samedi 28 juillet 2012

Saint NAZAIRE et saint CELSE, martyrs


SAINT NAZAIRE et SAINT CELSE

Martyrs

(Ier siècle)

Nazaire naquit à Rome, d'un père païen, nommé Africanus, et d'une pieuse mère nommée Perpétue, qui avait été baptisée par saint Pierre. L'enfant répondit admirablement aux leçons maternelles et brilla par ses vertus précoces et son innocence.

Parvenu à sa neuvième année, Nazaire fut sollicité par son père d'abandonner le christianisme; mais il préféra la vérité au mensonge, fut baptisé par saint Lin et devint un des plus fervents chrétiens de Rome. Son père, irrité, employa la violence pour vaincre sa fermeté; mais, enfin, plein d'admiration pour ce fils, il lui fournit lui-même les moyens d'accomplir le projet hardi qu'il avait formé d'aller prêcher la foi.

Nazaire parcourut l'Italie, semant l'Évangile parmi les populations païennes et les édifiant par ses vertus. A Milan, son premier soin fut d'aller visiter les martyrs Gervais et Protais dans leur prison et de les fortifier dans la lutte par ses paroles. Saisi lui-même comme chrétien, il est cruellement flagellé et chassé de la ville. Près de Nice, il s'attache comme disciple un enfant nommé Celse, après l'avoir instruit et baptisé. Nazaire et Celse ne se séparent plus. Les conversions se multiplient d'une manière étonnante; Nazaire est de nouveau soumis à de cruelles tortures, puis rendu à la liberté, à la condition de ne plus reparaître dans ce pays.

Les deux saints jeunes gens remontent alors les Alpes, traversant sans se décourager d'immenses et solitaires forêts, des rochers inaccessibles, de rares villages où vivaient de pauvres idolâtres, et arrivent à Embrun, où leur zèle opère des prodiges de conversions. Vienne, Genève, Trèves entendent tour à tour leur voix, rendue éloquente par l'amour de Jésus-Christ. Les contradictions et la persécution donnent à leur prédication une fécondité nouvelle.

Condamnés à être noyés, ils marchent sur les ondes comme sur une terre ferme. Après cet éclatant miracle, Nazaire et Celse reprennent la route de Milan, où ils sont bientôt arrêtés comme chrétiens et zélateurs de la foi. A la lecture de la sentence de mort, ils se jettent, joyeux, dans les bras l'un de l'autre: "Quel bonheur pour nous, s'écrie Nazaire, de recevoir aujourd'hui la palme du martyre! – Je Vous rends grâces, ô mon Dieu, dit Celse, de ce que Vous voulez bien me recevoir, si jeune encore, dans Votre gloire." Ils sont alors conduits sur une place publique de Rome, où ils ont la tête tranchée, vers l'an 56 de l'ère chrétienne.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

Le même jour, l’Église célèbre deux martyrs du Bas Empire ainsi que deux Papes, dont seul Saint Victor est martyr. La messe est celle de plusieurs Martyrs I, sauf les oraisons et la première lecture.

Les saints Nazaire et Celse sont deux martyrs milanais, dont le culte fut mis en honneur par saint Ambroise, mais il n’est pas certain que quelque lien ait existé entre eux leur vivant. Le martyrologe hiéronymien les mentionne au 28 juillet, qui est le jour de leur fête à Milan. Dès le Ve siècle, les reliques de saint Nazaire furent partagées entre de nombreuses églises. On en trouve à Brescia, à Ravenne, à Rome où une basilique avait été érigée sous le titre des saint Nabor et Nazaire, mais aussi à Nole, en Sardaigne, à Constantinople, en Afrique et même in vico quodam du territoire de Nantes, qui ne saurait être que l’actuel port de Saint-Nazaire. Bien que le nom de Nazaire soit inscrit au IXe siècle dans le calendrier de Naples et les noms de Nazaire et de Celse dans tous les martyrologes francs à partir de Florus, il faut attendre le XIe siècle pour voir la fête des deux martyrs milanais connaître une certaine extension. Celle-ci atteint surtout la France et l’Italie du nord, elle touche moins les Pays germaniques et n’atteint guère l’Angleterre. C’est précisément au XIe siècle que sa célébration est attestée à Rome. Elle s’y développe au XIIe, époque où elle est reçue au Latran et au Vatican.



Certains manuscrits du Hiéronymien, à la suite du Liber Pontificalis, inscrivent le natale du pape Victor Ier(189-199) au 28 juillet. C’est la date que devaient choisir les calendriers du Latran et du Vatican pour fêter ce pontife, mais ils ont eu tort de suivre le Liber Pontificalis pour lui conférer le titre de martyr, car il est peu probable que Victor Ier ait péri de mort violente. Fête au XIIe siècle.


Saint Innocent Ier, contemporain de St Augustin, de St Jérôme et de St Jean Chrysostome. Mort en 417. Fête au XIIIe siècle.


Leçons des Matines avant 1960.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Nazaire, baptisé par le Pape saint Lin, passa en Gaule et y baptisa le jeune Celse, qu’il avait pieusement instruit des préceptes chrétiens : ils allèrent ensemble à Trêves, et pendant la persécution de Néron, ils furent jetés tous les deux à la mer, mais ils en sortirent miraculeusement. Ils vinrent ensuite à Milan ; comme ils répandaient la foi du Christ, et confessaient sa divinité avec la plus grande constance, le préfet Anolinus leur fit trancher la tête ; leurs corps, ensevelis en dehors de la porte Romaine, y restèrent longtemps, mais, sur une indication céleste, saint Ambroise les découvrit, portant les traces d’un sang aussi vermeil que s’ils avaient souffert le martyre tout récemment ; ils furent transportés à Rome et renfermés dans un sépulcre honorable.

Cinquième leçon. Victor, né en Afrique, gouverna l’Église sous l’empereur Sévère. Il confirma le décret de Pie Ier, réglant que Pâques serait célébrée le dimanche ; dans le but de faire passer cette loi dans la pratique, il se tint des conciles en beaucoup de lieux ; le premier synode de Nicée décréta enfin qu’on célébrerait la fête de Pâques après la quatorzième lune, afin que les Chrétiens ne parussent pas imiter les Juifs. Le Pape Victor décida qu’on pourrait baptiser en cas de nécessité avec n’importe quelle eau, pourvu qu’elle fût naturelle. Il rejeta du sein de l’Église le corroyeur byzantin Théodote, qui prétendait que le Christ n’avait été qu’un homme, écrivit un traité sur la solennité pascale et quelques autres opuscules. En deux ordinations faites au mois de décembre, il ordonna quatre Prêtres, sept Diacres et sacra douze Évêques pour divers lieux. Ayant reçu la couronne du martyre, il fut enseveli au Vatican, le cinq des calendes d’août, après avoir siégé neuf ans, un mois et vingt-huit jours.

Sixième leçon. Innocent, d’Albano, vécut au temps de saint Augustin et de saint Jérôme. Celui-ci, écrivant à la vierge Démétriade, disait de lui : « Gardez la foi de saint Innocent, qui siège sur la chaire apostolique, et qui est le successeur et le fils spirituel d’Anastase, d’heureuse mémoire ; ne recevez pas une autre doctrine, si sage et si séduisante qu’elle paraisse. » L’écrivain Orose, comparant Innocent au juste Lot que la divine Providence a préservé, dit que ce Pape fut amené à Ravenne pour qu’il eût la vie sauve et ne vît pas la ruine du peuple romain. Après la condamnation de Pelage et de Célestius, il porta ce décret au sujet de leurs hérésies : qu’il fallait régénérer par le baptême les petits enfants, fussent-ils nés d’une mère chrétienne, afin de purifier en eux au moyen de cette régénération spirituelle, la souillure contractée par la génération naturelle. Il approuva aussi le jeûne du samedi, en mémoire de la sépulture de notre Seigneur. Il siégea quinze ans, un mois et dix jours. En quatorze ordinations au mois de décembre, il ordonna trente Prêtres, quinze diacres, et sacra cinquante-quatre Évêques pour divers lieux. Il fut enseveli dans le cimetière nommé : Ad Ursum pileatum.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Luc. Cap. 21, 9-19.

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Lorsque vous entendrez parler de guerres et de séditions, ne soyez pas effrayés ; car il faut que ces choses arrivent d’abord, mais ce ne sera pas encore aussitôt la fin [1]. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 35 in Evangelia

Septième leçon. Notre Seigneur et Rédempteur annonce les calamités qui doivent précéder la fin du monde, afin qu’au moment où elles viendront, elles causent d’autant moins de trouble qu’elles auront été connues à l’avance. Les traits dont on prévoit l’atteinte sont, en effet, moins dangereux ; et les maux de ce monde nous semblent plus supportables quand la prévoyance nous munit contre eux comme d’un bouclier. Voici donc ce que nous dit le Sauveur : « Quand vous entendrez parler de guerres et de séditions, n’en soyez point effrayés, il faut auparavant que ces choses arrivent ; mais ce n’est pas encore sitôt la fin ». Il faut peser ces paroles par lesquelles notre Rédempteur nous déclare ce que nous aurons à souffrir, soit au dedans soit au dehors. En effet, par guerres, on désigne des combats contre les ennemis extérieurs, et par séditions, des luttes entre concitoyens. Afin donc de nous faire entendre que nous rencontrerons des sujets de trouble au dedans comme au dehors, Jésus-Christ nous dit que nous aurons à souffrir des peines de la part de nos ennemis, et d’autres de la part de nos frères.

Huitième leçon. Mais parce que la fin ne suivra pas immédiatement ces maux qui auront lieu d’abord, le Seigneur ajoute : « Une nation se soulèvera contre une nation, un royaume contre un royaume. Il y aura de grands tremblements de terre en divers lieux, et des pestes et des famines, et des signes effrayants dans le ciel, et de grands prodiges ». Beaucoup de tribulations préviennent la dernière tribulation ; et les calamités qui se succèdent alors en si grand nombre sont l’indice des maux éternels, réservés aux méchants. Aussi, après les guerres et les séditions, n’est-ce pas encore la fin. Un grand nombre de malheurs doivent la précéder, afin qu’ils puissent faire présager le malheur qui n’aura pas de fin.

Neuvième leçon. Après avoir énuméré tant de signes de la perturbation finale, il nous faut maintenant considérer brièvement chacun d’eux en particulier, puisque nécessairement, nous subirons ces maux qui nous viennent les uns du ciel, les autres de la terre ; ceux-ci des éléments, ceux-là des hommes. Notre Seigneur dit : « Une nation se soulèvera contre une autre nation » : voilà la perturbation venant des hommes. « Il y aura de grands tremblements de terre en divers lieux », c’est la colère divine qui éclate d’en haut. « Il y aura des pestes », c’est la désorganisation se manifestant dans les corps ; « de la famine » : cela vient de la stérilité de la terre ; « des signes effrayants dans le ciel et des tempêtes » ; ce sont les troubles atmosphériques. Parce que toutes choses doivent être détruites, il se produira avant cette consommation des troubles universels et nous qui avons par le péché abusé de toutes les créatures, nous les verrons servir toutes à notre châtiment, afin que cette parole s’accomplisse : « Toute la terre combattra avec lui contre les insensés » [2].

[1] Le Sauveur nous engage à conserver pendant les guerres qui précéderont la fin des temps, la sérénité qui découle de la confiance en Dieu. Or, cette sérénité chrétienne a brillé de tout son éclat dans les martyrs et les confesseurs durant les persécutions qui furent une guerre sans merci livrée au christianisme.

[2] Sap. 5, 21.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

La gloire de l’Église de Milan, Nazaire et Celse apparaissent au Cycle en ce jour. Oubliés trois siècles dans l’obscurité de la tombe qui, au temps de Néron, avait caché leurs dépouilles sacrées, ils reçoivent maintenant les hommages de l’Orient et de l’Occident réunis dans leur culte. Neuf ans s’étaient écoulés depuis la journée triomphale où, non moins ignorés de la ville témoin jadis de leurs combats, Gervais et Protais étaient venus, comme d’eux-mêmes, se ranger près d’un illustre Pontife attaqué pour la divine consubstantialité du même Christ qui avait eu leur amour et leur foi. Ambroise, que le martyre fuyait, mais qu’aimaient les Martyrs, était près de recevoir la blanche couronne réservée à ses œuvres saintes, quand le ciel lui révéla le nouveau trésor dont la découverte allait, une fois de plus, « illustrer les temps de son épiscopat » [3]. Théodose n’était plus ; Ambroise allait mourir ; partout déjà les Barbares se montraient. Mais comme si, avec la menace de la destruction imminente de l’ancien monde, l’heure de la première résurrection dont parle saint Jean eût sonné, les Martyrs se levaient de leurs tombes, et ils allaient régner mille ans avec le Christ sur un monde renouvelé [4].

Elle est tombée, elle est tombée la grande Babylone qui abreuvait tous les peuples du vin de sa fornication, et dans laquelle s’est trouvé tout le sang des saints qui furent tués sur la terre [5]. Le grand Pape saint Innocent Ier, dont la mémoire semble venir aujourd’hui compléter tout exprès celle des Martyrs, n’est-il pas là pour rendre en effet témoignage du cataclysme dans lequel, aux jours de son pontificat, Rome païenne périt enfin et fit place entière à la Jérusalem nouvelle descendue des cieux [6] ? Pas plus que l’antique Sion, la Rome des Césars ne s’était rendue aux avances du Dieu qui pouvait seul répondre à ses espérances d’immortalité. Depuis même le triomphe de la Croix sous Constantin, aucune ville de l’empire n’était restée si opiniâtrement éprise des idoles aux pieds desquelles avait coulé par sa criminelle folie, tant qu’elle était demeurée libre, le sang généreux qui aurait pu renouveler sa jeunesse. Après pourtant la défaite de ses vains simulacres, la patience divine s’était résolue de l’attendre un siècle entier, dont les dix dernières années ne furent qu’une suite de menaces salutaires et d’interventions miséricordieuses, où se montrait ce Christ qu’elle s’obstinait à repousser. Or les marches et contremarches des Goths, alliés la veille, ennemis le lendemain, promenant l’anarchie, furent l’occasion pour elle de revenir aux superstitions que les empereurs chrétiens ne toléraient plus ; et l’on vit sa sénile démence sourire à la liberté que le siège mis par Alaric devant ses murs rendait aux aruspices toscans, venus à son secours, d’y rétablir le culte des dieux. Le réveil fut terrible, lorsqu’au matin du 24 août 410, le vrai Dieu des armées prit sa revanche enfin, et qu’on vit la foudre, tandis que les Barbares massacraient et pillaient, mettre en feu la ville et pulvériser les statues dans lesquelles si longtemps elle avait mis sa confiance et sa gloire.

Les justiciers de Dieu, renversant Babylone, avaient respecté la tombe des deux fondateurs de la Rome éternelle. Sur ces fondements apostoliques, Innocent reprit en sous-œuvre l’édification de la cité sainte. Bientôt, sur les sept collines purifiées par le feu, elle reparaissait plus éclatante que jamais comme le foyer prédestiné du monde des intelligences. C’est en l’année 417, dernière du pontificat d’Innocent, que retentissait dans l’Église l’acclamation d’Augustin à la condamnation portée contre l’hérésie pélagienne : « Des lettres de Rome sont arrivées ; la cause est finie » [7].

Les conciles de Carthage et de Milève qui, dans la circonstance, avaient sollicité du Siège apostolique la confirmation de leurs décrets, ne faisaient en cela, du reste, que reprendre la tradition ininterrompue des Églises à l’égard de la suréminente principauté [8] reconnue par toutes à leur Maîtresse et Mère. C’est ce qu’atteste éloquemment le saint Pape Victor, associé aux Martyrs dans la Liturgie de ce jour. Son grand nom nous rappelle en effet les conciles qui, par son ordre, se tinrent au second siècle dans l’Église entière au sujet de la Pâque ; la condamnation exécutée ou projetée par lui contre les Églises d’Asie, sans que personne méconnût le droit qu’il avait de la prononcer ; enfin les anathèmes incontestés dont il frappa Montan et les précurseurs d’Arius.

Glorieux élus qui, soit par l’effusion de votre sang dans l’arène, soit par les décrets rendus sur le Siège apostolique, avez exalté la foi du Seigneur, bénissez nos prières. Donnez-nous de comprendre l’enseignement qui résulte pour nous de votre rencontre au Cycle sacré. Ni martyrs, ni pontifes, nous pouvons mériter pourtant d’être associés à votre gloire ; car le motif qui explique votre commun rendez-vous dans la béatitude en ce jour, doit être aussi pour chacun de nous, à des degrés divers, la raison du salut : dans le Christ Jésus, rien ne vaut, dit l’Apôtre, que la foi qui opère parla charité [9] ; c’est uniquement de cette foi, pour laquelle vous avez travaillé ou souffert, que nous aussi espérons la justice [10] et attendons la couronne [11].

Nazaire, qui aviez tout quitté pour annoncer le Christ aux contrées qui ne le connaissaient pas ; Celse qui, tout enfant, ne craignîtes point de sacrifier comme lui au Seigneur Jésus votre famille, votre pays, votre vie même : obtenez-nous l’estime du trésor que tout fidèle est appelé à faire valoir par la confession des œuvres et de la louange. Victor, gardien jaloux des traditions de cette divine louange en ce qui regarde le jour de la solennité des solennités, vengeur de l’Homme-Dieu dans sa nature divine ; Innocent, oracle incorruptible de la grâce du Christ Sauveur, témoin aussi de ses inexorables justices : apprenez-nous et la confiance et la crainte, et la rectitude de la croyance et la susceptibilité qui sied au chrétien en ce qui touche cette foi, fondement unique pour lui de la justice et de l’amour. Martyrs et Pontifes, ensemble attirez-nous parla voie droite qui mène au ciel.

[3] Ambr. Ep. XXII.

[4] Apoc. XX, 1-7.

[5] Ibid. XIV, 8 ; XVIII, 2, 24.

[6] Ibid. XXI.

[7] Aug. Sermo CXXXI, De verbis Apost. II.

[8] Iren. Adv. haeres. III, III.

[9] Gal. V, 6.

[10] Ibid. 5.

[11] II Tim. IV, 8.

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Les saints Nazaire et Celse, martyrs.

Les corps des martyrs Nazaire et Celse étaient ensevelis dans un jardin hors de Milan, quand, en 395, ils furent retrouvés par saint Ambroise. On découvrit d’abord le cadavre de Nazaire, parfaitement conservé ; la tête était détachée du buste et le sang était vermeil et frais comme s’il venait d’être versé.

Après avoir déposé les restes du martyr sur une litière, saint Ambroise alla prier dans une autre partie du jardin où l’on creusa immédiatement. Le corps du petit Celse apparut ; plus tard les Actes le mirent en relation avec Nazaire et en firent même son disciple.

Le corps de saint Nazaire fut transféré par Ambroise dans la nouvelle basilique des Apôtres, appelée aussi Romaine, et Dieu l’y honora immédiatement par la délivrance instantanée d’un énergumène.

Ambroise composa, en l’honneur du saint martyr, une célèbre inscription métrique, qui fut transcrite par les anciens compilateurs de recueils d’épigraphie et que nous avons déjà citée le 12 juin, date à laquelle l’Église mentionne l’invention des saintes Reliques.

Il semble que le corps de saint Celse ait été laissé par Ambroise au lieu où il fut retrouvé ; il est certain qu’il ne fut pas transporté à la basilique Romaine. Cependant en son honneur on éleva plus tard une basilique in campo à côté de laquelle, au XIe siècle, l’archevêque Landolphe fonda aussi un monastère.

De Milan, le culte des deux martyrs se répandit vite dans tout le monde romain du Bas-Empire. Pour abriter convenablement une parcelle de leurs reliques, Constantinople, peut-être dès le temps d’Honorius et d’Arcadius, éleva un temple dédié à saint Nazaire.

Comme il le chante lui-même dans son XXIVe poème, saint Paulin de Nole déposa les reliques de saint Nazaire dans la basilique de Saint-Félix.

Hic et Nazarius Martyr, quem munere fido

Nobilis Ambrosii, substrata mente recepi,

Culmina Felicis dignatur et ipse cohospes

Fraternisque domos privatis sedibus addit.

Saint Gaudence fit de même à Brescia ; Galla Placidia érigea aux saints Nazaire et Celse une chapelle à Ravenne, et enfin le pape Symmaque envoya aussi des reliques de Nazaire aux évêques africains relégués en Sardaigne.

Nous tirons du Canon grec, en l’honneur de saint Nazaire, ces odes rapportées par les Bollandistes [12] :

Antiqua Roma tua predicat certamina, o multarum palmarum victor, Nazari ; at nova Roma (Cpolis) canit tua prodigia per sacras Reliquias tuas quas possidet, inter fideles perpetrata.

Ritu fontis, unguenta gratiæ profundens, divinus ille Nazarius invitat omnes qui ad eum religiose confugiunt, ut hauriant ex se lucem atque munditiam mentis.

Le même jour. Saint Victor, pape (189-198-199).

Le pape Victor — le treizième depuis saint Pierre — est célèbre dans l’histoire ecclésiastique des trois premiers siècles par ses encycliques adressées à toutes les Églises, et dans lesquelles il convoquait des synodes pour régler la question de la date de Pâques. Même les évêques des contrées les plus éloignées de l’Asie Mineure obéirent à l’ordre papal et envoyèrent leur vote à Rome, vote qui cependant différait de l’usage romain. Il s’en fallut de peu que cela ne provoquât un schisme. Pour étendre, en effet, à tout le monde, l’unité liturgique romaine relativement au jour de la célébration de la fête de Pâques, le pape Victor voulait que les Asiatiques renonçassent à leur tradition qui remontait à saint Jean l’Évangéliste ; et comme ils avaient de la répugnance à obéir, le Pontife les menaça de les séparer de sa Communion. Irénée de Lyon s’interposa à propos comme pacificateur, et pour le moment l’affaire n’eut pas de suite.

Dans cet épisode de la vie du pape Victor, les historiens reconnaissent un acte propre de la primauté pontificale, que tous les Orientaux à cette époque tenaient pour indiscutable.

Victor était né en Afrique, ce qui explique sa nature ardente. Saint Jérôme lui attribue mediocria de religione volumina, et pour cette raison lui reconnaît le mérite d’avoir été le plus ancien auteur ecclésiastique latin.

Victor fut enseveli au Vatican près de saint Pierre, et son nom est mentionné dans le martyrologe d’Adon, qui lui attribue la gloire du martyre, dont ne dit rien le Liber Pontificalis.

Le même jour (28 juillet). Saint Innocent, pape et confesseur.

Saint Innocent Ier (402-417), qui prit une part si énergique à la défense de saint Jean Chrysostome persécuté, fut chargé du pontificat romain en des temps très calamiteux, alors qu’Alaric assiégeait et saccageait cette Ville éternelle qui s’était jadis assujetti le monde.

Pour sauver son peuple romain fatigué du long siège, le Pape accepta d’aller comme ambassadeur à Ravenne où résidait alors l’empereur Honorius. Par cet éloignement de la capitale, le Seigneur voulut certainement épargner au saint Pontife les horreurs du massacre ; car tandis qu’Innocent était à Ravenne, envoyé par le Sénat romain pour amener l’empereur Honorius à se mettre d’accord avec le roi des Goths, la capitale du monde fut prise et dévastée par les barbares. Orose a comparé Innocent au juste Lot que Dieu fit sortir de Sodome avant que la ville fût enveloppée d’un déluge de feu. Dans l’histoire de la liturgie, une lettre d’Innocent Ier à Decentius, évêque de Gubbio, est restée célèbre. Ce dernier l’avait interrogé sur différentes questions relatives aux diptyques, au baiser de paix et au sacrum fermentum, qu’en ce temps les évêques faisaient distribuer dans les paroisses de leurs cités épiscopales.

Saint Innocent mourut le 12 mars 417 et fut enseveli près de son prédécesseur Anastase, dans le cimetière de Pontien, ad ursum pileatum. Les itinéraires le mentionnent tous en ce lieu, d’où Serge II transporta ses reliques au Titre d’Equitius.

Dans le musée du Latran est conservée l’inscription suivante, qui mentionne Innocent Ier :

TEMPORIBVS • SANCTI

INNOCENTI • EPISCOPI

PROCLINVS • ET • VRSVS • PRÆSBB

TITVLI • BYZANTI

SANCTO•MARTYRI

SEBASTIANO • EX • VOTO • FECERVNT

Nous devons aussi mentionner le gracieux poème consacré par la moniale Rosvita aux reliques des papes Anastase et Innocent, qui avaient été demandées à Serge II par Landulphe, duc de Saxe. Le Pape répond :

Hic duo rectores fuerant aliquando patentes.

Præsul Anastasius sedis sanctissimus huius,

Et coapostolicus sacer Innocentius eius,

Qui post pastorem Petrum Paulumque magistrum

Ecclesiæ, mentis celebres fulsere supremis.

Quorum tam magna servantur corpora cura,

Hactenus a cunctis huius rectoribus urbis,

Ut nec particulam quisquam subtraxerit unquam,

Pleno membrorum numero remanente sacrorum.

Une seule messe réunit aujourd’hui les quatre saints dont nous venons de parler. Elle ne se trouve pas dans les anciens Sacramentaires, et pour ce qui regarde spécialement le martyr Nazaire de Milan, la commémoration de ce jour est une simple répétition de sa fête déjà célébrée le 12 juin.

La Messe.

La messe est du Commun, sauf les collectes et la première lecture.

Prière. — « Que la sainteté de Nazaire, Celse, Victor et Innocent couronnée par vous, Seigneur, nous défende, et implore votre secours pour notre faiblesse ». Nous avons traduit par sainteté couronnée au ciel les mots du Missel : confessio beata. Durant la vie présente, nous devons tous confesser notre foi à travers les mille croix, contradictions et peines qui composent notre vie. Si cette confession n’est pas sanglante, elle n’en est pas moins douloureuse et elle est, en son temps, glorifiée par Dieu dans le ciel.

La lecture est tirée de la Sagesse (X, 17-20). Le Seigneur fait passer par la mer Rouge les Hébreux et les Égyptiens, c’est-à-dire les bons comme les méchants. Pour les bons, l’épreuve est l’occasion du mérite et de la gloire ; pour les méchants au contraire, à cause de leur répulsion à l’endroit de la grâce divine, l’épreuve est, le plus souvent, une nouvelle occasion d’une obstination plus impie dans leur haine du Seigneur et de sa Providence.

Sur les oblations. — « Faites, Seigneur, que ces dons offerts en l’honneur de vos saints Nazaire, Celse, Victor et Innocent vous soient agréables, et que leur réception nous procure la vie éternelle ». Que d’intentions, quel trésor de richesse spirituelle dans l’unique sacrifice de la Loi nouvelle ! Tandis qu’il rend à Dieu tout l’honneur et l’action de grâces dont Il est digne, il célèbre aussi les gloires et les mérites des saints, soulage dans ses peines l’Église souffrante, expie les fautes des mortels et, réunissant les membres de l’Église de la terre à leur Chef mystique qui les précède dans la Patrie, il leur imprime le sceau de la Divinité.

Après la Communion. — « Apaisez-vous, Seigneur, grâce à la médiation de vos saints Nazaire, Celse, Victor et Innocent, afin que le sacrement célébré dans le temps ait son accomplissement dans l’éternité ». Ici bas, l’Eucharistie est le gage de notre future résurrection dans la gloire, parce que l’union du Christ à l’âme au moyen de la grâce est la figure de cette autre union définitive et parfaite, qui se réalisera quand Deus cum eis erit eorum Deus [13], comme le dit saint Jean en parlant des saints.

[12] Act. SS. lulii, t. VI, 512.

[13] Apoc. 21, 3 : Et Dieu avec eux sera leur Dieu.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Les martyrs traversent la Mer Rouge.

Nous avons ici un des rares cas où l’on fête ensemble des saints de conditions diverses.

1. Saints Nazaire et Celse, Victor 1er et Innocent 1er. — Jour de mort : 28 juillet, mais non la même année. Tombeaux : celui des deux premiers à Milan ; les deux autres à Rome (Saint-Pierre). Leur vie : Ces quatre saints appartinrent à des situations et des temps différents.

Nazaire reçut le baptême de saint Lin. Il instruisit et baptisa lui-même le jeune Celse. Ensemble ils allèrent à Trèves et à Milan où ils périrent, décapités, pour leur foi (vers 68). Les restes de saint Nazaire furent solennellement déposés dans un riche tombeau par les soins de saint Ambroise, en 395.

Victor 1er, pape (189-198), né en Afrique, statua, entre autres choses, qu’en cas de nécessité on pourrait baptiser avec n’importe quelle eau, pourvu qu’elle fût naturelle. Il rendit uniforme la fixation de la fête de Pâques dans l’Église.

Innocent 1er (401-417) compte parmi les plus grands papes des premiers siècles ; ses décrétales restent des documents extrêmement précieux. En souvenir de la sépulture de Notre Seigneur, il institua le jeûne du samedi. La lettre qu’il adressa à l’évêque Decentius de Gubbio est d’un très grand intérêt pour l’histoire de la liturgie (diptyques, baiser de paix, sacrum fermentum). Pendant son pontificat, Rome subit le siège d’Alaric, roi des Goths. Le pape alla alors se mettre sous la protection de l’empereur Honorius, à Ravenne. Pendant son absence, Rome fut prise et saccagée. On a comparé Innocent 1er au juste Loth que Dieu fit sortir de Sodome avant de l’anéantir. (Il y a une autre fête de saint Nazaire le 12 juin).

2. La Messe est en majeure partie tirée du commun des Martyrs (Intret). Seule, la Leçon est propre : elle établit une comparaison heureuse entre le martyre et le passage de la Mer Rouge par les Israélites. C’est bien, en effet, à travers une mer rouge de sang qu’ils parvinrent sains et saufs au rivage de l’éternité, protégés par la nuée pendant le jour et la colonne de feu pendant la nuit.

Remarquons la belle formule de la Secrète : « Puissions-nous, en présentant nos offrandes, être agréables à Dieu ; puissions-nous, en les recevant (consacrées), recevoir une nouvelle vie ». (Scène touchante de la primitive Église ; à la Communion, nos offrandes nous sont rendues consacrées).

SOURCE : http://www.introibo.fr/28-07-Sts-Nazaire-Celse-martyrs