jeudi 12 juillet 2012

Saint JEAN GUALBERT, abbé bénédictin



Saint Jean Galbert. Fresque. Détail.
Église de la Sainte-Trinité. Neri di Bicci. XIVe.

SAINT JEAN GUALBERT

Abbé de Vallombreuse

(999-1083)

Saint Jean Gualbert, né à Florence, fut élevé avec soin dans les maximes de la piété et dans l'étude des lettres; mais à peine était-il entré dans le monde, qu'il y prit un goût excessif. L'amour des plaisirs l'emporta tellement, que ce qui lui avait paru criminel ne lui offrit plus rien que de légitime et d'innocent. Il était perdu sans ressources, si Dieu n'eût ménagé des circonstances pour lui ouvrir les yeux et le tirer de l'état déplorable où il s'était réduit.

Un jour de Vendredi saint, il rencontre le meurtrier de son frère, et, plein d'idées de vengeance, il va le percer de son épée, lorsque le malheureux, se jetant à terre, les bras en croix, le conjure, par la Passion de Jésus-Christ, de ne pas lui ôter la vie. Gualbert ne peut résister à ce spectacle. L'exemple du Sauveur priant pour Ses bourreaux amollit la dureté de son coeur; il tend la main au gentilhomme et lui dit:

"Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom de Jésus-Christ. Je vous accorde non seulement la vie, mais mon amitié. Priez Dieu de me pardonner mon péché."

S'étant ensuite embrassés, ils se séparèrent. Jean se dirige de là vers l'église d'une abbaye voisine; il se jette lui-même aux pieds d'un crucifix, et y prie avec une ferveur extraordinaire. Dieu lui fait connaître par un prodige que sa prière est exaucée, et qu'il a obtenu le pardon de ses fautes; car le crucifix devant lequel il priait baisse la tête et s'incline vers lui, comme pour le remercier du pardon qu'il a généreusement accordé par amour pour Dieu.

Changé en un homme nouveau, Jean prit l'habit de Saint-Benoît et devint un religieux si fervent, qu'à la mort de l'abbé tous les suffrages se réunirent sur lui; mais il ne voulut jamais accepter la dignité qu'on lui offrait. Il se retira à Vallombreuse, qui devint le berceau d'un nouvel Ordre, où la règle de Saint-Benoît était suivie dans toute sa rigueur.

On trouve dans la vie de saint Gualbert toutes les austérités et toutes les vertus qu'on rencontre dans la vie des plus grands Saints. Par un temps de disette, il se fit conduire au grenier presque vide, et les provisions, à sa prière, se multiplièrent au point qu'il put distribuer du blé à tous ses couvents et à tous les pauvres qui se présentèrent. Ayant trouvé un monastère trop riche, il pria un ruisseau voisin de prendre la violence d'un torrent et de renverser l'édifice, ce qui s'accomplit aussitôt. Un de ses couvents fut dévasté, incendié, et les religieux fort maltraités: "Vous êtes maintenant de vrais religieux, leur dit le Saint; oh! que j'envie votre sort!"

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/saint_jean_gualbert.html

Saint Jean Gualbert

Né en Toscane vers 985. Après une conversion retentissante, il entre chez les bénédictins de San Miniato puis, par esprit d'exigence gagna Camaldoli pour y vivre une vie érémitique. Il s'établit définitivement à Vallonbreuse où il mourut le 12 juillet 1073 après avoir attiré de nombreux disciples. Il n'accepta jamais l'ordination sacerdotale.


SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/07/12/915/-/saint-jean-gualbert



Saint Jean Gualbert

Jean, né près de Florence vers 985, appartenait à une des plus marquantes familles de la cité de l'Anio, les Gualbert ou Walbert, à qui les hagiographes ont donné d'antiques souches carolingiennes, lombardes et même romaines.

A cette époque où les cités de l’Italie du Nord étaient la proie des factions, un parent de Jean Gualbert fut tué et, craignant la vendetta des Gualbert, l'assassin évitait la rencontre de tout parent de sa victime. Or, un Vendredi Saint, dit-on, comme Jean, alors âgé de dix-huit ans, se rendait à Florence accompagné de ses hommes d'armes, il rencontra son ennemi au détour d'un chemin très étroit, qui ne lui laissait de passage ni à droite ni à gauche ; se sentant perdu, l'homme se jeta à bas de son cheval et, la tête baissée, les bras en croix, attendait la mort, mais Jean, ému de ses larmes, et plus encore de l'image de la croix, lui ordonna de se relever et le laissa s'en aller. Jean, ayant poursuivi sa route, entra peu après dans une église et tandis qu'il y priait devant la croix, il vit soudain le Christ pencher la tête, comme pour le remercier de s'être montré son disciple en épargnant son ennemi. Etonné et de plus en plus ému de ce spectacle, il se prit à rechercher comment il pourrait davantage plaire à Dieu.

Rentré à Florence, Jean Gualbert se sépara de son écuyer et alla au monastère San Miniato où il conta à l'abbé son aventure et son désir de quitter le monde. Son père, après avoir parcouru toute la ville, vint enfin à San Miniato, d'où il voulut arracher son fils qui, tandis que son père tempêtait contre l'abbé, se fit donner un habit, se coupa les cheveux et vint se placer dans le cloître en lisant. La scène n'avait pas échappé à l'abbé qui offrit de conduire le père vers le fils. Après une nouvelle explosion de désespoir et de chagrin, le père se calma enfin, bénit son fils et partit.

La simonie et le concubinage des clercs dont souffrait alors l'Eglise n’atteignait pas San Miniato, monastère clunisien depuis peu restauré, mais à la mort de l'abbé, le moine Hubert obtint de l'évêque sa succession à prix d'argent, alors que Jean avait été élu régulièrement par ses confrères.

D'avoir été supplanté par un rival n'aurait pas suffi à troubler le saint moine mais il ne pouvait souffrir d'obéir à un abbé simoniaque. Il alla confier son anxiété à un ermite voisin qui lui conseilla de dénoncer publiquement la simonie de l'évêque et l'abbé. Ceci fait, Jean quitta San Miniato et, avec un compagnon, partit vers les monts de l'Apennin, faisant halte dans des monastères. Arrivès à Camaldoli où saint Romuald était mort en 1027, ils furent accueillis par son successeur qui, voulant se les adjoindre, les engagea à y faire vœu de stabilité. Mais Jean, voulant rester fidèle à la Règle de saint Benoît et à la vie cénobitique, quitta les Camaldules et repartit vers Florence. Il s’arrêta à mi-chemin, au bord d'un torrent, dans une vallée plantée de conifère, appelée Vallombreuse, où il décida de mener une vie monastique conforme à ses aspirations. L'œuvre naissante ne tarda pas à attirer l'attention et les sympathies dont, l’une des premières et des plus appréciées, fut celle d'Itta, abbesse bénédictine de Saint-Hilaire, à qui appartenait le terrain et qui en fit don (1039), à charge pour la communauté de fournir, à chaque fête de saint Hilaire, une livre de cire et une livre d'huile aux religieuses. Les moniales se réservaient le droit, dans le cas d'une élection simoniaque, de chasser l'abbé et d'en nommer un qui fût digne de la fonction.

Des recrues de choix se présentèrent bientôt, attirées par la perspective d'une vie rude et mortifiée. La pauvreté était extrême, car le fondateur réservait meilleur accueil au pauvre dénué de tout qu'au riche qui lui apportait tous ses biens. La recommandation de saint Benoît était suivie à la lettre et le postulant commençait par essuyer les rebuffades. Comme travail le plus relevé, on lui assignait le soin de la porcherie. Le monastère était à l'avenant : quelques cabanes groupées autour d'une chapelle en bois. Le vêtement était fourni par la laine non teinte du troupeau : mais, soucieux d'éviter les dissemblances, le fondateur ordonna que l'on mêlât le blanc et le noir. Aussi l'habit des Vallombrosins fut-il jusqu'au XVI° siècle d'un gris brunâtre. Il est intéressant de remarquer le souci commun à presque tous les réformateurs médiévaux de porter un vêtement grossier de laine non teinte.

Auprès de sa communauté Jean Gualbert en ouvrit une autre, pour de pieux laïques, ce qui donne à comprendre que, de plus en plus, la spécialisation s'opérait : sans être forcément prêtres - Jean Gualbert ne le fut jamais - les moines étaient considérés comme clercs et voués à la louange divine. Ceux qui entraient sur le tard dans la vie religieuse, les conversi, au lieu d'être agrégés sous ce nom dans la communauté monastique, seraient de plus en plus, à l'avenir, groupés à part, pour former l'ordre des convers, adonné plus spécialement au travail manuel. A Vallombreuse, leurs obligations étaient les mêmes que celles des moines mais le fondateur leur accorda de porter du linge au lieu des sous-vêtements de laine, adoptés par les religieux du Moyen Age.

A tous Jean consacrait ses soins vigilants : ferme et bon, il était autant craint qu’aimé et, conformément à la Règle de saint Benoît, il était pour tous un vivant modèle. Très sobre, constamment en prières, adonné aux veilles, silencieux et très charitable aux pauvres, il donnait toujours le meilleur et gardait le plus mauvais pour lui, allant toujours vêtu grossièrement. Sous l’influence de Vallombreuse des clercs renoncent au concubinage, pratiquent la résidence et s'adonnent au ministère ; quelques-uns se constituent en communauté de chanoines réguliers. Il fait surtout une rude guerre à la simonie ; l'exemple de la vie pauvre et détachée était la meilleure prédication contre le luxe et la cupidité.

Jean Gualbert savait intervenir et souvent l'ascendant de sa sainteté parvenait à remettre les choses dans l'ordre. Ainsi, à Florence où l'évêque Pierre qui avait acheté sa prélature, honni et rejeté par ses ouailles, refusait de céder la place ; Jean qui l'avait en vain exhorté plusieurs fois à faire pénitence, à bout d'arguments, proposa un jugement de Dieu. Sur son ordre, son disciple Pierre, surnommé pour cette raison l'Igné, célébra la messe, puis passa sans mal à travers les flammes d'un bûcher. Le peuple rendit grâce à Dieu et l'évêque qui dut enfin se retirer se convertit et prit l'habit monastique.

A Vallombreuse se présentaient souvent des prêtres qui avaient été concubinaires ou simoniaques, que Jean, quand il avait éprouvé la sincérité de leurs sentiments, accueillait. Toutefois, il ne leur permettait plus de célébrer les saints mystères, tant était grande sa conception du sacerdoce.

Jean Gualbert refusa toujours d'accepter les ordres, fût-ce celui de portier, et l'on raconte que, le matin, n'osant ouvrir lui-même la porte de l'oratoire, il attendait patiemment que le religieux chargé de cet office lui en permît l'accès.

Jean Gualbert mourut le 12 juillet 1073. Son prestige, déjà considérable de son vivant (il avait attiré à Vallombreuse des papes et des empereurs), s'accrut encore par l'éclat de ses miracles. Il fut canonisé par Célestin III en 1193. Son institut, approuvé par Alexandre II (1070) très réduit il est vrai, a subsisté jusqu'à nos jours ; c'est une branche indépendante et confédérée (depuis 1966) de l'ordre bénédictin. En France, l'abbaye de Chezal-Benoît fut fondée par un disciple de saint Jean Gualbert, André, prieur de Vallombreuse (1093).
La vie de saint Jean Gualbert a été retracée par un grand nombre d'auteurs anciens, mais tous ont puisé aux mêmes sources, à savoir la Vie écrite par un disciple du saint, André, abbé de Strumi, et celle que donna un de ses successeurs, Atton, abbé de Vallombreuse, plus tard évêque de Pistoie. Faute d'avoir pu mettre la main sur la première, Mabillon se contenta de publier la seconde de ces biographies dans ses Acta sanct. ord. S. Bened. Plus heureux, les bollandistes publièrent l'une et l'autre.
SOURCE : http://missel.free.fr/Sanctoral/07/12.php



Saint Jean Gualbert et saint Laurent.
 Fresque. Lorenza de Mozzi. 
Église du Saint-Esprit et de Sainte-Félicité. Florence. XVe.
Saint Jean Gualbert naquit à Florence vers l’an 999, Sylvestre II étant pape, Otton III empereur d’Allemagne et Robert II le Pieux roi de France. Il fut élevé avec soin dans les maximes de la piété et dans l’étude des lettres ; mais à peine était-il entré dans le monde, qu’il y prit un goût excessif.
L’amour des plaisirs l’emporta tellement, que ce qui lui avait paru criminel ne lui offrit plus rien que de légitime et d’innocent.
Il était perdu sans ressources, si Dieu n’eût ménagé des circonstances pour lui ouvrir les yeux et le tirer de l’état déplorable où il s’était réduit.
Un jour de Vendredi-Saint, il rencontre dans un chemin le meurtrier de son frère, et, plein d’idées de vengeance, il va le percer de son épée, lorsque le malheureux, se jetant à terre, les bras en croix, le conjure, par la Passion de Jésus-Christ, de ne pas lui ôter la vie. Gualbert ne peut résister à ce spectacle. L’exemple du Sauveur priant pour Ses bourreaux amollit la dureté de son cœur ; il tend la main au gentilhomme et lui dit : « Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom de Jésus-Christ. Je vous accorde non seulement la vie, mais mon amitié. Priez Dieu de me pardonner mon péché. »
S’étant ensuite embrassés, ils se séparèrent. Saint Jean se dirige de là vers l’église d’une abbaye voisine ; il se jette lui-même aux pieds d’un crucifix, et y prie avec une ferveur extraordinaire. Dieu lui fait connaître par un prodige que sa prière est exaucée, et qu’il a obtenu le pardon de ses fautes ; car le crucifix devant lequel il priait baisse la tête et s’incline vers lui, comme pour le remercier du pardon qu’il a généreusement accordé par amour pour Dieu.
Changé en un homme nouveau, saint Jean prit l’habit de saint Benoît et devint un religieux si fervent, qu’à la mort de l’Abbé tous les suffrages se réunirent sur lui ; mais il ne voulut jamais accepter la dignité qu’on lui offrait. Il se retira à Vallombreuse, qui devint le berceau d’un nouvel Ordre, où la règle de saint Benoît était suivie dans toute sa rigueur.
On trouve dans la vie de saint Jean Gualbert toutes les austérités et toutes les vertus qu’on rencontre dans la vie des plus grands Saints.
Par un temps de disette, il se fit conduire au grenier presque vide, et les provisions, à sa prière, se multiplièrent au point qu’il put distribuer du blé à tous ses couvents et à tous les pauvres qui se présentèrent.
Ayant trouvé un monastère trop riche, il pria un ruisseau voisin de prendre la violence d’un torrent et de renverser l’édifice, ce qui s’accomplit aussitôt.
Un de ses couvents fut dévasté, incendié, et les religieux fort maltraités : « Vous êtes maintenant de vrais religieux, leur dit le Saint ; oh ! que j’envie votre sort ! »
La fin de cette vie toute merveilleuse arriva le 12 juillet. C’était l’an 1073, saint Grégoire VII étant pape, Henri IV empereur d’Allemagne et Philippe Ier roi de France.
SOURCE : http://www.cassicia.com/FR/Vie-de-St-Jean-Gualbert-fete-le-12-juillet-Il-pardonne-a-l-assassin-de-son-frere-qui-le-lui-demande-au-Nom-du-Sauveur-No_483.htm


St Jean Gualbert, abbé

Déposition en 1073. Canonisé en 1193. Fête en 1602.

Leçons des Matines avant 1960.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Jean Gualbert, né à Florence de parents nobles, obéissait à son père en suivant la carrière militaire, lorsque Hugues, son unique frère, fut tué par un de ses parents. Le vendredi saint, Jean, tout armé et escorté de soldats, rencontra le meurtrier, seul et sans armes, dans un lieu où ni l’un ni l’autre ne pouvaient s’éviter ; il lui fit grâce de la vie par respect pour la sainte croix, que l’homicide suppliant représentait en étendant les bras au moment où il allait subir la mort. Après avoir traité son ennemi en frère, Jean entra pour prier dans l’église voisine de San-Miniato, et pendant qu’il adorait l’image du Christ en croix, il la vit incliner la tête vers lui. Troublé par ce fait surnaturel, il quitta malgré son père, la carrière des armes, coupa sa chevelure de ses propres mains et revêtit l’habit monastique. Il se distingua bientôt en piété et en vertus religieuses, au point de servir à beaucoup d’autres d’exemple et de règle de perfection ; aussi l’Abbé du Monastère étant mort, fut-il choisi à l’unanimité comme supérieur. Mais aimant mieux obéir que commander, et réservé par la volonté divine pour de plus grandes choses, le serviteur de Dieu alla trouver Romuald, qui vivait au désert de Camaldoli, et apprit de lui une prédiction venue du ciel relative à son institut : c’est alors qu’il fonda son ordre, sous la règle de saint Benoît, dans la vallée de Vallombreuse.

Cinquième leçon. Dans la suite, sa renommée de sainteté lui amena beaucoup de disciples. Il s’appliqua soigneusement et de concert avec ceux qui s’étaient associés à lui, à extirper les faux principes de l’hérésie et de la simonie ainsi qu’à propager la foi apostolique ; c’est pourquoi lui et les siens rencontrèrent des difficultés sans nombre. Pour le perdre, lui et ses disciples, ses adversaires envahirent soudain pendant la nuit le monastère de Saint-Salvien, incendièrent l’église, démolirent les bâtiments et blessèrent mortellement tous les moines, mais l’homme de Dieu rendit ceux-ci à la santé sur-le-champ, par un seul signe de croix. Il arriva aussi qu’un de ses religieux, du nom de Pierre, passa miraculeusement sans en éprouver aucune atteinte, au milieu d’un feu très étendu et très ardent ; Jean obtint ainsi pour lui-même et pour ses frères la tranquillité tant souhaitée. Il parvint en conséquence à bannir de l’Étrurie le fléau de la simonie et à ramener la foi à sa première intégrité dans toute l’Italie.

Sixième leçon. Il jeta les premiers fondements de nombreux monastères, et affermit par de saintes lois ces mêmes fondations et d’autres, dont il avait restauré les édifices et la régulière observance. Pour nourrir les pauvres, il vendit le mobilier sacré ; pour châtier les méchants, il trouva les éléments dociles ; pour réprimer les démons, la croix lui servit de glaive. Accablé par les abstinences, les veilles, les jeûnes, les prières, les mortifications de la chair et la vieillesse, Jean répétait souvent au cours de sa maladie ces paroles de David : « Mon âme a eu soif du Dieu fort et vivant : quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? » Sur le point de mourir, il convoqua ses disciples, les exhorta à l’union fraternelle, et fit écrire sur un billet, avec lequel il voulut qu’on l’ensevelît, les paroles suivantes : « Moi, Jean, je crois et je professe la foi que les saints Apôtres ont prêchée et que les saints Pères ont confirmée en quatre conciles. » Enfin, après avoir été honoré pendant trois jours de la présence des Anges, il s’en alla vers le Seigneur, âgé de soixante-dix-huit ans, l’an du salut mil soixante-treize, le quatre des ides de juillet. C’était à Passignano, où il est honoré avec la plus grande vénération. De nombreux miracles l’ayant illustré, Célestin III l’a mis au nombre des Saints.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu. Cap. 5, 43-48.

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton proche, et tu haïras ton ennemi. Et le reste.



Homélie de saint Jérôme, Prêtre. Liber I Comm. in cap. 5 Matth.

Septième leçon. « Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ». Bien des personnes, mesurant les divins préceptes à leur lâcheté et non au courage des saints, croient impossible ce qui est ordonné ici, et disent que c’est assez pour nos forces de ne point haïr nos ennemis, et que le commandement de les aimer dépasse ce dont la nature humaine est capable. Il faut donc bien savoir que le Christ n’ordonne pas des choses impossibles, mais des choses parfaites. C’est ce qu’ont pratiqué David envers Saül et Absalom, le Martyr Etienne priant pour ceux qui le lapidaient, Paul souhaitant d’être anathème pour ses persécuteurs. C’est ce que Jésus lui-même a enseigné et pratiqué, disant : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » [1].

Huitième leçon. En ce qui concerne les autres bonnes œuvres, on peut alléguer parfois un obstacle quelconque. Mais quand il s’agit de la charité qu’il faut avoir, personne ne peut s’excuser. Quelqu’un me dira peut-être : il m’est impossible de jeûner ; est-ce qu’il pourra dire : il m’est impossible d’aimer ? Quelqu’un dira peut-être : il m’est impossible de garder la virginité ; je ne puis vendre tous mes biens pour en donner le prix aux pauvres ; est-ce qu’il pourra dire : il m’est impossible d’aimer mes ennemis ?

Neuvième leçon. Car, en il ceci, les pieds ne se fatiguent point à courir, ni les oreilles à écouter, ni les mains à force de travailler, de sorte qu’il ne faut point chercher à nous en exempter au moyen d’une excuse. On ne nous dit pas : Allez en Orient et cherchez-y la charité ; rendez-vous par mer en Occident et vous y trouverez la dilection. Elle est au fond de notre cœur, où le Prophète nous invite à rentrer, quand il dit : « Prévaricateurs, rentrez dans votre cœur » [2]. Car ce n’est point dans les pays éloignés que se trouve ce qui est exigé de nous.

[1] Luc. 23, 34.
[2] Is. 46, 8.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Depuis le jour où Simon le Mage se fit baptiser à Samarie, jamais l’enfer ne s’était vu si près d’être maître dans l’Église qu’au temps où nous ramène à l’occasion de la fête présente le Cycle sacré. Repoussé par Pierre avec malédiction, Simon, s’adressant aux princes, leur avait dit comme autrefois aux Apôtres : « Donnez-moi pour argent ce pouvoir qu’à quiconque j’imposerai les mains, celui-là ait le Saint-Esprit » [3]. Et les princes, heureux à la fois de supplanter Pierre et d’augmenter leurs trésors, s’étaient arrogé le droit d’investir les élus de leur choix du gouvernement des Églises ; et les évêques à leur tour avaient vendu au plus offrant les divers ordres de la sainte hiérarchie ; et s’introduisant à la suite de la concupiscence des yeux, la concupiscence de la chair avait rempli le sanctuaire d’opprobres sans nom.

Le dixième siècle avait assisté à l’humiliation même du pontificat souverain ; le onzième, au tiers de son cours, voyait le débordement du fleuve maudit changer en marais les derniers pâturages encore saufs des brebis du Seigneur. L’œuvre du salut s’élaborait à l’ombre du cloître ; mais l’éloquence de Pierre Damien n’avait point jusque-là franchi le désert, et la rencontre d’Hugues de Cluny, de Léon IX et d’Hildebrand devait se faire attendre plus encore. Or voici que dans le silence de mort qui planait sur la chrétienté, un cri d’alarme a retenti soudain, secouant la léthargie des peuples : cri d’un moine, vaillant homme d’armes jadis, vers qui s’est penchée la tête du Christ en croix pour reconnaître l’héroïsme avec lequel un jour il sut épargner un ennemi. Chassé par le flot montant de la simonie qui vient d’atteindre son monastère de San-Miniato, Jean Gualbert est entré dans Florence, et trouvant là encore le bâton pastoral aux mains d’un mercenaire, il a senti le zèle de la maison de Dieu dévorer son cœur [4] ; en pleine place publique, il a dénoncé l’ignominie de l’évêque et de son propre abbé, voulant ainsi du moins délivrer son âme [5].

A la vue de ce moine qui, dans son isolement, se dressait ainsi contre la honte universelle, il y eut un moment de stupeur au sein de la foule assemblée. Bientôt les multiples complicités qui trouvaient leur compte au présent état de choses regimbèrent sous l’attaque, et se retournèrent furieuses contre le censeur importun qui se permettait de troubler la bonne foi des simples. Jean n’échappa qu’à grand-peine à la mort ; mais, dès ce jour, sa vocation spéciale était fixée : les justes qui n’avaient point cessé d’espérer, saluèrent en lui le vengeur d’Israël ; leur attente ne devait pas être confondue.

Comme toujours cependant pour les œuvres authentiquement marquées du sceau divin, l’Esprit-Saint devra mettre un long temps à former l’élu de sa droite. L’athlète a jeté le gant aux puissances de ce monde ; la guerre sainte est ouverte : ne semble-t-il pas que dès lors il faille avant tout donner suite à la déclaration des hostilités, tenir campagne sans trêve ni repos jusqu’à pleine défaite de l’ennemi ? Et néanmoins le soldat des combats du Seigneur, allant au plus pressé, se retirera dans la solitude pour y améliorer sa vie, selon l’expression si fortement chrétienne de la charte même qui fonda Vallombreuse [6]. Les tenants du désordre, un instant effrayés de la soudaineté de l’attaque et voyant sitôt disparaître l’agresseur, se riront de ce qui ne sera plus à leurs yeux qu’une fausse entrée dans l’arène ; quoi qu’il en coûte au brillant cavalier d’autrefois, il attendra humble et soumis, pour reprendre l’assaut, ce que le Psalmiste appelle le temps du bon plaisir de Dieu [7].

Peu à peu, de toutes les âmes que révolte la pourriture de cet ordre social en décomposition qu’il a démasqué, se recrute autour de lui l’armée de la prière et de la pénitence. Des gorges des Apennins elle étend ses positions dans la Toscane entière, en attendant qu’elle couvre l’Italie et passe les monts. Septime à sept milles de Florence, Saint-Sauve aux portes de la ville, forment les postes avancés où, en 1063, reprend l’effort de la guerre sainte. Un autre simoniaque, Pierre de Pavie, vient d’occuper par droit d’achat le siège des pontifes. Jean et ses moines ont résolu de plutôt mourir que de porter en silence l’affront nouveau fait à l’Église de Dieu. Mais le temps n’est plus où la violence et les huées d’une foule séduite accueillaient seules la protestation courageuse du moine fugitif de San-Miniato. Le fondateur de Vallombreuse est devenu, par le crédit que donnent les miracles et la sainteté, l’oracle des peuples. A sa voix retentissant de nouveau dans Florence, une telle émotion s’empare du troupeau, que l’indigne pasteur, sentant qu’il n’a plus à dissimuler, rejette au loin sa peau de brebis [8] et montre en lui le voleur qui n’est venu que pour voler, pour égorger et pour perdre [9]. Une troupe armée à ses ordres fond sur Saint-Sauve ; elle met le feu au monastère, et se jette sur les moines qui, surpris au milieu de l’Office de la nuit, tombent sous le glaive, sans interrompre la psalmodie jusqu’au coup qui les frappe. De Vallombreuse, à la nouvelle du martyre ennoblissant ses fils, Jean Gualbert entonne un chant de triomphe. Florence, saisie d’horreur, rejette la communion de l’évêque assassin, Pourtant quatre années encore séparaient ce peuple de la délivrance, et les grandes douleurs pour Jean n’étaient pas commencées.

L’illustre ennemi de tous les désordres de son temps, saint Pierre Damien, venait d’arriver de la Ville éternelle. Investi de l’autorité du Pontife suprême, on était assuré d’avance qu’il ne pactiserait point avec la simonie, et l’on pouvait croire qu’il ramènerait la paix dans cette Église désolée. Ce fut le contraire qui eut lieu. Les plus grands saints peuvent se tromper, et, dans leurs erreurs, devenir les uns pour les autres un sujet d’épreuve d’autant plus acerbe que leur volonté, moins sujette aux changements capricieux des autres hommes, reste plus ferme dans la voie qu’ils se sont une fois tracée en vue des intérêts de Dieu et de son Église. Peut-être le grand évêque d’Ostie ne se rendit pas assez compte de la situation toute d’exception que faisaient aux victimes de Pierre de Pavie sa simonie notoire, et la violence avec laquelle il massacrait lui-même sans autre forme de procès les contradicteurs. Partant de l’incontestable principe que ce n’est point aux inférieurs à déposer leurs chefs, le légat réprouva la conduite de ceux qui s’étaient séparés de l’évêque ; et, arguant de certaines paroles extrêmes échappées à quelques-uns dans une indignation trop peu contenue, il retourna sur ceux qu’il appelait « ses confrères les moines » l’accusation d’hérésie portée par eux contre le prélat simoniaque [10].

L’accès du Siège apostolique restait ouvert aux accusés ; ils y portèrent intrépidement leur cause. Cette fois du moins, on ne pouvait soulever d’argument d’exception contre la canonicité de leur procédure. Mais là, dit l’historien [11], beaucoup craignant pour eux-mêmes se mirent à s’élever contre eux ; et lorsque presque tous, exhalant leur fureur, jugeaient dignes de mort ces moines dont la témérité osait faire la guerre aux prélats de l’Église, alors derechef, en plein concile romain, Pierre Damien prenant la parole alla jusqu’à dire au Pontife suprême : « Seigneur et Père saint, ce sont là les sauterelles qui dévorent la verdure de la sainte Église ; que le vent du midi se lève et les emporte à la mer Rouge ! » Mais le saint et très glorieux Pape Alexandre II, répondant avec douceur à ces excès de langage, prenait les moines en sa défense et rendait hommage à la droiture de leurs intentions. Cependant il n’osa donner suite à leur demande dépasser outre, parce que la plus grande partie des évêques favorisait Pierre de Pavie, et que seul l’archidiacre Hildebrand soutenait en tout l’abbé de Vallombreuse [12].

L’heure néanmoins allait venir où Dieu même prononcerait ce jugement qu’on ne pouvait obtenir de la terre. Assaillis de menaces, traités comme des agneaux au milieu des loups [13], Jean Gualbert et ses fils criaient au ciel avec le Psalmiste : « Levez-vous, Seigneur, aidez-nous ; levez-vous, pourquoi dormez-vous, Seigneur ? Levez-vous, ô Dieu : jugez votre cause » [14]. A Florence, les sévices continuaient. Saint-Sauveur de Septime était devenu le refuge des clercs que la persécution bannissait de la ville ; le fondateur de Vallombreuse, qui résidait alors en ce lieu, multipliait pour eux les ressources de sa charité. Mais la situation devint telle enfin, qu’un jour du Carême de l’année 1067, le reste du clergé et la ville entière, laissant le simoniaque à la solitude de son palais désert, accourut à Septime. Ni la longueur du chemin détrempé par les pluies, ni la rigueur du jeûne observé par tous, dit la relation adressée dans les jours mêmes au Pontife souverain par le peuple et le clergé de Florence, ne purent arrêter les matrones les plus délicates, les femmes prêtes d’être mères ou les enfants [15]. L’Esprit-Saint planait visiblement sur cette foule ; elle demandait le jugement de Dieu. Jean Gualbert, sous l’impulsion du même Esprit divin, permit l’épreuve ; et en témoignage de la vérité de l’accusation portée par lui contre l’évêque de Florence, Pierre, un de ses moines, nommé depuis Pierre Ignée, traversa lentement sous les yeux de la multitude un brasier immense qui ne lui fit aucun mal. Le ciel avait parlé ; l’évêque fut déposé par Rome, et termina ses jours, heureux pénitent, dans ce même monastère de Septime.

En 1073, année de l’élévation d’Hildebrand son ami au Siège apostolique, Jean s’en allait à Dieu. Son action contre la simonie s’était étendue bien au delà de la Toscane. La république Florentine ordonna de chômer le jour de sa fête ; et l’on grava sur la pierre qui protégeait ses reliques sacrées : A JEAN GUALBERT, CITOYEN DE FLORENCE, LIBÉRATEUR DE L’ITALIE.

Vous avez été un vrai disciple de la loi nouvelle, ô vous qui sûtes épargner un ennemi en considération de la Croix sainte. Apprenez-nous à conformer comme vous nos actes aux leçons que nous donne l’instrument du salut ; et il deviendra pour nous, comme il le fut pour vous, une arme toujours victorieuse contre l’enfer. Pourrions-nous, à sa vue, refuser d’oublier une injure venant de nos frères, quand c’est un Dieu qui, non content d’oublier nos offenses autrement criminelles à sa souveraine Majesté, se dévoue sur ce bois pour les expier lui-même ? Si généreux qu’il puisse être jamais, le pardon de la créature n’est qu’une ombre lointaine de celui que nous octroie chaque jour le Père qui est aux deux. A bon droit pourtant l’Évangile que l’Église chante à votre honneur nous montre, dans l’amour des ennemis, le caractère de ressemblance qui nous rapproche le plus de la perfection de ce Père céleste, et le signe même de la filiation divine en nos âmes [16].

Vous l’avez eu, ô Jean, ce caractère de ressemblance auguste ; Celui qui en vertu de sa génération éternelle est le propre Fils de Dieu par nature, a reconnu en vous ce cachet d’une incomparable noblesse qui vous faisait son frère. En inclinant vers vous sa tête sacrée, il saluait la race divine [17] qui venait de se déclarer dans ce fils de la terre et allait éclipser mille fois l’illustration que vous teniez des aïeux d’ici-bas. Quel germe puissant l’Esprit-Saint alors déposait en vous ; et combien Dieu parfois récompense la générosité d’un seul acte ! Votre sainteté, la part glorieuse qui fut la vôtre dans la victoire de l’Église, et cette fécondité qui vous donne de revivre jusqu’à nos jours dans l’Ordre illustre qui plonge en vous ses racines : toutes ces grâces de choix pour votre âme et tant d’autres âmes, ont dépendu de l’accueil que vous alliez faire au malheureux que sa fatalité ou la justice du ciel, auraient dit vos contemporains, jetait sur vos pas. Il était digne de mort ; et dans ces temps où chacun plus ou moins se taisait justice lui-même, votre bonne renommée n’aurait point souffert, elle n’eût fait que grandir, en lui infligeant le châtiment qu’il avait mérité. Mais si l’estime de vos contemporains vous restait acquise, la seule gloire qui compte devant Dieu, la seule qui dure devant les hommes eux-mêmes, n’eût point été votre partage. Qui maintenant vous connaîtrait ? qui surtout prononcerait votre nom avec l’admiration et la reconnaissance qu’il excite aujourd’hui parmi les enfants de l’Église ?

Le Fils de Dieu, voyant vos dispositions conformes aux sentiments de son cœur sacré, a versé dans le vôtre son amour jaloux pour la cité sainte au rachat de laquelle il a voué tout son sang. O zélateur de la beauté de l’Épouse, veillez sur elle toujours ; éloignez d’elle les mercenaires qui prétendraient tenir de l’homme le droit de représenter l’Époux à la tête des Églises. Que l’odieuse vénalité de vos temps ne se transforme point dans les nôtres en compromissions d’aucune sorte à l’égard des pouvoirs de la terre. La simonie la plus dangereuse n’est point celle qui s’escompte à prix d’or ; il est des obséquiosités, des hommages, des avances, des engagements implicites, qui ne tombent pas moins sous l’anathème des saints canons que les transactions pécuniaires : et qu’importerait, de fait, l’objet ou la forme adoucie du contrat simoniaque, si la complicité achetée du pastorat laissait les princes charger l’Église à nouveau des chaînes que vous avez tant contribué à briser ? Ne permettez pas, ô Jean Gualbert, un tel malheur qui serait l’annonce de désastres terribles. Que la Mère commune continue de sentir l’appui de votre bras puissant. Sauvez une seconde fois en dépit d’elle-même votre patrie de la terre. Protégez, dans nos temps malheureux, le saint Ordre dont vous êtes la gloire et le père ; que sa vitalité résiste aux confiscations, aux violences de cette même Italie qui vous proclama autrefois son libérateur. Obtenez aux chrétiens de toute condition Je courage nécessaire pour soutenir la lutte qui s’offre à tout homme ici-bas.

[3] Act. VIII.
[4] Psalm. LXVIII, 10.
[5] Ézech. III, 19.
[6] Meliorandæ vitæ gratia : Litteræ donationis Ittae Abbatissae ; Ughelli, III, 299 vel 231.
[7] Psalm. LXVIII, 14.
[8] Matth. VII, 15.
[9] Johan. X, 10.
[10] Petr. Dam. Opuscul. XXX, De Sacramentis per improbos administratis.
[11] Vita S. J. Gualb. ap. Baron, ad an. 1063.
[12] Vita S. J. Gualb. ap. Baron, ad an. 1063.
[13] Ibid.
[14] Psalm. XLIII, LXXIII.
[15] Epist. cleri et populi Florentini ad Alexandrum Pontificem.
[16] Matth. V. 45, 48.
[17] Act. XVII, 29.

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Saint Jean Gualbert est l’un des représentants, formés à l’école de saint Benoît, de ce mouvement énergique de réforme ecclésiastique qui éleva à une haute sainteté la papauté et la hiérarchie. Celles-ci, au XIe siècle, gisaient, avilies, au pied du trône de César. Ils allèrent jusqu’à conduire à Canossa, aux genoux d’Hildebrand, l’empereur allemand pénitent, dépouillé de sa couronne et les pieds nus.

La mission de Jean Gualbert fut surtout dirigée contre la simonie en Toscane, et l’épisode le plus caractéristique de cette mission fut de démontrer que l’évêque Pierre de Florence avait acheté l’épiscopat ; dans ce but, il ordonna à son disciple, nommé Pierre lui aussi, de soutenir l’épreuve du feu. L’appel au jugement de Dieu fut accepté ; Pierre revêtit les ornements sacrés, célébra la messe et, ayant obtenu la bénédiction de son abbé, pénétra courageusement dans l’étroit et long chemin bordé et couvert par deux haies de fagots en feu. Il l’avait déjà traversé presque jusqu’au fond quand il s’aperçut qu’il avait perdu sa mappula que, selon l’ancien usage, il tenait à la main, au lieu de la porter attachée à son bras. Sans se troubler, Pierre retourna dans la fournaise, ramassa son manipule et, sorti sain et sauf par l’autre côté du bûcher, fut salué du nom d’Igné par le peuple joyeux. Cette scène est décrite par l’abbé du Mont-Cassin Didier (qui devint Victor III) dans son troisième livre des Miracles ; à cette époque Pierre était encore en vie et siégeait même sur le trône épiscopal d’Albano.

Saint Jean Gualbert mourut en 1073 et fut canonisé par Célestin III en 1193. Rome chrétienne lui a élevé un insigne oratoire dans le titulus Praxedis, depuis de nombreux siècles déjà confié aux soins des moines de Vallombreuse.

La messe est du commun des abbés. Seule la lecture évangélique (Matth., V, 43-48) est propre, et elle contient une allusion au pieux événement survenu dans la basilique de San Miniato à Florence, et qui décida de la conversion de saint Jean Gualbert.

En ces temps de cruelles luttes civiles, un de ses proches parents avait été tué, et un jour Jean, entouré d’une bonne escorte de compagnons armés, rencontra l’homicide. Celui-ci se vit perdu, il tomba à genoux à ses pieds, et, étendant les bras en croix, demanda son pardon par la vertu de ce signe de leur commun salut. Jean, attendri, lui fit grâce de la vie et l’embrassa ; entré ensuite dans l’église de San Miniato, il vit l’image du Crucifix qui, en signe d’agrément, inclina par trois fois la tête vers lui. Cette vision touchante acheva le travail de la grâce commencé dans son cœur puisqu’il avait pardonné à son ennemi. Jean ne voulut plus s’éloigner de cet asile de miséricorde et de paix. Ayant donc enlevé son épée de chevalier, il se coupa lui-même les cheveux et revêtit le froc monastique.

A la louange du monastère de Vallombreuse, érigé par Jean Gualbert, et où furent formés tant de saints, un poète composa ces vers :

Mutavit Vallis veteres Umbrosa colores : Felix si mores et cæli servat amores !

Dom Pius Parsch, Le Guide dans l’année liturgique

Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent.

Le jour présent est placé sous le signe unique de l’amour des ennemis. L’Église se plaît à mettre en relief la remarquable vertu d’un saint et à la proposer à notre imitation. La vie de notre saint offre un exemple de l’amour des ennemis poussé jusqu’à l’héroïsme.

1. Saint Jean. — Jour de mort : 12 juillet 1073. Tombeau : à Passignano, monastère près de Florence. Vie : Le saint (né vers 995) descendait d’une illustre famille de Florence. Son père le destinait à l’état militaire ; il arriva alors que son frère unique, Hugues, fut tué par un de leurs parents. Un jour de Vendredi Saint Jean, qui était accompagné d’hommes en armes, rencontra le meurtrier désarmé dans une gorge étroite, de telle sorte que ni l’un ni l’autre ne pouvaient fuir ; celui-ci se jeta aux pieds de Jean en mettant les bras en croix. Jean, extrêmement surpris à cette vue, lui laissa la vie sauve et l’adopta comme frère ; puis il poursuivit sa route jusqu’à l’église Saint-Minias où il pria avec ferveur devant l’image du Crucifié qui parut incliner la tête vers lui. Bouleversé par cet événement, Jean résolut, malgré l’opposition de son père, de consacrer sa vie à Dieu ; il coupa lui-même sa chevelure et revêtit le costume des moines. En peu de temps il atteignit une telle perfection que sa vie et ses œuvres devinrent un modèle pour les autres. Il est le fondateur de l’Ordre de Vallombreuse, une branche de l’Ordre des Bénédictins.

2. La messe (Os justi). — La messe est celle du commun des Abbés, avec l’évangile propre de l’amour des ennemis. Le Christ dit dans le sermon sur la montagne : « Vous avez appris qu’il a été dit : aimez votre prochain et haïssez vos ennemis. — Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient ; car vous êtes les enfants de votre Père céleste qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et qui fait tomber la pluie sur les justes et sur les pécheurs ». Faisons aujourd’hui un sérieux examen de conscience sur notre amour pour nos ennemis ! Souvenons-nous que presque chaque jour l’Église fait donner le baiser de paix avant la communion : c’est là un grave avertissement d’avoir à vivre en paix avec tous les hommes avant de recevoir le Prince de la paix dans notre cœur. Que l’amour des ennemis soit aujourd’hui l’offrande que nous apporterons au Saint-Sacrifice et la grâce que nous en retirerons.

3. La prière des Heures nous offre un commentaire de saint Jérôme sur l’évangile de l’amour des ennemis : « Beaucoup interprètent les commandements de Dieu d’après leur propre faiblesse et non d’après les actes de force que les saints ont accomplis, et s’imaginent qu’il est impossible d’obéir à ces commandements. Aussi affirment-ils qu’il suffit, pour être vertueux, de ne pas haïr ses ennemis ; mais, d’après eux, aimer ses ennemis serait un commandement dépassant les forces de la nature humaine. On doit pourtant savoir que le Christ n’a rien commandé d’impossible, mais qu’il a imposé seulement ce qui est parfait. Telle fut la conduite de David à l’égard de Saül et d’Absalon ; le martyr saint Étienne pria aussi pour ses ennemis qui le lapidaient, et saint Paul désirait être condamné pour ses persécuteurs. C’est aussi ce qu’enseigna et ce que fit Jésus : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. Quand il s’agit d’exercer toute autre bonne œuvre que l’amour, on peut alléguer une excuse et dire que l’on n’est pas en état de jeûner, de garder la virginité, de distribuer ses biens aux pauvres. Mais quand il s’agit d’aimer ses ennemis, on ne peut fournir de pareilles excuses ; vous ne pouvez pas dire : je ne puis pas aimer mon ennemi »

SOURCE : http://www.introibo.fr/12-07-St-Jean-Gualbert-abbe#nh1


John Gualbert (Gualberto), OSB Vall. Abbot (RM)

Born in Florence, Tuscany, Italy, c. 993; died at Passignano (near Florence) in 1073; canonized in 1193. Because of his birth into the noble Visdomini family, John Gualbert had no more thought of following a life of austerity and humility than did his noble Florentine friends and companions. Bred to be a soldier, he spent his time in worldly amusements. Indeed, so far from intending to follow the precepts of Our Lord, his one over-riding ambition was to avenge the murder of his elder brother, Hugh. To him this was a matter of justice and, more importantly, a matter of honor.

It happened that one Good Friday as he was riding through a narrow pass on his way to Florence, Gualbert came face to face with the man he had been seeking. The man was alone and there was no means of escape. Gualbert drew his sword and moved forward, but at his approach the murderer, in a gesture not so much of supplication as of despair, fell to his knees, threw out his arms and commended his soul to God.

Gualbert hesitated, and as he looked down on his victim he was suddenly reminded of the image of Christ suffering on the Cross and of the forgiveness which Our Lord had asked for those who murdered him. Sheathing his sword, he embraced and forgave the man. Having pardoned his brother's murderer, he saw the image of the crucifix miraculously bow its head in acknowledgement of Gualbert's good action and they separated in peace.

Continuing his journey, Gualbert went to the monastery of San Miniato del Monte in Florence where, as he prayed before the crucifix, he was filled with divine grace. He asked the abbot for permission to be admitted. But the abbot delayed, fearing the anger and resentment of Gualbert's parents. To demonstrate the seriousness of his call, Gualbert shaved his head himself and put on a habit that he had borrowed.

For the next few years he remained at San Miniato, leading the life of a penitent and hoping to end his days there; but when the abbot died and the new one bribed his way to office, he left in disgust. (Other sources say that he left with a companion to find solitude when it looked likely that he would be appointed abbot.) He wanted to find a life untouched by the current abuses in the Church: clerical concubinage, nepotism, and simony. For a while he stayed with the Camaldolesi at Saint Romuald's abbey, but then decided to make an entirely new foundation.

The abbess of Sant'Ellero gave him some land in the Vallis Umbrosa (Vallombrosa), about 20 miles east of Florence near Fiesole; and there, with the help of a few companions, he built a small and unpretentious monastery of timber. The monks followed the austere rule of Saint Benedict to the letter, except for a special provision admitting conversi, or lay- brothers who could take on the manual labor and free the choir monks for contemplation and more prayer.

He was dedicated to poverty and humility. He never became a priest, in fact, he declined even to receive minor orders. Vallombrosa inspired other communities with its hospices for the poor and sick. These became part of his new order under John's rule, in spite of rival claims to jurisdiction. In this and other ways John became involved in the reform movement in the Church, for which he was commended by popes.

Other monasteries were established, but in all cases Gualbert insisted that the buildings should be constructed as modestly and cheaply as possible and that the money saved should be given to the poor. Indeed, his zeal for charity was such that he often gave away all the monastery's supplies to the poor who came to its gates. The area in which the first monastery was located was wild and barren, but the monks planted fir and pine trees and transformed it into a parkland.

Gualbert was known for his wisdom, miracles, and prophecies. Pope Saint Leo IX, travelled specially to Passignano to speak with him, as did Stephen X. Pope Alexander II attributed the eradication of simony in his country to him. Though respected and visited by popes, Gualbert retained his humility. He died aged about 80. The congregation of Vallombrosan Benedictines that he founded spread chiefly throughout Tuscany and Lombardy, but it still exists today and includes more than six monasteries (Attwater, Benedictines, Delaney, Encyclopedia, Farmer, White).

In art, Saint John Gualbert is an elderly Vallombrosan abbot with a tau-staff, book and heretic under foot. At times, he may be shown (1) with the devil under foot; (2) enthroned among Vallombrosan monks, tau staff and book of rule in hands; (3) kneeling before a crucifix, which bows towards him; (4) present at an ordeal by fire of Saint Peter Igneus; (5) watching a luxurious monastery carried away by a flood; or as a young man forgiving the murderer of his relative (Roeder). A fine altarpiece in Santa Croce, Florence, depicts four scenes from Saint John's life (Farmer).

John Gualbert is the patron on foresters and park keepers (White).