mardi 20 janvier 2015

Bienheureux BASILE MOREAU, prêtre et fondateur


Bienheureux Basile Moreau

Né en 1799 à Laigné-en-Belin, dans une famille nombreuse de cultivateurs. Il fut ordonné prêtre pour le diocèse du Mans en 1821. A Paris, il étudie la théologie chez les Sulpiciens. Prédicateur et éducateur de talent, il enseignera au séminaire durant treize années successivement la philosophie, le dogme et l'Écriture sainte. En 1840, il fonde la famille religieuse de Sainte-Croix, du nom de la commune où elle est implantée. La petite congrégation connaît une croissance rapide. Basile Moreau voulut donner aux prêtres, frères et sœurs de Sainte-Croix, une ferme confiance en la divine Providence. Mais des difficultés internes à la congrégation l'amènent à offrir sa démission de supérieur général et il se retire dans une petite maison à côté de l'Institution de Sainte-Croix. Sans amertume ni haine, et pardonnant à tous, il passe ses dernières années à donner des prédications dans les paroisses du Mans et des environs. Il meurt en janvier 1873.


Basile-Antoine Marie Moreau (1799-1873)

Basile Moreau, un prêtre fondateur...

Né en 1799 à Laigné-en-Belin, Basile Moreau était le neuvième d'une famille de quatorze enfants. Ses parents étaient cultivateurs.

Le curé de Laigné discerna très tôt chez le jeune garçon les signes d'une vocation particulière et il encouragea ses parents à lui faire entreprendre les études qui le mèneraient à la prêtrise. Après le collège, Basile entre au séminaire du Mans. Il est ordonné prêtre en 1821, à l'âge de 22 ans. L'Evêque du Mans l'envoie à Paris parfaire sa formation en théologie chez les Sulpiciens et s'imprégner de leur spiritualité. Revenu au Mans en 1823, il est nommé professeur au séminaire. Durant treize années, il y enseignera successivement la philosophie, le dogme et l'Ecriture Sainte.

La fondation de Sainte-Croix

Tout en remplissant sa tâche de formateur, le jeune prêtre, de nature active et entreprenante, cherche à répondre à divers besoins pastoraux. En 1835, à la demande de Mgr Bouvier, il organise un groupe de prêtres auxiliaires pour prêcher des missions et des retraites dans les paroisses. La même année, son Evêque lui confie la direction de la communauté des Frères de Saint-Joseph, fondée en 1820 par le curé de Ruillé-sur-Loir, Jacques Dujarié. Dans le but d'assurer une collaboration permanente entre les deux groupes, Basile Moreau les réunit, en 1837, en une seule communauté et leur donne la mission d'éduquer la jeunesse et d'évangéliser les campagnes. Pour les services intérieurs, de la communauté et du pensionnat, il engage quelques femmes, les premières sœurs. Il propose à tous et à toutes les vœux de religion, qu'il prononcera lui même le 15 août 1840. L'association de la Sainte-Croix (du nom de la commune où elle est implantée) est née.

En 1841, la venue de Léocadie Gascoin assure une base solide à la communauté de religieuses, les Marianites de la Sainte-Croix. En 1857, le Pape Pie IX approuve officiellement la congrégation de la Sainte-Croix, du moins celle des pères et des frères, car la congrégation des Marianites de la Sainte-Croix ne recevra l'approbation romaine que dix ans plus tard.

La petite congrégation connaît une croissance rapide car le père Moreau n'hésite pas à répondre aux demandes qui lui parviennent de partout. Il envoie ses missionnaires en Algérie (1840), aux Etats-Unis (1841), au Canada (1847), au Bengale oriental (1852). Aujourd'hui, les quelque mille membres de la Sainte-Croix se trouvent sur cinq continents et dans vingt pays.

La spiritualité du Père Moreau

Ce qu'il cherche le plus à insuffler aux membres de cette famille est l'esprit d'union. S'il doit relever le défi de faire vivre ensemble trois communautés (religieux, clercs et laïcs), il est profondément convaincu que toute congrégation religieuse doit imiter les premiers chrétiens qui n'avaient "qu'un cœur et qu'une âme", donnant en exemple la Sainte Famille de Nazareth, reflet sur terre de l'union des trois personnes de la Sainte Trinité.

En plus de l'esprit d'union et de collaboration mutuelle, Basile Moreau a voulu donner aux prêtres, frères et sœurs de la Sainte-Croix, une ferme confiance en la divine Providence. Se voyant comme un simple instrument dans les mains de la divine Providence, il écrit:  "L'œuvre de la Sainte-Croix n'est pas l'œuvre de l'homme, mais bien l'œuvre de Dieu même... Voilà pourquoi je vous conjure de vous renouveler dans l'esprit de votre vocation qui est un esprit de pauvreté, de chasteté et d'obéissance... Avec cela, nous pourrons compter sur la Providence... Car elle se charge de pourvoir à toutes les nécessités de ceux (celles) qui s'abandonnent à sa conduite en accomplissant tous leurs devoirs".

Lié à cette confiance en la Providence, le fondateur de la Sainte-Croix voit se développer parmi ses religieux et religieuses un esprit apostolique et un zèle pour la mission. Axée sur l'éducation, elle doit prendre toute la dimension de la personne humaine, tant au niveau du cœur que de la tête, pour la mettre au service de la société.

Une période douloureuse

Dès 1855 commence une douloureuse période pour le fondateur. Dissensions à l'intérieur de la congrégation, graves déboires financiers, accusations de mauvaises administrations, l'amènent à offrir sa démission de supérieur général au chapitre général. L'annonce de son acceptation par le Pape lui parvient le 14 juin 1866, jour de sa fête!

Le père Moreau se retire, avec deux de ses sœurs, dans une petite maison à côté de l'Institution de la Sainte-Croix. Sans amertume ni haine, et pardonnant à tous, il passe ses dernières années à donner des prédications dans les paroisses du Mans et des environs. Il tombe  malade en janvier 1873 et meurt vingt jours plus tard. le père Moreau est inhumé dans le cimetière de la communauté. 


Ce n'est que vingt ans après sa mort que les supérieurs généraux cherchèrent à ranimer la vénération de Basile Moreau et à susciter une dévotion à sa mémoire.




Basile Moreau, le fondateur (1799-1873)

Basile Moreau, un homme du XIXème siècle

Une époque troublée : la France a du mal à se remettre des bouleversements de la Révolution.Les régimes politiques se bousculent : l'enfance de Basile Moreau s'écoule sous le Consulat et l'Empire; sa jeunesse sous la Restauration; sa vie active sous la Monarchie de Juillet, la 2de République et le 2d Empire et il meurt sous la 3ème République ! Par tradition, comme la plupart des catholiques de l'époque, le Père Moreau est légitimiste (partisan des Bourbons). Mais, quel que soit le pouvoir en place, il n'hésite jamais à intervenir auprès des élus et des autorités, des préfets et des ministres, pour faire valoir ses droits, pour défendre ses écoles, son collège ! Et il le fait avec une vivacité, une ténacité étonnantes. Un préfet de la Sarthe écrit un jour au Ministre de l'Instruction Publique que l'abbé Moreau est le genre d'homme qui, si on le met à la porte, revient aussitôt par la fenêtre !

50 de sa vie au Mans

Le Mans qui passe de 17000 à 60000 habitants, qui se dote de nouvelles industries (surtout après l'arrivée du chemin de fer en 1854). Le Père Moreau n'est pas étranger à la vie des Manceaux.

Quelques exemples pris dans les années 1840, la période de la fondation de sa famille religieuse. En 1846, quand la Sarthe est en crue, on le voit aller lui-même en barque porter secours aux victimes des inondations. En 1849, lors de l'épidémie de choléra il offre à la municipalité les services de la communauté. Il est attentif aux plus démunis : en 1844, il crée une Conférence S.Vincent de Paul dans l'Institution Sainte-Croix, la première en France (Frédéric Ozanam était son ami). Attentif aussi au sort des ouvriers qu'il fait travailler sur ses chantiers, il préside des banquets où l'on chante la Fraternité. En 1848, quelques exaltés veulent mettre le feu à Sainte-Croix, sous le faux prétexte qu'en y fabriquant de la toile on enlève aux tisserands le pain de la bouche : le Père Moreau leur fait ouvrir la porte, et leur adressant un discours bien senti, il les fait renoncer à leur projet, il les décide même à prendre l'établissement sous leur garde ! Et l'on voit ensuite la musique du collège, en grand uniforme, marcher en tête des défilés et exécuter des airs républicains lors de la plantation de l'arbre de la Liberté sur la promenade des Jacobins. 

Basile Moreau, un prêtre du XIXème siècle

Prêtre dans une Eglise différente de celle d'aujourd'hui ! Sous le régime du Concordat, les évêquessont nommés par le pouvoir civil, et chaque évêque gouverne son diocèse en maître absolu (il n'y a ni comités de pastorale, ni conférences épiscopales). Au début de son ministère, l'abbé Moreau est professeur au séminaire : tout va bien ou à peu près ! Mais quand il veut s'ouvrir à d'autres perspectives, quand il s'engage dans l'enseignement à tous les niveaux, et dans la mission universelle... il lui faut composer (c'est un euphémisme ! ) avec l'évêque en place, en l'occurrence Mgr Bouvier... On en reparlera.  

4 périodes dans la vie de Basile Moreau

1. Le jeune Basile   (1799-1823)

Né à Laigné-en-Belin , Basile est le 9ème enfant d'une famille qui en comptera 14. Une famille paysanne, une famille unie, au sein de laquelle il apprend le sens du devoir et du travail, une famille qui lui transmet une foi solide et courageuse. (Ses parents ont tenu à le faire baptiser par un prêtre "catholique", i.e. réfractaire) ...

Le Père Moreau gardera toujours ses attaches paysannes : Le journaliste Louis Veuillot qui le rencontrera en 1848 verra en lui un prêtre paysan, parlant avec un fort accent sarthois , tout en ajoutant ce qui n'est pas contradictoire :c'est un homme supérieur et un saint.

Le curé de Laigné, qui avait ouvert une petite école dans son presbytère, a vite remarqué l'intelligence, l'entrain, la piété du petit Basile. Il réussit à convaincre son père de l'envoyer au petit séminaire de Château-Gontier (la Mayenne faisait alors partie du diocèse du Mans), et c'est à pied que Louis Moreau et son fils de 15 ans font les 80 km qui séparent Laigné de Chateau-Gontier.  

Trois années à Chateau-Gontier (pendant lesquelles il reçoit la tonsure et la soutane !), quatre années dans les Séminaires du Mans, et le 12 août 1821, Basile est ordonné prêtre, dans l'église de la Visitation (place de la République). Il n'a que 22 ans ! Il voudrait partir vers les Missions Etrangères, mais l'évêque, Mgr de la Myre, qui veut faire de lui un  professeur de séminaire, l'envoie compléter sa formation théologique et spirituelle auprès des Sulpiciens. Ces deux années chez les Sulpiciens, à Paris et à Issy-les-Moulineaux, le marquent profondément. Il s'imprègne de la spiritualité de l'Ecole Française (celle de S.Vincent de Paul, de S.Jean Eudes, de M.Olier, et autres). .. Et le sulpicien Monsieur Mollevaut son directeur spirituel, avec qui il restera longtemps en relation, s'emploie à calmer le zèle de ce jeune prêtre jugé un peu impulsif. 

2. Le Prêtre diocésain   (1821-1836)

Revenu au Mans en 1823, Basile Moreau enseigne dans les Séminaires du diocèse, d'abord la philosophie à Tessé , puis la théologie et l'Ecriture sainte à Saint-Vincent : 13 années au total.. Sur son enseignement proprement dit nous avons peu d'informations. Mais nous savons qu'il ne s'accommode guère de la routine. Comme beaucoup de jeunes prêtres de l'époque, il s'ouvre aux idées libérales de Lamennais (qu'il rejettera quand Rome les condamnera). Il se démarque surtout des tendances gallicanes qui étaient celles de beaucoup d'évêques et de prêtres, en particulier celles du supérieur du séminaire, M. Bouvier, le futur évêque. Basile Moreau est ultramontain., comme Prosper Guéranger et quelques autres.  Il regarde vers Rome. D'où premières frictions entre lui et M. Bouvier !
Tous les deux cependant partagent un même souci : relever le niveau des études. M. Bouvier est l'auteur d'un manuel de théologie qui sera adopté dans 60 séminaires. Quant à Basile Moreau, devenu sous-supérieur, il prend deux initiatives assez remarquables : il introduit au séminaire un cours de sciences physiques (qu'il confie à Thomas Cauvin, ancien professeur au Collège de l'Oratoire), et il envoie, à ses frais (probablement en faisant appel à des bienfaiteurs), deux jeunes prêtres étudier en Sorbonne ! 

Nous savons encore qu'il est très populaire auprès des séminaristes. Beaucoup d'entre eux le choisissent comme directeur spirituel, et plusieurs s'attacheront à lui et le suivront à Sainte-Croix... ce qui ne plaira pas à tout le monde !

C'est également pendant ses années de professorat que se révèlent les dons de Basile Moreau pour la prédication : les curés du diocèse font souvent appel à lui, et ses sermons provoquent de nombreuses et solides conversions. 

Enseignement, direction spirituelle, prédication, ne suffisent pas à satisfaire son appétit d'action... Quand l'évêque, Mgr Carron, cherche quelqu'un pour organiser une maison de retraite ou une caisse de retraite pour les prêtres, c'est à Basile Moreau qu'il s'adresse. De même, c'est à lui qu'il demande de recueillir des fonds pour une école du Vieux-Mans tenue par des Frères.

Autre initiative importante à l'actif de Basile Moreau : la fondation du Bon-Pasteur. En 1833, il est amené à s'intéresser à la situation des filles abandonnées et des jeunes prostituées. Pour obtenir le concours des Soeurs de Notre-Dame de Charité, il s'adresse à la supérieure de la maison d'Angers, Mère Marie-Euphrasie Pelletier. Tout commence bien, mais très vite des malentendus surgissent entre les deux futurs saints (Marie-Euphrasie sera canonisée en 1940). Sans entrer dans les détails, on peut renvoyer dos à dos le fondateur et la fondatrice : Marie Euphrasie n'a pas fait preuve de transparence et Basile a manqué de diplomatie ! Il fallut se séparer : avec l'accord des deux évêques, le Bon-Pasteur du Mans sera indépendant du Bon-Pasteur d'Angers. Avec des religieuses venues de Tours et les novices qui se présenteront, l'œuvre  prospérera. Quand, après 25 années de direction, l'abbé Moreau remettra la maison à l'autorité diocésaine, elle comptera 40 religieuses, 150 pénitentes, 35 orphelines. Ajoutons que le Père Moreau confiera aux religieuses du Bon-Pasteur la formation des premières soeurs Marianites .

3. Le Fondateur de Sainte-Croix (1835- 1866) 

En 1835, Mgr Bouvier, qui connaît et reconnaît les qualités de Basile Moreau (son ancien élève et son collaborateur au Séminaire) lui demande de prendre la direction d'un petit institut de frères instituteurs, les Frères de Saint Joseph,  que leur fondateur, l'abbé Dujarié, curé de Ruillé, malade et âgé, ne pouvait plus diriger. En même temps, l'évêque l'encourage à mettre sur pied une société de prêtres qui prêcheraient des missions, un des grands moyens mis en oeuvre pour la rechristianisation (la nouvelle évangélisation de l'époque). Basile Moreau rassemble donc à Saint-Vincent quelques prêtres qui, sous le nom de Prêtres Auxiliaires,  seront les premiers Missionnaires diocésains du Mans. (Deux d'entre eux, René Cottereau et Julien Gautier, grands amis de Basile Moreau, seront plus tard à l'origine d'un nouveau groupe de Missionnaires diocésains.)

Le voici donc, en 1835, à la tête de deux groupes disparates et éloignés l'un de l'autre : les prêtres au Mans, les frères à Ruillé. Il faut les rassembler.  Par chance, un chanoine de ses amis lui offre sa propriété de campagne, Notre-Dame de Bel-Air, située sur la commune de Sainte-Croix. (Basile Moreau avait le chic de se trouver des amis généreux, ce qui, par la suite, lui attirera bien des ennuis).Et un certain M.Barré, qui n'était pas son ami, lui propose en location une grande maison voisine. La question du logement résolue, dès l'année suivante Basile Moreau ouvre un pensionnat où les prêtres et les frères vont pouvoir collaborer, et il a recours à quelques pieuses femmes ou demoiselles pour le service intérieur de la communauté et du pensionnat. 

Ainsi est née, tout naturellement est-on tenté de dire, providentiellement dira le fondateur, l'Association de Sainte-Croix, composée de prêtres, de frères et de sœurs . Pour donner à son association, une meilleure cohésion et une plus grande efficacité apostolique, il propose aux prêtres, aux frères, et même aux sœurs , malgré l'opposition de Mgr Bouvier, de faire profession religieuse. Lui-même prononce ses voeux le 15 août 1840.Il est désormais le Père Moreau, le père d'une famille religieuse. Ajoutons que l'arrivée en 1841 d'une jeune fille mayennaise, Léocadie Gascoin,  future Mère Marie des Sept-Douleurs, assurera une base solide à la société des sœurs .  

Faire vivre ensemble et faire collaborer des prêtres, des frères et des sœurs  n'est pas une mince affaire ! Le Père Moreau insiste beaucoup sur l'esprit d'union. Il veut que les trois sociétés forment une famille, laFamille de Sainte-Croix.  Il lui donne en modèle la Sainte Famille de Nazareth.

Au pensionnat, malgré l'opposition de Mgr Bouvier, le Père Moreau introduit l'enseignement du grec et du latin. Notre-Dame de Sainte-Croix devient, en 1839, une institution,la première au Mans, fréquentée par les fils des bonnes familles sarthoises. Pour l'éducation, "une oeuvre de résurrection" dit-il, le Père Moreau veut l'excellence : en 1849, il obtient du ministre Falloux le privilège du plein exercice, c'est-à-dire l'autorisation de poursuivre l'enseignement jusqu'à la classe de philosophie. En 1849 : un an avant la loi de la liberté de l'enseignement secondaire.

Dès lors, le renom de Sainte-Croix déborde du diocèse : diverses oeuvres, surtout des écoles et des pensionnats, surgissent enplusieurs régions de France, jusqu'à Paris où s'ouvre dans le quartier des Ternes une institution qui, transportée à Neuilly, prendra le nom de Sainte-Croix de Neuilly. Et du monde entier les évêques demandent des religieux, des religieuses pour des écoles, des orphelinats, des missions. Le Père Moreau fait tout son possible, et même l'impossible, pour répondre au moins à quelques-uns de ces appels. Dès 1840, 3 prêtres et 6 frères sont envoyés en Algérie. En 1841 et 1843, des prêtres, des frères, des sœurs  partent pour les Etats-Unis. En 1847, 15 religieux et religieuses arrivent au Canada. En 1850, à la demande du pape, le Père Moreau conduit lui-même 6 frères pour qu'ils apprennent un métier aux petits vagabonds de Rome. Enfin, en 1852, 3 pères, 3 frères et 3 sœurs  sont envoyés en mission au Bengale. Ainsi donc, avant que la communauté atteigne sa 15ème année, et alors que ses effectifs sont encore très modestes, elle est présente sur 4 continents : l'Europe, l'Afrique, l'Amérique, l'Asie. Le Père Moreau savait communiquer à ses disciples son zèle, son dynamisme, son audace : il faut lire les récits des voyages (des voyages de plusieurs mois !), prendre connaissance des listes des décès (beaucoup sont victimes du choléra, de la fièvre jaune, d'autres périssent dans des naufrages dès leur arrivée), pour prendre la mesure du courage, de l'héroïsme de ces jeunes sarthois et mayennais peu préparés à ces missions lointaines.

Mais revenons au Mans. Le projet de congrégation tripartite et mixte était trop audacieux : l'évêque, Mgr Bouvier, s'y oppose résolument. Il intervient à Rome et il a gain de cause : le pape, Pie IX, impose une dissociation. La congrégation de Sainte-Croix(celle despères et des frères) est approuvée en 1857, et la congrégation des sœurs  Marianites dix ans plus tard. 

En même temps que le pensionnat, le Père Moreau avait commencé la construction d'une église qui, en plus du service du pensionnat et des habitants du quartier, devait êtrele cœur  de sa famille religieuse. Mener à bien cette entreprise lui a demandé beaucoup de peine.L'église, Notre-Dame de Sainte-Croix,est consacrée en 1857 : une grandiose cérémonie présidée par le cardinal de Bordeaux, ami du Père Moreau, entouré de 9 évêques, dont celui du Mans, Mgr Nanquette, et de l'abbé de Solesmes, Dom Guéranger (avec quelques moines qui assurent les chants), en présence du préfet de la Sarthe, du maire du Mans, d'un général, et autres personnalités.

4. Le père humilié    (1866-1873)   

Cette année 1857, marquée par l'approbation de la congrégation, la consécration de l'église et un voyage en Amérique, était comme un sommet, un Thabor, dans la vie du Père Moreau. Elle est suivie d'une douloureuse période, un chemin de croix! Il est éprouvé par des dissensions à l'intérieur de la communauté, par de graves déboires financiers, et il est accusé de mauvaise administration... Entraînée dans la rapide expansion de la congrégation, la maison mère s'était endettée. Et voilà qu'un économe, celui du collège de Paris, s'engage dans des opérations financières qui tournent très mal. Pour éviter le scandale, le Père Moreau répond de tout, persuadé que les institutions qu'il a créées en France et à l'étranger le soutiendraient. Il s'est trompé. Il est abandonné de tous, ou presque... Au chapitre général de 1860, il présente sa démission de supérieur général. On la refuse, pour continuer à lui faire porter la responsabilité de la débâcle. Ce n'est qu'en 1866 que sa démission est acceptée par le pape.

Pour cette dernière période de la vie du Père Moreau, quelqu'un a proposé d'emprunter à Paul Claudel le titre : Le père humilié. Critiqué, calomnié, il est mis à l'écart de sa congrégation. En 1869, il trouve asile chez deux de ses sœurs   qui vivaient dans une petite maison de la rue Jeanne d'Arc. De là, il assiste à la vente de son collège, de son église, qui sont bradés pour payer les dettes des autres maisons. Seules, ou presque, les Sœurs  Marianites lui sont demeurées fidèles. Dans leur chapelle de l'avenue de Paris, il célèbre le 50ème anniversaire de son ordination, le 12 août 1872.

Cependant, depuis sa démission, malgré une santé qui se dégrade, il a repris son ministère de prêtre auxiliaire, il assure des prédications dans les paroisses... Le 1er janvier 1873, il va visiter le curé d'Yvré l'Evêque, un vieil ami. Pris de malaise, il parvient, à grand peine, à célébrer la messe. On le ramène au Mans.Après 3 semaines de souffrance, il meurt le 20 janvier. 

En 1867, le 13 juin, en retraite à la Trappe de Mortagne, il avait rédigé son testament spirituel  : " Je pardonne de bon cœur  à tous ceux qui m'ont nui dans l'exercice de mon ministère par leurs calomnies, probablement sans mauvaise intention. Je prie Dieu de pardonner à ceux des nôtres qui, sans le savoir, ont paralysé le développement de l'OEuvre  de Sainte-Croix, en recourant à des moyens aussi peu conformes à l'esprit de nos Constitutions et de nos Règles qu'à l'obéissance, à la simplicité, à la vérité et à l'abnégation religieuse. S'ils pouvaient lire dans mon cœur, ils verraient qu'il n'y a rien d'amer, mais indulgence et amour pour tous les membres de la famille..."

 Basile Moreau homme de foi, homme d'espérance  

En parcourant la vie du Père Moreau, nous avons relevé quelques traits de sa riche et complexe personnalité. Nous avons remarqué d'abord son dynamisme apostolique, puis la manière dont il a vécu ses dernières années, avec une foi et une espérance vraiment héroïques.

Le Père Moreau était un homme de foi. Sa foi se manifestait par une confiance sans limite en la Providence. Dans un sermon de 1845 il s'écriait " S'il y a un Dieu, il y a par là même une Providence... Dieu est notre Père, nous sommes ses enfants; pourrait-il nous oublier et nous abandonner au hasard ?" Cette profonde conviction ne l'a jamais quitté.Il voyait la main de la Providence en tout ce qui lui arrivait personnellement et en tout ce qui arrivait à sa communauté. Il n'en a jamais douté : Sainte-Croix était l'œuvre  de Dieu, lui-même n'étant, disait-il, qu'un simple instrument.

 Deux faits pour illustrer sa confiance en la Providence :

En 1848, Sainte-Croix avait pris en charge un orphelinat à La Nouvelle-Orléans en Louisiane. Cette fondation où l'on vivait dans la misère fut éprouvée par des épidémies de fièvre jaune. Des religieux, des religieuses, des enfants succombèrent. Deux supérieurs envoyés du Mans décédèrent, l'un après l'autre. Un 3ème ne resta que quelques semaines. Un 4ème envoyé de l'Indiana n'arriva jamais à son poste. Au Mans, le conseil général se demandait s'il fallait abandonner cette mission. Chacun des membres du conseil exprima son opinion, puis, après avoir prié de longues minutes, la tête dans les mains, le père Moreau dit simplement : " Le Bon Dieu nous a tant éprouvés dans cette fondation que je crois qu'il a des vues particulières sur elle. Je suis d'avis de la maintenir. "

En 1852, c'est la Mission du Bengale que, sur la demande du Pape, il accepte de prendre en charge alors qu'il n'a ni sujets, ni ressources suffisantes. Il écrira plus tard : " On m'a blâmé d'avoir accepté cette mission en répétant que toutes les autres Congrégations l'avaient refusée... A ces reproches, j'ai répondu ce que je répondrai toujours en pareilles circonstances : j'ai pour principe de ne rien refuser, quand tout semble indiquer un dessein de la Providence. "

Son espérance, le Père Moreau laplaçait dans la Croix. "Sainte-Croix" était le nom de la localité où sa famille religieuse avait pris naissance; mais il considérait cette circonstance comme providentielle : il s'est appuyé sur cette appellation pour insister sur l'importance du mystère de la croix dans la vie spirituelle de tout chrétien, à plus forte raison de tout religieux. Au cœur  de sa spiritualité, il y avait cette conviction (héritée de saint Paul et de l'Ecole Française) que nous sommes tous appelés à participer aux mystères de la vie du Christ. Il aimait méditer et répéter la parole de saint Paul : " Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi",  sans en omettre les premiers mots : " Avec le Christ, je suis fixé à la croix" (Gal 2 20). 

Le Père Moreau était persuadé que les difficultés, les épreuves rencontrées étaient des participations à la passion, à la croix du Christ, et donc qu'elles étaient des signes de la bénédiction de Dieu. On pourrait multiplier les citations..

" Les afflictions, les revers, l'abandon des amis, les privations en tous genres, les infirmités, la mort même, la malice de chaque jour et les peines de chaque heure, voilà autant de reliques du bois sacré de la vraie Croix qu'il nous faut chérir, vénérer, enchâsser dignement dans l'or d'une charité patiente, résignée, généreuse, qui souffre tout, qui supporte tout, en union avec le divin Maître ". (L.C. 19 juin 1848)
" Quoique les épreuves subies par l'œuvre  de Sainte-Croix aient été aussi cruelles que nombreuses, loin de briser et de détruire par la racine cette plante naissante, elles doivent au contraire l'affermir, la fortifier et la féconder " (L.C. de 1865).  

Je conclus par une dernière parole du Père Moreau. Dans une conférence donnée aux Sœurs du Canada en 1857, il disait en parlant du chemin de croix qui s'impose à tous : " Que voulez-vous ? il n'y a pas d'autre voie pour arriver au ciel... Suivons donc le chemin que Jésus-Christ nous a tracé, et nous arriverons à la bienheureuse éternité. " 

Par le Père Jean Proust csc


Basile Moreau, notre fondateur

Neuvième d’une famille de quatorze enfants, Basile naquit le 11 février 1799, dans le petit village de Laigné en Belin, près du Mans, en France, à la fin de la Révolution française. Ses parents, Louis Moreau et Louise Pioger, étaient des agriculteurs et marchands de vin. Ils n’avaient pas la possibilité de faire instruire leurs enfants. Basile et sa sœur Cécile furent les seuls à apprendre à lire et à écrire, grâce au curé de la paroisse, l’abbé Provost, qui le leur apprit.
À l’âge de 15 ans, Basile entra au petit séminaire et deux années plus tard, il commença ses études en théologie et en philosophie. Ordonné prêtre en 1821, il fut nommé professeur au séminaire. Plusieurs années plus tard, il devint le recteur du séminaire et s’exerça à la pratique de la patience dans les situations de tension. Il fit l’apprentissage de trois sources de paix : l’humilité, l’amour de la croix et la confiance en la divine Providence.

En 1823, il fut nommé directeur spirituel des Frères de Saint-Joseph, une Congrégation fondée par le Père Dujarié. Douze ans plus tard, il accepta la direction de ces frères et forma également une association de prêtres auxiliaires en vue d’un projet apostolique, lequel devint en 1837, la Congrégation de Sainte-Croix.
En 1841, il entreprit un nouveau projet avec un petit groupe de femmes, avec la collaboration principale de Léocadie Gascoin. Ce groupe s’appelait les Marianites de Sainte-Croix. Ces trois sociétés, les sœurs, les frères et les prêtres, guidées par Basile Moreau, furent envoyées en mission dans différents pays.
À la suite de ses visites à Rome pour obtenir l’approbation des sociétés et pour trouver des solutions aux tensions internes dans la Congrégation, Basile résigna comme supérieur général. Il se retira à la maison des Marianites.

Il continua à travailler comme missionnaire itinérant jusqu’à sa dernière retraite, trois semaines avant sa mort. Nous admirons son zèle pour la mission, qu’il a décrit dans sa lettre du 19 novembre 1871 : « je ne meurs point et j’espère encore pouvoir prêcher le prochain carême dans une paroisse de notre diocèse. » Il est retourné à la maison du Père le 20 janvier 1873.









Soeurs de Sainte-Croix
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Bienheureux Basile Moreau

fondateur de la famille religieuse de Sainte-Croix ( 1873)

Prédicateur et éducateur de talent, ce prêtre du diocèse du Mans est le fondateur de la famille religieuse de Sainte-Croix.



"Son zèle apostolique a pris les dimensions du monde"

Basile Moreau originaire de Laigné en Belin fut le fondateur de la congrégation de Sainte Croix, présente sur 4 continents et regroupant près de 4000 religieux. 


L'histoire de Basile Antoine Moreau (site des Marianites de Sainte Croix)

Basile Moreau est un prêtre fondateur. Né en 1799 à Laigné-en-Belin, il était le neuvième d'une famille de quatorze enfants. Ses parents étaient cultivateurs. Après le collège, il entra au séminaire du Mans et ordonné prêtre en 1821, à l'âge de 22 ans. A Paris, il étudie la théologie chez les Sulpiciens puis, durant treize années, au séminaire, il enseignera successivement la philosophie, le dogme et l'Écriture sainte.

En 1835, il organise un groupe de prêtres auxiliaires pour prêcher des missions et à la demande de son évêque il assure la direction de la communauté des Frères de Saint-Joseph. Pour les services intérieurs, de la communauté et du pensionnat, il engage quelques femmes, les premières sœurs. Il propose à tous et à toutes les vœux de religion, qu'il prononcera lui même le 15 août 1840. L'association Sainte-Croix, du nom de la commune où elle est implantée, est née.

La petite congrégation connaît une croissance rapide. En plus de l'esprit d'union et de collaboration mutuelle, Basile Moreau voulut donner aux prêtres, frères et sœurs de Sainte-Croix, une ferme confiance en la divine Providence. 

Mais en 1855 commence une douloureuse période pour le fondateur. Dissensions à l'intérieur de la congrégation, graves déboires financiers, accusations de mauvaises administrations, l'amènent à offrir sa démission de supérieur général et il se retire, avec deux de ses sœurs, dans une petite maison à côté de l'Institution de Sainte-Croix. Sans amertume ni haine, et pardonnant à tous, il passe ses dernières années à donner des prédications dans les paroisses du Mans et des environs. Il tombe malade en janvier 1873 et meurt vingt jours plus tard. 





Bienheureux Basile Moreau (1799-1873) Prédicateur et éducateur de talent, ce prêtre du diocèse du Mans est le fondateur de la famille religieuse de Sainte-Croix. Il a été béatifié au Mans le 15 septembre 2007. Témoins - site de l'Église catholique en France



Son zèle apostolique a pris les dimensions du monde

Prédicateur et éducateur de talent, ce prêtre du diocèse du Mans est le fondateur de la famille religieuse de Sainte-Croix. Il a été béatifié au Mans le 15 septembre 2007.

Hadrien Peltier
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Issu d’une famille modeste de la campagne sarthoise, né en 1799, Basile est ordonné prêtre à l’âge de 22 ans. Son évêque, qui le destine à l’enseignement dans les séminaires, l’envoie compléter sa formation théologique et spirituelle auprès des sulpiciens, à Paris et à Issy. De retour au Mans, Basile enseigne, pendant treize années, la philosophie, la théologie, l’Écriture sainte. En même temps, se révèlent ses dons pour l’accompagnement spirituel (beaucoup de séminaristes le choisissent comme directeur) et pour la prédication (les curés de paroisse font largement appel à lui).

Les évêques ont recours à ses qualités d’organisateur. En 1833, Mgr Carron le charge de fonder un « refuge » pour jeunes filles en difficulté : avec les religieuses de Notre-Dame de Charité, il est à l’origine du Bon-Pasteur du Mans dont il restera le supérieur ecclésiastique pendant vingt-cinq ans. En 1835, Mgr Bouvier lui demande de prendre en main un institut de frères instituteurs et de créer un groupe de missionnaires diocésains. L’abbé Moreau réunit les prêtres et les frères, et, malgré l’opposition de l’évêque, il leur adjoint un groupe de sœurs. Il devient ainsi, en 1840, le fondateur de la famille religieuse de Sainte-Croix, du nom de la localité sur laquelle elle est implantée. Rome approuvera séparément la congrégation de Sainte-Croix (pères et frères) en 1857 et la congrégation des Sœurs Marianites de Sainte-Croix, dix ans plus tard.

Éducateur de talent, le P. Moreau ouvre au Mans une institution secondaire. Le renom de Sainte-Croix déborde le diocèse : des œuvres diverses, surtout des écoles et des pensionnats, surgissent en plusieurs régions de France. À la demande des évêques, des prêtres et des frères sont envoyés en Algérie, puis des équipes de religieux et de religieuses aux États-Unis, au Canada, au Bengale et à Rome.

Le dynamisme, la détermination de Basile Moreau ne laissent personne indifférent. Les louanges ne lui manquent pas, ni les oppositions. Il donne sa démission de supérieur général en 1866, et connaît le désaveu et l’abandon. Mais il continue à prêcher et à rendre service aux curés de paroisse jusqu’à sa mort, survenue le 20 janvier 1873.

Basile Moreau est l’un des artisans du renouveau catholique en France au XIXe siècle, et son zèle apostolique a pris les dimensions du monde. La famille religieuse de Sainte-Croix, qui œuvre en différents pays d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique, a recueilli la référence spirituelle chère à son fondateur : la croix, unique espérance.

Mgr Jacques Faivre
Évêque du Mans


Basile Moreau : histoire d'une béatification

Sur cette page, nous publions un article de 12 pages du Père Proust, selon son habitude extrèmement documenté et rigoureux, relatant la succession d'évènements qui ont conduit de la mort du Père Moreau le 20 janvier 1873 à sa béaticiation le 15 septembre 2007. A la suite, nous publions des extraits vidéo des Journeaux Télévisés du 15 septembre 2007, ainsi que l'homélie de Mgr Faivre et son discours aux invités le jour même de la béatification.

Avertissement. Cette page est en cours d'aménagement. La longueur et la précision de l'article du Père Proust méritent d'en faire un document téléchargeable et imprimable, ce qui sera fait prochainement. Nous travaillons à une présentation plus brève de l'hitoire de la Cause, plus adaptée à cette page. Viendront s'ajouter en temps et en heure des informations sur l'avancement de la cause de sa canonisation.

1873-1893 : Vingt années de silence

Le renouement

1893-1926 : Premières initiatives, premiers rapprochements

1826-1838 : Le grand retour

La "Cause"

1938-1950 : Préliminaires

1950-2007 : De l'introduction de la cause à la béatification

Les célébrations de la béatification

Homélie de Mgr Faivre pour la béatification

Discours de Mgr Faivre au banquet

De la mort du Père Moreau à sa béatification

A la mort du Père Moreau, la famille religieuse de Sainte-Croix est disloquée. Entre les débirs de sa congrégation (l'expression est du Père Moreau) s'installent l'indifférence ou l'ignorance, quand ce n'est pas le mépris ou la haine.

Avant de songer à la remontée vers la lumière (Graziella Lalande, Basile Moreau et sa lente remontée vers la lumière, 2003) de leur Fondateur, ses fils et ses filles devront se réconcilier, se rassembler...

Parcourir les cent trente et quelques années qui séparent la mort du Père Moreau de sa béatification, c'est évoquer ceux et celles qui ont contribué d'une manière ou d'une autre au rapprochement, au renouement, des quatre congrégations de Sainte-Croix, à la réhabilitation de la mémoire du Fondateur et à l'introduction de sa cause.

Père Jean Proust csc, Noël 2006

1873-1993 : Vingt années de silence

Dix jours après la mort du Père Moreau, le Supérieur Général recommande aux prières des religieux celui à qui nous sommes tous redevables pour notre existence comme institut religieux dans l'Eglise (Lettre Circulaire du Père Sorin, 31 janvier 1873). A cette brève oraison funèbre succède, de la part du père Sorin, un lourd silence de vingt années. Un de ses amis a cette formule où l'on peut lire l'expression de son souhait : Le silence laissera probablement tout dormir dans la tombe (Le Père Champeau au Père Sorin le 12 février 1873).

Mais déjà des voix s'élèvent pour honorer la mémoire du Fondateur et préparer les voies de sa glorification.

En France, Mère Marie des Sept-Douleurs (Léocadie Gascoin), Supérieure générale des Marianites, s'applique à maintenir sa communauté dans la plus pure tradition de l'esprit du fondateur. Presque chaque lettre à ses religieuses est l'occasion de rappeler la mémoire du Père bien-aimé. On peut affirmer que c'est grâce à Mère Marie que la physionomie du Père Moreau a pu être conservée dans la vérité de ses traits, la force de sa droiture et la charité de ses pardons (Soeur Raymonde Marsollier, Supérieure Générale des Marianites, Conférence, 1984). Malheureusement, cette fidélité s'accompagne d'une rupture totale avec les religieux du père Sorin, - rupture qu'encourage le père Charles, neveu du Fondateur.

Chez les Religieux, les blessures sont loin d'être cicatrisées. Après le funeste Chapitre de Sainte-Brigitte une soixantaine de religieux avaient quitté la congrégation, les uns purement et simplement renvoyés par le chapitre sous prétexte de leur "complicité" avec le Fondateur, les autres, partant de leur plein gré, manifestant ainsi leur désaccord avec la nouvelle administration.

Mais ceux qui sont restés - les Rézé, Gastineau, Lecointe, Louage, Steunou qui vont courageusement assumer la charge de Provincial - et beaucoup d'autres pères et frères, comment pourraient-ils oublier le Père Moreau, leur père, leur ami ? Le souvenir de leur Fondateur n'en demeurait pas moins vif dans le coeur de nombre de ses fils, même s'il ne leur était pas facile de l'exprimer (Père Germain Lalande csc, Lettre Circulaire n° 10, novembre 1972).

Au Canada, les Soeurs de Sainte-Croix et des Sept-Douleurs, qui prendront leur autonomie en 1889, restent fidèles au Père Moreau et à Mère Marie des Sept-Douleurs. Leur première supérieure, Mère Marie de Saint-Basile (Julie Bertrand), avait conscience de porter une responsabilité filiale, une responsabilité d'héritière... Elle veillait avec soin à ce que la mémoire du Père Moreau soit honorée par les sœurs et par leurs élèves et maintenait un culte filial à Marie des Sept-Douleurs (Graziella Lalande, L'histoire d'une Histoire et les Soeurs de Sainte-Croix). De même, les Pères et les Frères, dont beaucoup avaient été formés par le père Rézé, constituent un autre ilôt de fidélité (Graziella Lalande, Lettre à Jean Proust, 3 juin 2004).

En Indiana au contraire, les Soeurs de la Sainte-Croix,   autonomes depuis 1869, sont sous l'emprise du père Sorin. Cependant toutes les soeurs n'ont pas coupé les ponts avec leur origine. En août 1872, un religieux français, membre du chapitre général qui se tenait à Notre-Dame, écrivait : Que dirai-je de nos bonnes Soeurs françaises, que j'avais connues au Mans et que je retrouvais à Sainte-Marie et à Notre-Dame ? Combien nous sentions vivement de part et d'autre le plaisir de nous revoir ! Il faut avoir été séparés par l'Océan pendant de longues années pour se faire une idée d'une pareille satisfaction. Il leur semble si doux de parler de la France ! Et j'aime tant à me souvenir de ces premiers jours, où les coeurs étaient si fervents et si généreux ! Au berceau des congrégations, il y a des sentiments qu'on ne retrouve pas plus tard... (Signé X..., Anales de Saint Joseph, février 1873).

Un bon nombre d'anciennes Marianites sont déchirées. Témoin cette soeur Marie de Saint-Pierre, une bretonne, qui après son noviciat effectué au Mans en 1855 avait été envoyée en Indiana. En décembre 1890 elle écrit à Mère Marie des Sept Douleurs : Personne ne saurait comprendre le tort que cette séparation (de 1869) a fait à notre communauté. Après avoir relaté comment le père Sorin, afin d'être considéré comme le véritable fondateur de la congrégation des sœurs américaines, a pris toutes les précautions pour faire oublier le nom et les mérites du Père Moreau, elle ajoute la communauté désabusée par la force des événements sent un impérieux besoin de se tourner vers sa source primitive, et elle demande de lui expédier un ouvrage traitant de la vie et des œuvres du Père Moreau afin de le traduire pour l'édification de la communauté, et comme acte de réparation pour l'oubli involontaire fait à ses grandes vertus (Cité par André Ligné, Naissance et évolution d'une Congrégation, p 294-295).

Chez les religieux américains, l'ignorance vis-à-vis du Fondateur est totale : Les membres de Sainte Croix n'ont vraiment pas parlé de Basile Moreau à partir des années 1870 presque jusqu'aux années 1920-1930. Tous ceux qui avaient bien connu personnellement le Père Moreau étaient alors très âgés ou décédés. Et comme à ce moment-là Sainte-Croix croissait très rapidement en Amérique du Nord, les histoires venant du "vieux monde" n'étaient pas une priorité (Joël Gialanza, Un simple instrument).

En 1932, le père Donahue écrira dans son Rapport au Chapitre Général : Voici une communauté presque centenaire et, à date, ses membres n'ont jamais lu les lettres du Fondateur. Nous sommes à la veille d'un Chapitre général et même les capitulants ignorent quasi tout de l'esprit du Fondateur, de l'histoire et des traditions de la communauté... Cette province (de l'Indiana) compte aujourd'hui environ 200 prêtres profès et environ le même nombre de frères, tous des hommes mûrs, mais cet idéal et ces convictions n'ont pas été le moins du monde inspirés par l'idéal et les convictions du Fondateur de la communauté.

Le renouement

1893-1926 : Premières initiatives, premiers rapprochements

Devenu supérieur général à la mort du père Sorin, le 31 octobre 1893, le Père Gilbert Français  ouvre la voie à la "réhabilitation" du Père Moreau. Dès sa première lettre circulaire (du 3 novembre), apparaissent les noms des Pères Moreau et Dujarié, nos pieux fondateurs. Le Provincial de France, le Père Victor Lemarié qui avait été l'ami, le confident du Père Moreau, partage la piété filiale du Père Gilbert. Déjà des portraits du Fondateur sont installés au noviciat de Montéclair et à l'institution de Neuilly. Tous les deux forment un projet : écrire une biographie du Père Moreau. Le 7 décembre, le père Lemarié écrit au petit-neveu du Fondateur, Joseph Bouleau : Nous voudrions entreprendre la vie de notre saint Père Moreau. Le Père Français, notre nouveau supérieur général, ne demande que des documents, et j'ai accepté la mission de les recueillir. En fait, un bon nombre de documents sont entre les mains de Charles Moreau qui avait lui-même entrepris la rédaction d'un ouvrage sur la vie et les œuvres de son oncle : ils sont inaccessibles !

En février 1898, un disciple des Pères Français et Lemarié, le Père Gabriel Vaugeois, fait paraître dans les Annales de Saint-Joseph, bulletin de la Province française, une notice biographique sur le Père Moreau, qu'un journal de la Nouvelle-Orléans avait publiée pour le cinquantenaire des Marianites. Le père Français encourage le père Vaugeois à poursuivre ses recherches sur le Fondateur.

Cette même année, au mois d'août, le chapitre général des religieux se tient au collège Notre-Dame de Montréal. Mère Marie de Saint Basile invite à la maison mère de Saint-Laurent les vingt-deux capitulants. Le Père Français saisit cette occasion pour faire part aux Sœurs de ce qu'il appelle son ambition : réunir dans une même pensée toutes les branches de la famille de Sainte-Croix ; les réunir au moins spirituellement par des rapports plus intimes que nous aurons ensemble, par la connaissance plus parfaite de notre digne Fondateur, le vénéré Père Basile Antoine Marie Moreau (Annales de la Congrégation, VI, p 25).

Arrive le 100ème anniversaire de la naissance du Père Moreau. Sur proposition du père Lemarié, le chapitre général a voté cette recommandation : Le 11 février de l'année prochaine, il y aura cent ans que le T.R P. Moreau naquit en Laigné-en-Belin (diocèse du Mans). C'est à lui que nous devons notre beau nom de Sainte-Croix, nos Constitutions et nos Règles. Le Chapitre est d'avis qu'à l'occasion de cet anniversaire, on célèbre une messe dans chaque maison de la Congrégation. Le père Français invite tous les religieux à marquer cet anniversaire : Cette date intéresse au plus haut point notre piété filiale, et ne saurait passer inaperçue pour aucun d'entre nous… Ce centenaire devrait être marqué par l'expression vivante de notre respect, de notre reconnaissance et de notre plus pieuse affection à l'égard de ce père vénéré de notre famille religieuse… (Père Gilbert Français, Lettre circulaire, 12 janvier 1899). Le Provincial souhaite rassembler les religieux de France pour une démarche de piété filiale au cimetière où repose le Père Moreau, mais là encore il se heurte à l'intransigeance de Charles Moreau qui ne veut pas des gens de Sainte-Croix. Seules, les Marianites assisteront, le 11 février 1899, à la messe qu'il célébrera dans la chapelle du cimetière (Annales de la Congrégation des Marianites, p 350).

Après le décès du terrible neveu (le 17 avril 1899) le père Lemarié obtient de M. Bouleau communication de son manuscrit, et, à l'insu du père Français, il le fait imprimer : Le T.R.P. Basile-Antoine Moreau, prêtre du Mans, et ses oeuvres par l' abbé Charles Moreau, parait en 1900. Le supérieur général ne peut que mettre en garde contre la lecture de cet ouvrage qui, en même temps qu'une apologie du Fondateur, est un violent réquisitoire contre ceux qui se sont opposés à lui : Si nous devons aimer et respecter le T.R.P. Moreau, ne devons-nous pas aussi aimer et respecter ceux qui furent les premiers et les meilleurs compagnons de ses travaux, et qui les ont continués avec une rare énergie, en des conditions particulièrement difficiles ? (Père Gilbert Français, Lettre Circulaire, 3 octobre 1900).

Au mois de juin 1900, Mère Marie de Saint-Julien (Joséphine Durand)supérieure des Sœurs de Sainte-Croix, invite à Saint-Laurent Mère Marie de Saint-Matthieu (Marie-Yvonne Auffret), supérieure des Marianites : les deux Supérieures échangent le baiser de réconciliation du Canada avec la France. En 1921, Mère Marie de Sainte-Eléonore (Renée Lejeune), croira pouvoir aller plus loin : elle avisera la supérieure canadienne qu'elle consentait à avoir une union spirituelle et désirait l'union complète avec les sœurs du Canada. (André Ligné, Op cit p 297) Un souhait pour le moins prématuré !

Au Canada, les Soeurs ont repris le projet d'une biographie. Mère Marie de Saint-Julien a chargé Sœur Marie de Sainte Maximilienne (Luména Lizotte) d'extraire de l'ouvrage du père Charles un récit abrégé et expurgé. En 1923, paraît l'Histoire du T.R.P. Basile-Antoine-Marie Moreau, missionnaire apostolique, fondateur de la congrégation de Sainte-Croix, par une religieuse de la congrégation des Soeurs de Sainte-Croix et des Sept-Douleurs. Cette biographie, la première que religieux et religieuses de Sainte-Croix peuvent lire, constitue un élément important dans le mouvement de reconnaissance et de réhabilitation qui se développait chez les religieux (Sœur Graziella Lalande, Basile Moreau et sa lente remontée vers la lumière, p 26).  Plus tard, l'auteure, devenue supérieure générale, confiera : Combien je fus frappée d'entendre le Père Français me répéter plus d'une fois : quand on poursuivra la cause de béatification de notre cher Fondateur, vous saurez que votre travail aura ouvert la voie en préparant les esprits et les coeurs (Sœur Graziella Lalande, Basile Moreau sous le regard des siens, p 21).

Le père Français prend une autre initiative : publier les écrits spirituels du Père Moreau. Au chapitre de 1920 il a fait voter ce décret : Afin d'honorer et de perpétuer la mémoire de nos fondateurs et de profiter de leurs travaux d'ordre spirituel, le P. Philéas Vanier, de la province du Canada, est chargé par le Chapitre de rassembler les écrits du Père Moreau qui concernent la vie spirituelle. En 1923, le père Philéas Vanier fait paraître des extraits de la correspondance du père Moreau et de son directeur spirituel sous le titre Moreau et Mollevaut, et 46 Sermons du Père Moreau. En 1932 il publiera les Méditations chrétiennes.

Pour le 50ème anniversaire de la mort du père Moreau, le 20 janvier 1923, Mgr Georges Grente, évêque du Mans, préside un service solennel dans la chapelle de la maison-mère des Soeurs Marianites. Le 12 janvier 1924, en présence des religieuses, du père Vaugeois, Provincial de France, et du père Cousineau, étudiant à Paris et futur supérieur général, il est procédé à une exhumation (la première) des restes du Père Moreau. Ils sont déposés dans un nouveau cercueil sous une dalle neuve en marbre blanc dans la chapelle du cimetière (Mgr Cousineau, Journal Epistolaire). Les religieux, les sœurs de France, du Canada et de l'Indiana ont contribué à l'aménagement du caveau (Annales des Marianites, p 41-46).

1926-1938 : Le grand retour

Le supériorat général du Père Français avait été un coup de barre vigoureux vers un retour au culte du Fondateur. Ses successeurs - les Pères Donahue et Cousineau - continueront dans le même sens, avec plus de liberté et plus d'ardeur encore (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire n° 10, Noël 1972).

Du Père Gilbert Français le Père James Donahue avait appris à vénérer la mémoire du Père Moreau. En 1924, l'exhortation de Pie XI Unigenitus Dei Filius l'avait encouragé dans cette voie : Avant tout, nous exhortons les religieux de ne jamais perdre de vue les exemples de leur Fondateur et Législateur, s'ils veulent avoir la certitude de participer aux grâces abondantes de leur vocation. Maître des novices en Indiana, Recteur du Séminaire Moreau, puis  Supérieur de la Procure de Rome, il avait plusieurs fois visité les Marianites du Mans, passant ses séjours à prier, lire, écrire, méditer, soit dans sa chambre, soit sur le tombeau de Basile Moreau ou les autres lieux sanctifiés par lui (Annales des Marianites, p 480)Elu Supérieur Général en 1926, il se donnera de toute son âme à l'oeuvre de réhabilitation de la mémoire du Père Moreau et au retour de la congrégation à son lieu d'origine.

Par l'entremise de l'évêque du Mans, Mgr Grente, la Congrégation rachète l'église bâtie par le Père Moreau le 10 août 1931. Le Père Donahue écrit : Chérir la mémoire [du Père Moreau] et méditer ses conseils, avoir foi en sa vision, vénérer les lieux qu'il aima et sanctifia : c'est à la fois notre privilège et la garantie que Dieu nous bénira ! [...] Ici, chaque pierre nous parle d'amour paternel, de sainteté, de sacrifice. Ici est née la Congrégation de Sainte-Croix… Ici, dans la pauvreté et le dénuement, entouré d'oppositions, de critique, de condamnation et de haine, Basile Moreau groupa, inspira, soutint les âmes que Dieu destinait à être les pierres fondamentales [de son œuvre] (Père Donahue, Lettre Circulaire, 15 septembre 1931).

A l'automne 1933, il ouvre dans un bâtiment annexe de l'église un scolasticat à vocation internationale. C'est là que se rassembleront des religieux de nos diverses provinces, pour y puiser à sa source l'esprit de leur Fondateur, pour s'y imprégner des traditions primitives de leur communauté. Nommé directeur de ce scolasticat, le Père Philéas Vanier poursuivra en France ses recherches documentaires.

Les travaux de restauration de l'église s'étalent sur six années. Toute la famille de Sainte-Croix contribue à leur financement. Le 9 novembre 1937, l'église est reconsacrée par Mgr Grente, assisté des évêques d'Angers et de Laval, en présence  des Marianites et des religieux de France, des provinciaux des Etats-Unis et du Canada, et de six religieuses de l'Indiana et du Canada qui se rendaient à la mission du Bengale. Mgr Maurice Foin, vicaire général, met en lumière la grande figure du Père Basile Moreau.

Le père Donahue a soin d'associer les religieux d'Amérique à cet événement : Aujourd'hui, on assiste au triomphe de la justice, de la vérité, de la sainteté... Aujourd'hui, un siècle après la fondation de Sainte-Croix, nous, religieux de la province américaine, offrons au Père Basile Moreau notre amour, notre dévouement, notre perpétuelle reconnaissance… Par delà les océans, nous considérons avec amour le roc dont nous sommes taillés et la carrière dont nous avons été extraits. Aujourd'hui, Notre-Dame du Lac salue avec révérence Notre-Dame de Sainte-Croix, la mère dont elle est issue et le lien sacré qui unit Sainte-Croix de l'Amérique à son Fondateur et Père en Dieu… (Père Donahue, Lettre Circulaire, 18 octibre 1937).

Un an plus tard, le 9 novembre 1938, grâce à la bienveillance de Mère Marie de Saint-Julien (Marie-Françoise Leroux), supérieure des Marianites, les restes du Père Moreau sont transférés de la chapelle du cimetière à la crypte de l'église.

Devant la dépouille du Fondateur, en présence de Mgr Grente, de religieux de France, des Etats-Unis et du Canada, des Soeurs Marianites, des Soeurs du Bon Pasteur et des Soeurs de la Providence de Ruillé, le Père Albert Cousineau, nouveau Supérieur Général, fait acte de réparation :  Devant ces restes vénérés, je tiens à déclarer, comme 5ème successeur du T.R.P. Moreau, que nous le reconnaissons, nous, ses enfants, Pères, Frères et Soeurs, comme notre digne Fondateur, qui, humilié et cruellement éprouvé par d'injustes traitements, a fécondé dans les larmes et le sacrifice, l'oeuvre de Sainte-Croix... (Père Albert Cousineau, Lettre Circulaire, 1er mars an?). Le 9 novembre 1938 peut être considéré comme une date charnière dans l'histoire de la famille de Sainte-Croix. Le grand renouement entre toutes les branches de la famille de Sainte-Croix est officiellement scellé (André Ligné, Op cit, p 298).

La "Cause"

1938-1950 : Préliminaires                                         

Au Chapitre de 1926 il avait été question pour la première fois d'une béatification éventuelle du Père Moreau et du Père Dujarié : Le Procureur général sera autorisé, si l'occasion se présente, à prendre une part active à l'introduction des causes des TT.RR.PP. Moreau et Dujarié. Ce décret est reconduit aux chapitres de 1932 et de 1938.

Le Père Albert Cousineau, Supérieur Général de 1938 à 1950, sera le dynamique artisan de la promotion de la cause. Pour y préparer les esprits et les coeurs il s'emploie à faire mieux connaître les écrits du Fondateur : en 1941-1942 paraît une édition complète de ses Lettres circulaires, et, en 1945, un recueil documentaire préparé par le père Vanier intitulé Le T.R.P. Moreau d'après ses écrits, ses correspondants et les documents de l'époque, 1799-1835. Lui-même, dans ses lettres circulaires, aborde les grands thèmes spirituels chers au Père Moreau. La substance de ses lettres sera recueillie en un volume qui paraîtra en 1952 : Principes de vie sacerdotale et religieuse à l'école du vénéré Père Basile Moreau.

Le travail à entreprendre pour la préparation de la cause est considérable, et la 2de Guerre mondiale en retardera de plusieurs années la mise en oeuvre. D'emblée, deux difficultés majeures se présentent. La première est celle des rapports du Père Moreau avec Mère Euphrasie Pelletier, la Supérieure Générale des Soeurs de Notre-Dame de Charité canonisée en 1940. En 1943, grâce aux pères H.P. Bergeron et Th. Mc Avoy, le Père Vanier découvre dans les archives de Notre-Dame, les papiers Perché qui éclairent la question. Autre difficulté, le fait que beaucoup de religieux considèrent le Père Dujarié comme le fondateur de la congrégation. Grâce au travail du père Vanier, le père Cousineau peut faire reconnaître officiellement au chapitre général de 1945 le Père Moreau comme le véritable fondateur.

Le 19 octobre 1945, le pape Pie XII reçoit le Père Cousineau et l'encourage à introduire la cause aussitôt que possible. Au Mans, Mgr Grente s'y montre très favorable. En novembre, le Père Cousineau rencontre Mère Marie de Saint Julien (Marie-Françoise Leroux) à Précigné. Les religieux et les religieuses sont invités à redoubler de ferveur et de prière pour que le Père Moreau soit reconnu et aimé. C'est alors que sont instituées les Journées Moreau, au jour anniversaire de son décès, le 20 janvier.

Chaque année les Marianites avaient à cœur de célébrer l'anniversaire de la mort du Père Fondateur par une messe solennelle de Requiem. L'héroïcité de ses vertus étant reconnue (sic !) une messe solennelle d'action de grâce la remplace pour la première fois à Précigné (Maison mère) et marquera désormais tous les ans cet anniversaire si cher à toute la famille de Sainte-Croix (Annales des Marianites).           

Le 29 juin 1946, à l'invitation de Mère Marie de Saint Julien, supérieure des Marianites, les supérieures de l'Indiana, Mère Marie de Sainte Rose-Elisabeth (Elizabeth-Rose Havican) et du Canada, Mère Marie de Sainte Maximilienne (Luména Lizotte) se retrouvent à Précigné avec le Père Cousineau. Rencontre historique puisque c'estla première fois qu'une telle rencontre se produit depuis l'autonomie des deux congrégations d'Amérique, et parce que le but en est de préparer les voies à la canonisation (sic !) de notre cher Père Fondateur (Mère Marie de Saint Julien, Lettre Circulaire, 14 juin 1946). Le 13 juillet, Mgr Grente appuie chaleureusement la supplique qui lui est présentée. Pour lui l'œuvre entreprise par le père Moreau, en dépit des contradictions, des épreuves et des brisures qui auraient dû l'anéantir tant de fois, constitue le miracle des œuvres (Annales des Marianites, p 45).

Le 27 mai 1947, l'évêque du Mans publie deux ordonnances : l'une constituant le tribunal diocésain chargé d'instruire la cause ; l'autre ordonnant la recherche des écrits du Père Moreau. Le tribunal diocésain est ainsi composé :


Président délégué : Mgr Foin, évêque auxiliaire (il sera remplacé à sa mort par Mgr Chevalier, vicaire général).
Juges : Mgr Dubois (il sera remplacé lors de sa nomination au siège de Rodez par le chanoine Marquet), Mgr Lepron, Directeur des Œuvres diocésaines, M. le chanoine Froment, M. le chanoine Blin, Chancelier.
Promoteur de la foi : M. le chanoine Bouvet, Supérieur du Grand Séminaire.
Adjoint au Promoteur : M.l'abbé Brayer.
Notaire : M. le chanoine Charbonneau.
Curseur : M. le chanoine Duroy.
Le père Hardouin sera vice-postulateur.


Rassembler les écrits du Père Moreau demandera de multiples recherches. Les Archives de la Sarthe et de plusieurs départements, celles de la Propagation de la Foi à Paris, à Lyon et à Fribourg, fourniront des documents très intéressants, qui complèteront ceux que le Père Vanier avait recueillis depuis de longues années (ce travail mobilisera plusieurs personnes, par exemple, au Mans, Mlle Marie Deniau).

Mgr René Fontenelle, postulateur, se rend vite compte que la cause sera très difficile. Evidemment, ce ne sera pas un saint en sucre d'orge ! dit-il, mais les lumières sont trop belles pour que les ombres puissent nous décourager (J Grisé... Une nouvelle perspective, p 9). Plutôt que de faire un procès historique, il propose de suivre la voie ordinaire, plus connue, plus pratique, plus traditionnelle, et, tout bien considéré, plus sûre, ménageant moins de surprises (Position... Présentation, p 7).  Dès 1948, il publie des Articles sur les vertus du Père Moreau (articles rédigés en fait par le père Hervé Morin).

Le Père Cousineau a confiance : La cause est difficile, on a tant noirci notre vénéré Fondateur ! Il faut que Rome voie clair en tout cela. Mais Dieu glorifiera son serviteur, si c'est sa volonté (cité par Graziella Lalande, La lente remontée vers la lumière, p 24). Plus clairvoyant que le postulateur, il demande au Père Vanier de continuer les recherches historiques et engage le chanoine Etienne Catta et son frère Tony, avocat, pour écrire une biographie critique du Fondateur. Les trois volumes paraîtront de 1950 à 1955.

Le 1er mai 1948 s'ouvre au Mans le procès informatif. Vingt-et-un témoins seront interrogés dont deux seulement de visu (deux dames très âgées qui dans leur enfance, avaient "vu" le Père Moreau) et cinq de auditu a videntibus.

En juin 1950, avant la fin de son mandat, le Père Cousineau a la joie de porter à Rome les actes du procès diocésain.

1950-2007 : De l'introduction de la Cause à la Béatification

Le Père Christopher O'Toole, supérieur général de 1950 à 1962 se situe dans la ligne de ses prédécesseurs : La tâche du père Donahue consista, pour ainsi dire, à ressusciter le Père Moreau d'entre les morts et à le faire connaître à la Congrégation. Le Père Cousineau, lui, l'a conduit jusqu'au pied des autels. Et c'est maintenant à nous, par nos prières, nos sacrifices, notre fidélité, à lui procurer les honneurs suprêmes en l'élevant jusque sur ces mêmes autels... (Père O'Toole, Lettre Circulaire, 15 septembre 1950).

De son côté, Mère Marie de Sainte-Odile (Eugénie Richard), supérieure des Marianites, met tout en œuvre pour faire connaître et aimer le Père Moreau. En 1950, elle établit le généralat et le noviciat à La Solitude, et elle fait restaurer la chapelle du cimetière.

Le Père Edward Heston, procureur général, seconde le postulateur. Il jouera un rôle de plus en plus important dans l'avancement de la Cause.

Au mois d'avril 1952 deux théologiens attestent que rien n'est contraire à la foi et aux moeurs dans les écrits du Père Moreau. En mai, l'avocat de la Cause, Mgr Vitale, présente un résumé au promoteur de la foi (l'avocat du diable) Mgr Natucci. Au mois de mars 1954 le promoteur de la foi publie ses objections.

Alors que 152 évêques ou hautes personnalités appuient la demande de béatification, le cardinal Grente intervient auprès du cardinal Cicognani, nouveau Préfet de la Sacrée Congrégation, en vue d'obtenir au plus vite l'introduction de la cause.

Le 12 mai 1955 la Congrégation des Rites émet le décret d'introduction de la  cause. Après une longue période d'un oubli relatif, la vraie stature du Père Moreau émerge enfin. Il apparaît, non plus seulement comme Fondateur, mais comme Serviteur de Dieu, dont la sainteté a été jugée digne de retenir l'attention du Saint-Siège... (Père O'Toole, Lettre Circulaire, 7 mars 1955.

Les procès apostoliques se tiennent au Mans du 20 juillet 1955 au 1er avril 1957, à Montréal du 17 janvier au 14 novembre 1956 et à Fort Wayne USA du 9 juillet au 4 août 1956. Le 21 juillet 1955, au Mans, en présence du Cardinal Grente, de Mgr Chevalier, de Mgr Fontenelle, de Mgr Cousineau, a lieu la reconnaissance des restes du Fondateur. Scellés dans une châsse de verre déposée dans un double cercueil de zinc et de chêne, ils sont placés dans un tombeau de marbre surmonté d'un beau gisant qui est l'oeuvre du sculpteur Henri Charlier.

Après le décès de Mgr Fontenelle (28 mars 1957), le Père Heston le remplace comme postulateur.
Au mois de mars 1958 les copies des actes du procès du Mans sont remises à l'avocat, Mgr Vitale, qui devra rédiger un plaidoyer en faveur de l'héroïcité des vertus du fondateur. En décembre 1961, la Positio super virtutibus, (575 pages) est remise au Promoteur de la foi.

Le Père Germain Lalande, élu supérieur général en 1962, déclare : Même si nous ne pouvons pas et ne devons pas rendre un culte public au serviteur de Dieu qu'est le Père Moreau, notre fondateur, rien ne nous empêche de recourir à lui en particulier, afin qu'il nous obtienne les grâces nécessaires à une vie religieuse vivace et fraternelle et à un apostolat fécond et utile à tous, surtout aux pauvres, comme il le désirait tant pour ses fils. Et cela, tout en priant instamment pour sa béatification et pour celle du frère André (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire, 19 mars 1963).

Le décret conciliaire Perfectae caritatis (1964) invite les instituts religieux à mettre en pleine lumière et à maintenir fidèlement l'esprit des fondateurs et leurs intentions spécifiques. Religieux et religieuses de Sainte-Croix vont intensifier recherches et réflexions afin de mettre en lumière le message de leur Fondateur et de retrouver son sens de la mission.

De nouvelles Constitutions sont élaborées. En les promulguant, le Père Lalande écrit Je crois fermement (qu'elles) sont respectueuses de l'esprit de notre Fondateur et qu'elles ont conservé l'essentiel, le fondamental, de ce qu'il nous a légué... Nos statuts se veulent fidèles à l'inspiration du père Moreau, même si, ainsi que je l'ai souvent répété, il s'agit alors de normes de vie qui peuvent et doivent varier avec l'évolution de la vie (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire).

Le décret conciliaire encourageait les instituts à établir des fédérations ou des unions. En 1967, Mère Madeleine Sophie Hébert, supérieure générale des Marianites, propose un projet de Fédération Sainte-Croix englobant les soeurs de France, du Canada et de l'Indiana. Cette idée sera abandonnée, mais des rencontres entre les trois administrations inviteront à une prise de conscience plus grande de l'esprit de famille cher au fondateur. Et les rencontres à trois seront étendues aux quatre branches. A La Solitude, centre d'héritage Sainte-Croix dont les quatre conseils généraux accepteront la responsabilité collective en janvier 1979, les Marianites organiseront des sessions ouvertes à tous les membres de la famille de Sainte-Croix.

En février 1970, le Père Heston étant devenu secrétaire de la Sacrée Congrégation des Religieux, le père Angelo Mitri O.M.I. est le nouveau postulateur. Une de ses premières démarches est de retrouver la copie publique du procès qui semblait perdue (sic !)… La cause du père Moreau se trouve chez le promoteur de la foi (l'avocat du diable) depuis une dizaine d'années, constate le Père Lalande. Cela malgré les nombreuses démarches des Pères Heston et Mitri. On attend donc depuis ce temps la publication des objections du promoteur de la foi sur les vertus du père Moreau... (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire, Noël 1971). 

Le 20 janvier 1973, le centenaire de la mort du Père Moreau est célébré avec ferveur. Dans toutes les provinces, on veut que tous les religieux fêtent cet anniversaire de la manière la plus propre à approfondir notre attachement au père Fondateur et à vivifier son esprit en chacun de nous. Il me plait de voir en cet événement une faveur très opportune du Seigneur alors que nous travaillons avec ardeur au renouveau de notre vie religieuse tel que voulu par le Concile Vatican II et exigé par les besoins de notre temps. Le père Lalande consacre 28 pages de sa lettre à évoquer les dernières années de la vie du Père Moreau et à la survivance de sa mémoire dans la congrégation (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire, Noël 1972).

Au Mans, le Père Lalande et les 3 Supérieures, Mère Madeleine Sophie Hébert, Mère Marie Olivette Whalen, Mère Marguerite Galipeau, de nombreux religieux et religieuses, sont présents. Le 19, trois conférences sont prononcées : L'orientation apostolique donnée à Sainte-Croix par Basile Moreau, en relation avec la vie communautaire, par le Frère Gérard Dionne, Vie de prière et vie commune, hier et aujourd'hui, par Soeur Bernadette Madiot, Structures de Sainte-Croix : son gouvernement et son statut canonique, par le Père Thomas Barrosse.

Le 20, la messe est présidée par Mgr Cousineau, archevêque de Cap-Haïtien, et concélébrée par 4 évêques, dont Mgr Alix, évêque du Mans, qui donne l'homélie, Mgr Chevalier, ancien évêque du Mans, et Mgr Heston, archevêque, président de la commission pontificale pour les communications sociales, et plus de 50 prêtres. L'après-midi le Père Angelo Mitri, postulateur, parle de l'avancement de la Cause du Père Moreau. Jusqu'à l'année 1961, dit-il, la cause du Père Moreau a marché très vite, exceptionnellement vite, incroyablement vite... Une cause en moyenne dure environ 40 ans. Or, celle du P. Moreau, commencée au Mans en 1947, était introduite à Rome huit ans après, en 1955, et le nouveau procès apostolique était terminé six ans plus tard, en 1961. Soit en tout 14 ans. A ce rythme, le P. Moreau aurait pu être béatifié en 20 ans, au lieu de 40. Mais, ensuite, divers obstacles ont entravé son déroulement : en premier, le Concile qui accaparait les énergies de la plupart des officiers des congrégations romaines, puis parmi les causes qui sont à peu près au même stade d'étude que celle du fondateur, il y en a qui passent avant, soit parce qu'elles sont moins compliquées, soit parce qu'elles viennent de pays où le pape doit aller, ou encore de pays pour lesquels il n'y a jamais eu encore de béatification.

Le père Grisé impute le retard aux promoteurs de la foi : De 1961 à 1970, il y aura trois avocats du diable successifs, et le 2ème n'a presque rien fait. Une autre raison du retard de la cause, c'est que le dernier promoteur de la foi a été scandalisé et fâché du fait que le témoignage d'un témoin aurait été introduit dans le procès à la dernière minute, comme témoin "oculaire" alors qu'il n'était même pas né à la mort du P. Moreau !… Le promoteur de la foi y a vu comme une espèce de fraude, rendant tout le procès des vertus inacceptable (Jacques Grisé,  La cause du père Moreau : une nouvelle perspective, 1984).

De 1974 à 1986, le Père Thomas Barrosse s'attache à faire connaître et vénérer le père Moreau. Déjà lorsqu'il était maître des novices à Bennington, il avait publié : MOREAU, Portrait d'un fondateur.  Par ses lettres circulaires il cherche à susciter un renouveau en profondeur de la vie religieuse ; deux d'entre elles sont particulièrement consacrées au fondateur : Basile Moreau et Sainte-Croix (février 1981), Fondateur et père, modèle, intercesseur et ami (août 1984). Il prépare aussi une nouvelle édition des Lettres circulaires du Père Moreau, que Joël Giallanza et Jacques Grisé publieront en 1998.

Le 17 mai 1974, la Sacrée Congrégation pour les Causes des Saints fait savoir que la cause du Père Moreau est confiée à l'office historique. Le Père Jacques Grisé est chargé de la préparation de la Positio. Il écrira : J'ai eu affaire à trois relateurs ou directeurs de travail de la S.C. pour les Causes des Saints… Le premier (P. da Pobladura, ofm cap.) m'avait indiqué les directives générales : il s'agissait d'écrire une biographie du P.Moreau, en insistant sur les vertus et en citant largement les documents, sans rien cacher des difficultés… On ne voulait pas se servir de la biographie de Catta… regardée comme une interprétation… Le 2ème (P. Amore, ofm) m'a simplement dit de continuer comme j'avais commencé… Pourtant, lorsque j'eus remis l'ensemble de mon travail, en 1980, il se mit à dire qu'il fallait développer davantage… qu'il n'y avait plus de limite de pages, même si j'en avais déjà plus de 4000… (loc.cit.)

Dix ans plus tard, en 1984, le nouveau rapporteur, le Père Beaudoin, O.M.I, ne juge pas opportun d'utiliser le travail du Père Grisé qui ne comportait pas moins de 4256 pages ! Il choisit comme base la biographie des frères Catta.

En 1981, sur l'initiative de Soeur Raymonde Marsollier, a lieu à la Solitude la première Session Internationale "Histoire et Spiritualité"... En décembre 1983, se tient à St Mary's (Indiana) une réunion rassemblant pour la première fois les 4 Supérieurs généraux (P. Barrosse, Soeur Raymonde Marsollier, Soeur Jeanne Dusseault, Soeur Olivia Marie) ainsi que les membres de leur conseil respectif... En mars 1987 est formé un Comité de l'Héritage Sainte-Croix chargé de porter attention à la Solitude, à l'église, à la maison de la rue Jeanne d'Arc et au cimetière.

En 1994, la Congrégation pour les Causes des Saints publie la nouvelle Positio.

En novembre 2002, le Dr Andrea Ambrosi est nommé Postulateur pour la Cause du Père Basile Moreau, et pour celles du Frère André et du Père Patrick Peyton. L'étude sur les vertus du Père Moreau est approuvée par les théologiens consulteurs en janvier 2003 et par les 14 cardinaux et évêques en mars. Le Préfet de la Congrégation pour la Cause des saints, le cardinal Saraiva Martins présente son rapport au pape.

Le 12 avril 2003, lors d'un consistoire, le pape Jean-Paul II reconnaît l'héroïcité des vertus du Père Basile Moreau, et le déclare Vénérable.

Le 27 janvier 2005 une commission médicale étudie un cas de guérison attribuable à l'intercession de Basile Moreau. Le 15 avril, une commission théologique rend un jugement positif sur ce cas. Le 8 novembre, la Commission des 15 cardinaux et archevêques vote de façon positive en faveur de la Cause. Un comité présidé par le Père Mario Lachapelle est chargé d'étudier les projets élaborés en vue de la béatification. En font partie les Soeurs Marie-André Rousseau (des Marianites), Jeannette Fettig (des Soeurs de la Sainte-Croix) et Laure Therrien (des Soeurs de Sainte-Croix). Le Frère Edward Dailey est secrétaire de ce comité et assistant administratif pour les trois causes. Cinq autres comités sont mis en place.

Le 28 avril 2006 le Pape Benoît XVI autorise la promulgation du miracle attribué à l'intercession du Père Moreau. Ce décret met un terme au processus de béatification.

Le père Hugh Cleary, Supérieur général, promulgue une année d'action de grâce :

Depuis si longtemps attendue, la béatification imminente du Père Moreau nous invite à entreprendre une année de prière et de réflexion sur sa riche spiritualité, en particulier sur son espérance dans la croix... Ce moment historique est pour nous une occasion d'approfondir notre appréciation du patrimoine magnifique qui est le nôtre. Les quatre supérieurs de la Famille Sainte-Croix publient une déclaration commune : Le coeur rempli de fierté et de gratitude, nous voulons célébrer ensemble la proclamation par le Saint-Père Benoît XVI de la béatification de notre Fondateur, Basile Antoine Marie Moreau.

Mgr Jacques Faivre, évêque du Mans, annonce la Béatification à ses diocésains (Mgr Faivre, Eglise en Sarthe, Juillet-Août 2006).

Le 7 décembre, la Secrétairerie d'Etat du Vatican rend officiels les dates et les lieux proposés pour les cérémonies de béatification :


Vendredi 14 septembre 2007, Vigile de prière à l'église Notre-Dame de Sainte-Croix

Samedi 15 septembre, Rite de Béatification au Centre Antarès 

Dimanche 16 septembre, Messe d'action de grâce en la Cathédrale Saint-Julien.


Samedi 15 septembre 2007 avait lieu au Mans la première béatification sur le sol français (sans la présence du pape). Celle de Basile Moreau originaire de Laigné en Belin. Pour l'occasion la salle Antares transformée en cathédrale accueillait plus de 5000 personnes en présence de nombreuses personnalités parmi lesquelles on pouvait noter : Mr le Cardinal José Saraiva Martins,Préfet de la Congrégation pour les causes des saints, Mr François Fillon, premier ministre et son épouse, Mr Michel Camux, Préfet de la Sarthe, Mr le Président du Conseil Général et de nombreux élus, Son Eminence Monsieur le Cardinal Théodore McCarrick, archevêque émérite de Washington, Mgr Maurizio Bravi représentant Mgr Fortunato Baldelli, Nonce Apostolique, Dom Dupont, Père Abbé de Solesmes, ainsi que les responsables des Congrégations de Sainte-Croix : le Père Hugues Cleary csc, Soeur Kesta Occident, Soeur Joy O'Grady, Soeur Mary Kay Kinberger, Soeur Suellen Tennyson...

Homélie de la cérémonie

Par Mgr Jacques Faivre, Evêque du Mans

Frères et Soeurs, Il y a quelques minutes, avant que son Eminence le Cardinal SARAIVA MARTINS proclame la lettre apostolique de sa Sainteté le Pape Benoît XVI déclarant " Bienheureux " Basile-Antoine-Marie MOREAU, nous avons entendu une courte biographie du Serviteur de Dieu. Je ne reprendrai pas le déroulement de sa vie. Je n'en retiendrai que quelques, aspects qui peuvent inspirer notre propre comportement.

La spiritualité léguée par le Père MOREAU comporte une insistance très forte sur l'esprit d'union et de fraternité. Il désire que pères, frères et soeurs soient unis dans la vie et le travail " comme une imitation visible de la Sainte Famille ". Dès sa première lettre circulaire il écrit: " Pour travailler avec succès à l’oeuvre importante qui nous est confiée, il faut que la charité nous unisse tellement ensemble que nous ne fassions tous qu'un coeur et qu'une âme ". Et n’est-ce pas également ce que nous percevons à travers la lettre du 15 juin 1854 : " Les membres de l'Association ne doivent former qu'une seule et même famille, unie par les doux liens de la charité fraternelle et des trois voeux de religion ". Toutes ces paroles sont très belles. Les mettre en pratique d'une manière continue est tout autre chose; l'histoire l'a montré... Dès lors, on comprend que le Bienheureux Basile MOREAU ait aussi insisté sur l'importance de la croix dans le progrès spirituel, en en faisant lui-même l'expérience, et qu'il ait donné comme devise à sa famille religieuse ce verset: "O crux, ave, spes unica ! Salut, ô croix, notre unique espérance! ".

Par ailleurs, il a beaucoup insisté sur la vertu de zèle, qu'il a définie comme une ardeur et une disponibilité à entreprendre tout pour le service du prochain et de l'Eglise. Lui- même a répondu à toutes sortes de besoins de l'Eglise de son temps avec une audace et une détermination qui reflètent son tempérament d'homme d’action, sa grande foi et son propre zèle pour le salut des âmes.

Les Constitutions des pères et des frères, approuvées par Rome le 13 mai 1857, ouvrent deux champs d'apostolat: "la prédication de la Parole de Dieu surtout dans les campagnes et les missions étrangères, l'éducation chrétienne dans les écoles ainsi que la formation agricole et technique au profit surtout des enfants pauvres et abandonnés". Priorité donnée à l'évangélisation des pauvres: c’est encore une option préférentielle soulignée par le chapitre général des Soeurs de la Sainte Croix en 1984.

Aujourd'hui, vous êtes nombreux, hommes et femmes de la Famille Sainte Croix, à travailler dans divers champs d'apostolat à travers le monde, au Canada, aux Etats-Unis, en France, en Italie et dans une quinzaine de pays du Tiers-Monde, aidant les Eglise: locales d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine, à se développer, et cela sur les cinq continents !

Animés par l'Esprit, vous exercez votre ministère aussi bien dans l'éducation, la pastorale scolaire, paroissiale, diocésaine, que dans les centres sociaux, les aumôneries d'hôpitaux et autres besoins à satisfaire dans l'Eglise comme dans le Monde. Les deux ne sont-ils pas d'ailleurs étroitement liés ? Ici même, dans notre diocèse du Mans, nous bénéficions de votre dévouement au sein de plusieurs communautés. Et je profite de la circonstance pour adresser au supérieur et supérieures une parole célèbre du Cardinal Marty: "J'embauche! ".

Frères et Soeurs, dans la vie et la spiritualité du Bienheureux Basile MOREAU, ainsi que dans l'action pastorale des membres de la Famille Sainte-Croix, nous pouvons toutes et tous trouver une inspiration pour notre propre manière de vivre en disciples du Christ. Cela, à travers l'abandon à la Providence dans toutes les entreprises pour le Seigneur, l'audace de s'engager dans des réalisations nouvelles pour le salut des âmes, et la bonne entente entre tous. Basile MOREAU aime à redire que " l'union fait la force et la désunion mène à la ruine".

Vous comprenez combien notre Eucharistie d'aujourd'hui, en la fête de Notre-Dame des Douleurs, fête patronale de la Congrégation de Sainte-Croix, est véritablement " action de grâce " que nous adressons au Seigneur pour tout ce qu'ont réalisé le Bienheureux Basile MOREAU et à sa suite les membres de la Famille Sainte-Croix. Puisse-t-elle, cette Famille, comme le souhaitait le Père MOREAU, " ressembler dans ses développements à un arbre dont la tige produit en s'élevant des branches nombreuses, d'où sortent des rameaux qui en produisent d'autres, nourris tous de la même sève et animés de la même vie! ". Amen !

Discours lors du Diner

Discours de Mgr Jacques Faivre, Evêque du Mans

Monsieur le Préfet,

Son Eminence Monsieur le Cardinal José Saraiva Martins,
Son Eminence Monsieur le Cardinal Théodore McCarrick,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Excellences,
Frères et Soeurs en Christ,


C'est avec beaucoup de joie, à l'issue de la célébration de la Béatification du Père Basile Moreau, que je prends maintenant la parole. Je le fais avec d'autant plus de joie, qu'il est toujours agréable d'adresser des remerciements.Tout d'abord, j'exprime, publiquement, toute ma profonde gratitude pour la venue, à la Cérémonie de Béatification, de Monsieur le Premier Ministre. Il devait, initialement, participer à ce dîner, mais ses obligations l'ont amené à repartir dès ce soir. Sa présence nous a honorés et c'est peu de dire, que j'ai été, dans ma responsabilité, et à titre personnel, particulièrement sensible à sa présence, et à celle de son épouse. Chacun d'entre nous, aujourd'hui, a pu mesurer et apprécier la qualité de la délégation gouvernementale. Cela souligne l'excellence des rapports entre les plus hautes autorités de l'Etat et l'Eglise Catholique.

A cet instant, je tiens à dire combien, localement, la collaboration avec les services de la Préfecture fut harmonieuse et précieuse, en tous points, pour le bon déroulement de nos festivités. Que Mr Michel Camux, préfet de la Sarthe, et ses proches collaborateurs, en soient vivement remerciés.

Mes remerciements vont, également, à Mr le Président du Conseil Général et à Mr le Maire du Mans qui ont fait en sorte que de nombreux aspects logistiques soient facilités par les collectivités locales.

Maintenant, bien entendu, c'est à vous, Mr le Cardinal José Saraiva Martins, que je m'adresse avec beaucoup de reconnaissance. Préfet de la Congrégation pour les causes des saints, vous êtes, parmi nous, Eminence, pour la Béatification du Père Basile Moreau, le représentant personnel de sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Je suis très heureux de vous accueillir au Mans pour cette journée exceptionnelle. Votre présence nous honore et souligne notre lien et notre attachement avec le successeur de Pierre. Veuillez assurer sa Sainteté de notre communion et de notre prière.

Merci à Mgr Maurizio Bravi qui représente Mgr Fortunato Baldelli, Nonce Apostolique, empêché d'être au Mans ce jour.

Merci, également, à Mr le Cardinal Théodore Mc Carrick, Archevêque émérite de Washington, d'être venu au Mans pour ces journées festives. Vos liens avec la Famille Sainte Croix sont importants, et je me réjouis, Eminence, de vous céder demain, mais, pour un jour, ma cathèdre, à l'occasion de la Messe d’action de grâce qui sera célébrée en la Cathédrale Saint Julien.

Merci à mes frères dans l'épiscopat d'être parmi nous. Leur présence nombreuse me touche particulièrement.

Merci à Dom Dupont, Père Abbé de Solesmes, pour sa fidélité aux temps forts du diocèse.

Je tiens à saluer, chaleureusement, le Docteur Andréa Ambrosi, postulateur de la cause. De même, pour moi, c'est un bonheur d'accueillir tant de représentants de la Famille Sainte Croix. Je tiens à saluer, tout particulièrement, les responsables des congrégations: le Frère Hugues Cleary, Soeur Kesta Occident, Soeur Joy O'Grady, Soeur Mary Kay Kinberger, Soeur Suellen Tennyson.

Nous accueillons, aussi, ce soir, avec joie et émotion, des membres de la famille du Père Basile Moreau.

Vous voudrez bien me pardonner, mais il m'est impossible de nommer tous ceux et celles qui ont oeuvré pour la réussite de ces journées festives. Que chacun de ceux, d'entre vous, qui ont travaillé, je le sais, avec tant de coeur et de compétence, trouvent, ici, l'expression de ma reconnaissance et de celle de tout le diocèse. Je ne puis, cependant, ne pas dire un merci, tout particulier, au Père Mario Lachapelle, président du Comité international des fêtes de béatification, et vice postulateur de la cause, assisté de Soeur Mary-Louise Gude.

Et, enfin, remercions Dieu lui-même, d'avoir donné à son Eglise le Bienheureux Basile Moreau. " Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps " (Mt 28,20), disait le Christ à ses disciples. Son Esprit de service et de charité nous accompagne. Il ne cesse de susciter de nouveaux charismes. A nous, dans notre humble quotidien, de savoir accueillir le don du Seigneur, et ainsi, en vérité, nous serons, pour reprendre l'intitulé de notre démarche diocésaine vers Pentecôte 2008, " au service de ce monde aimé de Dieu".

Merci de votre attention

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