Bienheureux Jacques
Ghazir Haddad
Capucin libanais
fondateur des franciscaines de la Croix (+ 1954)
Jacques Ghazir Haddad (1875-1954)
Le père Jacques fait lui-même l'historique des débuts de son Œuvre (Vice-province du Proche-Orient - Frères mineurs Capucins)
"Né à Ghazir en 1875, ordonné prêtre en 1901, décédé en 1954, déclaré Vénérable en 1992. Durant la première Guerre mondiale, il se met à organiser les secours pour la population du Liban meurtrie par la guerre, la famine, et le typhus. Il crée les centres 'Soupe Populaire' pour donner des repas aux pauvres... Il fonde des fraternités du Tiers Ordre Franciscain séculier, et construit à leur intention, à Jall Eddib, une chapelle et un lieu de rassemblement sur lequel il élève une grande Croix en mémoire des morts de la guerre. Plus tard, en 1926, ce lieu accueillera le premier prêtre âgé qui sera suivi par d'autres prêtres infirmes et délaissés. A partir de là (1930), le Père Jacques a été amené à fonder la Congrégation des Franciscaines de la Croix. Attentif aux besoins de la société Libanaise de son temps ravagée par les misères de toutes sortes, il se met à l’œuvre avec l'aide de ses premières religieuses. Il leur fixa un idéal très précis: 'Allez vers la Croix par la prière, le sacrifice et l'amour; et allez vers les hommes, images du Crucifié en donnant votre préférence aux plus déshérités'. L’œuvre modeste pousse et se ramifie en institutions humanitaires de plus en plus spécialisées. Partout c'est le même esprit et le même idéal: accueillir tous ceux qui en ont besoin, de toutes nationalités, de toutes religions, de toutes catégories, sans préférence aucune, sinon aux plus malheureux et aux plus pauvres."
Congrégation des Franciscaines de la Croix du Liban - Fondée le 8 Décembre 1930, au Liban
"Né à Ghazir (Kesrouan), le 1er février 1875, 'abouna Yaacoub' est mort à
Beyrouth le 26 juin 1954. Il a été surnommé 'le saint Vincent de Paul
libanais'. Le Liban lui doit, entre autres, la fondation d'une trentaine
d'écoles de villages gratuites et un hospice pour prêtres à la retraite, sans
compter l'hôpital de la Croix, tenu par les religieuses de l'ordre qu'il a
fondé. Mais les religieuses de la Croix ont aussi des activités en Syrie, à
Jérusalem et en Égypte, notamment à Alexandrie." (Le Christ Notre Espérance)
Béatifié à Beyrouth le 22 juin 2008
Jacques Ghazir Haddad (1875-1954) - biographie - en
anglais - site du Vatican
"Ma communauté ce
sont les pauvres et le Liban"
SOURCE : https://nominis.cef.fr/contenus/saint/12460/Bienheureux-Jacques-Ghazir-Haddad.html
Bienheureux Jacques
Haddad, le capucin
Capucin (+1954)
Fête le 26 Juin
Né à Ghazir au Liban en
1875, il est ordonné prêtre en 1901, et décéde en 1954. Déclaré Vénérable en
1992, il est béatifié en 2008.
Pendant la première
Guerre mondiale, il organise les secours pour la population libanaise meurtrie
par la guerre, la famine, et le typhus. Il crée les centres 'Soupe Populaire'
pour donner des repas aux pauvres...
Il fonde des fraternités
du Tiers Ordre Franciscain séculier, et construit à leur intention, à , une
chapelle et un lieu de rassemblement sur lequel il élève une grande Croix en
mémoire des morts de la guerre. Plus tard, en 1926, ce lieu accueillera le
premier prêtre âgé qui sera suivi par d'autres prêtres infirmes et délaissés. A
partir de là en 1930, le Père Jacques a été amené à fonder la Congrégation des
Franciscaines de la Croix. Attentif aux besoins de la société Libanaise de son
temps ravagée par les misères de toutes sortes, il se met à l’œuvre avec l'aide
de ses premières religieuses. Il leur fixa un idéal très précis: 'Allez vers la
Croix par la prière, le sacrifice et l'amour; et allez vers les hommes, images
du Crucifié en donnant votre préférence aux plus déshérités'. L’œuvre modeste pousse
et se ramifie en institutions humanitaires de plus en plus spécialisées.
Partout c'est le même esprit et le même idéal: accueillir tous ceux qui en ont
besoin, de toutes nationalités, de toutes religions, de toutes catégories, sans
préférence aucune, sinon aux plus malheureux et aux plus pauvres.
L’amour d’Abuna Jacques
pour l’humanité souffrante a caractérisé sa vie entière. Il a fondé tant
d’institutions pour servir cette cause: l’école Saint-François à JallEddid
(1919) connue désormais sous le nom de Val-Père-Jacques à Bkennaya, l’hôpital
de Deir El-Qamar (1933) pour les jeunes filles handicapées, le couvent de la
Madone du Puits à Bkennaya (1941) qui comprend la Maison générale, le postulat,
le noviciat et un centre de retraites pour prêtres, religieux et groupes de
prière, l’hôpital Notre-Dame à Antélias (1946) pour les malades chroniques et
les personnes âgées, et aussi l’hôpital Saint-Joseph (1948) situé à Dora dans
un quartier populaire, l’école des Sœurs de la Croix à Brummana (1950) pour les
orphelins et les victimes de la pauvreté matérielle et morale, l’hospice du
Christ-Roi à Zouk-Mosbeh (1950) situé sur une colline au-dessus de la route
côtière qui mêne à Byblos et surmontée d’une statue du Christ-Roi de douze
mètres. La Providence qui a été la compagne de route d’Abuna Jacques de l’a
jamais abandonné et, de nos jours, elle accompagne encore le travail des sœurs.
En 1951, l’Hôpital de la Croix de Jall Eddib a été entièrement réservé aux
soins des malades mentaux. C’est aujourd’hui le plus grand complexe
psychiatrique du Moyen-Orient.
Son charisme personnel,
c’est la prédication et c’est devant le saint-sacrement qu’il prépare ses
sermons. On a conservé plus de 8000 pages de ses écrits! Il a prêché en Syrie,
en Irak et en Palestine. À Beyrouth, il a fondé le Tiers-ordre qui, de là,
s’est répandu dans tout le Liban. Abuna Jacques démontra aussi ses grands
dons d’organisateur dans le déroulement des pèlerinages, des processions, des
grandes célébrations et tout spécialement des premières communions. «Semez des
hosties et vous récolterez des saints», disait-il.
Abuna Jacques est l’une
de ces figures de capucins qui, à la suite de saint François, ont su se laisser
toucher par la souffrance de leur peuple et ont exercé la miséricorde à son
égard. Il s’est laissé interpeller par les besoins urgents de son temps et,
avec foi, a voulu leur apporter une réponse concrète en y engageant toutes ses
forces, sans jamais se ménager.
Source principale :
nominis.cef.fr
Ô Saint-Esprit créateur
et sanctificateur, soyez le Maître de ma volonté que je Vous remets sans
réserve dès à présent et pour toujours
Extrait d'une prière du
Bienheureux Jacques
SOURCE : https://levangileauquotidien.org/MAF/display-saint/413f1033-f01b-43c8-be14-05e66a196336
Père Jacques
L'Apôtre de la Croix
Khalil est né à Ghazir (Kesrwan-Mont Liban) le premier Février 1875. Vers l’âge de 7 ans, Kahlil fut envoyé à l’école St. François tenue par les Capucins italiens.
Ensuite, pour le cycle primaire, il fut envoyé au collège St Louis de Ghazir. Il a ensuite passé un an au collège de la Sagesse.
Intelligent, travailleur, consciencieux, Khalil ne trouvait aucune difficulté
dans ses études.
Après avoir achevé ses études au collège de la Sagesse en 1892, il voyagea en
Egypte en quête de travail.
Il a été engagé comme professeur d’arabe au collège saint Marc et il donnait
des cours particuliers dans les riches familles égyptiennes.
« Je me ferai prêtre, je serai à Dieu et rien ne m’arrêtera. »
Un jour il entra dans l’église des Franciscains où une grande foule se pressait à y entrer. Il s’approcha de l’autel.
Un jeune Prêtre de 42 ans gisait inerte, les yeux clos, le corps figé. Entre les mains, il tenait un chapelet et un crucifix et sa tête reposait sur un dur fagot de sarments : ainsi le voulait la coutume franciscaine.
A ce spectacle, le jeune Khalil est bouleversé. Il voit le néant de la vie, il
est exalté par la beauté de ce détachement total, de cette austérité virile
choisie par les fils de Saint François.
Devant le cercueil de ce prêtre, Khalil changea la direction de sa vie. Il prit
une décision irrévocable : « Je me ferai Prêtre, je serai à Dieu
et rien ne m’arrêtera. »
« Eh bien, je me ferai Prêtre, et je vous ferai voir comment sont les bons
Prêtres. »
Khalil retourna au Liban. Son papa refusait catégoriquement l’idée de son fils et sa colère augmenta quand il sut que son fils n’avait trouvé rien d’autre que les Frères Capucins : « Quoi ! Khalil parmi ces va-nu-pieds, ces pauvres aux coutumes bizarres, ces exilés arrivés de France il y a à peine trois ans. Non ! Non ! »
Khalil essaya par tous les moyens de convaincre son père.
Le 25 Août 1893, Khalil ne se tenait plus de joie. Ses prières, ses jeûnes, ses
supplications avaient porté leur fruit.
Il allait se donner tout entier à Dieu dans l’Ordre des Frères Mineurs Capucins, l’Ordre qu’il aimait.
Il allait se consacrer à cette vie de Pénitence qu’il avait choisie.
Selon la coutume du temps, son nom fut changé. Khalil Haddad sera
désormais le Frère Jacques de Ghazir.
Au soir de sa vie, il confiera à ses Religieuses, les Sœurs Franciscaines de la
Croix du Liban : « En entrant au Couvent je me suis dit :
je rentre ici vivant, je n’en sortirai que mort… »
Un Futur Saint du Liban
Mort en odeur de sainteté le 26 Juin 1954. Enseveli à Notre Dame de la Mer "Deir Al Salib".
Sa cause de Béatification terminée par un décret romain du 22 janvier 1992 le déclarant Vénérable.
Un cas sérieux de guérison inexplicable médicalement est à l'étude à Rome. Si
l'enquête se termine positivement, il sera déclaré Bienheureux.
Base de sa spiritualité
L'évangile, la Croix, l'Eucharistie, Marie, aide aux Prêtres, priorités aux déshérités sont la base de sa spiritualité.
C'est le Saint Vincent de Paul du Liban.
Extrait du livre « L’Apôtre de la Croix, P. Jacques Capucin » Par P. Salim Rizkallah Collection du Patrimoine Franciscain, 2004.
Le Pape Bénit le cadre
représentant Jacques De Ghazir
CITÉ DU VATICAN - Le Saint Père a bénit le cadre représentant le Père Jacques de Ghazir à la fin de l’audience générale de mercredi le 21 Mai dans la Salle Paul VI.
Cette image est celle qui sera exposé lors de la Béatification du Capucin le 22
Juin prochain à Beyrouth au Liban (22 Juin 2008).
Benoit XVI a admiré l'œuvre de la peintre russe Natalia Tsarkova en présence de
Sœur Marie Makhlouf, supérieure générale des Sœurs Franciscaines de la Croix du
Liban.
Très vénéré dans le pays, Jacques De Ghazir Haddad (dans le siècle Khalil)
était originaire de Beyrouth.
Prêtre dans l'Ordre des Frères Mineurs Capucins, qu’il a joint à l’âge de 18
ans, il est né le premier Février 1875 et mourut dans sa ville natale le 26
Juin 1954.
À la suite de François d’Assise, le futur Bienheureux libanais fut un apôtre
infatigable de la Charité, modelée par sa sollicitude pour les nécessités
physiques et morales du prochain.
Pour assurer une continuité à son travail, il fonda la Congrégation Religieuse
mentionnée ci-haut.
Sœur Marie Makhlouf a apporté au Vatican, en cadeau, une relique du Frère
libanais encastrée dans une Croix en or.
Quand au cadre, le Pape n’a pas caché son appréciation pour la peinture
présentée et la qualité artistique dont a fait preuve l’artiste.
D’une grande force émotive, l'œuvre (cm 110 x 170) permet une lecture immédiate de la vie de Jacques De Ghazir.
Le Prêtre, au centre, a le regard serein et lumineux; entre ses doigts s’entrevoit la Croix d’un chapelet, érodée par les nombreuses fois qu’il l’a caressée durant la Prière.
Le cadre du Père Jacques De Ghazir Haddad part maintenant pour Beyrouth. Il
sera placé près de la tombe du Frère, en l’église de Sainte-Marie de la Mer.
Le Bienheureux Jacques
Haddad
Fondateur des Sœurs
Franciscaines de la Croix
1875-1954
Fête le 26 juin
Le sujet de la sainteté
est toujours émouvant. Derrière ce mot si beau, il y a le mystère du don de soi
d'une personne à quelque chose d'invisible et pourtant plus réel que la réalité
sensible. Le don de soi, le don d'une vie ! L'Église est en voie de
proclamer « bienheureux », en attendant de le proclamer « saint », le père
capucin Jacques Haddad (1875-1954), fondateur d'institutions comme celle de
«Deir el-Salib» (le Couvent de la Croix), de l'hospice du Christ-Roi, du
couvent Notre-Dame du Puits, de l'hôpital Saint-Joseph, à Dora, de l'école Val
Père-Jacques, pour ne citer que les plus connues, ainsi que de la Congrégation
des Sœurs franciscaines de la Croix du Liban (1930).
Profil d'une famille
Dans les milieux libanais
de la Montagne, on adresse à la nouvelle mariée ce souhait : « Que Dieu
bénisse la maison dont tu es sortie, et celle dans laquelle tu vas entrer
». Cette bénédiction accompagne Shams Yoakim Haddad quand elle épouse un
homme de sa parenté Boutros Saleh Haddad. Le Père Jacques pensait certainement
à cette union quand il écrivit: « Rien n'est plus beau qu'une femme et un
homme unis d'un seul cœur pour diriger leur maison. Ils sont comme les cordes
d'une guitare: si les cordes et les sons s'harmonisent, ceux qui les écoutent
en sont ravis ». Le couple Boutros et Shams sera cette guitare mélodieuse.
Le mérite en revient surtout à la maman. C'est à elle encore que se réfère le
Père Jacques en disant: « Le secret de la maison, c'est la maman».
Shams, la mère
Shams était une belle âme, "une Sainte" diront ceux qui l'ont connue. Sœur François-Rémy, témoin au Procès de béatification dira: « Sa maman était une sainte, plus sainte que lui ». L'un des fils de Chams, Boulos, renchérit : « Maman est une sainte. Si quelqu'un mérite d'être canonisé, c'est bien elle». Dans une de ses lettres, le Père Jacques confiera: « Maman m'a fait cette confidence. Elle avait au cœur un très vif désir qui la poussait pendant sa jeunesse à entrer chez les religieuses des Saints-Cœurs. Ce que la Providence divine ne lui a pas permis d'accomplir, elle l'accomplira après son mariage, en envoyant sa plus jeune fille, la sœur Léonie, tenir sa place dans cette congrégation et accomplir ce qu'elle souhaitait de tout son cœur ». (Lettre de 1941). Le souci premier de Shams sera l'éducation de sa nombreuse famille de quatorze enfants dont six mourront en bas âge. Les huit survivants seront : Youssef l'ainé, tailleur comme son père, qui émigrera à Cuba; Marie qui épousera Joseph Saadé; Khalil, le troisième enfant, qui deviendra le Père Jacques; Rosa émigrera avec son mari à Cuba; Boulos ira, lui aussi à Cuba y diriger, pendant quelque temps, les chantiers de son frère; Wardié ira vivre à New York avec son mari; Maria, deviendra religieuse dans la congrégation des Saints Cœurs et Georges, après un essai de noviciat chez les Capucins, ouvrira un bureau de comptabilité. La prière tenait la première place dans cette famille. Chaque soir, Shams à genoux avec ses enfants faisait monter vers le ciel sa prière, son chant et les volutes de son encens. Elle était connue pour sa belle voix, l'une des plus harmonieuses du village. Le Père Jacques mettra à profit ce goût musical hérité de sa mère quand il lancera ses fameux cantiques populaires. Le chapelet occupait aussi une place de choix dans la piété de la maman. Lentement elle égrenait ses « Ave Maria » sur ce chapelet qui ne la quittera pas. Avant de mourir, à l'âge de 95 ans, elle le léguera comme pieux souvenir à son fils prêtre et lui dira : « Mon fils, aux heures d'épreuve, prie avec le chapelet de ta mère ». Que de fois, dans la chaleur des nuits d'été, cherchant le sommeil sur la terrasse de sa maison, elle égrenait, au clair de lune et à voix haute, la série des « je vous salue Marie » à laquelle répondait sa voisine qui dormait sur la terrasse voisine jusqu'à ce que le sommeil vienne appesantir leurs paupières. La prière soutenait le courage de Shams qui devait, à elle seule, assurer le travail quotidien de la maison. Elle assumait de plus la tâche de couturière pour dames. Ingénieuse, acharnée au travail, levée tôt penchée jusqu'à une heure tardive au-dessus de sa machine à coudre, elle arrivait à gagner plus que son mari, lui aussi couturier.
Boutros, le père
Boutros était une de ces
belles figures libanaises d'autrefois. Sa hantise était le pain quotidien de
ses enfants. Le Père Jacques dira: « Vraiment je ne comprends pas comment
mon père a pu entretenir sa famille ». À côté de son travail de couturier,
il vendait des étoffes pour arrondir son revenu qui, avec celui de sa femme,
subvenait tout juste aux besoins de la maison. En homme avisé, il avait tracé
pour ses enfants une ligne de vie originale: au premier un métier, au second
des études, au troisième un métier et ainsi de suite. Il était pieux mais
moins ardent que sa femme. Il aimait bien après la messe siroter une tasse de
café, et l'après-midi s'octroyer une bonne sieste. Et il était d'une
finesse remarquable pour dépister les imposteurs. Quand la franc-maçonnerie
tenta de s'introduire dans le village, affublée du titre trompeur d'
«Etendard de Saint Maron», il fut parmi les premiers à la démasquer et à la
combattre. Il eut un jour un conflit avec un voisin. L'affaire fut portée par
devant le tribunal. Apprenant que la partie adverse projetait de présenter
comme témoin une femme prête à jurer faussement sur l'Evangile, il
s'écria: « Je retire ma plainte. Je cède mon droit, pour lui épargner ce
péché ». Son fils retiendra de lui cette leçon: « Un des moyens les
plus sûrs pour se ruiner, c'est d'intenter des procès ». Le papa était
sévère dans son éducation. Il tenait à être obéi. Il ne tolérait, par exemple,
aucune sortie de la maison après le coucher du soleil. Deux de ses enfants
enfreignirent une fois cette loi. Ils eurent droit à une fessée, malgré
l'intervention indulgente de la maman. Se référant encore à ce qu'il vécut dans
son enfance, le Père Jacques écrira: « Le bon exemple est la meilleure
leçon dont profite l'enfant. Vos enfants feront comme vous faites. Le premier
livre de lecture des enfants, ce sont les parents ». Rien d'étonnant de
voir que le Père Jacques donnera, plus tard, à la revue éditée pour ses tertiaires,
le titre de «L'ami de la Famille ».
Enfance à Ghazir
Ghazir est un village
maronite prospère, situé à 25km au nord de Beyrouth, face à la baie de Jounieh.
C'est là que naît le 1er février 1875 Khalil, troisième enfant de Boutros et de
Shams Haddad. Vingt jours plus tard il reçoit le baptême à l'église paroissiale
N.D. de Habchiyé. Les Haddad sont un modeste couple de couturiers. Le père, par
son assiduité au travail, subvient aux besoins de sa femme et de leurs huit
enfants. La maman se distingue par sa piété et sa vigilance dans l'éducation de
ses enfants. Le jeune Khalil passe à Ghazir une enfance sans histoire à part un
incident survenu un certain 15 août, fête de l'Assomption : les feux de joie,
allumés sur la terrasse de l'église, prennent à ses vêtements. Il est vite
secouru et gardera une profonde reconnaissance à la Madone. Élève de l'École
Saint-François de Ghazir, tenue par les capucins italiens, dans le cycle
primaire, il rejoint le collège el-Mzar (le Belvédère), le plus gros
établissement scolaire de son village, pour ses études complémentaires et
termine sa formation, en 1892, à Beyrouth au collège de la Sagesse où il ne
reste qu'un an. Intelligent, travailleur, il décroche partout les premières
places.
Jeunesse
En 1892, il a 17 ans. La
fortune semble lui sourire ; un oncle lointain vint à Ghazir passer les
vacances ; il fit miroiter l'espoir de gains mirobolants pour un
professeur de carrière. Le jeune Khalil pourrait enseigner dans les collèges,
et donner des leçons particulières dans les riches familles égyptiennes. Enfin,
il ne serait pas seul là-bas, sur une terre d'exil. Il vivrait à l'hôtel, avec
son cousin Tannous. À Alexandrie, Khalil trouve tout de suite du travail avec
les Frères des Écoles chrétiennes du Collège St. Marc qui l'engagent comme
professeur d'arabe. Méthodique, consciencieux, compétent, c'est un professeur
modèle qui remet son salaire et tout ce qu'il gagne à son cousin qui se charge
des dépenses ordinaires et expédie à Ghazir le reste de l'argent. À ses moments
de loisir, il s'adonne à la prière et à la visite des églises. Ce fut là que la
grâce divine fait irruption dans sa vie pour la bouleverser toute entière. Un
jour, c'était le 28 février 1893. Khalil voit une grande foule se presser à
l'église des Franciscains. Il entre et s'approche de l'autel. Un jeune prêtre
de 42 ans, le Père Gabriel de Bethléem, git inerte dans sa bière, les yeux
clos, le corps figé. Entre les mains, il tient un chapelet et un crucifix, et
sa tête repose sur un dur fagot de sarments : ainsi le voulait la coutume
franciscaine. À ce spectacle, le jeune Khalil est bouleversé. Il voit le néant
de la vie, il est exalté par la beauté de ce détachement total. Cette vision
d'Alexandrie peut être considérée comme le vrai point de départ de sa vocation.
Il prend une décision irrévocable : «Oui, je me ferai prêtre, je serai à
Dieu et rien ne m'arrêtera ».
Postulat
Khalil regagne donc la
maison paternelle aux premiers jours de juillet. « Je ramenais avec moi
une grosse bourse d'or que je remis à mon père ». Devant l'importance de
la somme Boutros déclare que « jamais il ne permettra à son fils de le
laisser pour se donner à Dieu ! ». Il lui faut absolument un aide
pour nourrir sa famille. Et sa colère augmente encore plus quand il apprend que
son fils n'a trouvé rien d'autre que les Pères Capucins. « Quoi !
Khalil parmi ces va-nu-pieds, ces pauvres aux coutumes bizarres, ces exilés
arrivés de France il y a à peine trois ans. Non ! Non ! ».
L'entêtement du père fera long feu… Moins de deux mois après, c'est lui qui va
accompagner son fils, le 25 août 1893 jour de la fête de Saint Louis chez les
Capucins à Beit Khashebau, tout près de Ghazir. Troquant son prénom contre
celui de Jacques, il va passer près de six ans dans ce vieux couvent que
les Capucins louent aux Arméniens, tout d'abord comme postulant, puis comme
novice et enfin en tant que profès et étudiant de philosophie et de
théologie. Il prononce ses premiers vœux le 14 avril 1895 et se lie
définitivement à l'Ordre Capucin le 24 avril 1898. C'est dans une ambiance de
travail, de ferveur et de pauvreté séraphique que le Frère Jacques se forme à
la vie religieuse. Sa qualité de Libanais et sa parfaite connaissance de
l'arabe et des mœurs du pays font que, tout de suite, les Supérieurs ont
recours à lui pour une multitude de services. Novice, il apprend le latin,
langue dans laquelle il étudiera plus tard la philosophie et la théologie. Il
s'occupe du jardin. D'une patience à toute épreuve, il supporte les brimades
injustifiées de quelques camarades et, parfois, de son supérieur. Plus tard il
dira : « Le noviciat est à la base de toute vie religieuse. Si la vie
religieuse est le paradis de la terre, le noviciat en est le paradis. Le novice
est l'avenir de l'Ordre. Rien d'étonnant si les pensées, les prières, les conseils
et les cœurs se tournent vers lui. » Considéré par tous ses Frères
capucins comme mûr pour la profession, il est admis dans la Communauté. Après
sa profession, le Frère Jacques devient étudiant et poursuit un cycle qui se
déroule comme suit : trois ans de philosophie et quatre ans de théologie.
Ces années d'étude s'accompagnent, pour tout le monde, de travaux
manuels ; couture, raccommodage, balayage, jardinage, et le plus pénible
de tous, la lessive chaque samedi. « Durant les grandes vacances,
nous exécutions les gros travaux. On creusa, à la mine, entièrement dans le
rocher, une seconde citerne. On construisit aussi tout un étage reliant
l'église au couvent. Il fallut bien, pour cette bâtisse, construire d'abord un
four à chaux, aller chercher dans des corbeilles, sur nos épaules, les pierres
à chaux et transporter de Ghazir à Khashebau, à travers le ravin, les
poutrelles en fer de 200 kg. Nous fabriquions aussi le vin pour l'année. Il
fallait même porter jusqu'à la terrasse les corbeilles de raisins, et une fois
les raisins secs, les redescendre, jusqu'à ce que le P. Irénée de Lyon eût
inventé, en dernière année, un système moins pénible et plus rapide. Il mit au
point aussi une espèce de laminoir pour écraser le raisin. Auparavant, on le
foulait, pieds nus, dans des seilles et plus d'une fois, avant d'être écrasée,
une guêpe rageuse nous piquait de son dard. « Voilà brièvement
tracé le tableau de notre existence à Beit Khashebau. » La communauté
de Beit Khashebau vit dans le calme, le travail et la piété. Tout va à
merveille, sauf pour les santés. Sur ce chapitre, cela n'a d'ailleurs
jamais été fameux : anémie, tuberculose, phtisie, fièvre typhoïde
sont le lot quotidien des Frères qui, mal nourris et mal logés, travaillent
durement, et vivent dans des conditions d'hygiène plus que douteuses. Plusieurs
meurent et un grand nombre est rappelé en France et dirigé vers d'autres
missions… Le Frère Jacques quitte ainsi, en 1900, Beit Khashebau pour
s'installer dans le petit village de Krayyé, entre Aley et Bhamdoun, où les
Capucins de la Province de Lyon avaient acheté un bâtiment faisant partie d'une
filature, appartenant à un certain M. Marret, au cœur même du village. Ils
l'appelleront, en français, le Krey. Il y a là une source abondante et claire,
des allées spacieuses plantées d'arbres. Les étudiants peuvent travailler dans
le calme et la solitude si favorables à la vie intérieure et à la réflexion
personnelle. C'est là que le 1er novembre 1901 arrive le grand jour, si
longtemps attendu :« Etre Prêtre ! Grand Dieu, quelle
sublimité ! Mais pour en être digne, il faut trembler de
l'être. » Il tremblait, le jeune capucin, quand Mgr. Duval lui versa
l'huile sainte dans les mains. Il tremblera plus encore en prononçant les
paroles de la consécration, qui, dans ses pauvres mains, faisait descendre le
Roi des Cieux.
Au service de Dieu
Après son ordination, le
nouveau prêtre achève sa quatrième année de théologie, couronnée chez les
Capucins par la proclamation du candidat « Prédicateur Apostolique ».
Le Père Jacques obtient ce titre le 5 octobre 1902. Désormais, il peut de plein
droit prêcher, confesser, exercer son ministère sacerdotal suivant les
directives de l'Ordinaire du lieu, le Délégué Apostolique et ses supérieurs
capucins. Il doit cependant attendre de la Congrégation Romaine de la
Propagande ses patentes de « Missionnaire Apostolique ». Elles lui
sont délivrées le 5 octobre 1905. C'est à cette date que commence
officiellement sa carrière apostolique. Elle va durer un demi-siècle. Quelle a
été vie du Père Jacques pendant ses premières années ? Il sera tour à
tour, économe, prédicateur ambulant, directeur général des écoles, animateur du
Tiers-Ordre.
L'économe du Krey
Le 7 mars 1903, Rome met
fin à la présence des Capucins italiens et confie leurs maisons du Liban, de la
Syrie, de la Mésopotamie et de la Cilicie à la Province de Lyon, sous la
direction du Père Jérôme, un administrateur compétent qui gardera ce titre plus
de trente ans. Le couvent du Krey et tous ses religieux passent alors
sous son autorité. Le Père Jacques est ainsi maintenu au Krey, et chargé
d'assurer le ravitaillement du couvent d'Etudes et des autres maisons capucines
du Liban. Sa charge d'économe, et plus tard de directeur général des écoles,
fait de lui un voyageur permanent à travers les sentiers de chèvres de la
montagne, si faciles à dévaler mais si rudes à remonter. En été, il ruisselle
de sueur. En hiver, les averses subites le surprennent et le laissent trempé,
sans habit de rechange. À pied, il va à Hammana, Beyrouth, Deir el-Kamar,
Damour, Beit Méry, Jounieh, Zghorta, Ehden, Bcharré, Baalbeck, le Sannine,
Faraya… Il accompagne –probablement en train- son supérieur pour ses travaux en
Syrie, jusqu'à Alep et Antioche. Puis Alexandrette, Lattaquié et Tripoli en
bateau. Il va aussi en Terre Sainte, à Jérusalem et à Gethsémani. Et puis à
Lourdes, Marseille, Clermont-Ferrand, Assise et Rome où il obtient une audience
avec le Pape Pie X.
Messe au Sannine
Un des exploits que le
Père Jacques accomplit le 19 août 1912, en compagnie des étudiants du
Krey. Il s'agissait de faire l'ascension du Sannine, sommet de 2800 mètres
pour y camper et célébrer la sainte messe. Des semaines durant, les étudiants
s'attaquent à la confection d'une tente imposante en grosse toile pour s'y
abriter la nuit. Au jour fixé, la caravane part de bon matin, les Frères
portent les provisions, un mulet assure le transport de la tente et du gros
matériel. La distance est longue pour aller du Krey à Salima, descendre la
vallée de Erbanié, remonter la rude pente qui mène à Baabdath, et de là, par
Bikfaya et la terrifiante vallée des Crânes, monter sans cesse jusqu'à
Beskinta. Il ne reste alors que deux heures de marche pour atteindre la source
glacée du Sannine. C'est là qu'on décide de dresser la tente et de passer la nuit.
L'expédition comptait une vingtaine d'étudiants. Vers minuit, le Père Jacques
réveille quatre compagnons, deux prêtres et deux diacres, et tous les cinq
entreprennent d'escalader la montagne, Sous leurs pieds, le gravier effrité par
la fonte des neiges dérape et dégringole ; ni les pieds ni les mains ne peuvent
trouver un point d'appui solide. A chaque pas, la pente mouvante vous ramène en
arrière. Il fallut à l'équipe huit heures au lieu de quatre pour atteindre le
sommet. C'est avec grande peine qu'ils y arrivent enfin. Leurs compagnons, plus
chanceux les rejoignent par le versant opposé, très rocailleux. Là du moins on
ne risquait pas la glissade. Le Père Jacques célèbre sa messe le premier. Ses
deux compagnons disent la leur après lui. Pendant ce temps, les deux diacres
tenaient ouverts leurs parapluies pour se protéger du soleil. Le vent était si
fort que le prêtre devait coincer l'Hostie Sainte sous la base du calice, pour
empêcher le vent de l'emporter. Pour la première fois une messe était célébrée
au sommet du Sannine ; pour la première fois la blanche hostie s'élevait
au-dessus de ces montagnes d'où l'on aperçoit au sud-ouest la ville de
Beyrouth, et, par temps clair, vers le nord-ouest, l'île de Chypre perdue dans
le lointain. De l'autre côté, c'était la plaine de la Békaa avec, en arrière
plan, la chaîne de l'Anti-Liban. Sur toute cette patrie libanaise, le Père
Jacques appela la bénédiction du ciel. Revenus du Sannine, les pionniers
continuent leur route avec leurs confrères et redescendent de Beskinta vers
Mazraat-Kfardebiane, pour aller visiter les fameuses sources du Lait et du Miel
(Nabeh el-Assal et Nabeh el-Laban) avec l'énorme pont naturel creusé par la
chute du fougueux torrent. Puis ils continuent leur route à travers Faraya –
Hrajel et Meirouba avec ses pommiers et ses vergers, parmi les rochers bleus et
dentelés de Achkout, pour déboucher enfin en face de Ghosta, laissant Ghazir
sur la droite. De là, le coup d'œil est féerique. On se croirait en face de
quelque nouvelle Terre Promise. Les compagnons du Père Jacques lui demandent :
« Père Jacques, comment s'appellent ces villages ? » Lui de répondre : «
Demandez au Père Gardien ». Le Père Gardien s'excusait : « Demandez au
Père Jacques ». Celui-ci, après nous avoir taquiné autant qu'il put, se
redresse et nous dit avec un accent de fierté que je n'oublierai jamais. « ça,
c'est mon pays ». Et son regard malicieux disait assez sa fierté d'être
Libanais et Ghaziriote. » Pour le Père Jacques : « La patrie ! C'est
la terre de nos ancêtres, l'air qu'ils ont respiré, le ciel qu'ils ont
contemplé, les pensées qu'ils ont entretenues, la religion qu'ils ont
embrassée, à laquelle ils se sont accrochés et qu'ils ont protégée et pour
laquelle ils se sont peut-être sacrifiés. Comment ne pas l'aimer ? ».
Les œuvres du Père
Jacques
« J'aimais beaucoup
la Croix »
Les buts de l'œuvre
Avant la guerre, le
Tiers-Ordre avait pris une grande extension. Le Père Jacques rêvait de
construire un centre de réunion générale pour ses fraternités. Il en avait
demandé la permission à ses supérieurs et même ouvert une souscription pour
recueillir les fonds nécessaires, il préparait déjà ses plans quand éclata la
terrible guerre. Il avait alors rendu aux donateurs leur argent et attendu
l'heure de Dieu. Après la guerre, un autre objectif vint s'ajouter au but
initial. Pendant la guerre, des milliers de Libanais, et parmi eux des
centaines de tertiaires, étaient morts de faim ou du typhus sans trouver une
main qui dressât sur leurs tombes la Croix bien-aimée. Il fallait un monument
pour commémorer leur souvenir, il fallait une croix près de laquelle on
viendrait prier pour ces victimes de la tyrannie, pour ces frères qui dormaient
là, de leur dernier sommeil. Un dernier but et, pourrait-on dire, le plus
important, du moins celui qui, dans la pensée du Père Jacques, était le mobile
principal de son projet, c'était d'appeler la bénédiction de la Vierge sur cet
autre Liban qui n'existait pas sur la carte, sur ce deuxième Liban chrétien qui
s'élargissait aux dimensions du monde par l'exode massif des émigrés. Le
mouvement commencé au milieu du XIXème siècle était devenu un phénomène
normal. Partir au Brésil, au Mexique, en Australie ou en Afrique du Sud était
le rêve de tous les jeunes. Chaque jour, c'était au port de Beyrouth la longue
caravane des parents venus dire adieu à un père, un frère ou un fils qui
partait. Parfois même les femmes s'embarquaient elles aussi, mais en général
les émigrants s'en allaient seuls, laissant derrière eux parents, femmes et
enfants. Et c'était là-bas une âpre lutte pour la vie. Beaucoup firent fortune
et restèrent définitivement sur la terre étrangère. D'autres revinrent relever
avec l'or accumulé leur maison en ruine. Le Père Jacques voulait un sanctuaire
où l'on vint prier la Sainte Vierge pour ces émigrés. Qui, mieux que la Vierge
Marie, pouvait les protéger des périls du voyage, éloigner d'eux les maladies
ou l'affreuse mort en terre d'exil. Qui, mieux que la Vierge Marie pouvait
préserver dans leurs âmes croyantes la foi de la montagne et les mœurs simples
et pures du pays natal ?. En 1919, juste après la guerre, il exposa
son projet à son supérieur. Celui-ci répondit : « Je n'y vois aucun
inconvénient, mais ne comptez pas sur moi pour l'argent. Si vous croyez pouvoir
vous en tirer tout seul sans recourir à la Mission, commencez dès que vous
voudrez, sinon laissons tout en place ». Le Père Jacques s'inclina et
répondit : « Mon Père, je ne demande que votre bénédiction, et elle
me suffit ». Et il se mit à l'œuvre. Ce projet d'une croix n'était pas
nouveau. Dans une bande enregistrée au cours de ses vieux jours, il
révèle.« J'aimais beaucoup la Croix. Depuis mon entrée dans l'Ordre
Capucin en 1893 j'ai toujours pensé à dresser dans ma patrie le Liban une croix
monumentale sur une cime de ses montagnes ».
L'achat du terrain
Il fallait d'abord
choisir l'emplacement. Le Père Jacques chercha d'abord dans le voisinage de
Ghazir son pays natal. Son choix se porta finalement sur une colline au-dessus
de Jall el-Dib. Elle était magnifique. Il y avait là un petit couvent dédié à
la Vierge sous le vocable de N. D. de la Mer. Commencé en 1867 par un moine
Antonin, ce couvent avait été terminé au temps de son successeur le Père
Silvanos. On appelait couramment la colline, Notre-Dame de la Mer ou El-Arid, « l'Esplanade »,
ou la colline de Silvan . D'autres l'appelaient la colline des Djinns. En 1902
les moines vendirent la propriété à Assad Dibane, qui, à sa mort, la laissa à
son frère Najem. Contacté pour l'achat de son terrain Najem refusa d'abord
catégoriquement. Sa femme fut même insolente avec le Père Jacques. Pris de
remords, il revint signer l'acte de vente. C'était le 25 août 1919, le jour de
la fête de Saint Louis roi de France, patron des tertiaires.
La route et la première
pierre
Avant de commencer le travail,
il fallait à tout prix une route. Le Père entreprit d'élargir le sentier
zigzaguant qui, de la côte, grimpait là-haut sur la colline à travers les
rochers. L'entreprise engloutit de grosses sommes, mais il put en venir à bout
au cours de l'an 1920. L'étape suivante fut de démolir ce qui avait été le
sanctuaire de Notre- Dame de la Mer pour repartir à neuf. Le Père attendit
cependant la visite du Supérieur Général des Capucins pour la pose de la
première pierre. C'était le 19 janvier 1921. Le Père Joseph-Antoine de
Persiceto, récemment arrivé de Rome, fut reçu en triomphe par les fraternités
du Tiers-Ordre qui le portèrent à bout de bras jusqu'à la colline, avec cet
enthousiasme qu'on ne voit qu'au Liban. Là-haut, il posa solennellement la
première pierre d'un édifice qui devait prendre des proportions auxquelles
personne ne songeait alors. Ce fut un beau jour pour le Père Jacques ; il
voyait se réaliser son rêve d'autrefois : rassembler tous ses fils
tertiaires sous les bras accueillants de la Croix tant aimée.
Où trouver
l'argent ?
L'œuvre démarra, elle
exigeait une vigilance continuelle ; il fallait surtout de l'argent. Où le
trouver ?. Son Supérieur ne lui avait promis que sa bénédiction ;
elle suffisait, bien sûr, mais s'il y avait eu autre chose avec elle, cela
aurait été bien mieux. Il songea à demander du secours au Père Rémy. Ce
dernier, Aumônier Général de l'armée, responsable du ravitaillement des
Orphelinats, et personnage influent auprès des Autorités civiles et militaires,
semblait être l'homme de la Providence. Le Père lui présenta sa requête, exposa
sa détresse et plaida de son mieux la cause de l'Oeuvre. Mais son confrère
ne fléchit point : « Allez, allez, Père Jacques, vous êtes plus
riche que moi ». « Comment pourrais-je être plus riche que vous
quand tous les biens de la France sont entre vos mains ». « Je
vous l'ai dit et je vous le répète : Vous êtes plus riche que moi. Moi
j'ai en main les biens de la France. Mais vous, vous avez Dieu avec vous. Et
qui est plus riche que Dieu ? Ses richesses au moins ne risquent pas de
tarir ». Cependant le Père Rémy lui donna, dit-on, une somme de deux
cents livres égyptiennes qu'il engagea tout de suite dans les travaux.
L'obole de la veuve
Les tertiaires aidèrent
l'entreprise de leur mieux ; dans chaque fraternité, les cotisations
mensuelles étaient réservées au profit de « Notre Dame de la Mer ».
Les petites sommes s'ajoutèrent aux petites sommes et permirent de faire
progresser les travaux. Il y eut aussi l'obole de la veuve, si précieuse parce que
fruit d'une privation. Témoin cette veuve de Baabdath qui n'avait pour fortune
qu'un quart de livre libanaise pour subvenir à la nourriture de ses enfants.
Quand, au cours de la réunion du Tiers-Ordre, on proposa de faire la quête pour
l'œuvre du Père Jacques, elle fut tiraillée entre deux amours : celui de
la Croix et celui de ses enfants. L'amour de la Croix eut enfin le
dessus ; la pauvre veuve donna tout son argent et revint chez elle. A ses
enfants soucieux du lendemain, elle répondit : « Mes enfants, s'il ne
vous restait entre les mains que la bouchée que vous portez à la bouche, et que
vous ayez à la donner à quelqu'un, n'hésitez pas ; Dieu bénit ceux qui
donnent sans compter. » De fait, le lendemain même, la pauvre veuve reçut
une lettre anonyme contenant trois livres et demie. Elle en eut les larmes aux
yeux et courut raconter le fait au Père Jacques.
Le franc des
millionnaires
« En 1923, la
bâtisse de la Croix était élevée d'environ deux mètres de terre. Un
religieux de mes amis me conseilla de recourir à une grande bienfaitrice de
France, remarquable par sa piété et par la générosité, et me proposa de lui
demander son aide. La proposition m'enchanta. Je recueillis aussitôt les plans
et les devis et tous les documents utiles, j'y joignis une lettre où j'exposai
le but de l'œuvre. Et j'attendis la réponse. Elle vint quelques temps
après. « Je décachète la lettre pour y trouver… devinez quoi ?…
Un seul franc en papier ! J'en fus abasourdi » . « C'est
bien fait pour moi, me dis-je ; le Bon Dieu a voulu me montrer que c'était
Lui le premier et l'unique bienfaiteur de cette œuvre. « Depuis c'est en
Lui seul que j'ai mis mon espérance. « En toi Seigneur j'ai espéré ;
je ne serai jamais déçu ! Quant au franc, je le conserve jusqu'à ce jour
comme souvenir et pour servir de leçon ».
L'inauguration
La Providence se chargea
de lui trouver ce qui manquait. En mai 1923, le Père Jacques pouvait convoquer
ses tertiaires pour l'inauguration du Sanctuaire. C'était le premier
rassemblement d'après-guerre. De partout les délégués des fraternités
arrivèrent. La phrase écrite à l'entrée de la bâtisse peut nous donner une idée
de ce que fut ce premier congrès : « Qu'il est bon et agréable de
vivre entre frères ! ».
« Ma maison est une
maison de prière »
Ce fut vraiment un
Triduum de prières et d'adoration continuelle. Il y eut un nombre
impressionnant de confessions et de communions. Jour et nuit les délégations
des villages se relayaient pour l'adoration perpétuelle. Le Père Jacques
prononça à cette occasion un discours-programme qu'il termina ainsi :
« Soyez-en sûrs mes frères : dans ce sanctuaire que nous achèverons
bientôt, avec l'aide de Dieu et le concours des bienfaiteurs, les prières
ferventes s'élèveront chaque jour pour le retour des émigrés. Notre Dame de la
Mer dont nous attendons la statue avec impatience protégera vos absents et les
gardera sous son œil vigilant pour nous les ramener saints et saufs. Et la
Croix victorieuse que nous avons décidé d'ériger au-dessus de ce sanctuaire,
sera pour le Liban un abri sûr, et, du Cœur du Christ les bienfaits couleront
sur cette montagne bien aimée ».
La statue
Le 27 juillet 1923, la
statue de N. D. arriva. C'était une belle œuvre d'art. La Vierge est debout,
souriante, drapée dans son manteau d'azur. Sur son bras, Jésus se penche avec
intérêt vers un objet placé aux pieds de la Madone. En regardant bien, on voit
une barque chargée de voyageurs ; bien en équilibre sur les flots rageurs,
elle semble faite pour braver tous les dangers, car Marie est là qui veille sur
elle. Ce soir-là, le Père Jacques chanta les litanies de Notre Dame de la Mer
composées par lui… L'écho renvoyait dans le calme de la nuit son pieux refrain.
« Ramenez en paix les émigrés dans leur pays ».
Le Père Jacques cinéaste
Maintenant que la Vierge
était là, il ne restait qu'à installer la Croix. L'entreprise ne prendra pas
moins de deux ans, faute de ressources. Pour en trouver, le Père Jacques songea
un moment à se lancer dans le cinéma religieux. Il écrivit à son Provincial à
Lyon. « Notre Seigneur m'encourage et me dit : « Demandez et
vous recevrez » et Bienheureux ceux qui ont soif et faim. J'ai bien
soif ; cette œuvre que j'ai entreprise est trop grande. Il faut que je
travaille encore beaucoup pour l'achever. « Dernièrement aux fêtes de
Noël, j'ai représenté au Krey les mystères de Noël que j'ai traduits en arabe
suivis du cinéma « Christus » que j'ai loué pour trois cents francs.
Cette représentation a très bien réussi du double point de vue spirituel et
temporel. Plus de 600 druses y ont assisté. Une quête improvisée a été faite au
profit de mon œuvre et a ramassé 1060 francs. Encouragé par ce nouveau genre
d'apostolat, j'ose vous demander, T.R. Père, si vous pouvez me procurer les
films suivants : « St. François », « Ste Élisabeth de
Hongrie », et le petit film comique « L'Ermite et le Diable ».
C'est un grand bien que vous ferez à tout le monde : Infidèles, fidèles,
tertiaires. La chose passe. Un brave ingénieur italien met à ma disposition son
appareil de cinéma avec l'électricité. Il a monté une auto exprès pour cela, de
sorte que nous pouvons circuler par tout le Liban, grâce aux routes assez bien
entretenues. Voici ma demande, ma grande demande. J'avoue que c'est plus que le
pain quotidien qu'on demande au Bon Dieu, mais que faire ?… L'homme ne vit
pas seulement de pain. J'ai les âmes et je n'ai que vous, bon Père, qui daignez
entendre ma voix. Si vraiment vous sentez que ma demande est irréalisable à
cause du prix du film, rien n'empêche de commencer « Chouaï Chouaï »
(petit à petit). Vous pouvez vous-même faire un choix. « Je vous demande
bien pardon de ces soucis que je vous occasionne, ma contrition n'est pas
parfaite, c'est pourquoi je vous demande humblement l'absolution et la
bénédiction ». Il revint à la charge dans une seconde lettre :
« Maintenant, T.R. Père, si j'ai suivi le principe qui dit ne rien
refuser, je ne veux pas suivre celui qui dit ne rien demander. Or, encouragé
par la réussite, j'ai résolu de marcher de l'avant et pour le bien des âmes et
pour l'achèvement de mon œuvre qui a besoin encore de plusieurs milliers de
francs. Le Bon Dieu a dit : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton
front », et je ne crains pas le travail. « Je vous demanderai
seulement une faveur : c'est de vouloir bien me procurer le plus vite le
film de Ste Élisabeth de Hongrie ».
Érection de la Croix
Petit à petit, l'Oeuvre
avançait. A la fin de 1924, le Père Jacques écrit : « J'attends
toujours le grand crucifix de 2m.50 ou 3m. avec cloches tubulaires. C'est
encore un souci que je vous donne, mais je suis obligé de le faire, puisqu'il
faut, à tout prix, monter la Croix monumentale avant le 3 mai, jour fixé
pour le pèlerinage prochain des tertiaires ». Le Crucifix n'arriva pas. Le
Père Jacques tint à inaugurer au moins la Croix pour le 3 mai. Le 21 avril 1925,
les ouvriers étaient là pour la hisser sur son piédestal. Pendant qu'ils
exécutaient leur délicate manœuvre, le Père était là, en face d'eux, à genoux,
les bras en croix. Près de lui, les Sœurs franciscaines, venues de Jall el-Dib,
priaient dans la même attitude. L'heure était pathétique. La Grande Croix,
haute de 10 mètres, monta lentement ; les bras musclés tiraient sur les
gros cordages, et les cœurs battaient d'inquiétude : l'opération se
passera-t-elle sans incident ? On avait mal calculé :
arrivée en haut la Croix s'arrêta, il fallait encore un bout de corde
supplémentaire. Le Père cria aux ouvriers : « Tenez bon, je vais m'en
procurer une ». Et de son pas rapide, il dévala vers Jall el-Dib. Il n'eut
pas à aller loin. Au premier détour du chemin, il se trouva face à face avec un
jeune homme qui portait des cordages sur son épaule. C'était providentiel. De
bon cœur, le jeune homme accepta de fournir son aide et la Croix du Sauveur se
dressa droite au milieu des échafaudages, bénissant la Capitale et la vaste
bande côtière de Jall el-Dib. Dix jours après, le 3 mai 1925, avait lieu
l'inauguration solennelle. Le Père Jacques exultait de bonheur : « Ce
monument éternel parlera au cours des siècles de la générosité des
bienfaiteurs, des tertiaires aussi bien que des autres hommes doués de zèle et
de piété, qui nous ont aidés de leur argent, soutenus de leurs prières,
accompagnés de leurs vœux les plus sincères. « Nous ne pouvons ici nous
empêcher de lever notre voix en hymne de louange envers le Seigneur à qui
revient l'honneur d'avoir fait aboutir cette sainte tâche. Et nous proclamons
solennellement aujourd'hui que sans la Providence divine, nous n'aurions pas
posé une seule pierre dans ce pieux monument. C'est Dieu… » Le Père Ernest
pouvait féliciter le vaillant apôtre. Il lui écrivit : « Je souhaite
que votre apostolat soit de plus en plus couronné de succès. Vous avez semé
dans la peine et les larmes, vous récolterez dans l'allégresse. Je souhaite
surtout toutes les bénédictions du Ciel à ce petit sanctuaire de N. D. de la
mer. « Je ferai tout mon possible pour vous procurer tout ce que vous
désirez, encore que vos désirs soient parfois un peu vastes. « Portons
chacun de notre côté notre croix ; elle est lourde, moins cependant que
celle que vous avez édifiée face à la mer ».
La Croix à Deir El Kamar
Dans la montagne
libanaise, au cœur du Chouf, se dresse une petite ville qui fut longtemps la
capitale du Liban, le cœur et le cerveau de ce petit pays, Deir el-Kamar, ou
« Couvent de la lune », par référence sans doute à la déesse Lune,
vénérée du temps des Phéniciens et des Greco-Romains. Longtemps, Deir ei-Kamar
fut la capitale de Fakhr-Ed-Dine et de sa dynastie, jusqu'au jour où le grand
Emir Béchir décida de s'écarter à quelques kilomètres de là, pour bâtir son
palais à Beit-Eddine. Après l'exil de l'Emir en 1840, une série de troubles et
de menées confessionnelles sournoises amena les sinistres évènements de 1860.
Le Père Jacques venait régulièrement dans cette ville où, depuis 1909, il avait
fondé une florissante fraternité de 260 tertiaires. Cette terre, arrosée du
sang des martyrs et de ses propres sueurs, lui était très chère et il avait
depuis longtemps résolu d'y établir une œuvre durable comme à Jall el-Dib. Dans
une lettre au Père Provincial, le 14 décembre 1929, il écrit :
« Vous avez connu le Liban et entendu parler de Deir-el-Kamar.
Là, il y a une florissante fraternité de tertiaires et malgré la distance, je
vais les visiter chaque mois. J'ai remarqué, que dans cette petite ville, il y
a un cimetière, pour les martyrs de l'an 1860 en très mauvais état. J'ai résolu
de ramasser de l'argent pour ériger un monument surmonté d'une Croix comme
celle de Jall el-Dib. J'ai déjà ramassé pour le moment 6000 francs et je crois
que j'en aurai suffisamment pour la construction. Mais le Christ, pourrai-je
espérer l'avoir de France ? Je ne veux pas donner de soucis à mon tendre
Père. Je sais qu'il fera tout ce qu'il pourra pour l'amour de Dieu. J'ai à cœur
cette œuvre, je l'ai lancée et les gens en attendent l'exécution avec
impatience ». En 1929, les travaux commencent et vont bon train. Un an
plus tard, le Père Jacques pouvait écrire de nouveau à son Provincial : «…
Quant à la Croix de Deir el-Kamar, elle s'élève majestueusement sur la cime de
la montagne qui domine ce petit centre de la chrétienté au milieu des druses.
Monseigneur Boustani, Évêque maronite de ce diocèse et qui m'a cédé le terrain,
(160m. sur 50m.) a été lui-même à pied visiter ce monument. Le Christ que vous
m'avez envoyé est encore au pied de la Croix de ciment. Je compte le placer en
juillet prochain, date fixée pour achever la route qui est commencée et qui
permettra à toutes les fraternités tertiaires libanaises de s'y rendre pour
prendre part à cette solennité ». L'œuvre fut vite achevée. L'inauguration
solennelle ne put cependant avoir lieu qu'en septembre 1932. A cette occasion
le Père Jacques publia dans l'Ami de la famille un petit article où il
exposait ses vues et ses projets : « Ce monument sacré a été élevé
dans cette ville bénie, sur une haute colline qu'on peut classer parmi les plus
beaux belvédères du Liban… On l'a appelée depuis longtemps la colline de Tyr.
On aurait dû l'appeler la colline du Liban, puisque, de là, le coup d'œil
embrasse l'ensemble des villages du Chouf, du Metn et du Kesrouane… Les
habitants de cette capitale libanaise ont été connus pour leur noblesse, leur
audace, leur bravoure, leur liberté de conscience et leur attachement aux
croyances religieuses et aux principes patriotiques. (IMAGE N.12) « Notre
but n'est caché à personne ; nous voulons : 1- faire
revivre l'esprit de foi dans le cœur des chrétiens de cette région pour qu'en
levant les yeux vers la Sainte Croix, ils se rappellent chaque fois les
enseignements du Sauveur qui commande d'aimer tous les hommes ;
2- élever un monument commémoratif pour le Tiers-Ordre de St. François.
Fondé, voilà plus d'un quart de siècle au Liban, il y compte plus de 5.000
membres hommes et femmes ; 3- laisser une porte ouverte pour une
œuvre de bienfaisance que nous projetons, pour porter secours à tous ceux qui
souffrent, chrétiens et non chrétiens, mettant notre confiance dans le Seigneur
et dans la générosité des bienfaiteurs de quelque religion qu'ils
soient ». Après avoir exprimé sa reconnaissance à ses supérieurs, à
Mgr. Boustani et aux Tertiaires, il annonce que chaque année, une fête
solennelle groupera autour de la Croix des milliers de pèlerins, pour que la
contrée devienne « plus ferme dans la vraie foi qui garantit le succès et
la prospérité et laisse entrevoir l'aube de l'espérance dans les heures
d'épreuves et de calamités ».
Premières festivités
La première fête de la
Croix à Deir el-Kamar fut un succès sans égal. La Croix, haute de 20 mètres,
sur un piédestal en béton armé, se dressait, tournée vers le sud, vers les
villages druzes et chrétiens, et par-delà les montagnes libanaises, vers cette
autre colline du Calvaire où, pour la première fois, la Croix Rédemptrice avait
été élevée. On avait tout prévu pour le confort (oh ! très relatif) des
pèlerins : une église en bois pour abriter des ardents rayons du soleil le
jour, et de la brise fraîche et humide, la nuit. Des muletiers assuraient l'eau
potable, et une nuée de marchands de friandises et de bibelots divers se
disputaient la pieuse clientèle. L'organisation des cérémonies religieuses fut,
évidemment, plus soignée : adoration nocturne, messes sans interruption,
chemin de croix, procession du St. Sacrement. Dans un discours plein de feu,
Monseigneur Boustani exalta la croix victorieuse et demanda enfin au Divin Crucifié
de bénir le peuple libanais tout entier pour qu'il vive dans la charité, la
droiture et l'unité.
Essor de l'œuvre
Par la suite, Monseigneur
Boustani fera publier des mandements condamnant les danses, les boissons et les
chansons et toutes sortes de réjouissances profanes sur la colline de la Croix
et dans ses environs immédiats. Un an plus tard, les tertiaires de la ville
firent clôturer la vaste place. Quatorze familles offrirent chacune le prix
d'une station du chemin de Croix. Plus tard on installa même l'électricité tout
autour de la Croix pour qu'elle brille jusqu'au loin dans la nuit. Des années
durant, la fête de la Croix à Deir el-Kamar fut une sorte de journée nationale.
Par milliers, tertiaires et simples fidèles continuent à venir de tous les
coins du Liban pour honorer la Croix victorieuse.
Le Père Jacques Hors du
Liban
L’action apostolique du
Père Jacques se confina au Liban. On ne signale qu’une sortie pour une retraite
en arabe dans la ville turque de Mersine en 1913. Il n’en reste qu’un souvenir
rapporté par son frère Georges. « Le Père Jacques célébrait sa messe quand
on vint lui dire que le bateau qui devait le ramener au Liban avait avancé
l’heure du départ. Le Père Jacques n’en tint aucun compte. Comment ?
annuler ma messe pour ne pas annuler un billet de bateau ? Ce n’est
qu’après la guerre et dans les années 1930-1936 que le Père Jacques, malgré ses
soucis pour la bonne marche de sa congrégation naissante, accepta de prêcher
hors du Liban.
En Syrie
En 1930, vers la fin de
mars, il alla prêcher à Damas. Les Syriens, habitués à une langue plus châtiée,
à un style plus oratoire et plus emphatique, goûtèrent peu ce prédicateur au
genre simple, au parler populaire. Cependant, il eut la joie de ramener une
famille au bercail de l’Eglise ; ce fut sa consolation dans cette capitale
qui lui donna surtout des inquiétudes et du chagrin.
En Irak
L’année suivante, le 19
mars 1931, il alla porter la parole divine au cœur de l’Irak, dans une paroisse
de Bagdad. On ne nous a conservé de cette mission lointaine que le souvenir
d’un accident de voyage. A l’aller, l’axe de la voiture se cassa. Impossible
donc d’aller plus loin. Dans son cœur, le Père appela à son aide le Bon St.
Antoine ; puis il dénoua sa corde de capucin et demanda au conducteur de s’en
servir pour tirer la voiture. Elle fut alors tirée jusqu’à la plus proche
station de dépannage. Le Père Jacques ne devait rester que deux semaines dans
la capitale des Abbassides.
En Transjordanie
En 1935, le Père Jacques
visita la Transjordanie. Il alla au mois d’avril à Amman, puis dans les
localités peu connues de Adr et de Fhaïss. Là, comme en Irak, ses yeux
suivront les longues routes rocailleuses ou désertiques ; il eut le cœur
serré dans ces régions désolées et infidèles, jadis chrétientés ferventes et
prospères. Son rôle devait d’ailleurs être limité : fortifier la foi dans
ces âmes négligées ou abandonnées, redonner l’espérance à ces cœurs trop
habitués à la servitude.
Dans la Djézireh
Vers la fin de cette même
année, le 28 octobre 1935, il était de nouveau en Syrie, à Deir ez-Zor, dans
l’église des Capucins dédiée au Christ-Roi. Là, il eut la joie de constater
l’œuvre apostolique entreprise par ses confrères et par les Sœurs Franciscaines
de Lons-le-Saunier. Une semaine plus tard, il poursuivait sa route jusqu’à
Hassetché, au cœur de la Djézireh.
En Palestine
L’année suivante enfin,
en décembre 1936, il était en Palestine, en compagnie d’un autre Capucin, son
compatriote, le Père Elias de Ghazir. Le Patriarche de Jérusalem les avait
demandés pour semer la parole de Dieu dans les bourgs de la Galilée, de la
Judée, et de la côte (notamment à Akka - St. Jean d’Acre - Jérusalem). A
l’exemple du Divin Sauveur, il prêcha la pénitence, annonça le Saint Évangile,
tout ému de remplir le même rôle que le Verbe Divin, dix-neuf siècles plus
tôt. Il eut aussi à expérimenter la joie parfaite chantée par Saint
François. Un soir, tard dans cette nuit de décembre, ils furent pris sous la
pluie diluvienne d’un orage terrible. Après beaucoup de difficultés, ils purent
atteindre un village, et se dirigèrent vers la cure. Par malheur, le curé n’y
était pas. Ils durent donc passer la nuit dehors, trempés jusqu’aux os,
grelottants de froid, au milieu des lueurs sinistres des éclairs et le sourd
grondement du tonnerre. Le Père Jacques trouvait que c’était la joie parfaite.
Le Père Elias, moins philosophe, lui déclara : « C’est fini, je ne
vous accompagnerai plus de ma vie. Je ne peux pas vivre comme vous ». Le
Père Jacques partit d’un bon éclat de rire. Il n’en était pas à sa première
expérience.
Dernières années
L’attente de la mort
Les dernières années on
voit le Père Jacques se préparer à une mort qu’il sentait toute proche ;
il met une dernière main à ses œuvres, non avec cette précipitation fébrile
d’un homme pris à l’improviste, traqué par le temps, mais avec le calme serein
du vieillard Siméon qui n’attend que le signal du départ : En paix, il
prépare son grand voyage. A Mgr. Abdallah Noujaim, venu le visiter, il
dit : « Monseigneur, c’est la dernière fois que je vous vois avant de
mourir. Je vous recommande la Supérieure et la Congrégation ». A la Croix,
la Mère Supérieure ne savait plus quel médecin consulter ; elle avait fait
appel aux meilleurs praticiens du Liban. « Ma Fille, lui dit le Père Jacques,
ça ne vaut plus la peine de tant vous tracasser, vous avez fait tout votre
devoir, laissez-moi aller à la rencontre de mon Seigneur ». « Et
pourquoi ne pas utiliser tous les moyens possibles ? lui dit-elle…
Voulez-vous partir et nous laisser toutes seules ? ». Il répondit
avec vivacité : « Je ne vous ai pas laissées, je ne vous laisserai
jamais. N’ayez pas peur. Si un homme passe d’une pièce à une autre, a-t-il pour
autant abandonné les siens et cessé de les aider ?… Je passerai au ciel,
et je ne cesserai de vous seconder. N’ayez pas peur… Je vous recommande les
Sœurs ».
Testament spirituel
A ses Filles il
recommandait aussi la soumission à celle qui, avec lui, posa les bases de
l’œuvre. « Mes Filles, aimez votre Mère Supérieure, honorez-la comme
moi-même. Si je meurs, je n’ai d’autre souci que mes Filles religieuses. Mes
Filles, j’ai peur pour votre Mère des « grosses têtes » ; parce
qu’elle est une femme, on en prendra à son aise avec elle. Moi, je la connais,
je connais ses dons et ses capacités, mais les autres ne la connaissent pas.
Cependant, ne craignez rien, Dieu est avec nous. Honorez votre Mère et aimez-la
parce qu’elle me remplace ». Il sait qu’il devra bientôt quitter toutes
ces Filles qu’il a connues, formées, aimées. « Mes Filles, comment vous laisserais-je ?…
Pourtant Jésus a laissé ses apôtres et l’Eglise, mais il leur a laissé sa Mère
pour les affermir. Mes Filles, faites honneur à votre Congrégation. Prenez
l’esprit de votre Père et donnez-le à vos Sœurs ». Par-dessus tout, il
leur recommande l’amour : « Aimez-vous les unes les autres comme je
vous aime. Si je pouvais ouvrir mon cœur et montrer à chacune d’entre vous
combien je vous aime, je ne reculerais pas. Je n’ai d’autre souci que votre
sanctification. O mes Filles, je vous veux parfaites pour trouver ma joie en
vous ».Une Sœur lui demanda : « Que nous recommandez-vous
spécialement ? ». Il répondit :« La charité. Aimez-vous.
Voilà mon testament. Ce sera le secret de votre succès et de votre
persévérance : tant que vous serez en bon accord et que la charité règnera
parmi vous, personne ne pourra rien contre vous. Je veux que chacune sacrifie
sa vie pour sa Sœur ».
Une flambeau qui s’éteint
Les Sœurs de la Croix ne
pouvaient se faire à l’idée que leur Père les quitterait un jour, elles
chassaient de leur tête, comme une tentation, la seule pensée que ce vieillard
ne sera bientôt plus qu’un mort, sans voix, sans vie. Le vieux lutteur,
lui, en était persuadé. Il s’y préparait et attendait la visite du Maître.
C’est le samedi 26 juin 1954 que Dieu avait décidé de le rappeler à lui. Une
religieuse, témoin de cette dernière journée de son Père, en a noté fidèlement,
et sur-le-champ, tous les détails. Le matin le Père Jacques déclara :
« C’est le dernier jour ». Il avait tant demandé de mourir le jour de
la Ste. Vierge ! Puis il eut une crise aiguë qui lui fit perdre
connaissance. Une Sœur lui apporta un verre d’eau, il refusa de boire :
« Donnez-moi la communion au lieu de me donner à boire ». On lui
apporta le Saint Sacrement et il communia avec une grande dévotion. Il reçut
aussi le Sacrement des malades selon le rite maronite. Craignant le pire, on
n’avait pas attendu l’arrivée d’un Capucin de Beyrouth. A 8h. 30, il demanda
aux religieuses qui le veillaient de réciter le Rosaire : « Je ne
peux pas m’unir à votre prière à haute voix. Je vous écouterai prier ».
Les Sœurs se mirent à réciter le chapelet. A un moment il essaya de se lever,
ce qui provoqua un second évanouissement, plus prolongé cette fois. Revenu à
lui, il trouva autour de son lit sept médecins (tous ceux de l’hôpital étaient
accourus), il leur lança cette boutade : « Quand il y a trop de
marmitons, on grille les plats ». « …Mes Filles, il ne faut pas tant
de médecins ; vous avez fait ce qu’il fallait… Laissez-moi mourir seul… ».
Puis il se mit à réciter en latin le Miserere, suivi d’un Ave Maria. Un docteur
lui fit une injection très douloureuse et lui demanda : « Mon Père,
voulez-vous quelque chose ? Le Père trouva la force de plaisanter :
« Oui, je veux faire une piqûre, à vous… Je ne cherche pas à bien vivre
mais à bien mourir ». Puis il entonna : « … Vous êtes le plus
sûr avocat auprès de votre Fils, ô Marie, « … Mon Jésus, je n’ai que vous,
« … Mon Dieu en vous seul j’ai mis mon espérance. Vous m’avez conservé
aujourd’hui alors que beaucoup d’hommes comme moi sont allés au fond des
tombeaux, « … Je me suis réjoui quand on m’a dit : Nous allons dans
la maison du Seigneur ». A plusieurs reprises, il demanda de descendre du
lit pour mourir par terre, mais les docteurs ne le lui permirent pas. Il dut
rester au lit à contre-cœur. Néanmoins il insista pour qu’on l’autorisât à
poser son pied gauche sur une chaise près du lit ; ce qui lui fut accordé.
En posant le pied il dit : « Mon corps est lourd. Les oreillers me
gênent. Enlevez-les de sous ma tête, laissez-moi mourir tranquille… ».
« Notre Père St. François !… ô Croix du Sauveur… Mon cœur est prêt ô
Dieu… Je vous salue Marie ». Il répéta ces invocations plusieurs fois. Le
docteur lui dit : « Il n’y a plus qu’une piqûre à prendre dans dix
minutes ». Il répondit : « Ça suffit… Ça suffit, ce n’est plus
la peine… Que Dieu vous récompense, Docteur ».
« Encore une heure
et demie »
Après midi, la cloche du
couvent sonne : « Quelle heure est-il, maintenant ? ».-
« Une heure et demie ». Il dit alors : « Encore une heure
et demie ». A ce moment toutes les Sœurs vinrent se grouper pour prier
autour de lui. - « Éloignez-vous de moi, mes enfants. Ne me brisez
pas le cœur ». Puis se tournant vers la Mère Générale :
« Laissez-les sortir ; comme cela si j’ai quelque chose, elles
n’auront pas peur ». Une Sœur lui dit alors : « Mon Père,
veuillez nous bénir ». En entendant ses Filles sangloter lamentablement,
agenouillées près de son lit, il dit :- « Pourquoi
pleurez-vous ? Pourquoi trop vous soucier de moi ? Je ne pourrais
plus vous être utile en rien. Ce que vous dépensez pour moi s’en va pure
perte ».La Supérieure lui répondit : - « comment ne
ferons-nous pas tout notre possible pour conserver votre vie précieuse ?
Nous avons besoin de votre présence parmi nous pour nous diriger ». il
répondit d’une voix faible :- «Ça ne changera rien si je m’en vais.
Je passerai d’une chambre à une autre. Quand je n’y serai plus, on verra que
c’est la main de Dieu qui a dirigé et construit. Celui qui sème et celui qui plante
ne sont rien. Tout ce qui est bon vient de
Dieu par le Sang de Jésus qui arrose ce qui est semé, le fait
pousser et le conserve… - Mon Dieu entre vos mains je remets mon âme…
Jésus, Marie, Joseph… ». A ce moment les médecins s’apprêtèrent à lui
faire encore deux piqûres ; il se contorsionna et dit :
- «Laissez-moi mourir tranquille ».Après les injections, il
soupira : - «C’est douloureux… Mon Dieu et mon tout ! O Croix du
Seigneur… O Croix du Seigneur, combattez pour moi ! ». Il fit le
signe de la Croix :- «O Croix du Seigneur, O bien-aimée du cœur … O
Mère de Dieu… Je suis mal à l’aise… O ma Mère… Qu’il est doux de mourir !
O Jésus, ayez pitié de moi. - «Jésus et Marie… O mon Dieu … O mon Dieu… O
mon Dieu… - «O maman… O maman… moi moi… - «O Croix du Seigneur, …
Jésus Marie Joseph… O Mère de Dieu… ». A ce moment une Sœur lui présente
la Croix : - « Père, embrassez la Croix ! ».
- « O la Croix, mon amour ».- « Embrassez la Ste.
Vierge ». - « De tout mon cœur ». A trois heures moins dix
de l’après-midi, il eut une dernière crise … C’était l’agonie. Dans un
spasme violent, il se redressa, s’assit dans son lit, s’y cramponna fortement,
les yeux fixés, tel un lion guettant une proie. Puis il dit avec
vivacité :- « Sortez-les d’ici. Sortez-les d’ici » !
Ensuite son calme lui revint, son visage s’apaisa. Dans un dernier effort, il
murmura : -« Jésus… Marie … Joseph … « Et rendit sa belle âme à
Dieu. C’était le samedi 26 juin 1954, jour consacré à la Vierge. La montre
indiquait trois heures de l’après-midi, heure de la mort du Christ sur la
Croix.
Funérailles triomphales
Comme une traînée de
poudre, la nouvelle du décès se répandit à travers le Liban. Le soir même, la
radio la portait à la connaissance de tous les Libanais. Ce fut alors une vague
de tristesse et de regret qui passa dans toutes les familles, sans distinction
de rite ou de religion. C’était une gloire libanaise qui s’éteignait, un grand
cœur qui avait cessé de battre et un grand champion chrétien qui terminait
victorieusement sa course. Le lendemain, dimanche, Jall el-Dib était le
rendez-vous de tout le Liban. Évêques, prélats et gens d’Eglise se pressaient
encadrés par tout ce que la société et les sphères gouvernementales comptaient
de grand. Autour d’eux s’entassait jusqu’à s’écraser toute cette masse d’amis,
de sympathisants, d’anciens malades qui tenaient tous à revoir une dernière
fois cette figure aimée. Les tertiaires éplorés et tout le peuple de ses
dirigés étaient là aussi, pleurant un Père bien-aimé, se bousculant pour le
voir une dernière fois, pour lui crier leur adieu. Les Évêques n’étaient pas
les derniers dans cette pieuse bousculade où chacun voulait s’emparer d’une
relique jalousement protégée comme le plus précieux des trésors. Les plus
audacieux arrivaient à se procurer un poil de barbe, les autres s’estimaient
heureux quand ils parvenaient à découper une toute petite parcelle de ses
habits. Le service funèbre, présidé par le Nonce Apostolique fut une apothéose.
A la fin de la cérémonie, le Président Naccache, au nom du Président de la
République, Camille Chamoun, épingla sur la poitrine du disparu la médaille
d’or du Cèdre 1ère Classe. Cette décoration n’était qu’un symbole. Le
peuple donnait plus qu’une médaille : il inscrivait dans son cœur, en
lettres vivantes et immortelles le nom de cet homme « Qui passa en faisant
le bien ». Le corps fut enseveli dans la nouvelle chapelle du
Calvaire. Prévoyant, l’entrepreneur avait aménagé derrière le Maître-Autel une
place spéciale dont le Père Jacques ignora toujours l’existence. C’est là que
son corps fut déposé. Il y resta près de six mois. L’autorité ecclésiastique
donna ordre de le transférer hors du sanctuaire. On lui aménagea un caveau de
marbre dans la nef gauche, près de la table de communion avant d’être transféré
à l’église de Notre Dame de la Mer.
Abouna Yaacoub en voie de
béatification
Le père Jacques est un
saint des temps modernes que ses contemporains ont décrit comme un homme
infatigable, mélange subtil de bonté et d’énergie. On l’a comparé à saint
Vincent de Paul. On peut le comparer à Mère Teresa de Calcutta. Comme eux,
comme tout être humain, il a dû avoir, souligne le nonce apostolique, Mgr Luigi
Gatti, dans un album qui lui a été consacré, «ses moments mystiques et ses
difficultés ». Il les a dépassés tous deux par la foi qui, tel un feu, l’a
consumé, ne laissant de lui que l’or de la charité. Au mystère de la sainteté
succède généralement l’utilitarisme spirituel. En apprenant qu’un homme va
bientôt être déclaré saint, nous avons tous tendance à vouloir « essayer » son
intercession. Faisons-le donc, mais comprenons que le père Jacques a vécu à
l’ombre de la croix, par laquelle il a commencé toutes ses fondations. On ne
s’en approchera qu’en comprenant la fécondité de cette croix qui avec lui n'est
pas triste, mais triomphante. « Ce n’est pas seulement sa vie d’homme que le
Seigneur nous a donnée, c’est aussi sa mort. Et cette mort était pour lui d’une
importance telle qu’il en parlait toujours comme de l’heure décisive de son
existence », écrit Adrienne von Speyr, dans son ouvrage Parole de la
Croix et Sacrement. Ce qui est vrai pour Jésus est vrai aussi pour
beaucoup de saints. L’heure de la mort est pour eux décisive. Quasi aveugle et
leucémique, on raconte que, pressentant la fin, le père Jacques a demandé à son
supérieur, qui devait s’absenter, « la permission de mourir ». « Ne te donne
plus de peine, ma fille. Tu m’as bien soigné. Laisse-moi aller à la rencontre
du Seigneur », dit-il à mère Marie de la Croix, la supérieure de la
congrégation, qui ne sait plus quoi faire pour alléger ses souffrances.
Gallerie de photos du
Bienheureux Jacques Haddad de Ghazir,
cliquer sur le lien
suivant:
http://imagessaintes.canalblog.com/archives/2008/05/23/9290463.html
SOURCE : https://spiritualitechretienne.blog4ever.xyz/le-bienheureux-jacques-haddad-de-ghazir-suite
Also
known as
Yaaqub El-Haddad
Jacob of Ghazir
Jacques da Gahazir
Ya‘Qub of Ghazir
Profile
Third of five children. Teacher in Egypt when
he felt a call to religious life. Franciscan Capuchin monk,
making his perpetual vows in 1898. Ordained in 1901,
he was assigned to the Bab Idriss monastery in
Beirut, Lebanon.
Working tirelessly for the physical and moral improvement of the local people,
he founded and built churches, schools, hospitals and orphanages.
Founded the Franciscan Sisters of the Cross in 1930 to
care for the elderly,
the disabled,
the mentally handicapped and the incurable who had been abandoned by
families and authorities. Left 24 volumes of transcribed sermons given
in Lebanon, Palestine, Iran and
Syria.
Born
1
February 1875 in
Ghazir, Kesrwan, Jabal Lubnan, Lebanon
26 June 1954 in
Beirut, Lebanon of
natural causes while holding a cross
21
December 1992 by Pope John
Paul II (decree of heroic
virtues)
22 June 2008 by Pope John
Paul II
Additional
Information
other
sites in english
video
fonti
in italiano
Dicastero delle Cause dei Santi
MLA
Citation
“Blessed Khalil
Al-Haddad“. CatholicSaints.Info. 11 August 2023. Web. 26 June 2026.
<https://catholicsaints.info/blessed-khalil-al-haddad/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/blessed-khalil-al-haddad/
Bl. Jacques Ghazir Haddad
(1875-1954)
Founder of the Franciscan
Sisters of the Holy Cross
Fr Jacques Ghazir
Haddad was born on 1 February 1875, in Ghazir, Lebanon, the third of five
children. He attended school in Ghazir and then the College de la Sageese in
Beirut, where he studied Arabic, French and Syriac.
In 1892 he went to
Alexandria, Egypt, to teach Arabic at the Christian Brothers' College, and
there he felt the call to the priesthood. He entered the Capuchin Convent in
Khashbau the next year. He was ordained a priest on 1 November 1901 in Beirut,
Lebanon.
As an itinerant preacher
from 1903 to 1914 he walked all over Lebanon proclaiming the Word of God and
was given the name "the Apostle of Lebanon". He was also seen
preaching in Syria, Palestine, Iraq and Turkey.
In 1919 he bought a piece
of land on the hill of Jall-Eddib, north of Beirut, where he built a chapel
dedicated to Our Lady of the Sea. Nearby he erected a great Cross.
Fr Jacques was tireless,
he would help anyone in need following in the footsteps of St Francis of
Assisi. In 1920, to assist him in this mission to help the sick and the poor,
he founded the Franciscan Sisters of the Holy Cross of Lebanon.
The modest work of Fr
Jacques aroused the people's admiration, many poor and sick people began to go
to the "Cross" and Fr Jacques would welcome them all. In 1950 the
"Cross" became exclusively a psychiatric hospital, one of the most
modern in the Near East. The movement of charity began to spread throughout
Lebanon and Fr Jacques and his Sisters multiplied their works of social
assistance.
In 1933 he opened the
House of the Sacred Heart in Deir el-Kamar, a girls' orphanage, which later
became an asylum for the chronically ill. In 1948 he opened the Hospital of Our
Lady for the aged, the chronically ill and the paralyzed. In 1949 St Joseph's
Hospital became one of the most important medical centres of the capital.
It was followed in 1950
by St Anthony's House in Beirut for beggars and vagabonds whom the police found
on the streets and Providence House for homeless girls.
Even though Fr Jacques
was very busy with the hospital mission, he and his Sisters carried on the
important work of education and opened several schools as well as an orphanage
for 200 girls.
Fr Jacques was worn out
by vigils, fatigue and travel. Although he suffered from numerous illnesses,
became almost completely blind and was stricken with leukemia, he did not stop
blessing God and working. He was lucid to the end, his last hours were an
uninterrupted series of prayers invoking the Cross and the Virgin Mary until he
died on 26 June 1954 in Lebanon.
His cause for Beatification
was introduced in February 1979; on 24 February 1979, His Holiness Pope John
Paul II signed the Decree of Introduction of the Cause for Beatification.
On Sunday, 22 June 2008,
he was beatified during a special Mass in Beirut by Cardinal José Saraiva
Martins, C.M.F., Prefect of Congregation for the Causes of Saints.
Since Bl. Haddad's death
additional hospitals have opened to assist those injured during the war and to
assist the Kabr-Chemoun region where medical services were scarce.
SOURCE : https://www.vatican.va/news_services/liturgy/saints/2008/ns_lit_doc_20080622_haddad_en.html
Jacques Ghazir Haddad
(1875-1954)
Beatificazione:
- 22 giugno 2008
- Papa Benedetto
XVI
Memoria Liturgica:
- 26 giugno
Sacerdote cappuccino,
fondatore della congregazione religiosa delle Suore Francescane della Croce del
Libano
“Chi vuole il cielo senza
sofferenza, è come chi vuole comprare merci senza pagare”
Abuna Yaaqub El-Haddad was
born on 1 February 1875, in Ghazir, Lebanon, the third of five children. He
attended school in Ghazir and then the College de la Sageese in Beirut, where
he studied Arabic, French and Syriac.
In 1892 he went to
Alexandria, Egypt, to teach Arabic at the Christian Brothers' College, and
there he felt the call to the priesthood. He entered the Capuchin Convent in
Khashbau the next year. He was ordained a priest on 1 November 1901 in Beirut,
Lebanon.
As an itinerant preacher
from 1903 to 1914 he walked all over Lebanon proclaiming the Word of God and
was given the name "the Apostle of Lebanon". He was also seen
preaching in Syria, Palestine, Iraq and Turkey.
In 1919 he bought a piece
of land on the hill of Jall-Eddib, north of Beirut, where he built a chapel
dedicated to Our Lady of the Sea. Nearby he erected a great Cross.
Fr Jacques was tireless,
he would help anyone in need following in the footsteps of St Francis of
Assisi. In 1920, to assist him in this mission to help the sick and the poor,
he founded the Franciscan Sisters of the Holy Cross of Lebanon.
The modest work of Fr
Jacques aroused the people's admiration, many poor and sick people began to go
to the "Cross" and Fr Jacques would welcome them all. In 1950 the
"Cross" became exclusively a psychiatric hospital, one of the most
modern in the Near East. The movement of charity began to spread throughout
Lebanon and Fr Jacques and his Sisters multiplied their works of social
assistance.
In 1933 he opened the
House of the Sacred Heart in Deir el-Kamar, a girls' orphanage, which later
became an asylum for the chronically ill. In 1948 he opened the Hospital of Our
Lady for the aged, the chronically ill and the paralyzed. In 1949 St Joseph's
Hospital became one of the most important medical centres of the capital.
It was followed in 1950
by St Anthony's House in Beirut for beggars and vagabonds whom the police found
on the streets and Providence House for homeless girls.
Even though Fr Jacques
was very busy with the hospital mission, he and his Sisters carried on the
important work of education and opened several schools as well as an orphanage
for 200 girls.
Fr Jacques was worn out
by vigils, fatigue and travel. Although he suffered from numerous illnesses,
became almost completely blind and was stricken with leukemia, he did not stop
blessing God and working. He was lucid to the end, his last hours were an
uninterrupted series of prayers invoking the Cross and the Virgin Mary until he
died on 26 June 1954 in Lebanon.
His cause for
Beatification was introduced in February 1979; on 24 February 1979, His
Holiness Pope John Paul II signed the Decree of Introduction of the Cause for
Beatification.
On Sunday, 22 June 2008,
he was beatified during a special Mass in Beirut by Cardinal José Saraiva
Martins, C.M.F., Prefect of Congregation for the Causes of Saints.
Since Bl. Haddad's death
additional hospitals have opened to assist those injured during the war and to
assist the Kabr-Chemoun region where medical services were scarce.
SOURCE : https://www.causesanti.va/it/santi-e-beati/jacques-ghazir-haddad.html
Beato Giacomo da
Ghazir (Khalil Al-Haddad) Sacerdote cappuccino, Fondatore
Festa: 26 giugno
Ghazir, Libano, 1
febbraio 1875 - Beirut, Libano, 26 giugno 1954
Nato in Libano nel 1875,
dedicò la sua vita al sollievo dei più bisognosi, incarnando i principi di
carità francescana. Sacerdote cappuccino dal 1901, operò in Libano, Palestina,
Iran e Siria, fondando scuole, ospedali e orfanotrofi. La sua instancabile predicazione,
raccolta in 24 volumi di discorsi in arabo, lo rese un riferimento spirituale
per molte comunità. Nel 1930, fondò la Congregazione delle Suore Francescane
della Croce del Libano, dedicate all'assistenza di disabili, anziani e orfani.
Ispirato dalla figura di Cristo sofferente, El-Haddad, soprannominato "il
Don Bosco del Libano", trovò nella croce la "teologia e prassi"
della sua esistenza. Beatificato nel 2008.
Nato in Libano il 1° febbraio 1875, terzo di cinque figli, Abuna Yaaqub El-Haddad sin da giovane si distinse per la sua profonda sensibilità verso le sofferenze altrui e per un forte desiderio di spendersi per il bene del prossimo. Un'inclinazione che lo portò, durante un soggiorno in Egitto nel 1892 dove lavorava come insegnante, a cogliere la chiamata sacerdotale. Entrato nel convento cappuccino di Khashbau l'anno seguente, completò il suo percorso di formazione religiosa professando i voti perpetui nel 1898 e venendo ordinato sacerdote nel 1901.
Destinato al monastero di Bab Idriss a Beirut, Abuna Yaaqub non si limitò ad assolvere ai suoi doveri religiosi, ma si distinse per il suo zelo e la sua dedizione all'insegnamento e all'assistenza sociale. In particolare, si adoperò con instancabile impegno per la costruzione di scuole elementari nelle zone rurali, offrendo ai bambini un'opportunità di istruzione e di riscatto sociale. La sua lungimiranza lo spinse inoltre a fondare il Terz'Ordine francescano sia per uomini che per donne, contribuendo a diffondere i valori di carità e solidarietà tra i laici.
Seguendo le orme di San Francesco d'Assisi, Abuna Yaaqub fece della carità la stella polare della sua esistenza. La sua sollecitudine verso le necessità fisiche e morali del prossimo lo rese un punto di riferimento inestimabile per i più bisognosi. Si prodigava per offrire sostegno e conforto ai malati, agli emarginati e a tutti coloro che si trovavano in condizioni di difficoltà.
Nel periodo immediatamente successivo alla Prima Guerra Mondiale, Abuna Yaaqub diede vita ad un'opera che avrebbe segnato per sempre il suo impegno nel campo sociale: l'acquisto della collina di Jall-Eddib. Su questo luogo, fece erigere una chiesa e una croce, che divennero presto un simbolo di speranza e di accoglienza. La collina si trasformò in un vero e proprio centro di riferimento per sacerdoti malati, persone in cerca di assistenza e pellegrini devoti.
Per dare continuità alla sua missione di carità e per garantire un futuro stabile alle sue opere, nel 1930 Abuna Yaaqub fondò la congregazione religiosa delle Suore Francescane della Croce del Libano. Animate dai suoi stessi principi di dedizione e compassione, le suore si dedicarono con instancabile impegno all'accudimento di disabili, malati mentali, anziani e persone abbandonate, offrendo loro cure amorevoli e supporto concreto. Non mancarono inoltre di occuparsi dell'educazione degli orfani, sottraendoli ad un futuro incerto e offrendo loro la possibilità di costruirsi una vita migliore.
L'instancabile opera di Abuna Yaaqub non si limitò al Libano. Come sottolineato da Padre Florio Tessari, postulatore della Causa di Beatificazione, la sua instancabile predicazione si estese a Palestina, Iran e Siria, raggiungendo i cuori di migliaia di persone con il suo messaggio di fede e di speranza. I suoi 24 volumi manoscritti di discorsi in arabo rappresentano una preziosa testimonianza della sua eloquenza e del suo profondo legame con la parola del Vangelo.
Attivo anche nel campo sociale, Abuna Yaaqub non si risparmiò nella fondazione di scuole, ospedali e orfanotrofi, contribuendo in modo significativo al miglioramento delle condizioni di vita delle comunità più emarginate. La sua dedizione al prossimo e le sue opere di beneficenza, ispirate da un profondo cristocentrismo francescano, gli valsero il titolo di "un altro San Vincenzo de' Paoli", "il Don Bosco" e "il San Giuseppe Cottolengo del Libano".
Profondamente unito al Cristo sofferente, Abuna Yaaqub trovava nella Croce la fonte della sua forza e della sua ispirazione. Come da lui stesso scritto: "Niente cielo senza croce. Chi vuole il cielo senza sofferenza, è come chi vuole comprare merci senza pagare". Questa convinzione profonda permeava ogni aspetto della sua vita e del suo operato, spingendolo ad abbracciare la sofferenza come mezzo di redenzione e di crescita spirituale.
Abuna Yaaqub El-Haddad si spense il 26 giugno 1954, stringendo a sé una croce, simbolo della sua fede incrollabile e del suo amore per il prossimo. Beatificato il 22 giugno 2008, la sua figura rimane un'esemplare testimonianza di come la fede possa tradursi in opere concrete di carità e di servizio al prossimo.
Autore: Franco Dieghi
SOURCE : https://www.santiebeati.it/dettaglio/94172
La beatificación de Abuna
Yaakub, juntamente con el recuerdo de los santos libaneses Charbel, Rafka y
Hardini, evoca toda la verdad y la belleza de las palabras de Juan Pablo II:
"La santidad es el camino real para los creyentes del tercer milenio"
(Catequesis en
la audiencia general del 16 de mayo de 2001: L'Osservatore
Romano, edición en lengua española, 18 de mayo de 2001, p. 20).
Las vidas de los santos
libaneses, a las que se añade hoy la de este nuevo beato, nos presentan a
hombres y mujeres que, obedeciendo al plan de Dios, afrontaron a veces pruebas
y sufrimientos indescriptibles. Pero, como nos recordó el Papa Benedicto XVI:
"Toda forma de santidad, aun siguiendo sendas diferentes, pasa siempre por
el camino de la cruz, el camino de la renuncia a sí mismo" (Homilía
en la solemnidad de Todos los Santos, 1 de noviembre de
2006: L'Osservatore Romano, edición en lengua española, 3 de
noviembre de 2006, p. 12).
De este modo se nos
ofrece una clave de lectura para interpretar toda nuestra vida. La santidad no
ignora y no evita la cruz, la renuncia, la entrega. El beato Abuna Yaakub creyó
de verdad en ello; por eso, enseñaba: "No hay cielo sin cruz. Quien quiere
el cielo sin sufrimiento, es como quien quiere comprar mercancías sin
pagar".
Así pues, aprendamos hoy,
una vez más, del testimonio del nuevo beato, que se nos presenta como ejemplo,
que sólo con estas condiciones la santidad puede realmente llegar a ser nuestra
aspiración común y realizar en el hombre el verdadero ideal de felicidad, tan
frecuentemente malentendido y sustituido, en nuestro siglo, con ídolos cansados
que no pueden menos de entristecer al hombre.
El Santo Padre Benedicto
XVI nos enseña que los beatos y los santos nos muestran el camino para llegar a
ser felices y nos dan a conocer una verdad importante: las personas realmente santas
lo han sido precisamente porque "no han buscado obstinadamente su propia
felicidad, sino que han querido simplemente entregarse, porque han sido
alcanzados por la luz de Cristo" (Homilía
en la vigilia de oración de la Jornada mundial de la juventud, 20 de
agosto de 2005: L'Osservatore Romano, edición en lengua española, 26
de agosto de 2005, p. 11).
Queridos hermanos y
hermanas, hoy el beato Santiago de Ghazir nos sale al encuentro y nos confirma
la validez de un mensaje que la Iglesia desde tiempo inmemorial ha consolidado
y transmitido a las diversas generaciones que se han sucedido en los dos mil
años de su historia: la única forma posible de felicidad es precisamente la
santidad. Estamos invitados a captar este mensaje decisivo en la vida y en el
rostro de los santos y de los beatos que, con su obra continua, contribuyen a
formar el tesoro más verdadero y precioso "de la Iglesia y de todos los
que buscan la verdad y la perfección evangélica" (Mensaje
del Papa Benedicto XVI, 24 de abril de 2006: L'Osservatore
Romano, edición en lengua española, 5 de mayo de 2006, p. 6).
El don de un nuevo beato
a la Iglesia libanesa es un signo de esperanza en las extraordinarias
posibilidades de este amado país, que tiene profundas raíces bíblicas. Contemplando
al beato Santiago, podemos descubrir, hacer crecer y madurar las semillas de
santidad que hay en nosotros. Confrontarnos con él nos ayuda a comprender mejor
que Dios no suele sufrir derrotas ante la fragilidad humana. Abuna Yaakub, que
se añade a los santos y mártires del Valle Santo —san Charbel, santa Rafka, san
Hardini— es para el Líbano y para los libaneses un signo admirable de
reconciliación y de paz, de la paz que viene a la tierra a los hombres que Dios
ama, como nos recuerda el evangelio del nacimiento de Cristo, así como una
invitación a mirar la realidad con los ojos de la fe, a fin de tener en ellos
la luz necesaria para superar las divisiones, para fortalecer el diálogo y la
solidaridad, para promover el bien, para aliviar los sufrimientos, para llevar
consuelo y esperanza para vivir, en el signo de la santidad, esta nueva era de
serenidad y de paz.
26 de junio
BEATO SANTIAGO DE GHAZIR
(1875 - 1954)
Nació en Líbano el año
1875. Siendo profesor de árabe en Alejandría (Egipto), decidió ingresar en los
capuchinos y, cursados los estudios correspondientes, recibió la ordenación
sacerdotal. Fue un incansable apóstol de la palabra y de la caridad en Líbano
sobre todo y también en Palestina, Irán y Siria. Llevado de su amor y solicitud
por los pobres y necesitados, fundó escuelas, hospitales, orfanatos. Para dar
continuidad a su obra, fundó la congregación de las Hermanas Franciscanas de la
Cruz de Líbano, que se dedican al cuidado de los minusválidos físicos y psíquicos,
a la atención de ancianos y enfermos incurables no atendidos por sus familiares
ni por las instituciones públicas, a la educación de niños huérfanos, etc. Nota
particular de su espiritualidad fue la devoción a la Cruz de Cristo y a la
Virgen. Murió en Beirut el año 1954. Fue beatificado el 2008.
* * *
BEATO SANTIAGO DE GHAZIR,
UN GIGANTE DE LA CARIDAD.
Carta circular del
General de los Capuchinos (9-VI-08)
A todos los hermanos y a
todas las hermanas de la Orden.
Queridos hermanos:
Tengo el gozo de comunicarles
que, una vez más, nuestra Orden tiene un motivo para alegrarse y dar gracias al
Señor por el don de la santidad, en particular de una santidad nacida y
desarrollada en una tierra hoy particularmente atormentada: el Líbano.
El 22 de junio de 2008, en
Beirut, Abuna Santiago de Ghazir será proclamado beato. Con confianza
ponemos nuestros ojos en el nuevo beato que hizo tanto por aliviar los
sufrimientos de los pobres de su tiempo, para que obtenga del Señor la
reconciliación y la paz para el mundo y para el Líbano.
¿Quién era Abuna
Santiago? A muchos de nosotros este nombre nos dice poco o nada, pero en su
tierra es reconocido como un gigante de la caridad. «Gran Constructor»,
«Apóstol de la Cruz», «San Vicente de Paúl de Líbano», «Nuevo Cottolengo», «Nuevo
don Bosco», son los apelativos que los libaneses, cristianos y musulmanes, han
usado y usan para nombrarlo, para rezarle, para reconocer su humanidad y su
santidad.
Santiago nació en Ghazir,
en la periferia de Beirut, el 1 de febrero de 1875 de Butros Haddad y Shams
Haddad, el tercero de ocho hijos. La familia cristiana, de rito maronita, era
profundamente creyente. La madre, en particular, con la santidad de su vida
influyó decisivamente sobre su hijo, favoreciendo en él una fuerte propensión a
la generosidad hacia Dios y hacia los hombres. Fue bautizado en Ghazir, en la
Iglesia maronita, el 21 de febrero de 1875 con el nombre de Khalil y confirmado
el 9 de febrero de 1881. Una vez realizados los estudios elementales,
1885-1891, en su ciudad natal, siguió los estudios de secundaria en Beirut en
dos colegios religiosos. A los dieciséis años emigró a Alejandría de Egipto,
donde, sacudido por el mal ejemplo de un sacerdote y por el conmovedor
testimonio de la muerte de un hermano capuchino, el joven Khalil, a los 19 años
de edad, toma la decisión de abrazar la vida consagrada entre los hermanos
capuchinos.
Regresa a Líbano en 1894
para comunicar a su padre su decisión y así iniciar el noviciado en el convento
de San Antonio de Padua, no lejos de su pueblo. Su padre, inicialmente
contrario a la decisión, finalmente no pudo más que decir que sí. En el
noviciado, como era costumbre en ese tiempo, recibió un nuevo nombre. Desde
este momento se llamó fray Santiago de Ghazir, en recuerdo del santo hermano
franciscano Santiago [=Jaime] de Las Marcas. Todos los hermanos lo admiraban
por su abnegación, su piedad, su caridad, su obediencia, y por el sentido del
humor, que no dejaba nunca de usar como instrumento de paz.
Terminados los estudios,
el 1 de noviembre de 1901, en la capilla del Vicariato Apostólico de Beirut, el
Delegado Apostólico Mons. Duval lo ordenó de sacerdote. Al día siguiente
celebró su primera misa en su pueblo natal.
Sus superiores le
confiaron la economía general de los cinco conventos de Beirut y de la Montaña,
encargo que lo obligó a tratar cuestiones administrativas, recorriendo muchos
caminos. Decenas de veces, como él mismo cuenta en sus Memorias, fue agredido,
golpeado y amenazado de muerte, aunque milagrosamente la cruz de Jesús lo salvó
siempre.
En 1905 fue nombrado
director de las escuelas que los hermanos capuchinos tenían a su cargo en el
Líbano, introduciendo en ellas importantes renovaciones. Su modelo no era tener
una gran escuela con muchos alumnos, sino escuelas más pequeñas con clases de
pocos alumnos. Así en 1910 las escuelas eran 230 con 7.500 alumnos.
Abuna Santiago también
mostró una gran capacidad para organizar peregrinaciones, procesiones,
celebraciones y particularmente las primeras comuniones. Decía: «Sembrad
hostias, recogeréis santos».
Su carisma específico era
la predicación. Sus sermones los preparaba de noche delante del Santísimo
Sacramento. De Abuna Santiago conservamos más de ocho mil páginas de escritos.
Predicó en Líbano, en Siria, en Iraq, en Palestina. En Beirut fundó la Tercera
Orden Franciscana, que se difundió por todo el Líbano. Tuvo la alegría de ir a
Lourdes, a Asís y a Roma, donde se encontró con el papa san Pío X. Consciente
de la importancia de la prensa, en 1913 fundó la revista mensual «El Amigo de
la Familia».
A causa del estallido de
la Primera Guerra Mundial, en 1914, los capuchinos franceses dejaron el Líbano
y a Abuna Santiago se le encomendó la Misión, a la que se dedicó con valentía y
competencia. La nueva tarea no le impidió ocuparse de los Terciarios, de
distribuir pan a los hambrientos, de dar sepultura a los muertos abandonados
por las calles. La Providencia cuidaba de él. Muchas veces escapó del arresto,
de la prisión e incluso del verdugo.
Habiendo gastado todas
las energías y el dinero, no tenía ni siquiera unos pocos centavos para el
aceite del sagrario, y decidió restituir las llaves de la Misión al Delegado
Apostólico. Estaba extenuado.
Con el fin de la guerra,
el ejército turco dejó el país y los capuchinos franceses regresaron para
continuar la obra interrumpida. La apertura de centros para acoger a niños y a
mujeres jóvenes en dificultad fue el nuevo campo de acción de Abuna Santiago.
También albergaba un
sueño en su alma: levantar una gigantesca cruz en la cima de una colina de
Líbano, para convertirla en lugar de encuentro para los Terciarios y, sobre
todo, lugar de oración por los caídos en la guerra y por los libaneses que
habían dejado su tierra. El sueño se realizó, con la ayuda de la Providencia,
sobre la colina de Jall-Eddib, que, de «Colina de los Djinns», pasó a
llamarse «Colina de la Cruz». Otra cruz fue elevada en Deir El-Qamar en el
Chuf, una región pluriconfesional.
Pero la Providencia aún
tenía reservadas para Abuna Santiago muchas cosas por hacer. Llamado a confesar
a un sacerdote enfermo en un hospital público, quedó conmovido. El sacerdote,
amén del estado lamentable en el que se encontraba por la mala asistencia,
durante su recuperación nunca había tenido la posibilidad de celebrar la santa
misa. Abuna Santiago no se lo pensó dos veces y lo llevó a Nuestra Señora del
Mar, adonde en poco tiempo lo siguieron otros sacerdotes enfermos.
La Providencia tiene
necesidad de brazos, pero sobre todo de corazones generosos y maternos que se
sumen al trabajo cotidiano y fatigoso de la Misericordia. Así la idea de fundar
una congregación lo inquietaba. Algunas hermanas Franciscanas de la Inmaculada
Concepción de Lons-le-Saunier lo ayudaron a formar a muchachas jóvenes y,
finalmente, en 1930 fundó la Congregación de las Hermanas Franciscanas de la
Cruz de Líbano. Sor María Zougheib fue su primera colaboradora y co-fundadora
de la congregación.
En los estatutos de la
nueva congregación Abuna Santiago insiste sobre todo en que no falten nunca las
siguientes obra de misericordia: asistencia hospitalaria para los sacerdotes
enfermos y que por su avanzada edad no puedan ejercitar el ministerio; cuidado
de los disminuidos, de los ciegos, de los inválidos, de los discapacitados
mentales, de los incurables abandonados; educación y cuidado de los huérfanos.
Y agrega: «Cuando sea necesario, es posible dedicarse al apostolado en las
escuelas en aquellas localidades donde ya existe una casa de las hermanas y no
esté presente otra congregación dedicada a la educación».
El amor de Abuna Santiago
por la humanidad que sufre caracterizó todo el arco de su vida. Fundó la
escuela de San Francisco, en Jall-Eddib (1919), conocida hoy con el nombre de
«Val Père Jacques» en Bkennaya; el hospital de Deir El-Qamar (1933), para niñas
discapacitadas; el convento de Nuestra Señora del Pozo, en Bkennaya (1941), que
comprende la casa general, el postulantado, el noviciado y el centro de acogida
para retiros espirituales de sacerdotes, religiosas y grupos de oración; el
hospital de Nuestra Señora, en Antélias (1946), para enfermos crónicos y
ancianos. Y además, el Hospital San José, en Dora (1948), situado en un barrio
popular; la escuela de las Hermanas de la Cruz, en Brummana (1950), que acoge a
niños huérfanos y víctimas de la pobreza material y moral; el hospicio de Cristo
Rey, en Zouk-Mosbeh (1950), construido sobre una colina que domina el camino de
la costa que va hacia Biblos, coronada por una estatua de Cristo Rey de 12
metros de altura. La Providencia acompañó el camino de Abuna Santiago, no lo
abandonó jamás y aún hoy es huésped habitual entre las hermanas.
En 1951 el Hospital de la
Cruz fue enteramente reservado para el cuidado de enfermedades mentales. Hoy es
el complejo psiquiátrico más grande de Oriente Próximo, centro universitario y
académico, con más de mil enfermos, el 54% de ellos no cristianos. El Hospital
de la Cruz acoge a los enfermos de cualquier religión con el espíritu de
misericordia que distingue a la congregación de las Hermanas Franciscanas de la
Cruz de Líbano: «Seamos semejantes a la fuente que no le dice nunca al
sediento: dime primero de qué país vienes, de otro modo no te daré de beber».
Abuna Santiago,
reconocido por las autoridades religiosas y por las civiles un gigante de la
caridad, no tuvo otro objetivo en su vida sino el de «amar a Dios y amar al
hombre, imagen del Crucificado».
La edad y la enfermedad
mellaron la fuerte fibra del atleta de Cristo, y en particular su corazón que
tantas veces Abuna Santiago había ofrecido al Señor: «Señor, si quieres mi
corazón, aquí lo tienes; como también mi inteligencia, mi voluntad y todo mi
ser».
Al amanecer del sábado 26
de junio de 1954 dijo: «¡Hoy es mi último día!». Murió a las 15:00 horas. La
radio, la prensa, los amigos, las campanas de los pueblos anunciaron su muerte.
Miles de personas acudieron al convento de la Cruz para llorar, para orar, para
recibir una bendición de aquel que ahora vive en el Eterno.
El Nuncio Apostólico
sintetizaba la vida de Abuna Santiago con estas palabras: «Fue el hombre más
grande que el Líbano haya dado en nuestros días», y el presidente Naccache, en
nombre del presidente de la República, Camille Chamoun, puso sobre su pecho la
Medalla de oro del cedro de primera clase, signo de reconocimiento por el bien
realizado. El cuerpo fue colocado en el sepulcro de la nueva Capilla del
Calvario.
Por la fama de santidad
de la que gozaba ya en vida y después de su muerte, se inició el proceso de
beatificación, que se concluyó con el decreto de 17 de diciembre de 2007,
firmado por el papa Benedicto XVI. El 22 de junio de 2008 tendremos la alegría
de asistir en Beirut a su beatificación.
Abuna Santiago de Ghazir
es una de aquellas figuras de capuchino que, siguiendo al seráfico Abuna san
Francisco, supo dejarse tocar por el sufrimiento de su gente y practicó con
ellos la misericordia. Se dejó interpelar por las urgentes necesidades de su
tiempo y les respondió concretamente con fe, involucrándose con todas sus
fuerzas y sin reservas.
Amó a su gente y utilizó
todas sus dotes organizativas para encontrar las soluciones más adecuadas, pero
sobre todo para que estas pudieran continuar y durar en el tiempo.
El año pasado tuve la
ocasión de visitar algunas de las casas queridas por él y hoy dirigidas por la
Congregación de las hermanas fundadas por él. Son centros que hospedan
sacerdotes ancianos, enfermos psiquiátricos, ancianos abandonados, jóvenes
portadores de discapacidades. Allí pude observar que, además de los cuidados
sanitarios adecuados, se les asegura el respeto a la dignidad humana. Es
evidente que una obra con un campo de acción tan amplio no hubiera podido ser
realizada sin la colaboración de otras personas igualmente conmovidas por la
necesidad de los que sufren, rasgo que sobresalía en Abuna Santiago. La
congregación de las Hermanas Franciscanas de la Cruz de Líbano nació del amor
que Abuna Santiago tenía por los necesitados y, al mismo tiempo, es la
respuesta de mujeres que han acogido la propuesta que Dios les hacía por medio
de Abuna Santiago.
Sólo un carácter fuerte y
decidido podía realizar aquello que hizo. De hecho, no desdeñaba los desafíos
difíciles y los sacrificios que suponían. Afirmaba muchas veces: «Quien quiere
el cielo sin sufrimiento, es como quien quiere comprar mercancías sin pagar».
Suyo también es el dicho: «La oración sin confianza es como una carta en el bolsillo;
nunca llega a su destino», como diciendo que no se pueden emprender acciones
sin esta fuente, sus innumerables fundaciones sin una profunda actitud de fe.
Toda la Orden y, en
particular, los hermanos de la viceprovincia general del Oriente Próximo y las
Hermanas Franciscanas de la Cruz de Líbano, pueden alegrarse por este momento
de fiesta. Esta beatificación nos honra y nos impulsa a vivir nuestra
consagración con una atención particular por los pobres y los desheredados.
Hagámoslo recordando lo que afirman nuestras Constituciones: «Vivamos con gusto
nuestra vida fraterna con los pobres, participando con verdadero amor de sus
calamidades y baja condición" (n. 12,3).
Roma, 9 de junio de 2008.
Fr. Mauro Jöhri, Ministro General OFMCap.
[L'Osservatore Romano, edición
semanal en lengua española, del 18-VII-2008]
* * *
BEATIFICACIÓN DEL CAPUCHINO
SANTIAGO DE GHAZIR (Beirut, 22-VI-2008)
El domingo 22 de junio de
2008, en la plaza de los Mártires de Beirut, fue beatificado el siervo de Dios
Santiago de Ghazir -Abuna Yaakub- Haddad (en el siglo, Khalil), presbítero, de
la Orden de Frailes Menores Capuchinos, fundador de la Congregación de las
Hermanas Franciscanas de la Cruz de Líbano, que murió en 1954 a la edad de 79
años, después de realizar una amplia labor apostólica y social en su país.
Presidió la ceremonia, en
nombre del papa Benedicto XVI, el cardenal José Saraiva Martins, cmf, entonces
prefecto de la Congregación para las causas de los santos. La misa, en rito
latino, se celebró en lengua francesa. Las lecturas se proclamaron en árabe. La
coral acompañó la ceremonia con cantos polifónicos en latín, francés y árabe.
Al inicio del rito de
beatificación, el arzobispo mons. Paul Dahdah, ocd, vicario apostólico de
Beirut de los latinos, solicitó la beatificación. Siguió la lectura de una
breve biografía del siervo de Dios, realizada por fray Selim Rizqalla, ofmcap,
vice postulador de la causa. El cardenal Saraiva Martins leyó la carta
apostólica de Benedicto XVI, en la que el Santo Padre establece que la fiesta
del nuevo beato se celebre cada año el 26 de junio, aniversario de su muerte.
Pronunció la homilía el cardenal Nasrallah Pierre Sfeir, patriarca de Antioquía
de los maronitas.
Llevaron las ofrendas
numerosas personas, manifestando el amplio campo de actividad de la caridad del
beato Abuna Yaakub: dos niños de primera Comunión, un minusválido, enfermeros,
médicos, un sobrino del beato con el árbol genealógico de la familia, el
alcalde de Ghazir -de la misma familia que el beato-, una monja anciana con la
Regla escrita por Abuna Yaakub. La madre general de las Hermanas Franciscanas
de la Cruz de Líbano llevó una cruz con la reliquia del beato. Ese mismo día,
después del rezo del Ángelus en el palacio pontificio de Castelgandolfo, el
papa Benedicto XVI se refirió a la beatificación con estas palabras: «Hoy en
Beirut, capital de Líbano, ha sido proclamado beato Yaakub Ghazir Haddad, en el
siglo Khalil, sacerdote de la Orden de Frailes Menores Capuchinos y fundador de
la Congregación de las Hermanas Franciscanas de la Cruz de Líbano. Felicito a
sus hijas espirituales. Espero de todo corazón que la intercesión del beato
Abuna Yaakub, junto con la de los santos libaneses, obtenga que ese amado y
martirizado país, que tanto ha sufrido, finalmente encuentre una paz estable».
Ofrecemos seguidamente
las palabras que pronunció el cardenal Saraiva Martins al final de la ceremonia
de beatificación.
Palabras del Card. Saraiva Martins
al final de la ceremonia de beatificación
La beatificación de Abuna
Yaakub, juntamente con el recuerdo de los santos libaneses Charbel, Rafka y
Hardini, evoca toda la verdad y la belleza de las palabras de Juan Pablo II:
«La santidad es el camino real para los creyentes del tercer milenio»
(Catequesis del 16-V-2001).
Las vidas de los santos libaneses,
a las que se añade hoy la de este nuevo beato, nos presentan a hombres y
mujeres que, obedeciendo al plan de Dios, afrontaron a veces pruebas y
sufrimientos indescriptibles. Pero, como nos recordó el papa Benedicto XVI:
«Toda forma de santidad, aun siguiendo sendas diferentes, pasa siempre por el
camino de la cruz, el camino de la renuncia a sí mismo» (Homilía del
1-XI-20069).
De este modo se nos
ofrece una clave de lectura para interpretar toda nuestra vida. La santidad no
ignora y no evita la cruz, la renuncia, la entrega. El beato Abuna Yaakub creyó
de verdad en ello; por eso, enseñaba: «No hay cielo sin cruz. Quien quiere el
cielo sin sufrimiento, es como quien quiere comprar mercancías sin pagar».
Así pues, aprendamos hoy,
una vez más, del testimonio del nuevo beato, que se nos presenta como ejemplo,
que sólo con estas condiciones la santidad puede realmente llegar a ser nuestra
aspiración común y realizar en el hombre el verdadero ideal de felicidad, tan
frecuentemente malentendido y sustituido, en nuestro siglo, con ídolos cansados
que no pueden menos de entristecer al hombre.
El Santo Padre Benedicto
XVI nos enseña que los beatos y los santos nos muestran el camino para llegar a
ser felices y nos dan a conocer una verdad importante: las personas realmente
santas lo han sido precisamente porque «no han buscado obstinadamente su propia
felicidad, sino que han querido simplemente entregarse, porque han sido
alcanzados por la luz de Cristo» (Homilía de la Jornada mundial de la juventud,
20-VIII-2005).
Queridos hermanos y
hermanas, hoy el beato Santiago de Ghazir nos sale al encuentro y nos confirma
la validez de un mensaje que la Iglesia desde tiempo inmemorial ha consolidado
y transmitido a las diversas generaciones que se han sucedido en los dos mil
años de su historia: la única forma posible de felicidad es precisamente la
santidad. Estamos invitados a captar este mensaje decisivo en la vida y en el
rostro de los santos y de los beatos que, con su obra continua, contribuyen a
formar el tesoro más verdadero y precioso «de la Iglesia y de todos los que
buscan la verdad y la perfección evangélica» (Mensaje de Benedicto XVI,
27-IV-2006).
El don de un nuevo beato
a la Iglesia libanesa es un signo de esperanza en las extraordinarias
posibilidades de este amado país, que tiene profundas raíces bíblicas.
Contemplando al beato Santiago, podemos descubrir, hacer crecer y madurar las
semillas de santidad que hay en nosotros. Confrontarnos con él nos ayuda a
comprender mejor que Dios no suele sufrir derrotas ante la fragilidad humana.
Abuna Yaakub, que se añade a los santos y mártires del Valle Santo -san
Charbel, santa Rafka, san Hardini-, es para el Líbano y para los libaneses un
signo admirable de reconciliación y de paz, de la paz que viene a la tierra a los
hombres que Dios ama, como nos recuerda el evangelio del nacimiento de Cristo,
así como una invitación a mirar la realidad con los ojos de la fe, a fin de
tener en ellos la luz necesaria para superar las divisiones, para fortalecer el
diálogo y la solidaridad, para promover el bien, para aliviar los sufrimientos,
para llevar consuelo y esperanza para vivir, en el signo de la santidad, esta
nueva era de serenidad y de paz.
[L'Osservatore
Romano, edición semanal en lengua española, del 18-VII-2008]
SOURCE : https://www.franciscanos.org/santoral/SantiagoGhazir.htm
Notre Fondateur le Bienheureux Abouna Yaacoub : https://sistersofthecross.org.lb/biographie/
La Vie du Bienheureux Abouna
Yaacoub « Je me ferai prêtre, je serai à Dieu et rien ne
m’arrêtera. » : https://capucinsorient.org/abouna-yaacoub
Bx Jacques Ghazir Haddad :
https://passionistedepolynesie.e-monsite.com/pages/saints-et-saintes/sts-j/bx-jacques-ghazir-haddad.html
About the Founder: "My
religion is Lebanon." - About Abuna Yacub : https://www.flfs-usa.org/pages/about-the-founder
Abouna Yacoob Haddad By
Fr. Ghattas Khoury : https://www.stanthonysparish.com/abouna-yacoob-haddad-the-capuchin/
