Statue de saint Hermeland, Sottevast, église Saint-Hermeland.
Saint Hermeland
Abbé d'Indre -
Confesseur (+ 718)
Hermeland, Erbland ou
Herblain.
Issu d'une famille noble de Noyon dans la Picardie, il fut élevé à la cour du
roi Clotaire III. Puis il entra à l'abbaye de Saint Wandrille. Mis à la
tête d'une douzaine de moines, il fonda un foyer de prière dans l'île d'Indre,
sur la Loire, non loin de Nantes. Cette île a été submergée par les
modifications du cours du fleuve. Une localité conserve cependant sa mémoire :
Saint-Herblain-44800
Lire aussi: Saint Erbland, Abbé d'Aindre en Bretagne, sur le site internet
de la Paroisse
de Saint Hermeland et Bienheureux Jean XXIII, Eglise de Couëron,
Indre, La Chabossière et Saint Herblain.
Dans l’île d’Indre près de Nantes, vers 720, saint Hermeland (Herblain), qui
quitta la cour du roi Clotaire III pour entrer à l’abbaye de Fontenelle, et de
là fut envoyé comme premier abbé d’une fondation monastique voulue par l’évêque
de Nantes saint Pasquier.
Martyrologe romain
SOURCE : http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:Lq6RC8O4VlsJ:nominis.cef.fr/contenus/saint/858/Saint-Hermeland.html+&cd=10&hl=fr&ct=clnk&gl=ca
Saint
Hermeland ou Herblain, abbé
Natif de Noyon, Hermeland
travaille d’abord comme échanson royal à la cour de Clotaire III, puis se
retire à Fontenelle où il devient moine sous la direction de Saint-Lambert.
Après avoir été ordonné prêtre, il est envoyé avec douze autres moines sur
l’île d’Aindre, dans l’estuaire de la Loire, près de Nantes pour y fonder une
nouvelle abbaye où il mourra en 718.
Église Saint-Hermeland (Indre, Loire-Atlantique)
S. ERBLAND, Abbé d'Aindre en Bretagne - fête le 25 mars
SAINT ERBLAND naquit à Noyon, d'une famille très distinguée. Il connut de
bonne heure que la véritable noblesse ne consiste que dans la vertu. Durant le
cours de ses études, il se préserva des vices si communs parmi la jeunesse. Ses
parents l'ayant envoyé à la cour de Clotaire III, il y obtint la charge de
grand échanson. Il traversa le dessein qu'on avait de le marier, en renonçant
au siècle pour toujours. Il quitta la cour avec l'agrément du roi, et se retira
vers l'an 668, dans le monastère de Fontenelle ou de Saint Vandrille, au pays
de Caux, alors gouverné par Saint Lambert. Son noviciat fini, il fut admis à la
profession religieuse. Sa vertu extraordinaire détermina ses supérieurs à le
faire ordonner prêtre par saint Ouen, archevêque de Rouen. Il célébrait tous
les jours la messe ; et afin de s'acquitter plus dignement de cet auguste
ministère, il se rendait lui-même une hostie vivante par l'exercice de la
mortification.
Quelques temps après,
Saint Pascaire (saint Pasquier) évêque de Nantes, voulant fonder un
monastère qui répandit la bonne odeur de Jésus-Christ dans son diocèse, pria
Saint Lambert de lui donner quelques-uns de ses disciples. Le saint abbé fit
partir pour Nantes douze de ses religieux, sous la conduite de Saint Erbland.
Le prélat les reçut avec de grandes démonstrations de joie, et les conduisit
dans l'île d'Aindre, qu'il leur avait destinée . Ils y bâtirent deux églises :
l'une sous l'invocation de Saint Pierre, et l'autre sous l'invocation de saint
Paul. Pascaire en fit solennellement la dédicace, et accorda beaucoup de
privilèges aux religieux. Le roi Childebert III confirma ce nouvel
établissement et prit l'abbaye sous sa protection.
L’abbaye d'Aindre devint
bientôt célèbre par la multitude et par la vertu de ceux qui l'habitaient ; on
en tira diverses colonies pour peupler les maisons que la piété des fidèles
bâtissait de toutes parts. Le saint suffisait par sa vigilance au grand nombre
de ses occupations.. Il quittait tous les ans son monastère, pour aller passer
le carême dans l'île d'Aindrinette, qui en était à quelque distance. Il en
agissait ainsi pour se mieux disposer à célébrer la fête de Pâques. La
vieillesse ne lui fit rien relâcher de ses austérités. Tout ce qu'il accorda à
ses infirmités fut de se décharger des soins du gouvernement.
Vita Hermelandi
Présentation du texte
Ce texte fut
vraisemblablement rédigé à la fin du VIIIe
siècle, ou au début du IXe
siècle, par un hagiographe de la première génération carolingienne. Il
appartient au genre littéraire de la vita, ou vie de saint, qui a pour objet
d’offrir à la postérité, et aux fidèles, le récit des actes d’un saint destiné
à pérenniser son culte. Le poids du contexte et l’atmosphère dévotionnelle dans
laquelle baigne la vie du bienheureux nous appellent à soumettre ce type de
source à un questionnement précis et adapté. Nous reproduisons ci-après une
traduction qui nous a été aimablement proposée par M. Bruno Judic, Professeur à
l’Université
de Tours.
Le récit expose en XXX chapitres l’existence d’Hermeland,
abbé d’Indre, en livrant notamment, avec précision, les raisons ayant motivé le
choix du lieu d’implantation du sanctuaire, un rappel des qualités morales
attendues de la part des frères de la communauté monastique, un descriptif de
la vie monacale et des gestes quotidiens ainsi qu’une présentation des miracles
de guérison et de conversion attribués au saint. La rédaction de la Vita
Ermelandi puise fidèlement aux sources traditionnelles des hagiographies
du Haut
Moyen-Age : vie et pastorale de saint
Benoît et écrits de Grégoire
le Grand.
De sa lecture, il apparaît la réalité des liens tissés entre Indre et
les autres établissements de la vallée de la Loire et
au-delà le rapport filial avec l’abbaye
de Fontenelle dont le culte du fondateur Wandrille est
exercé par les compagnons d’Hermeland. D’ailleurs, l’abbaye d’Indre était
possessionnée dans l’estuaire de la Seine.
Enfin, la création du monastère d’Indre a également un caractère politique car
elle consacre la volonté des rois
mérovingiens, et de l’aristocratie gallo-franque, d’asseoir leur contrôle
de l’estuaire de la Loire face aux Bretons.
Texte original traduit
La sacrosainte mère Eglise se réjouit que les Pères éminents, prévenus par la grâce de la largesse divine, aient obtenu la palme dans le combat contre le serpent. Avec la lumière qui leur a été jusqu'alors accordée ces pères utilisaient des biens mortels ; après la fin triomphale du combat, ils jouissent sans discussion de cette lumière infiniment meilleure qui émane de la déité incirconscrite. L'Eglise a institué avec sagesse que les mémoires futures seraient guidées pour la postérité par des discours éloignés de l'éloquence séculière, sans l'ombre de la moindre flatterie, bien plus, par l'exposé d'un récit simple. Même si l'heureuse nativité [des saints] au temps de leur naissance au ciel les a séparés des regards des mortels, la récitation fréquente de la lectio permet de les représenter aux regards des fidèles qui, de cette manière, s'efforcent de tout cœur d'imiter leurs actes courageux, qui sont enrichis de leurs vertus et sont confortés dans l'humilité par les vertus mêmes qu'ils ne peuvent imiter. Ceux qui poussés par cette affection, s'appliquent à écrire la vie des saints, en recherchant la récompense et en négligeant la faute, ne peuvent, en aucune façon, faire défaut - c'est tout à fait clair pour tous les sages. C'est pourquoi, inspiré par cette longue méditation et surtout a la demande des frères, je décidais que soit livré à l'écriture de la page ce que j'ai appris par le témoignage oculaire et le rapport des frères (1) à propos des vertus du bienheureux confesseur Ermeland qui est venu depuis les bouches de la Germanie (2) jusque dans nos régions et qui a brillé de vertus resplendissantes, pour ainsi dire, tel un nouveau Benoît. J'étais cependant empêché par deux obstacles : ou bien qu'on attribuât quelque témérité à un style inerte dans la mesure où j'aborderais l'écriture des actes d'un si grand Père avec un discours plébéien, moi qui ne suis nullement maître d'un savoir privilégié (3), ou bien, alors que je serais moi-même entrainé dans quelque chemin lugubre et détourné, je m'efforcerais de montrer aux autres qu'il faut imiter la voie d'un très saint homme qui ne s'est jamais déroulée hors du droit chemin en négligeant moi-même de l'imiter. J'ai longtemps roulé mes pensées sous la poussée de cette double crainte, prostré à terre, confiant au repos les articulations fatiguées d'un paresseux désespéré de cet ouvrage. Finalement, à l'instigation et à la demande des frères, l'ouvrage que j'ai délibéré de fuir en l'abandonnant pendant longtemps (4), sous le voile de l'obéissance, malgré l'abandon de mes propres forces, mais confiant dans la miséricorde du seul Tout-Puissant, cet ouvrage que Lui m'a donné, moi, Donat (5), j'ai entrepris de l'insérer dans ces pages. Comme si j'avais les genoux fixés au sol (6), je prie tous ceux qui, sous l'estime de l'humilité, tourneraient un regard sacré pour lire cet opuscule, qu'ils ne jugent pas dignes de moins hauts éloges les actions courageuses de ce père [Ermeland] à cause d'une dictée sans art, mais qu'ils daignent se souvenir de l'auteur grossier de cet ouvrage. Que ce livre mérite d'obtenir du pieux Juge le pardon des délits et la couronne perpétuelle et que ses lecteurs méritent, à cause des prières de miséricorde, d'être enrichis de la gloire éternelle, avec la largesse du Christ.
Fin du prologue.
(1) Cf. Virgile, Enéide I, 1 : le premier qui, des rivages de Troie, s'en vint…
Début des chapitres de la vie du bienheureux confesseur Ermeland.
1. Sa naissance, son engagement dans la milice royale, sa conversion et sa conduite.
2. Son arrivée à Nantes.
3. La découverte de l'île d'Indre.
4. La construction du monastère.
5. La vision de l'âme de l'abbé Maurontus.
6. Par son signe la quantité de vin dans un vase augmente.
7. Les chenilles mises en fuite par son mérite.
8. Le petit poisson tiré du fond de la Loire par sa vertu et qui rassasia toute sa congrégation. 9. La lampe allumée par son signe.
10. La blancheur du chemin par lequel il s'avançait.
11. Le vin offert en abondance est augmenté par son mérite.
12. Le vol qu'un voleur n'a pas pu cacher en sa présence et les bœufs emportés par un autre voleur.
13. Du vin déborde de la main d'Agatheus sur son signe.
14. Il voit en esprit l'âme d'un frère de la cella de Creon.
15. La cella dans laquelle il s'enfermait par amour de la vie contemplative, et la mort de l'abbé Adalfredus.
16. L'abbé Donatus qu'il se choisit comme successeur à la direction du monastère.
17. Sa mort est prédite aux frères et sa dormition dans le Christ.
18. La translation de son corps et le parfum qui s'échappe du tombeau.
19. Un malade retrouve l'usage des pieds sur son tombeau.
20. Le boiteux guéri à son tombeau.
21. La guérison d'un sourd-muet.
22. Un homme qui avait injustement dérobé un bien du monastère.
23. Le fouet qui reste attaché a la main d'un homme et qui est détaché sur le tombeau du saint.
24. A nouveau la guérison d'un sourd-muet.
25. A nouveau un autre boiteux.
26. A nouveau le boiteux Leutbertus.
27. L'aveugle Aldefredus retrouve la lumière.
28. Un paralytique guéri.
Fin des chapitres.
Début de la vie, insigne par les vertus, du vénérable Ermeland abbé et fondateur du monastère qui est appelé Indre, dans la province de Nantes, entouré de toutes parts par la Loire.
1. Déjà par l'univers tout entier, partout, nombreux étaient les rois qui soumettaient leur cou au joug de la religion chrétienne, et la foi de la sainte Eglise, ayant repoussé l'obscurité de l'erreur, brillante de la lumière de la vérité évangélique, jouissait d'une paix tranquille dans tout le territoire soumis à Clotaire roi des Francs (1). Le vénérable Ermeland, doté dès le commencement d'une naissance de qualité, lui qui allait profiter des biens perpétuels, vint au jour temporel grâce à des parents très nobles parmi les habitants de Noviomagus (2). Ce très bienheureux, nourri des meilleurs plats de parents nobles et, comme c'est l'habitude, entouré de l'affection admirable d'une famille de noble descendance, par la provision d'une si grande générosité, imprégné de la grâce de son progrès, fut confié à ceux qui l'instruisirent dans les lettres. Il était complètement instruit avant tous les compagnons de son âge, il transcendait par la gravité des mœurs toute la pétulance enfantine et il n'offrit aucun assentiment à la volupté de la séduisante concupiscence (3). Piétinant par l'ardeur de l'esprit la lascivité de la chair, il préférait la noblesse de l'âme à la noblesse de la chair, de sorte que, dans les leçons elles-mêmes, consacré par la probité de l'âme, ce brillant enfant était jugé admirable par tous.
Ses parents voyaient qu'il était pour l'essentiel instruit dans les doctrines des lettres et qu'il était apte aux milices royales. Ils le retirèrent des leçons de l'école et l'introduisirent à la cour royale, et ils le recommandèrent au roi des Francs pour qu'il soit armé avec un grand honneur, de sorte que, par le chemin de cette milice, il parvienne à l'honneur qui était dû à ses parents. Mais l'homme de Dieu Ermeland, plaçant toute la gloire et tout le sommet de ce siècle après l'amour du Christ, désira bien plus gagner les joies durables des justes à travers les peines du siècle qui passe, que de souffrir les supplices perpétuels des injustes à travers la gloire transitoire du monde. Son saint désir fut longtemps empêché par la volonté de ses parents. En effet ce qu'eux-mêmes s'efforçaient de faire pour la gloire de sa dignité, lui-même jugeait que c'était aux dépens de son salut, en rappelant la phrase de l'apôtre qui dit : « Personne, combattant pour Dieu, ne s'implique dans les affaires séculières » (II Tim 2, 4). Et s'il n'avait pas semblé contredire la sentence de ce même apôtre où il dit : « Fils, obéissez à vos parents » (Eph. 6, 1), en aucune manière ils n'auraient pu le persuader de recevoir la milice terrestre, lui qui briguait les biens célestes. Prenant garde à ne pas être, dans une autre situation, contraire aux conseils salutaires (4), et considérant en même temps qu'il n'avait pas encore atteint la faculté d'avoir son propre jugement, faculté qu'il s'occupait à fuir en l'abandonnant en esprit, il reçut l'habit militaire malgré lui jusqu'a l'apparence corporelle. Protégé par le Seigneur, aussitôt, tandis qu'il se tenait dans la salle royale, de jeune recrue il est fait parfait soldat ; et, grâce à sa beauté, il retourna le cœur du roi et de tous les grands (optimates) en sa faveur, dans une telle mesure que le roi l'embrassa d'un très grand amour et, malgré son refus, il l'établit comme intendant de sa boisson et chef des échansons (5).
Alors que, pendant quelque temps, il accomplissait la fonction qu'on lui avait confiée de manière prudente à la satisfaction de tous, convaincu par ses parents et ses amis, il fut fiancé à la fille d'un grand (optimas) très noble, mais il ne souhaitait en aucune manière la recevoir. Il décida le jour où il s'unirait à elle dans le mariage ; et il s'activait de tout l'effort de son esprit non seulement à sortir du lien conjugal mais aussi à sortir le cou de son esprit de toute activité séculière, parce qu'il désirait le soumettre au joug léger du Christ. En effet il n'était pas un auditeur oublieux en vain des conseils du Seigneur aux oreilles du cœur. Le Seigneur a donné ce conseil salubre au genre humain en disant : « Celui qui n'abandonne pas son père ou sa mère, ses frères ou ses sœurs, sa femme ou ses enfants, ses champs et tous ses biens à cause de mon nom, n'est pas digne de moi » (cf. Mt 11, 30; Jac 1, 25) et « Celui qui veut venir après moi, qu'il se renie lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive » (Mt 19, 29; 10, 37; 16, 24). Mais en tant qu'excellent exécuteur d'une tâche plus difficile, retenant ces paroles au plus profond de son cœur, ce qu'il a entendu par l'oreille du corps, il a pris soin de l'accomplir en action selon la faculté de ses forces. Confiant dans l'inspiration divine, écartant tous les divertissements du siècle, il abandonna sa fiancée, refusa les noces, et, nu dans les activités terrestres, il saisit la croix nue du Christ (cf. Eph 6, 12), en tant qu'athlète du Christ, pour combattre contre les esprits de la méchanceté et, sur un droit chemin, les pieds fortifiés par les doctrines évangéliques, il se mit à suivre la voie royale (cf. Nb 21, 22).
Craignant que le tumulte des affaires séculières ne fasse obstacle à son projet s'il demeurait plus longtemps dans les armées des peuples, il se rendit en présence du roi et demanda avec une humble dévotion que la clémence royale lui donne une autorisation (6), de manière à ce que, ayant abandonné la milice du palais, il se livre à une communauté régulière pour combattre pour le Christ. Mais le roi l'embrassait d'une très grande dilection, il ne supportait pas d'être séparé de lui et résistait ainsi à ses grandes prières, il le persuadait de ne pas abandonner sa compagnie dans un âge aussi vert et florissant. Et alors qu'il tourmentait son esprit avec de telles considérations, le roi ne réussit pas cependant à changer son saint projet. Le saint homme persista dans ses prières, enfin la clémence du prince fut remplie de la crainte du Seigneur et le roi accorda volontiers l'autorisation qu'il avait longtemps refusée.
Le très bienheureux Ermeland sortit du palais avec la bénédiction du roi et des grands (optimates) et, il se rendit rapidement au monastère de Fontenelle ou le vénérable Lambert dirigeait en tant que père régulier des moines. Il désira en effet la conversion dans cette communauté et il obtint l'effet de ses prières par l'abbé lui-même et tous les frères. Selon la coutume de la vie monastique, il est éprouvé dans la cellule des novices (7). On le trouve si parfait et on prouva par des indices très évidents que non seulement il pouvait suivre mais encore dépasser par la probité de sa conduite non seulement les néophytes mais encore ceux qui, à un âge avancé, ont usé toute la vigueur de leur corps sous la perfection de l'habit de la vie contemplative (theorica vita). Quand son épreuve de la coutume régulière dans la cellule des novices fut achevée, il confirma le vœu de perfection par une promesse sacrée, et ayant rejeté toutes les pompes du monde, entouré par le conseil des autres compagnons, en athlète viril, suivant le chemin de toutes les vertus, n'obéissant du moins à aucune persuasion des démons même la plus petite, il foula aux pieds la tête de l'antique serpent dès le début de sa vie monastique. Autant de fois on machinait d'accumuler des tentations sur lui, autant de fois l'homme du Seigneur gagnait des triomphes sur le serpent en sautant de joie. Il était en effet illustre par la charité, dévot par la foi, sûr dans l'espérance, doux dans la patience, premier dans l'obéissance, assidu a la prière, discret dans l'abstinence, fort dans les veilles et orné de toutes les vertus de telle sorte que, parmi les autres compagnons, il brillait clairement du rayon des vertus comme l'étoile de lumière plus claire que les autres étoiles.
Le vénérable abbé Lambert comprenait cela avec une intuition sagace et il aimait celui qu'il avait reçu pour l'instruire en tant que disciple, il le vénérait comme un maître à cause de la beauté de ses vertus. Le jugeant digne par-dessus tout des saints autels, il le fit ordonner prêtre par l'évêque de ce pays, jugeant convenable qu'un homme si illustre et aussi saint soit chargé de la fonction de consécration du corps et du sang très sacrés du Christ lui qui, arraché à l'ordure de l'habit séculier comme la perle très précieuse par le Seigneur, placé parmi des compagnons observant le célibat dans un monastère, comme la lanterne sur un candélabre, brillait plus clairement que tous en suivant la vie contemplative (theorica vita). Une fois ordonné, il manifesta une si grande vigueur et une si grande affection de cette fonction, et dévoué à Dieu en offrant chaque jour l'oblation avec application, qu'il devint lui-même une hostie vivante pour Dieu par la macération de son corps.
(1) Clotaire III 657-673. W.L. (2) On ne sait s'il s'agit de Nimègue, Neumagen près de Trèves, Nijon (Vosges), Saint-Loup dans les Ardennes - ou un autre Noyon ou Nouvion. W.L. (3) Cf. Greg. M. Dial. II, prol. Au-dessus de son âge dans toutes ses manières, il ne donna rien de son âme au plaisir sensuel. Aetatem quippe moribus transiens, nulli voluptati animum dedit. W.L. (4) salutaribus monitis, cf. formule d'introduction du Notre Père dans le canon de la messe. (5) Cf. Vie de saint Bonnet (Vita Boniti) c.3 : Comme le roi l'aimait de toutes ses forces, il ordonna qu'il devienne le chef des échansons. Cumque ab eo (scil. rege) obnixe diligeretur, principem eum pincernarum esse praecepit. W.L. (6) Cf. Concile d'Orléans de 511, c.4 (MGH Conc. I, 4) : qu'aucun laïc n’ose occuper la fonction de clerc si ce n'est avec l'ordre du roi ou la volonté du juge. ut nullus saecularium ad clericatus officium praesumatur nisi aut cum regis iussione aut cum iudicis voluntate. W.L. (7) Cf. Règle de saint Benoît (Regula Benedicti) c. 58 : Ensuite qu'il soit placé dans la cellule des novices. Postea sit in cella noviciorum. W.L.
2. Son arrivée à Nantes
A cette époque donc où l'homme de Dieu Ermeland se montrait d'une si grande vertu dans le monastère, Pasquier, de pieuse mémoire, attaché à la charge pastorale, gouvernait en tant qu'évêque l'Eglise de Nantes. Un jour, il nourrissait le peuple, qui lui était confié, des mets de la vie céleste selon ce qui convient à chacun des deux degrés, car ce peuple, lié par le lien de la plus grande charité, est réparti entre les deux habits de l'ordre ecclésiastique, les clercs et les laïcs, et il exposait avec sa célèbre faconde ce qui convient à chacun des deux ordres, mais il faisait aussi mention du troisième degré, c'est à dire les moines, qui jusqu'alors semblait presque inconnu aux habitants du rivage occidental de l'Océan (1) et il montrait un degré plus parfait que les autres selon la parole même de la Vérité qui dit : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et viens, suis-moi » (Mt 19, 21). Tous aussitôt animés de l'esprit divin, à voix basse, prièrent leur évêque qui, plus que tous, brûlait de l'ardeur de ce désir, pour qu'il daigne rechercher de tous cotés des hommes de cet ordre qui mèneraient la vie de cette perfection dans leur territoire si un lieu convenable pouvait être trouvé. Ils disaient qu'ils faisaient tellement confiance à la miséricorde du Seigneur que, si des hommes de cette vie demeuraient parmi eux, ils pourraient être utiles certes pour être imités d'un petit nombre mais aussi pour intercéder pour tous les indigènes de cette terre.
Ce même évêque considéra son propre cœur et le cœur de son peuple, sous l'inspiration du Seigneur, et ne refusa pas de les écouter comme effet d'une volonté unique pour le succès de cette affaire. Il approuva certes avec compliment leurs prières et envoya rapidement des messagers résolus au vénérable abbé Lambert qui gouvernait alors le monastère de Fontenelle sous l'habit sacré de la vie monastique. A travers les messagers, il priait sa sainteté [Lambert] que, par sa largesse, son désir et celui de son peuple obtienne l'accomplissement de leurs vœux. Les messagers, munis de la bénédiction de leur évêque, sortirent de chez lui et entamèrent leur chemin sacré. Ils parvinrent facilement, sous la conduite du Seigneur, au monastère de Fontenelle. Ils sont bien reçus par les frères et on les présente au vénérable Lambert. Alors, sur l'ordre de leur père, ils lui adressent les paroles suivantes : « L'évêque Pasquier, qui aime beaucoup votre sainteté, bouillant d'une dévotion sacrée et poussé par la demande et les prières de tout le peuple qui lui est confié, désire du vœu le plus brûlant que, dans son diocèse, dans un lieu qu'il prépare pour eux, des moines mènent une vie régulière par la grâce de l'exemple et, pour le profit de la sainte Eglise, rendent une louange perpétuelle à Dieu. Apprenant en effet - car la réputation de votre sainteté a volé de long en large - que votre congrégation brille par la beauté de cette religion plus que d'autres, il prie que votre sainte largesse lui envoie des moines très religieux qui ont appris à très bien mener cette vie et à la transmettre à d'autres, pour qu'il puisse accomplir par eux ce qu'il désire ».
Quand l'abbé apprit que le prêtre de Dieu [l'évêque] brûlait d'une telle dévotion avec le peuple qui lui était confié, en premier lieu il rendit les plus grandes grâces à la Trinité toute-puissante et indivise ; ensuite, il appela le bienheureux moine Ermeland et il ordonna qu'on expose à nouveau devant lui la demande du vénérable Pasquier et enfin il donna une réponse de cette manière : « Il apparait, mes très chers fils, que les vœux de l'évêque Pasquier et de son saint troupeau respirent une très sainte dévotion comme inspirés par la divinité. Aussi pour mériter de participer à la réalisation d'un si grand vœu et bien que je me prive d'un grand soutien, je m'appliquerais à accomplir la demande présentée à notre petitesse, par l'intermédiaire de ce frère Ermeland qui m'est très cher et d'autres frères envoyés avec lui, si j'apprends, de manière certaine, qu'il a établi un monastère tel que, dans les temps futurs, les frères qui y vivent, autant qu'on peut l'éviter, ne soient troublés par aucun dommage. En effet, la vie de notre habit exige une très grande tranquillité et ne souffre en aucune manière une grande dépense, lorsqu'elle est tournée vers la contemplation des biens célestes, si elle est détournée de l'inspection des biens d'En-haut par les querelles des méchants. Si donc il a construit le monastère sur un domaine de son Eglise, dans lequel ceux que nous envoyons et d'autres divinement inspirés et provoqués par leur exemple habitent retirés du siècle, ils profiteront certes de la paix souhaitée tant qu'il est vivant. Mais, après sa mort, si le monastère demeure sous la domination de son successeur, comme nous avons découvert que cela se passe dans certains monastères, ils seront troublés par de grandes inquiétudes à cause de l'instinct de cupidité des méchants, de sorte que la nécessité les poussera à quitter ce lieu et les contraindra à divaguer errant çà et là. Mais pour moi, si une telle chose devait se produire, à moi qui envoie là-bas des moines qui me sont confiés, il m'incomberait un grand péril et, pour lui aucune part de récompense ne serait ajoutée. Mais s'il désire édifier le monastère en considérant la rétribution éternelle, je l'exhorte à ce qu'il en remette la protection aux mains du roi, et que la clémence du roi daigne faire un précepte tel qu'aucun autre pouvoir qui serait sous l'instigation de l'esprit malin n'ose s'ingérer par la violence contre ceux qui habitent le monastère en lui retirant toute occasion de domination (2). De cette manière, sous la protection de la défense royale, ils pourront interpeller la clémence du Christ pour le roi et pour tout son royaume librement dans une paix perpétuelle, sans aucun assaut des méchants ». « Ne t'attarde pas, disent-ils, ne t'attarde pas sur de telles suppositions, père. Car tu peux, d'une manière très certaine, avoir confiance dans la bonté de notre père Pasquier, parce qu'il accomplira, selon la volonté du Seigneur, toute l'affaire de cette œuvre selon l'ordre de ta bouche ».
Alors rassuré par les promesses des messagers, il dit au bienheureux Ermeland : « J'ai confiance dans ton très grand sens religieux, mon très cher fils, et bien que par ton absence corporelle il m'en coûte, de toute évidence, une très grande dépense, je veux t'envoyer au vénérable Pasquier avec douze frères pour lesquels je t'établis comme père à ma place, de sorte que, sous la dictée de ton magistère, il construise un monastère comme il le souhaite. Cependant je ne tenterai en rien d'agir dans ce domaine sans ton avis, mais je confie toute l'affaire de cette négociation à ton jugement prudent. » « Je t'en prie, dit-il, Daigne, mon père, ne pas rejeter notre volonté à ce sujet, cette volonté que j'ai livré pour le Christ à ton jugement, mais, partout où tu m'auras envoyé, j'irai avec la meilleure volonté du monde et de tout mon cœur comme si l'ordre m'en était donné par la divinité (3); ainsi que la volonté du Seigneur - et la tienne - soit faite. » Alors rempli de joie ce même père le félicita pour son excellente obéissance et dit : « Allons, mon fils, engage-toi en tant que soldat du Christ dans ce chemin favorable, entame une œuvre digne de louanges, c'est autant de moyens par lesquels toi et beaucoup d'autres mériteront d'entrer dans les royaumes des cieux. » Comme il exhortait, avec de telle paroles, Ermeland et les autres qu'il envoyait avec lui en leur recommandant principalement de maintenir et garder virilement la règle sainte, eux-mêmes et tous les frères se précipitèrent dans des embrassades mutuelles (4), se donnant l'un a l'autre le baiser de paix et ils les laissèrent partir en priant qu'ils obtiennent tous les bienfaits et en disant : « Que la grâce de la Trinité d'En-haut vous soit confiée et qu'elle dirige favorablement toutes les œuvres de vos mains et qu'elle daigne protéger et conserver le lieu de votre habitation pour le salut de nombreuses âmes dans une garde perpétuelle. »
Après avoir demandé et généreusement reçu la bénédiction, il se mit en route avec les messagers de l'évêque. Ils se hâtaient pour se présenter devant lui, priant que le Christ accorde la consolation que l'œuvre ordonnée soit accomplie pour lui, et ils parvinrent ainsi jusqu'à Nantes sous la conduite du Seigneur. Alors le bienheureux Ermeland entra dans la basilique des bienheureux Pierre et Paul avec ses compagnons dans l'intention de prier. Le vénérable évêque entendit qu'ils étaient arrivés, exultant d'une joie ineffable, il dit : « Le Seigneur s'est souvenu de moi, il daigne accomplir le vœu de mon désir (cf. I R 1, 19). » Et il courut à leur rencontre à la porte de la dite église et dit au bienheureux Ermeland : « Béni soit le Seigneur qui t'a envoyé, pour ton arrivée (cf. Gen 30, 30), c'est le Seigneur qui a dit, par la bouche du bienheureux David ce qui est bon et beau et aujourd'hui il a daigné l'accomplir en faisant que des frères habitent en un seul lieu » (cf. Ps 132,1). Comme il avait présenté à lui et à tous les siens, en les recevant comme des anges, un repas promptement servi et qu'il avait exposé à ses oreilles tout son désir, le bienheureux Ermeland récita devant lui ce que son père avait opposé aux messagers de l'évêque et leur réponse et enfin ajouta : « Et maintenant, si ta sainteté a voulu obéir au conseil de mon père, comme le Seigneur l'a attribué à notre exigüité, nous nous efforcerons d'accomplir tout ce que tu auras ordonné. Mais s'il plait autrement à votre paternité, en conservant la charité inviolée nous retournerons à notre père selon son précepte. » « Personne plus que moi, dit-il, très cher frère, ne désire établir la perfection de cette œuvre avec une fermeté perpétuelle, moi qui apparaît comme son auteur et son fondateur, et ainsi selon ta suggestion et celle de ton père et selon la promesse de nos messagers, non seulement je te confierai toi-même à la domination royale avec la cella que nous nous disposons à construire et avec tous les biens que je confirmerai ici pour le secours des frères qui y habiteront selon l'autorité canonique, et je vous ferai obtenir un précepte du roi; mais encore je prendrai soin d'accomplir très volontiers tout ce que j'aurai pu examiner avec toi de commode et d'utile pour la tranquillité perpétuelle de ce lieu. Mais toi, considère avec un prudent conseil comment réaliser selon les rites ce que je désire. » Le bienheureux Ermeland, sachant que l'âme du pontife était vide du bouillonnement de l'avarice, lui parla humblement et dit : « Que le Seigneur qui est l'inspirateur de ce vœu fasse qu'il soit accompli selon ton cœur et confirme ton conseil en bien (cf. Ps 19, 5). Et moi, après avoir reçu la trêve de votre bénédiction, je viendrai demain annoncer à vos oreilles très sacrées tout ce que j'aurai pu examiner sur ce sujet avec la volonté du Seigneur. »
3. La découverte de l'île d'Indre.
Comme, le jour suivant, l'aurore répandait sur les terres une lumière nouvelle, le bienheureux Ermeland, après avoir accompli l'office de laudes du matin, vint chez l'évêque Pasquier et lui dit : « Ordonne qu'on nous prépare une barque, dans laquelle avec mes compagnons, en ramant sur le cours de la Loire, nous puissions examiner tous ses rivages jusqu'à la mer. Et si on ne trouve pas un lieu apte pour édifier un monastère, alors nous ferons le tour à droite et à gauche de tout le territoire sous ta domination jusqu'a ce que nous trouvions un site convenable pour construire un monastère. » « A mon avis, dit ce même pontife, il ne sera pas nécessaire que vous vous fatiguiez jusqu'à la mer, car il y a des îles, distantes de trois milles de cette ville, entourées par les eaux de ce fleuve et que l'onde marine ne néglige pas de visiter en l'investissant de toutes parts trois fois par révolution d'un jour et d'une nuit. Cette onde est agitée d'un élan si vigoureux qu'elle diffuse abondamment la force de son inondation au-delà de cette ville à sept milles vers l'est en renversant le courant de la Loire en sens contraire. Quelle est la fertilité de ces îles à l'intérieur ou quelle est leur grandeur, les occupations de la charge pastorale ne m'ont pas permis de le rechercher. Lorsque ta prudence sagace les aura visitées avec plus de soin, qu'elle ne diffère pas de m'annoncer comment elles sont, si on trouve sur l'une d'elles un lieu convenable pour la construction d'un monastère. » Après avoir dit cela, il ordonna de préparer rapidement un bateau. En embarquant, l'homme du Seigneur Ermeland dit : « Toi qui fais largesse de tous les biens, toi qui as préparé le chemin pour ton peuple dans la Mer Rouge, un chemin pour qu'ils arrivent à la Terre Promise, donne moi, Seigneur, moi ton serviteur, d'avancer sur un chemin droit, pour que je parvienne par une route droite au lieu que tu as daigné préparer à tes serviteurs pour qu'ils l'habitent, et d'où ils mériteront de parvenir non pas à la promesse terrestre mais à la promesse céleste de l'éternelle félicité. » Les marins, navigant ensemble, parvinrent à l'une des îles qui dépassait les autres autour d'elle par sa grandeur.
Alors, débarqué du bateau, il commença à mesurer l'espace et il trouva vingt quatre stades pour sa longueur. Cette île, située au milieu des autres, qui l'entouraient de toutes parts par les quatre zones du ciel, s'élève par un haut sommet, elle est montueuse au milieu de sa longueur, elle voit affluer quelquefois avec abondance, à partir de l'orient, toutes les inondations de la Loire et elle voit deux fois par douze mois les grandes marées (malinae) surgissant de l'Océan à partir de l'occident (1). Ces grandes marées recouvrent quelquefois pour un moment les autres îles situées à l'orient, à l'occident et à l'aquilon, laissant seulement l'île située au midi à l'abri du flot à cause de la hauteur de sa colline, et ainsi elle montre en elle-même des lieux protégés pour l'habitation et elle offre un espace très ample pour les vignes et les jardins ainsi que pour les prés sur le pourtour. En effet un homme chargé de la masse de la fragilité corporelle ne peut y accéder sans un véhicule naval, mais il n'est pas plus possible d'accéder dans celles qui sont investies de toutes parts par les eaux. Elle était densément opaque de forêts, aussi, et à cause de certaines cachettes dans ces lieux, l'homme du Seigneur l'appela Antre [Antrum = Indre]. Et il appela Petit Antre [Antrginum = Indret] une île située au sud qui, bien que plus petite en superficie, ne différait en rien cependant par l'aspect de l'île d'Antrum. Il trouva en effet dans celle-ci un oratoire dans une très petite basilique consacrée au très bienheureux confesseur Martin (2). Mais les pasteurs de troupeaux étaient nombreux dans cette île, nourrissant leur bétail par l'abondance de ses très riches pâtures. Elle fournit aussi autour d'elle aux pêcheurs une si grande quantité de poissons venant de la Loire et de la mer - des pêcheurs qui répandent ici ses présents de plusieurs sortes en abondance selon l'ordre des saisons - de sorte que cela semble chose incroyable à entendre pour ces pêcheurs qui sondent les profondeurs des autres fleuves s'ils ne l'avaient appris de leurs propres yeux (3). C'est pourquoi les voix de la foule ne retentissent pas dans cette île, mais on entend seulement autour d'elle les mélodies de divers oiseaux parmi lesquels les cygnes citharèdes répandent les douces modulations de leur chant; elle retient tellement en elle-même le silence de la tranquillité qu'elle semble enlever profondément tout désir de désert à ceux qui désirent la vie anachorétique (4).
Comme l'homme du Seigneur Ermeland avait découvert tout cela, en partie de lui-même en partie par la relation des voisins, exultant dans le Seigneur, il dit : « Que ton nom soit béni, sainte et glorieuse Trinité, toi qui as daigné montrer a moi, ton serviteur, un lieu plus précieux et plus apte que tous les monastères dans lesquels ma petitesse s'est trouvée ! Et maintenant, je te demande, Seigneur, que tu daignes être l'édificateur de la construction de ce lieu et le gardien perpétuel pour les siècles des siècles. » Alors revenant plus rapidement vers l'évêque Pasquier, il dit : « Je l'avoue en vérité, jamais je n'ai vu un lieu si agréable et si convenable à la vie monastique comme ce que j'ai découvert aujourd'hui en visitant les deux îles. » Et comme il lui avait relaté en ordre tout ce qu'il avait trouvé, en se réjouissant dans le Seigneur ce même évêque dit : « Béni sois-tu dans le Seigneur et béni soit le Seigneur qui t'a envoyé, qui t'a montré un lieu digne à cause de sa grande miséricorde, un lieu dans lequel je puisse découvrir l'effet de mon vœu pour le salut perpétuel des âmes ! » Donc durant toute cette journée ils discutèrent l'un avec l'autre de quelle manière ils accompliraient l'œuvre prévue, ils s'encourageaient mutuellement par des discours spirituels, après les doux propos sur la vie éternelle, ils eurent égard à la fragilité humaine et prirent un repas. Alors seulement, après les louanges des hymnes, avec la bénédiction du Seigneur, ils se retirèrent pour la tranquillité du lit, ils accordèrent très peu de temps au sommeil et passèrent le reste de la nuit, sans dormir, dans les louanges de Dieu.
(1) Cf. Bède, De natura rerum c.39 : Le flux de l'Océan ne suit-il pas la lune? Et tout son cours est divisé en marées basses et en marées hautes, c'est à dire en flux mineurs et flux majeurs. Bède, De temporum ratione c. 29: Et ne décida-t-il pas d'appeler les marées croissantes malinae et les marées décroissantes ledones ? W.L. (2) Il ne peut s'agir que de saint Martin de Tours dont le culte a connu un essor considérable à l'époque mérovingienne. On peut aussi faire l'hypothèse que cette petite basilique pourrait correspondre au site d'échouage du navire qui devait ramener saint Colomban en Irlande en 610, trois quarts de siècle plus tôt. Cet échouage miraculeux, selon la Vie de saint Colomban, permit en effet à ce dernier de continuer à pérégriner dans le monde franc et jusque dans l'Italie lombarde. Colomban était un fervent dévot de saint Martin. (3) Les Annales de Saint-Serge d'Angers, année 813, reprises dans la Chronique de Nantes, éd. René Merlet, Paris 1896, qualifient la Loire autour d'Indre de ictiferus, « porteuse de poissons ». W.L. (4) Cf. Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, c.10, 4 : cette retraite était si écartée qu'elle n'avait rien à envier à la solitude d'un désert. W.L.
4. La construction du monastère.
Ils se retrouvèrent ensemble le jour suivant. Le bienheureux Ermeland dit au vénérable évêque Pasquier : « Puisque le Seigneur a déjà daigné me montrer un lieu très beau dans lequel on pourra accomplir ce que nous avons désiré, je ne veux pas ajouter des délais mais, avec ta bénédiction, je veux me retirer rapidement ici, de sorte que, muni de ton aide et de celle des autres, je puisse commencer à édifier et à construire le monastère, avec la faveur du Christ. » Et lui : « Le Créateur de toutes choses, qui a daigné accorder au cœur prudent de Salomon de construire une maison digne pour Son nom, te donnera la grâce et la bénédiction et qu'il daigne diriger toutes tes œuvres selon sa volonté ! Je ne négligerai donc pas de fournir les dépenses comme la nécessité l'exigera parce qu'elles sont urgentes, et, avec toi, nos ouvriers accompliront ce que tu auras ordonné. » Ils s'embrassèrent enfin mutuellement et se donnèrent l'un à l'autre le baiser de paix, et ainsi le bienheureux Ermeland est retourné sur l'île chérie. Après être entré sur l'île, il choisit un lieu dans lequel le monastère devait être construit de manière plus convenable, il commença à poser les fondations des maisons pour ce qui était nécessaire et suffisant aux frères et les fondations de deux églises, l'une était en l'honneur du bienheureux Pierre apôtre, l'autre en l'honneur du bienheureux Paul apôtre, il les acheva en un temps bref avec toutes les clôtures du monastère, sous la protection du Seigneur. Comme il avait achevé plus rapidement son œuvre, avec le renfort et l'aide de plusieurs paysans de cette terre, ce même évêque vint là-bas pour la dédicace avec ses chanoines, et, avec le consentement de tous, il fit un privilège pour le bienheureux Ermeland et ses moines concernant ce monastère, comme il l'avait promis à l'origine, de sorte qu'aucun de ses successeurs ne tente d'usurper quoique ce soit, sous prétexte de juridiction, dans ce monastère ou sur les biens que lui-même ou d'autres, saisis par l'amour divin, avaient fourni ici-même pour le luminaire ou les subsides des frères. Et alors enfin, conduisant avec lui le bienheureux Ermeland à la cour royale, il le remit aux mains du roi Childebert (1) avec le monastère et les moines pour qu'ils soient protégés par le roi. Sous le regard de la rétribution éternelle, ce même roi des Francs fit alors son précepte pour le bienheureux Ermeland sur le monastère et ses biens, de sorte qu'aucune domination d'un autre pouvoir ne présume de s'ingérer pour inquiéter les moines établis dans ce monastère, mais que, sous la protection royale perpétuelle, ils prient, en confiance, librement, détachés de toute entrave, en paix, la clémence du Christ pour lui-même et pour son royaume.
(1) Childebert III qui a régné de 694/5 a 711. W.L.
5. La vision de l'âme de l'abbé Maurontus.
Une nuit, le très bienheureux Ermeland se tenait sans sommeil dans son oratoire habituel et veillait en passant toute la nuit dans la basilique du bienheureux Pierre apôtre pour apercevoir le royaume céleste par la grâce de la contemplation. C'est alors qu'il vit l'âme du vénérable Maurontus, abbé du monastère de saint Florent, qui est appelé Glanna et qui est éloigné de trente milles pas de son propre monastère (1). La très bienheureuse âme, libérée du lien du corps, était emportée par les anges vers le trône éthéré (2). Il demeura longtemps dans l'observation attentive de cette âme, puis il donna un signe et il ordonna aux frères assemblés en communauté, avec la plus grande affection et charité, qu'ils recommandent le décès de cet abbé en priant le Seigneur. Ils accomplirent les ordres du saint père avec une prompte obéissance et confièrent à Dieu des prières en abondance pour l'âme de Maurontus (3). Cependant tous commencèrent à s'étonner, alors que les monastères étaient séparés l'un de l'autre d'un si grand intervalle de terres, comment l'homme de Dieu avait pu voir l'âme libérée du lien du corps de cet abbé. Mais pour qu'aucun doute ne demeure dans leurs esprits, le jour suivant ils décidèrent d'envoyer là-bas un investigateur qui rechercherait plus rapidement la cause de cette affaire. Or les frères du monastère de saint Florent prirent les devants, leur enlevèrent la peine de leur voyage et leur annoncèrent leur deuil à cause du décès du père Maurontus. Et ces frères, compatissant par une grande affection d'âme à ceux qui étaient comme eux placés dans la douleur, leur apportaient des paroles de consolation et commencèrent à nouveau à raconter les circonstances de l'heure du décès de leur père. Or ils apprirent par leur relation qu'il était mort à l'heure même et au moment même où le bienheureux Ermeland avait indiqué son décès aux frères. (1) Le monastère de Saint-Florent du Mont Glonne correspond au site actuel de Saint-Florent-le-Vieil. Dévasté par les Bretons puis par les Normands au milieu du IXe siècle, le site a été abandonné et les reliques de saint Florent transportées en amont à proximité de la future ville de Saumur. (2) Cf. Greg. M., Dial. II, 35 : saint Benoît a la vision de l'âme de Germain de Capoue. W.L. (3) La mort de Mauronte abbé du Mont Glonne est placée le V des ides de janvier (9 janvier) dans d'anciens martyrologes. W.L.
6. Par son signe la
quantité de vin dans un vase augmente.
Un jour, alors que le saint cheminait par obligation à travers le pagus de
Nantes avec quelques frères, il rencontra Arnaldus, un homme riche selon la
dignité du siècle, escorté d'une troupe de petits clients. L'homme de Dieu
l'instruisit longtemps de paroles spirituelles à partir de l'autorité des
écritures divines. Après l'enseignement de la parole, il dit à un frère :
« Parce que nous avons servi une boisson spirituelle à cet homme illustre
en fonction de notre intelligence, avec la suggestion de la charité, prenons
aussi néanmoins en même temps une boisson corporelle. » Celui-ci répondit
qu'il n'y avait plus de vin dans leurs bagages, sinon dans un très petit flacon
accroché à la selle du cheval et qui ne contenait pas plus qu'une hémine de vin
[env. un quart de litre]. Mais l'homme de Dieu ordonna qu'on l'apporte, il
était confiant et plein de la foi de celui qui, en distribuant cinq pains parmi
cinq mille hommes, les multiplia. En effet, par la puissance divine, après que
tous furent abondamment rassasiés, il resta plus de restes que le poids entier
avant le partage par les apôtres dans la foule (cf. Mt 14, 17s). L'homme de
Dieu traça et montra le signe de la croix et ordonna qu'on en distribue à
Arnaldus et à tout son entourage. Et alors qu'il en avait distribué à tous et
que tous, avec action de grâces, après distribution, buvaient chacun un plein
calice, le vin avait augmenté par le mérite d'un si grand prêtre bien qu'on
l'ait réparti à partir d'un si petit flacon (1). En témoignage de ce miracle,
le flacon lui-même est conservé dans son monastère. Aucun fidèle, à mon avis,
ne doute qu'il a imité, dans ce miracle, la vertu d'Elie, parce que, comme lui
avec de l'huile, il a fait croître du vin dans un vase par la vertu de la croix
du Christ (cf. III R 17, 16).
(1) Cf. Greg. M., Dial. I, 9. W.L.
7. Les chenilles mises en fuite par son mérite.
Le bienheureux Ermeland s'asseyait parfois sous un arbre à côté de l'oratoire
du bienheureux martyr Léger dans son monastère, et, comme d'habitude, il lisait
avec attention. Mais des chenilles, qui dévastaient les feuilles et les fruits
de l'arbre, tombaient fréquemment sur le livre qu'il était en train de lire et
l'empêchaient ainsi de continuer la lecture, ce que lui-même, comme il était
très doux, tolérait avec la plus grande patience. Un frère, voyant cela,
commença à les écraser de ses pieds. Mais lui l'interdit en disant :
« Je te le demande, frère, ne cherche pas à enlever ces chenilles qui ont
été apportées par le jugement divin. » La vertu divine daigna récompenser
sa patience et elle enleva les chenilles qui dévoraient l'arbre depuis
longtemps, de sorte que, la nuit suivante, pas même une d'entre elles ne
subsistait (1). En effet, dans cette vertu, il semble associé à Moïse, car, de
même que, par sa prière, le Seigneur a détaché le peuple sacrilège des
Egyptiens du fléau dévastateur des sauterelles, de même, par le mérite
d'Ermeland, l'arbre est libéré des chenilles.
(1) Cf. Greg. M., Dial. I, 9: L'évêque Boniface de Ferentino chasse les
chenilles de son jardin. W.L.
8. Le petit poisson tiré du fond de la Loire par sa vertu et qui rassasia toute
la communauté.
Ce serviteur de Dieu avait cette habitude: pendant le temps du Carême, pour
éviter la fréquentation de nombreux citoyens qui confluaient de partout vers
son monastère avec des offrandes pour le visiter lui et ses frères, il gagnait
Indret et là, avec un petit nombre de frères, il soumettait son corps à la
macération d'une très grande contrition et abstinence. Il méritait ainsi
d'apparaître comme une hostie très agréable pour Dieu lors de la solennité
pascale. Un jour, il arriva que, fatigué par la pratique des veilles et des
prières, alors qu'il marchait à l'air pour se détendre et qu'il s'était assis
brièvement sur le rivage, quelqu'un dit que l'évêque de Nantes avait eu un
poisson qu'on appelle vulgairement naupreda (1). Le prêtre de Dieu Ermeland lui
dit : « Qu'est-ce que ça peut bien faire, frère ? (cf. Philém 8)
Est-ce que la main du Tout-Puissant est invalide pour nous fournir, à nous
comme à lui, un poisson de ce genre, selon sa volonté ? » L'homme du
Seigneur avait à peine achevé ces paroles (2), et voilà ! Par la vertu
divine un poisson de ce genre venu du fond de la Loire se dressait au milieu du
fleuve et nageait sur les ondes d'un mouvement rapide, il se posa dans le sable
sec devant les pieds du saint homme. Alors, sachant que c'était un présent qui
lui était divinement offert, il ordonna qu'on se lève avec des actions de
grâces et dit à l'un des frères : « Prends ceci, mon fils, et
divise-le en trois parties, retiens l'une des trois pour notre repas et envoie
les deux autres parts aux frères dans le monastère ». Quand cela fut fait,
il s'ensuivit aussitôt une chose admirable. Car, par le mérite d'un si grand
homme, tous les frères, aussi bien ceux qui étaient avec lui que ceux qui
étaient restés dans le monastère - et leur nombre n'était pas petit - furent
rassasiés de ce poisson si petit comme si on leur avait distribué une multitude
de poissons. C'est donc tout à fait clair : cet homme a été plein de l'amour
de celui-là même assurément qui a nourri quinze mille hommes dans un lieu
désert avec cinq pains et deux poissons (cf. Mt 14, 20). Ermeland, conforté par
la protection du Christ, a rassasié d'un petit poisson la sainte congrégation
de son monastère (3).
(1) Cf. Polemius Silvius dans MGH Auctores Antiquissimi IX, 544, 10. W.L. (2)
Cf. Saint Jérôme, Vita Pauli c. 8. W.L. (3) Cf. Vita Boniti c.20 : miracle
semblable d'un poisson sorti de la Saône. W.L.
9. La lampe allumée par son signe.
Cet homme du Seigneur était prévoyant avec une très grande discrétion et
considérait avec un égal équilibre son propre soin et celui de ceux qui lui
étaient confiés. De cette manière, en considérant sa propre sauvegarde, il ne
négligeait pas de fournir complètement ce qui est nécessaire aux frères et, à
l'inverse, en considérant les revenus terrestres grâce auxquels les frères
étaient alimentés, il ne négligeait pas d'abandonner sa propre sauvegarde pour
regarder tout autour de lui. En effet, pendant les heures du jour, il
fournissait de manière prévoyante ce qui est nécessaire aux frères, ensuite,
pendant les heures de la nuit, il cédait un peu au sommeil bien plus à cause de
l'humaine nécessité que par amour d'un repos même modeste, et il passait le
reste du temps de la nuit à la recherche de la contemplation. Il guettait de
tout l'effort de son esprit les réalités célestes en priant et en psalmodiant.
Une nuit, alors qu'il faisait le tour des basiliques de son monastère de
manière attentive à cause de la prière, il ordonna à un frère de récupérer dans
l'une d'elles une lumière éteinte. Comme il l'apportait avec lui, dans la main
du frère, à cause d'un fort coup de vent, la lampe est éteinte. Et comme ce
même frère, pour pouvoir l'allumer à nouveau, commençait à marcher rapidement
(1), l'homme du Seigneur lui fit signe de s'arrêter, et, étendant la main, il
traça un signe de croix et, avec l'aide du Christ, il restaura la lumière
perdue à cause de l'obscurité des ténèbres. Ensuite, les coups de vent se
firent de plus en plus forts, mais la lumière donnée divinement et qui n'était
recouverte d'aucune protection pour la défendre, fut apportée sans être éteinte
et bien ferme jusqu'au lieu où on la déposa.
(1) Cf. Greg. M., Dial. I, 10. W.L.
10. La blancheur du chemin sur lequel il s'avançait.
L'homme du Seigneur, par les exercices continuels des vertus, s'avançait vers
les hauteurs et il s'efforçait par des progrès quotidiens d'acquérir la
blancheur de la pureté. Une nuit, à Indret, là où, au temps de Carême, il avait
l'habitude de se livrer aux macérations d'une rigoureuse abstinence, alors
qu'il marchait dans l'oratoire de Saint-Aignan, le chemin sur lequel il
s'avançait devint subitement plus blanc que le reste du sol et le lieu, dans
lequel il avait l'habitude de prier constamment, est inondé d'une telle
blancheur que, jusqu'à maintenant, il apparaît clairement à tous ceux qui y
entrent par quelle pureté de prière le cœur du très saint confesseur a été
clarifié.
11. Le vin offert en abondance est augmenté par son mérite.
Dans les régions occidentales la réputation de sa sainteté avait augmentée en
s'étalant de long en large (1), elle ne renonça pas à visiter aussi les régions
de l'Aquilon. Un jour, dans le pagus du Cotentin, comme il inspectait les biens
du monastère pour raison de nécessité, un noble de cette province du nom de
Launus appela l'homme du Seigneur avec ses disciples pour le repas. Et lui,
comme il avait l'âme douce, la parole affable, le visage serein, ne refusa pas
sa demande mais, ayant donné sa bénédiction, entra dans la maison de cet homme.
Dans cette région on ne produit pas de vin, aussi l'homme susdit, Launus,
n'avait qu'un peu de vin, pas plus qu'une flasque contenant, à mon avis, quatre
mesures. Il se réjouissait parce qu'il avait mérité de recevoir dans sa maison
l'homme du Seigneur. Ayant convoqué la foule de ses amis, il ordonna
joyeusement qu'on distribue abondamment de ce même vin à tous avec les pauvres
et les pèlerins qui viendraient en plus. Par une disposition admirable du
Tout-Puissant, tous ayant bu en abondance, le vin augmenta dans cette même
flasque de sorte que, à la place de ce qu'on avait enlevé, elle remplit jusqu'à
déborder cette même flasque qui avait été presque vidée. Cette affaire demeura
ce jour-là protégée par le silence, mais le lendemain elle fut divulguée dans
toute cette région de sorte que tous ceux qui habitaient là l'apprirent: cet
homme avait été d'une si grande sainteté que si quelqu'un lui fournissait sur
ses possessions quelque chose pour la faire bénir, ce bien ne subissait le tort
d'aucune diminution et même acquerrait ici aussi dans le présent les profits de
l'augmentation en conservant la récompense éternelle. C'est pourquoi l'homme du
Seigneur, après avoir pris un repas dans sa propre maison qui est dans la villa
dite Oglanda (2) rentra au monastère. Mais Launus, la veille de son départ,
demanda à sa femme si, du moins, il restait encore un peu de vin, pour pouvoir
l'envoyer à l'homme de Dieu en guise de bénédiction. Quand celle-ci eut examiné
avec plus d'attention le récipient, elle n'y découvrit aucune diminution mais
au contraire par augmentation il était presque plein; ce qu'elle s'appliqua à
annoncer à son mari. Alors Launus, avec des offrandes, offrit au saint homme la
bénédiction de ce même vin et il indiqua quelle grande grâce le Seigneur lui
avait accordé par les mérites d'Ermeland. En entendant cela, l'homme du
Seigneur, refusant les flatteries, ordonna de cacher cet évènement sous le
silence, en disant : « Je te le demande, n'attribue pas à mes mérites
ce miracle que le Seigneur a daigné conférer à ta largesse à cause des dépenses
pour les pauvres. » En revanche Launus attribuait ce fait au seul mérite
de la vertu d'Ermeland et avouait qu'il n'avait pas eu connaissance de cette
vertu (3). Une amicale rivalité d'humilité mutuelle s'est ainsi élevée entre
eux; mais pour tous les fidèles, il apparaît clairement que ce miracle a eu
lieu par le mérite du saint prêtre, parce qu'il avait adhéré de tout son cœur à
Celui qui à Cana a changé l'eau en vin (cf. Jn 2, 9).
(1) Cf. Greg. M., Dial. I, 5. W.L. (2) Orglandes, canton de
Saint-Sauveur-le-Vicomte, Manche. W.L. (3) Cf. Greg. M., Dial. II, 7. W.L.
12. Le vol qu'un voleur n'a pas pu cacher en sa présence et les bœufs emportés
par un autre voleur.
L'ennemi de tous les gens de bien, l'ennemi infesté de fourberie et de
tromperie qui s'occupe de dresser des obstacles par ruse, constatait que
l'homme de Dieu est puissant par ses vertus et il ne pouvait faire tomber son
âme dans aucun instinct de tentation même le plus petit et dans aucune fosse de
la tromperie. Par l'intermédiaire de ceux qu'il a pu tromper et qui n'étaient
fortifiés d'aucune autorité de la raison, il a commencé à susciter la peine et
l'inquiétude pour l'homme de Dieu, de telle manière que, s'il ne pouvait
renverser complètement la maison fermement établie sur la pierre (cf. Mt 7,
25), du moins il considère comme un profit pour lui-même le fait d'avoir pu le
perturber de façon ponctuelle. Un jour, poussé par le crime de la cupidité, un
paysan arracha un flacon qui dépassait de la selle de l'homme de Dieu et
l'enfouit dans sa poitrine. Aussitôt s'ensuivit la vengeance divine qui frappe
par des blessures présentes de telle sorte qu'elle libère des blessures
futures. Ce même paysan, contraint par des douleurs, comme s'il était brûlé par
des flammes, commença à crier en se lamentant : « Viens à mon
secours, saint Ermeland, j'ai fait l'effort de t'enlever quelque chose par un
petit vol et, à cause de cela, je suis puni de peines inestimables. » Et
disant cela, il jeta en plein milieu de l'assistance l'objet volé qui était
caché dans sa poitrine (1). Cet objet est demeuré jusqu'à présent en
témoignage, accroché dans l'oratoire du bienheureux Pierre dans la cella
d’Oglenda où cela avait eu lieu. L'homme du Seigneur détacha par la prière
celui qui était attaché par le crime, il le restaura en lui donnant des
aliments à satiété, puis il lui conseilla de ne pas offrir ultérieurement de
consentement aux persuasions du séducteur, et il lui permit de se détacher de
lui en partant libre.
A nouveau un autre voleur, corrompu par ce même esprit de l'avarice, s'empara,
en les arrachant par vol, de bœufs qui servaient normalement à tirer des
chariots chargés de bois pour l'usage de l'homme de Dieu. L'homme de Dieu
comprit qu'il avait été privé de l'usage de ses animaux par la ruse de l'ennemi
et supporta patiemment le dommage. Il recourut aux armes habituelles de la
prière et pria le Seigneur pour que les animaux lui soient rendus. La force de
sa prière a pu l'obtenir auprès de Dieu : pendant toute la nuit, ce voleur
s'efforça de conduire les bœufs dans une région éloignée, mais au matin,
fatigué par une trop grande lassitude, il restitua devant la porte de l'homme
de Dieu ces mêmes bœufs qu'il avait peiné à enlever. Et l'homme du Seigneur
reçut avec joie (2) ce que l'esprit malin avait cherché à enlever, puisque le
Seigneur le restituait. Et, parlant doucement au voleur, il lui rendit la grâce
de l'humanité contre l'accusation de vol, mais il conseilla surtout de ne pas
être soumis ultérieurement aux persuasions de l'ennemi fourbe, de crainte
d'encourir les jugements publics et d'être brûlé par les flammes éternelles, et
en le conseillant ainsi, il lui permit de partir libre.
(1) Cf. Vita Filiberti c. 12. W.L. (2) L'expression ovans recepit se trouve
plusieurs fois chez Jonas de Bobbio, auteur de vies de saints au milieu du VIIe
siècle, en particulier la Vie de saint Colomban, cf. S.R.Mer. IV, p. 810. W.L.
13. Du vin déborde de la main d'Agatheus sur son signe.
Aux temps de ce saint homme, il y avait un homme célèbre du nom d'Agatheus, il
était comte de deux villes à la fois, Nantes et Rennes, et il occupait la
fonction épiscopale dans ces mêmes villes. Il rendit visite à l'île d'Indre
pour la prière et pour parler avec l'homme de Dieu. Il est bien reçu par
celui-ci. Une fois la prière achevée, l'homme de Dieu lui reprochait ses actes
et l'instruisait de saints conseils, il l'exhortait à prendre le chemin d'une
vie meilleure. Après les paroles de la prédication, il lui montra la grâce de
l'humanité (1), il le conduisit avec lui dans le réfectoire et ordonna de lui
donner un calice de vin pur. Comme il en avait bu la moitié et qu'il voulait
rendre le calice au frère qui l'avait apporté, le prêtre de Dieu, qui buvait
encore, l'encouragea et, levant à nouveau la main droite, il marqua le signe de
la croix sur le calice pour la seconde fois. Il n'avait pas encore retiré la
main et voilà que, subitement, le calice est rempli de telle sorte que,
débordant d'abondance, le vin se répandait sur le bras de l'homme. Alors
Agatheus s'estima indigne d'être assis avec un si grand prêtre, avec
empressement il tomba en tremblant à ses pieds, en lui demandant d'intervenir
pour ses erreurs. Ainsi c'est aussi par un miracle extérieur du saint homme, à propos
duquel Agatheus doutait auparavant en infidèle, qu'il est forcé de reconnaître
la sainteté de l'âme. Mais comme Agatheus lui-même était entraîné jusqu'à des
mœurs dissolues, se trouvait accomplie la sentence du saint homme qui
dit : « les signes ne sont pas donnés aux fidèles, mais aux
infidèles » (I Cor 14, 22). La providence de Dieu manifeste
l'accomplissement d'un miracle de telle sorte que l'esprit brutal, qui n'était
pas réchauffé par le feu de la prédication, soit forcé de se livrer à la correction
même par l'angoisse frappante de la peur devant le miracle. En effet à partir
de cette époque il apparut moins cruel.
(1) Cf. Regula Benedicti c. 53 sur la réception des hôtes. W.L.
14. Au sujet de l'âme d'un frère qu'il a vue en esprit dans la cella de Creon.
Comme, à ce moment-là, ce père faisait le tour des possessions de son monastère
pour des raisons utilitaires, il arriva à la villa de Pauliacum (1). Et comme
il avait tout disposé selon la mesure d'une juste nécessité, à la fin de la
journée il se confiait comme à son habitude aux exercices des veilles pour le
soir. Méditant avant tout dans l'ardeur divine de la contemplation, il passait
une nuit sans sommeil. Alors qu'il persistait longtemps dans la pointe de la
contemplation et qu'il soulevait les yeux du cœur jusqu'aux hauteurs, il vit,
dans les régions de l'Aquitaine, dans sa cella qui lui avait été cédée par le
moyen de chartes généreuses - elle s'appelle Creon et est distante de ce lieu
de LXXX milles (2) -, l'âme d'un moine vénérable qui avait été instruit par ses
enseignements et qu'il avait placé à cet endroit pour superviser cette même
cella et une autre appelée Colon. Il vit cette âme quittant le corps et portée
par l'assistance des anges pénétrer les régions célestes (3). Et il fit aussitôt
un signe et annonça aux frères qui habitaient avec lui le décès de ce moine et
il leur conseilla qu'ils recommandent sa mort en priant le Seigneur. Donc les
frères, croyant dans sa sainteté, accomplissent les ordres, cependant certains
parmi les enfants disaient en se moquant que l'homme du Seigneur ayant déjà
longtemps vécu perdait la tête à cause de la vieillesse. Mais le saint homme
était attaché au Seigneur par cet esprit par lequel il avait pu voir plus
longtemps l'âme détachée des liens du corps, aussi fut-il capable de percevoir
non seulement ce que disaient les enfants mais aussi de pénétrer leurs pensées.
En effet il se dressa contre leur défiance et il affirmait avec la plus grande
certitude que l'âme du frère, libérée des affaires humaines, avait obtenu le
saint repos dans le royaume du Christ. Après cette vision, des messagers,
portant la nouvelle de la mort du frère depuis cette même cella, annoncèrent et
affirmèrent en vérité qu'il était bien mort à cette heure même et à cet instant
même au cours duquel saint Ermeland avait indiqué sa mort aux frères.
(1) Aujourd'hui Pouillé, arr. et canton d'Ancenis, Loire-Atlantique. W.L. (2)
Aujourd'hui Craon, canton de Moncontour, arr. de Loudun, Vienne. W.L. (3) Cf.
Greg. M., Dial. II, 34 : saint Benoit voit l'âme de sa sœur pénétrant le
ciel. W.L.
15. La cella dans laquelle il s'enfermait par amour de la vie contemplative, et
la mort de l'abbé Adalfredus.
Donc le bienheureux Ermeland ne cessait pas d'augmenter ses activités pour les
profits quotidiens des vertus, activités par lesquelles il gagnerait les
récompenses éternelles, tout en vaquant aux nécessités de service des frères
qui lui étaient confiés. Il ne lui plaisait pas de vivre comme c'est la coutume
de certains vétérans qui se laissent aller avec négligence à la faiblesse de
l'âge sénile. Mais avec l'avancement de l'âge, il s'appliqua à augmenter par la
rigueur de son comportement tout ce qui pouvait servir à la vertu. Il jugeait
que ce n'était pas une petite dépense s'il n'ajoutait pas chaque jour à ses
exercices quelque chose relevant de la vertu. En effet, lorsqu'il parvint à
l'âge de la vieillesse, il construisit un petit oratoire en l'honneur du martyr
saint Léger près de la porte orientale du monastère, dans lequel, ayant
abandonné la direction de la charge pastorale qu'il avait tenu longtemps non
par le faste de l'ambition mais par l'occasion de la nécessité, il vaquait
librement aux activités contemplatives pour le seul Seigneur (1). Il donna aux
frères la licence de substituer à sa place un père pour le remplacer, lui-même
se retira dans la solitude détaché non seulement de toute inquiétude pour le
superflu mais encore, pour autant que la fragilité humaine le permettait, de
tout souci même pour ce qui est nécessaire. Ayant donc abandonné la charge du
monastère par autorisation du roi sans la volonté des frères, qui ont pleuré
pendant longtemps d'être privé de lui, il se retira dans la dite cella avec
quatre frères assoiffés de ce même vœu pour servir les contemplations célestes.
Les frères élirent pour eux-mêmes un abbé du nom d'Adalfredus avec l'accord
d'un précepte royal. Le bienheureux Ermeland, cédant à un jugement divin,
refusa de prendre part à cette élection. Donc Adalfredus, trompé par un esprit
malin, convertit le droit de la paternité en tyrannie de la cruauté. En effet,
abandonnant ce qui est nécessaire aux frères, il commença à se livrer à des
commerces superflus, et détourné par un juste jugement des affaires
intérieures, il se consacra par erreur aux seules affaires extérieures. Il
commença donc à édifier pour lui-même une aula [salle de réception], il ne se
contentait pas du nécessaire mais il s'efforça de dépasser la mesure convenable
par le faste de l'orgueil. Ayant appris cela, alors qu'il le corrigeait de
plusieurs de ses erreurs, le bienheureux Ermeland entre autres choses
dit : « Pourquoi, frère, négliges-tu les profits des âmes et les
besoins des frères et t'occupes-tu de choses superflues ? Est-ce que les
maisons construites ici ne sont pas suffisantes pour que toi et les frères vous
y habitiez ? Considère en toutes choses mes paroles : sois satisfait
de celles-ci parce que tu ne construiras pas d'autres maisons dans ce
lieu ! » L'homme du Seigneur disait cela sous l'inspiration
prophétique de l'esprit, sachant que la punition divine était imminente et
qu'elle mettrait un terme, cette même année, à ses iniquités. Mais Adalfredus,
aveuglé en esprit, méprisa dédaigneusement les paroles de l'homme de Dieu. Il
infligea aux frères une cruelle pénurie d'aliments, et même il ordonna
d'enlever la nourriture à ceux qui étaient avec saint Ermeland.
(1) Cf. Greg. M., Dial. I, 8 : désirant être occupé à Dieu seul. W.L.
Après la mort de l'abbé Adalfredus, les frères rassemblés en communauté implorèrent le bienheureux Ermeland par des prières de soumission, ils lui disaient : « Nous prions ta Sainteté, Père très bon, parce que tu avais préféré nous laisser privés de ta présence. Ne permets pas que nous nous trompions comme la dernière fois dans l'élection de l'abbé. Mais choisis pour nous un père digne aux yeux de Dieu, qui puisse nous enseigner la voie du Seigneur selon ton exemple. » C'est pourquoi, fléchi par leurs prières, il ordonna qu'on choisisse l'un des frères que lui-même avait nourri dans les bonnes actions en l'instruisant dans les disciplines divines, il s'appelait Donatus. Avec la volonté de tous, en l'ordonnant abbé et en le plaçant a la tête des frères, il lui enseigna comment il devait se montrer soigneux et diligent pour administrer les affaires spirituelles et temporelles. Et ce dernier, suivant les conseils du Maître, fort de l'aide du Christ, soutenu par l'intercession du Maître, plein de la grâce de l'humilité et de la charité, dirigea le monastère avec éloges jusqu'à la fin de sa vie. Mais il a obtenu cette grâce par le mérite de celui qui l'avait choisi pour être dirigeant.
17. Sa mort est prédite aux frères et sa dormition dans le Christ.
Jusqu'à présent à propos de la vie de ce juste, même si nous avons oublié plusieurs faits et que nous n'en avons rapporté qu'un petit nombre, nous avons exposé dans notre livre les vertus que le Seigneur a daigné opérer à travers lui. Maintenant je m'apprête à écrire à propos de sa mort, par laquelle il a franchi l'accès au royaume céleste. Donc, après avoir converti plusieurs personnes d'une vie dépravée à la foi du Christ, après avoir rendu la santé à de nombreux malades par ses prières, des malades qui affluaient de toutes parts à cause de sa réputation de sainteté quand il vivait reclus des jours entiers dans sa cellule, occupé à Dieu seul, comme déjà sa vieillesse pleine d'éloges brillait d'une si grande grâce de vertus qu'on ne croyait pouvoir y ajouter aucune perfection, par l'esprit de prophétie par lequel il prévoyait habituellement beaucoup d'évènements à venir, il connut à l'avance son propre décès sacré. A l'avance il prédit pour certains frères le jour exact de son départ. Les frères avaient fréquemment fait l'expérience de son don de prophétie et, en tant que serviteurs de Dieu, ils accordèrent une confiance certaine à ses dires. Ce jour-là, pour lequel il avait prédit le détachement de son corps, les frères se rassemblèrent et implorèrent sa sainteté: de même qu'il avait été leur maître de justice sur la terre, de même qu'il daigne être dans les cieux le patron perpétuel de l'intercession. Alors qu'il les avait tous conseillé un par un pour qu'ils persévèrent dans leur saint objectif, muni du sacrement du corps et du sang du Seigneur, épuisé par une vieillesse prolongée, l'assemblage de ses membres fut distendu, en soupirant il recommanda son esprit au Seigneur. Ainsi alors que ses disciples pleuraient et que chantaient les anges avec les chœurs des vierges dans le collège desquels il demeure vierge par l'esprit et le corps, heureux, comme s'il dormait d'un profond sommeil, au milieu des paroles de l'oraison, le bienheureux confesseur du Christ, abandonnant son corps inanimé au milieu des frères, indifférent à la douleur de la mort comme il avait été étranger au contact de la débauche, partit vers le Christ (1), avec lequel, couronné d'une gloire perpétuelle, il exulte dans les siècles des siècles. Amen.
(1) Cf. Vita Leobini, c. 25, 83 (Auct. Antiq. IV, 2, p. 81), Vita composée au IXe siècle. Ermeland est mort un 25 mars, cf. infra c. 28. W.L.
18. La translation de son corps et le parfum qui s'échappe de son tombeau.
Les funérailles du saint homme furent accomplies avec révérence par les frères qui déposèrent ses saints membres, avec tout l'honneur dû, pour la sépulture dans la basilique du bienheureux apôtre Paul près de l'oratoire de Saint-Wandrille dans l'abside méridionale. Et le Seigneur, pour montrer combien avait été grande la grâce de son amour chez le bienheureux Ermeland, daigna opérer la guérison du salut pour ceux qui souffraient de nombreuses et diverses maladies et de dépérissement et qui venaient jusqu'à son tombeau. Ce tombeau resplendit à cet endroit pendant de nombreuses années par des vertus miraculeuses, puis une nuit, une voix parvint au vénérable Sadrevertus, moine de ce monastère, et lui disait : « Va, lorsque viendra le jour, et dis à ton abbé qu'il transfère le corps du bienheureux confesseur Ermeland depuis l'oratoire de Saint-Wandrille vers la basilique du bienheureux Pierre apôtre et qu'il le dépose là avec le plus grand honneur le long de l'autel. » Le père du monastère entendit ce message venant de la part d'un homme qu'il aimait d'un très grand amour à cause du mérite de sa sainteté et il fut rempli d'une très grande joie. Avec des hymnes de louanges, il éleva les membres du très bienheureux confesseur depuis le tombeau dans lequel ils gisaient et, avec les frères, les porta là où on lui avait commandé. Des chœurs de chanteurs les précédaient avec des encensoirs et des lampes. Ils tournaient autour de la clôture du monastère avec le précieux trésor qu'ils portaient. Quand ils arrivèrent devant la porte du réfectoire, le brancard dans lequel le corps du très bienheureux confesseur était porté, comme chargé d'une immense masse de pierres, commença à devenir plus lourd entre les mains des porteurs. Ils sont contraints de le poser à terre et ils ne peuvent plus le lever ni les porteurs ni même tous ceux qui s'étaient assemblés tout autour. Tous se trouvèrent alors bouleversés de stupeur et d'admiration. Ils commencèrent à chercher ce que le bienheureux confesseur voulait montrer par ce prodige. Ils priaient le Seigneur pour que la translation ne soit pas retardée plus longtemps jusqu'à l'endroit prévu. L'oraison achevée, le vénérable abbé David dit : « Puisque l'office de la messe est déjà achevé, je considère que le très bienheureux Ermeland, selon la tendance habituelle de sa miséricorde, veut que nous entrions dans le réfectoire et que, pour la peine endurée à le transporter et en vénération de sa sainteté, nous buvions chacun une coupe de boisson (1). » Lorsque cela fut accompli, ils recommencèrent à tirer le sarcophage de leurs mains et toute pesanteur disparut. Ils l'élevèrent même avec une grande rapidité et le portèrent dans la basilique du bienheureux apôtre Pierre comme jamais auparavant il n'avait été porté par si peu de personnes avec si peu de peine.
Ainsi la fraternité dévouée de tous les moines portait ses saints membres pour les livrer à la sépulture avec une foi solennelle et ils ressentaient tous la légèreté du convoi à cause de l'amour de celui qu'on portait. Ils parvinrent à leur destination et là, selon la révélation divinement communiquée, ils ensevelirent le saint corps avec des hymnes de louanges, ce corps dont la basilique d'Indre, consacrée en l'honneur du bienheureux Pierre apôtre, a mérité de contenir solennellement la relique. Après la déposition des saints membres dans une urne préparée pour cela même par des ouvriers habiles, une chose admirable se produisit à cet endroit même le troisième jour. Le nectar d'une odeur admirable s'écoulant du sépulcre du saint confesseur répandit le parfum de tous les aromates d'une telle manière que d'abord toute la basilique fut comme arrosée de cette odeur, et ensuite elle emplit tout le monastère, et tous les habitants de cet endroit pleins de cette odeur la conservèrent jusqu'au huitième jour sans interruption (2). Car tous ceux qui ont été présents alors dans ce lieu, qui ont jusqu'à présent utilisé la lumière donnée aux mortels [qui sont encore vivants aujourd'hui], témoignent que jamais ils n'ont pu saisir par leur sens olfactif une odeur d'une si grande douceur et suavité.
(1) Le texte latin ne précise pas de quelle boisson il s'agit : poculi calices évoque le contenant plutôt que le contenu. Il faut supposer sans doute du vin éventuellement aromatisé et coupé d'eau. (2) Cf. Greg. M. Dial. III, 30; IV, 14-15-16; IV, 27. W.L.
19. Un malade retrouve l'usage des pieds sur son tombeau.
Le corps du bienheureux Ermeland fut donc enseveli dans l'oratoire du saint apôtre Pierre qu'il avait lui-même construit et depuis ce moment jusqu'à maintenant il brille par de nombreux miracles dus à ses vertus à chaque fois que la foi des demandeurs l'exige (1). A leur sujet j'ai appris certaines choses par la relation des anciens et j'ai jugé que je devais les insérer à cette page. Un enfant boiteux du nom de Domonus avait perdu l'usage des pieds de sorte qu'il se déplaçait en rampant avec les mains car il ne pouvait pas se déplacer avec les pieds (2). Il se rendit à la tombe du très saint confesseur et l'implora pour qu'il ait pitié de lui. L'enfant multiplia les prières, fondit en oraison et s'attacha au seul pavement de la tombe. Le respect divin pour le mérite du saint confesseur lui mérita de recouvrer la santé de son état antérieur. Ainsi, exultant de la santé retrouvée, à la vue de tous, il retourna sain et en bonne santé chez les siens.
(1) Cf. Greg. M. Dial. II, 37. W.L. (2) Cf. Greg. M., Dial. III, 25. W.L.
20. Le boiteux guéri à son tombeau.
Un autre personnage non moins boiteux du nom de Flodulfus reçut le conseil du bienheureux Pierre, par la vision de Rome, de se rendre sur l'île d'Indre distante de trois milles de la ville de Nantes, là où le corps du bienheureux confesseur Ermeland était enterré, de manière à retrouver la santé par son intercession sur son tombeau. Flodulfus, comme il en avait reçu le conseil, vint au tombeau [memoria] du très bienheureux confesseur, transporté avec l'aide de religieux. Pour retrouver l'usage de son corps, il commença de fréquenter assidûment le tombeau en se faisant porter jusqu'au saint seuil du confesseur. Peu de temps après, par l'intercession du bienheureux confesseur, il est guéri de telle sorte qu'aucun élément de la santé corporelle ne semblait lui manquer. Ainsi, aussitôt, de ses propres pas, il sortit de la basilique abritant le tombeau du saint confesseur, lui qui souvent jusqu'alors avait été transporté jusque là par les mains des autres. Nous pensons que cet homme a été envoyé là-bas par le bienheureux apôtre pour que brillent clairement, en long et en large, le mérite de la sainteté et la puissance de l'intercession du saint confesseur auprès du Créateur au point d'obtenir la guérison de tous les malades.
21. La guérison d'un sourd-muet.
Il y avait un sourd-muet du nom de Domicianus qui était complètement privé de l'usage de la langue et des oreilles depuis la naissance. Il recherchait l'aumône en différents lieux en pratiquant la mendicité publique, son seul moyen de subsistance. Il parvint ainsi par hasard au monastère du très saint confesseur. Selon l'habitude, un moine qui recevait les pèlerins à leur arrivée l'avait conduit jusqu'au tombeau [memoria] du bienheureux confesseur. Il entra sur le seuil et se mit en prière pour sa guérison et, parce que sa langue ne pouvait le faire, il adressa ses prières au bienheureux confesseur par son seul sens vigoureux c'est à dire de tout son cœur. Sa langue est déliée, ses oreilles sont ouvertes, aussitôt il mérita de parler et de recevoir le sens de l'ouïe. Il n'y a en effet aucun doute que le mérite de cet homme avait une grande valeur auprès du Seigneur tout-puissant. Ses prières amènent à cette constatation : à la naissance il était resté imparfait par la privation de deux sens, par la miséricorde du Créateur il a été formé jusqu'à l'état complet.
22. Un homme qui avait injustement dérobé un bien du monastère.
Un homme du nom d’Eurefredus était corrompu par la peste de la cupidité. Il s'efforça d'enlever des biens appartenant au saint confesseur dans la villa du pagus d'Exmes qui est appelée Crennes (1). Mais bientôt, il fut corrigé dans son sommeil par le confesseur saint Aubin qui lui envoya en quelque sorte une sentence d'excommunication : il ne recevrait ni nourriture ni boisson tant qu'il n'aurait pas rendu pleinement les biens qu'il avait entrepris d'enlever en allant jusqu'au tombeau du bienheureux Ermeland. A son réveil, il songea en tremblant à la sentence de sa correction. Dès le lever du jour, il monta à cheval et parvint ainsi en toute hâte à la villa de ce monastère qui est appelée Cludion (2). Il y trouva un moine du monastère lui-même, du nom d’Erdramnus, et il lui indiqua aussitôt la cause de sa perturbation. Il lui demanda qu'il daigne l'accompagner jusqu'à la tombe du bienheureux confesseur. Sur ses prières, le moine avait reçu de lui la promesse de s'exécuter à rendre les biens. Alors convaincu par le moine lui-même, Eurefredus voulut prendre un peu de nourriture et de boisson. Mais comme il mettait le pain dans sa bouche, il ne put en aucune manière l'avaler. Il vomit jusqu'au sang, devant tous, la nourriture qu'il avait osé profaner. Alors il reprit la route et parvint facilement en compagnie du moine jusqu'au monastère d'Indre. Bientôt il s'approcha du tombeau du bienheureux Ermeland pour qu'il lui obtienne le remède. Après s'être livré à l'oraison, il rendit la villa qu'il avait saisie et, pour mériter de recouvrer la santé, il dota le monastère d'Ermeland de ses richesses et de ses domaines. Comme il avait rendu publique son action criminelle en donnant satisfaction en public, il a accompli la peine correspondant au crime qu'il avait commis. Ainsi il fut ici rassasié de boisson et de nourriture et rentra en pleine santé dans sa propre maison grâce aux prières du bienheureux confesseur.
(1) Cranna, auj. Crennes, commune d'Urou-et-Crennes, canton d'Argentan, département de l'Orne. Le pagus Ocximense est auj. Exmes dans l'arrondissement d'Argentan, dép. Orne. W.L. (2) Non identifiée.
23. Le fouet reste attaché à la main d'un homme et détaché sur le tombeau de saint Ermeland.
Un paysan du nom de Sicbaldus, le jour de la Résurrection du Seigneur [c'est à dire un dimanche], prit un fouet et entra témérairement sur l'aire pour battre l'annone. Mais la vengeance divine lui infligea une peine digne de sa présomption. En effet, aussitôt son fouet adhéra à sa main et les jointures de ses articulations se trouvèrent déliées de sorte qu'il agitait atrocement la tête, les bras et les autres membres. En dépit de ses efforts, il ne pouvait se retenir de cette agitation et il était horriblement secoué par un tremblement de ses membres sans pouvoir respirer. Comme il était venu à Tours, par l'intercession du bienheureux Martin, le fouet fut détaché de sa main mais ses membres tremblants continuaient à souffrir de la peine de l'agitation. La nuit suivante - il était resté au même endroit, à Tours - il reçut en songe un conseil de saint Martin. S'il voulait être absous de cette pénible condamnation, il devait se rendre à l'île d'Indre pour mériter de retrouver la constance de son état antérieur en adressant des prières au bienheureux confesseur Ermeland. C'est pourquoi, croyant aux promesses du très bienheureux Martin, il se rendit rapidement à Indre. Prostré sur le tombeau de saint Ermeland, il interpellait le saint confesseur pour avoir la grâce de récupérer la santé. Bientôt, le saint daigna acquiescer à ses prières. En effet, comme les frères avaient chanté l'office du soir, à lui qui était tout tremblant apparut un vieillard vêtu d'une étole blanche, élégant, avec une belle chevelure blanche, qui lui fit signe de la tête pour qu'il s'approche de lui. Et lui, les yeux levés pour regarder celui qui l'appelait, voulut aller plus vite mais il tomba bientôt au milieu des chœurs des chanteurs. Il resta très longtemps couché à cet endroit en oraison et, peu après, il tendit la main aux frères, il est ainsi relevé du pavement, guéri. Il est rendu à la santé antérieure par les prières du bienheureux confesseur, et il ne resta en lui aucun vestige de son ancienne difformité. Alors, il dit et raconta à tous ouvertement et dans l'ordre tout ce qui lui était arrivé. Louant le Seigneur, il rentra guéri chez lui.
24. A nouveau la guérison
d'un sourd-muet.
Un adolescent du nom d’Achibaldus, muet et sourd, vint au tombeau du
bienheureux confesseur. Il demandait son aide de tout son cœur et de toute son
affection pour retrouver l'usage de la langue et des oreilles. Il répandit
pendant longtemps des prières en restant collé au pavement du tombeau [memoria]
et mérita de retrouver l'audition des oreilles et l'usage de la langue. Et
ainsi, fortifié par les prières du saint confesseur, il se retira guéri,
magnifiant les mérites du saint confesseur.
25. A nouveau un autre boiteux.
Bertfredus était un enfant infirme de naissance que son père charnel - qui
l'élevait - porta au monastère de saint Ermeland pour obtenir la santé. Et là
où il l'avait posé, devant le tombeau du saint, le pas que la condition humaine
lui avait retiré, le secours du confesseur le lui rendit. Ainsi le pas fut
restitué au boiteux qui avait été privé de l'usage des pieds depuis le berceau.
Et celui qui avait été porté au tombeau du saint par l'aide d'autrui, grâce à
l'intercession du bienheureux confesseur, est retourné chez les siens à la
force de son propre pas.
26. A nouveau un autre boiteux Leutbertus.
A nouveau un autre boiteux du nom de Leutbertus vint au tombeau du bienheureux.
Il demandait les suffrages de la santé et, prostré ici, il demeura assidu en
oraison pendant très longtemps jusqu'à ce que, grâce a l'intercession du
bienheureux confesseur, il mérite de la part du Christ de retrouver la santé
antérieure. Ainsi, par l'action de la guérison, celui qui était venu infirme,
rentra chez les siens en bonne santé, en rendant grâces pour le bienfait de la
santé qu'on lui avait accordé.
27. Au sujet de Aldefredus, aveugle de naissance, qui reçut à Rome l'avis qu'il
trouverait la lumière sur le tombeau du bienheureux Ermeland.
J'ai été instruit par la relation de nombreux moines de ce monastère qui ont vu
l'homme lui-même lorsqu'il a été guéri, cet homme dans lequel a été accompli le
miracle de guérison que je raconte. Il y a quatre-vingts ans, il y avait un
homme du nom d’Aldefredus, aveugle et boiteux à la sortie du sein maternel, qui
se rendit au glorieux tombeau du prince des apôtres le très bienheureux Pierre
à Rome, pour acquérir la santé de son corps. Il y demeura longtemps, certain de
la clémence du bienheureux apôtre pour la grâce d'acquérir la santé.
Finalement, le bienheureux apôtre lui-même daigna lui apparaître et lui
dit : « Va à Tours, et là, par les prières de saint Martin tu
recevras la santé des pieds et des mains; et de là, tu entreras sur l'île
d'Indre et tu mériteras tout autant de recevoir la lumière des yeux sur le
tombeau du saint confesseur Ermeland. » Des hommes bons et secourables le
portèrent jusqu'à l'église du très bienheureux Martin. Bientôt, comme il était
prosterné à terre pour la grâce de l'oraison, les pouces, qui étaient collés à
sa poitrine, et les pieds, collés aux fesses depuis la naissance, sont
détachés, par l'intercession du bienheureux Martin et reçoivent une santé
pleine et entière. Alors, il parvint rapidement jusqu'au monastère de saint
Ermeland. Comme il demeurait couché depuis longtemps en oraison dans ce monastère,
le bienheureux confesseur de Dieu Ermeland lui apparut. Il lui tenait le menton
dans sa main et il posa ses pouces sacrés sur les yeux en disant :
« Au nom de la sainte, unique et indivisible Trinité, que tes yeux soient
ouverts, et reçois la lumière inconnue jusqu'à maintenant. » Et aussitôt
il se réveilla et ses yeux sont ouverts, et il aperçut à la manière d'un
éclair, comme lui-même l'avouait, le dos étincelant de celui qui le guérissait.
Le lendemain, le sang qui s'écoulait de l'ouverture des paupières fut lavé. Les
yeux guéris, avec une grande stupeur, devant tous, il admirait les créatures du
Créateur tout-puissant qu'il n'avait pas vues auparavant. On constate donc que
le bienheureux apôtre l'a envoyé, pour être guéri, vers les saints confesseurs,
celui qu'il aurait pu soigner par lui-même très rapidement, ou plutôt comme
celui dont on lit que l'ombre autrefois a guéri tous les malades qu'elle
touchait (cf. Act. 5, 15), pour que soit visible à tous les fidèles combien
leur intercession auprès du Créateur de toutes choses est puissante pour
obtenir la santé des malades qui demandent avec foi. Et celui qui avait été
guéri conserva l'intégrité de la virginité et demeura dans ce monastère du
bienheureux Ermeland, appliqué aux grands exercices des oraisons et des veilles
et vécut avec éloges jusqu'au jour de sa mort où il paya la dette de la chair
universelle.
28. Le paralytique guéri sur son tombeau.
Un paralytique du nom de Arnaldus souffrait depuis sept ans d'une grave
maladie : il était porté par les mains d'autrui dans un grabat, ayant
perdu l'usage de tous les membres, comme un cadavre éteint, seule sa tête
demeurait vigoureuse. Comme les porteurs l'avaient amené au monastère du
bienheureux Ermeland et déposé à ses pieds près du tombeau dans lequel étaient
ensevelis les saints membres, les frères commencèrent à chanter l'antienne de
l'office de Vêpres du jour de la translation de ce confesseur qui survient au
moment des fêtes pascales (1) : « Alleluia, nous plaçons notre
confiance dans le Seigneur, parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde
demeure pour l'éternité » (Ps. 105, 1) et il vit le bienheureux Ermeland
entrer par la fenêtre. Avec le bâton qu'il tenait à la main, il lui frappa la
tête et les reins en disant : « Au nom de Jésus Christ fils du
Tout-Puissant, lève-toi, tu peux guérir ! » Alors il étendit d'abord
ses faibles membres en longueur en poussant de grands cris, il se leva et,
recevant deux cierges dans les mains, il traversa au milieu des chœurs des
chanteurs pour sortir. Et durant tous les jours de sa vie, il bénéficia de la
bonne santé qu'il avait reçue et, rempli en lui-même de la vigueur de son
propre corps, il alla où il voulait lui qui avait été amené au saint par l'aide
des autres.
(1) La fête de saint Ermeland est le 25 mars, cf. supra c.17.
Conclusion
J'ai appris tout cela et beaucoup d'autres choses qui devaient être insérées
dans cet ouvrage pour servir à l'édification des fidèles (1), par la relation
de nombreux moines de ce monastère qui vivent jusqu'à maintenant. Mais peu de
faits sont mis par écrit et j'en ai omis beaucoup pour résumer. Parce que la
vie des vertus précède les signes des miracles - car la vie ne montre pas la
vertu mais la met en œuvre, tandis que les miracles montrent la vertu mais ne
la font pas (2) - il faudrait en écrire beaucoup plus sur les vertus et les
mœurs du saint père pour qu'elles soient imitées par un grand nombre. Du moins
sa vie très sainte brillant jusqu'à une époque plus récente est conservée dans
la mémoire de nombreux esprits jusqu'à maintenant. Que puis-je en effet dire de
sa vertu de chasteté, lui qui, dès la naissance, demeura sans souillure à
l’écart du contact du plaisir charnel et mérita de recevoir la couronne de la
virginité ? Que puis-je raconter sur sa foi digne, lui qui a conduit à la
foi catholique tous ceux qu'il put en détruisant des erreurs variées ? Que
puis-je faire connaître de son espérance, lui qui pour l'amour des biens
éternels a méprisé tous les biens temporels qui affluaient vers lui avec
abondance et prospérité ? Que signifier de son immense charité, lui qui
recherchait non pas son profit mais celui des autres et dont le zèle fut
toujours que les fidèles les plus nombreux entrent par son activité en
possession de la vie éternelle ? (3) Que publierais-je sur son abstinence,
lui qui, pour l'exercer en toute rigueur, laissa les frères dans le monastère
et se retira sur Indret où il demeura surtout pendant le temps des
jeûnes ? Qu'est-ce que j'exposerais sur la pureté de son oraison, lui qui,
sur ses propres traces, rendit blanche comme la neige la voie par laquelle il
se rendait à l'oraison et la station dans laquelle il avait l'habitude de se
coucher pour l'oraison ? Que rapporterais-je sur son éloge des veilles,
pendant lesquelles, illustré par l'Esprit saint, il mérita, dans une attention
soutenue, de voir un peu plus longtemps les âmes quittant le corps ? Que
rapporterais-je de son humilité et de sa contemplation, lui qui, pour pouvoir
l'acquérir de manière plus parfaite, a abandonné l'honneur de l'abbatiat et,
pour adhérer de manière plus parfaite à la contemplation, s'est retiré dans une
très petite cellule où il est demeuré reclus jusqu'au jour de son appel à la
gloire céleste ? Que puis-je dire de son exceptionnelle obéissance, lui
qui, abandonnant son propre sol par obéissance à son abbé, est demeuré exilé
dans une région lointaine tous les jours de sa vie ? Que ferais-je
connaître de sa patience, lui qui, rempli de l'ampleur de la charité, non
seulement ne rendit pas le mal pour le mal mais dépensa pour tous ses
persécuteurs tout le bien qu'il a pu ? Le bienheureux confesseur du Christ
Ermeland, orné de ces fleurs des vertus, a vécu pour lui-même dans le siècle en
vue de la récompense, pour ses disciples afin d'être un exemple. Selon ses
disciples, parti pour le Christ le huitième jour des calendes d'avril [25
mars], il a mérité de recevoir la couronne de la gloire éternelle.
Je demande en priant que tous les hommes humbles, lisant la vie du saint homme,
daignent se souvenir, dans les oraisons de leur intercession, de la perspective
du gain éternel de l'écrivain très maladroit, jusqu'à ce que, par
l'intercession du bienheureux confesseur Ermeland, ils méritent, avec lui, de
jouir de la vie éternelle. Ici finit la vie du très bienheureux confesseur
Ermeland.
(1) Cf. Greg. M., Dial. II, 7. W.L. (2) Cf. Greg. M., Dial. I, 12. W.L.
(3) Cf. Greg. M., Dial. III, 26. W.L.
Abréviations utilisées et
lexique
W.L. : Wilhelm Levison, indique les notes reprises à l'édition Levison
Greg. M. : Gregorius Magnus, ou Grégoire le Grand (pape 590-604), auteur d'un recueil hagiographique, les Dialogues (abrégé : Dial.), contenant en particulier la vie de saint Benoit, source essentielle de toute l'hagiographie médiévale.
Cella : petite pièce isolée où un moine pratique la vie solitaire ou bien petit établissement rural où réside un moine et dépendant d'un monastère.
Lectio : lecture liturgique, par exemple, d'une vie de saint lors de l'office de nuit pour la fête de ce saint.
Memoria : mémoire, peut désigner le tombeau d'un saint où l'on commémore sa fête.
Pagus : pays, territoire, avec éventuellement une dimension administrative.
Villa : grand domaine rural, à l'origine de certains villages ultérieurs.
Sources
L'édition originale de
la Vita Hermelandi est tirée de Wilhelm Levison (éd.) Monumenta Germaniae
Historica Scriptores Rerum Merovingicarum, 5, Hanovre-Leipzig, 1910, p.674-710.
Ce texte est également référencé sous le numéro 3851 de la Bibliotheca
Hagiographica Latina.
SOURCE : http://www.wiki-patrimoine-saint-herblain.fr/Vita_hermelandi
Statue représentant Hermeland d'Indre dans l'église éponyme de Saint-Herblain (Loire-Atlantique, France)
Also
known as
Erblon
Ermelando
Herbland
Hermeland
Hermiland
Profile
Royal cup-bearer in his
youth. Monk at
Fontenelle under Saint Lambert. Priest.
With twelve brother monks,
he established an abbey on an
island at Aindre on the Loire, and served as its first abbot.
Born
c.720
Additional
Information
Book
of Saints, by the Monks of
Ramsgate
Saints
of the Day, by Katherine Rabenstein
books
Our Sunday Visitor’s Encyclopedia of Saints
other
sites in english
sitios
en español
Martirologio Romano, 2001 edición
sites
en français
fonti
in italiano
nettsteder
i norsk
MLA
Citation
‘Saint Hermenland‘. CatholicSaints.Info.
1 April 2023. Web. 22 March 2026. <https://catholicsaints.info/saint-hermenland/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/saint-hermenland/
Saint-Hermeland,
Guenrouet
Article
(Hermenland) (Saint)
(March 25) Abbot (8th century) Born of noble parents at Nimeguen in Holland,
or, as others assert, at Noyon in North-Eastern France, he was brought up as a
page at the Court of Clotaire III (A.D. 656-A.D. 670). When arrived at man’s
estate he entered the monastery of Fontenelle, and, having been ordained
priest, was sent to Nantes, where he built a monastery in the Island of Aindre
in the Loire. Of this he was made Abbot, and presided over it for many years.
His death is usually dated A.D. 720. He became famous for his numerous
miracles, and is still in great popular veneration.
MLA
Citation
Monks of Ramsgate.
“Hermiland”. Book of Saints, 1921. CatholicSaints.Info.
11 May 2016. Web. 23 March 2026.
<https://catholicsaints.info/book-of-saints-hermiland/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/book-of-saints-hermiland/
St. Hermenland
Feastday: March 25
Death: 720
Evangelizer of Normandy,
France, a miracle worker
also called Erblon, Herbland, and Hermel and. Born near Noyon, he entered
Fontenelle Abbey under
St. Lambert after serving King Clotaire III. Hermenland led a group of twelve
monks to evangelize Nantes, erecting an abbey on
an island in the Loire. He died at Aindreete. Hermenland had a gift of prophecy and
performed miracles.
SOURCE : https://www.catholic.org/saints/saint.php?saint_id=3739
Église
Saint-Hermeland, Bagneux dans les Hauts-de-Seine.
Hermenland, OSB Abbot
(RM)
(also known as Hermeland,
Herbland, Erblon)
Born in Noyon; died c.
720. Saint Hermenland served as royal cup- bearer in his youth. Later he
withdrew to Fontenelle and became a monk under Saint Lambert. Following his
priestly ordination, Hermenland was sent with a band of 12 monks to become the
first abbot of a new abbey on the island of Aindre in the estuary of the Loire,
which had been founded by Saint Pascharius. Hermenland had the gift of prophecy
and could read minds (Attwater2, Benedictines).
SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0325.shtml
Statue
de saint Herbland - chapelle Saint-Eustache, cathédrale de Rouen
Sant' Ermelando Abate
di Aindre
† 720 circa
Possediamo su di lui una
Vita quasi contemporanea, contenuta in un manoscritto dell’anno 767. Secondo
questo prezioso documento, Ermelando nacque a Noyon, in seno ad una nobile
famiglia, e fece dapprima carriera alla corte di Clotario III (657-673),
ottenendo dal favore del re la carica di coppiere, poi, rifiutando una proposta
di matrimonio, chiese al sovrano il permesso di entrare in un monastero e
divenne monaco a Fontenelle, allora indicato col nome di san Vandrigisilo.
Quivi visse alcuni anni sotto la direzione dell’abate san Lamberto, che doveva
diventare arcivescovo di Rouen. In quel tempo il vescovo di Nantes, Pascario,
domandò all’abate Lamberto di inviargli un gruppo di monaci per fondare
un’abbazia nella sua diocesi. Ermelando fu designato per mettersi a capo di una
comunità di dodici monaci.
Con l’appoggio di
Pascario, Ermelando scelse come sito un’isola della Loira, prossima a Nantes,
che chiamò Antrum a motivo dell’abbondanza dei boschi. Ottenne anche da
Pascario un privilegio che sottraeva il monastero all’autorità dei futuri
vescovi di Nantes ed un diploma dal re Childeberto III (695-711) che garantiva
la libertà di questa abbazia, concedendole ad un tempo l’esenzione e
l’immunità. Non si sa quanti anni rimase a capo del suo monastero; il suo
biografo si contenta di dire che egli era diventato vecchissimo quando abdicò
al potere. Morì sotto il suo secondo successore, in una data impossibile a
precisarsi, ma che si può collocare tra il 710 e il 730. L’abbazia di Aindre,
fu poi distrutta dai Normanni nell’843 e più non risorse dalle sue rovine.
Martirologio
Romano: Sull’isola di Indre nei pressi di Nantes in Francia,
sant’Ermelando, che lasciata la corte del re si fece monaco a Fontenelle e fu
poi primo abate del monastero del luogo.
Nel secolo XII, in una
chiesa dedicata a lui, a Rouen, si verificò un miracolo celebre, narrato in un
testo che negli Acta Sanctorum è pubblicato in calce alla Vita. Attualmente il
suo culto è attestato a Bagneux, presso Parigi, e a Loches, senza dubbio poiché
in queste due località furono trasferite le reliquie del santo dopo le
invasioni normanne. Ermelando è rappresentato con una lampreda, pesce che
risale la Loira in primavera; i contadini gli attribuiscono il potere di
liberare i loro alberi dai bruchi.
La sua festa ricorre il 25 marzo.
Autore: Henri
Platelle
La Vita di Sant'Ermelando, abate di Aindre, redatta quasi contemporaneamente alla sua morte e conservata in un manoscritto del 767, ci offre uno spaccato affascinante della vita di un nobile franco del VII secolo. Nato a Noyon da una famiglia illustre, Ermelando intraprese una brillante carriera alla corte di Clotario III, ottenendo la carica di coppiere. Tuttavia, rifiutando un matrimonio combinato e desideroso di una vita consacrata a Dio, chiese al re il permesso di entrare in monastero. Accolto a Fontenelle sotto la guida dell'abate san Lamberto, Ermelando si distinse per la sua devozione e il suo rigore ascetico.
Fu proprio il vescovo di Nantes, Pascario, a richiedere all'abate Lamberto l'invio di monaci per fondare un'abbazia nella sua diocesi. Ermelando, scelto per guidare la comunità di dodici confratelli, individuò un'isola della Loira, chiamata Antrum per la sua boscosità, come sito ideale per il nuovo monastero. Con il sostegno di Pascario, ottenne l'esenzione del monastero dall'autorità dei futuri vescovi di Nantes e la conferma della sua libertà da parte del re Childeberto III.
Il numero di anni trascorsi da Ermelando come abate rimane incerto; sappiamo solo che egli abdicò al potere in tarda età, morendo sotto il suo secondo successore tra il 710 e il 730. L'abbazia di Aindre, purtroppo, fu distrutta dai Normanni nell'843 e non venne mai ricostruita.
La devozione a Sant'Ermelando si diffuse nei secoli, come testimonia il miracolo avvenuto nel XII secolo in una chiesa a lui dedicata a Rouen. Le sue reliquie, trasferite a Bagneux e Loches per sfuggire alle invasioni normanne, continuano ad attirare la venerazione dei fedeli.
Autore: Franco Dieghi
SOURCE : http://www.santiebeati.it/dettaglio/47060
Église
Saint-Hermeland de Saint-Herblain, Saint-Herblain,
dans le département français de la Loire-Atlantique
Den hellige Hermenland av
Aindre (~640-~720)
Minnedag:
25. mars
Den hellige Hermenland
ble født rundt 640 i Noyon i bispedømmet av samme navn i Neustria, nå i
departementet Oise og bispedømmet Laon i regionen Picardie i det nordlige
Frankrike. Hans navn varierer svært mye i kildene: Erblon, Erbland, Erblain,
Erblow, Herblain, Herbland, Herblon, Hermel, Hermelan, Ermeland; fr: Hermeland,
Hermaland; lat: Hermelandus, Hermenlandus, Hermenelandus, Ermenlondus. I
bispedømmene Nantes og Rennes kalles han Erblon, Arbland, Erbland eller
Herblein, i bispedømmene Tréguier, Saint-Pol de Léon og Quimper Herband, og i
bispedømmene Paris og Rouen Herbland eller Herblein.
Han kom fra en
fremtredende adelsfamilie, men han skjønte tidlig at sant adelskap ikke består
av annet enn dyder. Under sine studier beskyttet han seg mot de lastene som er
så vanlige blant ungdommen. Hans foreldre sendte ham til hoffet til kong Klotar
III av Neustria (658-70), og kongen ga ham embetet som kongelig munnskjenk, for
å bringe ham nærmere sin person. Hermenland aksepterte bare motvillig denne
oppgaven, fordi han fryktet at han ville engasjere seg så sterkt i verden at
det ikke ville være lett for ham å trekke seg tilbake når han ønsket, slik han
hadde planer om.
Hans foreldre og venner
som så at kongen hadde stor tillit til Hermenland, overtalte ham til å
akseptere ekteskap med datteren til en av de fremste herrene ved hoffet, som så
denne forbindelsen som en stor ære. De presset ham så hardt at han til slutt
samtykket til en forlovelse. Men mens alle så frem til den dagen som var
fastsatt for bryllupet, ble han mer og mer bestemt på å gi avkall på absolutt
alle ting i verden, for fattig og naken å følge Jesus Kristus til Golgata. Han
fortalte i hemmelighet kongen om sin plan og ba ham ydmykt om tillatelse til å
trekke seg fra verdens forlegenhet og dra til et kloster for å tjene Gud i bønn
resten av sine dager.
Kongen ønsket å beholde
en slik trofast tjener, så først ga han uttrykk for stor motvilje mot
gjennomføringen av denne planen. Men han så hans utholdenhet, og av frykt for å
fornærme Gud hvis han hindret det offeret som Hermenland ønsket å gjøre, lot
han ham trekke seg tilbake. Hermenland avsto fra sin arv for alltid og tok
farvel med kongen og hoffet med mye mer glede enn da han hadde trådt inn.
Historien sier ikke noe om hvordan den forsmådde bruden og hennes far reagerte.
Rundt år 668 forlot han
hoffet og skyndte seg til klosteret Fontenelle eller Saint-Vandrille i Pays de
Caux i det nåværende departementet Seine-Maritime i Normandie, som var
grunnlagt av den hellige Wandregisel (Wandrille)
(d. 668) og hvor den hellige Lambert av Lyon (ca
625-88) var abbed. Hermenland ba om å få motta den hellige ordensdrakten,
gjennomførte sitt novisiat og på slutten av året avla han sine løfter i henhold
til ordenens skikk, til stor tilfredsstillelse for alle munkene, men spesielt
abbeden. I dette klosteret levde de først etter en blandingsregel med elementer
fra reglene til de hellige Kolumban (ca
542-615) og Benedikt (ca
480-547), men en tid etter grunnleggerens død ble Benedikts regel innført i
klosteret og det ble et benediktinerkloster (Ordo Sancti Benedicti –
OSB).
Abbed Lambert var
uendelig takknemlig til Gud for å ha sendt ham en slik disippel, med en så
glødende kjærlighet, beundringsverdig tro og lydighet, et fast håp, en
kontinuerlig bønn og en uovervinnelig tålmodighet, som var diskret i sin
avholdenhet, konstant i sin nattevåk og nøyaktig i observansen av alle regler,
kort sagt var han så perfekt utrustet med alle dyder at han virket som en
stjerne blant alle sine medbrødre. Abbed Lambert ba sin venn, den hellige
biskop Audoenus av Rouen (ca
600-84) (fr: Ouen), om å prestevie Hermenland. Deretter feiret han messe hver
dag, og for å utføre denne edle tjenesten mer verdig, gjorde han seg selv til
en levende hostie ved utøvelse av strenge botsøvelser.
En tid senere ønsket den
hellige biskop Pascharius
av Nantes i Bretagne (fr: Pasquier, Pascaire) (d. ca 680) å grunnlegge
et kloster i sitt bispedømme, for at munkene ved sin hellighet og gode
eksempler i deres liv ville bekrefte de sannhetene han selv forkynte for de
kristne. Derfor sendte han to utsendinger til klosteret Fontenelle for å spørre
abbed Lambert om han hadde en munk med de kvalitetene som trengtes for å foreta
en ny grunnleggelse. Abbed Lambert samtykket først etter at han hadde fått en
garanti om at et slikt nytt kloster ville være fritt fra inngrep fra kongen og
selv den lokale biskopen. Da han fikk et høytidelig løfte om dette, utnevnte
han Hermenland som den beste kandidaten. Han spurte likevel om hans samtykke
før han lovte ham bort. Munken var eksemplarisk i lydighet, så han svarte: «Min
vilje har jeg helt overlatt til ditt skjønn, jeg vil dra hvor du sender meg,
som om det var Gud selv som befalte meg å dra dit». Abbeden sendte med ham tolv
andre munker for grunnleggelsen i Bretagne.
Den historiske provinsen Bretagne
er nå delt i fem franske departementer: Finistère i vest, Côtes-d’Armor i nord,
Ille-et-Vilaine i nordøst, Loire-Atlantique i sørøst og Morbihan i sør ved
Biscayabukta. Siden reorganiseringen i 1956 består den administrative regionen
Bretagne av bare fire av de fem bretonske departementene, eller 80 % av det
historiske Bretagne. Det resterende området av gamle Bretagne, departementet
Loire-Atlantique rundt Nantes, er nå en del av regionen Pays de la Loire.
I Nantes ble de
entusiastisk mottatt av biskop Pascharius. Han hadde lovt abbed Lambert at de
skulle få bygge et kloster på det stedet som han bedømte som mest
hensiktsmessig i hele sitt bispedømme. Han ga dem umiddelbart en båt, så de
kunne komme seg til stedet som han hadde sett ut for dem, nemlig en av øyene i
elven Loires munning, ikke langt fra Nantes. Klosteret og den fremvoksende byen
ble kalt Antrum (lat: hule) og Antrinse monasterium i 840, Andra i
1144 og ble senere kalt Aindre og i dag Indre. Naboøya het Antricium («liten
hule»), senere Aindrette og nå Indret. Det var allerede et kapell St Martinus
på den øya.
På den største av de to
øyene bygde Hermenland to kirker, og biskop Pascharius kom med alle sin prester
og kanniker for høytidelig å vigsle dem til apostelfyrstene Peter og Paulus. Pascharius ga mange
privilegier til munkene, og ved denne anledningen gjentok han sitt løfte i
kontrakts form at verken han eller noen av hans etterfølgere noen gang kunne
hevde rettigheter til klostrets eiendeler. Deretter fulgte han Hermenland til
hoffet til kong Kildebert III av Neustria (695-711), som bekreftet den nye
grunnleggelsen og satte klosteret under sin beskyttelse. Hermenland fikk også
monarken til å love å aldri gjøre krav på monastisk eiendom eller å beskatte
den.
Hermenland ble klosterets
første abbed. Grunnleggelsen blomstret ettersom ryktet om abbedens hellighet
tiltrakk nye kall. Abbeden forsømte ikke verken sine munkers timelige eller
åndelige behov, og han ga dem all sin tid på dagen for å bringe dem til
fullkommenhet, mens han forbeholdt natten for seg selv og han tilbrakte dem
etter en lett hvile helt i lovprisning av Gud og i kontemplasjon av himmelske
ting. For å kvitte seg med tilstrømningen av legmenn som under påskudd av å
bringe almisser til klosteret besøkte ham ofte, trakk han seg hyppig, særlig i
fasten, tilbake til øya Aindrette med noen av sine brødre, og var mer enn
vanlig engasjert i meditasjon og fysiske botsøvelser ved hjelp av avholdenhet
og annen askese, i forberedelsen til påsken. Under en av disse retrettene
skjedde det en dag da han gikk med sine munker ved bredden av Loire, kom en av
dem til å snakke om en fisk som het lamproie (niøye), som han hadde
sett i biskopens hus i Nantes. Abbeden sa til ham: «Tror du at Gud ikke kan gi
deg en slik ting her?» Mens han sa dette, hoppet en niøye opp fra elven og falt
ned i sanden. Hermenland tok den og delte den i tre, og mens han beholdt en del
for seg selv, sendte han de to andre til klosteret, selv om det var svært lite,
ble det ved en mirakuløs mangedobling nok til hele kommuniteten av brødre.
Hermenland hadde
profetiens nådegave og kunne lese folks innerste tanker. Da han en dag ba i
kirken Saint-Pierre, så han sjelen til den hellige Maurontus (fr:
Mauronce), den første abbed av Saint-Florent-le-Vieux, femti kilometer unna,
ble ført til himmelen av engler. Han ga beskjed til sin munker, som deretter
anerkjente åpenbarelsens sannhet da de fikk rapport om at denne hellige
personligheten døde akkurat på den datoen rundt år 700. Han så også sjelen til
en av sine disipler ta samme rute, en munk han hadde sendt for å lede et annet
kloster i Aquitania, minst 200 kilometer unna.
Etter at han hadde
arbeidet i mange år med all mulig entusiasme, betydde hans høye alder ingen
lettelser i hans askese, men så fikk han en åpenbaring om at hans time var nær.
For å gjøre seg klar trakk han seg fra embetet som abbed og ga sine munker
fullmakt til å velge en annen i hans sted. Deretter tok han med seg fire av
sine åndelige sønner og trakk seg tilbake til et lite eremittkloster ved navn
Saint-Léger, som han hadde bygd på østsiden av sitt kloster og gitt navnet til
den hellige biskopen og martyren Leodegar av Autun (ca 616-79), for å tilbringe
resten av sine dager i en mer perfekt forening med Gud. En annen kilde sier at
han trakk seg tilbake til naboøya Antricium (Aindrette), hvor han bygde et lite
oratorium.
Munkene valgte en
Adalfrid (fr: Adalfrède) til å etterfølge ham, men den nye abbeden, som var
stolt av denne nye ære, begynte å tilegne seg klostrets eiendom og å mishandle
sine brødre. Hermenland ble varslet og viste ham til rette, og advarte ham om
at hvis han ikke korrigerte kurs, ville han snart føle virkningen av en
hevngjerrig Guds vrede. Men Adalfrid ga lite akt på disse advarslene.
Hermenland sa til de munkene som beklaget at de hadde klaget til ham: «Mine
brødre, ikke si et ord. Ha litt tålmodighet, så vil dere snart se ham straffet
for sine forbrytelser». Tre dager senere ble den uverdige abbeden om natten
rammet av noe som minnet om et slag av en stokk, og umiddelbart kjente han en
grusom fortærende ild i magen, og slik mistet han både livet og klosteret i
sitt første år som abbed. Etter Adalfrids død ba alle munkene sin hellige Far
om selv å utnevne en superior som var etter Guds og hans eget hjerte. Han
utpekte da en munk ved navn Donatus (fr: Donat), som han selv hadde tatt opp i
sin ungdom, for hans dyder og gode moral.
Kort tid etter så han at
belønningens time for hans arbeid nærmet seg, så han samlet sine brødre og
formante dem alle med stor glød om å stadig holde ut i sitt kall, og han ga dem
sin siste velsignelse. Etter å ha blitt styrket med Kirkens guddommelige
sakramenter, overga han sin salige sjel i sin guddommelige skapers hender, uten
noe synlig smerte. Det skjedde rundt 720 (i 718?).
Han ble først gravlagt på
munkenes kirkegård, men hans levninger ble senere høytidelig brakt til kirken
Saint-Paul i hans kloster og lagt under høyalteret i nærheten av Wandregisel,
første abbed av Fontenelle. I Wandregisels biografi står det riktignok at denne
abbeden ble gravlagt i kirken Saint-Paul i Fontenelle, og det sies ikke noe om
en translasjon til Aindre, men det var trolig snakk om en enkelt relikvie. Gud
utførte mange mirakler ved Hermenlands grav, for hans fortjenester og gjennom
hans forbønn. Noen år senere viste han seg for en god munk ved navn Sadrevert
og kommanderende ham til å fortelle abbeden at han skulle overføre hans
levninger til kirken Saint-Pierre, hvor det ikke skjedde noen underverker.
Men den 24. eller 25.
juni 843, under normannernes angrep, ble klosteret ødelagt etter at de hadde
plyndret Nantes, drept den hellige Gohard og brent katedralen. Men levningene
av Hermeland var brakt i sikkerhet til et kloster i Beaulieu i Touraine, og deretter
til slottet i Loches. Under Den franske revolusjon ble relikvieskrinet av sølv
fjernet, men levningene ble reddet av fromme hender. Deretter ble de brakt
tilbake til kirken i Loches, som fikk navnet Saint-Herblain i 1848. Sognekirken
Saint-Hermaland i Rouen, kollegiatskirken Saint-Mainbœuf i Angers og sognet i
Cagneux i bispedømmet Paris æret tidligere deler av relikviene av denne hellige
abbeden.
Vita Hermelandi ble
trolig skrevet på slutten av 700-tallet eller begynnelsen av 800-tallet av en
hagiograf fra den første karolingiske generasjonen (Monumenta Germaniae
Historica Scriptores Rerum Merovingicarum, 5, 1910; BHL 3851).
Hans minnedag er 25. mars
i den nyeste utgaven av Martyrologium Romanum (2004):
In ínsula Antro prope
Nannétes in Gállia, sancti Hermelándi, qui, ex aula régia mónachus
Fontanellénsis, deínde primus abbas loci factus est.
På øya Antrum [nå Indre]
i nærheten av Nantes i Gallia [nå i Frankrike], den hellige Hermenland, som
forlot kongens hoff og ble munk i Fontenelle og ble den første abbeden på
stedet.
Kirken i Nantes feirer
ham den 28. november, dagen for en translasjon. I Paris minnes han den 18.
oktober. Det ødelagte klosteret ble senere oversvømt da elven endret leie. Hans
minne er bevart i stedsnavnet Saint-Herblain (44800).
Kilder: Attwater/Cumming,
Benedictines, Bunson, KIR, CSO, CatholicSaints.Info, Infocatho, santiebeati.it,
fr.wikipedia.org, nominis.cef.fr, infobretagne.com, orthodoxievco.net,
har22201.blogspot.com - Kompilasjon og oversettelse: p. Per Einar Odden
Opprettet: 20. oktober
1998 – Oppdatert: 29. desember 2017
SOURCE : https://www.katolsk.no/biografier/historisk/hermenla
Bruno
Judic, « Quelques réflexions sur la Vita Ermelandi », Association Revue du Nord,
Revue du Nord, 2004/3
n° 356 – 357, L’Église et la société entre Seine et Rhin (Ve-XVIe siècle),
Pages 499 à 510 : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2004-3?lang=fr
Saint Hermeland ou Erbland, abbé : http://orthodoxievco.net/ecrits/vies/synaxair/mars/hermeland.pdf
ETYMOLOGIE et HISTOIRE de
SAINT-HERBLAIN : http://www.infobretagne.com/saint-herblain.htm