vendredi 20 juillet 2012

Saint JÉRÔME ÉMILIEN, fondateur et confesseur


SAINT JÉRÔME ÉMILIEN

Fondateur d'Ordre

(1481-1537)

Saint Jérôme Émilien, né à Venise, était de la noble race des Émiliani. Sa jeunesse se passa dans le métier des armes. Il avait reçu une éducation chrétienne, mais se laissa bientôt entraîner par le torrent des passions.

Fait prisonnier et chargé de fers, après une courageuse défense de la place de Castelnuovo, qui lui avait été confiée, voyant la mort proche de lui, il rentra en lui-même et sentit une vive crainte de paraître devant Dieu en état de péché mortel. Les yeux pleins de larmes, Jérôme fit alors un voeu à Marie; aussitôt, la Mère de Dieu lui apparut, l'appela par son nom, lui donna les clefs de ses fers et de son cachot et lui fit traverser sain et sauf les rangs de l'armée ennemie. Le jeune converti alla suspendre ses chaînes et les clefs de sa prison à l'autel de la Madone de Trévise, et publia partout les miséricordes de Marie à son égard.

Dès lors, à l'admiration de Venise entière, qui l'avait connu si mondain, il change de vie et passe son temps dans l'exercice de la prière, de la mortification et des bonnes oeuvres, visite les hôpitaux, panse les plaies des malades, et se montre le père de tous les malheureux.

Il fit surtout éclater sa charité durant une famine et une maladie épidémique; il vendit jusqu'à ses meubles, et sa maison devint un hôpital où personne n'était rebuté. Touché du sort des enfants que la mort avait privés de leurs parents, il loua une maison où il les réunit, et où il se chargea de leur nourriture, de leur entretien et de leur instruction; il devenait ainsi le père de ceux qui n'en avaient plus; il allait les chercher par les rues et les places, les amenait dans son pieux asile, et leur inspirait une piété qui fit bientôt l'admiration de Venise.

Le zèle ne connaît pas de limites: Jérôme trouva encore le temps de s'occuper des jeunes gens et des vieillards, de diriger l'Hôpital des Incurables, de fonder une Oeuvre pour réunir les pécheresses converties par ses prédications, de parcourir les campagnes, la clochette à la main, pour apprendre aux enfants et au peuple les éléments de la religion.

Il mourut, au service des pestiférés, laissant la Congrégation des Clercs Réguliers Somasques pour continuer son oeuvre.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.


Saint Jérôme Emilien


Confesseur, fondateur des Somasques

Ce saint italien que nous nommons Jérôme Emilien est appelé par ses compatriotes Girolamo Miani de Emiliani. Il fut, avant le concile de Trente, le vaillant organisateur d'une congrégation de clercs réguliers dont la première maison fut ouverte à Somasque, près de Bergame.

Saint Jérôme Emilien, né d’une noble famille vénitienne, en 1481, embrassa d’abord la carrière des armes qui lui procura une jeunesse aventureuse, batailleuse et jouisseuse, jusqu’à ce que, défendant Castelnuovo (près de Trévise) contre les Impériaux, il fut pris et enchaîné. Rentré en lui-même, il se convertit et attribua sa délivrance à la Vierge qu’il vint remercier au sanctuaire de Trévise où il promit de se vouer à son service. Après avoir été podestat de Castelnuovo, il rentra à Venise pour éduquer ses neveux et se préparer au sacerdoce. Il fut ordonné prêtre (1518) et se donna tout entier aux œuvres charitables.

En 1528, année de famine et d'épidémie, il vendit son mobilier pour secourir les miséreux. La nuit, il enterrait les morts qui gisaient dans les rues. Il tomba victime de son dévouement et la maladie fut pour lui un excellent noviciat de vie parfaite. Guéri (1531), il renonça à tous ses biens pour se consacrer sous de pauvres habits au service des pauvres, et en particulier des orphelins qu’il rassembla dans une maison où il s'occupa d'eux paternellement. Il leur faisait apprendre un métier, répétant la , maxime de saint Paul : Qui ne travaille pas n'a pas le droit de manger (II Thessaloniciens III 10). Il fut un catéchiste zélé, grand champion de la méthode par questions et réponses.

La charité de Jérôme dépassa les rivages vénitiens pour s'enfoncer dans les terres de la Sérénissime République et toucher d’autres villes, comme Brescia et Bergame, puis alla jusque dans le Milanais. De Bergame où il créa un orphelinat et un refuge pour les filles tombées, il entreprit d’instruire les campagnes et d’y soigner les malades pourquoi, avec ses aides, il forma une congrégation, l'association des Clercs réguliers de Somasques ou Compagnie des serviteurs des pauvres, dont le siège fut à Somasca, près de Bergame (1534), que Paul III Farnèse approuva en 1540. Saint Jérôme Emilien était conseillé par l’ardent Jean-Pierre Carafa, évêque de Chieti, le futur pape Paul IV (1555-1559), qui, avec saint Gaëtan de Tienne, avait fondé les Théatins. Les Somasques et les Théatins furent si proches que Paul III les réunit (1547-1555) avant que les premier devinssent un Ordre sous la règle de Saint-Augustin (1568).

Saint Jérôme Emilien mourut en soignant les pestiférés de Somasque, le 8 février 1537. Ses dernières paroles, brèves et un peu haletantes, furent pour exhorter les siens à suivre le Crucifié, à mépriser les choses terrestres, à prendre le plus grand soin des pauvres abandonnés, et à vivre unis dans la charité, portée d'abord à Dieu. Il tourna les yeux et les mains vers le ciel, puis mourut doucement en prononçant les noms de Jésus et de Marie.

Jérôme Emilien a été béatifié par Benoît XIV en 1747, canonisé par Clément XIII en 1767. Le 14 mars 1928, pour le quatrième centenaire de l'institut somasque, Pie XI proclama son fondateur patron des orphelins et de la jeunesse abandonnée.
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Lettre du Saint Père



à l'occasion du 500° anniversaire de la naissance



du Fondateur des Clercs Réguliers “ Somaschi ”



(11 janvier 1986)

La voie qu'il parcourait fascinait ses contemporains et continue à enthousiasmer les hommes de notre époque. Après l'avoir libéré, en 1511, de la prison par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, au cours de la guerre dite de la “ ligue de Cambrai ” il a plu au Seigneur très miséricordieux de lui remplir le cœur de sentiments parfaits et de l'attirer à lui avec de saintes aspirations, loin de toutes les occupations du monde. Alors, lui, il consacra toutes ses forces à mener une vie vraiment chrétienne et à parvenir à son propre perfectionnement spirituel.

Quand Dieu prit totalement possession de son esprit, le Seigneur lui donna l'occasion “ d'imiter de plus près le Christ, son nouveau Chef ” (Vita del clarissimo signor Girolamo Miani gentil huomo Venetiano, dans Fonti per la storia dei Somaschi, 1, p.8). Cette occasion fut précisément la rencontre avec les pauvres lorsque en 1528, sévit une grande carence alimentaire en Italie. Des milliers de personnes se réfugièrent alors à Venise pour échapper à la faim. À voir ces pauvres errer dans la ville, Jérôme fut intimement frappé par ces paroles de l'Évangile : Si tu veux être parfait, dit Jésus, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres... puis viens, et suis-moi. (Mt 19,21). En peu de jours il distribua aux pauvres tout l'argent qu'il possédait, vendit les meubles inutiles de sa maison pour aider les pauvres ; il leur donna à manger, il prit soin de les vêtir, de les défendre et leur accorda l'hospitalité dans sa propre maison. Il soignait les malades et les réconfortait, la nuit il ensevelissait les cadavres abandonnés dans les rues. Il accordait des soins tout particuliers aux jeunes gens et aux jeunes filles restés orphelins et privés de tout soutien. Puis il créa à Venise le premier orphelinat. Avec l'aide de Saint Gaëtan de Thiène et de Jean-Pierre Carafa -qui par suite devint Pape sous le nom de Paul IV - mûrit en lui l'idée de partager en tout la vie des pauvres ; il endossa l'habit des pauvres, alla vivre avec eux et il n'éprouva aucune honte à demander l'aumône pour eux ; il abandonna sa propre maison, bien décidé à n'y plus retourner.

Selon le dessein de Dieu, il s'achemina par de nouvelles voies : en 1532 il fut appelé à Bergame par l'Évêque de la ville pour organiser des œuvres de charité dans ce diocèse ; aussi y entreprit-il d'y exercer sa salutaire activité en faveur des orphelins, des malades, des veuves et des courtisanes.

Puis dans les campagnes, il trouva une autre forme de pauvreté : l'ignorance religieuse. Il organisa alors de vraies missions catéchétiques pour lesquelles il se servit également de ses jeunes comme de nouveaux apôtres de l'Évangile. Vers la fin de l'année 1533 il quitta Bergame et se consacra aux mêmes œuvres à Milan, à Côme, à Pavie, à Brescia et à Vérone. En 1534 il se retira dans le petit village de Somasca où il passera sa vie à prêter assistance aux orphelins et aux pauvres, soignant les malades, enseignant l'Évangile aux ruraux, vivant en pleine pauvreté, dans la solitude, la pénitence et la contemplation des réalités divines. En janvier 1537, alors qu'il soignait les malades de la peste, il fut lui-même atteint de la maladie, et il s'endormit dans le Seigneur dans la nuit du 7 au 8 février. Ses dernières paroles furent : Suivez le Christ, servez les pauvres. Jésus, Marie !

Le 14 mars 1928 le Pape Pie XI, de vénérée mémoire, proclama Saint Jérôme Emiliani “ Patron universel des orphelins et de la jeunesse abandonnée ”. Et ainsi sa charité illimitée et son intercession auprès de Dieu s'étendent également, et avec raison, aux garçons et filles, qui de nos jours connaissent une vie de misère. Stimulé par les besoins pressants des pauvres et par les réalités de la vie de chaque jour, le Saint homme puisait continuellement son inspiration dans l'Évangile, s'efforçant de ramener l'homme à Dieu, d'améliorer ses conditions matérielles et spirituelles. Pour lui l'homme se réalise dans sa vie de chrétien, qui doit vivifier toutes les phases de l'éducation, tenant compte des inclinations naturelles et favorisant de manière responsable le développement des talents que le Père céleste a donnés à chacun. Saint Jérôme se dévoua entièrement à cette œuvre, répandant parmi les autres l'amour extraordinaire qui jaillit de la charité envers Dieu et s'en nourrit, qui exige fidélité, disposition au sacrifice, et dévouement jusqu'à la mort, un amour plein de compréhension et de sollicitude mais en même temps fort et capable de pousser à l'accomplissement de ses propres devoirs. À tous ceux donc qui se trouvent engagés dans le champ de l'éducation, j'adresse paternellement l'exhortation à suivre ce Maître et à aimer de tout cœur les petits, à se dévouer pour eux jusqu'à leur donner sa propre vie comme l'a fait Saint Jérôme.

Cet homme extraordinaire est le fondateur de l'Ordre religieux des Pères Somaschi. Quand il entreprit son œuvre d'assistance des orphelins, il pensa qu'elle avait besoin de personnes entièrement disponibles et préparées, sans être liées par d'autres engagements, tout comme lui-même s'était dépouillé de tout. Séduits par son exemple et mûs par l'Esprit du Seigneur, des prêtres et des laïcs s'unirent à lui et ceci donna naissance à la Compagnia des Servi des poveri (la Compagnie des Serviteurs des pauvres) qui, en 1540, fut approuvée par le Pape Paul III ; et, en 1568, le Pape Saint Pie V l'inséra parmi les Ordres des Clercs Réguliers. Un mois avant sa mort Saint Jérôme traça pour ses fils la règle de vie suivante : ils se sont offerts au Christ, ils habitent sa maison, ils mangent son pain, se font appeler “ serviteurs des pauvres ” du Christ. Pour être fidèles à leur vocation, ils doivent être pleins de charité, d'humilité, de mansuétude, de bonté, de patience, d'indulgence à l'égard de la fragilité humaine, de zèle pour le salut des pécheurs, de dévotion ; ils doivent accepter les mortifications, la pauvreté ; être toujours soucieux de pureté, toujours soumis aux normes de la vie chrétienne, obéissants aux pasteurs de l'Église ; toujours remplis d'un ardent désir d'attirer les hommes à Dieu.

Saint Jérôme Emilien
Converti à vingt-cinq ans, le patricien de Venise Jérôme Emilien (1486-1537) consacra dès lors sa vie aux déshérités, spécialement aux malades et aux orphelins. Des compagnons se joignirent à lui. C'est ainsi que naquit à Somasca, près de Bergame, la Société des Serviteurs des pauvres (les "Somasques"). Jérôme devait mourir de la peste au service des malades.

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/02/08/4685/-/saint-jerome-emilien


S. Jérôme Émilien.

Converti à vingt-cinq ans, le patricien de Venise Jérôme Émilien (1486-1537) consacra dès lors sa vie aux déshérités, spécialement aux malades et aux orphelins. Des compagnons se joignirent à lui. C'est ainsi que naquit à Somasque, près de Bergame, la Société des Serviteurs des pauvres. Jérôme devait mourir de la peste au service des malades.

LETTRE DE S. JÉRÔME ÉMILIEN À SES CONFRÈRES.

Bien-aimés frères dans le Christ, et fils de la Société des Serviteurs des pauvres.

Votre pauvre père vous salue; il vous exhorte à persévérer dans l'amour du Christ et l'observation fidèle de la loi chrétienne; je vous l'ai montré par l'action et la parole quand j'étais avec vous, pour que je puisse glorifier le Seigneur en vous. Notre fin, c'est Dieu, source de tous les biens, et nous devons, comme nous le disons dans notre prière, mettre notre confiance en lui seul, à l'exclusion de tout le reste. Notre bienveillant Seigneur veut augmenter votre foi (car sans elle, remarque l'Évangéliste, le Christ ne peut pas opérer beaucoup de miracles), et il veut exaucer vos prières. C'est pourquoi il a décidé que vous deviez accueillir les pauvres, les opprimés, les gens affligés et épuisés, ceux qui sont méprisés par tous, et aussi ceux qui sont privés de ma présence corporelle, mais non pas de la sollicitude spirituelle de votre pauvre père, qui se réjouit de votre grande affection.

Pourquoi Dieu vous a-t-il traités ainsi? Lui seul le sait. Nous pouvons cependant en apercevoir trois motifs. Tout d'abord, notre béni Seigneur vous avertit qu'il veut vous compter parmi ses fils bien-aimés, pourvu que vous persévériez dans ses voies; car c'est ainsi qu'il agit avec ses amis et qu'il en fait des saints. Le deuxième motif, c'est qu'il veut que vous ayez confiance en lui seul, à l'exclusion de tout le reste. Dieu, comme je l'ai dit, n'accomplit pas son oeuvre en ceux qui ne veulent pas mettre en lui seul toute leur foi et leur espérance; mais il a donné la plénitude de la charité à ceux qui étaient dotés d'une grande foi et d'une grande espérance, et il a fait de grandes choses pour eux. Par conséquent, Si vous êtes munis de la foi et de l'espérance, il fera pour vous de grandes choses, lui qui élève les humbles. Donc, s'il m'enlève à vous, ainsi que n'importe quel autre homme qui vous plaise, il vous offrira le choix entre deux décisions: ou bien vous abandonnerez la foi que vous avez promise et vous retournerez aux affaires du monde; ou bien vous garderez courageusement votre foi, et vous serez approuvés par lui. Voici donc le troisième motif: Dieu veut vous éprouver comme l'or dans le creuset. Car le feu consume les impuretés de l'or, tandis que l'or pur demeure et augmente de valeur. Dieu se comporte de même avec le bon serviteur qui espère et qui demeure ferme dans l'épreuve. Il le soutient et il lui rendra le centuple en ce monde et la vie éternelle dans le monde futur, en échange de tout ce que ce bon serviteur aura abandonné pour l'amour de lui.

C'est de cette manière que Dieu s'est comporté avec tous les saints. C'est ainsi qu'il a fait avec le peuple d'Israël après tout ce que celui-ci avait souffert en Égypte: non seulement il l'en a fait sortir par de multiples prodiges et il l'a nourri de la manne au désert, mais encore il lui a donné la terre de la promesse. Ainsi donc, Si vous persévérez dans la foi malgré les épreuves, le Seigneur vous donnera la paix et le repos: pour quelque temps en ce monde, pour toujours dans l'autre.

Fais grandir en nous, Seigneur, l'accord et l'harmonie d'un même amour. Menez une vie digne de l'Évangile, fermes dans un même esprit, luttant d'un coeur unanime sans vous soucier de vos propres affaires, ayez à coeur celles de vos frères, à l'exemple du Christ Jésus.

Père très miséricordieux, tu as voulu que saint Jérôme Émilien soit le père et le protecteur des orphelins; à sa prière, accorde-nous de garder toujours cet esprit d'adoption dans lequel tu nous appelles tes fils, puisque nous le sommes vraiment.

SOURCE : http://casimir.kuczaj.free.fr/Francais/Les%20Saints/jerome_emilien.htm



Leçons des Matines avant 1960.


Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Jérôme, né à Venise de la famille patricienne des Emiliani, fut initié au métier des armes dès sa première adolescence, et préposé, en des temps très difficiles pour la république, à la défense de Castelnovo, près de Quero, dans les monts de Trévise. Ses ennemis s’emparèrent de la citadelle ; et lui-même, jeté dans une horrible prison, eut les pieds et les mains chargés de fers. Privé de tout secours humain, il eut recours à la très sainte Vierge qui exauça ses prières. Elle lui apparut, brisa ses liens et le conduisit sain et sauf en vue de Trévise, le faisant passer au milieu des ennemis qui occupaient toutes les routes. Une fois entré dans la ville, il suspendit à l’autel de la Mère de Dieu, à laquelle il s’était voué, les menottes, les entraves et les chaînes qu’il avait emportées avec lui. De retour à Venise, il se donna tout entier au service de Dieu, se dépensa d’une façon admirable pour les pauvres, et eut surtout compassion des enfants orphelins qui erraient dans la ville, dénués de tout et dans un état pitoyable. Louant des salles pour les recueillir, il les nourrissait de ses propres ressources et les formait aux mœurs chrétiennes.

Cinquième leçon. A cette époque abordèrent à Venise le bienheureux Gaétan et Pierre Caraffa, qui devint plus tard Paul IV : goûtant l’esprit dont Jérôme était animé, et approuvant le nouvel institut destiné à recueillir les orphelins, ils l’amenèrent à l’hôpital des incurables, dans lequel, tout en élevant les orphelins, il devait servir les malades avec une égale charité. Sur leur conseil, il partit pour le continent voisin, et érigea des orphelinats, à Brescia d’abord, puis à Bergame et à Côme ; ce fut surtout à Bergame qu’il déploya son zèle. Outre deux orphelinats, l’un pour les garçons, l’autre pour les filles, il ouvrit un établissement pour recevoir les femmes de mauvaise vie qui se convertissaient. Enfin, dans un humble village du territoire de Bergame, à Somasque, sur les limites des possessions vénitiennes, il fonda une résidence pour lui et les siens ; il y organisa sa congrégation qui a pris, de ce lieu, le nom de Somasque. Elle s’est développée et répandue dans la suite, et, ne se bornant plus à l’éducation des orphelins et au service des églises, elle s’appliqua pour le plus grand bien de la société chrétienne, à initier les jeunes gens aux lettres et aux bonnes mœurs, dans les collèges, les académies et les séminaires. C’est pour cela que saint Pie V l’a mise au rang des Ordres religieux, et que d’autres Pontifes lui ont accordé des privilèges.

Sixième leçon. Ne pensant qu’aux orphelins à recueillir, Jérôme se dirige sur Milan et Pavie ; dans ces villes, grâce à la faveur de nobles personnages, il procure providentiellement à une multitude d’enfants, un gîte, des provisions, des vêtements et des maîtres. Revenu à Somasque, il se fait tout à tous ; aucun labeur ne le rebutait quand il prévoyait que sa peine profiterait au prochain. Il abordait les cultivateurs dispersés dans les champs, leur venait en aide au temps de la moisson, et leur expliquait les mystères de la foi. Il nettoyait les enfants atteints de maladies à la tête, les soignait patiemment, et pansait si bien les pauvres gens qui avaient des plaies dégoûtantes, qu’on l’eût dit doué de la grâce des guérisons. Ayant découvert une caverne sur la montagne dominant Somasque, il s’y retira, et là, se frappant à coups de fouet, restant à jeun des jours entiers, faisant oraison la plus grande partie de la nuit, ne prenant qu’un peu de sommeil sur la pierre nue, il pleurait ses péchés et ceux des autres. Au fond de cette grotte, une source d’eau jaillit du roc même. Une constante tradition l’attribue aux prières du Saint ; elle n’a point cessé de couler jusqu’à ce jour, et cette eau, portée en divers pays, rend la santé à beaucoup de malades. Enfin, une peste étant venue à sévir dans la vallée, Jérôme en fut atteint pendant qu’il se dévouait auprès des pestiférés et qu’il portait les cadavres sur ses épaules au lieu de la sépulture. Sa mort précieuse, qu’il avait prédite quelque temps auparavant, arriva l’an mil cinq cent trente-sept : les nombreux miracles qu’il opéra pendant sa vie et après sa mort le rendirent illustre ; Benoît XIV le béatifia et Clément XIII l’inscrivit solennellement aux fastes des Saints.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu. Cap. 19, 13-21.

En ce temps-là : On amena de petits enfants à Jésus pour qu’il leur imposât les mains et priât. Et le reste.

Homélie de saint Jean Chrysostome. Homilia 62 in Matthæum

Septième leçon. Pourquoi les disciples éloignaient-ils de Jésus les enfants ? Par égard pour sa dignité. Alors que fait-il ? Afin d’inculquer aux Apôtres des sentiments modestes et de leur apprendre à fouler aux pieds le faste mondain, il accueille ces enfants, les prend dans ses bras, et promet à ceux qui leur ressemblent le royaume des cieux, ce qu’il avait déjà fait précédemment. Voulons-nous donc avoir part, nous aussi, à l’héritage céleste, appliquons-nous avec grand soin à cette vertu ; car c’est le plus haut degré de la philosophie, que d’être simple avec prudence, c’est la vie angélique. Un tout petit enfant n’a aucun vice dans son âme ; il ne garde point le souvenir des injures, il va droit à ceux qui lui en font, de même qu’à des amis, comme si de rien n’était. Sa mère a beau le châtier, il la cherche toujours, et la met bien au-dessus de toute autre personne.

Huitième leçon. Montrez-lui une reine parée du diadème : il ne la préfère point à sa mère couverte de haillons ; et la vue de sa mère dans la livrée de la pauvreté lui est plus douce que la vue d’une princesse magnifiquement vêtue. Car c’est l’amour, et non la pauvreté et la richesse, qui lui fait discerner les siens d’avec les étrangers. Il se contente du nécessaire ; et aussitôt qu’il s’est rassasié de lait, il laisse le sein maternel. Il n’éprouve pas les mêmes chagrins que nous éprouvons, soit pour une perte d’argent, soit pour des choses de ce genre. Il ne se réjouit pas des mêmes vanités que nous, et il n’admire pas la beauté corporelle. Aussi le Sauveur disait-il : « Le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent », afin que par un effort de notre volonté, nous pratiquions ces vertus qui semblent naturelles aux enfants.

Neuvième leçon. Comme les Pharisiens n’avaient d’autres mobiles de leurs actes que la malice et l’arrogance, notre Seigneur ne cesse d’exhorter ses disciples à être simples ; et il le leur recommande au moment même où il les institue. Car rien n’engendre l’orgueil, comme l’exercice du pouvoir et le privilège d’occuper les premières places. Sachant donc qu’ils obtiendraient de par le monde beaucoup d’honneur, il prémunit leurs esprits, il ne veut pas qu’ils souffrent en eux rien d’humain, ni la recherche de la popularité, ni l’envie de s’élever au-dessus des autres. Ces choses qui paraissent petites, occasionnent pourtant de grands maux. C’est en effet pour avoir eu ces convoitises que les Pharisiens arrivèrent au dernier degré du mal. En recherchant les salutations, les premiers rangs et les places d’honneur, ils tombèrent dans un amour effréné de la gloire, et de là dans un abîme d’impiété.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Issu de cette puissante aristocratie qui valut à la reine de l’Adriatique douze siècles de splendeurs, Jérôme vint au monde à l’époque où Venise atteignait l’apogée de sa gloire. A quinze ans soldat, il fut un des héros de la lutte formidable où sa patrie soutint l’effort de l’Europe presque entière coalisée contre elle dans la ligue de Cambrai. La cité d’or, écrasée un instant et rétablie bientôt dans son ancienne fortune, offrait ses honneurs au défenseur de Castelnovo, tombé vaillamment et relevé comme elle. Mais Notre-Dame de Trévise, en délivrant le prisonnier des chaînes allemandes, l’avait fait son captif ; elle le rendait à saint Marc pour une mission plus haute que celles que la fière république aurait pu lui donner. Le descendant des Aemiliani, conquis par l’éternelle beauté comme un siècle plus tôt Laurent Justinien, n’allait plus vivre que pour l’humilité qui conduit au ciel et les hauts faits de la charité. Somasque, obscur village devenu le camp retranché d’une milice nouvelle recrutée par ses soins, éclipsera pour lui tous les titres de la terre ; et ses victoires seront maintenant d’amener à Dieu les petits enfants. Les patriciens, dont naguère il marchait l’égal, ne le verront plus dans leurs palais ; car sa noblesse est plus élevée : ils servent le monde, et lui le : cieux ; les Anges sont les émules de sa gloire leur ambition [1], comme la sienne, est de garder au Père l’hommage immaculé de ces âmes innocentes dont le plus grand au royaume des cieux doit porter la ressemblance [2].

« En effet, nous dit aujourd’hui l’Église par la bouche si pleine de charmes de saint Jean Chrysostome, l’âme de l’enfant est pure de toutes passions. Il ne garde point rancune à ceux qui l’offensent, mais, comme si de rien n’eût été, les revient trouver en amis. Si souvent que sa mère le frappe, il la cherche toujours et la préfère à tout. Montrez-lui une reine avec sa couronne : il ne la met point au-dessus de sa mère en haillons, et il aime mieux la vue de celle-ci dans sa pauvreté que le spectacle de la reine en sa magnificence. Car il juge de ce qui l’intéresse ou ne le touche point, non sur la richesse ou la pénurie, mais sur l’amour. Le nécessaire et rien plus est tout son désir ; gorgé du lait qu’il aime, il laisse en repos le sein où il puise. L’enfant n’a pas nos chagrins : ni perte de biens, ni rien de pareil ne saurait le troubler ; il ne goûte pas nos plaisirs : ni la beauté des corps, ni tout ce périssable qui nous séduit, ne peut l’émouvoir. C’est pourquoi le Seigneur disait : Le royaume des cieux est pour qui leur ressemble [3], nous exhortant à pratiquer par choix ce que les enfants font par nature » [4].

Leurs célestes gardiens plongeant la vue dans ces êtres si purs, c’est encore la parole du Seigneur, ne sont point distraits delà contemplation du Père qui est au ciel [5] ; car il réside en eux comme sur les ailes des Chérubins, depuis le baptême qui en a fait ses fils. Heureux notre Saint d’avoir été choisi par Dieu pour partager les soucis des Anges ici-bas, en attendant d’être associé à leur félicité dans les cieux !

Avec Vincent de Paul et Camille de Lellis, ô Jérôme Émilien, vous constituez sur le Cycle en ces jours le triumvirat de la charité. Ainsi l’Esprit divin, dont le règne se poursuit, trouve-t-il ses complaisances à marquer l’empreinte de la Trinité sur les temps ; ainsi veut-il manifester que l’amour du Seigneur Dieu, qu’il apporte au monde, ne va point sans celui des frères. Dans le temps même où il fournissait par vous cette démonstration à la terre, l’esprit du mal faisait de son côté la preuve que l’amour vrai de nos semblables disparaît d’où s’en va celui du Seigneur, lequel lui-même s’éteint là où la foi n’est plus : entre les ruines de la prétendue réforme et la fécondité toujours nouvelle de l’Esprit de sainteté, l’humanité put choisir. Son choix, hélas ! fut loin d’être partout conforme à ses intérêts du temps et de l’éternité. Combien plus que vous n’aurions-nous pas raison de répéter la prière que vous enseigniez aux petits orphelins : « Notre doux-Père, Seigneur Jésus-Christ, nous vous en supplions par votre bonté infinie, relevez la chrétienté, ramenez-la toute à cette droiture de la sainteté qui fleurit au temps de vos Apôtres ».

Vous avez travaillé largement pour votre part à cette œuvre immense de restauration. La Mère de la divine grâce, en brisant vos chaînes dans la prison, rendait à votre âme plus cruellement captive l’essor du baptême et de vos premiers ans ; votre jeunesse, comme celle de l’aigle, était renouvelée [6] ; décuplée au service du prince très puissant chanté dans le Psaume [7], la valeur qui vous avait illustré dans les armées d’ici-bas, multiplia vos conquêtes sur la mort et l’enfer. Qui jamais, dans cette arène nouvelle, pourrait nombrer vos prises ? Jésus, le Roi de la guerre du salut, vous communiqua ses prédilections pour les petits enfants : qui comptera ceux que vous sûtes garder à ses caresses divines en leur innocence, ceux qui déjà périssaient et vous devront leur couronne au ciel ! Du trône où vous entourent déjà leurs gracieuses phalanges, multipliez vos fils, soutenez tous ceux qui continuent votre œuvre sur la terre ; que votre esprit se répande toujours plus dans un temps où l’odieuse jalousie de Satan dispute plus que jamais le jeune âge au Seigneur. Heureux, à l’heure dernière, ceux qui auront accompli l’œuvre de miséricorde par excellence en nos jours : sauvé la foi des enfants, préservé leur baptême ! Eussent-ils comme vous autrefois mérité la colère, ils pourront redire avec confiance ces mots que vous affectionniez : « O très doux Jésus, soyez-moi sauveur et non juge ! »

[1] Hilar. in Matth. XVIII.

[2] Matth. XVIII, 4.

[3] Ibid. XIX, 14.

[4] Chrys. in Matth. Hom. LXII, al. LXIII.

[5] Matth. XVIII, 10.

[6] Psalm. CII, 5.

[7] Psalm. XLIV, 4.


Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Au XVIe siècle, alors que l’Italie menaçait à nouveau de se paganiser à la suite de la fausse Renaissance, et que les chrétiens semblaient devenus moins accessibles aux raisons de l’espérance et de la foi, Dieu leur parla au moyen des attraits de la charité. Voici donc tout un groupe de saints qui apparaît ; ils érigent des hôpitaux, comme saint Camille et saint Gaétan ; ils ouvrent des écoles pour les pauvres, comme saint Joseph Calasanz ; ils fondent des asiles pour les jeunes filles en danger et les pécheresses, comme saint Ignace ; enfin ils instituent des orphelinats, comme le Saint dont nous célébrons la fête en ce jour.

Il mourut le 8 février 1537, et on raconte que saint Charles Borromée, s’étant rendu plusieurs années après à Somasque, en visite pastorale, s’aperçut de la présence du corps d’un Saint au parfum qui émanait de sa tombe. Ayant donc demandé un encensoir, il voulut répandre l’encens sur ce sépulcre, offrant ainsi à saint Jérôme Émilien les prémices de la vénération publique.

La messe a les mérites et les défauts des compositions liturgiques récentes. Le rédacteur s’est surtout préoccupé de la place spéciale qui revient à notre Saint dans l’histoire de la bienfaisance chrétienne ; aussi, aidé de la Concordantia, n’a-t-il guère rencontré de difficultés pour citer des textes scripturaires relatifs à la charité exercée envers les orphelins et les veuves.

L’antienne d’introït est tiré des Lamentations de Jérémie (II, 11). « A la vue de la peine de la fille de mon peuple, mon cœur s’est brisé, quand tombaient en défaillance sur les places de la ville le nouveau-né et le petit enfant ». Suit le premier verset du psaume 112, où on invite ces petits enfants, arrachés à la mort par la vigilante charité de notre Saint, et même à la double mort de l’âme et du corps, à rendre grâces à Dieu : « Enfants, louez le Seigneur, louez le nom de Yahweh ».

Voici la pieuse collecte, qui s’inspire de saint Jean (I, III, 1) : « Par les mérites et l’intercession du bienheureux Jérôme dont vous avez voulu faire, Seigneur, le soutien et le Père des orphelins, accordez-nous, ô Dieu de miséricorde, de garder fidèlement ce caractère que nous avons reçu et qui fait de nous vos enfants ».

Le caractère auquel il est fait allusion ici, nous fut premièrement conféré dans le double sacrement de l’initiation chrétienne, le Baptême et la Confirmation. Le Baptême nous régénéra à la grâce de fils de Dieu ; la Confirmation nous donna le gage de cette divine filiation, le Saint-Esprit, qui, au dire de saint Paul : ipse enim Spiritus testimonium reddit spiritui nostro, quod sumus filii Dei [8] !

La lecture est tirée d’Isaïe (LVIII, 7-11) et nous l’avons déjà trouvée dans le Missel, divisée entre le vendredi et le samedi de la quinquagésime. Le péché comporte une dette morale que le pécheur contracte envers la sainteté offensée de Dieu. Le Seigneur a cependant établi ici-bas comme ses procureurs le pauvre et le malheureux ; en sorte qu’il n’est pas difficile au pécheur contrit de satisfaire, par l’aumône et par l’exercice des diverses œuvres de miséricorde, à la totalité de la dette contractée devant le tribunal divin.

L’aumône est une sorte de pénitence et de prière, à la puissance de laquelle Dieu ne sait pas résister.

Suit le répons-graduel, composé de deux textes tout à fait différents : Prov. V, 16 : « Que vos sources se déversent au dehors, et répandez vos eaux sur les places ». Ps. 111, 5-6 : « Il est bon, celui qui use de miséricorde et qui prête ; il prépare sa défense devant le divin tribunal, en sorte que rien ne pourra jamais l’abattre ». La charité que nous faisons au prochain est un prêt que nous faisons au Seigneur, pour qu’il nous le rende au jour du jugement.

Le verset alléluiatique est tiré du même psaume : « Alléluia. Il distribua et donna aux pauvres : sa justice demeurera dans tous les siècles ». Si l’on demande : comment parle-t-on ici de justice, c’est-à-dire de sainteté, quand au contraire on nous conseille l’aumône pour expier nos péchés ? Les docteurs répondent avec l’Apôtre : charitas operit multitudinem peccatorum [9].

La lecture évangélique est tirée de saint Matthieu (XIX, 13-21) et nous montre le Seigneur imposant les mains aux enfants, comme aux privilégiés dans le royaume des cieux ; puis, au jeune homme qui l’interrogeait sur la manière d’arriver à la vie éternelle, Jésus propose les conseils de perfection et la vocation à l’état religieux.

Les commentateurs font remarquer que Jésus ne dit point au jeune homme appelé à la vie religieuse : si tu veux devenir parfait ; mais : si tu veux l’être tout de suite ; parce que les trois conseils évangéliques, scellés par un vœu irrévocable, écartent si efficacement tous les obstacles qui pourraient s’opposer au plein développement de la charité dans une âme, que celle-ci inaugure sur-le-champ un état de perfection dont eue ne peut déchoir qu’en manquant à la grâce d’état. C’est en ce sens que Benoît XIV aurait dit, comme on le rapporte : « Donnez-moi un religieux qui vive fidèlement selon sa règle, et je le canoniserai encore vivant ».

L’antienne pour l’offrande des oblations est tirée de Tobie (XII, 12) : « Quand tu versais des larmes dans la prière, et quand tu ensevelissais les morts, et laissais ton repas pour cacher durant le jour les cadavres dans ta maison, et que tu leur donnais, de nuit, la sépulture, je présentais ta prière au Seigneur ». Dans ces paroles de saint Raphaël à Tobie il faut remarquer que l’Archange attribue l’efficacité de la prière aux œuvres de miséricorde corporelle pratiquées par ce saint homme ; car tout est prière, quand on le fait avec droiture d’intention et en rapportant toute chose à la plus grande gloire de Dieu.

Suit la collecte sur les oblations : « O Dieu très clément qui, en anéantissant le vieil homme dans le bienheureux Jérôme, en avez créé un nouveau ; accordez-nous par ses mérites que, renouvelés nous aussi en esprit, nous vous offrions cette hostie de propitiation, toute parfumée de piété ». Le vieil homme à anéantir, c’est la nature déchue en Adam ; le nouveau à faire revivre, c’est Jésus-Christ. C’est pourquoi l’Eucharistie est un mystère et de mort et de vie ; afin qu’en Jésus crucifié nous mourions à notre premier père, Adam pécheur, et vivions ensuite du Christ, jadis mort, mais ressuscité et maintenant vivant en Dieu. Quod autem vivit, vivit Deo [10].

L’antienne pour la Communion est tirée, non point du Psautier ou de l’Évangile de la messe, comme il est de règle, mais de l’épître de saint Jacques (I, 27). « La dévotion pure et sans tache devant Dieu notre Père c’est d’assister dans leurs tribulations les orphelins et les veuves, et de se conserver pur de l’esprit du siècle ». La foi se démontre par les œuvres, car autrement elle se réduit tout entière à une spéculation abstraite et morte. Or, comme l’observe fort bien saint Jean, si l’on n’aime pas le prochain qu’on voit pourtant, comment pourra-t-on aimer Dieu qu’on ne voit pas ?

Suit la prière d’action de grâces, trop remplie d’incises pour être élégante et harmonieuse : « Nourris par l’aliment des anges, nous vous demandons Seigneur, que, comme chaque année nous célébrons avec un saint enthousiasme la fête de votre bienheureux confesseur Jérôme, nous imitions aussi ses exemples, de manière à obtenir une récompense surabondante dans votre royaume ».

Saint Jérôme Émilien commençait souvent ses prédications aux paysans par ce texte du psalmiste : Hodie si vocem eius audieritis, nolite obdurare corda vestra [11] ; il voulait dire par là que celui qui ne correspond pas à la grâce contracte une grave responsabilité. Ainsi, parce que l’Épouse des Cantiques avait tardé quelque peu à répondre à l’Époux frappant à la porte, celui-ci avait déjà passé outre quand elle ouvrit.

[8] Rom. 8, 16 : L’Esprit Lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

[9] I Petr. 4, 8 : La charité couvre une multitude de péchés.

[10] Rom. 6, 10 : En tant qu’Il vit, Il vit pour Dieu.

[11] Ps 94,8 : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, gardez-vous d’endurcir vos cœurs.


Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

L’Esprit d’adoption divine.

1. Saint Jérôme Émilien. — Jour de mort : 8 février 1537. Tombeau : à Somasque, en Lombardie ; dans l’église de Saint-Barthélemy. Vie : Un troisième héros de la charité, un « père des orphelins ». Il naquit à Venise. D’abord officier, il fut blessé dans une bataille et tomba aux mains de ses ennemis qui l’enfermèrent dans une affreuse prison. Miraculeusement délivré par l’intercession de la Mère de Dieu, il suspendit à son autel ses chaînes, puis il se livra aux œuvres de miséricorde, principalement en adoptant des orphelins pour lesquels il fonda des asiles. Le principal fut à Somasque qui devint le siège de la nouvelle congrégation qui porte ce nom. Il mourut au service des pestiférés, le 8 février 1537, à l’âge de 57 ans.

Pratique : Si nous connaissons un orphelin, montrons-nous bons pour lui ; soyons son conseiller, son ami, son père, sa mère. Pensons que Dieu, le Père de tous les orphelins, sera notre récompense par l’esprit de l’adoption divine.

2. La messe (Effusum). On y reconnaît toutes les qualités et tous les défauts des messes récemment composées. L’auteur a voulu insister sur l’importance prédominante de la charité dans la sanctification. Il ne lui était pas difficile de réunir, à l’aide d’une concordance, les textes de la Sainte Écriture qui ont trait à la charité envers les veuves et les orphelins.

A l’Introït, il est question de la détresse des veuves.

La lecture de l’Épître nous recommande le soin des pauvres avec l’assurance de la récompense : « Rompez votre pain à l’affamé... Alors votre lumière éclatera comme l’aurore... »

A l’Évangile, c’est le Sauveur lui-même qui apparaît comme le grand ami des enfants. Il redit aujourd’hui encore : « Laissez venir à moi les petits enfants... car le royaume des cieux leur appartient ». Le jeune homme riche sollicité d’abandonner tous ses biens représente ici saint Jérôme Émilien. (Remarquer la façon de citer le texte sacré : le jeune homme de l’Évangile résiste à l’appel du Seigneur ; la liturgie omet de le signaler).

L’Offertoire nous trace un magnifique tableau : tandis que nous déposons nos présents sur l’autel, l’ange transporte devant Dieu nos dons et nos prières dans une coupe d’or.

A la Communion, l’Église nous dit : « La religion pure et sans tache devant notre Dieu et Père, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se préserver pur des souillures de ce monde ». Tel est bien notre plus bel holocauste et notre meilleur témoignage de reconnaissance. Le texte de la messe rappelle aussi que la piété chrétienne ne consiste pas seulement dans la prière, mais encore et surtout dans l’amour et les actes.

Voici enfin une belle application suggérée par l’Église dans l’Oraison du jour : saint Jérôme, père des orphelins, est l’image de notre miséricordieux Père du ciel qui, de pauvres orphelins que nous étions, nous a faits ses enfants Il nous a adoptés par le baptême ; l’Église est le grand orphelinat. Puissions-nous conserver fidèlement l’esprit d’adoption divine !

3. La prière des Heures. — Nous lisons aujourd’hui à matines une belle homélie sur la vraie mentalité de l’enfance : « L’âme de l’enfant est libre de toute passion. Il ne garde point le souvenir des injures, mais va droit à ceux qui l’offensent comme si de rien n’était. Sa mère a beau le châtier, il la cherche toujours et la préfère à tout. Montrez-lui une reine parée du diadème, il ne la met point au-dessus de sa mère couverte de haillons, et la vue de sa mère dans sa pauvreté lui est plus douce que celle de la reine en sa magnificence. Car ce n’est ni d’après la pauvreté ni d’après la richesse, mais d’après l’amour, qu’il juge de ce qui lui convient ou de ce qui lui est étranger. Le nécessaire est son seul désir, et, rassasié de lait, il se détache du sein maternel. Il ne s’afflige point de ce qui nous tourmente, perte de biens ou quelque autre chose de ce genre, pas plus qu’il ne se laisse séduire par la beauté périssable qui nous attire. Il est indifférent à la beauté corporelle. C’est pourquoi le Sauveur disait : « Le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent », nous exhortant à accomplir délibérément ce qu’ils pratiquent naturellement.


Jerome Emiliani (RM)

(also known as Geronimo or Gerolamo Miani)

Born in Venice, Italy, 1481; died Somascha, Italy, February 8, 1537; canonized in 1767, and in 1928 declared patron saint of orphans and abandoned children by Pope Pius XI; feast day formerly July 20. Son of a distinguished Venetian family, at age 15 Jerome Emiliani ran away from home and his mother Eleanor Mauroceni after the death of his father Angelo. He became a soldier in the army of the Republic and commander of the League of Cambrai forces at the fortress of Castelnuovo in the Italian mountains near Treviso. The Venetians took the fortress and chained Jerome in a dungeon. Until that time, Jerome had led a careless, irreligious life. Now he sanctified his sufferings by prayer and conversion to God. In circumstances that appear miraculous, he escaped after praying to our Lady, carrying his chains with him, and--thanking God for this in a church at Treviso--hung his chains on the church wall in happiness.



His gratitude inspired the rest of his life. He dedicated himself to the Blessed Virgin and reformed his carefree lifestyle. He became mayor of Treviso because of his brilliant defense of Castelnuovo, and later returned to Venice to oversee his nephews' education and to pursue his own theological studies. In 1518, he was ordained to the priesthood in Venice when the city was suffering an appalling plague.
Jerome devoted himself to relieving as much suffering as he could. His heart especially ached for the abandoned children who were suffering particularly, since starvation set them doubly at risk. Taking as many as he could into his own house, he fed and clothed them, nursed them back to health, and taught them the Christian faith. At night, he buried the dead who had collapsed in the streets. He caught the plague (spotted fever) himself, but was strong enough to recover.

In 1531, Jerome resolved to give himself and all that he owned to God's service. He established orphanages in six Italian towns (Venice, Brescia, Bergamo, Como, and two others), a hospital in Verona, and a home for repentant prostitutes. About 1532 with two other priests, he founded the Congregation of Somaschi (from the town of Somasca in Lombardy where they started), a society of clerks regular devoted primarily to the care and instruction of orphans, although it also instructed young children. At Somaschi he founded a seminary for those entering his congregation. Jerome is said to have been the first to teach children Christian doctrine with a question-and-answer technique. The society gained papal approval in 1540.

His attentive care to the poor of Somascha led them to attribute to him the gift of healing. He tried to share their lives, even working with them in the fields while talking to them of God. He continued to care for the sick, regardless of his own health, until he succumbed a second time to the plague, which killed him (Attwater, Benedictines, Bentley, Delaney, Farmer, Sandoval, Schamoni, Walsh, White).
In art Saint Jerome's emblem is a ball and chain which are always near him. At times the chain may be in his hand, a child near him, and the Virgin and Child appearing to him, or he may be shown tending sick children or delivering a possessed child (Roeder, White). He is venerated in Somasca, Lombardy (Roeder).

Saint Jerome is the patron of orphans and abandoned children (Bentley, Sandoval).

St. Jerome Emiliani
Founder of the Order of Somascha; b. at Venice, 1481; d. at Somascha, 8 Feb., 1537; feast, 20 July; son of Angelo Emiliani (popularly called Miani) and of Eleonore Mauroceni, joined the army, and in 1508 defended Castelnuovo against the League of Cambray. Taken prisoner and miraculously liberated, he made a pilgrimage to the shrine of Our Lady of Treviso, in fulfillment of a vow. He was then appointed podestà of Castelnuovo, but after a short time returned to Venice to supervise the education of his nephews. All his spare time was devoted to the study of theology and to works of charity. After his ordination to the priesthood in 1518, the hospitals and the hovels of the poor were his favourite resorts. In the year of plague and famine (1528), he seemed to be everywhere, and showed his zeal especially for the orphans, whose number had so greatly increased. He rented a house for them near the church of St. Rose and, with the assistance of some pious laymen, ministered to their wants. To his charge was also committed the hospital for incurables, founded by St. Cajetan. In 1531 he went to Verona and induced the citizens to build a hospital; at Brescia he erected an orphanage, at Bergamo one for boys and another for girls. Here also he founded the first home for fallen women who wished to do penance. Two priests, Alessandro Besuzio and Agostino Bariso, now joined him in his labours of charity, and in 1532 Jerome founded a religious society, placing the motherhouse at Somascha, a secluded hamlet between Milan and Bergamo. In the rule, Jerome puts down as the principal work of the community the care of orphans, poor, and sick, and demands that dwellings, food and clothing shall bear the mark of religious poverty. Jerome fell a martyr to his zeal; contracting a disease at Bergamo, he died at Somascha. He was beatified by Benedict XIV in 1747, and canonized by Clement XIII in 1767. The Office and Mass in his honour were approved eight years later. His biography was first written by Scipio Albani (1600); another by Andreas Stella (1605). The best was written by Aug. Tortora (Milan, 1620; in "Acta SS.", Feb., II, 217 sq.).

After the death of Jerome his community was about to disband, but was kept together by Gambarana, who had been chosen superior. He obtained the approval (1540) of Paul III. In 1547 the members vainly sought affiliation with the Society of Jesus; then in 1547-1555 they were united with the Theatines. Pius IV (1563) approved the institution, and St. Pius V raised it to the dignity of a religious order, according to the Rule of St. Augustine, with solemn vows, the privileges of the mendicants, and exemption. In 1569 the first six members made their profession, and Gambarana was made first superior general. Great favour was shown to the order by St. Charles Borromeo, and he gave it the church of St. Mayeul at Pavia, from which church the order takes its official name "Clerici regulares S. Majoli Papiae congregationis Somaschae". Later the education of youth was put into the programme of the order, and the colleges at Rome and Pavia became renowned. It spread into Austria and Switzerland, and before the great Revolution it had 119 houses in the four provinces of Rome, Lombardy, Venice, and France. At present the order has ten houses in Italy two of which are in Rome. The general resides in Rome at S. Girolamo della Carita.

Sources

HEIMBUCHER, Orden u. Kongregationen (Paderborn, 1908), III, 275; KIENLE in Kirchenlex., s.v. Somasker; Holsten-Brockie, Cod. Regul., III, 199 sqq.; HUBERT, Der hl. Hieronymus Aemiliani (Mainz, 1895).


Mershman, Francis. "St. Jerome Emiliani." The Catholic Encyclopedia. Vol. 8. New York: Robert Appleton Company, 1910.11 May 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/08343a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Cynthia Burg.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1910. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.