vendredi 28 décembre 2012

Les SAINTS INNOCENTS, fleurs des martyrs


William Holman Hunt. Le Triomphe des Saints Innocents
1883, 156 X 254
Les Saints Innocents

Fleurs des Martyrs

Dieu permit le massacre des saints Innocents pour faire d'eux les prémices de la rédemption de Jésus-Christ. C'est la jalousie et la crainte qui poussèrent Hérode à commettre un crime inouï dans l'histoire; il en fut châtié et d'une manière terrible, car il mourut dans le désespoir et dévoré tout vivant par les vers.

Saint Augustin nous a dépeint le saisissant tableau de cette horrible boucherie: "Les mères s'arrachaient les cheveux; elles voulaient cacher leurs petits enfants, mais ces tendres créatures se trahissaient elles-mêmes; elles ne savaient pas se taire, n'ayant pas appris à craindre. C'était un combat entre la mère et le bourreau; l'un saisissait violemment sa proie, l'autre la retenait avec effort. La mère disait au bourreau: "Moi, te livrer mon enfant! Mes entrailles lui ont donné la vie, et tu veux le briser contre la terre!" Une autre mère s'écriait: "Cruel, s'il y a une coupable, c'est moi! Ou bien épargne mon fils, ou bien tue-moi avec lui!" Une voix se faisait entendre: "Qui cherchez-vous? Vous tuez une multitude d'enfants pour vous débarrasser d'un seul, et Celui que vous cherchez vous échappe!" Et tandis que les cris des femmes formaient un mélange confus, le sacrifice des petits enfants était agréé du Ciel.

Saint Jean, dans son Apocalypse, nous montre les saints Innocents entourant le trône de l'Agneau parce qu'ils sont purs, et Le suivant partout où Il va. "Demanderez-vous, dit saint Bernard, pour quels mérites ces enfants ont été couronnés de la main de Dieu? Demandez plutôt à Hérode pour quels crimes ils ont été cruellement massacrés. La bonté du Sauveur sera-t-elle vaincue par la barbarie d'Hérode? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents, et Jésus-Christ ne pourrait pas donner la vie éternelle à ceux qui ne sont morts qu'à cause de Lui? Les yeux de l'homme ou de l'ange ne découvrent aucun mérite dans ces tendres créatures; mais la grâce divine s'est plu à les enrichir", aussi l'Église a-t-elle établi leur fête au plus tard dès le second siècle.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950




Les saints Innocents

Celui qui ne croit pas que le baptême de Jésus-Christ soit utile aux enfants, pourrait douter aussi que votre mort et votre sang répandu pour Jésus-Christ vous aient obtenu la couronne de l'immortalité. Vous n'aviez pas l'âge pour croire qu'il devait souffrir, mais vous aviez déjà un corps capable d'endurer la mort pour Celui qui devait mourir pour nous.

Saint Augustin


Si vous cherchez pour quelles actions méritoires ces enfants ont été couronnés de la main de Dieu, cherchez aussi pour quels crimes ils ont été cruellement massacrés par Hérode. Serait-il possible que la bonté du Sauveur eût cédé à l'impiété de ce tyran, et qu'Hérode ayant pu les livrer à la mort, nonobstant leur innocence, Jésus-Christ n'ait point pu leur donner la vie éternelle, quoiqu'ils fussent morts à son occasion ?

Saint Bernard

De quoi t'a servi ta cruauté, ô roi impie et barbare ? Tu as pu faire des martyrs, mais tu n'as pu trouver Jésus-Christ que tu voulais égorger. Tu t'imaginais qu'en venant au monde il te chasserait de ton trône ; mais tu étais dans l'erreur. Il n'est pas venu pour prendre la gloire d'autrui, mais pour donner la sienne. Il n'est pas venu pour ravir les royaumes de la terre, mais pour offrir le royaume du ciel. Il n'est pas venu pour s'emparer des grandeurs et des dignités d'ici-bas, mais pour souffrir des injures et des opprobres. Il n'est pas venu pour avoir la tête couronnée de diadèmes, mais pour y porter une couronne d'épines. Enfin, il n'est pas venu pour y être élevé au-dessus des empires, mais pour être attaché à une croix et y endurer la mort.

Saint Augustin




LES INNOCENTS

Les Innocents furent ainsi nommés pour leur vie, leur châtiment et leur innocence acquise. Leur vie fut innocente, n'ayant jamais nui, ni à Dieu par désobéissance, ni au prochain par injustice, ni à eux-mêmes par malice en péchant. Ils furent innocents dans leur vie et simples dans la foi . Le châtiment, ils le subirent innocemment et injustement, ainsi qu'il est dit au psaume : «Ils répandirent un sang innocent. » Ils possédèrent l’innocence acquise; dans- leur martyre, ils méritèrent l’innocence baptismale, c'est-à-dire que le péché originel fut effacé. en eux.. En parlant de cette innocence, le psalmiste dit : « Conservez l’innocence et considérez la droiture, » c'est-à-dire conservez l’innocence baptismale et considérez la droiture d'une vie pleine de bonnes oeuvres.

Les Innocents furent tués par Hérode l’Ascalonite. La sainte Ecriture fait mention de trois Hérode que leur infâme cruauté a rendus célèbres. Le premier fut Hérode l’Ascalonite, sous lequel naquit le Seigneur et par qui furent massacrés les enfants. Le second fut Hérode Antipas, qui fit décoller saint Jean-Baptiste. Le troisième fut Hérode Agrippa, qui tua saint Jacques et emprisonna saint Pierre. On a fait ces vers à leur sujet :
Ascalonita necat pueros, Antipa Joannem,

Agrippa Jacobum, claudens in carcere Petrum.

Mais racontons en peu de mots l’histoire du premier Hérode. Antipater l’Icluméen, ainsi qu'on lit dans l’Histoire scholastique (Sozomène, Histoire Tripartite, ch. II), se maria à une nièce du roi des Arabes : il en eut un, fils, qu'il appela Hérode et qui plus tard fut surnommé l’Ascalonite. Ce fut lui qui reçut le royaume de Judée de César-Auguste et dès lors, pour la première fois; le sceptre sortit de Juda. Il eut six fils : Antipater, Alexandre, Aristobule, Archelaüs, Hérode, Antipas. et Philippe. Il envoya à Rome, pour s'instruire dans les arts libéraux, Alexandre et Aristobule dont la mère était juive; leurs études achevées, ils revinrent. Alexandre se fit grammairien et Aristobule devint un orateur très véhément : déjà ils avaient eu des différends avec leur père pour la possession du trône. Le père eu fut offensé et s'attacha à faire prévaloir Antipater. Comme ils avaient comploté la mort de leur père et qu'ils avaient été chassés par lui, ils allèrent se plaindre à César de l’injustice qu'ils avaient subie. Sur ces entrefaites, les Mages viennent à Jérusalem et s'informent avec grand soin de la naissance d'un nouveau roi. A cette nouvelle, Hérode se trouble, et, craignant que de la race légitime des rois, il ne fût né un rejeton qu'il ne pourrait chasser comme usurpateur, il prie les Mages de l’avertir aussitôt qu'ils l’auraient trouvé, simulant vouloir adorer celui qu'il voulait tuer. Cependant les Mages retournèrent en leur pays par un autre chemin. Hérode, ne les voyant pas revenir, crut qu'ils avaient eu honte de retourner vers lui, parce qu'ils auraient été les dupes de l’apparition de l’étoile et ne s'occupa plus de rechercher l’enfant. Mais ayant appris le récit des bergers et les prédictions de Siméon et d'Anne, ses appréhensions redoublèrent et il se crut indignement trompé par les Mages. Il pensa donc alors à tuer les enfants qui étaient à Bethléem, pour faire périr avec eux celui qu'il ne connaissait pas. Mais sur les avis de l’Ange, Joseph avec sa mère et l’Enfant s'enfuit en Egypte et demeura sept ans à Hermopolis, jusqu'à la mort d'Hérode. Or, quand le Seigneur entra en Egypte, toutes les idoles furent renversées, selon la prédiction d'Isaïe. Et de même que lors de la sortie des enfants d'Israël de l’Égypte, il n'y eut pas une maison où parla main de Dieu, le premier né, ne fût mort, de même il n'y eut pas de temple dans lequel une idole ne fût renversée. Cassiodore rapporte dans son Histoire Tripartite (Liv. VI, chap. XLII), qu'à Hermopolis, en Thébaïde, il existe un arbre appelé Persidis qui a la propriété de guérir ceux des malades au cou desquels on attache de son fruit, de ses feuilles ou de son écorce. Or, comme la bienheureuse Marie s'enfuyait en Egypte avec son fils; cet arbre s'inclina jusqu'à terre et adora humblement Jésus-Christ.

Hérode se préparait à massacrer les enfants, lorsqu'une lettre de César-Auguste le cita à comparaître devant lui pour répondre aux accusations de ses fils. En traversant Tharse, il sut que les mages avaient passé la mer sur des vaisseaux tharsiens, et il fit brûler toute la flotte, selon qu'il avait été prédit : « D'un souffle impétueux vous briserez les vaisseaux de Tharsis. » (Ps. VI.) Le père ayant vidé ses différends avec ses enfants devant César, il fut arrêté que ceux-ci obéiraient en tout à leur père, et que celui-là céderait l’empire à qui il voudrait. Hérode, devenu plus hardi à son retour par l’affermissement de son pouvoir, envoya égorger tous les enfants qui se trouvaient à Bethléem, âgés de deux ans et au-dessous, selon le temps qu'il avait supputé d'après les mages. Ceci a besoin de deux éclaircissements : le premier par rapport au temps, et voici comment on l’explique : âgés de deux ans et au-dessous, c'est-à-dire, en commençant par les enfants de deux ans jusqu'aux enfants d'une nuit.

Hérode avait en effet appris des mages qu'un prince était né le jour même de l’apparition de l’étoile, et comme il s'était déjà écoulé un an depuis son voyage à Rome et son retour, il croyait que le Seigneur avait un an et quelques jours de plus; c'est pour cela qu'il exerça sa fureur sur ceux qui étaient plus âgés, c'est-à-dire, qui avaient deux ans et au-dessous, jusqu'aux enfants qui, n'avaient qu'une nuit : dans la crainte que cet enfant, auquel les autres obéissaient, ne subît quelque transformation qui le rendrait ou plus vieux ou plus jeune. C'est le sentiment le plus commun et le plus vraisemblable. Le second éclaircissement se tire de l’explication qu'en donne saint Chrysostome. Il entend ainsi l’ordre du nombre d'années ; depuis deux ans et au-dessous, c'est-à-dire, depuis les enfants de deux ans jusqu'à cinq. Il avance ainsi que l’étoile, apparut aux mages pendant un an avant là naissance du Sauveur. Or, depuis qu'il avait: appris cela, Hérode avait: été à Rome et son projet fut différé d'un an. Il croyait donc que le Sauveur était né quand l’étoile apparut aux mages. D'après son calcul, le Sauveur aurait eu deux ans: voilà pourquoi il fit massacrer les enfants de deux à cinq ans, mais pas moins jeunes que de deux ans. Ce qui rend cette assertion vraisemblable, ce sont les ossements des innocents dont quelques-uns sont trop grands pour ne pouvoir appartenir à des corps qui n'auraient eu que deux ans (Tout ce récit est copié dans l’Histoire scholastique, Ev, C. XI). On pourrait peut-être encore dire que les hommes étaient de plus haute taille alors qu'aujourd'hui. Mais Hérode en fut bientôt puni. En effet Macrobe rapporte et Méthodien en sa chronique dit que le petit fils d'Hérode était en nourrice et qu'il fut tué avec les autres par les bourreaux. Alors fut accomplie la parole du Prophète : « Rama, c'est-à-dire les hauts lieux, retentirent des pleurs et des gémissements des pieuses mères. »

Mais Dieu dont les desseins sont souverainement équitables (Eusèbe, Histoire-ecclésiastique, livreI1, c. VIII) ne permit pas que l’affreuse cruauté d'Hérode restât impunie. Il arriva, par le jugement de Dieu, que celui qui avait privé tant de parents de leurs enfants fut aussi privé des siens plus misérablement encore. Car Alexandre et Aristobule inspirèrent de nouveaux soupçons à leur père.

Un de leurs complices avoua que Alexandre lui avait fait de grandes promesses s'il empoisonnait son père: un barbier déclara aussi qu'on lui avait promis des récompenses considérables, si en rasant la barbe d'Hérode, il lui coupait la gorge : il ajouta qu'Alexandre aurait dit que l’on ne pouvait .rien espérer d'un vieillard qui se teignait les cheveuxpour paraître jeune. Le père, irrité, les fit tuer ; sur le trône, il établit Antipater pour régner après lui, et il substitua encore Antipas à Antipater. De plus, Hérode affectionnait particulièrement Agrippa, ainsi qu'Hérodiade, femme de Philippe, qu'il avait eus d'Aristobule. Pour ces deux motifs Antipater conçut une haine si implacable contre son père, qu'il tenta de s'en défaire par le poison ; Hérode s'en méfiant, le fit jeter en prison. César-Auguste apprenant qu'il avait tué ses fils : « J'aimerais mieux, dit-il, être le pourceau d'Hérode que son fils ; car comme prosélyte, il épargne ses porcs et il tue ses enfants. » Parvenu à l’âge de 70 ans, Hérode tomba gravement malade: il était miné par une forte fièvre, ses membres se pourrissaient et ses douleurs étaient incessantes; il avait les pieds enflés, les testicules rongés de vers; il exhalait une puanteur intolérable ; sa respiration était courte et ses soupirs continuels. Ayant pris un bain d'huile par l’ordre des médecins, on l’en sortit presque mort.

Ayant entendu dire que les juifs seraient contents de le voir mourir, il fit rassembler dans une prison les plus nobles jeunes gens de toute la Judée et dit à Salomé sa soeur : « Je sais que les juifs se réjouiront de ma mort; mais il pourra s'y répandre bien des larmes et j'aurai de nobles funérailles, si vous voulez obéir à mon ordre; c'est, aussitôt que j'aurai rendu l’esprit, de tuer tous ceux que je garde en prison afin qu'ainsi toute la Judée me pleure malgré qu'elle en ait. » Après chaque repas, il avait coutume de manger une pomme qu'il pelait lui-même avec une épée. Or, comme il tenait cette arme à la main, il fut pris d'une toux violente et regardant autour de lui si personne ne l’empêcherait de se frapper, il leva la main pour le faire, mais un de ses cousins lui retint le bras en l’air. Aussitôt, comme s'il eût été mort, des gémissements retentirent dans le palais. A ces cris, Antipater bondit de .joie, et promit toute sorte de présents aux gardes, si on l’en délivrait. Quand Hérode en fut informé, il souffrit plus de la joie de son fils que de : sa propre mort ; il envoya alors des satellites, le fit tuer et institua Archélaüs son successeur. Il mourut cinq jours après. Il avait été fort heureux en bien des circonstances, mais il eut fort à souffrir dans son intérieur.

Salomé délivra tous ceux dont le roi avait ordonné la mort. Remi, dans son original sur saint Mathieu (Homélie 6e de Remi d'Auxerre), dit que Hérode se suicida de l’épée avec laquelle il pelait une pomme, et que sa sueur Salomé fit tuer tous ceux qui étaient en prison, ainsi qu'elle l’avait décidé avec son frère.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii



Les plus anciens témoins de la fête des saints Innocents en Occident sont les sermons de St Pierre Chrysologue (+ avant 451) et St Césaire d’Arles (+ 543). Le calendrier de Carthage annonce la fête au 28 décembre. A Rome, vers 560-570, le sacramentaire de Vérone fournit deux formulaires de messe du natale Innocentium. Les Byzantins et les Coptes ont la fête le même jour. L’Espagne fêtait l’allisio Infantum le 8 janvier, après l’Épiphanie.

Soit la fête fut reçue d’Orient, à moins qu’elle ne remonte à une période antérieure à l’adoption de l’Épiphanie, où l’on aurait commémoré dans la suite du 25 décembre tous les évènements qui entourent la Nativité.

A noter : avant 1960, la fête des saints Innocents est célébrée en violet, sans Gloria, ni Alléluia. Son octave est célébrée en rouge. La réforme de Jean XXIII supprimera cette particularité.



AUX PREMIÈRES VÊPRES. avant 1960

Ant.au Magnificat Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec les femmes, car ils sont vierges, et ils suivent l’Agneau partout où il va.

V/. Hérode irrité fit tuer beaucoup d’enfants.

R/. En Bethléem de Juda, cité de David.

A MATINES. avant 1960

Hymnus

Audit tyránnus ánxius

Adésse regum Príncipem,

Qui nomen Israël regat,

Teneátque David régiam.

Exclámat amens núntio :

Succéssor instat, péllimur :

Satélles, i, ferrum rape,

Perfúnde cunas sánguine.

Quid próficit tantum nefas ?

Quid crimen Heródem juvat ?

Unus tot inter fúnera

Impúne Christus tóllitur.

Iesu, tibi sit glória,

Qui natus es de Vírgine,

Cum Patre et almo Spíritu,

In sempitérna sæcula. Amen.

Hymne

L’inquiet tyran vient d’apprendre

la naissance du Roi des rois,

de celui qui doit régir Israël,

et occuper le trône de David.

A cette nouvelle, il s’écrie tout éperdu :

« Un compétiteur s’approche et va vous détrôner ;

allez, satellites, prenez le fer,

inondez de sang les berceaux. »

A quoi sert un tel forfait ?

Quelle est pour Hérode l’utilité de ce crime ?

Seul, le Christ échappe à ce grand carnage

et il se trouve en sûreté.

Gloire à vous, ô Jésus,

qui êtes né de la Vierge ;

gloire au Père, et à l’Esprit divin,

dans les siècles éternels. Ainsi soit-il.

Au premier nocturne.

Du prophète Jérémie. Cap. 31, 15-23.

Première leçon. Voici ce que dit le Seigneur : Une voix a été entendue sur une hauteur, (voix) de lamentation, de deuil et de pleur, la voix de Rachel déplorant (la perte de) ses enfants, et ne voulant pas en être consolée, parce qu’ils ne sont plus. Voici ce que dit le Seigneur : Que ta voix cesse ses gémissements, et tes yeux leurs larmes ; parce qu’il est une récompense à tes œuvres, dit le Seigneur, et ils reviendront de la terre de l’ennemi [1]. Et il est un espoir pour tes derniers moments, dit le Seigneur, et tes fils reviendront dans tes confins.

R/. Les cent quarante-quatre mille qui ont été achetés de la terre : ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec les femmes : * ls sont demeurés vierges, c’est pourquoi ils règnent avec Dieu, et l’Agneau de Dieu avec eux. V/. Ce sont ceux qui sont venus de la grande tribulation, et qui ont lavé leurs robes dans le sang de l’Agneau. * Ils.

Deuxième leçon. Entendant, j’ai entendu Éphraïm dans sa transmigration : Vous m’avez châtié et j’ai été instruit, comme un jeune taureau indompté ; convertissez-moi et je serai converti, parce que vous êtes le Seigneur mon Dieu. Car, après que vous m’avez converti, j’ai fait pénitence, et après que vous m’avez montré (mon état), j’ai frappé ma cuisse. J’ai été confondu, et j’ai rougi, parce que j’ai supporté l’opprobre de ma jeunesse. Est-ce qu’il n’est pas un fils honorable pour moi, Éphraïm, n’est-il pas un enfant de délices ? parce que, depuis que j’ai parlé de lui, je me souviendrai encore de lui [2]. 1. _ R/. Sous l’autel de Dieu [3], j’entendis la voix de ceux qui avaient été tués, disant : * Seigneur, pourquoi ne défendez-vous pas notre sang ? Et ils reçurent une divine réponse : Attendez encore un peu de temps, jusqu’à ce que soit accompli le nombre de vos frères. V/. Je vis sous l’autel de Dieu les âmes de ceux qui avaient été tués pour le Verbe de Dieu, et pour le témoignage qu’ils avaient (à rendre) ; et ils criaient d’une voix forte, disant. * Seigneur.

2. Troisième leçon. Établis-toi un lieu d’observation, abandonne-toi à l’amertume [4], dirige ton cœur vers la voie droite, dans laquelle tu as marché : retourne, vierge d’Israël, retourne vers ces cités tiennes. Jusques à quand seras-tu énervée par les délices, fille vagabonde ? parce que le Seigneur a créé un nouveau prodige sur la terre : Une femme environnera un homme [5]. Voici ce que dit le Seigneur, Dieu d’Israël : Ils diront encore cette parole dans la terre de Juda et dans ses villes, lorsque j’aurai ramené leurs captifs : Que le Seigneur te bénisse, beauté de justice, montagne sainte.

R/. Ils adorèrent celui qui vit dans les siècles des siècles. * Jetant leurs couronnes devant le trôné du Seigneur leur Dieu. V/. Et en présence du trône, ils tombèrent sur leurs faces, et ils bénirent celui qui vit dans les siècles des siècles. * Jetant. Gloire au Père. * Jetant.


Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, Évêque.

Quatrième leçon. Nous célébrons aujourd’hui, mes très chers frères, la fête de ces enfants que l’Évangile nous dit avoir été tués par l’ordre du cruel roi Hérode. Que la terre se livre donc aux transports de la joie, elle qui est la mère féconde de ces célestes soldats et qui enfante de tels prodiges. Certes, ce tyran impie n’aurait jamais pu être aussi utile à ces bienheureux enfants par son affection, qu’il leur a été utile par sa haine. Car, comme le manifeste la sainte solennité de ce jour, autant l’iniquité a abondé contre ces bienheureux enfants, autant se sont répandues sur eux les grâces et les bénédictions célestes.

R/. Ils ont répandu autour de Jérusalem le sang des Saints, comme de l’eau. * Et il n’y avait personne qui les ensevelît. V/. Ils ont donné les restes mortels de vos serviteurs en nourriture aux oiseaux du ciel, et la chair de vos Saints aux bêtes de la terre. * Et.

Cinquième leçon. Tu es heureuse, ô Bethléem, terre de Juda, toi qui as subi la cruauté du roi Hérode dans le meurtre de tes fils, car tu as en même temps mérité d’offrir à Dieu une blanche multitude de paisibles enfants. C’est avec raison que nous célébrons la fête de ces Martyrs. Le monde, en les faisant naître à la vie éternelle, les a rendus plus heureux que n’avaient fait leurs mères en les enfantant pour la terre ; puisqu’ils ont été trouvés dignes d’une vie sans fin, presque avant d’avoir pu faire usage de la vie présente.

R/. Seigneur, ceux-ci sont des Saints qui ont souffert pour vous : vengez-les. * Car ils crient vers vous tous les jours. V/. Vengez, Seigneur, le sang de vos Saints, qui a été répandu. * Car.

Sixième leçon. Les autres Martyrs ont eu une mort précieuse : leur gloire est dans la confession du nom de Jésus-Christ ; mais la gloire de ceux-ci est dans la consommation même de leur vie. Car, dès les prémices de leur jeune existence, la mort qui a mis fin à leur vie présente, leur a valu d’entrer aussitôt en possession de la gloire. Ceux que l’impiété d’Hérode a arrachés du sein de leurs mères les allaitant encore, sont appelés à juste titre les fleurs des Martyrs : fleurs écloses au milieu du froid de l’infidélité, premiers tendres bourgeons de l’Église, que le frimas de la persécution est venu dessécher.

R/. Ce sont ceux qui n’ont pas souillé leurs vêtements : * Ils marcheront avec moi, vêtus de blanc, parce qu’ils en sont dignes V/. Ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes : car ils sont vierges. * Ils. Gloire au Père. * Ils.

Au troisième nocturne.

A la place de l’antienne du Commun des Martyrs, on dit : _Ant. 8 Ce sont ceux-ci qui sont venus * de la grande tribulation, et ont lavé leurs robes dans le sang de l’Agneau.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu.

En ce temps-là : Voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : "Lève toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse. Et le reste.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.

Septième leçon. Quand il prit l’enfant et sa mère pour passer en Égypte, c’était pendant la nuit et dans les ténèbres, car il laissa dans la nuit de l’ignorance les incrédules dont il s’éloigna ; mais quand il revient dans la Judée, il n’est question dans l’Évangile ni de nuit, ni de ténèbres : parce qu’à la fin du monde, les Juifs, recevant la foi figurée par le Christ revenant d’Égypte, seront dans la lumière.

R/. Ces Saints chantaient un cantique nouveau devant le trône de Dieu et de l’Agneau : * Et la terre retentissait de leurs voix. V/. Ceux ci ont été achetés d’entre les hommes pour être les prémices offertes à Dieu et à l’Agneau ; et le mensonge ne s’est point trouvé dans leur bouche. * Et.

Huitième leçon. Afin que fût accomplie cette parole, que le Seigneur a dite par un Prophète : « J’ai rappelé mon Fils de l’Égypte. » Que ceux qui nient la vérité des livres hébreux, disent en quel endroit de la version des Septante, on lit cela ; mais comme ils ne l’y trouveront pas, nous leur dirons que cela est écrit dans le Prophète Osée, comme nous l’attestent les exemplaires que nous avons tout récemment publiés.

Répons avant 1960 R/. Je vis, sous l’autel de Dieu, les âmes de ceux qui ont été tués à cause de la parole de Dieu qu’ils avaient ; et ils disaient à haute voix : * Vengez, Seigneur, le sang de vos Saints qui a été répandu. V/. Sous le trône de Dieu tous les Saints s’écriaient. * Vengez, Seigneur.

Répons après 1960 R/. Je vis, sous l’autel de Dieu, les âmes de ceux qui ont été tués à cause de la parole de Dieu qu’ils avaient ; et ils disaient à haute voix : * Vengez, Seigneur, le sang de vos Saints qui a été répandu. V/. Sous le trône de Dieu tous les Saints s’écriaient. * Vengez, Seigneur. Gloire au Père. * Vengez, Seigneur.

Neuvième leçon. Ce.fut alors que s’accomplit la parole du Prophète Jérémie, disant : « Une voix a été entendue dans Rama, des pleurs et des cris déchirants répétés, c’était Rachel, pleurant ses fils. » De Rachel est né Benjamin, dans la tribu duquel ne se trouve pas Bethléem. On demande donc pourquoi Rachel pleure les enfants de Juda c’est à dire de Bethléem, comme si c’étaient ses propres enfants ? Nous répondrons brièvement que Rachel fut ensevelie près de Bethléem, en Ephrata ; et que sa sépulture en cet endroit lui a fait donner le nom de mère de Bethléem et de ses habitants. Ou bien encore, c’est parce que Juda et Benjamin étaient deux tribus limitrophes ; et qu’Hérode avait ordonné de tuer les enfants, non seulement dans Bethléem, mais encore dans tous les environsl.

Répons avant 1960 R/. Ceux-ci, qui sont revêtus de robes blanches, qui sont-ils. Et d’où sont-ils venus ? Et l’on me dit : * Ce sont ceux qui sont venus ici à travers la grande tribulation ; ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. V/. Je vis, sous l’autel de Dieu, les âmes de ceux qui avaient été tués pour le Verbe de Dieu et pour le témoignage qu’ils avaient à rendre. * Ce. Gloire au Père. * Ce.

Après 1960, on dit le Te Deum, sans le répons

A LAUDES

Ant. 1 Hérode, irrité, * fit tuer beaucoup d’enfants dans Bethléem de Juda, cité de David.

Ant. 2 Hérode * fit tuer beaucoup d’enfants, de deux ans et au-dessous, à cause du Seigneur.

Ant. 3 Leurs Anges * voient sans cesse la face du Père.

Ant. 4 Dans Rama, une voix * a été entendue, des pleurs et des gémissements : c’était Rachel, pleurant ses fils.

Ant. 5 Sous le trône de Dieu *, tous ces Saints s’écrient : Vengez notre sang, ô notre Dieu.

Capitule. Je vis l’Agneau, debout sur la montagne de Sion et avec lui cent quarante-quatre mille, qui avaient son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts.



Hymnus

Salvéte, flores Mártyrum,

Quos lucis ipso in límine

Christi insecútor sústulit,

Ceu turbo nascéntes rosas.

Vos prima Christi víctima,

Grex immolatórum tener,

Aram sub ipsam símplices

Palma et corónis lúditis.

Iesu, tibi sit glória,

Qui natus es de Vírgine,

Cum Patre et almo Spíritu,

In sempitérna sæcula. Amen.

Hymne

Salut, ô fleurs des Martyrs !

vous que, sur le seuil même de la vie,

le persécuteur du Christ a moissonnées,

comme un tourbillon enlève des rosés naissantes

Vous êtes les premières victimes du Christ,

tendre troupeau d’enfants immolés ;

vous jouez innocemment sous l’autel même,

avec vos palmes et vos couronnes.

A vous soit la gloire, ô Jésus,

qui êtes né de la Vierge ;

ainsi qu’au Père et au Saint-Esprit,

dans les siècles éternels ! Ainsi soit-il.

V/. Hérode, irrité, fit tuer beaucoup d’enfants.

R/. En Bethléem de Juda, cité de David.

Ant. au Bénédictus Ce sont ceux-ci *qui ne se sont pas souillés avec les femmes ; car ils sont vierges, et ils suivent l’Agneau partout où il va [6].

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

V/. Sous le trône de Dieu, tous ces Saints s’écrient.

R/. Vengez, notre sang, ô notre Dieu.

Ant. au Magnificat Pour le Christ, ces innocents * enfants ont été mis à mort ; encore à la mamelle, ils ont été tués par un roi injuste ; ils suivent l’Agneau sans tache lui-même, et disent sans cesse : Gloire à vous, Seigneur.

[1] « En effet, les Saints Innocents ont reçu la récompense de leur sang, versé pour Jésus-Christ. Ils ont échangé la terre d’Hérode, leur ennemi, contre la possession du royaume des cieux ; ils doivent retourner dans leur pays primitif, quand, au lieu de ce corps vil, ils recevront un corps glorieux et ressusciteront hommes parfaits. » (Saint Jérôme).

[2] « Dieu nous apprend qu’il a entendu les paroles d’Éphraïm, et il désigne ainsi les dix tribus dont le premier roi Jéroboam dressa des veaux d’or, afin que ce peuple cessât d’adorer le Dieu d’Israël. Rachel était l’aïeule d’Éphraïm. Ce passage nous montre que toute correction est profitable au salut, et que nous ne pouvons mener à bonne fin l’œuvre de notre pénitence sans le secours de Dieu. Le Seigneur encourage la conversion d’Éphraïm en lui parlant de son amour paternel et lui promettant sa miséricorde. » (Saint Jérôme).

[3] « L’autel représente Jésus-Christ, en qui notre vie est cachée jusqu’à ce qu’il apparaisse (Coloss., 3, 3). — Les Saints désirent la manifestation de la justice de Dieu, afin qu’on le craigne et qu’on se convertisse. C’est là, dit saint Augustin, la juste et miséricordieuse vengeance des Martyrs, que le règne du péché, qui leur a été si rigoureux, soit détruit. Les peuples persécuteurs étaient nécessaires pour accomplir le nombre prédestiné des Martyrs, c’est pourquoi Dieu les épargne en attendant que ce nombre soit parlait. » (Bossuet).

[4] « Ce mot amertume indique qu’Éphraïm doit pleurer ses anciens péchés, placer ou diriger son cœur dans la voie par où il était parti, car il doit revenir de l’exil du péché, et cesser d’être vagabond dans les sentiers les plus ténébreux de l’erreur. » (S. Jérôme).

[5] C’est-à-dire, une femme portera dans son sein, non un enfant ordinaire privé de l’usage de sa raison, mais un homme parfait, ce qui doit s’entendre du Messie.

[6] « Et où donc va l’Agneau ? Là sans doute où la joie surabonde ; et une joie différente de toutes les autres joies est réservée aux Vierges. Leur bonheur ne soulèvera, toutefois aucune amertume dans l’âme de ceux qui en seront privés, car l’Agneau précédera les Vierges sans se séparer des autres, et Dieu sera tout en tous, (I Cor., 15, 28). Les Vierges chanteront le cantique qui leur est propre ; mais tous se réjouiront de l’entendre. » (Saint Augustin)



Dom Guéranger, l’Année Liturgique

La fête du Disciple bien-aimé succède la solennité des saints Innocents ; et le berceau de l’Emmanuel, auprès duquel nous avons vénéré le Prince des Martyrs et l’Aigle de Pathmos, nous apparaît aujourd’hui environné d’une troupe gracieuse de petits enfants, vêtus de robes blanches comme la neige, et tenant en main des palmes verdoyantes. Le divin Enfant leur sourit ; il est leur Roi, et toute cette petite cour sourit aussi à l’Église de Dieu. La force et la fidélité nous ont introduits auprès du Rédempteur ; l’innocence aujourd’hui nous convie à rester près de la crèche.

Hérode a voulu envelopper le Fils de Dieu même dans un immense massacre d’enfants ; Bethléhem a entendu les lamentations des mères ; le sang des nouveau-nés a inondé toute la contrée ; mais tous ces efforts de la tyrannie n’ont pu atteindre l’Emmanuel ; ils n’ont fait que préparer pour l’armée du ciel une nombreuse recrue de Martyrs. Ces enfants ont eu l’insigne honneur d’être immolés pour le Sauveur du monde ; mais le moment qui a suivi leur immolation leur a révélé tout à coup des joies futures et prochaines, bien au-dessus de celles d’un monde qu’ils ont traversé sans le connaître. Le Dieu riche en miséricordes n’a pas demandé d’eux autre chose qu’une souffrance de quelques instants ; et ils se sont réveillés au sein d’Abraham, francs et libres de toute autre épreuve, purs de toute souillure mondaine, appelés au triomphe comme le guerrier qui a donné sa vie pour sauver celle de son chef.

Leur mort est donc un Martyre, et c’est pourquoi l’Église les honore du beau nom de Fleurs des Martyrs, à cause de leur âge tendre et de leur innocence. Ils ont donc droit de figurer aujourd’hui sur le Cycle, à la suite des deux vaillants champions du Christ que nous avons célébrés. Saint Bernard, dans son Sermon sur cette fête, explique admirablement l’enchaînement de ces trois solennités : « Nous avons, dit-il, dans le bienheureux Étienne, l’œuvre et la volonté du Martyre ; dans le bienheureux Jean, nous remarquons seulement la volonté du Martyre ; et dans les bienheureux Innocents, l’œuvre seule du Martyre. Mais qui doutera, néanmoins, de la couronne obtenue par ces enfants ? Demanderez-vous où sont leurs mérites pour cette couronne ? Demandez plutôt à Hérode le crime qu’ils ont commis pour être ainsi moissonnés ? La bonté du Christ sera-t-elle vaincue par la cruauté d’Hérode ? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents ; et le Christ ne pourrait couronner ceux qui ne sont morts qu’à cause de lui ?

« Étienne aura donc été Martyr aux yeux des hommes qui ont été témoins de sa Passion subie volontairement, jusque-là qu’il priait pour ses persécuteurs, se montrant plus sensible à leur crime qu’à ses propres blessures. Jean aura donc été Martyr aux yeux des Anges qui, étant créatures spirituelles, ont vu les dispositions de son âme. Certes, ceux-là aussi auront été vos Martyrs, ô Dieu ! dans lesquels ni l’homme, ni l’Ange n’ont pu, il est vrai, découvrir de mérite, mais que la faveur singulière de votre grâce s’est chargée d’enrichir. C’est de la bouche des nouveau-nés et des enfants à la mamelle que vous vous êtes plu à faire sortir votre louange. Quelle est cette louange ? Les Anges ont chanté : Gloire à Dieu, au plus haut des deux ; et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! C’est là, sans doute, une louange sublime ; mais elle ne sera complète que lorsque Celui qui doit venir aura dit : Laissez venir à moi les petits enfants ; car le Royaume des deux est à ceux qui leur ressemblent ; paix aux hommes, même à ceux qui n’ont pas l’usage de leur volonté : tel est le mystère de ma miséricorde. »

Dieu a daigné faire pour les Innocents immolés à cause de son Fils ce qu’il fait tous les jours par le sacrement de la régénération, si souvent appliqué à des enfants que la mort enlève dès les premières heures de la vie ; et nous, baptisés dans l’eau, nous devons rendre gloire à ces nouveau-nés, baptisés dans leur sang, et associés à tous les mystères de l’enfance de Jésus-Christ. Nous devons aussi les féliciter, avec l’Église, de l’innocence que cette mort glorieuse et prématurée leur a conservée. Purifiés d’abord parie rite sacré qui, avant l’institution du Baptême, enlevait la tache originelle, visités antérieurement par une grâce spéciale qui les prépara à l’immolation glorieuse pour laquelle ils étaient destinés, ils ont habité cette terre, et ils ne s’y sont point souillés. Que la société de ces tendres agneaux soit donc à jamais avec l’Agneau sans tache ! et que ce monde, vieilli dans le péché, mérite miséricorde en s’associant, par ses acclamations, au triomphe de ces élus de la terre qui, semblables à la colombe de l’arche, n’y ont pas trouvé où poser leurs pieds !

Néanmoins, dans cette allégresse du ciel et de la ferre, la sainte Église Romaine ne perd pas de vue la désolation des mères qui virent ainsi arracher de leur sein, et immoler par le glaive des soldats ces gages chéris de leur tendresse. Elle a recueilli le cri de Rachel, et ne cherche point à la consoler, si c n’est en compatissant à son affliction. Pour honorer cette maternelle douleur, elle consent à suspendre aujourd’hui une partie des manifestations de la joie qui inonde son cœur durant cette Octave du Christ naissant. Elle n’ose revêtir dans ses vêtements sacrés la couleur de pourpre des Martyrs, pour ne pas rappeler trop vivement ce sang qui jaillit jusque sur le sein des mères ; elle s’interdit même la couleur blanche, qui marque l’allégresse et va mal à de si poignantes douleurs. Elle revêt la couleur violette, qui est celle du deuil et des regrets. Aujourd’hui même, si la fête ne tombe pas le Dimanche, elle va jusqu’à suspendre le chant du Gloria in excelsis, qui pourtant lui est si cher en ces jours où les Anges l’ont entonné sur la terre ; elle renonce au joyeux Alleluia, dans la célébration du Sacrifice ; enfin elle se montre, comme toujours, inspirée par cette délicatesse sublime et chrétienne dont la sainte Liturgie est une si merveilleuse école.

Mais, après cet hommage rendu à la tendresse maternelle de Rachel, et qui répand sur tout l’Office des saints Innocents une touchante mélancolie, elle ne perd pas de vue la gloire dont jouissent ces bienheureux enfants ; et elle consacre à leur solennelle mémoire une Octave entière, comme elle l’a fait pour saint Étienne et pour saint Jean. Dans ses Cathédrales et ses Collégiales, elle honore aussi, en ce jour, les enfants qu’elle appelle à joindre leurs voix innocentes à celles des prêtres et des autres ministres sacrés. Elle leur accorde de gracieuses distinctions, jusque dans le chœur même ; elle jouit de l’allégresse naïve de ces jeunes coopérateurs qu’elle emploie à rehausser ses pompes mystérieuses ; en eux, elle rend gloire au Christ Enfant, et à l’innocente cohorte des tendres rejetons de Rachel.

A Rome, la Station qui, le jour de saint Étienne, s’est tenue dans l’Église de ce premier des Martyrs, sur le Mont Cœlius, et le jour de saint Jean, dans la Basilique de Saint-Jean-de-Latran, où le Disciple bien-aimé partage les honneurs de Jean le Précurseur, a lieu aujourd’hui dans la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, dont le trésor se glorifie de posséder plusieurs des corps des saints Innocents. Au XVIe siècle ; Sixte-Quint en enleva une partie, pour les placer dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, près de la Crèche du Sauveur.

A LA MESSE.

La sainte Église exalte la sagesse de Dieu, qui a su déjouer les calculs de la politique d’Hérode, et tirer sa gloire de la cruelle immolation des enfants de Bethléhem, en les élevant à la dignité de Martyrs du Christ, dont ils célèbrent les grandeurs dans une reconnaissance éternelle.

Dans la Collecte, l’Église demande que ses fidèles confessent à leur tour la foi de Jésus-Christ par leurs œuvres. Autre est le témoignage des enfants qui ne parlent qu’en souffrant ; autre est le témoignage du chrétien parvenu à l’âge de raison, et auquel la foi a été donnée pour qu’il la confesse, devant les tyrans s’il s’en élève, mais toujours devant le monde et les passions. Nul n’a été appelé au divin caractère du chrétien pour en garderie secret.

ÉPÎTRE.

Par le choix de ce passage mystérieux de l’Apocalypse, l’Église nous montre l’estime qu’elle fait de l’innocence, et l’idée que nous en devons avoir. Les Innocents suivent l’Agneau , parce qu’ils sont purs. Leurs œuvres personnelles sur la terre n’ont pas frappé les regards, mais ils ont traversé rapidement la voie de ce monde, sans avoir été atteints de ses souillures. Moins éprouvée que celle de Jean, leur pureté, empourprée de leur sang, n’en a pas moins attiré les regards de l’Agneau ; et ils lui sont donnés pour compagnie. Que le chrétien donc soupire après cette innocence qui mérite de si hautes distinctions. S’il l’a conservée, qu’il la garde et la défende avec la jalousie qu’on met à veiller sur un trésor ; s’il l’a perdue, qu’il la répare par les labeurs de la pénitence ; et quand il l’aura recouvrée, qu’il réalise la parole du Maître qui a dit : « Celui qui a été lavé est pur désormais. » [7].

Dans le Graduel, les Innocents bénissent le Seigneur qui a brisé pour eux le filet dans lequel le monde les voulait tenir captifs. Comme le passereau ils se sont envolés ; et leur vol rapide, que rien n’appesantissait, les a portés jusqu’au ciel.

Le Trait exhale l’indignation de Rachel sur la cruauté d’Hérode et de ses soldats. Il appelle la vengeance céleste qui ne manqua pas d’éclater contre cette ignoble famille de tyrans.

Si la fête des saints Innocents tombe le Dimanche, pour adoucir un peu la tristesse de ses chants, l’Église reprend l’Alleluia.

ÉVANGILE.

Le saint Évangile raconte avec sa sublime simplicité le Martyre des Innocents. Hérode envoya tuer tous les enfants. Cette riche moisson pour le ciel fut coupée, et la terre ne s’en émut pas. Les lamentations de Rachel montèrent seules jusqu’au ciel, et bientôt le silence se fit dans Bethléhem. Mais les heureuses victimes n’en étaient pas moins enlevées par le Seigneur, pour former la cour de son Fils. Jésus, du fond de son berceau, les contemplait et les bénissait ; Marie compatissait à leurs courtes souffrances, et à la douleur des mères ; l’Église qui allait bientôt naître devait glorifier, dans tous les siècles, cette immolation de tendres agneaux, et fonder les plus grandes espérances sur le patronage de ces enfants devenus tout d’un coup si puissants sur le cœur de son céleste Époux.

Pendant l’Offrande, la voix des Innocents se fait encore entendre ; ils répètent leur touchant Cantique ; simples passereaux, rendus à la liberté, ils remercient la main qui a brisé le lacs où ils pouvaient périr.

Dans l’Antienne de la Communion, on entend retentir encore la voix de Rachel. L’Église, nourrie du divin mystère de charité, n’a garde d’oublier la désolation des mères. Elle y compatit jusqu’à la fin ; mais, au fond de son cœur, elle s’élève jusqu’à celui qui peut seul consoler de telles douleurs.

A VÊPRES.

On chante d’abord, comme aux Fêtes de saint Étienne et de saint Jean, les Antiennes et les Psaumes de Noël ; après quoi l’Office des saints Innocents reprend son cours.

Nous écouterons maintenant les diverses Églises célébrant le triomphe des saints Innocents, dans des chants pleins de mélodie et de mystères. L’Église de Milan, dans son Missel Ambrosien, nous fournira d’abord cette belle Préface qui se trouve aussi au Sacramentaire Léonien.

PRÉFACE.

C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre gloire, Père tout-puissant, dans la mort précieuse des enfants que la barbarie farouche du cruel Hérode a massacrés, à l’occasion de l’enfance de notre Seigneur et Sauveur votre Fils ; car vous nous y avez manifesté l’immensité des dons de votre clémence. En effet, votre grâce brille en eux plus que leur volonté ; et leur confession éclate déjà quand leur bouche n’a pas parlé encore ; leur Passion précède le développement des membres dans lesquels ils l’ont soufferte ; ils rendent témoignage au Christ, avant même de l’avoir reconnu. O bénignité infinie, qui ne veut pas frustrer du mérite de la gloire ceux qui, pour son Nom, furent immolés, et qui ne le surent pas : en sorte que, par l’effusion de leur sang, le salut de la régénération leur est octroyé, et en même temps, leur est imputée la couronne du martyre !

Le Missel Mozarabe nous donnera la pièce suivante, pleine d’onction et d’éloquence :

IMMOLATIO MISSAE.

C’est une chose digne et juste, oui vraiment digne et juste, que nous vous rendions grâces toujours et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, principalement pour ceux dont nous célébrons aujourd’hui la Passion dans une solennité annuelle. Ce sont ceux que le satellite d’Hérode a arrachés des mamelles des mères qui les allaitaient. Ils sont appelés à bon droit fleurs des Martyrs, ceux qui, au milieu du froid de l’infidélité, ont éclaté comme les premières perles de l’Église, et sont tombés sous le vent glacé de la persécution ; dont le sang a coulé comme une source, dans la cité de Bethléhem. Ils sont enfants, car l’âge leur refusait la parole ; cependant ils firent entendre avec joie la louange du Seigneur. Ils prêchent, immolés, Celui que vivants ils ne pouvaient annoncer. Ils parlent par leur sang, quand leur langue se tait encore ; et le martyre initie à la louange ceux dont la bouche ne pouvait encore parler. Le Christ enfant envoie au ciel, avant lui, des enfants ; il transmet à son Père des gages nouveaux ; il lui consacre, pour prémices, un premier martyre d’enfants, accompli par le forfait d’Hérode. L’ennemi rend service à leurs corps, au moment même où il les immole : il les égorge, et la vie sort de cette mort ; en tombant, ils ressuscitent ; leur victoire se prouve par leur trépas.

Nous devons au Vénérable Bède la touchante et mélodieuse Hymne qui suit :

HYMNE.

Chantons l’hymne des Martyrs ; célébrons les Innocents, que la terre, avec tristesse, a vus périr, que le ciel joyeux a reçus.

Leurs Anges contemplent à jamais la face du Père céleste ; ils célèbrent le miracle de sa grâce, chantant l’hymne des Martyrs.

Un roi impie les a moissonnés ; leur Créateur les a recueillis dans sa bonté ; il les a placés avec lui dans la félicité, dans la lumière du royaume éternel.

Celui qui donne à ses élus chacun leur demeure dans la maison de son Père, leur a assigné un rang sublime : un roi impie les a moissonnés.

Enfants de deux ans et au-dessous, la fureur d’Hérode les a immolés ; d’un sang pur elle a inondé toute la contrée de Bethléhem.

La mort innocente de ces fidèles a resplendi autour du Christ ; les Anges les emportaient aux cieux, enfants de deux ans et au-dessous.

Une voix retentit dans Rama, des lamentations, un deuil immense : Rachel, baignée dans ses larmes, a pleuré ses fils.

Ils jouissent d’un triomphe éternel, eux qui ont vaincu les tourments, et sur leurs douleurs gémissante, une voix retentit dans Rama.

Ne crains rien, petit troupeau, des dents perfides du lion : le bon Pasteur te donnera les pâturages célestes.

Tu suivras, d’un pas pudique, le candide Agneau de Dieu ; des mains impies du larron, ne crains rien, petit troupeau.

Il essuiera toutes les larmes, le Père, de vos visages ; la mort ne vous nuira plus, vous êtes entrés dans les murs de la Cité de la vie.

Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans une joie immense ; le Créateur les consolera, et, sur les joues de ceux qui pleurent, il essuiera toutes les larmes.

O heureuse cité ! au sein de laquelle naît le Rédempteur : dans laquelle sont offertes au divin Enfant ces prémices des Martyrs !

Tu ne seras plus appelée petite parmi les mille cités de Juda, depuis que le Chef est né en toi, ô heureuse cité !

Sous des vêtements brillants de gloire, ils assistent maintenant autour du trône, les Innocents qui ont lavé leur tunique dans le sang vermeil de l’Agneau.

Ils gémirent, ils pleurèrent pour le royaume de l’éternelle patrie ; maintenant, pleins d’allégresse, ils louent Dieu, sous des vêtements brillants de gloire.

L’Église Grecque est abondante, comme toujours, sur la louange des saints Innocents. Nous allons extraire quelques strophes de ses Ménées.

L’impie, recherchant avec fureur le trésor caché, a immolé les jeunes Innocents ; et Rachel, inconsolable à la vue des flots de sang de l’inique massacre, et de la mort prématurée de ses enfants, contemple dans l’allégresse, au sein d’Abraham, ceux qu’elle a pleurés au plus profond de ses entrailles.

Le roi impie recherchait le Roi qui, sans connaître le temps, a voulu naître dans le temps, et ne trouvant point comment il pourrait l’immoler, il a moissonné une multitude d’enfants innocents, et, sans y penser, en a fait des Martyrs, des habitants du ciel, où ils condamnent son impiété dans les siècles des siècles.

Sitôt que tu fus né d’une Vierge, Seigneur avant les siècles, et que, par miséricorde, tu te fus fait enfant, un chœur d’enfants te fut offert, brillant par le sang du martyre, et l’âme toute rayonnante de limpide clarté ; tu leur as fait habiter les demeures éternelles ; et là ils proclament à sa honte la cruelle iniquité d’Hérode.

Rachel en pleurs se lamente sur ses fils, ainsi qu’il est écrit ; car l’impie Hérode a accompli l’Écriture en massacrant ces jeunes enfants, et inondant la Judée d’un sang innocent. La terre était rougie sous les flots du sang de ces enfants. L’Église des Gentils en est mystiquement purifiée, et ornée comme d’un vêtement. La Vérité est venue ; Dieu a apparu à ceux qui étaient assis à l’ombre de la mort, né d’une Vierge pour nous sauver.

Pendant que tout au ciel et sur la terre se réjouit en la manifestation du Roi de toutes choses, Hérode seul est attristé avec les Juifs meurtriers des Prophètes. 11 convient en effet qu’eux seuls se lamentent ; car, à partir de ce jour, ils ont cessé de régner ; désormais le règne du Seigneur est ouvert ; le Seigneur repousse l’audace des ennemis et convoque la multitude des fidèles pour contempler, avec les glorieux enfants, celui qui gît, petit enfant, dans la crèche.

L’impie et lâche Hérode, envoyant à la recherche, a moissonné le champ verdoyant en sa primeur, et ne pouvant mettre à mort le Seigneur, il demeure cou » vert de confusion.

Rachel pleure ses enfants, et un grand cri se fait entendre aujourd’hui dans Rama. Hérode impie est furieux et frémissant. Jean fuit dans les montagnes ; une caverne reçoit sa mère ; Zacharie est massacré dans le temple ; et le Christ se retire, laissant déserte la terre des Hébreux.

Les enfants furent la première hostie offerte à ton immaculée Nativité ; car Hérode voulant se saisir de toi, ô Seigneur que nul ne pourrait atteindre, il s’est trompé et t’a fourni un chœur de Martyrs ; c’est pourquoi nous te prions, ô Seigneur fait homme, de sauver nos âmes.

Les cris de votre massacre sont venus aux oreilles du Dieu des armées, glorieux Enfants ; par cette immolation, vous avez répandu votre sang, et, par la vertu du Christ nouveau-né, vous reposez au sein d’Abraham, proclamant éternellement l’odieuse iniquité d’Hérode.

Il est odieux, le massacre des enfants qu’Hérode a égorgés en sa cruelle malice ; il est vénérable, ce sacrifice des jeunes contemporains du Christ, qui les premiers ont été immolés et ont souffert avant lui. Ne pleure pas tes fils, ô Rachel ! Souviens-toi du sein d’Abraham où ils habitent tous ensemble dans la gloire et l’allégresse.



Dans cet accord sublime de toutes les Liturgies, nous admettrons celles du moyen âge des Églises Latines, en insérant cette Séquence, composition du XI° siècle, qui se trouve dans la plupart de nos anciens Missels Romains-Français.

SÉQUENCE.

Enfants, éclatez en bruyantes mélodies.

Célébrez les saints et joyeux triomphes des Innocents.

Aujourd’hui, le Christ enfant les a enlevés au ciel.

Une fureur insensée les a égorgés ;

C’est la ruse d’Hérode ; et ils ne sont coupables d’aucun crime.

Cet attentat est commis en Bethléhem,

Et ses alentours ;

Tendres enfants de deux ans et au-dessous,

Selon leur naissance.

Ce misérable roi Hérode a craint l’Empire du Christ, nouveau-né ;

Il a frémi jusqu’au fond de son âme ; et sa droite orgueilleuse a brandi le fer.

Troublé au fond de son âme, il cherche le Roi de la lumière et des cieux.

Il veut, par ses traits, exterminer Celui qui donne la vie.

Mais son cœur ténébreux ne peut contempler la resplendissante lumière qu’il poursuit ;

Il bouillonne en sa rage, il machine de cruelles fraudes, le barbare Hérode, pour perdre cet essaim de tendres enfants.

Un chef inique rassemble des cohortes de soldats ; il plonge le glaive dans ces membres délicats.

Le sang des victimes n’est pas formé encore ; c’est du lait au lieu de sang qui coule de leurs plaies, sur le sein de leurs mères.

Un ennemi dénaturé arrache les entrailles à ces enfants ; il les égorge.

Ils tombent, et leur âge si tendre n’avait point encore développé leurs forces.

Heureux ces petits corps des Innocents immolés !

Heureuses les mères qui enfantèrent de tels gages !

O aimables légions des Innocents !

O saints combats ! que livrent pour le Christ ces athlètes à la mamelle !

C’est par milliers que ces petits sont massacrés ; de leurs faibles membres, le lait coule à torrents.

Les Anges, citoyens du ciel, viennent à leur rencontre.

La petite troupe, vêtue de blanc, saisit la couronne de vie par une merveilleuse victoire.

Vous, ô Christ ! qui êtes venu réformer ce monde, nous vous supplions très dévotement :

De la gloire des Innocents, faites-nous jouir éternellement.

Amen.

Et nous aussi, bienheureux Enfants, nous rendons hommage à votre triomphe, et nous vous félicitons d’avoir été choisis pour les compagnons du Christ au berceau. Quel glorieux réveil a été le vôtre, lorsqu’après avoir passé par le glaive, vous avez connu que bientôt la lumière éblouissante de la vie éternelle allait être votre partage ! Quelle reconnaissance vous avez témoignée au Seigneur qui vous choisissait ainsi, entre tant de milliers d’autres enfants, pour honorer par votre immolation le berceau de son Fils ! La couronne a ceint votre front avant le combat ; la palme est venue d’elle-même se poser dans vos faibles mains, avant que vous eussiez pu faire un effort pour la cueillir : c’est ainsi que le Seigneur s’est montré plein de munificence, et nous a fait voir qu’il est maître de ses dons. N’était-il pas juste que la Naissance du Fils de ce souverain Roi fût marquée par quelque magnifique largesse ? Nous n’en sommes point jaloux, ô Martyrs innocents ! Nous glorifions le Seigneur qui vous a choisis, et nous applaudissons avec toute l’Église à votre inénarrable félicité.

O fleurs des Martyrs ! Permettez que nous mettions en vous notre confiance, et que nous osions vous supplier, par la récompense gratuite qui vous a été octroyée, de n’oublier pas vos frères qui combattent au milieu des hasards de ce monde de péché. Ces palmes et ces couronnes, dans lesquelles se joue votre innocence, nous les désirons aussi. Nous travaillons rudement à nous les assurer, et souvent nous nous sentons au moment de les perdre pour jamais. Le Dieu qui vous a glorifiés est aussi notre fin ; en lui seul aussi nous trouverons le repos ; priez, afin que nous arrivions jusqu’à lui.

Demandez pour nous la simplicité, l’enfance du cœur, cette naïve confiance en Dieu qui va jusqu’au bout dans l’accomplissement de ses volontés. Obtenez que nous supportions avec calme sa croix, quand il nous l’envoie ; que nous ne désirions que son bon plaisir. Au milieu du sanglant tumulte qui vint rompre votre sommeil, votre bouche enfantine souriait aux bourreaux ; vos mains semblaient se jouer avec ce glaive qui devait percer votre cœur ; vous étiez gracieux en face de la mort. Obtenez que nous aussi, nous soyons doux envers la tribulation, quand le Seigneur nous l’envoie. Qu’elle soit pour nous un martyre par la tranquillité de notre courage, par l’union de notre volonté avec celle du Maître souverain, qui n’éprouve que pour récompenser. Que les instruments dont il se sert ne nous soient point odieux ; que la charité ne s’éteigne point dans notre cœur ; et que rien n’altère cette paix sans laquelle l’âme du chrétien ne saurait plaire à Dieu.

Enfin, ô tendres agneaux immolés pour Jésus, vous qui le suivez partout où il va, parce que vous êtes purs, donnez-nous d’approcher de l’Agneau céleste qui vous conduit. Etablissez-nous en Bethléhem avec vous ; que nous ne sortions plus de ce séjour d’amour et d’innocence. Présentez-nous à Marie, votre Mère, plus tendre encore que Rachel ; dites-lui que nous sommes ses enfants, que nous sommes vos frères ; et comme elle a compati à vos douleurs d’un instant, qu’elle daigne avoir pitié de nos longues misères.

[7] Johan. XIII, 10.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Station à Saint-Paul.

La station de ce jour, à la basilique de l’Apôtre, s’inspire plutôt du concept très délicat de l’antique liturgie qui célèbre toujours les grandes solennités de ses cycles par quelque station près des tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, que de la tradition qui voulait que des reliques des saints Innocents se conservassent en ce magnifique temple. Ainsi en est-il, par exemple, dans les trois semaines précédant le Carême ; ainsi lors des scrutins baptismaux ; ainsi à Pâques, à la Pentecôte. Il devait en être de même pour Noël. Il faut aussi tenir compte du fait que cette station à Saint-Paul en ce jour, après celle du 25 décembre à Saint-Pierre, conserve le dernier souvenir d’une fête très ancienne en l’honneur des deux princes des apôtres, fête que nous attestent plusieurs calendriers et fériaux orientaux du IVe siècle.

Nous ne savons pas à quelle époque Rome accueillit les Innocents dans ses fastes liturgiques. Ils apparaissent déjà en ce jour au calendrier de Carthage (Ve-VIe siècle), et dans les Sacramentaires léonien et gélasien, alors que dans le calendrier syriaque ils sont commémorés le 23 septembre. Il est certain que la fête de Noël a appelé et attiré de bonne heure à elle celle des Innocents massacrés par Hérode, aussi à Rome cette journée était-elle marquée par le deuil et la pénitence. Les Ordines Romani prescrivent que le Pape et ses assistants revêtent les ornements violets, que les diacres et les sous-diacres prennent la paenula processionnelle, et que le Pontife couvre sa tête de la simple mitre de toile blanche. A l’office nocturne on suspendait le chant du Te Deum, à la messe celui du Gloria et de l’Alléluia, sauf le dimanche, et les fidèles s’abstenaient d’aliments gras ou assaisonnés de graisse. Au XVe siècle, la cour pontificale célébrait toutefois la fête de ce jour dans la chapelle papale, où on avait aussi l’habitude de faire un discours de circonstance ; mais, comme le déplorent les Ordines Romani XIV et XV, peu à peu la tradition disparut. De même qu’hier on voulait célébrer l’Évangéliste d’Éphèse dans la basilique de Sicininus, parmi les souvenirs du concile d’Éphèse, de même aujourd’hui, peut-être, a-t-on choisi pour commémorer les pleurs de Rachel sur ses fils, cette basilique dédiée au plus illustre rejeton de la tribu de Benjamin, afin de se retrouver, pour ainsi dire, comme dans la maison des innocentes victimes.

L’antienne de l’introït provient du psaume 8, invoqué précisément par Jésus, lorsque les princes des prêtres lui faisaient reproche d’avoir laissé les petits enfants l’acclamer dans le Temple comme le Messie ; « N’avez-vous pas lu : Des lèvres des enfants et de ceux qui sont à la mamelle vous avez tiré un hymne parfait de louange contre vos ennemis ? » On ajoute à l’antienne le même psaume 8, dont elle est tirée.

Dans la collecte, nous rappelons au Seigneur que les Innocents martyrs proclamèrent aujourd’hui sa gloire plutôt par leur mort que par leurs paroles ; c’est pourquoi nous le prions de déraciner en nous toute passion mauvaise, afin que cette foi, que notre langue confesse, soit aussi manifestée par les œuvres de notre vie. La lecture de l’Apocalypse (XVI, 1-5), où il est parlé de cent quarante-quatre mille vierges, qui chantent dans le ciel l’épithalame de l’Époux-Vierge, a donné lieu, au moyen âge, à une étrange équivoque, comme si ce nombre symbolique, qui désigne en général les douze tribus d’Israël, parmi lesquelles l’Agneau divin cueille ses lis, avait été celui des innocentes victimes de Bethlehem. Quoique le massacre ait été accompli dans toute sa rigueur dans la cité de David et tout son territoire, il est difficile d’admettre qu’il ait pu comprendre un si grand nombre d’enfants. La liturgie n’entre pour rien dans cette équivoque, produite par une interprétation trop matérielle du Texte sacré.

Ensuite vient le magnifique graduel des martyrs, tiré du psaume 123, bien digne vraiment d’appartenir au recueil des cantiques des Degrés. « Notre âme, comme un petit oiseau échappé du piège, s’est sauvée. Le lacet s’est brisé et nous avons été délivrés. Notre secours est dans le nom de Yahweh, qui fit le ciel et la terre. »

Au lieu du verset alléluiatique (« Enfants, louez le Seigneur, louez le nom de Yahweh », psaume 112) qu’on chante seulement quand la fête tombe le dimanche, on récite le psaume (Trait) 78, qui se rapporte aux massacres accomplis en Palestine avant l’époque des Macchabées. « Comme l’eau tout autour de Jérusalem, ils ont répandu le sang de vos saints, et il n’y avait personne qui les ensevelît. Vengez, Seigneur, le sang de vos serviteurs qui a été versé. »

La lecture de l’Évangile de saint Matthieu (II, 13-18) décrit la fuite de la sainte Famille en Égypte et le massacre des Innocents. Combien courte est la prudence humaine ! Alors qu’elle tente d’aller au travers des voies de Dieu, c’est le moment où elle sert davantage aux desseins de la divine Providence. Hérode veut tuer le Messie nouveau-né : il n’y réussit pas et au contraire il envoie aux Limbes, pour y annoncer sa venue, un essaim d’innocents petits enfants, tandis que le Sauveur va illuminer et bénir l’Égypte.

L’antienne de l’offertoire est identique au graduel. Les victimes de la persécution d’Hérode se sont envolées, libres, au ciel, sans même en comprendre alors la manière prodigieuse. A la parole de Dieu le filet s’est ouvert, et eux, pareils à de petits oiseaux pris au lacs, se sont envolés.

Dans la secrète nous supplions le Seigneur de ne pas nous priver de l’intercession de ses saints, qui le rendra plus propice à nos offrandes et nous attirera sa miséricorde.

Dans l’antienne de la communion (Matth., n, 18) on rappelle les pleurs de Rachel en Rama, inconsolable parce que ses fils sont emmenés en esclavage. L’Évangéliste applique en un sens typique ce verset de Jérémie au meurtre des Innocents, enlevés violemment de ce monde par un acte de cruauté bien pire que celui des destructeurs de Jérusalem.

Dans la collecte après la Communion, nous demandons au Seigneur que, ayant participé au sacrifice votif pour la fête des Innocents, leurs prières nous obtiennent le réconfort dans la vie présente et la bienheureuse éternité dans la vie future.

Nous devons regarder à la lumière de la foi ceux qui nous font du mal, leur témoignant la plus sincère gratitude. Ils sont comme des instruments entre les mains de Dieu, qui s’en sert pour accomplir directement dans notre âme ces amputations que nous n’aurions pas le courage de faire nous-mêmes.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Dans leur robe d’innocence et avec la palme du martyre à la main, ils vont au-devant du Roi.

Après la fête du martyr et celle de l’Apôtre virginal, vient celle des Martyrs innocents. Dans la semaine, nous célébrons cette fête avec la couleur violette, sans Gloria et sans Alléluia. L’Église porte le deuil avec les mères qui ont perdu leurs enfants. Mais si la fête tombe un dimanche, l’Église prend la couleur rouge du Martyre, chante le Gloria, le Te Deum, l’Alléluia, car le deuil ne se concilie pas avec le dimanche.

La fête d’aujourd’hui a un double aspect. D’un côté elle représente le point culminant des trois fêtes adjointes. Le premier jour, nous allions au-devant du Roi dans la personne d’un martyr, le second jour, en la personne de l’Apôtre vierge :, le troisième jour, en la personne de ces enfants qui sont à la fois vierges et martyrs. D’un autre côté, la pensée de Noël et de la Rédemption se continue. Originairement, ce jour n’était pas une fête de saints, mais on commémorait la fuite en Égypte.

1. Ils suivent l’Agneau. — Si nous considérons les textes liturgiques et particulièrement les répons où se manifeste le plus clairement l’esprit de la fête, nous constaterons une idéalisation des Saints-Innocents. L’Église ne s’arrête pas à la figure historique des Saints-Innocents, mais elle voit en eux des images de ces figures sublimes des élus qui ont complètement réalisé son idéal, qui sont restés vierges et ont versé leur sang pour le Christ. C’est ce qui nous fait comprendre les nombreux passages tirés de l’Apocalypse (Leçon de la messe et chants). Dans ces enfants, il faut donc voir l’idéal de la chrétienté primitive : parés de la pourpre des martyrs avec le lis blanc de la virginité, ils ouvrent la marche des privilégiés qui formeront l’escorte d’honneur de l’Agneau. Ainsi cette fête nous donne des leçons pratiques, elle contribue à nous faire appliquer, dans notre vie, les pensées de Noël.

2. Pensées de Rédemption. — La piété nouvelle ne voit dans la fête de Noël que le petit Jésus dans sa Crèche et se préoccupe peu des pensées de Rédemption. Pourtant la Crèche et la Croix vont de pair. C’est pourquoi la liturgie, même dans la joyeuse fête de Noël, laisse entendre des accents de tristesse. Ce ne sont encore que de légers accents, le jour même, à Matines : « Pourquoi les nations font-elles rage ? » (Psaume 2) et à l’Évangile de la messe « les ténèbres ne l’ont pas acceptée ». Mais cet accent s’élargit les jours suivants, dans la fête de Saint-Étienne, dans celle des Saints-Innocents et le dimanche dans l’Octave. Considérons combien de fois, pendant ces trois jours, il est question de souffrance et de persécution. A la fête des Saints-Innocents, on complote déjà la mort du “Roi des Juifs qui vient de naître », les coups n’atteignent cependant que les Saints-Innocents. Dimanche, le vieillard Siméon prophétise au sujet de l’Enfant : « Celui-ci a été établi... comme un signe de contradiction. » la fête de la Circoncision, coule, pour la première fois, le sang rédempteur. Désormais le thème de la douleur apparaîtra toujours jusqu’à ce que toute cette douleur aboutisse à la mer de souffrance du Vendredi Saint. Ceci crée la transition avec le prochain cycle festival : le prince de la lumière entre en conflit de plus en plus irréductible avec le monde, il se prépare au combat. Sur la fête de Noël, la Croix projette déjà son ombre. L’Enfant de Bethléem vient pour monter sur la Croix, et pour nous faire prendre notre croix.

3. La messe (Ex ore infantium). — L’église de Station est Saint-Paul. Dans cette église, depuis les temps reculés, on honore les corps de cinq des Saints-Innocents. Ils reposent en un endroit honorable de l’église, sous l’abside, dans un sarcophage. A l’Introït, nous entendons le chant de louange des petits martyrs, auquel nous prenons pat nous aussi (Psaume 8). Pendant que Dieu ne recevait ni du monde ni même d’Israël l’honneur qui lui est dû, les petits martyrs lui offrirent, dans leurs berceaux, le plus bel hommage L’Oraison contient une pensée liturgique profonde : « Non par des paroles mais par leur mort ». La liturgie consiste moins en paroles qu’en actes ou plutôt ce sont des paroles qui deviennent des actes. De même nous devons être chrétiens non en paroles mais en actes. Le principal c’est l’acte du sacrifice, les sentiments et les pensées ne suffisent pas.

La leçon nous met devant les yeux l’image du mystère, une représentation de l’Office divin du ciel : l’Agneau de Dieu comme tué repose sur l’autel et, autour de Lui, se tiennent les 144.000 âmes pures, les premiers-nés de Dieu. C’est la véritable image de la messe. En union avec cette troupe choisie, nous recevons aujourd’hui la Sainte Eucharistie. L’Évangile nous fait entendre un accent amer au milieu de la paix de Noël. C’est la réalisation de ce que nous avons entendu à la troisième messe : « Il est venu dans sa propriété et les siens ne l’ont pas reçu. » Le Rédempteur doit s’enfuir en Égypte d’où il a jadis tiré son peuple. Tout le caractère tragique de la Rédemption, par rapport au peuple juif apparaît dans cet épisode. Dans les autres chants, on nous montre les Saints-Innocents parlant du haut du ciel. Ils se réjouissent d’avoir, comme des petits oiseaux, échappé aux filets de l’oiseleur Hérode et de jouir de l’éternelle félicité. Il est plus difficile de comprendre tes sentiments de la Communion qui chante les « pleurs et les gémissements » de Rachel. Mais justement il faut voir là la vie dramatique de la liturgie qui, même dans le moment le plus solennel, continue son action.

4. Les Heures de la fête. — Nous avons une belle homélie de saint Augustin aux Matines d’aujourd’hui : « Mes très chers frères, nous célébrons le jour natal de ces petits enfants dont l’Évangile nous raconte qu’ils furent assassinés, victimes de la cruauté inouïe du roi Hérode. Que la terre se réjouisse donc et que l’Église tressaille, elle la Mère féconde de tant de soldats célestes et de si magnifiques vertus. Voyez, cet ennemi impie aurait été moins utile à ces petits enfants par les voluptés les plus raffinées qu’il ne l’a été par sa haine... Mais à bon droit nous célébrons la naissance de ces enfants que le monde a enfantés pour une vie éternellement heureuse plutôt que le sein de leur mère ne les a fait naître pour la terre ; car ils ont reçu la grâce de la vie éternelle avant d’avoir reçu l’usage de la vie présente. La mort précieuse des autres martyrs mérite une haute louange, à cause de la confession publique ; la mort de ces petits est précieuse aux yeux de Dieu à cause de l’accomplissement sitôt atteint. Car dès le premier commencement de leur vie ils sont moissonnés. La fin de la vie présente signifie pour eux le commencement de la gloire. Ainsi donc ces enfants que l’impiété d’Hérode arracha du sein de leur mère sont appelés avec raison les fleurs des martyrs, car ces premiers boutons que l’Église effeuillât, « ont été, en plein hiver, cueillis prématurément par le vent glacé de la persécution. »



« (…) Voilà donc que des milliers de pierres précieuses viennent s'attacher à la couronne de cet Enfant qui naît pour rajeunir la vieillesse d'un monde devenu caduc. Avant d'être fixés à l'auréole du Sauveur, les diamants de Bethléem, les petits innocents avaient été arrachés des mamelles de leurs mères. Le glaive du cruel persécuteur ayant abattu ces précoces et tendres fleurs, celui qui distribue les couronnes en avait fait une couronne pour orner son diadème, et leurs tiges devaient d'autant mieux briller sur son front, qu'elles étaient de couleur pourpre. C'étaient des lis, en raison de leur innocence; ils sont devenus des roses, parce qu'ils ont été teints dans leur sang. C'étaient des pépites d'or sorties des riches entrailles de leurs mères; ils sont devenus des lingots aux mains des anges, en attendant l'heure de leur incrustation dans la couronne du Premier-né. Le sein maternel est la mine où on les a séparés d'avec la terre, pour en faire des martyrs précieux. Bienheureuses mères ! Elles ont acquis du prix, elles ont brillé comme des mines d'or, puisqu'elles ont enfanté au Christ des martyrs. De même que les mines d'or sont placées sous la sauvegarde du fisc, de même elles jouissent du repos, sous l'oeil protecteur des anges : dès lors que leurs enfants ont subi le martyre, elles ont donné au Sauveur des pépites d'or ; aussi sont-elles placées sous la double sauvegarde de la grandeur de leurs fils et de leur propre sécurité. D'autre part, les hommes, condamnés à creuser les mines d'or, sont coupables, puisqu'ils sont condamnés ; c'est pourquoi les satellites d'Hérode sont déjà condamnés au jugement du Christ, il est, toutefois, bon de le remarquer : les criminels condamnés à l'extraction de l'or dans les mines sont seuls coupables; ainsi en a-t-il été des serviteurs d'Hérode : ils fouillaient en quelque sorte des mines d'or, et en extrayaient des sortes de pépites qui étaient les innocents, et tandis que les bourreaux devenaient noirs, ces petits enfants brillaient d'un vif éclat ; car, sous le glaive, ils étaient purs de toute faute. A leur exemple, tous ceux qui rendent témoignage au Christ naissant et se manifestant ont tout espoir de recevoir dans le royaume des cieux la couronne immortelle ».

Extrait du 39ème Sermon de Saint Augustin pour l’Epiphanie du Sauveur



Saint Quodvultdeus de Carthage (437 à 453): « Enfants martyrisés par Hérode et témoins du Christ »


Sermon 2 ; PL 40, 655 (trad. Orval)

Pourquoi as-tu peur, Hérode, d’entendre qu’un roi est né ? Il n’est pas venu pour te détrôner mais pour vaincre le démon. Mais toi, tu ne le comprends pas, et tu prends peur et tu entres en fureur. Pour perdre le seul enfant que tu recherches, tu deviens le cruel assassin d’un grand nombre. Ni l’amour des mères en larmes, ni le deuil des pères pleurant leurs fils, ni les cris et les gémissements des enfants ne te retiennent. Tu massacres ces petits dans leurs corps parce que la peur te tue en ton cœur. Et tu penses que, si tu arrives à tes fins, tu pourras vivre longtemps, alors que c’est la vie elle-même que tu cherches à tuer. Celui qui est la source de la grâce, à la fois petit et grand, qui est couché dans une crèche, fait trembler ton trône. Il réalise son dessein par toi mais à ton insu. Il accueille les enfants de ses ennemis et en fait ses enfants d’adoption.

Ces petits meurent pour le Christ sans le savoir ; leurs parents pleurent la mort de martyrs. Alors qu’ils ne savaient pas encore parler, le Christ les rend capables d’être ses témoins. Voilà comment règne ce Roi. Déjà il opère la libération et donne le salut. Mais toi, Hérode, tu ignores tout cela ; tu prends peur et tu entres en fureur. Et quand tu t’irrites contre un petit enfant, tu te mets déjà à son service sans le savoir.

Qu’il est grand le don de la grâce ! Par quels mérites ces enfants ont-ils gagné la victoire ? Ils ne parlent pas encore, et déjà ils confessent le Christ. Leurs corps sont encore incapables d’engager le combat, et déjà ils remportent les palmes de la victoire.

SOURCE : http://orthodoxesantiochenice.com/2009/12/29/saint-quodvultdeus-de-carthage-437-a-453-enfants-martyrises-par-herode-et-temoins-du-christ/



Holy Innocents

The children mentioned in St. Matthew 2:16-18:


Herod perceiving that he was deluded by the wise men, was exceeding angry; and sending killed all the men children that were in Bethlehem, and in all the borders thereof, from two years old and under, according to the time which he had diligently inquired of the wise men. Then was fulfilled that which was spoken by Jeremias the prophet, saying: A voice in Rama was heard, lamentation and great mourning; Rachel bewailing her children, and would not be comforted, because they are not.

The Greek Liturgy asserts that Herod killed 14,000 boys (ton hagion id chiliadon Nepion), the Syrians speak of 64,000, many medieval authors of 144,000, according to Apocalypse 14:3. Modern writers reduce the number considerably, since Bethlehem was a rather small town. Knabenbauer brings it down to fifteen or twenty (Evang. S. Matt., I, 104), Bisping to ten or twelve (Evang. S. Matt.), Kellner to about six (Christus and seine Apostel, Freiburg, 1908); cf. "Anzeiger kath. Geistlichk. Deutschl.", 15 Febr., 1909, p. 32. This cruel deed of Herod is not mentioned by the Jewish historian Flavius Josephus, although he relates quite a number of atrocities committed by the king during the last years of his reign. The number of these children was so small that this crime appeared insignificant amongst the other misdeeds of Herod. Macrobius (Saturn., IV, xiv, de Augusto et jocis ejus) relates that when Augustus heard that amongst the boys of two years and under Herod's own son also had been massacred, he said: "It is better to be Herod's hog [ous], than his son [houios]," alluding to the Jewish law of not eating, and consequently not killing, swine. The Middle Ages gave faith to this story; Abelard inserted it in his hymn for the feast of Holy Innocents:


Ad mandatum regis datum generale
nec ipsius infans tutus est a caede.
Ad Augustum hoc delatum risum movit,
et rex mitis de immiti digne lusit:
malum, inquit, est Herodis esse natum. 
prodest magis talis regis esse porcum.

(Dreves, "Petri Abaelardi Hymnarius Paracletensis", Paris, 1891, pp. 224, 274.)

But this "infant" mentioned by Macrobius, is Antipater, the adult son of Herod, who, by command of the dying king was decapitated for having conspired against the life of his father.

It is impossible to determine the day or the year of the death of the Holy Innocents, since the chronology of the birth of Christ and the subsequent Biblical events is most uncertain. All we know is that the infants were slaughtered within two years following the apparition of the star to the Wise Men (Belser, in the Tübingen "Quartalschrift", 1890, p. 361). The Church venerates these children as martyrs (flores martyrum); they are the first buds of the Church killed by the frost of persecution; they died not only for Christ, but in his stead (St. Aug., "Sermo 10us de sanctis"). In connection with them the Apostle recalls the words of the Prophet Jeremias (xxxi, 15) speaking of the lamentation of Rachel. At Rama is the tomb of Rachel, representative of the ancestresses of Israel. There the remnants of the nation were gathered to be led into captivity. As Rachel, after the fall of Jerusalem, from her tomb wept for the sons of Ephraim, so she now weeps again for the men children of Bethlehem. The ruin of her people, led away to Babylon, is only a type of the ruin which menaces her children now, when the Messias is to be murdered and is compelled to flee from the midst of His own nation to escape from the sword of the apparitor. The lamentation of Rachel after the fall of Jerusalem receives its eminent completion at the sight of the downfall of her people, ushered in by the slaughter of her children and the banishment of the Messias.

The Latin Church instituted the feast of the Holy Innocents at a date now unknown, not before the end of the fourth and not later than the end of the fifth century. It is, with the feasts of St. Stephen and St. John, first found in the Leonine Sacramentary, dating from about 485. To the Philocalian Calendar of 354 it is unknown. The Latins keep it on 28 December, the Greeks on 29 December, the Syrians and Chaldeans on 27 December. These dates have nothing to do with the chronological order of the event; the feast is kept within the octave of Christmas because the Holy Innocents gave their life for the newborn Saviour. Stephen the first martyr (martyr by will, love, and blood), John, the Disciple of Love (martyr by will and love), and these first flowers of the Church (martyrs by blood alone) accompany the Holy Child Jesus entering this world on Christmas day. Only the Church of Rome applies the word Innocentes to these children; in other Latin countries they are called simply Infantes and the feast had the title "Allisio infantium" (Brev. Goth.), "Natale infantum", or "Necatio infantum". The Armenians keep it on Monday after the Second Sunday after Pentecost (Armenian Menology, 11 May), because they believe the Holy Innocents were killed fifteen weeks after the birth of Christ.

In the Roman Breviary the feast was only a semi-double (in other breviaries a minor double) up to the time of Pius V, who, in his new Breviary (1568), raised it to a double of the second class with an octave (G. Schober, "Expl. rit. brev. rom.", 1891, p. 38). He also introduced the two hymns "Salvete flores martyrum" and "Audit tyrannus anxius", which are fragments of the Epiphany hymn of Prudentius. Before Pius V the Church of Rome sang the Christmas hymns on the feast of the Holy Innocents. The proper preface of the Gelasian Sacramentary for this feast is still found in the Ambrosian Missal. We possess a lengthy hymn in honour of the Holy Innocents from the pen of the Venerable Bede, "Hymnum canentes martyrum" (Dreves, "Analecta hymnica") and a sequence composed by Notker, "Laus tibi Christe", but most Churches at Mass used the "Clesa pueri concrepant melodia" (Kehrein, "Sequenzen", 1873, p. 348). At Bethlehem the feast is a Holy Day of obligation. The liturgical colour of the Roman Church is purple, not red, because these children were martyred at a time when they could not attain the beatific vision. But of compassion, as it were, towards the weeping mothers of Bethlehem, the Church omits at Mass both the Gloria and Alleluia; this custom, however, was unknown in the Churches of France and Germany. On the octave day, and also when the feast falls on a Sunday, the Roman Liturgy, prescribes the red colour, the Gloria, and the Alleluia. In England the feast was called "Childermas".

The Roman Station of 28 December is at St. Paul's Outside the Walls, because that church is believed to possess the bodies of several of the Holy Innocents. A portion of these relics was transferred by Sixtus V to Santa Maria Maggiore (feast on 5 May; it is a semi-double). The church of St. Justina at Padua, the cathedrals of Lisbon and Milan, and other churches also preserve bodies which they claim to be those of some of the Holy Innocents. In many churches in EnglandGermany, and France on the feast of St. Nicholas (6 December) a boy-bishop was elected, who officiated on the feast of St. Nicholas and of the Holy Innocents. He wore a mitre and other pontifical insignia, sang the collect, preached, and gave the blessing. He sat in the bishop's chair whilst the choir-boys sang in the stalls of the canons. They directed the choir on these two days and had their solemn procession (Schmidt, "Thesaurus jur eccl.", III, 67 sqq.; Kirchenlex., IV, 1400; P.L., CXLVII, 135).

Sources

HELMLING IN Kirchenlex., XII, 369-71; NILLES, Kal. man. utriusque eccl. (Innsbruck, 1897); TONDINI, Calendrier de la nation armenienne (Rome, 1906); HAMPSON, Calendarium medii aevi (London, 1857); HOEYNCK, Augsburger Liturgie (Augsburg, 1889); ROCK, Church of Our Fathers (London, 1905).


Holweck, Frederick. "Holy Innocents." The Catholic Encyclopedia. Vol. 7. New York: Robert Appleton Company, 1910. 28 Dec. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/07419a.htm>.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/07419a.htm



Feast of the Holy Innocents

Herod “the Great,” king of Judea, was unpopular with his people because of his connections with the Romans and his religious indifference. Hence he was insecure and fearful of any threat to his throne. He was a master politician and a tyrant capable of extreme brutality. He killed his wife, his brother and his sister’s two husbands, to name only a few.

Matthew 2:1-18 tells this story: Herod was “greatly troubled” when astrologers from the east came asking the whereabouts of “the newborn king of the Jews,” whose star they had seen. They were told that the Jewish Scriptures named Bethlehem as the place where the Messiah would be born. Herod cunningly told them to report back to him so that he could also “do him homage.” They found Jesus, offered him their gifts and, warned by an angel, avoided Herod on their way home. Jesus escaped to Egypt.

Herod became furious and “ordered the massacre of all the boys in Bethlehem and its vicinity two years old and under.” The horror of the massacre and the devastation of the mothers and fathers led Matthew to quote Jeremiah: “A voice was heard in Ramah,/sobbing and loud lamentation;/Rachel weeping for her children…” (Matthew 2:18). Rachel was the wife of Jacob/Israel. She is pictured as weeping at the place where the Israelites were herded together by the conquering Assyrians for their march into captivity.

The Holy Innocents are few, in comparison to the genocide and abortion of our day. But even if there had been only one, we recognize the greatest treasure God put on the earth—a human person, destined for eternity and graced by Jesus’ death and resurrection.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/holy-innocents/



Holy Innocents MM (RM)

1st century; feast day in the Eastern Church is December 29.



"O martyrs, young and fresh as flowers,
Your day was in its morning hours
When Christ was sought and your were found
Like rain-strewn petals on the ground."


--Prudentius, Salvete, flores martyrum

Herod the son of Antipater was designated procurator of Judea by Julius Caesar and king under Augustus Caesar. He ruled from 47 BC to 2 AD, and was therefore king when Jesus was born.

Herod assumed the title 'the Great.' Yet his was fanatically determined to stamp out any messianic threat to his throne. When he learned from the three Magi who had come to worship the infant Jesus that 'a ruler shall come from Bethlehem who will govern my people Israel,' he decided to kill the child. The Magi, warned in a dream not to tell Herod where to find Jesus, returned to the East by a different way (Matt. 2:1-12). In his rage King Herod decreed that every male child under two years old in Bethlehem and that region should be killed (Matt. 2:16-18).

Only because Joseph had been warned by a dream that this would happen and accordingly fled with his wife and Jesus to Egypt was the Savior spared (Matt. 2:13-15). The other innocent children were put to the sword. This is one of the seven sorrows of Mary: to realize the hatred others would have of her Son and Lord; to understand that saving her own baby led to the death of others.

The Holy Innocents were of the same land and same age as the little Jesus, nearly 18 months. Some were walking, their legs too far apart. They were beginning to say papa and mama. They were beautiful--each one more beautiful than the other. It was the flower of Bethlehem, these children who already were making their mothers smile.

The number killed under Herod's order has often been exaggerated. Commentators has estimated that there were perhaps between six and 25 male children under the age of two who would have been found around Bethlehem at that time. Yet Herod's savagery has become a deep historical memory. He later had his own son murdered, so that Augustus Caesar allegedly said, "Better to be Herod's pig than Herod's son."

It is the custom in Bethlehem for Christian children to gather in the church of the Nativity every afternoon and sing a hymn in memory of the 'flowers of martyrdom,' who bore witness to the Messiah whom they did not know. The feast of the Holy Innocents has been kept in the West from the 4th century: They are considered to be martyrs because they not only died for Christ but instead of Christ. In Jerome's martyrology they are called "the holy babes and sucklings"; in the Calendar of Carthage, simply "the infants." Their relics are claimed by English and French churches.
In this feast the Church honors all who die in a state of innocence and consoles parents of dead children with the conviction that these also will share the glory of the infant companions of Jesus (Attwater, Bentley, Encyclopedia, Farmer).



SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1228.shtml

The Holy Innocents

Matthew, xi. 16

OUR Divine Redeemer was persecuted by the world as soon as he made his appearance in it; for he was no sooner born than it declared war against him. We cannot expect to be better treated than our great Master was before us. He himself bids us remember that if it hated him first, it will likewise hate us, though we have more reason to fear its flatteries and smiles than its rage. The first make a much more dangerous and more violent assault upon our hearts. Herod, in persecuting Christ, was an emblem of Satan and of the world. That ambitious and jealous prince had already sacrificed to his fears and suspicions the most illustrious part of his council, his virtuous wife Mariamne, with her mother Alexandra, the two sons he had by her, and the heirs to his crown, and all his best friends. Hearing from the magians who were come from distant countries to find and adore Christ, that the Messias, or spiritual king of the Jews, foretold by the prophets, was born among them, he trembled lest he was come to take his temporal kingdom from him. So far are the thoughts of carnal and worldly men from the ways of God; and so strangely do violent passions blind and alarm them. The tyrant was disturbed beyond measure, and resolved to take away the life of this child, as if he could have defeated the decrees of heaven. He had recourse to his usual arts of policy and dissimulation, and hoped to receive intelligence of the child by feigning a desire himself to adore him; but God laughed at the folly of his short-sighted prudence, and admonished the magians not to return to him. St. Joseph was likewise ordered by an angel to take the child and his mother, and to fly into Egypt. Is our Blessed Redeemer, the Lord of the universe, to be banished as soon as born! What did not he suffer! What did not his pious parents suffer on his account in so tedious and long a journey, and during a long abode in Egypt, where they were entirely strangers, and destitute of all succour under the hardships of extreme poverty! It is an ancient tradition of the Greeks mentioned by Sozomen, 1 St. Athanasius, 2 and others, that at his entrance into Egypt all the idols of that kingdom fell to the ground, which literally verified the prediction of the prophet Isaiah. 3 Mary and Joseph were not informed by the angel how long their exile would be continued; by which we are taught to leave all to divine providence, acquiescing with confidence and simplicity in the adorable and ever holy will of Him who disposes all things in infinite goodness, sanctity, and wisdom.

Herod, finding that he had been deluded by the magians, was transported with rage and anxious fears. To execute his scheme of killing the Messias, the desired of all nations and the expectation of Israel, he formed the bloody resolution of murdering all the male children in Bethlehem and the neighbouring territory which were not above two years of age. In this example we admire how blind and how furious the passion of ambition is. Soldiers are forthwith sent to execute these cruel orders, who, on a sudden, surrounded the town of Bethlehem, and massacred all the male children in that and the adjacent towns and villages, who had been born in the two last years. This more than brutish barbarity, which would almost have surpassed belief, had not Herod been the contriver, and ambition the incentive, was accompanied with such shrieks of mothers and children, that St. Matthew applies to it a prophecy of Jeremiah, which may be understood in part to relate more immediately to the Babylonish captivity, but which certainly received the most eminent completion at this time. A voice in Rama was heard, lamentation and great mourning: Rachel bewailing her children, and would not be comforted, because they are not. Rama is a village not far from this town, and the sepulchre of Rachel was in a field belonging to it. The slaughter also was probably extended into the neighbouring tribe of Benjamin, which descended from Rachel. The Ethiopians in their liturgy, and the Greeks in their calendar, count fourteen thousand children massacred on this occasion; but that number exceeds all bounds, nor is it confirmed by any authority of weight. Innocent victims became the spotless Lamb of God; and how great a happiness was such a death to these glorious martyrs! They deserved to die for Christ, though they were not yet able to know or invoke his name. They were the flowers and the first fruits of his martyrs, and triumphed over the world, without having ever known it, or experienced its dangers. They just received the benefit of life, to make a sacrifice of it to God, and to purchase by it eternal life. Almost at the same time they began to live and to die; they received the fresh air of this mortal life forthwith to pass to immortality; and it was their peculiar glory not only to die for the sake of Christ, and for justice and virtue, but also in the place of Christ, or in his stead. How few perhaps of these children, if they had lived, would have escaped the dangers of the world, which, by its maxims and example, bear everything down before it like an impetuous torrent! What snares, what sins, what miseries were they preserved from by this grace! With what songs of praise and love do they not to all eternity thank their Saviour, and this his infinite mercy to them! Their ignorant foolish mothers did not know this, and therefore they wept without comfort. So we often lament as misfortunes many accidents which in the designs of heaven are the greatest mercies.

In Herod we see how blind and how cruel ambition is, which is ready to sacrifice every thing, even Jesus Christ, to its views. The tyrant lived not many days longer to enjoy the kingdom which he feared so much to lose. 4 About the time of our Lord’s nativity he fell sick, and as his distemper sensibly increased, despair and remorse followed him, and made him insupportable both to himself and others. The innumerable crimes which he had committed were the tortures of his mind, whilst a slow imposthume, inch by inch, gnawed and consumed his bowels, feeding principally upon one of the great guts, though it extended itself over all the rest, and, corroding the flesh, made a breach in the lower belly, and became a sordid ulcer, out of which worms issued in swarms, and lice were also bred in his flesh. A fever violently burnt him within, though outwardly it was scarcely perceptible; and he was tormented with a canine appetite, which no victuals could satisfy. Such an offensive smell exhaled from his body, as shocked his best friends; and uncommon twitchings and vellications upon the fibrous and membraneous parts of his body, like sharp razors, cut and wounded him within; and the pain thence arising overpowered him, at length, with cold sweats, tremblings, and convulsions. Antipater in his dungeon, hearing in what a lamentable condition Herod lay, strongly solicited his jailer to set him at liberty, hoping to obtain the crown; but the officer acquainted Herod with the whole affair. The tyrant groaning under the complication of his own distempers, upon this information, vented his spleen by raving and beating his own head, and calling one of his guards, commanded him to go that instant and cut off Antipater’s head. Not content with causing many to be put to barbarous deaths during the course of his malady, he commanded the Jews that were of the principal rank and quality to be shut up in a circus at Jericho, and gave orders to his sister Salome and her husband Alexas to have them all massacred as soon as he should have expired, saying, that as the Jews heartily hated him, they would rejoice at his departure; but he would make a general mourning of the whole nation at his death. 5 This circumstance is at least related by the Jewish historian Josephus. Herod died five days after he had put his son Antipater to death. Macrobius, a heathen writer of the fifth century, relates, 6 that Augustus, “when he heard that, among the children which Herod had commanded to be slain under two years old, his own son had been massacred, said: ‘It is better to be Herod’s hog than his son.’” By this he alluded to the Jewish law of not eating, and consequently not killing swine. Probably the historian imagined the son to have been slain amongst the children, because the news of both massacres reached Rome about the same time.

Parents, pastors, and tutors are bound to make it their principal care, that children, in their innocent age, be by piety and charity consecrated as pure holocausts to God. This is chiefly to be done by imprinting upon their minds the strongest sentiments of devotion, and by instructing them thoroughly in their catechism. We cannot entertain too high an idea of the merit and obligation of teaching God’s little ones to know him, and the great and necessary truths which he has revealed to us. Without knowing him no one can love him, or acquit himself of the most indispensable duties which he owes to his Creator. Children must be instructed in prayer and the principal articles of faith as soon as they attain to the use of reason, that they may be able to give him his first fruits by faith, hope, and love, as by the law of reason and religion they are bound to do. The understanding of little children is very weak, and is able only to discover small glimpses of light. Great art, experience, and earnestness are often required to manage and gradually increase these small rays, and to place therein whatever one would have the children comprehend. The lessons must be very short, and the truths which are taught made sensible when possible, by examples, images, and comparisons, adapted to the capacities of those that are to be instructed. The catechist, without demeaning himself, must become a little one with those that are little. This he must do with suitable gravity and seriousness; and it is only by his own earnestness and application that he can make them attentive and earnest. Were he at the same time to joke, or attend to, or be employed in any other thing, he would in vain recommend seriousness and attention to those that hear him. O how great ought to be the zeal of children and others to attend to that saving doctrine, without which man is a riddle to himself, and no one can attain to salvation and the love of God! That sublime science which the only begotten Son, who is in the bosom of the Father, came from heaven 7 to declare to us. The queen of the South came from the bounds of the earth to hear the wisdom of Solomon: behold more than Solomon is here? 8 When the Athenians had forbidden any citizen of Megara to set foot in Athens under pain of death, one Euclides, an inhabitant of Megara, went disguised many miles in the night to assist at the lectures of Socrates the next morning, and returned the night following; and this he continued to do a long time with the hazard of his life. 9 If such was the earnestness of this heathen to learn a profane philosophy, with what zeal ought a Christian to study the true and sublime science of faith, which leads to eternal life! The most ardent desire of this instruction is the surest mark of true virtue, and of that vehement hunger and thirst of God’s just and holy love, which is the very soul of sincere piety.

The solicitude and diligence of parents and pastors to instruct others in this sacred science, ought not to lessen; neither must any one regard the function as mean or contemptible. It is the very foundation of the Christian religion. By this function the seeds of piety and religion are planted in the hearts of the faithful, which produce their fruit according to the manner in which they are received. A good catechist contributes more towards maintaining public peace, than all the laws and magistrates; as inferior ties of duty are far more binding than coercive force. Hence Pope Paul III. in a bull in which he recommends this employment, declares that “nothing is more fruitful or more profitable for the salvation of souls.” No pastoral function is more indispensable, none more beneficial, and generally none more meritorious; we may add, or more sublime. For under a meaner exterior appearance, without pomp, ostentation, or show of learning or abilities, it joins the exercise of humility with the most zealous and most profitable function of the pastoral charge. Being painful and laborious, it is, moreover, an exercise of patience and penance. Neither can any one think it beneath his parts or dignity. The great St. Austin, St. Chrysostom, St. Cyril, and other most learned doctors, popes, and bishops, applied themselves with singular zeal and assiduity to this duty of catechising children and all ignorant persons; this they thought a high branch of their duty, and the most useful and glorious employment of their learning and talents. What did the apostles travel over the world to do else? St. Paul said: I am a debtor to the wise and to the unwise. 10 We became little ones in the midst of you, as if a nurse would cherish her children; so desirous of you, that we would gladly have imparted to you not only the gospel of God, but even our own souls. 11 Our Divine Lord himself made this the principal employment of his ministry. The spirit of the Lord is upon me: he hath sent me to preach the gospel to the poor. 12 He declared the pleasure he found in assisting that innocent age, when he said: Suffer little children to come unto me, for the kingdom of God is for such. And embracing them, and laying his hands upon them he blessed them. 13 John Gerson, the most pious and celebrated chancellor of Paris, esteemed an oracle for his learning, testified his zeal for this sacred function by his book entitled, On drawing Little Ones to Christ. All his life he employed a considerable part of his time in teaching little children their catechism. Upon his return from the general council of Constance, he retired to the city of Lyons, where he every day assembled the children in St. Paul’s church, and taught them the Christian doctrine, till he was confined to his bed by his last illness. When he drew near his death, he caused all the little children to be called together into the church, and there to repeat with one voice: “My God, my Creator, have mercy on thy poor servant, John Gerson.” 14

Note 1. Sozomen, l. 5, c. 21, p. 213, ed. Cantabar. per Reading. [back]

Note 2. S. Athan. l. de Incarn. Verbi. Calmet, Vie de Jesus C. c. 7, p. 21. [back]

Note 3. Isaiah xix. 1. [back]

Note 4. Antipater, whom Herod had by his wife Doris, and who had, by wicked artifices, engaged his father to put to death his two sons, Alexander and Aristobulus, (the two last princes of the Asmonean family by their mother Mariamne,) formed a conspiracy against the life of his father. Of this crime he was convicted before Quintilius Varus, who had succeeded Saturninus in the government of Syria, and whom Herod had entreated to preside in this trial at Jerusalem. [back]

Note 5. Jos. Ant. l. 17, c. 7. [back]

Note 6. Macrob. Saturn. l. 2, c. 4. [back]

Note 7. John i. 18. [back]

Note 8. Matt. xii. 42. [back]

Note 9. Aul. Gell. Noct. Attic. l. 6, c. 10. [back]

Note 10. Rom. i. 14. [back]

Note 11. 1 Thess. ii. 7, 8. [back]

Note 12. Luke iv. 18. [back]

Note 13. Mark x. 14, 16. [back]

Note 14. Vita Gerson. t. 1, op. p. 169. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XII: December. The Lives of the Saints.  1866. 

Voir aussi :
http://www.evangelium-vitae.org/actualite/1876/sermon-de-la-messe-en-l-honneur-des-saints-innocents-st-bernard.htm

http://stmaterne.blogspot.ca/2006/08/avortement-et-prire-de-leglise-un.html