Nativity
of Christ, medieval illustration from the Hortus
deliciarum of Herrad of Landsberg,
circa 1180
Die 24 Decembris.
IN VIGILIA NATIVITATIS
DOMINI
I classis (ante CR 1960 :
duplex I classis)
Statio ad S. Mariam
maiorem.
Ant. ad Introitum. Exodi
16, 6 et 7.
Hódie sciétis, quia
véniet Dóminus et salvábit nos : et mane vidébitis glóriam eius.
Ps. 23, 1.
Dómini est terra, et
plenitúdo eius : orbis terrárum, et univérsi, qui hábitant in eo.
V/.Glória Patri.
Oratio.
Deus, qui nos
redemptiónis nostræ ánnua exspectatióne lætíficas : præsta ; ut Unigénitum
tuum, quem Redemptórem læti suscípimus, veniéntem quoque Iúdicem secúri
videámus, Dóminum nostrum Iesum Christum, Fílium tuum : Qui tecum vivit et
regnat.
Lectio Epístolæ beati
Páuli Apóstoli ad Romános.
Rom. 1, 1–6.
Paulus, servus Iesu
Christi, vocátus Apóstolus, segregátus in Evangélium Dei, quod ante promíserat
per Prophétas suos in Scriptúris sanctis de Fílio suo, qui factus est ei ex
sémine David secúndum carnem : qui prædestinátus est Fílius Dei in virtúte
secúndum spíritum sanctificatiónis ex resurrectióne mortuórum Iesu Christi,
Dómini nostri : per quem accépimus grátiam, et apostolátum ad obœdiéndum fídei
in ómnibus géntibus pro nómine eius, in quibus estis et vos vocáti Iesu
Christi, Dómini nostri.
Graduale. Exodi 16, 6 et
7.
Hódie sciétis, quia
véniet Dóminus et salvábit nos : et mane vidébitis glóriam eius
V/. Ps. 79, 2–3 Qui regis
Israël, inténde : qui dedúcis, velut ovem, Ioseph : qui sedes super Chérubim,
appáre coram Ephraim, Béniamin, et Manásse.
Non dicitur Allelúia cum
sequenti Versu, nisi hæc Vigilia venerit in Dominica.
Allelúia, allelúia. V/.
Crástina die delébitur iníquitas terræ : et regnábit super nos Salvátor mundi.
Allelúia.
+ Sequéntia sancti
Evangélii secundum Matthǽum.
Matth, 1, 18–21.
Cum esset desponsáta
Mater Iesu Maria Ioseph, ántequam convenírent, inventa est in útero habens de
Spiritu Sancto. Ioseph autem, vir eius, cum esset iustus et nollet eam
tradúcere, vóluit occúlte dimíttere eam. Hæc autem eo cogitánte, ecce, Angelus
Dómini appáruit in somnis ei, dicens : Ioseph, fili David, noli timére accípere
Maríam cóniugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spíritu Sancto est. Páriet
autem fílium, et vocábis nomen eius Iesum : ipse enim salvum fáciet pópulum
suum a peccátis eórum.
Si venerit in Dominica,
dicitur Credo
Ant. ad Offertorium. Ps.
23, 7.
Tóllite portas,
principes, vestras : et elevámini, portæ æternáles, et introíbit Rex glóriæ.
Secreta.
Da nobis, quǽsumus,
omnípotens Deus : ut, sicut adoránda Fílii tui natalítia prævenímus, sic eius
múnera capiámus sempitérna gaudéntes : Qui tecum.
Præfatio communis : sed
si venerit in Dominica, dicitur de Ssma Trinitate.
In aliquibus diœcesibus
et in Gallis, præfatio de Adventu.
Ant. ad Communionem. Is.
40, 5.
Revelábitur glória Dómini
: et vidébit omnis caro salutáre Dei nostri.
Postcommunio.
Nativity
from Sherbrooke Missal cropped, circa 1310, National Library of Wales, Aberystwyth
Le 24 décembre.
VIGILE DE LA NATIVITÉ DU
SEIGNEUR
Ière classe (avant 1960 :
double de Ière classe)
Station à
Ste-Marie-Majeure
Introït
Aujourd’hui, vous saurez
que le Seigneur va venir et qu’il nous sauvera. Et demain matin, vous le verrez
dans sa gloire.
Au Seigneur appartient la
terre et tout ce qui la remplit, l’univers et tous ceux qui l’habitent.
Collecte
Seigneur Dieu, vous nous
donnez chaque année la joie d’attendre notre rédemption. Et puisque c’est dans
la joie que nous accueillons votre Fils unique, lorsqu’il viendra nous
racheter, accordez-nous de pouvoir encore le regarder sans inquiétude, quand il
reviendra pour nous juger.
Lecture de l’Epître de
Saint Paul aux Romains.
Paul, serviteur du
Christ-Jésus, apôtre par son appel, mis à part pour annoncer l’Evangile de
Dieu, Evangile que Dieu avait promis auparavant par ses prophètes dans les
saintes Ecritures, touchant son Fils né de la postérité de David selon la
chair, et déclaré Fils de Dieu miraculeusement, selon l’Esprit de sainteté, par
une résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui nous
avons reçu la grâce et l’apostolat, pour amener en son nom à l’obéissance de la
foi tous les Gentils, du nombre desquels vous êtes, vous aussi, par appel de
Jésus-Christ.
Graduel
Aujourd’hui, vous saurez
que le Seigneur va venir et qu’il nous sauvera. Et demain matin, vous le verrez
dans sa gloire.
V/. Ecoutez, Pasteur
d’Israël, vous qui menez le peuple de Joseph comme un berger son troupeau. Vous
dont le trône est porté par les Chérubins, montrez-vous aux descendants
d’Éphraïm, de Benjamin et de Manassé.
On ne dit pas l’Allelúia
ni son verset, sauf si la vigile tombe le dimanche.
Alléluia, alléluia. V/.
Demain sera détruit le péché du monde et sur nous régnera le Sauveur de
l’Univers.
Suite du Saint Evangile
selon saint Mathieu.
Marie, la mère de Jésus,
ayant été fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble,
qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit. Joseph, son mari, qui était
juste et ne voulait pas la diffamer, se proposa de la répudier secrètement.
Comme il était dans cette pensée, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en
songe, et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craint point de prendre chez
toi Marie ton épouse, car ce qui est conçu en elle est du Saint-Esprit. Et elle
enfantera un fils, et tu lui donneras pour nom Jésus, car il sauvera son peuple
de ses péchés. »
Si la Vigile tombe le
dimanche, on dit le Credo
Offertoire
Portes, relevez vos
frontons ! Soulevez-vous, portails antiques, et le Roi de gloire fera son
entrée.
Secrète
Dieu tout Puissant, nous
accourons dès aujourd’hui pour adorer la naissance de votre Fils.
Permettez-nous de recevoir avec la même joie les dons éternels qu’il nous
apporte.
Préface Commune ; mais si
la vigile tombe le dimanche on prend la Préface de la Sainte Trinité .
Dans quelques diocèses et
en France, Préface de l’Avent .
Communion
Le Seigneur apparaîtra
dans sa gloire et tout être vivant verra le Sauveur notre Dieu.
Postcommunion
Nous vous en prions,
Seigneur : en l’anniversaire de la Nativité de votre Fils unique, accordez-nous
de reprendre vie, puisque déjà nous sommes nourris et abreuvés par son mystère
céleste.
Office
A MATINES.
Invitatoire. Vous saurez
aujourd’hui que le Seigneur viendra ; * Et le matin, vous verrez sa gloire [1].
Lecture du saint Évangile
selon saint Matthieu. Cap. 1, 18-21.
En ce temps-là : Marie,
la mère de Jésus, ayant été fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils
eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit. Et
le reste.
Homélie de saint Jérôme,
Prêtre.
Première leçon. Pourquoi
n’est-ce pas simplement par une vierge, mais par une vierge fiancée, qu’il est
conçu ? D’abord, afin que par la généalogie de Joseph, celle de Marie fût
constatée ; en second lieu, de peur qu’elle ne fût lapidée par les Juifs comme
adultère ; en troisième lieu, pour que, fugitive en Égypte, elle eût un soutien
en la personne de Joseph. Le Martyr saint Ignace ajoute une quatrième raison :
s’il est conçu par une fiancée, c’est, dit-il, pour cacher cet enfantement au
démon, qui le croira le fruit, non d’une vierge, mais d’une épouse.
R/. Sanctifiez-vous,
aujourd’hui, et soyez prêts ; car demain vous verrez. [2] * La majesté de Dieu
au milieu de vous. V/. Vous saurez aujourd’hui que le Seigneur viendra ; et
demain, vous verrez. [3] * La majesté.
Deuxième leçon. « Avant
qu’ils vinssent ensemble, il fut découvert qu’elle avait conçu du Saint-Esprit.
» Personne ne le découvrit, sinon saint Joseph, aux regards duquel ne pouvait
rien échapper de ce qui concernait sa future épouse. Quand il est dit : « Avant
qu’ils vinssent ensemble », il ne s’ensuit pas qu’ils se soient unis plus tard
; l’Écriture constate ce qui n’avait pas eu lieu.
R/. Soyez constants ;
vous verrez venir sur vous le secours du Seigneur : O Judée et Jérusalem, ne
craignez point : [4] * Demain vous serez délivrées, et le Seigneur sera avec
vous. V/. Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts. * Demain.
Troisième leçon. « Mais
Joseph, qui était un homme juste et ne voulait point la dénoncer, songea à la
renvoyer sans éclat. » « Si quelqu’un s’unit à une femme de mauvaise vie, il
devient un même corps avec elle », et il est marqué dans la Loi que, non
seulement ceux qui commettent le crime, mais les complices eux-mêmes du crime,
sont coupables. Comment donc Joseph, cachant le crime de son épouse, est-il
appelé juste ? Mais c’est un témoignage en faveur de Marie ; car Joseph,
connaissant sa chasteté et plein d’admiration pour ce qui se passe, cache sous
le voile du silence, l’événement dont il ne comprend point le mystère.
R/. Sanctifiez-vous,
enfants d’Israël, dit le Seigneur ; car demain le Seigneur descendra. * Et il
ôtera de vous toute langueur. [5] V/. Demain l’iniquité de la terre sera
effacée, et le Sauveur du monde régnera sur nous. [6] * Et. Gloire au Père. *
Et.
A LAUDES.
Ant. 1 O Judée et
Jérusalem, * ne craignez point ; demain vous sortirez [7], et le Seigneur sera
avec vous, alléluia. [8]
Ant. 2 Sachez aujourd’hui
* que le Seigneur viendra, et le matin, vous verrez sa gloire. [9]
Ant. 3 Demain * sera
effacée l’iniquité de la terre, et le Sauveur du monde régnera sur nous. [10]
Ant. 4 Le Seigneur
viendra, * allez au-devant de lui, disant : Son empire est grand, et son règne
n’aura pas de fin : il est Dieu, le Fort, le Dominateur, le Prince de la paix,
alléluia. [11]
Ant. 5 Demain sera * pour
vous le salut, dit le Seigneur, Dieu des armées. [12]
Capitule. Rom. 1, 1-3. Paul,
serviteur du Christ-Jésus, apôtre par son appel, mis à part pour annoncer
l’Évangile de Dieu, Évangile que Dieu avait promis auparavant par ses prophètes
dans les saintes Écritures, touchant son Fils né de la postérité de David selon
la chair.
Hymnus
En clara vox redárguit
Obscúra quæque, pérsonans
:
Procul fugéntur sómnia :
Ab alto Iesus prómicat.
Mens iam resúrgat,
tórpida
Non ámplius iacens humi :
Sidus refúlget iam novum,
Ut tollat omne nóxium.
En Agnus ad nos míttitur
Laxáre gratis débitum :
Omnes simul cum lácrimis
Precémur indulgéntiam ;
Ut, cum secúndo fúlserit,
Metúque mundum cínxerit,
Non pro reátu púniat,
Sed nos pius tunc
prótegat.
Hymne
La voix puissante prêche
;
elle retentit au sein des
obscurités ;
que les songes fuient
loin de nous :
des hauteurs célestes,
Jésus vient.
Que l’âme engourdie se
réveille enfin,
qu’elle ne gise plus sur
le sol :
un astre nouveau déjà
resplendit,
pour faire disparaître tout
ce qui nuit à notre bien.
Voici qu’un Agneau nous
est envoyé
pour remettre
gratuitement la dette ;
joignons, tous, nos
prières
et nos larmes pour
obtenir le pardon ;
Afin qu’au jour où,
brillant à nos yeux pour la seconde fois,
il remplira le monde de
crainte,
le Seigneur n’ait point à
nous punir de nos crimes ;
mais plutôt à nous
protéger dans sa miséricorde.
Puissance, honneur,
louange et gloire
à Dieu le Père et à son
Fils,
ainsi qu’au saint
Consolateur,
dans les siècles des
siècles.
Ainsi soit-il.
V/. [13]Demain sera
effacée l’iniquité de la terre.
R/. Et le Sauveur du
monde régnera sur nous.
Ant. au Bénédictus Le
Sauveur du monde se lèvera * comme un soleil, et il descendra dans le sein de
la Vierge comme la pluie sur le gazon [14], alléluia.
[1] « L’Église, inspirée
de Dieu, a placé ces paroles dans l’Office de la Vigile de la Nativité. Quand
elle modifie dans son Office lin texte de l’Écriture, cet arrangement est plus
fort que la 1ère disposition des mots, et d’une force proportionnée à la
distance qui sépare la figure de la réalité, l’ombre de la lumière. Selon moi,
ce texte nous parle de deux jours : celui de la vie présente, qui est court et
ténébreux, et celui de l’éternité, dans les splendeurs des Saints. Notre
science doit être ici-bas de savoir, de nous souvenir, que le Seigneur viendra
: et c’est la venue du Fils de Dieu qui nous donne cette lumière, au sujet de
son 2ème avènement. Elle produit la contrition, s’enflamme dans la correction,
luit dans la sollicitude et nous renouvelle au dedans comme au dehors.
Contemplons sur la terre les merveilles de la miséricorde du Seigneur en son
Incarnation, afin de pouvoir contempler au matin suprême celles de la gloire »
(Saint Bernard)
[2] Jos. 7, 13.
[3] Ex. 16, 7.
[4] 2 Paral. 26, 17.
[5] Deut. 7, 15.
[6] Dan. 9, 24.
[7] Demain vous sortirez
des angoisses de l’attente et de la nuit du péché.
[8] 2 Paral. 20, 17.
[9] Ex. 16, 7.
[10] Dan. 9, 24 &
Mich. 4, 7.
[11] Is. 9, 6.
[12] 1 Reg. 11, 9.
[13] Dan. 9, 24 &
Mich. 4, 7.
[14] « Le Christ est
descendu du sein de son Père pour s’incarner dans la sein de Marie, qui se
rendit aux volontés de l’Esprit-Saint, d’après ces paroles du Cantique des
cantiques : J’ai ouvert le verrou de ma porte à mon bien-aimé (Cant., 5, 5.).
La porte est le désir, le verrou la discrétion, comme si elle disait : J’ai
découvert avec discrétion les désirs de mon cœur à mon bien-aimé, et, en
entendant sa voix, j’ai dit : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait
selon sa parole (S. Luc 1, 38) ; non à la manière d’Ève qui brisa le verrou
quand elle voulut être semblable à Dieu. Le Verbe a pris, dans le sein de la
Vierge, une chair semblable à la nôtre ; il en est sorti laissant la porte
close. Plus tard, il est sorti du inonde par une porte d’or, c’est-à-dire par
la charité, puisqu’il en est sorti par la croix. » (Durand de Mende).
Dom Guéranger, l’Année
Liturgique
Enfin, dit saint Pierre
Damien dans son Sermon pour ce jour,
« nous voici arrivés de
la haute mer dans le port, de la promesse à la récompense, du désespoir à
l’espérance, du travail au repos, de la voie à la patrie. Les courriers de la
divine promesse s’étaient succédé ; mais ils n’apportaient rien avec eux, si ce
n’est le renouvellement de cette même promesse. C’est pourquoi notre Psalmiste
s’était laissé aller au sommeil, et les derniers accents de sa harpe semblaient
accuser les retards du Seigneur. Vous nous avez repoussés, disait-il, vous nous
avez dédaignés ; et vous avez différé l’arrivée de votre Christ [15]. Puis,
passant de la plainte à l’audace, il s’était écrié d’une voix impérative :
Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur les Chérubins ! [16] En repos
sur le trône de votre puissance, entouré des bataillons volants de vos Anges,
ne daignerez-vous pas abaisser vos regards sur les enfants des hommes, victimes
d’un péché commis par Adam, il est vrai, mais permis par vous-même ?
Souvenez-vous de ce qu’est notre nature ; c’est à votre ressemblance que vous
l’avez créée ; et si tout homme vivant est vanité, ce n’est pas du moins en ce
qu’il a été fait à votre image. Abaissez donc vos cieux et descendez ; abaissez
les cieux de votre miséricorde sur les misérables qui vous supplient, et du
moins ne nous oubliez pas éternellement.
« Isaïe à son tour, dans
la violence de ses désirs, disait : A cause de Sion, je ne me tairai pas ; à
cause de Jérusalem, je ne me reposerai pas, jusqu’à ce que le Juste quelle
attend se lève enfin dans son éclat. Forcez donc les deux et descendez ! Enfin,
tous les Prophètes, fatigués d’une trop longue attente, n’ont cessé de faire
entendre tour à tour les supplications, les plaintes, et souvent même les cris
de l’impatience. Quant à nous, nous les avons assez écoutés ; assez longtemps
nous avons répété leurs paroles : qu’ils se retirent maintenant ; il n’est plus
pour nous de joie, ni de consolation, jusqu’à ce que le Sauveur, nous honorant
du baiser de sa bouche, nous dise lui-même : Vous êtes exaucés.
« Mais que venons-nous d’entendre
? Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts : car demain descendra le
Seigneur. Le reste de ce jour, et à peine la moitié de la nuit qui va venir
nous séparent de cette entrevue glorieuse, nous cachent encore l’Enfant-Dieu et
son admirable Naissance. Courez, heures légères ; achevez rapidement votre
cours, pour que nous puissions bientôt voir le Fils de Dieu dans son berceau et
rendre nos hommages à cette Nativité qui sauve le monde. Je pense, mes Frères,
que vous êtes de vrais enfants d’Israël, purifiés de toutes les souillures de
la chair et de l’esprit, tout prêts pour les mystères de demain, pleins
d’empressement à témoigner de votre dévotion. C’est du moins ce que je puis
juger, d’après la manière dont vous avez passé les jours consacrés à attendre
l’Avènement du Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques gouttes du fleuve de la
mortalité avaient touché votre cœur, hâtez-vous aujourd’hui de les essuyer et
de les couvrir du blanc linceul de la Confession. Je puis vous le promettre de
la miséricorde de l’Enfant qui va naître : celui qui confessera son péché avec
repentir, la Lumière du monde naîtra en lui ; les ténèbres trompeuses
s’évanouiront, et la splendeur véritable lui sera donnée. Car comment la
miséricorde serait-elle refusée aux mal-ci heureux, en cette nuit même où prend
naissance le Seigneur miséricordieux ? Chassez donc l’orgueil de vos regards,
la témérité de votre langue, la cruauté de vos mains, la volupté de vos reins ;
retirez vos pieds du chemin tortueux, et puis venez et jugez le Seigneur, si,
cette nuit, il ne force pas les Cieux, s’il ne descend pas jusqu’à vous, s’il
ne jette pas au fond de la mer tous vos péchés. »
Ce saint jour est, en
effet, un jour de grâce et d’espérance, et nous devons le passer dans une
pieuse allégresse. L’Église, dérogeant à tous ses usages habituels, veut que si
la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au
samedi ; mais dans ce cas l’Office et la Messe de la Vigile l’emportent sur
l’Office et la Messe du quatrième Dimanche de l’Avent : tant ces dernières
heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans
les autres Fêtes, si importantes qu’elles soient, la solennité ne commence
qu’aux premières Vêpres ; jusque-là l’Église se tient dans le silence, et
célèbre les divins Offices et le Sacrifice suivant le rite quadragésimal.
Aujourd’hui, au contraire, dès le point du jour, à l’Office des Laudes, la
grande Fête semble déjà commencer. L’intonation solennelle de cet Office
matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe
avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l’on retient encore la
couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux comme dans les autres
Fériés de l’Avent ; et il n’y a plus qu’une seule Collecte, au lieu des trois
qui caractérisent une Messe moins solennelle.
Entrons dans l’esprit de
la sainte Église, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller
au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui
doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons
que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n’ayons vu naître, à
l’heure sacrée, Celui qui vient illuminer toute créature ; car c’est un devoir,
pour tout fidèle enfant de l’Église Catholique, de célébrer avec elle cette
Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l’univers
entier veille encore à l’arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété
des anciens jours, qui ne s’effacerait qu’au grand malheur de la terre.
Parcourons en esprit de
prière les principales parties de l’Office de cette Vigile. D’abord, la sainte
Église éclate par un cri d’avertissement qui sert d’Invitatoire à Matines,
d’Introït et de Graduel à la Messe. C’est la parole de Moïse annonçant au
peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous
attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem,
la Maison du Pain.
Hódie sciétis quia véniet
Dóminus : et mane vidébitis glóriam eius. Sachez aujourd’hui que le Seigneur
viendra ; et dès le matin vous verrez sa gloire.
Les Répons sont remplis
de majesté et de douceur. Rien de plus lyrique ni de plus touchant que leur
mélodie, dans cette nuit qui précède la nuit même où le Seigneur vient en
personne. (Voir leçons des Matines plus haut)
A l’Office de Prime, dans
les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l’annonce solennelle de la
fête de Noël, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une
des dignités du Chœur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon
suivante du Martyrologe, que les assistants écoutent debout, jusqu’à l’endroit
où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le
monde se prosterne, jusqu’à ce que la grande nouvelle ait été totalement
annoncée.
LE HUIT DES CALENDES DE
JANVIER.
L’an de la création du
monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre, cinq mille cent
quatre-vingt-dix-neuf : du déluge, l’an deux mille neuf cent cinquante-sept :
de la naissance d’Abraham, l’an deux mille quinze : de Moïse et de la sortie du
peuple d’Israël de l’Égypte, l’an mille cinq cent dix : de l’onction du roi
David, l’an mille trente-deux : en la soixante-cinquième Semaine, selon la
prophétie de Daniel : en la cent quatre-vingt-quatorzième Olympiade : de la
fondation de Rome, l’an sept cent cinquante-deux : d’Octavien Auguste, l’an
quarante-deuxième : tout l’univers étant en paix : au sixième âge du monde :
Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulant consacrer ce monde
par son très miséricordieux Avènement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf
mois s’étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme, de la Vierge
Marie, en Bethléhem de Judée : LA NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SELON
LA CHAIR !
Ainsi toutes les
générations ont comparu successivement devant nous [17]. Interrogées si elles
auraient vu passer Celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu’à ce que
le nom de Marie s’étant d’abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ,
Fils de Dieu fait homme, a été proclamée. « Une voix d’allégresse a retenti sur
notre terre, dit à ce sujet saint Bernard dans son premier Sermon sur la Vigile
de Noël ; une voix de triomphe et de salut sous les tentes des pécheurs. Nous
venons d’entendre une parole bonne, une parole de consolation, un discours
plein de charmes, digne d’être recueilli avec le plus grand empressement.
Montagnes, faites retentir la louange ; battez des mains, arbres des forêts,
devant la face du Seigneur ; car le voici qui vient. Cieux, écoutez ; terre,
prête l’oreille ; créatures, soyez dans l’étonnement et la louange ; mais toi
surtout, ô homme ! Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée !
Quel cœur, fût-il de pierre, quelle âme ne se fond pas à cette parole ? Quelle
plus douce nouvelle ? Quel plus délectable avertissement ? qu’entendit-on
jamais de semblable ? Quel don pareil le monde a-t-il jamais reçu ? Jésus
Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! O parole brève qui nous annonce
le Verbe dans son abaissement ! Mais de quelle suavité n’est-elle pas remplie !
Le charme d’une si mielleuse douceur nous porte à chercher des développements à
cette parole ; mais les termes manquent. Telle est, en effet, la grâce de ce
discours, que si j’essaie d’en changer un iota, j’en affaiblis la saveur :
Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! »
A LA MESSE.
Dans la Collecte,
l’Église semble encore préoccupée de la venue du Christ comme Juge ; mais c’est
la dernière fois qu’elle fera allusion à ce dernier Avènement. Désormais, elle
sera toute à ce Roi pacifique, à cet Époux qui vient à elle ; et ses enfants doivent
imiter sa confiance.
ÉPITRE.
Dans l’Épître, l’Apôtre
saint Paul, s’adressant aux Romains, leur annonce la dignité et la sainteté de
l’Évangile, c’est-à-dire de cette bonne Nouvelle que les Anges vont faire
retentir dans la nuit qui s’approche. Or, le sujet de cet Évangile, c’est le
Fils qui est né à Dieu de la race de David selon la chair, et qui vient pour
être dans l’Église le principe de la grâce et de l’Apostolat, par lesquels il
fait qu’après tant de siècles, nous sommes encore associés aux joies d’un si
grand Mystère.
Si la Vigile de Noël
tombe un Dimanche, on ajoute l’Alléluia avec son Verset, ainsi qu’il suit : «
Alléluia, alléluia. V/. Demain sera effacée l’iniquité de la terre, et le
Sauveur du monde régnera sur nous. Alléluia. »
ÉVANGILE.
L’Évangile de cette Messe
est le passage dans lequel saint Matthieu raconte les inquiétudes de saint
Joseph et la vision de l’Ange. Il convenait que cette histoire, l’un des
préludes de la Naissance du Sauveur, ne fût pas omise dans la Liturgie ; et
jusqu’ici le lieu de la placer ne s’était pas présenté encore. D’autre part,
cette lecture convient à la Vigile de Noël, à raison des paroles de l’Ange, qui
indique le nom de Jésus comme devant être donné à l’Enfant de la Vierge, et qui
annonce que cet enfant merveilleux sauvera son peuple du péché.
Pendant la Communion,
l’Église se réjouit de goûter déjà dans le Sacrement Eucharistique Celui dont
la chair purifie et nourrit notre propre chair, et elle puise dans la
consolation que cet aliment divin porte avec lui, la force d’attendre jusqu’à
ce moment suprême où les Anges vont l’appeler à la Crèche du Messie.
Les Liturgies Ambrosienne
et Mozarabe ont peu de choses saillantes dans l’Office et la Messe de la Vigile
de Noël : nous ne leur emprunterons donc rien, et nous nous bornerons à puiser
dans l’Anthologie des Grecs quelques strophes du chant qu’ils ont intitulé : Le
commencement des Heures de la Nativité ; Tierce, Sexte et None.
HYMNE POUR LA VIGILE DE
NOËL.
(Tirée de l’Anthologie
des Grecs.)
On inscrivit un jour à
Bethléhem avec le vieillard Joseph, comme issue de la race de David, Marie qui
portait en son sein virginal un fruit divin. Le temps d’enfanter était arrivé ;
et il n’y avait plus de place en l’hôtellerie ; une grotte restait pour auguste
palais à la vierge Reine.
Voici venir tout à
l’heure l’accomplissement de la mystique promesse du Prophète : « Et toi,
Bethléhem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre entre les principautés, toi
qui la première ornes la divine grotte : de toi me viendra le chef des Nations,
né selon la chair d’une tendre Vierge, le Christ Dieu qui régira son nouveau
peuple d’Israël. » Donnons-lui nos louanges.
Celui-ci est notre Dieu,
né d’une Vierge et conversant parmi les hommes ; nous n’en connaîtrons point d’autre
; le Fils unique gisant dans une pauvre étable apparaît sous la forme d’un
mortel, et le Seigneur de gloire est enveloppé de langes : l’Etoile invite les
Mages à le venir adorer ; et nous, disons en nos chants : O Trinité sainte !
Sauvez nos âmes.
Venez, Fidèles,
livrons-nous à de divins transports ; venez voir un Dieu descendre vers nous du
haut du ciel en Bethléhem : élevons nos âmes en haut ; pour la myrrhe apportons
les vertus de notre vie ; ornons-en d’avance son entrée en ce monde, et disons
: Gloire au plus haut des cieux, à Dieu qui est un en trois personnes, lequel
daigne manifester aux hommes sa grande miséricorde ! Car, ô Christ ! Vous avez
racheté Adam et relevé l’œuvre de vos mains, ô ami des hommes !
Écoutez, ô cieux ! Terre,
prête l’oreille ; que l’univers s’ébranle jusque dans ses fondements, et que
tout ce qu’il renferme soit saisi de frayeur. Le Dieu auteur de la chair prend
lui-même une forme, et Celui qui de sa main créatrice corrobora toute créature,
par une miséricordieuse compassion, parait revêtu d’un corps. O abîme des
richesses de la sagesse et science de Dieu ! combien ses jugements sont
incompréhensibles, combien ses voies impénétrables !
Venez, peuples chrétiens,
voyons le prodige qui dépasse toute pensée, qui frappe d’étonnement toute
imagination ; et pieusement prosternés, chantons avec foi des hymnes de
louange. Aujourd’hui la Vierge vient à Bethléhem mettre au monde le Seigneur ;
les chœurs des Anges la précèdent ; Joseph son époux la voit et s’écrie : Quel
prodige aperçois-je en toi, ô Vierge ! Comment pourras-tu enfanter, tendre
génisse qui ne connus point le joug ?
Aujourd’hui naît d’une
Vierge Celui dont la main contient toute créature ; Celui qui par essence est
insaisissable, devenu semblable à un mortel, est enveloppé de langes ; il gît
dans une crèche Celui qui au commencement posa les cieux sur leurs fondements ;
Celui qui au désert faisait pleuvoir la manne pour son peuple, est nourri du
lait de la mamelle ; l’Époux de l’Église invite les Mages, et le Fils de la
Vierge accepte leurs présents. Nous adorons votre Nativité, ô Christ !
Favorisez-nous de vos divines manifestations.
Considérons la très pure
Marie, toujours accompagnée de son fidèle époux Joseph, sortant de Jérusalem et
se dirigeant vers Bethléhem. Ils y arrivent après quelques heures de marche,
et, pour obéira la volonté céleste, ils se rendent au lieu où ils devaient être
enregistrés, selon l’édit de l’Empereur. On inscrit sur le registre public un
artisan nommé Joseph, charpentier à Nazareth de Galilée ; sans doute on ajoute
le nom de son épouse Marie qui l’a accompagné dans le voyage ; peut-être même
est-elle qualifiée de femme enceinte, dans son neuvième mois : c’est là tout. O
Verbe incarné ! aux yeux des hommes, vous n’êtes donc pas encore un homme ?
vous visitez cette terre, et vous y êtes inconnu ; et pourtant, tout ce
mouvement, toute l’agitation qu’entraîne le dénombrement de l’Empire, n’ont
d’autre but que d’amener Marie, votre auguste Mère, à Bethléhem, afin qu’elle
vous y mette au monde. O Mystère ineffable ! que de grandeur dans cette
bassesse apparente ! que de puissance dans cette faiblesse ! Toutefois, le
souverain Seigneur n’est pas encore descendu assez. Il a parcouru les demeures
des hommes, et les hommes ne Font pas reçu. Il va maintenant chercher un
berceau dans l’étable des animaux sans raison : c’est là qu’en attendant les
cantiques des Anges, les hommages des Bergers, les adorations des Mages, il
trouvera le bœuf qui connaît son Maître, et l’âne qui s’attache à la crèche de
son Seigneur. » O Sauveur des hommes, Emmanuel, Jésus, nous allons nous rendre
aussi à l’étable ; nous ne laisserons pas s’accomplir solitaire et délaissée la
nouvelle Naissance que vous allez prendre en cette nuit qui s’approche. A cette
heure, vous allez frappant aux portes de Bethléhem, sans que les hommes
consentent à vous ouvrir ; vous dites aux âmes, par la voix du divin Cantique :
« Ouvre-moi, ma sœur, mon amie ! car ma tête est pleine de rosée, et mes
cheveux imbibés des gouttes de la nuit. » Nous ne voulons pas que vous
franchissiez notre demeure : nous vous supplions d’entrer ; nous nous tenons
vigilants à notre porte. « Venez donc, « ô Seigneur Jésus ! venez ! »
FIN DE L’AVENT.
[15] Psaume LXXXVIII.
[16] Psaume LXXIX.
[17] L’Église, en ce seul
jour et en cette seule circonstance, adopte la Chronologie des Septante, qui
place la naissance du Sauveur après l’an cinq mille, tandis que la version
Vulgate ne donne que quatre mille ans jusqu’à ce grand événement ; en quoi elle
est d’accord avec le texte hébreu. Ce n’est point ici le lieu d’expliquer cette
divergence de chronologie ; il suffit de reconnaître le fait comme une preuve
de la liberté qui nous est laissée par l’Église sur cette matière.
Bhx Cardinal
Schuster, Liber Sacramentorum
Station à
Sainte-Marie-Majeure.
A la vérité, cette messe
de vigile, le 24 décembre, ne devrait pas avoir lieu puisque la messe primitive
de vigile est celle qui se célébrait cette nuit après l’office nocturne dans
l’oratoire ad Praesepe. Pourtant, après les Conciles d’Éphèse et de
Chalcédoine, la solennité de Noël acquit une telle célébrité, que l’antique rit
romain de Noël dut être modifié, en sorte qu’il comporta un jeûne et un mois de
préparation, à la ressemblance de la fête de Pâques. En outre, la solennité du
25 décembre elle-même, au lieu de deux messes, l’une de la vigile, l’autre de
la fête, avec une troisième messe intercalaire en mémoire de sainte Anastasie,
finit par en admettre quatre, et, toutes, en mémoire du mystère ; c’est-à-dire
une vers le soir du 24 décembre au commencement de l’office nocturne, une à
minuit au premier chant du coq, une au petit jour et la dernière à l’heure de
tierce. Sainte Anastasie passa en seconde ligne au temps de saint Grégoire, et
retint tout au plus l’honneur d’une simple commémoraison.
Par suite, la messe
assignée dans le missel pour ce jour représenterait, plutôt que le sacrifice
vigilial, qui comportait toujours la pannuchis précédente, la messe de la
preorte, comme disent les Grecs, le sacrifice du jour précédant la fête, quand
après none, l’on célébrait la messe de préparation et que commençait
immédiatement la solennité nocturne. Tel était aussi l’usage de l’Église
milanaise au moyen âge.
La station du 24 décembre
est à Sainte-Marie-Majeure, comme celle de la nuit pour la première messe de
Noël ; nous avons ainsi deux, et même, avec la troisième messe de demain, trois
stations consécutives à la même église ; ce qui, étant contraire au génie de
l’antique liturgie romaine, trahit de suite un remaniement postérieur et nous
indique que l’ordre suivi aujourd’hui par le missel n’est plus l’ordre
primitif. En effet, la messe d’aujourd’hui, elle aussi, n’est qu’un
dédoublement de celle de la nuit prochaine ad Praesepe, et c’est un exemple
sporadique, dans la liturgie romaine, d’une fête avec deux sacrifices de
vigile, l’un avant, l’autre après l’office nocturne.
L’introït est tiré
aujourd’hui de l’Exode, et rapporte les paroles de Moïse, alors que, pour faire
cesser les murmures du peuple, il promit de la part de Dieu que, le lendemain,
la manne tomberait comme une pluie du ciel pour eux. Cette manne symbolisait le
Verbe incarné qui est la véritable nourriture des âmes. Il plut du ciel, parce
que sa conception virginale n’est point selon les communes règles de la nature,
et que ni la chair ni le sang n’y ont eu part, mais elle est l’œuvre de
l’Esprit Saint.
Dans la collecte nous
demandons à Dieu que, de même qu’aujourd’hui nous sortons joyeusement au-devant
de notre Rédempteur nouveau-né, qui vient, humble et doux, sous la forme d’un
gracieux petit enfant, ainsi, à la fin de notre vie, nous puissions avec une
conscience tranquille en attendre le retour dans les splendeurs de sa majesté,
en qualité de juge et de notre rémunérateur. Les deux parousies sont, en effet,
si intimement unies entre elles, qu’elles font partie d’un identique plan de
salut. La naissance temporelle de Jésus marque le commencement du règne
messianique ; mais sa dernière venue, au jour de la catastrophe finale du
monde, en caractérise la systématisation définitive. Qui veut avoir part au
royaume messianique du dernier jour doit l’accueillir dès maintenant en son
cœur, et le laisser se dilater par la foi et les œuvres, c’est-à-dire
accueillir l’humilité, la pauvreté, le zèle de Jésus ; c’est seulement ainsi
qu’on peut se promettre la gloire et la possession de Jésus dans l’éternité.
Avec l’épître
d’aujourd’hui, l’Église commence la lecture des Lettres de saint Paul (Rom., I,
1-6) et, puisque nous sommes à Rome, on lit tout d’abord la lettre aux Romains,
qui, bien qu’elle ne soit pas la première en date, est néanmoins la plus
importante par le sujet qui y est traité et par l’étendue que l’Apôtre lui
donne. Selon son habitude, saint Paul fait précéder le document d’un titre très
prolixe, où, fort opportunément, pour la fête que nous allons célébrer, il
explique les caractères généraux de l’incarnation du Fils de Dieu. Celle-ci,
jadis annoncée dans les Écritures par les Prophètes, s’est accomplie par
l’opération du Saint-Esprit et dans la royale descendance de David.
Le dogme des deux
natures, divine et humaine, dans l’unique personne de Jésus-Christ, doit nous
remplir de consolation et d’espérance. Chaque fois que nous pensons à cette
très sainte humanité de Jésus, que nous l’adorons dans la sainte Eucharistie,
que nous la voyons représentée sur les images sacrées, nous nous sentons
attendrir par la gratitude et nous nous écrions : « Ce corps, ces membres
délicats, cette humanité destinée à un si cruel supplice dans la passion, c’est
pour moi, ô mon Dieu ! Combien m’avez-vous aimé ! Pour moi, vous vous êtes
humilié jusqu’à vous revêtir de ma livrée d’esclave, afin que moi, me
rapprochant de Vous, je prenne le vêtement de votre divinité, et je devienne,
comme me l’enseigne l’apôtre saint Pierre, participant de votre nature même. »
Le répons-graduel ajoute,
au verset de l’Exode déjà récité à l’introït, le psaume messianique 79, répété
bien des fois durant tout ce temps de l’Avent. L’âme fidèle hâte de ses vœux
l’heure bienheureuse de la parousie ; alors l’ancien Pasteur d’Israël, celui
qui guidait le docile Joseph à l’égal d’une brebis, apparaîtra à son peuple et
l’illuminera.
Il faut toutefois
remarquer que les rayons de ce soleil de justice sont appelés spécialement non
pas sur les douze tribus d’Israël, mais sur les trois petites familles
d’Éphraïm, Benjamin et Manassé, pour indiquer que la grande majorité du peuple
élu répudiera le culte de Yahweh et son Fils unique.
Le dimanche, conformément
à ce qu’établit le pape saint Damase, selon le conseil de saint Jérôme, et qui
fut confirmé dans la suite par saint Grégoire Ier, on ajoute le verset
alléluiatique : « Demain le péché sera effacé du monde, et le Sauveur des
hommes régnera sur nous. » La naissance du Sauveur commence, en effet,
l’expiation du péché et la rédemption de l’humanité. La crèche, les pauvres
haillons, la paille, la grotte, le souffle chaud des deux animaux, condamnent à
l’avance notre superbe, la sensualité, l’esprit d’indépendance et nous
enseignent à faire notre trésor de cette pauvreté de Jésus-Enfant, selon la doctrine
de l’Apôtre : Propter nos egenus factus est cum esset dives, ut nos illius
inopia divites essemus.
Dans l’évangile selon
saint Matthieu est rapportée l’hésitation de Joseph à prendre Marie dans sa
maison, la voyant sur le point d’être mère et sans arriver à pénétrer le
mystère de sa miraculeuse fécondité. Comme l’enseignent les Interprètes sacrés,
Joseph était pleinement convaincu de la pureté sans tache de Marie, et c’est
pourquoi il ne voulait pas la dénoncer au Sanhédrin comme coupable d’avoir
manqué à sa promesse ; mais, d’autre part, il était si humble qu’il se trouvait
indigne de retenir Marie chez lui et d’être mis au courant du secret d’une
telle Vierge. Il nourrissait donc la pensée de se retirer spontanément de ces
noces qu’il trouvait si supérieures à lui-même, et de remettre à Dieu le soin
de tout. Mais le Seigneur, qui avait élu Joseph afin que sa personne justifiât
d’une certaine façon, devant le monde, la naissance temporelle de son Verbe, et
sauvât de l’ignominie et le Fils et la Mère, ne le laissa pas trop longtemps
perplexe et récompensa sa profonde humilité. Il s’estimait indigne de prêter
ses services à Marie, la servante du Seigneur, et voici qu’il devra au
contraire tenir lieu de père au Fils unique de Dieu, en prenant même le titre,
et exerçant sur Lui l’autorité paternelle au nom du Père céleste. Le premier
acte de cette autorité sera même celui d’imposer au Verbe incarné ce nom
adorable de Jésus, par lequel seul l’humanité tout entière pourra obtenir le
salut. Dieu exalte ainsi les humbles ; et tandis qu’au ciel, sur la terre et
dans les abîmes, toute créature ploie en tremblant le genou au Nom très saint
de Jésus, Joseph, revêtu de l’autorité de Celui d’où tire son nom toute autre
paternité au ciel et sur la terre, Joseph le lui assigne, et, avec le nom,
impose aussi au Sauveur tout le programme évangélique de la rédemption.
L’offertoire est emprunté
au psaume 23. Que s’ouvrent enfin les portes de l’éternité bienheureuse, closes
après le premier péché, avec l’ange à l’épée flamboyante pour en garder
l’accès, et que le Sauveur du monde y fasse son entrée triomphale. Comme
l’explique saint Paul dans la lettre aux Hébreux, Jésus-Christ, par les mérites
de son sang précieux, a le droit de pénétrer définitivement dans le sanctuaire
du ciel, y introduisant après Lui toute la foule des croyants. Néanmoins, dans
l’économie actuelle du salut, la gloire est intimement liée à l’humiliation ;
aussi la glorification suprême de l’humanité rachetée commence-t-elle là où son
Chef et Premier-Né s’abaisse et s’anéantit lui-même, revêtant la livrée
d’esclave de notre nature.
Dans la collecte
d’introduction à l’anaphore eucharistique (préface, etc.), nous prions Dieu de
permettre que, prévenant de nos vœux la naissance adorable de son Fils unique
sur la terre, ainsi un jour, dans le ciel, nous puissions recevoir joyeusement
de Lui la récompense éternelle. En effet, le Christ naîtra cette nuit dans une
grotte, non certes pour Lui-même, qui n’en a point besoin puisqu’il est la
source de la vie, mais pour toi, afin que tu renaisses pour le ciel. Il devient
fils de la femme, pour que tu cesses de l’être et deviennes fils de Dieu.
Dans l’antienne pour la
Communion, Isaïe nous annonce, pour la dernière fois en cette période d’Avent,
la prochaine arrivée du Messie. Dieu dévoilera sa gloire, et alors, non
seulement la Judée, mais l’humanité tout entière regardera en face le divin
Sauveur, revêtu de chair humaine ! La religion cessera d’être le monopole d’un
clan, armé contre un autre parce qu’adorateur de Bel ou d’Astarté, mais elle
deviendra le précieux patrimoine de toute l’humanité régénérée dans la
conscience d’une commune origine et d’une identique fin dernière.
Dans la collecte d’action
de grâces après la communion, l’humanité opprimée jadis pendant tant de siècles
sous le joug honteux du péché, implore douloureusement la grâce de prendre au
moins un bref répit dans sa course vertigineuse vers l’éternité. Mais voici que
l’annonce de la naissance prochaine du Libérateur lui dilate à l’improviste le cœur
et l’ouvre aux plus douces espérances. Ce n’est plus le souffle oppressé du
coupable et du condamné, mais le battement du cœur affectueux d’un fils, qui,
par l’efficacité du Mystère eucharistique, sent déjà couler dans ses veines le
sang même du Verbe de Dieu incarné.
Selon les anciens Ordines
Romani, on chantait aujourd’hui, dans la chapelle papale, deux offices de
vigile, comme aux jours les plus solennels du cycle annuel. Dans le premier, on
récitait trois psaumes, avec cinq leçons et autant de répons. La quatrième
reprochait aux Hébreux de n’avoir pas voulu reconnaître le Messie à naître, et,
comme répons, on chantait les fameux vers sybillins : Iudicii signum, tellus
sudore madescit, afin que la Muse païenne elle aussi reprochât à ce peuple obstiné
son infidélité envers le Seigneur. Après none, le Pape, assisté de sa noble
cour, célébrait la Messe stationnale à Sainte-Marie-Majeure, messe suivie du
dîner préparé par les soins de l’évêque d’Albano, et auquel participait le
Pontife avec les prélats de sa suite. Après le repas, on chantait les vêpres.
Pourtant comme vers minuit devaient commencer à nouveau les vigiles, au lieu de
retourner au Latran le Pape se disposait à passer la première partie de la
soirée dans le palais Libérien, mais, auparavant, il servait lui-même une tasse
de vin à tout le clergé, sans en excepter les jeunes chantres de la Schola du
Latran.
Dans des temps plus
proches de nous, Pie IX allait à Sainte-Marie-Majeure le soir de la vigile de
Noël et y célébrait la première messe en l’anticipant de telle sorte qu’il pût
retourner au Quirinal avant que sonnât l’heure où commençait le jeûne
ecclésiastique pour la Communion du jour suivant. A la différence des autres
vigiles, où prédomine un sentiment de tristesse et de caractère pénitentiel,
celle de Noël, comme tout l’Avent en général, est pleine d’élan et de sainte
joie. Cela est parfaitement conforme à la nature du cœur humain. Après un si
long temps de peine et d’attente oppressée, l’annonce subite de notre prochaine
libération nous dilate le cœur ; la commune joie nous unit ensemble et fait
que, oubliant pour une heure les conditions épineuses de notre vie ici-bas,
nous nous sentons tout à coup tous frères, fils d’un Père commun, nous
renaissons avec l’Enfant Jésus à la belle simplicité de la sainte enfance
spirituelle, nous retrouvons par l’amour la félicité du premier âge.
Georges de La Tour, L'adoration des bergers lors de la Nativité,
circa 1644,
100 x 130, Louvre
Museum, Sully - 2e étage - Le Sueur - Salle 24
Dom Pius Parsch, le Guide
dans l’année liturgique
Aujourd’hui vous
apprendrez que le Seigneur vient.
La Sainte Soirée. — Cette
Vigile a une place particulière parmi toutes les vigiles. Les sentiments de
pénitence n’y jouent qu’un rôle secondaire ; l’impression dominante est plutôt
celle d’une attente joyeuse. L’usage populaire des cadeaux de Noël, très
conforme à ce sentiment, concourt beaucoup à faire de ce jour un des plus gais
de l’année. Dans chaque famille, ce jour a sa liturgie particulière, usages
qu’il serait bon de conserver.
La liturgie
ecclésiastique est tout entière consacrée à l’attente certaine de la venue du
Rédempteur. Cette certitude se manifeste en deux images. La première nous
montre la porte fermée du ciel. Depuis que nos premiers parents ont été chassés
du paradis terrestre, cette porte est fermée et un chérubin monte la garde
devant, armé d’une épée de flamme. Mais le Rédempteur ouvrira cette porte, il
entrera. Aujourd’hui nous nous tenons devant cette porte. Cette image est là
plus importante du jour, c’est pourquoi le psaume 23 est le psaume principal du
jour.
« Élevez vos portes,
princes,
Ouvrez-vous largement,
portes éternelles,
Voici que va entrer le
Roi de gloire. »
Avec une certitude
croissante, l’Église nous annonce trois fois qu’il va entrer : devant la porte
de l’Église, quand elle chante l’Introït, à l’Offertoire (l’autel est aujourd’hui
la porte fermée derrière laquelle se tient déjà le Rédempteur) et à la
Communion qui est une première révélation, une première vision de la gloire de
Dieu.
La seconde image est la
Vierge bénie. La profonde douleur de saint Joseph tant qu’il ignore le mystère
nous assure qu’il n’est pas le père de l’Enfant et l’ange nous donne la
certitude que cet Enfant est le Fils de Dieu et le Rédempteur. C’est le dernier
événement historique avant la naissance du Sauveur. Joseph apprend de la bouche
de l’ange et nous apprenons de celle de l’Église : « Ce qui est né en Marie
vient du Saint-Esprit. Elle enfantera un Fils et tu lui donneras le nom de
Jésus (le Sauveur) car il rachètera son peuple de ses péchés. »
Avec exactitude et
concision, l’objet de la fête de ces deux jours est exprimé dans l’invitatoire
de l’Office : « Aujourd’hui vous saurez que le Seigneur va venir et demain vous
verrez sa gloire. » Aujourd’hui nous offre la certitude, et par l’Eucharistie,
le sage de la venue certaine du Seigneur — demain sera la grande vision de sa
gloire.
Il y a un progrès dans la
manifestation du mystère de l’Avent, dans l’Épître elle-même. Elle nous montre,
pour la première fois, dans toute sa clarté, l’image du Christ. Au cours de
l’Avent, la liturgie nous a indiqué le Sauveur qui va venir, avec une précision
sans cesse grandissante (c’est là en effet un des principes fondamentaux de la
liturgie : la manifestation progressive). La première semaine, nous apercevons
le Sauveur comme voilé d’obscurité et de brouillard. Peu à peu cette image
nébuleuse est devenue plus claire et aujourd’hui l’Église nous dit en des
formules d’une stricte exactitude dogmatique : « le Christ, selon sa nature
humaine, est né de la Vierge Marie, selon sa nature divine, il est le Fils
éternel de Dieu » ; « ...l’Évangile que Dieu par ses Prophètes (dans l’Avent
spécialement le prophète Isaïe), dans les Saintes Écritures, avait promis
auparavant au sujet de son Fils (c’est là tout l’Avent). Son Fils lui est né
selon la chair (sa nature humaine) de la race de David, mais selon l’Esprit de
sainteté (c’est-à-dire sa nature divine), il a été déclaré Fils tout-puissant
de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ Notre Seigneur... »
Il serait difficile d’exprimer d’une manière plus parfaite la transition de
l’Avent à Noël et à Pâques.
Maintenant nous sommes
prêts et préparés, Il peut venir.
De la prière des Heures.
— Le lecteur pourrait, dès aujourd’hui ou tout au moins dans les jours
suivants, réciter avec l’Église les parties principales de l’Office. Les
Matines d’aujourd’hui sont la dernière prière de l’Avent. L’invitatoire nous
fait déjà entendre le leitmotiv du jour : Aujourd’hui vous saurez que le
Seigneur va venir et demain vous contemplerez sa gloire.
Les psaumes sont ceux du
jour de la semaine ; les trois leçons sont une simple homélie du docteur de
l’Église, saint Jérôme, sur l’Évangile du jour. Le saint nous explique pourquoi
le Sauveur n’est pas né simplement d’une Vierge mais d’une Vierge mariée.
Les répons nous font sans
cesse entendre le même leitmotiv et cette répétition est saisissante.
« Sanctifiez-vous et
soyez prêts, car demain vous verrez
La gloire de Dieu parmi
vous ?
Aujourd’hui vous saurez
que le Seigneur va venir
Et demain vous verrez
La gloire de Dieu parmi
vous » (Rép.).
Demeurez fermes dans la
confiance et contemplez le secours du Seigneur sur vous,
O Judée et Jérusalem, ne
craignez pas :
Demain vous sortirez et
le Seigneur sera avec vous,
Sanctifiez-vous, enfants
d’Israël, et soyez prêts » (Rép.).
« Sanctifiez-vous,
enfants d’Israël, dit le Seigneur, car demain le Seigneur va descendre
Et enlever de vous toute
infirmité ;
Demain la dette du péché
de la terre sera supprimée
Et le Sauveur du monde
régnera sur nous. » (Rép.).
Avec la première prière
du matin, les Laudes, l’Office prend un caractère festival (à partir de là,
l’Office est double). Quand, le matin, le soleil se lève, l’Église voit déjà
venir le Sauveur de Noël : « Comme un soleil, se lève le Sauveur du monde et il
descend dans le sein de la Vierge comme la rosée sur l’herbe, Alléluia. »
La Vigile de Noël revêt à
Prime une solennité particulière ; c’est l’annonce du jour de la naissance du
Christ, chantée sur une mélodie chorale spéciale. Dans les Communautés où l’on
cultive la liturgie, le chantre revêtu de l’aube et de la chape violette,
s’avance au milieu du chœur, accompagné de ministres portant des cierges et
l’encensoir. Il commence par encenser le martyrologe qui repose sur un pupitre
recouvert d’un voile violet et commence à chanter ce qu’on lira plus loin,
après avoir annoncé la date du mois et le jour de la lune. Tout le monde est
debout, la tête découverte ; à ces mots : « A Bethléem » on tombe à genoux et à
ces mots : « La naissance de Notre Seigneur », tous se prosternent à terre pour
offrir une première adoration au Fils de Dieu fait homme. Le chantre chante
donc, ainsi en indiquant les dates à la manière antique :
« En l’an 3199 après la
création du monde quand Dieu au commencement fit le ciel et la terre ;
En l’an 2759 après le
déluge ;
En l’an 2015 après
Abraham ;
En l’an 1510 après la
sortie du peuple d’Israël de l’Égypte, sous la conduite de Moïse ;
En l’an 1032 après que
David eut reçu l’onction royale ;
En la 65e semaine d’année
après la prophétie de Daniel ;
En la 194e Olympiade, en
l’an 752 de la fondation de la ville de Rome ;
En l’an 42 du règne
d’Auguste Octavien, quand la paix fut établie dans le monde entier ;
En la sixième époque de
l’histoire du monde ;
Alors Jésus-Christ, Dieu
éternel et Fils du Père éternel, voulut sanctifier le monde par la grâce de sa
venue ;
Il fut conçu du
Saint-Esprit et après l’espace de neuf mois (on s’agenouille) à Bethléem, dans
la tribu de Juda, il naquit comme homme de la Vierge Marie :
La naissance de Notre
Seigneur Jésus-Christ dans la chair.
Après s’être prosternés,
les assistants se relèvent et le reste du Martyrologe est lu par le lecteur à
la manière ordinaire.
Pendant le jour, nous
chantons de courtes antiennes qui toutes résument l’attente immédiate.
A Prime. « Judée et
Jérusalem, ne craignez pas, demain vous sortirez et le Seigneur sera avec vous,
Alléluia. »
A Tierce. « Aujourd’hui
vous saurez que le Seigneur va venir et demain vous contemplerez sa gloire. »
A Sexte. « Demain sera
détruite l’iniquité de la terre et sur nous règnera le Sauveur du monde. »
A None. « Demain vous
recevrez le salut, dit le Seigneur, le Dieu des armées. »
A l’Office du soir, les
Vêpres nous font déjà entendre les premiers accents de la fête de Noël.
L’attente est devenue la certitude heureuse de la possession. Il y a dans les
antiennes comme un désir apaisé et un calme majestueux : « Le Roi pacifique est
glorifié, lui dont toute la terre désire voir le visage. » — « Les jours sont
accomplis où Marie devait enfanter son Fils premier-né. » — « Sachez que le
royaume de Dieu est proche, en vérité, je vous le dis, il ne tardera pas. » — «
Levez la tête, voici que votre Rédemption est proche. »
Dans sa certitude,
l’Église chante, au coucher du soleil : « Lorsque le soleil se sera de nouveau
levé dans le firmament, vous verrez le Roi des rois qui procède du Père comme
un Époux qui sort de la chambre nuptiale » (Ant. Magn.).
La Vigile de Noël
La Vigile de Noël est
imprégnée de sainte allégresse, et, n’étaient les ornements de pénitence et le
jeûne (qui peut être anticipé la veille), l’on croirait cette fête déjà
commencée. C’est qu’en effet, l’Église attend dans la joie l’avènement du
Rédempteur qui vient, comme l’indique Son Nom, pour « sauver Son peuple de
ses péchés ».
Tous
ceux qui ont Foi en Jésus-Christ font partie de ce peuple. Isaïe annonce en
effet « que toute chair verra le salut de notre Dieu » et saint Paul
ajoute qu’il a été choisi pour être l’Apôtre de l’Évangile « auprès des
Gentils afin de les amener au nom du Christ à l’obéissance de la Foi ».
La
Messe d’aujourd’hui nous prépare à célébrer l’anniversaire de « l’adorable
naissance du Fils unique de Dieu » que « l’épouse de Joseph,
qui est fils de David, enfanta » et qui « né, comme homme, de la
postérité de David, a prouvé d’une façon indéniable, par Sa Résurrection, qu’Il
était Dieu ». Et, puisque cette Résurrection fut pour le Christ le prélude
de Son règne glorieux et est pour nous le gage de notre propre glorification et
de notre résurrection future à la fin des temps, la liturgie de ce jour nous
prépare aussi à la seconde venue de Jésus. « Aujourd’hui, disent l’Introït et
le Graduel, vous saurez que le Seigneur vient et Il vous sauvera et vous
verrez demain éclater Sa gloire ». « Sanctifiez-vous aujourd’hui et
soyez prêts, car demain vous verrez la majesté de Dieu au milieu de
vous ».
« Ces
deux jours, (aujourd’hui et demain), explique saint Bernard, désignent celui de
la vie présente qui est court et ténébreux et celui de l’Éternité dans les
splendeurs des Saints. Notre science doit être ici-bas de nous souvenir que le
Seigneur viendra ; et c’est la venue du Fils de Dieu dans Son premier avènement
qui nous donne cette lumière au sujet de Son second avènement. Elle
produit la contrition, s’enflamme dans la correction, luit dans la sollicitude
et nous renouvelle au dedans comme au dehors. Contemplons sur la terre les
merveilles de la miséricorde du Seigneur en Son Incarnation, afin de
pouvoir contempler au matin suprême celle de Sa Gloire ».
« Demain,
dit l’Alleluia, sera effacée l’iniquité de la terre et le Sauveur du monde
régnera sur nous ». « Le Dieu Tout-Puissant, Créateur de tout
ce qui existe, ajoute le Psalmiste, est en effet le Roi de gloire qui
après avoir arraché les hommes au pouvoir de Satan les fera entrer à Sa suite
dans la Jérusalem céleste ». « Alors se manifestera la gloire du
Seigneur ».
Préparons-nous
donc « dans une sainte allégresse à célébrer l’avènement du Fils unique de
Dieu qui vient comme Rédempteur à la Noël, afin que nous puissions Le
contempler avec assurance lorsqu’Il viendra comme Juge à la fin du
monde ».
Gerrit van Honthorst (1592–1656), L’adoration des bergers, 1622, 164 x
190, musée Wallraf-Richartz, Cologne
The Vigil of Christmas
The entire liturgy of Christmas Eve is consecrated to the anticipation of the
certain and sure arrival of the Savior: “Today you shall know that the Lord
shall come and tomorrow you shall see His glory”.
Throughout Advent we have seen how the preparation for Jesus’ coming became
more and more precise. Isaiah, John the Baptist and the Virgin Mother appeared
throughout the season announcing and foretelling the coming of the King. We
learn today that Christ according to His human nature is born at Bethlehem of
the House of David of the Virgin Mary, and that according to His divine nature
He is conceived of the Spirit of holiness, the Son of God and the Second Person
of the Trinity.
The certitude of His coming is made clear in two images. The first is that of
the closed gate of paradise. Since our first parents were cast forth from the
earthly paradise the gate has been closed and a cherubim stands guard with
flaming sword. The Redeemer alone is able to open this door and enter in. On
Christmas Eve we stand before the gate of paradise!
SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/christmas-eve/


.jpg)