lundi 10 décembre 2012

TRANSLATION DE LA MAISON DE LA SAINTE FAMILLE À LORETTE


Translation de la Maison de la Sainte Famille à Lorette

(1291 et 1294)

La nouvelle terrible que la Terre Sainte était perdue pour les chrétiens répandit une profonde tristesse dans toute l'Église; mais en même temps une autre nouvelle vint consoler les âmes chrétiennes: la sainte Maison de Nazareth, où la Vierge Marie avait conçu le Verbe fait chair, avait été transportée par les Anges en Dalmatie.

Au lever de l'aurore, les habitants du pays ne remarquèrent pas sans étonnement un nouvel édifice qui reposait sur la terre sans fondements, et attestait, par sa forme, une origine étrangère. Quel pouvait être ce monument? Pendant que l'on s'interrogeait avec curiosité, Marie apportait Elle-même du Ciel la réponse à l'évêque du diocèse qui, gravement malade, demandait au Ciel sa guérison pour aller voir le prodige: "Mon fils, lui dit Marie en lui apparaissant, cette maison est la maison de Nazareth où a été conçu le Fils de Dieu. Ta guérison fera foi du prodige."

Trois ans plus tard, la sainte Maison, portée par les mains des Anges, s'éleva de nouveau dans les airs et disparut aux yeux du peuple désolé, le 10 décembre 1294. Or, le lendemain matin, les habitants de Récanati, en Italie, voyaient sur la montagne voisine de Lorette une maison inconnue, à l'aspect extraordinaire. On eut bientôt constaté que cette maison était celle de Nazareth, que les habitants de la Dalmatie avaient vue soudain disparaître dans le même temps. De là un concours immense de peuples.

Au XIVè siècle, un temple magnifique fut bâti pour garder la maison miraculeuse. Ce temple existe encore et voit chaque jour de nombreux pèlerins de toutes les parties du monde. Que ne dit pas au coeur du chrétien ce monument vénérable! Combien il rappelle de mystères! Combien il a vu de merveilles de sainteté! Combien sa présence à Lorette et son existence aujourd'hui supposent de miracles! Le pèlerin aime à se dire: "Là pria Marie, là travailla Joseph, là vécut Jésus!" Il aime à baiser un objet de bien peu de valeur par lui-même, mais plus précieux que tous les trésors, par les souvenirs qui y sont attachés: on l'appelle la sainte Écuelle; c'est le petit vase de terre où le Sauveur, dit la tradition, prenait Sa nourriture.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.




La translation de la Sainte Maison de Lorette


En 1291, sous le pontificat de Nicolas IV, les chrétiens avaient entièrement perdu les saints lieux de la Palestine. L’église élevée à Nazareth par l’impératrice Hélène venait de tomber sous le marteau destructeur, et la Sainte Maison qu’elle renfermait allait bientôt avoir le même sort, lorsque, selon le récit traditionnel, Dieu ordonna à ses anges de la transporter ailleurs. Le 10 mai, à la seconde veille de la nuit, le sanctuaire de Nazareth avait été déposé non loin des rivages de l’Adriatique, entre Tersatz et Fiume, sur un petit mont appelé Rauniza, en Dalmatie. A l’intérieur de la Sainte Maison, on découvrit une statue de cèdre, représentant la Vierge Marie couronnée de perles, vêtue d’une robe dorée et d’un manteau bleu, debout, portant dans ses bras l’Enfant Jésus qui levait les trois premiers doigts de main droite pour bénir, tandis que sa main gauche soutenait un globe.

Lorsqu’on lui rapporta la nouvelle, l’évêque Alexandre était fort malade ; dans la nuit, il était au plus mal et priait la Vierge Marie, espérant pouvoir aller contempler le prodige qu’on lui avait décrit. Soudain le ciel s’est ouvert à ses yeux, la très-sainte Vierge se montre au milieu des anges qui l’environnent, et d’une voix dont la douceur ravit intérieurement le cœur dit : « Mon fils, tu m’as appelée ; me voici pour te donner un efficace secours et te dévoiler le secret dont tu souhaites la connaissance. Sache donc que la sainte demeure apportée récemment sur ce territoire est la maison même où j’ai pris naissance et où je reçu presque toute mon éducation. C’est là qu’à la nouvelle apportée par l’archange Gabriel, j’ai conçu par l’opération du Saint-Esprit le Divin Enfant. C’est là que le Verbe s’est fait chair. Aussi, après mon trépas, les apôtres ont-ils consacré ce toit illustre par de si hauts mystères, et se sont-ils disputé l’honneur d’y célébrer l’auguste sacrifice. L’autel, transporté au même pays, est celui même que dressa l’apôtre saint Pierre. Le crucifix que l’on y remarque, y fut placé autrefois par les apôtres. La statue de cèdre est mon image faite par la main de l’évangéliste saint Luc qui, guidé par l’attachement qu’il avait pour moi, a exprimé, par les ressources de l’art, la ressemblance de mes traits, autant qu’il est possible à un mortel. Cette maison, aimée du ciel, environnée pendant tant de siècles d’honneur dans la Galilée, mais aujourd’hui privée d’hommages au milieu de la défaillance de la foi, a passé de Nazareth sur ces rivages. Ici point de doute : l’auteur de ce grand évènement est ce Dieu près duquel nulle parole n’est impossible. Du reste,afin que tu en sois toi-même le témoin et le prédicateur, reçois ta guérison. Ton retour subit à la santé au milieu d’une si longue maladie fera foi de ce prodige.

L’enquête juridique que l’évêque Alexandre et deux députés du pays (Sigismond Orsich et Jean Grégoruschi) allèrent faire jusqu’à Nazareth, pour constater sa translalion en Dalmatie, la persuasion universelle des peuples qui venaient la vénérer de toutes parts, semblaient être des preuves incontestables de la vérité du prodige.

Après trois ans et sept mois, la Sainte Maison fut à nouveau transportée par les Anges et fut déposée dans la marche d’Ancône, au territoire de Récanati, dans une forêt appartenant a une dame appelée Lorette ; c’était le 10 décembre 1294. Les peuples de Dalmatie furent tellement désolés qu’ils semblaient ne pouvoir survivre à l’évènement. Pour se consoler, ils bâtirent sur le même terrain une église consacrée à la Mère de Dieu, qui fut desservie depuis par les Franciscains et, chaque année, les fidèles dalmates se rendent par troupe à Lorette.

En 1464, Pie II offrit au sanctuaire de Lorette un calice d’or pour avoir été guéri d’une maladie. En 1470, une bulle de Paul II célèbre à Lorette une statue de la Vierge apportée par les anges dans un édifice fondé miraculeusement. Deux ans plus tard, Pietro di Giorgio Tolomei, dit Teramano, recteur de l’église de Lorette, raconte, dans une notice, comment la Sainte Maison (Santa Casa) de Nazareth vint à Rauniza puis à Lorette. Sixte IV déclare Lorette propriété du Saint-Siège. En 1489, le bienheureux Baptiste Spagnuoli, dit le Mantouan, rédige une nouvelle notice qui reprend celle de Teramano. Après qu’une bulle de Jules II (1507) a consacré ces pieuses croyances, Erasme compose une messe pour la Vierge de Lorette (1525) sans pourtant faire allusion au vol de la maison dans les cieux dont parle le récit que Jérôme Angelita adressa à Clément VII (1531). Les Carmes furent députés à la garde de la Sainte Maison. Léon X étendit les indulgences des stations apostoliques à Rome au sanctuaire de Lorette. En 1483, le cardinal Savelli composa les litanies dites de Lorette dont l’Eglise fait usage aujourd’hui pour prier la Vierge Marie. Sixte V, en 1585, éleva Lorette au rang de cité, donna le titre de cathédrale à son église et y établit un siège épiscopal.

A Liesse et au séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux, ont voit une chapelle construite sur le modèle de la Sainte Maison de Lorette. A travers la France, on rencontre des sanctuaires et des églises dédiés à Notre-Dame de Lorette. Dans le diocèse de Nancy on visite les sanctuaires de Notre-Dame de Lorette de Baudrecourt, bâti en 1578, et de Saint-Martin qui fut reconstruit après la Révolution. Au diocèse de Saint-Claude, à Conliège où l’on avait édifié une chapelle pour abriter une statue de la Sainte Vierge qu’un petit berger avait découverte dans un rocher, on établit une confrérie sous le titre de Notre-Dame de Lorette (1653). Au diocèse de Luçon, à la Flocellière, Elisabeth Hamilton, femme de Jacques de Maillé-Brézé, morte en 1617, léga ses bijoux pour fonder un couvent de Carmes et une chapelle dédiée à Notre-Dame de Lorette, achevée dix-huit ans après sa mort ; détruite par la Révolution, la chapelle fut relevée en 1867. Au diocèse de Rodez, on trouve, en plus de celui de Millau, un sanctuaire que Louis d’Arpajon, marquis de Séverac, éleva à Notre-Dame de Lorette, en 1648, pour expier un crime ; la statue fut sauvée de la Révolution et la chapelle fut rendue au culte en 1854. Au diocèse de Tours, à Montrésor, au XVI° siècle, René de Bastarnay, seigneur de Montrésor, baron du Bouchage et d’Authon, en souvenir d’un pélerinage à Notre-Dame de Lorette, fit édifier une chapelle qui, ruinée par la Révolution, fut rétablie en 1877 ; à Tauxigny, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Lorette, élevée en 1542 par Guillaume, abbé de Baugerais, fut vendue à la Révolution et ne fut pas rendue au culte. Au diocèse de Séez, à Montsort, près d’Alençon, on voit un ancien oratoire construit sur le modèle de Notre-Dame de Lorette qui reçut, en 1888, un office particulier. Au diocèse d’Autun, à Morlet, près d’Epinac, au XIV° siècle, le seigneur des Loges, en remerciement pour avoir été délivré des Turcs, construisit une chapelle en l’honneur de Notre-Dame de Lorette. Au diocèse de Strasbourg, à Murbach, on vénère une Notre-Dame de Lorette construite à la fin du XVII° siècle. A Nantes, l’église Sainte-Croix est affiliée à Notre-Dame de Lorette. Au diocèse de Saint-Brieuc, dans le canton d’Uzel, au Quillio, on vénèrait déjà sous l’Ancien Régime Notre-Dame de Lorette. Dans l’archidiocèse de Bordeaux, à Saint-Michel de la Pujade, près de Lamothe-Landeron, Eléonore d’Aquitaine, après l’apparition de la Vierge à deux petits pâtres, avait fondé une chapelle qui, au XIV° siècle, pmrit le nom et la forme de Notre-Dame de Lorette ; ruinée par la Révolution, la chapelle fut restaurée au siècle suivant. Au diocèse de Saint-Flour, à Salers, on célèbre Notre-Dame de Lorette : l’antique statue ayant été brûlée par les révolutionnaires, la nouvelle fut bénite en 1813 par le cardinal Gabrielli et la nouvelle église consacrée en 1887.

SOURCE : http://missel.free.fr/Sanctoral/12/10.php

Basilica del Santuario di Loreto
Lorette : la sainte maison

Le rayonnement de ce sanctuaire italien est si grand que le calendrier liturgique catholique romain propose une mémoire liturgique pour célébrer la "Translation de la Sainte Maison de Lorette", le 10 décembre.

Le mot "translation" signifie "transport" : l'actuel sanctuaire, construit au XV° et XVI° siècle, abrite une maison, "la sainte Maison", dont les pierres sont une relique de la maison de la Vierge Marie de Nazareth.

Sixte V (pape de 1585 à 1590), fit graver en lettres d'or sur façade de la Basilique à peine achevée : « Maison de la Mère de Dieu où le Verbe s'est fait chair ».

Il est tout à fait saisissant d’entrer en ce lieu, de se prosterner là, et de penser qu’entre ses pierres, quand la Vierge prononça son Oui, le Verbe s’est fait chair dans son sein virginal, et qu’il a vécu parmi nous.

FÊTES

• Le 10 décembre, mémoire liturgique de la translation de la sainte maison.

• 25 mars, fête de l’Annonciation : l’Annonciation a eu lieu à Nazareth, et les murs de cette maison si simple rendent ce mystère palpable.

• 8 septembre, fête de la Nativité de Marie : il est particulièrement juste d’honorer la naissance de Marie dont la sainteté est toute orientée vers sa mission exceptionnelle : devenir la mère de Jésus le Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Accès facile par le train sur la ligne Milan-Lecce.

Le sanctuaire a une double administration : pontificale et franciscaine (les Capucins).

LE FAMEUX RÉCIT DE 1472, LA TRANSLATIO MIRACULOSA

On entend encore parler aujourd'hui de l’ouvrage Translatio miraculosa (Translation miraculeuse), composé vers 1472 par Pietro Giorgio di Tolomei, dit « le Teramano », qui fut recteur du sanctuaire de Lorette de 1450 à 1473. On y raconte comment, lorsque les habitants de Nazareth accueillirent la religion musulmane, la « chambre de la maison de Marie » fut transportée par les anges d’abord à Tersatto, près de Fiume (Rijeka) en Croatie, puis sur le territoire de Recanati en trois sites différents : dans la forêt d’une certaine Loreta, sur la colline de deux frères qui se disputèrent pour le partage des offrandes recueillies, et enfin au milieu d’une voie publique.

Certains mystiques ont repris cette idée, ce qui ajoute à la confusion car les lecteurs ne savent pas toujours discerner dans leurs "révélations" ce qui vient des connaissances de leur temps et ce qui vient du lumière divine.

En tout cas, au fil du temps, cet ouvrage a généré de nombreuses polémiques, jusqu’à ce que la recherche moderne situe les choses plus sérieusement, et plus sereinement.

LES FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES SOUS LA SAINTE MAISON ENTRE 1962 ET 1968

- La maison est sans fondations : elle repose directement sur la voie publique.

- On a retrouvé des monnaies de 1452 dans le sous-sol de la Sainte Maison, dont certaines très importantes. Elles nous ramènent à l’année 1294, retenue par la tradition comme date du commencement de la présence à Lorette de la Sainte Maison.

- Certains graffitis tracés sur les pierres de la Sainte Maison ont causé une grande surprise. Ils représentent des croix de forme inhabituelle (croix avec « waw », « cosmiques », monogrammes, à double taille, à deux ou trois cornes...) qu’Emmanuele Testa et Bellarmino Bagatti, experts franciscains de Terre sainte, ont déclaré d’origine palestinienne et judéo-chrétienne. De telles croix sont identiques à celles trouvées à Nazareth et remontant au IIIe siècle. Ce sont des symboles christologiques qui proclament la puissance de la croix de Jésus. Ces pierres couvertes de graffitis évoquent la patrie de Marie et rendent plausible leur transport de la Palestine à Lorette.

- La position et l’orientation de la maison de Lorette, très surprenante par rapport aux usages locaux, devient lumineuse lorsqu’elle est rapprochée de la position avec la grotte de Nazareth qui en constituait le prolongement.

LE TÉMOIGNAGE DE L'ART

Contrairement à ce que l’on pensait, les premiers témoignages iconographiques concernant le déplacement de la maison de Marie depuis Nazareth jusqu’à Lorette ne représentent pas un vol aérien par des "anges", mais un transport maritime. Ainsi en est-il de deux bas-reliefs de la fin du XV° siècle les anges portent la Sainte Maison non pas dans les airs, mais immergée dans les flots.

LES DOCUMENTS ADMINISTRATIFS

- Les notes de frais d’un transport par bateau au compte de la famille « Angeli »,

- La mention des « saintes pierres extraites de la maison de notre Dame la vierge mère de Dieu » dans un acte notarié concernant un mariage dans entre la famille « De Angelis » et celle de Philippe d’Anjou,

- La présence d’une pièce de monnaie de la famille d’Anjou, murée dans les murs de la maison.

IL S'AGIT DONC D'UN TRANSPORT DE RELIQUES PAR UNE FAMILLE CHRÉTIENNE

Le transport aurait ainsi été organisé par une famille noble, De Angeli, dans le but de préserver ces précieuses pierres contre les attaques des turcs. Les résultats permettent aussi de comprendre comment on est passé du transport par la famille « Angelis » (ange), à la légende d’un transport par les anges

Il ne faut pas s’étonner de ce transport des reliques de Terre sainte jusqu’en Italie. Il suffit de penser aux reliques de la Croix et à la Scala Santa qui furent acheminées à Rome par sainte Hélène, la mère de Constantin.


Jean Paul II au sanctuaire de Lorette (1994)

• "Une relique", une précieuse “icône concrète”.

A l’occasion du VIIe centenaire du sanctuaire de Lorette (1994), Jean Paul II, tout en «laissant [...] pleine liberté à la recherche historique pour enquêter sur l’origine du sanctuaire et sur la tradition de Lorette», a évoqué la signification de la Sainte Maison quand il a affirmé : celle-ci «n’est pas seulement une relique, mais aussi une précieuse “icône concrète”». Le pape retient implicitement comme une donnée historique minima que la Sainte Maison contient quelque élément de la chambre de Marie à Nazareth ; autrement elle ne pourrait pas être considérée comme une « relique » (ce qui reste d’une personne ou d’une chose sacrée, ou un objet venu en contact avec elles). Sans un « quelque chose » de relationnel avec la maison de Marie, sans allonger les «racines... dans l’Orient chrétien» (n° 9).

• Le mystère de l'Incarnation

Or, insiste le pape, le mystère de l’Incarnation s’est accompli en trois moments qui « renferment chacun à son tour les grands messages que le sanctuaire de Lorette est appelé à tenir vivants dans l’Eglise ».

Ce sont :

– 1. La salutation de l’ange, c’est-à-dire l’Annonciation ;

– 2. La réponse de foi, le « fiat » de Marie ;

– 3. Le sublime événement du Verbe qui se fait chair. Nous pourrions les résumer dans les trois paroles : « grâce, foi et salut... » (no 3).

• Un lieu pour la famille

Le souvenir de la vie cachée de Nazareth « réveille le sens de la sainteté de la famille, exposant d’un seul coup tout un monde de valeurs, aujourd’hui tellement menacées, comme la fidélité, le respect de la vie, l’éducation des enfants, la prière, que les familles chrétiennes peuvent redécouvrir à l’intérieur des murs de la Sainte Maison, première et exemplaire “église domestique” de l’histoire » (no 8).

• Un sanctuaire qui porte de bons fruits

Jean Paul II établit aussi un sage principe qui s’applique à Lorette : « L’importance du sanctuaire lui-même ne se mesure pas selon la base d’où il a tiré ses origines, mais aussi sur la base de ce qu’il a produit », selon le critère évangélique qui juge l’arbre à ses fruits (no 2). Le même pontife reconnaît que le sanctuaire de la Sainte Maison « a eu une part très active dans la vie du peuple chrétien pendant quasiment tout le cours du second millénaire » (no 9).

Benoît XVI, le 4 octobre 2012, à Lorette.

« La foi nous fait habiter, demeurer, mais nous fait aussi marcher sur le chemin de la vie. À ce propos aussi, la Sainte Maison de Lorette nous donne un enseignement important. Comme nous le savons, elle était située sur une route. La chose pourrait apparaître plutôt étrange : de notre point de vue en effet, la maison et la route semblent s'exclure. [...]

Ainsi, nous trouvons ici à Lorette, une maison qui nous fait demeurer, habiter et qui en même temps nous fait cheminer, nous rappelle que nous sommes tous pèlerins, que nous devons toujours être en chemin vers une autre maison, vers la maison définitive, celle de la Cité éternelle, la demeure de Dieu avec l'humanité rachetée. (cf. Ap 21, 3). »

Extrait de Benoît XVI, Homélie du 4 octobre 2012, à Lorette.

Autres visiteurs illustres

Vers 1462/64, le cardinal Pietro Barbo (1417- 1471), d’origine vénitienne, est atteint de la peste. Il se fait porter au sanctuaire de Notre-Dame de Lorette. Là, « il s’endormit, et vit dans son sommeil la bienheureuse Vierge qui lui promit non seulement qu’il guérirait, mais que très prochainement il serait élevé sur la chaire de saint Pierre ». Il guérit et fut élu pape en 1464, sous le nom de Paul II.

Saint François de Sales, saint Louis- Marie Grignion de Montfort, saint Alphonse de Liguori... ne se sont pas privés d’un séjour à Lorette pour se raffermir dans l’esprit et contempler dans la joie le grand mystère de l’Incarnation.

Parfois, comme cela s’est passé dans le mouvement des Focolari, Lorette représente une expérience fondamentale, comme en témoigne Chiara Lubich, la fondatrice.

Stefano DE FIORES, article « LORETTE I », dans : René LAURENTIN et Patrick SBALCHIERO, Dictionnaire encyclopédique des apparitions de la Vierge. Inventaire des origines à nos jours. Méthodologie, prosopopée, approche interdisciplinaire, Fayard, Paris 2007.

Giuseppe SANTARELLI, Nuove fonti letterarie, in Theotokos 1997, n° 2, pp. 707-724, extraits des pages 716-724 (Giuseppe SANTARELLI, basilica della « santa Casa », 60025 Loreto).

Synthèse par F. Breynaert



HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI


Place Madonna di Loreto


Jeudi 4 octobre 2012

Messieurs les Cardinaux,

Vénérés frères dans l’épiscopat,

Chers frères et sœurs !

Le 4 octobre 1962, le bienheureux Jean XXIII est venu en pèlerinage dans ce sanctuaire pour confier à la Vierge Marie le Concile Œcuménique Vatican II, qui devait être inauguré une semaine plus tard. Lui qui nourrissait une dévotion filiale et profonde à la Vierge s’est tourné vers elle avec ces mots : « Aujourd’hui encore une fois, et au nom de tout l’épiscopat, à Vous, très douce mère, que l’on salue du titre de « Auxilium Episcoporum », Nous demandons pour Nous, évêque de Rome et pour tous les évêques du monde entier de Nous obtenir la grâce d’entrer dans la salle conciliaire de la basilique Saint-Pierre comme sont entrés les Apôtres et premiers disciples de Jésus dans le Cénacle : avec un seul cœur, un seul battement d’amour envers le Christ et les âmes, un seul but de vivre et de se sacrifier pour le salut des individus et des peuples. Ainsi, que par votre intercession maternelle, dans les années et les siècles à venir, on puisse dire que la grâce de Dieu a préparé, accompagné et couronné le vingtième Concile Œcuménique, en donnant à tous les fils de la Sainte Église une nouvelle ferveur, un nouvel élan de générosité et de fermes résolutions » (AAS 54 (1962), 727).

À cinquante ans de distance, après avoir été appelé par la divine Providence à succéder au siège de Pierre à ce Pape inoubliable, je suis venu ici moi aussi en pèlerin pour confier à la Mère de Dieu deux importantes initiatives ecclésiales : l’Année de la Foi, qui s’ouvrira dans une semaine, le 11 octobre, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, et l’Assemblée Générale ordinaire du Synode des Évêques que j’ai convoquée au mois d’octobre sur le thème « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ».

Chers amis ! À vous tous j’adresse mon plus cordial salut. Je remercie l’archevêque de Lorette, Mgr Giovanni Tonnuci, pour ses chaleureuses paroles d’accueil. Je salue les autres évêques présents, les prêtres, les pères Capucins, qui ont la charge pastorale du sanctuaire, et les religieuses. J’adresse une pensée respectueuse au maire, M. Paolo Nicoletti, que je remercie pour ses paroles courtoises, au représentant du gouvernement et aux autorités civiles et militaires présentes. Ma reconnaissance va aussi à tous ceux qui ont offert généreusement leur collaboration pour la réalisation de mon pèlerinage ici.

Comme je le rappelais dans la Lettre Apostolique de promulgation de l’Année de la Foi, « j’entends inviter les confrères Évêques du monde entier à s’unir au Successeur de Pierre, en ce temps de grâce spirituelle que le Seigneur nous offre, pour faire mémoire du don précieux de la foi. » (Porta Fidei, 8). Et justement ici à Lorette, nous avons l’opportunité de nous mettre à l’école de Marie, de celle qui a été proclamée bienheureuse parce qu’elle a cru (Lc 1, 45).Ce sanctuaire, construit autour de sa maison terrestre, abrite la mémoire du moment où l’Ange du Seigneur est venu à Marie avec la grande annonce de l’Incarnation, et où elle a donné sa réponse. Cette humble habitation est un témoignage concret et tangible du plus grand évènement de notre histoire : l’Incarnation, le Verbe qui se fait chair, et Marie, la servante du Seigneur est la voie privilégiée par laquelle Dieu est venu habiter parmi nous (cf Jn 1, 14). Marie a offert sa propre chair, s’est mise tout entière à disposition de la volonté de Dieu, devenant un « lieu » de sa présence, « lieu » dans lequel demeure le Fils de Dieu. Ici, nous pouvons rappeler la parole du Psaume par laquelle, d’après la Lettre aux Hébreux, le Christ a commencé sa vie terrestre en disant au Père : « Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, Mais tu m'as formé un corps… Alors j'ai dit : Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté » (10, 5.7). Marie prononce des paroles similaires devant l’Ange qui lui révèle le plan de Dieu sur elle : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38). La volonté de Marie coïncide avec la volonté du Fils dans l’unique projet d’amour du Père, et en elle, s’unissent le ciel et la terre, le Dieu créateur et sa créature. Dieu devient homme, et Marie se fait « maison vivante » du Seigneur, temple où habite le Très-Haut. Ici à Lorette, il y a cinquante ans, le Bienheureux Jean XXIII invitait à contempler ce mystère, à « réfléchir sur ce lien entre le ciel et la terre, qui est l’objectif de l’Incarnation et de la Rédemption », et il continuait en affirmant que le Concile avait pour but d’étendre toujours plus les bienfaits de l’Incarnation et la Rédemption du Christ à toutes les formes de la vie sociale (cf. AAS 54, (1962), 724). C’est une invitation qui résonne encore aujourd’hui avec une force particulière. Dans la crise actuelle, qui ne concerne pas seulement l’économie, mais plusieurs secteurs de la société. L’Incarnation du Fils de Dieu nous dit combien l’homme est important pour Dieu et Dieu pour l’homme. Sans Dieu, l’homme finit par faire prévaloir son propre égoïsme sur la solidarité et sur l’amour, les choses matérielles sur les valeurs, l’avoir sur l’être. Il faut revenir à Dieu pour que l’homme redevienne homme. Avec Dieu, même dans les moments difficiles, de crise, apparait un horizon d’espérance : l’Incarnation nous dit que nous ne sommes jamais seuls, que Dieu entre dans notre humanité et nous accompagne.

Mais la demeure du Fils de Dieu dans la « maison vivante », dans le temple qu’est Marie nous amène à une autre réflexion : là où habite Dieu, nous devons reconnaitre que nous sommes tous « à la maison » : là où habite le Christ, ses frères et sœurs ne sont plus des étrangers. Marie, qui est la mère du Christ et aussi notre mère, nous ouvre la porte de sa maison, nous aide à entrer dans la volonté de son Fils. C’est la foi, ainsi, qui nous donne une maison en ce monde, qui nous unit en une seule famille et qui nous rend tous frères et sœurs. En contemplant Marie, nous devons nous demander si nous aussi nous voulons être ouverts au Seigneur, si nous voulons offrir notre vie pour qu’elle soit une demeure pour Lui ; ou si nous avons peur que la présence du Seigneur puisse être une limite à notre liberté, et si nous voulons nous réserver une part de notre vie qui n’appartienne qu’à nous-mêmes. Mais c’est précisément Dieu qui libère notre liberté, la libère du repli sur elle-même, de la soif du pouvoir, de la possession, de la domination, et la rend capable de s’ouvrir à la dimension qui lui donne tout son sens : celle du don de soi, de l’amour, qui se fait service et partage.

La foi nous fait habiter, demeurer, mais nous fait aussi marcher sur le chemin de la vie. À ce propos aussi, la Sainte Maison de Lorette nous donne un enseignement important. Comme nous le savons, elle était située sur une route. La chose pourrait apparaître plutôt étrange : de notre point de vue en effet, la maison et la route semblent s’exclure. En réalité, justement sur cet aspect particulier, un message singulier est gardé dans cette maison. Elle n’est pas une maison privée, elle n’appartient pas à une personne ou à une famille, mais elle est au contraire une habitation ouverte à tous, qui est, pourrait-on dire, sur notre chemin à tous. Ainsi, nous trouvons ici à Lorette, une maison qui nous fait demeurer, habiter et qui en même temps nous fait cheminer, nous rappelle que nous sommes tous pèlerins, que nous devons toujours être en chemin vers une autre maison, vers la maison définitive, celle de la Cité éternelle, la demeure de Dieu avec l’humanité rachetée. (cf. Ap 21, 3).

Il y a encore un point important du récit évangélique de l’Annonciation que je voudrais souligner, un aspect qui ne finit pas de nous étonner : Dieu demande le « oui » de l’homme, il a crée un interlocuteur libre, il demande que sa créature Lui réponde en toute liberté. Saint Bernard de Clairvaux, dans un de ses sermons les plus célèbres, « représente » l’attente de la part de Dieu et de l’humanité du « oui » de Marie, en se tournant vers elle avec une supplique : « L’ange attend ta réponse, parce qu’il est déjà temps pour lui de retourner vers Dieu qui l'a envoyé. Donne ta réponse, ô Vierge, hâte-toi, ô Souveraine, donne cette réponse que la terre, que les enfers, que les cieux aussi attendent. Autant il a convoité ta beauté, autant il désire à cette heure le « oui » de ta réponse, ce oui par lequel il a résolu de sauver le monde. Lève-toi, cours, ouvre ! Lève-toi par la foi, cours par la ferveur, ouvre-lui par ton consentement (In laudibus Virginis Matris, Hom. IV, 8). Dieu demande la libre adhésion de Marie pour devenir homme. Certes, le « oui » de Marie est le fruit de la grâce divine. Mais la grâce n’élimine pas la liberté, au contraire elle la crée et la soutient. La foi n’enlève rien à la créature humaine, mais ne permet pas la pleine et définitive réalisation.

Chers frères et sœurs, en ce pèlerinage, qui parcourt à nouveau celui du Bienheureux Jean XXIII – et qui a lieu de manière providentielle, le jour de la fête de Saint François d’Assise, véritable « évangile vivant » –, je voudrais confier à la très Sainte Mère de Dieu toutes les difficultés que vit notre monde à la recherche de la sérénité et de la paix, les problèmes de tant de familles qui regardent l’avenir avec préoccupation, les désirs des jeunes qui s’ouvrent à la vie, les souffrances de ceux qui attendent des gestes et des choix de solidarité et d’amour. Je voudrais confier aussi à la Mère de Dieu ce temps spécial de grâce pour l’Église, qui s’ouvre devant nous. Toi, Mère du « oui », qui a écouté Jésus, parle-nous de Lui, raconte-nous ton chemin pour le suivre sur la voie de la foi, aide-nous à l’annoncer pour que tout homme puisse l’accueillir et devenir demeure de Dieu. Amen !

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