vendredi 17 février 2012

Saint FRANÇOIS-RÉGIS CLET, religieux lazariste, missionnaire et martyr



Saint François-Régis Clet Lazariste, prêtre et martyr

Entré chez les Lazaristes, ce Grenoblois y fut professeur de théologie et maître des novices à Paris. En 1791, il est envoyé comme missionnaire clandestin en Chine et se donne tout entier à l'apostolat dans les provinces du Jiangxi, de Hubei, du Hunan. Dénoncé et capturé, il subit une captivité très dure, de nombreux interrogatoires accompagnés de tortures. Fers aux pieds, aux mains et au cou, il fera un trajet de vingt jours pour rejoindre la ville où il doit être jugé. Il est condamné à mort et étranglé le 17 février 1820 à Ou-Tchan-Fou.  

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/02/18/12771/-/saint-francois-regis-clet-lazariste-pretre-et-martyr

SAINT FRANÇOIS-RÉGIS CLET

Martyr

(+ en 1820)

François-Régis Clet naquit le 19 août 1748, à Grenoble. Il était le dixième d'une famille qui compta quinze enfants. Le 6 mars 1769, obéissant à l'attrait pour la vie religieuse, il entrait au séminaire des Lazaristes, à Lyon, et y fut ordonné prêtre le 17 mars 1773.

Placé comme professeur de théologie au grand séminaire d'Annecy, il y passa quinze années, pendant lesquelles il ne cessa de faire l'admiration de tous par sa haute vertu et par la profondeur et la précision de son enseignement. Ses connaissances étaient si étendues qu'on l'avait surnommé "la bibliothèque vivante".

A la mort de Mgr Biord, évêque de Genève, c'est à M. Clet que l'on confia la charge de prononcer l'éloge funèbre du défunt.

Le moment était venu où la Providence allait changer le cours de cette existence jusque là si uniforme et si paisible. Délégué en 1788 par ses confrères, pour représenter la province de Lyon à l'assemblée générale qui devait élire un nouveau Supérieur de la Congrégation de la Mission, il se vit appelé par le nouveau Général aux importantes fonctions de Directeur du Séminaire interne de la Maison-Mère.

Il ne devait pas remplir longtemps cette charge: l'année suivante éclatait la Révolution. Le 13 juillet, c'est par la maison même de saint Vincent de Paul qu'elle préludait à ses futurs exploits; le lendemain c'était la prise et le massacre de la Bastille.

En présence du sombre avenir que faisait pressentir la situation général en France, M. Clet pensa qu'il lui restait encore assez de forces pour travailler à l'apostolat chez les infidèles: il demanda et obtint la faveur de se consacrer aux missions de la Chine.

Embarqué le 2 avril 1791 à Lorient, le zélé missionnaire débarqua à Macao après six mois de navigation, et recevait pour champ d'action les chrétientés de la province du Kiangsi. Il se trouvait là, seul prêtre, ignorant de la langue chinoise que ni ses lourdes occupations, ni son âge ne lui permettait d'étudier convenablement. Néanmoins il ne boude pas à la besogne et n'est nullement tenté de revenir sur ses pas; il s'encourage lui-même en répétant le proverbe: "Il vaut mieux que la terre soit labourée par des ânes, que de rester en friche."

L'année suivante, M. Clet quitta le Kiangsi pour prendre la direction des chrétientés des provinces du Houpé, Honan et Kiangnàn, où travaillaient deux confrères français, que la mort lui ravit en moins d'une année. Il se trouvait de nouveau seul pour administrer plus de dix mille chrétiens dispersés sur un espace de deux cents lieues de superficie.

La vie de M. Clet était simple et austère: il vivait de la vie des pauvres. Son grand esprit de mortification s'accommodait des régimes les plus divers. C'est à pied qu'il faisait ses longs voyages. À la douceur et à une parfaite humilité, il alliait une fermeté qu'inspirait un jugement sain et droit.

Malgré l'état de persécution latente, M. Clet, grâce aux précautions des chrétiens pour le soustraire aux recherches des mandarins, avait pu exercer son ministère apostolique pendant vingt-sept ans. Mais, en 1818, l'orage se déclara dans sa propre chrétienté: son confrère chinois, M. Chèn fut arrêté en janvier 1819, et la tête de M. Clet fut mise à prix. Pour échapper aux recherches des satellites, M. Clet passa du Houpé dans le Honan. Mais la cupidité d'un chrétien fut cause qu'il fut trahi et arrêté le 16 juin, dans le village Tïntsiakang.

Le prisonnier dut entreprendre, chargé de chaînes, un trajet de soixante lieues pour se rendre à la capitale de la province, où il dut comparaître devant les divers tribunaux, et y fut traité avec la dernière inhumanité. À un de ses juges, le saint confesseur répondit: "Mon frère, vous me jugez maintenant, dans peu de temps mon Seigneur Lui-même vous jugera." Quelques mois plus tard le magistrat tombait en disgrâce et était exécuté avant la conclusion du procès de son prisonnier.

Après avoir constaté que M. Clet avait eu sa résidence habituelle et exercé son ministère dans le Houkouang, les autorités du Honan l'envoyèrent à Outchangfou, métropole de Houkouang. La distance à parcourir était de cent quarante lieues; le prisonnier fit ce trajet les menottes aux mains et la chaîne au cou, n'ayant pour toute auberge que les prisons rencontrées sur le parcours.

À son arrivée à Outchang, sa maigreur, sa barbe inculte et pleine de vermine, ses vêtements malpropres et déguenillés firent sur les geôliers une telle impression de misère, qu'ils refusèrent de le recevoir. Cela lui valut la consolation inattendue d'être conduit dans une prison sans doute moins distinguée, mais où étaient détenus son confrère chinois, M. Chèn et dix chrétiens; pendant tout le cours du procès, matin et soir, on y récitait la prière, et on y célébrait même les fêtes avec chants et prédication.

Ce long procès eut le dénouement que M. Clet avait prévu et désiré: "J'attends, écrivait-il, j'attends, grâce à Dieu, cet arrêt et son exécution avec patience et tranquillité, disant avec saint Paul: "Jésus-Christ est ma vie, la mort m'est un gain." L'arrêt de l'empereur Tsiatsïn fut que "l'Européen Liou avait trompé et corrompu beaucoup de monde en prêchant la religion chrétienne, et qu'il devait être étranglé."

Le lendemain de l'arrivée de la ratification impériale, le 17 février, de grand matin, les satellites venaient prendre le saint missionnaire pour exécuter la sentence. Il refusa les vêtements neufs que son confrère M. Lamiot, lui avait préparés; dans son humilité il disait qu'il allait à la mort, nom comme un martyr, mais comme pénitent.

Arrivé sur le lieu d'exécution, il demanda la permission de faire une courte prière, après laquelle il dit aux exécuteurs: "Liez-moi." Il fut alors attaché au gibet avec des cordes qui, partant du cou, lui liaient les mains derrière le dos et serraient ses pieds l'un contre l'autre, et étranglé par la torsion de la corde qui lui enserrait le cou.

François-Régis Clet était âgé de 72 ans, dont vingt-neuf passés dans la mission de Chine.

J.-M. Planchet, Nouvelle Vie des Saints, p. 70-72
SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/saint_francois-regis_clet.html

«Jusqu’au Bout De L’amour…»: François-Régis Clet (1748-1820)

À la decouverte de l’amour

1) L’enfance d’une vie

Grenoble «la rebelle:1 compte près de 30 000 habitants en cette année 1748. La famille Clet habite la rue Porte Traine,2 au numéro 14, près de l’atelier du négociant en toiles qui emploie le père. Césaire Clet est marié à Claudine Bourquy, fille de son patron. Quinze enfants leur sont donnés,3 parmi lesquels François-Régis, le dixième qui nait le 19 août 1748.

On garde encore en mémoire, dans la région, le zèle apostolique dont fit preuve St François-Régis pour lutter contre le protestantisme. Mort à la tâche, il fut, charmante coïncidence, canonisé en même temps que St Vincent de Paul, en 1737. La famille Clet, catholique convaincue, honorera ce missionnaire en donnant à leur fils ce prénom, qui, nous le savons, sera porté courageusement jusqu’au martyre à venir. Le baptême de l’enfant se fait le lendemain, à l’église Saint-Louis de Grenoble.

L’enfance du garçon se déroule paisiblement à Grenoble. Il suit des études au Collège Royal (tenu par des prêtres diocésains), il est aussi élève des Oratoriens (sans doute au petit séminaire de Saint-Martin de Miséré, proche de la ville). Durant ces quelques années, il est un élève brillant dont on saura reconnaître plus tard toutes les qualités.

2) Les élans du cœur

Dieu frappe au cœur du jeune homme. La famille de François-Régis a déjà l’habitude de ce genre d’appel. En effet, un des garçons (François) sera Chartreux et une des filles (Anne-Constance) Carmélite. François-Régis ressent un appel à la vocation sacerdotale. Dans les diocèses de France, on a pris l’habitude de venir entendre les missionnaires et d’ériger des calvaires, des croix de souvenir de Mission et des chemins de croix. Ainsi, en famille, François-Régis a écouté les longs prêches de ces hommes enflammés de l’Evangile qui parlaient haut et fort de la bonté et de la miséricorde, ainsi que des missions lointaines qui fascinaient les jeunes garçons. Les Lazaristes avaient déjà arpenté les routes de la région de Grenoble, ils n’étaient pas des inconnus. François-Régis fut attiré par cette Congrégation fondée par St Vincent de Paul. Pourtant, il a déjà croisé sur sa route des prêtres diocésains et des Oratoriens. Il aurait pu encore entrer, comme son cousin, chez les Augustins. Il choisit de frapper à la porte de la Mission.

Le 6 mars 1769, François-Régis fait son entrée au noviciat de la Mission, à Lyon. La maison des Lazaristes, fondée en 1669, était située dans le quartier de Fourvière où bon nombre de communautés religieuses cohabitaient. Le 18 mars 1771, dans cette même maison, il est admis à prononcer les vœux simples en présence du Supérieur de la maison, M. Audifred. L’année suivante, il reçoit les ordres mineurs (le 4 avril), le sous-diaconat (le 13 juin) et enfin le diaconat (le 19 décembre). Le 27 mars 1773 est un grand jour pour François-Régis ; il reçoit des mains de Mgr Bron, évêque auxiliaire et vicaire général de l’archevêque de Lyon, l’ordination sacerdotale en l’église du séminaire Saint Charles. Quelques jours plus tard, c’est dans la joie qu’il célèbre une de ses premières messes au sanctuaire marial de Notre-Dame de Valfleury, proche de Saint-Etienne.4

De retour à Lyon, il apprend qu’il est nommé professeur de théologie morale au Grand Séminaire d’Annecy.5 Celui que l’on appelait gentiment, dans le diocèse, «la bibliothèque vivante»allait pouvoir se donner pleinement à cette mission de formation malgré son jeune âge.

3) Une réputation méritée

Dans le diocèse d’Annecy, le jeune professeur fait merveille. L’évêque, Mgr Biord, l’apprécie au plus haut point. Ainsi, il est choisi pour être le nouveau Supérieur du séminaire. Avec compétence et abnégation, il s’attelle à cette lourde tâche, nonobstant les deuils qui le frappent. Son père meurt le 15 juillet 1783 et quatre années après, sa mère disparaît à son tour. Entre ses deux deuils, Mgr Biord retourne au Père le 14 mars 1785 et c’est François-Régis qui, à la demande du clergé diocésain, est invité à prononcer l’éloge funèbre. Le nouvel évêque, Mgr Paget, manifestera envers le prêtre de la Mission la même confiance que son prédécesseur.

Un deuil frappe également la Congrégation de la Mission. Le Supérieur Général, M. Jacquier,6 meurt en 1788 et une Assemblée Générale est convoquée à Paris pour le mois de mai. Chaque Province de la Compagnie doit élire des délégués au cours d’une Assemblée qui réunit les Supérieurs de chaque maison. La maison d’Annecy est rattachée à la Province de Lyon. Bien qu’il ne soit pas délégué pour l’Assemblée provinciale, François-Régis est choisi pour représenter la Province à Paris. Il y sera, à 40 ans, le plus jeune délégué. M. Cayla de la Garde est élu comme Supérieur Général au mois de juin 1788.

Le nouveau Supérieur, qui comme beaucoup de ses confrères avait remarqué la valeur du Supérieur du séminaire d’Annecy, nomme François-Régis directeur du Séminaire Interne de la Congrégation. Resté 15 ans dans le diocèse de St François de Salles, il se voit maintenant au cœur même de la Congrégation de la Mission qui doit beaucoup à la spiritualité du saint Savoyard.

Quelque temps après cette nomination, le climat parisien se dégrade. Les récoltes sont mauvaises, les prix montent, la misère s’installe et partout l’on crie au scandale. La révolte gronde déjà en province. À Paris, les événements de 1789 vont bousculer le pouvoir. Tout ce qui le touche de près ou de loin, et notamment l’Eglise, va avoir à souffrir de ce temps difficile que l’Histoire retiendra sous l’expression de «Révolution Française». C’est ainsi que le 13 juillet 1789, les portes de Saint-Lazare sont enfoncées et la maison est victime de bandes de pillards qui, durant quinze trop longues heures, dévastent tout sur leur terrible passage, y compris la chambre si vénérée de Saint Vincent. Les prêtres et frères sont obligés de fuir, certains à demi nu, pour éviter l’outrage. Plus rien ne résiste au saccage, ni les livres (plus de cinquante mille volumes), ni les meubles, ni même le jardin et les moutons. Le lendemain et les jours suivants, tout le monde s’attelle à remettre de l’ordre et François-Régis reprend sans hésiter le cours de la formation des jeunes séminaristes. À son tour, le Supérieur Général revient dans ces murs meurtris. Lui, le Député du Clergé de Paris à l’Assemblée Nationale ne se fait pas d’illusion sur l’avenir réservé à l’Eglise de France. Par contre, il se plaît à lire à ses confrères les nouvelles qui viennent de la lointaine Chine.7 Il souhaite envoyer là-bas quelques autres missionnaires. François-Régis se porte volontaire…

Sur les pas de l’amour

1) L’appel du lointain

En février de cette année 1791, trois missionnaires doivent partir pour la Chine. Il s’agit de MM Lamiot et Pesné,8 accompagnés d’un prêtre, pour l’heure retenu en province. On ne parle pas de M. Clet. Le temps presse. Il faut vite appareiller car le navire ne peut attendre au-delà du 15 mars. François-Régis insiste pour remplacer le prêtre absent. Le Supérieur général accepte sa requête. Dans l’impossibilité pour lui de dire adieu à sa famille, il écrit une longue lettre à sa sœur aînée Marie-Thérèse: «Enfin mes vœux sont exaucés… La Providence me destine à aller travailler au salut des infidèles… Vous sentez que je sens trop le mérite de cette faveur divine pour ne pas y correspondre par un parfait acquiescement. En un mot, je pars incessamment pour la Chine avec deux de mes confrères, qui sont aussi contents que moi de notre heureuse destination:.9 Dès lors, sa famille espère le faire changer d’avis, mais juste avant de partir pour Lorient où doit se faire l’embarquement, François-Régis lui répond sans hésiter ces lignes assurées: «Ayant pris ma détermination avant de vous écrire, je m’étais préparé aux assauts que votre tendresse et votre sensibilité me livreraient… Je ne me repens pas d’avoir agi ainsi… mais je crois suivre en cela les vues de la Providence sur moi».

Début avril 1791, le bateau lève enfin l’ancre. Le 2 juillet, il approche au large du Cap de Bonne Espérance. Trois mois plus tard, c’est l’arrivée à Macao, nous sommes le 15 octobre. En effet, il fallait passer par cette presqu’île rocheuse pour pénétrer en Chine car les Portugais y avaient un port d’attache.10 Durant trois mois, les trois lazaristes se mettent à l’étude du chinois et préparent leur mission. M. Lamiot est destiné à renforcer l’équipe de Pékin, M. Pesné rejoindra M. Aubin (arrivé l’année précédente) dans la province du Hou-Kouang.11 François-Régis, quant à lui, est nommé dans la province du Kiang-Si, à l’Est du Hou-Kouang. Chacun doit maintenant, le plus discrètement possible et à l’aide d’un guide chrétien, rejoindre sa mission car un édit de l’empereur réitère l’interdiction faite aux étrangers de pénétrer sur le territoire chinois sans autorisation et d’y prêcher leur religion.

2) L’enracinement

Le Kiang-Si est une des provinces les plus riches de Chine. Le sol est extrêmement fertile. C’est dans cette province que l’on fabrique la célèbre porcelaine de Chine. Bien sûr, en raison de tout cela, elle est énormément peuplée mais les chrétiens qui y vivent sont pauvres et isolés. C’est le lieu de mission de François-Régis. Habillé comme un chinois, il a cependant beaucoup de mal à en apprendre la langue.12 Durant le voyage qui le mène de Macao au Kiang-Si, le guide le présente comme une personne en deuil, puisque la coutume locale ritualise le silence dans le deuil. Après un long parcours de près de 800 kilomètres, les deux hommes arrivent à la capitale de la province Nan-Tchang-Fou. La résidence des missionnaires se trouve encore à une centaine de kilomètres, à Tchéou-Tchang-Lu-Kia. Édifiée vers 1700 par les chrétiens eux-mêmes, cette maison est «vaste mais toute délabrée» selon François-Régis, qui prend, en outre, conscience de sa nouvelle mission: «une nouvelle carrière s’ouvre pour moi. Il s’agit de renouveler l’esprit de religion dans d’anciens chrétiens qui sont abandonnés à eux-mêmes depuis plusieurs années et de convertir des infidèles. Voilà j’espère mon occupation jusqu’à ma mort».13

La mission au Kiang-Si ne dure qu’un an, juste le temps de s’enraciner. Il est seul pour tout le secteur. On lui promet bien un confrère qu’il connaît déjà, M. Hurel, et à qui il s’empresse d’écrire «qu’il me sera doux de vous embrasser et de m’entretenir avec vous, après avoir cru que je serai séparé de vous pour jamais, et que je ne vous reverrai que dans l’éternité». Hélas, cette venue ne pourra pas se concrétiser et il restera seul. Néanmoins, il se donne à sa mission corps et âme. Il catéchèse et baptise plus d’une centaine d’adultes, malgré la difficulté persistante de la langue chinoise, «toutefois, pense-t-il, il vaut mieux que la terre soit labourée par des ânes que si elle demeurait sans culture».14 Il sait aussi qu’un baptême vite donné dans un pays païen n’est pas sans risque, ainsi, écrit-il «j’aurais pu en baptiser un plus grand nombre qui me pressaient de leur accorder cette grâce, mais ils ne m’ont pas paru assez bien instruits et nous avons remarqué que les catéchumènes facilement baptisés apostasiaient aussi facilement».15 Au bout d’un an de solitude, le voilà donc appelé par M. Raux, supérieur des lazaristes en Chine, à quitter le Kiang-Si pour la province voisine du Hou-Kouang, où se trouvent ses deux confrères, M. Pesné qu’il connaît bien, et qui malheureusement est déjà fort malade du mal qui le terrassera, et M. Aubin, que l’on dit aussi actuellement fort fatigué.

3) Une mission éprouvante

La province du Hou-Kouang est immense, tellement immense qu’elle se subdivisera en 2 provinces en 1818, le Houpé au nord et le Hunan au sud. Ses terres sont fertiles au point qu’elle est qualifiée de grenier de l’Empire.

François-Régis écrit à son frère: «je me suis rendu dans la partie septentrionale du Hou-Kouang, pays montagneux où j’ai autour de moi à une petite distance plus de 2000 chrétiens. Ici les conversions des païens sont rares, témoins du scandale de quelques mauvais chrétiens, ils refusent de s’instruire d’une religion si mal pratiquée».16

Le mauvais sort s’acharne alors sur la communauté de missionnaires. Le père Aubin, en voyage pour rencontrer l’évêque du Chensi est arrêté et mis en prison où il meurt d’empoisonnement. Le père Pesné, quant à lui, meurt à 29 ans des suites d’un fort épuisement. Nous sommes en 1795 et encore une fois, François-Régis se retrouve seul sur ce grand territoire de mission, sur lequel on trouve «plus de 2 000 chrétiens, divisés en plus de vingt districts…Mais en outre, il y a un grand nombre de chrétientés éloignées de 20, 40 ou 50 lieues qu’il faut aussi visiter… Seul, comme je le suis en effet…j’ai à parcourir un espace de 200 lieues qui ne renferme toutefois que dix mille chrétiens:.17 De plus, la situation politique n’est pas pour arranger les choses. On parle de la rébellion de la province. Durant trois ans, François-Régis ne recevra pas de confrère pour l’aider à la mission, hormis le père Joseph Ly, qui est envoyé au Kiang-Si. En 1799 enfin, arriva le jeune père Jean Tchang, qui, à partir de 1807, ira lui aussi au Kinag-Si. L’année d’après, arrive le père Juventin Tchang, qui mourra trois ans plus tard. Paul Song18 lui succède en 1804. Il collaborera avec François-Régis jusqu’à son martyre. En 1808, c’est au tour du père Ignace Ho19 de venir rejoindre le père Clet qui l’appréciera au plus haut point. La même année arrive le père François Chen,20 qui sera le compagnon de prison de François-Régis. Un an plus tard, le père Antoine Tcheng vient renforcer l’équipe mais il sera vite envoyé aider à la mission du Kiang-Si. Un dernier confrère chinois, le père Ngaï,21 rejoindra la mission en 1817. François-Régis recevra aussi l’aide du frère Paul Wang22 à partir de 1809. François-Régis est également en attente d’un confrère français, le père Dumazel.23 Après de nombreuses péripéties qui peuvent faire qualifier ce missionnaire de véritable héros, il arrive enfin, dix ans après son départ de France, aux portes de la mission du père Clet.

La vie est ardue pour François-Régis. Il tombe malade d’une pleurésie qui fait craindre le pire. Il pense même recevoir le dernier sacrement. Or, il guérit et écrit au supérieur des lazaristes en Chine24 qu’ «il m’est seulement resté de cette maladie une faiblesse et une enflure de jambes…Je ne puis à présent faire que 20 à 30 lis».25 Quant au père Dumazel, affublé d’un caractère fort scrupuleux, il n’arrive pas à se modérer dans les tournées de mission si bien que son supérieur, François-Régis ose écrire que «M.. Dumazel me donne à lui seul plus de peine à diriger que toute la province du Houpé».26 Hélas, ce jeune confrère sera atteint de fièvre typhoïde et en mourra en décembre 1818 à l’âge de 49 ans.

François-Régis le sait mieux que quiconque, la mission en Chine n’est pas sans danger. En 1799, à la mort de l’empereur, il est une coutume mi-religieuse, mi-politique qui consiste à se prosterner devant le corps du défunt en faisant des libations. Les missionnaires ont pour stricte consigne de ne pas assister à ces cérémonies qui durent plusieurs jours. On craint alors la persécution pour ce refus mais la sagesse du pouvoir est la plus forte. Néanmoins, avec l’avènement du nouvel empereur Kia-King, une guerre civile éclate dans la province de François-Régis. Les rebelles, regroupés en secte, tuent tous ceux qui, sur leur chemin, ne veulent pas les rejoindre. Par chance, ils ne sont pas venus jusqu’à la Mission.

Les troubles ne sont pas qu’en Chine, le Père Clet reçoit des lettres de France qui décrivent une situation vraiment explosive. Son frère le Chartreux27 est en exil à Rome et il ne sait pas ce qu’est devenue sa sœur carmélite.28 Les nouvelles de Rome ne sont pas mieux. Le pape est emmené sous escorte loin de son palais, en exil, pendant que la République romaine est proclamée par les ennemis de l’Eglise.29 De Chine, le missionnaire écrit: «à la vue de l’état désastreux où se trouve l’Europe, je ne puis que bénir la Providence de m’avoir soustrait à tant de maux». Et, comparant l’état de l’Europe à celui des contrées qu’il habite, il écrit à son frère: «il vaut mieux être en Chine qu’en France: nos infidèles sont loin d’avoir l’atrocité de vos impies; car ces derniers vérifient le proverbe: rien de pire que le bien lorsqu’il vient à se corrompre». Il lui dit aussi que quelque soit la situation d’un pays, «tous les pays sont bons, pourvu qu’on puisse servir Dieu…notre patrie est le Ciel, où l’on peut arriver de tous les pays du monde».30

La vie de la mission est marquée par la pauvreté. François-Régis ne s’en plaint pas mais déplore d’être dans l’impossibilité d’aider ses confrères. Il relate ses difficultés dans son courrier adressé au supérieur de Pékin: «la famine qui s’est fait sentir nous a fort appauvris. Vous ne me demandez point d’argent et vous faites bien, car je n’en ai point à vous envoyer. Il ne me reste qu’environ 18 taëls…31 A vu d’œil dans quinze jours, il ne me restera aucune sapèque à la maison». Et de même, écrit-il que «cette année à cause de la sécheresse, point de riz, il faut presque tout acheter, tout est cher, voyez si vous êtes assez riche pour aider notre pauvreté».32 Cependant, François-Régis partage ce qu’il a avec les plus démunis, se souvenant par là, comme il l’écrit lui-même «qu’il vaut mieux donner que recevoir».

La résidence de la mission, qui n’a rien d’un palace et que les missionnaires se plaisent à appeler «le château de paille: , témoigne de la pauvreté manifeste. Le sol est en terre battue et le toit est en chaume, et l’église de la mission est bâtie de la même manière. Cette maison est celle de tous les missionnaires qui y viennent s’y reposer et s’y ressourcer après de longs mois d’apostolat pénible et fatigant. On profite alors de ce temps pour refaire ses forces spirituelles et morales. Le supérieur, qu’est François-Régis, s’efforce de recommander certains principes évangéliques à son équipe: «Revêtons-nous donc de tendresse et de miséricorde, de bonté, d’humilité et de patience, car nous devons-nous qui sommes plus forts, soutenir la faiblesse des infirmes et ne pas nous complaire en nous-mêmes:.33 François-Régis demande la communion dans le travail missionnaire de façon à ce que «nos brebis ne forment qu’un seul troupeau, comme il n’y a qu’un seul Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ» et, et plus loin, il écrit «qu’il faut exhorter nos chrétiens à apprendre… le Catéchisme des sacrements, mais ne pas les obliger ou forcer à l’apprendre. On doit seulement exiger qu’ils sachent ce qui est strictement requis pour la réception des sacrements».34 Les confrères écoutent François-Régis, notamment le père Song, qui aura pour le père Clet, une profonde vénération.35 Cependant, certains trouvent le travail trop dur et les ragots fusent à Pékin. François-Régis réagit: «il me semble n’avoir jamais eu l’intention de ruiner la santé de mes confrères par un travail au dessus de leurs forces». Au contraire, il ne cesse de leur dire de «ménager leur santé… en Chine surtout où les prêtres sont rares, il vaut mieux vivre que mourir pour la gloire de Dieu». Pourtant, la Providence aura pour le père Clet un autre chemin…

L’accomplissement de l’amour

1) L’ombre de la Croix

Les missionnaires sont, pour la plupart, en situation irrégulière en Chine.36 Les lazaristes sont répartis sur plusieurs provinces, aidés de prêtres chinois qu’ils ont formés, et envoyés auprès des quelque 200 000 chrétiens de l’empire.37 La situation est toujours conflictuelle pour ces missionnaires qui doivent éviter d’être ouvertement reconnus et arrêtés, soit par le pouvoir des mandarins, soit par les rebelles. Ainsi dès 1799, François-Régis s’inquiète des exactions commises par les rebelles qui dévastent les missions, en brûlant les maisons et massacrant ceux qui ne peuvent fuir. Leurs troupes sont aux portes de Pékin mais finissent par être repoussées par le pouvoir central. On accuse même les chrétiens de porter le drapeau de cette rébellion. Les mandarins s’aperçoivent de la calomnie et châtient les coupables.

En 1805, cherchant un voleur, la police arrête un chrétien chinois porteur d’une carte de la province du Kiang-Nan, destinée aux missionnaires. Un complot est soupçonné et les Mandarins saisissent l’occasion pour aigrir l’empereur contre les étrangers. On met sous surveillance les missionnaires de la capitale, d’autres sont exilés, les chrétiens sont tenus d’abjurer leur foi sous la menace et la torture. Pour l’heure la province de François-Régis est à l’écart.

En 1811, on arrête un missionnaire chinois porteur de papiers contenant les pouvoirs spirituels que lui confère l’évêque où sont énumérés les différents districts de mission. Les mandarins y voient une tentative des étrangers pour substituer aux gouverneurs des villes des fonctionnaires par eux choisis. Une persécution contre les chrétiens éclate sur Pékin et ordre est donné à tous les étrangers de quitter le pays.38 Les lazaristes protestent et continuent l’évangélisation. La même année, on rapporte à l’empereur que des chrétiens vont se révolter le jour de la fête de l’Assomption. Un édit impérial ordonne alors à tous les chrétiens de renoncer à leur religion avant la fin de l’année sous peine de persécution. François-Régis, les missionnaires et les chrétiens sont obligés de se cacher. La persécution gagne les provinces. Son «château de paille»est détruit, l’école et l’église sont rasées. La mission est un amas de ruines.

Une involontaire persécution intérieure est menée à l’encontre du supérieur de la mission du Kiang-Si. Le père Clet a été investi de tous les pouvoirs extraordinaires communicables à un prêtre, même la faveur d’administrer la Confirmation. Hélas, le nouveau vicaire apostolique de la province se méfie de François-Régis en l’accusant de jouer un double jeu. Tous les pouvoirs lui sont retirés avec brusquerie. Voyant son erreur, le vicaire, quelque temps plus tard lui rendra ces pouvoirs.

En 1818, une autre persécution se dessine à l’horizon. Elle a pour origine un phénomène climatique «naturel» qui plonge Pékin et la cour impériale dans des ténèbres et des pluies violentes. L’empereur consulte ses oracles qui accusent les chrétiens d’être à l’origine de ces «menaces du ciel. Les conseillers de l’empereur sont d’avis de relancer la persécution contre les confesseurs d’une telle religion. Les arrestations de prêtres et de missionnaires chinois ne se font pas attendre. Certains sont emprisonnés, d’autres exilés. François-Régis évoque l’arrestation du père Chen, son confrère chinois: «Notre… croix est la capture de M. Chen. Il a été vendu par un nouveau Judas, 20 000 deniers… Il a été… envoyé à Ou-Tchang-Fou avec 15 ou 18 chrétiens pris à peu près dans le même temps:.39 François-Régis et ses compagnons sont obligés, encore une fois, de vivre proscrits, «M. Ho et moi avons parcouru je ne sais combien d’antres et de cavernes». Durant quatre mois, il erre de cache en cache avant de prendre la décision de changer de province où il pense être davantage en sécurité et aider la mission. Il a 71 ans.

2) La longue marche

Réfugié au Honan, il trouve l’hospitalité dans une famille chrétienne durant près de 6 mois. C’est de là que commence le calvaire suprême. Un apostat auquel François-Régis avait reproché sa mauvaise conduite le retrouve et veut le faire arrêter. La tête du missionnaire est mise à prix 1000 taëls. Réveillé de son sommeil par un songe prémonitoire, le père Clet sort de la maison, déguisé en marchand et se trouve devant une troupe qui l’entoure vite. Dans le calme, il est arrêté. On rapporte alors un dialogue entre le missionnaire et le traître qui a guidé les soldats: «Mon ami, dans quel dessein êtes-vous venu ici? Ah! Que j’ai pitié de vous!. «Pourquoi me plaindre et me pardonner, répond l’apostat, je n’en ai nul besoin». Et s’adressant aux soldats, il dit: «C’est lui, c’est lui, prenez-le!».François-Régis se voit affublé de chaînes aux poignets, au cou et aux chevilles. Les habitants de la maison sont arrêtés eux aussi et les maisons des chrétiens voisins sont pillées avec acharnement. L’arrestation a eu lieu dans le petit village de Kin-Kia-Kang à environ 4 kilomètres de la ville de Nan-Yang-Fou, dans laquelle le triste cortège sera conduit sous les huées des badauds ameutés pour l’occasion.

Le mandarin lui fait administrer 30 coups de semelle de cuir sur le visage qui laisse couler le sang, pendant que ses genoux reposent durement sur des chaînes de fer. «Mon frère, dit le missionnaire, maintenant tu me juges, mais dans peu de temps, mon Seigneur te jugera lui-même». Le mandarin ne tarde pas à lui répondre en lui donnant encore 30 coups sur le visage.

Dix jours plus tard, le prisonnier enchaîné est envoyé au chef-lieu de la province, à Khaï-Fong-Fou, à plus de 200 km. Là encore, il sera torturé pour ne pas avoir répondu aux questions posées par le mandarin. Durant un mois, il est emprisonné dans les geôles de cette ville et passe une bonne partie de son temps à la prière et la méditation, faisant ainsi parfois l’admiration des gardiens. Il trouve le moyen d’écrire: «Dès que la nuit arrive… il faut se coucher et mettre une de ses jambes dans une entrave jusqu’au lendemain. Cette entrave est formées de 2 planches… que le geôlier réunit ensemble et ferme par un cadenas… De plus, une chaîne de fer nous liait tous sur notre chevet et nous empêchait de lever la tête, on pouvait seulement, avec bien des efforts, se tourner sur le côté ou sur le dos: .

Ayant appris que la mission du père Clet avait pour cadre la province du Hou-Kouang, les mandarins l’envoient à Ou-Tchan-Fou, chef-lieu de cette province. 500 kilomètres distancent les deux villes. Le voyage, fort pénible, dure 20 jours. Les prisonniers sont enfermés dans une cage en bois, attachés par de lourdes chaînes. Le soir, le cortège fait halte dans les prisons. François-Régis écrit: «mon séjour dans les prisons du Honan et ma longue route avaient fort altéré ma santé… J’étais alors dans un pauvre état, une grande maigreur, une longue barbe qui fourmillait de poux: . Arrivé à destination, le destin lui fait rencontrer le père Chen qui se trouve dans la même prison, ainsi que dix autres chrétiens. Ils se mettent à prier ensemble. Ils ont la possibilité de faire quelques pas «librement»durant la journée. Ils célèbrent la confession et reçoivent même d’un missionnaire qui continue en secret l’évangélisation, la Communion. Il décrit ainsi sa captivité: «Les mandarins d’ici sont fort doux… Douze taëls ont fait tomber de notre col, de nos mains et de nos pieds, les chaînes, les menottes et les entraves… Chacun fait cuire son riz… Pour nous, nous vivons en commun… Les chrétiens nous offrent assez souvent viande, poisson, fruits… Vous voyez par là que nous ne sommes pas beaucoup à plaindre. Mais… dès que la nuit arrive, il faut se coucher et mettre une de ses jambes dans une entrave jusqu’au lendemain».40 Il écrira aussi: «admirez ici la divine Providence, qui contre la première intention du mandarin, a réuni deux prêtres dans une même prison avec dix bons chrétiens que j’ai confessés plusieurs fois, et qui ont reçu avec nous la communion des mains d’un de nos confrères. C’est peut-être inouï dans les prisons de Chine».41

Une mauvaise nouvelle arrive aux oreilles de François-Régis: on a arrêté le père Lamiot car on a trouvé dans la résidence de la Mission du père Clet, trois lettres écrites par le supérieur de Pékin. François-Régis s’imagine être à l’origine de cette fâcheuse arrestation, bien que M. Lamiot pense qu’elle est due au traître qui a déjà fait arrêté François-Régis et le père Chen. Le père Lamiot est conduit dans un hôtel d’Ou-Tchan-Fou mais il lui est impossible de voir le père Clet avant le procès et la confrontation exigée par le mandarin. Cependant, François-Régis écrit à M. Lamiot de lui accorder son pardon pour l’avoir compromis. Il lui dit aussi qu’il prendra tout pour lui, parce qu’il fallait sauver la mission de Pékin avant tout.42 Le lendemain de l’arrivée du supérieur des lazaristes de Pékin, on convoque le tribunal. François-Régis, les pères Chen et Lamiot sont agenouillés. On interroge M. Lamiot sur sa connaissance du père Clet. Il écrira plus tard: «je répondis le connaître, quoique sa figure fut si décomposée que je ne reconnaissais aucun de ses traits… J’ai été frappé de la sagesse de ses réponses. Lorsqu’on me fit mettre à genoux à son côté, il se mit à pleurer… Comme on voulait frapper M. Chen, il s’écria: pourquoi le frapper? Je suis seul coupable». Le mandarin lui réplique: «Vieille machine! Tu as corrompu trop de nos gens, l’Empereur veut ta vie!». Il répondit: «bien volontiers!». «J’admirai sa sensibilité extrême pour M. Chen et pour moi, son intrépidité pour le martyre, et sa présence d’esprit; ce qui me fit une impression qui ne s’effacera jamais de mon âme».43

3) La mort pour l’Amour

Le 1er janvier 1820 a lieu une comparution générale de tous les chrétiens au tribunal. Après quelques questions, le père Lamiot est déclaré innocent, mais il est banni de Chine. Il repart pour Macao. François Chen est condamné à l’exil dans l’ouest chinois, en Tartarie où il mourra. Quant à François-Régis, pour lequel le Gouverneur rédige un rapport favorable, il attend sereinement sans se faire beaucoup d’illusion: «je ne compte pas sur la clémence de l’Empereur, je me prépare à mourir. J’attends grâce à Dieu cet arrêt avec patience et tranquillité».44 Le temps semble compté mais la foi de François-Régis est inébranlable. Il fête la Conversion de St Paul, anniversaire de la fondation de la CM et peut communier dans la prison. Pour le père Clet, c’est le repas de l’adieu, comme le redira si bien M. Lamiot. Le 17 février l’avis impérial arrive à Ou-Tchang-Fou: Liéou45 François, entré secrètement en Chine, a trompé beaucoup de monde en prêchant sa doctrine. Il y a lieu de le faire étrangler. Il doit l’être sans délai, comme c’est la coutume.46

Sans tarder donc, des soldats sont envoyés en prison pour annoncer au condamné la sentence impériale. Le père Chen, devant la difficulté de l’officier d’annoncer la nouvelle, lui dit que les chrétiens et surtout les prêtres ne redoutent pas la mort. François-Régis demande alors l’absolution au père Chen en larmes. Il adresse aussi quelques paroles de réconfort aux chrétiens réunis autour de lui: «Soyez toujours de fervents serviteurs de Dieu et n’abandonnez jamais la foi», et les bénit une dernière fois. La nuit enveloppe la prison et c’est dans cette nuit du 17 au 18 février 1820 que le malheureux cortège quitte ses murs pour accomplir la triste besogne.

Le froid envahit les rues désertes de la ville. Le groupe s’arrête près d’un poteau de 2 mètres solidement planté dans le sol. Il a un peu l’allure d’une croix avec sa traverse figée vers le sommet. François-Régis a l’autorisation de prier une dernière fois. «Liez-moi», dit-il ensuite aux soldats qui attachent les mains et le dos derrière la traverse et les pieds, liés l’un à l’autre, au montant du poteau. On passe alors une corde autour du cou, nouée à un bâton que l’on tourne par trois reprises47 jusqu’à ce que le martyr est rendu son dernier soupir. François-Régis avait passé 28 années en Chine. Il a été martyrisé à 72 ans. Son corps est d’abord enseveli dans le cimetière des condamnés à mort avant d’être récupéré par des chrétiens qui l’enterrent au cimetière chrétien de la Montagne rouge, où déjà d’autres missionnaires reposent. On gravera: «Ici gisent les ossements du vénérable serviteur de Dieu, François Clet, de la Congrégation de la Mission, Père plein de mérites de l’Eglise du Houpé, qui s’acquitta de nombreux travaux dans la vigne du Seigneur, et marqué par la vieillesse, mérita la couronne du martyre l’an du Seigneur 1820, le 14 des calendes de mars» .

Les restes du martyr reposent aujourd’hui dans la Chapelle de la Maison-Mère à Paris. François-Régis Clet a été béatifié en 1900. Il est canonisé un siècle plus tard en 2000.

Annexe 1: freres et soeurs de Francois-Regis Clet

Marie-Thérèse, née le 11 février 1733, morte en 1821

Anne -Constance, née le 11 août 1734, (Carmélite)

Dorothée-Euphr. , née le 4 janvier 1736, morte en 1749

Françoise-Julie, née le 28 février 1737, morte en 1802

Jeanne-Marie, née le 11 mai 1738

Joseph (parrain), né le 19 janvier 1741, mort en 1748

Jacques, né le 3 août 1742

François (chartreux), né le 14 mars 1744, mort en 1812

Césaire, né le 18 janvier 1747

François-Régis, né le 19 août 1748, mort en 1820

Euphr. Dorothée, née le 13 avril 1751

Hyacinthe-Joseph, né le 22 octobre 1752

Jeanne-Marie, née le 12 mai 1754, morte en 1777

Joseph-Stanislas, né le 2 octobre 1755

Anne-Marie, née le 29 mai 1757, morte en 1757.

Annexe 2: les dates principales de F.R.Clet

19 août 1748: naissance à Grenoble (baptême le 23 août)

6 mars 1769: entrée dans la Congrégation de la Mission à Lyon.

18 mars 1771: vœux

27 mars 1773: ordination sacerdotale, puis départ pour le séminaire d’Annecy

1788: assemblée générale à Paris, nomination au poste de directeur du noviciat.

1789: sac de Saint-Lazare

10 avril 1791: départ pour la Chine de Lorient avec MM. Lamiot et Pesné.

1792: départ pour le Kiang-Si

1793: départ pour le Hou-Kouang

1804: arrivée à la Mission du Père Song

1810: arrivée à la Mission du père Dumazel

1812: M. Lamiot succède à M. Ghislain comme supérieur des lazaristes de Chine.

1818: début de la grande persécution contre les chrétiens

1819: mort de M. Dumazel, arrestation de M. Chen, de François-Régis (le 16 juin) et de M. Lamiot.

Fin 1819: confrontation au tribunal entre M. Lamiot et Clet.

1er janvier 1820: comparution générale et libération de M. Lamiot

16 février 1820: dernière lettre à M. Lamiot

17 février 1820: annonce de la sentence de mort.

18 février 1820: martyre de François-Régis

1843: introduction de la cause de béatification

1859: transfert des reliques à la Maison-Mère de la C.M. à Paris.

27 mai 1900: béatification à Rome

1er octobre 2000: canonisation à Rome (avec les martyrs de Chine).

Bibliographie

Récit réalisé avec :

« Soldat du Christ, le Bienheureux F.R. Clet »par G. de Montgesty. Paris 1906

« François-Régis Clet »par André Sylvestre, cm. Moissac. 1998.

Notes

1. Située dans le Dauphiné, Grenoble sera une des premières villes françaises à allumer le brasier de «la Révolution française» dès juillet 1788 en demandant la convocation des Etats Généraux de la Nation. Elle sera, en outre, la première grande ville qui ouvrira ses portes à Napoléon 1er, lors de son retour d’exil de l’Ile d’Elbe, pour les Cent Jours. Elle sera sévèrement réprimée sous la Restauration des Bourbons.

2. Aujourd’hui , la Grande Rue.

3 Voir en annexe la liste des frères et soeurs de François-Régis.

4 Les Lazaristes y sont présents depuis 1687, c’est en fait la plus ancienne de leurs maisons en France. Une ordonnance royale de 1711 confirme leur présence dans ce sanctuaire dont ils ont la charge encore aujourd’hui.

5 Les Lazaristes furent appelés dans le «diocèse des saints» (dixit St Vincent) dès 1638. Après avoir donné de nombreuses Missions, ils y fondèrent un lieu pour les «exercices des ordinands», qui deviendra avec le temps le séminaire en 1642. Ce séminaire fut le premier fondé en dehors de Paris. Du temps de François-Régis, les études de théologie duraient trois ans. Ce séminaire n’existe plus, la bâtisse abrite maintenant la bibliothèque de la ville.

6 C’est sous son Généralat qu’un décret de la Sacrée Congrégation de la Propagande (en 1783) a substitué les Lazaristes aux Jésuites français dans les Missions de Chine. Dès 1784, 3 Lazaristes y furent envoyés en mission.

7 Après ce premier départ, deux autres lazaristes partirent en 1788. 1791 verra un troisième départ.

8 Louis Lamiot et Augustin Pesné seront ordonnés prêtres à leur arrivée à Macao en 1791. Lamiot deviendra, en 1812, supérieur des lazaristes français et de la Mission française. Il mourra à Macao en 1831. Pesné mourra en juillet 1795, dans la province du Houpé, assisté de François-Régis.

9 Nous avons 72 lettres du P. Clet, éditées pour la première fois en 1944, à Pékin, par le Frère Van Den Brandt.

10 Le territoire de Macao dépendait du vice-roi portugais de Goa en Inde.

11 Dont Ou-Tchang-Fou est la capitale. Cette province est actuellement divisée en 2 entités:le Hubei et le Hunan. Elle se situe au Sud-Est du pays.

12 Il écrit à son frère chartreux que cette langue est «indécrottable, les caractères qui la composent ne sont pas destinés à exprimer des sons mais les pensées… Je suis arrivé trop âgé en Chine, pour en avoir une connaissance passable».

13 Lettre adressée à sa sœur Marie-Thérèse dès son arrivée à la résidence (lettre 5).

14 Lettre adressée à son frère en 1802 (lettre 12).

15 Lettre 12.

16 Lettre 12.

17 Lettre 12.

18 Paul Song est né dans le Honan en 1774. Il entra dans la C.M. à Pékin en 1801. Ordonné en 1803, il est envoyé un an après en mission avec le père Clet qu’il secondera, parfois en exerçant la patience de ce dernier. Après la mort de François-Régis, il poursuivit son ministère au même endroit jusqu’en 1839, moment où il passa au Honan. Emprisonné en 1852, il meurt en 1854.

19 Ignace Ho était âgé de 27 ans quand il a rejoint la Mission de François-Régis. En 1819, lors de l’arrestation du père Clet, il réussit à s’échapper et dut changer son nom en Tong. Malgré cela, il sera arrêté et exilé en Tartarie (Turkestan chinois), près de la frontière russe en compagnie de son catéchiste. Il mourut en exil en 1846.

20 Né en 1780 et ordonné en 1808, il donnera la dernière absolution au père Clet. Il sera aussi exilé en Tartarie où il mourra massacré par les rebelles musulmans en 1825.

21 Le père Stanislas Ngaï est natif du Houpé. A la mort de François-Régis, il lui succédera dans l’administration de la maison. Il meurt en 1849.

22 Paul Wang, né en 1751, fait ses voeux en 1790 dans la C.M.. Il exerce la fonction de courrier entre Pékin et Macao avant d’être envoyé au Houpé. Il meurt en 1827.

23 Parti d’Angleterre en 1800, il sera bloqué durant 5 ans à Canton pour obtenir le passeport nécessaire pour aller à Pékin. Arrivé près de Pékin, en 1806, il reçoit l’ordre de s’en retourner à Canton pour partir ensuite aider le père Clet. En raison de la rébellion interne, il retourne à Macao afin de s’embarquer pour la Cochinchine. Il tombe alors malade chez les pères des Missions Etrangères de Paris qui le soignent pendant un an. Il peut reprendre ensuite sa route en contournant par l’est pour pénétrer enfin au Kiang-Si où l’attend François-Régis.

24 M. Ghislain qui a remplacé M. Raux à sa mort en 1801.

25 Lettre 47. Le li équivaut à 600 mètres environ, 20 à 30 lis égalent 12 à 18 km.

26 Lettre 62.

27 Il reviendra à France et mourra à Grenoble en habit de chartreux le 8 mars 1812 à l’âge de 66 ans.

28 Il apprendra, par la suite, qu’elle a du quitter son couvent et redevenir séculière.

29 Le pape Pie VII reviendra à Rome en 1800 et reprend possession du Vatican.

30 Lettre 16, écrite en 1802.

31 Le taël valait de 7 à 8 francs or.

32 Lettre 50 adressée au père Ghislain à Pékin, en 1810.

33 Lettre «circulaire» adressée aux missionnaires en 1811 (lettre 53).

34 Lettre «circulaire» de 1813 (lettre 59).

35 Par lui, nous possédons 37 lettres de François-Régis.

36 D’après le père Richenet, Procureur des Missions à Macao de 1801 à 1815, «les missionnaires ne sont admis… que pour le service de l’Empereur, par conséquent seulement à Pékin en qualité d’artistes, de peintre, horlogers… astronomes pour faire le calendrier lunaire»:lettre adressée au Gouvernement français en 1817.

37 Cf. la lettre du père Richenet ci dessus évoquée.

38 A l’exception des membres du tribunal des mathématiques: 3 missionnaires portugais.

39 Lettre 63 adressée au père Lamiot, successeur de M. Ghislain.

40 Extraits de la Lettre 65 adressée au Père Richenet.

41 Lettre 67 adressée le 14 janvier 1820 au P. Marchini, procureur de la Congrégation de la Propagande à Macao.

42 D’après le résumé de la lettre qu’en fit lui-même M. Lamiot.

43 Lettre du père Lamiot adressée au père Verbert, vicaire général de la C.M.

44 Lettre adressée aux confrères portugais de Pékin, qui étaient en «conflit» avec les confrères français au sujet de leur installation au nord de Pékin (Eglise du Petang), suite à l’exil de M. Lamiot. Le père Clet essaie, au nom de la charité et sur demande de M. Lamiot, de résoudre le problème: «j’ai pensé qu’il serait bon d’employer mon dernier souffle de vie à rétablir… la paix parmi vous. Comme la charité seule, c’est à dire l’amour de Dieu et du prochain, me porte à vous écrire, je vous prie de me lire avec la même charité. Sur le point de comparaître devant le redoutable juge, comment pourrais-je obéir à un autre esprit qu’à l’esprit de charité? » (lettre 72). Le conflit demeurera et la maison fut confisquée par le gouvernement chinois et l’église rasée. On se souvient alors que le père Clet avait écrit:«Si vous n’écoutez pas ma prière, vos maisons… tomberont l’une sur l’autre et seront toutes deux détruites au grand détriment de notre sainte religion» (lettre 73 adressée au Portugais).

45 Nom chinois de François-Régis Clet.

46 D’après «La Congrégation de la Mission en Chine», II, p. 578.

47 Il aura fallu 2 cordes car la première, trop usée, s’est facilement rompue.



Saint François-Régis CLET

Naissance: 1748 à Grenoble

Mort: 18.04.1820 à Ou-Tchang-fou

Etat: Prêtre - Lazariste - Martyr du Groupe des 120 martyrs de Chine 2

Note: Lazariste, professeur, il part pour la Chine en 1791. 30 ans d'apostolat très difficile couronné par le martyr en 1820. Cf notice du groupe spécialement le §2.


Béatification: 27.05.1900 par Léon XIII

Canonisation: 01.10.2000 à Rome par Jean Paul II


Réf. dans l’Osservatore Romano : 2000 n.39 p.9-10 - n. 40 p.1-7 - n.41 p.7.10

Réf. dans la Documentation Catholique : 2000 n.19 p.906-908

Notice

François-Régis Clet naît à Grenoble en 1748, d'une famille aisée, très chrétienne. Il entre dans la congrégation des prêtres de la Mission (Lazaristes) et enseigne d'abord la théologie au grand séminaire d'Annecy, puis à Paris, il dirige le noviciat de Saint-Lazare. En 1791, il est désigné pour la Chine et s'embarque à Lorient le 2 avril de la même année. Sa première mission est le Kiang-Si. Quadragénaire, il peine à apprendre le chinois - travail "indécrottable" -, il souffre du climat et tombe plusieurs fois gravement malade. Il écrit à son frère chartreux: "Il est à peu près de la première évidence que je ne suis bon à rien: toutefois la rareté des missionnaires dans ce vaste Empire ne permet pas, en conscience, de retourner en Europe, car, comme dit le proverbe, il vaut mieux que la terre soit labourée par des ânes que si elle demeurait absolument sans culture". Il s'attelle donc avec zèle au travail en vue du salut des âmes. Du Kiang-Si, il passe dans le Hou-pé, puis dans le Hou-Kouang. Après 30 ans d'apostolat exercé au milieu de difficultés incroyables, doublées du fait que la Révolution a tari toute relève missionnaire, il est dénoncé et pris le 6 juin 1819, près de la ville de Hougan-fou. Il subit de nombreux interrogatoires et des tortures. Puis il est conduit à Ou-Tchang-fou pour y être jugé: "Vingt jours de trajet sous la conduite de soldats grossiers et cruels, mais en arrivant au terme de son voyage, il a la consolation de rencontrer en prison un prêtre chinois et dix autres chrétiens: Ils peuvent prier ensemble et s'encourager. Il reçoit la sentence de condamnation du mandarin sans rien perdre de son calme. En attendant la confirmation par l'empereur - ce qui ne saurait manquer - il écrit du fond de sa prison: "Je me prépare à la mort en répétant souvent avec Saint Paul: «Si je vis, c'est pour Jésus-Christ et la mort sera pour moi un gain». (Cf Rom.14,7 et Phil.1,21)". Il meurt étranglé à l'âge de 72 ans, le 18 avril 1820.

Un exemple entraînant. - Lorsqu'à 19 ans, le frêle Jean-Gabriel Perboyre 2 entre au séminaire lazariste, il n'y est bruit que du martyre que vient de subir en Chine le vieux Père François-Régis Clet, un de ceux qui, depuis un demi-siècle, ont réussi à maintenir debout, dans l'immense Empire, des chrétiens que les persécutions récidivées déciment. Et le jeune Jean-Gabriel Perboyre passe des heures à méditer devant les reliques (habit taché de sang) de son aîné. Une hantise s'empare de lui et ne l'abandonnera plus de toute sa vie. "Quelle belle fin que celle de M. Clet, confie-t-il à un camarade. Priez Dieu que je finisse comme lui." Mais des médecins et ses supérieurs s'opposent à son départ en raison de sa santé. Finalement, il ira en Chine, mourra comme le Père Clet, son modèle, et sera le premier martyr de Chine canonisé (le 2 juin 1996)

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/hagiographie/fiches/f0504.htm


Blessed Francis Regis Clet, C.M. M (AC)

Born in Grenoble, France, 1748; died at Hankow, China, 1820; beatified in 1900. Blessed Francis joined the Lazarists and was sent to China in 1791. There he labored in the mission fields for 30 years in the face of many difficulties. At the age of 72, he was captured, tortured, and strangled for the faith (Benedictines).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0217.shtml

Blessed Francis Regis Clet

A Lazarist missionary in China; b. 1748, martyred, 18 Feb., 1820. His father was a merchant of Grenoble in France, his mother's name was Claudine Bourquy. He was the tenth of fifteen children. The family was deeply religious, several members of it having consecrated themselves to God. Francis attended the Jesuit college at Grenoble and afterwards entered the diocesan seminary which was in charge of the Oratorians. His extant letters in French and Latin show a cultivated mind. On 6 Mar., 1769, he entered the novitiate of the Congregation of the Mission or Lazarists, at Lyons. There he made his vows in 1771 and was ordained priest in 1773. The same year he went as professor of moral theology to the diocesan seminary at Annecy. His zeal and learning produced excellent fruits. In the sixteenth year of his stay at Annecy he was sent to Paris for the election of a superior general of the congregation. He did not return, for the new superior general appointed him director of the internal seminary, at the motherhouse in Paris. Scarcely a year had elapsed when the sacking of St. Lazare, on the eve of the taking of the Bastille, scattered his flock. Many of the young men returned to the dismantled house the next day and gathered around their director, but the fury of the revolution prevented their remaining.


It was at this period that his ambition to become missionary was manifested. His superior yielded to his desires, and he was sent to China in 1791. The first post assigned him was in Kiang-Si, one of the most destitute Christian settlements in China. He had great difficulty in acquiring the language, which he never fully mastered. The next year he was sent to Hou-Kouang where he laboured for 27 years. Death soon deprived him of his two brother-priests and for several years he ministered alone to a vast district. In spite of difficulties, he succeeded in keeping up the fervour of the Christians and bringing many pagans to fold. In July, 1812, his church and schoolhouse were destroyed, but he escaped. In 1818 the persecution broke out again with renewed fury. After several remarkable escapes from the seaching parties, he was betrayed by a Chinese Christian, for the 1500 dollars set on his head, and was taken, 16 June, 1819. He had to undergo the greatest cruelty for five weeks, but not a word of complaint escaped him. Being transferred to another prison, he was treated more humanely and found there Father Chen, a Chinese Lazarist, from whom he could receive the sacraments. On 1 Jan., 1820, however, sentence of death was passed on him. The execution took place, 18 Feb., 1820. He was tied to a stake erected like a cross, and was strangled to death, the rope having been relaxed twice to give him a three-fold death agony. He was beatified by Pope Leo XIII, 27 May, 1900, and his feast day is on the 17 February. His remains rest in the chapel of the mother house of the Lazarists, in Paris. His holy life and death were the inspiration of Blessed John Gabriel Perboyre, also a Lazarist, who was martyred in China in 1840.

Sources

Lives by VAURIS (Paris, 1853); DEMINUID (2 vols., Paris, 1893); RONGEST (Paris, 1900); DE MONGESTY (Paris, 1906).


Randolph, Bartholomew. "Blessed Francis Regis Clet." The Catholic Encyclopedia. Vol. 6. New York: Robert Appleton Company, 1909. 17 Feb. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/06232b.htm>.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/06232b.htm


MARTYRED IN CHINA. THE BLESSED FRANCIS REGIS-CLET.

We give below a full report of the sermon preached by the Bishop of Newport at the opening of the Solemn Triduum in honour of the Blessed Francis Regis-Clet, at St. Mary's, Sheffield.
"I have put My words in thy mouth, and have protected thee in the shadow of My hand, that thou mightest plant the heavens and found the earth" (Isaias Ii., 16).
We have, in these words of Isaias, a description of what is meant by the Apostolic mission. The missionary is a mortal man ; but it is true all the same that God puts into the missionary's mouth His own words ; —that He watches over him—in his entering in, in his laborious career, in his conflict, in his death, and after his death ; that the missionary office is to plant and cultivate heaven's own seed for a harvest which the earth by itself could never grow ; and that the earth, with all that its heroes and its sages can achieve, has no order more stable, no kingdom more firm and lasting than that which is founded by the preacher of the Gospel. But I confess that, in thinking over the career of the holy missionary whose Beatification we are joyfully celebrating to-daythe Blessed Francis Regis. Clet, of the Congregation of the Mission— the part of this text which strikes me most is that which speaks of the divine protection—" the shadow of the Hand" of God. That shadow
follows every missionary, and follows him everywhere. It its the secret of his courage, the explanation of his success, the pledge of his gIcey after death. But with some missionaries it is more plain and clear than in others. With some missionaries there is no human hand to rival it ; no help from man, no influence of King or Minister, no backing of wealthy patrons ; no powerful support from the great Catholic Church at home, no numerous and strong band of religious brethren, no prestige of name or achievement. With some missionaries, that shadow of the Hand of God is literally all they have. They go out like the earliest missionary band—in the Gospel itself—without scrip, without staff ; the only treasure they have is the commission which Jesus gives them, and their only equipment that hidden force which always magnetises those whom the eyes of Jesus follow and His Heart remembers.

THE CIRCUMSTANCES OF A VOCATION.

Let me introduce you to the subject of this day's celebration at the moment when he leaves France for the China mission. On April 2, 1791, a French vessel sailed from the port of Lorient, a naval station on the south coast of that land of Brittany which provides France with so many ports and arsenals. On the deck of that vessel, looking for the last time to the Breton cliffs and his native land of France, stood a priest of the Congregation of the Mission of St. Vincent de Paul. This was Francis Regis-Clet. He was in the forty-third year of his age. He came from the hills of Dauphine—the country of the Grande Chartreuse—a land of strong and single-hearted faith. Joining the Vincentian Fathers when he was very young, he had been for fifteen years Superior of the Episcopal Seminary at Annecy, in the buildieg which stands there even at this present day ; then he had been called to Paris, and made master of novices in the Mother House of the Congregation, the celebrated St. Lazare. Ile was there not quite three years, when he obtained permission from his superiors to give himself to the missions of China.
You will not fail to observe the significance of the date that was mentioned just now-1791. When Francis Clet wrote his last letter to his sister as be was about to step on bourd his ship, France was already in the storm waters of the great Revolution. It was April, 1791. Not two years before—that is, in July, I789—the reign of terror bad practically commenced by the takirg of the Bastille. But it was even two days before that date—viz., on July 12—that the Vincentian Fathers • had felt the hot breath of the conflagration which was to sweep away the ancient Church of France. On July 12, 1789, St. Lazare was • pillaged by the mob of Paris. They forced its gates, expelled its inmates, broke in pis ces everything they found from the cellars to the garrets, threw into the street 50,010 volumes of books and innumerable treasures of art, and left little more than the naked walls. What brought the leaders of the mob to make St. Lazare the first object of their vengeance, it is difficult to say. It was probably the report that people were imprisoned there. The day after the sack, many of the Fathers came back, and among them Father Clet. With the help of charitable persons they got together a little furniture and managed to resume community life, with diminished numbers, in great resignation, but not without a strong presentiment that worse things were to follow.
Francis Clet continued to act as house-master in the ruined seminary for a year and nine months longer. During that time the Revolution was running its course. The clergy, at the beginning of 1790, were called upon to take the oath to the civil constitution which was to sever the Church from the Papacy and make it a department of the State. Fivesixths of them stood firm—and thus the Church of France broke for ever with the Revolution. The King was still in Paris, meditating that flight which failed. Mirabeau died at the beginning of 179r, and the way was made clear for Robespierre. It was at this moment that Francis Clet and his two fellow-missionazies sailed from Lorient.
We must not imagine that they fled for their lives, as so many hundreds of priests had to flee a few years later. On the contrary, it is curious to read how quietly and in what good order their departure took place. They were sent out in a Government vessel, and at the Government expense. We have a letter from the Minister of Marine, dated March 18, 1791—at the moment when Mirabeau's death had brought the King face to face with the guillotine of the Revolution—calmly discussing the preparations for their embarkation. When, therefore, Francis Clet, the future martyr, took his last look at France, his heart was certainly not free from apprehension for his country and for
religion ; but still all his sentiments were those of an exile. He considered that he was leaving safety and going into danger. He begged of his family not to attempt to turn him away from the will of God by any temporal consideration. He admitted that natural feeling made the parting bitter, and that he keenly felt his "expatriation.' But it was the will of God. We have three letters, written by him to his sister, on the eve of his departure. This is their tone. He makes little of his sacrifice, but a sacrifice he does not deny that it is.

AN HEROIC SACRIFICE.

The truth is that it is very difficult for us to understand the greatness of the sacrifice, and how friendlese, hopeless, and threatening was the prospect before him. The voyage from France to Macao, by the Cape, was some 18,000 or 20,000 miles. It took six months, and sometimes more. Ile missionary bad first to face this tremendous voyage. He bad to make it in a sailing ship, amid discomforts of every kind. The ship was small, the quarters narrow, the food dry and salt, the water bad and scanty ; they had to cross the line twice ; and had to encounter the stormy waters of the Cape. Disease was constant on board, and deaths were common. There are many tender and sensitive hearts 1.0 whom it is martyrdom already to bid adieu to friends, to leave their pleasant native land, to shut themselves up in the tossing prison, and to turn to the long, tedious, hopeless voyage that is to interpose between them and all that they have held dear—those thousands of leagues that they can never again hope to repass. How often in the long days, in the storm, in the sweltering calm, in sickness, in the star-lit nights of the Pacific the heart of the missionary must have lifted itself to God and realised the shadow of His hand. He had cut himself adrift from country, from family, from religious brethren, from Christend0m-7 even, in a sense, from the Church herself. A renunciation like this tests the spirit of a man. He that can accept such a condition is the one who is fitted to preach Jesus Christ to the heathen. No man indeed can follow Christ at all unless he is prepared to give up—to renounce ; and the nearer a man is to be to his Saviour the more complete must be his renunciation. We have no record of the aspirations of the heart of this holy missionary on that long and hard voyage, but he was already a man of interior life, spiritual, and experienced in the ways of the Holy Ghost. Remembering this, and knowing what be was to be in the future, and how he was to lay down his life for his Master, it is not mere fancy to suppose that those months of life on ship-board were months of retreat—such a retreat as he had never preached or practised before ; that he learned " in that day," as the prophet spoke long ago, "to lean on the Lord his God in very truth" (Isaias X., 20) ; that he underwent one of those conversions which come, by God's grace, even to those already given to God, and began to comprehend what Jeremiah meant when he exclaimed, "The Lord is my portion, said my soul" (Tbren. iii., 24) ; that his courage rose as the distance grew less between himself and his labour, and that before he landed he had accepted all that was to come—all that was repugnant to nature— had ceased to hesitate, ceased to fear, and was crying out with St. Francis Xavier, "Yet mine, 0 Lord, yet mine "
We are not able to follow Father Clet in his voyage to China. There is one letter extant, written at sea, and dated July 2, 1791. exactly three months after his embarkation. From it we learn that the vessel was then becalmed off South Africa, and was awaiting a wind to double the Cape. Perhaps the letter was sent ashore at Cape Town, then a small settlement and port, in the possession of Holland. Nothing more is heard of him until we find him at Macao. Macao is a town on a very small island off the mouth of the Canton river, not far from Hong Kong. But there was no Hong Kong then, as we know it ; there was no British settlement till fifty years later. Macao was, and is, Portuguese territory ; it was thence that the Portuguese prosecuted their trade with Canton. St. Francis Xavier, 250 years before, bad been in those very seas ; not at Macao, for the island did not then belong to Portugal ; but at Sancian, not many miles south. It was from these that the Apostle of the Indies tried to find the door of China, and it was there, having been permitted only to look towards the land he sighed to save, that he laid himself down under a rough shelter, and gave up his soul to God. Since then, through his intercession, Catholic missionaries had penetrated the country ; and now, whilst Europe was in a tumult of confusion and of war, Father Clet and his two companions disembarked among a Catholic people, to prepare for the final stage of a jrurney that was to lead them into the heart of an empire where Christianity was as rare as the scattered islands in some vast Atlantic.
The three missionaries stayed some months rt Macao. Father Clet's companions were here ordained to the priesthood. All three began to study Chinese. It was not till September, 1792, that is, a year and a half after his departure from France, that we find him on the spot where he was to labour. We have a letter, dated October 15, 1792, in which he says to his sister : " This scrap of a letter is merely to let you know that I have arrived at the place of my residence in good health. The journey took thirty days, and I was not recognised once." For, although there was no actual persecution raging in China at that moment, no Christian, and especially no foreigner, was ever safe from the mandarins or the mob. He had, therefore, to travel in disguise.
Travelling thus alone, at the mercy of enemies and faithless friends, he passed through the wide country lying between Canton and his appointed sphere. We find then our blessed missionary, in the middle of October, 5792, arrived at last upon the field of his mission. He first settled in the province of Kiang-Si; but after a year in that province he went, at the request of his superiors, into what is now the Province of Hompeh—a name that will be recognised. The mission itself was in a mountainous and wild country—but it was within a short distance of the Yangtsze, the busiest and most fertile portion of the Empire, and of the great inland sea of Tung-Sing. It was in the neighbourhood of a large village called Koa.tching that Francis Clet lived for twentyseven years. That name also will perhaps be recognised in this church, for it was there some fifty years later that the Blessed John Gabriel Perboyse laboured, and it was there that his martyrdom began. It might be enough, my brethren in Jesus Christ, to state in simple words that the Blessed Francis Clet laboured by himself in the heart of the Chinese Empire for twenty-seven years without once leaving the country, and that he was _finally martyred where he had lived. There
are few of us with souls so dead as not to be able to feel what those words mean—the desolation, the silence, the fidelity, the perseverance. But it is a duty of devotion for you and for me to dwell a little on such details as we have, that so we may thank God the more fervently on this day for the blessed martyrs whom we celebrate. Let us contemplate him then living in the shadow of the hand of God.

THE VASTNESS OF THE FIELD.

First of all think of that French priest, dropped like a stone into the sea, into the midst of the vastness of China. Among a people numbering 400,000,000—a figure no imagination can grasp—there were a few hundreds—or let us say a thousand or two—of native Christians among the rocks and glens of the Yangtsze Htghlands. In a few other localities, widely distant from one another as London from Petersburgt, you found a similar colony. At Pekin there was more to stow ; for there, around the Emperor's palace' the Jesuit Fathers had extorted a kind of recognition, and by their learning made themselves indispensable to the capital. But Pekin is a thousand miles from the Yangtsze Valley. The Chinese mission is poor enough and relatively small enough even in our own day ; but there are at this moment five Vicars-Apostolic exercising jurisdiction over the district which was in the sole charge of the Blessed Francis Clet. Neither did he enter on a field where the harvest was promising, even if scanty as yet. There had never since the first beginnings been a moment when the fortunes of the Chinese mission field seemed at a lower ebb. The missions had virtually been altogether in the hands of the Society of Jesus, which, decade after decade, had poured men into the country. The Society had been suppressed in 1773, eighteen years before our missionary sailed from France. At once the source of supply was cut off. The Holy See, indeed, was alive to this disastrous result. But years passed by before the Pope and the King of France together could arrange for the Congregation of the Mission to take the place of the Fathers of the Society. The first Lazarists had entered the country only seven or eight years before Francis Clet himself. Meanwhile the ex-Jesuit Fathers had been dying off, and the survivors growing old. The Christian congregations, being gradually deprived of their pastors, had in many places begun to lose their faith, to revert to heathen ways, to dwindle in numbers. There Lad been bitter and sudden persecutioss such as are always happening in China. And altogether it seemed as if the name of Christ was about to be swept from the land. Francis Clet may have thought so. But for all that, like the soldier of a forlorn hope, he went to his work, under the shadow of the hand of the Lord.
Now let us see him in the heat and toil of his apostleship. I gather a few details from his own letters. Remember he was virtually alone. For twenty years and more he had not the consolation of the company of a European brother priest. When he was not on his long rounds of visitation, he lived in a poor hut which he used to call his "mansion of straw." His poverty was always extreme. No doubt, as a rule, the rice and oil and salt and other things which he absolutely required were supplied him by his flook. But they were all poor labourers, and few of them bad enough to live upon themselves. His bed and clothing were of the humblest kind. The winters were severe, and in the summer, for many weeks the heat was so excessive that be had to remain under cover. His journeys were made chiefly on foot. He had i.o be away for months at a time, travelling from one Christian settlement to another, to baptise, to hear confessions, and to instruct. When he was at his "home," so to call it, he had many hundreds of children around him. The services of the church were fairly carried out, and we read, that on one Good Friday about 1,000 worshippers attended the solemn offices. The work of a missionary in China consists, in a great measure, in instruction. To know bow to instruct—to attempt neither too much nor too little—to get the children, the young people, and the parents to attend regularly, and to keep all this up successfully when there is only one priest for a whole province, requires skill in organisation, daily hard work, and dogged perseverance. This laborious duty you must picture to yourselves the Blessed Francis Clet carrying on day by day in the bamboo shed which served him for church in the billdistricts of Central China. This work and that of the confessional, with the visitation of the sick and dying, he discharged with such conscientious exactitude that his health gradually broke down. He must have been a strong man when he left St. Lazne, for the sea voyage was .nothing to him, nor the yet more trying land journey, and he makes nothing of the new life and hardships that he first encounters. Neither does he ever seem to have actually ceased work except in one severe Illness. But he grew emaciated, his feet and legs gave way, and long before he was seventy he was in habitual suffering and an old man.

"My MINISTRY IS NOT BLESSED."

My own view, formed from an attentive study of all that has come down to us of the missionary career of Blessed Franc's Clet, is that during the whole of those twenty years he was struggling against discouragement. He thought he was a failure. There is no heavier cross than this. Yet there is nothing that is more blessed by God, when it is lovingly accepted. St. Vincent de Paul has this truly spiritual saying : "One of the most certain maiks that God has great designs upon a person is when he sends desolation on desolation, suffering on suffering." The Chinese Christians, of whom our holy missionary had the care, had been without a priest for four or five years. They had been terrified and demoralised by persecution. Their faith was slipping away, and their Catholic practice dying out. It would, indeed, have been miraculous, in a country like China, where religion is inextricably mixed up with nationalism, with loyalty, and with social fellowship, to fied Christians keeping their Christianity without the constant and strenuous help of a pastor. Francis Clet not only made few converts but bad to mourn the loss of many already baptised. He knew—and said—that he could do little to make a Chinese a self-suffering Christian. They were all children ; leave them to themselves even for an instant and they might be expected to fall back into carelessness, superstition, or downright heathenism. Again and again, in his letters, there is a note of anguish—a cry that he was a useless servant. We must remember that no missionary in China could preach or minister openly. It was treason. The governors and magistrates might be forbearing and indulgent, and in remote places, with a considerable resident Christian population, the priest might venture outside in his priestly
dress. But at any moment a general or local persecution might spring up, and the priests come to be bunted like wild animals from hole to hole in the rocky mountain sides. This life of toil—this life of physical hardship, unrequieted labour, of apprehension, and of danger—was the life of Francis Clet for twenty-seven years. Towards the middle of it. he said : "My ministry is of the most ordinary kind, for my piety is very ordinary ;" and again, "As I am not a man of prayer, my ministry is not blessed." This is what he thought and felt.
One very touching circumstance, to which he alludes several times, is his inability to acquire Chinese. "I came out too late," he said, "to be able to learn it even passably" (p. 530. "All I know of it is barely enough for the common intercourse of life, to hear confessions and to say a word or two to our people ; still, ignorant as I am, it is better for them to have me than to have no one" (p. 135). "Considering my difficulty with the language," he writes later, " I am inclined to think I should have done better bad I stayed in Europe. But I have one spiritual advantage in being in China—that, whereas in my own country I might have thought myself good for something, here in China there is the clearest evidence that I am good for nothing" (p. 136). No one else thought so. It is only the humility of the saint. But words like these show what kind of a cross he had to carry. Let me mention one other element of his discouragement. He had the greatest dislike to the ministry of the Confessional. In 18o9, he wrote these words to a confr4re : "For eight or ten years I have longed to be relieved of the weight of the mission, in order to devote myself to the formation of church students, because the ministry of the Confessional has always been for me an overwhelming burden. . . . The Confessional is my cross ; perhaps God wills that I should bear it to the end ; may His holy will be done" (p. 289).
There, my brethren in Jesus Chtist, you have a glimpse of the inmost soul of Francis Clet. There is n a time now to enlarge upon his natural character, such as we find it indicated in the few letters of his that have come down to us. He was a strong, solid, loyal sou of Eastern France ; a man of calm reflection and prudence ; unemotional, yet not without a certain dry and quiet humour ; a priest through and through, with all a priest's training and feeling ; without brilliant talents, but eminently capable in matters spiritual and temporal ; extremely sensitive of con
science. and absolutely true and straightforward. I do not know whether it will disappoint you if I say that the vitible results of his twenty-seven years' apostleship seem to have been only ordinary, and by no means marvellous. Do not misunderstand. He entirely changed the face of his home mission ; he kept thousands of converts up to their religion ; he organised effective mission work over an immense district, and be left behind him a memory and a name, which, long before any ploceedings began for his beatification, lived in the veneration and the affection of Catholics and pagans. But, for all that, I venture to say of this hero of the cross, that his success in life was not more than ordinary ; and I believe that his beatification is a wonderful, inspiring and consoling lesson to the great army of missionaries ; a revelation of the way in which God works ; an illumination, vouchsafed to these latter ages, to guide and lift up the hearts of those who are called by God to "plant the heavens and to found the earth."

WHAT IS FAILURE?

There is only one Francis Xavier in a century, or in a round of centuries. There are wonder-workers in the mission field only once or twice in a hundred years. There are wholesale conversions and stupendous successes only rarely in history. But the heroes of the
mission are at work all the world over, in every season, day after day, till they drop. No one knows about them, no one talks about them ; a letter or two comes to Europe, a name here and there becomes known, and, at times, we hear of persecution' devastation, and violent death. But all the time, on every pestilential coast, in the heart of barbarian continents, among the foremost of the pioneers of civilisation, and amid the immemorial monuments of the obscure and changeless East, the Catholic missionaries are quietly labouring, instructing, imparting the sacraments, lifting up the sacrifice. Not one in a thousand of them will have his history written. Yet there is a story for every man—of zeal and suffering, of converts made and souls saved. They are heroes, they are saints, they are martyrs. They are known to God.
But to-day, as it seems to me, the great Master of all missionaries has singled one out in order to let us all understand what is the glory and the crown of every true missionary that carries his name to the heathen. Francis Clet, as we know, was a martyr ; his virtues were heroic, and miracles have been wrought by his prayers. A man, therefore, may be all this without the success or tne wonder-working of a Francis Xavier. This beatification seems to light up the lives and deaths of all that great company who serve the missions of the Catholic Church. This solemn Beatification should, therefore, reach the heart of every missionary now at work throughout the world, and should sound like the note of a trumpet in the ears of every fervent seminarist and novice who is preparing to go to the front, where Christ's battle never knows a truce. To be a real missionary is lobe a true Saint. Whether you succeed or whether you fail the obedience, the zeal, the hardship, the perse-verance—the very life itself, will stamp heroic sanctity upon your soul. Whether you work miracles or not your crown is that of the confessor. Whether you testily before kings or die with your confrire's blessing amid yuur children's tears, you merit the aureola of the martyrs.
But there is another lesson in this holy man's life for every missionary and every Christian who prays for and helps the missions. How do we know that his mission after all has been a failure, even in the modified sense in which we spoke just now ? What do we mean by success ? I look upon the three years' ministry of Jesus Christ, and I ask myself in what lay the triumph of His word, of His Cross ? To answer that question one must climb high and look out afar over the centuries, and the generations, over the countries of the earth and the races of men. One must enumerate all the victories of the Gospel from the day of Pentecost to the world's passing away. One must sum up all history, and analyse all the movements of mind and will in the story of the world's vicissitudes. For it is the lowliness, the toll, the patience and suffering of Christ that have brought about the triumph of His Kingdom.
The lesson is plain. A Christian's success is his likeness to Chtist : a missionary's success is his spirituality, his hidden life, his desolation, his share of the Cross. It is nothing that, during the brief space of his earthly struggle, few souls incline to him, and God's interests do not grow. The triumph is certain to come. The harvest is to ripen in another generation and under different skies. The missionary may water with his blood and his sweat the soil of Central China, and the grace of God may be given to a people in the valleys of far-off African rivers, or in remote islands of the Indian Ocean, or in the lauds where Mahomet holds men in thrall. He may offer to his Heavenly Father a decade or two of the years of the nineteenth century, making his sacrifice acceptable with his prayer and his tears ; and behold ! when a new century has half run its course, and God sees that the hoar has come, there is success, there is victory ; the Kingdom of Christ gains ground, and the saints rejoice—and the price of it all was paid in those obscure years so long before. For " the oblation of the just is an odour of sweetness in the sight of the most High . . . and the Lori will not forget" (Ecclus. xxxv., 8, 9). Not a sparrow falls but the Lord knows it—not a hair of the bead shall utterly perish. Not a step of those painful journeys, not a word of those devoted instructions, not an hour of all that crucified life will He ever forget. They are all laid up in the treasury of the King—precious, efficacious, carrying with them the promise, the power, the fruit. And the more that missionary life has been conformed to Bethlehem, to Nazareth, to Calvary—the deeper has been the obscurity, the more complete the humility of obedience, the more bitter the chalice of interior and exterior suffering, the more glorious will be the harvest. For the shadow of the Almighty Hand that was over His servant even from the beginning is not as a fleeting cloud which lasts the day and is dissipated with the set of the sun, but it watches on, swaying the seasons and scattering even for the sake of that servant who is gone.

THE LAST TESTIMONY.

The martyrdom of the Blessed Francis Clet was like the rest of his life—obscure, painful, perfect, and complete. Being seized, he was -dragged from prison to prison, interrogated, beaten, and, to some extent, tortured. Yet it is curious to note—and it is of a piece with the rest of his honest, loyal, straight life—that he finds, according to his own letters, many friends in his imprisonment, both Christians and heathens, both fellow-prisoners and magistrates and gaolers, and that he wrote, in the very last months of his life, and while in prison, a memoir which he wished to be published anonymously in France, comparing the prisons of China with those of his own native Christian land, very much to the disadvantage of the latter. At last the edict came from Pekin ; his companions were released, but he was to die. One morning very early—it was February 18, 1820—a day of snow and damp and cold—the satellites came to his cell and bade him follow them. "Am I leaving for good ?" said the martyr. They hesitated. "Tell me the truth," be insisted. Then they admitted that he was to return no more. Thereupon the face of the holy missionary lighted up with joy. He begged for one instant's delay, and turned to a fellow priest for a last absolution. The soldiers tried to make him put on better clothing than the old and ragged garments he was wearing. But he said he would like to die, not as a martyr, but as a penitent. Then he said a word to the Christians who had come round him and were weeping bitterly. He told them they should rejoice that he was to have the happiness of dying for Jesus Christ. "Serve God fervently," he said, "and never give up your holy faith." He was to die by strangulation. They took him outside the town, to the common place of execution. There a gallows was erected in the form of a cross, like that on which Blessed John Gabriel Petboyre suffered. They let him pray for a few monents ; then he offered his hands to be bound, and he was tied upon the cross. Strangulation ought to be a short and easy death ; but the Chinese executioner knew how to make it painful, and there is reason to believe that Francis Clet underwent a long and cruel agony, and after death his body seems to have been trampled on by the executioner. But like the rest of his life, this last scene was shrouded from sight, in the half-light of a winter's morning, the few spectators being kept at a distance by the snow and the mud. But God saw it all. And so his soul passed to God, and his worn-out body fell on the soil of China, to be the seed of the harvests of heaven.
In 1869, his precious remains were brought to France, in spite of the efforts of the native Christians to keep them ; they now repose near those of Blessed John Gabriel Perboyre, in the mother-house of the Vincentian Fathers in Paris.


SOURCE : http://archive.thetablet.co.uk/article/15th-september-1900/36/martyred-in-china-the-blessed-francis-regis-clet