vendredi 21 décembre 2012

Saint THOMAS (DIDYME), APÔTRE


Saint Thomas

Apôtre

(Ier siècle)

Saint Thomas

Saint Thomas était probablement originaire d'une pauvre famille de Galilée. Il était dépourvu de connaissances humaines, mais d'un esprit réfléchi et d'une volonté ferme jusqu'à l'obstination; d'autre part, il avait du coeur et du dévouement. Ces deux caractères de sa physionomie paraissent en deux paroles que l'Évangile cite de lui. Peu avant Sa Passion, Jésus veut retourner en Judée; les Apôtres Lui rappellent les menaces de Ses ennemis. Thomas seul s'écrie: "Eh bien! Allons et mourons avec lui!" Voilà le dévouement du coeur de l'Apôtre.

Après Sa résurrection, le Sauveur était apparu à plusieurs de Ses disciples, en l'absence de Thomas. Quand, à son retour, on lui raconta cette apparition, il fut si étonné d'une telle merveille, qu'il en douta et dit vivement: "Je ne le croirai pas avant d'avoir mis mes doigts dans Ses plaies." Voilà le second caractère de Thomas, esprit trop raisonneur. Mais son premier mouvement d'hésitation, en chose si grave, ne fut pas un crime et le bon Sauveur répondit à son défi. Que fit alors Thomas? Nous le savons; un cri du coeur s'échappa de ses lèvres: "Mon Seigneur et mon Dieu!" Dieu permit l'hésitation de cet Apôtre pour donner aux esprits difficiles une preuve de plus en faveur de la résurrection de Jésus-Christ. Saint Augustin attribue à saint Thomas, parmi les douze articles du Symbole, celui qui concerna la Résurrection.

Quand les Apôtres se partagèrent le monde, les pays des Parthes et des Perses et les Indes furent le vaste lot de son apostolat. La tradition prétend qu'il rencontra les mages, les premiers adorateurs de Jésus parmi les Gentils, qu'il les instruisit, leur donna le Baptême et les associa à son ministère. Partout, sur son passage, l'Apôtre établissait des chrétientés, ordonnait des prêtres, consacrait des évêques.

Quand au XIVe siècle, les Européens s'emparèrent des Indes orientales, ils trouvèrent dans les traditions des peuples de ce vaste pays des souvenirs chrétiens, et en particulier celui de saint Thomas. Un miracle de l'Apôtre, traînant avec un faible lien une poutre énorme que les éléphants n'avaient pu remuer, fut l'occasion d'innombrables conversions. Cependant les prêtres des faux dieux, jaloux de tant de succès, jurèrent la mort de l'Apôtre; il fut percé d'une lance devant une Croix où il priait.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950




BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 27 septembre 2006

Thomas

Chers frères et soeurs,

Poursuivant nos rencontres avec les douze Apôtres choisis directement par Jésus, nous consacrons aujourd'hui notre attention à Thomas. Toujours présent dans les quatre listes établies par le Nouveau Testament, il est placé dans les trois premiers Evangiles, à côté de Matthieu (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 15), alors que dans les Actes, il se trouve près de Philippe (cf. Ac 1, 13). Son nom dérive d'une racine juive, ta'am, qui signifie "apparié, jumeau". En effet, l'Evangile de Jean l'appelle plusieurs fois par le surnom de "Didyme" (cf. Jn 11, 16; 20, 24; 21, 2), qui, en grec, signifie précisément "jumeau". La raison de cette dénomination n'est pas claire.

Le Quatrième Evangile, en particulier, nous offre plusieurs informations qui décrivent certains traits significatifs de sa personnalité. La première concerne l'exhortation qu'il fit aux autres Apôtres lorsque Jésus, à un moment critique de sa vie, décida de se rendre à Béthanie pour ressusciter Lazare, s'approchant ainsi dangereusement de Jérusalem (cf. Mc 10, 32). A cette occasion, Thomas dit à ses condisciples: "Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui!" (Jn 11, 16). Sa détermination à suivre le Maître est véritablement exemplaire et nous offre un précieux enseignement: elle révèle la totale disponibilité à suivre Jésus, jusqu'à identifier son propre destin avec le sien et à vouloir partager avec Lui l'épreuve suprême de la mort. En effet, le plus important est de ne jamais se détacher de Jésus. D'ailleurs, lorsque les Evangiles utilisent le verbe "suivre" c'est pour signifier que là où Il se dirige, son disciple doit également se rendre. De cette manière, la vie chrétienne est définie comme une vie avec Jésus Christ, une vie à passer avec Lui. Saint Paul écrit quelque chose de semblable, lorsqu'il rassure les chrétiens de Corinthe de la façon suivante: "Vous êtes dans nos coeurs à la vie et à la mort" (2 Co 7, 3). Ce qui a lieu entre l'Apôtre et ses chrétiens doit, bien sûr, valoir tout d'abord pour la relation entre les chrétiens et Jésus lui-même: mourir ensemble, vivre ensemble, être dans son coeur comme Il est dans le nôtre.

Une deuxième intervention de Thomas apparaît lors de la Dernière Cène. A cette occasion, Jésus, prédisant son départ imminent, annonce qu'il va préparer une place à ses disciples pour qu'ils aillent eux aussi là où il se trouve; et il leur précise: "Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin" (Jn 14, 4). C'est alors que Thomas intervient en disant: "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin?" (Jn 14, 5). En réalité, avec cette phrase, il révèle un niveau de compréhension plutôt bas; mais ses paroles fournissent à Jésus l'occasion de prononcer la célèbre définition: "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6). C'est donc tout d'abord à Thomas que cette révélation est faite, mais elle vaut pour nous tous et pour tous les temps. Chaque fois que nous entendons ou que nous lisons ces mots, nous pouvons nous placer en pensée aux côtés de Thomas et imaginer que le Seigneur nous parle à nous aussi, comme Il lui parla. Dans le même temps, sa question nous confère à nous aussi le droit, pour ainsi dire, de demander des explications à Jésus. Souvent, nous ne le comprenons pas. Ayons le courage de dire: je ne te comprends pas, Seigneur, écoute-moi, aide-moi à comprendre. De cette façon, avec cette franchise qui est la véritable façon de prier, de parler avec Jésus, nous exprimons la petitesse de notre capacité à comprendre et, dans le même temps, nous nous plaçons dans l'attitude confiante de celui qui attend la lumière et la force de celui qui est en mesure de les donner.

Très célèbre et même proverbiale est ensuite la scène de Thomas incrédule, qui eut lieu huit jours après Pâques. Dans un premier temps, il n'avait pas cru à l'apparition de Jésus en son absence et il avait dit: "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté; non, je ne croirai pas!" (Jn 20, 25). Au fond, ces paroles laissent apparaître la conviction que Jésus est désormais reconnaissable non pas tant par son visage que par ses plaies. Thomas considère que les signes caractéristiques de l'identité de Jésus sont à présent surtout les plaies, dans lesquelles se révèle jusqu'à quel point Il nous a aimés. En cela, l'Apôtre ne se trompe pas. Comme nous le savons, huit jours après, Jésus réapparaît parmi ses disciples, et cette fois, Thomas est présent. Jésus l'interpelle: "Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main, et mets-la dans mon côté: cesse d'être incrédule, sois croyant" (Jn 20, 27). Thomas réagit avec la plus splendide profession de foi de tout le Nouveau Testament: "Mon Seigneur et mon Dieu!" (Jn 20, 28). A ce propos, saint Augustin commente: Thomas "voyait et touchait l'homme, mais il confessait sa foi en Dieu, qu'il ne voyait ni ne touchait. Mais ce qu'il voyait et touchait le poussait à croire en ce que, jusqu'alors, il avait douté" (In Iohann. 121, 5). L'évangéliste poursuit par une dernière parole de Jésus à Thomas: "Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu" (Jn 20, 29). Cette phrase peut également être mise au présent: "Heureux ceux qui croient sans avoir vu". Quoi qu'il en soit, Jésus annonce un principe fondamental pour les chrétiens qui viendront après Thomas, et donc pour nous tous. Il est intéressant d'observer qu'un autre Thomas, le grand théologien médiéval d'Aquin, rapproche de cette formule de béatitude celle apparemment opposée qui est rapportée par Luc: "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez" (Lc 10, 23). Mais saint Thomas d'Aquin commente: "Celui qui croit sans voir mérite bien davantage que ceux qui croient en voyant" (In Johann. XX lectio VI 2566). En effet, la Lettre aux Hébreux, rappelant toute la série des anciens Patriarches bibliques, qui crurent en Dieu sans voir l'accomplissement de ses promesses, définit la foi comme "le moyen de posséder déjà ce qu'on espère, et de connaître des réalités qu'on ne voit pas" (11, 1). Le cas de l'Apôtre Thomas est important pour nous au moins pour trois raisons: la première, parce qu'il nous réconforte dans nos incertitudes; la deuxième, parce qu'il nous démontre que chaque doute peut déboucher sur une issue lumineuse au-delà de toute incertitude; et, enfin, parce que les paroles qu'il adresse à Jésus nous rappellent le sens véritable de la foi mûre et nous encouragent à poursuivre, malgré les difficultés, sur notre chemin d'adhésion à sa personne.

Une dernière annotation sur Thomas est conservée dans le Quatrième Evangile, qui le présente comme le témoin du Ressuscité lors du moment qui suit la pêche miraculeuse sur le Lac de Tibériade (cf. Jn 21, 2). En cette occasion, il est même mentionné immédiatement après Simon-Pierre: signe évident de la grande importance dont il jouissait au sein des premières communautés chrétiennes. En effet, c'est sous son nom que furent ensuite écrits les Actes et l'Evangile de Thomas, tous deux apocryphes, mais tout de même importants pour l'étude des origines chrétiennes. Rappelons enfin que, selon une antique tradition, Thomas évangélisa tout d'abord la Syrie et la Perse (c'est ce que réfère déjà Origène, rapporté par Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. 3, 1), se rendit ensuite jusqu'en Inde occidentale (cf. Actes de Thomas 1-2 et 17sqq), d'où il atteignit également l'Inde méridionale. Nous terminons notre réflexion dans cette perspective missionnaire, en formant le voeu que l'exemple de Thomas corrobore toujours davantage notre foi en Jésus Christ, notre Seigneur et notre Dieu.

* * *

J’accueille avec joie les pèlerins de langue française présents ce matin. Je salue en particulier le groupe de l’École normale catholique Blomet, de Paris. Que l’exemple de l’Apôtre Thomas rende toujours plus forte votre foi en Jésus et qu’il vous incite à être d’ardents missionnaires de l’Évangile parmi vos frères.

© Copyright 2006 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20060927_fr.html



Saint Thomas,

Apôtre

Évangile selon saint Jean. (XX 19-31)

C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient[1], car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : La paix soit avec vous ! [2] Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté[3]. Les disciples furent remplis de joie[4] en voyant le Seigneur. Jésus leur dit à nouveau[5] : La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie[6]. Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle[7] et il leur dit : Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus.

Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux, quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : Nous avons vu le Seigneur ! Mais il leur déclara : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas[8].

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : La paix soit avec vous ! Puis il dit à Thomas : Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant. Thomas lui dit alors : Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu[9] .

Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

[1] Des hommes s'étonneront devant cette affirmation et diront : " S'il est ressuscité avec un vrai corps, celui qu'il avait sur la croix, si ce corps a pu être trouché, comment a-t-il pénétré par les portes closes ? " Si vous compreniez le comment, il n'y aurait plus de miracle. Des miracles de ce genre, vous les retrouverez depuis le commencement de la vie de Jésus-Christ. Une vierge demeure dans sa virginité mais elle devient féconde. Elle enfante mais elle demeure vierge. Vous ne comprenez pas le comment, faites un acte de foi là où la raison s'arrête impuissante, commence l'œuvre de foi (S. Augustin, sermon CCXLVII).

[2] Il les envoyait aux combats que leurs ennemis devaient rendre implacables ; c'est pourquoi à l'avance il leur donne la paix (...) il donne la paix à ceux qu'il envoie aux combats (S. Jean Chrysostome : homélie LXXXVI sur l'évangile selon saint Jean).

[3] Le corps du Sauveur ressuscité est un corps réel, puisqu'il conserve les traces de blessures qu'il invite ses apôtres à toucher. Il nous les montrait non seulement comme une preuve donnée à notre foi, mais comme un excitant proposé à notre amour. Au lieu de fermer ses plaies, il voulut les porter avec lui dans le ciel, il voulait les montrer à son Père comme le prix de notre liberté. C'est avec ses blessures qu'il voulut être établi à la droite de son Père, et que le Père l'embrassa comme le trophée de notre salut (S. Ambroise : commentaire de l'évangile de saint Luc, X 170).

[4] La joie était déjà dans leur coeur, mais la crainte y persistait toujours. Une chose s'était accomplie, mais elle était incroyable (...) Et pour persuader cette chose incroyable, Jésus fait appel au témoignage non seulement des yeux, mais encore des mains, afin que par les sens la foi descendît dans leur coeur et que de là elle pût être répandue dans le monde entier, annoncée à ceux qui n'auraient pu voir et toucher, et qui néanmoins croiraient sans aucune hésitation (saint Augustin, sermon CXVI).

[5] Il leur répète son souhait pour leur montrer avec quelle certitude il leur assure cette paix qu'il leur donne (S. Augustin : Tractatus in Johannis evangelium, CXXI).

[6] Il les envoie au milieu des persécutions : il faut qu'ils regardent cette mission comme une preuve de son amour. Le Père l'aimait quand il l'envoyait au milieu de la souffrance ; Jésus aime ses disciples du même amour en les envoyant au milieu des persécutions (saint Grégoire le Grand : homélie XXVI).

[7] En envoyant le Saint-Esprit par son souffle, il montre que l'Esprit Saint n'est pas seulement l'Esprit du Père, mais qu'il est son Esprit comme il est celui du Père (saint Augustin : Tractatus in Johannis evangelium, CXXI).

Il leur donne ce pouvoir en répandant sur eux son souffle afin que l'on sache que le Saint-Esprit procède de lui, procède de Dieu ; car Dieu seul peut remettre les péchés (saint Ambroise : commentaire de l'évangile selon saint Luc, X 180).

Le Saint-Esprit avait coopéré avec le Verbe de vie à la création de l'homme, vertu de vie, substance divine, substance ineffable procédant d'une bouche ineffable, et d'une façon ineffable envoyée à l'homme dans un souffle de Dieu ; et maintenant il est de nouveau envoyé à l'homme d'une façon visible par le Christ. Cette rénovation et cette coopération répondaient à cette création première. C'est le même esprit qui est donné aujourd'hui et qui était donné au commencement ; au commencement il était donné avec l'âme, aujourd'hui il est répandu dans l'âme (saint Basile : Contre Eunomius, V).

[8] L'Esprit de vérité n'aurait pas permis ces hésitations dans les cœurs de ses prédicateurs si cette défiance, ces retardements pleins de curiosité n'avaient affermi les fondements de notre foi. Ce sont nos troubles que le Sauveur guérissait dans la personne de ses apôtres : en eux ils nous prémunissait contre les calomnies des impies et contre les arguments de la sagesse terrestre. Ce qu'ils ont vu nous a éclairé ; ce qu'ils ont entendu nous a renseigné ; ce qu'ils ont touché nous a affermis. Ils ont douté pour que le doute ne nous fût plus possible (Saint Léon le Grand : premier sermon pour l'Ascension I).

[9] Nous n’aurions pas le bonheur de croire sans voir si nous ne l'avions reçu du Saint-Esprit. C'est donc avec raison que le Maître a dit : Il faut que je m'en aille. Si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. Sans doute, par sa divinité, il est toujours avec nous, mais s'il n'avait pas disparu corporellement à nos yeux, nos yeux l'auraient toujours contemplé corporellement et nous n'aurions jamais cru spirituellement. C'est par cette foi que nous mériterons de contempler un jour, avec un cœur purifié, le Verbe lui-même, Dieu en Dieu, par qui tout a été fait et qui s'est fait chair pour habiter parmi nous. La foi qui mène à la justice ne s'obtient pas par le toucher de la main, mais par la foi du cœur (S. Augustin).

Méditation

L'apôtre Thomas a-t-il touché le Christ ? N'importe qui peut se référer au vingtième chapitre de l'évangile selon saint Jean (24-29), et contrôler soi-même le réalisme du récit.

L'originalité de bon aloi de l'exégète ne doit pas consister à rendre obscur ce qui est infiniment clair : Porte ton doigt ici : voici mes mains : avance ta main, mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant. Jésus ne veut absolument pas passer pour un fantôme.

D'ailleurs, c'est le même réalisme qui apparaît dans le récit de saint Luc, rapportant la première apparition de Jésus ressuscité aux Apôtres : Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. Mais il leur dit : Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme voyez que j'en ai. Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds, et comme dans leur joie ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé, il le mangea devant eux. (Luc XXIV 36-39).

L'affirmation de la réalité corporelle du Ressuscité, nous la trouvons encore dans le discours de Pierre, chez le Centurion Corneille (Actes des Apôtres X 41) : Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et lui a donné de se manifester, non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa Résurrection d'entre les morts. Ce même témoignage, nous le retrouvons encore dans l'Épître de saint Ignace d'Antioche, aux habitants de Smyrne. Saint Ignace d'Antioche avait connu saint Jean l'Évangéliste, et c'est en vertu des contacts qu'il eut avec les plus anciens témoins, qu'il affirme lui aussi la réalité du Corps du Christ, non seulement dans sa Passion, mais aussi dans sa Résurrection : C'est réellement que le Seigneur Jésus-Christ a souffert, comme c'est réellement qu'il s'est ressuscité lui-même, et sa Passion n'a pas été une simple apparence... Pour moi, je sais et je crois que, même après sa Résurrection, Jésus-Christ avait un Corps. Quand il s'approcha de Pierre et de ses compagnons, que leur dit-il ? Touchez-moi, palpez-moi, et voyez que je ne suis pas un esprit sans corps. Aussitôt ils le touchèrent. Au contact de sa chair et de son esprit, ils crurent : de là leur mépris de la mort et de leur victoire sur elle. Après sa Résurrection, Jésus mangea et but avec ses disciples comme un être corporel, bien que spirituellement uni au Père.

Sans doute, même avant la Résurrection effective du Christ, il y avait en Israël une certaine croyance à la résurrection finale des morts. Cette croyance, combattue par les Sadducéens, était loin d'avoir une force d'impact sur la foi et la conduite de l'ensemble du peuple d'Israël et, bien entendu, sur le monde païen. Quand saint Paul évoqua devant l'aréopage d'Athènes la Résurrection de l'Envoyé de Dieu, les sarcasmes et les plaisanteries fusèrent : Nous t'écouterons une autre fois !

Et c'est bien parce que les apôtres furent pleinement convaincus de la Résurrection du Christ, qu'ils eurent l'audace d'aller porter partout la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Ainsi l'affirme Clément de Rome, troisième successeur de Pierre, dans sa célèbre épître aux Corinthiens (XLII). Aussi bien, la réalité pleinement corporelle du Christ est liée expressément dans les quatre Evangiles à la découverte du tombeau vide, au matin de Pâques. Quand Jésus apparaît aux Apôtres, il est pour eux le Jésus qui a été enseveli le soir du Vendredi Saint. La question de l'enlèvement de son Corps par ses ennemis est pour eux complètement dépassée, parce qu'il leur apparaît effectivement avec son Corps. Si les apôtres n'avaient pas eu la pleine certitude de la réalité corporelle de la Résurrection, qu'on explique donc comment la résurrection de la chair serait apparue aussitôt comme un dogme authentique de la foi chrétienne : Je crois à la résurrection de la chair, qui reste encore un défi à l'ensemble de notre monde contemporain.

Par nous, fils de l'Église, le Christ ne s'est pas incarné seulement pour trente-trois ans, mais pour toujours. Au matin de Pâques, il n'a pas pris je ne sais quel corps astral, il a repris son corps né de la Vierge-Marie. C'est ce corps même qu'il a glorifié. C'est ce corps même que nous avons mystérieusement, mais substantiellement et réellement présent dans le Mystère Eucharistique, de sorte que nous devons le saluer et l'adorer avec Thomas d'Aquin, le prince des théologiens : AVE VERUM, CORPUS NATUM DE MARIA VIRGINE. SALUT, CORPS VERITABLE, NE DE LA VIERGE MARIE


Dès 232, on vénère ses reliques à Édesse, et l’Église malabare, en Inde, se réclame de son évangélisation par Saint Thomas.

Les Malabars le célèbrent le 3 juillet et le 21 décembre. Une des dates serait la translation de ses reliques à Édesse, l’autre celle de sa Passion. Les Byzantins le célèbrent le 6 octobre et les Coptes le 21 mai.

Un oratoire lui fut érigé à Rome sous le pape Symmaque (+514), sa fête apparaît dans le Sacramentaire gélasien au VIIe siècle. Mais c’est au cours du Xe que sa fête s’établit et que sa popularité grandit.

La date du 21 décembre est admise en Occident depuis le VIIIe siècle.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Voici la dernière Fête que va célébrer l’Église avant celle de la Nativité de son Seigneur et Époux. Elle interrompt les Féries majeures pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et dont le glorieux martyre, consacrant à jamais ce jour, procura au peuple chrétien un puissant introducteur auprès du divin Messie. Il appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur le Cycle dans les jours où nous sommes, afin que sa protection aidât les fidèles à croire et à espérer en ce Dieu qu’ils ne voient pas encore, et qui vient à eux sans bruit et sans éclat, afin d’exercer leur Foi. Saint Thomas douta un jour, et ne comprit le besoin de la Foi qu’après avoir passé parles ombres de l’incrédulité : il est juste qu’il vienne maintenant en aide aux enfants de l’Église, et qu’il les fortifie contre les tentations qui pourraient leur survenir de la part d’une raison orgueilleuse. Adressons-nous donc à lui avec confiance ; et du sein de la lumière où son repentir et son amour l’ont placé, il demandera pour nous la docilité d’esprit et de cœur qui nous est nécessaire pour voir et pour reconnaître Celui qui fait l’attente des nations, et qui, destiné à régner sur elles, n’annoncera son arrivée que par les faibles vagissements d’un enfant, et non par la voix tonnante d’un maître. L’Église a jugé à propos de nous présenter le récit des Actes de notre saint Apôtre aux Matines sous la forme la plus abrégée, dans la crainte de mêler quelques détails fabuleux aux faits incontestables que les sources authentiques nous fournissent.

GRANDE ANTIENNE DE SAINT THOMAS. [1]

O Thomas Didyme ! vous qui avez mérité de voir le Christ, nous faisons monter vers vous nos prières à haute voix ; secourez-nous dans notre misère ; afin que nous ne soyons pas condamnés avec les impies, en l’Avènement du Juge.

L’Eglise grecque traite avec sa solennité ordinaire la fête de saint Thomas ; mais c’est au six octobre qu’elle la célèbre. Nous allons extraire quelques strophes des chants qu’elle lui a consacrés.

HYMNE DE SAINT THOMAS. (Tirée des Menées des Grecs.)

Quand ta main toucha le côté du Seigneur, tu trouvas le comble de tous les biens ; car ainsi qu’une éponge mystique, tu en exprimas de célestes liqueurs, tu y puisas la vie éternelle, bannissant toute ignorance dans les âmes, et faisant couler comme de source les dogmes divins de la connaissance de Dieu.

Par ton incrédulité et par ta foi tu as rendu stables ceux qui étaient dans la tentation, en proclamant le Dieu et Seigneur de toute créature, incarné pour nous sur cette terre, crucifié, soumis à la mort, percé de clous, et dont le côté fut ouvert par une lance, afin que nous y puisions la vie.

Tu as fais resplendir la terre des Indiens d’un vif éclat, ô très saint Apôtre, contemplateur de la divinité ! Après avoir illuminé ces peuples et les avoir rendus enfants de la lumière et du jour, tu renversas les temples de leurs idoles par la vertu de l’Esprit-Saint, et tu les fis s’élever, ô très prudent, jusqu’à la charité de Dieu, pour la louange et la gloire de l’Église, ô bienheureux intercesseur de nos âmes !

O contemplateur des choses divines, tu fus la coupe mystique de la Sagesse du Christ ! ô Thomas Apôtre, en qui se réjouissent les âmes des fidèles ! tu retiras les peuples de l’abime de l’ignorance avec les filets du divin Esprit : c’est pourquoi, tu as coulé, semblable à un fleuve de charité, répandant sur toute créature comme une source d’eau vive les enseignements divins. Percé aussi de la lance en ton propre côté, tu as imité la Passion du Christ, et tu as revêtu l’immortalité : supplie-le d’avoir pitié de nos âmes.

Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c’est à vous maintenant que s’adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Église. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d’une lumière qui nous conduise jusqu’à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi. Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu’il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, ô saint Apôtre, ce n’est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile ; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous : Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui cependant ont cru ! Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu’en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l’œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés,, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons.

Le culte dont saint Thomas était l’objet nous est attesté par les anciens Pères, spécialement par saint Grégoire de Nysse et par saint Éphrem, qui dans le XIIIe de ses Poèmes de Nisibe, décrit les hurlements de Satan parce qu’un marchand avait transporté des Indes à Édesse une partie du corps de l’Apôtre : Ululavit Diabolus : Quem in locum nunc fugere possum iustos ? Mortem incitavi ad Apostolos interficiendos, ut per mortem eorum evadam verberibus eorum. Sed nunc multo durius verberor. Apostolus quem interfeci in India, praevenit me Edessam. Hic et illic totus est ; illuc profectus sum et erat illic ; hic et illic inveni eum et contritus sum.

Les Grecs célèbrent la fête de saint Thomas le 6 octobre ; chez les Latins, le calendrier dit de Charlemagne, de l’an 781, lui assigne le 3 juillet, d’accord avec l’usage oriental primitif, qui tient ce jour-là pour celui du natale de l’Apôtre. Le martyrologe de Silos mentionne la fête de saint Thomas parmi les additions de seconde main, le 21 décembre ; toutefois dans le laterculus du Hiéronymien d’Epternach et dans celui de Wissembourg, la date susdite apparaît comme celle de la translation des reliques de l’Apôtre à Edesse.

A Rome la fête de saint Thomas date du moyen âge. Elle apparaît dans le Sacramentaire Grégorien et dans le calendrier de Saint-Pierre du XIIe siècle, mais elle doit être beaucoup plus ancienne, puisque le pape Symmaque édifia à cet Apôtre un oratoire au Vatican, près de la basilique de Saint-André.

En l’honneur de saint Thomas, la piété médiévale érigea par la suite à Rome au moins une dizaine d’églises dont les plus célèbres étaient celle de Saint-Thomas in Parione, Saint-Thomas in Formis sur le mont Cœlius, une autre contiguë à la basilique du Latran qui servait aussi de Secretarium, et enfin l’oratoire dédié à l’Apôtre dans l’intérieur du château Saint-Ange.

L’incrédulité de Thomas aussitôt après la résurrection de Jésus, et le fait que, le dimanche in Albis, de toute antiquité, on lit à la messe le récit de l’apparition dont Jésus l’honora, ont sans doute contribué à rendre sa mémoire populaire, de préférence à celle de plusieurs de ses collègues dans l’Apostolat.

Selon les Ordines Romani du XVe siècle, le Pape donnait aujourd’hui vacance au consistoire. Il est encore d’usage à Rome qu’en ce jour on commence à présenter les souhaits de Noël aux cardinaux et aux autres prélats de la cour pontificale.

L’antienne pour l’entrée du prêtre est semblable à celle de la fête de saint André ; elle est tirée du psaume 138.

Prière. « Faites, Seigneur, que la solennité de votre bienheureux apôtre Thomas nous soit un sujet de gloire ; afin qu’il vienne par son patronage à notre secours, et que nous-mêmes, avec une pieuse affection, nous imitions sa foi. Par notre Seigneur, etc. » Les apôtres sont pour nous un exemple éclatant de foi, parce que, les premiers, ils ont cru à cette parole qu’ils ont ensuite prêchée, et leur foi a été si ferme que sur elle s’élève tout l’édifice de l’Église.

Dans la lecture suivante (Ephes. 2, 19-22), l’Apôtre compare l’unité de la famille chrétienne à un temple spirituel érigé sur la foi inébranlable des apôtres et des prophètes, dont la pierre angulaire est le Christ.

Le répons-graduel, tiré du psaume 138, est identique à celui de la messe vigiliale de saint André. « Qu’ils sont adorables, ô Dieu, vos secrets ; combien merveilleuse est leur efficacité ! », « Je les énumère, et ils surpassent les grains de sable de la mer. » Cette efficacité merveilleuse des secrets divins resplendit surtout dans la conversion du monde au moyen d’une douzaine de pauvres pêcheurs, devenus confidents des secrets de l’éternelle Sagesse.

Le verset alléluiatique est emprunté au psaume 32. « Exultez, ô justes, dans le Seigneur, aux hommes droits convient la louange. » La louange sied aux justes, parce que toute leur vie s’accorde avec l’expression de leurs lèvres, tandis que, en raison de la contradiction des œuvres, l’Écriture dit : Non est speciosa laus in ore peccatoris.

La lecture évangélique (Jean. 20, 24-29) évoque l’apparition du Seigneur à Thomas et l’acte énergique de foi émis par l’Apôtre à la vue des plaies glorieuses du Sauveur ressuscité. Thomas vit et crut ; il vit l’homme, toucha les cicatrices qui attestaient sa nature mortelle, et s’éleva jusqu’à la confession de sa divinité, le proclamant son Seigneur et son Dieu. Sa profession de foi répara ainsi la faute de son incrédulité première, mais Jésus préfère néanmoins une foi plus prompte et plus élevée qui, sans exagérer par trop la nécessité de la preuve rationnelle, croit simplement parce qu’elle sait que Dieu parle et a révélé.

Le verset de l’offertoire est tiré du psaume 18. Le psalmiste fait l’éloge du soleil, de la lune et des astres, qui narrent la gloire de Dieu. « Leur voix se répandit par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux confins du monde. » Dans le ciel de l’Église ces astres brillants sont les saints apôtres dont l’éloquence retentit maintenant encore dans tout l’univers.

La secrète est la suivante : « Nous vous offrons, Seigneur, le juste hommage de notre servitude, vous suppliant de garder en nous votre grâce par les mérites du bienheureux apôtre Thomas en l’honneur du martyre duquel nous vous immolons cette hostie de louange. » La préface de l’anaphore eucharistique (Vere dignum et iustum est...) est celui du Commun des Apôtres. Dans le Sacramentaire Grégorien il était ainsi rédigé : ... aeterne Deus ; qui Ecclesiam tuam in apostolicis tribuisti consistere fimamentis, de quorum collegio beati Thomae Apostoli tui solemnia celebrantes, tua, Domine, praeconia non taceamus, per Christum, etc. A l’origine, dans les Sacramentaires Léonien, Gélasien et Grégorien, chaque dimanche et chaque fête de l’année avaient une préface particulière ; pour la commodité des célébrants et pour économiser le parchemin et la peine des copistes, on fit disparaître ces préfaces des missels du bas moyen âge ; c’est ainsi que tombèrent également en désuétude, au XVIe siècle, les messes dominicales, à la place desquelles les prêtres récitaient communément celle de la Très Sainte Trinité, parce qu’elle était plus courte et qu’ils la savaient par cœur.

Le concile de Trente élimina ce second abus, en restituant les messes dominicales propres et en ordonnant la réforme du Missel romain. Toutefois, dans cette restitution, à part un très petit nombre d’exceptions, les anciennes préfaces propres ne trouvèrent plus place. Celle que l’on récite maintenant pour toutes les fêtes d’apôtres est la préface romaine du Sacramentaire Léonien pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul. En effet, si on l’examine bien, on lui trouve un caractère nettement local, en sorte que cette belle prière : « Afin que vous, Pasteur éternel, n’abandonniez pas votre troupeau, mais le protégiez continuellement par les mérites des bienheureux apôtres (Pierre et Paul) ; pour qu’il soit dirigé et gouverné par ceux-là mêmes que vous avez mis à sa tête en qualité de pasteurs, pour tenir votre place dans l’œuvre de l’Évangile », transportée hors de Rome et adaptée à toutes les fêtes des apôtres, perd une grande partie de sa vigoureuse beauté.

L’antienne pour la communion est tirée du texte évangélique de ce jour et se retrouve au dimanche in Albis : « Mets la main et touche les cicatrices des clous, et ne sois pas incrédule, mais fidèle. » Dans la communion, nous touchons spirituellement les plaies du Christ, et nous reconnaissons qu’il est vraiment la victime de notre sacrifice de réconciliation. La collecte d’action de grâces après la communion est la suivante : « Secourez-nous, ô Dieu de miséricorde, et par les mérites du bienheureux apôtre Thomas, conservez-nous avec bienveillance votre grâce. Par notre Seigneur. ». Thomas guérit de son incrédulité en posant la main et le doigt sur le Cœur sacré de Jésus, pour nous enseigner que là est la source d’où jaillit le baume suave qui guérit toutes les maladies de l’âme.

[1] Sur le mode des Grandes Antiennes de l’Avent, les compositeurs médiévaux avaient ainsi orné les fêtes qui pouvaient tomber entre le 17 et le 23 décembre. NdW


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Heureux ceux qui ne voient pas et croient cependant.

L’Apôtre saint Thomas et l’Avent, voilà deux sujets qu’il semble assez difficile d’unir. Dans notre pensée, saint Thomas qui toucha les cicatrices du Ressuscité semble appartenir au cycle de Pâques. Il y a cependant une parole de Notre Seigneur qui nous permet d’établir une liaison avec l’Avent : « Parce que tu as vu, Thomas, tu crois ? Bienheureux ceux qui ne voient pas et croient cependant. » Nous avons précisément besoin, en face du mystère annoncé de Noël, d’une foi ferme et aimante. Pendant tout l’Avent nous entendons un joyeux message auquel nous devons croire sans voir. Dans la nuit sainte nous nous agenouillerons devant le divin Enfant dans sa crèche et l’Église nous dira : Voici le grand Roi, le Dieu éternel. Nous pourrons alors nous appliquer la parole dite à Thomas : Bienheureux ceux qui ne voient pas et croient cependant.

Saint Thomas. — Jour de mort (d’après le Martyrologe) : 21 décembre (année inconnue). Tombeau : primitivement à Édesse (Syrie) au dire de saint Jean Chrysostome, actuellement à Ortona (Italie). Image : On le représente avec la lance (à cause de son martyre) ou bien avec l’équerre (à cause de la légende d’après laquelle il aurait été envoyé comme architecte vers le roi des Indes). Sa vie : Les Évangiles nous apprennent peu de choses au sujet de saint Thomas. Il est appelé « Didyme, le Jumeau ». Très rarement, pendant la vie du Maître, nous le voyons se signaler parmi ses frères du collège apostolique. Au moment de la résurrection de Lazare, nous l’entendons dire : « Allons et mourrons avec lui. » Ce qui l’a rendu populaire, c’est son incrédulité après la mort de Notre Seigneur. Le passage de l’histoire de la résurrection où il est question de cette incrédulité et que nous lisons aujourd’hui est un des plus touchants de l’Évangile. Le Pape saint Grégoire 1er dit une belle parole au sujet de saint Thomas : « L’incrédulité de saint Thomas a plus servi à notre foi que la foi des disciples qui ont cru, car, par ce fait même, que saint Thomas n’a été déterminé à croire qu’en touchant les plaies, nous sommes fortifiés dans notre foi au-dessus de tout doute. Le Seigneur permit que l’Apôtre doutât de sa résurrection, mais il ne le laissa pas dans son doute. Le disciple est devenu, par son doute et par son toucher, le témoin de la vérité de la Résurrection. Thomas toucha et s’écria : mon Seigneur et mon Dieu ! Alors Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu Thomas, tu as cru. Or l’Apôtre saint Paul écrit : « La foi est une base certaine pour ce qu’on espère, une persuasion de choses qu’on ne voit pas. » Il est donc clair que la foi est un fondement pour des choses qu’on ne peut pas voir. Car de ce qu’on voit il n’y a plus de foi mais connaissance. Or quand saint Thomas eut vu et touché le Sauveur, pourquoi lui est-il dit : Parce que tu m’as vu. Thomas, tu as cru ? Parce que ce qu’il vit fut différent de ce qu’il crut. En effet, la divinité ne peut être vue : par aucun homme mortel. Thomas voit l’Homme dans le Christ et confesse sa divinité avec ses paroles : mon Seigneur et mon Dieu ! La foi fut donc ce qui suivit la vue.

Au sujet de la vie postérieure de l’Apôtre nous n’avons que peu de renseignements. Le Martyrologe nous donne ces détails : « A Calamina (près de Madras, dans les Indes Orientales) le martyre de saint Thomas, Apôtre. Il annonça l’Évangile chez les Parthes et enfin il vint dans l’Inde. Après avoir converti de nombreuses tribus au christianisme, il fut, sur l’ordre d’un roi transpercé à coups de lance. » Ses restes furent d’abord transportés à Édesse (Syrie), plus tard à Ortona (province de Chieti, Italie centrale). Saint Thomas est considéré comme le patron spécial de l’Inde.

La messe (Mihi autem). — Toute la messe est dominée par le bel Évangile de l’Apparition du Christ ressuscité à saint Thomas. L’antienne de la Communion, tirée de l’Évangile, nous rend cette apparition présente. Chacun de nous, à la messe, ressemble à saint Thomas. Le Maître nous apparaît et nous demande d’avancer la main pour toucher ses plaies, c’est-à-dire pour recevoir la chair du sacrifice. A l’Introït, l’Église chante les Apôtres, ces « amis » de Dieu, ces « princes du royaume de Dieu » (le psaume 138 n’a de relation liturgique avec les fêtes d’Apôtres que par le verset de la Vulgate : « Très honorés sont pour moi tes amis, Seigneur, inébranlable leur principauté ». A l’Épître, s’élève devant les regards de notre âme « l’édifice spirituel de Dieu ». Le Christ est la pierre d’angle, les Apôtres les fondations et nous sommes les pierres. Cet édifice de Dieu grandit à travers les temps. L’Épître nous montre clairement que les fêtes d’Apôtres sont des jours de Rédemption et que nous devons considérer moins la personne de chaque Apôtre que l’ensemble du royaume de Dieu. Oui, ayons conscience que nous sommes les concitoyens des saints, les membres de la maison de Dieu. Au Graduel, nous voyons la multitude innombrable des fidèles qui ont été gagnés par la prédication des Apôtres. A l’Offertoire, nous nous réjouissons du succès du travail apostolique : « Dans tout l’univers a pénétré leur parole. »


Leçons des Matines

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. L’Apôtre Thomas, appelé aussi Didyme, était galiléen. Après avoir reçu le Saint-Esprit, il alla prêcher l’Évangile dans beaucoup de provinces. Il enseigna les vérités de la foi et les préceptes de la vie chrétienne aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hircaniens, aux Bactriens. Enfin il se rendit dans les Indes, et instruisit les habitants de ces pays dans la religion chrétienne. La sainteté de sa vie et de sa doctrine et la grandeur de ses miracles ayant excité l’admiration des Indiens pour l’Apôtre, et leur amour pour Jésus-Christ, le roi de la contrée, adorateur zélé des idoles, en fut tout enflammé de colère. Il condamna Thomas à mourir, et celui-ci tomba, percé de traits, à Calamine, rehaussant ainsi par la couronne du martyre, l’honneur de son apostolat.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Lecture du saint Évangile selon saint Jean.

En ce temps-là : Thomas, appelé Didyme, un des douze, n’était pas avec eux quand vint Jésus. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Quelles sont vos réflexions, mes très chers frères, en entendant lire ce passage de l’Évangile ? Attribuez-vous à l’effet du hasard qu’un disciple, choisi par le Seigneur, se soit trouvé absent au moment de son apparition ; mais que, venant ensuite, il en ait entendu le récit, que l’entendant il ait douté, qu’ayant douté il ait touché, qu’ayant touché il ait cru ? Non, cela n’est point arrivé par hasard, mais par une disposition de la Providence. La divine bonté à tout, conduit d’une manière admirable, afin que ce disciple, sous l’empire du doute, jusqu’à ce qu’il eût palpé les blessures du corps de son Maître, guérît en nous les plaies de l’infidélité. En effet, l’incrédulité de Thomas a plus servi à l’affermissement de notre foi, que la foi des autres disciples déjà convaincus ; car en voyant que cet Apôtre revient à la foi en touchant le Christ, notre esprit renonce au moindre doute et se sent fortifié dans la foi.

Huitième leçon. Si le Seigneur a permis qu’après sa résurrection, un disciple doutât de la sorte, il ne l’a cependant pas abandonné dans le doute : c’est ainsi qu’avant sa naissance il voulut que Marie eût un époux, sans néanmoins qu’elle cessât d’être vierge. Or, de même que ce disciple, doutant d’abord, puis touchant les plaies de son Maître, devint un témoin de la vérité de la résurrection, ainsi l’époux de la Mère de Dieu avait été le gardien de sa très pure virginité. Thomas palpa les plaies du Sauveur et s’écria : « Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu as cru. » Puisque l’Apôtre Paul dit : « La foi est le fondement des choses qu’on doit espérer, et la démonstration de celles qu’on ne voit point », il est clair et certain que la foi est la démonstration des vérités qui ne peuvent paraître à nos yeux ; car les vérités apparentes ne sont plus l’objet de la foi, mais de la connaissance.

Neuvième leçon. Pourquoi donc le Seigneur dit-il à Thomas, lorsque cet Apôtre eut vu, lorsqu’il eut palpé : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ? » C’est que, autre chose est ce qu’il a vu, et autre chose, ce qu’il a cru. Car un homme mortel ne peut voir la divinité. Il vit donc Jésus homme et il le confessa Dieu, disant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » C’est donc en voyant qu’il a cru, c’est en considérant l’humanité véritable du Christ, qu’il a proclamé sa divinité que ses regards ne pouvaient atteindre. Les paroles qui suivent sont pour nous un sujet de joie : « Heureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru ! » Cette sentence s’adresse spécialement à nous qui, ne l’ayant point vu en sa chair, le retenons dans nos âmes par la foi. C’est nous que le Sauveur a désignés ; pourvu toutefois que nos œuvres soient conformes à notre foi. Car celui-là croit véritablement qui pratique ce qu’il croit.




Nicolaes Maes. Saint Thomas, architecte. XVIIe siècle

SAINT THOMAS, APÔTRE

Thomas signifie abyme, ou jumeau, en grec Dydime : ou bien il vient de thomos qui veut dire division, partage. Il signifie abyme, parce qu'il mérita de sonder les profondeurs de la divinité, quand, à sa question, J.-C. répondit : « Je suis la voie, la vérité et la vie. » On l’appelle Dydime pour avoir connu de deux manières la résurrection de J.-C. Les autres en effet, connurent le Sauveur en le voyant, et lui, en le voyant et en le touchant. Il signifie division, soit parce qu'il sépara son âme de l’amour des choses du monde, soit parce qu'il se sépara des autres dans la croyance à la résurrection. On pourrait dire encore qu'il porte le nom de Thomas, parce qu'il se laissa inonder tout entier par l’amour de Dieu. Il posséda ces trois qualités qui distinguent ceux qui ont cet amour et que demande Prosper au livre de la vie contemplative : Aimer Dieu, qu'est-ce ? si ce n'est concevoir au fond du coeur un vif désir de voir Dieu, la haine du péché et le mépris du monde. Thomas pourrait encore venir de Theos, Dieu, et meus, mien, c'est-à-dire, mon Dieu, par rapport à ces paroles qu'il prononça lorsqu'il fut convaincu, et eut la foi : «Mon Seigneur et mon Dieu. »


L'infidélité de saint Thomas. Ivoire. XIIe siècle

L'apôtre Thomas était à Césarée quand le Seigneur lui apparut et lui dit : « Le roi des Indes Gondoforus (On a des médailles de Gondoforus) a envoyé son ministre Abanès à la recherche d'un habile architecte. Viens et je t'adresserai à lui. » « Seigneur, répondit Thomas, partout où vous voudrez, envoyez-moi, excepté aux Indes. » Dieu lui dit : « Va sans aucune appréhension, car je serai ton gardien. Quand tu auras converti les Indiens, tu viendras à moi avec la palme du martyre. » Et Thomas lui répondit: « Vous êtes mon maître, Seigneur, et moi votre serviteur : que votre volonté soit faite. » Comme le prévôt ou l’intendant se promenait sur la place, le, Seigneur lui dit : « Que vous faut-il, jeune homme? » « Mon maître, dit celui-ci, m’a envoyé pour lui ramener des ouvriers habiles en architecture, qui lui construisent un palais à la romaine. » Alors le Seigneur lui offrit Thomas comme un homme très capable en cet art. Ils s'embarquèrent, et arrivèrent à une ville où le roi célébrait le mariage de sa fille. Il avait fait annoncer que tous prissent part à la noce, sous peine d'encourir sa colère. Abanès et l’apôtre s'y rendirent. Or, une jeune fille juive, qui tenait une flûte à la main, adressait quelques paroles flatteuses à chacun. Quand elle vit l’apôtre, elle reconnut qu'il était juif parce qu'il ne mangeait point et qu'il tenait les yeux fixés vers le ciel. Alors elle se mit à chanter en hébreu devant lui: « C'est le Dieu des Hébreux qui seul a créé l’univers, et creusé les mers », et l’apôtre voulait lui faire répéter ces mêmes paroles. L'échanson remarquant qu'il ne mangeait ni ne buvait, mais tenait constamment les yeux vers le ciel, donna un soufflet à l’apôtre de Dieu. « Mieux vaudrait pour toi d'être épargné plus tard, lui dit l’apôtre, et d'être puni ici-bas d'un châtiment passager. Je ne me lèverai point que là main qui m’a frappé n'ait été ici même apportée par les chiens. » Or, l’échanson étant allé puiser de l’eau à ta, fontaine, un lion l’étrangla et but son) sang. Les chiens déchirèrent son cadavre, et l’un d'eux, qui était noir, en apporta la main droite au milieu du festin. A cette vue toute la foule fut saisie, et la pucelle se ramentevant les paroles, jeta sa flûte et vint se prosterner aux pieds de l’apôtre. Cette vengeance est blâmée par saint Augustin dans son livre contre Fauste où il déclare qu'elle a été intercalée ici par un faussaire; aussi cette légende est tenue pour suspecte en bien des points. On pourrait dire néanmoins, que ce ne fut pas une vengeance mais une prédiction. En examinant au reste avec soin les paroles de saint, Augustin, cette action ne paraît pas improuvée tout à fait. Or voici ce qu'il dit dans le même livre : « Les Manichéens se servent de livres apocryphes, écrits sous le nom des apôtres, je pie sais par quels compilateurs de fables. Au temps de leurs auteurs, ils auraient joui de quelque autorité dans l’Église, si de saints docteurs qui vivaient alors et qui pouvaient les examiner en eussent reconnu l’authenticité. Ils racontent donc que l’apôtre Thomas se trouvant à un repas de noces comme pèlerin inconnu, il avait été frappé de la main d'un serviteur contre lequel il aurait exprimé aussitôt le souhait d'une cruelle vengeance. Car cet homme, étant sorti afin d'aller puiser de l’eau à une fontaine pour les convives, aurait été tué par un lion qui se serait jeté sur lui; et la main qui avait frappé légèrement la figure de l’apôtre, arrachée du corps d'après son voeu et ses imprécations, aurait été apportée par un chien sur la table où l’apôtre était placé. Peut-on voir quelque chose de plus cruel ? Or, si je ne me trompe, cela veut dire qu'en obtenant son pardon pour la vie future, il y eut une certaine compensation par un plus grand service qu'il lui rendait. L'apôtre, chéri et honoré de Dieu, était, par ce moyen, rendu recommandable et à ceux qui ne le connaissaient pas et à celui en faveur duquel il obtenait la vie éternelle à la place d'une vie qui devait finir. Il m’importe peu si ce récit est vrai ou faux : ce qu'il y a de certain, c'est que les Manichéens, qui reçoivent comme vraies et sincères ces écritures que le canon de l’Église rejette, sont du moins forcés d'avouer que la vertu de patience enseignée par le Seigneur lorsqu'il dit : « Si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche », peut exister réellement au fond du tueur, quand bien même on n'en ferait pas montre par ses gestes et ses paroles, puisque l’apôtre, qui avait été souffleté, pria le Seigneur d'épargner l’insolent dans la vie future, en ne laissant pas sa faute impunie ici-bas, plutôt que de lui présenter l’autre joue ou de l’avertir de le frapper une seconde fois. Il avait l’amour de la charité intérieurement, et extérieurement il réclamait. une correction qui servit d'exemple. Que ceci soit vrai ou que ce ne soit qu'une fable, pourquoi refuseraient-ils de louer dans l’apôtre ce qu'ils approuvent dans le serviteur de Dieu Moïse qui égorgea les fabricateurs et les adorateurs d'une idole. « Si nous comparons les châtiments, être tué par le glaive ou être déchiré sous la dent des bêtes féroces, c'est chose semblable, puisque les juges, d'après les lois publiques, condamnent îles grands coupables à périr ou sous la dent des bête, ou bien par l’épée. » Voilà ce que dit saint Augustin. Alors l’apôtre, sur la demande du roi, bénit l’époux et l’épouse en disant : « Accordez, Seigneur, la bénédiction de votre droite à ces jeunes gens, et semez au fond de leurs coeurs les germes féconds de la vie. » Quand l’apôtre se retira, l’époux se trouva tenir une branche chargée de dattes. Les époux après avoir mangé de ces fruits s'endormirent tous deux et eurent le même songe. Il leur semblait qu'un roi couvert de pierreries les embrassait en disant : « Mon apôtre vous a bénis pour que vous ayez part à la vie éternelle. » S'étant éveillés ils se racontaient l’un à l’autre leur songe, quand l’apôtre se présenta, il leur dit : « Mon roi vient de vous apparaître, il m’a introduit ici les portes fermées, pour que ma bénédiction vous profitàt. Gardez la pureté du corps, c'est la reine de toutes lesvertus etlesalut éternel en est le fruit. La virginité est la sueur des Anges, comble de biens, elle donne la victoire sur les passions mauvaises, c'est le trophée de la foi, la fuite des démons et le gage des joies éternelles. La luxure engendre la corruption, de la corruption naît la souillure, de la souillure vient la culpabilité, et la culpabilité produit la confusion. » Pendant qu'il exposait ces maximes, apparurent deux anges qui leur dirent : « Nous sommes envoyés pour être vos anges gardiens : si vous mettez en pratique les avis de l’apôtre avec fidélité, nous offrirons tous vos souhaits à Dieu. » Alors Thomas les baptisa et leur enseigna chacune des vérités de la foi. Longtemps après, l’épouse, nommée Pélage, se consacra à Dieu en prenant le voile, et l’époux, qui s'appelait Denys, fut ordonné évêque de cette ville.


« Saint Thomas au repas de noce ». Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
Après cela, Thomas et Abatlès allèrent chez le roi des Indes. L'apôtre traça le plan d'un palais magnifique : le roi, après lui avoir remis de considérables trésors, partit pour une autre province. L'apôtre distribua aux pauvres le trésor tout entier. Pendant les deux ans que dura l’absence du roi, Thomas se livra avec ardeur à la prédication et convertit à la foi ua monde innombrable. A son retour, le roi s'étant informé de ce qu'avait fait Thomas, l’enferma avec Abanès au fond d'un cachot, en attendant qu'on les fit écorcher et livrer aux flammes. Sur ces entrefaites, Gab, frère du roi, meurt. On se préparait à lui élever un tombeau magnifique, quand le quatrième jour, le mort ressuscita; tout le monde effrayé fuyait sur ses pas; alors il dit à son frère : « Cet homme, mon frère, que tu te disposais à faire écorcher et brûler, c'est un ami de Dieu et tous les anges lui obéissent. Ceux qui me conduisaient en paradis me montrèrent un palais admirable bâti d'or, d'argent et, de pierres précieuses; j'en admirais la beauté, quand ils me dirent : « C'est le palais que Thomas avait construit pour ton frère, » et comme je disais : « Que n'en suis-je le portier! » Ils ajoutèrent alors : « Ton frère s'en est rendu indigne; si donc tu veux y demeurer, nous prierons le Seigneur de vouloir bien te ressusciter afin que tu puisses l’acheter à ton frère en lui remboursant l’argent qu'il pense avoir perdu. » En parlant ainsi, il courut à la prison de l’apôtre, le priant d'avoir de l’indulgence pour son frère. Il délia ses chaînes et le pria de recevoir un vêtement précieux. « Ignores-tu, lui répondit l’apôtre, que rien de charnel, rien de terrestre n'est estimé de ceux qui désirent avoir puissance en choses célestes? Il sortait de la prison quand le roi, qui venait au-devant de lui, se jeta à ses pieds en lui demandant pardon. Alors l’apôtre dit : « Dieu t'a accordé une grande faveur que de te révéler ses secrets. Crois en J.-C. et reçois le baptême pour participer au royaume éternel. » Le frère du roi lui dit : « J'ai vu le palais que tu avais bâti pour mon frère et il me ferait plaisir de l’acheter. » L'apôtre repartit : « Cela est au pouvoir de ton frère. » Et le roi lui dit : « Je le garde pour moi : que l’apôtre t'en bâtisse un autre, ou bien s'il ne le peut, nous le posséderons en commun. » L'apôtre répondit : « Ils sont innombrables dans le ciel, les palais préparés aux élus depuis le commencement du monde; on les achète par les prières et au prix de la foi et des aumônes. Vos richesses peuvent vous y précéder, mais elles né sauraient vous y suivre. »

Un mois après, l’apôtre ordonna de rassembler tous les pauvres de cette province, et quand ils furent réunis, il en sépara les malades et les infirmes, fit une prière sur eux. Et après que ceux qui avaient été instruits eurent répondu : Amen, un éclair parti du ciel éblouit aussi bien l’apôtre que les assistants pendant une demi-heure, au point que tous se croyaient tués par la foudre; mais Thomas se leva et dit : « Levez-vous, car mon Seigneur est venu comme la foudre et vous a guéris. » Tous se levèrent alors guéris et rendirent gloire à Dieu et à l’apôtre. Thomas s'empressa de les instruire et leur démontra les douze degrés des vertus. Le 1er, c'est de croire en Dieu, qui est un en essence et triple en personnes; il leur donna trois exemples sensibles pour prouver que dans une essence il y a trois personnes. Le 1er est que dans l’homme il y a une sagesse et d'elle seule et unique procèdent intelligence, mémoire et génie. Par ce génie, dit-il, vous découvrez ce que vous n'avez pas appris; par la mémoire, vous retenez ce que vous avez appris et avec l’intelligence vous comprenez ce qui peut être démontré et enseigné. Le 2e est que dans une vigne il se trouve trois parties : le bois, les feuilles et le fruit et ces trois ensemble font une seule et même vigne. Le 3e est qu'une tête contient quatre sens, savoir : la vue, le goût, l’ouïe et l’odorat; ce qui est multiple et ne fait cependant qu'une tête. Le 2e degré est de recevoir le baptême. Le 3e est de s'abstenir de la fornication. Le 4e c'est de fuir l’avarice. Le 5e de se préserver de la gourmandise. Le 6e de vivre dans la pénitence. Le 7e de persévérer dans ces bonnes Oeuvres. Le 8e d'aimer à pratiquer l’hospitalité. Le 9e de chercher et de faire la volonté de Dieu dans ses actions. Le 10e de rechercher ce que la volonté de Dieu défend et de l’éviter. Le 11e de pratiquer la charité envers ses amis comme envers ses ennemis. Le 12e d'apporter un soin vigilant à garder ces degrés. Après cette prédication furent baptisés neuf mille hommes, sans compter les enfants et les femmes.. De là Thomas alla dans l’Inde supérieure, où il se rendit célèbre par un grand nombre de miracles. L'apôtre donna la lumière de la foi à Sintice, qui était amie de Migdomie, épouse de Carisius, cousin du roi et Migdomie dit à Sintice : « Penses-tu que je le puisse voir? » Alors Migdomie, de l’avis de Sintice, changea de vêtement et vint se joindre aux pauvres femmes dans le lieu où l’apôtre prêchait. Or le saint se mit à déplorer la misère de la vie et dit entre autres choses que cette vie est misérable, qu'elle est fugitive et sujette aux disgrâces! quand on croit la tenir, elle s'échappe 'et se disloque, et il commença à exhorter par quatre raisons à écouter volontiers la parole de Dieu, qu'il compara à quatre sortes de choses, savoir : à un collyre, parce qu'elle éclaire l’œil de notre intelligence; à une potion, parce qu'elle purge et purifie notre affection de tout amour charnel ; à un emplâtre, en ce qu'elle guérit les blessures de nos péchés; à la nourriture, parce qu'elle nous fortifie dans l’amour des choses célestes : or de même, ajouta-t-il, que ces objets ne fontde bien à mi malade qu'autant qu'il les prend, de même la parole de Dieu ne profite pas à une âme languissante si elle ne l’écoute avec dévotion. Or tandis que l’apôtre prêchait, Migdomie crut et dès lors elle eut horreur de partager la couche de son mari. Mais Carisius demanda au roi et obtint que l’apôtre fût mis en prison. Migdomie l’y vint trouver et le pria de lui pardonner d’avoir été emprisonné par rapport à elle. Il la consola avec bonté et l’assura qu'il souffrait tout de bon coeur. Or Carisius demanda au roi d'envoyer la reine, sueur de sa femme, pour qu'elle tâchât de la ramener, s'il était possible. La reine fut envoyée et convertie par celle qu'elle voulait pervertir; après avoir vu tant de prodiges opérés par l’apôtre : « Ils sont maudits de Dieu, dit-elle, ceux qui ne croient pas à de si grands miracles et à de pareilles oeuvres. » Alors l’apôtre instruisit brièvement tous les auditeurs sur trois points, savoir : d'aimer l’Église, d'honorer les prêtres et de se réunir assidûment pour écouter la parole de Dieu. La reine étant revenue, le roi lui dit « Pourquoi être restée si longtemps? » Elle répondit: « Je croyais Migdomie folle et elle est très sage; en me conduisant à l’apôtre de Dieu, elle m’a fait connaître la voie de la vérité et ceux-là sont bien insensés qui ne croient pas en J.-C. » Or la reine refusa d'avoir désormais commerce avec le roi. Celui-ci, stupéfait, dit à son parent : « En voulant recouvrer ta femme, j'ai perdu la mienne qui se comporte envers moi de pire façon que ne fait la tienne à ton égard. » Alors le roi ordonna de lier les mains de l’apôtre, le fit amener en sa présence et lui enjoignit de ramener leurs femmes à leurs maris. Mais l’apôtre lui démontra par trois exemples qu'elles ne le devaient pas faire, tant qu'ils persisteraient dans l’erreur, savoir: par l’exemple du roi, l’exemple de la tour et l’exemple de la fontaine. « D'où vient, dit-il, que vous, qui êtes roi, vous ne voudriez pas que votre service se fit d'une manière sale et que vous exigez la propreté dans vos serviteurs et dans vos servantes? Combien plus devez-vous croire que Dieu exige un service très chaste et très propre? Pourquoi me faire un crime de prêcher aux serviteurs de Dieu de l’aimer, quand vous désirez la même chose dans les vôtres? J'ai élevé une tour très haute et vous ine dites, à moi qui l’ai bâtie, de la détruire? J'ai creusé profondément la terre et fait jaillir une, fontaine de l’abîme et vous me dites de la combler? » Le roi, en colère, fit apporter des lames de fer brûlantes et placer l’apôtre nu-pieds sur elles; mais aussitôt, par l’ordre de Dieu, une fontaine surgit en cet (63) endroit-là même et les refroidit. Alors le roi, d'après le conseil de son parent, fit jeter Thomas dans une fournaise ardente, qui s'éteignit, de telle sorte que le lendemain il en sortit sain et frais. Carisius dit au roi : « Fais-lui offrir un sacrifice au soleil, afin qu'il encoure la colère de son Dieu qui le préserve. » Comme on pressait l’apôtre de le faire, il dit au roi : « Tu vaux mieux que ce que tu fais exécuter, puisque tu négliges le vrai Dieu pour honorer une image. Tu penses, comme te l’a dit Carisius, que Dieu s'irritera contre moi quand j'aurai adoré ton dieu; il sera bien plus irrité contre ton idole, car il la brisera : adore-le donc. Que si en adorant ton Dieu, le mien ne le renverse pas, je sacrifie à l’idole; mais s'il en arrive ainsi que je le dis, tu croiras à mon Dieu. » Le roi lui dit : « Tu me parles comme à un égal. » Alors l’apôtre commanda en langue hébraïque au démon renfermé dans l’idole, qu'aussitôt qu'il aurait fléchi le genou devant lui, à l’instant il brisât l’idole. Or l’apôtre, en fléchissant le genou, dit : « Voici que j'adore, mais ce n'est pas l’idole; voici que j'adore, mais ce n'est pas le métal ; voici que j'adore, mais ce n'est pas un simulacre, car Celui que j'adore, c'est mon Seigneur J.-C., au nom duquel je te commande, démon, qui te caches dans cette image, de la briser. » Et aussitôt elle disparut comme une cire qui se fond. Tous les prêtres poussèrent des hurlements et le pontife du temple saisit un glaive avec lequel il perça l’apôtre en disant : « C'est moi qui tirerai vengeance de l’affront fait à mon Dieu. » Pour le roi et Carisius, ils s'enfuirent en voyant le peuple s'apprêtant à venger l’apôtre et à brûler vif le pontife. Les chrétiens emportèrent-le corps du saint et l’ensevelirent honorablement. Longtemps après, c'est-à-dire environ l’an 230, il fut transporté en la ville d'Edesse, qui s'appelait autrefois Ragès des Mèdes. Ce fut l’empereur Alexandre qui le fit à la prière des Syriens. Or, en cette ville, aucun, hérétique, aucun juif, aucun païen n'y peut vivre, pas plus qu'aucun tyran ne saurait y faire de mal, depuis que Abgare, roi de cette cité, eut l’honneur de recevoir une lettre écrite de la main du Sauveur (Eusèbe rapporte au 1er livre de son Histoire ecclésiastique et la lettre d'Abgare et la réponse de J.-C. (chap. XIII). Il a pris, dit-il, ces deux pièces dans les archives d'Edesse). Car aussitôt que l’ennemi vient attaquer cette ville, un enfant baptisé, debout sur la porte, lit cette lettre et le jour mètre, tant par l’écrit du Sauveur, que par les mérites de l’apôtre Thomas, les ennemis sont mis en fuite ou font la paix. Voici ce que dit de cet apôtre Isidore, dans son livre de la vie et de la mort des saints : « Thomas, disciple et imitateur de J.-C., fut incrédule en entendant et fidèle en voyant. Il prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdès, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens : en entrant dans l’Orient et en pénétrant dans l’intérieur du pays, il prêcha jusqu'à l’heure de son martyre. Il fut percé à coups de lances. » Ainsi parle Isidore (Isidore raconte des faits conformes à cette légende). Et saint Chrysostome dit, de son côté, que quand Tllomas fut arrivé au pays des Mages qui étaient venus adorer J.-C., il les baptisa, puis ils devinrent ses coadjuteurs dans l’établissement de la foi chrétienne.

* Pour la légende de saint Thomas, on lira des détails forts intéressants dans l’explication du vitrail de cet apôtre (Les Vitraux de Bourges, par les PP. Martin et Cassier, pages 133 et suiv.).

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii



Saint Thomas de Galilée, Apôtre, martyr à Méliapour, dans les Indes. Ier siècle.

" L'infidélité de saint Thomas en a fait un témoin irréprochable de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ ; la foi de saint Thomas, devenue plus vive et plus courageuse après son infidélité, en a fait un prédicateur zélé et un glorieux martyr de la résurrection."

Du Jarry, Essai de panégyriques.


« L'infidélité de saint Thomas ». Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe siècle

Voici la dernière Fête que va célébrer l'Eglise avant celle de la Nativité de son Seigneur et Epoux. Elle interrompt les Féries majeures pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et dont le glorieux martyre, consacrant à jamais ce jour, procura au peuple chrétien un puissant introducteur auprès du divin Messie. Il appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur le Cycle dans les jours où nous sommes, afin que sa protection aidât les fidèles à croire et à espérer en ce Dieu qu'ils ne voient pas encore, et qui vient à eux sans bruit et sans éclat, afin d'exercer leur Foi.

Saint Thomas douta un jour, et ne comprit le besoin de la Foi qu'après avoir passé parles ombres de l'incrédulité : il est juste qu'il vienne maintenant en aide aux enfants de l'Eglise, et qu'il les fortifie contre les tentations qui pourraient leur survenir de la part d'une raison orgueilleuse. Adressons-nous donc à lui avec confiance ; et du sein de la lumière où son repentir et son amour l'ont placé, il demandera pour nous la docilité d'esprit et de cœur qui nous est nécessaire pour voir et pour reconnaître Celui qui fait l'attente des nations, et qui, destiné à régner sur elles, n'annoncera son arrivée que par les faibles vagissements d'un enfant, e. non par la voix tonnante d'un maître. Mais lisons d'abord le récit des Actes de notre saint Apôtre. L'Eglise a jugé à propos de nous le présenter sous la forme la plus abrégée, dans la crainte de mêler quelques détails fabuleux aux faits incontestables que les sources authentiques nous fournissent.



« Infidélité de saint Thomas ». Sermons. Maurice de Sully. Italie. XIVe.

Thomas signifie abyme, ou jumeau, en grec Dydime : ou bien il vient de thomos qui veut dire division, partage. Il signifie abyme, parce qu'il mérita de sonder les profondeurs de la divinité, quand, à sa question, Notre Seigneur Jésus-Christ répondit :

" Je suis la voie, la vérité et la vie."

On l’appelle Dydime pour avoir connu de deux manières la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. Les autres en effet, connurent le Sauveur en le voyant, et lui, en le voyant et en le touchant. Il signifie division, soit parce qu'il sépara son âme de l’amour des choses du monde, soit parce qu'il se sépara des autres dans la croyance à la résurrection.

On pourrait dire encore qu'il porte le nom de Thomas, parce qu'il se laissa inonder tout entier par l’amour de Dieu.

Il posséda ces trois qualités qui distinguent ceux qui ont cet amour et que demande Prosper au livre de la vie contemplative : Aimer Dieu, qu'est-ce ? Si ce n'est concevoir au fond du coeur un vif désir de voir Dieu, la haine du péché et le mépris du monde. Thomas pourrait encore venir de Theos, Dieu, et meus, mien, c'est-à-dire, mon Dieu, par rapport à ces paroles qu'il prononça lorsqu'il fut convaincu, et eut la foi :

" Mon Seigneur et mon Dieu."


L'apôtre Thomas était à Césarée quand le Seigneur lui apparut et lui dit :

" Le roi des Indes Gondoforus a envoyé son ministre Abanès à la recherche d'un habile architecte. Viens et je t'adresserai à lui." (On a des médailles de Gondoforus).

" Seigneur, répondit Thomas, partout où vous voudrez, envoyez-moi, excepté aux Indes."

Dieu lui dit :

" Va sans aucune appréhension, car je serai ton gardien. Quand tu auras converti les Indiens, tu viendras à moi avec la palme du martyre."

Et Thomas lui répondit :

" Vous êtes mon maître, Seigneur, et moi votre serviteur : que votre volonté soit faite."

Comme le prévôt ou l’intendant se promenait sur la place, le, Seigneur lui dit :

" Que vous faut-il, jeune homme ?

- Mon maître, dit celui-ci, m’a envoyé pour lui ramener des ouvriers habiles en architecture, qui lui construisent un palais à la romaine."

Alors le Seigneur lui offrit Thomas comme un homme très capable en cet art.


« Saint Thomas au repas de noce ».
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Ils s'embarquèrent, et arrivèrent à une ville où le roi célébrait le mariage de sa fille. Il avait fait annoncer que tous prissent part à la noce, sous peine d'encourir sa colère. Abanès et l’apôtre s'y rendirent. Or, une jeune fille juif, qui tenait une flûte à la main, adressait quelques paroles flatteuses à chacun. Quand elle vit l’apôtre, elle reconnut qu'il était juif parce qu'il ne mangeait point et qu'il tenait les yeux fixés vers le ciel. Alors elle se mit à chanter en hébreu devant lui :

" C'est le Dieu des Hébreux qui seul a créé l’univers, et creusé les mers." Et l’apôtre voulait lui faire répéter ces mêmes paroles.

L'échanson remarquant qu'il ne mangeait ni ne buvait, mais tenait constamment les yeux vers le ciel, donna un soufflet à l’apôtre de Dieu.

" Mieux vaudrait pour toi d'être épargné plus tard, lui dit l’apôtre, et d'être puni ici-bas d'un châtiment passager. Je ne me lèverai point que la main qui m’a frappé n'ait été ici même apportée par les chiens."

Or, l’échanson étant allé puiser de l’eau à ta, fontaine, un lion l’étrangla et but son sang. Les chiens déchirèrent son cadavre, et l’un d'eux, qui était noir, en apporta la main droite au milieu du festin. A cette vue toute la foule fut saisie, et la pucelle se rappelant ses paroles, jeta sa flûte et vint se prosterner aux pieds de l’apôtre.

Cette vengeance est blâmée par saint Augustin dans son livre contre Fauste où il déclare qu'elle a été intercalée ici par un faussaire ; aussi cette légende est tenue pour suspecte en bien des points. On pourrait dire néanmoins, que ce ne fut pas une vengeance mais une prédiction. En examinant au reste avec soin les paroles de saint Augustin, cette action ne paraît pas improuvée tout à fait. Or voici ce qu'il dit dans le même livre :

" Les Manichéens se servent de livres apocryphes, écrits sous le nom des apôtres, je ne sais par quels compilateurs de fables. Au temps de leurs auteurs, il auraient joui de quelque autorité dans l’Église, si de saints docteurs qui vivaient alors et qui pouvaient les examiner en eussent reconnu l’authenticité. Ils racontent donc que l’apôtre Thomas se trouvant à un repas de noces comme pèlerin inconnu, il avait été frappé de la main d'un serviteur contre lequel il aurait exprimé aussitôt le souhait d'une cruelle vengeance. Car cet homme, étant sorti afin d'aller puiser de l’eau à une fontaine pour les convives, aurait été tué par un lion qui se serait jeté sur lui ; et la main qui avait frappé légèrement la figure de l’apôtre, arrachée du corps d'après son voeu et ses imprécations, aurait été apportée par un chien sur la table où l’apôtre était placé. Peut-on voir quelque chose de plus cruel ?

Or, si je ne me trompe, cela veut dire qu'en obtenant son pardon pour la vie future, il y eut une certaine compensation par un plus grand service qu'il lui rendait. L'apôtre, chéri et honoré de Dieu, était, par ce moyen, rendu recommandable et à ceux qui ne le connaissaient pas et à celui en faveur duquel il obtenait la vie éternelle à la place d'une vie qui devait finir. Il m’importe peu si ce récit est vrai ou faux : ce qu'il y a de certain, c'est que les Manichéens, qui reçoivent comme vraies et sincères ces écritures que le canon de l’Église rejette, sont du moins forcés d'avouer que la vertu de patience enseignée par le Seigneur lorsqu'il dit que " si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche ", peut exister réellement au fond du coeur, quand bien même on n'en ferait pas montre par ses gestes et ses paroles, puisque l’apôtre, qui avait été souffleté, pria le Seigneur d'épargner l’insolent dans la vie future, en ne laissant pas sa faute impunie ici-bas, plutôt que de lui présenter l’autre joue ou de l’avertir de le frapper une seconde fois. Il avait l’amour de la charité intérieurement, et extérieurement il réclamait une correction qui servit d'exemple.

Que ceci soit vrai ou que ce ne soit qu'une fable, pourquoi refuseraient-ils de louer dans l’apôtre ce qu'ils approuvent dans le serviteur de Dieu Moïse qui égorgea les fabricateurs et les adorateurs d'une idole.

Si nous comparons les châtiments, être tué par le glaive ou être déchiré sous la dent des bêtes féroces, c'est chose semblable, puisque les juges, d'après les lois publiques, condamnent îles grands coupables à périr ou sous la dent des bête, ou bien par l’épée."

Voilà ce que dit saint Augustin.

Alors l’apôtre, sur la demande du roi, bénit l’époux et l’épouse en disant :

" Accordez, Seigneur, la bénédiction de votre droite à ces jeunes gens, et semez au fond de leurs coeurs les germes féconds de la vie."

Quand l’apôtre se retira, l’époux se trouva tenir une branche chargée de dattes. Les époux après avoir mangé de ces fruits s'endormirent tous deux et eurent le même songe. Il leur semblait qu'un roi couvert de pierreries les embrassait en disant :

" Mon apôtre vous a bénis pour que vous ayez part à la vie éternelle."

S'étant éveillés ils se racontaient l’un à l’autre leur songe, quand l’apôtre se présenta, il leur dit :

" Mon roi vient de vous apparaître, il m’a introduit ici les portes fermées, pour que ma bénédiction vous profitât. Gardez la pureté du corps, c'est la reine de toutes lesvertus et le salut éternel en est le fruit. La virginité est la sueur des Anges, comble de biens, elle donne la victoire sur les passions mauvaises, c'est le trophée de la foi, la fuite des démons et le gage des joies éternelles. La luxure engendre la corruption, de la corruption naît la souillure, de la souillure vient la culpabilité, et la culpabilité produit la confusion."

Pendant qu'il exposait ces maximes, apparurent deux anges qui leur dirent :

" Nous sommes envoyés pour être vos anges gardiens : si vous mettez en pratique les avis de l’apôtre avec fidélité, nous offrirons tous vos souhaits à Dieu."

Alors Thomas les baptisa et leur enseigna chacune des vérités de la foi. Longtemps après, l’épouse, nommée Pélage, se consacra à Dieu en prenant le voile, et l’époux, qui s'appelait Denys, fut ordonné évêque de cette ville.

Après cela, Thomas et Abanès allèrent chez le roi des Indes. L'apôtre traça le plan d'un palais magnifique : le roi, après lui avoir remis de considérables trésors, partit pour une autre province. L'apôtre distribua aux pauvres le trésor tout entier. Pendant les deux ans que dura l’absence du roi, Thomas se livra avec ardeur à la prédication et convertit à la foi un monde innombrable. A son retour, le roi s'étant informé de ce qu'avait fait Thomas, l’enferma avec Abanès au fond d'un cachot, en attendant qu'on les fit écorcher et livrer aux flammes.



« Saint Thomas prêchant ». Livre des merveilles. Paris. XVe.

Sur ces entrefaites, Gab, frère du roi, meurt. On se préparait à lui élever un tombeau magnifique, quand le quatrième jour, le mort ressuscita ; tout le monde effrayé fuyait sur ses pas ; alors il dit à son frère :

" Cet homme, mon frère, que tu te disposais à faire écorcher et brûler, c'est un ami de Dieu et tous les anges lui obéissent. Ceux qui me conduisaient en paradis me montrèrent un palais admirable bâti d'or, d'argent et, de pierres précieuses ; j'en admirais la beauté, quand ils me dirent :

" C'est le palais que Thomas avait construit pour ton frère."

Et comme je disais :

" Que n'en suis-je le portier !"

Ils ajoutèrent alors :

" Ton frère s'en est rendu indigne ; si donc tu veux y demeurer, nous prierons le Seigneur de vouloir bien te ressusciter afin que tu puisses l’acheter à ton frère en lui remboursant l’argent qu'il pense avoir perdu."

En parlant ainsi, il courut à la prison de l’apôtre, le priant d'avoir de l’indulgence pour son frère. Il délia ses chaînes et le pria de recevoir un vêtement précieux.

" Ignores-tu, lui répondit l’apôtre, que rien de charnel, rien de terrestre n'est estimé de ceux qui désirent avoir puissance en choses célestes ?"

Il sortait de la prison quand le roi, qui venait au-devant de lui, se jeta à ses pieds en lui demandant pardon.

Alors l’apôtre dit :

" Dieu t'a accordé une grande faveur que de te révéler ses secrets. Crois en Notre Seigneur Jésus-Christ et reçois le baptême pour participer au royaume éternel."

Le frère du roi lui dit :

" J'ai vu le palais que tu avais bâti pour mon frère et il me ferait plaisir de l’acheter." L'apôtre repartit : « Cela est au pouvoir de ton frère. » Et le roi lui dit :

" Je le garde pour moi : que l’apôtre t'en bâtisse un autre, ou bien s'il ne le peut, nous le posséderons en commun."

L'apôtre répondit :

" Ils sont innombrables dans le ciel, les palais préparés aux élus depuis le commencement du monde ; on les achète par les prières et au prix de la foi et des aumônes. Vos richesses peuvent vous y précéder, mais elles ne sauraient vous y suivre."

Un mois après, l’apôtre ordonna de rassembler tous les pauvres de cette province, et quand ils furent réunis, il en sépara les malades et les infirmes, fit une prière sur eux. Et après que ceux qui avaient été instruits eurent répondu " Amen ", un éclair parti du ciel éblouit aussi bien l’apôtre que les assistants pendant une demi-heure, au point que tous se croyaient tués par la foudre ; mais Thomas se leva et dit :

" Levez-vous, car mon Seigneur est venu comme la foudre et vous a guéris."

Tous se levèrent alors guéris et rendirent gloire à Dieu et à l’apôtre. Thomas s'empressa de les instruire et leur démontra les douze degrés des vertus :

- Le 1er, c'est de croire en Dieu, qui est un en essence et triple en personnes ; il leur donna trois exemples sensibles pour prouver que dans une essence, il y a trois personnes. Le 1er est que dans l’homme il y a une sagesse et d'elle seule et unique procèdent intelligence, mémoire et génie. Par ce génie, dit-il, vous découvrez ce que vous n'avez pas appris ; par la mémoire, vous retenez ce que vous avez appris et avec l’intelligence vous comprenez ce qui peut être démontré et enseigné.

Le 2e est que dans une vigne il se trouve trois parties : le bois, les feuilles et le fruit et ces trois ensemble font une seule et même vigne.

Le 3e est qu'une tête contient quatre sens, savoir : la vue, le goût, l’ouïe et l’odorat ; ce qui est multiple et ne fait cependant qu'une tête.

- Le 2e degré est de recevoir le baptême.

- Le 3e est de s'abstenir de la fornication.

- Le 4e c'est de fuir l’avarice.

- Le 5e de se préserver de la gourmandise.

- Le 6e de vivre dans la pénitence.

- Le 7e de persévérer dans ces bonnes Oeuvres.

- Le 8e d'aimer à pratiquer l’hospitalité.

- Le 9e de chercher et de faire la volonté de Dieu dans ses actions.

- Le 10e de rechercher ce que la volonté de Dieu défend et de l’éviter.

- Le 11e de pratiquer la charité envers ses amis comme envers ses ennemis.

- Le 12e d'apporter un soin vigilant à garder ces degrés.

Après cette prédication furent baptisés neuf mille hommes, sans compter les enfants et les femmes. De là Thomas alla dans l’Inde supérieure, où il se rendit célèbre par un grand nombre de miracles. L'apôtre donna la lumière de la foi à Sintice, qui était amie de Migdomie, épouse de Carisius, cousin du roi et Migdomie dit à Sintice :

" Penses-tu que je le puisse voir ?"

Alors Migdomie, de l’avis de Sintice, changea de vêtement et vint se joindre aux pauvres femmes dans le lieu où l’apôtre prêchait.

Or le saint se mit à déplorer la misère de la vie et dit entre autres choses que cette vie est misérable, qu'elle est fugitive et sujette aux disgrâces ! Quand on croit la tenir, elle s'échappe et se disloque, et il commença à exhorter par quatre raisons à écouter volontiers la parole de Dieu, qu'il compara à quatre sortes de choses, savoir :

- à un collyre, parce qu'elle éclaire l’œil de notre intelligence ;

- à une potion, parce qu'elle purge et purifie notre affection de tout amour charnel ;

- à un emplâtre, en ce qu'elle guérit les blessures de nos péchés ;

- à la nourriture, parce qu'elle nous fortifie dans l’amour des choses célestes.

" Or de même, ajouta-t-il, que ces objets ne font de bien à un malade qu'autant qu'il les prend, de même la parole de Dieu ne profite pas à une âme languissante si elle ne l’écoute avec dévotion."

Or tandis que l’apôtre prêchait, Migdomie crut et dès lors elle eut horreur de partager la couche de son mari. Mais Carisius demanda au roi et obtint que l’apôtre fût mis en prison. Migdomie l’y vint trouver et le pria de lui pardonner d’avoir été emprisonné par rapport à elle. Il la consola avec bonté et l’assura qu'il souffrait tout de bon coeur. Or Carisius demanda au roi d'envoyer la reine, soeur de sa femme, pour qu'elle tâchât de la ramener, s'il était possible. La reine fut envoyée et convertie par celle qu'elle voulait pervertir ; après avoir vu tant de prodiges opérés par l’apôtre :

" Ils sont maudits de Dieu, dit-elle, ceux qui ne croient pas à de si grands miracles et à de pareilles oeuvres."

Alors l’apôtre instruisit brièvement tous les auditeurs sur trois points, savoir : d'aimer l’Église, d'honorer les prêtres et de se réunir assidûment pour écouter la parole de Dieu.

La reine étant revenue, le roi lui dit :

" Pourquoi être restée si longtemps ?"

Elle répondit :

" Je croyais Migdomie folle et elle est très sage ; en me conduisant à l’apôtre de Dieu, elle m’a fait connaître la voie de la vérité et ceux-là sont bien insensés qui ne croient pas en Jésus-Christ."

Or la reine refusa d'avoir désormais commerce avec le roi. Celui-ci, stupéfait, dit à son parent :

" En voulant recouvrer ta femme, j'ai perdu la mienne qui se comporte envers moi de pire façon que ne fait la tienne à ton égard."

Alors le roi ordonna de lier les mains de l’apôtre, le fit amener en sa présence et lui enjoignit de ramener leurs femmes à leurs maris. Mais l’apôtre lui démontra par trois exemples qu'elles ne le devaient pas faire, tant qu'ils persisteraient dans l’erreur, savoir par l’exemple du roi, l’exemple de la tour et l’exemple de la fontaine :

" D'où vient, dit-il, que vous, qui êtes roi, vous ne voudriez pas que votre service se fit d'une manière sale et que vous exigez la propreté dans vos serviteurs et dans vos servantes ? Combien plus devez-vous croire que Dieu exige un service très chaste et très propre ? Pourquoi me faire un crime de prêcher aux serviteurs de Dieu de l’aimer, quand vous désirez la même chose dans les vôtres ?

J'ai élevé une tour très haute et vous me dites, à moi qui l’ai bâtie, de la détruire ?

J'ai creusé profondément la terre et fait jaillir une, fontaine de l’abîme et vous me dites de la combler ?"

Le roi, en colère, fit apporter des lames de fer brûlantes et placer l’apôtre nu-pieds sur elles ; mais aussitôt, par l’ordre de Dieu, une fontaine surgit en cet endroit-là même et les refroidit.

Alors le roi, d'après le conseil de son parent, fit jeter Thomas dans une fournaise ardente, qui s'éteignit, de telle sorte que le lendemain il en sortit sain et frais.

Carisius dit au roi :

" Fais-lui offrir un sacrifice au soleil, afin qu'il encoure la colère de son Dieu qui le préserve."

Comme on pressait l’apôtre de le faire, il dit au roi :

" Tu vaux mieux que ce que tu fais exécuter, puisque tu négliges le vrai Dieu pour honorer une image. Tu penses, comme te l’a dit Carisius, que Dieu s'irritera contre moi quand j'aurai adoré ton dieu ; il sera bien plus irrité contre ton idole, car il la brisera : adore-le donc. Que si en adorant ton Dieu, le mien ne le renverse pas, je sacrifie à l’idole ; mais s'il en arrive ainsi que je le dis, tu croiras à mon Dieu."

Le roi lui dit :

" Tu me parles comme à un égal."

Alors l’apôtre commanda en langue hébraïque au démon renfermé dans l’idole, qu'aussitôt qu'il aurait fléchi le genou devant lui, à l’instant il brisât l’idole. Or l’apôtre, en fléchissant le genou, dit :

" Voici que j'adore, mais ce n'est pas l’idole ; voici que j'adore, mais ce n'est pas le métal ; voici que j'adore, mais ce n'est pas un simulacre, car Celui que j'adore, c'est mon Seigneur Jésus-Christ, au nom duquel je te commande, démon, qui te caches dans cette image, de la briser."

Et aussitôt elle disparut comme une cire qui se fond.

Tous les prêtres poussèrent des hurlements et le pontife du temple saisit un glaive avec lequel il perça l’apôtre en disant :

" C'est moi qui tirerai vengeance de l’affront fait à mon Dieu."

Pour le roi et Carisius, ils s'enfuirent en voyant le peuple s'apprêtant à venger l’apôtre et à brûler vif le pontife. Les chrétiens emportèrent le corps du saint et l’ensevelirent honorablement. Longtemps après, c'est-à-dire environ l’an 230, il fut transporté en la ville d'Edesse, qui s'appelait autrefois Ragès des Mèdes. Ce fut l’empereur Alexandre qui le fit à la prière des Syriens. Or, en cette ville, aucun hérétique, aucun juif, aucun Païen n'y peut vivre, pas plus qu'aucun tyran ne saurait y faire de mal, depuis que Abgare, roi de cette cité, eut l’honneur de recevoir une lettre écrite de la main du Sauveur (Eusèbe rapporte au Ier livre de son Histoire ecclésiastique et la lettre d'Abgare et la réponse de Notre Seigneur Jésus-Christ. (chap. XIII). Il a pris, dit-il, ces deux pièces dans les archives d'Edesse).



« Saint Thomas devant l'idole ». Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Car aussitôt que l’ennemi vient attaquer cette ville, un enfant baptisé, debout sur la porte, lit cette lettre et le jour même, tant par l’écrit du Sauveur, que par les mérites de l’apôtre Thomas, les ennemis sont mis en fuite ou font la paix. Voici ce que dit de cet apôtre Isidore, dans son livre de la vie et de la mort des saints :

" Thomas, disciple et imitateur de Notre Seigneur Jésus-Christ, fut incrédule en entendant et fidèle en voyant. Il prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdès, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens : en entrant dans l’Orient et en pénétrant dans l’intérieur du pays, il prêcha jusqu'à l’heure de son martyre. Il fut percé à coups de lances."

Ainsi parle Isidore (Isidore raconte des faits conformes à cette légende). Et saint Jean Chrysostome dit, de son côté, que quand Thomas fut arrivé au pays des Mages qui étaient venus adorer Notre Seigneur Jésus-Christ, il les baptisa, puis ils devinrent ses coadjuteurs dans l’établissement de la foi chrétienne.

Cima da Conegliano. L'infidélité de saint Thomas. XVe siècle

PRIÈRE

" Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c'est à vous maintenant que s'adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Eglise. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d'une lumière qui nous conduise jusqu'à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi.

Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu'il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, Ô saint Apôtre, ce n'est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile ; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous :

" Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui cependant ont cru !"

Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu'en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, Ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l'œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons."




Michelangelo Merisi da Caravaggio. L'Incrédulité de Saint Thomas.
 Huile sur toile, 1602, 107 x 146, Potsdam, Sanssouci.

Thomas est natif de Rama de Benjamin, près de Jérusalem. C'est donc l'un des trois apôtres judéens avec Judas et Simon le Zélote. Il est issu d'une famille aisée (Tome 7, chapitre 185) : son père est un orfèvre réputé. Joseph d'Arimathie le connaît bien. Thomas est lui-même orfèvre et pratique occasionnellement ce métier.       

En 28, il assiste, comme Judas, à l'expulsion des marchands du Temple[1] ce qui le décide à suivre Jésus (Tome 2, chapitre 17). Il en devient le 7ème apôtre.   

À peine accueilli, il est envoyé en mission auprès de Simon le zélote et des autres lépreux de Jérusalem pour leur annoncer l’espérance.

"Quand ta Bonne Nouvelle pourra être annoncée par le monde, dit-il à Jésus, je crois que les premiers à l'accueillir et les plus nombreux seront les esclaves, ceux qui n'ont aucun réconfort humain et se réfugieront dans tes promesses pour le trouver... s'il me revient justement l'honneur de t'annoncer, j'aurais un amour spécial pour ces malheureux...     
      
"- Comment les approcheras-tu ? demande Jésus.    

- C'est par le travail que je ferai de la propagande parmi les infidèles. Je serai orfèvre pour les dames et maître pour leurs esclaves" (Tome 6, chapitre 126 et Tome 6, chapitre 132).     

Lors d'un séjour à Nazareth, il met en application son talent : il fabrique une broche représentant des lys des vallées (muguet). Il l'offre à la Vierge Marie. Il sait qu'elle ne la portera pas, mais il avait entendu Jésus comparer l'humilité de la fleur à l'humilité de sa mère (Tome 6, chapitre 101).  

"Bon Thomas qui aime son Maître, dit Marie, au point de retenir non seulement sa Doctrine, mais même ses plus humbles paroles sur les choses les plus humbles et les personnes les plus insignifiantes". Elle fait ainsi référence à son amour pour les délaissés (Tome 6, chapitre 133).     

Jésus se rend dans sa famille à Rama (Tome 5, chapitre 53). Il y rencontre ses parents ses frères et ses sœurs, dont sa sœur jumelle. Son surnom de Didyme[2], veut en effet dire jumeau en grec. Lors de ce séjour, Jésus prononce le discours sur le nombre des élus et la porte étroite qu'il faut franchir[3].        

Voulant honorer la Vierge Marie venue rejoindre son fils dans son exil à Ephraïm en Samarie, il déploie son talent pour la décoration : "C'est vraiment un artiste, dit Simon le zélote* aux autres apôtres. D'un rien il a orné la pièce comme pour un repas de noces. Allez voir" (Tome 8, chapitre 27).

Sa sensibilité n'empêche pas son courage : Lorsque Jésus décide d'aller à Béthanie ressusciter Lazare, sachant l'hostilité qui les attendait, il lance aux autres disciples : "Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! [4]". 

Selon Maria Valtorta, il va chercher l'ânon avec André pour l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, le dimanche des Rameaux (Tome 9, chapitre 9). Il s'enfuit après l'arrestation de Jésus (Tome 9, chapitre 21) et n'assiste donc pas à la Passion. Il est retrouvé une semaine plus tard dans la grotte de la Nativité où il s'était réfugié. Secoué par les évènements, il ne veut pas croire à la Résurrection (Tome 10, chapitre 14).           

Jésus lui apparaît les jours suivants (Tome 10, chapitre 15). Il lui reproche son incrédulité et l'invite à toucher ses plaies. Thomas ne voulait pas croire sans toucher les plaies de Jésus avait-il dit. Il lance alors sa célèbre exclamation : "Mon Seigneur et Mon Dieu ![5]".       

La veille de son Assomption, en récapitulant les apôtres, Marie confie à Jean, seul témoin présent : "Thomas est un pacifique" (Tome 10, chapitre 35).

C'est un caractère gai, débonnaire et pacifique, d’apparence grassouillette (Tome 8, chapitre 5). Il a 38 ans environ. De voix, il est baryton (Tome 3, chapitre 56). Son visage respire la vivacité.         

Thomas est volontiers le cuisinier du groupe des apôtres. Il est lui-même doté d’un fier appétit.

Thomas est éloquent et volubile (Tome 8, chapitre 5). "Thomas sait parler. On dirait qu'il fait de la réclame au marché pour vendre sa marchandise, mais il arrive à convaincre" dit de lui Simon-Pierre* (Tome 2, chapitre 99). Sa rhétorique est bien utile au groupe des apôtres, notamment lorsqu'il s'agit de négocier chez les philistins peu favorables aux juifs (Tome 3, chapitre 80).

En araméen "Toma" signifie "jumeau" (Didyme en grec).
 Tome 2 : Appel des premiers apôtres : 2.16 - 2.17 - 2.18 - 2.19 - Voyage apostolique en Judée : 2.29 - 2.33 - 2.56 - 2.57 - 2.58 - 2.59 - 2.60 - 2.61 - 2.62 - Les derniers bergers : 2.63 - 2.64 - 2.65 - 2.68 - 2.69 - 2.70 - 2.71 - 2.75 - 2.76 - En Judée avant la vie commune : 2.77 - 2.78 - 2.79 - 2.81 - 2.82 - 2.83 - 2.84 - 2.85 - Enseignements sur les Dix Commandements :
2.86 - 2.87 - 2.88 - 2.89 - 2.90 - 2.91 - 2.92 - 2.93 - 2.94 - 2.95 - 2.96 - 2.97 - 2.98 - 2.99 - Les fêtes de fin d'année : 2.100 - 2.101 - 2.102 - 2.103 - 2.104 - 2.105 - 2.106 - 2.107.  

 Tome 3 : 3.1 - 3.2 - La samaritaine : 3.3 - 3.4 - 3.5 - 3.6 - 3.7 - 3.9 - L'apostolat féminin : 3.13 - 3.14 - 3.15 - 3.17 - 3.18 - En Galilée, élection des apôtres : 3.20 - 3.22 - 3.24 - 3.25 - 3.26 - Le Sermon sur la Montagne : 3.29 - 3.30 - 3.31 - 3.32 - 3.33 - 3.34 - 3.36 - Apostolat en Galilée : 3.37 - 3.38 - 3.39 - 3.40 - 3.41 - 3.42 - 3.43 - 3.44 - 3.47 - Le second voyage pascal : 3.48 - 3.49 - 3.50 - 3.51 - 3.52 - 3.53 - 3.54 - 3.55 - 3.56 - 3.57 - 3.58 - 3.59 - 3.60 - 3.62 - 3.63 - 3.64 - Apostolat en Judée : 3.66 - 3.67 - 3.68 - 3.69 - 3.70 - 3.72 - 3.73 - 3.74 - 3.75 - 3.76 - 3.77 - Apostolat en Philistie : 3.78 - 3.79 - 3.80 - 3.81 - 3.82 - 3.83 - 3.84 - 3.85 - 3.86.           

 Tome 4 : 4.87 - La conversion de Marie-Madeleine : 4.89 - 4.91 - 4.93 - 4.94 - 4.96 - 4.100 - 4.101 - 4.102 - 4.103 - 4.104 - 4.105 - 4.106 - 4.107 - 4.110 - 4.111 - 4.112 - 4.113 - 4.114 - 4.115 - 4.116 - 4.117 - 4.118 - Envoi des apôtres et disciples en mission : 4.119 - 4.120 - 4.123 - 4.124 - 4.125 - 4.128 - 4.131 - 4.132 - 4.134 - 4.135 - 4.136 - 4.137 - 4.139 - 4.140 - 4.141 - 4.142 - 4.143 - 4.144 - Pérée, Galaad et Trachonitide : 4.145 - 4.148 - 4.160 - 4.161 - 4.162 - 4.165 - 4.166 - 4.167 - 4.168 - Les fêtes de fin d'année à Nazareth : 4.175.
        
 Tome 5 : Phénicie et Haute-Galilée : 5.22 - 5.23 - 5.24 - 5.26 - 5.27 - 5.28 - 5.29 - 5.30 - 5.31 - 5.32 - 5.33 - 5.34 - 5.35 - La Transfiguration et le Pain du Ciel : 5.36 - 5.37 - 5.38 - 5.39 - 5.40 - 5.42 - 5.44 - 5.45 - 5.46 - 5.47 - 5.48 - 5.49 - 5.50 - 5.51 - 5.52 - 5.53 - L'avant-dernière Pâque : 5.54 - 5.55 - 5.56 - 5.57 - 5.58 - 5.59 - 5.60 - 5.61 - 5.62 - 5.64 - 5.65 - 5.66 - 5.67 - 5.68 - En Judée : 5.69 - 5.70 - 5.71 - 5.72 - 5.73 - 5.74 - 5.75.           

 Tome 6 : Adieux en Judée : 6.76 - 6.77 - 6.78 - 6.79 - 6.80 - 6.81 - 6.82 - 6.83 - 6.84 - 6.87 - 6.88 - 6.91 - 6.92 - Plaine de Saron : 6.93 - 6.94 - 6.95 - 6.96 - 6.97 - 6.99 - 6.100 - 6.101 - Pentecôte, Décapole et Plaine d'Esdrelon : 6.102 - 6.103 - 6.104 - 6.105 - 6.106 - 6.109 - 6.110 - 6.111 - 6.112 - 6.113 - 6.114 - 6.115 - 6.1166.1176.118 - 6.119 - 6.120 - 6.121 - 6.122 - 6.123 - 6.124 - L'été à Nazareth : 6.125 - 6.126 - 6.127 - 6.128 - 6.131 - 6.132 - 6.133 - 6.135 - 6.136 - 6.137 - 6.138 - 6.139 - 6.140 - 6.141 - 6.142 - 6.143 - 6.144 - 6.145 - 6.146 - 6.147 - 6.148 - 6.149 - 6.150 - 6.151 - 6.152 - 6.153 - 6.154 - 6.155.   

 Tome 7 : 7.158 - En Syro-Phénicie : 7.159 - 7.160 - 7.163 - 7.164 - 7.165 - 7.166 - 7.167 - 7.169 - 7.170 - 7.1717.172 - 7.177 - 7.178 - La fête des Tabernacles et de la Dédicace : 7.183 - 7.185En Moab et en Judée : 7.192 - 7.193 - 7.194 - 7.196 - 7.199 - 7.201 - 7.202 - 7.205 - 7.208 - 7.216 - 7.217 - 7.219 - La fête de la Dédicace : 7.224 - 7.225 - 7.226 - 7.228 - 7.229 - 7.232 - 7.234 - 7.235.

 Tome 8 : La résurrection de Lazare : 8.5 - 8.7 - 8.11 - L'exil en Samarie : 8.12 - 8.13 - 8.14 - 8.15 - 8.27 - 8.28 - 8.29 - 8.32 - 8.36 - Le retour vers Jérusalem : 8.38 - 8.43 - 8.45 - 8.47.

 Tome 9 : La Semaine Sainte : 9.9 - 9.14 - 9.15 - 9.16 - 9.17 - 9.19La Passion : 9.21.
        
 Tome 10 :           Le dimanche de la Résurrection : 10.7 - de la Résurrection à l'Ascension : 10.14 - 10.15 - 10.16 - 10.17 - 10.19 - 10.20 - 10.21 - 10.22 - 10.23 - 10.24 - 10.25 - 10.35 - 10.37.


Extraits du Dictionnaire des personnages de l’Évangile, selon Maria Valtorta (Mgr René Laurentin, François-Michel Debroise, Jean-François Lavère, Éditions Salvator, 2012).


L'Église chaldéenne d'Irak revendique sa fondation par saint Thomas.     

Selon Eusèbe de Césarée, il évangélisa les parthes dont l'empire s'étendait de l'Iran à l'Inde actuels[6]. Ce que reprennent les Actes de Thomas, un apocryphe du IIIe siècle. Il aurait converti le roi Goudnaphar, (ou Gondopharès) qui régnait sur l'Afghanistan et une partie du Pakistan. Thomas aurait prêché l’Évangile en Inde, où il aurait fondé une église dans le Kerala, qu’on appelle l’Église de Saint-Thomas. Il aurait poursuivi jusqu'en Chine.    

Il aurait été martyrisé à Calamine près de Madras. Les chrétiens de cette région vénèrent sa tombe depuis des temps immémoriaux. St Grégoire de Tours rapporte, à l’appui, le témoignage d'un prêtre qui y passa au VIème siècle[7].           

Ses reliques auraient été transférées à Édesse en Mésopotamie puis en Italie, à Ortona dans les Abruzzes, dont il est le saint patron.           

En 1972, Paul VI l'a proclamé apôtre et saint patron de l'Inde. Il est fêté le 3 juillet.
 1.   Cf. Jean 2,13-21.

2. Cf. Jean 11,16


4. Cf. Jean 11,16.

5. Cf. Jean 20,26-29.

6.  Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, §1.1

7.  Saint Grégoire de Tours, À la gloire des Martyrs.

SOURCE : http://www.maria-valtorta.org/Personnages/Thomas.htm




 St. Thomas the Apostle

Little is recorded of St. Thomas the Apostle, nevertheless thanks to the fourth Gospel his personality is clearer to us than that of some others of the Twelve. His name occurs in all the lists of the Synoptists (Matthew 10:3; Mark 3:18; Luke 6, cf. Acts 1:13), but in St. John he plays a distinctive part. First, when Jesus announced His intentionof returning to Judea to visit Lazarus, "Thomas" who is called Didymus [the twin], said to his fellow disciples: "Let us also go, that we may die with him" (John 11:16). Again it was St. Thomas who during the discourse before theLast Supper raised an objection: "Thomas saith to him: Lord, we know not whither thou goest; and how can weknow the way?" (John 14:5). But more especially St. Thomas is remembered for his incredulity when the otherApostles announced Christ's Resurrection to him: "Except I shall see in his hands the print of the nails, and put my finger into the place of the nails, and put my hand into his side, I will not believe" (John 20:25); but eight days later he made his act of faith, drawing down the rebuke of Jesus: "Because thou hast seen me, Thomas, thou hast believed; blessed are they that have not seen, and have believed" (John 20:29).


This exhausts all our certain knowledge regarding the Apostle but his name is the starting point of a considerableapocryphal literature, and there are also certain historical data which suggest that some of this apocryphalmaterial may contains germs of truth. The principal document concerning him is the "Acta Thomae", preserved to us with some variations both in Greek and in Syriac, and bearing unmistakeable signs of its Gnostic origin. It may indeed be the work of Bardesanes himself. The story in many of its particulars is utterly extravagant, but it is the early date, being assigned by Harnack (Chronologie, ii, 172) to the beginning of the third century, before A.D. 220. If the place of its origin is really Edessa, as Harnack and others for sound reasons supposed (ibid., p. 176), this would lend considerable probability to the statement, explicitly made in "Acta" (Bonnet, cap. 170, p. 286), that the relics of Apostle Thomas, which we know to have been venerated at Edessa, had really come from theEast. The extravagance of the legend may be judged from the fact that in more than one place (cap. 31, p. 148) it represents Thomas (Judas Thomas, as he is called here and elsewhere in Syriac tradition) as the twin brother ofJesus. The Thomas in Syriac is equivalant to didymos in Greek, and means twin. Rendel Harris who exaggerates very much the cult of the Dioscuri, wishes to regards this as a transformation of a pagan worship of Edessa but the point is at best problematical. The story itself runs briefly as follows: At the division of the Apostles, India fell to the lot of Thomas, but he declared his inability to go, whereupon his Master Jesus appeared in a supernaturalway to Abban, the envoy of Gundafor, an Indian king, and sold Thomas to him to be his slave and serve Gundaforas a carpenter. Then Abban and Thomas sailed away until they came to Andrapolis, where they landed and attended the marriage feast of the ruler's daughter. Strange occurrences followed and Christ under the appearance of Thomas exhorted the bride to remain a Virgin. Coming to India Thomas undertook to build a palace for Gundafor, but spend the money entrusted to him on the poor. Gundafor imprisoned him; but theApostle escaped miraculously and Gundafor was converted. Going about the country to preach, Thomas met with strange adventures from dragons and wild asses. Then he came to the city of King Misdai (Syriac Mazdai), where he converted Tertia the wife of Misdai and Vazan his son. After this he was condemed to death, led out of city to a hill, and pierced through with spears by four soldiers. He was buried in the tomb of the ancient kings but hisremains were afterwards removed to the West.

Now it is certainly a remarkable fact that about the year A.D. 46 a king was reigning over that part of Asia south of Himalayas now represented by Afghanistan, Baluchistan, the Punjab, and Sind, who bore the name Gondophernes or Guduphara. This we know both from the discovery of coins, some of the Parthian type withGreek legends, others of the Indian types with the legends in an Indian dialect in Kharoshthi characters. Despite sundry minor variations the identity of the name with the Gundafor of the "Acta Thomae" is unmistakable and is hardly disputed. Further we have the evidence of the Takht-i-Bahi inscription, which is dated and which the best specialists accept as establishing the King Gunduphara probably began to reign about A.D. 20 and was still reigning in 46. Again there are excellent reasons for believing that Misdai or Mazdai may well be transformation of a Hindu name made on the Iranian soil. In this case it will probably represent a certain King Vasudeva of Mathura, a successor of Kanishka. No doubt it can be urged that the Gnostic romancer who wrote the "Acta Thomae" may have adopted a few historical Indian names to lend verisimilitude to his fabrication, but as Mr. Fleet urges in his severely critical paper "the names put forward here in connection with St.Thomas are distinctly not such as have lived in Indian story and tradition" (Journal of R. Asiatic Soc., 1905, p. 235).

On the other hand, though the tradition that St. Thomas preached in "India" was widely spread in both East andWest and is to be found in such writers as Ephraem Syrus, Ambrose, Paulinus, Jerome, and, later Gregory of Tours and others, still it is difficult to discover any adequate support for the long-accepted belief that St. Thomaspushed his missionary journeys as far south as Mylapore, not far from Madras, and there suffered martyrdom. In that region is still to be found a granite bas-relief cross with a Pahlavi (ancient Persian) inscription dating from the seventh century, and the tradition that it was here that St. Thomas laid down his life is locally very strong. Certain it is also that on the Malabar or west coast of southern India a body of Christians still exists using a formof Syriac for its liturgical language. Whether this Church dates from the time of St. Thomas the Apostle (there was a Syro-Chaldean bishop John "from India and Persia" who assisted at the Council of Nicea in 325) or whether the Gospel was first preached there in 345 owing to the Persian persecution under Shapur (or Sapor), or whether the Syrian missionaries who accompanied a certain Thomas Cana penetrated to the Malabar coast about the year 745 seems difficult to determine. We know only that in the sixth century Cosmas Indicopleustes speaks of theexistence of Christians at Male (? Malabar) under a bishop who had been consecrated in Persia. King Alfred the Great is stated in the "Anglo-Saxon Chronicle" to have sent an expedition to establish relations with theseChristians of the Far East. On the other hand the reputed relics of St. Thomas were certainly at Edessa in the fourth century, and there they remained until they were translated to Chios in 1258 and towards to Ortona. The improbable suggestion that St. Thomas preached in America (American Eccles. Rev., 1899, pp. 1-18) is based upon a misunderstanding of the text of the Acts of the Apostles (1:8; cf. Berchet "Fonte italiane per la storia della scoperta del Nuovo Mondo", II, 236, and I, 44).

Besides the "Acta Thomae" of which a different and notably shorter redaction exists in Ethiopic and Latin, we have an abbreviated form of a so-called "Gospel of Thomas" originally Gnostic, as we know it now merely a fantastical history of the childhood of Jesus, without any notably heretical colouring. There is also a "Revelatio Thomae", condemned as apocryphal in the Decree of Pope Gelasius, which has recently been recovered from various sources in a fragmentary condition (see the full text in the Revue benedictine, 1911, pp. 359-374).

Thurston, Herbert. "St. Thomas the Apostle." The Catholic Encyclopedia. Vol. 14. New York: Robert Appleton Company,1912. 22 Dec. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/14658b.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Mary and Joseph Thomas. In Memory of Ella Barkyoumb.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. July 1, 1912. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/14658b.htm


St. Thomas The Apostle

St. Thomas was a Jew, called to be one of the twelve Apostles. He was a dedicated but impetuous follower of Christ. When Jesus said He was returning to Judea to visit His sick friend Lazarus, Thomas immediately exhorted the other Apostles to accompany Him on the trip which involved certain danger and possible death because of the mounting hostility of the authorities.

At the Last Supper, when Christ told His Apostles that He was going to prepare a place for them to which they also might come because they knew both the place and the way, Thomas pleaded that they did not understand and received the beautiful assurance that Christ is the Way, the Truth, and the Life.

But St. Thomas is best known for his role in verifying the Resurrection of his Master. Thomas’ unwillingness to believe that the other Apostles had seen their risen Lord on the first EasterSunday merited for him the title of “doubting Thomas.” Eight days later, on Christ’s second apparition, Thomas was gently rebuked for his scepticism and furnished with the evidence he had demanded – seeing in Christ’s hands the point of the nails and putting his fingers in the place of the nails and his hand into His side. At this, St. Thomas became convinced of the truth of the Resurrection and exclaimed: “My Lord and My God,” thus making a public Profession of Faith in the Divinity of Jesus.

St. Thomas is also mentioned as being present at another Resurrection appearance of Jesus – at Lake Tiberias when a miraculous catch of fish occurred. This is all that we know about St. Thomas from the New Testament.

Tradition says that at the dispersal of the Apostles after Pentecost this saint was sent to evangelize the Parthians, Medes, and Persians; he ultimately reached India, carrying the Faith to the Malabar coast, which still boasts a large native population calling themselves “Christians of St. Thomas.” He capped his left by shedding his blood for his Master, speared to death at a place called Calamine. His feast day is July 3rd and he is the patron of architects.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-thomas-the-apostle/


JULY 3RD.—ST. THOMAS, APOSTLE.

SAINT THOMAS was one of the fishermen on the Lake of Galilee whom our Lord called to be His Apostles. By nature slow to believe, too apt to see difficulties, and to look at the dark side of things, he had withal a most sympathetic, loving, and courageous heart. Once when Jesus spoke of the mansions in His Father's house, St. Thomas, in his simplicity, asked : "Lord, we know not whither Thou goest, and how can we know the way ?" When Jesus turned to go toward Bethany to the grave of Lazarus, the desponding Apostle at once feared the worst for, his beloved Lord, yet cried out bravely to the rest : "Let us also go and die with Him." After the Resurrection, incredulity again prevailed, and whilst the wounds of the crucifixion were imprinted vividly on his affectionate mind, he would not credit the report that Christ had indeed risen. But at the actual sight of the pierced hands and side, and the gentle rebuke of his Saviour, unbelief was gone forever; and his faith and ours has ever triumphed in the joyous utterance into which he broke: "My Lord and my God !"

REFLECTION. ---Cast away all disquieting doubts, and learn to triumph over old weaknesses as St. Thomas did, who "by his ignorance hath instructed the ignorant, and by his incredulity hath served for the faith of all ages."

SOURCE : http://jesus-passion.com/Saint_Thomas_Apostle.htm



December 21

St. Thomas, Apostle

See Tillemont, t. 1, p. 355. Ant. Pagi, Critica, vol. 1, p. 421. The false Acts of St. Thomas are rejected by Pope Gelasius, S. Austin, l. contra Adimant. c. 12. Contra Faust. l. 22, c. 9, and l. 1, de Serm. D. in Monte. S. Athan. in Synopsi, S. Epiph. hær. 47, and S. Cyril, cap. 6. This last ascribes these Acts to Thomas, a Manichean. Those in Metaphrastes are taken from them.

First Age.


IT was not unusual for the Jews and other Orientals, when they conversed with other nations, to assume names in the language of those countries of the same import with those which they bore in their own, that the sound might be less uncouth or harsh to such foreigners. For where languages, though there is always some general analogy, differ too widely, as those of the Orientals on one side, and on the other the Sclavonian, do from ours, names in the one appear disagreeable in pronunciation, unless they are softened and brought to some affinity. Thus Tabitha was in Greek called Dorcas, a doe; Cephas, Peter, Thomas and Didymus, Thauma, or Thama, in Chaldaic signifying a twin. St. Thomas was a Jew, and probably a Galilæan of low condition, according to Metaphrastes, a fisherman. He had the happiness to follow Christ, and was made by him an apostle in the year 31. 1 If he appears to have been slow in understanding, and unacquainted with secular learning, he made up for this by the candour and simplicity of his heart, and the ardour of his piety and desires. Of this he gave a proof when Jesus was going up to the neighbourhood of Jerusalem in order to raise Lazarus to life, where the priests and Pharisees were contriving his death. The rest of the disciples endeavoured to dissuade him from that journey, saying: Rabbi, the Jews but now sought to stone thee; and goest thou thither again? But St. Thomas said to his fellow-disciples: Let us also go, that we may die with him. 2 So ardent was his love of his divine master, even before the descent of the Holy Ghost. When our Lord at his last supper acquainted his disciples that he was about to leave them, but told them for their comfort that he was going to prepare a place for them in his Father’s house, our apostle, who vehemently desired to follow him, said: Lord, we know not whither thou goest, and how can we know the way? 3 Christ presently rectified his misapprehension by returning this short, but satisfactory answer: I am the Way, and the Truth, and the Life. No man cometh to the Father but by me. By which he gave to understand, that by his doctrine and example he had taught men the path of salvation, and that he is the author of the Way that leadeth to life, which he hath both opened and discovered to us; that he is the teacher of that Truth which directs to it; and the giver of that Life of grace here, and of a glorious eternity hereafter, which is to be obtained by walking in this way, and according to this truth.

After our Lord had suffered, was risen from the dead, and on the same day had appeared to his disciples, to convince them of the truth of his resurrection, Thomas not being with them on that occasion, refused to believe, upon their report that he was truly risen, presuming that it was only a phantom, or mere apparition, unless he might see the very prints of the nails, and feel the wounds in his hands and side. On that day seven-night, our merciful Lord, with infinite condescension to this apostle’s weakness, presented himself again, when he and his colleagues were assembled together, probably at their devotions; and after the usual salutation of Peace be unto you, he turned to Thomas, and bid him look upon his hands, and put his finger into the hole of his side, and into the prints of the nails. St. Austin and many others doubt not but this apostle did so; though this be not mentioned by the evangelist, and some think, that being convinced, he refrained out of modesty and respect. It is observed by St. Austin and others, that he sinned by obstinacy, presumption, and incredulity; for the resurrection of Christ was no more than Moses and the prophets had long before foretold. Nor was it reasonable in him to reject the testimony of such eye-witnesses: and this stubbornness might have betrayed him into infidelity. However, his refractoriness was not a sin of malice, and the mercy of our Redeemer not only brought him to saving repentance, but raised him to the summit of holy charity and perfect virtue. St. Thomas was no sooner convinced of the reality of the mystery, but, penetrated with compunction, awe, and tender love, he cried out, My Lord and my God. 4 Prostrating to him all the powers of his soul, he acknowledged him the only and sovereign Lord of his heart, and the sole object of all his affections. Nothing is more easy than to repeat these words; but to pronounce them with a sincere and perfect disposition, is a privilege reserved to those who are crucified to the world, and in whose affections God only reigns by his pure and perfect love. So long as pride, envy, avarice, sensuality, or other passions challenge to themselves any share in our affections, Christ has not established in them the empire of his grace; and it is only in lying and hypocrisy that we call him our God and our King. Let us at least labour without ceasing, by compunction and holy prayer, to attain to this happiness, that Christ may establish his reign in us, and that we may be able to say with our whole hearts, My Lord and my God. These words St. Thomas spoke with an entire faith, believing him truly God, whose humanity only he saw, confessing him omnipotent, in overcoming death and hell, and acknowledging his omniscience, who knew the doubts and scruples of his heart. The apostle also expressed by them the ardour of his love, which the particle my God clearly indicates. If we love our God and Redeemer, can we cease sweetly, but with awe and trembling, to call him our Lord and our God, and to beg with torrents of tears that he become more and more perfectly the God and King of our hearts? From this apostle’s incredulity Christ mercifully drew the strongest evidence of his resurrection from the confirmation of our faith beyond all cavil or contradiction. Whence St. Gregory the Great says: 5 “By this doubting of Thomas we are more confirmed in our belief, than by the faith of the other apostles.” Some other fathers take notice, that our apostle, by this confession, shows himself a perfect theologian, instructed in the very school of truth, declaring in Christ two distinct natures in one and the same person, his humanity by the word Lord, and his divinity by the word God. Faith in the beginning stood in need of miracles, by which God impressed the stamp of his authority upon his holy revelation. But such are the marks and characteristics of his truth herein, that those who can still stand out against all the light and evidence of the Christian revelation, would bar their heart against all conviction from miracles. There were infidels amidst the dispensation of the most evident miracles as well as now. So true it is, that he who believeth not Moses and the prophets, would not believe the greatest of all miracles, one risen from the dead.

After the descent of the Holy Ghost, St. Thomas commissioned Thaddæus to instruct and baptize Abgar, king or toparch of Edessa. This prince, according to the records kept in the church of Edessa, transcribed by Eusebius, 6 and mentioned by St. Ephrem, 7 had written to Christ to invite him into his kingdom, and begging to be cured by him of a distemper with which he was afflicted. Christ, in his answer, told him, that he must accomplish the things for which he was sent, and then return to him who sent him; but that immediately after his ascension he would send one of his disciples to the king, to heal him, and give life to him and all his family. 8 This promise of our Lord was made good by St. Thomas, who, by a special direction of the Holy Ghost, sent Thaddæus, one of the seventy-two disciples, and, according to some, his own brother, to Edessa, who restored the king to his health, baptized him and many others, and planted Christianity in that country. This disciple Thaddæus is distinct from St. Judas the apostle, and is honoured by the Greeks, who tell us that he died at Berytus in Phenicia, on the 21st of August. As for St. Thomas, Origen 9 informs us, that in the distribution made by the twelve, Parthia was particularly assigned to him for his apostolic province, when this nation held the place of the Persian empire, and disputed the sovereignty with the Romans. After preaching with good success in the particular province of Parthia, he did the same in other nations subject to that empire, and over all the East. Sophronius 10 mentions, that by his apostolic labours he established the faith among the Medes, Persians, Carmanians, Hyrcanians, Bactrians, and other nations in those parts. Modern Greeks mention also the Indians and Ethiopians; 11 but these appellations were sometimes given by the ancients to all the eastern nations. The modern Indians and Portuguese tell us, that St. Thomas preached to the Bracmans, and to the Indians beyond the great island Taprobana, which some take to be Ceylon, others Sumatra. They add, that he suffered martyrdom at Meliapor, or St. Thomas’s, in the peninsula on this side the Ganges, on the coast of Coromandel, where his body was discovered, with certain marks that he was slain with lances; and that such was the manner of his death is the tradition of all the eastern countries. Eusebius affirms 12 in general, that the apostles died by martyrdom. Theodoret, 13 and St. Asterius of Amasea, 14 mention St. Thomas among the principal martyrs of the church. St. Nilus says, that he received the crown of martyrdom after SS. Peter and Paul. 15 St. Gaudentius mentions, 16 that he was slain by the infidels, and that the miracles which, were performed through him, show that he still lives with God. The same father and Sophronius testify, that he died at Calamina, in India. This city the modern Indians suppose to be Meliapor; but Tillemont and many others think it was not far from Edessa, and that it is not clear that he ever preached beyond the isle of Taprobana. Beausobre 17 thinks he never preached far beyond Parthia and Persia: for the name of King Gundaphore, mentioned by Leucius, in his false Acts, and his copier, Pseudo Abdias, seems corruptly written for the king of Gundschavur, or Gandisapor, which city was rebuilt by Artaxerxes, who founded the second Persian monarchy, and called from his son Schavar, whom the Greeks name Sapor I., who made it has residence. The author of these false Acts gave to the city the name which it bore when he wrote. All the false Acts, and the Greek Menæ agree, that the infidel king was incensed against the apostle for having baptized some persons of his court (some say his wife and son), that he delivered him over to his soldiers, in order to be put to death, and that he was conveyed by them to a neighbouring mountain, and there stabbed with a lance. It is certain that his body was carried to the city of Edessa, where it was honoured in the great church with singular veneration, when St. Chrysostom, Rufin, Socrates, Sozomen, and St. Gregory of Tours 18 wrote. St. Chrysostom says, 19 that the sepulchres only of SS. Peter and Paul, John and Thomas, among all the apostles were then known; and it is mentioned to have been at Edessa in the oration on this apostle compiled in the year 402, published among the works of SU Chrysostom. The church of Edessa was certainly most numerous and flourishing in the second, third, and fourth ages. 20

Many distant churches in the East ascribe their first foundation to St. Thomas, 21 especially that of Meliapor; but many of them probably received the faith only from his disciples. The use of the Chaldean language in the churches, and the dependence on the patriarch of Mosul, which the church of Meliapor, and all the Christians of St. Thomas in the East profess, seem to show, that their first teachers came from the churches of Assyria; in which the patriarchs of Mosul (a city built upon the ruins of Seleucia, erroneously called Babylon) exercise a jurisdiction, and have been for many ages the propagators of the Nestorian heresy, with which they are tinctured. The Portuguese, when they came into the East-Indies, found there the St. Thomas-Christians, it is said, to the number of fifteen thousand families, on the coast of Malabar. For a detail of the Nestorian phrases, and other errors, abuses, and superstitions which prevail among them, see the synod held at Diamper, in the kingdom of Cochin, in 1599, by Alexius de Menezes, archbishop of Goa; in the preface it is shown, that these Christians were drawn into Nestorianism only in the ninth century, by means of certain Nestorian priests who came thither from Armenia and Persia. On two festivals which they keep in honour of St. Thomas, they resort in great crowds to the place of his burial; on Low-Sunday, in honour of his confession of Christ, which gospel is then read, and chiefly on the 1st of July, his principal feast in the churches of the Indies. John III., king of Portugal, ordered the body of St. Thomas to be sought for in an old ruinous chapel which stood over his tomb without the walls of Meliapor. By digging there, in 1523, a very deep vault in form of a chapel was discovered, in which were found the bones of the saint, with a part of the lance with which he was slain, and a vial tinged with his blood. The body of the apostle was put in a chest of porcelain, varnished and adorned with silver. The bones of the prince whom he had baptized, and some others of his disciples, which were discovered in the same vault, were laid in another less precious chest. 22 The Portuguese built a new town about this church, which is called St. Thomas’s, inhabited by Christians of several denominations, and situate near Meliapor, which is inhabited by the Indians. Many of the Christians of St. Thomas have been brought over to the Catholic faith and communion; but many continue in the Nestorian errors, and in obedience to the Nestorian patriarch of Mosul. Since the Dutch have taken or ruined most of the Portuguese settlements on that coast, the Indian king of Golcond has taken possession of the town of St. Thomas; but the Portuguese missionaries continue to attend the Catholics there. The Latins keep the feast of St. Thomas on the 21st of December, the Greeks on the 6th of October, and the Indians on the 1st of July.

The apostles were mean and contemptible in the eyes of the world, neither recommended by birth, riches, friends, learning, nor abilities. Yet totally destitute as they were of all those advantages on which men here set so high a price, they were chosen by Christ, made his friends, replenished with his graces and holy charity, and exalted to the dignity of spiritual princes of his kingdom, and judges of the world. Blind and foolish are all men who over-rate and eagerly pursue the goods of this life; or who so enjoy them as to suffer their hearts to be wedded to them. Worldly pleasures, riches, or honours, if they become the object of our affections, are, as it were, fetters which fasten us to the earth, and clog our souls; and it is so hard to enjoy them with perfect indifference, to consider them barely as a dangerous stewardship, and to employ them only for the advancement of virtue in ourselves and others, that many saints thought it safer utterly to renounce them, and others rejoiced to see themselves removed from what it is difficult to possess, and not be entangled by. Are not the maxims of the gospel, and the example of Christ, our king and leader, and of all his saints, sufficient to inspire those who enjoy the advantages of this world with a saving fear, and to make them study the various obligations of their stewardship, and by watchfulness, voluntary humiliations, mortification, compunction, assiduous prayer, and conversing on heavenly things by holy meditation or reading, to stand infinitely upon their guard, lest the love of the world, or the infection of its pride, vanity, or pleasures seize their hearts. Faith must be extremely weak and inactive in us, if we look upon the things of this world in any other light than that in which the gospel places them; if we regard any other goods as truly valuable but those of divine grace and charity, or if we set not ourselves with our whole strength to pursue them by the road of humility, patience, meekness, and piety, in imitation of the saints. The apostles are herein the objects of our veneration, and our guides and models. We honour them as the doctors of the law of Christ, after Him the foundation-stones of his church, the twelve gates and the twelve precious stones of the heavenly Jerusalem, and as the leaders and princes of the saints. They also challenge our gratitude, inasmuch as it is by their ardent charity for our souls, and by their labours and sufferings, that we enjoy the happiness of holy faith, and are ourselves Christians: through them we have received the gospel.

Note 1. Matt. x. 3. [back]

Note 2. John xi. 16. [back]

Note 3. John xiv. 5, 6. [back]

Note 4. John xx. 28. [back]

Note 5. S. Greg. Hom. 26, in Evang. [back]

Note 6. Hist. l. 1, c. 13, p. 36, ed. Contabr. [back]

Note 7. S. Ephr. in Testam. t. 2, p. 235, ed. Vatic. anno 1743. [back]

Note 8. This letter of Abgar to Christ, and our Lord’s answer, are rejected as counterfeit by Erasmus, Coster, Melchior, Cano, Bellarmin, Dupin, Rich, Simon, and Natalia Alex. sæc. 1, diss. 3. Among the Protestants, by Rivet, Hornbeck, the younger Spanheim, &c.: but are stiffly maintained to be genuine by Tillemont, t. 1. Reading, (not. in Eus. p. 36,) &c. See Grabe, Spicilegium Patrum, t. 1. p. 1, et 6. James Basnage, Hist. des Juifs, t. 1, c. 18, p. 500. Theoph. Sigf. Bayer, Hist. Edessena et Osroena, l. 3, p. 104. Jos. Simon Assemani, Bibl. Orient. t. 1, pp. 318, 420, 554. Joan. Albert. Fabricius, Codex Apochryphus, N. Test, t. 1, p. 317. Le Quien, Orien. Christ. t. 2, p. 624. Mamachi, Orig. Eccles. l. 2, t. 1, p. 301. [back]

Note 9. Orig. ap. Eus. Hist. l. 3, c. 1, p. 87. [back]

Note 10. Sophron. ap. S. Hier. in Cat. de St. Thomâ. Theodoret de Leg. Serm. 9. [back]

Note 11. Niceph. His. l. 2, c. 40. [back]

Note 12. Eus. in Ps. lxxi. in Collectione Patr. Græc. See Montfaucon, Proleg. ib. c. 9, p. 36. [back]

Note 13. Theodoret, de Curand. Græc. Affect. c. 8. [back]

Note 14. S. Aster. Serm. 10. [back]

Note 15. S. Nilus ap. Phot. cod. 276. [back]

Note 16. S. Gauld. Serm. 17. [back]

Note 17. Hist. de Manichée, l. 2, c. 5, pp. 401, 406. [back]

Note 18. S. Greg. Tour. l. de Glor. Mart. c. 32. [back]

Note 19. S. Chrys. Hom. 26, in Hebr. t. 12, p. 237; Rufin, Hist. Eccl. l. 2, c. 5. [back]

Note 20. See Eus. l. 5, c. 23. Chron. Edessenum ap. Jos. Assem. t. 1, Bibl. Orient. p. 422. Le Quien, Orien. Christ. t. 2, p. 655. [back]

Note 21. The Moguls, and some other nations of Great Tartary, are said to have received the seeds of our holy faith by the preaching of St. Thomas. That it was formerly planted both about Tibet, and in some eastern parts of Great Tartary, towards the borders of China, is unquestionable. The great princes called Prester-John (the last of whom that reigned with great power was conquered and slain by Gingiscan) certainly reigned in Eastern Tartary, in Asia, as Otto Frisingensis, (l. 7, c. 38,) Martinus Polonus, Albericus, Vincent of Beauvais, Sanutus, James of Vitri, Paulus, Venetus, &c. assure us: consequently not in Africa, as Renaudot would make us believe, (Hist. Patr. Alex. pp. 233 et 337,) an author in accuracy and judgment much inferior to Herbelot, though the collection of the latter is not digested, nor did the compiler compare the parts together. Catrou (Hist. Général de l’Emp. du Mogol, t. 1, p. 7,) is willing to believe, that even Tamerlane leaned to Christianity; but Herbelot, (p. 888,) with more reason, thinks, that he favoured chiefly Mahometanism. Some of these Tartars were Catholics; but many were Nestorians, and obeyed the patriarch of Mosul. Nestorianism was distinguished by several privileges under the Mahometans. (See Renaudot, Not. in Vet. Latin. Itiner. in Indian. n. 319. Assemani, Bibl. Orient. t. 3, pp. 108, 215, et vol. 4, p. 94.) The Eutychians were not less encouraged by the same masters. (See Renaud. Hist. Patr. Alex. p. 168. Jos. Assemani, t. 3, &c. and among the Protestants, Mosheim, Hist. Eccl. Tartar, &c.) From the Tartars it seems, that the Chinese had formerly some acquaintance with our holy religion, of which the late missionaries found certain monuments. See Mamachi, t. 2, p. 373. [back]

Note 22. See Maffei, Indic. l. 2, p. 85, and Lafitau, Hist. des Conquestes des Portuguais dans le Nouveau Monde, l. 11, t. 1, p. 327, Univ. History, vol. 20, c. 31, p. 106. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XII: December. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/12/211.html


Thomas Didymus, Apostle (RM)

1st century; declared apostle of India by Pope Paul VI in 1972; feast day formerly on December 21.
Thomas was probably born in Galilee to a humble family, but there is no indication that he was a fisherman. He was a Jew, but there is no account of how he became an apostle to Christ. His name is Syriac and means "the twin"; he was also called Didymus, which is the Greek equivalent. In France he is referred to as Jumeau, which also means "twin."

Thomas is remembered for his doubt that Christ had actually risen from the dead, and he said to the apostles, "Unless I see the mark of the nails in His hands and put my finger into the nailmarks, and put my hand into His side, I will not believe" (Luke 20:25).

Eight days later, Christ appeared to him and said, "Put your finger here, and see my hands; and bring your hand and put it into my side. And be not faithless, but believing." Thomas fell at His feet, saying, "My Lord and my God!" and Jesus replied, "Because you have seen me, Thomas, you believed. Blessed are they that have not seen, and yet believe" (Luke 20:27-29). This incident gave rise to the expression "a doubting Thomas."

Lest we condemn poor Thomas for his lack of belief, consider that he was a man who relentlessly sought the Truth. Like an inquisitive child, he constantly asked questions. Earlier, when Jesus told his disciples, "I go to prepare a place for you. And I will come again and will take you to myself, that where I am you may also be. And you know the way where I'm going."

At this Thomas, puzzled, but bold enough to ask his Lord to explain, said, "Lord, we do not know where you are going; how can we know the way?"

Jesus replied, "I am the way, the truth, and the life; no one comes to the Father, except through me. If you had known me, you would have known my Father also. Henceforth, you know him and have seen him" (John 14:3-7).

When the worried disciples wanted to keep Jesus from going to raise Lazarus from the dead because "the Jews want to stone you and you leave yourself open to them!" Thomas responded, "Let us go also, that we may die with him!" (John 11:16).

Accounts of Thomas's missionary activities are unreliable, but the most widely accepted account holds that he preached in India. The Acta Thomae say that when the apostles divided up the world for their missionary labors, India fell to Thomas. He said he was not healthy enough and that a Hebrew could not teach Indians; even a vision of Christ could not change his mind.

Christ then appeared to the merchant Abban and sold Thomas to him as a slave for his master, a king who ruled over part of India. When Thomas discovered this he said, "As you will, Lord, so be it."

At the court in India, Thomas, having admitted that he was a carpenter and builder, was ordered to build a palace. While the king was absent, however, Thomas did no building, and he used the 20 pieces of silver given to him by the king for charitable purposes.

When the king returned, he imprisoned him, intending to flay him alive. At that point, the king's brother died, and when the brother was shown the place in heaven that Thomas's good works had prepared for the king, he was allowed to return to earth and offer to buy the spot from the king for himself. The king refused, released Thomas, and was converted by him.

There exists a population of Christians along the Malabar Coast who were supposedly originally converted by Thomas, and their tradition holds that he built seven churches, was martyred by spearing on the "Big Hill" near Madras, and was buried in Mylapore. One account holds that Thomas was killed for successfully persuading a woman, Mygdonia, to cease marriage relations with her husband, Charisius.

It is certainly possible that Thomas reached India as a missionary. Indian Christians, especially in Kerala, often call themselves 'Christians of Saint Thomas,' and an ancient 6th-century cross that speaks of him in an inscription lies in the church of Mylapore. In 1522, the Portuguese found the alleged tomb, and some relics now lie in the Cathedral of Saint Thomas at Mylapore.

The larger part of his relics appear to have been in Edessa in the 4th century, and the Acta Thomae say that they were taken from India to Mesopotamia. They were translated to several places and were finally taken to Ortona in the Abruzzi, where they are still honored. According to Eusebius, Thomas evangelized Parthia.

The theme of the long, 3rd or 4th century Acta Thomae is the missionary efforts of Saint Thomas. This is one of the most readable and intrinsically interesting of early Christian apocryphal writings; but it is no more than a popular romance, written in the interest of false gnostic teachings (e.g., the virtual necessity of celibacy for Christians).

Nevertheless, the doubting Thomas managed to quiet the doubts of many others during his missionary journeys. He answered the questions of others with the childlike, loving heart trained by Christ. The Indians celebrate Thomas's dies natale on July 1 (Attwater, Benedictines, Bentley, Brown, Delaney, Encyclopedia (December), White).

There are several other apocryphal works concerning or attributed to Saint Thomas:
  • The Gospel of Thomas
  • Consummation of Thomas the Apostle
In art, Saint Thomas is generally a young or middle-aged man with a carpenter's rule. He may also be shown (1) with a lance or, occasionally a sword or dagger; (2) touching Christ's wounded side; (3) catching the girdle dropped by the Virgin at her Assumption; or (4) casting out the devil from an Indian king's daughter (Roeder). White says that Thomas is portrayed as an elderly man, holding a lance or pierced by one; or kneeling before Jesus; or with a T- square (White).

Saint Thomas is venerated as the Apostle of India. He is the patron of architects, builders, carpenters, masons, geometricians, theologians (Roeder), other building craftsmen, blind people (due to his occasional spiritual blindness), India and Pakistan (White).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0703.shtml

Voir aussi : http://www.maria-valtorta.org/Personnages/Thomas.htm