dimanche 19 mai 2013

Saint YVES de TRÉGUIER (de KERMARTIN), prêtre, avocat et confesseur

Saint Yves, prêtre

Yves Hélory (1253-1303), l'avocat des humbles et des opprimés, était prêtre du diocèse de Tréguier (Bretagne). Il exerça le ministère de juge ecclésiastique à Rennes, puis de curé de Tredrez et de Louannec. Vivant pauvre parmi les pauvres, il joignait à la droiture et à la patience une inépuisable charité. Sa porte était ouverte à tous.

« Sanctus Yvo erat Brito, advocatus sed non latro, res miranda populo! »

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/05/19/8/-/saint-yves-pretre


Saint Yves de Tréguier

par Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier

La renommée d’Yves Hélory de Kermartin est mondiale.

Le 19 mai 1947, le VIe centenaire de sa canonisation par Clément VI (19 mai 1347) attirait à Tréguier, où la basilique–cathédrale garde son tombeau et ses reliques, cent mille pèlerins « de toute nation et de toute langue », deux cardinaux, le nonce apostolique, de nombreux archevêques et évêques, des centaines de prêtres, les représentants officiels du gouvernement français et de plusieurs gouvernements étrangers, les délégués des universités, des barreaux de France, de Belgique, de Hollande, du Luxembourg, d’Angleterre, des Etats–Unis…

Cet invraisemblable triomphe, suite et prélude à beaucoup d’autres, est la preuve de l’extraordinaire survie de Saint–Yves. Depuis plus de 600 ans, sa mémoire est en bénédiction.

Pourquoi cet humble prêtre breton a-t-il laissé après lui un tel rayonnement ?

Qui était Yves ?

Yves Hélory de Kermartin est né le 17 octobre 1253 au Minihy, près de Tréguier. Sa famille, d’ancienne noblesse, se distinguait par ses vertus. Dès son plus jeune âge, l’enfant montra une propension, hors du commun, vers les choses de Dieu. Il reçut, au manoir paternel, les leçons d’un vieux précepteur. Puis il fut ensuite envoyé, à l’âge de 14 ans, à l’université de Paris ; il y étudia pendant dix ans les lettres et les sciences, la théologie et le droit canon. En 1277, à 24 ans, Yves étudia à Orléans le droit civil. La vie qu’il menait était celle d’un étudiant sérieux et pieux. Il partit ensuite à Rennes compléter ses longues études en suivant des exposés sur la Bible et les sacrements. Son entourage n’était pas sans remarquer ses talents, talents intellectuels : c’était un savant et un lettré ; talents spirituels de piété et d’ascèse, si bien que l’archidiacre de Rennes lui proposa la charge d’official. Yves resta à Rennes de 1280 à 1284.

L’évêque de Tréguier, Alain de Bruc avait besoin, lui aussi d’un official et il obtint le retour d’Yves au pays natal. En plus de la fonction d’official, l’évêque voulut lui confier une paroisse. Il fallut donc qu’Yves Hélory acceptât enfin de recevoir le sacerdoce, ce que son humilité lui avait fait jusque-là refuser. La première paroisse à lui être confiée fut Trédrez, la seconde Louannec, où il restera six ans. Ce ministère paroissial lui permit de ne pas se laisser dessécher par l’administration, de coller au réel, de rester près de ces petites gens qu’il affectionnait énormément. Yves ne se borna pas à faire prévaloir le droit dans ses fonctions judiciaires ; il se constitua l’avocat du faible, du pauvre, du persécuté. La violence et l’injustice lui causaient une telle horreur qu’il les combattait d’office, et n’épargnait ni peine ni argent pour faire rendre justice. Sa parole ardente et éloquente, l’autorité de son savoir, son renom de droiture et de fermeté gagnaient toutes les causes dont il se chargeait ; et il attaquait sans hésiter, soit devant les tribunaux cléricaux, les hommes puissants qui, en offensant l’équité, avaient excité son courroux. La réputation de ce vengeur du droit s’étendit dans tout l’ouest de la France.

L’évêque de Tréguier députa d’ailleurs plusieurs fois son illustre official auprès du duc de Bretagne, pour la défense des intérêts diocésains. L’éloquent jurisconsulte était aussi un prédicateur zélé ; par humilité, il prêchait de préférence en langue bretonne et dans les campagnes. Il se tenait à la disposition de ses paroissiens, donnant aux pauvres la nourriture matérielle, à tous la nourriture spirituelle des sacrements, passant des heures au confessionnal, portant souvent sur lui, dans une pyxide d’argent, l’eucharistie pour pouvoir la distribuer sans retard aux malades, restant parfois toute la nuit à l’église, s’y reposant dans les conditions les plus précaires, ne ménageant pas le pain de la parole.

Yves donnait son argent jusqu’au dernier sou ; il donnait ses vêtements. Il tenait porte ouverte ; il tenait table ouverte aux gueux et aux miséreux, leur distribuant sa propre part, leur réservant les meilleurs morceaux, se faisant lui-même leur serviteur, ne se souciant pas de la gêne ni du dérangement qu’ils pouvaient provoquer.

En 1297, sentant ses forces décliner, bien qu’il n’eût que 44 ans (mais les veilles et les macérations l’avaient usé prématurément), il démissionna de toutes les fonctions officielles et se retira dans son manoir de Kermartin pour pouvoir mener ses dernières années dans l’union avec Dieu, loin des préoccupations de la terre.

Il s’enfermait des journées entières dans sa chambre. Ses biens, il les avaient légués à celui qui desservait la chapelle de Kermartin, qu’il avait fait aménager : chapelle du Minihy, élevée en l’honneur de Notre Dame et de St Tugdual, fondateur du diocèse de Tréguier.

Et il avait beaucoup fait aussi pour la restauration de la cathédrale.En 1302, il alla en pèlerinage à Locronan ; il revint par Quimper et Landerneau, prêchant en cours de route, malgré la fatigue. Dans les derniers jours d’avril 1303, il était à Trédrez, où il prédit sa mort prochaine. Il rentra à Kermartin ; mais, malade il dût s’aliter.

Le 15 mai, il se leva pour aller dire une dernière fois la messe, fit une confession générale et passa le reste de la journée à prêcher Dieu à son entourage. Le 18 mai, il reçût le sacrement des malades, s’unissant d’un bout à l’autre aux prières. Et, jusqu’au lendemain matin, il ne parlera plus, les yeux fixés sur le crucifix. Aux premières clartés du jour, le dimanche 19 : le dernier soupir.

Représentation

Plus que pour tout autre saint, le culte des bretons pour Yves s’est traduit dans l’iconographie : il est quasiment impossible de faire un relevé complet des vitraux, tableaux ou statues qui, dans les églises ou chapelles de Bretagne, rappellent Yves Hélory et expriment sa popularité.

C’est souvent Saint Yves entre le riche et le pauvre, qui est représenté ; ce choix dit bien que c’est l’homme condescendant aux malheureux que les bretons veulent vénérer

Yves, le Patron des Avocats

Les Barreaux de France et de l’étranger ont élu Saint Yves pour Patron, parce qu’il lui arrivait souvent de quitter son siège de Magistrat pour se faire l’avocat bénévole et ô combien éloquent des malheureux : conduite qui nous paraît aujourd’hui singulière, mais conforme à la législation du temps. Yves prenait en mains, sans en être requis, la cause des faibles et des affligés : veuves, orphelins, indigents formaient sa clientèle.

Et il consacrait sa compétence exceptionnelle, son cœur et ses deniers à faire triompher leur bon droit contre toutes les puissances du temps. Même de son vivant, son renom de science et d’éloquence et surtout d’incomparable générosité a largement débordé les frontières de la Bretagne

La canonisation d’Yves Hélory de Kermartin

Le 20 février 1330 le duc de Bretagne Jean III obtient du Pape Jean XXII l’ouverture du procès canonisation.

On a la chance extraordinaire de posséder à peu près toutes les pièces de ce procès, qui ont été éditées en un très fort volume au début de ce siècle, à St-Brieuc : un document de premier ordre retrouvé à la fin du siècle dernier par l’historien De La Borderie.

Pour appuyer la demande de canonisation, on y relève soixante-dix-neuf miracles de tous genres, dont quatorze résurrections. Même si Rome n’apportait pas alors autant d’exigences scientifiques qu’aujourd’hui pour les contrôles d’authenticité, il ne faut pas prendre les contemporains de St Yves pour des gens naïfs et crédules. Les témoins ont été interrogés, les dépositions soigneusement consignées ; et beaucoup avaient connu Yves. La canonisation n’était pas tant justification des miracles que de l’héroïsme de ses vertus.

Le rapport de la commission d’enquête, composée d’évêques et d’abbés, conclut : « Nous, délégués apostoliques, avons vu en l’église de Tréguier, où repose le corps de dom Yves, une foule de pèlerins, de paralytiques, d’aveugles, de déments, d’affligés de tous genres, suppliant Saint Yves de leur rendre la santé. Nous avons vu vingt-sept navires d’argent, plus de quatre-vingt-dix de cire, d’innombrables figures de cire représentant des têtes, des yeux, des mains, des bras, des jambes, des pieds, ainsi que plusieurs suaires, des potences en bois et bien d’autres objets appendus autour du tombeau en souvenir des miracles faits à l’invocation de Saint Yves. Il n’y a qu’une voix dans la ville et le diocèse de Tréguier, dans toute la Bretagne, en Angleterre, en France, en Espagne, en Normandie, en Gascogne et autres pays voisins, pour attester que, de son vivant, Yves était appelé saint, comme il l’est aujourd’hui encore, et pour dire que pendant sa vie et depuis sa mort, à cause de ses mérites, Dieu a opéré et opère chaque jour une infinité de miracles. »

Il fut canonisé le 19 mai 1347 par le pape Clément VI.

Le culte de Saint Yves

Sa mort le 19 mai 1303 élargira merveilleusement son crédit : les clients affluent à son tombeau et les miracles se multiplient : « Après St Martin, écrira dom Guéranger, il est le plus fécond thaumaturge de France ».

En 1347, après une enquête dont nous conservons les documents originaux, il est inscrit au Catalogue officiel des Saints… Et son culte se répand avec une incroyable rapidité. En France, en Italie, aux Pays-Bas, Outre-Rhin, Saint Yves est le patron immédiat des universités, des jurisconsultes, des clercs.

Ne signalait–on pas naguère sa statue à Nuremberg, au fronton de la Tour Internationale de Justice ?

Même le Canada et les Etats–Unis se réclament du céleste patronage : en 1936, des avocats américains ont été jusqu’à offrir à la Basilique trécoroise, sous la forme d’une verrière, un somptueux ex–voto…

Repères bibliographiques :

La bibliographie sur Saint Yves ne manque pas, en dehors et en plus des collections d’hagiographie où elle est déjà pas mal détaillée. Parmi les ouvrages les plus simples et encore trouvables :

• LE MAPPIAN, Jean, Yves de Tréguier, Paris, S.O.S., 1981.

• LA RONCIERE (Chanoine), Saint-Yves, coll. « Les Saints ».- Paris, Gabalda, 1918.

• MAHE, Louis (abbé), Monsieur Saint-Yves, St-Brieuc, Prud’homme, 1949.

• MASSERON, Alexandre (avocat au bureau de Brest), Saint-Yves d’après les témoins de sa vie, Paris, Albin Michel, 1952 (de tous les ouvrages, le plus agréable à lire).

• COLLECTIF, n°1 de la revue Armorik (mai 2003) intégralement consacré à Saint-Yves qui renouvelle sensiblement la manière de parler un peu trop hagiographique et trop conformiste de ce personnage admirable, et le re-situe dans son environnement historique et culturel.


Saint Yves

Avocat

(1253-1303)

Ce célèbre avocat des pauvres, des veuves et des orphelins naquit en Bretagne, en 1253, et était fils du seigneur de Kermartin, près de Tréguier. A l'âge de quatorze ans il fut envoyé aux écoles de Paris, où il étudia la philosophie, la théologie et le droit canonique; il étudia le droit civil à Orléans, et revint ensuite en Bretagne. L'évêque de Rennes le nomma son Official, c'est-à-dire juge des causes ecclésiastiques. Il reçut alors les Ordres sacrés, sauf la prêtrise. Sur les réclamations de son Ordinaire, qui était l'évêque de Tréguier, il alla exercer dans cette dernière ville la même charge qu'à Rennes.

En 1285, Yves fut ordonné prêtre et nommé curé de Trédrez. Décidé à bien remplir ses nouveaux devoirs, il se démit sa charge d'Official.

Yves fut le modèle des pasteurs. Il était d'une humilité si profonde qu'il ne pouvait souffrir la plus petite louange. Il faisait toujours ses visites à pied, et portait des sandales comme les religieux de saint François, dont il avait embrassé le Tiers-Ordre. Étant simple étudiant à Paris, il avait commencé à s'abstenir de viande; à Orléans, il cessa de boire du vin et entreprit de jeûner tous les vendredis. Ensuite, augmentant de jour en jour ses mortifications, il jeûna au pain et à l'eau tous les mercredis, vendredis et samedis de l'année. Son lit n'était qu'un peu de paille sur une claie d'osier; et sa Bible, ou une pierre, lui servait d'oreiller... Il distribuait aux pauvres les revenus de son bénéfice et de son patrimoine. Il ne pouvait supporter la vue des pauvres nus: visitant un jour un hôpital, il y en trouva plusieurs mal vêtus, il leur donna tous ses habits. Un autre jour que le tailleur lui essayait un habit, il aperçut dans la cour un pauvre demi-nu; aussitôt il lui fit donner l'habit neuf et garda le vieux.

Ce qui a rendu saint Yves illustre, c'est l'intégrité avec laquelle il exerça sa fonction d'Official. Il tâchait d'accorder les parties quand il les voyait sur le point d'entrer en procès; et, lorsqu'elles voulaient plaider, il favorisait toujours ceux qu'il reconnaissait avoir le meilleur droit. De toutes les causes qu'il soutint, soit comme juge, soit comme avocat, il n'y en eut jamais une seule d'injuste. De juge, il devenait quelquefois avocat en faveur des pauvres et des orphelins. On cite le cas de cette vertueuse veuve de Tours, qui avait reçu de deux filous le dépôt d'une valise renfermant une grosse somme d'argent, sous condition de ne la rendre qu'en présence des deux déposants. Six jours après, l'un deux sut si bien s'y prendre qu'il obtint la remise de la valise. Son complice cita alors la veuve en justice, en exigeant le remboursement intégral de la somme déclarée. Elle allait être condamnée, lorsque Yves représenta, en pleine audience, que la veuve était prête à produire la valise, mais avec la condition sous laquelle on la lui avait confiée, c'est-à-dire la présence des deux déposants. Le juge approuva cette conclusion. Pris dans ses propres filets l'escroc se troubla et finit par avouer que la valise ne contenait rien autre qu'un peu de ferraille.

Yves rendit sa belle âme à Dieu le 19 mai 1303, âgé de cinquante ans. Les pauvres, les orphelins, les malheureux le regrettèrent comme leur père nourricier, leur avocat, leur consolateur.

J.-M. Planchet, Nouvelle Vie des Saints, 2e éd. Paris, 1946



Saint YVES

Il est le saint patron de la Bretagne et de toutes les professions de justice et de droit, notamment celle des avocats. Chaque 19 mai, à Tréguier (Côtes d'Armor), une délégation de ces professions accompagne le pardon à Saint Yves qui est une des grandes fêtes religieuses bretonnes, au même titre que le pardon de Sainte-Anne-d'Auray :

Yves Hélory de Kermartin (17 octobre 1253 - 19 mai 1303) est un prêtre du diocèse de Tréguier qui a consacré sa vie à la justice et aux pauvres. Il est né au milieu du XIIIème siècle dans une famille noble au manoir de Kermartin sur la paroisse de Minihy-Tréguier. Dès son plus jeune âge, l’enfant montra une propension, hors du commun, vers les choses de Dieu. Il reçut, au manoir paternel, les leçons d’un vieux précepteur. Il fut ensuite envoyé, à l’âge de 14 ans, à l’université de Paris. il y étudia pendant dix ans les lettres et les sciences, la théologie et le droit canon. En 1277, à 24 ans, Yves étudia à Orléans le droit civil. La vie qu’il menait était celle d’un étudiant sérieux et pieux. Il partit ensuite à Rennes compléter ses longues études en suivant des exposés sur la Bible et les sacrements. Son entourage n’était pas sans remarquer ses talents intellectuels : c’était un savant et un lettré ; talents spirituels de piété et d’ascèse, si bien que l’archidiacre de Rennes lui proposa la charge d’official. Yves resta à Rennes de 1280 à 1284. L’évêque de Tréguier, Alain de Bruc avait besoin, lui aussi d’un official et il obtint le retour d’Yves au pays natal. En plus de la fonction d’official, l’évêque voulut lui confier une paroisse. Il fallut donc qu’Yves Hélory acceptât enfin de recevoir le sacerdoce, ce que son humilité lui avait fait jusque-là refuser. La première paroisse à lui être confiée fut Trédrez, la seconde Louannec, où il restera six ans. Ce ministère paroissial lui permit de ne pas se laisser dessécher par l’administration, de coller au réel, de rester près de ces petites gens qu’il affectionnait énormément. Yves ne se borna pas à faire prévaloir le droit dans ses fonctions judiciaires ; il se constitua l’avocat du faible, du pauvre, du persécuté. La violence et l’injustice lui causaient une telle horreur qu’il les combattait d’office, et n’épargnait ni peine ni argent pour faire rendre justice. Sa parole ardente et éloquente, l’autorité de son savoir, son renom de droiture et de fermeté gagnaient toutes les causes dont il se chargeait ; et il attaquait sans hésiter, soit devant les tribunaux cléricaux, les hommes puissants qui, en offensant l’équité, avaient excité son courroux. La réputation de ce vengeur du droit s’étendit dans tout l’ouest de la France. L’évêque de Tréguier députa d’ailleurs plusieurs fois son illustre official auprès du duc de Bretagne, pour la défense des intérêts diocésains. L’éloquent jurisconsulte était aussi un prédicateur zélé ; par humilité, il prêchait de préférence en langue bretonne (Sanctus Yvo erat Brito !) et dans les campagnes. Il se tenait à la disposition de ses paroissiens, donnant aux pauvres la nourriture matérielle, à tous la nourriture spirituelle des sacrements, passant des heures au confessionnal, portant souvent sur lui, dans une pyxide d’argent, l’eucharistie pour pouvoir la distribuer sans retard aux malades, restant parfois toute la nuit à l’église, s’y reposant dans les conditions les plus précaires, ne ménageant pas le pain de la parole. Yves donnait son argent jusqu’au dernier sou ; Il tenait porte ouverte ; il tenait table ouverte aux gueux et aux miséreux, leur distribuant sa propre part, leur réservant les meilleurs morceaux, se faisant lui-même leur serviteur, ne se souciant pas de la gêne ni du dérangement qu’ils pouvaient provoquer. Il donnait ses vêtements. Au procès de canonisation, deux femmes rapporteront : "Après avoir visité quelques malades, environ une heure après, il en sort à moitié nu et passe devant elles en courant vers Minihy où se trouve son Manoir. Les femmes se demandent ce qui a bien pu se passer, elles entrent dans l'Hôtel Dieu et remarquent qu'un malade à telle partie de ses vêtements, un tel une autre, etc".

En 1297, sentant ses forces décliner, bien qu’il n’eût que 44 ans (mais les veilles et les macérations l’avaient usé prématurément), il démissionna de toutes les fonctions officielles et se retira dans son manoir de Kermartin pour pouvoir mener ses dernières années dans l’union avec Dieu, loin des préoccupations de la terre. Il s’enfermait des journées entières dans sa chambre. Ses biens, il les avaient légués à celui qui desservait la chapelle de Kermartin, qu’il avait fait aménager : chapelle du Minihy, élevée en l’honneur de Notre-Dame et de Saint Tugdual, fondateur du diocèse de Tréguier. Et il avait beaucoup fait aussi pour la restauration de la cathédrale. En 1302, il alla en pèlerinage à Locronan ; il revint par Quimper et Landerneau, prêchant en cours de route, malgré la fatigue. Dans les derniers jours d’avril 1303, il était à Trédrez, où il prédit sa mort prochaine. Il rentra à Kermartin ; mais, malade il dût s’aliter. Le 15 mai, il se leva pour aller dire une dernière fois la messe, fit une confession générale et passa le reste de la journée à prêcher Dieu à son entourage. Le 18 mai, il reçût le sacrement des malades, s’unissant d’un bout à l’autre aux prières. Et, jusqu’au lendemain matin, il ne parlera plus, les yeux fixés sur le crucifix. Aux premières clartés du jour, le dimanche 19 : le dernier soupir.

Moins de 50 ans après sa mort, le 19 mai 1347, Sa Sainteté le Pape Clément VI lui accorde la sainteté. Une enquête pour sa canonisation a été décrétée par une bulle pontificale du 26 février 1330. Pour appuyer la demande de canonisation, on y relève soixante-dix-neuf miracles de tous genres, dont quatorze résurrections. Même si Rome n’apportait pas alors autant d’exigences scientifiques qu’aujourd’hui pour les contrôles d’authenticité, il ne faut pas prendre les contemporains de Saint Yves pour des gens naïfs et crédules. Les témoins ont été interrogés, les dépositions soigneusement consignées ; et beaucoup avaient connu Yves. La canonisation n’était pas tant justification des miracles que de l’héroïsme de ses vertus. Il a été canonisé par la bulle pontificale le 17 mai 1347. Son culte, resté très vivace en Bretagne, s'est répandu dans toute l'Europe, jusqu'à Rome où deux églises lui sont consacrées.



MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II



À L'ÉVÊQUE DE SAINT-BRIEUC ET TRÉGUIER (FRANCE)



À L'OCCASION DU VII CENTENAIRE



DE LA NAISSANCE DE SAINT YVES


À Monseigneur Lucien FRUCHAUD,

Évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

1. Le 19 mai 2003, le diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier célèbre le septième centenaire du dies natalis d’Yves Hélory de Kermartin, fils de la Bretagne. À l’occasion de cet événement, qui se situe dans le cadre d’une année consacrée à saint Yves, je m’unis à vous par la prière, ainsi qu’à toutes les personnes rassemblées à l’occasion des festivités et à tous vos diocésains, me souvenant avec émotion de mon passage en terre bretonne, à Sainte-Anne d’Auray en 1996. J’apprécie l’accueil et le soutien réservés par les Autorités locales aux différentes manifestations religieuses; je sais gré au barreau de Saint-Brieuc d’avoir, à cette occasion, suscité une série de réflexions sur les questions juridiques. Cela témoigne du grand intérêt de la société civile pour une figure qui a su associer une fonction sociale et une mission ecclésiale, puisant dans sa vie spirituelle la force pour l’action, ainsi que pour l’unification de son être.

2. Le 19 mai 1347, le Pape Clément VI élevait Yves Hélory à la gloire des autels. Le témoignage du petit peuple des campagnes, recueilli lors de son procès de canonisation, est sans aucun doute le plus bel hommage qui puisse être rendu à celui qui consacra toute sa vie à servir le Christ en servant les pauvres, comme magistrat, comme avocat et comme prêtre. Saint Yves s’est engagé à défendre les principes de justice et d’équité, attentif à garantir les droits fondamentaux de la personne, le respect de sa dignité première et transcendante, et la sauvegarde que la loi doit lui assurer. Il demeure pour tous ceux qui exercent une profession juridique, et dont il est le saint patron, le chantre de la justice, qui est ordonnée à la réconciliation et à la paix, pour tisser des relations nouvelles entre les hommes et entre les communautés, et pour édifier une société plus équitable. Je rends grâce pour l’exemple lumineux qu’il donne aujourd’hui aux chrétiens et plus largement à tous les hommes de bonne volonté, les invitant à marcher sur les chemins de la justice, du respect du droit et de la solidarité envers les plus pauvres, dans le but de servir la vérité et de participer à «une nouvelle imagination de la charité» (Novo millennio ineunte, n. 50).

3. Saint Yves choisit aussi de se dépouiller progressivement de tout pour être radicalement conformé au Christ, voulant le suivre dans la pauvreté, afin de contempler le visage du Seigneur dans celui des humbles auxquels il a cherché à s’identifier (cf. Mt 25). Serviteur de la Parole de Dieu, il la médita pour en faire découvrir les trésors à tous ceux qui cherchent l’eau vive (cf. Is 41, 17). Il parcourut inlassablement les campagnes pour secourir matériellement et spirituellement les pauvres, appelant ses contemporains à rendre témoignage au Christ Sauveur par une existence quotidienne de sainteté. Une telle perspective permit à «l’annonce du Christ d’atteindre les personnes, de modeler les communautés, d’agir en profondeur par le témoignage des valeurs évangéliques sur la société et sur la culture» (Novo millennio ineunte, n. 29).

4. Les valeurs proposées par saint Yves conservent une étonnante actualité. Son souci de promouvoir une justice équitable et de défendre le droit des plus pauvres invite aujourd’hui les artisans de la construction européenne à ne négliger aucun effort pour que les droits de tous, notamment des plus faibles, soient reconnus et défendus. L’Europe des droits humains doit faire en sorte que les éléments objectifs de la loi naturelle demeurent la base des lois positives. En effet, saint Yves fondait sa démarche de juge sur les principes du droit naturel, que toute conscience formée, éclairée et attentive, peut découvrir au moyen de la raison (cf. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique I-II, q. 91, a. 1-2), et sur le droit positif, qui puise dans le droit naturel ses principes fondamentaux grâce auxquelles on peut élaborer des normes juridiques équitables, évitant ainsi que ces dernières soient un pur arbitraire ou le simple fait du prince. Par sa façon de rendre la justice, saint Yves nous rappelle aussi que le droit est conçu pour le bien des personnes et des peuples, et qu’il a comme fonction primordiale de protéger la dignité inaliénable de l’individu dans toutes les phases de son existence, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle. De même, ce saint breton avait soin de défendre la famille, dans les personnes qui la composent et dans ses biens, montrant que le droit joue un rôle important dans les liens sociaux, et que le couple et la famille sont essentiels à la société et à son avenir.

La figure et la vie de saint Yves peuvent donc aider nos contemporains à comprendre la valeur positive et humanisante du droit naturel. «Une conception authentique du droit naturel, entendu comme protection de la dignité éminente et inaliénable de tout être humain, est garante de l’égalité et donne un contenu véritable aux "Droits de l’homme"» (Discours aux participants de la VIIIe Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la vie, 27 février 2002, n. 6). Pour cela, il faut donc poursuivre les recherches intellectuelles afin de retrouver les racines, la signification anthropologique et le contenu éthique du droit naturel et de la loi naturelle, dans la perspective philosophique de grands penseurs de l’histoire, tels Aristote et saint Thomas d’Aquin. Il revient en particulier aux juristes, à tous les hommes de lois, aux historiens du droit et aux législateurs eux-mêmes d'avoir toujours, comme le demandait saint Léon le Grand, un profond «amour de la justice» (Sermon sur la Passion, 59) et de chercher à asseoir toujours leurs réflexions et leurs pratiques sur des principes anthropologiques et moraux qui mettent l’homme au centre de l’élaboration du droit et de la pratique juridique. Cela fera apparaître que toutes les branches du droit sont un service éminent des personnes et de la société. Dans cet esprit, je me réjouis que des juristes aient profité de l’anniversaire de saint Yves pour organiser successivement deux colloques sur la vie et le rayonnement de leur saint patron, et sur la déontologie des avocats européens, manifestant ainsi leur attachement à une recherche épistémologique et herméneutique de la science et de la pratique juridiques.

5. «N’an neus ket en Breiz, n’an neus ket unan, n’an neus ket eur Zant evel Zan Erwan», «Il n’y a pas en Bretagne, il n’y en a pas un seul, il n’y a pas un saint pareil à saint Yves». Ces paroles, extraites du cantique à saint Yves, manifestent toute la ferveur et la vénération par lesquelles les foules de pèlerins, unis à leurs évêques et à leurs prêtres, mais aussi tous les magistrats, avocats, juristes, continuent à honorer aujourd’hui celui que la pitié populaire a surnommé «le père des pauvres». Puisse saint Yves les aider à réaliser pleinement leurs aspirations à pratiquer et à exercer la justice, à aimer la miséricorde et à marcher humblement avec leur Dieu (cf. Mi 6, 8) !

6. En ce mois de Marie, je vous confie, Monseigneur, à l’intercession de Notre-Dame du Rosaire. Je demande à Dieu de soutenir les prêtres, pour qu’ils soient des témoins saints et droits de la miséricorde du Seigneur, et qu’ils fassent découvrir à leurs frères la joie qu’il y a à mener une existence personnelle et professionnelle dans la rectitude morale. Je prie aussi saint Yves de soutenir la foi des fidèles, notamment des jeunes, afin qu’ils n’aient pas peur de répondre généreusement aux appels du Christ à le suivre dans la vie sacerdotale ou la vie consacrée, heureux d’être des serviteurs de Dieu et de leurs frères. J’encourage les séminaristes et l’équipe animatrice du Grand Séminaire Saint-Yves de Rennes à prier dans la confiance leur saint patron, spécialement en cette période préparatoire aux ordinations diaconales et sacerdotales. Je confie enfin au Seigneur tous ceux qui ont une charge juridique ou judiciaire dans la société, pour qu’ils remplissent toujours leur mission dans une perspective de service.

Je vous accorde une affectueuse Bénédiction apostolique, ainsi qu’à Monsieur le Cardinal Mario Francesco Pompedda, mon Envoyé spécial, à tous les évêques présents, aux prêtres, aux diacres, aux religieux, aux religieuses, aux personnes qui participent au Colloque historique et juridique, aux diverses Autorités présentes et à tous les fidèles réunis à Tréguier à l’occasion de cette commémoration.

Du Vatican, le 13 mai 2003.

IOANNES PAULUS II



Prière à Saint Yves

Saint Yves, tant que tu as vécu parmis nous,

Tu as été l’Avocat des pauvres,

Le défenseur des veuves et des orphelins,

La Providence de tous les nécessiteux.


Écoute aujourd’hui notre prière !

Obtiens-nous d’aimer la justice comme tu l’as aimée !

Fais que nous sachions défendre nos droits sans porter préjudice aux autres,


En cherchant avant tout la réconciliation et la paix.

Suscite des défenseurs qui plaident la cause de l’opprimé

Pour que « Justice soit rendue dans l’Amour »


Donne-nous un cœur de pauvre, capable de résister à l’attrait des richesses,

Capable de compatir à la misère des autres et de partager.

Toi, le modèle des Prêtres, qui parcouraient nos campagnes,

Bouleversant les foules par le feu de ta parole et le rayonnement de ta vie,

Obtiens à notre pays les Prêtres dont il a besoin !


Saint Yves, prie pour nous !

Prie pour ceux que nous aimons !

Et Prie pour ceux que nous avons du mal à aimer !



Yves Hélory de Kermartin, saint Yves (v. 1250-1303)

Notice par T. Hamon

D'Yves Hélory à saint Yves (vers 1250 - 19 mai 1303)

« « En ce temps où le monde vieillissant accélère son déclin vers le dernier des soirs, a surgi de l'extrémité de l'Occident, de la Bretagne, une étoile matinale qui ne s'éteindra pas » : c'est en ces termes d'un beau lyrisme que le Pape Clément VI proclame la sainteté d'Yves Hélory, le 19 mai 1347, quarante ans après sa mort. Désormais, il sera officiellement, pour la postérité : Saint Yves de Tréguier, Patron des gens de Justice, recours spirituel des pauvres et des affligés, exemple sublime de l'union du Droit et du Juste.

Yves Hélory naît vers 1250 au manoir de Kermartin, en Minihy-Tréguier, d'une famille de petite noblesse. Manifestant très précocement une intelligence et une piété hors du commun, il part à Paris vers 1264 pour poursuivre son instruction et obtenir le Baccalauréat "es art", puis la Licence de Théologie, en ayant pour maître saint Thomas d'Aquin. Mais c'est vers le Droit qu'il se tourne tout particulièrement, étudiant d'abord le Droit Canonique, puis le Droit Civil romain, à Orléans cette fois.

Sa double inclination juridique et religieuse semble lui tracer naturellement sa voie professionnelle : il sera juge ecclésiastique. Vers 1278, il est ainsi Official de Rennes, avant de revenir dans son Trégor natal vers 1281, pour exercer la même charge pendant vingt ans auprès de l'Évêque de Tréguier. Dans cette fonction, il apparaît vite comme l'incarnation non seulement du juge intègre, mais aussi du magistrat équitable et sensible à la détresse humaine. Cette même sensibilité au malheur et à la pauvreté le conduit d'ailleurs à exercer également, de façon occasionnelle, la fonction d'avocat devant d'autres juridictions que la sienne, le cumul des deux étant alors possible.

Mais Yves Hélory n'est pas qu'un Juriste à la stature morale exceptionnelle : il est aussi prêtre, ayant été ordonné à Tréguier vers 1283, prélude à sa nomination comme Recteur des paroisses littorales de Trédrez, puis de Louannec, en 1293. Il se fait alors remarquer à la fois par son extrême charité, et par ses talents d'infatigable prédicateur, captivant les foules tant en français qu'en breton ou en latin. Il ne s'y soustrait que pour se réserver quelques moments de solitude, à Kermartin, afin de se livrer à la prière et à la méditation mystique.

Yves Hélory décède dans son manoir familial de Minihy, le 19 mai 1303, et sa dépouille mortelle est portée à la Cathédrale de Tréguier en un long cortège empruntant l'itinéraire dont les processions actuelles perpétuent le souvenir.

Son culte, dès lors, se répand rapidement dans l'Europe entière ».



CANONISATION DE SAINT-YVES

Je ne puis laisser paraître ce travail strictement historique et admirablement rédigé sur la canonisation de saint Yves, sans mettre en tête de la brochure l'expression très sincère et très émue de ma profonde gratitude envers le cher moine de Solesmes, Dom Yves Ricaud, qui s'est appliqué avec ferveur à décrire la glorification de son saint patron et qui a parfaitement atteint son but.

Je suis bien assuré que les fidèles dévots de saint Yves, mais surtout les prêtres, les séminaristes, les avocats, les juges, les hommes de loi liront cette notice si intéressante avec un grand charme et une vive émotion.

Elle nous reporte à la fête grandiose qui eut lieu à Avignon le 19 mai 1347, quand un pape français, Clément VI (Pierre Roger, du diocèse de Limoges), « représentant visible sur terre du chef invisible de la Sainte Eglise Catholique, Notre Seigneur Jésus-Christ, prononça solennellement la sentence infaillible qui plaçait Yves Hélory de Kermartin, du diocèse de Tréguier, au nombre des saints ». (Louis Lainé - curé-archiprêtre de Tréguier - 1er mai 1947).

AVANT L'ENQUÊTE DE 1330

Yves Hélory mourut le 19 mai 1303, à l'âge de 50 ans, en son manoir de Kermartin, au Minihy et fut triomphalement inhumé le lendemain dans la cathédrale de Tréguier. Il avait brillé durant sa vie par ses vertus et par ses miracles. Le souvenir de ses vertus ne devait pas disparaître et ses miracles, allèrent se multipliant. Le peuple le regardait comme un saint. Sa réputation de sainteté se répandit vite dans toute la Bretagne, puis en France et même au-delà, et les foules ne tardèrent pas à accourir à son tombeau. L'Eglise allait-elle, par son magistère infaillible, sanctionner le jugement spontané du peuple chrétien et décerner à Yves les honneurs des autels ?

Ce fut là le plus intense désir de tous ceux qui, clercs ou laïcs, vénéraient Yves et pouvaient, de par leur haute situation, avoir quelque accès auprès du Saint-Siège. Nous ne connaissons pas le détail des multiples interventions opérées dans ce dessein auprès de la Cour des Papes. C'est avec piété qu'il convient de recueillir toutes celles que l'histoire nous atteste.

Le 5 juin 1305, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, avait été élu pape et prenait le nom de Clément V. Il fut le premier d'une série de papes français et c'est lui qui devait installer la papauté en Pro¬vence. A partir de 1308, en effet, les Papes y résidèrent et se fixèrent bientôt à Avignon. Fut-ce un bien ou un mal pour l'Eglise ? Les historiens en discutent encore. Ce fut du moins une circonstance favorable pour la cause d'Yves. D'Avignon à Tréguier, la distance était moindre que de Rome, et les relations plus aisées. Au surplus, les Papes d'Avignon, tous français, étaient naturellement bien disposés envers un saint de la Bretagne armoricaine, fief de la France ; d'autant que les difficultés aiguës qui avaient opposé durant de longues années les ducs de Bretagne et le Saint-Siège étaient maintenant aplanies. Les visites des ducs de Bretagne à la Cour des Papes n'étaient pas rares désormais. Clément V reçut lui-même trois des ducs de Bretagne. Le duc Jean II vint assister à son couronnement à Lyon, le 14 novembre 1305 et y mourut accidentellement. Son successeur, Arthur II (1305-1312), qui fit le voyage d'Avignon, y fut comblé de privilèges par le pape. Le bon duc Jean III, dont le long et tranquille règne (1312-1341) marqua pour la Bretagne la fin d'un siècle de paix, s'y rendit. Ce fut durant ce voyage que le duc parla au pape d'Yves Hélory : il lui raconta la sainteté de sa vie et les nombreux miracles opérés sur son tom¬beau, le suppliant humblement d'ordonner une enquête officielle sur la vie, les vertus et les miracles d'Yves en vue de sa canonisation. C'est la première démarche qui fut tentée pour cette cause. Nous savons que beaucoup de hautes personnalités joignirent leurs instances à celles du duc et que plusieurs délégations et lettres furent adressées par la suite à Clément V. Mais celui-ci mourut en 1314, sans que rien n'eut été fait pour la cause de saint Yves.

Après une longue vacance de deux ans et trois mois, les cardinaux élurent au trône pontifical Jacques Duèse de Cahors, cardinal-évêque de Porto, qui prit le nom de Jean XXII (7 août 1316). Sous son pontificat, la cause de saint Yves devait faire un grand pas. On connaît la fine diplomatie du nouveau Pontife. Une munificence rendue possible par sa parfaite administration et son esprit d'économie, lui permit de mettre au rang de ses obligés tous les grands d'Europe, depuis les rois jusqu'aux moindres seigneurs. La cause de saint Yves devait bénéficier de ces bonnes relations entre la Cour d'Avignon et les princes. Les démarches tentées par le duc Jean II et d'autres personnes de considération — soit sous forme de missions, soit par lettres — attestant que le nombre des miracles opérés au tombeau d'Yves ne faisait que croître, et demandant l'ouverture prochaine d'une enquête en vue de sa canonisation, furent plusieurs fois renouvelées par eux auprès de Jean XXII. Les interventions les plus marquantes furent les lettres adressées au pape par Philippe VI de Valois, roi de France de 1328 à 1350 et par la reine Jeanne de Bourgogne, par les évêques de la province (l'évêché de Tréguier était alors rattaché à la métropole de Tours, qui englobait en outre les six diocèses suivants : Angers, Dol, Le Mans, Nantes, Quimper, Rennes, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Saint-Pol de Léon et Vannes) ; par beaucoup d'archevêques, évêques, abbés et prélats de France ; enfin par l'illustre Université de Paris, qui se souvenait d'avoir compté Yves Hélory parmi ses étudiants durant dix années, de 1267 à 1277.

Mais la plus décisive de ces démarches fut l'ambassade solennelle envoyée en décembre 1329 par le duc de Bretagne à la Cour d'Avignon. L'ambassade fut confiée à l'évêque de Tréguier, Yves de Boisboissel, muni d'une procuration du chapitre de Tréguier en date du samedi 9 décembre 1329 et au frère du duc, Gui de Bretagne, comte de Penthièvre et de Goëllo, accompagnés de plusieurs gentilshommes bretons.

Yves de Boisboissel avait été élu évêque de Tréguier le 7 octobre 1327 et ne devait y rester que trois ans à peine pour occuper ensuite les sièges de Quimper (1330-1333) et de Saint-Malo (1333-1348). Il sera élu évêque de Quimper le 31 août 1330, quelques semaines après la clôture de l'enquête sur la vie et les miracles de Yves Hélory, qui se fera du samedi 23 juin au samedi 4 août 1330, comme si la Providence ne l'avait élevé sur le siège de Tréguier que pour cette unique et glorieuse affaire.

Quant au comte Gui de Penthièvre, dont la fille épousera Charles de Blois le 4 juin 1337, il ne devait pas survivre au succès de sa mission, puisqu'il mourut dès 1331, pour le plus grand malheur de la Bretagne.

Nous ne savons rien du voyage, si ce n'est que Jean XXII reçut les ambassadeurs avec son affabilité et sa bienveillance accoutumées et fit bon accueil aux lettres dont ils étaient les porteurs, mais nous en connaissons l'heureux et immédiat résultat. Dès le 26 février 1330, le pape, après avoir pris l'avis des cardinaux donnait la Bulle Exultant et gaudent in cœlis décrétant l'ouverture d'une enquête sur la vie, les vertus et les miracles d'Yves Hélory et nommant pour commissaires de l'enquête Roger Le Fort, évêque de Limoges, Aiglin de Blaye, évêque d'Angoulême et Aimery, bénédictin de Saint-Martin de Troarn au diocèse de Bayeux.

L'Ordo Romanus XIV, oeuvre de Jacques Cajétan Stefaneschi, cardinal-diacre de Saint-Georges au Vélabre (1296-1343), publié par Dom Mabillon au tome II de son Museum Italicum et par Raynaldus, Annales Ecclesiastici, 1347, n° 34-39, précisément à l'occasion du récit de la canonisation de saint Yves, indique la procédure suivie au XIVème siècle pour les canonisations. Il porte que le pape n'ouvre une enquête en vue d'une canonisation que « lorsque la renommée d'un saint est parvenue jusqu'à ses oreilles et que des personnes, honorables et dignes de foi, lui ont soumis l'affaire et l'ont supplié à de fréquentes reprises et avec une instance croissante, de le canoniser ». Nous venons de voir que ni le nombre ni la qualité des suppliques adressées au Saint-Siège en faveur d'Yves ne firent défaut. Nous ne connaissons rien sur l'abbé de Troarn.

Quant aux deux évêques enquêteurs, il se trouve qu'ils étaient les neveux de deux professeurs qui avaient enseigné le droit à Yves Hélory à Orléans entre 1277 et 1280. Aiglin de Blaye, évêque d'Angoulême depuis le 27 juin 1328, devait y rester jusqu'à sa mort survenue vers 1363 ou 1368. Il était neveu, par son père, de Guillaume de Blaye, qui avait enseigné les Décrétales pontificales à Yves Hélory et avait été, lui aussi, évêque d'Angoulême (1273-1309).

Roger Le Fort était, par sa mère, le neveu de Pierre de La Chapelle, qui expliqua à Yves, à Orléans, les Institutes de Justinien. L'oncle, par la suite, fut promu cardinal du titre de Saint-Vital par le pape Clément V le 15 décembre 1305 et en décembre 1306, évêque de Palestrina. Il mourut en 1312. La carrière du neveu est assez semblable à celle de l'oncle. Lui aussi, il enseigna la jurisprudence à Orléans, après l'avoir étudiée dans la même célèbre faculté. Mais, né vers 1268, il ne put y connaître Yves Hélory. Archevêque de Bourges depuis le 18 août 1343, il le resta jusqu'à sa mort (1er mars 1367). Ce fut d'abord un écrivain abondant. Ce fut surtout un saint. L'exemple et l'intercession de saint Yves lui valurent-ils cette faveur ? Toujours est-il qu'il imita merveilleusement, tout le reste de sa vie, la charité compatissante d'Yves envers les pauvres et que des miracles se produisirent sur son tombeau. Les Bollandistes lui donnent le titre de Bienheureux et ont inséré dans leurs Acta Sanctorum, au 1er mars, une notice sur lui.

Le Pape porta sans doute intentionnellement son choix sur l'évêque de Limoges pour cette affaire qui intéressait à un haut point la Bretagne. En 1277, Arthur II, qui devait succéder en 1302 à son père Jean II comme duc de Bretagne, avait épousé en premières noces la fille unique et l'héritière du vicomte Gui de Limoges, Marie, qui mourut en 1291, laissant à la, Bretagne la vicomté de Limoges. Durant deux siècles, les rapports entre la Bretagne et le Limousin furent nécessairement fréquents. Le duc Jean III, qui conserva le pouvoir effectif sur la vicomté durant tout son règne de 1312 à 1341, et qui eut souvent affaire dans le Limousin, connaissait personnellement, selon toute vraisemblance, Roger Le Fort, évêque de Limoges, devenu ainsi son sujet depuis 1328. La désignation de Roger pour procéder à l'enquête sur Yves Hélory, semble donc avoir été une attention délicate du pape.


L'ENQUÊTE DE 1330

Dès son retour d'Avignon, l'évêque de Tréguier commença les préparatifs de l'enquête. Il réunit ses curés en synode. On y décida que tous les fidèles du diocèse, qui en avaient l'âge et la force, jeûneraient le 6 juin, mercredi après la Trinité et que ce même jour, on chanterait dans toutes les églises une messe du Saint-Esprit, pour obtenir de Dieu « de nouveaux miracles par l'intercession de monseigneur Yves, fils d'Hélory ».

Le choix et la convocation des témoins durent se faire rapidement : on avait eu le loisir, durant les longues années d'attente, d'en établir minutieusement les listes.

Enfin le jour si ardemment désiré se leva, Ce fut le 23 juin 1330, veille de la Nativité de saint Jean-Baptiste et du 4ème dimanche après la Pentecôte, que débuta l'enquête. Les trois commissaires étaient descendus au manoir de Guillaume de Tournemine, ancien trésorier de l'église de Tréguier.

Les séances de l'enquête se tinrent chez lui, ce qui suppose une dispense accordée par le Saint-Siège ; car, selon le droit, une enquête de canonisation doit se faire dans un lieu sacré.

Lors de la première séance qui eut lieu en présence des notaires et de la foule des témoins, l'évêque de Tréguier remit aux commissaires trois documents : deux bulles de Jean XXII, et la procuration au chapitre de Tréguier dont il a été parlé ci-dessus. L'une des bulles, ouverte, était celle qui désignait les enquêteurs et qui a été également mentionnée plus haut. La seconde était une bulle secrète, fournissant aux commissaires des instructions sur la façon de mener l'enquête. Le texte ne nous en a pas été conservé. Mais nous pouvons, en partie soupçonner son contenu par la façon dont l'enquête fut conduite.

Les commissaires prirent connaissance des bulles et de la procuration. Puis l'évêque de Tréguier fit le serment de dire toute la vérité et rien que la vérité, et produisit les témoins. Ceux-ci, après avoir de même prêté serment sur les saints Evangiles, furent interrogés séparément et secrètement, au cours des jours suivants, sur toutes les circonstances de la vie, des vertus et des miracles de Dom Yves. L'on voit que tout se passe selon les formes juridiques les plus strictes. Un interprète pour chaque dialecte breton avait été prévu, qui traduisait en français les dépositions des témoins ne sachant que le breton, après avoir prêté le serment de faire une traduction véridique. C'étaient Dom Auffray, abbé du monastère cistercien du Bon-Repos, alors au diocèse de Quimper, actuellement en Saint-Gelven, au diocèse de Saint-Brieuc ; puis maître Hervé de Ploerzmet (recteur de Nostang au diocèse de Vannes jusqu'au 8 avril 1317, puis chanoine des églises de Vannes et de Saint-Brieuc), et maître Olivier de la Cour, clerc du diocèse de Léon, tous deux notaires apostoliques, enfin Jacques, recteur de Mesquer, au diocèse de Nantes.

Les noms, âges, qualités et les dépositions des témoins étaient aussitôt consignés par écrit par trois notaires : l'un apostolique, maître Jean Dalamant, du diocèse de Limoges ; les deux autres impériaux : Pierre de Clouselle, clerc du diocèse d'Angoulême, et Roger Polin, du diocèse de Bayeux ou de Saint-Brieuc.

Cinq autres personnages les assistaient en qualité de témoins garants : Jacques de Bresfort, chanoine d'Angoulême ; Guillaume Sambuci, personnage important, si l'on en juge par le nombre des bénéfices qu'il cumulait ; Barthélémy de Celle, qui avait obtenu, le 20 février 1318, le prieuré séculier de Notre-Dame de Grâcay (Cher), au diocèse de Bourges, le canonicat de Saint-Sylvain de Levroux (Indre), dans le même diocèse et, le 21 mars 1328, un canonicat à Orléans ; Jacques Labetre, ancien vicaire général de l'évêque de Tréguier, recteur de l'église d'Azas (Haute-Garonne) au diocèse de Toulouse et témoin 231 au cours de l'enquête ; enfin Raoul de Fayolle, archiprêtre de Chirouze, au diocèse de Limoges.

Deux cent quarante-trois témoignages individuels furent ainsi recueillis ; 52 portaient plus spécialement sur la vie et les vertus d'Yves ; les 191 autres sur ses miracles. Il ne faut cependant pas compter autant de témoins que de témoignages, car un certain nombre de personnes déposèrent plusieurs fois. Il y eut tout au plus 213 témoins, peut-être moins, car quelques noms présentent entre eux des différences si minimes qu'ils désignent sans doute un seul et même témoin, tels Guillelmus de Quaranson et Guillelmus de Karanzan : l'on faisait alors peu de cas de l'orthographe des noms propres.

Ce fut ensuite l'enquête « de fama », sur le renom de la sainteté d'Yves. D'après l'Ordo XIV, le pape, ayant appris la renommée de sainteté d'un serviteur de Dieu, confie à quelques évêques compatriotes du candidat à la sainteté, le soin d'enquêter d'abord sur le renom de sa sainteté. Les commissaires font au pape un rapport sur les résultats de leurs demandes et lui disent s'ils jugent à propos de faire une enquête détaillée et portant sur la vérité des faits. Si telle est leur opinion, le pape confie par une bulle aux mêmes commissaires ou à d'autres le soin de procéder à une seconde enquête sur la vie, les vertus et les miracles du serviteur de Dieu. Les commissaires remettent au pape le procès-verbal de cette seconde enquête, scellée de leurs sceaux. Les deux enquêtes eurent, par un privilège spécial, lieu simultanément pour Yves. Peut-être est-ce un des points sur lesquels portait la bulle secrète.

L'enquête « de fama » débuta par l'imposant témoignage collectif de plus de 500 personnes du diocèse de Tréguier ou des pays avoisinants qui, après s'être concertées, jurèrent, les mains levées vers l'église de Tréguier où repose le corps d'Yves, que celui-ci possédait universellement la renommée d'avoir vécu comme un saint et d'avoir, durant sa vie et après sa mort, opéré de nombreux miracles et d'en opérer encore beaucoup. Puis, pour donner plus de poids à cette attestation solennelle, Dom Mérien, abbé des Augustins de Sainte-Croix de Guingamp mandaté par cette foule, après avoir prêté serment en touchant le livre des Evangiles, jura sur sa vie et sur celle de toutes les personnes présentes qu'il en était bien ainsi.

D'ailleurs, beaucoup des témoins interrogés individuellement avaient été questionnés expressément sur le sujet du renom de sainteté d'Yves et l'avaient, eux aussi, solennellement attesté.

Les enquêteurs eux-mêmes purent y joindre leur témoignage : ils avaient eu l'occasion de constater de leurs yeux, au cours de leurs fréquentes visites à la cathédrale, la foule des pèlerins accourus pour prier Yves ou obtenir de lui leur guérison et le grand nombre d'ex-voto déposés ou suspendus autour de son tombeau. Une tradition rapportée par l'abbé France, curé-archiprêtre de Lannion, raconte même qu'ils auraient été mêlés à un miracle d'Yves, dès le jour de leur arrivée à Tréguier ; la voiture qui les amenait aurait écrasé un enfant qui fut ensuite guéri instantanément sur le tombeau du saint. Près de l'endroit de l'accident, dans une niche creusée à l'encoignure d'une maison, on mit une statue du thaumaturge qui au XIXe siècle, fut placée contre un pilier de la cathédrale.

Les compagnons des enquêteurs, à leur tour, purent déposer sous la foi du serment que, depuis leur arrivée à Tréguier, la pierre du tombeau d'Yves s'était élevée de plus de deux doigts : c'était d'ailleurs un fait de notoriété publique.

Enfin, la même renommée de sainteté d'Yves fut attestée, toujours sous la foi du serment, par les témoins les plus autorisés qui fussent : à savoir le clergé de Tréguier : Pierre Hernon (sans doute le même, que Pierre Arnon, témoin 7 et 173), Jean Rachal, Guillaume du Mont Saint-Michel, Dérien de Trégrom (témoin 47 et 154), Alain de Porcelet (témoin 230), Yves du Cimentier (témoin 24), vicaires ; Hamon Nicolas et Yves Nicolas, clercs. Depuis la mort d'Yves Hélory, ils avaient vu une quantité littéralement innombrable de miracles s'accomplir à son tombeau.

L'enquête se termina le 4 août 1330, samedi après la fête de saint Pierre aux Liens. Les dépositions des témoins, recueillis par les notaires, s'étendaient sur 81 pièces de parchemin, réparties en 26 rouleaux. Les pièces composant chaque rouleau étaient cousues bout à bout dans l'ordre. Les notaires apposèrent leur ruche à chaque couture et à la fin du document, leur signature et leur ruche de nouveau. Le tout formait un énorme rouleau fermé par des cordes auxquelles étaient suspendus les trois sceaux de cire verte et de forme oblongue des trois commissaires. Une lettre cousue avec le rouleau était recouverte, elle aussi, des ruches des notaires et entourée de cordes auxquelles étaient de nouveau appendus les trois sceaux des commissaires.

Puis la commission d'enquête se dispersa. L'évêque d'Angoulême, Aiglin de Blaye, était de retour dans sa ville épiscopale avant la Saint-Gilles (1er septembre 1330) puisque ce jour-là, il reçut l'hommage d'un certain Guillaume de Villars.


ENTRE L'ENQUÊTE DE 1330 ET LA CANONISATION DE 1347

Selon les instructions que leur avait données le pape dans sa bulle du 26 février 1330, les commissaires devaient faire porter à Avignon par des gens sûrs le précieux manuscrit de l'enquête. L'évêque de Limoges, qui semble d'ailleurs avoir tenu le rôle principal dans l'enquête, s'en chargea lui-même. Nous le trouvons en Avignon un samedi 4 de l'année 1331. Les historiens de saint Yves disent unanimement que c'était au mois de juin. Mais en 1331, le seul mois dont le quatrième jour tombât un samedi fut le mois de mai. Sera-t-il permis de corriger la tradition et de remplacer juin par mai ?

L'évêque était accompagné de trois des membres secondaires de la commission d'enquête : Barthélémy de Celle, Raoul de Fayolle et maître Guillaume Sambuci. Les deux derniers étaient ses diocésains et Barthélémy appartenait au diocèse voisin de Bourges.

Ce jour-là donc, au cours d'un consistoire plénier, l'évêque Robert Le Fort présenta au pape Jean XXII le manuscrit du procès-verbal de l'enquête.

Selon l'Ordo Romanus XIV, le pape avait coutume, quand il recevait un procès-verbal d'enquête en vue d'une canonisation, d'en confier l'examen à quelques-uns de ses chapelains ou à d'autres personnes sûres, discrètes et habiles, qui mettaient en ordre, dans différentes rubriques, le contenu du procès-verbal, en le résumant. Un second examen du tout, procès-verbal de l'enquête et grosse, était ensuite confié à une commission de trois cardinaux pris dans les trois ordres : un évêque, un prêtre, un diacre. Pour cette fois, le pape qui semble, dans toute l'affaire de Saint Yves, avoir eu le souci d'abréger la procédure, désigna du premier coup verbalement la commission des trois cardinaux, sans qu'il fut question de la première commission. Le rôle des cardinaux consistait « à recevoir le procès-verbal de l'enquête, à l'ouvrir, à le voir, à l'examiner et à le dresser comme on a coutume de le faire dans Eglise romaine. Ils présenteraient ensuite à Sa Sainteté un rapport sur tout ce qu'ils y trouveraient ».

Les cardinaux désignés étaient : Jean, cardinal-évêque de Porto ; Jacques, cardinal-prêtre de Sainte-Prisque et Luc, cardinal-diacre de Sainte-Marie in Via Lata. En cas d'empêchement de ce dernier, Arnaud, cardinal-diacre de Sainte-Marie in Porticu, alors absent d'Avignon, le remplacerait.

Jean-Raymond de Cominges avait été créé cardinal par Jean XXII le 18 décembre 1327. D'abord cardinal prêtre du titre de Saint-Vital, il avait opté en 1329 pour l'ordre épiscopal et l'évêché de Porto-Ercole et Sainte-Rufine. Ecrivain assez abondant, il se distingue surtout par les vertus mêmes qui avaient la prédilection d'Yves Hélory : l'amour de la paix, la pauvreté, la piété, l'humilité. Il mourut le 20 novembre 1344 (ou 1348).

Jacques Fournier, créé cardinal-prêtre du titre de Sainte-Prisque, lors de la même promotion que Jean de Cominges, deviendra le pape Benoît XII le 20 décembre 1334 et mourra le 25 avril 1342.

Luc de Flisco, moins connu, était beaucoup plus ancien dans la dignité cardinalice que les deux précédent. Il avait été créé cardinal-diacre du titre de Sainte Marie in Via Lata par le pape Boniface VIII le 2 mars 1300 et devait mourir le 31 janvier 1336.

Quant à Arnaud de Pellegrue, c'était lui aussi un vieillard, presque un agonisant ; il allait mourir quelques mois plus tard en août 1331. Neveu du pape Clément V, il fut comblé de faveurs par celui-ci dès son avènement; il en obtint la pourpre cardinalice, dès la première promotion de cardinaux faite par lui en la fête de sainte Lucie, le 15 décembre 1300.

La commission des trois cardinaux se réunit le 11, huit jours après sa désignation par le pape. L'évêque de Limoges et ses trois compagnons y furent convoqués. Roger Le Fort, afin de faire foi de la mission que le Saint-Siège lui avait confiée en même temps qu'à l'évêque d'Angoulême et à l'abbé de Troarn, produisit devant la commission les deux lettres apostoliques remises naguère par l'évêque de Tréguier aux commissaires de l'enquête — ainsi que le manuscrit contenant le procès verbal, de l'enquête. Il affirma reconnaître comme sien l'un des trois sceaux apposés sur le rouleau, ainsi que l'un des trois sceaux fixés sur la lettre jointe au rouleau. Ses trois compagnons affirmèrent de leur côté, sous la foi du serment, l'authenticité des deux autres sceaux, comme ayant été témoins de leur apposition. Après avoir constaté l'intégrité des sceaux, les cardinaux prirent possession du manuscrit, l'ouvrirent et l'inspectèrent. Ils conclurent à l'authenticité de toutes les pièces et à la régularité du procès-verbal.

Leur premier soin fut ensuite de faire transcrire le texte de l'enquête sur un registre de 126 feuillets, plus maniable que l'interminable rouleau venu de Tréguier. Puis ce fut, conformément aux usages, la confection du sommaire méthodique ou grosse, dont on fit une copie pour chacun des cardinaux présents à la curie. Celui qui concerne saint Yves est appelé habituellement « Rapport des cardinaux » non pas que ceux-ci en aient été les auteurs, mais parce que ce furent eux qui le présentèrent au pape. La présentation se fit en deux étapes. En une première audience, ils fournirent au Souverain Pontife un compte rendu bref, sans entrer dans le détail, des dépositions, de tout ce qu'ils avaient trouvé dans le procès-verbal de l'enquête et dans le sommaire de ce procès-verbal. Puis, au cours de plusieurs consistoires, en présence du pape et des cardinaux, on lut en détail les dépositions des témoins, du moins des témoins les plus probants. Les dépositions sur la vie d'Yves d'abord : à la suite de quoi, après délibération avec les cardinaux, le pape jugea que l'excellence de la vie d'Yves était ainsi pleinement démontrée. Ensuite, les dépositions sur les miracles. Pour la vie comme pour les miracles, chaque témoignage était discuté minutieusement, et l'avis de chaque cardinal demandé, afin de déterminer si oui ou non, le témoin avait bien prouvé ce qu'il avançait.

La lecture et la discussion terminées, le pape, sur avis favorable des cardinaux, jugea que les preuves apportées étaient assez convaincantes pour que l'on pût en toute sécurité procéder à la canonisation. La proclamation de ce jugement donnait lieu à une cérémonie impressionnante. Le pape, qui était en tenue de consistoire, c'est-à-dire en chape rouge et en mitre précieuse, quittait la mitre, se mettait à genoux, cependant que les cardinaux, eux aussi, s'agenouillaient à leur place, et il définissait solennellement « par son autorité apostolique, pour l'honneur de la Très Sainte Trinité, de la Bienheureuse Vierge. Marie, des Saints Apôtres Pierre et Paul et de tous les saints et pour l'exaltation de la foi catholique, que tant et de si grandes choses avaient été prouvées touchant la vie et les miracles du Bienheureux Yves Hélory qu'elles suffisaient pour qu'il soit canonisé ». Le pape demanda le secret pour cette définition. Un cardinal spécialement désigné par lui rédigea un procès-verbal de cet important consistoire.

Après avoir consulté le Sacré Collège, le pape prit aussi l'avis de tous les prélats présents à la Curie, dans une autre réunion plénière et publique cette fois, où il leur exposa l'affaire en détail.

On ne sait à quelles dates ni à vrai dire sous quel pontificat eurent lieu ces multiples réunions. Etant donnés leur nombre et leur programme chargé, elles durent s'étendre sur un long espace de temps. Se tinrent-elles toutes sous le pontificat de Jean XXII, qui mourut le 15 décembre 1334 ? Et a-t-on le droit d'affirmer comme on l'a fait, que son successeur, l'ancien cardinal Jacques, de la commission des trois cardinaux, devenu pape sous le nom de Benoît XII, ne fit rien pour saint Yves ? Le contact intime qu'il avait pris, de par sa charge de commissaire, avec les vertus et la sainte vie d'Yves Hélory et le grand zèle qu'il manifesta pour la réforme du clergé eussent dû le porter à canoniser sans retard un saint prêtre qu'il aurait pu ensuite proposer en modèle au clergé du monde entier. Aussi, dans l'absence de documents, semble-t-il plus prudent de ne pas être trop affirmatif et de ne pas dénier tout rôle au pape Benoît XII dans l'affaire de la canonisation de saint Yves. Toujours est-il qu'il faudra désormais attendre le pontificat de Clément VI (7 mai 1342 - 6 décembre 1352), pour que cette affaire depuis si longtemps engagée soit enfin heureusement conclue.

Entre temps cependant, un fait considérable s'était produit : la béatification d'Yves, par l'institution de son culte à Tréguier en 1334, sous l'épiscopat d'Alain Hélory.

Alain Hélory, chanoine d'Orléans, docteur en l'un et l'autre Droit, avait succédé, le 31 août 1330, à Yves de Boisboissel sur le siège de Tréguier, où il devait demeurer jusqu'à sa mort survenue en 1337. Au synode de 1334, celui probablement où il loua les Statuts Synodaux, au nombre de plus de 26, promulgués par ses prédécesseurs, il édicta que tous les lundis non occupés par une fête solennelle et en dehors des temps de l'Avent, du Carême et de Pâques, on ferait l'office public du Bienheu¬reux Yves Hélory ainsi que, avec les mêmes réserves, l'office du Bienheureux Tugdual, le jeudi et celui de la Très Sainte Vierge, le samedi. C'était équivalemment attribuer à Yves Hélory le titre de Bienheureux.

Béatifier, en effet, c'est permettre le culte d'un serviteur de Dieu, donc concéder son office et sa messe dans un territoire limité, diocèse ou province ; la canonisation, elle, étend cette permission à l'Eglise universelle. Jusqu'à la Constitution Cœlestis Jerusalem du 5 juillet 1643, chaque évêque pouvait béatifier dans son propre territoire ; le pape seul pouvait canoniser. L'on voit donc que la béatification d'Yves fut régulière et légitime et que l'évêque de Tréguier put y procéder avec d'autant plus de sécurité que la cause d'Yves, pendante devant la Cour d'Avignon, y était en bonne voie.

Mais les graves événements politiques, qui se préparaient, n'allaient-ils pas retarder indéfiniment la conclusion de l'affaire ? Tant à Avignon qu'en Bretagne, dans l'un et l'autre des deux endroits où l'on s'intéressait le plus à saint Yves, les soucis allaient devenir tels qu'ils eussent pu faire négliger complètement sa cause de canonisation.

L'année 1337 vit le commencement de la guerre de Cent ans. Cette guerre devint pour les papes d'Avignon un très grave sujet de préoccupations, acharnés qu'ils furent à en atténuer le plus possible les effets par la négociation de trêves et à en hâter la fin, de façon à donner suite au projet de croisade qui les hantait depuis de longues années.

En Bretagne, la mort du duc Jean III (30 avril 1341) fut le signal d'une longue et sanglante guerre civile. Le duc Jean, en effet, n'avait eu aucun enfant de ses trois mariages avec Isabelle de Valois, Isabelle de Castille et Jeanne de Savoie. D'autre part, ses deux frères Gui, comte de Penthièvre (qui fit partie, nous nous en souvenons, de l'ambassade d'Avignon en décembre 1329) et Pierre, étaient morts respectivement en 1331 et en 1312. Les deux seuls proches parents qui lui restassent, étaient sa nièce Jeanne, fille de son frère Gui, et qui avait épousé le 4 juin 1337, Charles de Blois, neveu du roi de France Philippe VI de Valois, et son frère consanguin Jean, comte de Montfort-l'Amaury. (Tandis que Jean III était né à Arthur II de son premier mariage avec Marie de Limoges, Jean de Montfort, lui, était né de son second mariage avec Yolande de Dreux, veuve d'Alexandre III, roi d'Ecosse, et héritière du comté de Montfort l'Amaury).

Lequel des deux, de Jeanne de Penthièvre ou de Jean de Montfort, devait succéder à Jean III ? La loi salique ne s'appliquant pas alors en Bretagne, Jeanne de Pen¬thièvre et par là même son mari, Charles de Blois, ne se, trouvaient pas automatiquement exclus de la succession du duché. D'autre part, nulle loi successorale n'avait prévu un cas aussi singulier. Aucun des deux compétiteurs, par ailleurs, ne s'imposait de par son origine bretonne, puisque l'un et l'autre étaient français, de souche capétienne. L'arrangement à l'amiable s'était avéré impossible dès avant la mort de Jean III. L'arbitrage du roi de France, qui eut été favorable à Charles de Blois, ne fut pas sollicité. La guerre, devenue inévitable, éclata dès mai 1341, un mois à peine après la mort du pacifique duc Jean III. Elle se compliqua de la guerre étrangère. La guerre de Cent ans était commencée depuis 1337 ; la guerre de succession de Bretagne s'y inséra étroitement, Charles de Blois prenant naturellement le parti de la France, Jean de Montfort s'alliant avec le roi d'Angleterre. Il ne fut pas un coin de Bretagne que ne visita la guerre avec ses néfastes conséquences. Elle ne s'achèvera que le 29 septembre 1364, par la mort de Charles de Blois à la bataille d'Auray, après des alternatives de luttes sans merci et de trêves, de succès et de revers pour chacun des deux partis.

La Providence ne permit cependant pas que la glorification de saint Yves fût trop longtemps retardée par d'aussi graves événements. Le chef même d'un de ces partis qui mettaient la Bretagne à feu et à sang, Charles de Blois, sut conserver assez de sérénité d'esprit au milieu des camps et dans le gouvernement de son duché de Bretagne, pour travailler efficacement au triomphe de saint Yves. Et bientôt allait monter sur le trône de saint Pierre le pape qui canoniserait le Bienheureux Yves Hélory : Clément VI.

La destinée de Clément VI fut prodigieuse. Né l'an 1291 au château de Maumont, dans le diocèse de Limoges, et par conséquent sujet du duc de Bretagne, à qui le comté de Limoges appartenait depuis 1277, Pierre Roger entra de bonne heure chez les Bénédictins de la Chaise-Dieu où il fit profession. Son goût pour les sciences, sa mémoire, son jugement, sa facilité d'élocution, lui permirent de faire de brillantes études et lui assurèrent un bel avenir. Docteur de la Faculté de Théo¬logie de Paris à 30 ans et déjà orateur de renom, il devint proviseur, en Sorbonne. Puis il obtint successivement les prieurés de Saint-Pantaléon au diocèse de Limoges, de Savigny dans le Lyonnais, et de Saint-Baudille près de Nîmes. Le roi de France, Philippe de Valois, lui confia plusieurs missions dont il s'acquitta avec honneur. Abbé de Fécamp, puis de la Chaise-Dieu (1326), évêque d'Arras {1328), archevêque de Sens (1329), puis de Rouen (1330), il devenait cardinal du titre des Saints Nérée et Achillée le 13 décembre 1338, et le 7 mai 1342, il était élu pape. Son couronnement eut lieu le 19 mai suivant, jour de la Pentecôte et 30ème anniversaire de la mort de saint Yves, en l'église des dominicains d'Avignon. Choisi pour son amabilité, qui contrastait avec l'autorité rigide de son prédécesseur, et qu'il sut allier à une grande fermeté, il aimait la magnificence, l'éclat, le luxe et plus encore la munificence. Véritable humaniste, il fut un précurseur des grands papes de la Renais¬sance. Ayant décidé de demeurer à Avignon, il y acheva le fameux pont et le Palais des Papes, et commença les remparts de la ville. Il désirait ardemment, comme ses prédécesseurs, lancer les princes chrétiens dans une croisade. Mais pareille entreprise exigeait l'union étroite de ceux-ci. Or, ils étaient presque tous en lutte les uns contre les autres. La diplomatie du pape mit tout en oeuvre pour amener leur réconciliation. Il arriva à des résultats substantiels, mais insuffisants pour que le projet de croisade pût se réaliser. Il mourut le 6 décembre 1352 et fut enterré dans l'église de la Chaise-Dieu, son monastère de profession. Il laissait de nombreuses oeuvres théologiques et oratoires.

D'après Surius, Clément VI, quand il n'était encore que Pierre Roger, avait souvent sollicité des papes Jean XXII et Benoît XII, ses prédécesseurs, la canonisation de saint Yves. La chose n'a rien que de très vraisemblable. Le principal commissaire de l'enquête de 1330, celui qui en avait porté le texte au Souverain Pontife, avait été Roger le Fort, évêque de Limoges. Rien de plus normal que l'évêque de Limoges ait songé à provoquer, en faveur d'une cause qui lui était chère, la puissante intervention de Pierre Roger, l'une des gloires du Limousin et bien en cour à Avignon.

Bien que Clément VI fût déjà favorablement prévenu en faveur d'Yves Hélory, il sembla cependant que son zèle ait eu besoin d'être de temps à autre excité. De nombreux princes et prélats s'en chargèrent, le priant à plusieurs reprises, avec une instance croissante, de hâter la canonisation de saint Yves. Deux interventions furent plus spécialement efficaces pour emporter la décision du pape.

Il y eut d'abord celle de Charles de Blois. La dévotion de Charles envers saint Yves est bien connue. Les témoignages en sont abondants, et leur récit demanderait à lui seul une longue étude. La première manifestation connue de l'ardent amour de Charles de Blois pour saint Yves est aussi la plus importante. En 1345, il fit le voyage d'Avignon et y sollicita de Clément VI, en son nom et en celui de tous les seigneurs et prélats de Bretagne, la canonisation de saint Yves. Le pape réunit un consistoire à l'effet de l'entendre. Pour montrer que la puissance d'intercession du saint auprès de Dieu n'avait pas diminué, Charles de Blois fit au pape et aux cardinaux rassemblés le récit des deux nouveaux miracles attribués à Yves : le premier, une guérison merveilleuse, avait été opéré en sa faveur. Les barons qui l'accompagnaient attestèrent eux aussi le double prodige. Et le duc ajouta qu'il était convaincu, avec tout le reste de la Bretagne, que la paix suivrait de près la canonisation de saint Yves. Il versa 3.000 florins pour payer les frais de procédure, geste méritoire de sa part si l'on se souvient que la même année, probablement lors du même voyage, il dut emprunter 32.000 florins aux Malabayla, banquiers du pape.

Un second avertissement fut secrètement donné à Clément VI par saint Yves en personne, l'année qui précéda la canonisation, c'est-à-dire entre le 19 mai 1346 et le 19 mai 1347. Clément VI lui-même a raconté comment saint Yves, tenant un sceptre en mains, lui était apparu durant son sommeil (en vision ou en songe, il n'eût su le dire), pour lui reprocher la lenteur qu'il apportait à sa canonisation et lui ordonner d'y procéder sans tarder. Le pape crut alors entendre retentir à ses oreilles le « Lamma sabactani », « Pourquoi m'as-tu abandonné ? » du Seigneur sur la croix. Cette intervention fut décisive. Clément VI fit aussitôt appeler le procureur de la canonisation de saint Yves, lui narra sa vision et lui affirma sa ferme résolution de poursuivre désormais activement cette grande affaire.


LA CANONISATION 18-19 mai 1347

Une nouvelle commission de trois cardinaux, un de chaque ordre, fut chargée de revoir les pièces de la procédure. C'étaient Pierre, cardinal-évêque de Sabine, Adhémar, cardinal-prêtre du titre de Sainte-Anastasie et Galhard, cardinal-diacre du titre de Sainte Lucie in Silice.

Le cardinal Pierre Gomez de Barroso, surnommé « Hispanus », « l'Espagnol », du nom de sa patrie, ou Pierre de Tolède, du nom du diocèse qui le vit naître, et où il fut plus tard écolâtre, avait été élu évêque de Carthagène en Espagne, le 3 septembre 1326, puis élevé au cardinalat par le pape Jean XXII, le 18 décembre 1327. D'abord cardinal-prêtre du titre de Sainte-Praxède, il devint cardinal-évêque de Sabine en août 1341. Il devait mourir en Avignon le 14 juillet 1348.

Adhémar Robert était originaire du Limousin et neveu de Clément VI. Docteur en l'un et l'autre Droit, notaire apostolique, pourvu de plusieurs canonicats et fréquemment mentionné dans les lettres des premiers papes d'Avignon, il devint cardinal-prêtre du titre de Sainte Anastasie, le 20 septembre 1342. Il mourra le 1er décembre 1352.

Galhard de la Motte, aquitain et petit-neveu du pape Clément V, était chanoine de Narbonne lorsque Jean XXII, lors de la première promotion des cardinaux qu'il fit, le 18 décembre 1316, le choisit comme cardinal-diacre de Sainte Lucie in Silice, le comblant en outre de nombreux bénéfices. Galhard mourra le 20 décembre 1356.

La révision des pièces du procès de saint Yves terminée, les commissaires présentèrent leur rapport au pape et aux cardinaux réunis en consistoire. Vie et miracles de saint Yves furent de nouveau examinés et discutés. Et tout étant jugé prêt, il fut décidé que le pape, après avoir pris, le 18 mai 1347, l'avis d'un certain nombre d'évêques présents alors à Avignon, procéderait à la canonisation du Bienheureux Yves le 19 mai, mardi de la Pentecôte.

La guerre civile, hélas ! continuait à faire rage en Bretagne et précisément, en ce printemps de 1347, son foyer principal se trouvait concentré dans les environs de Tréguier. La mort de Jean de Montfort, le 26 septembre 1345, ne l'avait pas interrompue. Sa veuve, Jeanne de Flandre, qui avait incité Jean à commencer, puis à continuer la guerre coûte que coûte, se fit un devoir de l'achever elle-même avec l'aide des Anglais. Durant l'hiver 1345, qui suivit la mort de Jean de Montfort, le comte de Northampton, chef des armées anglaises de Bretagne, avait incendié les faubourgs de Guingamp (29 novembre) et pris d'assaut La Roche-Derrien, à 6 kilomètres de Tréguier (3 décembre). La nouvelle garnison de La Roche-Derrien, craignant que les habitants de Tréguier ne transformassent leurs églises en forteresses, saccagea et démolit partiellement celles-ci. Elle ne fit exception que pour la cathédrale, où l'on conservait le corps de saint Yves, tant était grande la crainte révérentielle que leur inspirait le saint prêtre. Plus tard (5 décembre 1346), les Anglais pillèrent Lannion. Et ce fut durant de longs mois une petite guerre épuisante de surprises et d'escarmouches. Désireux de frapper un grand coup pour en finir une bonne fois, Charles de Blois résolut d'aller, à la tête d'une nombreuse armée, assiéger La Roche-Derrien. Mais attaqué par les Anglais à la suite d'une trahison, il fut atteint de 17 blessures et, après avoir fait un vœu à saint Yves et réclamé sa protection, il se constitua prisonnier près de cette même ville qu'il avait voulu délivrer, le 15 juin 1347, un mois à peine après la canonisation de saint Yves.

Ainsi, tandis que saint Yves recevait à Avignon, de la plus haute autorité qui soit sur terre, le plus grand honneur auquel il soit permis ici-bas à un humain d'accéder, le pays où reposaient ses restes mortels, subissait une des plus cruelles humiliations de son histoire. Nous ne devons donc pas nous étonner, dans ces circonstances, de constater qu'à part Maurice Héluy, aucune personnalité de Tréguier, pas même l'évêque, ne se trouve mentionnée dans les témoins des fêtes de la canonisation.

Un récit détaillé de ces fêtes avait été rédigé sous le nom d'Acta canonizationis Sancti Yvonis et longtemps conservé. Le Père Papebroch, le Bollandiste qui fit la longue notice sur saint Yves dans les Acta Sanctorum, en possédait une copie manuscrite du XVème siècle, écrite en grands caractères très élégants, et que le R. P. Jacques Binet, provincial des Jésuites de France, lui avait donnée en 1644. Ce précieux manuscrit a disparu depuis sans laisser de trace et aucun autre exemplaire des Acta Canonizationis n'a jamais été signalé. Il faut remercier la divine Providence d'avoir inspiré au P. Papebroch l'heureuse idée d'en insérer, dans sa notice sur saint Yves, suffisamment d'extraits pour que nous puissions, en y ajoutant les données de l'Ordo Romanus XIV, nous représenter aujourd'hui encore avec quelque détail le déroulement des glorieuses fêtes des 18 et 19 mai 1347.

Trois semaines environ ou un mois avant la date fixée pour la canonisation du Bienheureux Yves, Clément VI désigna huit des prélats alors présents à la cour pontificale pour prendre la parole, la veille du grand jour, devant le Souverain Pontife et les cardinaux réunis en consistoire. L'ordre dans lequel ils parleraient était indiqué. C'était l'ordre de dignité : le patriarche d'Antioche d'abord, puis deux archevêques, enfin cinq évêques, et dans chaque catégorie, l'ordre d'ancienneté. Exception était faite pour l'évêque de Nantes, Olivier Saladin, qui parlerait le premier des évêques, avant même le vénérable évêque de Mirepoix, son aîné de beaucoup, sans doute en tant que représentant la Bretagne. Le sujet était imposé à tous les orateurs : ils devaient mettre en valeur les raisons pour lesquelles il convenait que la canonisation fût faite et supplier le Souverain Pontife d'y procéder.

Ordinairement, dans un consistoire qui suivait la désignation des orateurs, le pape confiait secrètement à deux cardinaux versés dans la Sainte Ecriture, des religieux de préférence, le soin de composer l'office du Bienheureux qui allait être canonisé : l'un des cardinaux rédigeait la légende, c'est-à-dire les leçons rapportant la vie et les principaux miracles du Saint ; le second, les répons, les antiennes et l'oraison. Ils devaient présenter leur travail dans un consistoire ultérieur. On ne sache pas que rien de tel ait eu lieu pour saint Yves. Peut-être l'office composé en 1334 à Tréguier fut-il jugé suffisant et adopté tel quel.

Le 18 mai 1347, lundi de la Pentecôte, se tint donc au lieu habituel l'ultime consistoire préparatoire à la canonisation, dit consistoire « in recitatione processus ». Le Pape y assistait, revêtu d'une chape rouge et portant une mitre précieuse, ornée de perles ; les cardinaux et les prélats étaient revêtus de tous leurs ornements, y compris la cappa magna de laine. Clément VI fit son entrée, assisté de deux cardinaux-diacres, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, et accompagné des cardinaux présents à Avignon.

Le Pape inaugura le consistoire par un long discours qui devait occuper 64 colonnes entières du manuscrit des Acta canonizationis ci-dessus mentionné. Selon le goût de l'époque, ce discours était farci de lieux communs et de jeux de mots et coupé par des divisions et des subdivisions multiples et factices. Il contenait cependant de nombreux et précieux renseignements historiques. Le thème du discours était : « Héloy, Héloy », « Mon Dieu, Mon Dieu » ! (S. Marc XV. 34). On y aperçoit de suite le jeu de mots sur le nom de famille de saint Yves : Hélory !

Dans une première partie, le Pape implorait le secours du ciel pour le grand acte qu'il se préparait à accomplir. Une seconde partie racontait l'histoire de la cause de saint Yves. En particulier, elle faisait le récit des nombreuses démarches entreprises par la Bretagne et par la France auprès de ses prédécesseurs et auprès de lui-même pour obtenir la canonisation de saint Yves, et, il indiquait les deux raisons de convenance pour lesquelles il lui semblait que la divine Providence lui avait réservé la conclusion de cette affaire : il était Limousin et avait donc été, lui, sujet du duc de Bretagne ; saint Yves était né en Bretagne ; il convenait donc qu'il fût canonisé par un pape, qui avait eu le même souverain que lui. Et puis, saint Yves avait été couronné au ciel un 19 mai, à l'âge de 50 ans ; Clément VI, lui, avait été couronné pape un 19 mai aussi, à l'âge de 50 ans. — La troisième partie du discours comportait un abondant résumé du procès de canonisation et racontait la vie et les miracles de saint Yves. Le Pape terminait en demandant aux prélats présents de lui donner leur avis sur l'opportunité de la canonisation du Bienheureux Yves.

Il n'était pas prévu par l'Ordo Romanus XIV, de discours du Pape pour le consistoire « in recitatione processus ». Il est permis de voir dans cette dérogation de Clément VI au cérémonial accoutumé, une marque spéciale de sa dévotion envers saint Yves et aussi une flatteuse usurpation (si toutefois il est permis de parler d'usurpation en parlant du Chef suprême de l'Eglise !) sur les droits du procureur à qui il revenait de parler le premier. De ce fait, le pape développa dans son discours plusieurs points qui rentraient normalement dans les attributions du procureur : ce qui explique que le discours de celui-ci fut relativement court et celui du Pape très long.

Le texte des neuf discours suivants ne nous est pas connu. Le P. Papebroch n'en a relevé que les thèmes et la longueur.

Le second orateur fut donc le procureur de la cause de saint Yves, Maurice Héluy. Une lettre de Jean XXII, du 11 avril 1332 et de nombreuses lettres postérieures le mentionnent comme étant chanoine de Tréguier. Ce dernier titre explique sa fonction de procureur de la cause de saint Yves. Il avait choisi comme thème de son discours, qui occupait 24 colonnes du manuscrit : « Sanctus sanctificetur adhuc ! » « Que le saint soit encore sanctifié ! » (Apocalypse XXII, 11). Son rôle de procureur l'incitait à parler de la cause de saint Yves et à supplier Sa Sainteté qu'elle daignât écouter les huit prélats qui avaient l'intention de prendre la parole sur le même sujet, et qu'il lui plût de définir que le Bienheureux Yves Hélory était saint, qu'il devait en conséquence être inscrit au catalogue des saints et être vénéré comme tel par tous les fidèles et que sa fête fût célébrée chaque année perpétuellement au jour qu'il semblerait bon au pape de fixer.

Les huit derniers discours furent ceux des prélats qui avaient reçu du Pape, quelques semaines plus tôt, l'invitation à prendre la parole en cette circonstance. Les rubriques demandaient que ces discours fussent brefs. De fait, leur transcription couvrit au total 118 colonnes du manuscrit des Acta canonizationis et le plus court, celui du vieil évêque de Mirepoix, occupait encore 10 colonnes.

Le troisième discours, qui avait comme thème « Animadverto quod vir sanctus est iste ». « Je reconnais que cet homme-là est saint », (IV Rois IV, 9), fut prononcé par le patriarche d'Antioche. Le patriarcat d'Antioche, devenu titulaire depuis 1270, comme on le sait, fut occupé du 27 novembre 1342 au 30 mai 1348, date de sa mort, par Guiral Ot, personnage considérable, puisqu'il avait été 18ème Ministre général de l'Ordre des Frères Mineurs, de 1329 à 1343. En même temps que le patriarcat d'Antioche, le Pape lui avait confié l'administration de l'évêché de Catane en Sicile, qu'il assura également jusqu'à sa mort. Né à Carboulit dans le Lot, donc compatriote du Pape Jean XXII, qui le combla de faveurs, lui et sa famille, il avait pris l'habit franciscain au couvent de Figeac, de la province d'Aquitaine. Devenu maître en théologie de l'Université de Paris, et connu sous le nom de « Doctor Moralis », il laissa de nombreux ouvrages philosophiques, théologiques et scripturaires. Il fut inhumé dans la cathédrale de Catane.

Quoi qu'il en soit des rapports entre saint Yves et le Tiers-Ordre de saint François, il est caractéristique de voir un ancien général de l'Ordre, devenu grand personnage de la Cour pontificale, intervenir ainsi activement en faveur de la canonisation de saint Yves. Quatre ans plus tard, dès 1351, le chapitre général des Frères Mineurs, tenu à Lyon sous le généralat de Guillaume Farinier (1348-1359), devait décréter que la fête de saint Yves récemment canonisé serait désormais célébrée chaque année dans l'Ordre.

Le quatrième orateur devait être l'archevêque de Narbonne. Pierre de la Jugie, cousin du pape Grégoire XI et neveu de Clément VI, natif de La Jugie, sur la paroisse d'Eyren au diocèse de Limoges, avait fait profession dans l'Ordre de Saint-Benoît. Il devint le 2 mars 1345, évêque de Zaragoza en Espagne. Transféré à l'archevêché de Narbonne le 10 janvier 1375, il sera promu cardinal-prêtre du titre de Saint-Clément par son cousin Grégoire XI le 20 décembre de la même année et mourra le 19 novembre 1376. Le thème de son discours, qui occupait 21 colonnes des Acta, devait être : « Exaltate ilium quantum potestis : major est enim muni laude », « Exaltez-le tant que vous pourrez, car il est au-dessus de toute louange ! » (Eccli, XLIII, 30). Mais une grave maladie, qui le conduisit jusqu'aux portes du tombeau et le fit même être abandonné des médecins, l'empêcha de prononcer son discours. Sans qu'il y eut cependant accroc au cérémonial qui prévoyait 7 ou 8 orateurs, puisque, si huit avaient été désignés, sept parlèrent effectivement. Guéri peu après, miraculeusement, à la suite de prières à Dieu et d'un vœu à saint Yves fait par des amis, il rendit au Saint, par sa guérison, un témoignage plus éloquent et plus opportun que toute parole. Plein de reconnaissance envers son bienfaiteur, il institua dans son diocèse l'office de saint Yves de rite double. L'Eglise de Narbonne, jusqu'à sa disparition lors de la Révolution, l'a fidèlement conservé. L'archevêché de Narbonne est aujourd'hui absorbé par celui de Toulouse, dont le titulaire porte le titre d'archevêque de Toulouse et de Narbonne et évêque de Rieux et de Saint-Bertrand-de-Cominges.

Vint en cinquième lieu l'archevêque de Bordeaux, Amanim de Cazes, chanoine de Bayeux, docteur ès lois, chapelain et familier du Souverain Pontife. Il était archevêque de Bordeaux depuis le 19 janvier 1347 et devait y rester jusqu'à sa mort survenue avant le 17 septembre 1348, date où fut élu son successeur. Le texte, de son discours qui s'étendait sur 19 colonnes des Acta, était : « Vere hic homo justus erat ». « Cet homme était véritablement un juste » (S. Luc XXIII, 47).

Le sixième orateur, le premier par faveur, nous l'avons vu, de l'Ordre des évêques, fut Olivier Saladin, évêque de Nantes, Doyen de Paris et docteur en théologie, il avait été élevé sur le siège de Nantes le 14 juillet 1340. Il devait mourir en charge le 24 août 1354. Son discours, qui comprenait 15 colonnes des Acta, débutait par ce texte : « Laudans invocabo Dominum ». « Je louerai le Seigneur en l'invoquant » (Ps. XVII, 4).

Le septième discours, s'étendant sur dix colonnes, fut prononcé par l'évêque de Mirepoix, Pierre de la Pérarède sur le texte : « Quemcumque elegerit Dominus ipse erit sanctus ». « Celui que le Seigneur aura choisi, c'est celui-là qui sera saint » (Nombres, XVI, 7). Né à Flauniac, près de Cahors, Pierre de la Pérarède se fit dominicain. Maître en théologie, puis maître du Sacré-Palais vers 1328, il fut choisi le 19 décembre 1327 par le pape Jean XXII, son compatriote, pour succéder sur le siège de Mirepoix à Jacques Fournier, le futur Benoît XII, promu cardinal. Il y restera jusqu'à sa mort (19 août 1348). Aujourd'hui, l'évêché de Mirepoix a disparu ; il a été absorbé par celui de Pamiers, dont l'évêque porte le titre d'évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix. Le huitième discours, comprenant 12 colonnes des Acta et débutant, par ce texte : « Dignus est ut hoc illi prœstes ». « Il mérite que vous fassiez cela pour lui » (St Luc, VII, 4), fut prononcé par l'archevêque de Sigüenza, dans la Tarraconaise, en Espagne. Consalve de Aquilar Hinojosa, maître en théologie et archidiacre de Salamanque, fut successivement évêque de Cuenca, le 10 janvier 1341 et de Compostelle le 14 août 1348 et le 4 janvier 1351, de Tolède, où il mourra le 25 février 1353.

Un second prélat franciscain, Jourdain Curti, évêque de Trivento, dans l'Abruzze, en Italie méridionale, avait accepté de faire le neuvième discours, long de 17 colonnes, qu'il commença par ce texte de saint Pierre : « In omnibus honorificetur Heloy ! ». « Qu'Héloy soit honoré par tous ! » (I. Petr., IV, 2) On y retrouve le même jeu de mots dont venait de se servir le pape. D'origine française, maître en théologie, Jourdain Curti avait été élevé le 28 février 1344 sur le siège de Trivento. Le 30 mai 1348, il sera transféré sur le siège archiépiscopal de Messine, où il mourra avant le 20 mars 1349, date de l'élection de son successeur. L'évêché de Trivento, qui appartenait autrefois à la métropole de Bénévent, est aujourd'hui directement rattaché au Saint-Siège.

Le dernier orateur fut encore un religieux, Geffroy Grosfeld, ermite de Saint-Augustin, récemment élu évêque de Ferns, dans le comté de Wexford, en Irlande (5 mars 1347) et qui mourra en charge peu après (28 octobre 1348). Actuellement, l'évêché de Ferns est rattaché à la métropole de Dublin, mais l'évêque réside à Wexford, Ferns n'étant plus qu'un petit village. Peut-être le pape voulut-il, par le choix de ce prélat, associer les Celtes d'Irlande à ceux d'Armorique dans la glorification d'un de ces derniers. L'orateur avait pris comme texte : « Pater, venit hora, glorifica filium tuum ». « Père, l'heure est venue, glorifie ton fils » (S. Jean, XVII, 1). Son discours comprenait 11 colonnes des Acta.

Les discours achevés, le vice-chancelier, les notaires et les chapelains se levèrent et tous ensemble, ils supplièrent à leur tour le Souverain Pontife de vouloir bien canoniser le Bienheureux Yves.

Le Consistoire se termina par la récitation du Confiteor que fit le cardinal-diacre placé à la gauche du pape, par la concession d'indulgences et par l'absolution et la bénédiction du Pontife.

Ces discours prononcés par des orateurs appartenant à tous les pays : France, Italie, Espagne, Angleterre ; à tous les degrés de la hiérarchie : patriarches, archevêques, évêques ; et à tous les états de vie : séculiers, bénédictins, dominicains, franciscains, ermites de Saint-Augustin, furent comme une démonstration symbolique et puissante de l'unanimité du peuple chrétien, présent par ses pasteurs, dans sa conviction de la sainteté d'Yves et dans son désir de la canonisation du prêtre breton. Cette unanimité n'était-elle-même qu'une manifestation de l'action unifiante de l'Esprit-Saint, répandu dans le corps mystique du Christ tout entier et faisant l'unité des membres entre eux comme des membres avec la tête. C'est en effet, le même Esprit-Saint qui venait d'inspirer aux prélats des sentiments identiques de dévotion et de vénération à l'égard du Bienheureux Yves et qui inspirerait le lendemain au Souverain Pontife, représentant visible sur terre du Chef invisible du Corps mystique, la sentence infaillible plaçant le Bienheureux au nombre des saints et comblant ainsi les vœux des orateurs de la veille. Fort de cette unanimité de son troupeau, le pasteur suprême pouvait désormais, non seulement en toute sécurité, mais encore avec l'assentiment assuré d'avance du peuple chrétien, procéder à la canonisation du Bienheureux Yves : il donna rendez-vous pour le lendemain à l'auguste assemblée.

Nous voici donc parvenus à cette glorieuse journée du 19 mai 1347, mardi de la Pentecôte, qui devait voir la canonisation d'Yves Hélory. Nous ne savons pas dans quelle église se déroula la cérémonie. Peut-être Clément VI choisit-il l'église des Dominicains, dans laquelle il s'était fait couronner pape cinq ans plus tôt jour pour jour.

On devine que, dans un siècle de foi tel que le XIVème siècle, l'allégresse du peuple chrétien à l'occasion d'une canonisation ne pouvait être moindre que de nos jours. La solennité fut annoncée par toutes les cloches d'Avignon à l'heure de Complies la veille au soir et le jour même à l'heure de Tierce. La joie des âmes et le triomphe d'Yves trouvèrent leur expression dans la décoration festive de l'église : tentures, verdure, lumière y furent prodiguées.

Donc, à l'heure fixée, le clergé de l'église vint en procession au-devant du pape qui arrivait revêtu des mêmes ornements que pour le consistoire de la veille et au-devant du cortège des cardinaux. Après une prière devant le maître-autel, Clément VI monta sur le trône préparé pour lui au milieu de l'église. Cardinaux et prélats en cappas de laine y vinrent lui faire la révérence, puis se revêtirent de leurs ornements blancs : les cardinaux-évêques, de chapes ; les cardinaux-prêtres, de chasubles, et les cardinaux-diacres, de tuniques et dalmatique ; le pape gagna alors une cathèdre disposée sur une estrade devant le maître-autel et de là, assis, mitre en tête, il prononça le panégyrique de saint Yves qui, s'étendant sur 98 colonnes des Acta, est l'un des plus élégants de ce pontife humaniste. Il débutait par ces paroles : Exulta et lauda, habitatio Sion, quia magnus in medio tui sanctus Israël ». « Réjouis-toi et chante des louanges, habitant de Sion, parce que le saint d'Israël qui est au milieu de toi est grand » (Isaïe, XII, 6). Le discours se poursuivait par une mention de la Bulle de Jean XXII du 26 février 1330, et une longue dissertation, sur les mérites et les miracles d'Yves, ainsi que sur l'autorité de l'Eglise en matière de canonisation, pour se terminer par une invitation à prier l'Esprit-Saint « qui illumine et dirige l'Eglise », afin qu'il ne permette pas que le Souverain Pontife puisse errer dans une affaire aussi importante.

Et aussitôt Clément VII entonna le Veni Creator, qui fut continué par le chœur et suivi du Flectamus genua et de l'oraison du Saint-Esprit.

Vint alors l'instant solennel depuis si longtemps attendu et la parole si souvent et si ardemment demandée aux Souverains Pontifes Clément V, Jean XXII, Benoît XII et Clément VI, où le pape allait affirmer infailliblement la sainteté d'Yves Hélory. Clément VI prononça assis et mitre en tête la sentence par laquelle il définissait qu'Yves Hélory, prêtre du diocèse de Tréguier, était saint et devait être tenu tel par tous, et qu'il l'inscrivait au Catalogue des Saints. Il y décrétait en outre que sa fête serait solennellement célébrée chaque année par l'Eglise universelle, au jour anniversaire de sa mort, le 19 mai, et que l'on ferait pour lui l'office d'un confesseur non pontife. De plus, il ordonnait une élévation et une translation du corps de saint Yves. La formule dont usa le pape et dont on trouvera le texte latin dans les Acta Sanctorum des Bollandistes, page 579, et la traduction française aux pages 276-277 de Ropartz, (Histoire de saint Yves), est, à quelques variantes près, la formule indiquée par l'Ordo Romanus XIV. Toutefois Clément VI daigna ajouter 7 ans et 7 quarantaines d'indulgences pour les fidèles qui assisteraient à la solennité de l'élévation et de la translation du corps de saint Yves ou à la première fête que l'on célébrerait à Tréguier en son honneur ; ainsi, que 100 jours d'indulgences, au lieu des 40 prévus, pour les fidèles qui visiteraient son tombeau durant les octaves de ces deux fêtes annuelles.

Il faut bien interpréter cet ordre donné par le pape de fêter saint Yves chaque année dans l'Eglise universelle. Selon Benoît XIV, il ne s'agit en réalité que d'une permission ; pour qu'il y ait eu obligation de fêter saint Yves dans l'Eglise universelle, il aurait fallu un second décret du pape, indiquant le rite (double de 1ère ou de 2ème classe, double-majeur, double, simple), suivant lequel se ferait la fête : car on ne peut fêter un saint que selon un rite déterminé et seul, le Souverain Pontife peut imposer la hiérarchie à suivre dans les honneurs à rendre aux Saints, hiérarchie marquée précisément par ce rite. Et de fait, ni les livres liturgiques purement romains, ni ceux de la plupart des pays étrangers à la France, n'ont jamais contenu l'office ni la messe de saint Yves, tandis que la quasi-unanimité des diocèses de France ont fêté le saint prêtre durant plusieurs siècles, jusqu'à ce que, à la suite de réformes excellentes en soi, et nécessaires, mais faites trop rapidement à la suite en particulier du retour massif à la liturgie romaine au milieu du XIXème siècle, il ait disparu des Calendriers de la plupart des diocèses de France en dehors de la Bretagne.

La canonisation de saint Yves achevée, le pape déposa la chape rouge, et prit ses chirothèques précieux, son anneau pontifical, la chape blanche précieuse, ainsi que la mitre précieuse. Puis il entonna l'hymne d'actions de grâces, Te Deum, que le chœur poursuivit. Durant le chant du Te Deum, une procession avec des cierges s'organisa dans l'église ; au retour de la procession, le pape monta à la cathèdre placée devant le maitre-autel et d'où il avait pris la parole. Le cardinal-diacre, qui était à sa gauche, chanta le verset : Ora pro nobis, beate Yvo, alleluia. Auquel le chœur répondit : Ut digni efficiamur gratia Dei, alleluia. Et le pape chanta le Dominus vobiscum et l'oraison propre de saint Yves. Après le chant du Benedicamus Domino, le cardinal-diacre qui était à la gauche du pape, récita le Confiteor, dans lequel il inséra le nom de saint Yves, immédiatement après celui des Saints Apôtres Pierre et Paul. Le doyen des cardinaux-évêques accorda ensuite aux fidèles présents, au nom du pape, une indulgence de 7 ans et 7 quarantaines. Et Clément conclut en donnant l'absolution, puis sa bénédiction avec la formule habituelle : Precibus et meritis, dans laquelle il inséra à sa place le nom de saint Yves.

Le Souverain Pontife revêtit ensuite les ornements pontificaux blancs et chanta la messe solennelle de saint Yves, à la fin de laquelle il accorda de nouveau une indulgence de 7 ans et 7 quarantaines. Puis il reprit les ornements qu'il avait lors de son arrivée dans l'église.

La plupart de ceux qui avaient hâté la canonisation de saint Yves par leurs instances auprès du Saint-Siège, en particulier l'évêque de Tréguier et le roi de France, n'avaient pu assister à la cérémonie solennelle du 19 mai qui consacrait le succès de leurs efforts. Clément VI compensa le sacrifice que les circonstances leur avaient imposé en leur notifiant officiellement le joyeux événement.

A l'évêque de Tréguier, il envoya la Bulle Almus siderum Conditor, annonçant à l'univers chrétien la canonisation de saint Yves et datée du jour même de la solennité. L'original de la Bulle fut très longtemps conservé dans le trésor de la cathédrale de Tréguier. Le texte latin en a été publié d'après la Bulle originale et d'après le manuscrit latin 1148, fol. 71 v. - 86, de la Bibliothèque nationale dans les Monuments originaux de l'histoire de saint Yves, pages 483-485.

Au roi de France Philippe VI de Valois qui avait en 1329, on s'en souvient, demandé au pape Jean XXII l'ouverture du procès de canonisation de saint Yves, Clément VI adressa la lettre Ad spiritualis grandii, datée du 21 juin 1347 et dont le texte latin a été publié par Wadding, Annales Minorum, T. VII, p. 8-9 ; par Raynaldus, Annales Ecclesiastici 1347, n° 33 ; par Carolus Cocquelinus, Bullarum, privilegiorum ac diplomatum Romanorum Pontificum amplissima collectio, T. III., p. 310, pars sec., 1471 ; dans les Monuments, p. 486 ; et la traduction française par Ropartz, p. 278-280, qui reproduit la traduction, de Jacques de l'Oeuvre.

LA TRANSLATION (27-29 octobre 1347)

Quand l'Eglise, qui à l'origine n'honorait que les martyrs, se mit à vénérer aussi les saints confesseurs, le premier honneur public qu'elle leur rendait et qui inaugurait leur culte, consistait en l'élévation et en la translation de leurs corps. Cette cérémonie était l'équivalent de notre béatification actuelle ou de notre canonisation : aussi ne pouvait-elle avoir lieu que par ordre de l'évêque, à qui étaient réservées les béatifications ou du pape, qui seul pouvait canoniser.

Lorsque l'Eglise eut institué pour la béatification et la canonisation une cérémonie spéciale et distincte de l'élévation et de la translation, celles-ci perdirent leur signification première de béatification ou de canonisation équivalentes et une part de leur importance. Elles subsistèrent cependant en raison de leur symbolisme profond et continuèrent à être soumises à l'assentiment de l'autorité épiscopale ou pontificale.

En ce qui concerne saint Yves, c'est le pape lui-même qui ordonna l'élévation et la translation de ses reliques. Le 19 mai 1347 déjà, dans la sentence solennelle qui élevait le saint prêtre sur les autels, Clément VI, nous l'avons vu, gratifiait d'indulgences ceux qui assisteraient à l'élévation et à la translation du corps de saint Yves dans la cathédrale de Tréguier, ainsi qu'aux fidèles qui viendraient dévotement visiter son tombeau durant l'octave cette translation ou le jour anniversaire ou durant l'octave du jour anniversaire.

La Bulle de canonisation Almus siderum conditor, adressée le jour de la canonisation à l'évêque de Tréguier, renouvelait l'octroi de ces indulgences.

Le Pontife y revint enfin une troisième fois dans la lettre Laudabilis et longœvœ adressée à l'évêque et au chapitre de Tréguier et dont on trouvera le texte dans Wadding, Annales Minorum (VII, 9-10), que reproduisent les Monuments, p. 487, - et, partiellement dans Raynaldus, Annales Ecclesiastici, an. 1347, n° 40 ; l'abbé France, saint Yves, p. 229-231, en donne une traduction française. L'unique objet de la lettre était d'ordonner à l'évêque et au chapitre de Tréguier de procéder à l'élévation et à la translation du corps de saint Yves. Elle exprime merveilleusement le symbolisme de cette cérémonie. Quand le blé, après le long travail des semailles et de la récolte, se trouve enfin amassé, c'est presque avec dévotion qu'on le monte dans le grenier pour l'y conserver. De même lorsque l'âme, par les longs travaux de cette vie, s'est enrichie de multiples mérites, Dieu l'élève au ciel pour l'éternité aux acclamations unanimes de la cour céleste. Il convient que, quand l'Eglise proclame solennellement que l'âme d'un de ses enfants est parvenue à ce bienheureux séjour, le corps, qui fut le compagnon de cette âme dans son labeur, soit élevé lui aussi et transféré de la bassesse du tombeau dans un lieu plus digne, au milieu de l'allégresse du peuple chrétien. C'est pour susciter ce concours de fidèles que le Saint Siège accorde des indulgences à ceux qui assistent dévotement à cette cérémonie.

L'évêque de Tréguier était alors Richard (d'autres disent Raoul) du Poirier, consacré à Tours par l'archevêque Pierre du Frétaud le dimanche 26 février 1338. Dès son arrivée dans le diocèse, vers 1338-1339, il avait jeté les fondements de la nouvelle cathédrale de Tréguier. Il devait mourir en 1353.

Il se hâta d'exécuter l'ordre de Clément VI relatif à la translation des reliques de saint Yves. Les circonstances politiques étaient d'ailleurs devenues plus favorables. La paix était certes loin d'être revenue, mais une trêve d'un an, partant du 25 septembre 1347, la trêve de Boulogne, avait été négociée par les légats du pape entre Anglais et Français et par là même entre les deux partis qui divisaient la Bretagne. Un peu plus d'un mois après la signature de cette trêve, se déroulaient à Tréguier les fêtes de la translation des reliques de saint Yves, le premier pardon de saint Yves. L'évêque Richard n'avait pas perdu de temps.

Ce fut un triomphe pour saint Yves et une source de nombreuses bénédictions pour les fidèles. Une foule immense se rendit à Tréguier : prélats et clergé de toute la Bretagne, seigneurs et bas-peuple, toutes classes de la société s'y étaient donné rendez-vous. Pour un instant, la Bretagne se retrouvait unie : ce fut le plus beau miracle de cette solennité.

La présence la plus touchante fut celle du duc Charles de Blois, un grand dévot de saint Yves et un saint. Depuis quatre mois, il était aux mains des Anglais, qui devaient l'emmener en captivité dans leur pays, quelques semaines plus tard. Il obtint d'eux la faveur de venir assister aux fêtes. Ce fut sur les genoux, les bras et les pieds nus, qu'il descendit les six marches qui donnaient accès à la cathédrale et qu'il gagna dévotement le tombeau de saint Yves.

Saint Yves ne se laissa pas vaincre en générosité. Sur cette terre, il avait été héroïquement bon, sans attendre une reconnaissance qui n'est pas monnaie courante. Comment, en réponse aux manifestations spontanées, ardentes, désintéressées de cette foule réunie en son honneur, n'aurait-il pas redoublé ses bienfaits ? De nombreux miracles, en effet, se produisirent en ces jours de fête par son intercession : de son corps, comme de celui du Seigneur, sortait une vertu qui guérissait tous les malades.

A quelle date exactement eut lieu l'élévation du corps de saint Yves ? Certainement plusieurs jours avant la translation et la reposition, afin de laisser aux fidèles le loisir de le vénérer et de le prier. Or, la translation eut lieu le 29 octobre 1347 : c'est la date adoptée par tous les livres liturgiques des diocèses bretons. Baillet, dans sa Vie des Saints, estime que l'élévation dut avoir lieu le 27 octobre, car c'est la date qu'ont choisie les Franciscains et le Martyrologe de Saussaye pour la « Saint Yves d'hiver ».

Les reliques de saint Yves furent-elles déposées dans le même tombeau d'où on les avait élevées ou dans un autre endroit ? Les textes n'en disent rien : la parole est à l'archéologie. Remarquons seulement que la translation n'implique pas nécessairement pour le corps élevé de terre un changement de lieu lorsque, — et c'est précisément le cas pour saint Yves, — le corps saint se trouve déjà inhumé dans un lieu honorable.

Du moins, le corps de saint Yves ne regagna pas intact son tombeau. Avant la cérémonie de la reposition, on en détacha le chef qui fut mis dans un reliquaire à part. Cette insigne relique constitue aujourd'hui encore la gloire principale du trésor de la cathédrale de Tréguier et demeure le centre du pardon annuel de saint Yves et l'objet d'un enthousiasme populaire qui ne s'est pas démenti depuis plusieurs siècles

(Dom Yves Ricaud).



St. Ives

(St. Yves)

St. Ives, born at Kermartin, near Tréguier, Brittany, 17 October, 1253; died at Louannee, 19 May, 1303, was the son of Helori, lord of Kermartin, and Azo du Kenquis. In 1267 Ives was sent to the University of Paris, where he graduated in civil law. He went to Orléans in 1277 to study canon law. On his return toBrittany having received minor orders he was appointed "official", or ecclesiastical judge, of thearchdeanery of Rennes (1280); meanwhile he studied Scripture, and there are strong reasons for holding that he joined the Franciscan Tertiaries sometime later at Guingamp. He was soon invited by the Bishopof Tréguier to become his "official", and accepted the offer (1284). He displayed great zeal and rectitude in the discharge of his duty and did not hesitate to resist the unjust taxation of the king, which he considered an encroachment on the rights of the Church; by his charity he gained the title of advocate and patron of the poor. Having been ordained he was appointed to the parish of Tredrez in 1285 and eight years later to Louannee, where he died. He was buried in Tréguier, and was canonized in 1347 byClement VI, his feast being kept on 19 May. He is the patron of lawyers, though not, it is said, their model, for — "Sanctus Ivo erat Brito, Advocatus et non latro, Res miranda populo."

Sources

Acta SS., May, V, 248; Life by DE LA HAYE (Morlaix, 1623); and by NORBERT (Paris, 1892); DANIEL, Monuments originaux (St-Brieux, 1887); Analecta Bolland., II, 324-40; VIII, 201-3; XVII, 259.

MacErlean, Andrew. "St. Ives." The Catholic Encyclopedia. Vol. 8. New York: Robert Appleton Company, 1910. 19 May 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/08256b.htm>.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1910. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/08256b.htm

Ivo Hélory, OFM Tert. (RM)
(also known as Ives, Ybus, Yvo of Kermartin)


Born at Kermartin near Tréguier, Brittany, 1253; died at Lovannec, Brittany, on May 19, 1303; canonized in 1347.


Ivo was the son of a Breton lord. At age 14 he went to Paris for a 10-year course of studies, and gained a great reputation for his proficiency in philosophy, theology, and canon law. He began an austere regime of life, wearing a hair shirt, sleeping for short hours on a straw mat with a book or stone for a pillow, and abstaining from meat and wine. He went on to Orléans to study civil law under the famous jurist Peter de la Chapelle.

After returning to Brittany, Ivo was made a judge of the ecclesiastical court by the archdeacon of Rennes. He also received minor orders. He dispensed justice with such care and kindness that he was esteemed even by the losing sides. In time, he became official to Alan de Bruc, the bishop of Tréguier.

Ivo's free defense of the poor earned him the title "Advocate of the Poor." In addition to acting as judge in his own court, he pleaded for the helpless in other courts; he frequently paid their expenses and visited them in prison. Although it was the custom of the age that lawyers accept 'gifts' as a matter of course, he refused these bribes. He worked to reconcile differences out of court, in order to save the parties the cost of unnecessary litigation.

In 1284, Saint Ivo was ordained to the priesthood. From 1287, when he resigned his legal office, he devoted his time to his parishioners first at Tredrez and then at Lovannec. He was in demand as a preacher, even outside his own parish. He was frequently called upon as an arbitrator. His legal knowledge was always at the disposal of his parishioners, as were his time and goods. Ivo's countrymen have always had a great regard for Saint Ivo, "an attorney who was an honest man."

He built a hospital, nursed the sick, and distributed his harvests or their revenues to the poor. He was known to give the clothes off his back to beggars; once he gave a beggar his bed while he slept on the doorstep. His austerities became more rigorous with time, despite his failing health. He died after preaching Mass on Ascension Eve (Attwater, Benedictines, Delaney, White).

In art, Saint Ivo is a lawyer enthroned between rich and poor litigants, inclining towards the poor. He may also be portrayed as surrounded by suppliants, holding a parchment and pointing upwards, or in a lawyer's gown, holding a book, with an angel near his head and a lion at his feet (Roeder).


He is the patron saint of lawyers, advocates, canon lawyers, judges, and notaries, of abandoned children and orphans, and Brittany, where Yves is a favorite baptismal name (White).



MESSAGE OF JOHN PAUL II



TO BISHOP LUCIEN FRUCHAUD



OF SAINT-BRIEUC AND TRÉGUIER



FOR THE 700th ANNIVERSARY OF THE BIRTH



OF ST IVO HÉLORY OF BRITTANY


To Bishop Lucien Fruchaud of Saint-Brieuc and Tréguier

1. On 19 May 2003, the Diocese of Saint-Brieuc and Tréguier celebrates the seventh centenary of the dies natalis of Ivo Hélory of Kermartin, a son of Brittany. On the occasion of this event which fits into the context of a year dedicated to St Ivo, I join you in prayer, together with everyone who has gathered for the festivities and all the members of your diocese. I remember with emotion my visit to Brittany in 1996, to Sainte-Anne d'Auray. I appreciate the welcome and support which the local Authorities have given to the various religious events; I am grateful on this occasion to the bar of Saint-Brieuc for having organized a series of reflections on juridical matters. This witnesses to the great interest of civil society in a figure who was able to combine a social role and an ecclesial mission, drawing from his spiritual life the strength for action and for the unification of his being.

2. On 19 May 1347, Pope Clement VI raised Ivo Hélory to the glory of the altars. The testimony of the small rural community, collected during the cause for his canonization, is certainly the most beautiful tribute that can be paid to someone who devoted his whole life to serving Christ in serving the poor, as a magistrate, lawyer and priest. St Ivo was involved in defending the principles of justice and equity. He was careful to guarantee the fundamental rights of the person, respect for his primary and transcendent dignity, and the protection that the law must guarantee him. For all who exercise a legal profession, whose patron saint he is, he remains the voice of justice, which is ordained to reconciliation and peace in order to create new relations among individuals and communities and build a more impartial society. I give thanks for the shining example he offers to Christians today, and on a broader scale, to all people of good will, inviting them to walk on paths of justice, of respect for the law and of solidarity with the poor, to serve the truth and to take part in "a new "creativity' in charity" (Novo Millennio Ineunte, n. 50).

3. St Ivo also chose to divest himself of everything, little by little, to be more radically conformed to Christ, desiring to follow him in poverty, to contemplate the face of the Lord in the faces of the lowly with whom he tried to identify (cf. Mt 25). As a servant of God's Word, he meditated upon it, to help all those in search of the living water to discover its treasures (cf. Is 41: 17). He tirelessly travelled through the countryside to bring material and spiritual help to the poor, calling his contemporaries to bear witness to Christ the Saviour through a daily life of holiness. It is an outlook such as this that enables "the proclamation of Christ to reach people, mould communities, and have a deep and incisive influence in bringing Gospel values to bear in society and culture" (Novo Millennio Ineunte, n. 29).

4. The values proposed by St Ivo retain an astonishing timeliness. His concern to promote impartial justice and to defend the rights of the poorest persons invites the builders of Europe today to make every effort to ensure that the rights of all, especially the weakest, are recognized and defended.

The Europe of human rights must ensure that the objective elements of natural law remain the basis of positive laws. In fact, St Ivo based his duty as judge on the principles of natural law, which every conscience that is formed, enligtened and attentive can discover through reason (cf. St Thomas Aquinas, Summa Theologiae, I-II, q. 91, a.1-2), and on positive law, which finds in natural law its fundamental principles, thanks to which it is possible to compile equitable juridical norms and to prevent them from being purely arbitrary or a mere act of government. By his way of administering justice, St Ivo also reminds us that law is established for the good of persons and peoples, and that its principal function is to safeguard the inalienable dignity of the individual in all the stages of his life, from conception to natural death. This holy Breton likewise took care to defend the family, its members and its property, showing that law plays an important role in social relations and that couples and families are essential to society and its future.

The figure and life of St Ivo can thus help our contemporaries to understand the positive and humanizing value of natural rights. "An authentic conception of natural law, understood as the protection of the illustrious and inalienable dignity of every human being, is the guarantee of equality and gives real substance to [the] "rights of man'" (Address to the Participants in the Eighth General Assembly of the Pontifical Academy for Life, 27 February 2002, n. 6; ORE, 13 March 2002, p. 5). For this, it is necessary to persevere in academic research to find the roots, anthropological meaning and ethical content of the natural right and the natural law, in the philosophical perspective of the great thinkers of history such as Aristotle and St Thomas Aquinas.

Consequently, it behoves lawyers, all law-makers, legal historians and legislators themselves always to have, as St Leo the Great asked of them, a deep "love of justice" (Sermon on the Passion, 59), and to try always to base their reflections and practice on the anthropological and moral principles which put man at the centre of the elaboration of laws and of legal practice. This will show that all the branches of law are an eminent service to individuals and society. In this spirit, I rejoice that jurists have been able to make the most of the anniversary of St Ivo to organize two consecutive colloquiums, on the life and influence of their holy patron and on the deontology of European attorneys, thereby showing their attachment to epistemological and hermeneutical research in juridical science and pratice.

5. "N'an neus ket en Breiz, n'an neus ket unan, n'an neus ket eur Zant evel Zan Erwan": "There is not in all Brittany, there is not a single one, there is no saint like St Ivo". These words from the canticle to St Ivo express the full fervour and veneration with which the crowds of pilgrims, with their Bishops and priests but also all the magistrates, lawyers and jurists, continue today to honour the one whom popular piety has nicknamed "the father of the poor". May St Ivo help them to fulfil their aspirations to do justice, and to love kindness, and to walk humbly with their God (cf. Mi 6: 8)!

6. In this month of Mary, I entrust you, Monsignor, to the intercession of Our Lady of the Rosary. I ask God to sustain priests so that they may be holy and just witnesses of the Lord's mercy, and help their brethren discover the joy to be found in leading a personal and professional life in moral rectitude. I also pray to St Ivo to sustain the faith of the faithul, especially of the young people, so that they will not be afraid to respond generously to the call of Christ to follow him in the priestly or the religious life, happy to be servants of God and of their brothers and sisters. I encourage the seminarians and the team of formators of the Major Seminary of Saint-Yves at Rennes to pray to their holy patron with confidence, especially in this period of preparation for ordination to the diaconate and to the priesthood. Lastly, I entrust to the Lord all those who have a legal or judicial responsibility in society, so that they may always carry out their mission in a perspective of service.

I impart an affectionate Apostolic Blessing to you, as well as to Cardinal Mario Francesco Pompedda, my special Envoy, and to all the Bishops present, the priests, the deacons, the men and women religious, the people taking part in the historical and juridical Colloquiums, the various Authorities present and all the faithful who have gathered in Tréguier on the occasion of this commemoration.

From the Vatican, 13 May 2003

JOHN PAUL II

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/speeches/2003/may/documents/hf_jp-ii_spe_20030519_bishop-fruchaud_en.html

May 22

St. Yvo, Confessor

From the informations taken for his canonization, twenty-seven years after his death, and from the bull itself. See Dom Morice, Hist. de la Bretagne, t. 1, ad an. 1303. Papebroke, ad 19 Maij, t. 4, p. 583. Lobineau, Vies des Saints de la Bretagne, p. 245.

A.D. 1353.

ST. YVO HELORI, or son of Helor, descended from a noble and virtuous family near Treguier in Brittany, was born in 1253. He studied grammar at home with unusual application and success, and at fourteen years of age was sent to Paris, where he learned the liberal arts and divinity: he applied himself to the civil and canon law at Orleans. His mother was wont frequently to say to him that he ought so to live as became a saint, to which his answer always was, that he hoped to be one. This resolution took deep root in his soul, and the impression of this obligation was in his heart a continual spur to virtue, and a check against the least shadow of any dangerous course. The contagious example of many loose companions at school served only to inspire him with the greater horror of evil, and moved him to arm himself more vigorously against it. The gravity of his behaviour reclaimed many from their vicious courses. His time was chiefly divided between study and prayer; and for his recreation he visited the hospitals, where he attended the sick with great charity, and comforted them under the severe trials of their suffering condition. During his ten years’ stay at Paris, whither he was sent at fourteen years of age, and where he went through a course of theology and canon law, he was the admiration of that university, both for the quickness of his parts and his extraordinary piety. He continued the same manner of life at Orleans, where he studied the decretals under the celebrated William de Blaye, afterwards bishop of Angouleme, and the institutions under Peter de la Chapelle, afterwards bishop of Toulouse and cardinal; but he increased his austerities and penance. He chastised his body with a hair shirt, always abstained from meat and wine; fasted all Lent and Advent and on many other days in the year on bread and water, and took his rest, which was always very short, lying on a mat or straw with a book or stone under his head for a pillow; and he never lay down till he was quite overpowered with sleep.

He made a private vow of perpetual chastity; but this not being known, many honourable matches were proposed to him, which he modestly rejected as incompatible with his studious life. He long deliberated with himself whether to embrace a religious or a clerical state; but the desire of serving his neighbour determined him at length in favour of the latter. He desired, indeed, out of humility, always to remain in the lesser orders; but his bishop compelled him to receive the priesthood, a step which cost him many tears; though he had qualified himself for that sacred dignity by the most perfect purity of mind and body, and by a long and fervent preparation. Maurice the archdeacon of Rennes, who was formerly by his office perpetual vicar of the bishop, appointed him official or ecclesiastical judge for that diocess. St. Yvo protected the orphans and widows, defended the poor, and administered justice to all with an impartiality, application, and tenderness, which gained him the good will even of those who lost their causes. He never pronounced sentence without shedding many tears, always having before his eyes the tribunal of the Sovereign Judge, where he himself was one day to appear, and to stand silent at the bar.

Many bishops strove who should be so happy as to possess him: his own prelate, Alan le Bruc, bishop of Treguier, carried the point, and obliged him to leave Rennes. The saint by his care soon changed the face of this diocess, and reformed the clergy. The bad feared him, the good found in him a father, and the great ones respected him. Though himself a judge, in quality of official, he solicited causes in favour of the poor in other courts, pleaded them himself at the bar, and visited and comforted the prisoners. He was surnamed the advocate and lawyer of the poor. Once, not being able to reconcile a mother and a son who pleaded violently against each other, he went and offered up mass for them, and they immediately came to an agreement together. He never took a fee, but pleaded all causes without any gratuity. His bishop, Alan le Bruc, nominated him rector of Tresdretz, and eight years after his successor Geoffrey Tournemine of Lohanec, one of the most considerable parishes of the diocess, which he served ten years till his death. He always rose at midnight to matins, and said every day mass with incredible devotion and fervour. In his preparation he continued long prostrate, quite absorbed in the consideration of the abyss of his own nothingness, and of the awful majesty of him to whom he was going to offer sacrifice, and the sanctity of the victim. He usually rose bathed in tears, which continued to flow abundantly, during the whole time he was celebrating the divine mysteries. Upon accepting the first curacy he laid aside furs and every other ornament in dress which his former dignity obliged him to wear, and he ever after used the meanest and plainest ecclesiastical garments that could be worn. His fasts and austerities he rather increased than abated; fasting, as we observed already, Lent, Advent, and all vigils, and Wednesdays, Fridays, and Saturdays, every week, so severely as to allow himself no other refection than bread and water. On other days he only added to his meal a pottage of peas or other pulse or herbs, and on the principal festivals of the year, a couple of eggs. Tears trickled from his eyes whenever he spoke on spiritual things, which were the usual subject of his discourse: and such was the energy of his words as penetrated the souls of his hearers. He preached often in distant churches, besides his own, and sometimes thrice or five times on the same day. All differences were referred to him, and he took care to reconcile the parties. He built a house near his own for an hospital of the poor and sick; he washed their feet, cleansed their ulcers, served them at table, and ate himself only the scraps which they had left. He distributed his corn, or the price for which he sold it, among the poor immediately after the harvest. When a certain person endeavoured to persuade him to keep it some months that he might sell it at a better price, he answered: “I know not whether I shall be then alive to give it.” Another time the same person said to him: “I have gained a fifth by keeping my corn.” “But I,” replied the saint, “a hundred-fold by giving it immediately away.” On a certain occasion when he had only one loaf in his house he ordered it to be given to the poor; but upon his vicar’s complaint at this, he gave him one half of it, and divided the other half among the poor, reserving nothing for himself. Providence never failed him in his necessities. During the Lent in 1303, he perceived his strength daily to decay; yet far from abating anything in his austerities, he thought himself obliged to redouble his fervour in proportion as he advanced nearer to eternity. On the eve of the ascension he preached to his people, said mass, being upheld by two persons, and gave advice to all who addressed themselves to him. After this he lay down on his bed, which was a hurdle of twigs platted together, and received the last sacraments. From that moment he entertained himself with God alone till his soul went to possess him in his glory. His death happened on the 19th of May, 1303, in the fiftieth year of his age. 1 The greater part of his relics are kept in the cathedral of Treguier. Charles of Blois, duke of Brittany, placed a portion in the church of our Lady at Lamballe, capital of his county (now the duchy) of Penthievre. From another portion given to the abbey of our Saviour, of the Cistercian Order, small distributions have been made to St. Peter’s at Louvain, to Mechlin, Gant, and other places. The Duke of Brittany, John of Montfort (competitor with Charles of Blois for that duchy, which after his death was carried by his valiant widow, and enjoyed by his son) went to Rome to solicit his canonization, declared that under a distemper being given over by physicians, he was restored to his health by imploring St. Yvo’s intercession. Many other miracles were proved before the commissaries of John XXII. in 1330, and St. Yvo was canonized by Clement VI. in 1347. His festival is celebrated in the several diocesses in Brittany, and his name occurs in the Roman Martyrology on the 19th of May. The University of Nantes puts itself under the special protection of his patronage. The Bretons founded a collegiate church in his honour, at Paris, in 1348. The chapel of Kirmartin, where the saint lived, which was first dedicated under the patronage of the Blessed Virgin, now bears his name: a church in Rome and several others in other places are built in his honour.

St. Yvo was a saint amidst the dangers of the world; but he preserved his virtue untainted only by arming himself carefully against them, by conversing assiduously with God in prayer and holy meditation, and by most watchfully shunning the snares of bad company. Without this precaution all the instructions of parents and all other means of virtue are ineffectual; and a soul is sure to split against this rock, which does not steer wide of it. God preserved Toby faithful amidst the Samaritan idolaters, and Lot in Sodom itself; but he will never protect those who voluntarily seek danger and court destruction. Who for pleasure or amusement would choose to live in a pest-house, continually to converse with persons infected with the plague, and to breathe an empoisoned air? The maxims both of reason and religion command us to fly from out of the midst of Babylon, that is, from the company of abandoned sinners, whose very conversation and deportment secretly spread a baneful influence over our minds.

Note 1. The Franciscans place St. Yvo among the saints of the Third Order of St. Francis, and Gonzaga tells us that he took the habit at Quimper. But Papebroke denies this circumstance. See t. 4, Maij, p. S38, ad diem 19. [back]


Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume V: May. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/5/221.html