vendredi 12 octobre 2012

Bienheureuse JEANNE LEBER, recluse


Bienheureuse Jeanne Leber

Recluse de Ville-Marie

(1662-1714)

Parmi les grandes figures religieuses qui ont illustré la Nouvelle-France à ses débuts, la bienheureuse Jeanne Leber occupe une place exceptionnelle: celle de recluse. Fille unique de Jacques Leber, le plus grand négociant du Canada, et de Jeanne Lemoyne, soeur du Baron de Longueil, tous deux excellents chrétiens, Jeanne naquit à Ville-Marie, aujourd'hui Montréal, le 4 janvier 1662. Maisonneuve lui tint lieu de parrain, et Jeanne Mance de marraine.

A quinze ans, Jeanne terminait ses études et rentrait à Ville-Marie. Ses parents l'obligèrent de s'habiller selon sa condition sociale et songèrent à lui trouver un parti avantageux. Mais Jeanne avait déjà renoncé intérieurement au monde. Son affection se portait vers les religieuses de l'Hôtel-Dieu et celles de la Congrégation Notre-Dame. Ne se sentant cependant pas appelée à la vie communautaire, Jeanne Leber commença à songer à une vie de recueillement, séparée du monde, dans la maison paternelle. Ses pieux parents respectèrent sa vocation sans toutefois la comprendre.

Elle se voua à la réparation de tous les péchés du monde, à commencer par les siens propres. Cilice et ceinture de crins, flagellations sanglantes, consommation des restes des pauvres que l'on nourrit à la porte de son père, voilà son programme journalier de pénitence. Son vêtement est d'une grossière serge de laine gris-blanc, sans parure, qu'elle porte pour honorer la pureté et l'humilité de Marie; une capeline voile sa tête. La pieuse recluse ne sort de sa retraite que pour assister à la messe.

Après cinq ans de réclusion écoulées sous l'autorité de son directeur et des supérieurs ecclésiastiques, la pieuse jeune fille prononça les voeux de perpétuelle réclusion, chasteté et pauvreté de coeur.

Le 4 juin 1685, elle quitta le toit familial pour la chapelle qu'elle avait fait construire à ses frais en faveur de la communauté de Mère Bourgeois, à la condition qu'on lui aménagerait une cellule derrière l'autel. La brève et touchante cérémonie de la réclusion solennelle eut lieu un vendredi, à l'heure de vêpres, le 5 août, fête de Notre-Dame des Neiges. Le père de Jeanne âgé de 64 ans, accompagnait son héroïque fille avec un grand nombre de parents et d'amis. Arrivé au seuil de la cellule bénie, terrassé par l'émotion, M. Leber fut contraint de se retirer. M. Dollier exhorta Mlle Leber à persévérer dans sa sainte retraite comme Marie-Madeleine dans sa grotte, après quoi la Bienheureuse s'y enferma elle-même. Tout Ville-Marie voyait avec étonnement et admiration l'amour de Dieu victorieux de la tendresse naturelle des parents.

Une table de travail, une mauvaise chaise, un poêle et une misérable paillasse placée près du Tabernacle composaient tout l'ameublement de la pauvre cellule. Pour imiter la piété de Marie envers Jésus, la bienheureuse Jeanne Leber s'appliquait à broder des ornements sacerdotaux et des parements d'autel.

Sa prière était continuelle et son immolation totale. La nuit, elle se levait sans faire de feu, même dans les plus grands froids d'hiver; elle n'allumait pas de lumière afin de n'être remarquée par personne. Se tournant alors du côté du très Saint Sacrement éclairé par la lueur de la lampe du sanctuaire, elle prolongeait son oraison pendant une heure.

Les vingt dernières années de cette victime d'amour s'écoulèrent au sein de cette prison bénie, dans des aridités et des peines intérieures continuelles. Au milieu de ces cuisantes désolations du coeur et de l'esprit, Jeanne ne consacra jamais moins de trois ou quatre heures par jour à l'oraison et n'omit pas une seule fois ses exercices de piété.

Cette âme toute céleste quitta la terre le 3 octobre 1714, à neuf heures du matin, à l'âge de cinquante-deux ans. Sa réclusion avait duré trente-quatre ans en tout. On distribua aux fidèles tous ses pauvres haillons, jusqu'à ses souliers de paille. Tous ceux qui purent obtenir quelque chose ayant appartenu à l'admirable recluse, le révérèrent comme une insigne relique. Son corps fut inhumé dans le sous-sol de la chapelle de la Congrégation.

Résumé O. D. M.

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/bienheureuse_jeanne_leber.html


Quand Jeanne Le Ber naît en 1662, le grand courant spirituel initié par Pierre de Bérulle et Jean-Jacques Olier, qu'on appellera plus tard l'École française de spiritualité ou Spiritualité bérullienne, est déjà bien implanté dans la Nouvelle France grâce aux Sulpiciens. La similitude entre les grands traits de cette spiritualité et celle vécue par les recluses des siècles précédents est frappante: l'adoration eucharistique; la communion aux mystères d'anéantissement de Jésus, en compagnie de Marie; l'esprit apostolique ou prière d'intercession; l'amour des saintes Écritures.

C'est dire que Jeanne, quand elle désira vivre en recluse, entra de plain-pied dans la tradition des recluses, ses devancières. Sa manière de vivre en réclusion, son règlement et même le plan qu'elle fait de son reclusoir nous le prouvent.

Jeanne Le Ber a inspiré la fondation de la communauté des Recluses Missionnaires en 1943. Les fondatrices désiraient l'imiter dans sa spiritualité, dont elles étaient déjà imprégnées, la Spiritualité de l'École française ayant été transmise de génération en génération surtout à Montréal. Elles désiraient également adopter un genre de vie où la solitude et le silence auraient une large part.

Jeanne Le Ber est un idéal, non seulement pour les Recluses Missionnaires, mais également pour beaucoup de personnes qui ont appris à la connaître ces dernières années. Elle demeure pour tous une inspiration, un rappel des réalités invisibles.

Grâce à Jeanne, une fille de chez nous, les recluses de jadis, ces femmes exceptionnelles, se font tout près de nous...

SOURCE : http://www.reclusesmiss.org/rm_traditionr.php

Jeanne Le Ber naît à Ville-Marie (Montréal), le 4 janvier 1662.

Elle est la fille de Jacques Le Ber, riche marchand de Montréal, et de Jeanne LeMoyne, d’une illustre famille du pays, ainsi que la filleule de Paul de Chomedey de Maisonneuve, fondateur et gouverneur de Montréal, et de Jeanne Mance, fondatrice et administratrice de l’Hôtel-Dieu.

Dès sa plus tendre enfance, Jeanne est attirée par Jésus présent au Saint-Sacrement. Cette dévotion s’accroît de jour en jour et se double d’un attrait marqué pour le silence et la prière.

À 18 ans, ses parents l’autorisent à vivre en recluse dans la maison familiale. Ainsi, complètement retirée du monde, ne parlant presque jamais, elle ne quitte sa chambre que pour aller à la messe. Le 5 août 1695, à 33 ans, elle s’isole encore davantage. Elle quitte sa famille et se retire dans la maison de la Congrégation de Notre-Dame où Marguerite Bourgeoys et ses sœurs l’accueillent avec grande joie. Là, elle poursuit sa réclusion dans un minuscule appartement adossé au sanctuaire de la chapelle.

Sa vie est un hommage continuel au Saint-Sacrement, en union avec la Sainte Vierge et les Anges. Entre ses heures d’adoration et de repos, sans cesser de prier, elle coud et brode linges et ornements liturgiques, ou travaille pour les pauvres.

Loin de se désintéresser du monde extérieur, elle porte constamment dans sa prière les soucis et les souffrances de ses compatriotes. Elle prie spécialement pour la paix du pays alors en guerre.

Elle meurt à 52 ans, le 3 octobre 1714, en grande réputation de sainteté. Ses funérailles réunissent toute la population montréalaise venue lui rendre un dernier hommage et surtout la prier.

Prière pour obtenir une faveur

par l'intercession de Jeanne Le Ber


Dieu éternel et tout-puissant,

nous te louons pour ta servante Jeanne Le Ber.

Fidèle à la grâce de ton appel,

elle a tout quitté pour vivre en silence

dans une solitude absolue,

afin de s'unir toujours plus à ton Fils Jésus

présent dans l'Eucharistie.


À sa prière,

ravive notre foi en l'Eucharistie,

rends-nous attentifs aux appels de ta grâce

et accorde-nous la faveur

que nous te demandons en ce moment...

Nous t'en prions par Jésus Christ,

ton Fils, notre Seigneur.


Gloire au Père,

au Fils et au Saint-Esprit,

au Dieu qui est, qui était et qui vient,

pour les siècles des siècles. Amen


Cardinal Jean-ClaudeTurcotte


La spiritualité de Jeanne Le Ber

Conférence de Marie-Josée Harvey

présentée lors du pèlerinage des Fraternités de Jérusalem, le dimanche 8 juillet 2007

Introduction

Lorsqu’on m’a demandé de vous parler de la spiritualité de Jeanne Le Ber, j’ai été profondément touchée puisque, d’une part, lorsqu’on me présente un témoin de Dieu, au-delà de toutes les œuvres réalisées dans sa vie, ce qui m’inspire, ce qui augmente ma foi et me pousse à l’action c’est la découverte de sa relation intime avec le Seigneur. Pour moi, découvrir la spiritualité d’une personne, d’hier comme d’aujourd’hui, c’est pénétrer dans ce qu’il y a de plus précieux chez un enfant de Dieu. C’est découvrir les joyaux d’une âme. Je vous le demande : Y a-t-il quelque chose de plus précieux? D’autre part, j’ai un attachement particulier pour les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame puisqu’elles représentent un de mes premiers contacts avec la foi m’ayant enseigné durant mes études secondaires. Également, j’ai un attachement particulier pour vous, frères et sœurs des Fraternités Monastiques de Jérusalem. Il y a près de deux ans, lors d’un séjour, vous m’avez accueillie alors que je vivais un moment difficile. Lorsque j’ai pris connaissance, par mes lectures, que la présence silencieuse de Jeanne avait eu paradoxalement un grand rayonnement sur les gens, j’ai pu vite comprendre puisque j’en avais fait l’expérience en vous côtoyant.

Pour vous présenter ce qui suit, j’ai principalement lu un ouvrage fabuleux de Françoise Deroy-Pineau qui s’intitule : Jeanne Le Ber, la recluse au cœur des combats aux éditions Bellarmin. Cet ouvrage m’a permis de bien saisir le contexte extrêmement difficile dans lequel mon pays a été fondé et de constater la profondeur de la foi de gens qui, comme vous, sont partie de l’Europe pour venir s’installer dans une terre nouvelle, entre autres, les parents de Jeanne Le Ber. Mais, principalement, j’ai appris à aimer Jeanne Le Ber : une femme authentique, déterminée, audacieuse, passionnée de Jésus présent dans le Saint-Sacrement, dévote à Marie et aux Anges. En découvrant la vie et la spiritualité de Jeanne, j’ai pu préciser la signification profonde des mots humilité, pauvreté, solitude. Non pas le triste silence sans espérance qui peut rendre fou en augmentant le vacarme intérieur. Le silence de Jeanne Le Ber n’a rien de commun avec le silence qui peut faire descendre l’être dans les abîmes du désespoir! Je suis remplie d’admiration pour son courage, sa détermination et les fruits d’une vie entièrement donnée à Dieu. Encore une fois, j’ai pu constater combien Dieu est présent à ceux qui le cherchent et combien il fait des merveilles dans une âme qui s’abandonne à lui. Merveilles qui vont bien au-delà des intentions de la personne elle-même. Je demande à Dieu de m’inspirer les mots durant ce partage pour vous transmettre mon attachement et mon respect pour Jeanne Le Ber. Puissiez-vous développer, vous aussi, un lien particulier avec celle que les colons appelaient : l’Ange de Ville-Marie.

I - L’importance de témoins dans l’enfance

Jeanne Mance : connaître Jésus-Christ

Dès son enfance, ce qui frappe c’est l’influence indéniable de témoins au cœur de feu qui étaient présents dans l’univers spirituel de Jeanne Le Ber et lui ont permis de connaître Jésus Christ et de développer une relation avec lui. Alors que Jeanne n’a que cinq ans, régulièrement, elle traverse la rue pour se rendre à l’Hôtel-Dieu et visiter sa marraine Jeanne Mance, cofondatrice de Ville-Marie et première infirmière. Jeanne lui pose toutes sortes de questions, entre en contact avec les malades et parle de Dieu avec eux. Entre autres, elle se fait raconter l’histoire mystérieuse de Jésus de Nazareth, dont la Sainte Famille et la Crucifixion ornent la chapelle de l’hôpital qui, à cette époque, sert également d’église paroissiale. Françoise Deroy-Pineau dira : « Une anecdote nous présente déjà un élan d’amour pour le Seigneur alors que Jeanne est encore très jeune. Un jour on lui raconte la fuite en Égypte. L’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte; et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.» Joseph se leva, prit de nuit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte où il demeura jusqu’à la mort d’Hérode. Jeanne s’écrie : « Ah, bon Jésus, pourquoi n’avez-vous pas fait mourir Hérode qui était si méchant plutôt que de donner de la peine à votre mère et à saint Joseph de vous porter si loin? ». Elle ajoute : « Sa marraine, Jeanne Mance, présence silencieuse, femme modeste, efficace et libre de tout engagement, hormis ceux pris devant sa propre conscience, a été d’une importance capitale dans l’univers spirituel de l’enfant Jeanne. L’enfant est sans doute très impressionnée par la personnalité de sa marraine, ni mariée comme maman, ni religieuse; passionnée de l’Évangile mais, le vivant seule, dans le silence de sa chambre et le travail solitaire.»

Catherine Macé (sa préférée) : une vie de discipline stricte

Catherine Macé, compagne de Jeanne Mance, est la préférée de Jeanne. C’est une femme qui soumet sa vie à une discipline stricte en vue d’un perfectionnement spirituel. Catherine dort sur une dure paillasse, habite la chambre la plus froide et s’y retire en ermite le plus souvent possible. On peut ici remarquer que, très jeune Jeanne prend en admiration des personnes qui, très certainement, lui inspireront sa discipline de vie qu’elle-même aura établie.

Marguerite Bourgeoys (la relève):

préoccupation pour l’éducation des jeunes filles et communion dans l’Amour pour le Saint-Sacrement

C’est Marguerite Bourgeoys qui accompagne Jeanne Mance dans ses derniers instants et, on peut le penser, soutient Jeanne enfant dans cette épreuve. Ainsi c’est le début d’une communion profonde entre Marguerite et Jeanne. Communion qui ne se perdra jamais et qui même sera fortifiée, entre autres, par un amour commun du très Saint-Sacrement. L’auteur dira : « Il est raisonnable de croire qu’à la mort de Jeanne Mance, Marguerite prend le relais dans l’univers spirituel de Jeanne enfant ». Rien de moins!

Lorsqu’une porte se ferme, Dieu en ouvre une autre…

Toute sa vie Jeanne Le Ber donnera de sa fortune pour permettre à des jeunes filles, parmi des pauvres ou des orphelines, de s’instruire. Le témoignage de Marguerite Bourgeoys a très certainement contribué à instaurer cette préoccupation au cœur de la recluse.

Découvrir la spiritualité de Jeanne, c’est découvrir que dans sa vie comme dans toute vie, Dieu fait intervenir des gens et des événements pour favoriser la connaissance de soi.

II – L’importance d’une éducation qui développe l’intériorité et de précieux talents

À l’âge de l’adolescence, les parents de Jeanne choisissent de la « préparer à la vie » chez les Ursulines de Québec. Jeanne et ses compagnes sont destinées à épouser des personnages haut placés en Nouvelle-France, ou à devenir religieuses. Un pensionnat qui a une très bonne réputation. L’auteur dira : « Jeanne n’a qu’un désir : apprendre ce qu’il y a de meilleur et approfondir les questions mystérieuses qu’elle posait aux religieuses hospitalières et à sa regrettée marraine Jeanne Mance et se préparer à la première communion. Ce sacrement répond à son attrait pour la vie intérieure. Dès son passage chez les Ursulines, Jeanne a saisi l’attitude mystique profonde. Elle préserve son silence, son attitude de tranquillité, de repos, de silence, de recul et pourtant de présence vive au monde qui l’entoure, elle est un modèle d’éthique de vie ».

Jeanne a toujours été une femme qui intriguait. En regardant son cheminement spirituel il y a effectivement des situations qui ont dû en étonner plusieurs.

Le théâtre : une occasion d’imiter l’Enfant Jésus en toute chose

Jeanne est d’un grand naturel en public et excellente en théâtre. Les religieuses souhaitent lui faire jouer les rôles d’importance mais, Jeanne s’en tient toujours à des rôles de deuxième ordre avec peu de mots où le personnage suscite le mépris des autres. Mais, un jour, pour la fête de Noël, elle surprend tout le monde en exprimant le désir de tenir le premier rôle. Rien de moins que celui de l’Enfant de la crèche. Les religieuses toutes heureuses et surprises de ce changement d’attitude l’interrogent. L’auteur rapporte : «Jeanne dira : Le petit Jésus dans la crèche est tout sage et ne dit mot et je souhaite l’imiter en toute chose.»

Plus riche héritière de la Nouvelle-France et détester posséder plus que les autres.

Douée pour la parole et choisir le silence.

Jeanne a un profond désir d’humilité; en ce sens, son rang lui pose un défi, pèse lourd et l’afflige profondément puisqu’elle a une sainte horreur de posséder plus que les autres et de susciter l’envie. La plupart des gens lui font des courbettes en raison de la fortune de son père. Elle reçoit régulièrement des cadeaux de la part de connaissances de ses parents. Elle n’aime que ce qui est simple et fonctionnel. L’auteur dira : « On peut penser que Jeanne gardait en elle un conseil que lui avait donné sa marraine : Le plus important, c’est ce qu’on désire profondément, la « volonté de Dieu », à chercher dans la découverte et la méditation personnelle de l’Évangile. Rien d’efficace n’est parachuté de l’extérieur avec des mots répétitifs. La parole de vie est puisée intuitivement dans le silence du puits intérieur. Pas question de se fondre en caméléon dans la masse, de jouer au perroquet en répétant sans comprendre ou de jacasser à tort et à travers.». Aussi, Jeanne qui parle très bien n’intervient que rarement, mais à propos. Tout au long de sa vie, Jeanne sera fidèle à cette attitude. Lorsqu’elle sera en réclusion, au moment de recevoir de rares personnes, le premier biographe, Belmont, précise que Jeanne ne répond que « fort succinctement» et ne dit «jamais rien d’inutile». « Si la fin de la récréation sonne avant celle de sa phrase, elle se retire promptement de sa grille sans même achever le mot commencé». Si une sœur lui fait savoir qu’elle a été quelque peu choquée de cette fin abrupte, Jeanne répond : « Il faut toujours être fidèle à son règlement . On ne s’égare jamais en le suivant; on est assuré que l’on fait la volonté de Dieu…qui demande d’elle cette fidélité».

Les contraintes d’un règlement : une libération pour Jeanne Le Ber

Les Ursulines répondent à son attrait pour la vie intérieure. Apprendre à s’ajuster aux contraintes du règlement lui plaît. Jeanne désire vraiment consacrer tout son temps à ce qui la travaille de l’intérieur. L’auteur dira : « Elle impressionne beaucoup les religieuses par son goût très décidé pour la vie intérieure, l’esprit de prière qui absorbait toutes les puissances de son âme, son respect et sa soumission pour ses maîtresses ». Un autre biographe de Jeanne, Monsieur Montgolfier, résume son expérience chez les Ursulines en indiquant qu’elle y a puisé trois dévotions : au Saint-Sacrement de l’autel, à la Vierge et aux anges, notamment Saint-Michel et son ange gardien. L’auteur dira : « Jeanne a pris l’habitude de tout confier à son intériorité. Un petit problème dans son travail, et hop! Elle en fait part à son ange et continue d’avancer. Un vague à l’âme, une contrariété la conduisent devant le Saint-Sacrement ou la Vierge. Elle leur explique le problème en son for intérieur et repart avec confiance. Tout ce qui la tracasse, la moindre petite angoisse sont traités avec ces ami(es) intérieurs. Puis elle continue travail ou récréation de son tempérament enjoué. Jeanne obéit gentiment mais, son premier maître c’est son maître intérieur. Les Ursulines rapportent : « On la cherche durant la récréation on la trouve seule, isolée dans un coin, tranquille et loin de ses compagnes. Elle est prosternée devant le Très Saint-Sacrement ou absorbée en Dieu dans quelque oratoire domestique ».

Une artiste de la broderie et de la dentelle

Également, broderie et dentelles sont au programme. L’auteur précise : « Jeanne raffole de ces activités à la fois d’art et d’adresse où elle fait preuve de grandes dispositions. Elle est même autorisée à travailler avec les religieuses aux « ouvrages pour la décoration des autels ». Ainsi Jeanne apprend l’utilisation des fils d’or et d’argent ».

III – L’importance d’une riche vie intérieure pour favoriser l’affirmation de soi et le désir de faire la volonté de Dieu

Les religieuses auraient bien aimé la garder mais, Jeanne malgré ses allures dociles, ne se laisse pas influencer et réussit à convaincre ses parents de quitter le couvent pour retourner à Ville-Marie, après y avoir appris tout ce qu’elle pouvait. Elle a quinze ans lorsqu’elle revient définitivement à Montréal. L’auteur précise : « Malgré sa jeunesse, sa beauté et sa richesse Jeanne possède un atout encore plus précieux : sa vie intérieure et elle tient par-dessus tout à être aimée pour elle-même. Aucun plaisir ne sera plus jamais pour elle assez intéressant face à cette recherche qu’elle désire entreprendre dans son propre puits spirituel. Aucun des hommes qu’elle rencontre n’est capable de la rejoindre dans les zones invisibles où se situe le meilleur de sa vie. Jeanne est de nature volontaire, entêtée et intrépide et elle organise son activité en dehors de l’agitation. Elle est donc bien déterminée à modeler son comportement extérieur selon les règles simples apprises en pension, qui partagent le temps en trois parties : prière, travail et repos et de « souscrire à son inclination pour le célibat et pour la vie cachée. En cette fin de 17e siècle les dévotions collectives sont encouragées. La vie mystique n’est plus à la mode. Pire : elle est suspectée aussi lorsque Jeanne Le Ber choisit son directeur spirituel, un Sulpicien, François de Séguenot, lui-même, un homme modeste versé dans l’oraison mentale personnelle et capable d’accompagner les rares personnes qui voudraient s’y aventurer. Elle trouve un accompagnateur fort courageux pour le temps qui l’encourage à suivre son penchant intérieur pour la solitude et l’autonomie de pensée ». Dans de rares occasions elle consent à s’habiller, comme le dira l’auteur Belmont, « pour satisfaire à tous les devoirs de la bienséance. Ce qu’elle assume avec beaucoup d’aisance et de savoir faire ». « On raconte qu’un jour sa mère lui offre une coiffe entièrement faite de dentelle et très à la mode. Jeanne n’a aucune envie d’exhiber sur sa tête une telle marque de distinction, mais l’ajuste du mieux qu’elle peut. C’est alors qu’un cordon se rompt. Profitant de l’incident, elle explique à sa mère qu’elle a mis cette coiffe par obéissance, mais qu’elle demande à en être dispensée : la rupture du cordon prouve bien que c’est la volonté de Dieu! Ses parents sont inquiets comment pourra-t-elle prendre parti puisqu’elle ne désire pas suivre le comportement d’une jeune fille de son rang! ».

Je me permets de vous partager mon expérience personnelle. Avec toutes les pressions extérieures que nous apporte la société, je commence, tout juste après 4 ans d’une vie de foi engagée, à goûter aux fruits d’une riche vie intérieure. Plus ma relation avec notre Seigneur devient profonde, plus je me sens habitée de l’intérieur allant même jusqu’à ressentir rapidement un malaise si je me mens à moi-même. Une force nouvelle, qui ne peut être expliquée avec des mots, me permet d’affirmer, malgré certaines persécutions « du monde », ce que je suis, une jeune catholique, et ce à quoi je tiens, vivre de mon mieux les valeurs de l’Évangile. J’ai la certitude que l’Eucharistie est la source de cette richesse de vie intérieure. Je sais, pour en avoir fait l’expérience, que si je me sens faiblir je n’ai qu’à aller renouveler ma force auprès de Jésus présent dans l’Eucharistie et je retrouve mon chemin. Jeanne m’inspire le courage et la persévérance de suivre mon cœur et d’aller à « contre-courant » s’il le faut par amour et confiance en Dieu!

Une période de recherche pour Jeanne

Par des lectures de la vie de Saints – Marie de l’Incarnation

La lecture fait également partie de son horaire du temps. Les livres se trouvent chez les Sulpiciens et dans la boutique de son père. Jeanne est donc la mieux placée en ville pour avoir accès aux dernières nouveautés de la France. Or, la vie de Marie de l’Incarnation, fondatrice des Ursulines est arrivée en Nouvelle-France. L’auteur dira : « Il est extrêmement probable que la jeune femme l’ait lue compte-tenu de son lien privilégié avec ces religieuses et ainsi qu’elle ait découvert une période de sa vie peu connue : sa période de recluse. En effet, dans ce livre Marie de l’Incarnation, née Marie Guyart, écrit à son fils qu’elle a laissé pour répondre à l’appel de Dieu en Nouvelle-France. Il s’agit ici de Marie de l’Incarnation mais, vous en conviendrez Jeanne a trouvé en son témoignage et son exemple, espérance et réponse concernant son appel personnel. : « Mon cœur préférait la solitude à tous les avantages qu’on me proposait, je m’habillais ridiculement pour faire croire à tous ceux de ma connaissance que ma fortune était faite dans le monde. Mon père me rappela chez lui où ma solitude fut favorisée. Je me logeai au haut de la maison où, en faisant quelque ouvrage paisible, mon esprit portant toujours occupation, mon cœur parlait sans cesse à Dieu…j’expérimentais que la bonté et la miséricorde de Dieu étaient mon partage et qu’il aurait soin de moi. Cela me faisait courir à son service. Je trouvais ma vie dans la fréquentation des sacrements, dans la pénitence et dans la solitude où la miséricorde divine me faisait expérimenter l’effet de ces paroles : « Je la mènerai dans la solitude et là je parlerai à son cœur ». Ah! Il faut avouer que l’Esprit de Dieu est un grand maître. Sans que j’eusse jamais été instruite par l’oraison et la mortification – et je n’en savais pas seulement le nom – il m’enseignait tout en substance, me faisait expérimenter l’une et pratiquer l’autre. Je me taisais ne pouvant parler que de Dieu et de la vertu, sinon dans les affaires d’obligation que je ne regardais qu’en passant. L’auteur son fils commente par des mots que Jeanne a sans doute dévorés tant il donnait sens à ce qu’elle vivait. Depuis qu’elle eut terminé ses affaires et qu’elle eut achevé de rompre les liens qui l’attachaient au monde, elle ne pensa plus qu’à suivre l’attrait de Dieu qui l’appelait à une vie d’union et de communion intérieure avec sa divine Majesté. C’était ce qui lui faisait aimer la solitude où elle trouvait parfaitement l’unique chose que son cœur désirait. On ne la voyait jamais qu’à l’église ou dans sa maison; elle ne rendait point de visites et elle en recevait fort peu. Elle parlait rarement aux personnes, et quand elle était obligée de le faire, c’était en peu de mots, de sorte que c’était un sujet d’étonnement de la voir vivre dans le monde comme si elle n’eût pas été du monde »

Malgré tout, on raconte que le doute envahit souvent Jeanne et elle se confie à son directeur spirituel qui lui conseille de continuer selon ses intuitions. Une attitude qui demande à l’un comme à l’autre beaucoup de courage. Ce n’est pas facile de vivre hors norme, ni d’accompagner quelqu’un dans une voie inédite.

Par la rencontre de gens consacrés - réfléchir en connaissance de cause

« Sa vie, c’est certain, va mettre le cap sur l’océan intérieur. Mais comment? Il devient clair à ses propres yeux qu’elle se sent appelée à « quelque chose » mais, ce n’est ni le mariage, au grand dam de ses parents, ni le couvent, à la déception des supérieurs des communautés. Jeanne peut réfléchir en connaissance de cause car, elle est entourée de jeunes gens qui veulent l’avoir comme épouse et qui mieux qu’elle connaît les hospitalières de Saint-Joseph par sa marraine Jeanne-Mance, les Ursulines de Québec, par son pensionnat, les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, par Marguerite Bourgeoys. Jeanne sait qu’elle est attirée par une vie radicalement enracinée dans l’Évangile oui mais, un désir profond l’incline vers une pratique si dépouillée que même la vie religieuse traditionnelle ne lui convient pas. Elle cherche manifestement un style de vie qui alliera le style de vie de Jeanne Mance, qui demeura célibataire et laïque, du dépouillement de sœur Catherine Macé qui aimait la pauvreté et la solitude, du témoignage de Marie de l’Incarnation, ayant fait l’expérience de réclusion et de l’humilité de la Vierge de Nazareth dont Marguerite Bourgeoys imite la vie voyagère ».

IV- L’importance d’une vie de foi pour traverser les épreuves

Dans l’opposition Jeanne reste calme et fidèle à Dieu

À 17 ans, elle demande donc à son confesseur de prononcer des vœux, tout en demeurant laïque et chez elle, un vœu de chasteté et de réclusion. À cause de son très jeune âge le père Séguenot lui conseille prudemment de ne rien faire mais, de vivre comme si elle avait prononcé ce vœu. L’auteur dira : « Jeanne Le Ber choisit absolument son sort. Elle a décidé de ne voir du monde que le dimanche à la grande messe et à vêpres – où on la regarde comme une curiosité étonnante, un phénomène. Son comportement est paradoxal au centre d’un village ou mille personnes s’agitent comme dans une fourmilière. On a beau aimer Jeanne et lui pardonner ses originalités, son entourage est choqué. On a jamais vu ça en Nouvelle-France. N’est-ce pas un devoir plus qu’ailleurs, de se marier et de mettre au monde des enfants pour peupler la colonie?. Lorsque Jeanne explique à son père son profond désir de vivre en réclusion complète, l’homme d’affaires a le cœur complètement déchiré et trouve l’idée encore plus excentrique que le refus de se marier ou d’entrer en religion. Jeanne Lemoyne, sa mère, en est complètement bouleversée. Oncle, tantes et cousins-cousines crient au scandale. On lui oppose des obstacles encore plus forts que ceux qu’elle avait rencontrés au moment de dire qu’elle refusait de se marier ».

Bien que mon expérience n’a pas été à ce niveau j’ai également dû faire face à l’opposition lorsque j’ai modifié mon comportement suite à ma conversion. Un cousin très proche m’a déjà appelée pour me dire que j’étais une femme faible que je devais revenir dans le droit chemin et sortir de cette secte catholique. Mon amoureux renonça à notre couple après que je lui ai proposé de nous engager par le sacrement du mariage. Bénie-sois-tu Jeanne de m’inspirer le calme dans la tempête et une détermination à suivre le Christ quoi qu’il arrive.

Bénissez ceux qui vous persécutent

L’auteur dira : « Bien que silencieuse et solitaire, Jeanne ne rate pas l’occasion, dans la vie quotidienne, de manifester une grande attention pour les membres de sa famille. Elle multiplie les délicatesses envers son père et sa mère, ses jeunes frères et les domestiques. C’est avec sa maman que son affection toute en nuance est le plus difficile à transmettre. Jeanne-la-mère et Jeanne-la-fille sont très attachées l’une à l’autre mais, la vie intérieure de Jeanne-la-fille est si étonnnante, si contraire à ce qu’une mère peut souhaiter pour sa fille qu’on imagine la très grande souffrance de Jeanne-la-mère ».

« Son comportement défie le bon sens, sa parenté s’alarme, le clergé aussi. Son directeur spirituel examinant l’affaire sérieusement décide de faire passer à Jeanne un « examen canonique » c’est-à-dire l’épreuve courante dans le cas de vocation publique et controversée, semblable à celle que dut affronter Jeanne d’Arc en France. Il va sans dire que rien n’est gagné d’avance, devant ses confrères supérieurs des Sulpiciens, le représentant de l’Évêque de Québec et le clan familial. Ce sont des gens au gros bon sens reconnu. Ce n’est pas une gamine têtue qui va leur faire peur. Elle se fait poser les questions les plus subtiles et propres à embarraser. Mais, la simplicité, le bon sens de ses réponses et le doux entêtement de la jeune fille finissent par les convaincre. Ils s’inclinent. Mieux : elle s’en fait des alliés. Montgolfier dira : « Son père, ses proches et les supérieurs ecclésiastiques croient devoir céder à un attrait si marqué pour une vie singulière ». À partir de ce moment, ses pratiques habituelles sont codifiées et transformées en règlement. Lorsqu’elle va à la messe le dimanche rien ne la distingue de la majorité de ses contemporains de Nouvelle-France. Ses moyens lui permettraient de porter tout autre chose mais, elle s’habille comme les femmes pauvres. Il faut reconnaître que son caractère la dispose à dépasser les attitudes normales. Sous sa chemise, Jeanne glisse un rude cilice de crin de cheval. Elle se donne la discipline jusqu’à en saigner et exige que sa soupe ne soit complétée que par quelques vieux croûtons qui traînent à la cuisine. Elle refuse énergiquement les désserts. Heureusement pour sa santé, le bon François Séguenot, à qui elle tient à obéir, modère ses ardeurs pénitentielles et l’oblige à consommer un peu de viande chaque jour ».

Le calme de Jeanne me parle beaucoup. Tout autour d’elle est mouvementé, on s’affole, on la questionne. En y regardant de plus près, ne vit-elle pas un questionnaire en règle comme l’a vécu le Christ au moment de sa passion et comme les premiers disciples? Toute confiante Jeanne reste imperturbable. Le Christ est resté calme et vrai devant ses inquisiteurs; Jeanne a fait de même. Quel exemple pour nous, chrétiens dans ce monde rapide où l’on tente de nous faire dévier de notre route. Sachons comme eux conserver notre paix intérieure à la suite du Christ.

Jeanne utilise les épreuves comme un levier pour être confirmée dans sa vocation

Une marginale déterminée - Parle de façon volubile à son conseiller spirituel

L’auteur relate : « Le 8 novembre 1682, alors que Jeanne a 20 ans et est recluse dans sa chambre depuis 2 ans, sa mère décède. Jeanne n’est pas à son chevet au moment fatal. On court la prévenir. Elle arrive sans se précipiter, entre paisiblement dans la chambre de la défunte, s’approche modestement du lit, comme le dira Montgolfier, et « après avoir baisé respectueusement les mains qu’elle arrose de ses larmes, sans dire mot » retourne dans sa chambre. La dignité de cette attitude en frappe plusieurs. On connaît son grand attachement pour sa maman. Elle manifeste son chagrin ni par un cri ni par un bruyant sanglot. Son comportement demeure serein malgré l’évidence de sa souffrance. Jeanne assume sa douleur dans le silence, la solitude et le travail manuel soutenu, comme d’habitude. Montgolfier dira à ce sujet : « La véritable vertu n’éteint pas tous les sentiments de la nature, mais elle les règle et les sanctifie ». Moins d’un an après la mort de sa mère, Jeanne est marquée profondément par la mort de son amie d’enfance Marie Charly. Cette seconde épreuve, loin de la dérouter de son appel, renforce en elle la confirmation dans son projet de vœu de chasteté et de réclusion perpétuelle. Montgolfier commente : « C’est ainsi que les personnes qui sont véritablement à Dieu trouvent dans tous les événements et surtout dans les croix qui leur arrivent de nouveaux motifs de faire des progrès ». À l’âge de 23 ans, le jour de la Saint-Jean Baptiste, après 5 années de vœux temporaires, Jeanne

Le Ber, une femme n’ayant aucun problème de refoulement pathologique ou de troubles de la personnalité, est autorisée par le groupe réuni lors de son « épreuve canonique » à prononcer un vœu perpétuel de réclusion, chasteté et de pauvreté de cœur. Elle observe une règle draconienne. Elle aurait bien voulu à ce moment se départir complètement de sa fortune mais, accepte de suivre les conseils de son accompagnateur, de son père et du comité des sages. On lui conseille « de conserver tous ses droits pour en disposer dans la suite selon les ouvertures que lui en fournirait la divine providence ». Son père en éprouve une grande douleur mais, consent. Jeanne se marginalise ce qu’évitent les religieuses de son époque vivant dans le cadre d’institution. Bien sûr, son comportement non conventionnel produit un bouleversement vis-à-vis de la majorité. Ce n’est que par son habituelle délicatesse dans la moindre de ses relations humaines que les gens comprennent qu’elle a un cœur débordant. Elle est muette certes mais, elle tisse un lien chaleureux, subtil, empathique avec tous ses proches. Pour réussir à réaliser ce mode de vie insolite, il lui a fallu vaincre cinq ans de mise à l’épreuve; arracher l’accord de son père, de sa famille, des autorités religieuses et de quelques-uns parmi les principaux habitants. Une seule personne, la petite cousine Anne Barrois, a le droit d’entrer dans la chambre-cellule de Jeanne qui en sort rarement, sauf pour vaquer, quand il n’y a personne à la maison, à quelque tâche nécessaire à son travail; ou pour aller chaque matin à l’église. Là, uniquement, les Montréalais peuvent l’apercevoir; du moins ceux qui ont le courage de se lever à l’heure très matinale de la première messe. Une fois par semaine, elle y rencontre François Séguenot, conseiller spirituel discret et unique. Il l’écoute. C’est le seul moment où Jeanne parle de questions qui dépassent le quotidien. Devant cet interlocuteur elle parle avec abondance. Mais, Séguenot garde pour lui ce discours volubile. Notons que ce n’est qu’au moment de sa mort qu’il révélera quelques faits pour le premier biographe monsieur Belmont.

V - L’importance de Jeanne comme témoin de Dieu dans une voie nouvelle

Une recluse au cœur des combats :

Vivre selon un autre mode que la parole et pourtant considérée comme une « sage » une conseillère spirituelle par sa sérénité contagieuse.

L’auteur nous replace dans le contexte en disant : « C’est l’époque où la ville est plus que jamais au cœur d’un conflit crucial entre la France et l’Angleterre. En Amérique du Nord, les mères-patries s’opposent sur quatre fronts. Montréal est le centre du large quadrilatère disputé. Immergée dans cette société active, combattante, défensive, Jeanne prie et travaille. Elle sait tout des nombreux combats, des morts précoces et des dangers de la guerre que courrent les habitants de Ville-Marie et les membres de sa propre famille qui sont des combattants de première ligne. Les événements lui sont rapportés par sa petite cousine, son conseiller ou son père. Tout se passe comme si elle se trouvait au centre d’un vaste pendule. Jeanne vit la tourmente sur un autre mode. Ce n’est pas celui de la parole. Continue-t-elle à pressentir que les mots prononcés sonnent creux contre la douleur? Devine-t-elle que le pire est à venir? Aucun de ses confidents ne le diront ».

Jeanne une femme d’action à ceux qui savent voir avec le regard intérieur

« Comme témoin de Dieu au cœur d’une vie, Jeanne Mance avait construit le tissu social de la colonie de Ville-Marie solidement établi sur l’entraide; Marguerite Bougeoys – soixante treize ans en 1693 – continue de montrer l’exemple de la modestie et des services inventifs qui diffusent l’amour et le respect mutuels. Agée de 31 ans, en réclusion depuis 12 ans dans la maison paternelle, Jeanne prend le relais en puisant à la source une sérénité contagieuse dont le résultat par l’action est invisible, sauf pour ceux qui savent voir avec le regard intérieur. Jeanne passe désormais pour une « sage ». En mai 1693, le père de La Colombière, ex-Sulpicien demeuré clerc, âgé de 42 ans, étant en conflit avec l’évêque de Québec, vient lui demander conseille. Elle accepte l’entretien. Nul ne sait ce qui s’est dit mais, Jeanne se voit haussée au rend de conseillère spirituelle ».

Montréal vient la fêter dans la dernière étape de sa vie – Elle y vivra, mine de rien, de son plein gré un calvaire

L’auteur reprend des faits racontés « Jeanne, dans sa 34e année, vivant depuis 15 ans en recluse sous le toit parternel, sortira au bras de son père le vendredi 5 août 1695, fête de Notre-Dame-des-Neiges vers 17h00, pour entamer la procession où tout Montréal est massé rue Saint-Paul, devant la demeure de Jacques Le Ber pour se diriger dans sa dernière demeure, son réclusoir de la Chapelle des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, pour lequel Jeanne a elle-même remis une somme importante pour sa construction afin « d’honorer l’amour de Jésus au très Saint-Sacrement », dévotion chère au Cœur de Marguerite, et également, réaliser son plan à savoir : « avoir le bonheur de vivre et de mourir dans la maison de Dieu ». Un réclusoir d’où elle ne pourra sortir et où elle vivra en symbiose avec les religieuses, d’où elle assistera à la messe de la sacristie par une fenestrelle taillée dans une porte et dormira la tête contre une mince cloison de quelques centimètres qui la sépare du Tabernacle. Le clergé a voulu que l’événement prenne une allure qu’on dirait médiatique au XXe siècle. À la porte du sanctuaire où sa fille chérie s’enferme à jamais, tenaillé par le chagrin, l’émotion, les larmes, Jacques Le Ber ne peut plus se contenir. Il quitte le cortège. Son cœur de père est transpercé de douleur, pourtant il est profondément heureux de ne pas avoir fait obstacle au désir profond de son enfant chérie. Imperturbable, Jeanne et les autres participants continuent ».

Une solitude tant désirée avec une sécheresse du dialogue intérieur

Comparaison Thérèse d’Avila

L’importance de son conseiller spirituel

Après sa mort, son conseiller spirituel dira : « Son oraison n’est plus douce et tranquille comme dans les débuts, mais « aride et obscure avec juste assez de rayons de lumière imperceptibles, très vifs et très sublimes pour ne pas désespérer ». L’auteur Françoise Deroy-Pineau dira : « On lui prêtera volontiers les mots de Thérèse d’Avila : « Eh quoi! Ô mon Dieu n’est-ce pas assez que vous me reteniez dans cette misérable vie! Que, par amour pour vous, j’accepte cette épreuve, et que je consente à demeurer dans cet exil…? Maintenant que je peux jouir de votre présence, vous vous cachez!..Mais, vous vous me voyez toujours. Une telle inégalité est trop dure, ô mon Dieu. Considérez, je vous en supplie, que c’est faire injure à celle qui vous aime tant » (Vie par elle-même, chapitre 37 no 8). Pour Jeanne comme pour Thérèse d’Avila, cette marée basse de l’Océan intérieur, cette nouvelle épreuve pourrait la rendre complètement folle si Monsieur Séguenot qui continue ses entretiens hebdomadaires n’y voyait pas de près. En observateur extérieur, il peut vérifier qu’elle garde son équilibre. C’est lui le garant de l’authenticité de cette expérience étonnante. Le silence de Jeanne est véritablement par amour! Car avec son conseiller elle est un torrent de paroles qui se déversent avec abondance, ferveur et rapidité»

Permettez-moi de vous dire que cette réalité dans la personnalité de Jeanne m’a ouvert l’esprit à de fausses idées que j’entretenais au sujet de la vie monastique. Avant je considérais le choix de cette vie pour les personnes timides, renfermées et silencieuses. En explorant le choix de Jeanne, je réalise que c’est par amour pour Dieu et par un profond désir d’intériorité! Sois bénie Jeanne pour ta détermination à faire tout par amour pour Dieu.

Source intarissable d’inspiration – Libération de grandes douleurs dans son art

« Ceux qui la côtoient « inspirent » à son contact une paix qui rejaillit en cascade au fil des liens dont chaque rencontre garde le secret. Durant cette période l’artisanat de Jeanne produit sans arrêt. Elle coud, brode et prie comme elle respire. L’auteur dira : « Elle puise à une source intarissable dans l’inspiration et l’expiration de chaque instant. Elle confie ses problèmes au plus profond d’elle-même et s’en libère dans son art par la même occasion. On peut porter au crédit de Jeanne Le Ber la confection de quantités de chasubles, chapes, surplis, voiles de calice, parments d’autel, enfin tout ce qu’il faut pour équiper 22 sacristies à une époque où on ne lésinait pas sur le linge d’autel. Artiste dans l’âme elle créait elle-même ses modèles. La simplicité, la pauvreté et le silence de Jeanne s’expriment paradoxalement par un art éblouissant de lumières d’or et d’argent et de couleurs vives. Dans un pays encore démuni, voire miséreux, à l’architecture des plus élémentaires, elle pratique un savoir-faire entretenu par les plus riches et les plus nobles des cours d’Europe. Les paroisses sont très pauvres. Elle ne peuvent s’offrir d’ornements ni de vêtements sacerdotaux ouvragés. Jeanne les confectionne richement et les offre gratuitement. Elles entretient ainsi la fierté des paroissiens. Ses travaux artistiques sont donc par la même occasion de bonnes œuvres, propices à cultiver le sens de la dignité et de la confiance chez les pionniers et pionnières éprouvés par la dureté d’une vie sans répit. Jeanne serait probablement outrée de se savoir d’abord considérée comme une artiste ».

VI - L’importance du Saint-Sacrement, de Marie et des Anges pour Jeanne

La « pierre d’aimant »

« En 1698, l’évêque, monseigneur de Saint-Vallier, de passage à Montréal accompagné de deux Anglais qui lui avaient témoigné le désir de la voir dans sa solitude, ce qui, soit dit en passant, démontre clairement que pour une personne qui ne disait rien et se cachait, elle était fort connue. Les 3 hommes pénètrent dans le réclusoir et comme Belmont nous le relate, ils sont stupéfaits « de la voir dans un si petit appartement ». Elle porte toujours sa robe de serge gris-blanc passablement usée depuis 3 ans et en guise de sandales, elle s’est bricolé des espèces d’espadrilles avec des feuilles de mais. Sa couchette est une simple paillasse, avec un oreiller de paille et une couverture, sans drap ni matelas. Il y a un poêle dans un coin qui ne chauffe pas beaucoup. L’un des Anglais est pasteur et il connaît bien la famille LeBer-Lemoyne. Il interroge Jeanne : « Pourquoi se gêne-t-elle tant? Alors qu’elle pourrait vivre dans le monde avec toutes ses aises et commodité » Jeanne lui répond : « C’est une pierre d’aimant qui m’a ainsi attirée et séparée de toutes choses ». Il insiste pour savoir quelle est cette mystérieuse pierre. Elle ouvre la fenestrelle, se prosterne en regardant l’autel et répond : « Voilà ma pierre d’aimant. C’est Notre-Seigneur qui est véritablement et réellement dans le Très Saint-Sacrement. ». Elle lui parlera « de cet auguste mystère avec tant de zèle et de ferveur » qu’il en est bouleversé. Retourné dans son pays affirme Belmont, « il en parlait souvent comme d’une chose qui lui avait fait une grande impression». C’est ce qu’il retint de plus extraordinaire de sa visite au Canada. Il paraît que cet homme devint Catholique ».

Un témoignage d’amour qui impressionne atteignant jusqu’aux mentalités des colons et même jusqu’à aujourd’hui.

« Marie Barbier, la supérieure, signe le 10 octobre 1696, un acte obligeant une sœur « qui sera relevée de temps à autre, de demeurer à perpétuité dans la dite église de la dite Congrégation, depuis les prières du matin jusqu’au prières du soir ». Les sœurs commencent le jour même. Le père de Jeanne donne trois mille livres pour soutenir l’idée de sa fille qui est nommée l’œuvre de Jeanne Le Ber. Depuis, cela fait plus de trois siècles que les religieuses de la Congrégation pratiquent l’adoration perpétuelle diurne ».

Personnellement, j’ai une dévotion au Saint-Sacrement. Au début de ma conversion, je trouvais difficile d’aller m’asseoir devant le tabernacle. Je voyais là une perte de temps et graduellement, j’ai fait l’expérience de Jésus réellement présent dans le Tabernacle. Chaque fois que je passe du temps avec Jésus, mes décisions sont plus faciles à prendre. Sur le moment et quelques jours après une paix profonde m’envahit et ma foi se consolide. Aujourd’hui, je crois en la présence réelle de Jésus dans le Saint-Sacrement et j’aurais vraiment aimé être l’un de ces Anglais afin de me laisser instruire par Jeanne de son amour pour Jésus. Jeanne apprends-moi à mieux comprendre ce mystère et sois bénie pour ton témoignage.

L’œuvre des tabernacles

L’œuvre de Jeanne Le Ber deviendra à partir de 1866 l’œuvre des Tabernacles. L’œuvre des Tabernacles a comme objectif de promouvoir le culte eucharistique dans les pays étrangers, pour les missionnaires et également ici au Québec. Parallèlement, prenant le relais de Jeanne, des bénévoles entretiendront, jusqu’à aujourd’hui, le linge d’autel et les ornements. (possibilité de visiter durant la semaine Jeanne Le Ber). Cela m’amène à vous inviter à participer à la Semaine Jeanne Le Ber qui aura lieu du 30 septembre au 6 octobre 2007 et ainsi assister, entre autres à une présentation de l’œuvre et de son fonctionnement.

Imiter la Sainte Vierge : Dans sa solitude et son habillement

« Pour Jeanne, l’Évangile doit être pris au pied de la lettre. Un dépouillement dans le sens strict du terme : « Heureux les pauvres » pour elle, la pauvreté n’est pas seulement un état d’esprit. Jeanne n’a qu’un projet, dit-elle à une sœur lors d’un de ses rares entretiens : « Imiter la Sainte Vierge tant pour la solitude que pour son habillement » qu’elle estime « à peu près semblable » De Belmont précise que les hardes de Jeanne ne sont que des « guenilles qu’on aurait honte de donner aux pauvres ». Ses bas sont de « laines et de filasse piquante » dont le meilleur a été enlevé pour en tricoter aux démunis de Montréal. Il ne reste sur elle que des vêtements en lambeaux et pleins de trous. Elle n’accepte que du linge grossier et déjà usé et se fâche si on lui porte quelque chose de plus beau que de coutume ».

Personnellement, « Heureux les pauvres » est une béatitude qui m’interpelle beaucoup car, je sais que la pauvreté, dont il est question, doit être méditée sous plusieurs angles. Je viens de réaliser que l’Évangile que je médite a été médité par cette femme formidable alors je peux lui demander de m’inspirer…

Jeanne et les anges

« Jeanne travaillait si vite et si bien que ses contemporains ne pouvaient imaginer qu’elle puisse avoir un débit aussi sûr et efficace sans une aide surnaturelle. Un jour, un Récollet lui apporte un voile de calice à broder. Il s’y connaît en broderie et considère qu’un mois d’ouvrage normal devrait tout juste suffire pour terminer. À la plus grande surprise du religieux, Jeanne en huit jours a entièrement terminé. Il demande une explication. Jeanne répond : « Je me suis trouvée embarrassée, mais mon bon ange m’a aidée à travailler avec cette facilité. Pourquoi ne pas croire les mots d’une personne aussi peu bavarde. Elle parlait souvent des anges et recommandait à ses interlocuteurs d’avoir recours à eux en toute circonstance, pour mener à bien un projet difficile. Jeanne Le Ber ne manquait jamais de temps pour confectionner aussi des vêtements aux plus démunis des Montréalais. Elle savait que les couleurs de Dieu ne sont pas celles des ornements du culte, mais la lumière du regard de chacun de ses enfants ».

VII - L’importance de la prière et de la confiance en toutes circonstances

Une vocation d’intercession pour ses contemporains, pressentie pour protéger les colons

« La discrète personnalité de Jeanne a impressionné beaucoup de monde. Son silence, sa pauvreté, sa chasteté volontaire et ses pénitences diffusent mystérieusement une confiance collective inestimable. Jeanne partage à part entière les nouvelles et grandes émotions de la nouvelle colonie. Lors de l’été 1709 la population entière s’inquiète car les Anglais sont au bord du Lac Champlain et arrivera sous peu une expédition navale par l’estuaire du Saint-Laurent. Les Sœurs de la Congrégation craignent, comme tous, de voir l’ennemi s’emparer de leur ferme et de leurs récoltes. Jeanne est avisée et elle ne s’émeut pas et assure que « la Sainte Vierge aurait grand soin de ce pays. La sœur insiste et Jeanne rédige alors une prière sur une image de la Vierge » :

« Reine des anges, notre Souveraine et notre très chère mère,



vos filles de la Congrégation confient à vos soins la garde de leurs métairies.



Elles espèrent de votre bonté que vous ne souffrirez pas



que vos ennemis touchent au partage de celles qui sont sous votre protection



et qui mettent toute leur confiance en Vous »

« Les sœurs clouent l’image et sa prière sur la porte de leur grange de la Pointe-Saint-Charles. Une partie des habitants de Montréal et des alentours s’empresse alors de faire apporter à Jeanne une image « afin qu’elle leur fit le plaisir d’écrire dessus quelque prière de sa main. Ne voulant pas être considérée comme une « sainte à miracles» ce qui lui déplaît profondément, elle refuse de se prêter au manège. Les voisins volent l’image des sœurs, recopient la prière et chacun l’affiche sur sa propre porte. Jeanne en est quitte pour en faire une autre à l’intention de la Congrégation. Pendant ce temps, une épidémie s’est attaquée aux troupes anglaises qui rentrent chez elles, sans pousser plus loin. L’Angleterre annule donc l’expédition navale. Les blés ne sont pas touchés, les prières exaucées ».

« Au début août 1711, Jeanne a 49 ans et toute la colonie est sur le qui-vive jour et nuit. Les Anglais se dirigent vers Québec. Les prières sont généralisées à travers la Nouvelle-France, autant dans les paroisses que dans les communautés religieuses. On jeûne, on se donne la discipline en commun, on invoque la Sainte Vierge, Saint Joseph et les anges. On récite des neuvaines, on assiste à des messes. Hommes et femmes n’hésitent pas à suivre les processions. Québec se prépare incessamment au combat. On dit que les Anglais sont accompagnés de familles qui ont l’intention de s’établir au Canada. Le Saint-Sacrement est exposé dans toutes les églises. Les habitants montent sur le toit des maisons avec des longues-vues pour surveiller le fleuve. À Montréal, le commandant des forces armées n’est autre que Charles Lemoyne de Longueuil, l’aîné des cousins germains et le fondé de pouvoir de Jeanne depuis la mort de son père, le 25 novembre 1706 à l’âge de 76 ans. Il fait confectionner par sa cousine, Marguerite Lemoyne CND, un étandard avec lequel il attendra les Anglais à la frontière. Pierre Le Ber peint une image de la Vierge et Jeanne y écrit une prière »:

« Nos ennemis mettent leur confiance dans leurs armes, mais nous mettons la nôtre au nom de la Reine des Anges, que nous invoquons.

Elle est terrible comme une armée rangée en bataille : sous sa protection, nous espérons vaincre nos ennemis.»

« Charles Lemoyne de Longueuil marche avec sa modeste troupe de quelques centaines d’hommes, bannière de Jeanne en tête, à la rencontre des trois mille soldats anglais et sept cent Iroquois mais, ils se sont volatilisés car le général anglais a décidé à nouveau de rebrousser chemin en apprenant un désastre survenu à la flotte de son compatriote à cause, entre autres, d’une brume épaisse qui rend la navigation presque impossible ».

Fidèle jusque dans la mort :

L’Ange de Ville-Marie s’éteint en grande réputation de Sainteté

En 1714, à 52 ans, un beau matin Anne Barrois la trouve fiévreuse dans son lit. Le médecin diagnostique une « fluxion pulmonaire ». Clouée au lit elle ne peut plus s’opposer aux visites mais, elle garde un silence « aussi exact que pendant sa meilleure santé ». Elle exige que les rideaux de son lit restent fermés « pour pouvoir penser librement à Dieu sans être interrompue ». « Elle prie Anne Barrois de faire contre son lit tous les exercices qu’elle avait coutume de faire en santé comme son chapelet, l’office de la Sainte Vierge, celui des morts, trois fois par semaine les litanies des saints, chaque jour celles de saint Joseph à qui elle avait une singulière dévotion comme l’époux de Marie. Le 1er octobre elle dicte ses dernières volontés au notaire. Jeanne Le Ber celle que les colons surnommèrent : l’Ange de Ville-Marie s’éteint le 3 octobre 1714.

Sur les traces de Jeanne : Les Recluses missionnaires

« En 1942, à l’occasion de la célébration du tricentenaire de la fondation de Montréal, deux Montréalaise, Rita Renaud et Jeannette Roy, toutes deux anciennes élèves de la Congrégation de Notre-Dame, commencent à expérimenter la vie d’ermite, dans une étable de Pointe-aux-Trembles, sur les traces de Jeanne Le Ber. Un an plus tard, un père oblat les invite en Alberta où elles fondent une nouvelle communauté contemplative inspirée de la spiritualité de Jeanne Le Ber : ce sont les Recluses missionnaires ». Cette communauté est revenue à Montréal depuis 1950. Elle est au 12050, boulevard Gouin Est et il est possible d’y faire des séjours.

Conclusion :

Comme l’auteur le dit si bien : « Le fait que huit biographies aient été consacrées à Jeanne Le Ber, une personne qui n’a rien écrit, qui n’a rien fait d’autre que de broder et de se taire, prouve que son silence provoque la parole. Sa réclusion sociale l’a incluse au cœur de la vie du Québec, tant au niveau collectif qu’individuel. Son exemple montre qu’une certaine solitude n’est pas la fin du monde, mais l’ouverture à un monde différent, infini et invisible. Les débats actuels sur l’exclusion sociale et sur la solitude peuvent éclairer cette situation de réclusion volontaire ou en être éclairés….».

Qui d’autre mieux que vous mes amis(es) peut comprendre ce grand amour au cœur de Jeanne pour Jésus présent dans l’Eucharistie, la Vierge et les anges. Qui mieux que vous peut comprendre ce que c’est que d’attirer par notre rayonnement, de faire de chez-soi une oasis de prière au cœur de la ville! De prier en union avec les habitants qui défilent dans les rues de la ville.

Malgré son silence Jeanne rayonnait, intriguait, inspirait la confiance en Dieu. Le reclusoir de Jeanne était une oasis de prière au cœur de la ville! Les gens avaient confiance en son calme, sa sagesse et son grand amour pour Jésus présent dans le Saint-Sacrement. Dieu avait besoin de cette « sentinelle de l’invisible » au milieu des combats. Leur forme a changé mais, on ne peut nier que vous, membres de la Fraternité Monastique de Jérusalem êtes, à la suite de Jeanne Le Ber, des « sentinelles de l’invisible » au cœur de grands combats humains.

Jeanne, personnellement, je te dis :

Sois bénie pour ton oui !

Sans ta grande confiance et ton intercession pour les colons, nos ancêtres,

serions-nous ici à Ville-Marie ?

Toi qui, malgré un témoignage paraisssant, aux yeux des hommes, à « contre-courant» es demeurée fidèle, sois-en bénie!

Étant très certainement près du Père,

intercède pour nous qui sommes rassemblés.

Qu’à ton exemple nous puissions témoigner par notre vie, que Dieu seul suffit !

À vous qui cherchez la volonté de Dieu dans votre vie, pour Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, Marie de l’Incarnation et Jeanne Le Ber et tant d’autres, Dieu a indiqué la voie à travers des motions intérieures, des prédispositions personnelles et les événements. Aussi, cela me confirme qu’il le fait pour tous ceux qui désirent sincèrement l’écouter, le suivre et faire sa volonté. Ayons confiance que Dieu ne demandera jamais à un de ses enfants de répondre à un appel qui ne corresponde pas à ce qu’il est profondément. Il veut notre bonheur et il sait, lui, ce qui est le mieux pour chacun de nous. Avançons dans la vie avec la certitude que, tout concoure au bien de celui qui croit!

Marie-Josée Harvey

Chargée de projets en pastorale

Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours

SOURCE : http://www.jerusalem-montreal.org/PelerinageJeanneLeBer.html#courte_bio

Voir aussi : http://secure.qc.net/JeanneLeBer/autoBLK.fwx?1CC0SSR8P.fr