c’est plus par un dépassement de sa foi première que par une répudiation de ses erreurs, qu’un retour à l'innocence perdue. Il croyait à la Loi et aux prophètes, il croyait que les promesses divines se réaliseraient et que le Messie viendrait. Dans sa conversion, il apprend et accepte, pour en faire la règle de sa vie, que Alais il ne croyait pas en Jésus! Il n'avait pas saisi que Jésus est le véritable accomplissement des prophéties, le propre Fils de Dieu, le Sauveur du monde, le ressuscité du matin de Pâques. Passer du judaïsme au christianisme n’était donc pas renier le passé religieux d’Israël mais le retrouver transfiguré dans ses providentiels achèvements.

On ne saurait trop insister sur le caractère personnel de ce brusque face à face. Saul signale la soudaine irruption d'une lumière qui dépasse l'éclat du plein midi et qui l’enveloppe ainsi que son escorte. Un choc violent les renverse tous à terre, tandis qu'ils entendent le son d'une voix. Mais la lumière et le langage demeurent indistincts pour son entourage. Lui seul voit quelqu’un dans la gloire et perçoit nettement le message qui lui est exclusivement destiné. Celui qui interpelle si familièrement son adversaire montre qu'il a pénétré jusqu’à ses intentions les plus secrètes : c’est le Christ qu’il poursuit et qu’il atteint dans les chrétiens : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes. »

La formulation de l'identité s'accompagne d'une invitation à la docilité : il est temps de mettre fin aux égarements d'une âme que vient stimuler l'aiguillon de la grâce. Saul n’hésitera pas à se livrer sur-le-champ en s'écriant : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? »

Trois faits semblent avoir particulièrement impressionné l'âme de saint Paul au chemin de Damas : la vie du Christ dans la gloire, sa présence mystérieuse dans ses fidèles, et son retour anticipé. Le Christ est donc simultanément le personnage transcendant du ciel, de l'histoire et de l’apocalypse. Sous l’effet de la lumière intérieure qui l’éclaire soudain sur la portée des Ecritures, Saul voit dans le Christ l’aboutissement de l’Ancien Testament et la réalisation des prophéties. Saul sait maintenant que les longues préparations sont terminées : l’humanité se trouve désormais engagée dans cette période qu’il désignera par « la plénitude des temps »
1 Tarse (l’actuelle Tarsus en Turquie) est une ville de Cilicie plane. Située sur les rives du Cydnos, près d'un lac relié à la mer par un canal, Tarse fut, au deuxième millénaire, la capitale du royaume de Kizzuwatna ; dominée par les Hittites, puis annexée à l'empire assyrien au VIII° siècle, elle fut ruinée par Sennachérib en 696 à la suite d'une révolte. Après la conquête d'Alexandre, Tarse fit partie de l'empire séleucide. On sait qu’elle se révolta, en même temps que Mallos, parce qu'Antiochus IV Epiphane en avait donné les revenus à sa concubine Antiochis (II Maccabées, IV 30). A l'époque romaine, Tarse qui est la métropole de la province de Cilicie, abritait une importante communauté juive.

2 Gamaliel était un pharisien très influent, « docteur de la Loi, respecté de tout le peuple » (Actes des Apôtres, V 34). Chef d'une école rabbinique, il fut le maître de saint Paul (Actes des Apôtres, XXII 3). Gamaliel était partisan de l'enseignement de Hillel qui représentait dans l'interprétation de la Loi le courant le plus libéral ; ainsi autorisait-il à épouser une femme sur l'avis de décès du mari rapporté par un seul témoin. Gamaliel était membre du Sanhédrin lors de l'arrestation des Apôtres (Actes des Apôtres, V 34), et c’est grâce à son intervention prudente et lucide, qu'ils échappèrent à la condamnation capitale. Il mourut en 70.


Francesco Mazzola, dit Le Parmesan, La conversion de saint Paul, 1527-1528, Vienne, Kunsthistorisches Museum (TDR).

LA CONVERSION DE SAINT PAUL, APÔTRE

La conversion de saint Paul eut lieu l’année même que J.-C fut crucifié et que saint Etienne fut lapidé, non pas dans l’année, selon la manière ordinaire de compter, mais dans l’intervalle d'une année; car J.-C. fut crucifié le 8 avant les calendes d'avril (25 mars), saint Étienne fut lapidé le 3 août de la même année et saint Paul fut converti le 8 avant les calendes de février (25 janvier). Maintenant pourquoi célèbre-t-on sa conversion plutôt que celle des autres saints : on en assigne ordinairement trois raisons. La première pour l’exemple ; afin que personne, quelque grand pécheur qu'il soit, ne désespère de son pardon, quand il verra celui qui a été si coupable dans sa faute, devenir dans la suite si grand parla grâce. La seconde pour la joie; car autant l’Église à ressenti de tristesse à cause de sa persécution, autant elle reçoit d'allégresse à cause de sa conversion. La troisième pour le miracle que le Seigneur manifesta en lui; quand du plus barbare persécuteur il fit le plus fidèle prédicateur. En effet, sa conversion fut miraculeuse du côté de celui qui l’a faite, du côté de ce qui l’y a disposé, et du côté de celui qui en est le sujet. Celui qui fit cette conversion, c'est J.-C. ; en cela il montra: 1° son admirable puissance, quand il lui dit: « Il vous est dur de regimber contre l’aiguillon; » et quand il le changea si subitement, ce qui lui fit alors répondre: «Seigneur, que voulez-vous que je fasse? » Sur ces paroles saint Augustin s'écrie : «L'agneau tué par les loups a changé le loup en agneau, déjà il se prépare à obéir, celui qui auparavant était rempli de la fureur de persécuter; » 2° il manifesta en cela son admirable sagesse ; car il abattit l’enflure de son orgueil, en lui inspirant les bassesses de l’humilité, mais non les splendeurs de la majesté. « C'est moi, dit-il qui suis ce Jésus de Nazareth que tu persécutés. » La glose ajoute : « Il ne dit pas qu'il est Dieu, ou même le Fils de Dieu, mais : accepte les bassesses de mon humilité et dépouille-toi des écailles dont te couvre ton orgueil. » 3° Il lui témoigne une clémence extraordinaire; ce qui est évident puisque, au moment où Paul était dans l’acte et dans la volonté de persécuter, Dieu opère sa conversion. En effet, quoique avec une affection désordonnée; puisqu'il ne respirait que menaces et carnage, quoique se livrant à des essais criminels, puisqu'il vint trouver le grand' prêtre, comme s'il s'immisçait de lui-même en cela, quoique dans le fait même d'un acte coupable, puisqu'il allait chercher les prisonniers pour les amener à Jérusalem, et qu'ainsi le but de sa démarche fut détestable, cependant ce pécheur-là même est converti par la divine miséricorde. Secondement, cette conversion fut miraculeuse du côté de ce qui l’y disposa, savoir, la lumière. En effet, cette lumière fut subite, immense, et venant du ciel : « Et il fut tout d'un coup environné d'une lumière qui venait du ciel, » dit l’Ecriture (Actes, IX). Car Paul avait en lui trois vices : le premier, c'était l’audace; ces paroles des Actes en font foi : « Il vint trouver le grand prêtre » et la glose porte: « Personne ne l’y avait engagé, c'est de lui-même, c'est son zèle qui le pousse. » Le second, c'est l’orgueil ; et on en a la preuve par ces paroles: « Il ne respirait que menaces et carnage. » Le troisième, c'était l’intelligence charnelle qu'il avait de la loi. Ce qui fait dire à la glose sur ces paroles : « Je suis Jésus. Je suis le Dieu du ciel ; c'est ce Dieu qui te parle, ce Dieu que tu crois, comme les juifs, avoir éprouvé la mort. » Donc cette lumière divine fut subite, pour frapper d'épouvante cet audacieux; elle fut immense, pour abîmer ce hautain, ce superbe, dans les profondeurs de l’humilité : elle vint du ciel pour rendre céleste cette intelligence charnelle. Ou bien encore, trois moyens disposèrent ce prodige : 1° la voix qui appelle; 2° la lumière qui brille et 3° la force toute puissante. Troisièmement, cette conversion fut miraculeuse du côté de celui qui en est le sujet, c'est-à-dire, du côté de Paul lui-même qui fut converti. Dans sa personne, il y eut trois miracles: opérés extérieurement son renversement, et son aveuglement, et son jeûne de: trois jours, car il est renversé, pour être relevé de cet état d'infirmité où il gisait. Saint Augustin dit : « Paul fut renversé pour être aveugle; il fut aveuglé pour être changé ;,il fut changé pour être envoyé ; il fut envoyé pour que la vérité se fît jour.» Le même père dit encore : « Le cruel fut écrasé et devint croyant ; le loup fut abattu et il se releva agneau le persécuteur fut renversé et il devint prédicateur; le fils de perdition fut brisé et il est changé en un vase d'élection. Il est aveuglé pour être éclairé, dans son intelligence pleine de ténèbres. » Aussi est-il dit que, pendant ces trois jours, il resta aveugle, parce qu'il fut instruit de l’Evangile. En effet il n'a pas reçu l’Evangile de la bouche d'un homme, ni par le moyen de l’homme; il l’assure lui-même; mais il l’a reçu de J.-C. même qui le lui révéla. Augustin dit ailleurs : « Paul, je te proclame le véritable athlète de J.-C. qui l’a instruit, qui l'a oint de sa substance avec lequel il a été crucifié; et qui se glorifie en lui. II eut sa chair meurtrie, pour que cette même chair fût disposée à embrasser les généreux desseins: En effet, dans la suite, son corps fut parfaitement apte à toutes sortes de bonnes oeuvres; car il savait vivre et dans la pénurie et dans, l’abondance; il avait éprouvé de tout, et il supportait volontiers toutes les adversités. Saint Chrysostome dit: « Il regardait comme des moucherons les tyrans et les peuples qui ne respiraient que la fureur; la mort, les tourments, et des milliers de supplices, il les prenait pour jeux d'enfants. Il les accueillait de son plein gré, et il retirait plus de gloire des chaînes dont il était lié, que s'il eût été couronné de précieux diadèmes. Il recevait les blessures avec plus de bonne grâce que les autres ne reçoivent les présents. » Ou bien encore ces trois états peuvent être opposés aux trois autres états de notre premier père. Celui-ci se leva contre Dieu; saint Paul au contraire fut renversé par terre. Les yeux d'Adam furent ouverts; saint Paul au contraire devint aveugle. Adam mangea du fruit défendu, saint Paul s'abstint de manger une nourriture légale.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii



Conversion de Saint Paul, Apôtre

Six ans après l'Ascension, l'Eglise reçoit du Christ une grâce particulière qui sera déterminante pour l'avenir. Sur le chemin de Damas, le pharisien Saul de Tarse, qui avait obtenu des lettres de mission pour persécuter les sectateurs du Christ, est jeté à bas de son cheval par un éblouissement de lumière. Toute la doctrine de saint Paul découlera de l'extraordinaire dialogue qui s'en suivit. L'Eglise et le Christ ne font qu'un et c'est ce Corps Mystique qui sera l'une des bases de l'ecclésiologie de saint Paul. C'est la résurrection qui s'affirme à lui comme une réalité incontournable. C'est un vivant qui lui parle et l'humanité du Christ s'établit dans la gloire de la divinité. L'Evangile s'impose avec une telle intensité qu'il en est aveuglé et terrassé jusqu'au moment où la lumière baptismale lui révèlera le mystère.



Luca Giordano. La conversion de Saint Paul sur le chemin de Damas, vers 1690, 
Musée des Beaux-Arts de Nancy.


LA CONVERSION DE SAINT PAUL, APÔTRE

Fête originaire de Gaule où elle est attestée au Vie siècle. Elle apparaît à Rome au XIe siècle. On peut sans nul doute la considérer comme le jour octave de la fête de la Chaire de St Pierre qui n’était célébrée en Gaule que le 18 janvier (et non le 22 février, date romaine).

AUX PREMIÈRES VÊPRES. avant 1960

Ant.au Magnificat Va, Ananie, * et cherche Saul ; car il est en prières : cet homme m’est un vase d’élection, pour porter mon nom devant les Gentils, les rois et les enfants d’Israël.

A MATINES. avant 1960

Invitatoire. Louons notre Dieu, * En célébrant la conversion du Docteur des Gentils.

Au premier nocturne.

Ant. 1 Celui qui a opéré * en Pierre pour l’apostolat, a opéré en moi aussi parmi les Gentils ; et ils ont connu la grâce qui m’a été donnée par le Christ, le Seigneur.

Ant. 2 Je sais à qui je me suis confié, * et je suis sûr qu’il est puissant pour garder mon dépôt jusqu’à ce jour, en juste juge.

Ant. 3 Pour moi, vivre c’est le Christ, * et mourir un gain ; il faut que je me glorifie dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ.

Des Actes des Apôtres.

Première leçon. Saul, respirant encore menaces et meurtre contre les disciples du Seigneur, vint auprès du prince des prêtres, et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il y trouvait des hommes et des femmes de cette voie, il les conduisît enchaînés à Jérusalem. Comme il était en chemin, et qu’il approchait de Damas, tout à coup une lumière du ciel brilla autour de lui. Et, tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il dit : Qui êtes-vous, Seigneur ? Et le Seigneur : Je suis Jésus que tu persécutes ; il t’est dur de regimber contre l’aiguillon.

R/. Celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat a opéré en moi aussi parmi les Gentils : * Et ils ont connu la grâce de Dieu qui m’a été donnée. V/. La grâce de Dieu n’a pas été stérile en moi, mais sa grâce demeure toujours avec moi. * Et.

Deuxième leçon. Alors, tremblant et frappé de stupeur, il dit : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Et le Seigneur lui répondit Lève-toi, entre dans la ville ; car c’est là que te sera dit ce qu’il faut que tu fasses. Or les hommes qui l’accompagnaient demeuraient tout étonnés, entendant bien la voix, mais ne voyant personne. Saul se leva donc de terre, et, les yeux ouverts, il ne voyait rien. Ainsi, le conduisant par la main, ils le firent entrer dans Damas. Et il y fut trois jours ne voyant point ; et il ne but ni ne mangea.

R/. J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé ma foi : * C’est pourquoi la couronne de justice m’est réservée. V/. Je sais à quoi je me suis confié, et je suis sûr qu’il est puissant pour garder mon dépôt jusqu’à ce jour. * C’est.

Troisième leçon. Or il y avait un certain disciple à Damas, du nom d’Ananie ; et le Seigneur lui dit en vision : Ananie. Et il dit : Me voici, Seigneur. Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, et va dans la rue qu’on appelle Droite, et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul de Tarse ; car il est en prières. (Saul vit aussi un homme du nom d’Ananie, entrant et lui imposant les mains, pour qu’il recouvrât la vue). Ananie répondit : Seigneur, j’ai appris d’un grand nombre de personnes combien cet homme a fait de maux à vos saints dans Jérusalem ; ici même, il a le pouvoir des princes des prêtres, pour charger de liens ceux qui invoquent votre nom. Mais le Seigneur lui repartit : Va, car cet homme m’est un vase d’élection, pour porter mon nom devant les Gentils, les rois et les enfants d’Israël. Aussi je lui montrerai combien il faut qu’il souffre pour mon nom.

R/. La couronne de justice m’est réservée : * Le Seigneur juste juge, me la rendra en ce jour-là. V/. Je sais à qui je me suis confié, et je suis sûr qu’il est puissant pour garder mon dépôt jusqu’à ce jour. * Le. Gloire au Père. * Le.

Au deuxième nocturne.

Ant. 4 Vous êtes un vase d’élection, * ô saint Apôtre Paul, prédicateur de la vérité dans le monde entier.

Ant. 5 Le grand saint Paul * était un vase d’élection ; il est vraiment digne d’être glorifié, lui qui mérita de posséder le même trône que les douze.

Ant. 6 J’ai combattu le bon * combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé ma foi.

Sermon de saint Augustin, évêque.

Quatrième leçon. On nous a lu aujourd’hui le passage des Actes des Apôtres ou l’on rapporte que l’Apôtre Paul devint, de persécuteur des Chrétiens, prédicateur du Christ. Le Christ, en effet, a renversé un persécuteur pour en faire un docteur de l’Église ; le frappant et le guérissant, lui donnant à la fois la mort et la vie. Agneau immolé par des loups, il change les loups en agneaux. Dans la célèbre prophétie où nous voyons le patriarche Jacob bénir ses enfants (la main étendue sur ceux qui étaient présents et les yeux fixés sur l’avenir), se trouve prédit ce qui s’est accompli dans Paul. Paul était, comme il l’atteste lui-même, de la tribu de Benjamin. Or, lorsqu’en bénissant ses fils, Jacob fut arrivé à bénir Benjamin, il dit de lui : « Benjamin, loup ravissant. »

R/. Vous êtes un vase d’élection, saint Apôtre Paul, prédicateur de la vérité dans le monde entier * Vous par qui toutes les Nations ont connu la grâce de Dieu. V/. Intercédez pour nous auprès de Dieu, qui vous a choisi. * Vous.

Cinquième leçon. Quoi ? Sera-t-il toujours loup ravisseur ? Nullement ; mais « celui qui, le matin, ravit la proie, partage le soir les aliments. » Voilà ce .qui s’est accompli dans l’Apôtre saint Paul, que cette prédiction concernait. Considérons-le maintenant, si vous le voulez bien, ravissant le matin, et partageant le soir les dépouilles. Matin et soir sont mis ici pour d’abord et ensuite. Nous entendrons donc ainsi cette proposition : il ravira d’abord, et ensuite il partagera les aliments. Voyez le ravisseur : Saul, disent les Actes, ayant reçu les lettres des princes des prêtres, allait (à Damas) afin que partout où il trouverait des Chrétiens, il les entraînât et les amenât aux prêtres pour être châtiés.

R/. C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis : * Et sa grâce n’a pas été stérile en moi, mais elle demeure toujours en moi. V/. Celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat, a opéré en moi aussi parmi les Gentils. * Et.

Sixième leçon. Il allait, respirant et exhalant le meurtre ; c’est-à-dire, ravissant le matin. Aussi quand Etienne, le premier Martyr, fut lapidé pour le nom du Christ, Paul était-il très manifestement présent, et il assistait même au supplice d’Etienne avec des sentiments si hostiles que, pour lui, ce n’était pas assez de le lapider de ses propres mains : afin de se trouver en quelque sorte dans toutes les mains qui lançaient des pierres, il gardait les vêtements de tous les bourreaux, exerçant mieux sa fureur en les secondant tous, que s’il l’eût lapidé de ses propres mains. Nous comprenons la première partie de la prophétie : « Il ravira le matin. » Voyons de quelle manière il partage les aliments le soir. Du ciel la voix du Christ le terrasse, il reçoit d’en haut l’ordre de ne plus sévir, et il tombe la face contre terre : il devait être abattu d’abord, puis relevé ; d’abord frappé, puis guéri.

R/. Saul, qui est le même que Paul, grand prédicateur, * Affermi par Dieu, se fortifiait et confondait les Juifs. V/. Montrant que Jésus est le Christ, Fils de Dieu. * Affermi. Gloire au Père. * Affermi.

Au troisème nocturne.

Ant. 7 Saul, * qui est le même que Paul, grand prédicateur, affermi par Dieu, se fortifiait et confondait les Juifs.

Ant. 8 De peur que la grandeur * des révélations ne m’élève, il m’a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan pour me donner des soufflets ; c’est pourquoi j’ai prié trois fois le Seigneur de s’éloigner de moi ; et le Seigneur m’a dit : Paul, ma grâce te suffit.

Ant. 9 Il m’est réservé * la couronne de justice, que le Seigneur, juste juge, me rendra en ce jour-là.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu.

En ce temps-là : Pierre dit à Jésus : "Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre ; qu’en sera-t-il donc pour nous ?" Et le reste.

Homélie de saint Béde le Vénérable, Prêtre. Les leçons sont du commun des Apôtres 2, les répons propres à la fête.

Septième leçon. Celui-là est parfait, qui vend tout ce qu’il possède, en donne le prix aux pauvres, et vient se mettre à la suite de Jésus-Christ : aussi aura-t-il dans les cieux un trésor inépuisable. C’est pourquoi, lorsque Pierre l’interrogea, Jésus répondit (en s’adressant à tous ceux qui agissent ainsi) : « En vérité, je vous dis que vous qui m’avez suivi, lorsqu’à la régénération, le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous aussi, vous serez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël ». Par ces paroles, il apprit à ceux qui travaillent et souffrent en cette vie pour son nom, à espérer une récompense en l’autre, c’est-à-dire en la régénération, lorsqu’on ressuscitant nous aurons obtenu de renaître pour une vis immortelle, nous qui avions été engendrés dans la condition mortelle pour une vie fragile.

R/. Saint Apôtre Paul, prédicateur de la vérité, et Docteur des Nations, * Intercédez pour nous auprès de Dieu qui vous a choisi, afin que nous soyons rendus dignes de la grâce de Dieu. V/. Vous êtes un vase d’élection, saint Apôtre Paul, prédicateur de la vérité. * Intercédez.

Huitième leçon. Et c’est une récompense bien juste, que ceux qui auront ici-bas méprisé la gloire de toute élévation humaine soient là-haut particulièrement glorifiés par le Christ, et assis auprès de lui à titre de juges, ces hommes qu’aucune considération n’a pu empêcher de suivre les traces de notre Seigneur. Mais que personne ne s’imagine que les Apôtres qui sont au nombre de douze, parce que Mathias fut élu à la place de Judas le prévaricateur, doivent être seuls à juger le monde ; les douze tribus d’Israël ne seront pas non plus seules à subir le jugement, autrement la tribu de Lévi qui est la treizième resterait non jugée.

R/. A Damas, le gouverneur du pays, établi par le roi Arétas, voulut me prendre : * Et des frères me descendirent le long du mur dans une corbeille, * Et c’est ainsi que j’échappai de ses mains au nom du Seigneur. V/. Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ sait que je ne mens pas. * Et. Gloire au Père. * Et.

Neuvième leçon. Et Paul, qui est le treizième Apôtre, se verra-t-il privé du privilège de juger, alors qu’il dit lui-même : « Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Combien plus les choses du siècle ? » Or il faut savoir que tous ceux qui, à l’exemple des Apôtres, ont laissé tout ce qu’ils possédaient et suivi le Christ, doivent venir avec lui comme juges, de même que tout le genre humain sera jugé. Dans l’Écriture le nombre douze indique souvent l’universalité, et c’est pourquoi les douze trônes des Apôtres désignent tous ceux qui jugeront, et les douze tribus d’Israël, l’universalité de ceux qui doivent être jugés.

A LAUDES

Ant. 1 Moi, j’ai planté, * Apollo a arrosé ; mais Dieu a donné la croissance. (Alléluia).

Ant. 2 Volontiers je me glorifierai * dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi.

Ant. 3 La grâce de Dieu * n’a pas été stérile en moi, mais sa grâce demeure toujours en moi.

Ant. 4 A Damas, le gouverneur * du pays, établi par le roi Arétas, voulut me prendre : je fus descendu par des frères le long du mur dans une corbeille, et c’est ainsi que j’échappai de ses mains, au nom du Seigneur.

Ant. 5 J’ai été trois fois déchiré de verges, * j’ai été lapidé une fois, j’ai fait naufrage trois fois pour le nom du Christ.

Capitule. Saul, respirant encore menaces et meurtre contre les disciples du Seigneur, vint auprès du prince des prêtres, et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il y trouvait des hommes et des femmes de cette voie, il les conduisît enchaînés à Jérusalem.

V/..Vous êtes un vase d’élection, ô saint Apôtre Paul.

R/. Prédicateur de la vérité dans le monde entier.

Ant. au Bénédictus Vous qui m’avez suivi, * vous serez assis sur des trônes jugeant les douze tribus d’Israël, dit le Seigneur.

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

Hymnus

Egrégie Doctor, Paule mores ínstrue,

Et nostra tecum péctora in cælum trahe :

Veláta dum merídiem cernat fides,

Et solis instar sola regnet cáritas.

Hymne

Illustre Docteur, ô Paul, réglez notre vie et attirez à votre suite nos cœurs au ciel : et tandis que la foi découvre la pleine lumière à travers un voile, faites que la charité, semblable au soleil, règne seule parmi nous.

A la Trinité, qui gouverne toutes choses dans l’unité, soit gloire éternelle, honneur puissance et jubilation, pendant tous les siècles et l’éternité.

Amen.

Ant. au Magnificat Saint Apôtre Paul, * prédicateur de la vérité et Docteur des Nations, intercédez pour nous auprès de Dieu, qui vous a choisi.



Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Nous avons vu la Gentilité, représentée aux pieds de l’Emmanuel par les Rois Mages, offrir ses mystiques présents, et recevoir en retour les dons précieux de la foi, de l’espérance et de la charité. La moisson des peuples est mûre ; il est temps que le moissonneur y mette la faucille. Mais quel sera-t-il, cet ouvrier de Dieu ? Les Apôtres du Christ vivent encore à l’ombre de la montagne de Sion. Tous ont reçu la mission d’annoncer le salut jusqu’aux extrémités du monde ; mais nul d’entre eux n’a reçu encore le caractère spécial d’Apôtre des Gentils. Pierre, l’Apôtre de la Circoncision, est destiné particulièrement, comme le Christ, aux brebis perdues de la maison d’Israël [1]. Toutefois, comme il est le Chef et le fondement, c’est à lui d’ouvrir la porte de l’Église aux Gentils. Il le fait avec solennité, en conférant le Baptême au centurion romain Cornélius.

Cependant, l’Église est en travail ; le sang du Martyr Etienne, sa dernière prière, vont enfanter un nouvel Apôtre, l’Apôtre des nations. Saul, citoyen de Tarse, n’a pas vu le Christ dans sa vie mortelle ; et le Christ seul peut faire un Apôtre. Du haut des cieux où il règne impassible et glorifié, Jésus appellera Saul à son école, comme il appelait, durant les années de sa prédication, à suivre ses pas et à écouter sa doctrine, les pêcheurs du lac de Génésareth. Le Fils de Dieu enlèvera Saul jusqu’au troisième ciel, il lui révélera tous ses mystères ; et quand Saul, revenu sur la terre, aura été, comme il le raconte, voir Pierre [2] et comparer son Évangile avec le sien, il pourra dire : « Je ne suis pas moins Apôtre que les autres Apôtres. »

C’est dans ce glorieux jour de la Conversion de Saul, qui bientôt s’appellera Paul, que ce grand œuvre commence. C’est aujourd’hui que retentit cette voix qui brise les cèdres du Liban [3], et dont la force souveraine fait d’abord un chrétien du Juif persécuteur, qui bientôt sera un Apôtre. Cette admirable transformation avait été prophétisée par Jacob, lorsque, sur sa couche funèbre, il dévoilait l’avenir de chacun de ses enfants, dans la tribu qui devait sortir d’eux. Juda eut les premiers honneurs : de sa race royale, le Rédempteur, l’attente des nations, devait naître. Benjamin fut annoncé, à son tour, sous des traits plus humbles, mais néanmoins glorieux : il sera l’aïeul de Paul, et Paul, l’Apôtre des nations.

Le vieillard avait dit : « Benjamin est un loup ravisseur : le matin, il enlève la proie ; mais le soir, il distribue la nourriture. » [4]. Celui qui, dans la matinée fougueuse de son adolescence, se lance comme un loup respirant la menace et le carnage, à la poursuite des brebis du Christ, n’est-ce pas, comme le dit un antique Docteur, Saul sur la route de Damas, porteur et exécuteur des ordres des pontifes du temple maudit, et tout couvert du sang d’Etienne qu’il a lapidé par les mains de tous ceux dont il gardait les vêtements ? Celui qui, sur le soir, ne ravit plus la dépouille du juste, mais, d’une main charitable et pacifique, distribue à ceux qui ont faim la nourriture qui leur donne la vie, n’est-ce pas Paul, Apôtre de Jésus-Christ, embrasé de l’amour de ses frères, et se faisant tout à tous, jusqu’à désirer d’être anathème pour eux ?

Telle est la force victorieuse de notre Emmanuel, toujours croissante et à laquelle rien ne résiste. S’il veut pour premier hommage la visite des bergers, il les fait convier par ses Anges, dont les doux accords ont suffi pour amener ces cœurs simples à la crèche où repose sous de pauvres langes l’espoir d’Israël. S’il désire l’hommage des princes de la Gentilité, il fait lever au ciel une étoile symbolique, dont l’apparition, aidée du mouvement intérieur de l’Esprit-Saint, détermine ces hommes de désirs à venir, du fond de l’Orient, déposer aux pieds d’un humble enfant leurs dons et leurs cœurs. Quand le moment est venu de former le Collège Apostolique, il s’avance sur les bords de la mer de Tibériade, et cette seule parole : Suivez-moi, a suffi pour attacher à ses pas les hommes qu’il a choisis. Au milieu des humiliations de sa Passion, un regard de sa part change le cœur du Disciple infidèle. Aujourd’hui, du haut du Ciel, tous les mystères accomplis, voulant montrer que lui seul est maître de l’Apostolat, et que son alliance avec les Gentils est consommée, il tonne sur la tête de ce Pharisien fougueux qui croit courir à la ruine de l’Église ; il brise ce cœur de Juif, et il crée par sa grâce ce nouveau cœur d’Apôtre, ce vase d’élection, ce Paul qui dira désormais : « Je vis, mais ce n’est pas moi, c’est le Christ qui vit en moi. » [5].

Mais il était juste que la commémoration de ce grand événement vînt se placer non loin du jour où l’Église célèbre le triomphe du premier des Martyrs. Paul est la conquête d’Etienne. Si l’anniversaire de son martyre se rencontre sous les feux du solstice d’été, il ne pouvait manquer d’apparaître auprès du berceau de l’Emmanuel, comme le plus brillant trophée du Proto-martyr ; les Mages le réclamaient aussi comme le conquérant de cette Gentilité dont ils ont été les prémices.

Enfin, pour compléter la cour de notre grand Roi, il convenait que les deux puissantes colonnes de l’Église, l’Apôtre des Juifs et l’Apôtre des Gentils, s’élevassent aux côtés de la crèche mystique : Pierre, avec ses clefs ; Paul, avec son glaive. C’est alors que Bethléhem nous semble, de plus en plus, la figure de l’Église, et les richesses du Cycle en cette saison plus éblouissantes que jamais.

Célébrons, par les chants des anciennes Liturgies, cette journée consacrée par la conquête d’un si grand Apôtre. La prose suivante, qui appartient au dixième siècle, se trouve de bonne heure dans les anciens Missels des Églises d’Allemagne. Elle est empreinte d’un caractère mystérieux qui ne manque pas de grandeur.

SÉQUENCE.

Le Seigneur a dit : Je le convertirai du sein de Basan (la région de stérilité) ; je le mènerai jusqu’au fond des abîmes de la foi, profonds comme la mer.

Ce qu’il a dit il l’a fait, renversant Saul et relevant Paul,

Par son Verbe incarné, en qui il a fait les siècles.

S’élançant à la poursuite de ce Verbe, le Juif a entendu : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?

Je suis le Christ ; il t’est dur de regimber contre l’aiguillon.

A la face du Seigneur, la terre a été émue ; elle a tremblé ; mais bientôt elle s’est reposée.

Paul a reconnu le Seigneur, il a cru, il a cessé de persécuter les Chrétiens.

Sorti des rangs ennemis, pour revenir à vous, ô Dieu, il est devenu la langue de vos chiens fidèles.

C’est Paul qui, par la bouche de vos Pontifes, proclame vos commandements.

Il enseigne que le crucifié n’est autre que le Christ-Dieu,

Qui règne avec le Père et le Saint-Esprit, Celui dont Paul est le témoin.

Par lui la langue des Pontifes, parcourant et humectant les deux molaires delà Loi et de l’Évangile, a fait broyer,

A préparé ces remèdes divers qui sont la santé des blessés, la nourriture de ceux qui ont faim.

Par les prières de Paul, regardez-nous, ô Christ ! et vivifiez les pécheurs ;

Vous qui avez converti, pour la conversion des autres, Paul le vase d’élection.

Quand il prêchait Dieu, la mer le vit et s’enfuit, le Jourdain a reculé vers sa source.

La multitude des nations remontant des profondeurs de l’abîme des vices, à la confusion de Og, roi de Basan.

N’adore plus que vous seul, ô Christ Créateur, qu’elle confesse être venu, comme Rédempteur, dans la chair. Amen.

Les Missels Romains-Français nous donnent cette belle Prose d’Adam de Saint-Victor :

SÉQUENCE.

Du cœur et de la voix fais retentir les cieux, entonne le chant du triomphe, ô Église des Gentils !

Paul, le Docteur des nations, a parcouru sa carrière triomphant et glorieux.

C’est le jeune Benjamin, loup ravisseur qui dévore sa proie ; des fidèles c’est l’ennemi.

Loup à l’aurore, agneau sur le soir ; après les ténèbres, l’astre s’est levé. Paul annonce l’Évangile.

Il s’est lancé dans le chemin de la mort ; mais celui qui est la Voie de la vie, l’arrête sur la route de Damas.

Il respirait la menace ; mais il cède enfin : renversé, il obéit ; on l’entraîne comme un prisonnier.

On le mène à Ananie : le loup est conduit à la brebis ; sa rage tombe apaisée.

Il descend dans la fontaine sacrée ; l’eau salutaire change en parfum les poisons de son âme.

Vase sacré, vase divin, vase qui épanche le doux vin de la doctrine et de la grâce,

Il parcourt les synagogues, il établit la foi du Christ sur la série des Prophètes.

Il prêche la doctrine de la croix ; pour la croix il est tourmenté, il meurt de mille morts.

Mais il survit toujours comme une hostie vivante, et son invincible constance triomphe de tous les supplices.

Choisi pour leur Apôtre, il instruit les. Gentils, il triomphe des sages du monde par la sagesse de Dieu.

Ravi au troisième ciel, il voit le Père et le Fils en une seule substance.

Rome la puissante et la savante Grèce courbent la tête, s’instruisent des mystères ; la foi du Christ se propage.

La croix triomphe, Néron sévit, et le glaive moissonne Paul, dont la parole a fait croître la foi.

Ainsi, déposant le fardeau de la chair, Paul contemple le vrai Soleil, le Fils unique du Père.

Dans la lumière, il voit cette lumière, dont la puissance daigne nous garder de l’infernal gémissement.

Amen.

Les anciens Sacramentaires ne nous fournissent rien sur la Conversion de saint Paul ; nous empruntons l’Oraison et la Préface suivantes au Missel Gallican donné par D. Mabillon, sous le titre de Missale Gothicum.

ORATIO.

O Dieu , qui avez changé le cœur et le nom de votre Apôtre Paul, en ce jour de sa Vocation, et l’avez frappé de terreur par une voix céleste, au moment où il poursuivait à outrance la piété du nom Chrétien, en sorte que l’Église, qui d’abord redoutait en lui un persécuteur, se félicite, aujourd’hui, de l’avoir pour Docteur des commandements célestes ; vous qui l’avez aveuglé au dehors, pour le rendre voyant au dedans, et qui, après avoir dissipé en lui les ténèbres de la cruauté, lui avez conféré la science de la loi divine, pour la vocation des Gentils ; vous qui, après trois naufrages, qu’il souffrit pour cette foi qu’il avait combattue, avez conservé sa vie sous l’élément liquide qui devait l’anéantir : nous vous supplions, nous qui célébrons sa transformation et sa foi, de nous accorder, après nous avoir guéris de l’aveuglement de nos péchés, la grâce de vous voir dans les cieux, comme vous avez illuminé Paul sur la terre.

PRAEFATIO.

Il est digne et juste, équitable et raisonnable, que nous vous rendions grâces. Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui, voulant montrer votre désir de pardonner les péchés de tous, avez gagné le persécuteur de votre Église, par cette seule parole dont vous l’appeliez, et en avez fait, tout à coup, notre Docteur, de notre persécuteur qu’il était. Il avait reçu les lettres d’autrui pour marcher à la destruction des Églises, et bientôt il s’est mis à écrire ses propres Lettres pour les rétablir. Afin de nous faire voir que de Saul il est devenu Paul, en architecte sage, il a tout aussitôt posé l’unique fondement ; en sorte que votre sainte Église Catholique se réjouissait de se voir édifiée par celui qui la dévastait auparavant, et de ce qu’il était devenu pour elle un si puissant défenseur, qu’il ne craignait plus ni les supplices, ni la mort du corps. Lui qui avait brisé les membres de l’Église , devenu l’un des chefs de cette Église, il a livré sa tête pour être uni, dans tous ses membres, au Christ Chef, par la miséricorde duquel il a mérité d’être un vase d’élection, et de recevoir, dans le sanctuaire de son cœur, ce même Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur.

Nous vous rendons grâces, ô Jésus, qui avez aujourd’hui terrassé votre ennemi par votre puissance, et l’avez relevé par votre miséricorde. Vous êtes véritablement le Dieu fort ; et vous méritez que toute créature célèbre vos victoires. Qu’ils sont merveilleux, vos plans pour le salut du monde ! Vous associez des hommes à l’œuvre de la prédication de votre parole, à la dispensation de vos Mystères ; et, pour rendre Paul digne d’un tel honneur, vous employez toutes les ressources de votre grâce vous vous plaisez à faire du meurtrier d’Etienne un Apôtre, afin que votre puissance souveraine éclate à tous les yeux, afin que votre amour pour les âmes apparaisse dans sa plus gratuite générosité, afin que la grâce surabonde où le péché avait abondé. Visitez-nous souvent, ô Emmanuel, par cette grâce qui change les cœurs ; car nous désirons une vie abondante, et nous sentons que son principe est souvent près de nous échapper. Convertissez-nous, comme vous avez converti l’Apôtre ; après nous avoir convertis, assistez-nous ; car sans vous nous ne pouvons rien faire. Prévenez-nous, suivez-nous, accompagnez-nous, ne nous quittez jamais, et de même que vous nous avez donné le commencement, assurez-nous la persévérance jusqu’à la fin. Donnez-nous de reconnaître, avec crainte et avec amour, ce don mystérieux de la grâce que nulle créature ne saurait mériter, et auquel cependant une volonté créée peut mettre obstacle. Nous sommes des captifs : vous seul possédez l’instrument à l’aide duquel nous pouvons briser nos chaînes ; vous le placez dans nos mains, en nous engageant à en user : de sorte que notre délivrance est votre ouvrage et non le nôtre ; et que notre captivité, si elle persévère, ne peut être attribuée qu’à notre négligence et à notre lâcheté. Donnez-nous, Seigneur, cette grâce ; et daignez recevoir la promesse que nous vous faisons d’y joindre humblement notre coopération.

Aidez-nous, ô grand Paul, à répondre aux desseins de la miséricorde de Dieu sur nous ; obtenez que nous soyons subjugués par la douceur du Dieu enfant. Sa voix ne retentit pas ; il n’éblouit pas nos yeux par sa lumière ; mais il se plaint que trop souvent nous le persécutons. Inspirez à nos cœurs de lui dire comme vous : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Il nous répondra d’être simples et enfants comme lui, de reconnaître enfin son amour qui apparaît dans ce mystère, de rompre avec le péché, de combattre les mauvaises inclinations, d’avancer dans la sainteté en suivant ses exemples. Vous avez dit, ô Apôtre : « Que celui qui n’aime pas notre Seigneur Jésus-Christ soit anathème ! » Faites-le-nous connaître de plus en plus, afin que nous l’aimions, et que de si doux mystères ne deviennent pas, par notre ingratitude, la cause de notre réprobation.

Vase d’élection, convertissez les pécheurs qui ne pensent point à Dieu. Sur la terre, vous vous êtes dépensé tout entier pour le salut des âmes ; au ciel où vous régnez, continuez votre ministère, et demandez au Seigneur, pour ceux qui persécutent Jésus, ces grâces qui triomphent des plus rebelles. Apôtre des Gentils, jetez les yeux sur tant de peuples assis encore dans l’ombre de la mort. Autrefois vous étiez partagé entre deux ardents désirs : celui d’être avec Jésus-Christ, et celui de rester sur la terre pour travailler au salut des peuples. Maintenant, vous êtes pour jamais avec ce Sauveur que vous avez prêché ; n’oubliez pas ceux qui ne le connaissent point encore. Suscitez des hommes apostoliques pour continuer vos travaux. Rendez féconds leurs sueurs et leur sang. Veillez sur le Siège de Pierre, votre frère et votre chef ; soutenez l’autorité de cette Église Romaine qui a hérité de vos pouvoirs, et qui vous regarde comme son second appui. Vengez-la partout où elle est méconnue ; détruisez les schismes et les hérésies ; remplissez tous les pasteurs de votre esprit, afin que, comme vous, ils ne se cherchent point eux-mêmes, mais uniquement et toujours les intérêts de Jésus-Christ.

[1] Matth. XV, 24.

[2] Gal. I, 18.

[3] Psalm. XXVIII, 5.

[4] Gen. XLIX, 27.

[5] Gal. XI, 20.



Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Station à Saint-Paul.

Cette commémoration, qui, dans le martyrologe hiéronymien, porte le simple titre de Romae translatio sancti Pauli, manque complètement dans les anciens sacramentaires et capitulaires romains, et semble être entrée dans l’usage de la cour papale vers le Xe siècle seulement, par suite de l’influence franque. En effet, la messe in conversione sancti Pauli apostoli se trouve précisément dans le Missel gothique, où elle fait suite à celle de la Chaire de saint Pierre, rapprochement assez significatif pour écarter l’hypothèse de l’anniversaire de la conversion du grand Apôtre des Nations sur la voie de Damas.

Il n’est pas facile de déterminer la genèse et l’évolution de cette fête. Il est possible toutefois que dans les martyrologes la translatio sancti Pauli se rapporte à l’une des hypothèses suivantes :

a) La translation du saint Corps de l’Apôtre, de la cachette ad catacumbas sur la voie Appienne à sa tombe primitive sur la voie d’Ostie, après que Gallien eut restitué aux chrétiens leurs cimetières ;

b) la réédification de sa basilique sépulcrale sur la voie d’Ostie, commencée par Théodose, poursuivie par Valentinien et Honorius et enfin achevée par saint Léon Ier ;

c) une translation occasionnelle de sa statio (natalis) en raison de quelque empêchement survenu — comme il advint une certaine année où le pape Léon Ier étant absent, les Romains attendirent son retour pour célébrer la fête de saint Pierre et de saint Paul ;

d) enfin, et cela est plus probable, une translation quelconque dans les Gaules de voiles appliqués à la tombe de saint Paul, et de limaille de ses chaînes. Ces objets de dévotion étaient improprement appelés reliques et le fait de les déposer dans les autels prenait le titre de translatio, qu’on insérait jusque dans les martyrologes locaux ; grâce à une sorte de fictio iuris ces reliques constituaient comme une annexe, une extension du sépulcre même de l’Apôtre à Rome. L’indication Romae aurait pénétré dans le Laterculus par l’ignorance du copiste qui, lisant une translatio sancti Pauli aurait pensé qu’elle ne pouvait convenir qu’à Rome au lieu de la référer à une Église quelconque, Autun, Arles ou toute autre.

Qu’elle soit ou non d’origine romaine, cette fête hivernale de saint Paul se trouva, dans les Gaules, rapprochée de celle de la Chaire de saint Pierre, et cela à une époque où Rome ne les célébrait point— si toutefois le siège apostolique célébra jamais la translatio de saint Paul. Peu à peu néanmoins l’orientation historique se déplaça, et au concept d’une translation matérielle des reliques de saint Paul, se substitua celui d’une translation ou changement psychologique et spirituel survenu en lui sur le chemin de Damas. Ainsi, de la translatio physique on passa à la conversio mystique de l’Apôtre.

La fête de la conversion de saint Paul est notée en ce jour dans le Laterculus de Berne du martyrologe hiéronymien : Translatio et conversio sancti Pauli in Damasco. Dans l’Ordo de Pierre Amelius (XIVe siècle), on attribue à cette solennité la préséance sur l’office dominical lui-même.

Dans la basilique patriarcale de Saint-Paul a lieu en ce jour une station très solennelle, et, en l’absence du Souverain Pontife, en vertu d’une antique tradition, les abbés de ce sacratissimum monastère, qui a donné à l’Église saint Grégoire VII, célèbrent dans le rite pontifical le divin Sacrifice sur l’autel papal lui-même qui recouvre, aujourd’hui encore, la chambre funéraire de l’Apôtre.

L’introït est celui du dies natalis de saint Paul le 30 juin, et il exprime la certitude de l’Apôtre que Dieu, juste estimateur du mérite, lui donnera la récompense de ses travaux. Pour mieux expliquer cette pensée à Timothée, saint Paul, proche du martyre, se sert d’une gracieuse image. Ses bonnes œuvres sont comme un dépôt, qu’il confie à Dieu pour qu’il le lui garde jusqu’au jour de la parousie. L’Apôtre a toute confiance dans le Seigneur, qu’il dit bien connaître. Celui qui confie ses trésors aux coffres-forts ou les cache sous terre, s’expose au péril de se les voir ravir par les voleurs ou ronger par les vers. Dieu, au contraire, est juste et immuable, et au grand jour du jugement, le jour par excellence au dire de saint Paul, il rendra le dépôt avec la récompense méritée.

La mélodie grégorienne qui revêt cet introït semble avoir été créée par l’artiste tout exprès pour la station dans la vaste basilique de Saint-Paul. Elle est solennelle et d’un effet incomparable.

La première prière est presque semblable à celle que nous avons rapportée plus haut (le 18 janvier). « O Dieu qui, au moyen de la prédication du bienheureux apôtre Paul, avez enseigné tout l’univers, en ce jour où nous célébrons sa conversion accordez-nous de venir à vous en imitant ses exemples. » On ajoute la commémoraison de saint Pierre comme le 18 janvier.

Suit la lecture des Actes des Apôtres avec le récit de la conversion de saint Paul. En celle-ci le triomphe de la grâce ne pouvait être plus splendide. A Jérusalem, Paul était le plus redoutable ennemi de l’Église naissante ; cependant Jésus non seulement anéantit ses plans, mais il fait de l’adversaire d’hier l’apôtre de demain et le docteur de la vérité dans le monde entier. Sans diminuer aucunement le mérite des douze apôtres, Paul deviendra toutefois l’Apôtre, parce qu’auparavant il avait été l’adversaire le plus redoutable. Il devra donc tirer le char triomphal du Christ plus avant que tous les autres, de l’Arabie jusqu’aux colonnes d’Hercule ; à ce point que, sous l’inspiration du Paraclet, il pourra écrire un jour pour l’édification des églises : plus omnibus laboravi. Cet apostolat universel de Paul fut jadis relevé en un distique que les anciens compilateurs de recueils épigraphiques romains transcrivirent sur le sépulcre du grand Apôtre :

HIC • POSITVS • CAELI • TRANSCENDIT • CVLMINA • PAVLVS

CVI • DEBET • TOTVS • QVOD • CHRISTO • CREDIDIT • ORBIS

Paul, enseveli ici, franchit les sommets du ciel,

Lui à qui l’univers doit d’avoir cru au Christ.

La tardive composition de cette messe se révèle à première vue par le graduel et par le trait. Il semble que le rédacteur ait oublié que leur origine remonte à l’usage des psaumes prescrit par la liturgie juive, et il a enchaîné tant bien que mal quelques versets des épîtres de saint Paul, fort beaux et choisis avec assez de goût, mais hors de place. La mélodie y supplée, par bonheur, car elle est passionnée et d’une élégance classique. Galat., II, 8. « Celui qui opéra au moyen de Pierre dans l’apostolat des circoncis, opéra en moi parmi les gentils ; et l’on reconnut la grâce que Dieu m’avait donnée. V/. La grâce de Dieu en moi ne fut pas stérile, mais sa grâce m’assiste toujours. » « Alléluia. Grand est saint Paul, sanctuaire choisi (de la grâce), vraiment digne d’être glorifié, lui qui mérita aussi de posséder le douzième trône. »

Après la Septuagésime, le verset alléluiatique étant omis, on chante le trait suivant : « V/. O saint apôtre Paul, vous êtes un sanctuaire élu (de la divine grâce), et vraiment vous êtes digne d’être glorifié. V/. Prédicateur de la vérité et Docteur des gentils dans la foi et dans la vérité, y. Par vous tous les peuples ont connu la divine grâce, V/. Intercédez pour nous près de Dieu qui vous a choisi. » C’est là la plus grande grâce accordée à l’Apôtre, celle non seulement d’avoir porté le nom de Jésus devant les rois et les peuples des nations les plus diverses durant sa vie, mais aussi, après sa mort, de continuer son ministère évangélique au moyen de ses divines épîtres, que la sainte liturgie n’omet jamais de réciter durant le saint office et à la messe.

L’Évangile est celui de la messe du Commun des abbés, comme le 5 décembre, et il s’adapte fort bien à l’Apôtre qui, dans sa conversion, non seulement renonça à ses biens et à sa famille, mais, pour gagner Jésus-Christ, abdiqua aussi les avantages que sa condition d’Israélite de la tribu de Benjamin et disciple de Rabbi Gamaliel pouvait lui procurer au sein de la communauté juive. Tout cela, dit l’Apôtre, quae mihi fuerunt lucra, haec arbitratus sum ut stercora, ut Christum lucrifaciam (Philip., III, 7-8).

L’antienne pour l’offrande est comme le jour de saint André, le 30 novembre. Les prières avant l’anaphore eucharistique et après la communion sont identiques à celles du 18 janvier. La préface est celle des apôtres. Le verset pour la communion du peuple est tiré de l’Évangile de ce jour. « Je vous assure que vous qui avez tout laissé pour me suivre, vous recevrez cent fois autant, et la vie éternelle. »

La pauvreté que, à l’imitation des apôtres, les religieux professent par vœu, est un acte perpétuel de louange à la divine Providence, à qui ils se confient. L’histoire de près de vingt siècles est là pour le démontrer : Dieu, de son côté, n’a jamais fait défaut à leurs espérances. C’est précisément ce qu’assurait déjà le Psalmiste, en appelant à sa propre expérience : Iunior fui etenim senui, et non vidi iustum derelictum, nec semen eius quaerens panem [6].

Cette fête de la conversion de saint Paul était très solennelle dans la liturgie médiévale. Le Pape lui-même allait célébrer la messe stationnale sur la tombe de l’Apôtre, tradition dont il est demeuré une trace dans la liturgie. Tandis que dans les autres basiliques patriarcales de Rome, le Pape ne concède point ordinairement la permission aux respectifs cardinaux archiprêtres de célébrer la messe à l’autel papal, exception est faite pour Saint-Paul, où, chaque année en ce jour, l’Abbé de ce monastère jouit du privilège papal de célébrer la messe pontificale sur l’autel qui recouvre la tombe de l’Apôtre. Le motif d’une si grande importance attribuée par la liturgie à la conversion de saint Paul sur le chemin de Damas doit être recherché dans l’efficace apologétique qui ressort d’un tel changement imprévu ; en sorte qu’après le miracle de la résurrection du Christ, aucun autre prodige de l’histoire de l’Église primitive, si l’on tient compte de toutes les circonstances, ne démontre mieux la divinité du christianisme que celui de la conversion de Saul.

Le pape Damase a célébré ce prodige par les vers suivants :

Iamdudum Saulus, procerum praecepta secutus,

Cum Domino patrias vellet praeponere leges,

Abnueret sanctos Christum laudasse prophetas,

Caedibus adsiduis cuperet discerpere plebem,

Cum lacerat sanctae matris pia foedera coecus,

Post tenebras verum meruit cognoscere lumen,

Temptatus sensit possit quid gloria, Christi.

Auribus ut Domini vocem lucemque recepit,

Composuit mores Christi praecepta secutus.

Mutato placuit postquam de nomine Paulus,

Mira fides rerum ; subito trans aethera vectus,

Noscere promeruit possent quid praemia vitae.

Conscendit raptus martyr penetralia Christi,

Tertio, lux caeli tenuit paradisus euntem ;

Conloquiis Domini fruitur, secreta reservat,

Gentibus ac populis iussus praedicere vera,

Profundum penetrare maris noctemque diemque

Visere, cui magnum satis est vixisse latentem.

Verbera, vincla, famem, lapides, rabiemque ferarum,

Carceris inluviem, virgas, tormenta, catenas,

Naufragium, lachrymas, serpentis dira venena,

Stigmata non timuit portare in corpore Christi.

Credentes docuit possent quo vincere mortem.

Dignus amore Dei, vivit per saecla magister,

Versibus his breviter, fateor, sanctissime Doctor


Jadis Saul, fidèle aux maximes des anciens.

Préférant au Seigneur les lois de sa nation.

Méconnaissant le témoignage des saints prophètes au Christ.

S’acharnait à poursuivre et détruire son peuple.

Déchirant, l’aveugle, la douce unité de notre sainte Mère.

Au sortir des ténèbres, il a connu la vraie lumière :

Il a su par expérience ce que peut la gloire du Christ.

Ayant entendu la voix du Seigneur et reçu la clarté,

Il a réformé sa vie, docile aux préceptes du Christ.

Changé même en son nom, Paul lui fut agréable.

Chose admirable et vraie : élevé au-dessus des cieux,

Il lui fut donné de savoir ce qu’est la récompense de vie.

Le futur martyr est enlevé jusqu’au sanctuaire du Christ,

Il atteint dans le paradis les splendeurs du troisième ciel,

Admis aux entretiens du Seigneur, il en garde le secret.

Aux nations, aux peuples, il reçoit l’ordre de prêcher la vérité.

Il pénètre au fond des mers, y passe une nuit et un jour :

Mais il lui suffisait d’avoir vu Celui qui est caché.

Coups, chaînes, faim, lapidation, fureur des bêtes,

Horreur des prisons, verges, tourments et fers,

Naufrage, pleurs, serpent au venin redouté,

Il n’a pas craint de porter tous ces stigmates du Christ,

Enseignant aux croyants l’art de vaincre la mort.

Digne de l’amour de Dieu, le Maître vit à jamais.

En ces vers j’ai brièvement, c’est vrai, très saint Docteur,

O Paul, j’ai voulu, moi Damase, célébrer tes triomphes.

[6] Ps. xxxvi, 25.




Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Cette fête n’avait pas pour objet, originairement, la conversion de saint Paul, mais une translation de ses reliques, et elle était en relation, par le temps, avec la fête de la Chaire de Saint-Pierre (huit jours plus tard). Cependant peu à peu on oublia ce rapport historique et, à la place d’une translation de reliques, on célébra la Conversion de l’Apôtre.

Conversion de saint Paul. — L’Église célèbre la conversion de l’Apôtre des Gentils à cause de l’importance de cet événement pour toute la chrétienté. La conversion eut lieu environ cinq ans (le martyrologe dit deux) après la mort du Sauveur ; elle fut soudaine, indépendante de l’action de saint Paul ; ce fut une œuvre de la grâce. L’Apôtre en parle souvent dans ses Épîtres, mais toujours avec un sentiment de saisissement et une reconnaissance profonde (la Sainte Écriture rapporte trois fois en détail cet événement capital dans la vie de l’Apôtre des nations, Act. IX, 1-22, XXII, 3-21, XXVI, 9-18). La conversion de saint Paul est en effet un événement décisif dans le développement du royaume de Dieu sur la terre. Grâce à saint Paul, l’Église fut délivrée des chaînes du judaïsme et se tourna vers les Gentils. Il apporta l’Évangile en Europe et jusqu’à Rome. Grâce à lui, l’Église fut une Église universelle, une Église catholique. Par conséquent, nous sommes même redevables à l’Apôtre des nations de notre christianisme. C’est pourquoi nous célébrons avec reconnaissance le grand événement de la conversion de saint Paul, dans laquelle la grâce triompha si visiblement de la nature et de la volonté humaines. Sans doute la volonté de saint Paul ne resta pas passive. La grâce s’unit à sa volonté : « La grâce de Dieu ne fut pas vaine en moi. »

La messe (Scio cui). — A l’Introït, saint Paul dit qu’il s’abandonne entièrement à la main de Dieu et qu’il espère, en retour, le bien qui lui est réservé, au jour de l’avènement du Christ. Cet Introït, nous pouvons le faire nôtre et, dans la communion, nous recevons le gage du bien promis. Le ps. 138, que nous réciterons en entier, nous donne la joyeuse certitude que nous avons été choisis de toute éternité avec saint Paul. Puisse notre conversion être complète aussi (Or.). La Leçon décrit, d’une manière vivante, l’événement de la fête.

A l’Évangile, nous entendons les promesses de Notre-Seigneur à ceux qui le suivent : « Quand Fils de l’Homme sera assis sur le trône de sa majesté vous serez assis vous aussi sur douze trônes... » Ceci s’est réalisé pour saint Paul à sa mort, et la sainte messe nous donne une participation à sa gloire.

A l’Offrande que chacun de nous « abandonne » ce que la grâce lui inspire de sacrifier ; au banquet eucharistique, nous recevrons le gage du « centuple » promis (Comm.).

Notre conversion. — Ce grand événement n’a-t-il pas, dans notre vie, son pendant ? Oui. Le premier jour de notre conversion fut notre baptême, ce fut l’intervention du Christ dans notre vie. Ce fut un jour de pure grâce, sans le moindre mérite de not part. Il est vrai que nous n’en eûmes pas conscience dans un certain sens, c’est dommage. Quelle action puissante exerçait le baptême, dans la primitive Église sur les baptisés adultes ! C’était, dans le plein sens mot, une conversion, un redressement de toute la vie Pensons, par exemple, à saint Augustin. Pour nous, qui sommes baptisés les premiers jours de notre enfance, nous avons souvent besoin d’une seconde conversion qui nous fait passer d’une vie tiède ou peut-être pécheresse, en tout cas d’un christianisme inconscient à une vie chrétienne zélée et consciente, qui comporte un renouvellement de la grâce et des promesses baptismales. Ce jour devrait être consacré à la pensée reconnaissante de ces deux conversions : la conversion inconsciente et la conversion consciente.

Il y a encore une autre heure de Damas, dans notre vie, c’est la messe. Là le Christ vient à notre rencontre, sa grâce se rattache à la première grâce qu’il nous donna et veut achever ce qu’elle commença alors. Elle veut maintenir en nous le sentiment de la conversion, ce sentiment que nous admirons dans la vie de saint Paul. Vingt ans, trente ans après sa conversion, il est encore ému jusqu’aux larmes, quand il pense au chemin de Damas. C’est là la marque d’un homme vraiment grand, quand une impression décisive ne s’affaiblit pas en lui. Car la conversion seule ne suffit pas, il faut qu’elle soit durable et l’heure de Damas de la messe nous aide à la rendre telle. A chaque messe se produit une conversion, une transsubstantiation. J’apporte à l’autel ma misère humaine et je reçois en échange la vie divine : j’apporte du pain terrestre (à l’Offrande) et je reçois en retour le pain divin (à la Communion). C’est un Saul qui vient à la messe, c’est un Paul qui s’en retourne.




BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 3 septembre 2008



La conversion de Paul


Chers frères et sœurs,

La catéchèse d'aujourd'hui sera consacrée à l'expérience que saint Paul fit sur le chemin de Damas et donc sur ce que l'on appelle communément sa conversion. C'est précisément sur le chemin de Damas, au début des années 30 du i siècle, et après une période où il avait persécuté l'Eglise, qu'eut lieu le moment décisif de la vie de Paul. On a beaucoup écrit à son propos et naturellement de différents points de vue. Il est certain qu'un tournant eut lieu là, et même un renversement de perspective. Alors, de manière inattendue, il commença à considérer "perte" et "balayures" tout ce qui auparavant constituait pour lui l'idéal le plus élevé, presque la raison d'être de son existence (cf. Ph 3, 7-8). Que s'était-il passé?

Nous avons à ce propos deux types de sources. Le premier type, le plus connu, est constitué par des récits dus à la plume de Luc, qui à trois reprises raconte l'événement dans les Actes des Apôtres (cf. 9, 1-19; 22, 3-21; 26, 4-23). Le lecteur moyen est peut-être tenté de trop s'arrêter sur certains détails, comme la lumière du ciel, la chute à terre, la voix qui appelle, la nouvelle condition de cécité, la guérison comme si des écailles lui étaient tombées des yeux et le jeûne. Mais tous ces détails se réfèrent au centre de l'événement: le Christ ressuscité apparaît comme une lumière splendide et parle à Saul, il transforme sa pensée et sa vie elle-même. La splendeur du Ressuscité le rend aveugle: il apparaît ainsi extérieurement ce qui était sa réalité intérieure, sa cécité à l'égard de la vérité, de la lumière qu'est le Christ. Et ensuite son "oui" définitif au Christ dans le baptême ouvre à nouveau ses yeux, le fait réellement voir.

Dans l'Eglise antique le baptême était également appelé "illumination", car ce sacrement donne la lumière, fait voir réellement. Ce qui est ainsi indiqué théologiquement, se réalise également physiquement chez Paul: guéri de sa cécité intérieure, il voit bien. Saint Paul a donc été transformé, non par une pensée, mais par un événement, par la présence irrésistible du Ressuscité, de laquelle il ne pourra jamais douter par la suite tant l'évidence de l'événement, de cette rencontre, avait été forte. Elle changea fondamentalement la vie de Paul; en ce sens on peut et on doit parler d'une conversion. Cette rencontre est le centre du récit de saint Luc, qui a sans doute utilisé un récit qui est probablement né dans la communauté de Damas. La couleur locale donnée par la présence d'Ananie et par les noms des rues, ainsi que du propriétaire de la maison dans laquelle Paul séjourna (cf. Ac 9, 11) le laisse penser.

Le deuxième type de sources sur la conversion est constitué par les Lettres de saint Paul lui-même. Il n'a jamais parlé en détail de cet événement, je pense que c'est parce qu'il pouvait supposer que tous connaissaient l'essentiel de cette histoire, que tous savaient que de persécuteur il avait été transformé en apôtre fervent du Christ. Et cela avait eu lieu non à la suite d'une réflexion personnelle, mais d'un événement fort, d'une rencontre avec le Ressuscité. Bien que ne mentionnant pas de détails, il mentionne plusieurs fois ce fait très important, c'est-à-dire que lui aussi est témoin de la résurrection de Jésus, de laquelle il a reçu directement de Jésus lui-même la révélation, avec la mission d'apôtre. Le texte le plus clair sur ce point se trouve dans son récit sur ce qui constitue le centre de l'histoire du salut: la mort et la résurrection de Jésus et les apparitions aux témoins (cf. 1 Co 15). Avec les paroles de la très ancienne tradition, que lui aussi a reçues de l'Eglise de Jérusalem, il dit que Jésus mort crucifié, enseveli, ressuscité, apparut, après la résurrection, tous d'abord à Céphas, c'est-à-dire à Pierre, puis aux Douze, puis à cinq cents frères qui vivaient encore en grande partie à cette époque, puis à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et à ce récit reçu de la tradition, il ajoute: "Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l'avorton que je suis" (1 Co 15, 8). Il fait ainsi comprendre que cela est le fondement de son apostolat et de sa nouvelle vie. Il existe également d'autres textes dans lesquels la même chose apparaît: "Nous avons reçu par lui [Jésus] grâce et mission d'Apôtre" (cf. Rm 1, 5); et encore: "N'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur?" (1 Co 9, 1), des paroles avec lesquelles il fait allusion à une chose que tous savent. Et finalement le texte le plus diffusé peut être trouvé dans Ga 1, 15-17: "Mais Dieu m'avait mis à part dès le sein de ma mère, dans sa grâce il m'avait appelé, et, un jour, il a trouvé bon de mettre en moi la révélation de son Fils, pour que moi, je l'annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l'avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient les Apôtres avant moi, je suis parti pour l'Arabie; de là, je suis revenu à Damas". Dans cette "auto-apologie" il souligne de manière décidée qu'il est lui aussi un véritable témoin du Ressuscité, qu'il a une mission reçue directement du Ressuscité.

Nous pouvons ainsi voir que les deux sources, les Actes des Apôtres et les Lettres de saint Paul, convergent et s'accordent sur un point fondamental: le Ressuscité a parlé à Paul, il l'a appelé à l'apostolat, il a fait de lui un véritable apôtre, témoin de la résurrection, avec la charge spécifique d'annoncer l'Evangile aux païens, au monde gréco-romain. Et dans le même temps, Paul a appris que, malgré le caractère direct de sa relation avec le Ressuscité, il doit entrer dans la communion de l'Eglise, il doit se faire baptiser, il doit vivre en harmonie avec les autres apôtres. Ce n'est que dans cette communion avec tous qu'il pourra être un véritable apôtre, ainsi qu'il l'écrit explicitement dans la première Epître aux Corinthiens: "Eux ou moi, voilà ce que nous prêchons. Et voilà ce que vous avez cru" (15, 11). Il n'y a qu'une seule annonce du Ressuscité car le Christ est un.

Comme on peut le voir, dans tous ces passages Paul n'interprète jamais ce moment comme un fait de conversion. Pourquoi? Il y a beaucoup d'hypothèses, mais selon moi le motif était tout à fait évident. Ce tournant dans sa vie, cette transformation de tout son être ne fut pas le fruit d'un processus psychologique, d'une maturation ou d'une évolution intellectuelle et morale, mais il vint de l'extérieur: ce ne fut pas le fruit de sa pensée, mais de la rencontre avec Jésus Christ. En ce sens, ce ne fut pas simplement une conversion, une maturation de son "moi", mais ce fut une mort et une résurrection pour lui-même: il mourut à sa vie et naquit à une autre vie nouvelle avec le Christ ressuscité. D'aucune autre manière on ne peut expliquer ce renouveau de Paul. Toutes les analyses psychologiques ne peuvent pas éclairer et résoudre le problème. Seul l'événement, la rencontre forte avec le Christ, est la clé pour comprendre ce qui était arrivé; mort et résurrection, renouveau de la part de Celui qui s'était montré et avait parlé avec lui. En ce sens plus profond, nous pouvons et nous devons parler de conversion. Cette rencontre est un réel renouveau qui a changé tous ses paramètres. Maintenant il peut dire que ce qui auparavant était pour lui essentiel et fondamental, est devenu pour lui "balayures"; ce n'est plus un "gain", mais une perte, parce que désormais seul compte la vie dans le Christ.

Nous ne devons toutefois pas penser que Paul ait été ainsi enfermé dans un événement aveugle. Le contraire est vrai, parce que le Christ ressuscité est la lumière de la vérité, la lumière de Dieu lui-même. Cela a élargi son cœur, l'a ouvert à tous. En cet instant il n'a pas perdu ce qu'il y avait de bon et de vrai dans sa vie, dans son héritage, mais il a compris de manière nouvelle la sagesse, la vérité, la profondeur de la loi et des prophètes, il se l'est réapproprié de manière nouvelle. Dans le même temps, sa raison s'est ouverte à la sagesse des païens; s'étant ouvert au Christ de tout son cœur, il est devenu capable d'un large dialogue avec tous, il est devenu capable de se faire tout pour tous. C'est ainsi qu'il pouvait réellement devenir l'apôtre des païens.

Si l'on en revient à présent à nous-mêmes, nous nous demandons: qu'est-ce que tout cela veut dire pour nous? Cela veut dire que pour nous aussi le christianisme n'est pas une nouvelle philosophie ou une nouvelle morale. Nous ne sommes chrétiens que si nous rencontrons le Christ. Assurément, il ne se montre pas à nous de manière irrésistible, lumineuse, comme il l'a fait avec Paul pour en faire l'apôtre de toutes les nations. Mais nous aussi nous pouvons rencontrer le Christ, dans la lecture de l'Ecriture Sainte, dans la prière, dans la vie liturgique de l'Eglise. Nous pouvons toucher le cœur du Christ et sentir qu'il touche le nôtre. C'est seulement dans cette relation personnelle avec le Christ, seulement dans cette rencontre avec le Ressuscité que nous devenons réellement chrétiens. Et ainsi s'ouvre notre raison, s'ouvre toute la sagesse du Christ et toute la richesse de la vérité. Prions donc le Seigneur de nous éclairer, de nous offrir dans notre monde de rencontrer sa présence: et qu'ainsi il nous donne une foi vivace, un cœur ouvert, une grande charité pour tous, capable de renouveler le monde.

* * *

Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins francophones. A l’exemple de saint Paul laissez-vous saisir par le Christ. C’est en lui que se trouve le sens ultime de votre vie. Vous aussi, soyez des témoins ardents du Sauveur des hommes, parmi vos frères et vos sœurs. Que Dieu vous bénisse !


© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana



CÉLÉBRATION DES VÊPRES EN CONCLUSION

DE LA SEMAINE DE PRIÈRE

POUR L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Fête de la Conversion de saint Paul Apôtre

Basilique Saint-Paul-hors-les-murs

Mercredi 25 janvier 2012


Chers frères et sœurs !

C’est avec une grande joie que j’adresse mes salutations chaleureuses à vous tous qui êtes réunis dans cette Basilique en la fête liturgique de la conversion de saint Paul, pour conclure la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, en cette année au cours de laquelle nous célébrerons le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, que le bienheureux Jean XXIII annonça précisément dans cette basilique le 25 janvier 1959. Le thème offert à notre méditation au cours de la Semaine de prière que nous concluons aujourd’hui est : « Tous, nous serons transformés par la victoire de Jésus Christ, notre Seigneur » (cf. 1 Co 15, 51-58).

La signification de cette mystérieuse transformation, dont nous parle la seconde lecture brève de ce soir, nous est merveilleusement indiquée par l’expérience personnelle de saint Paul. Suite à l’événement extraordinaire sur le chemin de Damas, Saul, qui se distinguait par le zèle avec lequel il persécutait l’Eglise naissante, fut transformé en un inlassable apôtre de l’Evangile de Jésus Christ. Dans l’expérience de cet extraordinaire évangélisateur apparaît clairement que cette transformation n’est pas le résultat d’une longue réflexion intérieure ni même le fruit d’un effort personnel. Elle est avant tout l’œuvre de la grâce de Dieu qui a agi selon ses voies impénétrables. C’est pour cette raison que Paul, en écrivant à la communauté de Corinthe quelques années après sa conversion, affirme, comme nous l’avons entendu lors de la première lecture de ces Vêpres : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile » (1 Cor 15, 10). Par ailleurs, si l’on considère attentivement l’expérience de saint Paul, on comprend que la transformation qu’il a connue dans son existence ne se limite pas au plan éthique — comme conversion de l’immoralité à la moralité —, ni au plan intellectuel — comme changement de sa façon de comprendre la réalité —, mais il s’agit plutôt d’un renouveau radical de son être, semblable par bien des aspects à une renaissance. Une telle transformation trouve son fondement dans la participation au mystère de la Mort et de la Résurrection de Jésus Christ, et se présente comme un chemin graduel de configuration à Lui. A la lumière de cette conscience, saint Paul, lorsque par la suite, il sera appelé à défendre la légitimité de sa vocation apostolique et de l’Evangile qu’il annonce, dira : « Et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20).

L’expérience personnelle vécue par saint Paul lui permet d’attendre avec une espérance fondée l’accomplissement de ce mystère de transformation, qui concernera tous ceux qui ont cru en Jésus Christ ainsi que toute l’humanité et la création tout entière. Dans la seconde brève lecture qui a été proclamée ce soir, saint Paul, après avoir développé une longue argumentation destinée à renforcer chez les fidèles l’espérance de la résurrection, en utilisant les images traditionnelles de la littérature apocalyptique de son époque, décrit en quelques lignes le grand jour du jugement dernier, où s’accomplit le destin de l’humanité : « En un instant, en un clin d’œil, au son de la trompette finale... les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés » (1 Co 15, 52). Ce jour-là, tous les croyants seront rendus conformes au Christ et tout ce qui est corruptible sera transformé par sa gloire : « Il faut, en effet — dit saint Paul —, que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité » (v. 53). Alors le triomphe du Christ sera finalement complet, parce que, nous dit encore saint Paul en montrant que les anciennes prophéties des Ecritures se réalisent, la mort sera vaincue définitivement et, avec elle, le péché qui l’a faite entrer dans le monde et la Loi qui fixe le péché sans donner la force de le vaincre : « La mort a été engloutie dans la victoire. / Où est-elle, ô mort, ta victoire ? / Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? / L’aiguillon de la mort, c’est le péché, et la force du péché, c’est la Loi » (vv. 54-56). Saint Paul nous dit donc que chaque homme, à travers le baptême dans la mort et la résurrection du Christ, participe à la victoire de Celui qui le premier a vaincu la mort, en entamant un chemin de transformation qui se manifeste dès lors dans une nouveauté de vie et qui atteindra sa plénitude à la fin des temps.

Il est très significatif que le texte se conclue par une action de grâce : « Mais grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ ! » (v. 57). Le chant de victoire sur la mort se transforme en chant de gratitude élevé au Vainqueur. Nous aussi ce soir, en célébrant les louanges vespérales de Dieu, nous voulons unir nos voix, nos esprits et nos cœurs à cet hymne d’action de grâce pour ce que la grâce divine a opéré dans l’Apôtre des nations et pour le merveilleux dessein salvifique que Dieu le Père accomplit en nous au moyen du Seigneur Jésus Christ. Tandis que nous élevons notre prière, nous sommes convaincus que nous serons transformés nous aussi et configurés à l’image du Christ. Cela est particulièrement vrai dans la prière pour l’unité des chrétiens. En effet, lorsque nous implorons le don de l’unité des disciples du Christ, nous faisons nôtre le souhait exprimé par Jésus Christ à la veille de sa passion et de sa mort dans la prière adressée au Père : « Afin que tous soient un » (Jn 17, 21). C’est pour cette raison que la prière pour l’unité des chrétiens n’est rien d’autre que la participation à la réalisation du projet divin pour l’Eglise, et l’engagement actif pour le rétablissement de l’unité est un devoir et une grande responsabilité pour tous.

Bien que faisant l’expérience à notre époque de la situation douloureuse de la division, nous chrétiens pouvons et devons regarder vers l’avenir avec espérance, car la victoire du Christ signifie le dépassement de tout ce qui nous empêche de partager la plénitude de la vie avec Lui et avec les autres. La résurrection de Jésus Christ confirme que la bonté de Dieu l’emporte sur le mal, l’amour va au-delà de la mort. Il nous accompagne dans la lutte contre la force destructrice du péché qui entâche l’humanité et la création de Dieu tout entière. La présence du Christ ressuscité nous appelle tous, en tant que chrétiens, à agir ensemble pour la cause du bien. Unis dans le Christ, nous sommes appelés à partager sa mission, qui est celle d’apporter l’espérance là où dominent l’injustice, la haine et le désespoir. Nos divisions rendent notre témoignage au Christ moins lumineux. L’objectif de la pleine unité que nous attendons dans une espérance active et pour laquelle nous prions avec confiance, n’est pas une victoire secondaire, mais elle est importante pour la famille humaine.

Dans la culture aujourd’hui dominante, l’idée de victoire est souvent associée à un succès immédiat. Dans l’optique chrétienne, en revanche, la victoire est un long processus de transformation et de croissance dans le bien qui, à nos yeux d’hommes, n’apparaît pas toujours linéaire. Celle-ci arrive selon les temps de Dieu, et non les nôtres, et exige de nous une foi profonde et une persévérance patiente. Bien que le Royaume de Dieu fasse définitivement irruption dans l’histoire avec la résurrection de Jésus, celui-ci n’est pas encore pleinement réalisé. La victoire finale adviendra uniquement avec la seconde venue du Seigneur, que nous attendons avec une espérance patiente. Notre attente pour l’unité visible de l’Eglise doit elle aussi être patiente et confiante. C’est uniquement dans de telles dispositions que trouvent tout leur sens notre prière et notre engagement quotidien pour l’unité des chrétiens. L’attitude d’attente patiente ne signifie pas passivité ou résignation, mais une réponse prompte et attentive à toute possibilité de communion et de fraternité, que le Seigneur nous donne.

Dans ce climat spirituel, je voudrais adresser des saluts particuliers, en premier lieu au cardinal Monterisi, archiprêtre de cette basilique, à l’abbé et à la communauté des moines bénédictins qui nous accueillent. Je salue le cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, et tous les collaborateurs de ce dicastère. J’adresse mes salutations cordiales et fraternelles à Son Eminence le métropolite Gennadios, représentant le patriarcat œcuménique, et au révérend chanoine Richardson, représentant personnel à Rome de l’archevêque de Canterbury, et à tous les représentants des diverses Eglises et communautés ecclésiales, réunis ici ce soir. En outre, je suis particulièrement heureux de saluer plusieurs membres du Groupe de travail composé de représentants de diverses Eglises et communautés ecclésiales présentes en Pologne, qui ont préparé les documents de travail pour la Semaine de prière de cette année, auxquels je voudrais exprimer ma gratitude et mes meilleurs vœux en vue de poursuivre sur le chemin de la réconciliation et d’une fructueuse collaboration, ainsi que les membres du Global Christian Forum qui sont à Rome ces jours-ci pour réfléchir sur l’élargissement de la participation au mouvement œcuménique de nouveaux sujets. Et je salue aussi le groupe d’étudiants de l’Institut œcuménique de Bossey du Conseil œcuménique des Eglises.

Je souhaite confier à l’intercession de saint Paul tous ceux qui, par leur prière et leur engagement, travaillent pour la cause de l’unité des chrétiens. Même si on peut parfois avoir l’impression que le chemin vers le plein rétablissement de la communion est encore très long et pavé d’obstacles, j’invite tous à renouveler leur détermination à poursuivre, avec courage et générosité, l’unité qui est volonté de Dieu, en suivant l’exemple de saint Paul qui, devant les difficultés en tout genre, a conservé toujours ferme la confiance en Dieu qui conduit à l’accomplissement de son œuvre. D’ailleurs, sur ce chemin, ne manquent pas les signes positifs d’une fraternité renouvelée et d’un sens partagé de responsabilité face aux grandes problématiques qui affligent notre monde. Tout cela est un motif de joie et de grande espérance et doit nous encourager à poursuivre notre engagement pour parvenir tous ensemble à l’objectif final, en sachant que nos efforts ne sont pas vains dans le Seigneur (cf. 1 Co 15, 58). Amen.

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Conversion de Saint Paul

an 34 ou 35

Saint Paul était Juif, de la tribu de Benjamin ; il naquit à Tarse, en Cilicie, dont les habitants étaient considérés comme citoyens romains. Son attachement aux traditions de ses pères, sa haine contre les chrétiens, sa présence au supplice de saint Étienne, son acharnement à poursuivre les disciples de Jésus-Christ, à les traîner en prison, à les battre, ont poussé les interprètes de l’Écriture à voir en lui la réalisation de la prophétie de Jacob, concernant son fils Benjamin : "Benjamin est un loup ravisseur." Mais une hymne chrétienne a heureusement complété l’application de la prophétie, en disant : "Le loup ravisseur s’est changé en agneau."

Saul (c’était le premier nom du grand Apôtre) approchait de Damas, où il allait persécuter les chrétiens, accompagné de soldats et d’émissaires de la synagogue de Jérusalem, quand tout à coup il est renversé de son cheval et couché à terre par une force invisible. Une éblouissante clarté l’environne et une voix lui dit : "Saul, pourquoi Me persécutez-vous ? - Qui êtes-Vous, Seigneur ? — Je suis Jésus, que vous persécutez. — Seigneur, que voulez-Vous que je fasse ? — Levez-vous, entrez dans la ville, et là vous apprendrez ce que vous devez faire."

Saul était devenu aveugle ; ses compagnons le conduisirent à Damas. Un serviteur de Dieu, nommé Ananias, averti en songe, alla le trouver, lui rendit la vue et lui conféra le baptême. Dès lors, Saul, devenu Paul, n’est pas seulement un converti, un chrétien, c’est un apôtre, c’est l’Apôtre par excellence, qui étonnera le monde et fera l’admiration des siècles par ses écrits sublimes et inspirés, par ses saintes audaces, ses travaux, les merveilles de son apostolat et la gloire de son martyre.

Que de leçons dans cette conversion étrange et foudroyante ! Nous y voyons la puissance toute divine de la grâce à laquelle rien ne résiste ; la sagesse de Dieu qui se plaît à confondre la fausse sagesse du monde ; la miséricorde inénarrable du Seigneur, qui ne rebute personne et peut faire du plus grand des pécheurs le plus insigne des saints. Ne désespérons jamais du salut de personne, tout est possible à la prière et à la grâce.

Nous ne comprendrons bien qu’au Ciel quelle a été l’influence de la prière dans le monde et combien de pécheurs devront leur salut à l’intercession des justes. Saint Augustin a dit fort justement : "Si Étienne n’avait pas prié, nous n’aurions pas saint Paul !"



La conversion de saint Paul en images

"La conversion de saint Paul en images" par Sylvie Bethmont-Gallerand, conférence le 28 mai 2008 à 15h30, Ecole Cathédrale, 8 rue Massillon, Paris 4e.

Au début de notre ère, pour certains, la foi est une histoire pleine de bruit et de fureur ; Saül de Tarse, avant de devenir notre saint Paul, est de ceux-là. « Ne respirant toujours que menaces et carnages », il partage les vues de ceux qui voient l’histoire de Jésus s’arrêter au pied de la croix (Actes 9, 1-22). Pour lui Etienne est un blasphémateur, un traître à la foi juive, dont la lapidation est la juste sanction, accomplie au nom de la Loi de Moïse (Actes 8, 1). Prenant une part active à la persécution qui fond sur les premiers chrétiens rassemblés à Jérusalem, il « ravage l’Eglise » (Actes 8, 2-3). C’est un acharné, puisant sa légitimité auprès du grand prêtre lui-même, auquel il demande des « lettres pour la synagogue de Damas » afin de poursuivre les hommes et les femmes adeptes du Christ. Des hommes et des femmes formant la primitive Eglise que l’on nomme alors « la Voie ». (Actes 9, 1-2).

C’est dans cet élan, c’est sur un chemin, celui de Damas, que cette Voie-là le rattrape un beau jour. Il est alors renversé, mis à terre, réduit à rien, aveuglé par la présence du Christ, afin d’être relevé par son Sauveur et rendu à la vue, puis à la vie par le baptême. Cette conversion n’est pas celle d’un païen, mais bien celle d’un croyant qui doit revoir toutes ses certitudes à la lumière nouvelle de la Résurrection. Comme tous les apôtres, lui, le dernier, « l’avorton », reçoit la présence de Jésus ressuscité et cela le renverse (1 Co 15). « A cause du Christ mon Seigneur, j’ai tout perdu et je considère ce que j’ai perdu comme ordure, afin de gagner le Christ ». De la Loi Paul ne connaîtra plus désormais qu’un commandement, celui de l’Amour, un amour qui « excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Co, 13, 1-5).

Lorsque les peintres des temps modernes (à partir du XVe siècle), s’emploient à représenter cette conversion de Paul, ils nous dépeignent cette furie anéantie, une lumière aveuglante, la solitude de la foi. Ainsi le Parmesan (de son vrai nom, Francesco Mazzola, 1503-1540) a-t-il peint cette conversion de saint Paul vers 1527, aux lendemains du sac de Rome.

Loin d’illustrer mot à mot un récit, le Parmesan évacue tout contexte comme les protagonistes, l’anecdote, le superflu pour nous placer face à face avec Saül, le converti. Comme Moïse devant le buisson ardent, Saül entend une voix et comme à Moïse, pour se désigner, Dieu dit : « Je suis ». La personne du Christ n’est pas représentée ici ; seul signe de la divinité, la lumière vient du ciel, révèle et rend aveugle. Elle se déverse alors que vient l’Esprit, comme le fera l’eau du baptême, sur la tête et les épaules de Saül devenu Paul. Pour nous, comme pour Etienne, comme pour Saül-Paul, et bien d’autres visionnaires qui jalonnent la Bible, « le ciel s’ouvre » et la voie est tracée.

Est-ce que ce cheval blanc de lumière, ce cheval dressé qui nous regarde et fait corps avec Saül, est sa monture ? Ou bien est-ce le signe que la furieuse cavalcade est terminée, qu’il est temps de rendre les armes, l’épée étant jetée à terre ? Les prophètes Isaïe et Michée n’ont-ils pas annoncé que les épées seront forgées en « socs de charrue » alors que vient le temps de l’Amour, de la lumière et de la grâce ? Dans le livre de l’Apocalypse, le « ciel s’ouvre » et Jean voit un autre cheval blanc monté par un cavalier, qui part en vainqueur. Un cavalier dont le nom est « le Verbe de Dieu » (Ap 6, 2 et 19, 13). Paul aveuglé est déjà redressé. Son corps et celui du cheval ouvrent comme un éventail sur le paysage baigné de lumière, sur la ville au loin, la terre qui reverdit, autant d’annonces des missions à venir de Paul et de notre propre mission à « suivre le Christ ».

Sylvie Bethmont-Gallerand



Éclairage sur la conversion de Saint Paul

D'après le récit des Actes des Apôtres (Ac 9), c'est alors qu'il se rendait de Jérusalem à Damas pour sévir contre les disciples de Jésus dans les synagogues de cette ville, que Saul, le persécuteur, a été subitement terrassé par une apparition du Christ, qui lui dit : "Je suis Jésus que tu persécutes".

Aveuglé par cette lumière céleste, il est alors conduit chez un disciple de Damas, Ananie, qui, malgré ses craintes, l'accueille et le baptise.

Ce récit doit émaner de la communauté de Damas : elle cherchait à dire comment elle l'avait échappé belle grâce à l'intervention de dernière minute de son Seigneur, qui avait retourné le persécuteur en apôtre.

Quand c'est Paul qui parle de Paul ...

Ce récit n'est pas sans intérêt ni vérité. Mais les quelques 1 allusions que Paul a faites lui-même à l'événement qui a bouleversé sa vie nous sont encore beaucoup plus précieuses.

Il en parle très sobrement. Il met surtout en valeur ce qui l'a précédé et ce qui l'a suivi.

Il ne dit pratiquement rien du processus lui-même. C'est tout juste s'il nous apprend indirectement que cela s'est passé à Damas (Ga 1, 17). Mais il met en lumière ce que cette rencontre du Christ a changé dans sa vie. Il le voit encore plus nettement après des années de ministère apostolique.

Il y fait référence quand des contestations l'obligent à justifier sa qualité d'apôtre du Christ et sa manière de comprendre l'Evangile.

Il relit alors l'événement de sa vocation, à partir de ce qui s'est passé à ce moment-là, mais aussi à la lumière de l'histoire qu'elle a engendrée.

L'interroger à partir de ces quelques allusions, ce n'est pas pure curiosité historienne : "dis-nous, Paul, ce qui t'est arrivé". C'est une manière d'entrer dans sa théologie à partir de ce qu'il a vécu lui-même, sur le moment et par la suite.

1 Ces allusions se trouvent en quatre passages des épîtres 1 Co 9,1-2 ; 15, 9-11 ; Ga 1, 11-24 ; Ph 3, 2-16

L'avorton devenu apôtre

En deux passages (1Co 9 et 1Co 15), Paul attribue sa qualification d'apôtre du Christ au fait que lui aussi, même lui, a bénéficié d'une apparition pascale : "Ne suis-je pas apôtre ? n'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur ?" (1Co 9,1) ; "en tout dernier lieu il m'est apparu à moi aussi comme à l'avorton" (1Co 15,9).

Dans le second il insiste sur la puissance de la grâce. Lui, le dernier de liste, l'indigne persécuteur, "l'avorton", non viable, mort-né, est devenu, par la grâce de Dieu, l'apôtre le plus efficace de tous.

Paul parlera constamment de son ministère apostolique en termes de "grâce de Dieu" qui lui a été faite.

Cela s'enracine dans l'expérience fondatrice qui a été la sienne.

Celle-ci n'est sûrement pas étrangère à son insistance, plus tard, sur le fait que nous devenons justes aux yeux de Dieu sans l'avoir mérité, en vertu de sa seule grâce.

Un changement de regard

Nous allons maintenant nous arrêter aux deux autres passages où Paul relit l'événement de Damas : celui de l'épître aux Galates (1, 11-24) et celui de l'épître aux Philippiens (3, 2-16) qui méritent encore davantage de retenir notre attention.

Ces deux textes s'expliquent par la controverse engagée avec ces judéo-chrétiens que nous appelons des « judaïsants » : des croyants de Jésus-Christ continuaient de donner une telle importance à la Loi juive comme institution de salut, qu'ils ne pensaient pas pouvoir dispenser les nouveaux croyants venus des nations de s'intégrer à la pratique du judaïsme.

Le Christ Jésus était encore pour eux au service de la Loi.

A leurs yeux il n'était pas encore devenu, à lui seul, le centre et le cœur de tout le dessein de salut de Dieu.

Pour Paul au contraire, désormais tout nous est donné en la personne du Christ. C'est Lui, le don définitif de Dieu ; ouvrir tout son être au Christ par la foi est la seule manière pour tout homme de s'ajuster au dessein de Dieu.

Dans l'épître aux Galates, Paul relit l'événement de Damas pour fonder sa manière d'annoncer l'Evangile parmi les Nations, c'est-à-dire sans inféodation à la Loi, au Judaïsme.

Dans l'épître aux Philippiens, il relit l'événement de Damas comme lieu de révélation de la vraie « justice », de la vraie sainteté, que Dieu attend de l'homme : la communion au Christ pascal, sans avoir à passer par la Loi.

Ces deux relectures sont liées.

Conversion ? Vocation ?

Le terme de « conversion » est ambigu dans notre langage actuel pour exprimer le changement dont Paul fait état.

Il ne s'est pas converti du péché à la sainteté, à la manière par exemple d'un Charles de Foucauld ; il ne s'est pas converti d'une fausse religion à la vraie : Paul n'a jamais eu conscience d'abandonner sa foi juive au moment où il adhérait au Christ Jésus, bien au contraire.

Mais il a changé radicalement de regard sur la personne de Jésus : le Crucifié du Vendredi saint n'était plus à ses yeux le maudit de Dieu, mais son Fils glorifié en raison de son obéissance à son amour. En ce sens on peut parler de « conversion », de « retournement » complet.

En même temps il faut souligner que Paul exprime sa conscience d'avoir vécu cette « conversion » comme un « appel » à l'apostolat, au sens fort du terme : la vocation d'être apôtre du Christ ressuscité pour annoncer l'Evangile et fonder des Eglises.

Source : diocèse de Marseille




Commentaire : Luc raconte Paul

Aux portes de Damas

Le récit autobiographique de Paul dans la lettre aux Galates est assez elliptique et fortement théologique. En racontant le parcours de Paul, l'auteur des Actes des Apôtres donne plus de détails. Mais, nouvelle étrangeté : la conversion de Paul est si importante qu'elle est racontée trois fois… de manière différente !

Dans le livre des Actes des Apôtres il y a trois récits de la conversion de Paul. Le premier (Ac 9) est fait par le narrateur, les deux autres (Ac 22 et 26) par Paul lui-même. Ces trois récits relatent la même intervention de Dieu sur le chemin de Damas, mais comportent un certain nombre de divergences. Que disent ces trois récits ? Leur répétition montre tout d'abord l'importance que l'auteur accorde à la conversion de Paul. Leurs divergences sont autant de clins d'œil adressés au lecteur et d'invitations à en chercher le sens. Avec son génie de conteur, Luc nous invite à entrer progressivement dans le mystère de la conversion de Paul.

À l'approche de Damas

Le premier récit de conversion (Ac 9) relate l'aller-retour de Saul (le nom de Paul au début du récit) de Jérusalem à Damas. Mandaté par le grand prêtre, Saul arrive devant Damas en persécuteur sanguinaire. Mais, aux portes de la ville le Seigneur l'attend. Le lieu a une certaine importance. Il est en effet un endroit symbolique, un lieu de passage mais aussi de jugement. Les rois grecs, quand ils visitaient leur royaume, s'arrêtaient aux portes des villes pour écouter les doléances de leurs sujets et leur rendre justice. Ce n'est pas pour rien que, dans l'œuvre de Luc, beaucoup de choses se passent aux portes des villes. Jésus ressuscite un jeune homme aux portes de Naïn, il guérit un aveugle aux portes de Jéricho, il pleure sur Jérusalem à l'approche de la ville...

L'épisode de la porte de Damas est bien une scène de jugement. Saul en effet rencontre le Seigneur, qui est à la fois le juge et la victime et qui lui demande des comptes. L'interrogatoire est bref et la sentence immédiate. Elle révèle la vraie nature du persécuteur : il est aveugle. Cependant elle n'écrase pas le condamné. Elle le relève au contraire et lui indique le chemin de la conversion. Saul doit faire confiance à une communauté : ''On te dira ce que tu dois faire''. Les témoins de la scène ne voient personne mais entendent la voix. Saul, lui, a-t-il vu le ressuscité ? Pour le moment nous ne le savons pas.

Terrassé par le Seigneur et aveuglé par sa lumière, Saul entre maintenant dans la ville, conduit par la main de ses compagnons. Il en sortira ballotté dans un panier le long des remparts de la ville.

Il est l'instrument choisi

La deuxième intervention divine se passe chez un disciple de Jésus, Ananie, à qui le Seigneur communique son projet sur Saul : ''Cet homme est l'instrument que je me suis choisi pour répondre de mon Nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites.'' Nous lecteurs, nous assistons à cette scène et nous savons maintenant à quoi Saul est destiné. Mais comment Saul va-t-il le savoir ? Par Ananie, en principe, qui devrait logiquement lui communiquer le message divin. Mais Ananie ne le fait pas.

Observons bien ce qui se passe. Ananie va trouver Saul dans la maison de Judas. Il lui impose les mains et le guérit, mais il ne transmet pas le message reçu. Nous sommes donc dans une situation étrange : les lecteurs savent quelque chose que le héros principal de cette histoire ignore. Cet effet littéraire n'est pas gratuit. Il montre que Saul n'est pas une simple marionnette entre les mains de Dieu. Ce dernier a un projet sur Saul, mais il ne lui impose pas. Il lui laisse du temps pour qu'il le découvre par lui-même.

Il a vu le Seigneur

Saul se rend maintenant à Jérusalem. Il quitte le groupe de disciples qui l'ont accueilli pour la première fois pour rencontrer le groupe des apôtres. Une boucle est bouclée. Paul est revenu à son point de départ, mais il ne fréquente plus les mêmes personnes. De l'entourage du grand prêtre, il est passé dans le cercle des chrétiens.

Quand il se présente à Jérusalem Barnabas dit aux apôtres que Saul ''a vu le Seigneur qui lui a parlé''. Le narrateur de cette histoire s'efface donc devant un membre de la communauté chrétienne et lui laisse le soin d'interpréter l'événement du chemin de Damas et de révéler aux apôtres, et aussi à nous les lecteurs, que Saul a bien vu le Seigneur ressuscité. Les apparitions du Seigneur ne sont pas d'abord un fait observable par un historien. Ils sont d'abord l'objet d'un témoignage de croyant.

Mettez-moi Saul à part pour une œuvre

Au chapitre 13 des Actes, Saul est à Antioche. L'Esprit Saint demande à la communauté de le mettre à part, avec Barnabé, pour ''une œuvre'' qu'il ne définit pas. Nous avons le même phénomène littéraire que plus haut. Nous, lecteurs, savons à quoi Saul est destiné, mais Saul ne le sait toujours pas. Il va donc de synagogue en synagogue annoncer Jésus ressuscité. Devant l'opposition des Juifs, il décide de se tourner vers les païens. Apparemment il a décidé cela par lui-même, en accord avec Barnabas. Il a enfin découvert ce à quoi il était destiné. L'Esprit Saint lui a laissé le temps. Au retour de mission il rend compte à la communauté de ''l'œuvre'' qu'il vient d'accomplir : ''Ouvrir aux païens les portes de la foi'' (Ac 14,27).

Sous la forme du récit Luc vient de nous montrer comment Dieu avait un projet sur Paul mais n'a pas tiré les ficelles. Il l'a laissé trouver par lui-même son chemin. Initiative humaine et plan de Dieu peuvent faire bon ménage.

Deuxième récit de conversion

Le deuxième récit de conversion (Ac 22) est fait par Paul lui-même dans le Temple de Jérusalem. Devant la foule juive, il raconte les événements du chemin de Damas. À part quelques variantes secondaires, Paul reprend les mêmes éléments que nous avons déjà entendus. Mais il apporte deux précisions. Ananie d'abord transmet le message à Paul qui doit être témoin du Christ ''devant tous les hommes'', donc également devant les païens. Et Paul raconte ensuite qu'il a eu une vision dans le Temple de Jérusalem au cours de laquelle le Seigneur lui a dit : ''Va, c'est au loin, vers les nations païennes, que je vais, moi, t'envoyer .''

Le lecteur apprend donc par la bouche de Paul des choses qu'il ne savait pas. Ainsi Paul n'a pas décidé par lui-même de passer aux païens. Il a été encouragé par le Seigneur en personne. Et cette vision s'est déroulée au Temple. On remarque la portée symbolique de ce lieu.

Troisième récit de conversion

Alors qu'il est en captivité à Césarée, la ville païenne, Paul raconte une troisième fois sa conversion. Ses interlocuteurs sont des descendants d'Hérode le Grand ainsi que le gouverneur romain Festus. Il y a de nouvelles variantes. Cette fois-ci il n'est plus question de la cécité temporaire de Paul ni du rôle d'Ananie. Plus question non plus de l'extase du Temple. Mais Paul parle de la rencontre avec le Nom de Jésus. Paul qui combattait ce Nom par tous les moyens l'a rencontré sur sa route, en travers de son chemin. Le Seigneur a parlé à Paul et lui dit :

''Je t'ai destiné à être serviteur et témoin de la vision où tu viens de me voir ....Je t'envoie vers le peuple et les nations païennes pour leur ouvrir les yeux, les détourner des ténèbres vers la lumière... afin qu'ils reçoivent le pardon des péchés et une part d'héritage avec les sanctifiés, par la foi en moi'' (Ac 26,14-18).

Maintenant tout est dit. Le narrateur du livre des Actes des Apôtres a laissé Paul faire lui-même le bilan de sa vie. La conversion et la vocation de l'ancien persécuteur forment un tout. Appartenant tout entier au Christ, il témoigne devant les Juifs et les païens. Ce que le Seigneur a annoncé à Ananie s'est accompli : ''Cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites'' (Ac 9,15).

© Joseph STRICHER. Article paru dans Les Dossiers de la Bible n° 73 ''La conversion de Paul'', p. 12-14

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On January 25 comes the feast of the Conversion of St. Paul, apostle for apostles, missionary for missionaries, and if we are looking for heroes for boys and girls, little or big, there is none better.

St. Paul never even knew Christ in the literal sense of the word. He was born in another part of their world, he was about fifteen years younger, and the closest he came to the body of Christ was his continual hunting down of His followers. In that sense only, up to the time of his conversion, did he trade blows with the living Christ. But there were crossings of their paths long centuries earlier in their family lines.

PAUL'S FAMILY TREE

Far back, long removed grandfathers to Christ and St. Paul were brothers. Juda and Benjamin were two of the brothers of Joseph, the same who was sold into captivity and turned up later in Egypt interpreting the dreams of Pharaoh. After the affairs of Joseph and his brothers were somewhat settled and they married and began to raise families, as the hundreds of years rolled by, the families came to be known as tribes.

The meeting that concerns us here took place when King Saul, of the tribe of Benjamin, sat brooding in his tent one day, rankling over the insults of Goliath. An officer came to announce that a shepherd boy at the front, visiting his brothers, was insisting that he could vanquish Goliath.

"Bring him here."

So the boy David, of the tribe of Juda, was brought in, and he persuaded the king that he could do it. For families who have not read it there is a delightful surprise waiting for them in David's conversations with Saul and Goliath (I Kings 17).

First, David was armed with brass helmet, coat of mail, sword, spear, all the rest. Then David said he was sorry but he couldn't move around in all that armor; so he took it off (I daresay this episode was quite noisy.) Then he went over to a brook running through the camp and chose five smooth stones to put in his purse. At this point it is supposed by some that Saul and his men exchanged glances and asked one another, "Whose idea was this, anyway?"

David reassured them. Once he was attacked by a lion, and once by a bear who came to steal his sheep, but with the help of the Lord God he slew them both. Should he doubt God's help now? And he added with the marvelous wisdom of the young and full of faith: "Who is this uncircumcised Philistine who hath dared to curse the army of the living God?"

The rest of the story you know. Goliath thought David was a great joke and it turned out that he wasn't. One stone and one swing and that was the end of Goliath.

There is a contrast between David and King Saul much like the contrast between Christ and Paul. Saul the warrior calling for conquest by the sword, and David the stripling vanquishing with faith and the power of God, are like Paul the murderer (still called Saul) chasing his enemies down Damascus road and being overcome by Christ, the meek, in whom is all power in Heaven and on earth.

SAUL THE PHARISEE

Saul was a Jew and a Pharisee, so proud of both that he wrote of himself: "Hebrew, son of Hebrews . . . Pharisee, son of Pharisees; according to the strictest sect of our religion I lived a Pharisee." And as a Pharisee he was educated well and painstakingly in all the exactness of the law. It was said that ten thousand regulations had been appended to the Law of Moses. The strange thing about the Pharisees, even the best of them, was that for all their religion they had little humility, and it went against their grain to think that the Messias would come in any but the most fashionable manner. So when Jesus of Nazareth arrived and with His followers began to preach a New Law which would be the crown and fulfillment of the Old, it was men like Saul who set out to put a stop to the thing and quickly. The first sight we catch of Saul in the New Testament is in that scene where he stands over Stephen holding the coats of the men who stoned him to death (Acts 7). That done and approved, he sought permission to follow the Christian Jews who had fled to Damascus, and here is the scene of this feast.

It was 180 miles to Damascus, and ordinarily it would take men on horseback about seven days to make it. But Saul was in a passion and he would have none of the ordinary pace; both men and horses drove themselves to the breaking point. High noon that day they were riding wildly when suddenly a light brighter than the sun fell upon them. Their horses screamed in fear, rose in the air, and Saul was dashed, blind, to the ground. Where he had been scanning the distance to Damascus there was blackness, and he heard for the first time the voice of his Enemy.

"Saul, Saul, why dost thou persecute Me?"

Imagine the terrible impact of the fall, horror of sounds, stamping, fright, cries, gritty dirt in his mouth, blood on his tongue, all shattering the driving, driving, driving toward murder. Like a child he must have whimpered when he asked: "Who art thou, Lord?"

"I am Jesus, whom thou art persecuting."

And there is the doctrine of the Mystical Body again. It cannot be said too often or with too much emphasis that the lesson of this feast is Our Lord teaching this doctrine Himself Christ had ascended into Heaven. Paul knew that. He was chasing Christians, and Christ said to him: "Why dost thou persecute Me?" We are part of Christ in His Mystical Body, the Church, and when Saul hunted Christians he hunted Christ.

This is his first meeting with the doctrine that as St. Paul he would preach so eloquently, with so much love. He was biting the dirt when the knowledge came to him. Our Lord added: "It is hard for thee to kick against the goad." It was a tender rebuke, one we might imitate — or try to, when we rebuke our children, and there is a lesson for children in it too.

It would be easier for them to understand it if we said: "It is hard for you to pull against the bit." Little boys who know about horses know about bits; the more a horse pulls away from the direction his master wants him to go the more cruelly is his mouth cut by the bit. He explained things such simple ways, Our Lord did. And He knew so well about anger. It is evil, and the more we give in to it the uglier and more evil we grow inside, and all the time miserable, until finally we are hating everyone and the world as well, and we go about kicking things and taking our meanness out on people who have done us no wrong.

Surely Saul, who loved the Law, could hardly have forgotten: Thou shalt not kill. But his sense of propriety had been offended to hear the Apostles preach from every street corner that Jesus, the stable-born One, was King of the Jews. He became angrier and angrier until his temper was wild and he risked his soul on an errand steeped in murder.

Now he knew. Blind and helpless, he whispered: "Lord, what wilt thou have me do?"

We must use this feast to teach our children that submission to God's will is not weakness, but a chance to begin again. In one flash of light, Paul's life was undone, his works rubble. Not knowing how he was to take one step and follow it by another, now he waited to be told what to do. Paul teaches the little boy who defies authority that it is not worth it to continue to scream and save face. Give in, turn back, be sorry — and there will be forgiveness and love and help. He teaches the adolescent girl who balks parental cautions that there is wisdom in obedience and love beneath the intolerable restrictions.

So many lessons for the whole family to learn from Paul.... But back to that day. He was given a mysterious direction. "Arise, and go into the city, and it will be told thee what thou must do."

So they made their stunned way into Damascus leading by the hand the one who had always been so sure. For three days he waited without food or water, and prayed.

Now there lived in Damascus a disciple named Ananias. As Our Lord spoke to Saul, He also appeared to Ananias and told him about Saul waiting in the house on Strait Street. But Ananias was doubtful. He recalled Saul's reputation, and then Our Lord told Ananias something of the future of this violent ugly little man — that he would go to preach His name "before Gentiles, and kings, and the children of Israel."

SAUL INTO PAUL

That was enough. Ananias went right out to find him. Entering the house where he waited, he laid his hands on Saul's head and restored his sight. Far more wonderful, he baptized him. Saul, stopping only long enough to break his fast, rushed (he always rushed) out to the steps of the synagogue and started to preach Christ crucified.

The people were dumbfounded. Here was the man always so full of hate suddenly so full of love. It didn't take them long to gather their wits, however, and soon it was whispered that men lay in wait for Saul to kill him before he could slip through the city gates. But God had plans.

One night when the city was sleeping and the enemy keeping watch by the gate, a silent group of men made their way to the city wall carrying a rope and a large basket (perhaps some good wife's clothes-basket). They climbed to the top, tied the rope to the basket, and tucked someone in, and then — as in Peter and the Wolf — they "carefully lowered it down" and saw him land safely and scurry off in the direction of Jerusalem. Maybe one day later on, a message arrived from the city: All comes out in the wash. Who knows? It was the kind of thing the early Christians did. They were not above using code messages and symbols, cryptograms and signs to communicate right under the noses of their enemy.

There is more to the story of St. Paul, but this is the beginning and the episode we celebrate with this feast. The children must know, in addition to all this, that he was a tentmaker by trade, and why, if he was named Saul, he is called St. Paul. Tarsus was a city governed by Roman law, and Paul was as proud of being a Roman citizen by birth as he was of being a Jew. Paulus was the Roman (Latin) for Saul, and he liked to be known by that name.

Activity Source: Year and Our Children, The by Mary Reed Newland, P.J. Kenedy & Sons, New York, 1956




The great apostle was a Jew of the tribe of Benjamin. He surpassed all his peers in zeal for the Jewish law and their traditions, which he thought to be the cause of God, became one of the most fierce enemies and persecutors of Christians. He was one of the conspiritors in the martyrdom of St. Stephan.

After the martyrdom of the holy deacon, the priests and magistrates of the Jews raised a violent persecution against the church at Jerusalem, in which Saul placed himself above the others.

In the fury of his zeal, he appealed to the high priest and Sanhedrim for a commission to take up all Jews at Damascus who confessed Jesus Christ, and bring them bound to Jerusalem, that they might serve as public examples to incite terror into others.

But God was pleased to show forth in Saul his patience and mercy: Saul was almost at the end of his journey to Damascus, when, around noon, he and his company were surrounded by a great light from heaven and, fell to the ground. Then Saul heard a voice, which to him was articulate and distinct, but not understood by the rest :"Saul, Saul, why dost thou persecute me? Christ said not: Why dost thou persecute my disciples, but me: for it is he, their head, who is chiefly persecuted in his servants." Saul answered: "Who art thou, Lord?" Christ said: "Jesus of Nazareth, whom thou persecute. It is hard for thee to kick against the goad: - to contend with one so much mightier than thyself."

There was a Christian of distinction in Damascus, Ananius, greatly respected by the Jews for his irreproachable life and great virtue. Christ appeared to this holy disciple, and commanded him to go to Saul, who was at that moment in the house of Judas at prayer. Ananias trembled at the name of Saul, being familiar with the misdeeds he had done in Jerusalem and the errand for which he set out to Damascus. But our Redeemer overruled his fears, and charged him a second time to go, saying: "Go, for he is a vessel of election to carry my name before Gentiles and kings, and the children of Israel: and I will show him how much he has to suffer for my name. For tribulation is the test and portion of all the true servants of Christ."

Thus a blasphemer and a persecutor was made an apostle, and chosen to be one of the principal instruments of God in the conversion of the world.

St. Paul never recalled his wonderful conversion, from which have poured forth may blessings, without raptures of gratitude and praise to the Divine and His mercy. The Church, in thanksgiving to God for such a miracle of his grace, to commemorate so miraculous an instance of his almighty power and to propose to penitents a perfect model of a true conversion, has instituted this feast, which we find mentioned in several calendars and missals of the eighth and ninth centuries, and which Pope Innocent III commanded to be observed with great solemnity.



The Conversion of Saul of Tarsus

By Wayne Jackson

In his popular volume, Paul: A Study in Social and Religious History, first published in 1912, Adolf Deissmann (who did so much to demonstrate the nature of Koine Greek, the language of the New Testament) once said that the true historical investigator must rescue “the paper Paul of our western libraries.” He spoke of the “Germanized, dogmatized, modernized, stilted Paul.” And one might add, the “denominationalized” Paul. False images must be stripped away from the historic Paul, the “actual Paul of ancient days” (1957, 4).

Paul is a pivotal character of history. From a relative first-century obscurity, to a modern international figure, no one, aside from Jesus Christ himself, has been so influential. An absence of some acquaintance with the name “Paul,” tells more about one’s self than ought to be known.

The Persecutor

Exactly when Paul began his bloody mission of savagery against the church of Christ is unknown with any degree of precision. The fear of him was significant, and those beyond the borders of Palestine trembled at the mention of the name of this “wolf” who stalked “the fold of the Lamb” (Acts 9:13,26; cf. 26:11).

Saul of Tarsus first appears in the biblical record as a witness to the stoning of Stephen, the first martyr to the cause of Christ—even “consenting” to his death (Acts 7:58; 9:1). Henceforth his persecution of Christians, as portrayed in the book of Acts via his own testimony, was relentless—though he thought sincerely he was doing Jehovah’s will (23:1; 26:9). Pursuing the saints even unto foreign cities (26:11), he beat, imprisoned, and had them put to death (22:19). Later he would write that “beyond measure I persecuted the church of God, and made havoc of it” (Galatians 1:13). The horrible memories of these vicious attacks would linger with the sensitive apostle for the balance of his earthly days (cf. 1 Corinthians 15:9; Ephesians 3:8; 1 Timothy 1:15).

That frenzied ambition to exterminate Christianity from the face of the earth was to radically change, however. And the record of how that occurred is as amazing as it is inspiring.

The Conversion

According to Luke’s historical record (Acts 9:1ff), Saul, armed with arrest warrants for those of the Christian Way, departed from Jerusalem en route to ancient Damascus, some 140 miles to the north. As he drew near that city, a light brighter than the noonday sun suddenly engulfed him. A voice inquired: “Saul, Saul, why do you continue to persecute me?” The double use of his name suggests a reproof (cf. Matthew 23:37; Luke 10:41; 22:31). Saul responded: “Who are you, Lord?” The title “Lord” was employed at this point as a mere term of respect, for he knew not who had addressed him.

The voice was identified as Jesus of Nazareth! The stunned persecutor was instructed to enter Damascus where he would be informed as to what he “must do.” Blinded as a consequence of this miraculous vision in which Christ actually appeared to him (9:17; 1 Corinthians 15:8), Saul was led into the city.

For three agonizing days he fasted and prayed. Finally, Ananias, a messenger selected by God, arrived. He restored Saul’s sight and commanded him to “arise, and be baptized, and wash away your sins, calling on his name” (Acts 22:16). After certain days passed, the former persecutor began to proclaim among his fellow Jews that Jesus “is the Son of God” (see Acts 9:19-22).

The Conversion Motive

Saul’s dramatic transformation has perplexed infidelity for many centuries. It requires some reasonable explanation.

Lord George Lyttelton (1708-1773) was an Oxford educated scholar who also served with great distinction in the British Parliament. Initially he was highly skeptical of Christianity. He determined he would do a critical examination and expose’ of Luke’s record of Paul’s “conversion experience.” He believed he could establish that Paul’s radical transformation was grounded in base motives of self-interest. He knew there had to be some rational justification for such a major alteration of Saul’s life.

After carefully researching the matter in a thoroughly scholarly fashion, he reversed his skeptical view, having concluded that Paul’s conversion was genuine. There was no reasonable explanation for the radical turnaround, other than the fact that Paul actually had seen the resurrected Christ on the Damascus road. The Christian movement was founded, he therefore concluded, upon the truth that Jesus of Nazareth in fact was raised bodily from the dead.

In 1747 Lyttelton published his book, Observations of the Conversion of St. Paul, in which he argued for the truth of the Christian system. This book, incidentally, is still in print after 200 years—a rare phenomenon in publishing. Lyttelton concluded:

• The apostle was not an imposter who deliberately advocated that which he knew to be false; indeed, why would he suffer so much persecution for what he knew to be a lie?

• He was not an enthusiast who was given to “an overheated imagination”; he was a disciplined logical scholar of the first magnitude.

• He was not deceived by the fraud of others for he claimed his revelation to be independent of the other apostles. Even his critics acknowledged his rugged independence.

And so, as McClintock & Strong suggested, this argument itself constitutes “a demonstration sufficient to prove Christianity to be a divine revelation” (1969, 592). Thus, for honest people, the apostle Paul stands as an imperishable monument to the inherent power of the good news regarding Christ.

Why Three Accounts?

Some have criticized the book of Acts for containing three accounts of the conversion of Paul. It has been alleged that this makes the New Testament record unnecessarily redundant. Further, it is charged, the varying narratives conflict with one another in the details presented. The allegations are both superficial and false.

First, there is the initial historical narrative as recorded by Luke in Acts 9. It hardly needs to be mentioned that long ago Luke passed the test of being a superb historian. Sir William Ramsay, who investigated Luke’s writings in the light of archaeological data, contended: “Luke’s history is unsurpassed in respect of its trustworthiness” (1979, 81). The primary function of Acts 9 is to sketch the basic details of Saul’s conversion to Christ.

Second, Acts 22 constitutes Paul’s “defense” of his change, from opponent to proponent of Christianity, to his Hebrew kinsmen (v. 1). The narrative is designed to show that there is a connection between his Jewish background and his present religious posture. He wanted his Israelite brethren to realize that there was no conflict between Judaism and Christianity, as divinely designed. Rather, the former was intended to be preparatory to the latter (cf. Galatians 3:23-25), and thus the lesser was to give way to the greater (as argued in the book of Hebrews).

Third, the aim of Paul’s “defense” in chapter 26 was to argue that Christianity was never intended to be a political rival to Rome. Paul thus presented his case before Festus, a Roman procurator of Judea under Nero Caesar’s authority, and Agrippa II, a Jewish “king” who was the last of the bloody Herod line. Agrippa’s father executed the first apostle martyred for Christ (Acts 12:1-2). Agrippa was very familiar with Jewish affairs, hence was an ideal source of information for Festus. That the apostle’s argument was successful is demonstrated by the declaration of the unlikely confederation: “This man is doing nothing worth of death or imprisonment.” Indeed, as Agrippa commented: “This man might have been set free, if he had not appealed to Caesar” (Acts 26:30-32; cf. Blaiklock 1959, 186).

Errors Concerning Paul’s Conversion

It is a heartbreaking tragedy that many writers—with a personal theological agenda—have so misconstrued the events of Paul’s conversion.

First of all, we must insist that the accounts must be viewed as harmonious documents. To do otherwise would be a great disservice to the biblical concept of inspiration. The Bible, being the word of God, must harmonize. The Lord is not the author of confusion (1 Corinthians 14:33). Additionally, this fundamental principle of interpretation must be borne in mind: when two or more texts address the same theme, and one is clearer than the others in some particulars, the more obscure must yield to the lucid. With these thoughts in view, three common errors must be addressed.

• It is frequently asserted that Paul’s conversion occurred on the road to Damascus. There is not a scintilla of evidence for that theory. Saul saw Christ on the road and was convinced that he was the risen Jesus. The persecutor asked what he should do (22:10), and he was instructed to enter the city, where he would be told what he “must do” (9:6). There is nothing in any of the three records that would indicate that he received pardon on the Damascus road. In fact, we find him still in his sins at the time Ananias arrived (22:16).

• Following the Christ’s injunction, Saul entered Damascus. For three days he neither ate nor drank, and he prayed vigorously (9:9,11). It is sometimes alleged that Saul’s prayers were the means of his salvation. Again, however, this conflicts with Paul’s later testimony. The preacher sent by Jesus commanded: “And now, why do you wait? Arise, and be immersed, and wash away your sins, calling on his name” (22:16). Some have contended that the use of the term “brother” (9:17) indicates that Saul was recognized already as a Christian. Not so; “brother,” was a common form of address such as any devout Hebrew might employ to a national kinsman (cf. 2:29,37; 3:17; Romans 9:3).

• Some, appealing to 9:17b, would venture to suggest that Saul was saved by a supernatural outpouring of the Holy Spirit. There are a couple of serious problems with that view. First, it assumes what the text does not say. Second, the reference to being “filled with the Holy Spirit” was, we believe, an allusion to the Spirit’s empowerment of this man as an apostle of Christ—though some see this as a reference to the ordinary “gift of the Holy Spirit” subsequent to his baptism (2:38; cf. McGarvey 1892, 178; Coffman 1976, 187). While Ananias was a preliminary instrument in the process that would lead to Paul’s spiritual endowment, the Holy Spirit was not conveyed to the penitent Hebrew by means of Ananias’ hands. As a non-apostle, the Damascus disciple did not have such power; that acquisition was to be provided directly by the Lord Himself (Matthew 3:11; Acts 2:33; 2 Corinthians 11:5; 12:11). The New Testament does not cite the precise time when Saul was filled with the power of the Spirit. The notion that the reception of Saul’s sight and the endowment of the Holy Spirit occurred at the same time is not demanded by the text under consideration (cf. Woods 1976, 62). These things aside, this theory likewise contradicts 22:16.

An Analysis of Acts 22:16

Since this text is so pivotal to our study, special attention should be given to it. Paul recounts that at the conclusion of his instruction, Ananias commanded him: “And now, why do you tarry? Arise, and be baptized, and wash away your sins, calling on his name.” He urges the penitent persecutor to linger no longer; rather, he is to “arise” (probably from his prone position of prayer; cf. 9:11). It is a noteworthy observation that if baptism could be administered by the sprinkling of water, there would have been no need for Saul to arise prior to submitting to the rite. Of course the verb baptizo (to immerse) excludes sprinkling regardless.

The apostle says he was told to “be baptized.” The original form is interesting. It is a middle voice form, literally therefore: “have yourself immersed” (cf. Robertson 1930, 391). In his New Testament Greek Grammar, W. E. Vine stated that the aorist tense, together with the middle voice, suggests “a decisive and immediate” action, and that Saul personally had to make the arrangements for his immersion (1965, 132). This language is consistent with the concept that baptism is a personal decision. The instruction here given is not in accord with a practice such as infant baptism, wherein the subject is wholly passive, having nothing at all to say regarding the time or manner of his baptism.

The fact that baptism here is associated with cleansing from sin has been a real “thorn in the flesh” for theologians who deny the connection. Both Robertson (Ibid., 391) and Pohill (1992, 461) concede that the language is capable of being viewed as a proof text for the essentiality of baptism, but on strictly arbitrary grounds they reject that idea. The sacred text must not get in the way of one’s denominational bias!

Consider this bit of confusion. H.B. Hackett, a Baptist scholar, acknowledged that “wash away your sins” states “the result of the baptism, in language derived from the nature of that ordinance. It answers [corresponds] to eis aphesin hamartion [for forgiveness of sins] in 2:38, i.e., submit to the rite in order to be forgiven” (emphasis added). He then negates that by asserting that baptism is only a “sign” of “repentance and faith which are the conditions of salvation” (1879, 276). But Robert H. Stein of Bethel Theological Seminary, in addressing the question: “Is Baptism Necessary for Salvation?,” affirmed the following regarding 22:16. “Washing away one’s sins is here clearly connected with baptism and the calling on Jesus’ name” (1990, 330).

The discussion of this passage in Thayer’s Greek Lexicon is interesting indeed.

For the sinner is unclean, polluted as it were by the filth of his sins. Whoever obtains remission of sins has his sins put, so to speak, out of God’s sight—is cleansed from them in the sight of God. Remission is [represented as] obtained by undergoing baptism; hence those who have gone down into the baptismal bath [… cf. Tit. 3:5; Eph. 5:26] are said . . . to have washed themselves, or . . . to have washed away their sins, i.e. to have been cleansed from their sins (1958, 65).

In submitting to immersion, one is actually by that act “calling on” the Lord’s name. Lenski observes that the aorist participle, “calling on his name,” is “either simultaneous with that of the aorist imperatives [get yourself immersed and washed] or immediately precedes it, the difference being merely formal” (1934, 909).

There is, of course, no way that mere water could “wash away” sins. The water of baptism contains no magical essence. It is not a “sacrament” by which sins are washed away by the simple utterance of certain words, as in the Roman Catholic system of things (wherein infants, aborted fetuses, and the insane are supplied the ritual—see Attwater 1961, 45). Immersion is, however, the divinely appointed means of accessing the blood of Christ (Romans 6:3-4), and to deny such is a repudiation of the plain testimony of the New Testament.

Conclusion

The New Testament record of the conversion of the apostle Paul is a tremendously important element of Christian history. It has a significant apologetic thrust, and is likewise wonderfully illustrative of the crucial elements of the Lord’s plan for human redemption.

Sources/Footnotes

• Attwater, Donald. 1961. A Catholic Dictionary. New York, NY: Macmillan.

• Blaiklock, E.M. 1959. The Acts of the Apostles – Tyndale New Testament Commentaries. Grand Rapids, MI: Eerdmans.

• Coffman, James Burton. 1976. Commentary on Acts. Austin, TX: Sweet Publishing.

• Deissmann, Adolf. 1957. Paul: A Study in Social and Religious History. New York, NY: Harper & Bros.

• Hackett, H.B. 1879. A Commentary on the Original Text of the Acts of the Apostles. Andover, MA: Warren F. Draper.

• Lenski, R.C.H. 1934. The Acts of the Apostles. Minneapolis, MN: Augsburg.

• McClintock, John and Strong, James. 1969. Cyclopedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature. Vol. 5. Grand Rapids, MI: Baker.

• McGarvey, J.W. 1892. New Commentary on Acts of the Apostles. Vol. 1. Delight, AR: Gospel Light.

• Pohill, John B. 1992. Acts – The New American Commentary. Nashville, TN: Broadman.

• Ramsay, William. 1979. The Bearing of Recent Discovery on the Trustworthiness of the New Testament. Grand Rapids, MI: Baker.

• Robertson, A.T. 1930. Word Pictures in the New Testament. Vol. 3. Nashville, TN: Broadman.

• Stein, Robert. 1990. Difficult Passages in the New Testament. Grand Rapids, MI: Baker.

• Thayer, J.H. 1958. A Greek-English Lexicon of the New Testament. Edinburgh, Scotland: T.&T. Clark.

• Vine, W.E. 1965. New Testament Greek Grammar. Grand Rapids, MI: Zondervan.

• Woods, Guy N. 1976. Questions and Answers. Vol. 1. Henderson, TN: Freed-Hardeman College.

About the Author

Wayne Jackson has written for and edited the Christian Courier since its inception in 1965. He has also written several books on a variety of biblical topics including The Bible and Science, Creation, Evolution, and the Age of the Earth, The Bible on Trial, and a number of commentaries. He lives in Stockton, California with his dear wife, and life-long partner, Betty.



The great Apostle Paul, named Saul at his circumcision, was born at Tarsus, the capital of Cilicia, and was by privilege a Roman citizen, to which quality a great distinction and several exemptions were granted by the laws of the empire. He was early instructed in the strict observance of the Mosaic law, and lived up to it in the most scrupulous manner. In his zeal for the Jewish law, which he thought the cause of God, he became a violent persecutor of the Christians. He was one of those who combined to murder Saint Stephen, and in the violent persecution of the faithful, which followed the martyrdom of the holy deacon, Saul signalized himself above others. By virtue of the power he had received from the high priest, he dragged the Christians out of their houses, loaded them with chains and thrust them into prison. In the fury of his zeal he applied for a commission to take up all Jews at Damascus who confessed Jesus Christ, and bring them bound to Jerusalem, that they might serve as examples for the others. But God was pleased to show forth in him His patience and mercy. While on his way to Damascus, he and his party were surrounded by a light from heaven, brighter than the sun, and suddenly struck to the ground. And then a voice was heard saying, “Saul, Saul, why dost thou persecute me?” And Saul answered, “Who art thou, Lord?” and the voice replied, “I am Jesus whom thou dost persecute.” This mild expostulation of our Redeemer, accompanied with a powerful interior grace, cured Saul’s pride, assuaged his rage, and wrought at once a total change in him. Wherefore, trembling and astonished, he cried out, “Lord, what wilt Thou have me to do?” Our Lord ordered him to arise and to proceed on his way to the city, where he should be informed of what was expected from him. Saul, arising from the ground, found that though his eyes were open, he saw nothing. He was led by hand into Damascus, where he was lodged in the house of a Jew named Judas. To this house came by divine appointment a holy man named Ananias, who, laying his hands on Saul, said, ” Brother Saul, the Lord Jesus who appeared to thee on thy journey, hath sent me that thou mayest receive thy sight, and be filled with the Holy Ghost.” Immediately something like scales fell from Saul’s eyes, and he recovered his eyesight. Then he arose, and was baptized; he stayed some few days with the disciples at Damascus, and began immediately to preach in the synagogues that Jesus was the Son of God. Thus a blasphemer and a persecutor was made an apostle, and chosen as one of God’s principal instruments in the conversion of the world.

Reflection – Listen to the words of the “Imitation of Christ,” and let them sink into your heart: “He who would keep the grace of God, let him be grateful for grace when it is given, and patient when it is taken away. Let him pray that it may be given back to him, and be careful and humble, lest he lose it.”





Feast of the Conversion of St. Paul

St. Paul’s entire life can be explained in terms of one experience—his meeting with Jesus on the road to Damascus. In an instant, he saw that all the zeal of his dynamic personality was being wasted, like the strength of a boxer swinging wildly. Perhaps he had never seen Jesus, who was only a few years older. But he had acquired a zealot’s hatred of all Jesus stood for, as he began to harass the Church: “…entering house after house and dragging out men and women, he handed them over for imprisonment” (Acts 8:3b). Now he himself was “entered,” possessed, all his energy harnessed to one goal—being a slave of Christ in the ministry of reconciliation, an instrument to help others experience the one Savior.

One sentence determined his theology: “I am Jesus, whom you are persecuting” (Acts 9:5b). Jesus was mysteriously identified with people—the loving group of people Saul had been running down like criminals. Jesus, he saw, was the mysterious fulfillment of all he had been blindly pursuing.

From then on, his only work was to “present everyone perfect in Christ. For this I labor and struggle, in accord with the exercise of his power working within me” (Colossians 1:28b-29). “For our gospel did not come to you in word alone, but also in power and in the Holy Spirit and [with] much conviction” (1 Thessalonians 1:5a).

Paul’s life became a tireless proclaiming and living out of the message of the cross: Christians die baptismally to sin and are buried with Christ; they are dead to all that is sinful and unredeemed in the world. They are made into a new creation, already sharing Christ’s victory and someday to rise from the dead like him. Through this risen Christ the Father pours out the Spirit on them, making them completely new.

So Paul’s great message to the world was: You are saved entirely by God, not by anything you can do. Saving faith is the gift of total, free, personal and loving commitment to Christ, a commitment that then bears fruit in more “works” than the Law could ever contemplate.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/conversion-of-saint-paul/



Conversion of Saint Paul, Apostle

What an unfortunate word 'conversion' is, in pious utterances, to express one of the most important interventions of God in history! For the conversion of Saint Paul was, indeed, one of the most important events in the history of the Christian Church. Neither the Indian religions nor Islam include in their most beautiful lives of the saints or prophets or teachers the concept of such a sudden burst of grace (with perhaps a shadow seen in the story of Siddhartha).
The Conversion on the Way to Damascus

By Caravaggio, Santa Maria del Popolo, Rome When Peguy spoke about the terrible bite of God that tears like a tiger on its prey, doubtless he was thinking of Saint Paul: "When God wants to have a soul, he has it." And he does not let loose of it. He throws it upon the ground, blinds it with light, and defies it to resist his spur. But he does that only with beings whose passions burn because of rage or hatred, overwhelming that passion with its complement. Perhaps this is why Christ says, "So, because you are lukewarm, neither hot nor cold, I will spit you out of my mouth. For you say, 'I am rich and affluent and have no need of anything,' and yet do not realize that you are wretched, pitiable, poor, blind, and naked" (Rev. 3:16-17). Only the passionate can recognize their need for God; He cannot touch the self-satisfied. And that, my friends, is why spiritual ennui is so dangerous.

Saul of Tarsus is passionate: first for the Law, and later for Jesus Christ. He was about 25, a disciple of the Pharisees who arranged for Jesus' death. Like them he hated the impostor who insulted the synagogue, cursed God in proclaiming himself the Messiah, seduced the common people, and preached the scorn of ancestors.

But Saul was not satisfied with bitter polemics. For him it is a battle to the death; prison and torture are the only means of exterminating the hateful race of followers of The Way. He relished the murder of Stephen (Acts 6:8-8:1). He is given complete authority; not satisfied with complaints and delays, he personally pursues all those already labeled with the infamous name of Jesus. One would say he was burning up with the curse of God. He went farther even than the wickedness of those who delivered Jesus to the Romans.

But the inconceivable triumph of God, seeking the man who would be capable of confronting at the same time the synagogue, Greek wisdom, and the power of Rome, tears him from the heart of the enemy and places His own heart within him.

The accounts by Luke (Acts 9 and 26) and Paul himself (Acts 22) bear witness that it is in thunder and lightning that God takes possession of Saul on his hatred-march to Damascus. He knocks him over, blinds him, and in a heart-rending voice says: "Saul, Saul, why do you persecute me?" The reply: "But who are you?" And the mysterious voice which instills both fear and love: "It is I, Jesus, whom you pursue. And you cannot resist my spurs." Saul is hurt. In fact, he cannot resist. Saul says: "Lord, what do you want me to do?" And Jesus replies: "Arise, go into the city and there you will be told what to do."

Paul's conversion was remarkable considering he had been Christianity's bitterest critic and most formidable opponent.

"You have heard of my manner of life," he says, "how that beyond measure I persecuted the Church of God, and made havoc of it." Through all his life he must have been haunted by the look in the eyes of the dying Stephen for whose death he had been primarily responsible. Paul gave the infant Church leadership and direction, planned its strategy, dispatched its missionaries across the frontiers, and consolidated the work of our Lord. Confronted with growing numbers and widely scattered and unorganized groups, he gave it shape and coherence, without which its work and witness might never have survived.

In the Acts of the Apostles we have the story of the expansion of Christianity under his vigorous and brilliant leadership. It is the story of the march of the early Church on Rome, the heart of the Empire, and from Rome to the ends of the earth. And though Saint Paul entered Rome in chains, it was a triumphal march, for from that hour Christianity never looked back, and became the faith of the Western world.

An aristocrat by nature, with a trained and powerful intellect, claiming the birthright of a Roman citizen (Acts 22:28) yet brought up in the strictest tradition of Judaism (Acts 26:5; 22:3), Paul, with his composite background and character, brought to his new life a rich and versatile contribution. He had tremendous moral passion, spiritual drive, and earnestness, and was a man of profound conviction and with a strong sense of destiny. Christianity could not have found a more devoted or gifted advocate than this converted Jew, but his power and personality were far too formidable for the authorities and he was brought to Rome like a lion in chains.

So we come to his last letter, written to Timothy, his younger lieutenant, with its appeal to stand fast in the faith, and its grim reminder of his approaching fate. He knew that Nero, that soulless monster, would have no mercy. And he was right; for the Emperor, to divert attention from his own corrupt and unpopular follies, later fell upon the Christians who became the victims of his fury, smearing them with pitch, burning them as torches, feeding them to the lions.

"For I am already being offered and the time of my departure has come. I have fought the good fight, I have finished the course, I have kept the faith. The Lord will deliver me from every evil work and will save me unto his heavenly kingdom, to whom be the glory for ever and ever."

In his loneliness he longed for the company of Timothy. "Do your best to come quickly." But it is doubtful if Timothy ever reached him, for the end came all too quickly, and there was no reprieve. In the early morning he was led out of the city, an ambassador still in chains, and by the roadside, hemmed in by Roman soldiers, he paid the penalty of his faith, the greatest Roman of them all (Attwater, Bentley, Butler, Encyclopedia, Gill).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0125.shtml



Francesco Mozzela dit le Parmesan ( Parme 1503 – Casalmaggiore 1540 ). La conversion de Saint-Paul. 1528,
 huile sur toile, 177,5 x 128,5, Musée Kunsthistorisches à Vienne


January 25

The Conversion of St. Paul

See Tillemont, T. 1. p. 192

THIS great apostle was a Jew, of the tribe of Benjamin. At his circumcision, on the eighth day after his birth, he received the name of Saul. His father was by sect a Pharisee, and a denizen of Tarsus, the capital of Cilicia: which city had shown a particular regard for the cause of the Cæsars; on which account Cassius deprived it of its privileges and lands; but Augustus, when conqueror, made it ample amends by honouring it with many new privileges, and with the freedom of Rome, as we read in the two Dions and Appian. Hence St. Paul, being born at Tarsus, was by privilege a Roman citizen, to which quality a great distinction and several exemptions were granted by the laws of the empire. 1 His parents sent him young to Jerusalem, where he was educated and instructed in the strictest observance of the law of Moses, by Gamaliel, 2 a learned and noble Jew, and probably a member of the Sanhedrim; and was a most scrupulous observer of it in every point. He appeals even to his enemies to bear evidence how conformable to it his life had been in every respect. 3 He embraced the sect of the Pharisees, which was of all others the most severe, though by its pride the most opposite to the humility of the gospel. 4 It was a rule among the Jews that all their children were to learn some trade with their studies, were it but to avoid idleness, and to exercise the body, as well as the mind, in something serious. 5 It is therefore probable that Saul learned in his youth the trade which he exercised even after his apostleship, of making tents. 6

Saul, surpassing all his equals in zeal for the Jewish law and their traditions, which he thought the cause of God, became thereby a blasphemer, a persecutor, and the most outrageous enemy of Christ. 7 He was one of those who combined to murder St. Stephen, and by keeping the garments of all who stoned that holy martyr, he is said by St. Austin to have stoned him by the hands of all the rest; 8 to whose prayers for his enemies he ascribes the conversion of St. Paul: 9 “If Stephen,” said he, “had not prayed, the church would never have had St. Paul.”

After the martyrdom of the holy deacon, the priests and magistrates of the Jews raised a violent persecution against the church at Jerusalem, in which Saul signalized himself above others. By virtue of the power he had received from the high priest, he dragged the Christians out of their houses, loaded them with chains, and thrust them into prison. 10 He procured them to be scourged in the synagogues, and endeavoured by torments to compel them to blaspheme the name of Christ. And as our Saviour had always been represented by the leading men of the Jews as an enemy to their law, it was no wonder that this rigorous Pharisee fully persuaded himself that he ought to do many things contrary to the name of Jesus of Nazareth. 11 By the violences he committed, his name became every where a terror to the faithful. The persecutors not only raged against their persons, but also seized their estates and what they possessed in common, 12 and left them in such extreme necessity, that the remotest churches afterwards thought it incumbent on them to join in charitable contributions to their relief. All this could not satisfy the fury of Saul, he breathed nothing but threats and the slaughter of the other disciples. 13 Wherefore, in the fury of his zeal, he applied to the high priest and Sanhedrim for a commission to take up all Jews at Damascus who confessed Jesus Christ, and bring them bound to Jerusalem, that they might serve as public examples for the terror of others. But God was pleased to show forth in him his patience and mercy; and, moved by the prayers of St. Stephen and his other persecuted servants, for their enemies, changed him, in the very heat of his fury, into a vessel of election, and made him a greater man in his church by the grace of the apostleship, than St. Stephen had ever been, and a more illustrious instrument of his glory. He was almost at the end of his journey to Damascus, when, about noon, he and his company were on a sudden surrounded by a great light from heaven, brighter than the sun. 14 They all saw the light, and being struck with amazement fell to the ground. Then Saul heard a voice, which to him was articulate and distinct; but not understood, 15 though heard by the rest: Saul, Saul, why dost thou persecute me? Christ said not: Why dost thou persecute my disciples, but me: for it is he, their head, who is chiefly persecuted in his servants. Saul answered: Who art thou, Lord? Christ said: Jesus of Nazareth, whom thou persecutest. It is hard for thee to kick against the goad: “to contend with one so much mightier than thyself. By persecuting my church you make it flourish, and only prick and hurt yourself.” This mild expostulation of our Redeemer, accompanied with a powerful interior grace, strongly affecting his soul, cured his pride, assuaged his rage, and wrought at once a total change in him. Wherefore, trembling and astonished, he cried out: Lord, what wilt thou have me to do? What to repair the past? What to promote your glory? I make a joyful oblation of myself to execute your will in every thing, and to suffer for your sake afflictions, disgraces, persecutions, torments, and every sort of death. The true convert expressed this, not in a bare form of words, nor with faint languid desires, nor with any exception lurking in the secret recesses of his heart; but with an entire sacrifice of himself, and an heroic victory over the world with its frowns and charms, over the devils with their snares and threats, and over himself and all inclinations of self-love; devoting himself totally to God. A perfect model of a true conversion, the greatest work of almighty grace! Christ ordered him to arise and proceed on his journey to the city, where he should be informed of what he expected from him. Christ would not instruct him immediately by himself, but, St. Austin observes, 16 sent him to the ministry 17 which he had established in his church, to be directed in the way of salvation by those whom he had appointed for that purpose. He would not finish the conversion and instruction of this great apostle, whom he was pleased to call in so wonderful a manner, but by remitting him to the guidance of his ministers; showing us thereby that his holy providence has so ordered it, that all who desire to serve him, should seek his will by listening to those whom he has commanded us to hear, and whom he has sent in his own name and appointed to be our guides. So perfectly would he abolish in his servants all self-confidence and presumption, the source of error and illusion. The convert, rising from the ground, found that, though his eyes were open, he saw nothing. Providence sent this corporal blindness to be an emblem of the spiritual blindness in which he had lived, and to signify to him that he was henceforward to die to the world, and learn to apply his mind totally to the contemplation of heavenly things.

He was led by the hand into Damascus, whither Christ seemed to conduct him in triumph. He was lodged in the house of a Jew named Judas, where he remained three days blind, and without eating or drinking. He, doubtless, spent his time in great bitterness of soul, not yet knowing what God required of him. With what anguish he bewailed his past blindness and false zeal against the church, we may conjecture both from his taking no nourishment during those three days, and from the manner in which he ever after remembered and spoke of his having been a blasphemer and a persecutor. Though the entire reformation of his heart was not gradual, as in ordinary conversions; but miraculous in the order of grace, and perfect in a moment; yet a time of probation and a severe interior trial (for such we cannot doubt that he went through on this occasion) was necessary to crucify the old man and all other earthly sentiments in his heart, and to prepare it to receive the extraordinary graces which God designed him. There was a Christian of distinction in Damascus, much respected by the Jews for his irreproachable life and great virtue; his name was Ananias. Christ appeared to this holy disciple, and commanded him to go to Saul who was then in the house of Judas at prayer: Ananias trembled at the name of Saul, being no stranger to the mischief he had done in Jerusalem, or to the errand on which he was set out to Damascus. But our Redeemer over-ruled his fears, and charged him a second time to go to him, saying: Go, for he is a vessel of election to carry my name before Gentiles and kings, and the children of Israel; and I will show him how much he has to suffer for my name. Tribulation is the test and portion of all the true servants of Christ. Saul in the mean time saw in a vision a man entering, and laying his hands upon him, to restore his sight. Ananias, obeying the divine order, arose, went to Saul, and laying his hands upon him, said: Brother Saul, the Lord Jesus who appeared to thee on thy journey, hath sent me that thou mayest receive thy sight, and be filled with the Holy Ghost. Immediately something like scales fell from his eyes, and he recovered his eye-sight. Ananias added: The God of our fathers hath chosen thee that thou shouldst know his will and see the just one, and shouldst hear the voice from his mouth: and thou shalt be his witness unto all men to publish what thou hast seen and heard. Arise therefore, be baptized and washed from thy sins, invoking the name of the Lord. Saul then arose, was baptized, and took some refreshment. He staid some few days with the disciples at Damascus, and began immediately to preach in the synagogues, that Jesus was the Son of God, to the great astonishment of all who heard him, who said: Is not this he who persecuted at Jerusalem, those who invoked the name of Jesus, and who is come hither to carry them away prisoners? Thus a blasphemer and a persecutor was made an apostle, and chosen to be one of the principal instruments of God in the conversion of the world.

St. Paul never recalled to mind this his wonderful conversion, without raptures of gratitude and praise to the divine mercy. The church in thanksgiving to God for such a miracle of his grace, from which it has derived such great blessings, and to commemorate so miraculous an instance of his Almighty power, and to propose to penitents a perfect model of a true conversion, has instituted this festival which we find mentioned in several calendars and missals of the eighth and ninth centuries, and which Pope Innocent III. commanded to be observed with great solemnity. It was for some time kept a holyday of obligation in most churches in the West; and we read it mentioned as such in England in the council of Oxford in 1222, in the reign of king Henry III. 18

Note 1. Acts xxi. 29. xxii. 3. [back]

Note 2. Ibid. xxii. 3. [back]

Note 3. Ibid. xxvi. 4. [back]

Note 4. Ibid. xxvi. 5. [back]

Note 5. Rabbi Juda says, “That a parent, who neglects his duty, is as criminal as if he taught his son to steal.” See Grotius and Sanctius on Acts xviii. 3. [back]

Note 6. Those tents were for the use of soldiers and mariners, and were made of skins sewn together. Some think that his business was that of making tapestry and hangings for theatres. [back]

Note 7. Gal. i. 14. [back]

Note 8. Serm. 301. [back]

Note 9. Ibid. 116. c. 4. Acts vi. [back]

Note 10. Acts viii. 3. xxii. 4. xxvi. 10. [back]

Note 11. Acts xxvi. 9. [back]

Note 12. Heb. x. 32. [back]

Note 13. Acts x. 1. [back]

Note 14. Acts ix. xxii. xxvi[back]

Note 15. So the Greek word [Greek] is often used in scripture, as 1 Cor. xiv. 2. And thus the text is very reconcilable with Acts xxii. 9. [back]

Note 16. Qu. Evang. l. 2. c. 40. et. præf l. de doctr. Christ. p. 32. [back]

Note 17. St. Austin doubts not but Ananias was a bishop, or at least a priest. The Greeks give him a place in their calendar on the 1st of October, and style him bishop of Damascus and martyr. [back]

Note 18. Conc. Labbe, T. xi. p. 274. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume I: January. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/1/251.html

Voir aussi : http://bible.org/seriespage/conversion-saul-acts-91-31

http://www.americancatholic.org/features/saints/saint.aspx?id=1271

http://www.thinkingfaith.org/articles/20110125_1.htm

http://books.google.ca/books?id=iJXHWQPeUEQC&pg=PA213&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false