mardi 21 mai 2013

Saint EUGÈNE de MAZENOD, évêque et fondateur


Eugène de Mazenod (1782-1861)

Évêque de Marseille, fondateur de la congrégation des

Oblats de Marie Immaculée

CHARLES-JOSEPH-EUGÈNE DE MAZENOD vit le jour dans un monde en pleine et rapide évolution. Né à Aix-en-Provence, dans le sud de la France, le premier août 1782, il paraissait assuré d'une brillante carrière et d'une certaine aisance de par sa famille qui était de la petite noblesse. Les bouleversements de la révolution française allaient changer cela pour toujours. Eugène n'avait encore que huit ans quand sa famille dut fuir la France en abandonnant ses biens derrière elle. La famille commençait alors un long et pénible exil qui allait durer onze ans.

Les années en Italie

La famille de Mazenod, partit en exil en Italie, passant d'une cité à une autre. Le père, qui avait été Président de chambre au Parlement d'Aix, fut contraint de s'adonner au commerce pour faire vivre sa famille. Il se montra si peu habile en affaire qu'au bout de quelques années sa famille était proche de la détresse. Eugène étudia quelque peu au Collège des Nobles à Turin mais l'obligation de partir pour Venise allait marquer pour lui la fin d'une fréquentation scolaire normale. Un prêtre, Don Bartolo Zinelli, qui était proche de la famille de Mazenod, entreprit de travailler à la formation du jeune émigré. Don Bartolo donna à Eugène une éducation fondamentale imprégnée du sens de Dieu et du désir d'une vie de piété qui devaient l'accompagner pour toujours malgré les hauts et les bas de son existence. Un nouveau déplacement, vers Naples cette fois, engendra une période d'ennui doublée d'un sentiment d'impuissance. La famille changea de nouveau, et cette fois se rendit à Palerme, où grâce à la bonté du Duc et de la Duchesse de Cannizzaro, Eugène goûta pour la première fois à la vie de la noblesse qu'il trouva agréable. Il prit le titre de "Comte de Mazenod", s'initia aux habitudes de cour et se mit à rêver à un brillant avenir.

Le retour en France: la Prêtrise

En 1802, à l'âge de 20 ans, Eugène put retourner dans son pays. Tous ses rêves et ses illusions s'évanouirent rapidement. Il n'était que le "Citoyen" Mazenod. La France avait beaucoup changé. Ses parents s'étaient séparés. Sa mère essaya de récupérer le patrimoine familial. Elle était aussi très préoccupée de marier Eugène à une plus riche héritière. Il devint pessimiste face à l'avenir qui s'offrait à lui. Mais son souci spontané des autres, joint à la foi qu'il avait développée à Venise commencèrent à s'affirmer. Il fut profondément peiné par la situation désastreuse de l'Église de France qui avait été provoquée, attaquée et décimée par la révolution. L'appel au sacerdoce commença à se manifester en lui et Eugène répondit à cet appel. En dépit de l'opposition de sa mère, il entra au Séminaire Saint-Sulpice à Paris et le 21 décembre 1811 il fut ordonné prêtre à Amiens.

Les engagements apostoliques: Oblats de Marie Immaculée

Revenant à Aix-en-Provence, il ne prit pas la charge d'une paroisse, mais commença à exercer son ministère en se souciant tout spécialement d'aider spirituellement les plus pauvres: les prisonniers, les jeunes, les employés, les gens des campagnes. Souvent, Eugène fut en butte à l'opposition du clergé local. Mais bientôt il trouva d'autres prêtres également remplis de zèle et prêts à sortir des sentiers battus. Eugène et ses compagnons prêchèrent en provençal, le langage courant chez leurs auditeurs et non dans le français des gens instruits. Ils allaient de village en village enseignant le "petit peuple" et passant de longues heures au confessionnal. Entre ces "missions paroissiales", le groupe se retrouvait pour une intense vie communautaire de prière, d'étude et de fraternité. Ils s'appelaient "Les Missionnaires de Provence". Pour assurer la continuité de l'œuvre, Eugène entreprit une démarche audacieuse, celle d'en appeler au Saint-Père et de lui demander que son groupe soit reconnu comme congrégation de droit pontifical.

Sa foi et sa persévérance portèrent des fruits et c'est ainsi que le 17 février 1826, le Pape Léon XII approuvait la nouvelle congrégation sous le nom d'"Oblats de Marie Immaculée". Eugène fut élu supérieur général et il continua d'inspirer et de guider ses membres pendant 35 ans encore, jusqu'à sa mort. Le nombre des oeuvres allait croissant: prédications, confessions, ministère auprès des jeunes, responsabilité de sanctuaires marials, visites de prisons, directions de séminaires, charges de paroisses. Dans leur accomplissement, Eugène insista toujours sur la nécessité d'une profonde formation spirituelle et d'une vie communautaire intense. Il aimait Jésus Christ avec passion et il était toujours prêt à assumer un nouvel engagement s'il y voyait une réponse aux besoins de l'Église. La "gloire de Dieu, le bien de l'Église et la sanctification des âmes" étaient à la source de son dynamisme intérieur.

Évêque de Marseille

Le diocèse de Marseille avait été supprimé après le Concordat de 1802. Quand il fut rétabli, c'est le vieil oncle d'Eugène, le chanoine Fortuné de Mazenod, qui y fut nommé évêque. Aussitôt, le nouvel évêque appela Eugène comme vicaire général et c'est ainsi que le chantier immense de la reconstruction du diocèse lui incomba. Après quelques années, en 1832, Eugène lui-même, fut nommé évêque auxiliaire de son oncle. Son ordination épiscopale eut lieu à Rome. Ce fut considère comme un défi au gouvernement français qui prétendait avoir le droit de confirmer de telles nominations. Il s'en suivit une bataille diplomatique serrée. Eugène en fut le centre: accusations, incompréhensions, menaces et récriminations. Ce fut une période douloureuse pour lui, douleur accrue encore par les difficultés croissantes de sa propre famille religieuse.

Cependant, il garda fermement le cap et finalement les affaires s'apaisèrent. Cinq ans plus tard, quand son Oncle se retira, il fut nommé évêque de Marseille.

Un coeur grand comme le monde

Bien qu'il ait fondé les Oblats de Marie Immaculée pour apporter d'abord les services de la foi aux pauvres des campagnes de France, le zèle d'Eugène pour le Royaume de Dieu et son amour pour l'Église amenèrent les Oblats à la pointe de l'apostolat missionnaire. Ceux-ci s'installèrent en Suisse, en Angleterre et en Irlande. En raison de son zèle, Eugène fut regardé comme un "second Saint Paul". Des évêques missionnaires vinrent lui demander d'envoyer des Oblats dans leur champ apostolique en expansion. Malgré le petit nombre des membres de son Institut, Eugène répondit généreusement. Il envoya ses hommes au Canada, aux Etats-Unis, à Ceylan (Sri Lanka), en Afrique du Sud et au Basutoland (Lesotho). Missionnaires à sa manière, ils se répandirent en prêchant, baptisant, apportant à tous leur soutien. Fréquemment, ils s'installèrent dans des terres ignorées, établirent et dirigèrent de nouveaux diocèses et de multiples façons ils "osèrent tout, pour faire avancer le Règne de Dieu". Pendant les années qui suivirent, l'élan missionnaire s'est poursuivi de sorte qu'aujourd'hui l'esprit d'Eugène de Mazenod est bien vivant dans 68 pays.

Pasteur de son Diocèse

Dans ce bouillonnement d'activités missionnaires, Eugène se révélait comme l'éminent pasteur du Diocèse de Marseille. Il assurait la meilleure formation à ses prêtres, établissait de nouvelles paroisses, construisait une nouvelle cathédrale ainsi que, dominant la ville, la spectaculaire basilique de Notre-Dame-de-la-Garde. II encourageait ses prêtres à devenir des saints, invitait un grand nombre de communautés religieuses à travailler dans son diocèse et prenait la tête de l'ensemble des évêques français pour appuyer le Pape dans ses droits. Il devint une figure reconnue de l'Église de France. En 1856, Napoléon III le nommait sénateur, et à sa mort il était le doyen des évêques de France.

L'héritage d'un saint

Le 21 mai 1861 Eugène de Mazenod retournait vers Dieu à l'âge de 79 ans. Ainsi se terminait une vie riche de réalisations dont plusieurs avaient été portées dans la souffrance. Pour sa famille religieuse et pour son diocèse, il avait été à la fois point d'appui et inspiration, pour Dieu et l'Église, il avait été un fils fidèle et généreux. Au moment de sa mort, il laissa une ultime recommandation: "Entre vous, pratiquez bien la charité! La charité, la charité et dans le monde, le zèle pour le salut des âmes". L'Église en le déclarant "Saint" le 3 décembre 1995, met en valeur ces deux traits de sa vie: l'amour et le zèle. Sa vie et ses oeuvres demeurent pour tous une ouverture sur le mystère de Dieu lui-même. Ceci est le plus grand don qu'Eugène de Mazenod, Oblat de Marie Immaculée, puisse nous offrir.


Mgr Eugène de Mazenod en bas de la basilique N.D. de la Garde à Marseille
in Henri Duclos, Histoire de Royaumont, tome 2e, Paris 1867, planche après la page 598

DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II


AUX PÈLERINS VENUS À ROME


POUR LA CANONISATION D'EUGÈNE DE MAZENOD


Lundi 4 décembre 1995


Chers Frères dans l’épiscopat,

Chers amis Oblats de Marie Immaculée,

Chers Frères et Sœurs,

1. Au lendemain du jour qui m’a permis d’élever Monseigneur de Mazenod à la gloire des autels, je suis heureux de vous retrouver et de vous accueillir à nouveau auprès du tombeau de saint Pierre, pour lequel il avait une si grande vénération.

J’adresse avant tout un cordial souhait de bienvenue à tous les membres de la famille terrestre de saint Eugène de Mazenod. La canonisation de votre parent selon la chair, qui est devenu citoyen des cieux et «concitoyen des saints», rappelle à tous l’importance de l’éducation chrétienne donnée dans les familles dès l’enfance. Vous savez que l’on cite souvent le mot du jeune Eugène à l’un de ses oncles qui voulait le dissuader de devenir prêtre: «Eh quoi, mon oncle, ne serait-ce pas un grand honneur pour notre famille de finir par un prêtre?». C’est la foi qui inspire cette remarque, une foi éveillée et mûrie grâce à l’action de parents profondément chrétiens animés par l’amour du Seigneur et de son Eglise.

Familles chrétiennes, votre mission est primordiale! Dans la grande tradition illustrée notamment par saint François de Sales, Eugène écrivait à sa sœur récemment mariée: «Le mariage est saint, il ne peut donc être obstacle à la sainteté». Dans le célibat consacré comme dans la vie conjugale, le Seigneur, qui est le seul saint, donne part à sa sainteté.

2. La famille de saint Eugène de Mazenod, dès son accession au siège de Marseille, ce fut son diocèse tout entier. Je salue ici avec plaisir la délégation de pèlerins marseillais venus sous la conduite de Monseigneur Bernard Panafieu, et notamment les jeunes du collège de Mazenod. Vous savez avec quel soin l’évêque parcourut son diocèse et le réorganisa à la suite de la déchristianisation opérée par la Révolution. Par les visites pastorales, la fondation de paroisses et de séminaires, la réforme du clergé, la célébration de la liturgie, la prédication aux foules, un immense amour des pauvres, il ne cessa de faire du peuple qui lui était confié «une nation sainte, une race choisie, un sacerdoce royal».

Près de 40 années d’un ministère d’une extrême fécondité: une telle durée n’eût été ni possible ni pensable sans un profond amour de l’Eglise. Saint Eugène aura aimé l’Eglise que le Christ a voulu se présenter, «sans tâche, ni ride, ni aucun défaut; il la voulait sainte et irréprochable». C’est pourquoi il aidait chacun à s’ouvrir à l’Eglise universelle, à vivre dans l’union avec l’Evêque de Rome, à être attentif aux besoins spirituels et matériels du monde entier. Jamais, alors que les difficultés ne lui ont pas été épargnées, il n’a perdu l’espérance.

3. Son œuvre pastorale est un éloquent témoignage en faveur de la paix entre les fils et les filles de l’Eglise. Je saisis cette occasion pour saluer tout particulièrement le groupe des pèlerins venus de Corse, sous la conduite de Monseigneur André Lacrampe. Le nouveau saint que nous vénérons avait envoyé des Oblats de Marie Immaculée à Vico et à Ajaccio, pour y tenir le séminaire. Demeurez fidèles à son esprit. Je vous encourage vivement dans votre démarche de paix et de réconciliation. L’île de Beauté doit surmonter les divisions qui sont sources de souffrance. J’invoque de manière pressante l’intercession de saint Eugène sur vous-mêmes et sur tous les habitants de la Corse.

Soyez fidèles à votre vocation profonde d’hommes et de femmes hospitaliers, généreux et fiers de leur foi!

4. And you, dear Oblates of Mary Immaculate, it is with joy that I meet you again and confirm you in the mission which you have received from Christ through your Founder. Twenty years have passed since his beatification, and in the course of those years you have worked ever more earnestly to know him better yourselves and to make him known to others. As your Rule bids you, continue to "follow in the footsteps of Jesus Christ" and, in so doing, "strive to be saints", walking "courageously along the same paths trodden by so many labourers for the Gospel".

An immense field for the apostolate still lies open before you; this is both exhilarating and demanding. Evangelizing the poor remains the primary missionary concern of the Church. As I said in my Encyclical "Redemptoris Missio", missionary activity proper, or the mission ad gentes, "can be characterized as the work of proclaiming Christ and his Gospel, building up the local Church and promoting the values of the Kingdom". The holiness of your lives makes you zealous missionaries for the evangelization of Christians and non-Christians. I know your fervour well. Continue to give priority to proclaiming Christ, in faithfulness to your motto: "To evangelize the poor". By your community life, by faithfulness to your Founder, you will not cease to bear fruit, as the presence of many Bishops from your Congregation clearly attests.

6. Słowa serdecznego pozdrowienia kieruję do pielgrzymów, którzy przybyli z Polski i z różnych stron świata na kanonizację Eugeniusza de Mazenod.

Ten wielki Biskup i Założyciel Oblatów Maryi Niepokalanej został nam dany przez Kościół jako przykład heroicznej wiary, nadziei i miłości. Jego apostolstwo polegało na przemienianiu świata mocą Chrystusowej Ewangelii. Idźmy drogą, którą wyznaczył nam Święty Eugeniusz – niech miłość do Chrystusa i do Kościoła ciągle w nas wzrasta i wydaje obfite owoce duchowe.

7. An die Pilger deutscher Sprache richte ich ebenso einen sehr herzlichen Willkommensgru. Ihr habt einen besonderen Grund zur Freude, da wir in diesem Jahr den hundertsten Jahrestag der Gründung der deutschen Oblatenprovinz feiern können. Besonders auf die Oblaten deutscher Herkunft geht die Gründung neuer Diözesen in Namibia, in Südafrika und in Lateinamerika zurück. Schreitet auf diesem vom heiligen Eugen vorgezeichneten Weg weiter voran! Ich bin glücklich, Euch dabei mit meinen Gedanken zu begleiten und Euch mit meinem Gebet zu unterstützen.

8. Os saludo cordialmente, queridos peregrinos de lengua española. Muchos habéis venido desde lejos, y entre vosotros veo a numerosos jóvenes. Ya sabéis que los jóvenes son valientes misioneros de otros jóvenes. Por esto, Cristo os confía la misión de difundir la Buena Nueva de su Resurrección, especialmente entre los movimientos que siguen el espíritu de san Eugenio. ¡Que el Señor suscite también numerosas y santas vocaciones entre vosotros!

9. Infine, saluto cordialmente tutti gli altri pellegrini qui presenti. Carissimi, vedete come la canonizzazione di un santo offra a Roma l’occasione di mostrare l’immagine della Chiesa universale.

Vi auguro di ritornare nei vostri Paesi pieni di fede e fiduciosi nell’avvenire della Chiesa una, santa, cattolica ed apostolica.

Benedetto sia Dio che ci ha fatto sperimentare in questi giorni, a quale comunione d’amore chiama i santi e, per loro intercessione, «ogni uomo venuto in questo mondo» (Gv 1, 9)! Vi affido tutti a Sant’Eugenio de Mazenod, e di cuore imparto a ciascuno una speciale Benedizione Apostolica.

© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana



Statue de Monseigneur de Mazenod 
à l'entrée de la crypte de la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille


Saint Eugène de Mazenod

Charles-Joseph-Eugéne de Mazenod naquit le premier août 1782, à Aix-en-Provence ; sa famille qui était de la petite noblesse[1], paraissait pouvoir lui assurer une brillante carrière et une certaine aisance, ce que les bouleversements de la révolution française allaient changer pour toujours. Eugène n'avait encore que huit ans quand sa famille dut fuir la France en abandonnant ses biens derrière elle. La famille commençait alors un long et pénible exil qui allait durer onze ans.

La famille de Mazenod partit en exil en Italie, passant d'une ville à une autre. Le père fut contraint de s'adonner au commerce pour faire vivre sa famille. Il se montra si peu habile en affaire qu'au bout de quelques années sa famille était proche de la détresse. Eugène étudia quelque peu au Collège des Nobles à Turin mais l'obligation de partir pour Venise allait marquer pour lui la fin d'une fréquentation scolaire normale. Les frontières italiennes n'étaient plus sûres devant les troupes françaises conquérantes. Le 2 mai 1794, Eugène prit place avec toute sa famille et de nombreux émigrés, sur une barque frétée par son père. En suivant le cours du Pô, puis par les canaux, les rivières, les lagunes, ils arrivèrent à Venise[2]. Tous les matins, il lui servait la messe dans l'église paroissiale de Saint-Sylvestre. Il lia ainsi connaissance avec le curé, l'abbé Milesi, qui devait devenir évêque de Vigevano et mourir patriarche de Venise. Ce fut son confesseur tous les samedis. Le saint prêtre aimait le pieux enfant auquel il venait délicatement en aide ; il le fit admettre dans une famille patriarcale et chrétienne, celle des Zinelli, laquelle comprenait avec la vénérable mère, Donna Camilla Brigheriti, six enfants, dont un diacre et un prêtre, don Bartolo Zinelli, qui devait mourir jésuite à Rome, et en odeur de sainteté. Ce fut le maître et le directeur d'Eugène. Don Bartolo donna à Eugène une éducation fondamentale imprégnée du sens de Dieu et du désir d'une vie de piété qui devaient l'accompagner pour toujours malgré les hauts et les bas de son existence[3].

Deux ans plus tard, il dut partir pour Naples où il connut une période d'ennui doublée d'un sentiment d'impuissance. La famille changea de nouveau, et cette fois se rendit à Palerme, où grâce à la bonté du Duc et de la Duchesse de Cannizzaro, Eugène goûta pour la première fois à la vie de la noblesse qu’il trouva agréable[4]. ll prit le titre de « Comte de Mazenod », s'initia aux habitudes de cour et se mit à réver à un brillant avenir.

En 1802, à l'âge de vingt ans, Eugène put retourner dans son pays où ses illusions s'évanouirent rapidement. La France avait beaucoup changé. Ses parents s'étaient séparés. Sa mère essaya de récupérer le patrimoine familial. Elle était aussi très préoccupée de marier Eugène à une plus riche héritière. Il devint pessimiste face à l'avenir qui s'offrait à lui. Mais son souci spontané des autres, joint à la foi qu'il avait développée à Venise commencèrent à s'affirmer. Il fut profondément peiné par la situation désastreuse de l'Eglise de France qui avait été provoquée, attaquée et décimée par la révolution. L'appel au sacerdoce commença à se manifester en lui et Eugène répondit à cet appel. En dépit de l'opposition de sa mère[5], il entra au séminaire Saint-Sulpice à Paris, en octobre 1808 ; il fut ordonné prêtre à Amiens, par Mgr de Mandolx, le 21 décembre 1811.

Revenant à Aix-en-Provence, il ne prit pas la charge d'une paroisse, mais commença à exercer son ministère en se souciant tout spécialement d'aider spirituellement les plus pauvres : les prisonniers, les jeunes, les employés, les gens des campagnes. Souvent, Eugène fut en butte à l'opposition du clergé local. Mais bientôt il trouva d'autres prêtres également remplis de zèle et prêts à sortir des sentiers battus. Eugène et ses compagnons prêchèrent en provençal, le langage courant chez leurs auditeurs et non dans le français des gens instruits. Ils allaient de village en village, enseignant le « petit peuple » et passant de longues heures au confessionnal. Entre ces « missions paroissiales », le groupe se retrouvait pour une intense vie communautaire de prière, d'étude et de fraternité. Ils s'appelaient « Les Missionnaires de Provence. » Pour assurer la continuité de l'Oeuvre, Eugène entreprit d'en appeler au Pape pour de lui demander que son groupe fût reconnu comme congrégation de droit pontifical.

Sa foi et sa persévérance portèrent des fruits et c'est ainsi que le 17 février 1826, le pape Léon XII approuvait la nouvelle congrégation sous le nom d' « Oblats de Marie Immaculée. » Eugène fut élu supérieur général et il continua d'inspirer et de guider ses membres pendant encore trente-cinq ans, jusqu'à sa mort. Le nombre des œuvres allait croissant : prédications, confessions, ministère auprès des jeunes, responsabilité de sanctuaires marials, visites de prisons, directions de séminaires, charges de paroisses. Dans leur accomplissement, Eugène insista toujours sur la nécessité d’une profonde formation spirituelle et d'une vie communautaire intense. Il aimait Jésus-Christ avec passion et il était toujours prêt à assumer un nouvel engagement s'il y voyait une réponse aux besoins de l'Eglise. La « gloire de Dieu, le bien de l'Eglise et la sanctification des âmes » étaient à la source de son dynamisme intérieur.

Le diocèse de Marseille avait été supprimé après le Concordat de 1802. Quand il fut rétabli, c'est le vieil oncle d'Eugène, le chanoine Fortuné de Mazenod (1749-1840), qui y fut nommé évêque. Aussitôt, le nouvel éveque appela Eugène comme vicaire général et c'est ainsi que le chantier immense de la reconstruction du diocèse lui incomba. Après quelques années, en 1832, Eugène lui-même fut nommé évêque auxiliaire de son oncle. Son ordination épiscopale eut lieu à Rome le 14 octobre 1832. Ce fut considéré comme un défi au gouvernement français qui prétendait avoir le droit de confirrner de telles nominations. Il s'en suivit une bataille diplomatique serrée dont Eugène fut le centre : accusations, incompréhensions, menaces et récriminations. Ce fut une période douloureuse pour lui, douleur accrue encore par les diff'cultés croissantes de sa propre famille regieuse. Cependant, il garda fermement le cap et finalement les affaires s'apaisèrent. Cinq ans plus tard, quand son oncle se retira, il fut nommé évêque de Marseille et prit possession le 24 décembre 1837.

Bien qu'il eût fondé les Oblats de Marie Immaculée pour apponer d'abord les services de la foi aux pauvres des campagnes de France, le zèle d'Eugène pour le Royaume de Dieu et son amour pour l'Eglise amenèrent les Oblats à la pointe de l’apostolat missionnaire. Ceux-ci s'installèrent en Suisse, en Angleterre et en Irlande. En raison de son zèle, Eugène fut regardé comme un « second Saint Paul. » Des évêques missionnaires vinrent lui demander d'envoyer des Oblats dans leur champ apostolique en expansion. Malgré le petit nombre des membres de son Institut, Eugène répondit génereusement. Il envoya ses hommes au Canada, aux Etats-Unis, à Ceylan, en Afrique du Sud et au Basutoland. Missionnaires à sa manière, ils se répandirent en prêchant, baptisant, apportant à tous leur soutien. Fréquemment, ils s'installèrent dans des terres ignorées, établirent et dirigèrent de nouveaux diocèses et de multiples façons ils « osèrent tout pour faire avancer le Règne de Dieu. » Pendant les années qui suivirent, l'élan missionnaire s'est poursuivi de sorte qu'aujourd'hui l'esprit d’Eugène de Mazenod est bien vivant dans soixante-huit pays.

Dans ce bouillonnement d'activités misslonnaires, Eugène se révélait comme l'éminent pasteur du diocèse de Marseille. Il assurait la meilleure formation à ses prêtres, établissait de nouvelles paroisses, construisait une nouvelle cathédrale ainsi que, dominant la ville, la spectaculaire basilique de Notre-Dame-de-la-Garde. Il encourageait ses prêtres à devenir des saints, invitait un grand nombre de communautés religieuses à travailler dans son diocèse et prenait la tête de l'ensemble des évêques français pour appuyer le Pape dans ses droits. Il devint une figure reconnue de l'Eglise de France. En 1856. Napoléon III le nommait sénateur, et à sa mort il était le doyen des évêques de France.

Le 21 mai 1861, Mgr Eugène de Mazenod retournait vers Dieu à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Ainsi se terminait une vie riche de réalisations dont plusieurs avaient été portées dans la souffrance. Pour sa famille religieuse et pour son diocèse, il avait été à la fois point d'appui et inspiration ; pour Dieu et l'Eglise, il avait été un fils fidèle et généreux. Au moment de sa mort il laissa une ultime recommandation : « Entre vous pratiquez bien la charité. La charité, la charité et dans le monde, le zèle pour le salut des âmes. » En le canonisant, le 3 decembre 1995, l'Eglise mit en valeur ces deux traits de sa vie : l'amour et le zèle. Sa vie et ses œuvres demeurent pour tous une ouverture sur le mystére de Dieu lui-même.

[1] Famille de souche lyonnaise établie à Marseille au XVI° siècle. Eugène est le fils de Charles-Antoine de Mazenod (1745-1820), président de chambre à la Cour des Comptes du Parlement d'Aix, et de Marie-Rose de Joannis (1760-1851).

[2] « Venise, écrira Eugène, cette reine des mers, majestueusement assise au centre de ces eaux, d'où jadis elle rendait tributaire le commerce de toutes les nations. La République antique vivait encore, mais elle était sur son déclin, et elle s'éteignit bientôt sous nos yeux. »

[3] « O bienheureux Zinelli, écrira, près de cinquante ans plus tard, Mgr de Mazenod en revoyant Venise, que serais-je devenu sans vous ? Quelles actions de grâces ne dois-je pas à Dieu pour m'avoir ménagé la connaissance et l'affection d'un si saint personnage ! Passer près de quatre ans, et précisément les années les plus dangereuses, sous la direction et dans l'intimité d'un saint veritable, qui, inspiré par la charité la plus affectueuse, non seulement s'était imposé la tâche de m'instruire dans les belles-lettres, mais qui me façonna à la vertu autant par ses exemples que par ses préceptes ! J'étais le Benjamin de toute sa famille ; c'était à qui me témoignerait le plus d'affection. »

« C'est à l'école de ce saint prêtre que j'ai appris à mépriser les vanités du monde et à goûter les choses de Dieu. Eloigné de toute dissipation, de tout contact avec les jeunes gens de mon âge, je ne pensais seulement pas à ce qui fait l'objet de toutes leurs convoitises. »

[4] Il me prirent l’un et l’autre en grande affection, et il paraît qu’ils s’estimèrent heureux de donner à leurs deux fils qui étaient à peu près de mon âge, un compagnon qui pût devenir leur ami et leur offrir l’exemple d’une bonne conduite, chose rare, hélas ! sorte de phénomène dans un pays comme le leur. »

[5] « Quelle est donc la pensée qui vous agite, ma bonne maman, et comment, après tout ce que nous avons dit, écoutez-vous encore les mauvaises insinuation que le malin esprit tâche d’introduire dans votre cœur au sujet de ma vocation à l'état ecclésiastique ? Eh ! bon Dieu, le Seigneur n'est-il pas le maître de ses créatures et que sommes-nous pour oser lui résister ? Si jamais vocation a été éprouvée, ç'a certainement été la mienne. Je vous ai donné tant et de si bonnes raisons, que je crois tout à fait inutile de revenir là-dessus. Je croyais que vous aviez fait votre sacrifice, poussée à cela par vos sentiments religieux, mais que dis-je, sacrifice ? Je vous ai prouvé, comme deux et deux font quatre, que bien loin de faire le moindre sacrifice votre tendresse gagne prodigieusement par mon entrée dans l'état ecclésiastique. Je vous conjure de ne point vous faire de monstres pour avoir le plaisir de les combattre ! Quelle illusion de croire que je puisse me sanctifier dans un état où Dieu visiblement ne me veut pas ! Une fois pour toutes, voyez donc les choses comme elles sont. Vous ne vous tirez pas de cette idée que je pourrais tranquillement me sanctifier en étant laïque. Cela est faux, puisque, je vous le répète, on ne se sanctifie que dans l’état où Dieu nous veut. »

« Ah ! ma chère maman, si vous vous pénétriez bien d’une grande vérité : que les âmes rachetées par le sang de l'Homme-Dieu sont si précieuses que quand même passés, présents et avenirs emploieraient, pour en sauver une seule, tout ce qu'ils ont de talents, de moyens et de vie, ce temps serait bien et admirablement employé ; bien loin de gémir de ce que votre fils se consacre à ce divin ministère, vous ne cesseriez de bénir Dieu de ce que dans sa miséricorde, il m'a bien voulu appeler à une si haute faveur par une vocation qui vient si visiblement de lui. »


Saint Eugène de Mazenod (1782-1861)

Le souci d'annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres

Fondateur des oblats de Marie immaculée avant de devenir évêque de Marseille, cet apôtre de la charité s'est attaché sa vie durant à aider spirituellement les plus pauvres. L'Église l'a déclaré « Saint » le 3 décembre 1995.

J'ai fait un rêve... J'ai rêvé que saint Eugène de Mazenod, mon prédécesseur, avait ressuscité comme Lazare et me succédait à Marseille ! Oui, il revenait comme pasteur de ce peuple marseillais auquel il avait déjà donné près de quarante ans de sa vie : quatorze ans vicaire général de son vieil oncle et vingt-quatre ans évêque, ça marque un diocèse... et le diocèse vous marque, vous colle à la peau ! Ce peuple, il le connaissait bien, il lui parlait en provençal, il lui ouvrait toutes les portes de son évêché, il lui faisait des paroisses (vingt-deux), il lui bâtissait des églises (trente-quatre), une cathédrale, la basilique de Notre-Dame-de-la-Garde.

Réalise-t-on la charge du pasteur dans une cité qui a vu doubler sa population (de 150 000 à 300 000 habitants), à une époque où s'entrechoquent anciens et nouveaux régimes, anciens et nouveaux négoces et où s'affrontent des influences, des mentalités qui divisent la société marseillaise, y compris le clergé ?

Réalise-t-on la force d'âme d'un évêque qui mène de front la direction d'un diocèse complexe et le gouvernement d'une congrégation missionnaire qu'il avait fondée tout jeune et qui, à sa mort, compte plus de 400 religieux, déjà répandus du Pôle nord à Ceylan (Sri Lanka), en passant par l'Afrique du Sud ?

Que saint Eugène de Mazenod réveille en chacun de nous le souci d'annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, selon sa devise évangélique. C'est à ce signe que l'on nous reconnaîtra comme ses disciples... et que nous serons dans la communion des saints !

Et ceci n'est pas un rêve...

Cardinal Roger Etchegaray

Archevêque émérite de Marseille

Saint Eugène de Mazenod

Fondateur des Oblats de Marie-Immaculée - Évêque de Marseille (✝ 1861)

Né à Aix-en-Provence en 1782, il vit en exil en Italie durant la Révolution française. A son retour, après une période de réflexion, il entre en 1808 au séminaire Saint-Sulpice de Paris. Trois ans après, il est ordonné prêtre et revient à Aix exercer son ministère auprès des pauvres. En 1816, il fonde les Missionnaires de Provence qui deviendront les Oblats de Marie Immaculée. Nommé vicaire général de son oncle, archevêque de Marseille, il lui succède en 1837 et, tout en s'occupant des Oblats, il développe la vie de son diocèse, marqué par les suites de la Révolution et les secousses sociales de l'époque. Il dirige les Oblats vers les missions les plus difficiles comme celles du Grand Nord.

Canonisé le 3 décembre 1995.

(…)

Les Marseillais ont célébré le 150ème anniversaire de la mort de Mgr Eugène de Mazenod (1782-1861). Le fondateur des «Missionnaires Oblats de Marie Immaculée» a été canonisé par Jean-Paul II en 1995. Reportages sur les sites du diocèse et de la congrégation.

Les Marseillais ont commémoré le 150e anniversaire de la mort de Mgr de Mazenod à la cathédrale de la Major samedi 21 mai 2011

"Lorsque le Vendredi saint de l’année 1807, alors qu’il est âgé de 25 ans, Eugène de Mazenod se rend à l’office religieux, il ne se doute pas qu’il va vivre le moment le plus décisif de sa vie." Mgr Georges Pontier

"Pour nous, les Oblats, saint Eugène était un homme passionné avec un grand amour pour Jésus-Christ, pour l’Eglise et pour les pauvres" père Louis Lougen, supérieur général des Oblats de Marie Immaculée.

Ouvrages mentionnés sur le site Internet du diocèse de Marseille:

- Jean Leflon, Eugène de Mazenod, évêque de Marseille, fondateur des missionnaires oblats de Marie Immaculée, 1782 - 1861, 3 vol.

- Jean Chelini, (sous la direction de), Saint Eugène de Mazenod, Évêque de Marseille, fondateur des Oblats de Marie Immaculée, Actes du Colloque du 18 novembre 1995.

..."Mazenod paya de sa personne, visitant les quartiers de la ville et les villages périphériques, prêchant en provençal, montant dans les étages porter le viatique ou quelque secours"..."Il eut l'art de communiquer avec cette facilité souriante de l'aristocrate qui sait s'adapter à tous les milieux. parlait facilement avec bienveillance, voire avec bonhomie. Il était aussi à l'aise avec les prélats romains qu'avec les poissonnières de Marseille qu'il rencontrait régulièrement. Il écrivait sans cesse à ses proches, à ses fils aux quatre coins du monde, à ses protégés, à ses confrères de l'épiscopat, aux cardinaux, au pape"... (source: Eugène de Mazenod 1837-1861 Histoire du diocèse de Marseille)

En 1816, le Père Eugène de Mazenod fonde à Aix les "Missionnaires de Provence" qui deviendront les "Oblats de Marie Immaculée"; Mgr de Mazenod a été canonisé le 3 décembre 1995. (Diocèse d'Aix et Arles - Une histoire)

... En 1816, il fonde les Missionnaires de Provence, spécialistes des prédications en langue provençale. Il vient lui-même prêcher dans le diocèse à Barjols, Brignoles, Pignans, Lorgues, Puget... (Histoire des saints de Provence - diocèse de Fréjus-Toulon)

À Marseille, en 1861, saint Charles-Eugène de Mazenod, évêque. Pour que les pauvres soient évangélisés, il suscita les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée et, pendant près de vingt-cinq ans, il illustra son Église par ses vertus, ses œuvres et ses écrits.

Martyrologe romain

"Aimer le Christ, c’est aimer l’Église"


Eugène de Mazenod naît en France, à Aix-en-Provence, le 1er août 1782, à la veille de la Révolution française. Son père, Charles-Antoine, appartenait à la noblesse; sa mère était très riche. Charles-Antoine entend dire que les révolutionnaires menacent de tuer les fils des nobles, alors le jeune Eugène, âgé de huit ans, doit s’enfuir de la France. Son exil durera onze ans. À Turin, il fera sa Première Communion et sera confirmé. À Venise, il sera influencé par une famille exemplaire, les Tinallis. Plus tard, saint Eugène écrira : «C’est là, que j’ai découvert ma vocation à la prêtrise.» Plus tard, en déménageant en Sicile; il passe au grand luxe et il va frayer avec les aristocrates et les nobles de Palerme.

De retour en France à l’âge de vingt ans, Eugène, un jeune homme très mondain, n’ambitionne que de redorer le blason familial entr’autres par un mariage avec une jeune fille riche. Tout d’abord, il ne peut trouver de jeune femme assez riche; ensuite, celle qu’il veut épouser meurt de tuberculose.

En 1807 un Vendredi saint, Eugène âgé de vingt-cinq ans comprend pour la première fois et de façon irrévocable que le Christ l’aime et est mort sur la croix pour lui. «Mon âme cherche le Seigneur; il est mon unique bien dont je ressens profondément la perte.» Ses aspirations d’autrefois reprennent vie.

À l’âge de vingt-six ans, Eugène entre au séminaire Saint- Sulpice de Paris. Son idéal était clair : «Il sera le serviteur et le prêtre des pauvres.»

Ordonné en 1811, l’évêque se demande quoi faire avec ce jeune aristocrate.

«… si personnel et impétueux» et il est quelque peu soulagé quand l’abbé de Mazenod lui demande de travailler avec les pauvres et les abandonnés des villes et des banlieues.

Le jeune prêtre plein de zèle se préoccupe des jeunes. Il fondera une œuvre de jeunesse. Il travaillera également avec les prisonniers et prêchera aux pauvres.

En 1815, Eugène de Mazenod voit vite la nécessité de s’adjoindre des collaborateurs qui partageront son apostolat, qui vivront en communauté avec lui et qui s’engageront envers Dieu par les vœux de religion. Le 25 janvier 1816, l’abbé de Mazenod et quatre compagnons s’engagent envers Dieu et consacrent leur vie pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Ils accompliront cela principalement par la prédication de retraites dans les paroisses. Le pape Léo XII approuvera la Société en 1826 sous le nom de Congrégation des Missionnaires Oblats de la très Sainte et Immaculée Vierge Marie.

En 1837, Eugène de Mazenod devient évêque de Marseille en France. Il aura une grande influence non seulement dans ce diocèse, mais dans d’autres régions du monde.

À sa mort en 1861, sa Congrégation religieuse comptait 417 membres. On trouvait des Oblats en France, en Grande Bretagne, au Canada, aux États-Unis, en Afrique du Sud et au Sri Lanka. En 1975, le dimanche des Missions, quand le pape Paul VI a béatifié Eugène de Mazenod, il y avait 6, 000 Oblats qui travaillaient dans cinq continents. En 1995, l’Église l’a officiellement reconnu comme un Saint.

Saint Eugène de Mazenod était un homme de son temps. Il était loyal envers le Pape, et à cause de cela, il a presque perdu sa citoyenneté française. Plus tard, il est devenu Sénateur de l’empire français, mais il n’a jamais été Cardinal à cause de la tension entre l’Empereur et le Saint Siège. Il était déterminé, éloquent, austère, obstiné, impulsif, généreux, intuitif et sensible. Sur son lit de mort, ses dernières paroles à ses confrères Oblats à travers le monde furent : «Pratiquez bien parmi vous la charité… la charité… la charité… et au dehors, le zèle pour le salut des âmes.»


Saint Eugène de Mazenod (1782 – 1861), Un grand Saint de Provence.

De souche forézienne, les Mazenod de Provence s’établirent à Marseille aux alentours de 1529 et s’enrichirent progressivement dans le commerce des drogueries. Le grand-père d’Eugène, Charles-Alexandre abandonna le négoce, étudia le droit et obtint en 1741 une charge de président à la Cour des Comptes, Aides et Finances de la Provence. Il vint résider à Aix, tandis que son frère, Charles-André, demeurait à Marseille comme grand vicaire du diocèse.

La Provence souffrit à cette époque comme le reste du royaume des divisions qui régnaient entre les partisans et les adversaires des Jésuites dans le conflit provoqué par la résistance des Jansénistes à l’autorité papale.

Les Mazenod manifestèrent une opposition constante à l’esprit d’hostilité des Parlements envers l’Eglise.

Charles-Antoine de Mazenod, fils aîné de Charles-Alexandre, avocat, jeune président de 26 ans, entra comme son père à la Cour des Comptes en 1771. Il épousa en 1778 Marie-Rose-Eugénie Joannis, fille d’un riche médecin de la ville qui améliora la situation financière des Mazenod. Charles-Joseph-Eugène, leur premier héritier, naquit le 1er Août 1782. L’enfant affirme de bonne heure une volonté tenace, des réactions spontanées, une bonté de cœur qui ne calcule pas et une franchise totale. Ces qualités disciplinées et mises au service de l’Eglise permettent à Eugène de Mazenod d’accomplir une œuvre gigantesque et de faire face à tous les obstacles.

Monsieur de Mazenod s’oppose nettement à la Révolution française de 1789, et, devant les menaces, gagne Nice pour protéger sa famille. C’est le début d’une longue émigration de 11 ans ponctuée d’étapes : Turin, Venise, Naples, Palerme. De retour à Marseille en 1802, Eugène dépaysé est frappé de désarroi. Il envisage même de retourner à Palerme. La foi l’aide à trouver sa voie, et il décide en 1808 de se mettre « au service de l’Eglise » au moment même où les armées napoléoniennes occupent Rome.

Il entre au séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Le Pape Pie VII ayant été emprisonné à Savone, Eugène de Mazenod rejoint clandestinement les groupes de résistance à la dictature impériale. Par une vie pauvre il se libère de ses habitudes aristocratiques. Il est ordonné prêtre à Amiens en 1812. Il rêve de ranimer la foi des villageois des campagnes provençales. Au Carême de 1813 il inaugure à la paroisse de la Madeleine à Aix-en-Provence une série d’entretiens réservés aux domestiques et aux artisans. Quand l’entière liberté religieuse revient en 1815, il fonde une société de missionnaires dans un ancien couvent. Les missions débordent à partir de 1818 – 1819 sur le Var et les Hautes-Alpes. Elles s’adressent surtout aux localités rurales des campagnes par fidélité à leur devise : « Pauperes evangelisantur ». Les pauvres sont évangélisés. Le Père de Mazenod a dirigé personnellement presque toutes ces missions prêchées en provençal qui duraient un mois environ et s’achevaient par la plantation d’une croix. Il comptait pour convertir les âmes sur la force de la prière et de la pénitence.

Dans ce renouveau de foi religieuse, le fondateur des Missions de Provence recherche une authentique efficacité surnaturelle. En 1818, les Missionnaires s’installent à Notre Dame du Laus et décident de se consacrer à Dieu par l’oblation perpétuelle. En 1826 le Pape Léon XII reconnaît officiellement l’œuvre du fondateur sous le nom de Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Le Père de Mazenod doit subir des attaques contre sa personne et ses initiatives de la part d’un clergé aixois divisé.

Son oncle, Charles-Fortuné revenu d’exil et nommé évêque de MARSEILLE en 1823 à l’âge de 75 ans exige que son neveu devienne vicaire général. Les intrigues politiques visant à supprimer le siège épiscopal de Marseille, le vieux prélat obtient du pape que son neveu obtienne le titre d’évêque titulaire en 1832 à l’insu du gouvernement français pour sauver le diocèse. En 1837, Eugène de Mazenod succède à son oncle démissionnaire. Il va être le restaurateur de l’Eglise de Marseille. Soustrait à la vocation de missionnaire, il va en garder profondément l’esprit, se dévoue avec un zèle apostolique et intervient partout où il peut faire du bien.

Il se fixe quatre heures de réception par jour. Missionnaire itinérant, il donne chaque année la confirmation dans toutes les paroisses de son diocèse. Il prêche aussi bien en langue provençale, surtout dans les campagnes, qu’en français.

A Marseille, jusque dans les dernières années, il se déplace comme un simple curé pour remplir les devoirs de son ministère. A 77 ans, en plein hiver, il va visiter un malade à travers une rue de misérables. Il va donner la confirmation à un enfant mourant qui le réclame au cinquième étage d’une pauvre demeure.

Lors des épidémies fréquentes de choléra, il visite les hôpitaux et les maisons particulières. Malgré ses journées bien remplies, accaparé parfois par cinq cérémonies le même dimanche, il ne détourne pas son attention des grands intérêts de l’Eglise. Il lutte pour la liberté de l’enseignement. Il était fier de sa cité qu’il aimait et qui connaissait un prodigieux essor.

S’intéressant à tous ses progrès, il était toujours présent pour bénir les grandes entreprises : canal des eaux de la Durance, arrivée de la première locomotive dans la gare Saint Charles, palais de la Bourse du Commerce.

La population de Marseille double presque pendant l’épiscopat de Mgr de Mazenod et atteint 260.000 habitants en 1861. Il crée 21 paroisses et construit 34 églises. Il fait commencer les travaux de deux vastes chantiers : la nouvelle Cathédrale de la Major et la Basilique de N.D. de la Garde.

Il accomplit un effort remarquable d’équipement pastoral : 26 institutions charitables, 7 nouvelles communautés d’hommes, 24 congrégations de femmes.

Par ailleurs, l’esprit de cet évêque courageux déborde l’horizon de son diocèse. En 1841, Mgr BOURGET, évêque de Montréal, fait une halte à Marseille. Il a besoin d’aide pour évangéliser les immenses territoires du Canada. Tous les missionnaires de Mgr de Mazenod s’offrent immédiatement à partir. Six privilégiés furent choisis. Le fondateur avait pressenti l’étonnante expansion que prendrait son œuvre. La porte vers l’Ouest canadien ne tarda pas à s’ouvrir. En 1845, Mgr PROVENCHER, évêque de Saint Boniface offre aux Oblats un territoire grand comme l’Europe. Une héroïque « épopée blanche » devait conduire les fils de Mgr de Mazenod à travers les prairies et l’Athabaska-Mackenzie jusqu’aux esquimaux de la Terre Stérile. En 1859 le Père Grolier atteint le cercle polaire au fort Good Hope, « Notre Dame de Bonne Espérance ». Quelques Pères pénètrent aux Etats-Unis et s’établissent au Texas en 1849.

« Je voudrais pouvoir fournir des missionnaires au monde entier » ne cessait de répéter Mgr de Mazenod. Des équipes de missionnaires partent pour l’Orégon sur les côtes du Pacifique, en Orient, au Natal dans le fin fond de l’Afrique …

L’évêque et le supérieur général voient progresser d’un même pas ses deux familles, religieuse et diocésaine. Une de ses plus grandes joies fut la proclamation solennelle le 8 Décembre 1854 par le Pape Pie IX du dogme de l’Immaculée Conception.

La complicité de Napoléon III pour arracher au Saint-Siège la possession des Etats pontificaux assombrirent les derniers jours de Mgr de Mazenod qui portait envers le Pape une dévotion ardente. Il souffrit beaucoup des malheurs de l’Eglise.

Après 38 ans d’épiscopat Eugène de Mazenod s’éteignit le 21 Mai 1861 à Marseille ayant accompli un extraordinaire labeur dépensé dans les tâches quotidiennes.

Attachant par sa générosité et son dévouement permanent, il s’est haussé jusqu’à l’oubli total de sa personne, par soumission et fidélité à l’Eglise dont il ne voulut être que le serviteur.

Mgr de Mazenod a été béatifié par Paul VI le 19 Octobre 1975 et, depuis lors, canonisé le 3 Décembre 1995 par Jean-Paul II.

Il est fêté le 21 Mai.

Saint Eugène de Mazenod, priez pour nous.

Par Henri PRABIS, agrégé d’Histoire,

Notre adhérent.


Eugene de Mazenod (1782-1861)

Bishop of Marseille, founder of the Congregation

of the Missionaries, Oblates of Mary Immaculate

CHARLES JOSEPH EUGENE DE MAZENOD came into a world that was destined to change very quickly. Born in Aix-en-Provence in the south of France on August 1, 1782, he seemed assured of position and wealth from his family, who were of the minor nobility. However, the turmoil of the French Revolution changed all that forever. When Eugene was just eight years old his family fled France, leaving their possessions behind, and started a long and increasingly difficult eleven year exile.

The Years in Italy

The Mazenod family, political refugees, trailed through a succession of cities in Italy. His father, who had been President of the Court of Accounts, Aids and Finances in Aix, was forced to try his hand at trade to support his family. He proved to be a poor businessman, and as the years went on the family came close to destitution. Eugene studied briefly at the College of Nobles in Turin, but a move to Venice meant the end to formal schooling. A sympathetic priest, Don Bartolo Zinelli, living nearby, undertook to educate the young French emigre. Don Bartolo gave the adolescent Eugene a fundamental education, but with a lasting sense of God and a regimen of piety which was to stay with him always, despite the ups and downs of his life. A further move to Naples, because of financial problems, led to a time of boredom and helplessness. The family moved again, this time to Palermo where, thanks to the kindness of the Duke and Duchess of Cannizzaro, Eugene had his first taste of noble living and found it very much to his liking. He took to himself the title of "Count" de Mazenod, did all the courtly things, and dreamed of a bright future.

Return to France: the Priesthood

In 1802, at the age of 20, Eugene was able to return to his homeland - and all his dreams and illusions were quickly shattered. He was just plain "Citizen" de Mazenod, France was a changed world, his parents had separated, his mother was fighting to get back the family possessions. She was also intent on marrying off Eugene to the richest possible heiress. He sank into depression, seeing little real future for himself. But his natural qualities of concern for others, together with the faith fostered in Venice began to assert themselves. He was deeply affected by the disastrous situation of the French Church, which had been ridiculed, attacked and decimated by the Revolution. A calling to the priesthood began to manifest itself, and Eugene answered that call. Despite opposition from his mother, he entered the seminary of St. Sulpice in Paris, and on December 21, 1811, he was ordained a priest in Amiens.

Apostolic endeavours: Oblates of Mary Immaculate

Returning to Aix-en-Provence, he did not take up a normal parish appointment, but started to exercise his priesthood in the care of the truly spiritually needy-prisoners, youth, servants, country villagers. Often in the face of opposition from the local clergy, Eugene pursued his course. Soon he sought out other equally zealous priests who were prepared to step outside the old, even outmoded, structures. Eugene and his men preached in Provencal, the language of the common people, not in "educated" French. From village to village they went, instructing at the level of the people, spending amazingly long hours in the confessional. In between these parish missions the group joined in an intense community life of prayer, study and fellowship. They called themselves "Missionaries of Provence". However, so that there would be an assured continuity in the work, Eugene took the bold step of going directly to the Pope and asking that his group be recognized officially as a Religious Congregation of pontifical right. His faith and his persistence paid off-and on February 17d, 1826, Pope Leo XII approved the new Congregation, the "Oblates of Mary Immaculate". Eugene was elected Superior General, and continued to inspire and guide his men for 35 years, until his death. Together with their growing apostolic endeavours-preaching, youth work, care of shrines, prison chaplaincy, confessors, direction of seminaries, parishes - Eugene insisted on deep spiritual formation and a close community life. He was a man who loved Christ with passion and was always ready to take on any apostolate if he saw it answering the needs of the Church. The "glory of God, the good of the Church and the sanctification of souls" were impelling forces for him.

Bishop o f Marseilles

The Diocese of Marseilles had been suppressed after the 1802 Concordat, and when it was re-established, Eugene's aged uncle, Canon Fortune de Mazenod, was named Bishop. He appointed Eugene Vicar General immediately, and most of the difficult work of re-building the Diocese fell to him. Within a few years, in 1832, Eugene himself was named auxiliary bishop. His Episcopal ordination took place in Rome, in defiance of the pretensions of the French Government that it had the right to sanction all such appointments. This caused a bitter diplomatic battle, and Eugene was caught in the middle, with accusations, misunderstandings, threats, and recriminations swirling around him. It was an especially devastating time for him, further complicated by the growing pains of his religious family. Though battered, Eugene steered ahead resolutely, and finally the impasse was broken. Five years later, he was appointed to the See of Marseilles as its Bishop, when Bishop Fortune retired.

A heart as big as the world

Whilst he had founded the Oblates of Mary Immaculate primarily to serve the spiritually needy and deprived of the French countryside, Eugene's zeal for the Kingdom of God and his devotion to the Church moved the Oblates to the advancing edge of the apostolate. His men ventured into Switzerland, England, Ireland. Because of his zeal, Eugene had been dubbed "a second Paul," and bishops from the missions came to him asking for Oblates for their expanding mission fields. Eugene responded willingly despite small initial numbers, and sent his men out to Canada, to the United States, to Ceylon (Sri Lanka), to South Africa, to Basutoland (Lesotho). As missionaries in his mould, they fanned out preaching, baptising, caring. They frequently opened up previously uncharted lands, established and manned many new dioceses, and in a multitude of ways they "left nothing undared that the Kingdom of Christ might be advanced." In the years that followed, the Oblate mission thrust continued, so that today the impulse of Eugene de Mazenod is alive in his men in 68 different countries.

Pastor of his Diocese

During all this ferment of missionary activity, Eugene was an outstanding pastor of the Church of Marseilles-ensuring the best seminary training for his priests, establishing new parishes, building the city's cathedral and the spectacular Shrine of Notre Dame de la Garde above the city, encouraging his priests to lives of holiness, introducing many Religious Congregations to work in the diocese, leading his fellow Bishops in support of the rights of the Pope. He grew into a towering figure in the French Church. In 1856, Napoleon III appointed him a Senator, and at his death he was the senior bishop of France.

Legacy of a Saint

May 21, 1861, saw Eugene de Mazenod returning to his God, at the age of 79, after a life crowded with achievements, many of them born in suffering. For his religious family and for his diocese, he was a founding and life-giving source: for God and for the Church, he was a faithful and generous son. As he lay dying he left his Oblates a final testament, "Among yourselves-charity, charity, charity: in the world-zeal for souls." The Church in declaring him a saint on December 3, 1995, crowns these two pivots of his living-love and zeal. His life and his deeds remain for all a window unto God Himself. And that is the greatest gift that Eugene de Mazenod, Oblate of Mary Immaculate, can offer us.


Eugene of Mazenod was born in Aix-en-Provence in France in 1782, the son of a wealthy aristocratic parents. His father Charles Antoine de Mazenod, a member of the French nobility was the President of the Aix Parliament. His mother Marie-Rose Joannis, a member of the rapidly evolving bourgeois merchants embodied the practical and shrewd realism of this group.

This union of complementary social and cultural values assured young Eugene all the requisites for a successful and comfortable life. This idyllic world was swept away by the French Revolution in 1789. After his father opposed the revolution, the entire family was obliged to flee into exile in Italy. In 1790, a new painful period began for Eugene.

These were years of family instability, material scarcity and danger.The family was forced to flee successively to Turin, Venice, Naples and Palermo.

Eugene's adolescence was impoverished. Deprived of friends of his own age, unable to continue an orderly academic program, he was also separated from his mother who divorced her husband in order to return and reclaim family property in France.


St. Eugene de Mazenod

(1782-1861)

Born into a noble family in Aix (Provence), Eugene spent part of his childhood in Italy because of the French Revolution. Ordained a priest at Amiens in 1811, he soon organized missionaries to go to rural parts of Provence, instructing the people whose religious training had been disrupted for many years by the French Revolution and its aftermath.

Eugene began the Missionary Oblates of Mary Immaculate in 1816, obtaining papal approval for them 10 years later. From rural preaching, they soon moved into running seminaries to improve the quality of the clergy. Their first foreign mission was in Canada in 1841; soon they were in Africa, Asia, Australia and Latin America.

In 1851, Eugene followed his uncle as archbishop of Marseilles; Eugene died in that city 10 years later. He had focused his energies on Church renewal and reform while vigorously defending the Church’s right to spread the Good News.

His congregation has grown to become one of the largest in the Church, serving in over 50 countries, especially in northern and western Canada. Many of its members have become missionary bishops.

At Eugene’s canonization in 1998, Pope John Paul II praised his vision, perseverance and conformity to God’s will.

Comment:

Eugene de Mazenod allowed the grace of God to bear rich fruit in his life. That required a certain amount of flexibility as well as courage to face the problems every growing group encounters. We look to saints like Eugene not to borrow their courage and zeal but, with God’s grace, to discover our own, always seeking first God’s kingdom (see Matthew 6:33).

Quote:

“Holiness is the grace of God operating in and through human beings” (Kenneth Woodward, Making Saints).


Charles Joseph Eugene de Mazenod

Bishop of Marseilles, and founder of the Congregation of the Oblates of Mary Immaculate, b. at Aix, in Provence, 1 August, 1782; d. at Marseilles 21 May, 1861. De Mazenod was the offspring of a noble family of southern France, and even in his tender years he showed unmistakable evidence of a pious disposition and a high and independent spirit. Sharing the fate of most French noblemen at the time of the Revolution, he passed some years as an exile in Italy, after which he studied for the priesthood, though he was the last representative of his family. On 21 December, 1811, he was ordained priest at Amiens, whither he had gone to escape receiving orders at the hands of Cardinal Maury, who was then governing the archdiocese of Parisagainst the wishes of the pope. After some years of ecclesiastical labours at Aix, the young priest, bewailing the sad fate of religion resulting among the masses from the French Revolution, gathered together a little band of missionaries to preach in the vernacular and to instruct the rural populations of Provence. He commenced, 25 January, 1816, his Institute which was immediately prolific of much good among the people, and on 17 February, 1826, was solemnly approved by Leo XII under the name of Congregation of the Oblates of Mary Immaculate.


After having aided for some time his uncle, the aged Bishop of Marseilles, in the administration of his diocese, Father De Mazenod was called to Rome and, on 14 October, 1832, consecrated titular Bishop of Icosium, which title he had, in the beginning of 1837, to exchange for that of Bioshop of Marseilles. His episcopate was marked by measures tending to the restoration in all its integrity of ecclesiastical discipline. De Mazenod unceasingly strove to uphold the rights of the Holy See, somewhat obscured in France by the pretensions of the Gallican Church. He favoured the moral teachings of Blessed (now Saint) Alphonsus Liguori, whosetheological system he was the first to introduce in France, and whose first life in French he caused to be written by one of his disciples among the Oblates. At the same time he watched with a jealous eye over theeducation of youth, and, in spite of the susceptibilities of the civil power, he never swerved from what he considered the path of justice. In fact, by the apostolic freedom of his public utterances he deserved to be compared to St. Ambrose. He was ever a strong supporter of papal infallibility and a devout advocate of Mary'simmaculate conception, in the solemn definition of which (1854) he took an active part. In spite of his well-known outspokenness, he was made a Peer of the French Empire, and in 1851 Pius IX gave him the pallium.


Meanwhile he continued as Superior General of the religious family he had founded and whose fortunes will be found described in the article on the Oblates of Mary Immaculate. Such was the esteem in which he was held at Rome that the pope had marked him out as one of the cardinals he was to create when death claimed him at the ripe age of almost seventy-nine.

Sources

COOKE, Sketches of the Life of Mgr de Mazenod, Bishop of Marseilles (London and Dublin, 1879); RAMBERT, Vie de Mgr D. J. E. De Mazenod (Tours, 1883); RICARD, Mgr de Mazenod, évêque de Marseille (Paris, n. d.).