lundi 2 juillet 2012

VISITATION de la TRÈS SAINTE VIERGE MARIE


VISITATION de la Très SAINTE VIERGE MARIE

Cette fête nous rappelle la visite de Marie à Sa cousine Élisabeth. Après avoir annoncé à Marie le mystère de l'Incarnation, l'archange Gabriel La prévient que Sa cousine Élisabeth, âgée et jusque là stérile, sera mère dans trois mois, par un nouveau prodige. Marie ne tarda pas à Se mettre en route pour féliciter l'heureuse mère.

Ce voyage n'eut pour mobile aucun sentiment humain. Marie possédait en Elle, avec Jésus, toutes les richesses et toutes les joies du Ciel; cela Lui suffisait, et nul besoin n'agitait Son coeur; mais un devoir de douce charité se présentait à remplir; Elle voyait, dans l'accomplissement de ce devoir, un exercice de zèle et une occasion de glorifier Dieu. D'ailleurs, le Saint-Esprit La conduisait: la rencontre des deux futures mères, et surtout des deux enfants qu'elles portaient, était dans les desseins providentiels. Aussi Marie Se hâte, Elle S'expose aux fatigues d'un long chemin, Elle gravit les montagnes, et bientôt Elle atteint le terme du voyage.

O merveille! à peine Marie et Élisabeth sont-elles en présence, que l'enfant d'Élisabeth tressaille dans son sein, et elle-même, saisie de l'esprit prophétique, s'écrie en embrassant Marie: "Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni le Fruit de Votre sein!" Paroles que l'Église a jointes à l'Ave Maria pour en faire une des plus belles prières chrétiennes; paroles qui retentiront partout et dans les siècles! Ainsi, la mission de Jésus commence avant Sa naissance, Il sanctifie Jean-Baptiste dans le sein de sa mère; car ce tressaillement qu'il éprouve annonce le Prophète qui devine son Dieu, et le Précurseur qui reconnaît le Sauveur.

Marie, saisie Elle-même par l'Esprit divin, entonne ce beau chant d'action de grâces appelé le Magnificat, qui célèbre dans un langage céleste les merveilles opérées par Dieu en ELle, chant que répéteront sans fin tous les échos du temps et de l'éternité.

Durant trois mois, les paroles et les exemples de Marie firent le charme de la maison qu'Elle visitait. On ignore si Elle quitta Élisabeth avant la naissance de saint Jean-Baptiste. Cependant saint Luc (1, 56) mentionne Son départ avant le récit de l'enfantement d'Élisabeth (1, 57).

De retour à Nazareth, Elle retrouva avec joie Sa vie silencieuse et retirée, n'ayant rien perdu de ce trésor de recueillement, de pureté, de vie intérieure qu'Elle avait communiqué autour d'Elle.

Que de leçons pour les chrétiens dans ce mystère! Leçons de charité et de zèle, de prévenance et d'amabilité! Leçons de mortification, d'humilité, de sanctification des actions communes et des relations nécessaires avec le monde!

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/visitation-de-marie.html



La Visitation en Occident: une fête pour mettre fin à la division

A l’origine de la fête, ce n’est pas tant l’influence de l’Orient qui compte : l’Occident mûrit lui-même la beauté et l’utilité d’une fête de la Visitation :

Le concile provincial du Mans en 1247 et le chapitre général des frères mineurs à Pise avec du saint Bonaventure, (1263) ont ajouté la fête de la Visitation le 2 juillet (comme en Orient).

Surtout, l’évêque de Prague, Jean Jenstein, introduisit la fête dans son propre diocèse, en 1386, à peine huit ans après le grand schisme entre deux papes, Urbain VI Rome et Clément VII à Avignon. Il composa pour elle les textes liturgiques et il supplia Urbain VI de l’introduire dans toute l’Église, afin de mettre un terme au scandale de la division. En 1389 la demande de l’évêque de Prague fut accueillie par le pape qui établit la fête de la Visitation le 2 de juillet, avec vigile et octave.

Le pape prépara la bulle et mourut. L’office ne plaisait pas au nouveau pape qui opta pour les textes du card. Adam Easton, de Londres, un texte rythmé, avec rime, pour toute la journée ; trop compliqué, il ne durera pas.

La fête de la Visitation concerna seulement les fidèles en communion avec le pape de Rome; elle fut ignorée par les partisans de l’antipape.

C'est seulement à partir de 1441, avec le concile de Bâle, illégitime, que la Visitation s’imposa progressivement à toute l’Église.

Dans la révision post-tridentine des livres liturgiques, Pie V abolit les différents textes en usage, comme aussi la vigile et l’octave de la fête de la Visitation, en adoptant pour elle la messe et l’office de la Nativité de Marie.

Puis, l’attention à la pitié populaire, qui avait dédié à Marie le mois de mai, a fait choisir le 31 mai pour la fête de la Visitation.

La Vierge de la Visitation est aussi Notre Dame des grâces et Notre Dame de la paix.

F. Breynaert en remerciant le père I. Calabuig

SOURCE : http://www.mariedenazareth.com/8314.0.html?&L=0


Sermon de saint Ambroise sur le Psaume 118

(Lectionnaire monastique de Solesmes pour la Visitation, Temps pascal, p. 1033-1037. Éditions du Cerf, Paris)

Tu vois que le Dieu Verbe secoue le paresseux et réveille le dormeur. En effet, celui qui vient frapper à la porte veut toujours entrer. Mais il dépend de nous qu’il n’entre pas toujours, qu’il ne demeure pas toujours. Que ta porte soit ouverte à celui qui vient ; ouvre ton âme, élargis les capacités de ton esprit, afin qu’il découvre les richesses de la simplicité, les trésors de la paix, la suavité de la grâce. Dilate ton cœur, cours à la rencontre du soleil de la lumière éternelle qui illumine tout homme. Et assurément cette lumière véritable brille pour tous ; mais si quelqu’un ferme ses fenêtres, il se privera lui-même de la lumière éternelle.

Donc même le Christ reste dehors, si tu fermes la porte de ton âme. Certes, il pourrait entrer ; pourtant il ne veut pas s’introduire de force, il ne veut pas contraindre ceux qui le refusent. Issu de la Vierge, il est sorti de son sein, irradiant tout l’univers, afin de resplendir pour tous. Ils le reçoivent, ceux qui désirent la clarté d’un éclat perpétuel, qu’aucune nuit ne vient interrompre. En effet, ce soleil que nous voyons chaque jour se laisse vaincre par la nuit obscure ; mais le soleil de justice ne connaît pas de couchant, car la sagesse n’est pas vaincue par le mal.

Bienheureux donc celui à la porte duquel frappe le Christ. Notre porte, c’est la foi qui, si elle est solide, défend toute la maison. C’est par cette porte que le Christ fait son entrée. Aussi l’Église dit-elle dans le Cantique : J’entends la voix de mon frère, il frappe à la porte. Écoute celui qui frappe, écoute celui qui désire entrer : Ouvre-moi, ma sœur, ma fiancée, ma colombe, ma parfaite, car ma tête est couverte de rosée, et mes cheveux des gouttes de la nuit. Considère à quel moment le Dieu Verbe frappe à ta porte, quand sa tête est couverte de la rosée nocturne. Car il daigne visiter ceux qui sont soumis à l’épreuve et aux tentations, afin que nul ne succombe, vaincu par les difficultés. Donc sa tête est couverte de rosée ou de gouttes d’eau, quand son corps est dans la souffrance.

C’est alors qu’il faut veiller, de crainte que, lorsque viendra l’Époux, il ne se retire parce qu’il a trouvé la maison fermée. En effet, si tu dors et si ton cœur ne veille pas, il s’éloigne avant d’avoir frappé ; si ton cœur veille, il frappe et il demande qu’on lui ouvre la porte. Nous disposons donc de la porte de notre âme, nous disposons aussi des portes dont il est écrit : Portes, élevez vos frontons ; élevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire fera son entrée.


Homélie de saint Jean Chrysostome

(Lectionnaire monastique de Solesmes pour la Visitation, Temps pascal, p. 1037-1041. Éditions du Cerf, Paris)

Dès son avènement, le Rédempteur de notre race vient aussitôt à son ami Jean qui n’est pas encore né. De sein maternel à sein maternel, Jean plonge le regard, il secoue les limites de la nature, il s’écrie : « Je vois le Seigneur qui a fixé à la nature ses limites et je n’attends pas le moment de naître. Le délai de neuf mois, ici, ne m’est pas nécessaire, car en moi est l’éternel. Je sortirai de cet habitacle ténébreux, je prêcherai la connaissance substantielle de réalités admirables.

Je suis un signe : je signalerai l’avènement du Christ. Je suis une trompette : j’annoncerai l’économie du Fils de Dieu dans la chair. Trompette, je sonnerai et, par là-même, bénédiction pour la langue paternelle, je l’entraînerai à parler. Trompette, je sonnerai, et je vivifierai le sein maternel. »

Tu vois, ami, quel mystère nouveau et admirable ! Jean ne naît pas encore et déjà il parle par ses tressaillements ; il ne paraît pas encore et déjà il profère des avertissements ; il ne peut pas encore crier et déjà il se fait entendre par des actes ; il n’a pas encore commencé sa vie et déjà il prêche Dieu ; il ne voit pas encore la lumière et déjà il montre le soleil ; il n’est pas encore mis au monde et déjà il se hâte d’agir en précurseur. Le Seigneur est là ; il ne peut se retenir, il ne supporte pas d’attendre les limites fixées par la nature, mais il s’efforce de rompre la prison du sein maternel et il cherche à faire connaître d’avance la venue du Sauveur. « Il est arrivé, dit-il, celui qui brise les liens. Et quoi ? Moi, je reste assis enchaîné, et je suis encore tenu à demeurer ici ? Le Verbe vient pour tout rétablir et moi, je reste encore captif ? Je sortirai, je courrai devant lui et je proclamerai à tous : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »

Mais, dis-nous, Jean, retenu encore dans l’obscurité du sein de ta mère, comment vois-tu et entends-tu ? Comment contemples-tu les choses divines ? Comment peux-tu tressaillir et exulter ? « Grand, dit-il, est le mystère qui s’accomplit, c’est un acte qui échappe à la compréhension de l’homme. A bon droit j’innove dans l’ordre naturel à cause de celui qui doit innover dans l’ordre surnaturel. »

Je vois, avant même, de naître, car je vois en gestation le soleil de justice. À l’ouïe je perçois, car je viens au monde, voix du grand Verbe. Je crie, car je contemple, revêtu de sa chair, le Fils unique du Père. J’exulte, car je vois le Créateur de l’univers recevoir la forme humaine. Je bondis, car je pense que le Rédempteur du monde a pris corps. Je prélude à son avènement et, en quelque sorte, je vous devance par mon témoignage. »


Maître Heinrich de Constance. Visitation, Groupe scuplté sur bois. 
Vers 1310. Metropolitan Museum of Art. New York.


Homélie de saint Bède le Vénérable

(Lectionnaire monastique de Solesmes pour la Visitation, Temps pascal, p. 1041-1043. Éditions du Cerf, Paris)

Mon âme exalte le Seigneur ; exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. Le sens premier de ces mots est certainement de confesser les dons que Dieu lui a accordés à elle, Marie, spécialement ; mais elle rappelle ensuite les bienfaits universels dont Dieu ne cesse jamais d’entourer la race humaine. L’âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu ; quand, par sa soumission aux préceptes divins, elle montre qu’elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté.

L’esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel. Ces mots, sans doute, expriment exactement ce que pensent tous les saints, mais il convenait tout spécialement qu’ils soient prononcés par la bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d’un privilège unique, brûlait d’un amour tout spirituel pour celui qu’elle avait eu la joie de concevoir dans sa chair.

Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d’exulter de joie en Jésus, c’est-à-dire en son Sauveur, car celui qu’elle reconnaissait pour l’auteur éternel de notre salut, elle savait qu’il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair, et si véritablement qu’en une seule et même personne serait réellement présent son fils et son Dieu.

C’est un usage excellent et salutaire, dont le parfum embaume la sainte Église, que celui de chanter tous les jours, à vêpres, le cantique de la Vierge. On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l’incarnation du Seigneur, s’enflamment d’une plus vive ferveur, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c’est bien le moment, à vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand approche l’heure du repos, de se rassembler pour retrouver l’unité de son attention.



Homélie d’Origène sur l’Évangile de Luc

(SC n° 187, p. 154... 160. Éditions du Cerf)

Les meilleurs vont au-devant des moins bons pour leur procurer, par leur venue, quelque avantage. Ainsi le Sauveur vient à Jean pour sanctifier son baptême. Et dès que Marie eut entendu, selon le message de l’ange, qu’elle allait concevoir le Sauveur et que sa cousine Élisabeth était enceinte, elle partit, se rendit en hâte vers la montagne et entra dans la maison d’Élisabeth. Jésus, dans le sein de la Vierge, se hâtait de sanctifier Jean-Baptiste, encore dans le sein de sa mère. Avant l’arrivée de Marie et la salutation à Élisabeth, le petit enfant n’exulta pas dans le sein de sa mère ; mais dès que Marie eut prononcé la parole que le Fils de Dieu, dans son sein, lui avait suggérée, l’enfant exulta de joie et dès lors Jésus fit de son précurseur un prophète.

L’enfant tressaillit donc dans le sein d’Élisabeth, qui fut remplie du Saint-Esprit et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre les femmes. » Ici nous devons, pour que les hommes simples ne soient pas trompés, réfuter les objections habituelles des hérétiques. Au fait, je ne sais qui a pu se laisser aller à une telle folie pour affirmer que Marie avait été reniée par le Sauveur, parce qu’après la nativité elle se serait unie à Joseph. Voilà ce que quelqu’un a dit et puisse-t-il être capable de répondre de ses paroles et de ses intentions !

Si parfois les hérétiques vous font une telle objection, répondez-leur par ces mots : « C’est remplie du Saint-Esprit qu’Élisabeth a dit : Tu es bénie entre les femmes. Si Marie a été proclamée bienheureuse par le Saint-Esprit, comment le Seigneur a-t-il pu la renier ? Quant à ceux qui affirment qu’elle contracta mariage après son enfantement virginal, ils n’ont pas de quoi le prouver ; et aucun texte de l’Écriture ne mentionne ce fait. »

Si la naissance du Seigneur n’avait pas été toute céleste et bienheureuse, si elle n’avait rien eu de divin et de supérieur à la nature humaine, jamais sa doctrine ne se serait répandue sur toute la terre. Si, dans le sein de la Vierge Marie, il n’y avait eu qu’un homme et non le Fils de Dieu, comment pourraient être guéries, au temps du Christ comme de nos jours encore, des maladies physiques et spirituelles si variées ? N’avons-nous jamais été insensés, nous qui, aujourd’hui, par la miséricorde divine, avons l’intelligence et la connaissance de Dieu ? N’avons-nous jamais manqué de foi en la justice, nous qui, aujourd’hui, à cause du Christ, possédons et suivons la justice ? N’avons-nous jamais été dans l’erreur et l’égarement, nous qui, aujourd’hui, par la venue du Seigneur, ne connaissons plus ni hésitation ni trouble, mais sommes sur le chemin, c’est-à-dire en Jésus qui a dit : je suis le chemin ?


Méditation de Guigues II le Chartreux

(SC n°163, p. 166-168, Ed. du Cerf)

Grand, admirable, incomparable ouvrage du roi très sage ! Que les lions et les lionceaux qui sont sur la terre te révèrent, ma souveraine, voilà qui est peu : toute la cour céleste, ravie bien au-dessus d’elle-même et stupéfaite, admire en toi l’œuvre des doigts de Dieu. Ô pleine de grâce, qu’est-ce donc que tu portes dans ton sein ? C’est le Seigneur, je suis sa servante. Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses, admirables à bon droit parce que grandes, mais il est puissant, celui qui a fait pour moi ces grandes choses.

Il est le Seigneur, je suis sa servante ; il est la rosée, moi la terre, et de là le froment ; il est la manne, moi le vase, et de là le vermisseau. Je suis un ver, a-t-il dit, et non pas un homme, car tout homme est comme de l’herbe, mais lui est comme le blé. De la rosée du ciel et de la terre, qui est la vierge, a poussé le froment. Ce sont de grandes choses, mais celui qui les a faites est tout-puissant. Un seul grain de blé est né de moi, mais de l’abondance de ce froment, il a été dit : Si le grain meurt, il porte beaucoup de fruit. Or, en mourant, il a répandu le vin en abondance ; en ressuscitant et en montant au ciel, il a répandu l’huile, et il l’a répandue à profusion, comme dit l’Apôtre.

Voici l’abondance du blé, du vin et de l’huile, à partir de la rosée du ciel et de la fécondité de la terre. Ô terre féconde, pleine de grâce, comme la graisse mise à part dans le sacrifice, ainsi tu es séparée de la masse des pécheurs, pleine de grâce, de froment, de vin et d’huile, remplie avec surabondance de tous les dons du Saint-Esprit.

Le Seigneur est avec toi : avec toi dans la chambre secrète de ton cœur, avec toi dans la retraite de ton sein ; il demeure avec toi, il ne cesse pas d’être avec toi, et jamais il ne s’éloigne de toi. Le Seigneur est avec toi : qu’est-ce à dire, avec toi ? Le Seigneur a une nature commune avec toi, une nature destinée à être élevée bien au-dessus des anges. Dieu habite dans les anges, mais non pas avec les anges ; il habite en toi, et il habite avec toi. Dieu siège au-dessus des anges, au-dessus des trônes, des chérubins et des séraphins, il siège et il règne en eux tous, mais il n’y a dans aucun royaume une œuvre semblable à ce grand trône d’ivoire.

SOURCE : http://rouen.catholique.fr/spip.php?article1571




Visitation de la Vierge Marie


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Déjà, dans les jours qui précédèrent la naissance du Sauveur, la visite de Marie à sa cousine Élisabeth a fait l’objet de nos méditations. Mais il convenait de revenir sur une circonstance aussi importante de la vie de Notre-Dame ; la simple mémoire de ce mystère, au Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent, ne suffisait point à faire ressortir ce qu’il renferme par lui-même d’enseignement profond et de sainte allégresse. En se complétant dans le cours des âges, la sainte Liturgie devait exploiter cette mine précieuse, à l’honneur de la Vierge-mère. L’Ordre de saint François et quelques églises particulières, comme celles du Mans, de Reims et de Paris, avaient déjà pris les devants, lorsqu’Urbain VI, en l’année 1389, institua la solennité du présent jour. Le Pape conseillait le jeûne en la vigile de la fête, et ordonnait qu’elle fût suivie d’une Octave ; il accordait à sa célébration les mêmes indulgences qu’Urbain IV avait, dans le siècle précédent, attachées à la fête du Corps du Seigneur. La bulle de promulgation, arrêtée par la mort du Pontife, fut reprise et publiée par Boniface IX qui lui succéda sur le Siège de saint Pierre.

Nous apprenons des Leçons de l’Office primitivement composé pour cette fête, que le but de son institution avait été, dans la pensée d’Urbain, d’obtenir la cessation du schisme qui désolait alors l’Église. Exilée de Rome durant soixante-dix ans, la papauté venait d’y rentrer à peine ; l’enfer, furieux d’un retour qui contrariait ses plans opposés là comme partout à ceux du Seigneur, s’en était vengé en parvenant à ranger sous deux chefs le troupeau de l’unique bercail. Telle était l’obscurité dont de misérables intrigues avaient su couvrir l’autorité du légitime pasteur, qu’on vit nombre d’églises hésiter de bonne foi et, finalement, préférer la houlette trompeuse du mercenaire. Les ténèbres devaient même s’épaissir encore, et la nuit devenir un moment si profonde, que les ordres de trois papes en présence allaient se croiser sur le monde, sans que le peuple fidèle, frappé de stupeur, parvînt à discerner sûrement la voix du Vicaire du Christ. Jamais situation plus douloureuse n’avait été faite à l’Épouse du Fils de Dieu. Mais Notre-Dame, vers qui s’était tourné le vrai Pontife au début de l’orage, ne fit point défaut à la confiance de l’Église. Durant les années que l’insondable justice du Très-Haut avait décrété de laisser aux puissances de l’abîme, elle se tint en défense, maintenant si bien la tête de l’ancien serpent sous son pied vainqueur, qu’en dépit de l’effroyable confusion qu’il avait soulevée, sa bave immonde ne put souiller la foi des peuples ; leur attachement restait immuable à l’unité de la Chaire romaine, quel qu’en fût dans cette incertitude l’occupant véritable. Aussi l’Occident, disjoint en fait, mais toujours un quant au principe, se rejoignit comme de lui-même au temps marqué par Dieu pour ramener la lumière. Cependant, l’heure venue pour la Reine des saints de prendre l’offensive, elle ne se contenta pas de rétablir dans ses anciennes positions l’armée des élus ; l’enfer dut expier son audace, en rendant à l’Église les conquêtes mêmes qui lui semblaient depuis des siècles assurées pour jamais. La queue du dragon n’avait point encore fini de s’agiter à Bâle, que Florence voyait les chefs du schisme grec, les Arméniens, les Éthiopiens, les dissidents de Jérusalem, de Syrie et de Mésopotamie, compenser par leur adhésion inespérée au Pontife romain les angoisses que l’Occident venait de traverser.

Il restait à montrer qu’un pareil rapprochement des peuples au sein même de la tempête, était bien l’œuvre de celle que le pilote avait, un demi-siècle auparavant, appelée au secours de la barque de Pierre. On vit les factieux de l’assemblée de Bâle en donner la preuve, trop négligée par des historiens qui ne soupçonnent plus l’importance des grands faits liturgiques dans l’histoire de la chrétienté ; sur le point de se séparer, les derniers tenants du schisme consacrèrent la quarante-troisième session de leur prétendu concile à promulguer, pour ses adhérents, cette même fête de la Visitation en l’établissement de laquelle Urbain VI avait dès l’abord mis son espoir. Malgré la résistance de quelques obstinés, le schisme était vraiment fini dès lors ; l’orage se dissipait : le nom de Marie, invoqué des deux parts, resplendissait comme le signe de la paix sur les nuées [59]. Ainsi l’arc-en-ciel unit dans sa douce lumière les extrémités opposées de l’horizon. Contemplez-le, dit l’Esprit-Saint, et bénissez celui qui l’a fait ; car il est beau dans sa splendeur ! Il embrasse les cieux dans le circuit de sa gloire [60].

Si l’on se demande pourquoi Dieu voulut que le mystère de la Visitation, et non un autre, devînt, par cette solennité qui lui fut consacrée, le monument de la paix reconquise : il est facile d’en trouver la raison dans la nature même de ce mystère et les circonstances où il s’accomplit.

C’est là surtout que Marie apparaît, en effet, comme la véritable arche d’alliance : portant en elle, non plus les titres périmés du pacte de servitude conclu au bruit du tonnerre entre Jéhovah et les Juifs ; mais l’Emmanuel, témoignage vivant d’une réconciliation plus vraie, d’une alliance plus sublime entre la terre et les cieux. Par elle, mieux qu’en Adam, tous les hommes seront frères ; car celui qu’elle cache en son sein sera le premier-né de la grande famille des fils de Dieu. A peine conçu, voici que pour lui commence l’œuvre d’universelle propitiation. Levez-vous, ô Seigneur, vous et l’arche d’où votre sainteté découlera sur le monde [61]. De Nazareth aux montagnes de Judée, dans sa marche rapide, elle sera protégée par l’aile des chérubins jaloux de contempler sa gloire. Au milieu des guerriers les plus illustres et des chœurs d’Israël, David conduisit l’arche figurative de la maison d’Abinadab à celle d’Obedédom [62] ; mieux que lui, Dieu votre Père saura entourer l’arche sacrée du Testament nouveau, lui composant une escorte de l’élite des célestes phalanges.

Heureuse fut la demeure du lévite devenu, pour trois mois, l’hôte du Très-Haut résidant sur le propitiatoire d’or ; plus fortunée sera celle du prêtre Zacharie, qui, durant un même espace de temps, abritera l’éternelle Sagesse nouvellement descendue au sein très pur où vient de se consommer l’union qu’ambitionnait son amour ! Par le péché d’origine, l’ennemi de Dieu et des hommes tenait captif, en cette maison bénie, celui qui devait en être l’ornement dans les siècles sans fin ; l’ambassade de l’ange annonçant la naissance de Jean, sa conception miraculeuse, n’avaient point exempté le fils de la stérile du tribut honteux que tous les fils d’Adam doivent solder au prince de la mort, à leur entrée dans la vie. Mais, les habitants d’Azot en firent autrefois l’expérience, Dagon ne saurait tenir debout devant l’arche [63] : Marie paraît, et Satan renversé subit dans l’âme de Jean sa plus belle défaite, qui toutefois ne sera point la dernière ; car l’arche de l’alliance n’arrêtera ses triomphes qu’avec la réconciliation du dernier des élus.

Célébrons cette journée par nos chants d’allégresse ; car toute victoire, pour l’Église et ses fils, est en germe dans ce mystère : désormais l’arche sainte préside aux combats du nouvel Israël. Plus de division entre l’homme et Dieu, le chrétien et ses frères ; si l’arche ancienne fut impuissante à empêcher la scission des tribus, le schisme et l’hérésie n’auront licence de tenir tête à Marie durant plus ou moins d’années ou de siècles, que pour mieux enfin faire éclater sa gloire. D’elle sans cesse, comme en ce jour béni, s’échapperont, sous les yeux de l’ennemi confondu, et la joie des petits, et la bénédiction de tous, et la perfection des pontifes [64]. Au tressaillement de Jean, à la subite exclamation d’Élisabeth, au chant de Zacharie, joignons le tribut de nos voix ; que toute la terre en retentisse. Ainsi jadis était saluée la venue de l’arche au camp des Hébreux ; les Philistins, l’entendant, savaient par là que le secours du Seigneur était descendu ; et, saisis de crainte, ils gémissaient, disant : « Malheur à nous : il n’y avait pas si grande joie hier ; malheur à nous [65] ! » Oui certes, aujourd’hui avec Jean, le genre humain tressaille et il chante ; oui certes, aujourd’hui à bon droit l’ennemi se lamente : le premier coup du talon de la femme [66] frappe aujourd’hui sa tête altière, et Jean délivré est en cela le précurseur de nous tous. Plus heureux que l’ancien, le nouvel Israël est assuré que jamais sa gloire ne lui sera ôtée ; jamais ne sera prise l’arche sainte qui lui fait traverser les flots [67] et abat devant lui les forteresses [68]. Combien donc n’est-il pas juste que ce jour, où prend fin la série de défaites commencée en Éden, soit aussi le jour des cantiques nouveaux du nouveau peuple ! Mais à qui d’entonner l’hymne du triomphe, sinon à qui remporte la victoire ? Levez-vous donc, levez-vous, Debbora ; levez-vous et chantez le Cantique [69]. Les forts avaient disparu, jusqu’à ce que s’élevât Marie, la vraie Debbora, jusqu’à ce que parût la Mère en Israël [70]. « C’est moi, c’est moi, dit-elle en effet, qui chanterai au Seigneur, qui célébrerai le Dieu d’Israël [71]. Selon la parole de mon aïeul David, magnifiez avec moi le Seigneur, et tous ensemble exaltons son saint nom [72]. Mon cœur, comme celui d’Anne, a tressailli en Dieu son Sauveur [73]. Car, de même qu’en Judith sa servante, il a accompli en moi sa miséricorde [74] et fait que ma louange sera dans toutes les bouches jusqu’à l’éternité [75]. Il est puissant celui qui a fait en moi de grandes choses [76] ; il n’est point de sainteté pareille à la sienne [77]. Ainsi que par Esther, il a pour toutes les générations sauvé ceux qui le craignent [78] ; dans la force de son bras [79], il a retourné contre l’impie les projets de son cœur, renversant l’orgueilleux Aman de son siège et relevant les humbles ; il a fait passer des riches aux affamés l’abondance [80] ; il s’est ressouvenu de son peuple et a eu pitié de son héritage [81]. Telle était bien la promesse que reçut Abraham, et que nos pères nous ont transmise : il a fait comme il avait dit » [82].

Filles de Sion, et vous tous qui gémissiez dans les fers de Satan, l’hymne de la délivrance a donc retenti sur notre terre. A la suite de celle qui porte en son sein le gage de l’alliance, formons des chœurs ; mieux que Marie sœur d’Aaron, et à plus juste titre, elle préside au concert d’Israël [83]. Ainsi elle chante en ce jour de triomphe, rappelant tous les chants de victoire qui préludèrent dans les siècles de l’attente à son divin Cantique. Mais les victoires passées du peuple élu n’étaient que la figure de celle que remporte, en cette fête de sa manifestation, la glorieuse souveraine qui, mieux que Debbora, Judith ou Esther, a commencé de délivrer son peuple ; en sa bouche, les accents de ses illustres devancières ont passé de l’aspiration enflammée des temps de la prophétie à l’extase sereine qui marque la possession du Dieu longtemps attendu. Une ère nouvelle commence pour les chants sacrés : la louange divine reçoit de Marie le caractère qu’elle ne perdra plus ici-bas, qu’elle gardera jusque dans l’éternité.

Les considérations qui précèdent nous ont été inspirées par le motif spécial qui porta l’Église, au XIVe siècle, à instituer cette fête. En rendant Rome à Pie IX exilé, au 2 juillet de l’année 1849 [84], Marie a montré de nouveau dans nos temps que cette date était bien pour elle une journée de victoire. Mais le mystère de la glorieuse Visitation est si vaste, que nous ne saurions, eu égard aux limites qui nous sont imposées, songer à épuiser ici tous les enseignements qu’il renferme. Quelques-uns d’eux, au reste, nous ont été donnés dans les jours de l’Avent ; d’autres plus récemment, à l’occasion de la fête de saint Jean-Baptiste et de son Octave ; d’autres enfin seront mis en lumière par l’Épître et l’Évangile de la Messe qui va suivre.

VÊPRES.

A l’époque de l’Année Liturgique, la fête du Précieux Sang n’avait pas encore été élevée au rend de Ière classe : la fête de la Visitation avait donc encore des Ières Vêpres

Les Antiennes de l’Office sont toutes tirées de l’Évangile, et reproduisent historiquement le mystère du jour.

Les Psaumes ont chanté la grandeur de Celui que l’humilité de Marie vient d’attirer en elle, et qui la manifeste pour la première fois au monde comme la Cité de Dieu, bâtie par lui avec amour, ainsi qu’elle-même le proclame aujourd’hui en louant le Seigneur son Dieu. Le Capitule est emprunté, comme les Psaumes et l’Hymne, à l’Office commun de Notre-Dame ; il rappelle l’auguste prédestination qui, dès avant tous les âges, unit inséparablement l’éternelle Sagesse et la femme bénie plus que toutes en qui elle devait prendre chair.

Chaque jour, le solennel Office du soir emprunte au Cantique de Marie son parfum le plus suave. Il n’est pas jusqu’au soir du grand Vendredi où Notre-Dame ne soit invitée par l’Église de la terre à le redire, près de la croix sur laquelle vient de se consommer le terrible drame. C’est qu’en effet, l’incomparable Cantique a pour objet la rédemption tout entière ; au pied de la croix, non moins que dans les journées si douces où nous ramène la solennité présente, ce qui domine en Marie et l’emporte sur tous les déchirements comme sur toutes les joies, c’est la pensée de la gloire de Dieu enfin satisfaite, du salut de l’homme enfin assuré. Aujourd’hui que les mystères du Cycle ont achevé récemment de passer sous nos yeux, le Magnificat résonne, pour ainsi dire, dans son ampleur, en même temps qu’il reçoit de cette fête toute la fraîcheur du premier jour où il fut donné au monde de l’entendre. « Bienheureuse êtes-vous d’avoir cru, ô Marie ! Les choses qui vous ont été dites par le Seigneur s’accompliront en vous. Alléluia. »

A LA MESSE.

L’Introït est celui des Messes votives de Notre-Dame à cette époque de l’année. Il est tiré de Sédulius [85], le poète chrétien du Ve siècle, auquel la sainte Liturgie a fait d’autres emprunts si gracieux dans les jours de Noël et de l’Épiphanie. La parole excellente célébrée dans le Verset, l’œuvre que dédie au Roi la Vierge-mère, il n’est personne qui ne la reconnaisse aujourd’hui dans le sublime Magnificat, richesse et gloire de cette journée.

Salut, Mère sainte, o vous dont l’enfantement a mis au monde le Roi qui gouverne le ciel et la terre dans les siècles. Sa puissance est à jamais, comme son empire embrassant tout dans un cercle éternel. Pour vous s’unissent, en un sein fortune, les joies de la mère et l’honneur de la vierge ; avant vous, ni après, on ne vit rien de semblable ; seule entre toutes et sans exemple vous avez plu au Christ !

La paix est le don précieux que la terre implorait sans fin depuis le péché d’origine. Réjouissons-nous donc ; car le Prince de la paix se révèle par Marie en ce jour. La solennelle mémoire du mystère que nous célébrons, va développer en nous l’œuvre de salut commencée dans celui de Noël, aux premiers jours du Cycle. Implorons cette grâce par la Collecte, avec la sainte Église.

Dans les Messes privées, à la suite des Collecte, Secrète et Postcommunion de la fête, on fait mémoire des saints martyrs Processus et Martinien.

ÉPÎTRE

L’Église nous introduit dans la profondeur du mystère. La lecture qui précède n’est que l’explication de cette parole d’Élisabeth où toute la fête est résumée : Au son de votre voix, mon enfant a tressailli dans mon sein. Voix de Marie, voix de la tourterelle, qui met l’hiver en fuite et annonce le printemps, les parfums et les fleurs ! A ce signal si doux, captive dans la nuit du péché, l’âme de Jean s’est dépouillée des livrées de l’esclave, et, développant soudain les germes des vertus les plus hautes, elle est apparue belle comme l’épouse en tout l’éclat du jour des noces. Aussi, quelle hâte de Jésus vers cette âme bien-aimée ! Entre Jean et l’Époux, que d’épanchements ineffables ! Quel dialogue sublime du sein d’Élisabeth à celui de Marie ! Admirables mères, plus admirables enfants ! Dans la rencontre fortunée, l’ouïe, les yeux, la voix des mères, sont moins à elles qu’aux fruits bénis de leurs seins ; leurs sens sont le treillis par lequel l’Époux et l’Ami de l’Époux se voient, se comprennent et se parlent.

L’homme animal, il est vrai, ne comprend pointée langage [86]. Père, dira l’Homme-Dieu plus tard, je vous rends grâces de ce que vous avez caché ces choses aux prudents et aux sages, pour les révéler aux petits [87]. Que celui-là donc qui a des oreilles pour entendre, entende [88] ; mais en vérité, je vous le dis, si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux [89], ni ne connaîtrez ses mystères [90]. La Sagesse n’en sera pas moins justifiée par ses fils, comme le dit l’Évangile [91]. Dans la droiture de leur humilité, les simples de cœur, en quête de lumière, dépassent les ombres vaines qui se jouent au-dessus des marais de ce monde ; ils savent que le premier rayon du soleil de l’éternité dissipera ces fantômes, ne laissant que le vide à ceux qui s’y seront arrêtés. Pour eux, dès maintenant ils se nourrissent de ce que l’œil n’a point vu, ni l’oreille entendu, préludant ici-bas aux délices éternelles [92].

Jean-Baptiste en fait à cette heure l’ineffable expérience. Prévenue par le divin ami qui l’a recherchée, son âme s’éveille en pleine extase. Pour Jésus, d’autre part, c’est la première conquête ; c’est à l’adresse de Jean que, pour la première fois en dehors de Marie, les accents de l’épithalame sacré se formulent dans l’âme du Verbe fait chair et font battre son cœur. Aujourd’hui donc, et c’est l’enseignement de notre Épître, à côté du Magnificat s’inaugure aussi le divin Cantique dans la pleine acception que l’Esprit-Saint voulut lui donner. Jamais les ravissements de l’Époux ne seront plus justifiés qu’en ce jour béni ; jamais ils ne trouveront écho plus fidèle. Échauffons-nous à ces ardeurs du ciel ; joignons notre enthousiasme à celui de l’éternelle Sagesse, dont cette journée marque le premier pas vers l’humanité tout entière. Avec Jésus, sollicitons le Précurseur de se montrer enfin. N’était l’ordre d’en haut, l’ivresse de l’amour lui ferait soudain, en effet, forcer la muraille qui l’empêche de paraître et d’annoncer l’Époux. Car il sait que la vue de son visage, précédant la face même du Seigneur, excitera, elle aussi, les transports de la terre ; il sait que sa voix sera douce, quand elle sera l’organe du Verbe appelant à lui l’Épouse.

Avec Élisabeth, exaltons au Graduel la Vierge bénie qui nous vaut toutes ces joies, et en qui l’amour tient enfermé celui que le monde ne pouvait contenir. Le distique que l’on chante au Verset, était cher à la piété du moyen âge ; on le retrouve en diverses liturgies, soit comme début d’Hymne [93], soit sous forme d’Antienne dans la composition des Messes ou de l’Office.

ÉVANGILE.

Marie avait appris de l’archange qu’Élisabeth allait bientôt devenir mère. La pensée des services que réclament sa vénérable cousine et l’enfant qui va naître, lui fait prendre aussitôt la route des montagnes où est située l’habitation de Zacharie. Ainsi va, ainsi presse, quand elle est vraie, la charité du Christ [94]. Il n’est point d’état d’âme où, sous le prétexte d’une perfection plus relevée, le chrétien puisse oublier ses frères. Marie venait de contracter avec Dieu l’union la plus haute ; et volontiers notre imagination se la représenterait impuissante à tout, perdue dans l’extase, durant ces jours où le Verbe, prenant chair de sa chair, l’inonde en retour de tous les flots de sa divinité. L’Évangile est formel cependant : c’est en ces jours mêmes [95] que l’humble vierge, assise jusque-là dans le secret de la face du Seigneur [96], se lève pour se dévouer à tous les besoins du prochain dans le corps et dans l’âme. Serait-ce à dire que les œuvres l’emportent sur la prière, et que la contemplation n’est plus la meilleure part ? Non, sans doute ; et Notre-Dame n’avait jamais si directement ni si pleinement qu’en ces mêmes jours, adhéré à Dieu par tout son être. Mais la créature parvenue sur les sommets de la vie unitive, est d’autant plus apte aux œuvres du dehors qu’aucune dépense de soi ne peut la distraire du centre immuable où elle reste fixée.

Insigne privilège, résultat de cette division de l’esprit et de l’âme [97] à laquelle tous n’arrivent point, et qui marque l’un des pas les plus décisifs dans les voies spirituelles ; car elle suppose la purification tellement parfaite de l’être humain, qu’il ne forme plus en toute vérité qu’un même esprit avec le Seigneur [98] ; elle entraîne une soumission si absolue des puissances, que, sans se heurter, elles obéissent simultanément, dans leurs sphères diverses, au souffle divin. Tant que le chrétien n’a point franchi ce dernier défilé défendu avec acharnement par la nature, tant qu’il n’a pas conquis cette liberté sainte des enfants de Dieu [99], il ne peut, en effet, aller à l’homme sans quitter Dieu en quelque chose. Non qu’il doive négliger pour cela ses devoirs envers le prochain, dans qui Dieu a voulu que nous le voyions lui-même ; heureux toutefois qui, comme Marie, ne perd rien de la meilleure part, en vaquant aux obligations de ce monde ! Mais combien petit est le nombre de ces privilégiés, et quelle illusion serait de se persuader le contraire !

Nous retrouverons ces pensées au jour de la triomphante Assomption ; mais l’Évangile qu’on vient d’entendre, nous faisait un devoir d’attirer dès maintenant sur elles l’attention du lecteur. C’est spécialement en cette fête, que Notre-Dame a mérité d’être invoquée comme le modèle de tous ceux qui s’adonnent aux œuvres de miséricorde ; s’il n’est point donné à tous de tenir comme elle, dans le même temps, leur esprit plus que jamais abîmé en Dieu : tous néanmoins doivent s’efforcer d’approcher sans fin, par la pratique du recueillement et de la divine louange, des lumineux sommets où leur Reine se montre aujourd’hui dans la plénitude de ses perfections ineffables.

L’Offertoire chante le glorieux privilège de Marie, mère et vierge, enfantant celui qui l’a faite.

Le Fils de Dieu, naissant de Marie, a consacré son intégrité virginale. Obtenons, dans la Secrète de ce jour, qu’il veuille en souvenir de sa Mère nous purifier de nos souillures, et rendre ainsi notre offrande acceptable au Dieu très-haut.

L’Église possède en elle, dans les Mystères, le même Fils du Père éternel que portèrent durant neuf mois les entrailles de Marie. C’est en son sein bienheureux que, pour venir à nous tous, il a pris un corps. Chantons, dans l’Antienne de la Communion, et le Fils et la Mère.

La célébration de chacun des mystères du salut par la participation au divin Sacrement qui les contient tous, est un moyen d’obtenir l’éloignement du mal pour ce monde et pour l’éternité. C’est ce qu’exprime la Postcommunion en ce qui touche le mystère de ce jour.

Les XIVe et XVe siècles ont chanté en de gracieuses compositions le mystère de ce jour. Celle qui suit eut le don d’exciter la colère des prétendus Réformés par les expressions de sa piété si touchante envers la Mère de Dieu. On y remarquera l’appel à l’unité pour ceux qui s’égarent. Selon ce que nous avons dit du motif qui porta l’Église à établir la fête de la Visitation, Marie est de même invoquée, en d’autres formules du même temps propres à cette fête, comme la lumière qui dissipe tous les nuages [100], qui dissout tous les schismes [101].

SÉQUENCE.

Veni præcelsa domina,

Maria, tu nos visita,

Ægras mentes illumina

Per sacra vitæ munia.

Veni salvatrix sæculi,

Sordes aufer piaculi,

In visitando populum

Pœnæ tollas periculum.

Veni regina gentium,

Dele flammas reatuum,

Rege quemcumque devium,

Da vitam innocentium.

Veni et ægros visites,

Maria, vires robores

Virtute sacri impetus,

Ne fluctuetur animus.

Veni stella, lux marium,

Infunde pacis radium,

Exsultet cor in gaudium

Johannis ante Dominum.

Veni virga regalium,

Reduc fluctus errantium

Ad unitatem fidei

In qua salvantur cœlici.

Veni, deposce Spiritus

Sancti dona propensius,

Ut dirigamur rectius

In hujus vitæ actibus.

Venez, glorieuse souveraine ;

Marie, vous-même visitez-nous :

illuminez nos âmes malades,

donnez-nous de vivre saintement.

Venez, vous qui sauvâtes le monde,

enlevez la souillure de nos crimes ;

dans cette visite à votre peuple,

écartez tout péril de peine.

Venez, reine des nations,

éteignez les flammes du péché ;

quiconque s’égare, redressez-le,

donnez à tous vie innocente.

Venez, visitez les malades ;

Marie, fortifiez les courages

par la vertu de votre impulsion sainte,

bannissez les hésitations.

Venez, étoile, lumière des mers,

faites briller le rayon de la paix ;

que Jean tressaille

devant son Seigneur.

Venez, sceptre des rois,

ramenez les foules errantes

à l’unité de foi

qui est le salut des citoyens des cieux.

Venez, implorez pour nous

ardemment les dons de l’Esprit-Saint,

afin que nous suivions une ligne plus droite

dans les actes de cette vie.

Venez, louons le Fils,

louons l’Esprit-Saint,

louons le Père, unique Dieu :

qu’il nous donne secours.

Amen.

Quelle est celle-ci, qui s’avance belle comme l’aurore à son lever, terrible comme une armée rangée en bataille [102] ? O Marie, c’est aujourd’hui que, pour la première fois, votre douce clarté réjouit la terre. Vous portez en vous le Soleil de justice ; et sa lumière naissante frappant le sommet des monts, tandis que la plaine est encore dans la nuit, atteint d’abord le Précurseur illustre dont il est dit qu’entre les fils des femmes il n’est point de plus grand. Bientôt l’astre divin, montant toujours, inondera de ses feux les plus humbles vallées. Mais que de grâce en ces premiers rayons qui s’échappent de la nuée sous laquelle il se cache encore ! Car vous êtes, ô Marie, la nuée légère, espoir du monde, terreur de l’enfer [103] ; en sa céleste transparence, contemplant de loin les mystères de ce jour, Élie le père des prophètes et Isaïe leur prince découvrirent tous deux le Seigneur. Ils vous voyaient hâtant votre course au-dessus des montagnes, et ils bénissaient Dieu ; car, dit l’Esprit-Saint, lorsque l’hiver a enchaîné les neuves, desséché les vallées, brûlé les montagnes, le remède à tout est dans la hâte de la nuée [104].

Hâtez-vous donc, ô Marie ! Venez à nous tous, et que ce ne soient plus seulement les montagnes qui ressentent les bienfaits de votre sereine influence : abaissez-vous jusqu’aux régions sans gloire où la plus grande partie du genre humain végète, impuissante à s’élever sur les hauteurs ; que jusque dans les abîmes de perversité les plus voisins du gouffre infernal, votre visite fasse pénétrer la lumière du salut. Oh ! Puissions-nous, des prisons du péché, de la plaine où s’agite le vulgaire, être entraînés à votre suite ! Ils sont si beaux vos pas dans nos humbles sentiers [105], ils sont si suaves les parfums dont vous enivrez aujourd’hui la terre [106] ! Vous n’étiez point connue, vous-même vous ignoriez, ô la plus belle des filles d’Adam, jusqu’à cette première sortie qui vous amène vers nos pauvres demeures [107] et manifeste votre puissance. Le désert, embaumé soudain des senteurs du ciel, acclame au passage, non plus l’arche des figures, mais la litière du vrai Salomon, en ces jours mêmes qui sont les jours des noces sublimes qu’a voulu contracter son amour [108]. Quoi d’étonnant si d’une course rapide elle franchit les montagnes, portant l’Époux qui s’élance comme un géant de sommets en sommets [109] ?

Vous n’êtes pas, ô Marie, celle qui nous est montrée dans le divin Cantique hésitante à l’action malgré le céleste appel, inconsidérément éprise du mystique repos au point de le placer ailleurs que dans le bon plaisir absolu du Bien-Aimé. Ce n’est point vous qui, à la voix de l’Époux, ferez difficulté de reprendre pour lui les vêtements du travail, d’exposer tant qu’il le voudra vos pieds sans tache à la poussière des chemins de ce monde [110]. Bien plutôt : à peine s’est-il donné à vous dans une mesure qui ne sera connue d’aucune autre, que, vous gardant de rester absorbée dans la jouissance égoïste de son amour, vous-même l’invitez à commencer aussitôt le grand œuvre qui l’a fait descendre du ciel en terre : « Venez, mon bien-aimé, sortons aux champs, levons-nous dès le matin pour voir si la vigne a fleuri, pour hâter l’éclosion des fruits du salut dans les âmes ; c’est là que je veux être à vous » [111]. Et, appuyée sur lui, non moins que lui sur vous-même, sans rien perdre pour cela des délices du ciel, vous traversez notre désert [112] ; et la Trinité sainte perçoit, entre cette mère et son fils, des accords inconnus jusque-là pour elle-même ; et les amis de l’Époux, entendant votre voix si douce [113], ont, eux aussi, compris son amour et partagé vos joies. Avec lui, avec vous, de siècle en siècle, elles seront nombreuses les âmes qui, douées de l’agilité de la biche et du faon mystérieux, fuiront les vallées et gagneront les montagnes où brûle sans fin le pur parfum des cieux [114].

Bénissez, ô Marie, ceux que séduit ainsi la meilleure part. Protégez le saint Ordre qui se fait gloire d’honorer spécialement le mystère de votre Visitation ; fidèle à l’esprit de ses illustres fondateurs, il ne cesse point de justifier son titre, en embaumant l’Église de la terre de ces mêmes parfums d’humilité, de douceur, de prière cachée, qui furent pour les anges le principal attrait de ce grand jour, il y a dix-huit siècles. Enfin, ô Notre-Dame, n’oubliez point les rangs pressés de ceux que la grâce suscite, plus nombreux que jamais en nos temps, pour marcher sur vos traces à la recherche miséricordieuse de toutes les misères ; apprenez-leur comment on peut, sans quitter Dieu, se donner au prochain : pour le plus grand honneur de ce Dieu très-haut et le bonheur de l’homme, multipliez ici-bas vos fidèles copies. Que tous enfin, vous ayant suivie en la mesure et la manière voulues par Celui qui divise ses dons à chacun comme il veut [115], nous nous retrouvions dans la patrie pour chanter d’une seule voix avec vous le Magnificat éternel !

[59] Gen. IX, 12-17.

[60] Eccli. XLIII, 12-13.

[61] Psalm. CXXXI, 8.

[62] II Reg. VI.

[63] I Reg. V.

[64] Psalm. CXXXI, 8-9, 14-18.

[65] I Reg. IV, 5-8.

[66] Gen. III, 11.

[67] Josué, III, IV.

[68] Ibid. VI.

[69] Judic. V, 12.

[70] Ibid. 7.

[71] Ibid. 3.

[72] Psalm. XXXIII, 4.

[73] I Reg. II, 1.

[74] Judith, XIII, 18.

[75] Ibid. 23, 31 ; XV, 11.

[76] Exod. XV, 2-3, 11.

[77] I Reg. II, 2.

[78] Esther, IX, 28.

[79] Judith, IX, 11.

[80] I Reg. II, 4-3.

[81] Esther, X, 12.

[82] Ibid. XIII, 15 ; XIV, 5.

[83] Exod. XV, 20-21.

[84] Voir en la fête du Précieux Sang.

[85] SÉDULIUS, Carmen paschale, lib. II, v. 63-69.

[86] I Cor. II, 14.

[87] Matth. XI, 23.

[88] Ibid. 15 ; XIII, 9.

[89] Matth. XVIII, 3.

[90] Ibid. XIII, 11.

[91] Ibid. XI, 19.

[92] I Cor. II, 9.

[93]

Hymnus Completorii in festis B. Mariae (antiphonar. Senon. 1552.)

Virgo Dei Genitrix, quem totus non capit orbis :

In tua se clausit viscera factus homo.

Vera fides Geniti purgavit crimina mundi :

Et tibi virginitas inviolata manet.

Te matrem pietatis, opem te clamitat orbis :

Subvenias famulis, o benedicta, tuis.

Vierge mère de Dieu, celui que le monde entier ne saurait contenir

s’est enfermé dans votre sein, s’y faisant homme.

La foi en votre Fils a purifié les crimes du monde ;

et la virginité vous demeure inviolée.

L’univers vous salue comme la mère de l’amour ;

l’univers vous proclame sa puissance : à vos serviteurs, ô bénie, soyez secourable.

Gloire immense soit au Père ; à vous, ô Fils, gloire égale ;

à l’Esprit-Saint, également Dieu, gloire immense !

Amen.

[94] II Cor. V, 14.

[95] Luc. I, 39.

[96] Psalm. XXX, 21.

[97] Heb. IV, 12.

[98] I Cor. VI, 17.

[99] Rom. VIII, 21 ; II Cor. III, 1 7.

[100] Hymn. O Christi mater fulgida. Dan. IV, 276.

[101] Hymn. O Christi mater cœlica. Dan. IV, 236.

[102] Cant. VI, 9.

[103] III Reg. XVIII, 44 ; Isai. XIX, 1.

[104] Eccli. XLIII, 21-24.

[105] Cant. VII, 1.

[106] Ibid. I, 5.

[107] Ibid, 7.

[108] Ibid. III, 6-11.

[109] Psalm. XVIII, 6-7.

[110] Cant. V, 2-6.

[111] Cant. VII, 10-13.

[112] Ibid. VIII, 5.

[113] Ibid. 13.

[114] Ibid. 14.

[115] I Cor. XII, 11.



Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

L’ancienne liturgie romaine commémorait ce mystère le vendredi de la IIIe semaine de l’Avent, par la lecture de l’évangile encore assigné d’ailleurs à ce jour.

Toutefois le sens de la liturgie ayant décliné parmi le peuple, la solennelle et riche simplicité du rit romain ne fut plus si bien comprise ; c’est pourquoi des circonstances occasionnelles firent instituer d’autres fêtes qui représentent une exacte répétition des anciennes, dépourvues désormais de popularité.

Ainsi en advint-il pour la Visitation de la sainte Vierge à Élisabeth. Les Byzantins célébraient le 2 juillet, depuis de nombreux siècles déjà, la déposition du vêtement de la Mère de Dieu dans la basilique des Blachernes en 469. On ne sait comment cette fête mariale se répandit aussi chez les Latins ; mais ceux-ci, en considération de l’octave de saint Jean-Baptiste, modifièrent sa signification et en firent la commémoration de la présence de Marie dans la maison de Zacharie et d’Élisabeth, alors que le Précurseur fut sanctifié dans le sein de sa mère et vint au monde.

On trouve cette fête chez les Franciscains dès 1263 ; Urbain VI, Boniface IX et enfin le Concile de Bâle en firent une fête d’obligation pour toute l’Église latine.

Saint François de Sales était très dévot à ce mystère, en l’honneur duquel il institua ses religieuses de la Visitation. Dans la pensée primitive de l’aimable Saint, les religieuses devaient imiter Marie dans la charitable assistance qu’elle prêta à sa vénérable parente, qui avait conçu par miracle et était sur le point d’enfanter. La Providence se plut cependant à modifier les plans du saint évêque entre les mains mêmes de son auteur, aussi celui-ci disait-il parfois, avec une délicate finesse, avoir fait ce qu’il n’avait jamais eu l’intention d’accomplir, sans pouvoir faire pourtant ce que vraiment il eût souhaité. Sur l’arbre de la Visitation planté par l’Évêque de Genève, se sont épanouies deux fleurs splendides dont l’Église a couronné son front ; ce sont sainte Françoise de Chantal et sainte Marguerite-Marie Alacoque.

L’antienne pour l’introït est due à Sédulius, contemporain de saint Jérôme et dont l’Église a adopté quelques hymnes pour l’office divin :

Salve, Sancta Parens, enixa puerpera Regem

Qui cælum terramque tenet per sæcula... [116]

« Salut, ô Mère sainte, qui avez donné le jour

à Celui qui gouverne éternellement le ciel et la terre ».

L’antithèse entre les deux idées émises ici par le prêtre Sédulius et si bien exprimées également par Dante : Vergine e Madre, Figlia del tuo Figlio, est gracieusement illustrée par ces deux vers du moyen âge qu’on trouve parfois sous l’image de Notre-Dame portant le Divin Enfant. On y lit en effet :

Au-dessous de l’Enfant Jésus :

Es mihi nate, Pater

et au-dessous de la sainte Vierge :

Sum tamen Filia, Mater.

Les collectes sont empruntées à la fête de la Nativité de la sainte Vierge dans le Sacramentaire d’Hadrien : « Accordez, Seigneur, à vos serviteurs, le secours de votre grâce ; et à ceux qui, dans l’enfantement de la Vierge, reconnaissent le principe de leur salut, que la pieuse fête de sa Visitation apporte aussi une augmentation de paix ».

Cette augmentation de paix est l’effet de la charité et de la grâce, qui nous établit dans l’ordre et nous met en paix avec Dieu, avec nous-mêmes et avec le prochain.

Cette paix que l’Apôtre ne cesse de souhaiter à ses correspondants est le bien le plus désirable ici-bas, puisqu’elle est la tranquillité dans l’ordre ; elle comprend donc l’empire incontesté de Dieu sur tous les mouvements inférieurs. C’est ce don qui rendait inébranlables et joyeux les martyrs au milieu même des supplices ; c’est pourquoi l’Écriture dit à leur sujet : Visi sunt oculis insipientium mon... illi autem sunt in pace [117].

La première lecture est tirée du Cantique des Cantiques (II, 8-14). L’époux, d’un pas rapide et léger, va vers l’épouse à travers les rochers et les collines, et partout où il pose son pied, les marguerites s’épanouissent et le parfum des arbres en fleurs se répand alentour. Marie qui, enceinte du Verbe de Dieu incarné, se rend en hâte sur les monts de la Judée pour sanctifier Jean encore endormi dans le sein de sa mère, prélude à ces interminables processions eucharistiques où l’Époux divin, trônant sur les bras de ses prêtres, parcourt triomphalement les routes de ce misérable monde, et répand autour de Lui le parfum de ses grâces.

Le répons et le verset alléluiatiques semblent tirés du grec, comme tant d’autres éléments de l’office de Notre-Dame. « Vous êtes bénie et vénérable, ô Vierge Marie, qui, sans atteinte de votre pudeur, êtes devenue Mère du Sauveur ». « O Vierge Mère de Dieu, Celui que ne peut contenir le monde entier, devenant mortel a voulu s’enfermer dans votre sein ». « Alléluia. Vous êtes heureuse, ô sainte Vierge Marie, digne de toute louange, parce que de vous est né le Christ notre Dieu, le vrai Soleil de justice ».

Voilà comment, contrairement aux calomnies des protestants, la liturgie attribue toute la grandeur et la dignité de la Vierge très sainte à son intime union à Dieu et à sa fonction de Mère de Jésus-Christ, principe de toute sainteté et cause du salut des hommes.

Il faut noter que l’ancienne et rigide discipline romaine excluait de la sainte messe ces chants provenant d’autres sources que des textes scripturaires. C’est pourquoi dans l’Antiphonaire Grégorien, pour les fêtes de Notre-Dame, nous trouvons assignés l’introït Vultum tuum et les autres chants que nous avons déjà rencontrés le jour de l’Annonciation et aux différentes messes du Commun des Vierges.

La lecture évangélique est la même que le vendredi des Quatre-Temps d’Avent. Dès qu’elle a conçu Jésus en son sein, Marie va immédiatement porter les prémices de sa bénédiction à celui qui devait être le plus grand parmi les fils de la femme. Saint Paul observe que celui qui bénit est supérieur à celui qui est béni. Marie — et à cause d’elle saint Joseph également — appartiennent donc à une catégorie spéciale et supérieure, qui, en raison de l’union hypostatique du fruit virginal de leur mariage, dépasse de beaucoup la sainteté du Précurseur lui-même.

Le verset de l’offertoire est le suivant : « Vous êtes bienheureuse, ô Vierge Marie, qui avez porté dans votre sein le Créateur de toutes choses. Vous avez donné l’être à Celui qui vous a créée, et vous demeurez pour toujours vierge sans tache ». Dieu s’humilie pour élever la créature ; dès lors, plus a été profond l’anéantissement de la gloire du Verbe divin quand il s’est fait homme, plus élevée a été la gloire de Celle dont il prit son corps mortel et la vie qui devait être le prix de la Rédemption.

Voici la collecte sur les oblations : « Que l’amour que nourrit pour nous votre Fils unique, vienne, Seigneur, à notre secours ; et comme, en naissant de la Vierge, il ne lésa pas, mais consacra au contraire la pureté de sa Mère, qu’ainsi, en la fête de sa Visitation, il nous purifie du péché et vous rende agréable notre offrande Jésus-Christ notre Seigneur, lequel, etc ».

Le mot humanitas que nous traduisons en français par amour envers les hommes, a son correspondant grec dans le mot φιλανθρωπία. On a beaucoup abusé de ce terme sacré, qu’on a voulu opposer, comme une forme laïque, à la charité chrétienne. Vain effort. La philanthropie est une nuance délicate et spéciale de la charité, et saint Paul employa ce mot quand il voulut décrire l’ineffable amour de Dieu fait homme par amour pour les hommes : ἡ χρηστότης καὶ ἡ φιλανθρωπία ἐπεφάνη τοῦ σωτῆρος ἡμῶν θεοῦ [118].

L’antienne pour la Communion des fidèles s’inspire en partie de cette bénédiction enthousiaste que, nous dit l’Évangile, une femme appela sur Celle qui avait donné le jour à Jésus et l’avait allaité quand il était petit enfant (Luc., XI, 27-28) : « Bienheureux le sein de la Vierge Marie qui porta le Fils du Père éternel ».

Nous aussi, après la sainte Communion, nous avons part à cette gloire et à cette félicité, parce que, comme Jésus se cacha neuf mois dans le sein maternel, ainsi maintenant, dans la divine Eucharistie, Il vient habiter dans le cœur de ses fidèles. Voici la belle collecte d’action de grâces, sobre et solennelle dans sa classique élégance romaine : « Nous avons participé, Seigneur, au sacrifice offert en l’honneur de la fête annuelle que nous célébrons aujourd’hui ; faites que cette Communion nous procure des grâces abondantes pour la vie temporelle non moins que pour la vie éternelle ».

Il existe d’intimes relations entre la sainte Communion et la bienheureuse Vierge ; non seulement parce que la Victime du Sacrifice eucharistique prit sa chair, son sang et sa vie de Marie, mais encore parce que Marie se substitue à Ève dans la loi de grâce. Comme cette dernière désobéit à Dieu et présenta à Adam le fruit de malédiction, la bienheureuse Vierge obéit au Seigneur et offrit son Enfant béni pour qu’il fût le prix du rachat commun, le pain du salut, l’antidote contre le venin inoculé dans la race humaine par le fruit défendu.

[116] Carm. Paschal, II, 43, 64. P. L., XIX, 599.

[117] Sap., III, 2-3 : Aux yeux des insensés ils ont paru mourir, … et cependant ils sont en paix.

[118] Tit., III, 4 : La bonté de Dieu, notre Sauveur, et son amour pour les hommes ont paru.


Dom Pius Parsch, Le Guide dans l’année liturgique

Mon âme glorifie le Seigneur.

1. La fête de la visite de Marie à Sainte Élisabeth remonte au Moyen Age ; l’Église orientale célébrait déjà au même jour (2 juillet) depuis de nombreux siècles une fête de la Sainte Vierge (la déposition du vêtement de Marie dans le faubourg des Blachernes à Constantinople). Cette circonstance et la proximité de la nativité de saint Jean-Baptiste légitiment la fixation de notre fête à cette date. La visite de la Mère de Dieu à Élisabeth est en relation intime avec la naissance de saint Jean-Baptiste. Aussitôt après l’Annonciation, Marie se rendit chez sa cousine Élisabeth dans les montagnes de Juda, où eut lieu la mémorable rencontre des deux saintes femmes. C’est en cette circonstance que prit naissance le Magnificat, cantique si souvent employé et tenu en si haute estime par la liturgie. Marie demeura environ trois mois chez Élisabeth ; elle s’y trouvait peut-être encore au moment de la circoncision de Jean quand Zacharie chanta son cantique d’action de grâces, le Benedictus Elle retourna ensuite à Nazareth où l’attendait une pénible épreuve.

2. La messe (Salve). — La messe comporte, avec le commun des messes de la Sainte Vierge, quelques parties propres : la leçon évoque sous les traits imagés d’un amour virginal la divine maternité de Marie et son amour pour son divin Fils ; le voyage de Marie à travers les montagnes est préfiguré dans les versets suivants : « Écoute ! Voici mon bien-aimé qui vient ; il bondit sur les montagnes et franchit en toute hâte les colline ». — A ces mots répond, dans l’Évangile, le texte suivant : « Marie se leva et partit en toute hâte dans la montagne, dans une ville de Juda ». Au Saint-Sacrifice nous partageons le bonheur de l’Épouse bénie du Saint-Esprit et nous lui ressemblons : « le Seigneur nous visite » nous aussi, comme Jean-Baptiste et Élisabeth, de sa grâce et de sa lumière.

3. La lecture d’Écriture est tirée aujourd’hui du Cantique des cantiques. — Ce choix est fait en raison de la fête (II, 1-17). Le Cantique des cantiques est l’un des trois livres de la Sainte Écriture qui nous sont parvenus sous le nom de Salomon ; au sens littéral, il chante la liaison du roi Salomon avec une jeune bergère ; en voici les phases principales : les deux personnages éprouvent l’ardent désir d’une union matrimoniale, ils expriment par des chants et des dialogues leur passion mutuelle, ils se plaignent des obstacles qui s’opposent à leur union. Toutefois, au sens complet et chrétien, le Cantique des cantiques peint l’amour du Christ pour son Église, pour les âmes unies à Dieu, et réciproquement. Nous-mêmes, occidentaux, ne soyons pas choqués par la passion et le réalisme contenus dans les images du Cantique des cantiques. Les leçons de l’office d’aujourd’hui nous donnent un extrait de ce livre.

« Écoute ! Voici mon bien-aimé qui vient ; il bondit sur les montagnes, franchissant en toute hâte les collines ; mon bien-aimé est semblable à la gazelle ou au faon des biches ; vois ! Il est là derrière le mur, il regarde par la fenêtre, il regarde par le treillis. Maintenant mon bien-aimé prend la parole et me dit : « Lève-toi, mon amie ; hâte-toi, ma colombe, ma belle ; viens ! L’hiver est fini ; la pluie a cessé, elle a disparu ; les fleurs paraissent sur la terre, le temps est venu de tailler la vigne ; la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes. Le figuier développe déjà ses fruits naissants, la vigne en fleur exhale son parfum ».

5. Le Magnificat. — Notre fête est l’anniversaire de la composition du Magnificat, le cantique d’action de grâces de la Sainte Vierge si vénéré dans l’Église.

Mon âme glorifie le Seigneur,

Et mon esprit tressaille de joie

En Dieu, mon Sauveur,

Parce qu’il a jeté les yeux sur son humble servante.

Voici, en effet, que désormais m’appelleront bienheureuse toutes les générations,

Parce qu’il a fait en moi de grandes choses,

Celui qui est puissant et dont le nom est saint,

Et dont la miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Il a déployé la force de son bras,

Il a dissipé ceux qui s’enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur ;

Il a renversé de leur trône les potentats

Et il a élevé les petits ;

Il a comblé de biens les affamés ;

Et les riches, il les a renvoyés les mains vides.

Il a pris par la main Israël, son enfant,

Se souvenant de sa miséricorde,

Ainsi qu’il l’avait promis à nos pères,

Envers Abraham et sa descendance pour toujours.

Le Magnificat est le chant d’action de grâces de la Sainte Vierge pour l’honneur de la maternité divine qu’elle a reçu et pour la rédemption de l’humanité. Pour bien comprendre aujourd’hui cette prière, nous devons nous reporter au grand moment où elle a pris naissance ; Marie reçoit de l’ange la nouvelle qu’elle est fut appelée à devenir la mère du Fils de Dieu ; elle ne peut encore concevoir la grande grâce qui lui est faite et il n’y a personne à côté d’elle en qui elle puisse épancher l’émotion de son cœur ; alors, elle se rend dans les montagnes de Juda, chez sa cousine Élisabeth qui avait été honorée d’une grâce du même genre. Celle-ci, éclairée par Dieu, salue et reçoit Marie comme la Mère de son Dieu. Alors Marie ne peut plus contenir les sentiments de son âme, elle laisse parler son cœur débordant de reconnaissance ; le Magnificat s’échappe comme un chant et une prière pour remercier Dieu de l’honneur de la maternité divine et de la rédemption du genre humain. Le cantique se divise en trois strophes :

1re str. :

— a) Remerciement pour la grâce et l’honneur qui lui sont faits,

— b) Glorification des trois attributs de Dieu : toute-puissance, sainteté, miséricorde.

2e str. : Glorification du règne de Dieu sur l’humanité (les orgueilleux et les humbles).

3e str. : Dieu accomplit les promesses messianiques.

Paraphrase et suite des idées :

1.

— a) Je remercie d’un cœur débordant de joie le Seigneur ; pourquoi ? Il a exercé envers moi, son humble et indigne servante, une œuvre de grâce exceptionnelle (c’est-à-dire la grâce de la maternité divine). Conséquence de cette grâce : je serai distinguée entre toutes par l’humanité entière ;

— b) Il m’a élevée bien haut, le Dieu tout-puissant, très saint et très miséricordieux. L’incarnation du Fils de Dieu et la Rédemption, qui commence avec mon élévation, voilà la plus grande œuvre de la toute-puissance divine ; par là Dieu manifeste sa Sainteté, son horreur pour le péché, et son immense Miséricorde envers l’humanité pécheresse.

2. Par l’énumération des attributs de Dieu, Marie a passé de sa personne au plan divin de salut, et elle expose dans la strophe centrale les traits essentiels de la prédestination et de l’économie du salut : la puissance de Dieu se manifeste en vouant à l’échec le vain orgueil des puissants et en appelant à la gloire ceux qui sont petits et bas aux yeux du monde.

3. Après avoir fait ces réflexions, Marie constate avec joie que Dieu peut délivrer Israël, et cela parce que Dieu est miséricordieux et fidèle ; miséricordieux, parce qu’Israël ne peut pas se sauver tout seul ; fidèle, parce que Dieu a promis le salut aux ancêtres de son peuple.

Comme toute la poésie de l’Ancien Testament et des premiers temps du christianisme, notre cantique révèle un art très simple. Le rythme des pensées et le parallélisme bien connu des phrases y sont évidents. Peut-être le cœur de Marie a-t-il trouvé, pendant le séjour de trois mois qu’elle fit dans la maison sacerdotale, la dernière forme poétique de son inspiration. — Notre cantique prit place de bonne heure dans la liturgie ; dès le IVe siècle on le récitait à l’office, et il fut sans doute introduit dans les vêpres par saint Benoît.

SOURCE : http://www.introibo.fr/02-07-Visitation-de-la-Vierge#nh118



Présentation de l’icône de la Visitation

Dans l’évangile (Luc 1; 39-56 ) on appelle « Visitation» la visite de Marie récemment enceinte de Jésus à sa cousine Elisabeth, "enceinte aussi", comme l’archange Gabriel le lui avait annoncé. Elisabeth « la stérile » attends un enfant comme un ange l’avait aussi annoncé à Zacharie, son époux, dans le temple où il officiait comme prêtre. Devant l’incrédulité de Zacharie, l’ange l’avait rendu muet. Elisabeth est à son 7e mois de grossesse quand Marie vient la visiter à Hébron.

Lorsque Marie salue Elisabeth, celle-ci est remplie de l’Esprit Saint qui lui révèle la maternité divine de Marie et elle s’écrie : « Bénie es-tu parmi toutes les femmes et béni est ton enfant ! Quel honneur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ! Au son de ta voix mon enfant a tressailli de joie dans mon sein !». Marie devant la confirmation de sa maternité divine, rend grâce à Dieu par le chant du « Magnificat ».

Marie séjourna chez Elisabeth pendant 3 mois pour l’aider dans son accouchement jusqu’à la circoncision de Jean qui sera le « Précurseur » de Jésus, le « Baptiste », celui chargé d’annoncer sa venu et de convertir par le baptême dans l’eau du Jourdain.

L’icône qui représente cette scène est axée sur la descente de l’Esprit sur Elisabeth et centrée sur la relation entre les 2 mères qui jubilent dans une communion marquée par les cercles concentriques à leurs auréoles et qui sont tangents au cercle de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint touche le petit Jean qui bondit de joie dans le sein d’Elisabeth en reconnaissant son Seigneur, celui dont il aura mission d’annoncer la venue. Zacharie reste prostré dans son doute et son mutisme dont il sera délivré en confirmant que le nom de son enfant sera Jean comme l’ange l’avait demandé.

Les couleurs et lignes de leurs vêtements correspondent à leur état d’âme. Au fond, derrière Marie, s’esquissent les collines de Judée qu’elle a traversées pour aller de Nazareth à Hébron et derrière Zacharie sont figurés sa maison et le temple.

Le dessin de l’icône a été inspiré d’une fresque de Mgr Jean de St Denis, évêque orthodoxe de France, iconographe.

« Vierge Marie, sainte Mère de Dieu,

Visite-nous avec ton Fils Jésus,

Que tout notre être profond trésaille de joie

en reconnaissant son Seigneur

Et prépare sa venue en nous. »

Alain, octobre 2010

Texte de la Visitation dans l’évangile de St. Luc (1; 39-56 )

« En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée.

Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle.

Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte :

"Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.

 Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?

Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.

Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur."

Marie dit alors :

"Mon âme exalte le Seigneur,

mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur.

Il s’est penché sur son humble servante ;

désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;

Saint est son nom !

Son amour s’étend d’âge en âge

sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras,

il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes,

il élève les humbles.

Il comble de bien les affamés,

renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur,

il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères,

en faveur d’Abraham et de sa race à jamais." »

SOURCE : http://iconesalain.free.fr/Presentations/61.Visitation.Presentation.htm



Tu es bénie

39.     Miriâm se lève en ces jours, elle va dans la montagne, et s’empresse vers une ville de Iehouda.

40.     Elle entre dans la maison de Zekharyah et salue Èlishèba‘.

41.     Et c’est, quand Èlishèba‘ entend la salutation de Miriâm, l’enfant tressaille dans son ventre.

Èlishèba‘ est remplie par le souffle sacré.

42.     Elle crie d’une voix forte et dit:

« Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de ton ventre !

43.     Pour moi, d’où cela, que la mère de mon Adôn vienne vers moi ?

44.     Oui, la voix de ta salutation est parvenue à mes oreilles; et voici, l’enfant tressaille d’exultation dans mon ventre;

45.     En marche, celle qui adhère à la réalisation plénière de ce qui lui a été dit de la part de IHVH-Adonaï ! »

46.     Et Miriâm dit: « Mon être exalte IHVH-Adonaï;

47.     mon souffle exalte pour Elohîms, mon sauveur,

48.     parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante.

Voici, désormais tous les âges me diront: En marche !

49.     Oui, le Puissant fait pour moi des grandeurs, et son nom est sacré.

50.     Son secours matriciel, d’âge en âge sur ses frémissants,

51.     il fait prouesse de son bras;

il disperse les orgueilleux en l’intelligence de leur coeur.

52.     Il fait descendre les puissants des trônes, mais relève les humbles.

53.     Il remplit de biens les affamés; et les riches, il les renvoie, vides.

54.     Il soutient Israël, son enfant, ayant en mémoire de le matricier,

55.     comme il l’a dit à nos pères, en faveur d’Abrahâm et de sa semence, en pérennité. »

56.     Miriâm demeure avec elle trois mois environ; puis elle revient dans sa maison.

Annonce de Loucas / Évangile de Luc, version A. Chouraqui.


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Visitation of the Blessed Virgin Mary

The event

Assuming that the Annunciation and the Incarnation took place about the vernal equinox, Mary left Nazareth at the end of March and went over the mountains to Hebron, south of Jerusalem, to wait upon her cousin Elizabeth, because her presence and much more the presence of the Divine Child in her womb, according to the will of God, was to be the source of very great graces to the Blessed John, Christ's Forerunner.

The event is related in Luke 1:39-57. Feeling the presence of his Divine Saviour, John, upon the arrival of Mary, leaped in the womb of his mother; he was then cleansed from original sin and filled with the grace of God. Our Lady now for the first time exercised the office which belonged to the Mother of God made man, that He might by her mediation sanctify and glorify us. St. Joseph probably accompanied Mary, returned to Nazareth, and when, after three months, he came again to Hebron to take his wife home, the apparition of the angel, mentioned inMatthew 1:19-25, may have taken place to end the tormenting doubts of Joseph regarding Mary's maternity. (Cf. also MAGNIFICAT.)

The feast

The earliest evidence of the existence of the feast is its adoption by the Franciscan Chapter in 1263, upon the advice of St. Bonaventure. The list of feasts in the "Statuta Synodalia eccl. Cenomanensis" (1237, revised 1247;Mansi, supplem., II, 1041), according to which this feast was kept 2 July at Le Mans in 1247, may not be genuine.

With the Franciscan Breviary this feast spread to many churches, but was celebrated at various dates — atPrague and Ratisbon, 28 April; in Paris, 27 June, at Reims and Geneva, 8 July (cf. Grotefend, "Zeitrechnung", II, 2, 137). It was extended to the entire Church by Urban VI, 6 April, 1389 (Decree published by Boniface IX, 9 Nov., 1389), with the hope that Christ and His Mother would visit the Church and put an end to the Great Schismwhich rent the seamless garment of Christ.

The feast, with a vigil and an octave, was assigned to 2 July, the day after the octave of St. John, about the timewhen Mary returned to Nazareth. The Office was drawn up by an Englishman, Adam Cardinal Easton, Benedictinemonk and Bishop of Lincoln (Bridgett, "Our Lady's Dowry", 235). Dreves (Analecta Hymnica, xxiv, 89) has published this rhythmical office with nine other offices for the same feast, found in the Breviaries of the fourteenth and fifteenth centuries. Since, during the Schism, many bishops of the opposing obedience would not adopt the new feast, it was confirmed by the Council of Basle, in 1441.

Pius V abolished the rhythmical office, the vigil, and the octave. The present office was compiled by order ofClement VIII by the Minorite Ruiz. Pius IX, on 13 May, 1850, raised the feast to the rank of a double of the second class. Many religious orders — the Carmelites, Dominicans, Cistercians, Mercedarians, Servites, and others — as well as Siena, Pisa, Loreto, Vercelli, Cologne, and other dioceses have retained the octave. InBohemia the feast is kept on the first Sunday of July as a double of the first class with an octave.

Sources

HOLWECK, Fasti Mariani (Freiburg, 1892); GROTEFEND, Zeitrechnung (Leipzig, 1892). On the iconography of the event, see GUENEBRAULT, Dictionnaire iconographique (Paris, 1850), 645; COLERIDGE, The Mother of the King (London, 1890).

Holweck, Frederick. "Visitation of the Blessed Virgin Mary." The Catholic Encyclopedia. Vol. 15. New York: Robert Appleton Company, 1912. 2 Sept. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/15480a.htm>.


Transcription. This article was transcribed for New Advent by Michael T. Barrett. Dedicated to the Immaculate Heart of the Virgin Mary.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1912. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/15480a.htm


The feast of the Visitation recalls to us the following great truths and events: The visit of the Blessed Virgin Mary to her cousin Elizabeth shortly after the Annunciation; the cleansing of John the Baptist from original sin in the womb of his mother at the words of Our Lady's greeting; Elizabeth's proclaiming of Mary—under the inspiration of the Holy Ghost—as Mother of God and "blessed among women"; Mary's singing of the sublime hymn, Magnificat ("My soul doth magnify the Lord") which has become a part of the daily official prayer of the Church. The Visitation is frequently depicted in art, and was the central mystery of St. Francis de Sales' devotions.

The Mass of today salutes her who in her womb bore the King of heaven and earth, the Creator of the world, the Son of the Eternal Father, the Sun of Justice. It narrates the cleansing of John from original sin in his mother's womb. Hearing herself addressed by the most lofty title of "Mother of the Lord" and realizing what grace her visit had conferred on John, Mary broke out in that sublime canticle of praise proclaiming prophetically that henceforth she would be venerated down through the centuries:

"My soul doth magnify the Lord, and my spirit hath rejoiced in God my Savior. Because he that is mighty, hath done great things to me, and holy is His name" (Lk. 1:46).

—Excerpted from the Cathedral Daily Missal

This feast is of medieval origin, it was kept by the Franciscan Order before 1263, and soon its observance spread throughout the entire Church. Previously it was celebrated on July 2. Now it is celebrated between the solemnity of the Annunciation of the Lord and the birth of St. John the Baptist, in conformity with the Gospel accounts. Some places appropriately observe a celebration of the reality and sanctity of human life in the womb. The liturgical color is white.

According to the 1962 Missal of Bl. John XXIII the Extraordinary Form of the Roman Rite, today is the feast of the Queenship of the Blessed Virgin Mary and St. Petronilla. The feast of the Queenship of Mary is now celebrated in the Ordinary Rite on August 22.

Aurelia Petronilla was guided in the Faith by St. Peter, the first pope. She died three days after refusing to marry a pagan nobleman, Flaccus. There is no historic proof that she was martyred, but an early fresco clearly represents her as a martyr. Her feast is no longer on the calendar.


The Visitation

And Mary rising up in those days went into the hill country with haste, into a city of Juda. [Lk. 1:39]

How lyrical that is, the opening sentence of St. Luke's description of the Visitation. We can feel the rush of warmth and kindness, the sudden urgency of love that sent that girl hurrying over the hills. "Those days" in which she rose on that impulse were the days in which Christ was being formed in her, the impulse was his impulse.

Many women, if they were expecting a child, would refuse to hurry over the hills on a visit of pure kindness. They would say they had a duty to themselves and to their unborn child which came before anything or anyone else.

The Mother of God considered no such thing. Elizabeth was going to have a child, too, and although Mary's own child was God, she could not forget Elizabeth's need—almost incredible to us, but characteristic of her.

She greeted her cousin Elizabeth, and at the sound of her voice, John quickened in his mother's womb and leapt for joy.

I am come, said Christ, that they may have life and may have it more abundantly. [Jn. 10, 10] Even before He was born His presence gave life.

With what piercing shoots of joy does this story of Christ unfold! First the conception of a child in a child's heart, and then this first salutation, an infant leaping for joy in his mother's womb, knowing the hidden Christ and leaping into life.

How did Elizabeth herself know what had happened to Our Lady? What made her realize that this little cousin who was so familiar to her was the mother of her God?

She knew it by the child within herself, by the quickening into life which was a leap of joy.

If we practice this contemplation taught and shown to us by Our Lady, we will find that our experience is like hers.

If Christ is growing in us, if we are at peace, recollected, because we know that however insignificant our life seems to be, from it He is forming Himself; if we go with eager wills, "in haste," to wherever our circumstances compel us, because we believe that He desires to be in that place, we shall find that we are driven more and more to act on the impulse of His love.

And the answer we shall get from others to those impulses will be an awakening into life, or the leap into joy of the already wakened life within them.

Excerpted from The Reed of God, Caryll Houselander

Patronage: St. Elizabeth: Expectant mothers.

Symbols: St. Elizabeth or Elisabeth: Pregnant woman saluting the Virgin; Elderly woman holding St. John Baptist; huge rock with a doorway in it; in company with St. Zachary.

St. Zacharias or Zachary: Priest's robes; thurible; altar; angel; lighted taper; Phyrgian helmet.

SOURCE : http://www.catholicculture.org/culture/liturgicalyear/calendar/day.cfm?date=2013-05-31


Visitation

This is a fairly late feast, going back only to the 13th or 14th century. It was established widely throughout the Church to pray for unity. The present date of celebration was set in 1969 in order to follow the Annunciation of the Lord (March 25) and precede the Nativity of John the Baptist (June 24).

Like most feasts of Mary, it is closely connected with Jesus and his saving work. The more visible actors in the visitation drama (see Luke 1:39-45) are Mary and Elizabeth. However, Jesus and John the Baptist steal the scene in a hidden way. Jesus makes John leap with joy—the joy of messianic salvation. Elizabeth, in turn, is filled with the Holy Spirit and addresses words of praise to Mary—words that echo down through the ages.

It is helpful to recall that we do not have a journalist’s account of this meeting. Rather, Luke, speaking for the Church, gives a prayerful poet’s rendition of the scene. Elizabeth’s praise of Mary as “the mother of my Lord” can be viewed as the earliest Church’s devotion to Mary. As with all authentic devotion to Mary, Elizabeth’s (the Church’s) words first praise God for what God has done to Mary. Only secondly does she praise Mary for trusting God’s words.

Then comes the Magnificat (Luke 1:46-55). Here Mary herself (like the Church) traces all her greatness to God.

Comment:

One of the invocations in Mary’s litany is “Ark of the Covenant.” Like the Ark of the Covenant of old, Mary brings God’s presence into the lives of other people. As David danced before the Ark, John the Baptist leaps for joy. As the Ark helped to unite the 12 tribes of Israel by being placed in David’s capital, so Mary has the power to unite all Christians in her Son. At times, devotion to Mary may have occasioned some divisiveness, but we can hope that authentic devotion will lead all to Christ and therefore to one another.

Quote:

“Moved by charity, therefore, Mary goes to the house of her kinswoman.... While every word of Elizabeth’s is filled with meaning, her final words would seem to have a fundamental importance: ‘And blessed is she who believed that there would be a fulfillment of what had been spoken to her from the Lord’ (Luke 1:45). These words can be linked with the title ‘full of grace’ of the angel’s greeting. Both of these texts reveal an essential Mariological content, namely the truth about Mary, who has become really present in the mystery of Christ precisely because she ‘has believed.’ The fullness of grace announced by the angel means the gift of God himself. Mary’s faith, proclaimed by Elizabeth at the visitation, indicates how the Virgin of Nazareth responded to this gift” (Blessed John Paul II, The Mother of the Redeemer, 12).

SOURCE : http://www.americancatholic.org/features/saints/saint.aspx?id=1400


The Visitation of the Blessed Virgin Mary

Feast of the Magnificat of the Mother of God

The Archangel Gabriel, at the time of the Annunciation, informed the Mother of God that Her cousin Elizabeth had miraculously conceived and was soon to be the mother of a son, the destined precursor of the Messiah. The Blessed Virgin in Her humility concealed the wonderful dignity to which She Herself was raised, through the Incarnation of the Son of God in Her womb, but in the transport of Her holy joy and gratitude, determined to go to congratulate and assist the mother of the Baptist. “Mary therefore arose” Saint Luke says, “and with haste went into the hill country into a city of Judea, and entering into the house of Zachary, greeted Elizabeth.”

What a blessing did the presence of the God-Man bring to this house, the first which He in His humanity honored with His visit! But it is Mary who is the instrument and means by which He imparts His divine blessing. He intends to show us that She is the channel through which He delights to communicate to us His graces, and encourages us to ask them of Him through Her intercession.

At the voice of the Mother of God, by the power and grace of Her divine Son in Her womb, Elizabeth was filled with the Holy Spirit; and the infant in her womb, sanctified at that moment, conceived so great a joy as to leap and exult. By the infused light of the Spirit of God Elizabeth understood the great mystery of the Incarnation which God had wrought in Mary, whose humility prevented Her from disclosing it, even to a Saint and an intimate friend. In raptures of astonishment Elizabeth pronounced Mary blessed above all other women, and cried out, “How is it that the mother of my Lord should come to me?” The Virgin, hearing Her own praise, sank yet lower in the abyss of Her nothingness, and melting in an ecstasy of love and gratitude to God, She burst into Her admirable canticle, the Magnificat: “My soul magnifies the Lord, and My spirit rejoices in God, My Saviour.” What marvels of grace and light God reveals to us in the souls of His Saints! Mary stayed with Her cousin almost three months, after which She returned to Nazareth.

Reflection: While with the Church we praise God for the mercies and wonders which He wrought in this mystery, we must apply ourselves to imitating the virtues of which Mary sets us a perfect example. Let us pay particular attention to our visits and conversation, acts which are to many Christians the sources of innumerable dangers and sins. Let us meditate on the holy conversations of the cousins, and the services Mary rendered to Elizabeth, and think how we may imitate Her prudent charity.

Source: Little Pictorial Lives of the Saints, a compilation based on Butler’s Lives of the Saints, and other sources by John Gilmary Shea (Benziger Brothers: New York, 1894).

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/en/saints/visitation_mary.html


The Feast of the Visitation

The Feast of the Visitation recalls to us the following great truths and events: The visit of the Blessed Virgin Mary to her cousin Elizabeth shortly after the Annunciation; the cleansing of John the Baptist from original sin in the womb of his mother at the words of Our Lady’s greeting; Elizabeth’s proclaiming of Mary—under the inspiration of the Holy Ghost—as Mother of God and “blessed among women”; Mary’s singing of the sublime hymn, Magnificat (“My soul doth magnify the Lord”) which has become a part of the daily official prayer of the Church. The Visitation is frequently depicted in art, and was the central mystery of St. Francis de Sales’ devotions.

The Mass of today salutes her who in her womb bore the King of heaven and earth, the Creator of the world, the Son of the Eternal Father, the Sun of Justice. It narrates the cleansing of John from original sin in his mother’s womb. Hearing herself addressed by the most lofty title of “Mother of the Lord” and realizing what grace her visit had conferred on John, Mary broke out in that sublime canticle of praise proclaiming prophetically that henceforth she would be venerated down through the centuries:

“My soul doth magnify the Lord, and my spirit hath rejoiced in God my Savior. Because he that is mighty, hath done great things to me, and holy is His name” (Lk. 1:46).

This feast is of medieval origin, it was kept by the Franciscan Order before 1263, and soon its observance spread throughout the entire Church. Previously it was celebrated on July 2. Now it is celebrated between the solemnity of the Annunciation of the Lord and the birth of St. John the Baptist, in conformity with the Gospel accounts. Some places appropriately observe a celebration of the reality and sanctity of human life in the womb. The liturgical color is white.

According to the 1962 Missal of Bl. John XXIII the Extraordinary Form of the Roman Rite, today is the feast of the Queenship of the Blessed Virgin Mary and St. Petronilla. The feast of the Queenship of Mary is now celebrated in the Ordinary Rite on August 22.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/visitation/



The Visitation of the Blessed Virgin


FROM the example of Christ, his blessed Mother, and the apostles, St. Thomas shows 1 that state to be in itself the most perfect which joins together the functions of Martha and Mary, or of the active and contemplative life. This is endeavoured by those persons who so employ themselves in the service of their neighbour, as amidst their external employs or conversation often to raise their minds to God, feeding always on their heavenly invisible food, as the angel did in Toby’s company on earth. Who also, by the practice and love of daily recollection and much solitude, fit themselves to appear in public; and who by having learned the necessary art of silence in its proper season, and by loving to speak little among men, 2 study to be in the first place their own friends, and by reflection and serious consideration to be thoroughly acquainted with themselves, and to converse often in heaven. 3 Such will be able to acquit themselves of external employs without prejudice to their own virtue, when called to them by duty, justice, or charity. They may avoid the snares of the world, and sanctify their conversation with men. Of this the Blessed Virgin is to us a perfect model in the visit paid to her cousin Elizabeth, as St. Francis of Sales takes notice, who borrowed from this mystery the name which he gave to his order of nuns, who, according to the first plan of their institute, were devoted to visit and attend on the sick.

The angel Gabriel, in the mystery of the Annunciation, informed the mother of God, that her cousin Elizabeth had miraculously conceived, and was then in the sixth month of her pregnancy. The Blessed Virgin, out of humility, concealed the favour she had received and the wonderful dignity to which she was raised by the incarnation of the Son of God in her womb; but in the transport of her holy joy and gratitude, she would go to congratulate the mother of the Baptist; with which resolution the Holy Ghost inspired her for his great designs in favour of her Son’s precursor not yet born. Mary therefore arose, saith St. Luke, and with haste went into the hilly-country into a city of Judu; and entering into the house of Zachary saluted Elizabeth. She made this visit to a saint, because the company of the servants of God is principally to be sought, from whose example and very silence the heart will always treasure up something, and the understanding receive some new light and improvement in charity. As glowing coals increase their flame by contact, so is the fire of divine love kindled in a fervent soul by the words and example of those who truly love God. In this journey what lessons of humility does the holy Virgin give us! She had been just saluted mother of God, and exalted above all mere creatures, even the highest seraphim of heaven; yet far from being elated with the thoughts of her incomprehensible dignity, she appears but the more humble by it. She prevents the mother of the Baptist in this office of charity; the mother of God pays a visit to the mother of her Son’s servant; the Redeemer of the world goes to his precursor. What a subject of confusion is this to the pride of the children of the world! who not content with the rules of respect which the law of subordination requires, carry their vanity to an excess of ceremoniousness contrary even to good manners, and to the freedom of conversation, which they make an art of constraint and of torture both to themselves and others; and in which they seek not any duty of piety or improvement in virtue, but loathsome means of foolish flattery, the gratification of vanity, or that dissipation of mind which continually entertains it with trifles and idleness, and is an enemy to serious consideration and virtue.

When the office of charity called upon Mary, she thought of no dangers or difficulties in so painful and long a journey of above fourscore miles from Nazareth, in Galilee, to Hebron, a sacerdotal city in the mountainous country on the western side of the tribe of Juda. The inspired writer takes notice, that she went with haste or with speed and diligence, to express her eagerness to perform this good office. Charity knows not what sloth is, but always acts with fervour. She likewise would hasten her steps out of modesty, not choosing to appear abroad, but as compelled by necessity or charity; not travelling out of vanity, idleness, or curiosity, but careful in her journey to shun the dissipation of the world, according to the remarks of St. Ambrose. Whence we may also gather with what care she guarded her eyes, and what was the entertainment of her pious soul with God upon the road. Being arrived at the house of Zachary, she entered it, and saluted Elizabeth. What a blessing did the presence of the God-man bring to this house, the first which he honoured in his humanity with his visit! But Mary is the instrument and means by which he imparts to it his divine benediction; to show us that she is a channel through which he delights to communicate to us his graces, and to encourage us to ask them of him through her intercession. At the voice of the mother of God, but by the power and grace of her Divine Son, in her womb, Elizabeth was filled with the Holy Ghost, and the infant in her womb was sanctified; and miraculously anticipating the use of reason, knew by divine inspiration the mystery of the incarnation, and who it was that came to visit him. From this knowledge he conceived so great, so extraordinary a joy as to leap and exult in the womb. 4 If Abraham and all the ancient prophets exulted only to foresee in spirit that day when it was at the distance of so many ages, what wonder the little Baptist felt so great a joy to see it then present! How eagerly did he desire to take up his office of precursor, and already to announce to men their Redeemer, that he might be known and adored by all! But how do we think he adored and reverenced him present in his mother’s womb? and what were the blessings with which he was favoured by him? He was cleansed from original sin, and filled with sanctifying grace, was made a prophet, and adored the Mossiah before he was yet born.

At the same time Elizabeth was likewise filled with the Holy Ghost; and by his infused light, she understood the great mystery of the Incarnation which God had wrought in Mary, whom humility prevented from disclosing it even to a saint, and an intimate friend. In raptures of astonishment, Elizabeth pronounced her blessed above all other women, she being made by God the instrument of his blessing to the world, and of removing the malediction which through Eve had been entailed on mankind. But the fruit of her womb she called blessed in a sense still infinitely higher, he being the immense source of all graces, by whom only Mary herself was blessed. Elizabeth then turning her eyes upon herself, cried out: Whence is this to me that the mother of my Lord should come to me? She herself had conceived, barren and by a miracle; but Mary, a virgin, and by the Holy Ghost; she conceived one greater than the prophets, but Mary the eternal Son of God, himself true God. The Baptist, her son, used the like exclamation to express his confusion and humility when Christ came to be baptized by his hands. In the like words and profound sentiments ought we to receive all the visits of God in his graces, especially in the holy sacraments. Elizabeth styles Mary, Mother of her Lord, that is, mother of God; and she foretels that all things would befal her and her Son which had been spoken by the prophets.

  Mary hearing her own praise, sunk the lower in the abyss of her nothingness, and converting all good gifts to the glory of God, whose gratuitous mercy had bestowed them, in the transport of her humility, and melting in an ecstasy of love and gratitude, burst into that admirable canticle called the Magnificat. It is the first recorded in the New Testament, and both in the noble sentiments which compose it, and in the majesty of the style, surpasses all those of the ancient prophets. It is the most perfect model of thanksgiving and praise for the incarnation of the Son of God, and the most precious monument of the profound humility of Mary. In it she glorifies God with all the powers of her soul for his boundless mercies, and gives to him alone all the glory. In the spiritual gladness of her heart she adores her Saviour, who had cast his merciful eyes upon her lowliness. Though all nations will call her blessed, she declares that nothing is her due but abjection, and that this mystery is the effect of the pure power and mercy of God; and that he who had dethroned tyrants, fed the hungry in the wilderness, and wrought so many wonders in favour of his people, had now vouchsafed himself to visit them, to live among them, to die for them, and to fulfil all things which he had promised by his prophets from the beginning. Mary staid with her cousin almost three months; after which she returned to Nazareth.

Whilst with the Church we praise God for the mercies and wonders which he wrought in this mystery, we ought to apply ourselves to the imitation of the virtues of which Mary sets us a perfect example. From her we ought particularly to learn the lessons by which we shall sanctify our visits and conversation; actions which are to so many Christians the sources of innumerable dangers and sins. We must shun not only scurrilous and profane discourse, but whatever is idle, light, airy, or unprofitable; whilst we unbend our mind, we ought as much as possible to seek that conversation which is conducive to the improvement of our hearts or understandings, and to the advancement of virtue and solid useful knowledge. If we suffer our mind to be puffed up with empty wind, it will become itself such as is the nourishment upon which it feeds. We should shun the vice of talkativeness, did we but consult that detestable vanity itself which betrays us into this folly; for nothing is more tyrannical or more odious and insupportable in company than to usurp a monopoly of the discourse. Nothing can more degrade us in the opinion of others than for us to justle, as it were, for the word; to vent all we have in our hearts, at least a great deal that we ought to conceal there; and without understanding ourselves, or taking a review of our meaning or words, to pour out embryos of half-formed conceptions, and speak of the most noble subjects in an undress of thoughts. What proofs of our vanity and folly, what disgraces, what perplexities, what detractions, and other evils and sins should we avoid, if we were but sparing and reserved in our words! If we find ourselves to swell with an itch of talking, big with our own thoughts, and impatient to give them vent, we must by silence curb this dangerous passion, and learn to be masters of our words.

Note 1. St. Tho. 2, 2. [back]

Note 2. Imit. of Chr. b. 1, c. 20. [back]

Note 3. Phil. 3, 29. [back]

Note 4. From the word joy used by the evangelist on this occasion, and from the unanimous consent of the fathers, it is manifest that the holy infant anticipated the use of reason, and that this was not a mere natural motion, as some Protestants have imagined, but the result of reason, and the effect of holy joy and devotion. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume VII: July. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/7/021.html


Michael Angelo Immenraet  (1621–1683) , La Visitation, vers 1674, Unionskirche Idstein


Visitazione della Beata Vergine Maria


Festa del 'Magnificat', la Visitazione prolunga ed espande la gioia messianica della salvezza. Maria, arca della nuova alleanza, è 'teofora' e viene salutata da Elisabetta come Madre del Signore. La Visitazione è l'incontro fra la giovane madre, Maria, l'ancella del Signore, e l'anziana Elisabetta simbolo degli aspettanti di Israele. La premura affettuosa di Maria, con il suo cammino frettoloso, esprime insieme al gesto di carità anche l'annunzio che i tempi si sono compiuti. Giovanni che sussulta nel grembo materno inizia già la sua missione di Precursore. Il calendario liturgico tiene conto della narrazione evangelica che colloca la Visitazione entro i tre mesi fra l'Annunciazione e al nascita del Battista. (Mess. Rom.)

Martirologio Romano: Festa della Visitazione della Beata Vergine Maria, quando venne da Elisabetta sua parente, che nella vecchiaia aveva concepito un figlio, e la salutò. Nel gioioso incontro tra le due future madri, il Redentore che veniva santificò il suo precursore già nel grembo e Maria, rispondendo al saluto di Elisabetta ed esultando nello Spirito, magnificò il Signore con il cantico di lode.

Dopo l'annuncio dell'Angelo, Maria si mette in viaggio frettolosamente" dice S. Luca) per far visita alla cugina Elisabetta e prestarle servizio. Aggregandosi probabilmente ad una carovana di pellegrini che si recano a Gerusalemme, attraversa la Samaria e raggiunge Ain-Karim, in Giudea, dove abita la famiglia di Zaccaria. E’ facile immaginare quali sentimenti pervadano il suo animo alla meditazione del mistero annunciatole dall'angelo. Sono sentimenti di umile riconoscenza verso la grandezza e la bontà di Dio, che Maria esprimerà alla presenza della cugina con l'inno del Magnificat, l'espressione "dell'amore gioioso che canta e loda l'amato" (S. Bernardino da Siena): "La mia anima esalta il Signore, e trasale di gioia il mio spirito...".

La presenza del Verbo incarnato in Maria è causa di grazia per Elisabetta che, ispirata, avverte i grandi misteri operanti nella giovane cugina, la sua dignità di Madre di Dio, la sua fede nella parola divina e la santificazione del precursore, che esulta di gioia nel seno della madre. Maria rimane presso Elisabetta fino alla nascita di Giovanni Battista, attendendo probabilmente altri otto giorni per il rito dell'imposizione del nome. Accettando questo computo del periodo trascorso presso la cugina Elisabetta, la festa della Visitazione, di origine francescana (i frati minori la celebravano già nel 1263), veniva celebrata il 2 luglio, cioè al termine della visita di Maria. Sarebbe stato più logico collocarne la memoria dopo il 25 marzo, festa dell'Annunciazione, ma si volle evitare che cadesse nel periodo quaresimale.

La festa venne poi estesa a,tutta la Chiesa latina da papa Urbano VI per propiziare con la intercessione di Maria la pace e l'unità dei cristiani divisi dal grande scisma di Occidente. Il sinodo di Basilea, nella sessione del 10 luglio 1441, confermò la festività della Visitazione, dapprima non accettata dagli Stati che parteggiavano per l'antipapa.

L'attuale calendario liturgico, non tenendo conto della cronologia suggerita dall'episodio evangelico, ha abbandonato la data tradizionale del 2 luglio (anticamente la Visitazione veniva commemorata anche in altre date) per fissarne la memoria all'ultimo giorno di maggio, quale coronamento del mese che la devozione popolare consacra al culto particolare della Vergine. 

"Nell'Incarnazione - commentava S. Francesco di Sales - Maria si umilia confessando di essere la serva del Signore... Ma Maria non si indugia ad umiliarsi davanti a Dio perchè sa che carità e umiltà non sono perfette se non passano da Dio al prossimo. Non è possibile amare Dio che non vediamo, se non amiamo gli uomini che vediamo. Questa parte si compie nella Visitazione".

Autore:
Piero Bargellini



Voir aussi : http://www.musee-visitation.eu/

http://www.liturgies.net/saints/mary/visitation/visitation.htm