mercredi 3 octobre 2012

Sainte THÉRÈSE de l'ENFANT-JÉSUS et de la SAINTE-FACE, vierge carmélite et Docteur de l'Église



Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face

Vierge, Carmélite

(1873-1897)

Peu de Saints ont excité autant d'admiration et d'enthousiasme aussitôt après leur mort; peu ont acquis une plus étonnante popularité dans le monde entier; peu ont été aussi rapidement élevés sur les autels, que cette jeune sainte Carmélite.

Thérèse Martin naquit à Alençon, en Normandie, de parents très chrétiens, qui regardaient leurs neuf enfants comme des présents du Ciel et les offraient au Seigneur avant leur naissance. Elle fut la dernière fleur de cette tige bénie qui donna quatre religieuses au Carmel de Lisieux, et elle montra, dès sa plus petite enfance, des dispositions à la piété qui faisaient présager les grandes vues de la Providence sur elle.

Atteinte, à l'âge de neuf ans, d'une très grave maladie, elle fut guérie par la Vierge Marie, dont elle vit la statue s'animer et lui sourire auprès de son lit de douleur, avec une tendresse ineffable.

Thérèse eût voulu, dès l'âge de quinze ans, rejoindre ses trois soeurs au Carmel, mais il lui fallut attendre une année encore (1888). Sa vie devint alors une ascension continuelle vers Dieu, mais ce fut au prix des plus douloureux sacrifices toujours acceptés avec joie et amour; car c'est à ce prix que Jésus forme les âmes qu'Il appelle à une haute sainteté.

Elle s'est révélée ingénument tout entière elle-même dans les Mémoires qu'elle a laissés par ordre de sa supérieure: "Jésus, comme elle l'a écrit, dormait toujours dans Sa petite nacelle." Elle pouvait dire: "Je n'ai plus aucun désir, si ce n'est d'aimer Jésus à la folie." C'est, en effet, sous l'aspect de l'amour infini que Dieu Se révélait en elle.

La voie de l'Amour, telle fut, en résumé, la voie de la "petite Thérèse de l'Enfant-Jésus"; mais c'était en même temps la voie de l'humilité parfaite, et par là, de toutes les vertus. C'est en pratiquant les "petites vertus", en suivant ce qu'elle appelle sa "petite Voie", Voie d'enfance, de simplicité dans l'amour, qu'elle est parvenue en peu de temps à cette haute perfection qui a fait d'elle une digne émule de sa Mère, la grande Thérèse d'Avila.

Sa vie au Carmel pendant neuf ans seulement fut une vie cachée, toute d'amour et de sacrifice. Elle quitta la terre le 30 septembre 1897, et, brûlant les étapes, fut béatifiée en 1923 et canonisée en 1925. Comme elle l'a prédit, "elle passe son Ciel à faire du bien sur la terre."

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/sainte_therese_de_l_enfant-jesus.html

À écouter AUJOURD'HUI :



LA VIE DE S.THÉRÈSE DE LISIEUX

THÉRÈSE MARTIN naquit à Alençon, en France, le 2 janvier 1873. Elle fut baptisée deux jours plus tard en l'église Notre-Dame, recevant les noms de Marie Françoise Thérèse. Ses parents étaient Louis Martin et Zélie Guérin. Après la mort de sa mère, le 28 août 1877, Thérèse s'installa avec toute sa famille à Lisieux.

Vers la fin de 1879, elle s'approche pour la première fois du sacrement de la Pénitence. Le jour de la Pentecôte 1883, elle reçoit la grâce insigne de la guérison d'une grave maladie, par l'intercession de Notre-Dame des Victoires. Formée par les Bénédictines de Lisieux, elle fait sa première communion le 8 mai 1884, après une préparation intense, couronnée par une expérience très vive de la grâce de l'union intime avec le Christ. Quelques semaines après, le 14 juin de la même année, elle reçoit le sacrement de la confirmation, accueillant en toute conscience le don de l'Esprit Saint dans une participation personnelle à la grâce de la Pentecôte.

Elle avait le désir d'entrer dans la vie contemplative, comme ses soeurs Pauline et Marie, au Carmel de Lisieux, mais son jeune âge l'en empêchait. Pendant un voyage en Italie, après avoir visité la Maison de Lorette et la Ville éternelle, au cours de l'audience accordée par le Pape aux pèlerins du diocèse de Lisieux le 20 novembre 1887, elle demanda à Léon XIII avec une audace filiale de pouvoir entrer au Carmel à l'âge de quinze ans.

Le 9 avril 1888, elle entra au Carmel de Lisieux. Elle prit l'habit le 10 janvier de l'année suivante et fit sa profession religieuse le 8 septembre 1890, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie.

Au Carmel, elle s'engage sur le chemin de perfection tracé par la Mère fondatrice, Thérèse de Jésus, avec une ferveur et une fidélité authentiques, par l'accomplissement des divers services communautaires qui lui sont confiés. Éclairée par la Parole de Dieu, éprouvée très vivement par la maladie de son père bien-aimé, Louis Martin, qui meurt le 29 juillet 1894, elle avance vers la sainteté, inspirée par la lecture de l'Évangile, plaçant au centre de tout l'amour. Dans ses manuscrits autobiographiques, Thérèse nous a laissé non seulement les souvenirs de son enfance et de son adolescence, mais aussi le portrait de son âme, la description de ses expériences les plus intimes. Elle découvre et communique aux novices qui lui sont confiées la petite voie de l'enfance spirituelle; elle reçoit comme un don spécial la charge d'accompagner par le sacrifice et la prière deux « frères missionnaires ». Elle pénètre toujours plus le mystère de l'Église et sent croître en elle sa vocation apostolique et missionnaire, pour attirer tout le monde à sa suite, saisie par l'amour du Christ, son unique Époux.

Le 9 juin 1895, en la fête de la Très Sainte Trinité, elle s'offre en victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux de Dieu. Elle rédige alors le premier manuscrit autobiographique qu'elle remet à Mère Agnès le jour de sa fête, le 21 janvier 1896.

Quelques mois après, le 3 avril, dans la nuit entre le jeudi et le vendredi saints, elle souffre d'une hémoptysie, première manifestation de la maladie qui la conduira à sa mort et qu'elle accueille comme une mystérieuse visite de l'Époux divin. Elle entre alors dans une épreuve de la foi qui durera jusqu'à sa mort et dont elle donnera un témoignage bouleversant dans ses écrits. Au mois de septembre, elle achève le manuscrit B qui illustre de manière impressionnante la maturité dans la sainteté à laquelle elle est parvenue, en particulier par la découverte de sa vocation au coeur de l'Eglise.

Alors que sa santé se dégrade et que le temps de l'épreuve se poursuit, elle commence au mois de juin le manuscrit C dédié à Mère Marie de Gonzague; de nouvelles grâces l'amènent à une plus haute perfection et elle découvre de nouvelles lumières pour la diffusion de son message dans l'Église au profit des âmes qui suivront sa voie. Le 8 juillet, elle est transférée à l'infirmerie. Ses soeurs et d'autres religieuses recueillent ses paroles, tandis que s'intensifient ses souffrances et ses épreuves, supportées avec patience, jusqu'à sa mort dans l'après-midi du 30 septembre 1897. «Je ne meurs pas, j'entre dans la vie», avait-elle écrit à son frère spirituel missionnaire, l'Abbé M. Bellier. Ses dernières paroles, « Mon Dieu..., je vous aime!», scellent une existence qui s'éteint sur la terre à l'âge de vingt-quatre ans pour entrer, suivant son désir, dans une phase nouvelle de présence apostolique en faveur des âmes, dans la communion des saints, pour répandre une pluie de roses sur le monde.

Elle fut canonisée par Pie XI le 17 mai 1925 et proclamée Patronne universelle des missions, en même temps que saint François Xavier, par le même Pape, le 14 décembre 1927.

Sa doctrine et son exemple de sainteté ont été reçus par toutes les catégories de fidèles de ce siècle avec un grand enthousiasme, et aussi en dehors de l'Église catholique et du christianisme.

De nombreuses Conférences épiscopales, à l'occasion du centenaire de sa mort, ont demandé au Pape qu'elle soit proclamée Docteur de l'Église, à cause de la solidité de sa sagesse spirituelle, inspirée par l'Évangile, à cause de l'originalité de ses intuitions théologiques où brille sa doctrine éminente, et à cause de l' universalité de la réception de son message spirituel, accueilli dans le monde entier et diffusé par la traduction de ses oeuvres dans une cinquantaine de langues.

Accueillant ces requêtes, le Saint-Père Jean-Paul II a voulu que soit étudiée l'opportunité de déclarer Thérèse de Lisieux Docteur de l'Église universelle par la Congrégation pour les Causes des Saints, compétente en la matière, avec l'avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en ce qui concerne sa doctrine éminente. Le 24 août, au terme de la célébration eucharistique de la XII Journée mondiale de la Jeunesse à Paris, en présence de centaines d'Évêques et devant une immense foule de jeunes du monde entier, Jean-Paul II a annoncé son intention de proclamer Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face Docteur de l'Église universelle le 19 octobre 1997, le dimanche où l'on célèbre la Journée mondiale des Missions.

SOURCE : http://www.vatican.va/news_services/liturgy/saints/ns_lit_doc_19101997_stherese_fr.html


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II



Lisieux



Lundi 2 juin 1980


1. Je suis très heureux qu'il me soit donné de venir à Lisieux à l’occasion de ma visite dans la capitale de la France. Je suis ici en pèlerinage avec vous tous, chers Frères et Sœurs, qui êtes venus vous aussi de bien des régions de France, auprès de celle que nous aimons tant, la « petite Thérèse », dont la voie vers la sainteté est étroitement liée au Carmel de Lisieux. Si les personnes versées dans l’ascèse et la mystique, et ceux qui aiment les saints, ont pris l’habitude d’appeler cette voie de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus « la petite voie », il est tout à fait hors de doute que l’Esprit de Dieu, qui l’a guidée sur cette voie, la fait avec la même générosité que celle par laquelle il a guidé autrefois sa Patronne la « grande Thérèse » d’Avila, et par laquelle il a guidé ― et continue de guider ― tant d’autres saints dans son Eglise. Gloire Lui soit donc rendue éternellement!

L’Eglise se réjouit de cette merveilleuse richesse des dons spirituels, si splendides et si variés, comme le sont toutes les œuvres de Dieu dans l’univers visible et invisible. Chacun d’eux reflète à la fois le mystère intérieur de l’homme, et il correspond aux besoins des temps dans l’histoire de l’Eglise et de l’humanité. Il faut le dire de sainte Thérèse de Lisieux qui, jusqu’à une époque récente, fut en effet notre sainte « contemporaine ». C’est ainsi que je la vois personnellement, dans le cadre de ma vie. Mais est-elle toujours la sainte « contemporaine »? N’a-t-elle pas cessé de l’être pour la génération qui arrive actuellement à maturité dans l’Eglise? Il faudrait le demander aux hommes de cette génération. Qu’il me soit toutefois permis de noter que les saints ne vieillissent pratiquement jamais, qu’ils ne tombent jamais dans la « prescription ». Ils restent continuellement les témoins de la jeunesse de l’Eglise. Ils ne deviennent jamais des personnages du passé, des hommes et des femmes d’« hier ». Au contraire: ils sont toujours les hommes et les femmes du « lendemain », les hommes de l’avenir évangélique de l’homme et de l’Eglise, les témoins « du monde futur ».

2. « En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba! Père! » [1].

Il serait peut-être difficile de trouver paroles plus synthétiques, et en même temps plus saisissantes, pour caractériser le charisme particulier de Thérèse Martin, c’est-à-dire ce qui constitue le don tout à fait spécial de son cœur, et qui est devenu, par son cœur, un don particulier pour l’Eglise. Le don merveilleux dans sa simplicité, universel et en même temps unique. De Thérèse de Lisieux, on peut dire avec conviction que l’Esprit de Dieu a permis à son cœur de révéler directement, aux hommes de notre temps, le mystère fondamental, la réalité de l’Evangile: le fait d’avoir reçu réellement « un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba! Père! ». La « petite voie » est la voie de la « sainte enfance ». Dans cette voie, il y a quelque chose d’unique, un génie de sainte Thérèse de Lisieux. Il y a en même temps la confirmation et le renouvellement de la vérité la plus fondamentale et la plus universelle. Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci: Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants?

Cette vérité la plus universelle qui soit, cette réalité, a été également « relue » de nouveau avec la foi, l’espérance et l’amour de Thérèse de Lisieux. Elle a été en certain sens redécouverte avec l’expérience intérieure de son cœur et la forme prise par toute sa vie, seulement vingt-quatre années de sa vie. Lorsqu’elle mourut ici, au Carmel, victime de la tuberculose dont elle portait depuis longtemps les bacilles, c’était presque un enfant. Elle a laissé le souvenir de l’enfant: de la sainte enfance. Et toute sa spiritualité a confirmé encore une fois la vérité de ces paroles de l’Apôtre: « Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs... ». Oui. Thérèse fut l’enfant. Elle fut l’enfant « confiant » jusqu’à l’héroïsme, et par conséquent « libre » jusqu’à l’héroïsme. Mais c’est justement parce que ce fut jusqu’à l’héroïsme, qu’elle seule connut la saveur intérieure et aussi le prix intérieur de cette confiance qui empêche de « retomber dans la crainte »; de cette confiance qui, jusque dans les obscurités et les souffrances les plus profondes de l’âme, permet de s’écrier: « Abba! Père! ».

Oui, elle a connu cette saveur et ce prix. Pour qui lit attentivement son Histoire d’une âme, il est évident que cette saveur de la confiance filiale provient, comme le parfum des roses, de la tige qui porte aussi des épines. Si en effet « nous sommes enfants, nous sommes donc héritiers; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec Lui pour être aussi glorifiés avec Lui » [2]. C’est pour cela, précisément, que la confiance filiale de la petite Thérèse, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus mais aussi « de la Sainte-Face », est si « héroïque », parce qu'elle provient de la fervente communion aux souffrances du Christ.

Et quand je vois devant moi tous ces malades et infirmes, je pense qu’ils sont associés eux aussi, comme Thérèse de Lisieux, à la passion du Christ, et que, grâce à leur foi en l’amour de Dieu, grâce a leur propre amour, leur offrande spirituelle obtient mystérieusement pour l’Eglise, pour tous les autres membres du Corps mystique du Christ, un surcroît de vigueur. Qu’ils n’oublient jamais cette belle phrase de sainte Thérèse: « Dans le cœur de l’Eglise ma Mère je serai l’amour ». Je prie Dieu de donner à chacun de ces amis souffrants, que j’aime avec une affection toute spéciale, le réconfort et l’espérance.

3. Avoir confiance en Dieu comme Thérèse de Lisieux veut dire suivre la « petite voie » où nous guide l’Esprit de Dieu: il guide toujours vers la grandeur à laquelle participent les fils et les filles de l’adoption divine. Déjà comme enfant, comme enfant de douze ans, le Fils de Dieu a déclaré que sa vocation était de s’occuper des choses de son Père [3]. Etre enfant, devenir comme un enfant, veut dire entrer au centre même de la plus grande mission à laquelle l’homme ait été appelé par le Christ, une mission qui traverse le cœur même de l'homme. Elle le savait parfaitement, Thérèse.

Cette mission tire son origine de l’amour éternel du Père. Le Fils de Dieu comme homme, d’une manière visible et « historique », et l’Esprit Saint, de façon invisible et « charismatique », l’accomplissent dans l’histoire de l’humanité.

Lorsque, au moment de quitter le monde, le Christ dit aux Apôtres: « Allez dans le monde entier, et enseignez l’Evangile à toute créature » [4], il les insère, par la force de son mystère pascal, dans le grand courant de la Mission éternelle. A partir du moment où il les a laissés pour aller vers le Père, il commence en même temps à venir « de nouveau dans la puissance de l’Esprit Saint » que le Père envoie en son nom. Plus profondément que toutes les vérités sur l’Eglise, cette vérité a été mise en relief dans la conscience de notre génération par le Concile Vatican II. Grâce à cela, nous avons tous beaucoup mieux compris que l’Eglise est constamment « en état de mission », ce que veut dire le fait que toute l’Eglise est missionnaire. Et nous avons également mieux compris ce mystère particulier du cœur de la petite Thérèse de Lisieux, laquelle, à travers sa « petite voie », a été appelée à participer aussi pleinement et aussi fructueusement à la mission la plus élevée. C’est justement cette « petitesse » qu’elle aimait tant, la petitesse de l’enfant, qui lui a ouvert largement toute la grandeur de la Mission divine du salut, qui est la mission incessante de l’Eglise.

Ici, dans son Carmel, dans la clôture du couvent de Lisieux, Thérèse s’est sentie spécialement unie à toutes le missions et aux missionnaires de l’Eglise dans le monde entier. Elle s’est sentie elle-même « missionnaire », présente par la force et la grâce particulières de l’Esprit d’amour à tous le postes missionnaires, proche de tous les missionnaires, hommes et femmes, dans le monde. Elle a été proclamée par l’Eglise la patronne des missions, comme saint François Xavier, qui voyagea inlassablement en Extrême-Orient: oui, elle, la petite Thérèse de Lisieux, enfermée dans la clôture carmélitaine, apparemment détachée du monde.

Je suis heureux de pouvoir venir ici peu de temps après ma visite dans le continent africain, et, face à cette admirable « missionnaire », de rendre au Père de la vérité et de l’amour éternels tout ce qui, dans la puissance du Fils et de l’Esprit Saint, est déjà le fruit du travail missionnaire de l’Eglise parmi les hommes et les peuples du continent noir. Je voudrais en même temps, si je puis m’exprimer ainsi, me faire prêter par Thérèse de Lisieux, le regard perspicace de sa foi, sa simplicité et sa confiance, en un mot la « petitesse » juvénile de son cœur, pour proclamer devant toute l’Eglise combien la moisson est abondante, et pour demander comme elle, pour demander au Maître de la moisson d’envoyer, avec une générosité plus grande encore, des ouvriers dans sa moisson [5]. Qu’Il les envoie malgré tous les obstacles et toutes le difficultés qu’Il rencontre dans le cœur de l’homme, dans l’histoire de l’homme.

En Afrique, j’ai bien souvent pensé: quelle foi, quelle énergie spirituelle avaient donc ces missionnaires du siècle dernier ou de la première moitié de ce siècle, et tous ces Instituts missionnaires qui se sont fondés, pour partir sans hésiter dans ces pays alors inconnus, dans le seul but de faire connaître l’Evangile, de faire naître l’Eglise! Ils y voyaient avec raison une œuvre indispensable au salut. Sans leur audace, sans leur sainteté, les Eglises locales dont nous venons de célébrer le centenaire, et qui sont désormais guidées surtout par des évêques africains, n'auraient jamais existé. Chers Frères et Sœurs, ne perdons pas cet élan!

En fait, je sais que vous ne voulez pas vous y résoudre. Je salue parmi vous les anciens évêques missionnaires, témoins du zèle dont je parlais. La France a encore beaucoup de missionnaires de par le monde, prêtres, religieux, religieuses et laïcs, et certains Instituts se sont ouverts à la mission.

Je vois ici les membres du chapitre des Missions Etrangères de Paris, et j’évoque le bienheureux Théophane Vénard dont le martyre en Extrême-Orient fut une lumière et un appel pour Thérèse. Je pense aussi à tous les prêtres français qui consacrent au moins quelques années au service des jeunes Eglises, dans le cadre de Fidei donum. Aujourd’hui, on comprend d’ailleurs mieux la nécessité d’un échange fraternel entre les jeunes et les vieilles Eglises, au bénéfice des deux. Je sais par exemple que les Œuvres pontificales missionnaires, en liaison avec la Commission épiscopale des Missions à l’extérieur, ne visent pas seulement à susciter l’entraide matérielle, mais à former l’esprit missionnaire des chrétiens de France, et je m’en réjouis. Cet élan missionnaire ne peut surgir et porter des fruits qu’à partir d’une plus grande vitalité spirituelle, du rayonnement de la sainteté.

4. « Le beau existe afin qu’il nous enchante pour le travail », a écrit Cyprian Norwid, l’un des plus grands poètes et penseurs qu'ait donné la terre polonaise, et qu’a reçu ― et conservé au cimetière de Montmorency ― la terre française...

Rendons grâces au Père, au Fils et au Saint-Esprit pour les saints. Rendons grâces pour sainte Thérèse de Lisieux. Rendons grâces pour la beauté profonde, simple et pure, qui s’est manifestée en elle à l’Eglise et au monde. Cette beauté enchante. Et Thérèse de Lisieux a un don particulier pour enchanter par la beauté de son âme. Même si nous savons tous que cette beauté fut difficile et qu’elle a grandi dans la souffrance, elle ne cesse de réjouir de son charme particulier les yeux de nos âmes.

Elle enchante, donc, cette beauté, cette fleur de la sainteté qui a grandi sur ce sol; et son charme ne cesse de stimuler nos cœurs à travailler: « Le beau existe afin qu’il nous enchante pour le travail ». Pour le travail le plus important, dans lequel l’homme apprend à fond le mystère de son humanité. Il découvre en lui-même ce que signifie avoir reçu « un esprit de fils adopti », radicalement différent d’« un esprit d’esclave », et il commence à s’écrier de tout son être: « Abba! Père! » [6].

Par les fruits de ce magnifique travail intérieur se construit l’Eglise, le Règne de Dieu sur la terre, dans sa substance la plus profonde et la plus fondamentale. Et le cri « Abba! Père! », qui résonne largement dans tous les continents de notre planète, revient aussi par son écho dans la clôture carmélitaine silencieuse, à Lisieux, vivifiant toujours de nouveau le souvenir de la petite Thérèse, laquelle, par sa vie brève et cachée mais si riche, a prononcé avec une force particulière: « Abba! Père! ». Grâce à elle, l’Eglise entière a retrouvé toute la simplicité et toute la fraîcheur de ce cri, qui a son origine et sa source dans le cœur du Christ lui-même.

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[1] Rom. 8, 14-15.

[2] Rom. 8, 17.

[3] Cfr. Luc. 2, 49.

[4] Marc. 16, 15.

[5] Cfr. Matth. 9, 37-38.

[6] Rom. 8, 15.

© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/homilies/1980/documents/hf_jp-ii_hom_19800602_lisieux-francia_fr.html



JEAN-PAUL II



LETTRE APOSTOLIQUE



pour la proclamation de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face



Docteur de l'Église universelle


1. LA SCIENCE DE L'AMOUR DIVIN que répand le Père de toute miséricorde, par Jésus Christ en l'Esprit Saint, est un don, accordé aux petits et aux humbles afin qu'ils connaissent et qu'ils proclament les secrets du Royaume cachés aux sages et aux savants; pour cela, Jésus a exulté dans l'Esprit Saint, bénissant le Père, qui en a ainsi disposé (cf. Lc 10,21-22; Mt 11,25-26).

Mère, l'Église se réjouit aussi de voir que, dans le cours de l'histoire, le Seigneur continue à se révéler aux petits et aux humbles, rendant capables ceux qu'il a choisis, par l'Esprit qui "sonde tout, jusqu'aux profondeurs de Dieu" (1 Co 2,10), de parler des "dons gracieux que Dieu nous a faits [...], non pas avec des discours enseignés par l'humaine sagesse, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit, exprimant en termes spirituels des réalités spirituelles" (1 Co 2,12.13). L'Esprit Saint guide ainsi l'Église vers la vérité tout entière, la pourvoit de dons divers, l'embellit de ses fruits, la rajeunit par la force de l'Évangile et lui permet de scruter les signes des temps pour mieux répondre à la volonté de Dieu (cf. Lumen gentium, nn. 4.12; Gaudium et spes, n. 4).

Parmi les petits auxquels les secrets du Royaume ont été manifestés d'une manière toute particulière, resplendit Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, moniale professe de l'Ordre des Carmélites déchaussées, dont le centenaire de l'entrée dans la patrie céleste est célébré cette année.

Pendant sa vie, Thérèse a découvert "de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux" (Ms. A, 83 v•) et elle a reçu du divin Maître la "science d'Amour" qu'elle a montrée dans ses écrits avec une réelle originalité (cf. Ms. B, 1 r•). Cette science est l'expression lumineuse de sa connaissance du mystère du Royaume et de son expérience personnelle de la grâce. Elle peut être considérée comme un charisme particulier de la sagesse évangélique que Thérèse, comme d'autres saints et maîtres de la foi, a puisée dans la prière (cf. Ms. C, 36 r•).

2. En notre siècle, l'accueil réservé à l'exemple de sa vie et à sa doctrine évangélique a été rapide, universel et constant. En quelque sorte à l'instar de sa maturité spirituelle précoce, sa sainteté a été reconnue par l'Église en peu d'années. En effet, le 10 juin 1914, Pie X signait le décret d'introduction de la cause de béatification; le 14 août 1921, Benoît XV déclarait l'héroïcité des vertus de la servante de Dieu et prononçait à cette occasion un discours sur la voie de l'enfance spirituelle; Pie XI la proclamait bienheureuse le 29 avril 1923. Peu après, le 17 mai 1925, le même Pape la canonisait en la Basilique Saint-Pierre devant une foule immense, mettant en relief la splendeur de ses vertus ainsi que l'originalité de sa doctrine; deux ans plus tard, le 14 décembre 1927, il la proclamait patronne des missions en même temps que saint François Xavier, à la demande de nombreux évêques missionnaires.

À la suite de ces consécrations, le rayonnement spirituel de Thérèse de l'Enfant-Jésus a grandi dans l'Église et s'est répandu dans le monde entier. Nombre d'instituts de vie consacrés et de mouvements ecclésiaux, notamment dans les jeunes Églises, l'ont choisie comme patronne et maîtresse de vie spirituelle, en s'inspirant de sa doctrine. Son message, souvent résumé dans ce qu'on appelle la "petite voie", qui n'est autre que la voie évangélique de la sainteté ouverte à tous, a été étudié par des théologiens et des spécialistes de la spiritualité. Sous le patronage de la sainte de Lisieux, de multiples cathédrales, basiliques, sanctuaires et églises ont été édifiés et consacrés au Seigneur dans le monde entier. Son culte est célébré par l'Église catholique dans les différents rites d'Orient et d'Occident. Beaucoup de fidèles ont pu éprouver la puissance de son intercession. Nombreux sont ceux qui, appelés au ministère sacerdotal ou à la vie consacrée, spécialement dans les missions ou dans la vie contemplative, attribuent la grâce divine de leur vocation à son intercession et à son exemple.

3. Les Pasteurs de l'Église, et d'abord mes prédécesseurs les Papes de ce siècle, qui ont proposé sa sainteté en exemple à tous, ont également souligné que Thérèse est maîtresse de vie spirituelle par une doctrine, à la fois simple et profonde, qu'elle a puisée aux sources de l'Évangile sous la conduite du Maître divin et qu'elle a ensuite communiquée à ses frères et sœurs de l'Église d'une manière très convaincante (cf. Ms. B, 2 v• - 3 r•).

Cette doctrine spirituelle nous a été transmise surtout par son autobiographie qui, à partir des trois manuscrits qu'elle avait rédigés pendant les dernières années de sa vie, et publiée un an après sa mort sous le titre Histoire d'une Âme (Lisieux, 1898), a suscité un intérêt extraordinaire jusqu'à nos jours. Cette autobiographie, traduite avec d'autres de ses écrits en cinquante langues environ, a fait connaître Thérèse dans toutes les régions du monde et aussi en dehors de l'Église catholique. Un siècle après sa mort, Thérèse de l'Enfant-Jésus est toujours reconnue comme l'un des grands maîtres de vie spirituelle de notre temps.

4. Il n'est donc pas surprenant que de nombreuses requêtes aient été présentées au Siège apostolique pour qu'elle reçoive le titre de Docteur de l'Église universelle.

Depuis quelques années, et spécialement à l'approche de l'heureuse célébration du premier centenaire de sa mort, ces requêtes sont arrivées toujours en plus grand nombre de la part de Conférences épiscopales; en outre, des Congrès d'études ont eu lieu et les publications abondent qui mettent en valeur le fait que Thérèse de l'Enfant-Jésus possède une sagesse extraordinaire et que sa doctrine aide d'innombrables hommes et femmes de toutes conditions à connaître et à aimer Jésus Christ et son Évangile.

À la lumière de ces éléments, j'ai décidé de faire faire une étude attentive afin de voir si la sainte de Lisieux avait les qualités requises pour pouvoir être honorée du titre de Docteur de l'Église universelle.

5. Dans ce contexte, il me plaît de rappeler brièvement quelques étapes de la vie de Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle naît à Alençon en France le 2 janvier 1873. Elle est baptisée deux jours plus tard en l'église Notre-Dame, recevant les noms de Marie Françoise Thérèse. Ses parents sont Louis Martin et Zélie Guérin, dont j'ai récemment reconnu l'héroïcité des vertus. Après la mort de sa mère, le 28 août 1877, Thérèse s'installe avec toute sa famille dans la ville de Lisieux où, entourée de l'affection de son père et de ses sœurs, elle reçoit une formation à la fois exigeante et pleine de tendresse.

Vers la fin de 1879, elle s'approche pour la première fois du sacrement de pénitence. Le jour de Pentecôte 1883, elle bénéficie de la grâce singulière de la guérison d'une grave maladie, par l'intercession de Notre-Dame des Victoires. Formée par les Bénédictines de Lisieux, elle fait sa première communion le 8 mai 1884, après une préparation intense, couronnée par une expérience marquante de la grâce de l'union intime avec Jésus. Quelques semaines après, le 14 juin de la même année, elle reçoit le sacrement de la confirmation, avec une vive conscience de ce que comporte le don de l'Esprit Saint dans sa participation personnelle à la grâce de la Pentecôte. À Noël 1886, elle vit une expérience spirituelle très profonde, qu'elle définit comme sa "complète conversion". Grâce à cette expérience, elle surmonte la fragilité émotive qui avait résulté de la perte de sa mère et elle entreprend "une course de géant" sur la voie de la perfection (cf. Ms. A, 44 v• - 45 v•).

Thérèse désire entrer dans la vie contemplative au Carmel de Lisieux, comme ses sœurs Pauline et Marie, mais son jeune âge l'en empêche. À l'occasion d'un pèlerinage en Italie, après avoir visité la Maison de Lorette et la Ville éternelle, lors de l'audience accordée par le Pape aux fidèles du diocèse de Lisieux, le 20 novembre 1887, elle demande avec une audace filiale à Léon XIII de pouvoir entrer au Carmel à l'âge de quinze ans.

Le 9 avril 1888, elle entre au Carmel de Lisieux; elle y reçoit l'habit de l'Ordre de la Vierge le 10 janvier de l'année suivante et elle fait sa profession religieuse le 8 septembre 1890, fête de la Nativité de la Vierge Marie. Au Carmel, elle s'engage sur le chemin de perfection tracé par la Mère fondatrice, Thérèse de Jésus, avec une ferveur et une fidélité authentiques, par l'accomplissement des divers services communautaires qui lui sont confiés. Éclairée par la Parole de Dieu, éprouvée très vivement par la maladie de son père bien-aimé, Louis Martin, qui meurt le 29 juillet 1894, Thérèse avance vers la sainteté, en mettant l'accent sur le caractère central de l'amour. Elle découvre et elle communique aux novices confiées à ses soins la petite voie de l'enfance spirituelle, alors qu'en progressant elle-même sur cette voie elle pénètre toujours plus le mystère de l'Église et, attirée par l'amour du Christ, elle sent s'affermir en elle la vocation apostolique et missionnaire qui la pousse à entraîner tout le monde avec elle à la rencontre de l'Époux divin.

Le 9 juin 1895, en la fête de la Très Sainte Trinité, elle s'offre en victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux de Dieu. Le 3 avril de l'année suivante, dans la nuit du jeudi au vendredi saints, elle connaît une première manifestation de la maladie qui la conduira à la mort. Thérèse l'accueille comme une mystérieuse visite de l'Époux divin. En même temps, elle entre dans l'épreuve de la foi, qui durera jusqu'à sa mort. Sa santé s'aggravant, elle est transférée à l'infirmerie le 8 juillet 1897. Ses sœurs et d'autres religieuses recueillent ses paroles, tandis que s'intensifient ses souffrances et ses épreuves, supportées avec patience, jusqu'à culminer en sa mort dans l'après-midi du 30 septembre 1897. "Je ne meurs pas, j'entre dans la vie", avait-elle écrit à un frère spirituel, l'Abbé Bellière (LT 244). Ses dernières paroles, "Mon Dieu... je vous aime!" scellent son existence.

6. Thérèse de l'Enfant-Jésus nous a laissé des écrits qui lui ont valu à juste titre d'être considérée comme maîtresse de vie spirituelle. Son œuvre principale reste le récit de sa vie dans les trois Manuscrits autobiographiques A, B et C, publiés d'abord sous le titre devenu vite célèbre de Histoire d'une Âme.

Dans le Manuscrit A, qui fut rédigé sur la demande de sa sœur Agnès de Jésus, alors prieure du monastère, à laquelle elle le remit le 21 janvier 1896, Thérèse décrit les étapes de son expérience religieuse: les premières années de son enfance, notamment les événements de sa première communion et de sa confirmation, son adolescence, jusqu'à l'entrée au Carmel et la première profession.

Le Manuscrit B, rédigé au cours de la retraite spirituelle de la même année à la demande de sa sœur Marie du Sacré-Cœur, contient certaines des plus belles pages, des plus connues et des plus citées de la sainte de Lisieux. La pleine maturité de la sainte s'y manifeste, alors qu'elle parle de sa vocation dans l'Église, Épouse du Christ et Mère des âmes.

Le Manuscrit C, composé au mois de juin et dans les premiers jours de juillet 1897, peu de mois avant sa mort, et dédié à la prieure Marie de Gonzague, qui le lui avait demandé, complète les souvenirs du Manuscrit A sur la vie au Carmel. Ces pages montrent la sagesse surnaturelle de l'auteur. Thérèse retrace quelques expériences très fortes de cette période finale de sa vie. Elle consacre des pages impressionnantes à l'épreuve de la foi: une grâce de purification qui la plonge dans une longue et douloureuse nuit obscure, où elle est soutenue par sa confiance en l'amour miséricordieux et paternel de Dieu. Là encore, et sans se répéter, Thérèse fait resplendir la lumière rayonnante de l'Évangile. Nous trouvons là les plus belles pages qu'elle ait consacrées à l'abandon confiant entre les mains de Dieu, à l'unité qui existe entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain, à sa vocation missionnaire dans l'Église.

Dans ces trois manuscrits, où se retrouvent une unité thématique et la description progressive de sa vie et de son itinéraire spirituel, Thérèse nous a laissé une autobiographie originale qui est l'histoire de son âme. Il en ressort que dans son existence Dieu a présenté un message spécifique au monde, en montrant une voie évangélique, la "petite voie", que tout le monde peut parcourir, parce que tous sont appelés à la sainteté.

Dans les deux cent soixante-six Lettres que nous conservons, adressées aux membres de sa famille, aux religieuses, à ses "frères" missionnaires, Thérèse communique sa sagesse et développe un enseignement qui constitue de fait une pratique profonde de la direction spirituelle des âmes.

Ses écrits comprennent aussi cinquante-quatre Poésies, dont certaines ont une grande densité théologique et spirituelle, inspirées par l'Écriture Sainte. Deux de ces poésies méritent une mention particulière: Vivre d'amour!... (P 17) et Pourquoi je t'aime, ô Marie! (P 54), cette dernière présentant une synthèse originale de l'itinéraire de la Vierge Marie selon l'Évangile. Il faut ajouter à cette production huit Récréations pieuses: des compositions poétiques et théâtrales, conçues et représentées par la sainte pour sa communauté à l'occasion de certaines fêtes, suivant la tradition du Carmel. Parmi les autres écrits, il faut rappeler une série de vingt et une Prières. Et l'on ne peut oublier le recueil des paroles qu'elle a prononcées au cours des derniers mois de sa vie. Ces paroles, dont on conserve plusieurs rédactions, connues comme Novissima verba, ont aussi reçu le titre de Derniers Entretiens.

7. À partir de l'étude attentive des écrits de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et en fonction du rayonnement qu'ils ont eu dans l'Église, on peut relever les aspects saillants de l'"éminente doctrine" qui constitue l'élément essentiel sur lequel est fondée l'attribution du titre de Docteur de l'Église.

Avant tout, on constate la présence d'un charisme particulier de sagesse. Cette jeune carmélite, en effet, sans formation théologique spéciale, mais éclairée par la lumière de l'Évangile, se sent instruite par le Maître divin qui, comme elle le dit, est "le Docteur des docteurs" (Ms A, 83 v•), chez qui elle puise les "enseignements divins" (Ms B, 1 r•). Elle éprouve en elle-même l'accomplissement des paroles de l'Écriture: ""Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi". [...] "La miséricorde est accordée aux petits"" (Ms B, 1 v•; cf. Pr 9,4; Sg 6,6); et elle se sait instruite dans la science de l'amour, cachée aux sages et aux savants, que le divin Maître a bien voulu lui révéler, comme aux petits (cf. Ms A, 49 r•; Lc 10,21-22).

Pie XI, qui considérait Thérèse de Lisieux comme l' "Étoile de son pontificat", n'hésita pas à affirmer dans l'homélie du jour de sa canonisation, le 17 mai 1925: "L'Esprit de vérité lui ouvrit et lui fit connaître ce qu'il a coutume de cacher aux sages et aux savants pour le révéler aux tout-petits. Ainsi, selon le témoignage de notre prédécesseur immédiat, elle a possédé une telle science des réalités d'en-haut qu'elle peut montrer aux âmes une voie sûre pour le salut" (AAS 17 [1925], p. 213).

Son enseignement n'est pas seulement conforme à l'Écriture et à la foi catholique, mais il excelle (eminet) par la profondeur et la sagesse synthétique où il est parvenu. Sa doctrine est à la fois une confession de la foi de l'Église, une expérience du mystère chrétien et une voie vers la sainteté. Faisant preuve de maturité, Thérèse donne une synthèse de la spiritualité chrétienne; elle unit la théologie et la vie spirituelle, elle s'exprime avec vigueur et autorité, avec une grande capacité de persuasion et de communication, ainsi que le montrent la réception et la diffusion de son message dans le Peuple de Dieu.

L'enseignement de Thérèse exprime avec cohérence et intègre dans un ensemble harmonieux les dogmes de la foi chrétienne considérés comme doctrine de vérité et expérience de vie. Il ne faut pas oublier à ce sujet que l'intelligence du dépôt de la foi transmis par les Apôtres, ainsi que l'enseigne le Concile Vatican II, progresse dans l'Église sous l'assistance du Saint-Esprit: "En effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s'accroît tant par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent dans leur cœur (cf. Lc 2,19.51) que par l'intelligence intérieure des réalités spirituelles qu'ils expérimentent ainsi que par la prédication de ceux qui, avec la succession dans l'épiscopat, ont reçu un charisme certain de vérité" (Dei Verbum, n. 8).

Dans les écrits de Thérèse de Lisieux, sans doute ne trouvons-nous pas, comme chez d'autres Docteurs, une présentation scientifiquement organisée des choses de Dieu, mais nous pouvons y découvrir un témoignage éclairé de la foi qui, en accueillant d'un amour confiant la condescendance miséricordieuse de Dieu et le salut dans le Christ, révèle le mystère et la sainteté de l'Église.

On peut donc à juste titre reconnaître dans la sainte de Lisieux le charisme d'enseignement d'un Docteur de l'Église, à la fois à cause du don de l'Esprit Saint qu'elle a reçu pour vivre et exprimer son expérience de foi et à cause de son intelligence particulière du mystère du Christ. En elle se retrouvent les dons de la loi nouvelle, c'est-à-dire la grâce de l'Esprit Saint, qui se manifeste dans la foi vivante agissant par la charité (cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théol., I-II, q. 106, a. 1; q. 108, a. 1).

Nous pouvons appliquer à Thérèse de Lisieux ce que dit mon prédécesseur Paul VI d'une autre sainte jeune, Docteur de l'Église, Catherine de Sienne: "Ce qui frappe plus que tout dans la sainte, c'est la sagesse infuse, c'est-à-dire l'assimilation brillante, profonde et exaltante des vérités divines et des mystères de la foi [...]: une assimilation, certes favorisée par des dons naturels exceptionnels, mais évidemment prodigieuse, due à un charisme de sagesse de l'Esprit Saint" (AAS 62 (1970), p. 675).

8. Avec sa doctrine propre et son style unique, Thérèse se présente comme une authentique maîtresse de la foi et de la vie chrétiennes. Dans ses écrits, comme dans les développements des saints Pères, passe la sève vivifiante de la tradition catholique dont les richesses, ainsi que l'atteste encore le Concile Vatican II, "passent dans la pratique et la vie de l'Église qui croit et qui prie" (Dei Verbum, n. 8).

La doctrine de Thérèse de Lisieux, si on la considère dans son genre littéraire, dépendant de son éducation et de sa culture, et si on l'évalue en fonction des conditions particulières de son époque, se présente dans une harmonie providentielle avec la tradition la plus authentique de l'Église, tant pour la confession de la foi catholique que pour la promotion de la vie spirituelle la plus vraie, proposée à tous les fidèles dans un langage vivant et accessible.

Elle a fait resplendir en notre temps la beauté de l'Évangile; elle a eu la mission de faire connaître et aimer l'Église, Corps mystique du Christ; elle a aidé à guérir les âmes des rigueurs et des craintes de la doctrine janséniste, plus portée à souligner la justice de Dieu que sa divine miséricorde. Elle a contemplé et adoré dans la miséricorde de Dieu toutes les perfections divines, parce que "la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d'amour" (Ms A, 83 v•). Elle est ainsi devenue une icône vivante de ce Dieu qui, selon la prière de l'Église, "donne la preuve suprême de sa puissance lorsqu'il patiente et prend pitié" (cf. Missale Romanum, Collecta, XXVIe dimanche du temps ordinaire).

Même si Thérèse n'a pas un corps de doctrine proprement dit, de véritables éclairs de doctrine se dégagent de ses écrits qui, comme par un charisme de l'Esprit Saint, touchent au centre même du message de la Révélation dans une vision originale et inédite, présentant un enseignement de qualité éminente.

De fait, au cœur de son message il y a le mystère même de Dieu Amour, de Dieu Trinité, infiniment parfait en soi. Si l'expérience chrétienne authentique doit être en accord avec les vérités révélées, dans lesquelles Dieu se fait connaître lui-même et fait connaître le mystère de sa volonté (cf. Dei Verbum, n. 2), il faut affirmer que Thérèse a fait l'expérience de la Révélation divine, parvenant à contempler les réalités fondamentales de notre foi réunies dans le mystère de la vie trinitaire. Au sommet, source et terme à la fois, il y a l'amour miséricordieux des trois Personnes divines, comme elle le dit, spécialement dans son Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux. À la base, du côté du sujet, il y a l'expérience d'être enfant adoptif du Père en Jésus; tel est le sens le plus authentique de l'enfance spirituelle, c'est-à-dire l'expérience de la filiation divine sous la motion de l'Esprit Saint. À la base encore, et devant nous, il y a le prochain, les autres, et nous devons coopérer à leur salut avec et en Jésus, avec le même amour miséricordieux que Lui.

Par l'enfance spirituelle, on éprouve que tout vient de Dieu, que tout retourne à Lui et demeure en Lui, pour le salut de tous, dans un mystère d'amour miséricordieux. Tel est le message doctrinal enseigné et vécu par cette sainte.

Comme pour les saints de l'Église de tous les temps, pour elle aussi, dans son expérience spirituelle, le Christ est le centre et la plénitude de la Révélation. Thérèse a connu Jésus, elle l'a aimé et l'a fait aimer avec la passion d'une épouse. Elle a pénétré les mystères de son enfance, les paroles de son Évangile, la passion du Serviteur souffrant gravée en sa sainte Face, la splendeur de son existence glorieuse, sa présence eucharistique. Elle a chanté toutes les expressions de la divine charité du Christ, telles qu'elles sont proposées par l'Évangile (cf. PN 24, Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi!).

Thérèse a été particulièrement éclairée sur la réalité du Corps mystique du Christ, sur la diversité de ses charismes, des dons de l'Esprit Saint, sur la force éminente de la charité qui est comme le cœur même de l'Église, où elle a trouvé sa vocation de contemplative et de missionnaire (cf. Ms B, 2 r• - 3 v•).

Enfin, parmi les chapitres les plus originaux de sa science spirituelle, il faut rappeler la sage recherche qu'a développée Thérèse du mystère et de l'itinéraire de la Vierge Marie, parvenant à des résultats très voisins de la doctrine du Concile Vatican II, au chapitre VIII de la Constitution Lumen gentium, et de ce que j'ai moi-même proposé dans mon encyclique Redemptoris Mater du 25 mars 1987.

9. La source principale de son expérience spirituelle et de son enseignement est la Parole de Dieu, dans l'Ancien et le Nouveau Testaments. Elle le reconnaît elle-même, mettant particulièrement en relief son amour passionné pour l'Évangile (cf. Ms A, 83 v•). Dans ses écrits, on dénombre plus de mille citations bibliques: plus de quatre cents de l'Ancien Testament et plus de six cents du Nouveau Testament.

Malgré sa formation insuffisante et l'absence d'instruments pour l'étude et l'interprétation des livres saints, Thérèse s'est immergée dans la méditation de la Parole de Dieu avec une foi et une connaturalité singulières. Sous l'influence de l'Esprit, elle est parvenue, pour elle-même et pour les autres, à une connaissance profonde de la Révélation. En se concentrant amoureusement sur l'Écriture Ä elle aurait même voulu connaître l'hébreu et le grec pour mieux comprendre l'esprit et la lettre des livres saints Ä, elle a montré l'importance qu'ont les sources bibliques dans la vie spirituelle, elle a mis en relief l'originalité et la fraîcheur de l'Évangile, elle a cultivé sobrement l'exégèse spirituelle de la Parole de Dieu, de l'Ancien comme du Nouveau Testament. Elle a ainsi découvert des trésors cachés, en s'appropriant des paroles et des faits, parfois non sans audace surnaturelle comme lorsque, lisant les textes de Paul (cf. 1 Co 12-13), elle a eu l'intuition de sa vocation à l'amour (cf. Ms B, 3 r• - 3 v•). Éclairée par la Parole révélée, Thérèse a écrit des pages géniales sur l'unité entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain (cf. Ms C, 11 v• - 19 r•); elle s'est identifiée à la prière de Jésus lors de la dernière Cène, comme expression de son intercession pour le salut de tous (cf. Ms C, 34 r• - 35 r•).

Sa doctrine est conforme à l'enseignement de l'Église, comme on l'a dit plus haut. Dès l'enfance, elle a été formée par sa famille à participer à la prière et au culte liturgique. Pour préparer sa première confession, sa première communion et le sacrement de la confirmation, elle a fait preuve d'un amour extraordinaire pour les vérités de la foi, et elle a appris, presque mot à mot, le Catéchisme (cf. Ms A, 37 r• - 37 v•). À la fin de sa vie, elle écrivit avec son sang le Symbole des Apôtres, comme expression de son attachement sans réserve à la profession de foi.

En dehors des paroles de l'Écriture et de la doctrine de l'Église, Thérèse s'est nourrie très jeune de l'enseignement de l'Imitation de Jésus Christ, qu'elle savait presque par cœur, comme elle l'a elle-même reconnu (cf. Ms A, 47 r•). Pour épanouir sa vocation carmélitaine, les écrits spirituels de la Mère fondatrice, Thérèse de Jésus, ont été déterminants, en particulier ceux qui exposent le sens contemplatif et ecclésial du charisme du Carmel thérésien (cf. Ms C, 33 v•). Mais Thérèse s'est nourrie tout particulièrement de la doctrine mystique de saint Jean de la Croix, qui a été son véritable maître spirituel (cf. Ms A, 83 r•). Il n'est donc pas surprenant qu'à l'école de ces deux saints, déclarés plus tard Docteurs de l'Église, elle aussi, excellente disciple, soit devenue Maîtresse de vie spirituelle.

10. La doctrine spirituelle de Thérèse de Lisieux a contribué à la croissance du Royaume de Dieu. Par son exemple de sainteté, de fidélité parfaite à l'Église Mère, de pleine communion avec le Siège de Pierre, ainsi que par les grâces particulières qu'elle a obtenues pour de nombreux frères et sœurs missionnaires, elle a rendu un service tout particulier au renouvellement de l'annonce et de l'expérience de l'Évangile du Christ et à l'expansion de la foi catholique dans toutes les nations de la terre.

Il n'est pas nécessaire de s'étendre sur l'universalité de la doctrine thérésienne et sur l'ampleur de l'accueil réservé à son message au cours du siècle qui nous sépare de sa mort: cela a été largement confirmé par les études réalisées en vue de l'attribution à la sainte du titre de Docteur de l'Église.

À ce sujet, le fait que le Magistère même de l'Église a non seulement reconnu la sainteté de Thérèse mais a aussi mis en lumière sa sagesse et sa doctrine revêt une particulièrement importance. Déjà Pie X a dit d'elle qu'elle était "la plus grande sainte des temps modernes". Accueillant avec joie la première édition italienne de l'Histoire d'une âme, il souligna les fruits que l'on retirait de la spiritualité thérésienne. Benoît XV, à l'occasion de la proclamation de l'héroïcité des vertus de la Servante de Dieu, mit en lumière la voie de l'enfance spirituelle et loua la science des réalités divines, accordée par Dieu à Thérèse pour apprendre aux autres les voies du salut (cf. AAS 13 [1921], pp. 449-452). Pie XI, lors de sa béatification comme de sa canonisation, voulut exposer la doctrine de la sainte et la recommander, en soulignant sa particulière illumination divine (Discorsi di Pio XI, vol. I, Turin 1959, p. 91) et en la disant maîtresse de vie (cf. AAS 17 [1925], pp. 211-214). Lorsque la Basilique de Lisieux fut consacrée en 1954, Pie XII déclara, entre autres, que Thérèse était entrée par sa doctrine au cœur même de l'Évangile (cf. AAS 46 [1954], pp. 404-408). Le Cardinal Angelo Roncalli, futur Pape Jean XXIII, se rendit plusieurs fois à Lisieux, surtout lorsqu'il était Nonce à Paris. Pendant son pontificat, il manifesta en plusieurs circonstances sa dévotion pour la sainte et il mit en relief les rapports entre la doctrine de la sainte d'Avila et celle de sa fille, Thérèse de Lisieux (Discorsi, Messaggi, Colloqui, vol. II [1959-1960], pp. 771-772). Pendant la célébration du Concile Vatican II, les Pères évoquèrent à plusieurs reprises son exemple et sa doctrine. Paul VI, pour le centenaire de sa naissance, adressait une lettre à l'Évêque de Bayeux et Lisieux le 2 janvier 1973, dans laquelle il exaltait Thérèse dans sa recherche exemplaire de Dieu, il la proposait comme maîtresse de la prière et de l'espérance théologale, modèle de communion avec l'Église, conseillant l'étude de sa doctrine aux maîtres, aux éducateurs, aux pasteurs et aux théologiens eux-mêmes (cf. AAS 65 [1973], pp. 12-15). Moi-même, en différentes circonstances, j'eus la joie d'évoquer la figure et la doctrine de la sainte, spécialement à l'occasion de mon inoubliable visite à Lisieux, le 2 juin 1980, quand j'ai voulu rappeler à tous: "De Thérèse de Lisieux, on peut dire avec conviction que l'Esprit de Dieu a permis à son cœur de révéler directement aux hommes de notre temps, le mystère fondamental, la réalité de l'Évangile [...]. La "petite voie" est la voie de la "sainte enfance". Dans cette voie, il y a quelque chose d'unique, un génie de sainte Thérèse de Lisieux. Il y a en même temps la confirmation et le renouvellement de la vérité la plus fondamentale et la plus universelle. Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci: Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants?" (La Documentation catholique 77 [1980], p. 611).

Ces simples rappels d'une série ininterrompue de témoignages des Papes de ce siècle sur la sainteté et la doctrine de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la diffusion universelle de son message montrent clairement dans quelle large mesure l'Église a accueilli, par ses pasteurs et ses fidèles, l'enseignement spirituel de cette jeune sainte.

Un signe de la réception ecclésiale de l'enseignement de la sainte se trouve dans le recours à sa doctrine dans de nombreux documents du Magistère ordinaire de l'Église, surtout quand il est question de la vocation contemplative et missionnaire, de la confiance en Dieu juste et miséricordieux, de la joie chrétienne, de la vocation à la sainteté. En témoigne la présence de sa doctrine dans le récent Catéchisme de l'Église catholique (nn. 127, 826, 956, 1011, 2011, 2558). Celle qui a tant aimé apprendre dans le catéchisme les vérités de la foi a mérité d'être comptée au nombre des témoins autorisés de la doctrine catholique.

Thérèse jouit d'une universalité exceptionnelle. Sa personne, son message évangélique de la "petite voie" de la confiance et de l'enfance spirituelle ont reçu et continuent de recevoir un accueil surprenant, qui a franchi toutes les frontières.

L'influence de son message touche avant tout des hommes et des femmes dont la sainteté ou l'héroïcité des vertus ont été reconnues par l'Église elle-même, des pasteurs de l'Église, des spécialistes de la théologie et de la spiritualité, des prêtres et des séminaristes, des religieux et des religieuses, des mouvements ecclésiaux et des communautés nouvelles, des hommes et des femmes de toutes les conditions et de tous les continents. Thérèse apporte à tous sa manière personnelle de confirmer que le mystère chrétien, dont elle est devenue témoin et apôtre, se faisant dans la prière, comme elle le dit avec audace, "apôtre des apôtres" (Ms A, 56 r•), doit être pris à la lettre, avec le plus grand réalisme possible, parce qu'il a une valeur universelle dans le temps et dans l'espace. La force de sa doctrine vient de ce qu'elle montre concrètement comment toutes les promesses de Jésus trouvent leur plein accomplissement dans le croyant qui sait accueillir avec confiance en sa vie la présence salvatrice du Rédempteur.

11. Tous ces motifs montrent clairement l'actualité de la doctrine de la sainte de Lisieux et l'influence particulière de son message sur les hommes et les femmes de notre siècle. Certaines circonstances interviennent pour rendre encore plus significative sa désignation comme Maîtresse pour l'Église de notre temps.

D'abord, Thérèse est une femme qui, en abordant l'Évangile, a su déceler des richesses cachées avec un sens du concret, une profondeur d'assimilation dans la vie et une sagesse qui sont propres au génie féminin. Son universalité lui confère une grande place parmi les saintes femmes qui brillent par leur sagesse évangélique.

Thérèse est aussi une contemplative. Dans le secret de son Carmel, elle a vécu la grande aventure de l'expérience chrétienne, jusqu'à connaître la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur de l'amour du Christ (cf. Ep 3,18-19). Dieu a voulu que ses secrets ne restent pas cachés, et il a permis à Thérèse de proclamer les secrets du Roi (cf. Ms C, 2 v•). Par sa vie, Thérèse donne un témoignage et une illustration théologique de la beauté de la vie contemplative, comme consécration totale au Christ, Époux de l'Église, et comme affirmation du primat de Dieu sur toutes choses. Sa vie est une vie cachée qui possède une mystérieuse fécondité pour la diffusion de l'Évangile et qui remplit l'Église et le monde de la bonne odeur du Christ (cf. LT 169, 2 v•).

Thérèse de Lisieux, enfin, est jeune. Elle est arrivée à la maturité de la sainteté en pleine jeunesse (cf. Ms C, 4 r•). Comme telle, elle se montre Maîtresse de vie évangélique, particulièrement efficace pour éclairer les chemins des jeunes à qui il revient d'être des disciples actifs et des témoins de l'Évangile pour les nouvelles générations.

Thérèse de l'Enfant-Jésus est non seulement le Docteur de l'Église le plus jeune en âge, mais encore le plus proche de nous dans le temps, elle souligne en quelque sorte la constance avec laquelle l'Esprit du Seigneur envoie à l'Église ses messagers, hommes et femmes, comme maîtres et témoins de la foi. En effet, quelles que soient les variations constatées au cours de l'histoire et malgré les conséquences qu'elles ont ordinairement sur la vie et la pensée des personnes à chaque époque, nous ne devons pas perdre de vue la continuité qui lie entre eux les Docteurs de l'Église: ils restent, dans tous les contextes historiques, des témoins de l'Évangile qui ne change pas et, avec la lumière et la force qui leur viennent de l'Esprit, ils s'en font les messagers qui viennent l'annoncer dans sa pureté à leurs contemporains. Thérèse est une Maîtresse pour notre temps, assoiffé de paroles vivantes et essentielles, de témoignages héroïques et crédibles. C'est pourquoi elle est aimée et accueillie également par des frères et des sœurs des autres communautés chrétiennes et même par des personnes non chrétiennes.

12. En cette année où l'on célèbre le centenaire de la mort glorieuse de Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, alors que nous nous préparons à célébrer le grand Jubilé de l'An 2000, après que me soient parvenues des requêtes nombreuses et dignes de foi, spécialement de la part de Conférences épiscopales du monde entier, et après avoir reçu la requête officielle, ou Supplex Libellus, qui m'a été adressée le 8 mars 1997 par l'Évêque de Bayeux et Lisieux, ainsi que par le Préposé général de l'Ordre des Carmes déchaux de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel et par le Postulateur général de cet Ordre, j'ai décidé de confier à la Congrégation pour les Causes des Saints, compétente en la matière, l'étude spécifique de la cause pour l'attribution du Doctorat à cette sainte, "après avoir obtenu l'avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour ce qui touche à l'éminence de la doctrine" (Const. apost. Pastor bonus, n. 73).

Ayant rassemblé la documentation nécessaire, les deux Congrégations susdites ont abordé la question dans les réunions respectives de leurs consulteurs: celle de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le 5 mai 1997, en ce qui concerne la "doctrine éminente", et celle de la Congrégation pour les Causes des Saints le 29 mai de la même année, pour examiner la Positio spéciale. Le 17 juin suivant, les Cardinaux et les Évêques membres des mêmes Congrégations, suivant une procédure que j'ai approuvée pour la circonstance, se sont réunis en session interdicastérielle plénière et ont étudié la cause, exprimant à l'unanimité un avis favorable à l'attribution à sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face du titre de Docteur de l'Église universelle. Cet avis m'a été communiqué personnellement par Monsieur le Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et par le Pro-Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, Monseigneur Alberto Bovone, Archevêque titulaire de Cesarée de Numidie.

En considération de cela, le 24 août dernier, au moment de la prière de l'Angélus, en présence de centaines d'Évêques et devant une foule immense de jeunes du monde entier réunis à Paris pour la XIIe Journée mondiale de la Jeunesse, j'ai voulu annoncer personnellement mon intention de proclamer Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face Docteur de l'Église universelle à l'occasion de la célébration à Rome de la Journée mondiale des Missions.

Aujourd'hui, 19 octobre 1997, en la Place Saint-Pierre remplie de fidèles venus de toutes les régions du monde, en présence de nombreux Cardinaux, Archevêques et Évêques, au cours de la célébration solennelle de l'Eucharistie, j'ai proclamé Docteur de l'Église universelle Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face en prononçant ces paroles: Répondant au vœu d'un très grand nombre de Frères dans l'épiscopat et d'une multitude de fidèles du monde entier, après avoir consulté la Congrégation pour les Causes des Saints et après avoir obtenu l'avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour ce qui touche à l'éminence de la doctrine, de science certaine et après en avoir longuement délibéré, en vertu de la plénitude du pouvoir apostolique, nous déclarons Docteur de l'Église universelle sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, vierge. Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.

Cela ayant été accompli légitimement, nous demandons que notre lettre soit reçue avec un religieux respect et qu'elle prenne tout son effet maintenant et à l'avenir; en outre, que cela soit considéré comme jugé et défini légitimement et, s'il arrivait que quelqu'un, quelle que soit son autorité, contredise sciemment ou non l'un de ces points, que son acte soit nul et non avenu.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 19 octobre de l'an du Seigneur 1997.

Copyright © Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_letters/documents/hf_jp-ii_apl_19101997_divini-amoris_fr.html

Tombeau de Sainte-Thérèse, Carmel de Lisieux


BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 6 avril 2011



Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus


Chers frères et sœurs,

Je voudrais vous parler aujourd’hui de sainte Thérèse de Lisieux, Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, qui ne vécut que 24 ans dans ce monde, à la fin du XIXe siècle, conduisant une vie très simple et cachée mais qui, après sa mort et la publication de ses écrits, est devenue l’une des saintes les plus connues et aimées. La «petite Thérèse» n’a jamais cessé d’aider les âmes les plus simples, les petits, les pauvres, les personnes souffrantes qui la priaient, mais elle a également illuminé toute l’Eglise par sa profonde doctrine spirituelle, au point que le vénérable Pape Jean-Paul II, en 1997, a voulu lui conférer le titre de Docteur de l’Eglise, s’ajoutant à celui de patronne des missions, qui lui avait été attribué par Pie XI en 1927. Mon bien-aimé prédécesseur la définit «experte en scientia amoris» (Novo Millennio ineunte, n. 42). Cette science, qui voit resplendir dans l’amour toute la vérité de la foi, Thérèse l’exprime principalement dans le récit de sa vie, publié un an après sa mort sous le titre Histoire d’une âme. C’est un livre qui eut immédiatement un immense succès, et qui fut traduit dans de nombreuses langues et diffusé partout dans le monde. Je voudrais vous inviter à redécouvrir ce petit-grand trésor, ce commentaire lumineux de l’Evangile pleinement vécu! L’Histoire d’une âme, en effet, est une merveilleuse histoire d’Amour, racontée avec une telle authenticité, simplicité et fraîcheur que le lecteur ne peut qu’en être fasciné! Mais quel est cet Amour qui a rempli toute la vie de Thérèse, de son enfance à sa mort? Chers amis, cet Amour possède un Visage, il possède un Nom, c’est Jésus! La sainte parle continuellement de Jésus. Reparcourons alors les grandes étapes de sa vie, pour entrer au cœur de sa doctrine.

Thérèse naît le 2 janvier 1873 à Alençon, une ville de Normandie, en France. C’est la dernière fille de Louis et Zélie Martin, époux et parents exemplaires, béatifiés ensemble le 19 octobre 2008. Ils eurent neuf enfants; quatre d’entre eux moururent en bas âge. Les cinq filles survécurent, et devinrent toutes religieuses. A l’âge de 4 ans, Thérèse fut profondément frappée par la mort de sa mère (Ms A, 13r). Son père s’installa alors avec ses filles dans la ville de Lisieux, où se déroulera toute la vie de la sainte. Plus tard, Thérèse, frappée d’une grave maladie nerveuse, fut guérie par une grâce divine, qu’elle-même définit comme le «sourire de la Vierge» (ibid., 29v-30v). Elle reçut ensuite la Première Communion, intensément vécue (ibid., 35r), et plaça Jésus Eucharistie au centre de son existence.

La «Grâce de Noël» de 1886 marque un tournant important, qu’elle appelle sa «complète conversion» (ibid., 44v-45v). En effet, elle guérit totalement de son hypersensibilité infantile et commence une «course de géant». A l’âge de 14 ans, Thérèse s’approche toujours plus, avec une grande foi, de Jésus Crucifié, et prend à cœur le cas, apparemment désespéré, d’un criminel condamné à mort et impénitent (ibid., 45v-46v). «Je voulus à tout prix l’empêcher de tomber en enfer» écrit la sainte, dans la certitude que sa prière le mettrait en contact avec le Sang rédempteur de Jésus. C’est sa première expérience fondamentale de maternité spirituelle: «tant j'avais de confiance en la Miséricorde infinie de Jésus», écrit-elle. Avec la très Sainte Vierge Marie, la jeune Thérèse aime, croit et espère avec «un cœur de mère» (cf. RP 6/10r).

En novembre 1887, Thérèse se rend en pèlerinage à Rome avec son père et sa sœur Céline (ibid. 55v-67r). Pour elle, le moment culminant est l’audience du Pape Léon XIII, auquel elle demande l’autorisation d’entrer, à l’âge de quinze ans à peine, au carmel de Lisieux. Un an plus tard, son désir se réalise: elle devient carmélite «pour sauver les âmes et prier pour les prêtres» (ibid., 69v). Dans le même temps, commence également la douloureuse et humiliante maladie mentale de son père. C’est une grande souffrance qui conduit Thérèse à la contemplation du Visage de Jésus dans sa passion (ibid., 71rv). Ainsi, son nom de religieuse — sœur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face — exprime le programme de toute sa vie, dans la communion aux mystères centraux de l’Incarnation et de la Rédemption. Sa profession religieuse, en la fête de la Nativité de Marie, le 8 septembre 1890, est pour elle un véritable mariage spirituel dans la «petitesse» évangélique, caractérisée par le symbole de la fleur: «Quelle belle fête que la Nativité de Marie pour devenir l’épouse de Jésus! — écrit- elle — C’était la petite Sainte Vierge d’un jour qui présentait sa petite fleur au petit Jésus» (ibid., 77r). Pour Thérèse, être religieuse signifie être l’épouse de Jésus et mère des âmes (cf. Ms B, 2v). Le même jour, la sainte écrit une prière qui indique toute l’orientation de sa vie: elle demande à Jésus le don de l’Amour infini, d’être la plus petite, et surtout elle demande le salut de tous les hommes: «Qu’aucune âme ne soit damnée aujourd’hui» (Pri 2). Son Offrande à l’Amour miséricordieux, faite en la fête de la Très Sainte Trinité de 1895, est d’une grande importance (Ms A, 83v-84r; Pri 6): une offrande que Thérèse partagea immédiatement avec ses consœurs, étant déjà vice-maîtresse des novices.

Dix ans après la «Grâce de Noël», en 1896, arrive la «Grâce de Pâques», qui ouvre la dernière période de la vie de Thérèse, avec le début de sa passion en union profonde avec la Passion de Jésus. Il s’agit de la passion du corps, avec la maladie qui la conduira à la mort à travers de grandes souffrances, mais il s’agit surtout de la passion de l’âme, avec une très douloureuse épreuve de foi (Ms C, 4v-7v). Avec Marie à côté de la Croix de Jésus, Thérèse vit alors la foi la plus héroïque, comme une lumière dans les ténèbres qui envahissent son âme. La carmélite a conscience de vivre cette grande épreuve pour le salut de tous les athées du monde moderne, qu’elle appelle «frères». Elle vit alors encore plus intensément l’amour fraternel (8r-33v): envers les sœurs de sa communauté, envers ses deux frères spirituels missionnaires, envers les prêtres et tous les hommes, en particulier les plus lointains. Elle devient véritablement une «sœur universelle»! Sa charité aimable et souriante est l’expression de la joie profonde dont elle nous révèle le secret: «Jésus, ma joie est de T’aimer» (PN 45/7). Dans ce contexte de souffrance, en vivant le plus grand amour dans les petites choses de la vie quotidienne, la sainte conduit à son accomplissement sa vocation d’être l’Amour au cœur de l’Eglise (cf. Ms B, 3v).

Thérèse meurt le soir du 30 septembre 1897, en prononçant les simples paroles «Mon Dieu, je vous aime!», en regardant le Crucifix qu’elle serrait entre ses mains. Ces dernières paroles de la sainte sont la clé de toute sa doctrine, de son interprétation de l’Evangile. L’acte d’amour, exprimé dans son dernier souffle, était comme la respiration continuelle de son âme, comme le battement de son cœur. Les simples paroles «Jésus je T’aime» sont au centre de tous ses écrits. L’acte d’amour à Jésus la plonge dans la Très Sainte Trinité. Elle écrit: «Ah tu le sais, Divin Jésus je T’aime, / L’Esprit d’Amour m’embrase de son feu, / C’est en T’aimant que j’attire le Père» (PN 17/2).

Chers amis, nous aussi, avec sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, nous devrions pouvoir répéter chaque jour au Seigneur que nous voulons vivre d’amour pour Lui et pour les autres, apprendre à l’école des saints à aimer de manière authentique et totale. Thérèse est l’un des «petits» de l’Evangile qui se laissent conduire par Dieu dans les profondeurs de son Mystère. Un guide pour tous, surtout pour ceux qui, dans le Peuple de Dieu, accomplissent le ministère de théologiens. Avec l’humilité et la charité, la foi et l’espérance, Thérèse entre continuellement dans le cœur de la Sainte Ecriture qui renferme le Mystère du Christ. Et cette lecture de la Bible, nourrie par la science de l’amour, ne s’oppose pas à la science académique. La science des saints, en effet, dont elle parle elle-même dans la dernière page de l’Histoire d’une âme, est la science la plus élevée. «Tous les saints l’ont compris et plus particulièrement peut-être ceux qui remplirent l’univers de l’illumination de la doctrine évangélique. N’est-ce point dans l’oraison que les saints Paul, Augustin, Jean de la Croix, Thomas d’Aquin, François, Dominique et tant d’autres illustres Amis de Dieu ont puisé cette science divine qui ravit les plus grands génies?» (Ms C, 36r). Inséparable de l’Evangile, l’Eucharistie est pour Thérèse le Sacrement de l’amour divin qui s’abaisse à l’extrême pour s’élever jusqu’à Lui. Dans sa dernière Lettre, sur une image qui représente l’Enfant Jésus dans l’Hostie consacrée, la sainte écrit ces simples mots: «Je ne puis craindre un Dieu qui s’est fait pour moi si petit! (...) Je l’aime car Il n’est qu’Amour et Miséricorde!» (LT 266).

Dans l’Evangile, Thérèse découvre surtout la Miséricorde de Jésus, au point d’affirmer: «A moi il a donné sa Miséricorde infinie, et c’est à travers elle que je contemple et adore les autres perfections divines! (…) Alors toutes m’apparaissent rayonnantes d’amour, la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d’amour» (Ms A, 84r). Ainsi s’exprime-t-elle dans les dernières lignes de l’Histoire d’une âme: «Je n'ai qu'à jeter les yeux dans le Saint Evangile, aussitôt je respire les parfums de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir... Ce n’est pas à la première place, mais à la dernière que je m’élance... Oui je le sens, quand même j'aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j'irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l'enfant prodigue qui revient à Lui» (Ms C, 36v-37r). «Confiance et Amour» sont donc le point final du récit de sa vie, deux mots qui comme des phares ont éclairé tout son chemin de sainteté, pour pouvoir guider les autres sur sa propre «petite voie de confiance et d’amour», de l’enfance spirituelle (cf. Ms C, 2v-3r; LT 226). Confiance comme celle de l’enfant qui s’abandonne entre les mains de Dieu, inséparable de l’engagement fort, radical du véritable amour, qui est un don total de soi, pour toujours, comme le dit la sainte en contemplant Marie: «Aimer c’est tout donner, et se donner soi-même» (Pourquoi je t’aime, ô Marie, PN 54/22). Ainsi Thérèse nous indique à tous que la vie chrétienne consiste à vivre pleinement la grâce du Baptême dans le don total de soi à l’Amour du Père, pour vivre comme le Christ, dans le feu de l’Esprit Saint, Son propre amour pour tous les autres.
* * *

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les Frères du Sacré-Cœur, ainsi que les lycéens et les collégiens! N’ayez pas peur d’imiter sainte Thérèse de l’Enfant Jésus! La vie chrétienne consiste vraiment à vivre pleinement la grâce du baptême dans le don total de soi à l’amour du Père, pour manifester comme le Christ, dans le feu de l’Esprit Saint, son amour pour les autres. Ma prière vous accompagne!



APPEL

Je continue de suivre avec une grande préoccupation les événements dramatiques que vivent en ces jours les chères populations de Côte d’Ivoire et de Libye. Je souhaite, en outre, que le cardinal Turkson, que j’avais chargé de se rendre en Côte d’Ivoire pour exprimer ma solidarité, puisse entrer au plus tôt dans le pays. Je prie pour les victimes et je suis proche de tous ceux qui souffrent. La violence et la haine sont toujours un échec! C’est pourquoi j’adresse un nouvel appel pressant à toutes les parties en conflit afin que soit entamée l’œuvre de pacification et de dialogue et que l’on évite de nouvelles effusions de sang.

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana




Statue représentant Thérèse Martin (future sainte Thérèse de Lisieux) demandant à son père Louis l'autorisation d'entrer au carmel, dans le jardin des Buissonnets. Louis Richomme (1883-1975), en religion frère Marie-Bernard de la Grande Trappe (Soligny-la-Trappe), est l'auteur "officiel" des statues de Sainte-Thérèse de l'enfant Jésus selon le Carmel de Lisieux.

Office Romain

Leçons des Matines avant 1960

Quatrième leçon. Thérèse de l’Enfant Jésus naquit à Alençon, en France, de parents honorables, et remarquables par leur singulière et fervente piété envers Dieu. Aussi aspirait-elle dès sa plus tendre enfance à la vie religieuse. Elle fit dès lors sérieusement la promesse de ne rien refuser à Dieu de ce qu’il lui paraîtrait désirer d’elle, promesse à laquelle elle s’efforça d’être fidèle jusqu’à la mort. Ayant perdu sa mère au cours de sa cinquième année, elle s’abandonna totalement à la Providence de Dieu, sous la garde vigilante d’un père très aimant, et de ses sœurs aînées. A leur école, Thérèse s’élança comme un géant, pour courir dans la voie de la perfection. A l’âge de neuf ans elle fut confiée, pour son éducation, aux religieuses de l’ordre de Saint Benoît, à Lisieux, et se fit remarquer là par son intelligence supérieure des choses surnaturelles. A dix ans, une grave et mystérieuse maladie la fit longtemps souffrir. Elle en fut miraculeusement délivrée, comme elle le raconte elle-même, par le secours de la Bienheureuse Vierge qui lui apparut souriante, au cours d’une neuvaine où elle était invoquée sous son titre de Notre-Dame des Victoires. Pleine alors d’une angélique ferveur, elle se prépara avec le plus grand soin au banquet sacré, où le Christ se fait notre aliment.

Cinquième leçon. Sitôt qu’elle eut reçu pour la première fois le Pain Eucharistique, elle manifesta une faim insatiable de cette céleste nourriture. Comme inspirée, elle demandait à Jésus de changer pour elle, en amertume toutes les consolations du monde. Dès lors, toute brûlante d’amour pour le Christ notre Seigneur e pour l’Église, elle n’eut bien tôt de plus grand désir que d’entrer dans l’Ordre des Carmélites déchaussées, afin de pouvoir par son immolation et ses sacrifices, « aider les prêtres, les missionnaires toute l’Église », et de gagner des âmes sans nombre à Jésus-Christ, comme plus tard près de mourir, elle promit de continuer à le faire auprès de Dieu. Elle éprouva de grandes difficultés à embrasser la vie religieuse à cause de sa jeunesse, mais elle le : surmonta avec une force d’âme incroyable, et, à l’âge de quinze ans, entra avec bonheur au Carmel de Lisieux. Là, Dieu opéra d’admirables ascensions dans le cœur de Thérèse, qui, imitant la vie cachée de la Vierge Marie, produisit comme un jardin fertile, les fleurs de toutes les vertus, mais surtout celle d’une éminente charité pour Dieu et pour le prochain.

Sixième leçon. Ayant lu dans la Sainte Écriture cette invitation : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi », elle voulut, dans son désir de plaire davantage au Très-Haut, devenir petite selon l’esprit, et, avec une confiance toute filiale, elle se livra pour toujours à Dieu, comme au plus aimant des Pères. Cette « voie de l’enfance spirituelle » selon la doctrine de l’Évangile, elle l’enseigna aux autres, spécialement aux novices qu’elle était chargée, par obéissance, de former aux vertus religieuses ; et ainsi, toute remplie d’un zèle apostolique, elle montra le chemin de la simplicité évangélique à un monde enflé d’orgueil et attaché aux vanités. Jésus, son Époux, l’enflamma profondément du désir de souffrir et dans son âme et dans son corps. Bien plus, considérant avec une extrême douleur, combien l’amour de Dieu est universellement rejeté, deux ans avant sa mort, elle s’offrit en victime à l’Amour très miséricordieux de Dieu. Alors, comme elle le rapporte elle-même, elle fut blessée d’une flamme du céleste feu. Enfin, consumée d’amour, ravie en extase, et murmurant avec une ferveur extrême : « Mon Dieu, je vous aime ! » elle s’envola vers son Époux, le trente septembre de l’année mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, étant âgée de vingt-quatre ans. La promesse qu’elle avait faite en mourant, de faire tomber sur la terre une perpétuelle pluie de roses, dès son entrée au Ciel elle l’a réalisée, et la réalise encore de nos jours, par d’innombrables miracles. C’est pourquoi le Souverain Pontife Pie XI l’a inscrite parmi les Vierges Bienheureuses et deux ans après, au cours du grand jubilé il l’a solennellement placée au nombre des Saintes, puis constituée et déclarée Patronne spéciale de tous les Missionnaires.



Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Être un petit enfant devant Dieu »

Sainte Thérèse. — Jour de mort : 30 septembre 1897, à l’âge de 24 : ans. Tombeau : à Lisieux, en France. Vie : La « petite Thérèse de l’Enfant Jésus » est actuellement une des saintes les plus populaires. Quelle profonde émotion devons-nous éprouver à la pensée qu’une de nos contemporaines a reçu l’honneur des autels et a été couronnée au ciel comme sainte[ — La sainte est née à Alençon, en France, de parents honorables. A neuf ans, elle fut confiée aux Bénédictines de Lisieux pour son éducation. A dix ans, elle fut guérie miraculeusement d’une grave maladie. A 15 ans, elle reçut du pape Léon XIII en personne la permission d’entrer au Carmel de Lisieux. « Thérèse avait lu dans la Sainte Écriture cette célèbre exhortation : Si quelqu’un est vraiment petit, alors qu’il vienne à moi ! (Prov. IX, 4 :). Aussi, pour plaire davantage au Très-Haut, voulut-elle être un petit enfant en esprit et s’abandonner pour toujours avec une confiance d’enfant à Dieu comme au plus aimant des pères. Elle en dirigea également d’autres dans cette petite voie de l’enfance spirituelle selon l’enseignement de l’Évangile, notamment les novices dont elle était devenue, par obéissance, la maîtresse pour les former à la pratique fervente des vertus de l’Ordre. Ainsi Thérèse, animée du véritable zèle apostolique, annonça au monde, consumé d’orgueil et épris de vaine frivolité, la voie de la simplicité évangélique... En outre, elle souffrit extrêmement de constater que l’amour de Dieu était partout dédaigné ; c’est pourquoi, deux ans avant sa mort, elle s’offrit comme victime à l’amour du Dieu de miséricorde. Peu après, Thérèse fut pénétrée, comme elle le rapporta elle-même, de la flamme du feu céleste et elle mourut en prononçant dans son dernier soupir, au milieu d’une extase, avec l’ardeur du saint amour, ces paroles : « Mon Dieu, je vous aime. » Elle s’envola vers son céleste Époux le 30 septembre 1897, à l’âge de 24 ans. En mourant, Thérèse avait promis qu’elle ferait descendre sur la terre une pluie ininterrompue de roses (de grâces célestes). Elle réalisa cette promesse après son entrée au ciel par un nombre incalculable de miracles et elle la réalise encore de nos jours » (Bréviaire).

La Messe (Veni de Libano). — La messe est composée entièrement d’un texte propre qui exprime fort bien les aspects caractéristiques de la vie de notre petite sainte. A l’Introït, nous entendons l’invitation du Seigneur à son épouse : « O, viens du Liban, mon épouse. Tu as blessé mon cœur. » Le verset invite les enfants à louer Dieu : « Enfants de Dieu, louez le Seigneur. » L’Oraison demande l’esprit d’enfance de la petite Thérèse « en union d’humilité et de simplicité de cœur avec elle ». La lecture d’Isaïe déborde d’enthousiasme : « Comme un torrent, je lui apporte la paix ; comme un fleuve gonflé de hautes eaux, la gloire éclatante des peuples. Oui, vous serez désaltérés ; je vous porterai dans mon cœur et je vous caresserai sur mes genoux... » L’Évangile montre de nouveau l’esprit d’enfance : « Alors Jésus appela un enfant, le plaça il au milieu et dit : « Si vous ne devenez pas semblables à des enfants, vous ne pourrez entrer dans le royaume des cieux. » A l’Offertoire, nous entendons notre sainte chanter le Magnificat : « Car il a abaissé les yeux sur son humble servante. » La Communion, elle aussi, est très joyeuse : « Il l’a dirigée, il l’a instruite et il l’a protégée comme la prunelle de son œil. Comme un aigle il étend ses ailes et il l’a portée sur ses ailes. » Il y a dans cette messe une chaleur et une solennité extraordinaires.



St. Therese of Lisieux

St. Therese of Lisieux was the ninth child of saintly parents, Louis and Zélie Martin, both of whom had wished to consecrate their lives to God in the cloister. The vocation denied them was given to their children, five of whom became religious, one to the Visitation Order and four in the Carmelite Convent of Lisieux. Brought up in an atmosphere of faith where every virtue and aspiration were carefully nurtured and developed, her vocation manifested itself when she was still only a child.

Tragedy and loss came quickly to Therese when her mother died of breast cancer when she was four and a half years old. Her sixteen year old sister Pauline became her second mother — which made the second loss even worse when Pauline entered the Carmelite convent five years later. A few months later, Therese became so ill with a fever that people thought she was dying. When Therese saw her sisters praying by a statue of Mary in her room, Therese also prayed. She saw Mary smile at her and suddenly she was cured.

Educated by the Benedictines, when she was fifteen she applied for permission to enter the Carmelite Convent, and being refused by the superior, went to Rome with her father, as eager to give her to God as she was to give herself, to seek the consent of the Holy Father, Leo XIII, then celebrating his jubilee. He preferred to leave the decision in the hands of the superior, who finally consented and on 9 April, 1888, at the unusual age of fifteen, Thérèse Martin entered the convent of Lisieux where two of her sisters had preceded her.

In 1896, Thérèse requested to become a missionary and was selected to join a convent in Hanoi, Vietnam. But before leaving for her new duties, she was told by Jesus Christ, her “Bridegroom”, that she would soon be joining Him. That same year, she contracted tuberculosis. She kept working without telling anyone until she became so sick a year later everyone knew it. Her pain was so great that she said that if she had not had faith she would have taken her own life without hesitation. But she tried to remain smiling and cheerful — and succeeded so well that some thought she was only pretending to be ill. Her one dream was the work she would do after her death, helping those on earth. “I will return,” she said. “My heaven will be spent on earth.” She died on September 30, 1897 at the age of 24 years old.

The account of the eleven years of her religious life, marked by signal graces and constant growth in holiness, is given by St. Thérèse in her autobiography, written in obedience to her superior and published two years after her death. In 1901 it was translated into English, and in 1912 another translation, the first complete edition of the life of the Servant of God, containing the autobiography, “Letters and Spiritual Counsels”, was published. Its success was immediate and it has passed into many editions, spreading far and wide the devotion to this “little” saint of simplicity, and abandonment in God’s service, of the perfect accomplishment of small duties.

The fame of her sanctity and the many miracles performed through her intercession caused the introduction of her cause of canonization only seventeen years after her death, 10 Jun, 1914. On October 19, 1997, Pope John Paul II declared her a Doctor of the Church because of the impact that her spirituality has had on the lives of so many of God’s children.

St. Therese of Lisieux is one of the patron saints of the missions, not because she ever went anywhere, but because of her special love of the missions, and the prayers and letters she gave in support of missionaries. This is reminder to all of us who feel we can do nothing, that it is the little things that keep God’s kingdom growing. She is also the patroness of aviators and florists.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-therese-of-lisieux/



BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

St. Peter's Square
Wednesday, 6 April 2011



Saint Theresa of Lisieux


Dear Brothers and Sisters,

Today I would like to talk to you about St Thérèse of Lisieux, Thérèse of the Child Jesus and of the Holy Face, who lived in this world for only 24 years, at the end of the 19th century, leading a very simple and hidden life but who, after her death and the publication of her writings, became one of the best-known and best-loved saints. “Little Thérèse” has never stopped helping the simplest souls, the little, the poor and the suffering who pray to her. However, she has also illumined the whole Church with her profound spiritual doctrine to the point that Venerable Pope John Paul II chose, in 1997, to give her the title “Doctor of the Church”, in addition to that of Patroness of Missions, which Pius XI had already attributed to her in 1939. My beloved Predecessor described her as an “expert in the scientia amoris” (Novo Millennio Ineunte, n. 42). Thérèse expressed this science, in which she saw the whole truth of the faith shine out in love, mainly in the story of her life, published a year after her death with the title The Story of a Soul. The book immediately met with enormous success, it was translated into many languages and disseminated throughout the world.

I would like to invite you to rediscover this small-great treasure, this luminous comment on the Gospel lived to the full! The Story of a Soul, in fact, is a marvellous story of Love, told with such authenticity, simplicity and freshness that the reader cannot but be fascinated by it! But what was this Love that filled Thérèse’s whole life, from childhood to death? Dear friends, this Love has a Face, it has a Name, it is Jesus! The Saint speaks continuously of Jesus. Let us therefore review the important stages of her life, to enter into the heart of her teaching.

Thérèse was born on 2 January 1873 in Alençon, a city in Normandy, in France. She was the last daughter of Louis and Zélie Martin, a married couple and exemplary parents, who were beatified together on 19 October 2008. They had nine children, four of whom died at a tender age. Five daughters were left, who all became religious. Thérèse, at the age of four, was deeply upset by the death of her mother (Ms A 13r). Her father then moved with his daughters to the town of Lisieux, where the Saint was to spend her whole life. Later Thérèse, affected by a serious nervous disorder, was healed by a divine grace which she herself described as the “smile of Our Lady” (ibid., 29v-30v). She then received her First Communion, which was an intense experience (ibid., 35r), and made Jesus in the Eucharist the centre of her life.

The “Grace of Christmas” of 1886 marked the important turning-point, which she called her “complete conversion” (ibid., 44v-45r). In fact she recovered totally, from her childhood hyper-sensitivity and began a “to run as a giant”. At the age of 14, Thérèse became ever closer, with great faith, to the Crucified Jesus. She took to heart the apparently desperate case of a criminal sentenced to death who was impenitent. “I wanted at all costs to prevent him from going to hell”, the Saint wrote, convinced that her prayers would put him in touch with the redeeming Blood of Jesus. It was her first and fundamental experience of spiritual motherhood: “I had such great trust in the Infinite Mercy of Jesus”, she wrote. Together with Mary Most Holy, young Thérèse loved, believed and hoped with “a mother’s heart” (cf. Pr 6/ior).

In November 1887, Thérèse went on pilgrimage to Rome with her father and her sister Céline (ibid., 55v-67r). The culminating moment for her was the Audience with Pope Leo XIII, whom she asked for permission to enter the Carmel of Lisieux when she was only just 15. A year later her wish was granted. She became a Carmelite, “to save souls and to pray for priests” (ibid., 69v).

At the same time, her father began to suffer from a painful and humiliating mental illness. It caused Thérèse great suffering which led her to contemplation of the Face of Jesus in his Passion (ibid., 71rc). Thus, her name as a religious — Sr Thérèse of the Child Jesus and of the Holy Face — expresses the programme of her whole life in communion with the central Mysteries of the Incarnation and the Redemption. Her religious profession, on the Feast of the Nativity of Mary, 8 September 1890, was a true spiritual espousal in evangelical “littleness”, characterized by the symbol of the flower: “It was the Nativity of Mary. What a beautiful feast on which to become the Spouse of Jesus! It was the little new-born Holy Virgin who presented her little Flower to the little Jesus” (ibid., 77r).

For Thérèse, being a religious meant being a bride of Jesus and a mother of souls (cf. Ms B, 2v). On the same day, the Saint wrote a prayer which expressed the entire orientation of her life: she asked Jesus for the gift of his infinite Love, to be the smallest, and above all she asked for the salvation of all human being: “That no soul may be damned today” (Pr 2).

Of great importance is her Offering to Merciful Love, made on the Feast of the Most Holy Trinity in 1895 (Ms A, 83v-84r; Pr 6). It was an offering that Thérèse immediately shared with her sisters, since she was already acting novice mistress.

Ten years after the “Grace of Christmas” in 1896, came the “Grace of Easter”, which opened the last period of Thérèse’s life with the beginning of her passion in profound union with the Passion of Jesus. It was the passion of her body, with the illness that led to her death through great suffering, but it was especially the passion of the soul, with a very painful trial of faith (Ms C, 4v-7v). With Mary beside the Cross of Jesus, Thérèse then lived the most heroic faith, as a light in the darkness that invaded her soul. The Carmelite was aware that she was living this great trial for the salvation of all the atheists of the modern world, whom she called “brothers”.

She then lived fraternal love even more intensely (8r-33v): for the sisters of her community, for her two spiritual missionary brothers, for the priests and for all people, especially the most distant. She truly became a “universal sister”! Her lovable, smiling charity was the expression of the profound joy whose secret she reveals: “Jesus, my joy is loving you” (P 45/7). In this context of suffering, living the greatest love in the smallest things of daily life, the Saint brought to fulfilment her vocation to be Love in the heart of the Church (cf. Ms B, 3v).

Thérèse died on the evening of 30 September 1897, saying the simple words, “My God, I love you!”, looking at the Crucifix she held tightly in her hands. These last words of the Saint are the key to her whole doctrine, to her interpretation of the Gospel the act of love, expressed in her last breath was as it were the continuous breathing of her soul, the beating of her heart. The simple words “Jesus I love you”, are at the heart of all her writings. The act of love for Jesus immersed her in the Most Holy Trinity. She wrote: “Ah, you know, Divine Jesus I love you / The spirit of Love enflames me with his fire, / It is in loving you that I attract the Father” (P 17/2).

Dear friends, we too, with St Thérèse of the Child Jesus must be able to repeat to the Lord every day that we want to live of love for him and for others, to learn at the school of the saints to love authentically and totally. Thérèse is one of the “little” ones of the Gospel who let themselves be led by God to the depths of his Mystery. A guide for all, especially those who, in the People of God, carry out their ministry as theologians. With humility and charity, faith and hope, Thérèse continually entered the heart of Sacred Scripture which contains the Mystery of Christ. And this interpretation of the Bible, nourished by the science of love, is not in opposition to academic knowledge. The science of the saints, in fact, of which she herself speaks on the last page of her The Story of a Soul, is the loftiest science.

“All the saints have understood and in a special way perhaps those who fill the universe with the radiance of the evangelical doctrine. Was it not from prayer that St Paul, St Augustine, St John of the Cross, St Thomas Aquinas, Francis, Dominic, and so many other friends of God drew that wonderful science which has enthralled the loftiest minds?” (cf. Ms C 36r). Inseparable from the Gospel, for Thérèse the Eucharist was the sacrament of Divine Love that stoops to the extreme to raise us to him. In her last Letter, on an image that represents Jesus the Child in the consecrated Host, the Saint wrote these simple words: “I cannot fear a God who made himself so small for me! […] I love him! In fact, he is nothing but Love and Mercy!” (LT 266).

In the Gospel Thérèse discovered above all the Mercy of Jesus, to the point that she said: “To me, He has given his Infinite Mercy, and it is in this ineffable mirror that I contemplate his other divine attributes. Therein all appear to me radiant with Love. His Justice, even more perhaps than the rest, seems to me to be clothed with Love” (Ms A, 84r).

In these words she expresses herself in the last lines of The Story of a Soul: “I have only to open the Holy Gospels and at once I breathe the perfume of Jesus’ life, and then I know which way to run; and it is not to the first place, but to the last, that I hasten…. I feel that even had I on my conscience every crime one could commit… my heart broken with sorrow, I would throw myself into the arms of my Saviour Jesus, because I know that he loves the Prodigal Son” who returns to him. (Ms C, 36v-37r).

“Trust and Love” are therefore the final point of the account of her life, two words, like beacons, that illumined the whole of her journey to holiness, to be able to guide others on the same “little way of trust and love”, of spiritual childhood (cf. Ms C, 2v-3r; LT 226).

Trust, like that of the child who abandons himself in God’s hands, inseparable from the strong, radical commitment of true love, which is the total gift of self for ever, as the Saint says, contemplating Mary: “Loving is giving all, and giving oneself” (Why I love thee, Mary, P 54/22). Thus Thérèse points out to us all that Christian life consists in living to the full the grace of Baptism in the total gift of self to the Love of the Father, in order to live like Christ, in the fire of the Holy Spirit, his same love for all the others.


APPEAL
I am continuing to follow with great apprehension the dramatic events which the beloved peoples of Côte d’Ivoire and Libya are living through in these days. I am hoping that Cardinal Turkson, whom I have charged to go to Côte d’Ivoire to express my solidarity will be able to enter the country soon. I pray for the victims and I am close to all those who are suffering. Violence and hatred are always a defeat! I therefore address a new heartfelt appeal to all the parties concerned, that the work of peace-making and dialogue be initiated so that further bloodshed may be avoided.

* * *

I offer a warm greeting to the members of the Conference on Parkinson’s Disease sponsored by the Pontifical Academy of Sciences. I also greet the group from the NATO Defense College, with prayerful good wishes for their important work in the service of peace. I also welcome the priests of the Institute for Continuing Theological Education of the North American College. To the choirs I express my gratitude for their praise of God in song. Upon all the English-speaking pilgrims present at today’s Audience, especially those from the Channel Islands, England, Scotland, Denmark, Finland, Norway, Sweden, South Korea and the United States, I cordially invoke the Lord’s blessings of joy and peace.

Lastly my greeting goes to the young people, the sick and the newlyweds. Dear young people, meeting you is always a cause of comfort and hope to me, because your age is the springtime of life. May you be able to respond to the love God has for you. Dear sick people, let yourselves be enlightened by the Cross of the Lord to be strong in trial. And you, dear newlyweds, may you be grateful to God for the gift of the family: counting always on his help, make your existence a mission of faithful and generous love.

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana


SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110406_en.html


Teresa of the Child (Infant) Jesus V (RM) +

(also known as Thérèse of Lisieux, Marie Francoise Martin)

Born in Alençon, France, January 2, 1873; died in Lisieux, Normandy, France, on September 30, 1897; canonized in 1925 by Pope Pius XI, who in 1927 declared patron of foreign missions (together with Saint Francis Xavier); in 1997, she was named a Doctor of the Church by Pope John Paul II.


"I had offered myself . . . to the Child Jesus as His little plaything. I told Him not to use me as a valuable toy . . . but like a little ball of no value. . . . He let His little ball fall to the ground and He went to sleep. What did He do during His gentle sleep and what became of the abandoned ball? Jesus dreamed He was still playing with His toy, leaving it and taking it up in turns, and then, having seen it roll quite far, He pressed it to His heart, no longer allowing it to ever go far from His little hand."

--St. Thérèse of Lisieux
Thérèse was the ninth child of Louis Martin, a watchmaker, and Azélie-Marie Geurin, a maker of point d'Alençon lace. She was baptized Marie-Fran‡oise- Thérèse. Her mother died in 1877 when Thérèse was five, and the father moved the family to Lisieux, where the children could be overseen by their aunt.

Thérèse's two older sisters became Carmelite nuns at Lisieux. When she was 15, Thérèse told her father that she was so much devoted to Jesus that she wished to do the same but the Carmelites and her bishop thought that she was too young. A few months later during a pilgrimage to Rome for the jubilee of Pope Leo XIII, she met the pope. As she knelt before him, she broke the rule of silence and asked him, "In honor of your jubilee, allow me to enter Carmel at fifteen. . . ." The pope was impressed by her fervor, but upheld the decision to make her wait.

At the end of the year, she was received in the Carmel and took the name Thérèse of the Child Jesus. Her father suffered a nervous breakdown and was institutionalized for three years. Despite her fragile health, she lived the austere life faithfully. At 22, she was appointed assistant novice mistress, although in fact she fulfilled the duties of the novice mistress. After her father died in 1894, the fourth sister joined the convent.

Her prioress Mother Agnes (her blood-sister Pauline) requested the she write her autobiography, L'histoire d'une âme (The story of a soul). She began in 1894 to write the story of her childhood, and in 1897, after finishing it the previous year, she was ordered by the new prioress, Mother Marie de Gonzague, to tell of her life in the convent. Both were combined in the final book, which was revised and circulated to all the Carmelite houses.

Thérèse of Lisieux's autobiography was three sections written specifically to her sister Pauline, her sister Marie, and her prioress. It was edited by Pauline (Sister Agnes) and made to appear as though written to her prioress. Highly edited book sold without notation until 1956. In 1952 the unedited manuscripts were published in their original form. The first English version, translated by Ronald Knox, appeared in 1958 under the title Autobiography of a saint. Thérèse was childlike, not polished, and she was sentimental. Surprisingly, Thérèse found it hard to say the rosary, which should be a comfort to those saints-in-the-making who find it difficult, too.

The appeal of the book was immediate and astonishing: It had an instant appeal in every language into which it was translated. Her "little way" of searching for simplicity and perfection in everyday tasks became a model for ordinary people. The saint's nine years in the convent were uneventful and 'ordinary,' such as could be paralleled in the lives of numberless other young nuns: the daily life of prayer and work, faults of pride and obstinacy to be overcome, a certain moodiness to be fought, inward and outward trials to be faced. Sister Thérèse stuck bravely to her 'little way' of simple trust in and love for God.

Afflicted with tuberculosis, Thérèse hemorrhaged but endured her illness with patience and fortitude. She wished to join the Carmelites at Hanoi in Indochina at their invitation, but her illness became worse. She moved into the infirmary in 1897 and died at the age of 24. Her last words were, "I love him. My God I love you." Since her death she has worked innumerable miracles, and her cultus has spread throughout the world. She had become the most popular saint of modern times: Thérèse had shown innumerable people that sainthood is attainable by anybody, however, obscure, lowly, untalented, by doing the small things and discharging daily duties in a perfected spirit of love for God. Her popularity was so great that a large church was built in Lisieux to accommodate the crowds of pilgrims to her shrine.

In contemplating her death, Thérèse said, "I will let fall a shower of roses," meaning favors through her intercession. From this we get the novena of St. Thérèse which requires the praying of 24 Our Fathers each day for nine days in honor of the 24 years of life that God granted the saint. It is said that when the prayer has been heard and answered, the petitioner will receive a rose from the heavenly garden as a sign. For this reason, she is called "the Little Flower of Jesus."

Thérèse's attraction is her utter simplicity. She was no scholar; no great student of the Bible or the Fathers. She simply longed to be a saint, as she believed her person could. "In my little way," she wrote, "are only very ordinary things. Little souls can do everything that I do."

She was full of fun. She drew a coat of arms for herself and Jesus, surmounted with her initials M.F.T., and the divine ones I.H.S. She made superbly innocent and happy jokes. She recorded that she would pretend she was at Nazareth in the Holy Family's home. "If I am offered salad, cold fish, wine or anything with a strong flavor, I give that to good Saint Joseph. I give the warm dishes and the ripest fruits to the Holy Virgin. I give the infant Jesus soup, rice, and jam. But if I am offered a bad meal, I say gaily to myself, 'My little girl, today it is all yours'."

Thérèse was a happy saint. Even as she suffered pain--physical and emotional (being scolded for pulling up flowers rather than weeds in the garden)--she always thanked God for everything (Attwater, von Balthasar, Benedictines, Bentley, Day, Delaney, Gorres, Robo, Sackville-West, Sheppard, White).

In art, St. Thérèse is a Discalced Carmelite holding a bouquet of roses or with roses at her feet. She is the patron saint of foreign missions (due to her prayers for and correspondence with missions), all works for Russia, France, florists and flower growers (White); aviators, and, in 1944, was named copatroness of France with Saint Joan of Arc (Delaney).