dimanche 6 mai 2012

Saint FRANÇOIS de LAVAL, évêque et fondateur


Bienheureux François de Laval

premier évêque de Québec

Les biographes du premier évêque de Québec ne pourront jamais épuiser l'étude des facettes de sa riche personnalité. Mgr de Laval fut à la fois un habile administrateur, un missionnaire au coeur ardent, un homme fier et humble, un mystique héroïque et discret.

Songeons qu'il a passé cinquante années à Québec, surmontant mille difficultés et épreuves, tout en conservant une impressionnante sérénité. C'est vraiment une épopée que sa vie, comme celle de nombreux fondateurs de l'Église canadienne. Il fut l'ami des grands et des petits, des Indiens et des Français, des gouverneurs de Québec, des fondateurs de Montréal et de Trois-Rivières.

UN DESCENDANT DE LA GRANDE NOBLESSE FRANÇAISE

Ses parents sont tous deux de la haute noblesse. Son père est un descendant du baron de Montmorency qui était un contemporain de Hughes Capet, roi de France, fondateur de la dynastie capétienne. François a six frères et soeurs; âgé de 24 ans, il est ordonné prêtre le 1er mai 1647, il y a 350 ans. Il est ordonné évêque le jour de l'Immaculée Conception, le 8 décembre 1658. Il se préparait à partir en mission au Tonkin quand on lui apprit que les Jésuites de Québec le réclamaient. Le roi Louis XIV transmet leur requête au Souverain Pontife, en écrivant ceci: "Nous voulons que le sieur de Laval, évêque de Pétrée, soit reconnu par tous nos sujets dans la Nouvelle-France, pour y faire les fonctions épiscopales."

Des chicanes éclatent dans le clergé local au sujet de cette nomination; mais la reine-mère, Anne d'Autriche, ratifie le tout en écrivant au gouverneur de Québec: "C'est mon intention bien arrêtée et celle de mon fils que Mgr de Laval exerçât la juridiction épiscopale à l'exclusion de tout autre." Elle obligeait le gouverneur de Québec à faire repasser en France quiconque voudrait contrecarrer son autorité. Mgr de Laval règle des affaires de famille, renonce à sa seigneurie et à ses droits d'aînesse en faveur de son frère cadet, Jean-Louis. Son père est déjà décédé, et sa mère mourra l'année de son départ.

QUÉBEC, VILLE DE TEMPÊTE

La bateau parti de La Rochelle le jour de Pâques 1659 arrive à Québec le 16 juin 1659. Toute la colonie est sur le quai, ainsi que de nombreux Amérindiens; la ville retentit d'exclamations, du son des cloches et du bruit des canons du fort. Le jour même, Mgr de Laval baptise un petit Huron et il se rend à la cabane d'un moribond pour lui administrer les derniers sacrements. Plus tard, il baptisera le grand chef iroquois, Garagonthié.

A peine débarqué à Québec, l'évêque constate les effets désastreux de l'eau-de-vie que les sauvages consomment abondamment. Ces boissons alcoolisées sont importées de France et échangées contre des fourrures. Mgr de Laval s'interpose: les marchands sont furieux et montent le peuple contre l'évêque. Ne pouvant ralentir ou faire cesser ce commerce dont il résulte des bagarres, voire des meurtres, la division dans les familles, Mgr de Laval frappe un grand coup: il excommunie les chrétiens qui continueront ce commerce. Il aura à affronter la colère de notables et même de certains gouverneurs. Marie de l'Incarnation écrit à son fils Dom Claude Martin, bénédictin, "Mgr notre prélat est très zélé pour ce qu'il croit devoir augmenter la gloire de Dieu. Il a pensé mourir de douleur à ce sujet, et on le voit sécher sur pied."

Cette lutte contre la vente de l'eau-de-vie durera vingt ans! Enfin, en 1679, Mgr de Laval obtient du roi Louis XIV l'interdiction de la vente des boissons aux Indiens. Une longue bataille épuisante vient de finir... pour un temps!

A Québec, il fait très froid durant l'hiver. De gros poêles sont installés au milieu des églises, dont plusieurs passent au feu! Deux fois, la nouvelle basilique de Québec brûlera... mais l'évêque courageux la reconstruit, aidé par les "corvées" des habitants.

LE PÈRE DE LA PATRIE

Mgr de Laval travaille avant tout à l'organisation de la vie religieuse et à la construction d'écoles. Son immense diocèse s'étend de Québec à l'Acadie et jusqu'à la Louisiane alors française. Il entreprend de nombreuses visites harassantes, car il tient à fonder l'Église canadienne sur la force et l'unité de la vie paroissiale, scolaire et familiale. Son séminaire de Québec a formé, le premier, nos écrivains, penseurs, chefs politiques et religieux qui lutteront pour les droits de la patrie après la conquête anglaise. Après 1760, les paroisses sont restées debout, groupées "serré" autour de leur pasteur , comme le leur avait appris l'évêque de Québec. Il a bien mérité son titre de "Père de la Patrie".

UN MYSTIQUE AU COEUR MISSIONNAIRE

Le frère Housssart, à la mort de Mgr de Laval le 6 mars 1708, révéla la haute valeur spirituelle et mystique de celui qu'il servait, en publiant un mémoire. Durant les dernières années de sa vie, l'évêque de Québec était devenu un grand handicapé physique, suite surtout à ses tournées missionnaires: "On l'a vu faire de longs pèlerinages à pied, sans argent, mendiant son pain et cachant son nom. Il voulait imiter les premiers apôtres de l'Église primitive, et remerciait Dieu d'avoir quelque chose à souffrir pour son amour." Le vaillant évêque, en hiver comme en été, parcourt sans relâche son immense vicariat. Sur le fleuve Saint-Laurent, monté dans un frêle canot, il rame lui-même; en hiver, sa "chapelle" sur le dos, il s'aventure en raquettes jusqu'à Montréal, souvent surpris par les vents et la neige.

Il visite les malades de l'Hôtel-Dieu de Québec et les soigne, les encourage et les assiste à leur mort. Ce descendant du premier baron de France se rend seul à la basilique tous les matins à 4 h. Comme un sacristain, il ouvre les portes, sonne la cloche, et prépare l'autel pour y célébrer la messe dès 4 h 30. On a dit qu'il célébrait sa messe comme un ange! Et dans sa pauvre chambre du Séminaire, il couche sur des planches, remettant sous son lit la paillasse que le frère Houssart lui a prêtée.

UN GRAND SAINT

A sa mort, Mgr de Laval n'avait plus rien: il avait donné toutes ses possessions aux pauvres. La pape Jean-Paul II l'a béatifié en 1980, à la suite de l'important dossier de miracles et faveurs obtenus en le priant. L'évêque de la Nouvelle-France fut un grand saint que l'on peut encore prier, en ces temps où "sa patrie" est encore en danger.

Sa spiritualité

Le point de départ de la spiritualité de François de Laval réside dans un détachement prononcé qui allait bien avec son tempérament. Il s’en était imprégné auprès de Monsieur de Bernières dans ses années de séjour à Caen. Ce détachement est « un grand système de désappropriation » qui se ramène à la maxime spirituelle suivante : « Nous n'avons pas de meilleur ami que Jésus-Christ. Suivons tous ses conseils, surtout ceux de l'humiliation et de la désappropriation du cœur » comme écrit son premier biographe, Bertrand de La Tour.
Pour François de Laval, la désappropriation n’est autre chose que l’évangile vécu dans toute sa radicalité. Il conserve à cette désappropriation son sens moral de renoncement bien entendu. Ainsi, la désappropriation inclut les valeurs de détachement, de pauvreté, d'humilité puisqu'elle reste toujours une certaine privation, mais l'essentiel de la désappropriation pour François réside d'abord dans le partage et la mise en commun des biens. C’est pourquoi la désappropriation devient partage matériel, puis dans un même mouvement, partage fraternel. Il voulait, écrit Bertrand de La Tour, « que tout le clergé ne fît qu'une grande famille », et c'est dans ce but qu'il demandait qu'on ne se départît jamais « de la désappropriation qui laisse tout en commun entre les mains du supérieur ».

La désappropriation se refermerait sur elle-même si, en fin de compte, elle ne rendait de plus en plus libre et accueillant à l’action de Dieu. À mesure que François de Laval avance en âge, les fruits d'une ouverture amoureuse à la volonté de Dieu à travers les événements se manifestent dans une constance, une patience et un abandon qui grandissent. C'est cette expérience de foi confiante que François de Laval a vécue tout au long de sa vie. Elle est l'aboutissement de la désappropriation et elle est au cœur de son expérience spirituelle. « Il y a longtemps que Dieu me fait la grâce de regarder tout ce qui m'arrive en cette vie comme un effet de sa Providence », écrit-il en 1687. Dans les principaux événements de sa vie, François de Laval recherche promptement leur signification spirituelle soit pour son œuvre pastorale, soit dans son itinéraire spirituel personnel. Cette « expérience de Providence », si l'on peut dire, ne serait pas complète si elle ne suscitait une réponse. Cette réponse est l'abandon : « Il est bien juste... que nous ne vivions que de la vie du pur abandon en tout ce qui nous regarde au-dedans comme au-dehors », dira-t-il après le refus du Roi de le laisser partir pour le Canada en 1687. À son ami Henri-Marie Boudon, en 1677, il disait déjà : « Tout ce que la main de Dieu fait nous sert admirablement, quoique nous n'en voyions pas sitôt les effets ».

François de Laval donne l’exemple d'un pasteur totalement consacré à sa tâche dans une fidélité quotidienne et durable. À sa mort en 1708, il laissait la réputation d'« un pasteur plein de l'esprit des apôtres ». Face aux défis de l’évangélisation, sa persévérance et sa confiance totale au Seigneur peuvent être une inspiration et un exemple stimulant.


(Site web consacré au bienheureux François de Montmorency Laval)


LAVAL, FRANÇOIS DE, évêque in partibus de Pétrée, vicaire apostolique en Nouvelle-France (1658–1674), premier évêque de Québec (1674–1688), né à Montigny-sur-Avre (Eure-et-Loir), dans le diocèse de Chartres (France), le 30 avril 1623, baptisé sous les prénoms de François-Xavier, fils de Hugues de Laval, seigneur de Montigny, Montbaudry, Alaincourt et Revercourt, et de Michelle de Péricard, décédé à Québec le 6 mai 1708, inhumé le 9 dans la cathédrale de cette ville.

François de Laval était issu de la branche cadette d’une des plus nobles familles de France, les Montmorency, dont l’origine remonterait à la Gaule païenne. Un Montmorency aurait été, en effet, le premier des grands du royaume de France à recevoir, avec Clovis, le baptême des mains de saint Remi, à Reims, en 496. Le cri de guerre Dieu ayde au premier baron chrestien, qui fut aussi la devise de cette lignée et que l’on retrouve dans les armoiries de Mgr de Laval, perpétuait le souvenir de ce glorieux événement. Le titre de Premiers barons de France, également porté par les Montmorency, n’était pas moins mérité : à l’Église et au Royaume, cette famille donna plusieurs cardinaux, six connétables, douze maréchaux, quatre amiraux, un grand nombre de généraux et d’officiers civils et militaires. Au xiiie siècle, Mathieu de Montmorency, dit le Grand, connétable de France, épousa en secondes noces Emme de Laval, elle-même de haute noblesse. Guy, né de cette union, prit le nom de sa mère ; c’est de lui que descendait François de Laval.

Par sa mère, Michelle de Péricard, fille du seigneur de Saint-Étienne, en Normandie, François de Laval appartenait à une famille de robe, qui avait fourni plusieurs officiers royaux au parlement de Rouen et de nombreux prélats à l’Église. Le siège épiscopal d’Évreux, justement, était occupé vers cette époque par un frère de Mme de Laval, François de Péricard, qui allait jouer un rôle important dans la vie du jeune François.

Le seigneur de Montigny et son épouse, tous deux d’une piété et d’une vertu éprouvées, ne possédaient point, malgré leur noblesse, de grandes richesses : le fief de Montigny, le plus important des quatre qu’ils détenaient, n’était à vrai dire qu’un gros bourg. La situation financière de la famille allait bientôt devenir assez précaire, et François allait devoir se consacrer un jour à son rétablissement.

Hugues de Laval et sa femme eurent six fils et deux filles, dont une, Isabelle (fille posthume), mourut à l’âge de sept mois. Henri, cinquième fils, entra chez les Bénédictins et devint prieur de La Croix-Saint-Lauffroy ; Anne-Charlotte prit le voile chez les Filles du Saint-Sacrement, dont elle fut la supérieure. Destiné par sa famille à l’état ecclésiastique, auquel lui-même aspirait, François fut tonsuré et prit la soutane à l’âge de huit ans et demi, selon les usages de l’époque, peu après son entrée au collège des Jésuites de La Flèche, que fréquentaient les fils des meilleures familles de France. François allait passer dix ans (1631–1641) dans cette célèbre institution, y poursuivant avec grand succès ses études littéraires et philosophiques. En 1637, son oncle, François de Péricard, évêque d’Évreux, le nomma chanoine de la cathédrale de son diocèse. Ce bénéfice, bien que peu considérable – il fut augmenté en 1639 , arrivait à point. Ajouté aux maigres ressources familiales, il permit à François de continuer ses études, menacées un moment par la mort de son père survenue le 11 septembre 1636.

Pour François de Laval, les années vécues à La Flèche furent en quelque sorte décisives. Sous la direction éclairée des Jésuites, il progressa rapidement dans la voie de la piété et de la vertu, méritant bientôt d’être admis dans la Congrégation de la sainte Vierge, alors dirigée par le père Jean Bagot. De cette époque date sa détermination de se consacrer à Dieu dans le sacerdoce, de même que son intérêt pour les missions du Canada, fort à l’honneur en ce collège où résidèrent quelques-uns des plus grands apôtres de l’Amérique française. En contact constant avec les fils de saint Ignace, François apprit à les connaître, s’imprégna de leur spiritualité et s’attacha très sincèrement à eux : « Dieu seul, écrivait-il en 1659, sait combien j’ai d’obligation à votre Compagnie [la Compagnie de Jésus], qui m’a réchauffé dans son sein lorsque j’étais enfant, qui m’a nourri de sa doctrine salutaire dans ma jeunesse, et qui depuis lors n’a cessé de m’encourager et de me diriger [...]. [Les Jésuites] m’ont appris à aimer Dieu et ont été mes guides dans la voie du salut et des vertus chrétiennes... »

En 1641, François s’installa à Paris, au collège de Clermont, également dirigé par les Jésuites, pour y faire sa théologie. Il marchait allégrement vers le sacerdoce quand, coup sur coup, deux événements tragiques le frappèrent cruellement : à Fribourg en 1644 et à Nordlingen en 1645, tombèrent ses deux frères aînés, François et Gabriel, engagés l’un dans l’armée de Condé, l’autre dans celle de Turenne. Héritier du patrimoine et des obligations familiales, François prit le nom d’abbé de Montigny. Sa mère, puissamment secondée par l’évêque d’Évreux, le supplia de quitter l’état ecclésiastique, de se marier et de soutenir l’honneur de sa maison. Inébranlable, François décida toutefois de suspendre momentanément ses études. Il retourna à Montigny, mit bon ordre aux affaires de la famille, et, avec l’encouragement cette fois de l’évêque d’Évreux, rentra bientôt au collège de Clermont. Sous-diacre en 1646, diacre l’année suivante, il fut ordonné le 1er mai 1647.

Prêtre à 24 ans, François était bien préparé pour un ministère qui, des témoignages les plus autorisés, se révéla très fructueux. À Paris, il avait retrouvé le père Bagot et plusieurs de ses compagnons de la Congrégation de La Flèche. Regroupés dans la société des Bons Amis, ils poursuivirent ensemble l’œuvre de leur perfectionnement spirituel. François s’y distingua par sa piété, son zèle et sa vertu. Dans l’année qui suivit son ordination, il se consacra au soin des malades, à l’instruction des enfants délaissés et à l’administration de son patrimoine. En 1648, il se démit de son canonicat – tout honorifique – d’Evreux. Peu après, en décembre, il était nommé archidiacre du même diocèse, qui comptait alors 155 paroisses et 4 dessertes. La tâche était lourde. Mais « l’exactitude de ses visites, écrivait M. de La Colombière, la ferveur avec laquelle il s’y comporta, la réforme et le bon ordre qu’il établit dans les paroisses, le soulagement des pauvres, son application à toutes sortes de biens, tout cela fit bien voir que, sans être évêque, il en avait l’esprit et le mérite et qu’il n’y avait pas de services que l’Église ne dût attendre d’un si grand sujet. » En 1649, il avait obtenu une licence en droit canon de l’université de Paris, requise pour l’exercice de ses fonctions d’archidiacre.

Depuis 1642 au moins, François de Laval rêvait en secret d’être missionnaire. Les Bons Amis, avec lesquels il resta en contact étroit pendant les années de son archidiaconat, partageaient ses aspirations. (Cette société, du reste, fut le berceau du séminaire des Missions étrangères de Paris.) Or, en 1652, le jésuite Alexandre de Rhodes cherchait, avec l’autorisation du pape, des candidats qui accepteraient d’être nommés vicaires apostoliques au Tonkin et en Cochinchine. Après consultation avec le père Bagot et les Bons Amis, il choisit MM. François Pallu, Bernard Picques et François de Laval, que Rome et la cour agréèrent. François de Laval était destiné au Tonkin. Mais l’affaire traîna bientôt en longueur : la Propagande, qui désapprouvait la trop grande indépendance des Jésuites dans les pays de mission, craignait que les candidats proposés ne leur fussent trop attachés, d’autant qu’ils s’étaient déclarés prêts à entrer dans la Compagnie de Jésus, et le Portugal s’opposait fermement à l’envoi d’évêques français en Extrême-Orient. Le projet fut abandonné en 1654. Quelle que dût être son activité future, François de Laval décida de s’y préparer désormais dans la prière et la retraite. En 1654, sans même en retenir la pension à laquelle il avait droit, il se démit en faveur de son ami Henri-Marie Boudon de l’archidiaconat d’Évreux – qui eût pu le mener à l’épiscopat – et céda à son frère puîné, Jean-Louis, son patrimoine et ses droits d’aînesse. (Hugues, le plus jeune de ses frères, était décédé en 1642, âgé d’une douzaine d’années.) Rompus ces derniers liens avec le monde, il prit la route de Caen.

François alla frapper à la porte de l’Ermitage, dirigé par M. Jean de Bernières de Louvigny. Un des grands mystiques de son temps, M. de Bernières, quoique laïc, avait été choisi pour maître et directeur spirituel par quelques-uns des plus pieux et des plus vertueux personnages de France. L’Ermitage abritait depuis 1649 une petite communauté de prêtres et de laïcs, adonnés à l’oraison et aux exercices de charité, et menant une vie fort réglée et austère. « Intime ami » de M. de Bernières, François de Laval mit en pratique ses admirables maximes ; joignant à la prière et à l’oraison les œuvres de charité, il s’occupa, comme il l’avait fait à Paris, des pauvres et des malades, dans la grande tradition de Vincent de Paul. Dans le même temps, il réforma un monastère tombé dans le relâchement et fit éclater jusqu’à la cour le bon droit d’une communauté d’hospitalières menacée de spoliation. Administrateur et confesseur, au surplus, de deux communautés de femmes, il mérita de Mgr Servien, en 1657, un éloge sans équivoque (fait sous la foi du serment) : prêtre « d’une très grande piété », « très prudent et supérieur en affaires », qui a donné, dans le diocèse de Bayeux, de « grands exemples » de vertu.

Mais voici que, de nouveau, on s’employait à doter la Nouvelle-France d’un évêché. Le mouvement avait pris naissance parmi les Associés de Montréal, en 1645, mais avait rencontré par la suite beaucoup d’obstacles. En janvier 1657, les Associés proposaient un candidat, le sulpicien Gabriel de Thubières* de Levy de Queylus. Agréé par l’Assemblée du clergé de France, l’abbé de Queylus ne le fut pas par les Jésuites. Ces derniers, ayant décliné l’invitation de la reine mère Anne d’Autriche de faire nommer un des leurs au siège épiscopal de Québec, soumirent le nom de leur ancien élève, François de Laval. La reine mère et la cour, désireuses que le nouvel évêque vécût en bons termes avec les Jésuites canadiens, approuvèrent ce choix. François de Laval fut prévenu, à l’Ermitage, des projets qu’on avait formés pour lui. Il ne pouvait, toutefois, prévoir les difficultés dont sa route allait être jalonnée désormais.

Le choix de François de Laval et les circonstances de sa nomination au siège épiscopal de la Nouvelle-France allaient en effet réveiller et faire éclater au grand jour le conflit latent qui se développait dans cette colonie, dont Rome et l’archevêque de Rouen se disputaient discrètement, mais avec beaucoup de détermination et de ténacité, la juridiction ecclésiastique.

Depuis le xvie siècle, le pape avait perdu toute autorité directe sur les missions : il lui fallait passer par les rois, qui avaient le droit de patronage, par les évêques, qui poussaient leur influence en dehors des limites de leurs diocèses, et par les supérieurs généraux des grands ordres missionnaires, qui avaient acquis une large autonomie. Le général des Jésuites, par exemple, et ses provinciaux de France pouvaient fonder des missions sans même consulter le Saint-Siège. Ainsi, à leur arrivée au Canada en 1625, et à leur retour en 1632, les Jésuites détenaient leurs pouvoirs de Rome, mais par l’intermédiaire de leur général. Pourtant, dans le but de centraliser l’administration de toutes les missions et de les placer sous l’autorité immédiate du Saint-Siège, le pape avait créé en 1622 la Sacrée Congrégation de la Propagande. Celle-ci. avait dès lors entrepris, avec beaucoup de prudence et de diplomatie, mais avec assez peu de succès, de réduire l’indépendance quasi totale des Jésuites en pays de mission.

Au Canada, cependant, les missionnaires de la Compagnie de Jésus allaient perdre peu à peu leur tranquille assurance des débuts. L’arrivée des Ursulines et des Hospitalières en 1639 – de ces dernières en particulier à qui l’archevêque de Rouen avait fait promettre de reconnaître sa juridiction sur leur communauté –, contribua singulièrement à inquiéter les Jésuites sur la validité des professions religieuses auxquelles ils pourraient être appelés à présider et des mariages entre colons qu’ils bénissaient en se fondant exclusivement sur leurs facultés missionnaires. Leur juridiction s’étendait-elle au-delà du ministère proprement missionnaire auprès des Indiens ? Ils en étaient de moins en moins certains. Demander à la Propagande des pouvoirs plus étendus, c’était se mettre dans sa complète dépendance et déroger, au surplus, à la politique traditionnelle de la compagnie que défendait farouchement leur général, à Rome. Par ailleurs, l’archevêque de Rouen, qui ne doutait pas du bien-fondé de sa juridiction sur la Nouvelle-France, imposait graduellement, mais d’une façon irréversible, son autorité épiscopale à la jeune colonie.

Deux événements allaient faire pencher les Jésuites canadiens du côté de Rouen. En 1645 et 1646, d’une part, les Associés de Montréal travaillaient à l’érection d’un évêché au Canada, et proposaient un candidat de leur choix, l’abbé Thomas Le Gauffre ; s’ils réussissaient, c’en était fait de l’autonomie des Jésuites en Nouvelle-France. Le nouveau général des Jésuites, d’autre part, s’était rendu aux pressions de la Propagande, en 1646, et lui avait rétrocédé, en fait, la plupart de ses pouvoirs en matière de missions. Dans cette conjoncture, les Jésuites canadiens hésitèrent, consultèrent discrètement et, finalement, en 1648, acceptèrent la juridiction de la Propagande en lui demandant de nouveaux pouvoirs, mais sollicitèrent en même temps, et acceptèrent en 1649, des lettres de grand vicaire de l’archevêque de Rouen pour leur supérieur de Québec. Cette dernière démarche – sur laquelle leur général lui-même ne fut pas consulté – fut tenue secrète jusqu’en 1653, au point que Marie de l’Incarnation [Guyart*], si proche des Jésuites pourtant, n’en soupçonnait rien. Les pouvoirs de grand vicaire étaient plus étendus que ceux conférés par la Propagande, et rassuraient davantage les Jésuites sur la validité des professions religieuses et des mariages. Aussi, en 1653, rendirent-ils publique leur dépendance de Rouen, et cessèrent-ils de correspondre avec la Propagande après cette date. Des deux options qui s’offraient à eux, ils avaient choisi la moins restrictive : la formule rouennaise leur laissait plus d’autorité et d’autonomie que ne l’eût fait la romaine.

En refusant le candidat de l’Assemblée du clergé de France, en janvier 1657, ce n’est pas la personne même de l’abbé de Queylus que repoussaient les Jésuites, mais la menace qu’il représentait pour l’indépendance de l’Église canadienne, qu’ils entendaient restaurer et assurer définitivement. En secret, ils proposèrent à la cour un candidat de leur choix, François de Laval. Ils voulaient faire de lui l’évêque en titre de Québec. Pendant 18 mois, ils poussèrent cette affaire à Paris et à Rome, sans que l’archevêque de Rouen, François de Harlay de Champvallon, en eût rien soupçonné, semble-t-il. C’est qu’ils se promettaient, une fois leur candidat nommé et sacré, de détacher entièrement l’Église canadienne de l’archevêché de Rouen. Dans leur esprit, l’évêque de Québec devait dépendre directement du pape. Bien sûr, Harlay n’eût pas été de cet avis...

En janvier 1657, Louis XIV écrivit donc au pape, lui présentant son candidat à l’évêché de Québec, le père François de Laval. Rome voulut d’abord savoir à quelle communauté appartenait ce père. Première cause de retard ; puis on oublia de transmettre les informations canoniques. Le temps passait. Les Jésuites faisaient pression surpression, appuyés par la cour de France. Des mois s’écoulèrent. Tout le monde s’impatientait ; on multipliait les mémoires, on sollicitait le concours des cardinaux romains, mais en vain. Seul François de Laval restait muet et comme indifférent, à la surprise de ceux qui supportaient le plus sa candidature. Cette nomination, il ne l’avait point recherchée ; se rappelant peut-être l’affaire du Tonkin, il attendait, à l’Ermitage, et sans rien faire pour l’influencer, la décision de Rome, qui serait l’expression de la volonté de Dieu sur lui.

Le retard de Rome à prendre une décision venait à vrai dire de la Propagande. On y craignait encore une fois que, par le moyen de François de Laval, qui leur était très lié depuis son enfance, les Jésuites ne perpétuent leur indépendance de cette congrégation romaine au Canada. Il ne pouvait être question d’y nommer un évêque en titre. Aussi souleva-t-on de multiples difficultés, pour enfin proposer à la cour de France la création d’un vicariat apostolique en Nouvelle-France plutôt que d’un évêché. La cour obtint sur cette question l’assentiment des Jésuites et de M. de Laval lui-même. (On a prétendu, à tort, que les Jésuites avaient eux-mêmes suggéré cet expédient.) La nomination d’un simple vicaire apostolique mettrait l’Église et la mission du Canada – Jésuites inclus – dans la dépendance directe de la Propagande et partant du Saint-Siège ; pour Mgr de Laval et les Jésuites, elle aurait l’avantage de les soustraire, en théorie tout au moins, à la juridiction de l’archevêque de Rouen qui le céderait à celle, plus universelle, du pape.

Les bulles de vicaire apostolique en faveur de François de Laval furent signées à Rome le 3 juin 1658. Pour sa consécration, Mgr de Laval choisit le 4 octobre, fête de saint François d’Assise.

L’archevêque de Rouen, qui se considérait l’évêque légitime du Canada, où il avait depuis dix ans un grand vicaire, ignorait tout, semble-t-il, des démarches entreprises pour doter cette partie de son diocèse d’un siège épiscopal. Ardent gallican au surplus, il reçut fort mal la nouvelle de l’expédition de ses bulles à François de Laval. D’autant que la dignité – nouvelle dans l’Église – de vicaire apostolique, le plus souvent obtenue par surprise et sous de fausses représentations, avait fait l’objet de sérieuses délibérations à l’assemblée du clergé de France, qui recommanda finalement aux évêques de refuser la consécration à ces prélats s’ils se présentaient à eux. Le 25 septembre 1658, à Paris, devant une assemblée particulière du clergé, Harlay souleva la question des bulles expédiées à François de Laval, et obtint qu’une circulaire fût adressée aux évêques, les incitant à lui refuser la consécration, conformément aux recommandations de l’assemblée plénière et à cause du préjudice que cette intervention romaine causait à l’Église gallicane. Les trois évêques qui avaient déjà promis leur concours à François de Laval se désistèrent aussitôt.

Outre l’appui de l’Église de France, Harlay chercha celui des parlements, défenseurs jaloux et pointilleux des « libertez », droits, privilèges et immunités de l’Église gallicane. Lui-même siégeait au parlement de Rouen. Il en obtint, le 3 octobre 1658, veille du jour fixé pour la consécration de Mgr de Laval, un arrêt interdisant à ce dernier de « s’ingérer dans les fonctions de vicaire apostolique au Canada » et déclarant qu’en cette affaire la bonne foi du pape avait manifestement été surprise.

Silencieux jusque-là, François de Laval le resta cette fois encore ; ses alliés, les Jésuites et le nonce du pape à Paris, Mgr Piccolomini, tournèrent cependant la difficulté. Rome avait le droit de nommer des vicaires apostoliques dans les pays de mission ; les prétentions de l’archevêque de Rouen n’étaient pas fondées en droit ni reconnues par Rome ; la reine mère, enfin, et le jeune roi étaient favorables à leur candidat ; ils décidèrent donc de procéder en secret à la consécration de Mgr de Laval, dans une église exempte de la juridiction ecclésiastique du royaume. Le 8 décembre 1658, dans la chapelle de la Vierge (aujourd’hui disparue) de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, le nonce imposa les mains à François de Laval, alors âgé de 35 ans.

La réaction gallicane ne se fit pas attendre, dès la nouvelle de la consécration. L’archevêque de Paris, froissé qu’on eût consacré François de Laval dans son diocèse sans sa permission, et l’archevêque de Rouen, à qui Mazarin refusa, pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec cette affaire, de convoquer l’assemblée du clergé de France, se rabattirent sur le parlement de Paris. Entrant dans leurs vues et jugeant qu’il y avait atteinte aux droits de l’épiscopat et aux libertés de l’Église gallicane, le parlement rendit, le 16 décembre, un arrêt obligeant François de Laval a communiquer ses bulles à la cour et lui interdisant de s’en autoriser avant d’avoir reçu les lettres patentes nécessaires en pareille occurrence. Cet arrêt fut signifié à Mgr de Laval le 19. Le 23, le parlement de Rouen, à son tour, renouvelait son arrêt du 3 octobre, défendait à tout sujet du roi de reconnaître M. de Laval comme vicaire apostolique, et enjoignait à tous les officiers du royaume de s’opposer à son entreprise et d’empêcher qu’il n’exerçât aucune fonction. Mgr de Laval, cette fois encore, resta silencieux : il voyait bien que, dans toute cette affaire, il n’était que le prétexte ou l’occasion d’une bataille depuis longtemps prévue, et que d’autres livraient sur son dos.

Après avoir en vain menacé de sanctions l’archevêque de Rouen, Rome conseilla à Mgr Piccolomini, en décembre 1658 et en janvier 1659, de s’appuyer désormais sur « Leurs Majestés », Anne d’Autriche et le jeune Louis XIV. C’était la seule issue, la reine mère ayant dès le début favorisé le plan des Jésuites. Mgr de Harlay, cette fois, se sentit menacé. Le 3 mars 1659, il suggéra à Mazarin un compromis, dont il fut tenu compte dans les lettres patentes du 27 mars, demandées par Anne d’Autriche pour casser l’arrêt du parlement. Ces lettres ordonnaient que Mgr de Laval fût reconnu « pour faire les fonctions épiscopales, sans préjudice des droits de la jurisdiction ordinaire, et cela, en attendant l’érection d’un évêché dont le titulaire sera suffragant de larchevêque de Rouen ». C’était aller entièrement à l’encontre du plan des Jésuites et de la Propagande. La reine mère, présente au Conseil du roi, pouvait-elle l’ignorer ? Elle se reprit le 30 mars, peut-être à la suggestion du nonce. Elle écrivit une lettre à M. d’Argenson [Voyer], gouverneur de la Nouvelle-France, lui enjoignant de faire reconnaître Mgr de Laval en qualité de vicaire apostolique et de « tenir la main à ce qu’il soit obéi dans toutes les fonctions épiscopales », et même d’ « empêcher qu’aucun ecclésiastique ou autre n’en puisse exercer ni avoir aucune jurisdiction ecclésiastique que par les ordres ou consentement » de Mgr de Laval. Ainsi se trouvait éliminée du Canada, en théorie tout au moins, l’autorité de l’archevêque de Rouen.

Mgr de Laval prêta le serment de fidélité au roi, et s’embarqua à La Rochelle le 13 avril 1659. Il n’avait ni recherché ni repoussé la dignité épiscopale ; les pires tempêtes avaient soufflé autour de lui sans qu’il intervînt en quoi que ce fût pour les apaiser, abandonnant entièrement à Dieu le soin d’orienter sa vie. Une chose était certaine, désormais : Dieu le voulait en Nouvelle-France. Il y voguait, avec pour seul revenu une rente de 1 000# dont l’avait avantagé la régente.

Dans le détachement et la pauvreté, commençait une grande et pénible aventure : l’édification d’une Église canadienne.

Le Canada de 1659 était, à vrai dire, bien peu de chose. La population française n’y atteignait pas 2 000 âmes, partagées entre trois centres de peuplement, sur une distance de plus de 60 lieues. La région de Québec, formée de la ville proprement dite et des seigneuries de Beauport, Beaupré, Notre-Dame-des-Anges et Lauson, présentait la plus forte concentration de population, avec près de 1 200 habitants ; quelques centaines de colons étaient établis à Trois-Rivières ou dans les seigneuries voisines du Cap-de-la-Madeleine, de Sainte-Anne et de Champlain, qui commençaient à peine à se développer ; aux avant-postes, l’île de Montréal était le dernier centre habité.

La faiblesse numérique de sa population manifeste le peu de progrès de la colonie depuis sa fondation par Champlain* en 1608. Les compagnies à monopole, sur lesquelles l’État se déchargea entièrement des destinées de la Nouvelle-France, négligèrent tout à fait de satisfaire à leurs obligations, à l’exception de la Compagnie des Cent Associés (1627), qui connut cependant un début désastreux dont elle ne se releva jamais. À partir de 1645, la Communauté des Habitants assuma les charges du pays, mais ne fit guère mieux, par suite de la guerre iroquoise qui paralysait presque complètement la traite des fourrures. Une population insuffisante, des institutions administratives demeurées embryonnaires, les attaques répétées des Iroquois, une crise économique sans issue, autant de facteurs qui, même aux plus optimistes, faisaient craindre pour l’avenir de la colonie.

Colonie française, la Nouvelle-France était en même temps pays de mission. Les Récollets, les premiers, y étaient débarqués en 1615 ; les Jésuites les avaient rejoints dix ans plus tard. Après le traité de Saint-Germain-en-Laye (1632), les Jésuites revinrent seuls en Nouvelle-France. Ils y représentaient désormais l’Église, leur supérieur y étant la plus haute autorité ecclésiastique. Les missions progressèrent d’une façon remarquable : en quelques années, elles s’étendirent à l’Acadie, au lac Saint-Jean, aux Grands Lacs, à l’Iroquoisie. Parallèlement, les Jésuites assuraient le ministère aux Français. La mission allait beaucoup mieux que la colonie.

Les Jésuites tentèrent en outre de suppléer aux faiblesses des Cent Associés et des Habitants. Dans leurs Relations annuelles, ils se firent les propagandistes de la mission, mais aussi de la colonie, empêchant que le Canada ne tombât dans l’oubli. Ils attirèrent des colons, les établirent dans leurs seigneuries. Ils intéressèrent des personnes riches et puissantes à la Nouvelle-France, et la dotèrent ainsi d’un collège (1635), d’un séminaire pour jeunes filles (1639) et d’un hôpital (1639). Missionnaires, curés, professeurs, propagandistes, colonisateurs, explorateurs, interprètes, ambassadeurs à l’occasion, les Jésuites – dont le supérieur était au surplus membre d’office du conseil – étaient partout, engagés dans les affaires civiles tout autant que dans les matières proprement religieuses. La mission soutenait la colonie ; l’inverse eût été plus normal.

Le vicaire apostolique, arrivé à Québec le 16 juin 1659, débarqué le lendemain, se mit à l’œuvre sans tarder. Il pouvait compter sur un effectif ecclésiastique fort réduit : 17 jésuites, 4 sulpiciens et 6 séculiers, dont un n’était que tonsuré. Aux Jésuites, il laissa les missions indiennes ; aux Sulpiciens, le soin de la paroisse de Montréal où ils étaient installés depuis 1657, les séculiers, pour leur part, se chargeraient du ministère paroissial dans la région de Québec, Trois-Rivières demeurant provisoirement sous la conduite spirituelle des Jésuites. Le siège épiscopal serait à Québec.

La première préoccupation de Mgr de Laval fut de faire reconnaître son autorité. Il était hanté par l’idée qu’il pût rencontrer dans la colonie l’opposition qu’il avait connue en France ; bien au courant des agissements de l’abbé de Queylus, qui fut un temps grand vicaire de l’archevêque de Rouen au Canada, il craignait en particulier quelque entreprise des Sulpiciens de Montréal sur son autorité. En quoi il ne se trompait point. Nous avons raconté, dans la biographie de l’abbé de Queylus, les péripéties de ce long conflit de juridiction dont le vicaire apostolique sortit vainqueur, avec l’appui de la Propagande. Or l’arrivée d’une lettre de Louis XIV à M. d’Argenson, du 14 mai 1659, lui fournit une occasion inespérée. Le roi y enjoignait au gouverneur de faire reconnaître partout l’autorité du vicaire apostolique, et de ne permettre à aucun grand vicaire de l’archevêque de Rouen de « s’ingérer à faire aucune fonction de juridiction ». Mgr de Laval la fit publier et afficher d’un bout à l’autre du pays.

Vers le même temps, le prélat établit une officialité, tribunal ecclésiastique qui connaîtrait de tout conflit mettant en cause un membre du clergé séculier ou régulier, et jugerait de toute matière tombant sous la juridiction épiscopale. La hâte mise par le vicaire apostolique à créer ce tribunal – trois mois après son arrivée – paraît assez surprenante, quand on pense, par exemple, que pas une seule paroisse n’était érigée canoniquement. Mgr de Laval s’armait contre les opposants éventuels. Dans le contexte gallican, cependant, cette mesure prenait l’allure d’une provocation à l’endroit du pouvoir civil.

De « grandes brouilleries entre les puissances » survinrent bientôt, dues à la présence de l’officialité, mais aussi à des querelles nombreuses de préséance. Ces disputes peuvent, aujourd’hui, paraître futiles. Mais la société française du xviie siècle avait une conception jalouse de l’honneur. Elle était imbue de respect pour tout ce qui, de près ou de loin, appartenait ou touchait au monarque. En cette société au surplus très hiérarchisée, tous les représentants du roi, du gouverneur jusqu’au plus humble officier de justice, avaient à jouer un rôle précis, auquel était attachée une certaine somme d’honneurs, minutieusement évaluée et fixée définitivement. Des honneurs supplémentaires, qu’ils fussent conférés par l’État ou par l’Église, étaient une récompense enviable, et parfois tenaient lieu de salaire. Se défendait donc âprement qui se croyait lésé en ce domaine.

Or, depuis 25 ans, bien des façons de faire avaient été adoptées, en Nouvelle-France, qui n’étaient pas toujours conformes aux coutumes observées dans le royaume, ou qui s’expliquaient par l’absence d’un évêque. C’est ainsi que le gouverneur avait son prie-Dieu à l’endroit le plus honorable dans le chœur de l’église, qu’il assistait régulièrement aux délibérations de la fabrique de Québec, à titre de marguillier honoraire. Mgr de Laval, soucieux de réprimer les abus et de préserver sa jeune Église contre les interventions inopportunes de l’État, décida de remettre les choses à leur place avant qu’il ne fût trop tard. L’intention était louable. Mais peut-être, dans l’ardeur de ses 36 ans et de son zèle un peu fougueux, n’usa-t-il pas suffisamment de tact et de diplomatie, brusquant inutilement un gouverneur jaloux de ses privilèges et mal disposé, au surplus, envers ce jeune prélat dont le premier geste avait été de créer, en face de la justice civile, un tribunal ecclésiastique. Le gouverneur s’entêta, ne voulut rien céder, non plus que l’évêque. De mois en mois le conflit s’aggrava, sans cesse alimenté de nouveaux incidents, le plus souvent provoqués par Mgr de Laval. « On pensa en venir aux extrémités », note le supérieur des Jésuites, qui blâme discrètement l’évêque.

À l’origine de ces querelles, il y avait sans doute, chez Mgr de Laval, le désir ardent de voir son autorité reconnue et son Eglise hors d’atteinte des entreprises de l’État, pour qui – Louis XIV l’écrira en 1665 – il était absolument nécessaire de « tenir dans une juste balance l’autorité temporelle qui réside dans la personne du Roi et de ceux qui le représentent, et la spirituelle qui réside en la personne du Sieur Évêque et des Jésuites, de manière toutefois que celle-ci soit inférieure à lautre. » Mais il y avait aussi, chez le gouverneur et chez plusieurs colons, le refus de reconnaître au vicaire apostolique la même autorité qu’à un évêque siégeant à la tête de son diocèse. Pour eux, l’évêque de Pétrée ne pouvait être l’évêque de Québec. Au début, les communautés religieuses elles-mêmes avaient hésité : fallait-il obéir à ce « commissaire apostolique » venu au pays « sous le titre étranger d’évêque de Pétrée », ou au grand vicaire de l’archevêque de Rouen ? Quand elles passèrent enfin sous la houlette de Mgr de Laval, les religieuses n’entraînèrent pas toute la population, loin de là. Montréal, en particulier, restait plus ou moins hostile au vicaire apostolique.

Tous s’accordaient, cependant, sur les vertus personnelles de Mgr de Laval. On louait sa piété profonde, sa charité, son humilité. « Il vit saintement et en apôtre », écrit Marie de l’Incarnation. Comme autrefois à Paris et à Caen, en dépit de ses origines illustres et de sa dignité nouvelle, il exerçait les plus humbles ministères, soignant les malades, faisant leurs lits, donnant l’extrême-onction aux Indiens. À l’automne de 1659, par exemple, une épidémie survint, apportée par un navire : il fut constamment à l’hôpital, malgré les tentatives faites pour l’en dissuader et les dangers évidents d’être lui-même atteint. Ne ménageant point sa personne, il était prodigue de ses biens quand il s’agissait d’aider les pauvres. Lui qui n’avait que 1 000# de revenu assuré distribua en secret des sommes énormes (10 000 écus en trois ans, au témoignage de Bertrand de Latour*). Il vivait pauvrement, du reste, retiré d’abord chez les Hospitalières, puis chez les Ursulines, et enfin chez les Jésuites, avant d’acquérir en 1662 une vieille maison où il réunit son petit clergé.

En dépit de ses nombreuses difficultés, Mgr de Laval déploya une grande activité. En 1660, il avait complété sa première visite pastorale, commencée à Gaspé, où il s’était arrêté lors de sa traversée au Canada. Il avait conféré le sacrement de confirmation à des centaines de Blancs et d’Indiens. Il s’était en outre attaqué, dès les débuts, à la traite de l’eau-de-vie : ennemi des demi-mesures et fort de l’appui de son clergé, consulté à trois reprises sur cette question, il avait fulminé une excommunication contre les trafiquants rebelles. Cette intervention énergique lui valut l’opposition déclarée des commerçants et plus ou moins avouée du gouverneur. De quoi alimenter les « brouilleries » déjà en cours. Voyant qu’il ne viendrait point à bout de ce trafic sans l’aide puissante du roi, Mgr de Laval résolut, en 1662, d’aller exposer à Louis XIV son point de vue sur le commerce des boissons, de même que les besoins les plus urgents de son Église.

Il reçut à la cour un accueil fort sympathique. Louis XIV combla tous ses désirs : il promit d’interdire formellement la traite de l’eau-de-vie, et de rappeler M. Davaugour [Dubois*], qui l’avait favorisée ; il invita même le prélat à désigner le nouveau gouverneur, enfin, il nomma dès lors Mgr de Laval à l’évêché de Québec (1662).

Il est raisonnable de croire que Louis XIV et Mgr de Laval discutèrent longuement de la réorganisation de la Nouvelle-France, qu’on placerait sous l’autorité directe du roi. Sans doute, le prélat fut-il également consulté sur le projet de création d’un Conseil souverain (1663) dont il allait être le second personnage, immédiatement après le gouverneur. L’abbé Bertrand de Latour, le plus ancien biographe de Mgr de Laval, va même jusqu’à affirmer que « le Conseil souverain du Canada fut l’ouvrage de son premier évêque ». Quoi qu’il en fût, Mgr de Laval reçut du roi des pouvoirs politiques qui le plaçaient, à certains égards, sur un pied d’égalité avec le gouverneur : « conjointement et de concert » avec ce dernier, il était chargé de nommer les conseillers et de concéder les seigneuries. Bien plus, quand il revint en Nouvelle-France, en 1663, en compagnie du nouveau gouverneur, M. de Mézy [Saffray*], et d’un commissaire royal, MGaudais-Dupont*, c’est à lui que le roi avait confié le soin d’apporter au Canada l’édit de création du Conseil souverain.

Ce Louis XIV qui, en 1662 et 1663, s’emploie à édifier la puissance politique de l’Église canadienne, est-il bien le même qui, à partir de 1665, prendra ombrage de toute intervention réelle ou supposée de l’Église coloniale dans les affaires civiles, et qui se préoccupera si fort de maintenir le clergé dans la dépendance de l’État, de peur que l’évêque et les Jésuites n’ « establissent trop fortement leur authorité par la crainte des excommunications et par une trop grande sévérité de vie qu’ils veulent maintenir » ? Louis XIV n’alla-t-il pas jusqu’à porter de graves accusations, comme s’il eût perdu le souvenir d’événements pourtant récents : « Pour s’y maintenir [dans la colonie] ils [les Jésuites] ont esté bien aises de nommer le Sieur Évesque de Petrée pour y faire les fonctions episcopales comme estant dans leur entiere dépendance et mesme jusques icy où ils ont nommé les Gouverneurs pour le Roy en ce pays là, où ils se sont servis de tous les moyens possibles pour faire revoquer ceux qui avoient esté choisis pour cet employ sans leur participation... » ? L’attitude du roi en 1662 et 1663 s’explique-t-elle par son ignorance de la situation politico-religieuse anormale qui prévalait encore à ce moment au Canada ? Ou bien faut-il attribuer ce changement radical à Colbert, ministre de la Marine depuis peu et gallican convaincu ? Il reste que Louis XIV a contribué fortement à dresser l’une contre l’autre, dans la colonie, l’Église et l’État. Les querelles et les violences qui marquèrent le gouvernement de M. de Mézy, relativement à la composition du conseil, furent préparées par le roi lui-même. Louis XIV regretta un jour l’extrême libéralité des débuts de son règne à l’endroit de l’Église canadienne. En 1677, Colbert faisait écho à ce sentiment en écrivant : « Je vois que l’évêque de Québec affecte une autorité un peu trop indépendante de l’autorité royale, et que par cette raison il serait peut-être bon qu’il n’eût pas de séance dans le Conseil [...] ».

Fort de sa nomination au futur évêché de Québec et des connaissances qu’il avait acquises sur la situation religieuse de la Nouvelle-France, Mgr de Laval n’avait pas voulu quitter Paris sans jeter les fondements de son Église. Pour assurer à la colonie les prêtres dont elle avait besoin, il conçut l’idée d’un séminaire, qui devait être pendant des années le centre et l’âme de la vie religieuse canadienne. Ce fut par une ordonnance émise à Paris le 26 mars 1663, confirmée par le roi le mois suivant, que le vicaire apostolique établit le séminaire de Québec.

Dans la pensée de Mgr de Laval, le séminaire de Québec était, certes, un grand séminaire, « dans lequel on élèvera et formera les jeunes clercs qui paraîtront propres au service de Dieu et auxquels, à cette fin, l’on enseignera la manière de bien administrer les sacrements, la méthode de catéchiser et de prêcher apostoliquement, la théologie morale, les cérémonies, le plain-chant grégorien, et autres choses appartenant aux devoirs d’un bon ecclésiastique. » Mais le séminaire de Mgr de Laval était beaucoup plus que cela : « nous érigeons [...], déclarait le prélat, un séminaire pour servir de clergé à cette nouvelle Église, [...] un lieu de réserve d’où nous puissions tirer des sujets pieux et capables pour les envoyer à toutes rencontres et au besoin dans les paroisses et autres lieux du dit pays, afin d’y faire les fonctions curiales et autres auxquelles ils auront été destinés, et les retirer des mêmes paroisses et fonctions quand on jugera à propos [...] ». Mgr de Laval conçut donc son séminaire comme une véritable communauté de prêtres séculiers « qui sera conduit[e] et gouverné[e] par les supérieurs que nous ou les successeurs évêques de la Nouvelle-France y établirons, et suivant les règlements que nous donnerons à cet effet. » Clergé et séminaire, c’était tout un, dans l’esprit de Mgr de Laval : le séminaire de Québec serait le clergé de la Nouvelle-France.

Le prélat précisait que le futur chapitre de l’évêché de Québec serait formé « dans le dit Séminaire et clergé » ; que toutes les cures seraient unies au séminaire, auquel les dîmes seraient versées ; que le séminaire pourvoirait aux besoins des curés et s’engagerait à les entretenir « tant en santé qu’en maladie, soit dans leurs fonctions, soit dans la communauté quand ils y seront rappelés ». En retour de cet engagement, le séminaire exigerait la désappropriation, c’est-à-dire la mise en commun des biens et des revenus de tous ses membres. Les prêtres séculiers, néanmoins, étaient libres d’adhérer au séminaire ; les abbés Le Sueur* et Le Bey, déjà dans la colonie en 1659, n’en firent point partie. Mais, dans la pratique, il était difficile, à qui rêvait d’obtenir une cure, de ne pas d’abord se joindre au séminaire. À la requête de Mgr de Laval, le séminaire de Québec fut affilié, le 29 janvier 1665, au séminaire des Missions étrangères de Paris, avec lequel il allait entretenir des liens très étroits d’amicale collaboration.

Le séminaire de Mgr de Laval répondait parfaitement aux besoins de l’Église canadienne de 1663, et lui assurait en outre une admirable unité. Il rendit de très grands services tant que Mgr de Laval en eut lui-même la direction ; mais il avait nécessairement, à certains égards, un caractère provisoire. Avec le développement de la colonie, et une fois les paroisses capables d’entretenir les curés, cette communauté diocésaine du clergé n’aurait plus sa raison d’être. Sous Mgr de Laval, dont le prestige était grand, et à cause des liens très forts d’amitié qui l’unissaient à ses prêtres, le prélat et le séminaire collaborèrent étroitement, dans l’harmonie la plus entière. Mais, sous un nouvel évêque, tout ne marcherait peut-être pas aussi bien ; il faudrait d’abord que cet évêque consentît à n’exercer son autorité sur le clergé et les paroisses que par l’intermédiaire des directeurs du séminaire. Successeur de Mgr de Laval, Mgr de Saint-Vallier [La Croix], pour sa part, s’y refusa catégoriquement.

Le mandement qui créait le séminaire de Québec, enregistré à Québec le 10 octobre 1663, établissait en même temps la dîme au Canada. Mgr de Laval la fixa au treizième, mesure que le roi approuva. Malheureusement, le prélat crut bon, un mois plus tard, d’y faire exception pour les paroissiens de Québec, qu’il dispensait de payer la dîme pour l’année 1663, tout en la portant, pour eux seuls, au vingtième pendant les six années suivantes. Aussitôt, dans toutes les parties de la colonie, l’on se mit à espérer pareil allégement ; en attendant, on refusa de subvenir aux besoins du clergé. Ce fut l’occasion de grandes difficultés et d’importantes contestations. M. de Mézy appuyait les colons. Mgr de Laval étendit d’abord à tout le pays le privilège accordé à la paroisse de Québec, puis fixa la dîme au vingtième pour la durée de sa vie, et enfin retarda jusqu’en 1665 le paiement obligatoire de la dîme. Celle-ci, néanmoins, resta impayée jusqu’en 1667, alors que, le 23 août, M. de Tracy [Prouville*] la fixa au vingt-sixième pour 20 ans, et au vingtième par la suite. Bon gré mal gré, les colons se conformèrent à ces dispositions, plutôt que d’être traînés en justice. En 1707, après bien des avatars [V. Louis-Gaspard Dufournel*], la dîme fut fixée définitivement au vingt-sixième. En toute cette affaire, Mgr de Laval, si ferme et si intraitable quand les grands principes ou la morale étaient menacés, se montra accommodant et compréhensif, voire un peu faible devant la résistance des colons. Cela seul suffirait à reviser certains jugements sur son caractère.

Quand M. de Mézy mourut, réconcilié avec l’évêque et le clergé, commença pour Mgr de Laval une courte période de paix, sinon de parfaite union, avec les représentants de l’État. La présence de M. de Tracy y contribua beaucoup. Le prélat, qui avait érigé canoniquement la paroisse de Québec en 1664, en consacra l’église en 1666. Pendant ces quelques années, il s’appliqua à implanter au Canada un certain nombre de dévotions, comme celle de la sainte Famille, à laquelle il tenait particulièrement, et celle de sainte Anne. En 1668, le 9 octobre, il fondait à Québec son petit séminaire, dit de l’Enfant-Jésus : huit jeunes Canadiens, que l’on destinait à l’état ecclésiastique, et six Hurons, que l’on se proposait de franciser, en furent les premiers élèves. Logés et formés au petit séminaire, ils suivaient leurs cours au collège des Jésuites. Vers la même époque, Mgr de Laval mit sur pied, à Saint-Joachim, une école de métiers, de même qu’une petite école où les enfants apprendraient à lire et à compter.

Soudain, le 10 octobre 1668, s’amorçait une nouvelle crise. Mais il convient ici de prendre les choses d’un peu plus loin.

Dès 1657, par un arrêt de son conseil, le roi avait confirmé l’interdiction de la traite de l’eau-de-vie, en vigueur dans la colonie depuis l’époque de Champlain. À son tour, le 5 mai 1660, Mgr de Laval avait défendu, sous peine d’excommunication ipso facto, de donner des boissons enivrantes aux Indiens ; quelque temps après, il avait excommunié nommément le trafiquant Pierre Aigron*, dit Lamothe. La traite ayant cessé sous la double menace des sanctions civiles et ecclésiastiques, Mgr de Laval leva son excommunication générale en octobre 1661, pour la renouveler le 24 février 1662, peu après que, sur un coup de tête, le gouverneur général Davaugour se fut déclaré favorable à ce commerce. Or, la veille, à Paris, les théologiens de la Sorbonne, saisis de la question par le vicaire apostolique, avaient exprimé l’avis que, « vu les désordres qui arrivent de la vente de telles boissons, faite aux Américains [i.e. aux Indiens], l’Ordinaire ou Prélat peut défendre sous peine d’excommunication ipso facto aux Européens la vente de telles boissons, et traiter ceux qui seront désobéissants et réfractaires comme des excommuniés. » Par suite de l’attitude conciliante de Davaugour, cependant, la traite avait pris une telle ampleur et les désordres s’étaient à ce point aggravés que Mgr de Laval avait décidé de passer en France pour solliciter l’appui de Louis XIV.

Lorsqu’il revint à Québec, en 1663, le vicaire apostolique constata avec satisfaction que les trafiquants s’étaient rendus, sous l’effet de la terreur provoquée par le grand tremblement de terre de 1663. M. de Mézy, le nouveau gouverneur, et Mgr de Laval s’entendaient pour interdire conjoitement la traite des boissons.

L’union, à ce sujet, de l’Église et de l’Etat se maintint jusqu’au 10 octobre 1668. Ce jour-là, à l’instigation de l’intendant Talon*, le Conseil souverain permit la traite de l’eau-de-vie, tout en interdisant aux Indiens de s’enivrer, ce qui était un non-sens. En réponse, le 21 avril 1669, Mgr de Laval fit un cas réservé du péché qui consistait à enivrer les Indiens et à leur donner des boissons à transporter dans leurs villages.

C’est alors qu’éclata la grande querelle de la traite de l’eau-de-vie. Jusque-là, en effet, et à l’exception de l’incident provoqué par Davaugour, l’Église et l’État avaient eu, officiellement tout au moins, une politique commune. Mais, dès lors, Mgr de Laval, les missionnaires et le clergé furent constamment attaqués par tous ceux – et ils étaient fort nombreux – qui favorisaient la traite ; on les accusait de s’ingérer dans une matière de politique commerciale qui relevait exclusivement de la police civile. On reprochait en particulier à l’évêque son cas réservé. En 1674, Mgr de Laval soumit de nouveau la question aux théologiens de la Sorbonne. La réponse, datée du 8 mars 1675, lui donnait raison sur les deux points proposés : la traite de l’eau-de-vie constituait un péché mortel, et l’Ordinaire avait le droit de prendre les mesures appropriées pour réduire ce commerce, comme d’en faire un cas réservé.

Dans ses combats contre la puissance civile, dans ceux en particulier qu’il mena contre la traite de l’eau-de-vie, Mgr de Laval voyait son autorité épiscopale partout mise en doute, du fait qu’il n’était que vicaire apostolique. Lui-même, jusqu’en 1664, ne douta pas qu’il eût tous les pouvoirs d’un ordinaire ; aussi érigea-t-il en toute bonne foi une officialité, un séminaire et la paroisse de Québec. Quand il découvrit enfin les limitations de sa fonction, il implora de Rome l’érection d’un évêché à Québec, de manière à pouvoir organiser son Église et faire face avec plus d’autorité aux « émules perpétuels et contempteurs de la puissance ecclésiastique » au Canada.

Cette requête ne parut point, tout d’abord, devoir soulever d’objections. En 1662, Louis XIV avait assuré Mgr de Laval de sa nomination au futur siège de Québec, dont il avait peu après demandé l’érection au pape. Le vicaire apostolique s’était empressé d’appuyer sa démarche. Sur quoi la Propagande avait exprimé l’avis que le temps était venu, en effet, de doter la Nouvelle-France d’un diocèse. Mais Louis XIV avait fini par donner de telles proportions à l’incident de la garde corse (20 août 1662) que les relations Rome-Paris s’étaient tout à fait détériorées ; la Propagande, dès lors, s’était montrée plus réticente sur le projet d’un évêché, ne promettant plus que de l’examiner attentivement.

Le roi exigea bientôt que le futur évêché de Québec dépendît de celui de Rouen. Ne voulant rien céder sur ce point, Rome se désintéressa de l’affaire pendant deux ans (1664–1666). Or, de Québec, Mgr de Laval expédiait des lettres fort pressantes au Saint-Siège, expliquant les menées de la Compagnie des Indes occidentales qui, sous prétexte qu’il n’y avait point d’ordinaire au Canada, s’apprêtait à y envoyer des prêtres, à créer des paroisses et à nommer aux cures. Les colons, par ailleurs, contestaient au vicaire apostolique le droit d’établir et de percevoir la dîme. En 1666, Rome reprit son étude, qu’une nouvelle exigence de Louis XIV vint encore ralentir : le roi voulait cette fois que l’érection de l’évêché de Québec se fît dans le respect des privilèges de l’Église gallicane. Pendant que Mgr de Laval s’impatientait en vain à Québec, Rome adressait enfin à Paris, le 18 juin 1668, un modèle de bulle « pour recevoir sur cela les ordres du Roy ». Le document fut examiné, puis retourné au Saint-Siège. L’obstacle majeur restait la dépendance de l’archevêché de Rouen.

En 1669, lassé d’attendre et voyant son Église menacer ruine, Mgr de Laval fit la concession suprême : écrivant à Rome, il accepta que le futur évêché dépendît de Rouen, si les cardinaux jugeaient qu’il en devait être ainsi. Or, la même année, Louis XIV et Colbert, comprenant que les discussions avec le Saint-Siège n’aboutiraient jamais, abandonnaient la condition qu’ils avaient mise jusque-là à l’érection de l’évêché de Québec, c’est-à-dire la dépendance de Rouen !

L’affaire prit une tournure excellente en 1670, mais Mgr de Laval se trouva dans l’impossibilité de payer les frais élevés de l’érection de son diocèse. Sans fortune personnelle, il rédigea plaidoyer sur plaidoyer, demandant qu’on lui expédiât gratuitement ses bulles. En 1671, alarmé, il passa en France, déterminé à ne jamais revenir au Canada à moins que le diocèse ne fût érigé. Rome accepta finalement de réduire les frais. Les bulles ne furent expédiées que le 4 octobre 1674. Mgr de Laval prêta le serment de fidélité au roi, et s’embarqua pour le Canada à la fin de mai 1675.

Dès lors, le diocèse de Québec échappait entièrement aux prétentions de l’archevêque de Rouen, mais non point encore à celles de l’archevêque de Paris, ce même Harlay de Champvallon qui, de Rouen, avait été promu à Paris. Harlay tenta, cette fois, de mettre Québec dans la dépendance du « principal » diocèse de France ; mais il dut, en 1679, abandonner ce projet que Rome n’eût jamais approuvé.

Mgr de Laval débarqua à Québec au début de septembre 1675, après une absence de quatre ans. Évêque en titre, il prit possession de sa cathédrale, renouvela plusieurs de ses ordonnances, confirma l’érection de l’officialité et de la paroisse de Québec, et forma un chapitre provisoire, faute de pouvoir l’ériger canoniquement. Il tira ses chanoines du séminaire, dont il avait, peu avant son départ de Paris, renouvelé l’acte d’union à celui des Missions étrangères. Puis, au printemps de 1676, il entreprit la visite de son diocèse.

Au moment où Mgr de Laval assurait une plus grande stabilité à son Église, Louis XIV réorganisait le Conseil souverain de Québec. Le 5 juin 1675, il portait à sept le nombre des conseillers – outre le gouverneur, l’évêque et l’intendant –, qui seraient dès lors nommés à vie, par le roi. Mgr de Laval reprenait au conseil la seconde place, qui avait été la sienne avant la venue de Jean Talon. L’État conservait donc à l’Église canadienne un rôle important dans les affaires civiles.

Mgr de Laval n’ignorait rien des querelles nombreuses qui, en son absence, de 1672 à 1675, avaient mis à dure épreuve l’union de l’Église et de l’État, et qui furent une des causes de la réorganisation du conseil. Or, en 1676, deux grandes questions opposaient encore les « puissances » : la traite de l’eau-de-vie et l’établissement des cures. L’évêque jugea nécessaire de déléguer à Paris un représentant sûr et dévoué qui défendît la position de l’Église canadienne et répondît aux attaques de Frontenac [Buade*] et de ses alliés. Il arrêta son choix sur l’abbé Jean Dudouyt*.

La mission confiée à M. Dudouyt était d’autant plus nécessaire que le clergé de la Nouvelle-France n’avait plus son ancienne unité. En 1670, en effet, à l’instigation de Jean Talon, les Récollets étaient revenus au Canada, chargés par l’État de faire contrepoids à l’autorité et à la sévérité des Jésuites et des séculiers canadiens, qu’on accusait de « gehenner les consciences ». Ces bons religieux, protégés par Frontenac à partir de 1672, prirent leur rôle fort au sérieux et devinrent les instruments dociles du gouverneur. Sur la traite de l’eau-de-vie, sur l’établissement des cures, sur la dîme, ils adoptèrent et prêchèrent les opinions de Frontenac, étant du reste entièrement à ses ordres plutôt qu’à ceux de l’évêque. Mgr de Laval, qui savait les raisons de leur venue, les avait pourtant accueillis avec beaucoup de charité, leur avait assigné des terrains d’apostolat, et continua de leur prodiguer des marques d’estime. Ce fut en vain. Les Récollets enchérissaient sur les calomnies lancées à la cour par le clan de Frontenac contre l’évêque et les Jésuites – qui n’auraient interdit la traite de l’eau-de-vie que pour la mieux faire eux-mêmes, et auraient été plus intéressés à la conversion des castors qu’à celle des âmes.

Mgr de Laval avait profité de son séjour à Paris pour consulter de nouveau les théologiens de la Sorbonne sur la question de l’eau-de-vie. Il reçut d’eux un jugement favorable en tout point à sa thèse. Dans l’espoir d’obtenir un avis contraire, ses adversaires s’adressèrent aux théologiens de l’université de Toulouse. La réponse fut toute différente de celle de la Sorbonne : « M. l’Évêque de Québec ne peut point licitement faire un péché mortel et moins un cas réservé de la vente des eaux-de-vie ». Cela était de nature à nuire à la cause de Mgr de Laval. Aussi M. Dudouyt, dès son arrivée à Paris, sollicita-t-il une entrevue avec Colbert. Il lui exposa, le 27 avril 1677, les raisons de l’attitude de Mgr de Laval, mais ne le convainquit pas. Une seconde audience, le 11 mai, lui laissa quelque espoir, le ministre l’ayant écouté avec plus de patience. Il recommanda donc à l’évêque de rédiger un mémoire complet sur la question ; la cour avait adressé la même demande à l’intendant Duchesneau*.
Manifestement, Louis XIV était décidé à trancher le débat. Il ordonna à Frontenac de convoquer 20 des principaux habitants du pays, et de recueillir leurs avis sur la traite de l’eau-de-vie. Le Conseil souverain désigna ces représentants, qui se réunirent le 28 octobre 1678. Presque tous engagés dans le commerce, ils se prononcèrent en majorité pour la liberté absolue de la traite de l’eau-de-vie. Le conseil chargea MM. Nicolas Dupont de Neuville et Jean-Baptiste de Peiras de porter à la cour le résultat de la consultation. La situation était critique pour l’Église canadienne. Malgré des infirmités de plus en plus accablantes, Mgr de Laval se rembarqua immédiatement pour la France, dans un suprême effort pour convaincre le roi de la justesse de sa cause.

Louis XIV confia à son confesseur, le père de La Chaise [Aix], et à l’archevêque de Paris le soin d’étudier les mémoires sur le trafic des boissons reçus du Canada ; puis, le 24 mai 1679, il rendit une ordonnance interdisant la traite de l’eau-de-vie en dehors des habitations françaises. Mgr de Laval s’engagea à ramener son cas réservé aux dispositions de l’ordonnance. Cet aboutissement d’une lutte de 20 années avait de quoi décevoir profondément le vieil évêque ; il pouvait, néanmoins, tirer quelque consolation du fait que les trafiquants d’alcool n’iraient plus, légalement, poursuivre les Indiens jusque dans leurs villages les plus reculés.

La question de l’érection des cures fut également débattue en France, pendant l’hiver de 1678–1679, en présence de Mgr de Laval. En confirmant l’établissement du séminaire de Québec en 1663, Louis XIV avait approuvé le double principe de l’amovibilité des cures et du paiement des dîmes au séminaire, lequel se chargeait de les redistribuer équitablement aux desservants des diverses paroisses. Or, avec le temps et sous l’influence, semble-t-il, de Jean Talon, ce système – le seul qui fût applicable à la Nouvelle-France d’alors – fut critiqué, puis vivement combattu. On accusa Mgr de Laval de ne point vouloir établir de cures. À cela, il y avait deux réponses : d’une part, tant qu’il fut vicaire apostolique, Mgr de Laval n’eut pas les pouvoirs nécessaires à l’érection des paroisses – ce qu’il ne découvrit qu’après avoir « érigé » celle de Québec en 1664 ; d’autre part, il ne pouvait établir de paroisses que si la subsistance des curés était assurée. Or, vers 1675–1680, aucune « paroisse » n’était encore en mesure de faire vivre un curé, encore moins de construire une église et un presbytère. Pour assurer les revenus nécessaires, il eût fallu augmenter considérablement le nombre des paroissiens, en reculant indéfiniment les frontières des paroisses, qui, dès lors, seraient redevenues territoires de mission.

Sur la question des cures tout autant que sur celle de l’eau-de-vie, Mgr de Laval dut céder devant la volonté du roi. En mai 1679, Louis XIV signa un édit sur les « dîmes et cures fixes » : les dîmes appartiendraient à l’avenir au curé de la paroisse, « où il serait établi perpétuel, au lieu du prêtre amovible qui la desservait auparavant ». Mgr de Laval ne mit aucune mauvaise grâce à l’exécution de cet édit. Déjà, en 1678, il avait conféré avec Frontenac et Duchesneau sur la façon d’assurer la subsistance des curés. Il avait, peu après, érigé sept paroisses. « Dans la plupart de ces paroisses, écrivait-il, les habitants n’ont pas voulu se conformer à la décision de la conférence pour la nourriture et l’entretien de leurs pasteurs. N’importe ; j’ai envoyé mes missionnaires hiverner chez eux, m’obligeant à leur fournir ce qui leur serait nécessaire. » Travaillant de concert avec l’intendant, Mgr de Laval érigea six nouvelles cures en 1684 ; de nouveau, aucune d’entre elles ne pouvait subvenir à l’entretien de son curé. Il fallut l’aide du séminaire et de l’État. Cela prouvait hautement la sagesse de Mgr de Laval lorsqu’il conçut son séminaire, en 1663 ; malgré le régime nouveau, instauré en principe par l’édit de 1679, le séminaire n’en continuait pas moins de soutenir les paroisses.

Mgr de Laval rentra au pays à l’automne de 1680, après s’être occupé pendant plus d’un an d’autres questions relatives à son Église, en particulier de l’union canonique – que toutefois il ne put réaliser – des abbayes de Maubec et de Lestrées à son évêché. En 1681, il fit la visite de son diocèse.

Cette année 1681 vit le début de nouvelles difficultés entre l’évêque et les Récollets. Ces derniers venaient d’obtenir du roi l’emplacement de l’ancienne sénéchaussée, dans le but d’y bâtir un hospice qui leur servît de retraite lors de leurs séjours à Québec. Mgr de Laval accueillit favorablement ce projet, mais précisa, conformément au document royal, que ce lieu de retraite ne devait pas être transformé en couvent ni utilisé pour des cérémonies publiques du culte. Les religieux n’en firent pas moins un couvent, le surmontèrent d’un clocher [V. Henri Leroy], célébrèrent des offices publics et se moquèrent ouvertement des directives de l’évêque. Ce dernier révoqua la permission qu’il leur avait donnée de construire un hospice ; les Récollets, par représailles, abandonnèrent leurs missions ; Mgr de Laval fut finalement contraint de leur interdire toute fonction ecclésiastique. Le roi, une fois encore, dut trancher le débat : il ordonna d’abattre le clocher, mais le couvent subsista. Conciliant à son ordinaire, Mgr de Laval avait invité, au début de cette querelle, un récollet, le père Adrien Ladan, à prêcher l’avent à la cathédrale. Le religieux en profita pour fustiger à plusieurs reprises l’intendant et les adversaires de Frontenac ; les avertissements de Mgr de Laval n’eurent point d’effet sur lui. Les Récollets jouaient consciencieusement le rôle que leur avait confié l’État...

Les relations de Mgr de Laval avec les diverses communautés religieuses de son diocèse, si l’on excepte les Récollets et, pour un temps, les Sulpiciens, furent toujours excellentes, empreintes d’estime et de respect mutuels. Le prélat ne fut pas toujours d’accord, il est vrai, avec les supérieurs des diverses communautés, mais leur union n’en fut jamais altérée. Mgr de Laval, par exemple, se montra peu favorable à la multiplication des ordres religieux dans son diocèse : il eût voulu fondre les deux communautés d’hospitalières, de même qu’il désira unir les sœurs de la congrégation de Notre-Dame aux Ursulines. En attendant, il aida chaque groupe de son mieux, et finit par reconnaître à chacun son existence propre. À partir de 1668, il fut en bons termes avec les Sulpiciens, faisant même de M. de Queylus, qu’il avait autorisé à revenir à Montréal, son grand vicaire. La charité et l’humilité ne laissaient point de place chez Mgr de Laval à la rancune et aux mesquineries.

Au retour de sa visite pastorale de 1681, le prélat, épuisé, tomba gravement malade ; « dans l’espace de quinze jours, on n’espérait que la mort ». Il aurait bientôt 60 ans, et sa santé déclinait. Il se persuada qu’un évêque plus jeune et plus solide ferait dès lors plus de bien que lui, et qu’il lui fallait porter sa démission au roi. Auparavant, il voulut parfaire quelque peu son œuvre. Il travailla à l’établissement de six nouvelles cures, érigea canoniquement son chapitre en 1684, et confia au séminaire la réalisation de quelques projets, laissant 8 000# pour la construction de la chapelle du séminaire, prévue dans les plans de l’édifice commencé en 1678, 4 000# pour la construction d’une église à Saint-Joachim et 8 000# pour la subsistance du curé qui desservirait cette paroisse et dirigerait l’école des arts et métiers qu’il y avait créée. À l’automne, il s’embarqua pour la France.

Sa démission acceptée, Mgr de Laval convint de demeurer évêque de Québec jusqu’à la consécration de son successeur, l’abbé de Saint-Vallier, qu’il avait choisi avec le plus grand soin. Cependant, les relations tendues qui existaient pour lors entre Paris et Rome ne permettant pas l’expédition immédiate de ses bulles, l’abbé de Saint-Vallier passa au Canada, en 1685, avec le titre de grand vicaire. À son retour à Paris, en janvier 1687, il eut quelques démêlés avec Mgr de Laval au sujet du séminaire de Québec. C’est alors que le vieil évêque comprit le dessein de son successeur de modifier profondément l’organisation de l’Église canadienne, dont son cher séminaire était la clef de voûte. Une seule solution s’offrait à lui, pour sauver son œuvre : obtenir de l’abbé de Saint-Vallier, qui n’avait pas encore reçu ses bulles, qu’il renonçât à cet évêché. En vain Mgr de Laval fit-il intervenir les personnages les plus influents ; l’abbé de Saint-Vallier ne voulut point céder, se contentant d’expliquer son attitude et promettant beaucoup de modération.

Au printemps de 1687, Mgr de Laval s’apprêtait à partir pour le Canada, où il désirait finir ses jours. Le marquis de Seignelay l’en empêcha, de crainte que sa présence n’y fût une cause de troubles et de division. Mgr de Laval écrivit au père de La Chaise, à Seignelay lui-même, mais ne les fléchit point. Il s’abandonna dès lors à la volonté de Dieu, et rédigea, à l’adresse de ses prêtres, une lettre admirable, pleine de résignation devant, l’immense épreuve, qu’il acceptait « avec un cœur rempli de joie et de consolation au fond de l’âme ».

L’abbé de Saint-Vallier fut consacré le 25 janvier 1688. Mgr de Laval devenait Mgr lAncien. Avec l’appui du nouvel évêque, et sur la promesse de ne lui causer aucun embarras, Mgr de Laval obtint l’autorisation de retourner à Québec. Il y arriva le 3 juin, et Mgr de Saint-Vallier, le 31 juillet.

Le retour de Mgr l’Ancien dans la colonie réjouit non seulement ses prêtres, mais toute la population, sur laquelle, au dire du gouverneur général Brisay de Denonville, il avait « un grand ascendant par son génie et par sa réputation de sainteté ». Si certains représentants du pouvoir civil et la plupart des commerçants intéressés à la traite de l’eau-de-vie s’étaient opposés à lui, les colons, malgré les difficultés de l’établissement des dîmes, aimaient sincèrement et vénéraient cet évêque courageux, tout dévoué à son Église, et dont ils connaissaient bien la piété, l’humilité, et surtout l’immense charité. On était partout conscient des progrès réalisés sous Mgr de Laval : de cinq en 1659, le nombre des paroisses était passé à 35 en 1688 ; les prêtres, de 24 à 102 (36 jésuites, 19 sulpiciens, 14 récollets et 33 séculiers) ; et les religieuses, de 32 à 97 environ. On n’était pas non plus insensible au fait que 13 prêtres canadiens œuvraient déjà au pays, et que 50 Canadiennes avaient prononcé leurs vœux perpétuels dans les différentes communautés de Québec et de Montréal. En plus de jeter les bases d’une Église nationale, Mgr de Laval en avait fort heureusement commencé l’édification.

Il retourna vivre au séminaire. On affecta à son service un donné, le frère Hubert Houssart. Le prélat ne pensait plus qu’à la prière et à la mortification, limitant ses interventions extérieures aux seuls actes d’une charité fort discrète du reste. Il distribua tout ce qu’il possédait, ne réclamant rien qui ne fût pour ses pauvres, auxquels il réservait même la meilleure part de ses repas. Quand il n’eut plus rien, il sut que sa mort était proche. Il assistait à tous les offices de la paroisse, étant le premier à l’église tous les matins, bien avant le lever du soleil et par les froids les plus rigoureux. Complètement retiré des affaires, il n’avait plus d’intérêt que pour son cher séminaire, auquel il continuait de prodiguer ses conseils, et pour les séminaristes, dont il surveillait de très près les progrès, aimant converser avec eux pendant leurs récréations. En une courte phrase M. Bochart de Champigny, intendant, décrit bien la nouvelle existence du vieil évêque : « Il vit saintement dans la retraite, ne se mêlant que de la conduite de son séminaire. »

Son séminaire ! Que de douleurs n’allait-il pas lui occasionner en ses dernières années ! Mgr de Saint-Vallier, tout d’abord, s’opposa violemment à ce que les cures lui fussent unies, et en obtint finalement du roi, en 1692, la séparation complète, le séminaire étant réduit à n’être plus qu’une maison de formation pour les futurs prêtres. C’était détruire du coup la grande œuvre de Mgr de Laval. Cela devait se faire, à vrai dire, tôt ou tard ; mais qui songerait à reprocher au vieil évêque son attachement à l’œuvre de sa vie – ce séminaire auquel il avait cédé tous ses biens fonciers –, surtout après la rigidité de Mgr de Saint-Vallier à son égard et envers ses collaborateurs ? Au plus fort de la querelle de l’évêque avec le séminaire, Mgr de Laval s’était prudemment retiré à Saint-Joachim, pour éviter d’avoir à intervenir et à s’opposer ouvertement à son successeur. Dans l’attitude de Mgr de Saint-Vallier, dont il reconnaissait la sincérité personnelle, il voyait presque l’action de quelque puissance maléfique acharnée à détruire cette nouvelle Église. Cette perspective lui arrachait des cris de douleur. Mais en apprenant la nouvelle de la réforme de son séminaire, il se plia comme d’habitude aux voies de la Providence, s’oubliant lui-même pour consoler ses prêtres et les inviter à la soumission. Blessé au plus profond de l’âme, il prêchait la réconciliation et la paix : jamais sa vertu n’avait été plus héroïque.

Les plaies causées par la réforme du séminaire n’étaient pas encore fermées qu’un nouveau malheur s’abattait sur cette institution. Le 15 novembre 1701, un incendie consuma en quelques heures le séminaire, la chapelle et le presbytère. Ce fut pour Mgr de Laval une épreuve très pénible. Fort âgé, reverrait-il son séminaire debout ? On reconstruisit avec ardeur ; tout fut bientôt rétabli, sauf la chapelle. Or, à peine voyait-on la fin des travaux que, de nouveau, le 1er octobre 1705, la presque totalité du séminaire était détruite par le feu. Sa Grandeur, dit le frère Houssart, « n’en perdit pas pour un seul instant sa paix, sa joie, ni sa tranquillité, parce que ces accidents n’étaient pas des sujets capables d’attaquer sa patience et sa vertu qui étaient bien au-dessus de tout cela. » Et l’humble frère d’ajouter, ce qu’illustre parfaitement toute la vie de cet évêque, que « les seuls intérêts de Dieu, de la vertu et de la religion étaient capables de l’émouvoir ».

Au milieu de ces dures épreuves, Mgr de Laval avait dû sortir quelque peu de sa retraite, pour remplir à l’occasion les fonctions épiscopales de Mgr de Saint-Vallier, parti en 1700 et qui ne devait rentrer dans la colonie qu’en 1713. Mgr l’Ancien avait, du reste, toujours secondé son évêque, sans jamais manifester publiquement ses sentiments sur les questions qui pouvaient l’opposer à lui. Il tenait, en particulier, en l’absence de son successeur, à toujours assister aux offices de la cathédrale, pour les rehausser de la présence épiscopale. C’est ainsi que, dans la semaine sainte de 1708, il contracta une engelure au talon, qui s’aggrava et le mit bientôt à l’extrémité. Il mourut le 6 mai, à sept heures et demie du matin. On exposa son corps dans la cathédrale.

« Aussitôt après son décès les peuples l’ont pour ainsi dire canonisé, écrit l’intendant Jacques Raudot, ayant eu la même vénération pour son corps qu’on a pour ceux des saints, étant venus en foule de tous côtés pendant qu’il a été exposé sur son lit de parade et dans l’église, lui faire toucher leurs chapelets et leurs heures. Ils ont même coupé des morceaux de sa robe, que plusieurs ont fait mettre dans de l’argent, et ils les regardent comme des reliques. »

Les funérailles eurent lieu le 9 mai. M. de Glandelet prononça l’oraison funèbre. Puis le premier évêque de Québec fut enseveli dans la cathédrale.


Il est impossible de citer ici, dans le détail, les milliers de documents relatifs à la longue carrière de Mgr de Laval, ce qui nécessiterait un inventaire presque complet des archives du xviie siècle conservées aux AAQ, aux ASQ et, à un moindre degré, aux AQ. Heureusement, les principaux documents qui nous intéressent ont été publiés dans l’ouvrage suivant : Quebecen. Beatificationis et Canonizationis Ven. Servi Dei. Francisci de Montmorency-Laval Episcopi Quebecencis († 1708). Altera Nova Positio Super Virtutibus Ex Officis Critice Disposita, Typis Polyglottis Vaticanis, MCMLVI. En plus des documents tirés des archives nommées plus haut, on y trouve de larges extraits du JJ et des JR, de la correspondance des gouverneurs, des intendants et de Marie de l’Incarnation, des Jug. et délib., des Mandements des évêques de Québec (Têtu et Gagnon), I, des Annales de lHôtel-Dieu de Québec, par la mère Juchereau, etc., de même que la plus ancienne biographie de cet évêque, Mémoires sur la vie de Mde Laval, premier évêque de Québec, de Bertrand de Latour, publiée en 1761, et la très utile lettre du frère Houssart sur les dernières années et la mort de Mgr l’Ancien.

De même, les études sur Mgr de Laval sont nombreuses. Toutes les histoires générales lui font une large place ; nous ne les énumérerons pas ici, nous contentant de citer les études suivantes : Émile Bégin, François de Laval (Québec, 1959).— [Étienne-Michel Faillon], Histoire de la colonie française en Canada (3 vol., Villemarie [Montréal], 1865–1866).— Auguste Gosselin, Vie de Mgr de Laval (2 vol., Québec, 1890) ; LÉglise du Canada, I ; Henri de Bernières premier curé de Québec (« Les Normands au Canada », Québec, 1902).— Rochemonteix, Les Jésuites et la N.–F. au XVIIe siècle, I, II, III.— H. H. Walsh, The Church in the French Era (Toronto, 1966).


Bibliographie générale



Très belle fresque de Marius Dubois en 2005 illustrant les visites pastorales de l’immense diocèse de François de Laval et sa proximité avec les autochtones. Cette fresque se trouve dans la chapelle de l’Immaculée Conception du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré près de Québec. (Crédits Photo Daniel Abel)


FRANÇOIS DE LAVAL (1623-1708)

NOTES BIOGRAPHIQUES ET ÉVÉNEMENTS

CHRONOLOGIE

1622 Fondation de la Congrégation de la Propagande.

Canonisations d'Ignace de Loyola, de François. Xavier et de Thérèse d’Avila. Mort de François de Sales 1622 (22 décembre).

1623 Naissance de François de Laval à Montigny-sur-Avre (30 avril).

Baptême.

Mort du pape Grégoire XV.

1626 Bérulle devient cardinal.

1631 Lettres et Philosophie au Collège des Jésuites à La Flèche.

Première Tonsure.

1634 Admission à la Congrégation mariale du Collège de La Flèche.

Champlain confie au sieur Laviolette la tâche de fonder une habitation à Trois-Rivières.

1636 Mort du père (10 septembre).

1637 Chanoine d’Évreux.

1641Théologie à Paris au Collège de Clermont jusqu'en 1645.

1643 Entrée dans les "Aa" (Assemblées des Amis).

Louis XIV, roi de France jusqu’en 1715.

1644 Mort de son frère François sur le champ de bataille à Fribourg-en-Brisgau en Allemagne (Bade).

Cardinal Mazarin, Premier Ministre de Louis XIV jusqu’en 1661.

1645 Mort de son frère Gabriel sur le champ de bataille à Nordlingen en Allemagne (Haut-Palatinat).

Devient chef de la famille des Montigny.

1646 Sous-diacre.

1647 Diacre.

Prêtre (1er mai).

1648 Archidiacre d’Évreux.

1649 Licence en Droit canonique.

1651 Les membres de l'"Aa" décident de vivre en commun.

1653 Renoncement à l’Archidiaconat d'Évreux.

1654 Renonce à la Seigneurie de Montigny et à ses droits.

Conversion de Pascal: Mémorial (23 novembre).

Séjour à l’Ermitage de M. de Bernières à Caen en Normandie jusqu'en 1658.

Condamnation des ouvrages jansénistes.

d’Argenson, Gouverneur en Nouvelle-France jusqu'en 1661.

Arrivée des Sulpiciens à Montréal.

1658 Consécration épiscopale à Saint-Germain-des-Prés à Paris comme Vicaire apostolique au Canada (8 décembre).

Demande pour la fondation du Séminaire des Missions Étrangères de Paris (1 juillet).

Marguerite Bourgeois inaugure sa première école à Montréal.

1659 Voyage de France à Québec (13 avril – 16 juin).

Met le pied à terre à Percé pour sa première messe en Nouvelle-France (16 mai).

1660 Visite générale de Québec jusqu’à Montréal.

Mort de Vincent de Paul.

1661 P. d’Avaugour, Gouverneur jusqu'en 1663.

1662 Canada - France (départ le 12 août): premier voyage en France.

Lettre de recommandation de l'ouvrage de saint Jean Eudes Le Coeur admirable de la T.S. Mère de Dieu.

1663 Fondation du Séminaire des Missions Étrangères de Québec (26 mars).

Voyage de retour de France (15 mai - 15 septembre).

Institution de la dîme .

de Mésy, Gouverneur jusqu'en 1665.

Nomination au Conseil Souverain de Nouvelle-France.

Important tremblement de terre en Nouvelle France.

1664 Érection de la Paroisse de Québec (15 septembre) sous le titre de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie.

Visite pastorale de Trois-Rivières jusqu’à Montréal.

Réforme de la Trappe en Normandie par l'abbé de Rancé.

1665 Union du Séminaire de Québec avec le Séminaire des Missions Étrangères de Paris (29 janvier).

Érection de la Confrérie. de la Sainte-Famille (14 mars).

Érection de la Confrérie du Mont Carmel (30 août).

Reprise du voeu de 1635 à l'Immaculée par les prêtres du Séminaire.

Talon , Intendant jusqu’en 1669.

de Courcelle, Gouverneur jusqu'en 1672.

Canonisation de François de Sales.

1666 Consécration et dédicace de l'église paroissiale de Québec à l'Immaculée Conception.

Visite pastorale d'une partie du vicariat apostolique.

La ville de Québec compte 747 habitants (premier recensement nominatif).

1668 Fondation du Petit Séminaire de Québec (9 octobre).

Fondation d'une école d'Arts et Métiers à St-Joachim

Visite pastorale de Tadoussac à Montréal.

1669 Permission donnée à Marguerite Bourgeois de poursuivre la vie en commun avec ses compagnes (20 mai 1669).

1670 Approbation du retour des Récollets au Canada.

Talon, de retour comme Intendant jusqu’en 1672.

1671 Canada – France (départ 3 novembre, retour en 1675): deuxième voyage en France.

Mort de Mme de la Peltrie (18 novembre).

1672 Frontenac, Gouverneur jusqu’en 1682.

Mort de Marie de l’Incarnation.

1673 Mort de Jeanne Mance.

Renouvellement de sa consécration à Marie.

Louis Jolliet et le Père Marquette explorent les cours du Wisconsin, du Mississipi et de l'Illinois.

Mort de Molière.

1674 Bulle d'érection du diocèse de Québec. Évêque de Québec (1 octobre).

1675 France – Canada (29 mai – septembre).

1676 Visite pastorale de Tadoussac jusqu’à Prairie-de-la-Madeleine (de mai à août).

Approbation officielle de l'Institut de Marguerite Bourgeois (2 août).

Baptême de la Bienheureuse Kateri Tekakwitha.

Mort à Paris de Chomedey de Maisonneuve, fondateur de Montréal.

1677 Inauguration de la nouvelle maison du Séminaire de Québec (8 décembre).

1678 Canada – France (novembre – 5 janvier 79): troisième voyage en France.

1679 Innocent XI : décret en faveur de la communion fréquente.

1680 Donation de tous ses biens au Séminaire de Québec (12 avril).

France – Canada (voyage de retour d'un mois).

1681 Visite générale du diocèse de Beaupré jusqu’à Montréal.

1682 Guerre entre la colonie et les Iroquois.

de la Barre, Gouverneur jusqu'en 1685.

Nouvel éloge après la mort de saint Jean Eudes de son ouvrage sur le Coeur de la Vierge Marie.

1684 Institution de la fête de la Sainte-Famille (4 novembre).

1684 Canada – France (14 novembre – 20 janvier 1685): quatrième voyage en France.

Institution de la fête de Saint-Louis (13 novembre).

1685 Démission du poste d’Évêque de Québec.

de Denonville, Gouverneur jusqu’en 1689.

Monseigneur de St-Vallier, nommé vicaire général du diocèse de Québec, visite le diocèse (1685-1686).

1687 Choix de Monseigneur de St-Vallier comme évêque de Québec et successeur du bienheureux François de Laval.

1688 Consécration épiscopale de Mgr de St-Vallier (25 janvier).

Voyage de retour France - Canada (avril – 3 juin).

Arrivée de Monseigneur de St-Vallier et du « donné » le frère H. Houssart (31 juillet).

1689 Frontenac, Gouverneur jusqu’en 1698.

1691 1er voyage de Mgr de St-Vallier en France (13 mai 1691- été 1692).

1692 Mgr de St-Vallier impose un nouveau règlement aux prêtres du Séminaire de Québec.

1694 2e voyage. de Mgr de St-Vallier en France jusqu'en 1697.

1697 Cinquantième anniversaire d'ordination sacerdotale.

1698 H. de Callières, Gouverneur jusqu'en 1703.

Avec la permission de Mgr de St-Vallier, le bienheureux François de Laval envoie des missionnaires du Séminaire de Québec au Mississipi et en Acadie.

1700 3e voyage de Mgr de St-Vallier en France (jusqu’en 1713).

1701 Premier incendie du Séminaire de Québec (15 novembre).

1702 Dernière visite à Montréal.

Témoignage écrit pour la cause de béatification de saint Vincent de Paul.

1703 Ph. de Vaudreuil, Gouverneur jusqu'en 1725.

1705 Second incendie du Séminaire de Québec (1 octobre).

Le bienheureux François de Laval, dit Mgr l'Ancien, ne quitte presque plus sa chambre au Séminaire.

1708 Décès (6 mai).

Funérailles (9 mai).

Centième anniversaire de la fondation de Québec.

1878 Exhumation et translation du corps de la Cathédrale à la crypte de la Chapelle du Séminaire.

1890 Introduction de la cause de béatification à Rome (24 septembre).

1950 Translation des restes de la crypte à la Chapelle du Séminaire (10 mai).

1956 La Sacrée Congrégation des Rites publie l'« Altera nova positio ».

1959 Fêtes du troisième centenaire de l’arrivée de Mgr de Laval à Québec dans le nouveau Grand Séminaire sur la Cité Universitaire à Ste-Foy.

1960 Déclaration par Jean XXIII de « l’héroïcité des vertus »; Mgr de Laval est déclaré « Vénérable ».

1980 Béatification par Jean-Paul II (22 juin).

1993 Inauguration de la chapelle funéraire dans la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.

2008 "Année jubilaire François de Laval" pour célébrer le 300e anniversaire de son décès et le 350e anniversaire de son ordination comme évêque, vicaire apostolique en Nouvelle-France




FRANÇOIS DE LAVAL: PASTEUR ET MYSTIQUE

2e colloque Raison et Mystère chrétien 14-15 octobre 2006-09-23

Montréal – Fraternités monastiques de Jérusalem

NOS FONDATEURS

SPIRITUALITÉ ET SAINTETÉ

conférencier : Mgr Hermann Giguère ptre, p.h.

Supérieur général du Séminaire de Québec et professeur associé de l’Université Laval

Samedi le 14 octobre 2006

Plan

Préambule

1.0 Le chemin de la « désappropriation »

1.1 Le mouvement essentiel à l’émergence d’un sujet mystique

1.2 Le parcours de François de Laval

2.0 Un abandon « mystique »

2.1 L’abandon à Dieu de François de Laval

2.2 L’empreinte mystique permanente dans le sujet

3.0 Bien-fondé de cette relecture de l’itinéraire spirituel de François de Laval

3.1 Les sens du mot mystique

3.2 Mystique et écrivains/écrivaines mystiques

3.3 Mystique et sainteté

Conclusion

Le 14 octobre 2006

Cet essai sans prétention m’a été inspiré en partie par l’Année jubilaire qui a été décrétée par le cardinal Ouellet le 25 septembre dernier pour célébrer en 2008 le 300e anniversaire du décès de François de Laval le 6 mai 1708 et le 350e anniversaire de son ordination épiscopale comme vicaire apostolique de la Nouvelle-France le 8 décembre 1658. Cette Année jubilaire François de Laval 2008 s’inscrira dans le cadre des Fêtes du 400e anniversaire de Québec. Le comité organisateur de l’Année jubilaire veut durant cette année-là revisiter et rajeunir l’image de François de Laval en insistant sur l’audace apostolique d’un jeune évêque de 36 ans qui part comme missionnaire dans des terres inconnues, qui y passera cinquante ans en service pastoral et où il s’éteindra à l’âge vénérable de 85 ans.

Cette occasion conjuguée à des recherches que j’avais entreprises en 1981 pour un article de la revue Communio [1] où je tentais de brosser les articulations de la spiritualité vécue par le bienheureux François de Laval, béatifié le 20 juin 1980 par le pape Jean-Paul II, recherches que j’ai reprises dans un article de la revue Cap-aux-Diamants [2] et dans mon livre sur François de Laval dans la collection L’expérience de Dieu [3] dirigée par Fernand Ouellet m’a incité à relire l’itinéraire spirituel de François de Laval et à en proposer une interprétation nouvelle au risque de bousculer des images anciennes et bien ancrées.

Introduction

Le jeune évêque de 36 ans qui débarquait à Québec le 16 juin 1659 portait en lui une maturité spirituelle déjà remarquable. Lors d’une conférence du Père Alexandre de Rhodes à Paris en 1652 où celui-ci présentait son travail missionnaire en Asie du sud-est, François de Laval avait littéralement été subjugué ainsi que quelques amis auxquels il restera lié toute sa vie. Ce serait une trop longue histoire de les suivre un à un. Il suffit pour notre propos de savoir que François de Laval se signalait par son ardeur au point où c’est sur lui que se fixa le choix de la Congrégation « De Propaganda Fide » comme vicaire apostolique au Tonkin en 1653 sous les recommandations entre autres de saint Vincent de Paul [4]. Le jeune homme de 30 ans alors n’eut rien de plus pressé que de se préparer à ce ministère. Comment le faire ? Ses contacts le menèrent à fréquenter un groupe guidé par un laïc à Caen en Normandie, Monsieur Jean de Bernières-Louvigny [5] qu’il fréquenta de 1654 à 1658. Ces années furent au dire de son premier biographe, Bertrand de La Tour, une initiation et un apprentissage spirituels qui le marquèrent pour toute sa vie [6].

Pendant cette période, la situation politique et les tracasseries de tous genres retardaient son départ. Finalement, le 3 juin 1658, la Congrégation « De Propaganda Fide » par l’intermédiaire d’Anne d’Autriche et de concert avec le roi Louis XIV demanda au jeune François d’accepter de se diriger vers la Nouvelle-France où les jésuites, missionnaires avant tout, désiraient qu’un évêque et des prêtres diocésains prennent en charge le service pastoral des gens établis sur place : colons, marchands, commerçants, militaires et communautés religieuses féminines.

François de Laval issu du Collège de La Flèche [7] fondé par Henri IV en 1604 après le retour des jésuites en France l’année précédente leur paraissait le candidat idéal. Il était imprégné de l’esprit qui animait la Compagnie de Jésus, ouvert aux tendances nouvelles et solidement formé en philosophie et en théologie qu’il avait étudiées au Collège de Clermont à Paris. Que faire devant cette demande ? François se décida tout de go : « Servir en Asie ou en Nouvelle-France » qu’importait, puisque l’appel venait de la même source.

Disponible, il reçut l’ordination épiscopale le 8 décembre 1658 dans une chapelle aujourd’hui disparue de l’Abbaye St-Germain-des-Prés à Paris et il s’embarqua pour Québec le 12 avril 1659.

C’est à partir de ce point de départ où on rencontre un homme encore jeune rempli de rêves et d’audace évangélique ayant déjà acquis une forte identité spirituelle que nous proposerons une lecture nouvelle de son itinéraire spirituel. François de Laval a été mêlé à tant de questions controversées, de querelles même, que celles-ci ont retenu longuement l’attention des historiens. Son itinéraire personnel de croyant n’a pas suscité le même intérêt. À la décharge des historiens qui ont précédé, il faut dire que François de Laval ne leur a pas rendu la tâche facile. Les traces de ses grâces personnelles sont peu nombreuses quoique très éclairantes. Les écrits spirituels sont minimes si on le compare à ceux de sa contemporaine Marie de l’Incarnation [8].

D’où la question qui m’a habité tout au long de ma réflexion préparatoire à cet exposé : faut-il réserver la vie mystique et les états mystiques aux écrivains mystiques ? Pourquoi le bienheureux François de Laval ne ferait pas partie de la famille des mystiques chrétiens ? En effet, le baptisé doit-il choisir entre « être mystique » et « être un ou une mystique » ? De là le titre de cet exposé : François de Laval : pasteur et mystique. Essayons de suivre avec les moyens que nous avons un itinéraire mystérieux où un sujet mystique émerge et se constitue.

Notre parcours se fera en trois temps. Nous commencerons par situer le chemin de « désappropriation » qu’a suivi François de Laval, chemin essentiel à l’émergence d’un sujet mystique, puis en second lieu nous verrons apparaître et se consolider ce sujet mystique chez François de Laval à travers un « pur abandon » qui a toutes les caractéristiques d’un passage aux états mystiques plus élevés et, enfin, nous verrons le bien-fondé de cette nouvelle lecture de l’itinéraire spirituel de François de Laval qui nous posera la question de l’appel à la vie mystique.

1.0 Le chemin de la « désappropriation »

Les auteurs anciens devant les détachements, les déracinements et les purifications qu’ils observaient chez François de Laval les ont lus sur le registre de l’ascèse, de la mortification, de l’austérité. Ils n’en ont retenu, hélas! que le caractère moral sans voir que leur signification pouvait se lire sur un autre registre : celui du déracinement nécessaire au passage aux états mystiques, celui des purifications actives et passives du sens et de l’esprit pour reprendre le vocabulaire de Jean de la Croix et de l’école carmélitaine de spiritualité.

1.1 Le mouvement essentiel à l’émergence d’un sujet mystique

Comment se fait l’émergence d’un sujet mystique? D’après les écrivains mystiques, le développement d’une expérience mystique débute par un détachement des biens sensibles puis des biens intelligibles et se caractérise principalement par le retournement (conversion) vers Dieu, avec lequel la personne souhaite s'unir par les liens de la charité dans l’ « union d’amour » qui est une union de volontés où tout ce que Dieu veut la personne le veut sans conditions [9]. Pour ce cheminement fait de « nuits » et de « purifications » qui préparent la réception de cette « grâce » de vivre sa relation à Dieu sous le mode mystique les étapes sont nombreuses. Thérèse d’Avila les décrit sous la forme de « Demeures » en employant l’image du « Château intérieur », tandis que Marie de l’Incarnation les nomme « États d’oraison ». Les moments d'intensité, reliés très souvent à une conversion ou à une découverte de Dieu, ressemblent à première vue à des « expériences mystiques » mais ils n'en sont pas encore. Ils sont des étapes préparatoires. Le passage à la sphère mystique, selon tous les maîtres spirituels chrétiens, survient toujours après une période plus ou moins longue de « nuits » ou de « purifications ». L'expérience mystique, dans ce sens, est un aboutissement et non un point de départ.

L'union transformante ou l’union d’amour désirée par la personne en cheminement n'est effective que si la foi et la charité sont à la base de ce désir de la personne qui espère la venue de ce don, de cette grâce. Ainsi, la vie contemplative et la vie apostolique sont l'une et l'autre des voies par lesquelles la grâce de Dieu peut opérer et aboutir à l'expérience mystique.

L’expérience mystique comme toute expérience spirituelle suit donc un développement fait de passages, de « nuits » et il n’y a pas de modèle unique. Ainsi, certaines descriptions qui placent telle ou telle étape avant telle autre ne se vérifient pas dans tous les cas. Nous en avons un bel exemple dans l’itinéraire mystique de Marie de l’Incarnation qui ne respecte pas les descriptions que donne saint Jean de la Croix. En effet, par deux fois après avoir vécu la grâce du « mariage spirituel », Marie de l’Incarnation expérimente des « purifications » ou des « nuits » passives [10], alors que dans le schéma de saint Jean de la Croix, celles-ci devraient normalement précéder le « mariage spirituel ».

Ce chemin de purifications n’a pas été épargné à François de Laval. Permettez-moi d’en tracer maintenant le parcours inspiré par la désappropriation [11].

1.2 Le parcours de François de Laval

François de Laval situe la désappropriation sur un plan moral et psychologique d'abord. C'est l'abnégation de soi-même selon l'Évangile, mais dans une perspective de partage et de soutien fraternel. En effet, même si François de Laval nous a livré peu de choses sur son expérience intérieure, il ne semble pas exagéré de dire que le chemin de la désappropriation lui a permis, au témoignage de la bienheureuse Marie de l’Incarnation, de parvenir à un "sublime degré d'oraison" [12].

Pour François de Laval la désappropriation ne réside pas seulement dans ses aspects restrictifs et privatifs. Elle ouvre un espace de liberté pour le partage et le soutien mutuel. C'est pour cette raison même que François de Laval va insister sur la mise en commun des ressources et des biens pour les prêtres de son Séminaire. Bertrand de Latour rapporte ces propos de M. des Maizerets, second supérieur du Séminaire, qui disait que: "le prélat ne faisait rien de considérable que de concert avec nous tous. Nos biens étaient communs avec les siens. Je n'ai jamais vu faire parmi nous aucune distinction du pauvre et du riche, ni examiner la naissance et la condition de personne, nous regardant tous comme frères" [13].

La désappropriation implique donc toujours un partage matériel en vue de la communion fraternelle. C'est le sens profond de la donation de ses biens au Séminaire que fit François de Laval en 1680. Il voulait "que tout le clergé ne fit qu'une famille" et qu'on ne se départisse jamais "de la désappropriation qui laisse tout en commun entre les mains du supérieur" [14]. Cependant, bien entendu, la désappropriation garde toujours un caractère de détachement ascétique. Elle entraîne, en effet, certaines restrictions et certains renoncements que le bienheureux François de Laval n'a pas fuis. Le frère Houssart qui fut au service de Mgr de Laval pendant les vingt dernières années de sa vie se plaît à énumérer les pratiques concrètes de pénitence du vieil évêque [15].

Mais au-delà de ces pratiques, il y a un esprit de dénuement évangélique que François de Laval et les ecclésiastiques qu'il amène avec lui à Québec en 1659 avaient en commun. Ils avaient été formés à l'école de Monsieur de Bernières à Caen et ils "portèrent dans le Nouveau-Monde l'esprit qu'ils y avaient pris", dit le premier biographe du bienheureux François de Laval, Bertrand de Latour [16]. Celui-ci parle d'un "grand système de désappropriation" et donne six maximes spirituelles qui en sont la base. Elles se ramènent à celle-ci: "Nous n'avons pas de meilleur ami que Jésus-Christ. Suivons tous ses conseils, surtout ceux de l'humiliation et de la désappropriation du coeur" [17].

Dans cette perspective, la désappropriation ne se limite pas à son côté ascétique, elle porte en elle-même un jugement de valeur sur la relativité du créé caractéristique du cheminement mystique [18]. Monsieur de Bernières avait donné par écrit à ce qu'il appelait l'Ermitage de Québec ou les frères du Canada des règles dont la première se lit comme suit: "Dieu est notre centre et notre dernière fin. Nous sommes créés pour le posséder, non seulement dans le ciel, mais aussi sur la terre. Tout le désir de Dieu même est de réunir la créature au Créateur, séparés par le péché et l'affection aux choses créées. La vie n'est qu'un passage pour arriver à cette heureuse fin. Les Chrétiens ne doivent avoir d'autre objet que de s'écouler en Dieu, comme les fleuves dans la mer. C'est la vérité fondamentale dont nous devons être fortement persuadés et pénétrés d'une manière active" [19]. On ne peut mieux exprimer ce jugement de valeur sur la relativité du créé. Au sortir d'une maladie qui avait failli l'emporter, François de Laval réaffirme à son ami Henri-Marie Boudon (1624-1702) la conviction profonde qui sous-tend son expérience de Dieu lorsqu'il écrit : "C'est en cet état qu'on reconnaît la vérité qu'il n'y a que Dieu seul et que tout le reste n'est rien qu'un pur néant" [20].

Le bienheureux François de Laval a tenu toute sa vie à vivre un détachement prononcé qui allait bien avec son tempérament, mais c'était aussi la conscience très vive de la grandeur de Dieu qui habitait cette attitude. Pourquoi ne pas y voir l’entrée progressive dans une voie mystique à laquelle, après bien des purifications, il s’abandonnera totalement?

Dès son arrivée, Marie de l'Incarnation, à Québec depuis déjà vingt ans, l'avait bien perçu. Elle écrivait à son fils le 17 septembre 1660: "[Mgr notre Prélat] est infatigable au travail; c'est bien l'homme du monde le plus austère et le plus détaché des biens de ce monde (...) il est mort à tout cela" [21]. Le jeune évêque est déjà sur un chemin où la grâce de Dieu pourra se manifester de façon particulière. Le terrain est propice à l’émergence d’un sujet mystique.

Poursuivant dans cette ligne d’interprétation, pouvons-nous aller plus loin et reconnaître le passage au mode mystique qui assure non seulement l’émergence d’un sujet, mais qui le confirme et l’établit dans cet état de façon permanente? Voilà maintenant la question à laquelle je vais tenter d’apporter quelques réponses.

2.0 Un abandon mystique ?

D’entrée de jeu, il faut constater que dans le cas de François de Laval le passage immédiat aux états mystiques stables se fait dans un itinéraire de service. Comment alors peut se constituer le sujet mystique ? Voilà une question que se posait, il y plusieurs années, le Père Louis Lochet dans un livre où il montrait que l’itinéraire mystique décrit par Jean de la Croix s’applique totalement à celui de l’apôtre et que les nuits passives notamment sont le passage obligé de tout apôtre après un certain nombre d’années sur le terrain [22] .

En effet, écrit Louis Lochet, l’apôtre ou le pasteur est confronté tôt ou tard au dilemme suivant : ou il continue de bâtir avec ses moyens humains un monde meilleur ou il accepte de laisser de côté tous ses appuis humains. Devant ce dilemme, il peut se caser ou s’activer, mais il peut aussi passer à une phase où il abandonne la direction de tout au Seigneur.

2.1 L’abandon à Dieu de François de Laval

L’abandon de l’apôtre n’est pas sans résonances existentielles (psychologiques, affectives, spirituelles et intellectuelles). Cet abandon se prépare de longue main dans des nuits liées au ministère ou au travail apostolique et impose une restructuration de toute la personne. C’est ce mouvement que je qualifie de mystique. François de Laval l’a vécu de la façon suivante : profondément imprégné de l’esprit d’abandon depuis son séjour à Caen où il se situe dans la tendance mystique du « pur abandon », du « Dieu seul », il développe cette attitude dans de multiples choix où il accepte les revirements de sa carrière. Qu’en est-il alors de son « intérieur » ? Peu de traces. Mais il y en a quelques-unes qui sont des plus parlantes. Permettez-moi d’en citer l’une ou l’autre.

Dans les principaux événements de sa vie, François de Laval recherche promptement leur signification spirituelle soit pour son oeuvre pastorale, soit dans son itinéraire spirituel personnel. Il s'en ouvre à son ami Henri-Marie Boudon auquel il écrit en 1677: "Tout ce que la main de Dieu fait nous sert admirablement, quoique nous n'en voyions pas sitôt les effets. Il y a bien des années que la Providence conduit cette Église, et nous par conséquent, par des voies fort pénibles et crucifiantes tant pour le spirituel que pour le temporel. Pourvu que sa sainte volonté soit faite, il ne nous importe" [23].

"Il y a longtemps que Dieu me fait la grâce de regarder tout ce qui m'arrive en cette vie comme un effet de sa providence" [24]. Le "fond de l'âme" du bienheureux François de Laval émerge avec beauté dans cette phrase qui est des plus révélatrices de son expérience spirituelle. Il l'a laissé tomber dans une lettre au P. de la Chaize en 1687 au moment où, démissionnaire, il sollicitait du Roi la permission de revenir au Canada.

Devant le refus du Roi de le laisser partir pour le Canada en 1687 il écrira: "Il est bien juste ... que nous ne vivions que de la vie du pur abandon en tout ce qui regarde au dedans comme au dehors" [25]. Je reviendrai sur ce texte un peu plus loin.

Et devant des tensions qui se font jour entre le Séminaire et le nouvel évêque, Mgr de St-Vallier, l'évêque démissionnaire retenu à Paris se confie ainsi durant l'automne 1689 à M. Milon du Séminaire des Missions-Étrangères de Paris: "La Providence de Dieu, qui vous inspire de prendre avec tant de bonté part à notre peine et à nos intérêts, nous oblige plus particulièrement de nous abandonner entièrement à son adorable conduite et y mettre toute notre confiance" [26]. Et il continue: "Vous jugerez bien, mon cher Monsieur, que s'il y a eu jamais une croix amère pour moi, c'est celle-ci, puisque c'est l'endroit où j'ai toujours dû être le plus sensible, je veux dire le renversement du Séminaire, que j'ai toujours considéré, comme en effet qu'il l'est, comme l'unique soutien de cette Église et tout le bien qui s'y fait ( ... ). Mais au milieu de toutes ces agitations, nous ne devons pas nous abattre si les hommes ont du pouvoir pour détruire, la main de Notre-Seigneur est infiniment plus puissante pour édifier. Nous n'avons qu'à lui être fidèles et le laisser faire" [27].

Rappelons ici, à titre d'exemple, les difficultés causées par son successeur, les deux incendies du Séminaire (en 1701 et 1705), les infirmités dont il a été affligé pendant les vingt dernières années de sa vie.

Après le premier incendie du Séminaire en 1701, le supérieur de Paris témoignera de la constance qu'ont montrée "nos Messieurs du Canada" et "surtout Mgr l'ancien Évêque, qui a vu de ses yeux son ouvrage de quarante ans détruit en peu d'heures, en bénissant Dieu sans verser une larme ni jeter un soupir, quoiqu'il soit âgé de quatre-vingts ans" [28].

À mesure que Mgr de Laval avance en âge, les fruits d'une ouverture amoureuse à la volonté de Dieu à travers les événements se manifestent dans une constance, une patience et un abandon qui grandissent.

Où se situe le passage à l’abandon mystique?

Force nous est de le supposer puisque les écrits n’en font pas de mention explicite. Il me semble que dans la ligne de l’itinéraire que je viens de décrire, le passage s’est fait de façon expérimentale lors des difficultés avec son successeur et avec le Roi au moment de sa démission qui l’amènent à tout remettre à Dieu et à abandonner tout appui humain. Voir détruire son œuvre et se voir refuser la permission de revenir en Nouvelle-France seront pour lui l’occasion d’une remise à Dieu dans la foi pure et d’un abandon sans retour possible comme dans le cas du mariage spirituel. L’obscurité et la nuit accompagneront cet abandon, mais ne le remettront jamais en question.

Je vous cite un des plus beaux textes de François de Laval où cet état d’âme se révèle avec éclat. Il s’agit d’une lettre écrite aux directeurs du Séminaire, la communauté de prêtres qu’il avait fondée en 1663. Il s’ouvre le cœur à ceux-ci qui étaient sa famille spirituelle et qu’il regardait comme ses frères. Cette lettre est datée du 9 juin 1687. Mgr de Laval a alors 64 ans et il venait de recevoir la nouvelle que le Roi lui interdisait de revenir en Nouvelle-France comme il le souhaitait « pour avoir la consolation de mourir dans le sein de mon Église » [29].

Je n'eus pas plus tôt reçu ma sentence que Notre-Seigneur me fit la grâce de me donner les sentiments d'aller devant le Très [Saint-] Sacrement lui faire un sacrifice de tous mes désirs et de ce qui m'est de plus cher en ce inonde. Je commençai en faisant amende honorable à la justice de Dieu, qui me voulait faire la mi¬séricorde de reconnaître que c'était par un juste châtiment de mes péchés et infidélités que la Providence me privait de la bénédic¬tion de retourner dans un lieu où je l'avais tant offensé, et je lui dis, ce me semble de bon coeur et en esprit d'humiliation, ce que le grand-prêtre Héli dit lorsque Samuel lui déclara de la part de Dieu ce qui lui devait arriver: « Dominus est, quod bonum est in oculis suis faciat ».

Mais comme la bonté de Notre-Seigneur ne rejette point un coeur contrit et humilié et que humiliat et sublevat, il me fit connaître que c'était la plus grande grâce qu'il me pouvait faire que de me donner part aux états qu'il a voulu porter en Sa vie et en sa mort pour notre amour, en action de grâces de laquelle je dis un Te Deum avec un coeur rempli de joie et de consolation au fond de l'âme, car pour la partie inférieure, elle est laissée dans l'amertume qu'elle doit porter.

C'est une blessure et une plaie qui sera difficile à guérir et qui apparemment durera jusqu'à la mort, à moins qu'il ne plaise à la divine Providence, qui dispose des coeurs comme il lui plaît, apporter quelque changement à l'état des affaires. Ce sera quand il lui plaira et comme il lui plaira, sans que les créa¬tures puissent s'y opposer, n'étant en pouvoir de faire que ce qu'elle leur permettra. Il est bien juste cependant que nous de¬meurions perdus à nous-mêmes et que nous ne vivions que de la vie du pur abandon en tout ce qui nous regarde au dedans comme au dehors.

Et il continue plus loin :

Quoi qu'il en soit, c'est de la main de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère que nous devons tout recevoir comme une grâce bien spéciale, et je puis dire pour moi la plus grande et la plus précieuse que j'aie encore reçue de ma vie. Priez-les que j'en fasse un saint usage et j'espère néanmoins qu'ils me feront la miséricorde de mourir en Canada, quoique j'aie bien mérité d'être privé de cette consolation. Verumtamen non mea sed Dei voluntas fiat. Je possède sur cela par sa bonté infinie une paix profonde dans le fond de l'âme. [30]

2.2 L’empreinte mystique permanente dans le sujet

La question maintenant se pose pour François de Laval comme pour tout chrétien dont on reconnaît la qualité de l’expérience commune de vie chrétienne : son abandon prend-il véritablement une couleur mystique? L’expérience mystique est-elle hors de portée dans l’itinéraire d’un pasteur?

Une première réponse se situe dans le cadre du dynamisme inhérent à l’expérience chrétienne dont la charité-agapè est l’essentiel incontournable. Le progrès spirituel n’a pas de limite de ce point de vue et ainsi les plus hauts degrés de charité sont accessibles à tous. C’est la vocation universelle à la sainteté que François de Sales prônait et que le Concile Vatican II a mis en lumière dans le chapitre V de la Constitution sur l’Église. La sainteté n’est pas la mystique et nombre de saints et saintes ne semblent pas avoir connu les états mystiques. Leur vie s’est déroulée dans l’exercice constant des vertus chrétiennes, dans le souci des autres et dans la fidélité à la prière sans les remous et les nuits qui se rencontrent dans un itinéraire mystique.

Ceci étant dit, pourquoi limiter l’appel à la vie mystique à un groupe à part? Pourquoi en faire une catégorie de baptisés distincte? Reconnaissant la gratuité de la grâce de Dieu et les limites de nos perceptions, il faut se dire que la voie mystique est possible pour tous. C’est pourquoi, je tenterai dans ce deuxième point de montrer la naissance du sujet mystique chez François de Laval en utilisant les signes que Jean de la Croix utilise dans ses écrits [31]. Il y a trois signes qui figurent dans la Montée du Carmel et qui sont repris dans un ordre différent dans la Nuit obscure [32]. Après un bref rappel, j’en ferai une application à l’itinéraire spirituel de François de Laval.

Jean de la Croix indique un passage majeur qui transforme les attitudes, les désirs et les attentes au moment il parle de l’entrée dans les « nuits passives » caractéristiques des étapes mystiques que Thérèse d’Avila situe à partir des quatrièmes Demeures. Ce mode nouveau où « Dieu met la main » se caractérise par un détachement des façons anciennes et humaines de vivre la relation à Dieu au profit d’un « mode divin » où se joue le tout pour le tout et où l’issue devant laquelle se trouve le sujet est la « foi pure ». Tous les appuis humains, toutes les ressources de l’intelligence (de l’entendement, de l’esprit) et toutes celles des désirs (des tendances, de l’appétit) deviennent inutiles et il ne reste que le saut dans l’inconnu de la « foi pure ».

Cette remise totale à Dieu, à l’Époux dira la mystique sponsale, engendre à travers maints bouleversements et adaptations un abandon mystique où toute la personne est prise et impliquée à tous les niveaux de son être et de ses facultés. Le corps y est même engagé de plein fouet et les descriptions d’une Thérèse d’Avila ou d’une Marie de l’Incarnation nous en donne un tableau saisissant.

Comment reconnaître qu’une personne arrive à cet état nouveau dans son cheminement spirituel? Reprenons les trois signes de Jean de la Croix: la difficulté de s’adonner à la méditation méthodique, un certain affaissement psychologique où se manifeste une lassitude et même une forme de dégoût et enfin une sollicitude amoureuse envers Dieu. Les signes que décrit Jean de la Croix proviennent de son expérience et de ses observations personnelles. Ils ne sont pas des absolus, mais des critères de discernement. Ils demandent à être complétés par des signes plus généraux comme, par exemple, le critère de la charité fraternelle et les fruits de l'Esprit : bonté, joie, amour, longanimité, etc. (Ga 5, 25). En utilisant ces signes, on doit faire attention à leur présence simultanée, à leur concomitance, et être sensible au fait qu'ils peuvent apparaître dans des ordres différents, notamment les deux premiers. Jean de la Croix lui-même ne les présente pas dans le même ordre selon qu'il s'adresse aux «progressants» ou aux «commençants». Ainsi dans La nuit obscure où il se place du point de vue du cheminement dans l'oraison et où il s'adresse aux « progressants », c'est au niveau de l'impuissance à méditer que l'entrée dans les voies de la contemplation va commencer par se manifester. Tandis que dans La montée du Carmel où il s'adresse aux « commençants » et où il adopte un regard plus global s'intéressant non seulement au cheminement dans l'oraison mais au cheminement de toute la personne dans la « refonte » de ses tendances (la partie sensitive – les sens – l'affectivité) et de son entendement (la partie spirituelle – l'esprit – la connaissance), il met en tête de liste le «manque de goût» pour le créé.

Si nous tentons d’appliquer à François de Laval ces trois signes, nous sommes en manque d’indices vérifiables pour les deux premiers hormis le témoignage de Marie de l’Incarnation cité plus haut qui affirmait que Mgr de Laval était rendu à « un sublime degré supérieur d’oraison » [33]. Concernant la lassitude de tout, même de son ministère, nous n’en avons pas de traces, ce qui ne l’exclut pas pour autant.

Cependant, le signe le plus important pour Jean de la Croix, celui de la sollicitude amoureuse envers Dieu, s’impose avec force. Il est suffisant pour marquer cette entrée dans le « pur abandon » où tout est remis à Dieu sans conditions et sans retour.

Ce troisième signe est beaucoup plus sûr que les deux premiers qui ne sont pas toujours faciles à discerner et à lire. Il s'agit ici de s'en remettre à Dieu avec amour sans se préoccuper du reste. Cette « sollicitude amoureuse » est comme une présence à Dieu qui en donne une connaissance générale, une perception globale qui inspire toute la vie, qui donne une vigueur dans l'agir, dans l'engagement. C'est le signe qu'on voit le plus chez les gens qui mènent une vie active dans une profession, dans une famille etc., ou qui se consacrent à la pastorale ou à l'apostolat. Il est facilement perçu par l'entourage.

Comme on l’a vu plus haut, François de Laval a été sans cesse sur le qui-vive sur ce terrain. L’itinéraire spirituel d’un pasteur le confronte à tout moment à des choix pastoraux qui ont un retentissement important dans le sujet. Les quelques textes que j’ai cités l’illustrent à merveille. Le moment que j’ai identifié comme le seuil irréversible de la consolidation d’un sujet mystique, celui de 1687, ne peut à lui seul rendre compte du statut de ce sujet naissant, mais il illustre à coup sûr, l’apparition d’un état stable dans lequel l’évêque démissionnaire vivra le reste de ses jours.

Pourquoi ne pas rappeler ici le mot de Bernard Lonergan, pour qui la réponse à la question « qui parle? » est « la vie parle ». En effet, on pourrait peut-être appliquer au type de situation que je viens de décrire, le concept d’« incarnate meaning », la « signification incarnée », qu’a développé le Père Lonergan. Dans un article de la revue Science et Esprit. Pierre Robert la décrit ainsi :

Spontanément, on identifie le sens au sens des paroles, d'un écrit, d'un texte, celui qui est porté par le langage. Mais il y a d'autres façons de porter un sens, ainsi les gestes spontanés de l'intersubjectivité, l'art, le symbole et enfin la signification incarnée…Ainsi y a-t-il un certain type de sens qui est constitué par les gestes décisifs, par le sens d'une vie. La signification se trouve alors dans ces gestes eux-mêmes et dans la trajectoire suivie. Elle est alors plus pleine et concrète; ainsi est-elle dite incarnée. En ce sens, on dira que « la vie parle », que tel geste est particulièrement significatif, qu'il est révélateur. Et plus quelqu'un a cherché à vivre un idéal, plus il a fait ses choix et orienté sa vie en fonction d'un dessein, plus alors cette vie se trouve à incarner un sens. La signification s'accroît avec l'engagement comme, à rebours, une vie laissée à la dérive est menacée d'insignifiance [34].

La question se pose maintenant du statut de cet état dans la multitude des états mystiques décrits par les écrivains mystiques. C’est ce que nous allons voir dans la dernière partie de cet exposé en commençant par cerner de plus près le terrain de la mystique et ensuite en proposant une interprétation adaptée à un itinéraire comme celui de François de Laval qui ne peut être classé parmi les écrivains/écrivaines mystiques.

3.0 Bien-fondé de cette relecture de l’itinéraire spirituel de François de Laval

Commençons par rappeler les sens du mot mystique.

3.1 Les sens du mot mystique

Le sens premier du mot réfère à ce qui est secret, caché (même famille que « mystère »). Dans le grec profane, l'acception la plus ancienne et commune du mot mystikos n'a jamais que ce sens général de « caché », « secret ». Il ne désigne jamais une expérience spirituelle. Il a toujours un « sens objectif ». On l'a employé surtout dans les religions à mystères. Certains chercheurs font dériver le mot « mystique » du verbe myeô qui a donné « muet » et dont la racine signifie fermer, parce que les initiés aux mystères devaient garder pour eux ce qu'ils connaissaient et fermer la bouche [35].

Ainsi, le mot « mystique » employé comme adjectif en vient à signifier l'effort de quelqu'un qui cherche la présence de Dieu. L'attention se porte alors sur la personne, sur le sujet qui découvre la présence cachée de Dieu dans sa vie, qui essaie de déceler la présence du Christ à travers les Écritures et la liturgie, et le mot « mystique » en vient à désigner petit à petit « l'expérience intérieure de la possession de Dieu ». C'est sur ce « sens subjectif » qu'insiste Denys l’Aréopagite au VIe siècle lorsque, dans sa théologie « mystique », il développe une voie « apophatique » ou « négative » de connaissance de Dieu qui est au-delà de toute vision, de toute connaissance. Pour Denys l’Aréopagite, une théologie « mystique » nous renvoie à la personne elle-même dans sa quête de Dieu, et, par-dessus tout à « la connaissance du Dieu mystérieux », c'est-à-dire une connaissance de Dieu non pas tel que nous le définissent les enseignements des théologiens de métier, mais une connaissance de Dieu tel qu'il se manifeste de façon indéfinissable dans l'expérience des personnes individuelles.

Ce sens profond s'est maintenu par la suite chez de nombreux écrivains chrétiens. Dans les traces de Denys l’Aréopagite, on parlera volontiers de « connaissance mystique », « d'amour mystique », de « vie mystique », etc.

Au XVIe siècle, il se produit un pas important. L'adjectif « mystique » commence à être employé comme substantif. On ne parle plus seulement d'une « théologie mystique », d'une « lecture mystique » de l'Écriture, d'une « vie mystique », mais « d'un mystique » ou « d'une mystique ». Cela fait une énorme différence et amène à créer de plus en plus une classe de chrétiens qui serait à part. Il se produit comme un durcissement de l'aspect subjectif déjà présent dans l'usage ancien. On en vient insensiblement à « séparer le sujet de l'objet », pourrait-on dire. Cette coupure et cette brisure, tout en développant l'attention au langage qui exprime l'expérience mystique, a aussi contribué à mettre le focus sur les « phénomènes mystérieux ou extraordinaires » qui accompagnent parfois l’expérience mystique. On en vient même à réduire l'expérience mystique à ces derniers, au XIXe siècle notamment. Les « mystiques » deviennent un vaste champ de recherche, de terrain d'observation à partir des phénomènes extraordinaires observables comme extases, lévitations etc.

En résumé, l’expérience mystique, dans la tradition chrétienne, désigne simultanément la grâce elle-même que Dieu fait à une personne, le contenu de celle-ci (les réalités surnaturelles de la foi), la conscience qu'on peut en avoir, et le mode de présence de Dieu.

3.2 Mystique et écrivains/écrivaines mystiques

Mais comment reconnaître la naissance et le développement de cette expérience à nulle autre pareille dont témoignent les textes mystiques? Voilà la question qui se pose. Une façon courante de faire ce repérage c’est d’investiguer les récits des personnes et leurs témoignages, notamment concernant leur cheminement dans les voies de la prière. L’interprète de l’expérience alors sera le dire et le langage puisqu’en elle-même l’expérience a un caractère indicible, ineffable.

La question du dire et du langage est-elle essentielle à l’expérience mystique ? Certains le pensent. Joseph Beaude exprime cette constatation de façon imagée en écrivant : « La mystique n'est pas une spécialité d'écrivains. Mais elle rend écrivains ceux qu'elle pousse à devoir dire [36] ».

Ainsi chez la personne qui jouit d'une expérience de type mystique, les mots, les similitudes, les images quoique inaptes à dire la réalité deviennent un canal privilégié pour communiquer quelque chose de ce qui est expérimenté par la personne. Autre chose est d’avoir l’expérience, de la percevoir et de pouvoir l’expliquer constate Thérèse d’Avila et elle s’en explique longuement au chapitre XII de sa Vie [37] Chez le lecteur et l'observateur le langage deviendra une merveilleuse clef pour s'introduire dans le champ de la mystique.

Qu’en est est-il lorsque cette clef fait défaut ?

Jean de la Croix tout en partageant cette conviction que les traces de l’expérience mystique prennent forme dans le dire et le langage principalement constate que ces traces peuvent aussi prendre la forme de ce qu’il appelle des « effets d’amour ».

En effet, commentant pour Anne de Jésus les strophes poétiques du Cantique spirituel, il note dans le prologue de son commentaire qu’il se gardera de réduire les images, les similitudes et les comparaisons utilisées « à un sens qui ne conviendrait pas à ce que chacun peut apprécier. Ainsi, tout en en donnant jusqu'à un certain point l'explication, je demande qu'on ne se croie pas tenu de s'y attacher [38]».

Et il ajoute cette phrase riche d’expérience et qui touche directement notre propos : « En effet, la sagesse mystique qui opère par l'amour – et c'est d'elle qu'il est question dans ce chant – n'a pas besoin pour produire dans l'âme ses effets d'amour d'être entendue d'une manière distincte. Il en va d'elle comme de la foi, qui nous fait aimer Dieu sans le comprendre [39] ».

C’est ce constat de Jean de la Croix qui nous ouvre une porte sur une autre façon de reconnaître l’irruption du Tout Autre dans une vie. En effet, que dire de ces personnes où transparaissent les « effets d’amour » ? Sans être des mystiques, ne pourraient-elles pas être mystiques ?

3.3 Mystique et sainteté

Pour répondre à cette question, il faut prendre soin de rappeler que mystique et sainteté ne sont pas identiques, ni coextensifs : la sainteté ne s'identifie pas à la mystique, mais les mystiques sont souvent de grands saints. Il reste que l’expérience mystique chrétienne ne peut se dissocier du dynamisme du baptême, puisque le dynamisme du baptême n’a pas de frontière.

Si nous nous plaçons sur le terrain de l’expérience chrétienne, il faut tenir fermement à la continuité de l’expérience chrétienne commune avec l’expérience mystique vécue par un baptisé. C’est pourquoi, j’ai toujours apprécié une distinction que le Père André Ravier proposait dans la Mystique et les mystiques [40]. La distinction du Père Ravier permet de respecter l’éventail des états mystiques sans enlever à l’expérience commune toute sa densité et sa richesse. La solution du Père Ravier est simple. Tout en marquant la continuité entre l’expérience chrétienne commune et l’expérience mystique, ce qui fait de tout baptisé un mystique en puissance, qu’il appelle la mystique « ordinaire », il fait place aux écrits mystiques qui témoignent selon lui d’un chemin qu’il appelle « trans-ordinaire ». Ces mystiques écrivains perçoivent et expliquent par un dire « quelle que soit la forme de cette parole, musicale, discursive, orale ou poétique » [41] la grâce offerte à tous qu’ils ont accueillie dans la foi.

Ainsi, en empruntant les catégories du Père Ravier, on dirait que François de Laval est amené sur les sentiers d’une vie mystique « ordinaire » par opposition à une vie mystique « trans-ordinaire » qui émane à travers les écrivains mystiques.

François de Laval n’est pas un écrivain mystique comme Marie de l’Incarnation, il est simplement un de ces baptisés qui croit que Dieu est avec lui et en lui et, par grâce, il a conscience d'une communion avec lui. Il a la révélation perceptible d'une présence. Il anticipe d'une certaine façon ce que sera la rencontre avec Dieu dans la gloire du ciel. Il vit une union de Personne à personne unique que racontent les mystiques sous des images comme celle du mariage spirituel. Il expérimente dans ses facultés et dans con corps même la rencontre entre deux êtres mus par un même désir. On pourrait lui appliquer ce que le Père Louis Roy, professeur au Boston College, écrit de la conscience mystique qui permet de voir Dieu en toutes choses et toutes choses en Dieu, et de s'engager dans la société avec une motivation et un détachement plus respectueux de la nature et des humains [42].

Ainsi, sans enlever rien aux écrivains et écrivaines mystiques, force nous est de reconnaître qu’un grand nombre de baptisés et baptisées font la rencontre de Personne à personne dans l’union d’amour sans pouvoir l’exprimer ou en l’exprimant bien pauvrement et tout à fait occasionnellement.

Pourquoi, la mystique ne serait-elle pas ouverte à tous ? [43]

Pourquoi pas ? Il en va de la vérité du choix de vie à la suite de Jésus Christ. Fermer les sommets de la vie mystique à la cohorte des sans noms et des sans voix ne peut rendre compte de l’universalité de l’appel à la rencontre personnelle avec le Bien-Aimé, Celui en qui le Père a mis tout son amour. « Depuis le jour où je suis descendu sur lui avec mon Esprit au sommet du Thabor, en prononçant ces paroles : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances, écoutez-le’ (Mt 17, 5), j’ai mis fin à tout autre enseignement, à toute autre réponse, je les lui ai confiés. Écoutez-le car je n’ai plus rien à révéler, plus rien à manifester…Si tu souhaites que je te découvre des choses cachées…jette seulement les yeux sur lui et tu trouveras renfermés en lui de très profonds mystères, une sagesse et des merveilles de Dieu suivant cette parole de mon Apôtre ‘En lui qui est le Fils de Dieu sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu’ » [44] écrit Jean de la Croix dans un des plus beaux chapitres de la Montée du Carmel (Livre 2, chapitre 22) dont on lit un extrait à l’Office des lectures le jour de sa fête le 14 décembre.

Le Père de Lubac dans sa préface au livre La mystique et les mystiques se range dans le même camp lorsqu’il écrit :

La mystique chrétienne est dans la logique de la vie de foi. Elle se nourrit d'autre chose que d'elle-même. Elle reçoit le mystère, non pour être professé des lèvres, ou pour être compris de la seule intelligence, mais, au sens propre pour être vécu. [Elle] fait passer le mystère du plan de l'instruction religieuse à celui de la vie intérieure [45].

Un fait raconté par Carlo Carretto à propos de la vie contemplative me revient à l’esprit. À un moine visiteur qui voyait les novices travaillant aux champs et qui demandait à Carlo Carretto : « Explique-moi une chose, comment est-il possible de parler de contemplation lorsque ces jeunes gens reviennent, le dos rompu par la fatigue, après huit heures de travail, comment est-il possible de contempler ? », celui-ci répondait :

On ne pourrait donc contempler que dans le silence de ton monastère, dans tes corridors calmes et pacifiques ! Alors les pauvres mamans ne peuvent devenir contemplatives… ? Et le mineur qui sort de la mine avec un mal de tête ne pourra être un contemplatif ? S’il en était ainsi Dieu ne serait pas juste, Un Dieu de ce genre ne m’intéresserait pas, un Dieu qui n’aimerait pas les pauvres, les paysans, les mineurs, qui n’accorderait pas la contemplation à une pauvre maman… Je voudrais savoir comment tu contemples, toi. J’ai l’impression que tu ne contemples rien parce que tu me poses cette question, parce que tu ne sais même plus ce qu’est la nature de la contemplation. La contemplation n’est pas un acte intellectuel, elle est un acte d’amour. [46]

Pourquoi n’en serait-il pas ainsi de la grâce de l’union mystique ? Un Dieu qui ne se laisse goûter que par ceux et celles qui peuvent le comprendre et le dire ne m’intéresse pas. Un Dieu lié à mes mots pour ses visites sans paroles, n’est pas le Dieu de Jésus-Christ. Un Dieu enfermé dans les réduits du cosmos et des facultés humaines, n’est pas le Tout Autre, l’Indicible [47].

On le voit, faire place aux mystiques sans nom n’enlève rien aux écrivains/écrivaines mystiques. Au contraire, c’est reconnaître la puissance sans limites de la grâce de Dieu dans une vie sans états extraordinaires, au ras de la vie courante et totalement imbibée de la présence/absence du Tout Autre.

Oui, François de Laval a été mystique, même s’il n’a pas été un mystique. Être mystique ou être un mystique ? La question ne se pose pas dans un itinéraire de sainteté chrétienne. C’est l’appel à la sainteté qui est premier et celle-ci est ouverte à tous. Vatican II a rappelé avec à propos que la sainteté chrétienne « s'exprime différemment en chacun de ceux qui, dans la conduite de leur vie, parviennent en édifiant le prochain, à la perfection de la charité » [48]. La vocation mystique, partie intégrante de l’expérience chrétienne commune, ne se transforme en itinéraire mystique personnel où l’émergence d’un sujet mystique apparaît que par grâce particulière. Certaines dispositions naturelles peuvent favoriser cette émergence, mais elle survient, elle advient comme un don que le sujet n’a pas recherché, qu’il reçoit et accueille dans la foi. Sa vie concrète n’est pas changée, mais elle devient pour lui ou pour elle un lieu de rencontre du Dieu Autre qui blesse et comble en même temps que le critère de vérification d’une sainteté qui se manifeste dans les fruits de charité et de service. « Si je n’ai pas la charité je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit… La charité prend patience… Elle excuse tout… La charité ne passe jamais... Maintenant demeurent foi, espérance et charité, mais la plus grande d’entre elles c’est la charité » [49].

Conclusion

Loin de moi la prétention de vous avoir présenté le véritable itinéraire spirituel de François de Laval. Je n’ai fait que dire ce qui est présent en moi de cet itinéraire inaccessible, car comme l’écrit saint Augustin au livre XI des Confessions: « …tout récit vrai du passé fait sortir de la mémoire non point les événements passés tels quels, mais des mots conçus d'après les images imprimées dans l'esprit comme des traces lors de leur passage le long des sens. » [50].

La lecture de la vie des saints, la célébration de leur souvenir, la réminiscence de leurs actions, la vénération de leurs restes etc. apportent beaucoup, mais elles ne suffisent pas à les rendre actuels. Je me dois d’entrer dans un processus de relecture spirituelle. Ce processus m'invite à suivre un chemin où se déploie la dynamique du sujet-interprétant qui reçoit et recueille à travers des traces de l'expérience passée quelque chose du non-dit, de l’indicible, un "je ne sais quoi", un murmure de la Source. Lorsque je rappelle la vie de François de Laval (1623-1708) ou de Marie de l'Incarnation (1599-1672), ou de Marguerite Bourgeoys (1620-1700) ou de Jean de Brébeuf (1593-1649), je puis en dessiner les contours dans l'espace et dans le temps, mais je n'ai là que les traces d'un ailleurs qui reste sans cesse ouvert pour moi, sujet-interprétant.

La question de l'actualité d'une expérience spirituelle d'un saint ou d'une sainte nous renvoie non seulement à lui ou elle, mais elle enclenche un processus de "réception" en nous. C'est le "sujet-lecteur" qui fait l'actualité de l'histoire d'une vie, d'un saint, d'une sainte, d'un itinéraire spirituel passé mais redevenu présent sous une forme autre.

La mémoire est la condition même de l'actualité de la présence de nos devanciers. C'est à partir de la relecture des traces laissées qu'un visage de saint ou de sainte se dégage avec plus ou moins de netteté pour nous. Ce visage varie comme peuvent varier les représentations picturales. Les statues et images de Thérèse de l'Enfant-Jésus en sont une très bonne illustration. Elles ne se présentent pas comme les photographies d'elle que nous avons, elles les interprètent selon telle ou telle aspect d’elle. Et que dire de l’art de l’icône ? Ces variations du visage des saints et des saintes conditionnent leur actualité. Pas de variations, pas de relectures, absence d'actualité, traces perdues, saints et saintes ignorés et laissés dans l'oubli. La mémoire ne serait-ce pas selon un mot paradoxal qu’on prête à Fernand Dumont « se souvenir d’où l’on s’en va » [51].

Il n'y a pas de mémoire sans agir, sans que nous ne nous disions quelque chose de nous-mêmes dans les réalisations, les joies, les peines, les inquiétudes, et les questionnements de notre vie. C’est ce que j’ai essayé de faire bien modestement dans cette conférence. Le souvenir de François de Laval ne fait donc pas que célébrer des faits de sa vie, il "reçoit" maintenant et "raconte" dans notre aujourd'hui ce que, grâce à lui et à sa suite, nous pouvons et voulons être: des témoins de l'Évangile et des disciples de Jésus. Oui! « se souvenir d’où l’on s’en va ».

Hermann Giguère, ptre, p.h.

Supérieur général du Séminaire de Québec et professeur associé à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval

14 octobre 2006



François Montmorency de Laval

First bishop of Canada, b. at Montigny-sur-Avre, 30 April, 1623, of Hughes de Laval and Michelle de Péricard; d. at Quebec on 6 May, 1708. He was a scion of an illustrious family, whose ancestor was baptized with Clovisat Reims, and whose motto reads: "Dieu ayde au primer baron chrestien." He studied under the Jesuits at La Flèche, and learned philosophy and theology at their college of Clermont (Paris), where he joined a group of fervent youths directed by Father Bagot. This congregation was the germ of the Seminary of Foreign Missions, famous in the history of the Church, and of which the future seminary of Quebec was to be a sister institution. His two older brothers having died in battle, François inherited the family title and estate. But he resisted all worldly attractions and a mother's entreaties, and held fast to his vocation. After ordination (1747), he filled the office of archdeacon at Evereux. The renowned Jesuit missionary, Alexander de Rhodes, having obtained from Innocent X the appointment of three vicars Apostolic for the East, Laval was chosen for the Tonquinmission. The Portuguese Court opposed the plan and from 1655 to 1658 the future bishop lived at the "hermitage" of Caen, in the practice of piety and good works, emulating the example of the prominent figures of that period of religious revival, Olier, Vincent of Paul, Bourdoise, Eudes, and others, several of whom were his intimate friends. This solitude was a fitting preamble to his apostolic career. Appointed Vicar Apostolic ofNew France, with the title of Bishop of Petrea, Laval was consecrated on 8 Dec., 1658, by the papal nuncioPiccolomini in the abbatical church of St-Germain-des-Prés, Paris. He landed on 16 June, 1659, at Quebec, which then counted hardly 500 inhabitants, the whole French population of Canada not exceeding 2200 souls.


Laval's first relation to the pope (1660) breathes admiration for the natural grandeur of the country, courageand hope for the future, and praise for the zeal of the Jesuits. From the outset he had to assert his authority, which was contested by the Archbishop of Rouen, from whose province came most of the colonists, and whose pretensions were favoured by the court. Laval claimed jurisdiction directly from Rome. This conflict, whichcaused trouble and uncertainty, was ended when the See of Quebec was definitively erected by Clement X into a regular diocese depending solely on Rome (1674). But the hardest struggle, the trial of a life-time, was against the liquor-traffic with the Indians. The problem, on whose solution depended the civilization and salvation of the aboriginies and the welfare of New France, was rendered more arduous by the intense passionof the savage for firewater and the lawless greed of the white trader. Laval, after exhausting persuasive measures and consulting the Sorbonne theologians, forbade the traffic under pain of excommunication. Thecivil authorities pleaded in the interest of commerce, the eternal obstacle to temperance. First d'Avaugourrelaxed the severity of the prohibition, but, through Laval's influence at court, was recalled. De Mésy, who owed his appointment to the bishop, first favoured, but then violently opposed his authority, finally dyingrepentant in his arms. His successors, envious of clerical authority and over-partial to commercial interests, obtained from the king a mitigated legislation. Thus, the Intendant Talon and Frontenac, notwithstanding their statesmanship and bravery, were imbued with Gallicanism and too zealous for their personal benefit. The viceroy de Tracey, however, seconded the bishop's action.

At this period the Diocese of Quebec comprised all North America, exclusive of New England, the Atlantic sea-board, and the Spanish colonies to the West, a territory now divided into about a hundred dioceses. Laval'szeal embraced all whom he could reach by his representatives or by his personal visitations. In season and out of season, he made long and perilous journeys by land and water to minister to his flock. His fatherly kindness sustained the far-off missionary. "His heart is always with us", writes the Jesuit Dablon. He was a protector and guide to the religious houses of Quebec and Montreal. He was deeply attached to the Jesuits, his former teachers, and recalled to Canada in 1670 the Franciscan Recollets, who had first brought thither the Gospel. By the solemn baptism of Garakontie, the Iroquois chief, an effacacious promoter of the true Faith was secured among his barbarous fellow-countrymen, who received the black-robed Jesuit and gave many neophytes. Laval's foresight made him foster the most cherished devotions of the Church: belief in theImmaculate Conception, the titular of his cathedral, and the cult of the Holy Family, which flourished onCanadian soil (Encyclical of Leo XIII). He was a devout client of St. Anne, whose shrine at Beaupre was rebuilt in 1673. As a patron of education Laval occupies a foremost rank. At that early period, with a handful of colonists and scanty resources, he organized a complete system of instruction: primary, technical, and classical. His seminary (1663) and little seminary (1668) trained candidates for the priesthood.

An industrial school, founded at St-Joachim (1678), provided the colony with skilled farmers and craftsmen. To these institutions, and particularly to the seminary, destined to become the university which bears his name, he gave all his possessions, including the seigniory of Beaupré and Isle Jésus. In view of the future he built the seminary on a relatively large scale, which excited the envy and criticism of Frontenac. No regular parisheshaving been yet established, the clergy were attached to the seminary, and thence radiated everywhere forparochial or mission work, even as far as the Illinois. The tithes, after much discussion and opposition, had finally been limited to the twenty-sixth bushel of grain harvested, an enactment still legally in force in the Province of Quebec. These tithes were paid to the seminary, which, in return provided labourers for Christ'svineyard. Laval's patriotism was remarkable. The creation of the Sovereign Council in lieu of the Company of New France was greatly due to his influence, and conduced to the proper administration of justice, to the progress of colonization, and the defence of the country against the ever-increasing ferocity and audacity of the Iroquois. He later concurred in obtaining the regiment of Carignan for the last-named object (1665).Exhausted by thirty years of a laborious apostolate, and convinced that a younger bishop would work more efficaciously for God's glory and the good of souls, he resigned in 1688. His successor, Abbé de St-Vallier, avirtuous and generous prelate, did not share all his views regarding the administration. Laval might have enjoyed a well-earned retreat in France, whither he had sailed for the fourth time. He preferred returning to the scene of his labours, where many opportunities occurred of displaying his zeal during the many years ofSt-Vallier's absence, five of which were spent in captivity in England. During that period, the seminary was twice burned (1701 and 1705) To Laval's intense sorrow, and rebuilt through his energy and generosity. The end was near. The last three years he spent in greater retirement and humility, and died in the odour ofsanctity.


His reputation for holiness, though somewhat dimmed after the Conquest, revived during the nineteenth century, and the cause of his canonization having been introduced (1890), he now enjoys the title of Venerable. Laval has been accused of attachment to his own authority and disregard for the rights of civil authority, a reproach that savours somewhat of the Gallican spirit of the time, and of the historians who endorsed their prejudices. The truth is that he had to protect his flock from the greed, and selfishness of worldly potentates for whom material interests were often paramount; to defend the immunities of the churchagainst a domineering Frontenac, who pretended to arraign clerics before his tribunal, and oblige missionariesto secure a passport for each change of residence, and refused the bishop the rank due to his dignity andsanctioned by the king, in the council of which the prelate was the chief founder, the soul and life. In an age when churchmen like Mazarin and Richelieu virtually ruled the State, Laval's authority, always exercised for the country's weal, was probably not exorbitant. He was loyal to the Crown when superior rights were not contradicted, and received nought but praise from the Grand Monarque. The charge of ambition and arbitrariness is equally groundless. In the Sovereign Council, Laval showed prudence, wisdom justice, moderation. His influence was always beneficent. Although firm and inflexible in the accomplishment of dutyhe was ready to consult and follow competent advice. He was of the race of Hildebrand, and to him likewise might have been applied the text: "Dilexisti justitiam et odisti iniquitatem." His sole ambition was to be abishop according to God's heart. His spirit and practice of mortification and penance, his deep humility, his lively faith, his boundless charity towards the poor, rank him among the most holy personages.

Sources

GOSSELIN, "Vie de Mgr. De Laval" (Québec, 1890); GARNEAU, "Histoire du Canada (Montréal, 1882); FERLAND, "Cours d'histoire du Canada" (Québec, 1882); ROCHEMONTEIX, "Les Jésuites et la Nouvelle-France" (Paris, 1896); MARIE DE L'INCARNATION, "Lettres" (Tournai, 1876); "Souvenir des fêtes du Monument Laval" (Québec, 1908).

Lindsay, Lionel. "François Montmorency de Laval." The Catholic Encyclopedia. Vol. 9. New York: Robert Appleton Company,1910. 6 May 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/09045a.htm>.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/09045a.htm

Blessed François de Laval

Blessed François de Laval was born at St. Martin de Montigny-sur-Avre, Normandy, France. He wanted to become a priest from his earliest childhood. When he was eight years old, his father placed him with the Jesuits, where he lived for fourteen years far from his family.

François lost his father in 1636. His uncle, a bishop, appointed him a canon of Evreux to assist his family. He was ordained a priest on May 1, 1647. King Louis XIV chose him as the first Bishop of New France. On December 8, 1658, the feast of the Immaculate Conception, the thirty-eight year old prelate was consecrated a bishop. He left for Quebec on June 16, 1659, and immediately began making pastoral visits throughout his immense diocese.

Upon his arrival, he won everyone’s confidence with his charity, piety, discernment and impartiality. His first concern consisted in advancing the organization of the Church in Canada. He contributed greatly towards both the civil and religious formation of the country. Even though he had to face many difficulties, with his wise, firm action, he succeeded in implanting the Faith all over North America

Bishop de Laval first founded the Seminary of Quebec which gathered together a community of priests; in 1663 he entrusted the formation of his clergy to this seminary. Five years later, a Minor Seminary was opened for the recruitment of his clergy. In conformity with holy practice in the early centuries of the Church, all the clerics and churchmen lived out of a common fund.

Blessed François de Laval had to fight with all his might against disorders that had been introduced into the country at the beginning of its colonization, chiefly the traffic of intoxicating liquor. Saint Mary of the Incarnation wrote, “The bishop has had many conflicts in New France concerning liquor given to the natives which almost led to the total ruin of this new Church.” Thanks to his apostolic zeal, this shameful commerce was absolutely forbidden.

The secular powers raised serious opposition to his evangelizing activities, but Bishop de Laval never capitulated in the face of his adversaries’ odious proceedings. With firmness and perseverance, the holy bishop resisted all encroachments of civil authorities in Church government. He rose up with authority against anyone who wanted to hinder the implantation of Christianity in the blessed land of New France. With supreme patience, he endured all the wicked actions that earthly magnates wrought against him, as well as two major fires that demolished his seminary, for which he had labored so hard.

This holy bishop, a pioneer of the Church in New France, lived in constant, heroic renouncement. He wore a hair shirt and slept very little, so as to be able to pray all his offices and rosaries. As for the brief rest he granted himself, he took it on a wretched mat laid on a bed of boards, without even a sheet to cover himself. His great evangelical simplicity was also very praiseworthy, for never did any man have a greater horror of showmanship and vanity, especially when it presented itself under a cover of religion.

This worthy, virtuous prelate wore old, patched garments. For twenty years he owned only two winter cassocks. At his death one of them was still good; the other, threadbare and patched, attested to his wonderful spirit of poverty. Hard on himself, this admirable man of God was prodigal to excess towards Christ’s poor. Every year he never failed to give the needy 1,500 to 2,000 pounds.

Blessed François de Laval endured the sufferings of his last years with great serenity and resignation to God’s will. During Holy Week in 1708 he contracted the illness that was to take him to the grave. On May 6, 1708, he died in the company of his priests, reciting the Rosary and the Litany of the Holy Family, which devotion he had propagated throughout Canada.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/bl-francois-de-laval/



Blessed Francois was the first bishop of Quebec City, Canada. He was born in 1623 in a small town in France. Francois received a good, Catholic education. He studied with the Jesuits and then went to Paris to complete his preparation for the priesthood. Francois became a priest in May, 1647. He was consecrated a bishop on December 8, 1658, and arrived in New France in 1659.
Bishop Laval had a missionary spirit. He accepted the pioneer life of his people. Even more, Francois had the courage to take on a huge task. He was to organize the Church in Canada which was still mission territory. Bishop Laval asked the Jesuit missionaries to minister to the native people. He created new parishes for the French-speaking Catholics. He started the seminary of Quebec in 1663. This was of great importance because a good seminary would train future priests for God's people.
Bishop Laval loved the people of his vast territory. He was a caring bishop and a prayerful man. His particular cross was the constant interference by civil authorities. He was particularly outspoken about the harm of alcohol trafficking.
In 1688, he retired and was replaced by Bishop de Saint-Vallier. Bishop Laval devoted the last twenty years of his life to charitable and spiritual works. He died in 1708. Pilgrims prayed at his tomb and miracles were reported. Pope John Paul II declared Bishop Laval "blessed" on June 22, 1980.
Let us pray for all missionaries around the world that they find comfort and courage in the Lord Jesus.
SOURCE : http://www.paulines.ph/?page_id=4400

LAVAL, FRANÇOIS DE, bishop in partibus of Petraea, vicar apostolic in New France (1658–74), first bishop of Quebec (1674–88); b. 30 April 1623 at Montigny-sur-Avre (department of Eure-et-Loir), in the diocese of Chartres (France) and baptized François-Xavier; son of Hugues de Laval, seigneur of Montigny, Montbaudry, Alaincourt, and Revercourt, and of Michelle de Péricard; d. 6 May 1708 at Quebec and buried 9 May in the cathedral there.

François de Laval was descended from the younger branch of one of the noblest families in France, the Montmorencys, whose origins are believed to go back to pagan Gaul. A Montmorency, in fact, is supposed to have been the first of the nobles of the kingdom of France to receive baptism with Clovis from St Rémi at Reims in 496. The battlecry “Dieu ayde au premier baron chrestien [God aid the first Christian baron],” which was also the motto of this line and is found in Bishop Laval’s arms, perpetuated the memory of this glorious event. The title of “First Barons of France,” which was likewise borne by the Montmorencys, was no less deserved: this family gave the church and the kingdom several cardinals, 6 constables, 12 marshals, 4 admirals, and a great number of generals and civil, naval, and military officers. In the 13th century Mathieu de Montmorency, called the great Constable of France, took as his second wife Emme de Laval, who was also of noble birth. Their son Guy took his mother’s name; François de Laval was descended from him.

Through his mother, Michelle de Péricard, daughter of the seigneur of Saint-Étienne, in Normandy, François de Laval belonged to a family of the legal nobility which had supplied the parlement of Rouen with several officers of the crown and the church with numerous prelates. Indeed, the see of Évreux was occupied about that time by a brother of Madame de Laval, François de Péricard, who was to play an important role in young François’s life.

Despite their noble birth the seigneur of Montigny and his wife, who were both of proven piety and virtue, were not possessed of a large fortune: the fief of Montigny, the most important of the four which they held, was in reality only a good-sized market-town. The family’s financial situation was soon to become rather precarious, and François was one day to have to devote himself to restoring it.
Hugues de Laval and his wife had six sons and two daughters, one of whom, Isabelle, a posthumous child, died at the age of seven months. Henri, the fifth son, entered the Benedictine order and became prior of La Croix-Saint-Lauffroy; Anne-Charlotte took the veil with the Nuns of the Blessed Sacrament and became their superior. Destined by his family for the ecclesiastical state, to which he aspired himself, François received the tonsure and took holy orders at the age of eight and a half, as was the custom of the period, soon after entering the Jesuit college at La Flèche, which was attended by the sons of the best families of France. Francois was to spend ten years, from 1631 to 1641, in this famous institution, pursuing his literary and philosophical studies with great success. In 1637, his uncle, François de Péricard, bishop of Évreux, appointed him a canon of the cathedral of his diocese. Even though it was not large – it was increased in 1639 – this benefice came just at the right time. Added to his family’s meagre resources, it allowed François to continue his studies, which for a time had been endangered by his father’s death on 11 Sept. 1636.

The years that he spent at La Flèche were, in a way, decisive for François de Laval. Under the enlightened guidance of the Jesuits he advanced rapidly in the paths of piety and virtue, soon earning admission into the Congrégation de la Sainte Vierge, which was at the time directed by Father Jean Bagot. His resolution to devote himself to God in the priesthood dated from that period, as did his interest in the Canadian missions; these were held much in honour at the college where lived some of the greatest apostles of the French possessions in America. Being constantly in contact with the sons of St Ignatius, François got to know them, was imbued with their spirituality, and became sincerely attached to them. “God alone,” he wrote in 1659, “knows how much I am indebted to your Society [the Society of Jesus], which warmed me in its breast when I was a child, nourished me with its salutary doctrine in my youth, and has not ceased since then to encourage and guide me. . . . [The Jesuits] taught me to love God and have been my guides in the path of salvation and the Christian virtues. . . .”

In 1641 François went to Paris and lived at the Collège de Clermont, also run by the Jesuits, to study theology. He was proceeding at a good pace towards the priesthood when two tragic events in rapid succession struck him cruel blows: his two older brothers were killed. François, who had enlisted in Condé’s army, fell in 1644 at Freiburg, and Gabriel, who was serving in Turenne’s army, was killed in 1645 at Nordlingen. François, who inherited the patrimony and the family obligations, took the name of Abbé de Montigny. His mother, with the powerful backing of the bishop of Évreux, begged him to leave the ecclesiastical state, to marry, and to uphold the honour of his house. François was immovable but nevertheless decided to interrupt his studies momentarily. He returned to Montigny, put the family’s affairs in order, and soon went back to the Collège de Clermont, this time with the encouragement of the bishop of Évreux. In 1646 he was ordained subdeacon, the following year deacon, and on 1 May 1647 priest.

At 24 years of age, François was well prepared for a ministry that, it appears from the most authoritative testimony, was fruitful. At Paris he had again met Father Bagot and several of his associates of the Congrégation at La Flèche. They had come together once more in the society called the Bons Amis and continued as a group their work of seeking their spiritual improvement. François stood out in this group through his piety, zeal, and virtue. In the year following his ordination he devoted himself to caring for the sick, teaching abandoned children, and administering his patrimony. In 1648 he resigned his canonry at Évreux. Shortly afterwards, in December, he was appointed archdeacon of the same diocese, which at that time comprised 155 parishes and 4 chapels. It was a heavy task. But, wrote M. de LA Colombière, “the regularity of his visits, his fervour in carrying them out, the improvements that he effected and the order that he established in the parishes, the relief of the poor, his application to all sorts of good works, all these things indicated clearly that although he was not a bishop, he had the mind and ability of one and that there were no services that the church could not expect from such a great person.” In 1649 he had obtained from the University of Paris a licentiate in canon law, which he required for carrying out his duties as archdeacon.

From 1642 on at least François de Laval had secretly dreamed of being a missionary. The Bons Amis, with whom he remained in close touch during his years as archdeacon, shared his aspirations. This society was, besides, the cradle of the Séminaire des Missions Étrangères in Paris. In 1652 the Jesuit, Alexandre de Rhodes, was looking, with the pope’s permission, for candidates who would accept appointments as vicars apostolic in Tonkin and Indochina. After consulting with Father Bagot and the Bons Amis, he chose François Pallu, Bernard Picques, and François de Laval, who were approved by Rome and the court. François de Laval was destined for Tonkin. But the appointment soon began to drag on. The Congregation for the Propagation of the Faith, which disapproved of the excessive independence of the Jesuits in the mission countries, feared that the proposed candidates were too closely linked with them, all the more since they had declared their readiness to join the Society of Jesus. Moreover, Portugal was firmly opposed to French bishops being sent to the Far East. The project was given up in 1654. Whatever his future activity was to be, François de Laval decided to prepare for it henceforth in prayer and seclusion. In 1654, without even keeping the pension to which he was entitled, he resigned the archdeaconry of Évreux – which might have led him to the bishopric – in favour of his friend Henri-Marie Boudon and made over to his younger brother Jean-Louis his patrimony and his birthright. (Hugues, the youngest of his brothers, had died in 1642 at about 12 years of age.) When these last links with the world had been broken, he set off for Caen.

François went to knock at the door of the Hermitage, which was directed by M. Jean de Bernières de Louvigny. One of the great mystics of his time, M. de Bernières, although a layman, had been chosen as teacher and spiritual director by some of the most pious and virtuous persons in France. Since 1649 the Hermitage had sheltered a small community of priests and laymen who devoted themselves to preaching and charitable activities and who led an austere and severely regulated life. François de Laval, who was an “intimate friend” of M. de Bernières, put his admirable maxims into practice: he combined charitable works with prayer and preaching and, as he had done in Paris, engaged in helping the poor and the sick, in the great tradition of St Vincent de Paul. In between, he reformed a monastery whose rule had become lax and brought out into the open, even before the court, the rights of a community of nuns hospitallers which was threatened with spoliation. He was, furthermore, the administrator and confessor of two communities of nuns, and in 1657 he earned from Bishop Servien an unequivocal commendation (which was given upon oath): he was described as a priest “of great piety,” “prudent and of unusually great competence in business matters,” who had set “fine examples” of virtue in the diocese of Bayeux.

But once again there was a movement on foot to endow New France with a bishopric. This movement had originated in 1645 with the Associates of Montreal, but it had subsequently encountered many obstacles. In January 1657 the Associates put forward a candidate, the Sulpician Gabriel de Thubières* de Levy de Queylus. Although he was accepted by the assembly of the clergy of France, Abbé Queylus was not received favourably by the Jesuits. They, declining an invitation from the queen mother, Anne of Austria, to have one of their members appointed to the episcopal see of Quebec, submitted the name of their former pupil, François de Laval. Being anxious that the new bishop should be on good terms with the Jesuits in Canada, the queen mother and the court approved this choice. François de Laval was informed at the Hermitage of the plans which had been made for him. He could not, however, foresee the difficulties with which his path would henceforth be strewn.
The choice of François de Laval and the circumstances surrounding his appointment to the episcopal see of New France were, in fact, going to stir up and bring into the open the latent conflict which was developing in this colony, for the ecclesiastical jurisdiction over it was being disputed by Rome and the archbishop of Rouen quietly but with great determination and tenacity.

Since the 16th century the pope had not had any direct authority over missions. He had to go through the kings, who had the right of advowson, the bishops, who extended their influence beyond the boundaries of their dioceses, and the superiors general of the great missionary orders, which had acquired wide autonomy. The general of the Jesuits, for example, and his provincials in France could found missions without even consulting the Holy See. Thus, on their arrival in Canada in 1625 and when they came back again in 1632 the Jesuits held their powers from Rome, but through the intermediary of their general. In 1622, however, with the object of centralizing the administration of all missions and putting them directly under the control of the Holy See, the pope had created the Congregation for the Propagation of the Faith. The Congregation had thenceforth attempted, with great prudence and diplomacy but rather limited success, to reduce the virtually complete independence of the Jesuits in mission countries.

In Canada, however, the missionaries of the Society of Jesus were to lose gradually the quiet assurance that they had enjoyed at the beginning. The arrival in 1639 of the Ursulines and Nuns Hospitallers – particularly the latter, who had been induced by the archbishop of Rouen to promise that they would recognize his jurisdiction over their community – contributed especially to alarming the Jesuits about the validity of the religious professions which they might be called upon to receive or the marriages among settlers which they solemnized, relying solely upon their powers as missionaries. Did their jurisdiction extend beyond the strictly missionary ministry to the Indians? They were less and less certain about it. To ask the Congregation for the Propagation of the Faith for wider powers would mean that they would be putting themselves under its complete domination and would, moreover, be a departure from the Society’s traditional policy, which their general in Rome defended fiercely. Besides, the archbishop of Rouen, who had no doubts about the legality of his jurisdiction over New France, was gradually but irreversibly imposing his episcopal authority upon the young colony.

Two events were to cause the Jesuits in Canada to lean towards Rouen. In 1645 and 1646, on the one hand, the Associates of Montreal were working for the creation of a bishopric in Canada and proposed a candidate of their choosing, Abbé Thomas Le Gauffre. If they were successful, the autonomy of the Jesuits in New France was finished. On the other hand, in 1646 the new general of the Jesuits had given in to the pressure exercised by the Congregation for the Propagation of the Faith and had ceded back to it, in reality, most of his powers as far as missions were concerned. At this juncture the Jesuits in Canada hesitated, deliberated cautiously, and finally in 1648 accepted the jurisdiction of the Congregation for the Propagation of the Faith by asking it for new powers; but at the same time they sought from the archbishop of Rouen letters, which they accepted in 1649, making their superior in Quebec his vicar general. This last step, on which not even their general was consulted, was kept a secret until 1653, one so well kept that despite her close connections with the Jesuits Marie de l’Incarnation [Guyart*] did not suspect anything. The powers of a vicar general were broader than those conferred by the Congregation for the Propagation of the Faith and gave the Jesuits greater reassurance about the validity of the religious professions and marriages. In 1653, therefore, they made public their dependence upon Rouen and ceased to correspond with the Congregation for the Propagation of the Faith after that date. Of the two options presented them, they had chosen the one which imposed fewer restrictions upon them: the Rouen formula left them greater authority and autonomy than that of Rome would have done.

In refusing the candidate of the assembly of the clergy of France in January 1657 the Jesuits were not rejecting Abbé Queylus as a person, but rather the threat that he represented for the independence of the church in Canada, which they intended to restore and to secure for good. Secretly they proposed to the court a candidate of their choosing, François de Laval. They wanted to make him the titular bishop of Quebec. For 18 months they pushed this matter in Paris and Rome, apparently without the archbishop of Rouen, François II de Harlay de Champvallon, having the slightest suspicion of it. The fact was that, once their candidate had been appointed and consecrated, they intended to separate the church in Canada completely from the archbishopric of Rouen. In their minds the bishop of Quebec should be directly responsible to the pope. Of course, Harlay would not have been of that opinion.

In January 1657, then, Louis XIV wrote to the pope, presenting to him his candidate for the bishopric of Quebec, Father François de Laval. Rome first wanted to know to what community this father belonged. This was the first cause of delay, Then someone forgot to forward the canonical information. Time passed. Backed by the court of France, the Jesuits kept applying pressure. Months went by. Everyone was becoming impatient; the number of memoranda kept increasing, help was sought from the cardinals in Rome, but to no avail. Only François de Laval remained silent and as though indifferent, to the surprise of those who were supporting his candidature most strongly. It was not he who had sought this appointment; perhaps mindful of the Tonkin affair, he waited at the Hermitage, without doing anything to influence Rome’s decision, which would be the expression of God’s will for him.

Rome’s delay in reaching a decision came, to tell the truth, from the Congregation for the Propagation of the Faith. Once more it was feared there that through François de Laval, who had been closely linked with them since his childhood, the Jesuits would perpetuate their independence from this Roman congregation in Canada. There could be no question of appointing a titular bishop for Canada. Consequently difficulties of all sorts were raised, until finally it was proposed to the court of France to create a vicariate in New France rather than a bishopric. The court obtained the Jesuits’ assent and that of M. de Laval himself on this question. (It has been claimed, incorrectly, that the Jesuits had suggested this expedient themselves.) The appointment of a simple vicar apostolic would make the church and the mission in Canada, including the Jesuits, directly subordinate to the Congregation for the Propagation of the Faith and thus to the Holy See; for Bishop Laval and the Jesuits it would have the advantage of withdrawing them, at least in theory, from the jurisdiction of the archbishop of Rouen, which would yield to the more universal jurisdiction of the pope.

The bulls appointing François de Laval vicar apostolic were signed in Rome on 3 June 1658. Bishop Laval chose 4 October, the feast-day of St Francis of Assisi, for his consecration.

The archbishop of Rouen, who considered that he was the rightful bishop of Canada, where he had had a vicar general for ten years, seems to have known nothing of the steps taken to endow this part of his diocese with a see. Being, moreover, an ardent Gallican, he took the news of the dispatch of his bulls to François de Laval very badly. All the more since this dignity of vicar apostolic, newly created in the church and most often obtained by stealth and under false pretences, had been the subject of earnest deliberations in the assembly of the clergy of France, which finally recommended to the bishops that they refuse to consecrate these prelates if they applied to them. On 25 Sept. 1658 at Paris, before a special assembly of the clergy, Harlay brought up the question of the bulls delivered to François de Laval and succeeded in having a circular letter sent to the bishops urging them to refuse to consecrate him, in conformity with the recommendations of the plenary assembly and because of the prejudice which this intervention on the part of Rome caused the Gallican church. The three bishops who had already promised François de Laval their co-operation immediately desisted.

In addition to the support of the church of France, Harlay sought that of the parlements, the jealous and punctilious defenders of the “liberties,” rights, privileges, and immunities of the Gallican church. He himself had a seat in the parlement of Rouen. On 3 Oct. 1658, on the eve of the day set for Bishop Laval’s consecration, he obtained a decree forbidding the latter to “take upon himself the functions of vicar apostolic in Canada,” and declaring that in this matter the pope’s good faith had obviously been abused.

François de Laval, who had maintained silence up till then, continued to do so even now; his allies the Jesuits and the papal nuncio to Paris, Monsignor Piccolomini, however, got around the difficulty. Rome had the right of appointing vicars apostolic in mission countries; the claims of the archbishop of Rouen were not based on legal grounds or recognized by Rome; and finally, the queen mother and the young king were favourable to their candidate. They decided therefore to go ahead in secret with Bishop Laval’s consecration in a church that was exempt from the ecclesiastical jurisdiction of the kingdom. On 8 Dec. 1658, in the Lady-chapel (which no longer exists) of the abbey of Saint-Germain-des-Prés, the nuncio laid hands upon François de Laval, who was 35 at that time.

As soon as this consecration was known, the Gallican reaction was not long in coming. The archbishop of Paris, who was offended because François de Laval had been consecrated in his diocese without his permission, and the archbishop of Rouen, for whom Mazarin refused to convene the assembly of the clergy of France for reasons having nothing to do with this affair, fell back upon the parlement of Paris. The parlement agreed with their views and considered that the rights of the episcopate and the liberties of the Gallican church had been infringed. On 16 December it issued a decree calling upon François de Laval to transmit his bulls to the court and forbidding him to claim authority through them before receiving the letters patent necessary in such a case. Bishop Laval was served this decree on 19 December. On 23 December the parlement of Rouen in its turn renewed its decree of 3 October, forbade any of the king’s subjects to recognize M. de Laval as vicar apostolic, and ordered all the officers of the kingdom to resist him in his attempt and prevent him from fulfilling any function. Once more Bishop Laval remained silent: he clearly saw that in all this affair he was only the pretext or the occasion for a battle that had long been shaping up and which others were involving him in.

After vainly threatening the archbishop of Rouen with penalties, Rome advised Monsignor Piccolomini in December 1658 and January 1659 to rely henceforth upon “Their Majesties,” Anne of Austria and young Louis XIV. It was the only way out, as the queen mother had approved the Jesuits’ plan from the beginning. This time Archbishop Harlay did feel that he was being threatened. On 3 March 1659 he suggested to Mazarin a compromise which resulted in the letters patent of 27 March requested by Anne of Austria to annul the decree of the parlement. These letters directed that Bishop Laval be recognized “to fulfil the functions of the bishop, without prejudice to the rights of the regular jurisdiction, and that he do so while awaiting the establishment of a bishopric whose titular incumbent will be suffragan of the archbishop of Rouen.” This ran entirely counter to the plan of the Jesuits and the Congregation for the Propagation of the Faith. Could the queen mother, who was present at the king’s council, be unaware of this? On 30 March, perhaps at the nuncio’s suggestion, she recognized her error. She wrote to Voyer d’Argenson, the governor of New France, giving him strict injunctions to have Bishop Laval recognized as vicar apostolic and “to see that he is obeyed in all the functions of the bishop,” and even “to prevent any ecclesiastic or other person from exercising or holding any ecclesiastical jurisdiction except by the orders or consent” of Bishop Laval. Thus, at least in theory, the authority of the archbishop of Rouen was eliminated from Canada.

Bishop Laval took the oath of loyalty to the king and sailed from La Rochelle on 13 April 1659. He had neither sought nor rejected the dignity of bishop; the worst storms had raged about him without his intervening in any way whatsoever to calm them, leaving the direction of his life entirely to God’s care. One thing was henceforth certain: God wanted him in New France. He was on his way, his sole income an allowance of 1,000 livres with which the queen-regent had favoured him.

Thus, in detachment from worldly goods and in poverty, began a great and laborious adventure, the building of a Canadian church.

Canada in 1659 was, in truth, of little account. Its French population did not amount to 2,000 people, divided among three centres of settlement over a distance of more than 60 leagues. The region of Quebec, formed of the town proper and the seigneuries of Beauport, Beaupré, Notre-Dame-des-Anges, and Lauson, offered the largest concentration of population with nearly 1,200 inhabitants; a few hundred settlers were established at Trois-Rivières or in the neighbouring seigneuries of Cap-de-la-Madeleine, Sainte-Anne, and Champlain, which were barely beginning to develop; the island of Montreal, an outpost, was the last inhabited centre.

The numerical weakness of its population illustrates how little the colony had progressed since its foundation by Champlain* in 1608. The companies holding monopolies, on to which the state shifted the entire responsibility for the destinies of New France, completely neglected to meet their obligations, with the exception of the Compagnie des Cent Associés (1627), which, however, got off to a disastrous start from which it never recovered. The Communauté des Habitants took over entire responsibility for the country from 1645 on but did scarcely any better, as a result of the war with the Iroquois which almost completely paralysed the fur trade. An insufficient population, administrative institutions which had remained at the embryonic stage, the repeated attacks by the Iroquois, an economic crisis that had no solution, all these factors made even the most optimistic fear for the future of the colony.

As well as being a French colony, New France was a mission country. The Recollets had arrived first, in 1615; the Jesuits had joined them 10 years later. After the treaty of Saint-Germain-en-Laye in 1632 the Jesuits came back to New France alone. Henceforth they represented the church there, as their superior was the highest ecclesiastical authority in the country. The missions made remarkable progress: in a few years they extended to Acadia, Lac Saint-Jean, the Great Lakes, the Iroquois country. The Jesuits similarly ministered to the French. The mission was in better shape than the colony.

The Jesuits attempted, moreover, to make up for the weaknesses of the Compagnie des Cent Associés and the Communauté des Habitants. In their annual Relations they became propagandists for the mission, but also for the colony preventing Canada from falling into oblivion. They attracted settlers and established them on their seigneuries. They aroused in rich and powerful people an interest in New France and were thus able to endow the colony with a college in 1635, a seminary for girls and a hospital in 1639. Missionaries, parish priests, teachers, propagandists, colonizers, explorers, interpreters, on occasion ambassadors, the Jesuits – whose superior was in addition an ex officio member of the council – were everywhere, being involved in civil affairs just as much as in purely religious matters. The mission kept the colony going; the contrary would have been more normal.

The vicar apostolic, who reached Quebec on 16 June 1659, landed the next day and went to work without delay. He could count upon a limited number of ecclesiastics: 17 Jesuits, 4 Sulpicians, and 6 secular priests and lay brothers, one of whom had received only the tonsure. To the Jesuits he left the Indian missions, to the Sulpicians the care of the parish of Montreal, where they had been installed since 1657. The lay brothers were for their part to take charge of the ministry to the parishes in the region of Quebec, with Trois-Rivières temporarily under the spiritual guidance of the Jesuits. The bishop’s see would be at Quebec.

Bishop Laval’s first preoccupation was to have his authority recognized. He was obsessed by the idea that he might encounter in the colony the opposition that he had known in France. He was quite well aware of the activities of Abbé Queylus, who was for a time the archbishop of Rouen’s vicar general in Canada, and he particularly feared some attempt against his authority by the Sulpicians of Montreal. He was not mistaken. The biography of Abbé Queylus [Thubières*] relates the many episodes of the long jurisdictional dispute from which the vicar apostolic, supported by the Congregation for the Propagation of the Faith, was to emerge victorious. Now, the arrival of a letter from Louis XIV to M. d’Argenson and dated 14 May 1659 provided Bishop Laval with an unhoped-for opportunity. In this letter the king directed the governor to have the authority of the vicar apostolic recognized everywhere and not to allow any vicar general appointed by the archbishop of Rouen to “take it upon himself to exercise any jurisdictional function.” Bishop Laval had this letter published and posted up from one end of the country to the other.

Around this time also the prelate set up an officiality, an ecclesiastical court which would deal with all disputes involving a member of the secular or regular clergy and judge all matters falling under the jurisdiction of the bishop. The haste with which the vicar apostolic created this tribunal – three months after his arrival – seems rather surprising when one considers, for example, that not a single parish was set up canonically. Bishop Laval was arming himself against possible opponents. In the context of Gallicanism, however, this measure looked like a challenge to the civil authority.

“Great disagreements among the authorities” soon arose as a result of the presence of the officiality, but also of numerous quarrels over precedence. Today these disputes may seem trifling. But French society in the 17th century was sensitive about the concept of honour. It was imbued with respect for everything that appertained to the monarch or concerned him directly or indirectly. In this society which was, furthermore, built on a strongly hierarchical system, all the king’s representatives, from the governor down to the humblest legal officer, had precise roles to play to which were attached certain allotted honours that had been minutely evaluated and rigidly fixed. Supplementary honours, whether conferred by the state or by the church, were an enviable reward and sometimes took the place of a salary. Consequently, anyone who felt that he was being wronged in a question of position defended himself bitterly.

For 25 years many ways of doing things had been adopted in New France which were not always in conformity with the customs observed in the kingdom or which could be attributed to the absence of a bishop. Thus the governor had his prie-dieu in the place of greatest honour in the choir of the church and regularly attended, as honorary churchwarden, discussions of the parish council of Quebec. Bishop Laval, who was anxious to suppress abuses and defend his young church against inopportune interference by the state, decided to put things in order before it was too late. His intention was laudable. But perhaps, in the ardour of his 36 years and his somewhat impetuous zeal, he did not use enough tact and diplomacy and was needlessly abrupt with a governor who was jealous of his own privileges and who was, moreover, ill disposed towards this young prelate whose first act had been to set up an ecclesiastical court in the face of civil justice. The governor became stubborn and absolutely refused to give way, as did the bishop. Constantly refueled with new incidents, which were most often provoked by Bishop Laval, the conflict grew worse month by month. ‘We thought it would end in violence,” observed the superior of the Jesuits, who discreetly blamed the bishop.

At the root of these quarrels there was doubtless a burning desire in Bishop Laval to see his authority recognized and his church out of the reach of the state's enterprises; for this, as Louis XIV was to write in 1665, it was absolutely necessary “that the right balance be maintained between the temporal authority, which resides in the person of the king and those who represent him, and the spiritual, which resides in the person of His Excellency the Bishop and the Jesuits, in such a way, however, that the latter authority be subordinate to the other.” But there was also, on the part of the governor and several settlers, a refusal to accord the vicar apostolic the same authority as a bishop sitting at the head of his diocese. For them the Bishop of Petraea could not be the bishop of Quebec. At first the religious communities had hesitated themselves: must they obey this “apostolic commissioner” who had come to Canada “under the foreign title of Bishop of Petraea,” or the vicar general of the archbishop of Rouen? When they finally accepted Bishop Laval’s authority, the nuns did not bring with them the adherence of the whole population – far from it. Montreal in particular remained more or less hostile to the vicar apostolic.

All were in agreement, however, about Bishop Laval’s personal qualities. His deep piety, his charity, his humility were praised. “He lives like a saint and apostle,” wrote Marie de l’Incarnation. Despite his illustrious origins and his new dignity, he performed the most humble services, as he had done formerly in Paris and Caen, caring for the ill, making their beds, administering the last sacrament to the Indians. In the autumn of 1659, for example, an epidemic, brought by a ship, broke out. Bishop Laval was constantly at the hospital, despite the efforts made to dissuade him and the obvious danger of being stricken himself. He did not spare his energies, and he was prodigal of his own possessions when it came to aiding the poor. He who had only 1,000 livres of guaranteed income distributed enormous sums secretly (10,000 écus in three years, according to Bertrand de Latour*). He lived shabbily, moreover, first in seclusion with the Nuns Hospitallers, then with the Ursulines, and finally with the Jesuits, before acquiring in 1662 an old house where he brought together his little group of ecclesiastics.

Despite the numerous difficulties he encountered, Bishop Laval was extremely active. In 1660 he had completed his first pastoral visit, which had begun at Gaspé, where he had stopped off at the time of his crossing to Canada. He had conferred the sacrament of confirmation upon hundreds of whites and Indians. He had, in addition, attacked from its very beginnings the trade in spirits: being an enemy of half measures and having the support of his clergy, whom he had consulted about this question on three occasions, he had fulminated an excommunication against refractory traffickers. This energetic intervention on his part incurred the opposition of the businessmen, which was open, and that of the governor, more or less admitted. It added more fuel to the already existing “disagreements.” Seeing that he would never stamp out this trade without the powerful aid of the king, Bishop Laval decided in 1662 to go to explain to Louis XIV both his viewpoint on the liquor trade and also the most urgent needs of his church.

He received a sympathetic welcome at court. Louis XIV gratified all his wishes: he promised to forbid explicitly the trade in spirits and to recall Dubois* Davaugour, who had favoured it; he even invited the prelate to choose the new governor; and finally, he appointed Bishop Laval as of then (1662) to the bishopric of Quebec.

It is reasonable to believe that Louis XIV and Bishop Laval discussed at length the reorganization of New France, which would be put under the direct authority of the king. Probably the prelate was likewise consulted about the idea of creating a Conseil Souverain (1663), in which he was to be the second personage, right after the governor. Abbé Bertrand de Latour, Bishop Laval’s earliest biographer, even goes so far as to affirm that “the Conscil Souverain of Canada was the work of its first bishop.” However that may be, Bishop Laval received from the king political powers which put him in certain respects on an equal footing with the governor: “conjointly and in agreement” with him, he was charged with appointing councillors and granting seigneuries. More than that, when he returned to New France in 1663 in company with the new governor, Saffray* de Mézy, and a royal commissioner, Gaudais-Dupont*, it was he whom the king had entrusted with the responsibility of bringing to Canada the edict creating the Conseil Souverain.

Was this Louis XIV, who in 1662 and 1663 interested himself in building up the political power of the Canadian church, the same person who from 1665 on was to take umbrage at any interference in civil affairs, real or supposed, by the church of the colony, and who was to concern himself so much with keeping the clergy in a state of subordination to the state for fear that the bishop and the Jesuits “might establish their authority too firmly through the fear of excommunication and through an excessively severe way of life that they wish to maintain”? Did not Louis XIV go so far as to make grave accusations, as if he had forgotten events that were, however, recent: “To maintain their position [in the colony] they [the Jesuits] were very pleased to designate the Bishop of Petraea to carry out the duties of bishop there since he was entirely under their domination, and up till now they have even designated governors for the King in that country, where they have employed all means possible to obtain the recall of those who had been chosen for that post without their participation . . .”? Is the king’s attitude in 1662 and 1663 to be explained by his ignorance of the abnormal politico-religious situation which still prevailed in Canada at that time? Or must this radical change be attributed to Colbert, who had become minister of the Marine just previously and who was a convinced Gallican? The fact remains that Louis XIV contributed greatly to setting the church and the state in the colony at odds. The quarrels and acts of violence over the composition of the council which characterized M. de Mézy’s government were prepared by the king himself. One day Louis XIV was to regret the extreme liberality towards the church in Canada that marked the beginning of his reign. In 1677 Colbert echoed this feeling when he wrote: “I see that the bishop of Quebec pretends to an authority a little too independent of the royal authority, and for this reason it would perhaps be good that he not have a seat on the council. . . .”

Strong in his appointment to the future see of Quebec and the knowledge that he had acquired of the religious situation in New France, Bishop Laval had not wanted to leave Paris without laying the foundations of his church. To assure the colony of the priests that it needed, he conceived the idea of a seminary, which for years was to be the centre and soul of religious life in Canada. By an ordinance published in Paris on 26 March 1663 and confirmed by the king the following month, the vicar apostolic founded the seminary of Quebec.

In Bishop Laval’s mind the seminary of Quebec was, to be sure, a theological seminary, “in which will be educated and formed the young clerics who appear fitted to God’s service and to whom, for this purpose, will be taught the way to administer the sacraments properly, the method of catechizing and of doing missionary preaching; they will be taught moral theology, the ceremonies, the Gregorian plain-song, and other things pertaining to the duties of a good ecclesiastic.” But Bishop Laval’s seminary was much more than that: “We are setting up,” declared the prelate, “a seminary which will act as the clergy for this new church, . . . a reserve from which we can draw pious and capable persons, to send them on all occasions and when need arises to the parishes and other places in this country in order to fulfil the functions of a parish priest and any others for which they have been intended and whom we can withdraw from the same parishes and functions when the moment is judged opportune. . . .” Bishop Laval conceived his seminary then as a true community of secular priests “which will be directed and governed by the superiors whom we or the bishops of New France who succeed us appoint to it, and according to the regulations which we establish to this purpose.” Clergy and seminary were all one in Bishop Laval’s mind: the seminary of Quebec would be the clergy of New France.

The prelate specified that the future chapter of the bishopric of Quebec would be constituted “within the said seminary and clergy”; all pastoral charges would be united with the seminary, to which the tithes would be paid; the seminary would provide for the needs of the parish priests and would promise to support them “in sickness as in health, either in the exercise of their functions or in the community when they are recalled to it.” In return for this promise the seminary would demand the renunciation of property, that is to say, the pooling of all its members’ wealth and revenues. Membership in the seminary was nevertheless free for secular priests; Abbés Le Sueur* and Le Bey, who had already been in the colony in 1659, did not join it. But in practice it was difficult for anyone who dreamed of receiving a charge not to join the seminary first.

At Bishop Laval’s request the seminary of Quebec was affiliated on 29 Jan. 1665 with the Séminaire des Missions Étrangères in Paris, with which it was to maintain close links of friendly collaboration.
Bishop Laval’s seminary corresponded perfectly to the needs of the church in Canada in 1663 and in addition ensured admirable unity in it. It rendered great services as long as Bishop Laval directed it himself; but of necessity it was, in certain respects, provisional in nature. With the development of the colony and once the parishes were able to support the parish priests, this diocesan community of the clergy no longer had any reason to exist. Under Bishop Laval, whose prestige was great, and because of the strong friendship which united him with his priests, the prelate and the seminary collaborated closely and in the most complete harmony. But under a new bishop everything would perhaps not go so well; it would first be necessary that this bishop agree to exercise his authority over the clergy and the parishes only through the intermediary of the directors of the seminary. Bishop Laval’s successor, Bishop Saint-Vallier [La Croix], refused categorically to do so.

The ordinance which founded the seminary of Quebec and which was registered at Quebec on 10 Oct. 1663 instituted the tithe in Canada at the same time. Bishop Laval set it at a 13th, an amount to which the king gave his approval. Unfortunately the prelate deemed it fitting a month later to make an exception for the members of the parish of Quebec: they were dispensed from paying the tithe for the year 1663, and it was set for them alone at a 20th for the following six years. Immediately, in every part of the colony, people began to hope for a similar reduction; in the meantime they refused to provide for the needs of the clergy. This was the cause of great difficulties and serious disputes. M. de Mézy supported the settlers. Bishop Laval first extended to the whole country the privilege that had been granted to the parish of Quebec, then he set the tithe at a 20th for his lifetime, and finally he postponed until 1665 the application of this regulation. Nevertheless the tithe remained unpaid until 1667, when, on 23 August, Prouville* de Tracy set it at a 26th for 20 years and a 20th after that. Willy-nilly, the settlers submitted to these arrangements rather than be dragged before the courts. In 1707, after an unsuccessful challenge by Louis-Gaspard Dufournel*, the tithe was finally set at a 26th. In this affair Bishop Laval, who was so firm and intractable when questions of principle or morality were threatened, proved to be easy to deal with and understanding, even a little weak in the face of the settlers’ resistance. That alone would be sufficient to warrant a revision of certain opinions of his character.

When M. de Mézy died, after a reconciliation with the bishop and the clergy, there began for Bishop Laval a short period of peace, if not of perfect harmony, with the representatives of the state. M. de Tracy’s presence contributed greatly to it. The prelate, who had established the parish of Quebec canonically in 1664, consecrated its church in 1666. During these few years he gave his attention to introducing into Canada a certain number of devotions, such as that to the Holy Family, to which he was particularly attached, and that to Saint Anne. On 9 Oct. 1668, at Quebec, he founded his Petit Séminaire, called the Seminary of the Infant Jesus. Eight young Canadians who were destined for the ecclesiastical calling and six Hurons whom it was proposed to acculturate were its first pupils. They were accommodated and brought up at the Petit Séminaire and took their courses at the Jesuit college. Around the same period Bishop Laval set up at Saint-Joachim a trades school, as well as a primary school where children would learn reading and arithmetic.

Suddenly, on 10 Oct. 1668, a new crisis began to build up. But here it is advisable to go back a little.
In 1657, by a decree of his council the king had confirmed the prohibition of the trade in spirits which had been in effect in the colony since Champlain’s time. On 5 May 1660 Bishop Laval had in turn forbidden, under pain of excommunication ipso facto, the giving of intoxicating beverages to the Indians. Some time later he had excommunicated by name the trafficker Pierre Aigron*, dit Lamothe. Since the trade had ceased, under the double threat of civil and ecclesiastical sanctions, Bishop Laval lifted his general excommunication in October 1661, to reimpose it on 24 Feb. 1662, shortly after the governor-general, Davaugour, had in an unreflecting moment announced that he was in favour of this commerce. Just previously in Paris the theologians of the Sorbonne, who had been called upon by the vicar apostolic to consider the question, had expressed the opinion that “in view of the disorders which arise from the sale of such beverages to the Americans [i.e. the Indians], the ordinary or prelate may, under pain of excommunication ipso facto, forbid the Europeans to sell such beverages and may treat those who are disobedient and refractory as being under excommunication.” As a result of Davaugour’s conciliatory attitude, however, the trade had reached such proportions and the disorders had become so serious that Bishop Laval had decided to go to France to seek Louis XIV’s support.

When he returned to Quebec in 1663 the vicar apostolic noted with satisfaction that the traffickers had given in under the effect of the terror produced by the great earthquake of 1663. M. de Mézy, the new governor, and Bishop Laval agreed to forbid conjointly the trade in alcoholic beverages. The union of church and state on this matter lasted until 10 Oct. 1668. Then, at Intendant Talon*s instigation, the Conscil Souverain permitted trade in spirits, although forbidding the Indians to get drunk, which was an absurdity, considering their particular dispositions. In answer to this, on 21 April 1669 Bishop Laval made a reserved sin of getting Indians drunk and giving them alcoholic beverages to take to their villages.

At that moment the great quarrel of the trade in spirits broke out. Until then, in fact, and except for the incident caused by Davaugour, the church and the state had had a common policy, at least officially. But from then on Bishop Laval, the missionaries, and the clergy were under constant attack from all those – and they were numerous – who were in favour of the trade. They were accused of interfering in a matter of commercial policy which rested exclusively with the civil police. The bishop in particular was reproached for his reserved sin. In 1674 Bishop Laval again submitted the question to the theologians of the Sorbonne. The reply, dated 8 March 1675, decided in his favour on the two points that had been proposed: the trade in spirits constituted a mortal sin, and the ordinary had the right to take appropriate measures to curtail this commerce, such as making a reserved sin of it.

In his fights against the civil authority, particularly in those which he waged against the trade in spirits, Bishop Laval found his episcopal authority questioned everywhere, owing to the fact that he was only the vicar apostolic. Until 1664 he himself had not doubted that he had all the powers of an ordinary; consequently he created in all good faith an officiality, a seminary, and the parish of Quebec. When he finally discovered the limitations on his office, he besought Rome to establish a see at Quebec, so that he could organize his church and confront with greater powers the “perpetual and scornful rivals of the ecclesiastical authority” in Canada.

At first this request did not seem to be of a nature to stir up any objections. In 1662 Louis XIV had assured Bishop Laval of his appointment to the future see of Quebec, which shortly afterwards he asked the pope to establish. The vicar apostolic had lost no time in backing up this initiative. Thereupon the Congregation for the Propagation of the Faith had expressed the opinion that the time had come, indeed, to endow New France with a diocese. But Louis XIV had finally given such proportions to the incident of the Corsican guard (20 Aug. 1662), that relations between Rome and Paris had deteriorated completely; after that the Congregation for the Propagation of the Faith had proven to be more reticent about the plan for a see, no longer promising to do other than examine it attentively.

The king soon demanded that the future see of Quebec should be attached to that of Rouen. Not being willing to give way on this point, Rome paid no attention to the matter for two years, from 1664 to 1666. But from Quebec Bishop Laval was sending urgent letters to the Holy See, setting forth the activities of the Compagnie des Indes Occidentales which, on the pretext that there was no ordinary in Canada, was preparing to send priests there, set up parishes, and appoint priests to them. Besides, the settlers were contesting the vicar apostolic’s right to institute and collect tithes. In 1666 Rome resumed its examination of the matter, but a new demand from Louis XIV again slowed it up: this time the king wanted the establishment of the see of Quebec to be carried out in a manner which would respect the privileges of the Gallican church. While Bishop Laval was fretting vainly in Quebec, Rome finally sent Paris, on 18 June 1668, a model of a bull, “to receive thereon the King’s orders.” The document was studied, then sent back to the Holy See. The chief obstacle continued to be the question of subordination to the archbishopric of Rouen.

In 1669, tired of waiting and seeing his church threatened with ruin, Bishop Laval made the supreme concession: he wrote to Rome and accepted that the future see be subordinated to Rouen if the cardinals considered that it should be. That same year Louis XIV and Colbert, realizing that the discussions with the Holy See would never end, gave up the condition that they had maintained till then for the establishment of the see of Quebec, that is to say the subordination to Rouen!

The matter was proceeding extremely well in 1670, but Bishop Laval found it impossible to pay the high costs of the creation of his diocese. Not having a personal fortune, he wrote one plea after another, requesting that his bulls be sent him free of charge. Having become anxious, he went to France in 1671 with the determination never to return to Canada unless the diocese was established. Rome finally agreed to reduce the costs. The bulls were not sent until 4 Oct. 1674. Bishop Laval took the oath of loyalty to the king and sailed for Canada at the end of May 1675.

From that time on the diocese of Quebec escaped completely from the claims of the archbishop of Rouen, but not yet from those of the archbishop of Paris, the same Harlay de Champvallon, who had been promoted from Rouen to Paris. This time Harlay tried to make Quebec subordinate to the “principal” diocese of France. But in 1679 he had to give up this project, to which Rome would never have given its approval.

Bishop Laval landed at Quebec at the beginning of September 1675, after an absence of four years. As titular bishop he took possession of his cathedral, renewed several of his ordinances, confirmed the creation of the officiality and the parish of Quebec, and formed a temporary chapter, since he could not establish it canonically. He drew his canons from the seminary; shortly before leaving Paris he had renewed the act of union of the seminary with the Séminaire des Missions Étrangères. Then in the spring of 1676 he set out to visit his parish.

At the moment when Bishop Laval was ensuring greater stability for his church, Louis XIV was reorganizing the Conseil Souverain of Quebec. On 5 June 1675 he raised the number of councillors to seven – in addition to the governor, the bishop, and the intendant – who would henceforth be appointed by the king for life. Bishop Laval got back the second place, which had been his before the arrival of Jean Talon. The state therefore maintained an important role for the church in civil affairs in Canada.

Bishop Laval was perfectly aware of the numerous quarrels which, during his absence from 1672 to 1675, had sorely tried the union of church and state and which were one of the reasons for the reorganization of the council. Now in 1676 two important questions still set the “authorities” against each other: the trade in spirits and the creation of parishes. The bishop considered it was necessary to assign to Paris a trusty and devoted representative who would defend the position of the church in Canada and reply to the attacks of Louis de Buade* de Frontenac and his allies. He chose Abbé Jean Dudouyt*.

The mission that was entrusted to M. Dudouyt was all the more necessary since the clergy in New France was no longer as united as it had been earlier. Indeed, in 1670 the Recollets had returned to Canada on Jean Talon’s instigation and had been commissioned by the state to counterbalance the authority and severity of the Jesuits and the secular clergy in Canada, who were accused of “tormenting people’s consciences.” These worthy religious, who from 1672 on were patronized by Frontenac, took their role seriously and became docile tools of the governor. On the trade in spirits, the creation of parishes, the tithe, they adopted and preached up Frontenac’s opinions, being moreover entirely at his orders rather than the bishop’s. Bishop Laval, who knew the reasons for their coming, had nevertheless received them charitably, had assigned them missionary fields, and continued to lavish marks of esteem upon them. It was to no avail. The Recollets surpassed Frontenac’s clan in the calumnies spread at court against the bishop and the Jesuits – who, it was said, had forbidden the trade in spirits simply to engage in it themselves on a greater scale and who were more interested in converting beaver skins than in converting souls.

Bishop Laval had taken advantage of his stay in Paris to consult the theologians of the Sorbonne again on the question of trafficking in spirits. He received from them an opinion favourable in every respect to his own thesis. In the hope of obtaining a contrary opinion, his adversaries applied to the theologians of the University of Toulouse. The reply differed entirely from that given by the Sorbonne: “The Bishop of Quebec cannot legally make a mortal sin, and even less a reserved sin, of the sale of spirits.” This conclusion was likely to harm Bishop Laval’s cause. Therefore, upon his arrival in Paris M. Dudouyt requested an interview with Colbert. On 27 April 1677 he explained to him the reasons for Bishop Laval’s attitude but did not convince him. A second audience on 11 May left some hope, as the minister had listened to him more patiently. He therefore recommended that the bishop prepare a complete report on the question; the court had sent a similar request to the intendant, Duchesneau*.

Obviously Louis XIV was determined to settle the dispute. He ordered Frontenac to convoke 20 of the leading inhabitants of Canada and collect their opinions on the trade in spirits. The Conseil Souverain chose these representatives, who met on 28 Oct. 1678. Since almost all of them were engaged in commerce, the majority declared themselves in favour of complete freedom for the trade in spirits. The council charged Messrs Nicolas Dupont and Jean-Baptiste de Peiras with taking the result of the consultation to the court. The situation was critical for the church in Canada. Despite infirmities which were becoming more and more overwhelming, Bishop Laval sailed immediately for France, in an ultimate effort to convince the king of the rightness of his cause.

Louis XIV entrusted to his confessor, Father La Chaise, and the archbishop of Paris the task of studying the reports received from Canada on the trafficking in alcoholic beverages. Then, on 24 May 1679 he published an ordinance forbidding trade in spirits outside the French settlements. Bishop Laval promised to bring the case of reserved sin into accord with the dispositions of the ordinance. This outcome of a struggle that had lasted 20 years was enough to disappoint the old bishop profoundly; he could, nonetheless, gather some solace from the fact that the traffickers in alcohol would no longer be able legally to seek out the Indians even in their most remote villages.
The question of the creation of parishes was likewise debated in France during the winter of 1678–79, in Bishop Laval’s presence. In confirming the founding of the seminary of Quebec in 1663 Louis XIV had approved the double principle of the removability of parish priests and the payment of tithes to the seminary, which assumed responsibility for redistributing them equitably to the officiating priests of the various parishes. Now, with time and, it seems, under the influence of Jean Talon, this system – the only one which could be applied to New France at that period – was criticized and then violently opposed. Bishop Laval was accused of not wanting to set up parishes. To that there were two replies: on the one hand, as long as he was vicar apostolic Bishop Laval did not have the necessary powers for setting up parishes – which he found out only after he had “erected” that of Quebec in 1664; on the other hand he could set up parishes only if the subsistence of the parish priests was assured. Around the period 1675–80 no “parish” was yet capable of keeping a parish priest, not to speak of building a church or a presbytery. To assure the necessary income it would have been necessary to increase considerably the number of parishioners by extending indefinitely the boundaries of the parishes, which would consequently have become mission territories again.

On the question of parishes, just as on that of the trade in spirits, Bishop Laval had to give in to the king’s will. In May 1679 Louis XIV signed an edict concerning “tithes and fixed parishes”: the tithes would in the future belong to the priest of the parish, “in which he would be established permanently, in place of the removable priest who ministered to it previously.” Bishop Laval carried this edict out without any bad grace. As early as 1678 he had consulted with Frontenac and Duchesneau on the manner of assuring the subsistence of the parish priests. Shortly afterwards he had created seven parishes. “In most of these parishes,” he wrote, “the settlers have not been willing to conform to the decision of the conference concerning the feeding and upkeep of their priests. No matter; I have sent my missionaries to spend the winter among them, binding myself to furnish them what they would need.” Working in conjunction with the intendant, Bishop Laval created six new parishes in 1684; again, not one of them was capable of providing for the upkeep of its priest. Help from the seminary and the state was necessary. This was abundant proof of Bishop Laval’s wisdom when he conceived his seminary in 1663; despite the new regime, which was instituted in principle by the edict of 1679, the seminary continued nevertheless to support the parishes.

Bishop Laval returned to Canada in the autumn of 1680, after being busy for more than a year with other questions concerning his church, in particular with the canonical union of the abbeys of Maubec and Lestrées with his bishopric – which, however, he was not able to bring about. In 1681 he visited his diocese.

The year 1681 saw the beginning of new difficulties between the bishop and the Recollets. The latter had just obtained from the king the site of the former seneschal’s court, with a view to building on it a hospice, which would serve as a retreat for them when they were staying in Quebec. Bishop Laval received this project favourably but specified, in conformity with the royal document, that this place of retreat was not to be transformed into a convent or used for public religious services. The religious nonetheless made a convent of it, topped it with a belfry [see Henri Le Roy], held services for the public, and openly disregarded the bishop’s instructions. The latter rescinded the authorization he had given them to build a hospice; in retaliation the Recollets gave up their missions. Bishop Laval was finally compelled to forbid them to exercise any ecclesiastical functions. Once more the king had to settle the dispute: he ordered the belfry to be destroyed, but the convent continued to exist. Conciliatory as usual, Bishop Laval had, at the beginning of this dispute, invited a Recollet, Father Adrian Ladan, to preach the Advent sermons at the cathedral. The religious took advantage of this to reprimand the intendant and Frontenac’s adversaries; Bishop Laval’s warnings had no effect on him. The Recollets were conscientiously playing the role that the state had entrusted them with. . . .
With the exception of the Recollets and, for a time, the Sulpicians, Bishop Laval’s relations with the various religious communities in his diocese were always excellent and were characterized by mutual esteem and respect. The prelate, it is true, was not always in agreement with the superiors of the different communities, but their harmony was never disturbed by that. For example, Bishop Laval was not very much in favour of the multiplication of religious orders in his diocese: he would have liked to join together the two communities of nuns hospitallers, just as he wanted to unite the nuns of the Congrégation de Notre-Dame with the Ursulines. In the meantime he helped each group as best he could and finally acknowledged the separate existence of each. From 1668 on he was on good terms with the Sulpicians, even making M. de Queylus, whom he had allowed to return to Montreal, his vicar general. His charity and humility left no room in Bishop Laval for rancour or shabby actions.

On his return from his pastoral visit in 1681 the prelate, who was exhausted, fell seriously ill: “Within two weeks all hope had been given up.” He would soon be 60, and his health was declining. He became convinced that a younger and more robust bishop would do more good than he from then on and that he had to present his resignation to the king. Before doing so he wanted to complete some aspects of his work. He saw to the founding of six new parishes, set his chapter up canonically in 1684, and entrusted to the seminary the executing of some projects, leaving 8,000 livres for the construction of the seminary chapel, foreseen in the plans for the building which had been started in 1678, 4,000 livres for the construction of a church at Saint-Joachim, and 8,000 livres for the upkeep of the priest who would minister to this parish and would direct the arts and crafts school that he had created there. In the autumn he sailed for France.

When his resignation had been accepted, Bishop Laval agreed to remain bishop of Quebec until the consecration of his successor, Abbé Saint-Vallier, whom he had chosen with the utmost care. However, as the strained relations existing at the time between Paris and Rome did not permit the bulls to be sent immediately, Abbé Saint-Vallier went to Canada in 1685 with the title of vicar general. On his return to Paris in January 1687 he had some disputes with Bishop Laval about the seminary of Quebec. At that point the old bishop realized that his successor intended to alter profoundly the organization of the church in Canada, of which his beloved seminary was the keystone. Only one solution was open to him to save his work: induce Abbé Saint-Vallier, who had not yet received his bulls, to renounce his see. Bishop Laval had the most influential personages intervene, but in vain; Abbé Saint-Vallier would not give in, but contented himself with explaining his attitude and promising to be moderate.

In the spring of 1687 Bishop Laval was preparing to leave for Canada, where he wanted to finish his days. The Marquis de Seignelay prevented him from doing so, fearing that his presence there would be a source of quarrels and division. Bishop Laval wrote to Father La Chaise, to Seignelay himself, but had no success in moving them. From then on he gave himself over to God’s will and wrote his priests an admirable letter full of resignation before this immense trial which he accepted “with a heart filled with joy and consolation.”

Abbé Saint-Vallier was consecrated bishop on 25 Jan. 1688. Bishop Laval became Monseigneur 1Ancien. With the support of the new bishop and after promising not to cause him any difficulty, Bishop Laval received permission to return to Quebec. He arrived there on 3 June, and Bishop Saint-Vallier on 31 July.

Monseigneur l’Ancien’s return to the colony delighted not only his priests but the whole population, over which, according to the governor-general, Brisay de Denonville, he had “great influence because of his character and his reputation for saintliness.” Though certain representatives of the civil authority and most of the businessmen, who were interested in the trade in spirits, were opposed to him, the settlers, despite the difficulties caused by the establishment of tithes, sincerely loved and venerated this courageous bishop who was completely devoted to his church and whose piety, humility, and above all immense charity they were well acquainted with. People everywhere were conscious of the progress accomplished under Bishop Laval: from 5 in 1659 the number of parishes had become 35 in 1688; the number of priests had increased from 24 to 102 (36 Jesuits, 19 Sulpicians, 14 Recollets, and 33 secular priests), and from 32 the number of nuns had risen to about 97. Nor were people indifferent to the fact that 13 Canadian priests were already at work in Canada and that 50 Canadian nuns had pronounced their perpetual vows in the various communities at Quebec and Montreal. In addition to laying the bases of a national church, Bishop Laval had made a very successful start on its erection.

He went back to the seminary to live. A donné, Brother Hubert Houssart, was assigned to serve him. The prelate no longer gave thought to anything but prayer and mortification, limiting his outside activities entirely to acts of charity, a charity that was, moreover, very unobtrusive. He gave away everything he owned, asking for nothing that was not for his poor, for whom he even kept the greater part of his meals. When he had nothing left, he knew that his end was near. He attended all the parish services, being the first in the church every morning, well before sunrise and even in the coldest weather. He was completely withdrawn from church affairs and was no longer interested in anything but his beloved seminary, upon which he continued to lavish his counsels, and the seminarists, whose progress he followed closely, and with whom he was fond of chatting during their periods of relaxation. Bochart de Champigny, the intendant, described aptly the old bishop’s new existence in one short sentence: “He lived in his retirement in a saintly manner, concerning himself only with the direction of his seminary.”

His seminary! How much grief it was to cause him in his last years! At first, Bishop Saint-Vallier was violently opposed to the parishes being united with it, and finally, in 1692, he obtained from the king a complete separation, the seminary being reduced to nothing more than an institution for training future priests. This meant the destruction of Bishop Laval’s great work. It had to happen sooner or later, it is true; but who would think of reproaching the old bishop for his attachment to his life’s work – this seminary to which he had made over all his landed property – especially after Bishop Saint-Vallier’s severity towards him and his collaborators? At the height of the bishop’s quarrel with the seminary, Bishop Laval had prudently withdrawn to Saint-Joachim to avoid having to intervene and oppose his successor openly. In the attitude of Bishop Saint-Vallier, whose personal sincerity he recognized, he saw almost the action of some evil power bent upon destroying this new church. The prospect wrung cries of pain from him. But on learning the news of the re-formation of his seminary, he submitted as usual to the ways of providence, forgetting himself to console his priests and incite them to submission. Even though he was wounded to the depths of his soul, he preached reconciliation and peace: never had his virtue been more heroic.

The wounds caused by the re-formation of the seminary were not yet healed when a new disaster fell upon this institution. On 15 Nov. 1701 a fire destroyed in a few hours the seminary, the chapel, and the presbytery. This was a painful trial for Bishop Laval. As he was very old, would he see his seminary standing again? The rebuilding was done with great fervour; everything but the chapel was soon restored. But scarcely was the end of the work in sight when on 1 Oct. 1705 almost all the seminary was again destroyed by fire. His Excellency, wrote Brother Houssart, “did not lose for a single moment his peace, his joy, or his tranquillity, because these accidents were not matters capable of affecting his patience and his virtue, which were far above all that.” And the humble brother added that “only the interests of God, virtue, and religion were capable of moving him,” which illustrates perfectly this bishop’s whole life.

In the middle of these harsh trials Bishop Laval had to come out of his retreat somewhat to fulfil on occasion the episcopal functions of Bishop Saint-Vallier, who had left in 1700, not to return to the colony until 1713. Monseigneur 1Ancien had, besides, always helped his bishop, without ever revealing in public his feelings on questions which were likely to set him against Saint-Vallier. In his successor’s absence he particularly insisted always upon attending services in the cathedral, to enhance them by a bishop’s presence. It was in so doing that during Holy Week of 1708 he contracted a chilblain on his heel which became worse and soon brought him to death’s door. He died on 6 May, at half past seven in the morning. His body lay in state in the cathedral.

“Immediately after his death the people canonized him, as it were,” wrote Intendant Raudot, “having had the same veneration for his body as for those of the saints, when they had come in crowds from all parts while he was exposed on his bed of state and in the church, to touch him with their chaplets and prayer-books. They even cut off pieces of his robe, which several have had enshrined in silver, and they treat them as relics.”

The funeral took place on 9 May. M. Glandelet pronounced the funeral oration. Then the first bishop of Quebec was buried under the cathedral.


It is impossible to list here in detail the thousands of documents concerning Bishop Laval’s long career; that would require an almost complete inventory of the archives of the 17th century preserved at the AAQ, the ASQ, and to a lesser degree at the AQ. Fortunately the principal documents of interest have been published in the following work: Quebecen. Beatificationis et Canonizationis Ven. Servi Dei. Francisci de Montmorency-Laval Episcopi Quebecencis (1708). Altera Nova Positio Super Virtutibus Ex Officis Critice Disposita, Typis Polyglottis Vaticanis, MCMLVI. In this are to be found, in addition to the documents drawn from the archives mentioned above, long extracts from the JJ and JR, the correspondence of the governors, intendants, and Marie de l’Incarnation, the Jug. et délib., the Mandements des évêques de Québec (Têtu et Gagnon), I, the Annales de lHôtel-Dieu de Québec by Mother Juchereau, etc., as well as the earliest biography of this bishop, Mémoires sur la vie de Mde Laval, premier évêque de Québec, by Bertrand de Latour, published in 1761, and the useful letter from Brother Houssart on the last years and death of Laval.

Studies on Bishop Laval are also numerous. All the general histories devote much space to him; we shall not list them here, contenting ourselves with mentioning the following studies. Émile Bégin, François de Laval (Québec, 1959). [Faillon], Histoire de la colonie française. Auguste Gosselin, LÉglise du Canada, I; Henri de Bernières, premier curé de Québec (Les Normands au Canada, Québec, 1902); Vie de Mgr de Laval. Rochemonteix, Les Jésuites et la N.-F. au XVIIe siècle, I, II, III. H. H. Walsh, The church in the French era (A history of the Christian church in Canada, ed. J. W. Grant, I, Toronto, 1966).

General Bibliography


SOURCE : http://www.biographi.ca/en/bio.php?id_nbr=890