mercredi 21 mars 2012

Saint BENOÎT de NURSIE, abbé, fondateur, Père des moines d'Occident


SAINT BENOÎT

Père des Moines d'Occident

(480-543)

Benoît naquit dans une petite ville des montagnes de l'Ombrie, d'une des plus illustres familles de ce pays. Le Pape saint Grégoire assure que le nom de Benoît lui fut providentiellement donné comme gage des bénédictions célestes dont il devait être comblé.

Craignant la contagion du monde, il résolut, à l'âge de quatorze ans, de s'enfuir dans un désert pour s'abandonner entièrement au service de Dieu. Il parvint au désert de Subiaco, à quarante milles de Rome, sans savoir comment il y subsisterait; mais Dieu y pourvut par le moyen d'un pieux moine nommé Romain, qui se chargea de lui faire parvenir sa frugale provision de chaque jour.

Le jeune solitaire excita bientôt par sa vertu la rage de Satan; celui-ci apparut sous la forme d'un merle et l'obséda d'une si terrible tentation de la chair, que Benoît fut un instant porté à abandonner sa retraite; mais, la grâce prenant le dessus, il chassa le démon d'un signe de la Croix et alla se rouler nu sur un buisson d'épines, tout près de sa grotte sauvage. Le sang qu'il versa affaiblit son corps et guérit son âme pour toujours. Le buisson s'est changé en un rosier qu'on voit encore aujourd'hui: de ce buisson, de ce rosier est sorti l'arbre immense de l'Ordre bénédictin, qui a couvert le monde.

Les combats de Benoît n'étaient point finis. Des moines du voisinage l'avaient choisi pour maître malgré lui; bientôt ils cherchèrent à se débarrasser de lui par le poison; le saint bénit la coupe, qui se brisa, à la grande confusion des coupables.

Cependant il était dans l'ordre de la Providence que Benoît devînt le Père d'un grand peuple de moines, et il ne put se soustraire à cette mission; de nombreux monastères se fondèrent sous sa direction, se multiplièrent bientôt par toute l'Europe et devinrent une pépinière inépuisable d'évêques, de papes et de saints.

Parmi ses innombrables miracles, citons les deux suivants: Un de ses moines avait, en travaillant, laissé tomber le fer de sa hache dans la rivière; Benoît prit le manche de bois, le jeta sur l'eau, et le fer, remontant à la surface, revint prendre sa place. Une autre fois, cédant aux importunes prières d'un père qui le sollicitait de ressusciter son fils, Benoît se couche sur l'enfant et dit: "Seigneur, ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cet homme!" Aussitôt l'enfant s'agite et va se jeter dans les bras paternels.

La médaille de saint Benoît est très efficace contre toutes sortes de maux. On l'emploie avec un grand succès pour la guérison et la conservation des animaux.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/saint_benoit.html




Saint Benoît, abbé

Benoît naquit à Norcia (Ombrie). Après avoir étudié à Rome, il se retira dans une grotte de Subiaco, « ne préférant rien à l'amour de Dieu ». Des disciples vinrent à lui. Mais, au bout d'un certain temps, Benoît dut quitter Subiaco et s'établir avec eux au Mont-Cassin. C'est là qu'il écrivit sa Règle monastique et mérita d'être appelé le Patriarche des moines d'Occident. Il y mourut vers 547. L'œuvre évangélisatrice et culturelle des bénédictins qui façonnèrent l'Europe au Moyen-Age lui valut encore d'être choisi par le pape Paul VI pour être le premier patron de l'Europe. Il est aussi le nom que choisit le cardinal Ratzinger lors de son élection au Siège de Pierre en 2005.


SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/07/11/905/-/saint-benoit-abbe




BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE


Mercredi 9 avril 2008

Saint Benoît de Nursie


Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd'hui de saint Benoît, fondateur du monachisme occidental, et aussi Patron de mon pontificat. Je commence par une parole de saint Grégoire le Grand, qui écrit à propos de saint Benoît: "L'homme de Dieu qui brilla sur cette terre par de si nombreux miracles, ne brilla pas moins par l'éloquence avec laquelle il sut exposer sa doctrine" (Dial. II, 36). Telles sont les paroles que ce grand Pape écrivit en l'an 592; le saint moine était mort à peine 50 ans auparavant et il était encore vivant dans la mémoire des personnes et en particulier dans le florissant Ordre religieux qu'il avait fondé. Saint Benoît de Nursie, par sa vie et par son œuvre, a exercé une influence fondamentale sur le développement de la civilisation et de la culture européenne. La source la plus importante à propos de la vie de ce saint est le deuxième livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand. Il ne s'agit pas d'une biographie au sens classique. Selon les idées de son temps, il voulut illustrer à travers l'exemple d'un homme concret - précisément saint Benoît - l'ascension au sommet de la contemplation, qui peut être réalisée par celui qui s'abandonne à Dieu. Il nous donne donc un modèle de la vie humaine comme ascension vers le sommet de la perfection. Saint Grégoire le Grand raconte également dans ce livre des Dialogues de nombreux miracles accomplis par le saint, et ici aussi il ne veut pas raconter simplement quelque chose d'étrange, mais démontrer comment Dieu, en admonestant, en aidant et aussi en punissant, intervient dans les situations concrètes de la vie de l'homme. Il veut démontrer que Dieu n'est pas une hypothèse lointaine placée à l'origine du monde, mais qu'il est présent dans la vie de l'homme, de tout homme.

Cette perspective du "biographe" s'explique également à la lumière du contexte général de son époque: entre le V et le VI siècle, le monde était bouleversé par une terrible crise des valeurs et des institutions, causée par la chute de l'Empire romain, par l'invasion des nouveaux peuples et par la décadence des mœurs. En présentant saint Benoît comme un "astre lumineux", Grégoire voulait indiquer dans cette situation terrible, précisément ici dans cette ville de Rome, l'issue de la "nuit obscure de l'histoire" (Jean-Paul II, Insegnamenti, II/1, 1979, p. 1158). De fait, l'œuvre du saint et, en particulier, sa Règle se révélèrent détentrices d'un authentique ferment spirituel qui transforma le visage de l'Europe au cours des siècles, bien au-delà des frontières de sa patrie et de son temps, suscitant après la chute de l'unité politique créée par l'empire romain une nouvelle unité spirituelle et culturelle, celle de la foi chrétienne partagée par les peuples du continent. C'est précisément ainsi qu'est née la réalité que nous appelons "Europe".

La naissance de saint Benoît se situe autour de l'an 480. Il provenait, comme le dit saint Grégoire, "ex provincia Nursiae" - de la région de la Nursie. Ses parents, qui étaient aisés, l'envoyèrent suivre des études à Rome pour sa formation. Il ne s'arrêta cependant pas longtemps dans la Ville éternelle. Comme explication, pleinement crédible, Grégoire mentionne le fait que le jeune Benoît était écoeuré par le style de vie d'un grand nombre de ses compagnons d'étude, qui vivaient de manière dissolue, et qu'il ne voulait pas tomber dans les mêmes erreurs. Il voulait ne plaire qu'à Dieu seul; "soli Deo placere desiderans" (II Dial. Prol. 1). Ainsi, avant même la conclusion de ses études, Benoît quitta Rome et se retira dans la solitude des montagnes à l'est de Rome. Après un premier séjour dans le village d'Effide (aujourd'hui Affile), où il s'associa pendant un certain temps à une "communauté religieuse" de moines, il devint ermite dans la proche Subiaco. Il vécut là pendant trois ans complètement seul dans une grotte qui, depuis le Haut Moyen-âge, constitue le "coeur" d'un monastère bénédictin appelé "Sacro Speco". La période à Subiaco, une période de solitude avec Dieu, fut un temps de maturation pour Benoît. Il dut supporter et surmonter en ce lieu les trois tentations fondamentales de chaque être humain: la tentation de l'affirmation personnelle et du désir de se placer lui-même au centre, la tentation de la sensualité et, enfin, la tentation de la colère et de la vengeance. Benoît était en effet convaincu que ce n'était qu'après avoir vaincu ces tentations qu'il aurait pu adresser aux autres une parole pouvant être utile à leur situation de besoin. Et ainsi, son âme désormais pacifiée était en mesure de contrôler pleinement les pulsions du "moi" pour être un créateur de paix autour de lui. Ce n'est qu'alors qu'il décida de fonder ses premiers monastères dans la vallée de l'Anio, près de Subiaco.

En l'an 529, Benoît quitta Subiaco pour s'installer à Montecassino. Certains ont expliqué ce déplacement comme une fuite face aux intrigues d'un ecclésiastique local envieux. Mais cette tentative d'explication s'est révélée peu convaincante, car la mort soudaine de ce dernier n'incita pas Benoît à revenir (II Dial. 8). En réalité, cette décision s'imposa à lui car il était entré dans une nouvelle phase de sa maturation intérieure et de son expérience monastique. Selon Grégoire le Grand, l'exode de la lointaine vallée de l'Anio vers le Mont Cassio - une hauteur qui, dominant la vaste plaine environnante, est visible de loin - revêt un caractère symbolique: la vie monastique cachée a sa raison d'être, mais un monastère possède également une finalité publique dans la vie de l'Eglise et de la société, il doit donner de la visibilité à la foi comme force de vie. De fait, lorsque Benoît conclut sa vie terrestre le 21 mars 547, il laissa avec sa Règle et avec la famille bénédictine qu'il avait fondée un patrimoine qui a porté des fruits dans le monde entier jusqu'à aujourd'hui.

Dans tout le deuxième livre des Dialogues, Grégoire nous montre la façon dont la vie de saint Benoît était plongée dans une atmosphère de prière, fondement central de son existence. Sans prière l'expérience de Dieu n'existe pas. Mais la spiritualité de Benoît n'était pas une intériorité en dehors de la réalité. Dans la tourmente et la confusion de son temps, il vivait sous le regard de Dieu et ne perdit ainsi jamais de vue les devoirs de la vie quotidienne et l'homme avec ses besoins concrets. En voyant Dieu, il comprit la réalité de l'homme et sa mission. Dans sa Règle, il qualifie la vie monastique d'"école du service du Seigneur" (Prol. 45) et il demande à ses moines de "ne rien placer avant l'Œuvre de Dieu [c'est-à-dire l'Office divin ou la Liturgie des Heures]" (43, 3). Il souligne cependant que la prière est en premier lieu un acte d'écoute (Prol. 9-11), qui doit ensuite se traduire par l'action concrète. "Le Seigneur attend que nous répondions chaque jour par les faits à ses saints enseignements", affirme-t-il (Prol. 35). Ainsi, la vie du moine devient une symbiose féconde entre action et contemplation "afin que Dieu soit glorifié en tout" (57, 9). En opposition avec une réalisation personnelle facile et égocentrique, aujourd'hui souvent exaltée, l'engagement premier et incontournable du disciple de saint Benoît est la recherche sincère de Dieu (58, 7) sur la voie tracée par le Christ humble et obéissant (5, 13), ne devant rien placer avant l'amour pour celui-ci (4, 21; 72, 11) et c'est précisément ainsi, au service de l'autre, qu'il devient un homme du service et de la paix. Dans l'exercice de l'obéissance mise en acte avec une foi animée par l'amour (5, 2), le moine conquiert l'humilité (5, 1), à laquelle la Règle consacre un chapitre entier (7). De cette manière, l'homme devient toujours plus conforme au Christ et atteint la véritable réalisation personnelle comme créature à l'image et à la ressemblance de Dieu.

A l'obéissance du disciple doit correspondre la sagesse de l'Abbé, qui dans le monastère remplit "les fonctions du Christ" (2, 2; 63, 13). Sa figure, définie en particulier dans le deuxième chapitre de la Règle, avec ses qualités de beauté spirituelle et d'engagement exigeant, peut-être considérée comme un autoportrait de Benoît, car - comme l'écrit Grégoire le Grand - "le saint ne put en aucune manière enseigner différemment de la façon dont il vécut" (Dial. II, 36). L'Abbé doit être à la fois un père tendre et également un maître sévère (2, 24), un véritable éducateur. Inflexible contre les vices, il est cependant appelé à imiter en particulier la tendresse du Bon Pasteur (27, 8), à "aider plutôt qu'à dominer" (64, 8), à "accentuer davantage à travers les faits qu'à travers les paroles tout ce qui est bon et saint" et à "illustrer les commandements divins par son exemple" (2, 12). Pour être en mesure de décider de manière responsable, l'Abbé doit aussi être un personne qui écoute "le conseil de ses frères" (3, 2), car "souvent Dieu révèle au plus jeune la solution la meilleure" (3, 3). Cette disposition rend étonnamment moderne une Règle écrite il y a presque quinze siècles! Un homme de responsabilité publique, même à une petite échelle, doit toujours être également un homme qui sait écouter et qui sait apprendre de ce qu'il écoute.

Benoît qualifie la Règle de "Règle minimale tracée uniquement pour le début" (73, 8); en réalité, celle-ci offre cependant des indications utiles non seulement aux moines, mais également à tous ceux qui cherchent un guide sur leur chemin vers Dieu. En raison de sa mesure, de son humanité et de son sobre discernement entre ce qui est essentiel et secondaire dans la vie spirituelle, elle a pu conserver sa force illuminatrice jusqu'à aujourd'hui. Paul VI, en proclamant saint Benoît Patron de l'Europe le 24 octobre 1964, voulut reconnaître l'œuvre merveilleuse accomplie par le saint à travers la Règle pour la formation de la civilisation et de la culture européenne. Aujourd'hui, l'Europe - à peine sortie d'un siècle profondément blessé par deux guerres mondiales et après l'effondrement des grandes idéologies qui se sont révélées de tragiques utopies - est à la recherche de sa propre identité. Pour créer une unité nouvelle et durable, les instruments politiques, économiques et juridiques sont assurément importants, mais il faut également susciter un renouveau éthique et spirituel qui puise aux racines chrétiennes du continent, autrement on ne peut pas reconstruire l'Europe. Sans cette sève vitale, l'homme reste exposé au danger de succomber à l'antique tentation de vouloir se racheter tout seul - une utopie qui, de différentes manières, a causé dans l'Europe du XX siècle, comme l'a remarqué le Pape Jean-Paul II, "un recul sans précédent dans l'histoire tourmentée de l'humanité" (Insegnamenti, XIII/1, 1990, p. 58). En recherchant le vrai progrès, nous écoutons encore aujourd'hui la Règle de saint Benoît comme une lumière pour notre chemin. Le grand moine demeure un véritable maître à l'école de qui nous pouvons apprendre l'art de vivre le véritable humanisme.

* * *

Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins francophones. Je salue en particulier le groupe de la Vallée de l’Andelle dans le diocèse d’Évreux ainsi que les jeunes venus notamment de Neuilly, de Rueil-Malmaison et de Pontivy. A l’exemple de saint Benoît, donnez une place importante à la prière et à la contemplation du visage du Christ ressuscité présent et agissant dans votre vie! Bon temps pascal!

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20080409_fr.html



LETTRE ENCYCLIQUE



FULGENS RADIATUR (*)



DE S. S. PIE XII



À L’OCCASION DU 14ème CENTENAIRE DE



LA MORT DE SAINT BENOÎT


Vénérables Frères,

Salut et Bénédiction Apostolique.

Rayonnant comme un astre dans les ténèbres de la nuit, Benoît de Nursie honore non seulement l’Italie, mais l’Eglise tout entière. Celui qui observe sa vie illustre et étudie sur les documents authentiques l’époque ténébreuse et trouble qui fut la sienne, éprouve sans aucun doute la vérité des divines paroles par lesquelles le Christ promit à ses Apôtres et à la société fondée par lui : « Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles. » (Mt 28, 20). Certainement à aucune époque, ces paroles et cette promesse ne perdent de leur force, mais elles se réalisent au cours de tous les siècles, qui sont entre les mains de la divine Providence. Davantage, quand les ennemis du nom chrétien l’attaquent avec plus de fureur, quand la barque portant le sort de Pierre est agitée par des bourrasques plus violentes, quand tout semble aller à la dérive et que ne luit plus aucun espoir de secours humain, voici qu’alors apparaît le Christ, garant, consolateur, pourvoyeur de force surnaturelle, par laquelle il excite ses nouveaux athlètes à défendre le monde catholique, à le renouveler, et à lui susciter, avec l’inspiration et le secours de la grâce divine, des progrès toujours plus étendus.

Parmi eux resplendit d’une vive lumière notre Saint « Benoît » « qui l’est et de grâce et de nom » (1), et qui par une disposition spéciale de la divine Providence, se dresse au milieu des ténèbres du siècle, à l’heure où se trouvaient très gravement compromises les conditions d’existence, non seulement de l’Eglise, mais de toute la civilisation politique et humaine. L’Empire romain, qui était parvenu au faîte d’une si grande gloire et qui s’était aggloméré tant de peuples, de races et de nations grâce à la sage modération et à l’équité de son droit, de telle sorte qu’on « aurait pu l’appeler avec plus de vérité un patronat sur le monde entier qu’un Empire » (2), désormais, comme toutes les choses terrestres, en était venu à son déclin ; car, affaibli et corrompu à l’intérieur, ébranlé sur ses frontières par les invasions barbares, se ruant du septentrion, il avait été écrasé dans les régions occidentales, sous ses ruines immenses.

Dans une si violente tempête et au milieu de tant de remous, d’où vint luire l’espérance sur la communauté des hommes, d’où se levèrent pour elle le secours et la défense capables de la sauver du naufrage, elle-même et quelques restes à tout le moins de ses biens ? Justement de l’Eglise catholique. Les entreprises de ce monde, en effet, et toutes les institutions de l’homme, l’une après l’autre au cours des âges, s’accroissent, atteignent à leur sommet, et puis de leur propre poids, déclinent, tombent et disparaissent ; au contraire la communauté fondée par notre divin Rédempteur, tient de lui la prérogative d’une vie supérieure et d’une force indéfectible ; ainsi entretenue et soutenue par lui, elle surmonte victorieusement les injures des temps, des événements et des hommes, au point de faire surgir de leurs disgrâces et de leurs ruines une ère nouvelle et plus heureuse en même temps qu’elle crée et élève dans la doctrine chrétienne et dans le sens chrétien une nouvelle société de citoyens, de peuples et de nations. Or il Nous plaît, Vénérables Frères, de rappeler brièvement et à grands traits dans cette Encyclique la part que prit Benoît à l’œuvre de cette restauration et de ce renouveau, l’année même, à ce qu’il semble, du quatorzième centenaire, depuis le jour où, ayant achevé ses innombrables travaux pour la gloire de Dieu et le salut des hommes, il changea l’exil de cette terre pour la patrie du ciel.

I. La figure historique de saint Benoît

« Né de noble race dans la province de Nursie » (3), Benoît « fut rempli de l’esprit de tous les justes » (4), et il soutint merveilleusement le monde chrétien par sa vertu, sa prudence et sa sagesse. Car, tandis que le siècle s’était vieilli dans le vice, que l’Italie et l’Europe offraient l’affreux spectacle d’un champ de bataille pour les peuples en conflit, et que les institutions monastiques, elle-mêmes, souillées par la poussière de ce monde, étaient moins fortes qu’il n’aurait fallu pour résister aux attraits de la corruption et les repousser, Benoît, par son action et sa sainteté éclatantes, témoigna de l’éternelle jeunesse de l’Eglise, restaura par la parole et par l’exemple la discipline des mœurs, et entoura d’un rempart de lois plus efficaces et plus sanctifiantes la vie religieuse des cloîtres. Plus encore : par lui-même et par ses disciples, il fit passer les peuplades barbares d’un genre de vie sauvage à une culture humaine et chrétienne, et les convertissant à la vertu, au travail, aux occupations pacifiques des arts et des lettres, il les unit entre eux par les liens des relations sociales et de la charité fraternelle.

Dès sa prime jeunesse, il se rend à Rome, pour s’occuper de l’étude des sciences libérales (5) ; mais, à sa très grande tristesse, il se rend compte que des hérésies et des erreurs de toute sorte s’insinuent, les trompant et les déformant, en beaucoup d’esprits ; il voit les mœurs privées et publiques tomber en décadence, un grand nombre de jeunes surtout, mondains et efféminés, se vautrer lamentablement dans la fange des voluptés ; si bien qu’avec raison on pouvait affirmer de la société romaine : « Elle meurt et elle rit. C’est pourquoi, dans toutes les parties du monde, des larmes suivent nos rires » (6). Cependant Benoît, prévenu par la grâce de Dieu, « ne s’adonna à aucun de ces plaisirs,… mais, voyant beaucoup de ses compagnons côtoyer les abîmes du vice et y tomber, il retira le pied qu’il y avait posé presque dès son entrée dans le monde... Renonçant aux études littéraires, il quitta la maison paternelle et tous ses biens, ne désirant plaire désormais qu’à Dieu, et il chercha une sainte manière de vivre » (7). Il dit un cordial adieu aux commodités de la vie et aux appâts d’un monde corrompu, de même qu’à l’attrait de la fortune et aux emplois honorables auxquels son âge mûr pouvait prétendre. Quittant Rome, il se retira dans des régions boisées et solitaires où il lui serait loisible de vaquer à la contemplation des réalités surnaturelles. Il gagna ainsi Subiaco, où s’enfermant dans une étroite caverne, il commença à mener une vie plus divine qu’humaine.

Caché avec le Christ en Dieu (Cf. Col 3, 3), il s’efforça très efficacement durant trois ans à poursuivre cette perfection évangélique et cette sainteté auxquelles il se sentait appelé par une inspiration divine. Fuir tout ce qui est terrestre pour n’aspirer de toutes ses forces qu’à ce qui est céleste ; converser jour et nuit avec Dieu, et Lui adresser de ferventes prières pour son salut et celui du prochain ; réprimer et maîtriser le corps par une mortification volontaire ; réfréner et dominer les mouvements désordonnés des sens : telle fut sa règle. Dans cette manière de vivre et d’agir, il goûtait une si douce suavité intérieure qu’il prenait en suprême dégoût les richesses et commodités de la terre et en oubliait même les charmes qu’il avait éprouvés jadis. Un jour que l’ennemi du genre humain le tourmentait des plus violents aiguillons de la concupiscence, Benoît, âme noble et forte, résista sur le champ avec toute l’énergie de sa volonté ; et se jetant au milieu des ronces et des orties, il éteignit par leurs piqûres volontaires le feu qui le brûlait au dedans ; sorti de la sorte vainqueur de lui-même, il fut en récompense confirmé dans la grâce divine. « Depuis lors, comme il le raconta plus tard à ses disciples, la tentation impure fut si domptée en lui qu’il n’éprouvât plus rien de semblable... Libre ainsi du penchant au vice, il devint désormais à bon droit maître de vertus » (8).

Renfermé dans la grotte de Subiaco durant ce long espace de vie obscure et solitaire, Notre Saint se confirma et s’aguerrit dans l’exercice de la sainteté ; il jeta ces solides fondements de la perfection chrétienne sur lesquels il lui serait permis d’élever par la suite un édifice d’une prodigieuse hauteur. Comme vous le savez bien, Vénérables Frères, les œuvres d’un saint zèle et d’un saint apostolat restent sans aucun doute vaines et infructueuses si elles ne partent pas d’un cœur riche en ces ressources chrétiennes, grâce auxquelles les entreprises humaines peuvent, avec le secours divin, tendre sans dévier à la gloire de Dieu et au salut des âmes. De cette vérité Benoît avait une intime et profonde conviction ; c’est pourquoi, avant d’entreprendre la réalisation et l’achèvement de ces grandioses projets auxquels il se sentait appelé par le souffle de l’Esprit Saint, il s’efforça de tout son pouvoir, et il demanda à Dieu par d’instantes prières, de reproduire excellemment en lui ce type de sainteté, composé selon l’intégrité de la doctrine évangélique, qu’il désirait enseigner aux autres.

Mais la renommée de son extraordinaire sainteté se répandait dans les environs, et elle augmentait de jour en jour. Aussi non seulement les moines qui demeuraient à proximité voulurent se mettre sous sa direction, mais une foule d’habitants eux-mêmes commencèrent à venir en groupes auprès de lui, désireux d’entendre sa douce voix, d’admirer son exceptionnelle vertu et de voir ces miracles que par un privilège de Dieu il opérait assez souvent. Bien plus, cette vive lumière qui rayonnait de la grotte obscure de Subiaco, se propagea si loin qu’elle parvint en de lointaines régions. Aussi « nobles et personnes religieuses de la ville de Rome commencèrent à venir à lui, et ils lui donnaient leurs fils à élever pour le Tout-Puissant » (9).

Notre Saint comprit alors que le temps fixé par le décret de Dieu était venu de fonder un ordre religieux, et de le conformer à tout prix à la perfection évangélique. Cette œuvre débuta sous les plus heureux auspices. Beaucoup, en effet, « furent rassemblés par lui en ce lieu pour le service du Dieu Tout-Puissant..., si bien qu’il put, avec l’aide du Tout-Puissant Seigneur Jésus-Christ, y construire douze monastères, à chacun desquels il assigna douze moines sous des supérieurs désignés ; il en retint quelques-uns avec lui, ceux qu’il jugea devoir être formés en sa présence » (10).

Toutefois, au moment où, — comme Nous l’avons dit ,— l’initiative procédait heureusement, où elle commençait à produire d’abondants fruits de salut et en promettait plus encore pour l’avenir, Notre Saint, avec une immense tristesse dans l’âme, vit se lever sur les moissons grandissantes une noire tempête, soulevée par une jalousie aiguë et entretenue par des désirs d’ambition terrestre. Benoît était guidé par une prudence non humaine, mais divine ; pour que cette haine, qui s’était déchaînée surtout contre lui, ne tournât point, par malheur, au dommage de ses fils, « il céda le pas à l’envie ; mit ordre à tous les lieux de prière construits par lui, en remplaçant les supérieurs et en ajoutant de nouveaux frères ; puis, ayant pris avec lui quelques moines, il changea l’endroit de sa résidence » (11). C’est pourquoi, se fiant à Dieu et sûr de son très efficace secours, il s’en alla vers le sud, et s’établit dans la localité « appelée Mont Cassin, au flanc d’une haute montagne... ; sur l’emplacement d’un très ancien temple, où un peuple ignorant et rustique vénérait Apollon à la manière des vieux païens. Tout à l’entour, des bois consacrés au culte des démons avaient grandi, et, à cette époque encore, une multitude insensée d’infidèles s’y livrait à des sacrifices sacrilèges. A peine arrivé l’homme de Dieu brisa l’idole, renversa l’autel, incendia les bosquets sacrés ; sur le temple même d’Apollon il édifia la chapelle du Bienheureux Martin, et là où se trouvait l’autel du même Apollon il construisit l’oratoire de S. Jean ; enfin, par sa continuelle prédication, il convertit à la foi les populations qui habitaient aux environs » (12).

Le Mont-Cassin, tout le monde le sait, a été la demeure principale du S. Patriarche et le principal théâtre de sa vertu et de sa sainteté. Des sommets de ce mont, quand presque de toutes parts les ténèbres de l’ignorance et des vices se propageaient dans un effort pour tout recouvrir et pour tout ruiner, resplendit une lumière nouvelle qui, alimentée par les enseignements et la civilisation des peuples anciens, et surtout échauffée par la doctrine chrétienne ; éclaira les peuples et les nations qui erraient à l’aventure, les rappela et les dirigea vers la vérité et le droit chemin. Si bien qu’on peut affirmer à bon droit que le saint monastère édifié là devint le refuge et la forteresse des plus hautes sciences et de toutes les vertus, et en ces temps troublés « comme le soutien de l’Eglise et le rempart de la foi » (13).

C’est là que Benoît porta l’institution monastique à ce genre de perfection, auquel depuis longtemps il s’était efforcé par ses prières, ses méditations et ses expériences. Tel semble bien être, en effet, le rôle spécial et essentiel à lui confié par la divine Providence : non pas tant apporter de l’Orient en Occident l’idéal de la vie monastique, que l’harmoniser et l’adapter avec bonheur au tempérament, aux besoins et aux habitudes des peuples de l’Italie et de toute l’Europe. Par ses soins donc, à la sereine doctrine ascétique qui florissait dans les monastères de l’Orient, se joignit la pratique d’une incessante activité, permettant de « communiquer à autrui les vérités contemplées » (14), et, non seulement de rendre fertiles des terres incultes, mais de produire par les fatigues de l’apostolat des fruits spirituels. Ce que la vie solitaire avait d’âpre, d’inadapté à tous et même parfois de dangereux pour certains, il l’adoucit et le tempéra par la communauté fraternelle de la famille bénédictine, où, successivement adonnée à la prière, au travail, aux études sacrées et profanes, la douce tranquillité de l’existence ne connaît cependant ni oisiveté ni dégoût ; où l’action et le travail, loin de fatiguer l’esprit et l’âme, de les dissiper et de les absorber en futilités, les rassérènent plutôt, les fortifient et les élèvent aux choses du ciel. Ni excès de rigueur, en effet, dans la discipline, ni excès de sévérité dans les mortifications, mais avant tout l’amour de Dieu et une charité fraternellement dévouée envers tous : voilà ce qui est ordonné. Si tant est que Benoît « équilibra sa règle de manière que les forts désirent faire davantage et que les faibles ne soient pas rebutés par son austérité... Il s’appliquait à régir les siens par l’amour plutôt qu’à les dominer par la crainte » (15). Prévenu, certain jour, qu’un anachorète s’était lié avec des chaînes et enfermé dans une caverne, pour ne plus pouvoir retourner au péché et à la vie du siècle, il le réprimanda doucement en disant : « Si tu es un serviteur de Dieu, ce n’est pas une chaîne de fer, mais la chaîne du Christ qui doit te retenir » (16).

C’est ainsi qu’aux coutumes et préceptes propres à la vie érémitique, qui la plupart du temps n’étaient pas nettement fixés et codifiés, mais dépendaient souvent du caprice du supérieur, succéda la règle monastique de S. Benoît, chef d’œuvre de la sagesse romaine et chrétienne, où les droits, les devoirs et les offices des moines sont tempérés par la bonté et la charité évangéliques, et qui a eu et a encore tant d’efficacité pour stimuler un grand nombre à la poursuite de la vertu et de la sainteté.

Dans cette règle bénédictine, la prudence se joint à la simplicité, l’humilité chrétienne s’associe au courage généreux ; la douceur tempère la sévérité et une saine liberté ennoblit la nécessaire obéissance. En elle, la correction conserve toute sa vigueur, mais l’indulgence et la bonté l’agrémentent de suavité ; les préceptes gardent toute leur fermeté, mais l’obéissance donne repos aux esprits et paix aux âmes ; le silence plaît par sa gravité, mais la conversation s’orne d’une douce grâce ; enfin l’exercice de l’autorité ne manque pas de force, mais la faiblesse ne manque pas de soutien (17).

Il n’y a donc pas à s’étonner que tous les gens sensés d’aujourd’hui exaltent de leurs louanges la « règle monastique écrite par S. Benoît, règle fort remarquable par sa discrétion et par la lumineuse clarté de son expression » (18) ; et il Nous plaît d’en souligner ici et d’en dégager les traits essentiels, avec la confiance que Nous ferons œuvre agréable et utile non seulement à la nombreuse famille du S. Patriarche, mais à tout le clergé et à tout le peuple chrétien.

La communauté monastique est constituée et organisée à l’image d’une maison chrétienne, dont l’abbé, ou cénobiarche, comme un père de famille, a le gouvernement, et tous doivent dépendre entièrement de sa paternelle autorité. « Nous jugeons expédient — écrit S. Benoît — pour la sauvegarde de la paix et de la charité, que le gouvernement du monastère dépende de la volonté de l’abbé » (19). Aussi tous et chacun doivent-ils lui obéir très fidèlement par obligation de conscience (20), voir et respecter en lui l’autorité divine elle-même. Toutefois que celui qui, en fonction de la charge reçue, entreprend de diriger les âmes des moines et de les stimuler à la perfection de la vie évangélique, se souvienne et médite avec grand soin qu’il devra un jour en rendre compte au Juge suprême (21) ; qu’il se comporte donc, dans cette très lourde charge, de manière à mériter une juste récompense « quand se fera la reddition des comptes au terrible jugement de Dieu » (22). En outre, toutes les fois que des affaires de plus grande importance devront être traitées dans son monastère, qu’il rassemble tous ses moines, qu’il écoute leurs avis librement exposés et qu’il en fasse un sérieux examen avant d’en venir à la décision qui lui paraîtra la meilleure (23).

Dès les débuts pourtant, une grave difficulté et une épineuse question furent soulevées, à propos de la réception ou du renvoi des candidats à la vie monastique. En effet, des hommes de toute origine, de tout pays, de toute condition sociale accouraient dans les monastères pour y être admis : Romains et barbares, hommes libres et esclaves, vainqueurs et vaincus, beaucoup de nobles patriciens et d’humbles plébéiens. C’est avec magnanimité et délicatesse fraternelle que Benoît résolut heureusement ce problème ; « car, dit-il, esclaves ou hommes libres, nous sommes tous un dans le Christ, et sous le même Seigneur nous servons à égalité dans sa milice... Que la charité soit donc la même en tous ; qu’une même discipline s’exerce pour tous selon leurs mérites » (24). A tous ceux qui ont embrassé son Institut, il ordonne que « tout soit commun pour l’avantage de tous » (25), non par force ou contrainte en quelque sorte, mais spontanément et avec une volonté généreuse. Que tous en outre soient maintenus dans l’enceinte du monastère par la stabilité de la vie religieuse, de telle façon pourtant qu’ils vaquent non seulement à la prière et à l’étude,(26) mais aussi à la culture des champs (27), aux métiers manuels (28) et enfin aux saints travaux de l’apostolat. Car « l’oisiveté est l’ennemie de l’âme ; c’est pourquoi à des heures déterminées les frères doivent être occupés au travail des mains... » (29). Toutefois que, pour tous, le premier devoir, celui qu’ils doivent s’efforcer de remplir avec le plus de diligence et de soin, soit de ne rien faire passer avant l’office divin (« opus Dei ») (30). Car bien que « nous sachions que Dieu est présent partout... nous devons cependant le croire sans la plus minime hésitation quand nous assistons à l’office divin... Réfléchissons donc sur la manière qu’il convient de nous tenir en présence de Dieu et des anges, et psalmodions de façon que notre esprit s’harmonise avec notre voix. » (31)

Par ces normes et maximes plus importantes, qu’il Nous a paru bon de déguster pour ainsi dire dans la Règle bénédictine, il est facile de discerner et d’apprécier non seulement la prudence de cette règle monastique, son opportunité et sa merveilleuse correspondance et accord avec la nature de l’homme, mais aussi son importance et son extrême élévation. Car, dans ce siècle barbare et turbulent, la culture des champs, les arts mécaniques et industriels, l’étude des sciences sacrées et profanes, étaient totalement dépréciés et malheureusement délaissés de tous ; dans les monastères bénédictins, au contraire, alla sans cesse croissante une foule presque innombrable d’agriculteurs, d’artisans et de savants qui, chacun selon ses talents, parvinrent, non seulement à conserver intactes les productions de l’antique sagesse, mais à pacifier de nouveau, à unir et à occuper activement des peuples vieux et jeunes souvent en guerre entre eux ; et ils réussirent à les faire passer de la barbarie renaissante, des haines dévastatrices et des rapines à des habitudes de politesse humaine et chrétienne, à l’endurance dans le travail, à la lumière de la vérité et à la reprise des relations normales entre nations, s’inspirant de la sagesse et de la charité.

Mais ce n’est pas tout ; car, dans l’Institut de la vie Bénédictine, l’essentiel est que tous, autant les travailleurs manuels qu’intellectuels, aient à cœur et s’efforcent le plus possible d’avoir l’âme continuellement tournée vers le Christ, et brûlant de sa très parfaite charité. En effet, les biens de ce monde, même tous rassemblés, ne peuvent rassasier l’âme humaine que Dieu a créée pour le chercher lui-même ; mais ils ont bien plutôt reçu de leur Auteur la mission de nous mouvoir et de nous convertir, comme par paliers successifs, jusqu’à sa possession. C’est pourquoi il est tout d’abord indispensable que « rien ne soit préféré à l’amour du Christ » (32), « que rien ne soit estimé de plus haut prix que le Christ » (33) ; « qu’absolument rien ne soit préféré au Christ, qui nous conduit à la vie éternelle ». (34)

A cet ardent amour du Divin Rédempteur doit correspondre l’amour des hommes, que nous devons tous embrasser comme des frères, et aider de toute façon. C’est pourquoi, à l’encontre des haines et des rivalités qui dressent et opposent les hommes les uns aux autres ; des rapines, des meurtres et des innombrables maux et misères, conséquences de cette trouble agitation de gens et de choses, Benoît recommande aux siens ces très saintes lois : « Qu’on montre les soins les plus empressés dans l’hospitalité, spécialement à l’égard des pauvres et des pèlerins, car c’est le Christ que l’on accueille davantage en eux » (35). « Que tous les hôtes qui nous arrivent soient accueillis comme le Christ, car c’est Lui qui dira un jour : J’ai été étranger, et vous m’avez accueilli » (36). « Avant tout et par-dessus tout, que l’on ait soin des malades, afin de les servir comme le Christ lui-même, car il a dit : J’étais malade, et vous m’avez visité » (37).

Inspiré et emporté de la sorte par un amour très parfait de Dieu et du prochain, Benoît conduisit son entreprise à bonne fin, jusqu’à la perfection. Et quand tressaillant de joie et rempli de mérites, il aspirait déjà les brises célestes de l’éternelle félicité et en goûtait à l’avance les douceurs, « le sixième jour avant sa mort..., il fit creuser sa tombe. Consumé bientôt de fièvre, il commença à ressentir l’ardente brûlure du feu intérieur ; et comme la maladie s’aggravait de plus en plus, le sixième jour il se fit porter par ses disciples à l’église ; là il se pourvut, pour l’ultime voyage, de la réception du Corps et du Sang du Seigneur, et entre les bras de ses fils qui soutenaient ses membres déficients, les mains levées vers le ciel, il se tint immobile et, en murmurant encore des paroles de prière, il rendit le dernier soupir » (38).

II. Bienfaits de S. Benoît et de son Ordre pour l’Eglise et la Civilisation

Lorsque, par une pieuse mort, le très saint Patriarche se fut envolé au ciel, l’ordre de moines qu’il avait fondé, loin de tomber en décadence, sembla bien plutôt, non seulement conduit, nourri et façonné à chaque instant par ses vivants exemples, mais encore maintenu et fortifié par son céleste patronage, au point de connaître d’année en année de plus larges développements.

Avec quelle force et efficacité l’Ordre bénédictin exerça son heureuse influence au temps de sa première fondation, que de nombreux et grands services il rendit aux siècles suivants, tous ceux-là doivent le reconnaître, qui discernent et apprécient sainement les événements humains, non selon des idées préconçues, mais au témoignage de l’histoire. Car, outre que, nous l’avons dit, les moines Bénédictins furent presque les seuls, en des siècles ténébreux, au milieu d’une telle ignorance des hommes et de si grandes ruines matérielles, à garder intacts les savants manuscrits et les richesses des belles lettres, à les transcrire très soigneusement et à les commenter, ils furent encore des tout premiers à cultiver les arts, les sciences, l’enseignement, et à les promouvoir de toutes leurs industries. De la sorte, ainsi que l’Eglise catholique, surtout pendant les trois premiers siècles de son existence, se fortifia et s’accrut d’une façon merveilleuse par le sang sacré de ses martyrs, et ainsi qu’à cette date et aux époques suivantes l’intégrité de sa divine doctrine fut sauvegardée contre les attaques perfides des hérétiques par l’activité vigoureuse et sage des Saints Pères, on est de même en droit d’affirmer que l’Ordre bénédictin et ses florissants monastères furent suscités par la sagesse et l’inspiration de Dieu : cela pour qu’à l’heure même où s’écroulait l’Empire romain et où des peuples barbares, qu’excitait la furie guerrière, l’envahissaient de tous côtés, la chrétienté pût réparer ses pertes, et de plus, avec une vigilance inlassable, amener des peuples nouveaux, qu’avaient domptés la vérité et la charité de l’Evangile, à la concorde fraternelle, à un travail fécond, en un mot à la vertu, qui est régie par les enseignements de notre Rédempteur et alimentée par sa grâce.

Car, de même qu’aux siècles passés les légions Romaines s’en allaient sur les routes consulaires pour tenter d’assujettir toutes les nations à l’empire de la Ville Eternelle, ainsi des cohortes innombrables de moines, dont les armes ne « sont pas celles de la chair, mais la puissance même de Dieu » (2 Cor 10, 4), sont alors envoyées par le Souverain Pontife pour propager efficacement le règne pacifique de Jésus-Christ jusqu’aux extrémités de la terre, non par l’épée, non par la force, non par le meurtre, mais par la Croix et par la charrue, par la vérité et par l’amour.

Partout où posaient le pied ces troupes sans armes, formées de prédicateurs de la doctrine chrétienne, d’artisans, d’agriculteurs et de maîtres dans les sciences humaines et divines, les terres boisées et incultes étaient ouvertes par le fer de la charrue ; les arts et les sciences y élevaient leurs demeures ; les habitants sortis de leur vie grossière et sauvage, étaient formés aux relations sociales et à la culture, et devant eux brillait en un vivant exemple la lumière de l’Evangile et de la vertu. Des apôtres sans nombre, qu’enflammait la céleste charité, parcoururent les régions encore inconnues et agitées de l’Europe ; ils arrosèrent celles-ci de leurs sueurs et de leur sang généreux, et, après les avoir pacifiées, ils leur portèrent la lumière de la vérité catholique et de la sainteté. Si bien que l’on peut affirmer à juste titre que, si Rome, déjà grande par ses nombreuses victoires avait étendu le sceptre de son empire sur terre et sur mer, grâce à ces apôtres pourtant, « les gains que lui valut la valeur militaire furent moindres que ce que lui assujettit la paix chrétienne » (39). De fait, non seulement l’Angleterre, la Gaule, les Pays Bataves, la Frise, le Danemark, la Germanie et la Scandinavie, mais aussi de nombreux pays Slaves se glorifient d’avoir été évangélisés par ces moines qu’ils considèrent comme leurs gloires, et comme les illustres fondateurs de leur civilisation. De leur Ordre, combien d’Evêques sont sortis, qui gouvernèrent avec sagesse des diocèses déjà constitués, ou qui en fondèrent un bon nombre de nouveaux, rendus féconds par leur labeur ! Combien d’excellents maîtres et docteurs élevèrent des chaires illustres de lettres et d’arts libéraux, éclairèrent de nombreuses intelligences, qu’obnubilait l’erreur, et donnèrent à travers le monde entier aux sciences sacrées et profanes une forte impulsion ! Combien enfin, rendus célèbres par leur sainteté, qui, dans les rangs de la famille bénédictine s’efforcèrent d’atteindre selon leurs forces la perfection évangélique et propagèrent de toutes manières le Règne de Jésus-Christ par l’exemple de leurs vertus, leurs saintes prédications et même les miracles que Dieu leur permit d’opérer ! Beaucoup d’entre eux, vous le savez, Vénérables Frères, furent revêtus de la dignité épiscopale, ou de la majesté du Souverain Pontificat. Les noms de ces apôtres, de ces Evêques, de ces Saints, de ces Pontifes suprêmes sont écrits en lettres d’or dans les annales de l’Eglise, et il serait trop long de les rapporter ici nommément ; au reste, brillent-ils d’une si vivante splendeur et tiennent-ils dans l’histoire une si grande place, qu’il est facile à tous de se les rappeler.

III. Enseignements de la « Règle bénédictine » au monde actuel

Nous croyons, en conséquence, très opportun que ces faits, rapidement esquissés dans Notre lettre, soient attentivement médités durant les solennités de ce centenaire et qu’à tous les regards ils revivent en pleine lumière, afin que plus aisément tous en conçoivent, non seulement le désir d’exalter et de louer ces fastueuses grandeurs de l’Eglise, mais la résolution de suivre d’un cœur prompt et généreux les exemples de vie et les enseignements qui en découlent.

Car ce n’est pas uniquement les siècles passés qui ont profité des bienfaits incalculables de ce grand Patriarche et de son Ordre ; notre époque elle aussi doit apprendre de lui de nombreuses et importantes leçons. En tout premier lieu — Nous n’en doutons nullement — que les membres de sa très nombreuse famille apprennent à suivre ses traces avec une générosité chaque jour plus grande et à faire passer dans leur propre vie les principes et les exemples de sa vertu et de sa sainteté. Et sûrement, il arrivera que, non seulement ils correspondront magnanimement, activement et fructueusement à cette voix céleste, dont ils suivirent un jour l’appel surnaturel, lorsqu’ils ont débuté dans la vie monastique ; que non seulement ils assureront la paix sereine de leur conscience et surtout leur salut éternel, mais encore qu’ils pourront s’adonner, d’une façon très fructueuse, au bien commun du peuple chrétien et à l’extension de la gloire de Dieu.

De plus, si toutes les classes de la société, avec une studieuse et diligente attention, observent la vie de S. Benoît, ses enseignements et ses hauts faits, elles ne pourront pas ne pas être attirées par la douceur de son esprit et la force de son influence ; et elles reconnaîtront d’elles-mêmes que notre siècle, rempli et désaxé lui aussi par tant de graves ruines matérielles et morales, par tant de dangers et de désastres, peut lui demander des remèdes nécessaires et opportuns. Qu’elles se souviennent pourtant avant tout et considèrent attentivement que les principes sacrés de la religion et les normes de vie qu’elle édicte sont les fondements les plus solides et les plus stables de l’humaine société ; s’ils viennent à être renversés ou affaiblis, il s’ensuivra presque fatalement que tout ce qui est ordre, paix, prospérité des peuples et des nations sera détruit progressivement. Cette vérité, que l’histoire de l’Ordre Bénédictin, comme Nous l’avons vu, démontre si éloquemment, un esprit distingué de l’antiquité païenne l’avait déjà comprise lorsqu’il traçait cette phrase : « Vous autres, Pontifes... vous encerclez plus efficacement la ville par la religion que ne le font les murailles elles-mêmes » (40). Le même auteur écrivait encore : « ...Une fois disparues (la sainteté et la religion), suit le désordre de l’existence, avec une grande confusion ; et je ne sais si, la piété envers les dieux supprimée, ne disparaîtront pas également la confiance et la bonne entente entre les mortels, ainsi que la plus excellente de toutes les vertus, la justice » (41).

Le premier et le principal devoir est donc celui-ci : révérer la divinité, obéir en privé et en public à ses saintes lois ; celles-ci transgressées, il n’y a plus aucun pouvoir qui ait des freins assez puissants pour contenir et modérer les passions déchaînées du peuple. Car la religion seule constitue le soutien du droit et de l’honnêteté.

Notre saint Patriarche nous fournit encore une autre leçon, un autre avertissement, dont notre siècle a tant besoin : à savoir, que Dieu ne doit pas seulement être honoré et adoré ; il doit aussi être aimé, comme un Père, d’une ardente charité. Et parce que cet amour s’est malheureusement aujourd’hui attiédi et alangui, il en résulte qu’un grand nombre d’hommes recherchent les biens de la terre plus que ceux du ciel, et avec une passion si immodérée, qu’elle engendre souvent des troubles, qu’elle entretient les rivalités et les haines les plus farouches. Or, puisque le Dieu éternel est l’auteur de notre vie et que de Lui nous viennent des bienfaits sans nombre, c’est un devoir strict pour tous de l’aimer par-dessus toutes choses, et de tourner vers Lui, avant tout le reste, nos personnes et nos biens. De cet amour envers Dieu doit naître ensuite une charité fraternelle envers les hommes, que tous, à quelque race, nation ou condition sociale qu’ils appartiennent, nous devons considérer comme nos frères dans le Christ ; en sorte que de tous les peuples et de toutes les classes de la société se constitue une seule famille chrétienne, non pas divisée par la recherche excessive de l’utilité personnelle, mais cordialement unie par un mutuel échange de services rendus. Si ces enseignements, qui portèrent jadis Benoît, ému par eux, à construire, recréer, éduquer et moraliser la société décadente et troublée de son époque, retrouvaient aujourd’hui le plus grand crédit possible, plus facilement aussi, sans nul doute, notre monde moderne pourrait émerger de son formidable naufrage, réparer ses ruines matérielles ou morales, et trouver à ses maux immenses d’opportuns et efficaces remèdes.

Le législateur de l’Ordre Bénédictin nous enseigne encore, Vénérables Frères, une autre vérité — vérité que l’on aime aujourd’hui à proclamer hautement, mais que trop souvent on n’applique pas comme il conviendrait et comme il faudrait — à savoir que le travail de l’homme n’est pas chose exempte de dignité, odieuse et accablante, mais bien plutôt aimable, honorable et joyeuse. La vie de travail, en effet, qu’il s’agisse de la culture des champs, des emplois rétribués ou des occupations intellectuelles, n’avilit pas les esprits, mais les ennoblit ; elle ne les réduit pas en servitude, mais plus exactement elle les rend maîtres en quelque sorte et régisseurs des choses qui les environnent et qu’ils traitent laborieusement. Jésus lui-même, adolescent, quand il vivait à l’ombre de la demeure familiale, ne dédaigna pas d’exercer le métier de charpentier dans la boutique de son père nourricier et il voulut consacrer de sa sueur divine le travail humain. Que donc, non seulement ceux qui se livrent à l’étude des lettres et des sciences, mais aussi ceux qui peinent dans des métiers manuels, afin de se procurer leur pain quotidien, réfléchissent qu’ils ont une très noble occupation, leur permettant de pourvoir à leurs propres besoins, tout en se rendant utiles au bien de la société entière. Qu’ils le fassent pourtant, comme le Patriarche Benoît nous l’enseigne, l’esprit et le cœur levés vers le ciel ; qu’ils s’y adonnent non par force, mais par amour ; enfin, quand ils défendent leurs droits légiTimes New Roman, qu’ils le fassent, non en jalousant le sort d’autrui, non désordonnément et par des attroupements, mais d’une manière tranquille et avec droiture. Qu’ils se souviennent de la divine sentence : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (Gn 3, 19) ; précepte que tous les hommes doivent observer en esprit d’obéissance et d’expiation.

Qu’ils n’oublient pas surtout que nous devons nous efforcer chaque jour davantage de nous élever des réalités terrestres et caduques, qu’il s’agisse de celles qu’élabore ou découvre un esprit aiguisé, ou de celles qui sont façonnées par un métier pénible, à ces réalités célestes et perdurables, dont l’atteinte peut seule nous donner la véritable paix, la sereine quiétude et l’éternelle félicité.

IV. La reconstruction du Monastère du Mont-Cassin, juste tribut de reconnaissance

Quand la guerre, toute récente, se porta sur les limites de la Campanie et du Latium, elle frappa violemment, vous le savez, Vénérables Frères, les hauteurs sacrées du Mont Cassin ; et bien que, de tout Notre pouvoir, par des conseils, des exhortations, des supplications, Nous n’ayons rien omis pour qu’une si cruelle atteinte ne soit pas portée à une très vénérable religion, à de splendides chefs-d’œuvre et à la civilisation elle-même, le fléau a néanmoins détruit et anéanti cette illustre demeure des études et de la piété, qui, tel un flambeau vainqueur des ténèbres, avait émergé au-dessus des flots séculaires. C’est pourquoi, tandis que, tout autour, villes, places fortes, bourgades devenaient des monceaux de ruines, il s’avéra que le monastère du Mont Cassin lui-même, maison-mère de l’Ordre bénédictin, dût comme partager le deuil de ses fils et prendre sa part de leurs malheurs. Presque rien n’en resta intact, sauf le caveau sacré où sont très religieusement conservées les reliques du S. Patriarche.

Là où l’on admirait des monuments superbes, il n’y a plus aujourd’hui que des murs chancelants, des décombres et des ruines, que de misérables ronces recouvrent ; seule une petite demeure pour les moines a été récemment élevée à proximité. Mais pourquoi ne serait-il pas permis d’espérer que, durant la commémoraison du XIVe centenaire depuis le jour où, après avoir commencé et conduit à bon terme une si grandiose entreprise, notre Saint alla jouir de la céleste béatitude, pourquoi, disons-Nous, ne pourrions-nous pas espérer qu’avec le concours de tous les gens de bien, surtout des plus riches et des plus généreux, cet antique monastère ne soit rétabli au plus vite dans sa primitive splendeur ? C’est assurément une dette à Benoît de la part du monde civilisé, qui, s’il est éclairé aujourd’hui d’une si grande lumière doctrinale et s’il se réjouit d’avoir conservé les antiques monuments des lettres, en est redevable à ce Saint et à sa famille laborieuse. Nous formons donc l’espoir que l’avenir réponde à ces vœux, qui sont Nôtres ; et que pareille entreprise soit non seulement une œuvre de restauration intégrale, mais un augure également de temps meilleurs, où l’esprit de l’Institut bénédictin et ses très opportuns enseignements viennent de jour en jour à refleurir davantage. Dans cette très douce espérance, à chacun de vous, Vénérables Frères, ainsi qu’au troupeau confié à vos soins, comme à l’universelle famille monacale, qui se glorifie d’un tel législateur, d’un tel maître et d’un tel père, Nous accordons de toute Notre âme, en gage des grâces célestes et en témoignage de Notre bienveillance, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint Pierre, le 21e jour du mois de Mars, en la fête de Saint Benoît, l’an 1947, neuvième de Notre Pontificat.

PIUS PP. XII

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NOTES

(*) Pius PP. XII, Litt. enc. Fulgens radiatur decimoquarto exacto saeculo a pientissimo S. Benedicti obitu, [Ad venerabiles Fratres Patriarchas, Primates, Archiepiscopos, Episcopos, aliosque locorum Ordinarios pacem et communionem cum Apostolica Sede habentes], 21 martii 1947: AAS 39(1947), pp.137-155 ; texte officiel français dans DC 44 (1947), col. 513-528.

I. L'incomparable figure historique du patriarche : origines et premières orientations de saint Benoît ; à Subiaco ; au Mont-Cassin ; prière et travail ; vie de famille ; frères en Jésus-Christ ; le monastère bénédictin, petit « royaume de Dieu » ; sa sainte mort. - II. Immenses bienfaits de saint Benoît et de son Ordre pour l’Eglise et la civilisation. - III. Enseignements de la « Règle bénédictine » au monde actuel. IV. La reconstruction du monastère du Mont-Cassin, tribut juste et général de reconnaissance.

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(1) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, Prol. : PL 66, 126.

(2) Cf. Cicéron, De Officiis, II, 8.

(3) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, Prol. : PL 66, 126.

(4) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, 8 : PL 66, 150.

(5) Cf. S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, Prol. : PL 66, 126.

(6) Salvien, De gubernatione mundi, VII, 1 : PL 53, 130.

(7) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, Prol. : PL 66, 126.

(8) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, 3 : PL 66, 132.

(9) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, 3 : PL 66, 140.

(10) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, 3 : PL 66, 140.

(11) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, 8 : PL 66, 148.

(12) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, 8 : PL 66, 152.

(13) Pie X, Lettre apost. Archicoenobium Casinense, 10 fév. 1913 : AAS 5(1913), p. 113.

(14) S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-II, q. 188, a. 6.

(15) Mabillon, Annales Ord. S. Bened., Lucae 1739, t. I, p. 107.

(16) S. Grégoire le Grand, Dialogues, III, 16 : PL 67, 261.

(17) Cf. Bossuet, Panégyrique de S. Benoît : Oeuvres compl., vol. XII, Paris 1863, p. 165.

(18) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, 36 : PL 66, 200.

(19) Règle de S. Benoît, c. 65.

(20) Cf. Règle de S. Benoît, c. 3.

(21) Cf. Règle de S. Benoît, c. 2.

(22) Règle de S. Benoît, c. 2.

(23) Cf. Règle de S. Benoît, c. 3.

(24) Règle de S. Benoît, c. 2.

(25) Règle de S. Benoît, c. 33.

(26) Cf. Règle de S. Benoît, c. 48.

(27) Cf. Règle de S. Benoît, c. 48.

(28) Cf. Règle de S. Benoît, c. 57.

(29) Règle de S. Benoît, c. 48.

(30) Règle de S. Benoît, c. 43.

(31) Règle de S. Benoît, c. 19.

(32) Règle de S. Benoît, c. 4.

(33) Règle de S. Benoît, c. 5.

(34) Règle de S. Benoît, c. 72.

(35) Règle de S. Benoît, c. 53.

(36) Règle de S. Benoît, c. 53.

(37) Règle de S. Benoît, c. 36.

(38) S. Grégoire le Grand, Dialogues, II, 37 : PL 67, 202.

(39) Cf. S. Léon le Grand, Sermon I pour la fête des Apôtres Pierre et Paul : PL 54, 423.

(40) Cicéron, De natura Deorum, II, c. 40.

(41) Cicéron, De natura Deorum, I, c. 2.

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/pius_xii/encyclicals/documents/hf_p-xii_enc_21031947_fulgens-radiatur_fr.html


Les disciples de St Benoît, réfugiés au Latran suite aux ravages des Lombards au Mont-Cassin en 580, apportèrent à Rome le culte de leur patriarche, mort vers 547. Rome était la ville monastique par excellence, entre le Ve et le Xe siècle, on y recense 157 monastères.

Odon de Cluny vint y insuffler l’esprit de la réforme lui-même en 936.

Il n’est pas étonnant que tous les témoins liturgiques du XIe siècle attestent la fête de St Benoît.

Saint Benoît était célébré par deux fêtes au Moyen-Âge : son natale le 21 mars, et la translation de ses reliques le 11 juillet.

Leçons des Matines avant 1960

Quatrième leçon. Benoît né à Nursie, de famille noble, commença ses études à Rome, puis, afin de se donner tout entier à Jésus-Christ se retira dans une profonde caverne en un lieu appelé Subiaco. Il y demeura caché pendant trois ans, sans que personne d’autre le sût qu’un moine nommé Romain, qui lui fournissait les choses nécessaires à la vie. Le diable ayant un jour excité en lui une violente tentation d’impureté, il se roula sur des épines, jusqu’à ce que, son corps étant tout déchiré, le sentiment de la volupté fût étouffé par la douleur. Déjà la renommée de sa sainteté se répandant hors de sa retraite, quelques moines se mirent sous sa conduite ; mais parce qu’ils ne pouvaient supporter des réprimandes méritées par leur vie licencieuse, ils résolurent de lui donner du poison dans un breuvage. Quand ils le lui présentèrent, le Saint brisa le vase d’un signe de croix, puis, quittant le monastère, il retourna dans la solitude.

Cinquième leçon. Mais comme de nouveaux disciples venaient chaque jour en grand nombre trouver Benoît, il édifia douze monastères et les munit de lois très saintes. Il se rendit ensuite au mont Cassin, où, trouvant une idole d’Apollon qu’on y honorait encore, il la brisa, renversa son autel, mit le feu au bois sacré, et construisit en ce lieu un petit sanctuaire à saint Martin et une chapelle à saint Jean ; il enseigna aussi aux habitants de cette contrée les préceptes de la religion chrétienne. Benoît croissait de jour en jour dans la grâce de Dieu ; il annonçait l’avenir par un esprit prophétique. Totila, roi des Goths, l’ayant appris, voulut éprouver s’il en était ainsi. 11 alla le trouver en se faisant précéder de son écuyer à qui il avait donné une suite et des ornements royaux, et qui feignait d’être le roi. Dès que Benoît l’eut aperçu, il lui dit : « Dépose, mon fils, dépose ce que tu portes, car cela n’est pas à toi ». Le Saint prédit à Totila lui-même qu’il entrerait dans Rome, qu’il passerait la mer, et qu’il mourrait au bout de neuf ans.

Sixième leçon. Quelques mois avant de sortir de cette vie, Benoît annonça à ses disciples le jour de sa mort. Il commanda d’ouvrir le tombeau dans lequel il voulait être inhumé ; c’était six jours avant que l’on y déposât son corps. Le sixième jour, il voulut être porté à l’église, et c’est là, qu’après avoir reçu l’Eucharistie, et priant, les yeux au ciel, il rendit l’âme, entre les mains de ses disciples. Deux moines le virent monter au ciel paré d’un manteau très précieux, et environné de flambeaux resplendissants ; et ils entendirent un homme à l’aspect vénérable et tout éclatant qui se tenait un peu plus haut que la tête du Saint, et qui disait : Ceci est le chemin par lequel Benoît, le bien-aimé du Seigneur, est monté au ciel.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Quarante jours s’étaient à peine écoules depuis l’heureux moment où la blanche colombe du Cassin s’éleva au plus haut des cieux ; et Benoît, son glorieux frère, montait à son tour, par un chemin lumineux, vers le séjour de bonheur qui devait les réunir à jamais. Le départ de l’un et de l’autre pour la patrie céleste eut lieu dans cette période du Cycle qui correspond, selon les années, au saint temps du Carême ; mais souvent il arrive que la fête de la vierge Scholastique a déjà été célébrée, lorsque la sainte Quarantaine ouvre son cours ; tandis que la solennité de Benoît tombe constamment dans les jours consacrés à la pénitence quadragésimale. Le Seigneur, qui est le souverain maître des temps, a voulu que ses fidèles, durant les exercices de leur pénitence, eussent sous les yeux, chaque année, un si illustre modèle et un si puissant intercesseur.

Avec quelle vénération profonde nous devons approcher aujourd’hui de cet homme merveilleux, de qui saint Grégoire a dit « qu’il fut rempli de l’esprit de tous les justes » ! Si nous considérons ses vertus, elles l’égalent à tout ce que les annales de l’Église nous présentent de plus saint ; la charité de Dieu et du prochain, l’humilité, le don de la prière, l’empire sur toutes les passions, en font un chef-d’œuvre de la grâce du Saint-Esprit. Les signes miraculeux éclatent dans toute sa vie par la guérison des infirmités humaines, le pouvoir sur les forces de la nature, le commandement sur les démons, et jusqu’à la résurrection des morts. L’Esprit de prophétie lui découvre l’avenir ; et les pensées les plus intimes des hommes n’ont rien de caché aux yeux de son esprit. Ces traits surhumains sont relevés encore par une majesté douce, une gravité sereine, une charité compatissante, qui brillent à chaque page de son admirable vie ; et cette vie, c’est un de ses plus nobles enfants qui l’a écrite : c’est le pape et docteur saint Grégoire le Grand, qui s’est chargé d’apprendre à la postérité tout ce que Dieu voulut opérer de merveilles dans son serviteur Benoît.

La postérité, en effet, avait droit de connaître l’histoire et les vertus de l’un des hommes dont l’action sur l’Église et sur la société a été le plus salutaire dans le cours des siècles : car, pour raconter l’influence de Benoît, il faudrait parcourir lus annales de tous les peuples de l’Occident, depuis le VIIe siècle jusqu’aux âges modernes. Benoît est le père de l’Europe ; c’est lui qui, par ses enfants, nombreux comme les étoiles du ciel et comme les sables de la mer, a relevé les débris de la société romaine écrasée sous l’invasion des barbares ; présidé à l’établissement du droit public et privé des nations qui surgirent après la conquête ; porté l’Évangile et la civilisation dans L’Angleterre, la Germanie, les pays du Nord, er jusqu’aux peuples slaves ; enseigné l’agriculture ; détruit l’esclavage ; sauvé enfin le dépôt des lettres et des arts, dans le naufrage qui devait les engloutir sans retour, et laisser la race humaine en proie aux plus désolantes ténèbres.

Et toutes ces merveilles, Benoît les a opérées par cet humble livre qui est appelé sa Règle. Ce code admirable de perfection chrétienne et de discrétion a discipliné les innombrables légions de moines par lesquels le saint Patriarche a opéré tous les prodiges que nous venons d’énumérer. Jusqu’à la promulgation de ces quelques pages si simples et si touchantes, l’élément monastique, en Occident, servait à la sanctification de quelques âmes ; mais rien ne faisait espérer qu’il dût être, plus qu’il ne l’a été en Orient, l’instrument principal de la régénération chrétienne et de la civilisation de tant de peuples. Cette Règle est donnée ; et toutes les autres disparaissent successivement devant elle, comme les étoiles pâlissent au ciel quand le soleil vient à se lever. L’Occident se couvre de monastères, et de ces monastères se répandent sur l’Europe entière tous les secours qui en ont fait la portion privilégiée du globe.

Un nombre immense de saints et de saintes qui reconnaissent Benoit pour leur père, épure et sanctifie la société encore à demi-sauvage ; une longue série de souverains Pontifes, formés dans le cloître bénédictin, préside aux destinées de ce monde nouveau, et lui crée des institutions fondées uniquement sur la loi morale, et destinées à neutraliser la force brute, qui sans elles eût prévalu ; des évoques innombrables, sortis de l’école de Benoît, appliquent aux provinces et aux cités ces prescriptions salutaires ; les Apôtres de vingt nations barbares affrontent des races féroces et incultes, portant d’une main l’Évangile et de l’autre la Règle de leur père ; durant de longs siècles, les savants, les docteurs, les instituteurs de l’enfance, appartiennent presque tous à la famille du grand Patriarche qui, par eux, dispense la plus pure lumière aux générations. Quel cortège autour d’un seul homme, que cette armée de héros de toutes les vertus, de Pontifes, d’Apôtres, de Docteurs, qui se proclament ses disciples, et qui aujourd’hui s’unissent à l’Église entière pour glorifier le souverain Seigneur dont la sainteté et la puissance ont paru avec un tel éclat dans la vie et les œuvres de Benoît !

L’Ordre Bénédictin célèbre son illustre Patriarche par les trois Hymnes suivantes.

HYMNE.

Faites entendre, ô fidèles, des chants harmonieux ; temples, retentissez d’hymnes solennelles : aujourd’hui Benoît s’élève dans les hauteurs des cieux.

C’est à l’âge où la vie commence à fleurir, qu’on le vit enfant quitter une patrie qui lui était chère, et se retirer seul au fond d’un antre silencieux.

Sur les buissons semés d’orties et d’épines, il terrassa les passions coupables de la jeunesse : par la il devint digne d’écrire les règles admirables de la vie parfaite.

Il renversa la statue d’airain du profane Apollon : il détruisit le bois consacre à Vénus ; et sur le sommet de la sainte montagne il éleva un temple à Jean-Baptiste.

Maintenant, fixé dans l’heureuse région du ciel, mêlé au chœur ardent des Séraphins, il voit encore ses protégés, et ranime leurs âmes de ses douces influences.

Gloire au Père et au Fils qu’il engendre ! à vous honneur égal, Esprit de l’un et de l’autre ! gloire au Dieu unique dans tout le cours des siècles ! Amen.

IIe HYMNE

Tout ce que chantèrent les anciens Prophètes, tout ce que contiennent les livres de la loi éternelle, la vie de notre grand Patriarche l’a reproduit avec gloire.

La piété glorifia Moïse, le plus doux des hommes ; le grand Abraham s’est illustré dans son fils ; l’honneur d’Isaac parut dans la beauté de son épouse et dans sa soumission à l’ordre rigoureux de son père.

Chargé d’une ample moisson de vertus, l’auguste Patriarche de notre famille a réuni en lui Moïse, Abraham et Isaac.

Qu’il daigne être propice à ceux qu il a sauvés du naufrage du monde ; que son souffle bienfaisant les pousse au port où règne un doux repos que l’inquiétude ne trouble jamais.

Gloire au Père et au Fils qu’il engendre ! à vous honneur égal, Esprit de l’un et de l’autre ! gloire au Dieu unique dans tout le cours des siècles !

Amen.

Cette troisième Hymne du Bréviaire monastique a été composée par le célèbre Pierre le Vénérable, abbé de Cluny et ami de saint Bernard.

IIIe HYMNE.

Au milieu des héros qui portent dans les cieux la couronne immortelle qu’ils méritèrent dans leur lutte sacrée, tu brilles, ô Benoit, de l’éclat de tes mérites sublimes.

Dès l’enfance, la sagesse d’un vieillard régla ta vie ; l’amour des voluptés ne gagna rien sur toi, la fleur du monde sembla vile et fanée à tes yeux accoutumés à regarder le ciel.

Par une fuite généreuse, tu quittas patrie et famille ; courageux habitant du désert, tu triomphas de la chair, et devenu son tyran, tu l’assujettis au Christ ;

Mais le secret des antres ne couvrit pas longtemps ta gloire ; tes prodiges, tes saintes œuvres te trahirent bientôt ; et l’heureuse renommée de tes mérites vola promptement par le monde.

Gloire au Père et au Fils qu’il engendre ! à vous honneur égal, Esprit de l’un et de l’autre ! gloire au Dieu unique, dans tout le cours des siècles !

Amen.

La Prose suivante orne la Messe de saint Benoît, dans le Missel monastique.

SÉQUENCE.

Cette journée qui resplendit d’un éclat nouveau, est celle où notre grand chef entra dans son repos.

La grâce a visite l’âme filiale de ses enfants ; que leurs chants soient dignes de l’amour qui enflamme leurs cœurs.

Admirons notre Patriarche qui s’élève par un chemin céleste, à l’orient.

L’innombrable famille sortie de lui l’a fait l’égal d’Abraham semblable au soleil.

C’est Élie cache au fond de son antre ; un corbeau exécute ses ordres.

C’est Élisée, quand il retire la hache tombée au fond du lac.

Par la pureté de sa vie il ressemble à Joseph ; par son esprit prophétique il retrace Jacob.

Qu’il daigne se souvenir des enfants dont il est le Père, et qu’il nous conduise aux joies éternelles du Christ qui demeure à jamais ! Amen.

L’Église grecque n’a point omis les louanges du grand Abbé des occidentaux, dans sa Liturgie. Nous plaçons ici quelques-unes des strophes qu’elle a consacrées, dans les Menées, à célébrer ses mérites et sa gloire.

(DIE XXI MARTII.) J’entreprends, ô Benoît, de célébrer par une hymne ton illustre mémoire ; obtiens-moi par tes prières la grâce du Seigneur, et la rémission de tous mes péchés. Dès l’enfance, tu portas la croix au désert, tu suivis le Tout-Puissant, et, mortifiant ta chair, tu méritas la vie, o bienheureux ! Marchant dans le sentier étroit, tu t’es établi dans les vastes plaines du Paradis, vainqueur des ruses et des embûches du démon, ô bienheureux ! Semblable à un arbre fécond, tu as été arrosé de tes larmes, ô Benoit ! la vertu de Dieu t’a fait produire en abondance le fruit divin des signes et des prodiges. Les membres de ta chair subirent le joug de la pénitence, au milieu des combats de la chasteté, ô bienheureux ! En retour, tes prières ont ressuscité les morts, tu as rendu la vigueur aux boiteux, tu as guéri toutes sortes de maladies, ô Père ! qui attirais la foi et l’admiration. Ta parole vivifiante, ô bienheureux ! a rendu fécondes des âmes sèches et arides, à la vue de tes prodiges. Pasteur divinement inspiré, tu es devenu la plus éclatante gloire des moines. Tu t’adressas au Dieu plein de miséricorde, ô père comblé de sagesse ! comme Elie, tu remplis tout à coup le vase d’une huile miraculeuse, ô bienheureux ! qui attirais la foi et l’admiration. Ravi hors de toi-même, à cause de la pureté de ton âme, la terre entière parut à tes regards, comme dans un rayon de la gloire de Dieu, qui daignait t’éclairer de sa lumière, ô bienheureux Benoît ! Tu commandes au nom du Christ ; et une source d’eau vive se met à couler, par l’effet de ta prière à l’auteur de tout bien ; cette fontaine, monument du prodige, coule encore aujourd’hui, ô Benoit ! Tout éclatant de la splendeur de l’Esprit-Saint, tu as dissipé les ténèbres des démons pervers, ô Benoit, opérateur de prodiges, lumineux flambeau des moines ! On voulut, ô bienheureux ! te faire périr par un breuvage empoisonné, toi que protégeait la divine main du Créateur de l’univers, ces insensés furent confondus ; ta science par l’Esprit-Saint avait deviné leur malice. Les chœurs des moines que tu as rassemblés te célèbrent le jour et la nuit ; ils conservent ton corps au milieu du sanctuaire ; de ce sacré corps émane une source abondante de miracles, et une lumière qui éclaire continuellement les pas de tes enfants, ô père plein de sagesse ! Par ton obéissance aux divins préceptes, ton éclat, ô père, surpasse les rayons du soleil ; élevé jusqu’à cette région où la lumière ne se couche pas, obtiens le pardon de leurs péchés à ceux qui t’honorent avec foi, illustre Benoît !

Nous vous saluons avec amour, ô Benoît, vase d’élection, palmier du désert, homme angélique ! Quel mortel a été choisi pour opérer sur la terre plus de merveilles que vous n’en avez accompli ? Le Christ vous a couronné comme l’un de ses principaux coopérateurs dans l’œuvre du salut et de la sanctification des hommes. Qui pourrait compter les millions d’âmes qui vous doivent la béatitude éternelle, soit que votre Règle immortelle les ait sanctifiées dans le cloître, soit que le zèle de vos fils ait été pour elles le moyen de connaître et de servir le grand Dieu qui vous a élu ? Autour de vous, dans le séjour de la gloire, un nombre immense de bienheureux se reconnaît redevable à vous, après Dieu, de la félicité éternelle ; sur la terre, des nations entières professent la vraie foi, parce qu’elles ont été évangélisées par vos disciples.

O Père de tant de peuples, abaissez vos regards sur votre héritage, et bénissez encore cette Europe ingrate qui vous doit tout, et qui a presque oublié votre nom. La lumière que vos enfants lui apportèrent a pâli ; la chaleur par laquelle ils vivifièrent les sociétés qu’ils fondèrent et civilisèrent par la Croix, s’est refroidie ; les ronces ont couvert en grande partie le sol dans lequel ils jetèrent la semence du salut : venez au secours de votre œuvre ; et, par vos prières, retenez la vie qui menace de s’éteindre. Consolidez ce qui est ébranlé ; et qu’une nouvelle Europe, une Europe catholique, s’élève bientôt à la place de celle que l’hérésie et toutes les fausses doctrines nous ont faite.

O Patriarche des Serviteurs de Dieu, considérez du haut du ciel la Vigne que vos mains ont plantée, et voyez à quel état de dépérissement elle est déchue. Jadis, en ce jour, votre nom était loué comme celui d’un Père dans trente mille monastères, des cotes de la Baltique aux rivages de la Syrie, de la verte Erin aux steppes de la Pologne : maintenant, on n’entend plus retentir que de rares et faibles concerts, qui montent vers vous du sein de cet immense patrimoine que la foi et la reconnaissance des peuples vous avaient consacré. Le vent brûlant de l’hérésie a consumé une partie de vos moissons, la cupidité a convoité le reste, et la spoliation depuis .les siècles ne s’est jamais arrêtée dans son cours, soit qu’elle ait appelé la politique à son aide, soit qu’elle ait eu recours à la violence ouverte. Vous avez été dépossédé, ô Benoit, de ces milliers de sanctuaires qui furent si longtemps pour les peuples le principal foyer de vie et de lumière ; et la race de vos enfants s’est presque éteinte. Veillez, ô Père, sur leurs derniers rejetons. Selon une antique tradition, le Seigneur vous révéla un jour que votre filiation devait persévérer jusqu’aux derniers jours du monde, que vos enfants combattraient pour la sainte Église Romaine, et qu’ils confirmeraient la foi de plusieurs, dans les suprêmes épreuves de l’Église ; daignez, par votre bras puissant, protéger les débris de cette famille qui vous nomme encore son Père. Relevez-la, multipliez-la, sanctifiez-la ; faites fleurir chez elle l’esprit que vous avez déposé dans votre Règle sainte, et montrez par vos œuvres que vous êtes toujours le béni du Seigneur.

Soutenez la sainte Église par votre intercession puissante, ô Benoît ! Assistez le Siège Apostolique, si souvent occupé par vos enfants. Père de tant de Pasteurs des peuples, obtenez-nous des Évêques semblables à ceux que votre Règle a formés. Père de tant d’Apôtres, demandez poulies pays infidèles des envoyés évangéliques qui triomphent par le sang et par la parole, comme ceux qui sortirent de vos cloîtres. Père de tant de Docteurs, priez, afin que la science des saintes lettres renaisse pour le secours de l’Église et pour la confusion de l’erreur. Père de tant d’Ascètes sublimes, réchauffez le zèle de la perfection chrétienne, qui languit au sein de nos chrétientés modernes. Patriarche de la Religion dans l’Occident, vivifiez tous les Ordres Religieux que l’Esprit-Saint a donnés successivement à l’Église ; tous vous regardent avec respect comme un ancêtre vénérable ; répandez sur eux tous l’influence de votre paternelle charité.

Enfin, ô Benoît, ami de Dieu, priez pour les fidèles du Christ, en ces jours consacrés aux sentiments et aux œuvres de la pénitence. C’est du sein même de la sainte Quarantaine que vous vous êtes élancé vers le séjour des joies éternelles : soyez propice aux chrétiens qui combattent en ce moment dans cette même arène. Elevez leur courage par vos exemples et par vos préceptes ; qu’ils apprennent de vous à dompter la chair, à la soumettre à l’esprit ; qu’ils recherchent comme vous la retraite, pour y méditer les années éternelles ; qu’ils détachent leur cœur et leurs pensées des joies fugitives du monde. La piété catholique vous invoque comme l’un des patrons et des modèles du chrétien mourant ; elle se souvient du spectacle sublime qu’offrit votre trépas, lorsque debout au pied de l’autel, soutenu sur les bras de vos disciples, touchant à peine la terre de vos pieds, vous rendîtes votre âme à son Créateur, dans la soumission et la confiance ; obtenez-nous, ô Benoît, une mort courageuse et tranquille comme la vôtre. Écartez de nous, à ce moment suprême, toutes les embûches de l’ennemi ; visitez-nous par votre présence, et ne nous quittez pas que nous n’ayons exhalé notre âme dans le sein du Dieu qui vous a couronné.



Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

La fête du saint Patriarche du monachisme occidental est entrée dans le Sacramentaire Grégorien dès le haut moyen âge, alors que le pontificat romain, l’épiscopat, la hiérarchie, la vie religieuse, l’apostolat parmi les païens, la science sacrée et profane, semblaient identifiés avec l’activité de la famille bénédictine. Le premier auteur de ce culte universel envers saint Benoît fut saint Grégoire le Grand, qui, moins de cinquante ans après sa mort, écrivit son histoire et propagea sa Règle. Ce fut grâce à lui que ce code immortel de perfection, conservé comme un trésor dans les archives papales du Latran, exclut promptement en Europe toute autre forme antérieure de vie monastique et devint la Regula Monachorum, c’est-à-dire la Règle romaine et papale par excellence de l’ascèse monastique. Voici ce qu’écrivait un contemporain de saint Grégoire à la louange de ce code immortel de sainteté, considéré par cet illustre Pontife comme un des plus grands prodiges accomplis par saint Benoît :

QUI • LENI • IVGO • CHRISTI • COLLA • SVBMITTERE • CVPIS

REGVLAE • SPONTE • DA • MENTEM • DVLCIA • VT • CAPIAS • MELLA

HIC • TESTAMENTI • VETERIS • NOVIQVE • MANDATA

HIC • ORDO • DIVINVS • HICQVE• CASTISSIMA • VITA

HOC • BENEOICTVS • PATER • CONSTITVIT • SACRVM • VOLVMEN

SVISQVE • MANDAVIT • HAEC • SERVANDA • ALVMNIS

SIMPLICIVS • FAMVLVS • CHRISTIQVE • MINISTER

MAGISTRI • LATENS • OPVS • PROPAGAVIT • IN • OMNES

VNA • TAMEN • MERCES • VTRISQVE • MANET • IN • AEVVM

Toi qui aspires à ployer le cou sous le suave joug du Christ,

Applique-toi de bon cœur à méditer la Règle, et tu en retireras un doux miel.

Elle renferme l’enseignement de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Ici est décrite une méthode toute divine, une vie toute pure.

Ce fut le patriarche Benoît qui établit ce Code sacré

Et le donna à observer à ses disciples.

Simplicius [1] serviteur et ministre du Christ

Propagea de toutes parts le volume du Maître, tenu d’abord presque caché.

L’un et l’autre d’ailleurs ont obtenu la même récompense dans l’éternité.

La Rome médiévale comptait plus de quatre-vingts monastères bénédictins chargés du chant des divins offices dans les principales basiliques ; en outre, elle avait un nombre considérable d’églises, d’oratoires et d’autels dédiés au saint Législateur du monachisme romain, jadis son concitoyen, qui, ayant abandonné ses études, s’enfuit bien de Rome et se retira dans la solitude de Subiaco, mais conserva toujours au cœur l’amour de sa ville natale, si bien que, imitant le geste héroïque de Léon Ier qui arrêta Attila et Genséric, Benoît, par ses menaces et son autorité, frappa Totila de terreur et rendit moins désastreuse la chute de l’Urbs entre les mains de ce roi goth.

Nous nous bornerons à citer quelques églises de Rome consacrées au nom du grand patriarche Cassinien, pour donner aux lecteurs une idée de l’importance et de la popularité du culte rendu à saint Benoît dans l’antique piété romaine : S. Benedicti in Arenula, S. Benedicti de cacabis, S. Benedicti de thermis, S. Benedicti in piscinula, S. Benedicti Scottorum, S. Benedicti « della ciambella ». Toutefois pour comprendre la place qu’occupait le Patriarche du monachisme latin durant le moyen âge, nous devons aussi mentionner une célèbre peinture de l’église de Sainte-Marie in Pallara, où l’on voit saint Benoît entre les deux Princes des Apôtres eux-mêmes, Pierre et Paul.

Mais l’on peut dire qu’alors, grâce à ses nombreux monastères, toute la Ville éternelle était bénédictine, puisque l’esprit de la Regula Sancta, comme on l’appelait, informait la société tout entière. Le siècle de fer vint hélas ! et alors la famille monastique commença à décliner. De plus, à l’apparition des Ordres mendiants, voués plus spécialement aux œuvres de la vie active, étant donnés les nouveaux besoins de la famille catholique, une multitude d’autres astres brillèrent au ciel de l’Église. Saint Benoît demeura toutefois toujours comme le grand patriarche de tout ce chœur de fondateurs. C’est lui en effet qui, tel un autre Moïse, a guidé l’Église pendant de nombreux siècles à travers le désastreux désert du haut moyen âge. Et de même qu’après Moïse, pour perpétuer son œuvre, parurent les Juges dont la gloire n’obscurcit point celle du grand Législateur d’Israël, ainsi la célébrité des illustres restaurateurs de la vie religieuse en Occident après le XIIe siècle n’enleva rien à l’auréole qui entoure le front de saint Benoît, qu’une splendide armée de papes, de docteurs, d’apôtres des diverses nations de l’Europe, de martyrs et de saints saluent comme leur père et leur législateur.

Les deux derniers pontifes qui, au XIXe siècle, professèrent la Règle de Saint-Benoît, furent Pie VII et Grégoire XVI. Le pape Benoît XV nourrissait pour saint Benoît une tendre dévotion. Il en vénérait l’image sur sa table de travail et récitait chaque jour des prières spéciales au glorieux patriarche. Il célébrait la fête de saint Benoît comme celle du Patron de son pontificat, et en ce jour il attribuait au tableau de saint Benoît suspendu au mur derrière son bureau, la place d’honneur aux dépens de celui représentant l’apôtre saint Jacques le Majeur, dont ce Pape avait reçu le nom au baptême.

Il n’est pas rare de trouver dans les anciens manuscrits du Sacramentaire Grégorien des messes splendides, avec collectes et préfaces propres pour la fête de saint Benoît, dont le nom était parfois prononcé durant le Canon. Néanmoins dans le Missel actuel la messe est entièrement du Commun des Abbés. Le rite double-majeur ne fut accordé que par Léon XIII en 1883, à la prière de l’Ordre bénédictin, qui voyait avec regret la fête de son patriarche très souvent omise dans le Calendrier de l’Église universelle, du fait seul que, coïncidant avec un dimanche ou une férié privilégiée de Carême, elle ne pouvait être transférée à un autre jour. En quelques Sacramentaires monastiques du début du moyen âge, la fête de saint Benoît était précédée d’une vigile. L’abbaye de Farfa conserve encore cette antique tradition liturgique.

Saint Grégoire le Grand, racontant une célèbre vision du grand patriarche Benoît, qui, dans un rayon de lumière céleste, put observer toute la création, considère que, pour cela, il ne fut pas nécessaire que le monde se rapetissât, mais qu’il suffit que l’âme du Saint, ravie en Dieu, fût dilatée dans la vision de la gloire déifique, puisque, comme le dit si bien le saint Docteur : à qui contemple le Créateur, toute créature paraît petite.

Voici précisément le grand secret pour surmonter tout le charme des choses mondaines, et pour ne pas se laisser effrayer par les oppositions des hommes, qui peuvent bien menacer, certes, mais qui ne peuvent nous arracher un cheveu sans la permission de la Providence de Dieu.

En l’honneur du Patriarche et Législateur d’innombrables abbayes érigées dans toute l’Europe au moyen âge ; du Maître illuminé, à l’école duquel furent formés les Docteurs de l’Église universelle, tels que Grégoire le Grand, Bédé le Vénérable, Pierre Damien, Anselme et Bernard ; du Père de plus de vingt souverains pontifes sortis des rangs de ses disciples ; du Thaumaturge, dont les magnifiques miracles furent décrits par la plume autorisée de saint Grégoire Ier et traduits en grec par le pape saint Zacharie, nous transcrivons ici la collecte et la préface de la fête de ce jour, telles qu’on les trouve en plusieurs recensions du Sacramentaire Grégorien :

« Natale sancti Benedicti abbatis. »

Oratio.

Omnipotens, sempiterne Deus, qui per gloriosa exempla humilitatis, triumphum nobis ostendisti aeternum ; da quaesumus, ut viam tibi placitae oboedientiae, qua venerabilis Pater illesus antecedebat Benedictus, nos, praeclaris eius mentis adiuti, sine errore subsequamur.

Praefatio.

Vere dignum... aeterne Deus, et gloriam tuam profusis precibus exorare ; ut qui beati Confessoris tui Benedicti veneramur festa, eius sanctitatis imitari valeamus exempla. Et cuius merita nequaquam possumus coaequari, eius precibus mereamur adiuvari, per Christum, etc.

« Natale de saint Benoît abbé. »

Prière.

Dieu tout-puissant et éternel, qui par les glorieux exemples de l’humilité nous avez montrés le triomphe éternel ; donnez-nous, nous vous en prions, de suivre sans erreur la voie de l’obéissance qui vous plaît, sur laquelle le vénérable Père Benoît nous a précédé pour son bien, en étant aidé de la lumière de son esprit.

Préface.

Il est vraiment digne… Dieu éternel : et de supplier votre gloire par nos prières abondantes ; nous célébrons la fête de votre bienheureux Confesseur Benoît, puissions-nous imiter les exemples de sa sainteté. Et comme nous ne pourrons jamais égaler ses mérites, faites que nous méritions d’être aidé de ses prières, par le Christ…

Dans l’Ordo Romanus XI de la collection de Migne, il est prescrit d’omettre le Consistoire papal aux trois fêtes de saint Grégoire le Grand, de saint Benoît et de l’Annonciation de la sainte Vierge [2]. Nous mettrons fin à ces notes sur l’antique solennité romaine en l’honneur de saint Benoît, en rapportant quelques vers de saint Aldhelme dans son De Laudibus Virginum, où il unit les louanges du saint patriarche Cassinien à celles de saint Grégoire le Grand et des quarante moines romains qui, sur l’ordre du saint Pontife, partirent du Latran pour aller évangéliser l’Angleterre et y introduire la Règle bénédictine :

Cuius praeclaram pandens ab origine vitam

Gregorius Praesul chartis descripserat olim,

Donec aethralem felix migraret in arcem.

Huius alumnorum numero glomeramus ovantes,

Quos gerit in gremio foecunda Brittania cives ;

A quo iam no bis baptismi gratia fluxit

Atque magistrorum veneranda caterva cucurrit.

La vie admirable (de Benoît) depuis son enfance.

Fut décrite jadis par le pontife Grégoire ;

Il la conduisit jusqu’à l’heureuse entrée du Saint dans les demeures éternelles.

Nous nous glorifions d’appartenir au nombre de ses disciples,

Ceux que la Bretagne, féconde mère de citoyens, berce en son sein.

De Benoît en effet nous vint la grâce du Baptême

Et la vénérable troupe de nos premiers docteurs.

[1] Ce Simplicius fut le troisième Abbé du Mont-Cassin, et saint Grégoire le Grand le cite parmi les témoins dont il tenait ses notices historiques sur la vie de saint Benoît : « Simplicio quoque, qui congregationem illitts post Eum teriius rexit » (Dial. II, Prolog.) ; P. L., LXVI, col. 126.

[2] P. L., LXXVIII, col. 1228.



Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Rien ne doit être préféré au service de Dieu. (Extrait de sa règle).

Saint Benoit : Jour de mort : 21 mars, vers 542. — Tombeau : au Mont Cassin ; d’après d’autres, ses ossements furent transférés en France, à Fleury-sur-Loire. Les Bénédictins célèbrent d’ailleurs, le 11 juillet, la fête de la Translation. Image : On le représente en Abbé avec la crosse et le livre de la règle, un corbeau à ses pieds. Vie : Saint Benoît, le père des moines d’Occident, le fondateur de l’Ordre des Bénédictins, est un des grands hommes de l’Église. « C’était un homme de vie vénérable, un Béni (Benedictus) selon la grâce comme selon le nom. Dès sa jeunesse, il manifestait le sérieux d’un vieillard. Riche en caractère avant de l’être en années, jamais il n’abandonna son âme à un plaisir. Pendant qu’il demeurait sur cette terre, il n’eut, pour le monde et ses charmes dont il aurait pu jouir librement pour cette vie temporelle, que du mépris, comme s’il était déjà flétri » (Saint Grégoire le Grand). « Les fruits de l’œuvre de Benoît sont d’une grandeur immense. Mais ce qui, dans ses œuvres sociales et historiques, est particulièrement grand, c’est qu’il semble lui-même n’y avoir jamais songé. C’est le signe distinctif de la vraie grandeur de faire les plus grandes choses sans bruit, sous l’impulsion seule d’une pensée humble et pure que Dieu transforme et bénit au centuple » (Montalembert). Sa règle monastique est un livre qui a traversé les siècles, c’est un livre d’éducation pour tous les temps. Nous lui devons la belle et pieuse prière du soir de l’Église, les complies. On peut bien dire qu’aucun homme sur la terre n’a préparé autant de foyers ardents de la liturgie que lui.

Pratique : Saint Benoît donna à ses communautés, comme programme, ce point capital de sa règle : « Rien ne doit être préféré au service de Dieu » (il écrivait : l’œuvre de Dieu, opus Dei). La liturgie encadre et pénètre toute la vie de sa famille religieuse. Il a créé ainsi des familles liturgiques idéales, qui chantent réellement la louange liturgique de Dieu en unissant à cette louange les travaux les plus sérieux dans tous les domaines.

SOURCE : http://www.introibo.fr/21-03-St-Benoit-abbe



Notre saint Père Benoît vit le jour vers 480, à Nursie, petite ville de province située dans les montagnes au nord-est de Rome, au sein d'une famille chrétienne pieuse et aisée. Envoyé à Rome pour ses études, celui qui avait acquis dès son enfance la sagesse d'un vieillard, désireux de plaire à Dieu seul, dédaigna les plaisirs du monde et ses vaines promesses, pour se mettre en quête du saint habit monastique.

Comme il s'était arrêté dans la bourgade d'Effide, sa nourrice, qui l'avait suivi avec l'attachement d'une mère, emprunta un crible en terre cuite pour nettoyer le grain, en vue de préparer du pain. Mais le vase se brisa en tombant à terre. Voyant le chagrin de sa nourrice, le jeune garçon se mit à prier avec larmes et lorsqu'il se releva il lui remit l'objet intact. Dans leur admiration pour ce miracle, les habitants suspendirent le crible à la porte de l'église. Mais, craignant de se voir privé de la faveur divine par la vaine gloire des hommes, Benoît s'enfuit alors clandestinement et se retira à Subiaco, dans une grotte perchée à plus de six cents mètres d'altitude, où il demeura inconnu des hommes, sauf d'un moine cénobite, Romain, qui l'avait revêtu du saint habit monastique et venait lui apporter en secret des provisions qu'il économisait sur sa propre portion.

Au bout de trois ans Dieu, qui ne voulait pas laisser cachée sa vertu, révéla la cachette de son serviteur à un Prêtre qui, le jour de Pâques, vint lui apporter de la nourriture. Benoît, qui avait oublié toute notion du temps, le salua en disant : « Je sais bien que c'est Pâques, puisque j'ai l'honneur de te voir! » Peu après des bergers le découvrirent à leur tour et, dès lors, un grand nombre de personnes vint lui rendre visite pour recevoir une parole de salut.

Un jour, alors que le Saint priait seul, le démon lui apparut sous la forme d'un merle noir et, aussitôt après, il fut terriblement assailli par les feux de la tentation chamelle, à tel point qu'il était presque décidé à quitter sa solitude lorsque, sous l'impulsion de la Grâce, il se jeta nu dans un buisson d'orties et de ronces, et remporta ainsi, par la douleur, une victoire définitive sur la volupté. Gratifié par Dieu de l'impassibilité de la chair, il pouvait à bon droit devenir dès lors maître de vertu pour les autres, comme un homme mûr.

Le supérieur du Monastère voisin de Vicovaro étant venu à mourir, les moines insistèrent auprès de Benoît et parvinrent à le convaincre de prendre leur direction. Mais, dès que celui-ci voulut leur imposer une stricte discipline évangélique, qui se heurtait à leur conduite tortueuse, ils commencèrent à murmurer contre lui et en vinrent même à tenter de l'empoisonner. Mais aussitôt que l'homme de Dieu fit le signe de croix au-dessus de la carafe contenant le breuvage de mort qu'on lui présentait, celle-ci se brisa. Le visage serein et l'âme en paix, sans aucune haine pour ses ennemis, il quitta ceux qui étaient incorrigibles et retourna au désert, pour habiter avec lui-même et veiller constamment sur son coeur en présence de son Créateur, sans laisser l'oeil de son âme répandre ses regards à l'extérieur. ,

Comme il allait croissant en vertus et dans la contemplation, il attira à lui de nombreux disciples et des nobles de Rome vinrent lui confier leurs fils : Maur (cf. le 27 janvier) et l'enfant Placide2. Il les organisa en douze monastères, répartis aux alentours et comportant chacun douze moines, à la tête desquels se trouvait un supérieur qui rendait compte à l'homme de Dieu de tout ce qui concernait la vie commune et l'avancement spirituel de chaque moine. Benoît était à la fois leur père spirituel et le modèle vivant de la parfaite observance monastique. Il subvenait à tous leurs besoins matériels par l'assistance de la grâce divine et, discernant les pensées secrètes de leur coeur, il n'hésitait pas, dans son amour paternel, à les corriger, parfois par des peines corporelles, pour leur faire quitter leurs mauvaises habitudes.

Ses vertus et de tels miracles suscitèrent cependant de nouvelles tribulations au Saint. Un Prêtre nommé Florent, pris de jalousie à son égard sous la suggestion du diable, se mit à répandre sur lui toutes sortes de calomnies, en vue d'éloigner ses visiteurs, et il alla même jusqu'à lui envoyer, un jour, un pain empoisonné. En recevant ce cadeau maléfique, Benoît le tendit à un corbeau, qui avait coutume de venir prendre sa pitance de sa main, et lui ordonna d'aller le jeter dans un lieu où personne ne pourrait le trouver. Le Prêtre indigne n'en cessa pas pour autant de dresser des embûches au Saint et, voyant qu'il ne pouvait rien contre Benoît lui-même, il entreprit de faire tomber ses disciples en envoyant sept jeunes filles danser nues sous leurs regards, dans le jardin du monastère. Craignant de devenir cause de chute pour ses frères, Benoît décida de ne pas résister davantage au méchant et, après avoir donné ses dernières recommandations aux supérieurs des monastères, il quitta Subiaco à la tête d'un petit groupe de disciples (vers 529). Quand il apprit, quel que temps après, la mort accidentelle de Florent, l'Homme de Dieu se lamenta sincèrement sur lui et soumit à la pénitence un de ses disciples qui s'en était réjoui.

Ils parvinrent au Mont Cassin, montagne élevée située à mi-chemin entre Rome et Naples, au sommet de laquelle se trouvait un temple jadis dédié au culte d'Apollon. Le Saint commença par briser l'idole et renversa l'autel pour transformer le temple en une église dédiée à Saint Martin de Tours (cf. 11 novembre). Il rasa les bois, où les habitants se livraient encore aux cultes idolâtres et réussit à les convertir par sa parole apostolique. Criant de dépit et maudissant Benoît, Satan essaya de dresser des embûches aux moines dans la construction du monastère, mais chaque fois la puissance de Dieu le mettait en déroute.

Le roi des Ostrogoths, Totila, qui ravageait alors l'Italie par une guerre sanguinaire, voulant éprouver l'esprit prophétique du Saint, envoya à sa place son écuyer revêtu de tous ses ornements royaux, mais dès qu'il vit apparaître le brillant équipage, l'homme de Dieu cria : « Quitte, mon fils, ce qui ne t'appartient pas! » Totila vint alors en personne se prosterner aux pieds du Saint qui le releva lui-même, lui reprocha ses mauvaises actions et lui prédit qu'il trouverait la mort après dix ans de règne dans Rome. Cette prédiction se réalisa exactement, en 556.

Une autre fois, il apparut en songe au supérieur qu'il avait désigné pour un monastère à Terracine, et il lui indiqua tous les emplacements des bâtiments conventuels qu'il devait construire.

En temps de disette, il fit, par sa prière, abonder le blé et l'huile au monastère, afin de laisser ses moines vaquer sans soucis à l'oeuvre de Dieu, à laquelle rien ne doit être préférable3. Il avait organisé la louange de Dieu avec mesure, pour qu'elle soit accessible à tous, en se fondant sur la tradition des Pères d'Orient et sur les usages romains de son temps. Constamment uni à Dieu par la prière, il n'en dédaignait pas pour autant le travail manuel avec ses moines. Un jour, en revenant des champs, il vit à la porte du monastère le corps inanimé d'un enfant que son père avait déposé là. Poussé par sa compassion, Benoît supplia le Seigneur au nom de la foi de ce père éploré, et l'enfant reprit vie. Les paroles mêmes du Saint avaient une puissance divine et elles avaient aussi le pouvoir de châtier ou de délier les âmes des défunts.

En ces temps de guerres et d'invasions, il prédit qu'au dépérissement de Rome, naguère capitale du monde, devait succéder la destruction du Mont Cassin par les Lombards (583). C'est peut-être en ayant en vue cette prophétie que, sur la fin de ses jours, il rédigea sa Règle, document admirable de discernement spirituel et d'une sobriété toute latine, qui devint la véritable charte des moines d'Occident4. En se fondant sur les écrits des Saints Pères : Pachôme, Basile et Cassien, et sur les institutions monastiques qu'il avait adoptées dans son propre monastère, il y expose les principes et les lois de fonctionnement d'un monastère cénobitique.

Pour Saint Benoît le monastère est l'Eglise en résumé et une école où l'on apprend le service du Seigneur5 sous la conduite de l'Abbé et au moyen de la sainte obéissance aux commandements évangéliques. C'est là qu'en persévérant jusqu'à la mort et en prenant part, par la patience, à la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, que les moines pourront progresser de vertu en vertu afin d'atteindre son Royaume éternel. Si, dans les débuts, il leur faut faire violence à la nature rétive, dans la mesure où ils se libéreront de leur égoïsme leur coeur se dilatera et ils pourront courir dans la voie des préceptes de Dieu avec une ineffable douceur d'amour.

Tout comme l'Evêque dans l'église locale, l'Abbé tient dans le monastère la place du Christ6, et il doit rendre compte devant Dieu de l'obéissance de ses disciples, en donnant tout son soin à les instruire, certes par sa parole mais surtout par l'exemple de sa propre vie. Père spirituel plein d'amour, il doit aussi savoir tempérer sa douceur par une juste sévérité et, s'il a toute autorité dans le domaine spirituel, il doit agir avec conseil en ce qui concerne la vie matérielle de la communauté et doit répartir les responsabilités entre les différents "officiers". Après avoir exposé les instruments des bonnes oeuvres, les vertus monastiques et les degrés de l'humilité qui nous fait accéder à la charité, c'est-à-dire l'union avec Dieu, Saint Benoît définit comment doivent être célébrés les Offices divins du jour et de la nuit, et précise qu'on doit s'y tenir, en présence de Dieu et des Anges en psalmodiant de telle sorte que notre esprit soit en accord avec notre voix8.

Il passe ensuite en revue tous les aspects de la vie comunautaire, en relevant de manière infaillible tout ce qui pourrait être occasion de chute ou de négligence dans les devoirs sacrés des moines : les repas, le sommeil, les vêtements, les services ménagers, le travail manuel, les sorties du monastère, la réception des hôtes, et les rapports des frères entre eux et avec les étrangers. Rien n'échappe à sa sollicitude pastorale et en quelques mots il précise ce qu'il convient de faire pour que tout s'accomplisse « dignement et dans l'ordre » (I Cor. 14:40).

Finalement, après avoir humblement rappelé que cette Règle ne saurait être qu'une ébauche et le commencement de la vie spirituelle, il renvoie à l'enseignement des Saints Pères ceux qui désirent se livrer à la contemplation pour atteindre la patrie céleste.

Quelque temps après le merveilleux et ultime entretien du saint avec sa sœur sainte Scholastique9 et le décès de celle-ci, alors qu'il se tenait de nuit à sa fenêtre en prière, il vit soudain une lumière fulgurante repousser les ténèbres et, au cœur de cette lumière, il contempla le monde entier comme ramassé sous un seul rayon de soleil. Elevé au-dessus du monde et hors de lui-même par son union au Créateur, Benoît pouvait en effet contempler toute la création, tout ce qui est au-dessous de Dieu, dans la lumière divine qui jaillissait de son coeur. Ayant atteint les confins de la vie future, il vit alors, dans cette lumière, l'âme de Germain, l'Evêque de Capoue, qui s'envolait vers le ciel. Saint Benoît appartenait dès lors plus au ciel qu'à la terre et, ayant annoncé le jour de sa mort, il ordonna qu'on ouvrît son tombeau, dans lequel avait été déposé quelque temps plus tôt le corps de sa soeur, puis il fut saisi d'une violente fièvre. Il se fit conduire à l'oratoire, reçut la Sainte Communion et, se tenant debout, soutenu par des frères, il éleva les mains vers le ciel et rendit son dernier soupir en murmurant les paroles d'une ultime prière (vers 560). Le même jour des frères virent un chemin jonché de riches tapis et illuminé d'innombrables torches s'élever de son monastère jusqu'au ciel, et un vénérable vieillard apparut au sommet pour leur révéler que c'était par là que le Saint était passé pour rejoindre sa patrie céleste. Les miracles abondèrent par la suite auprès des Reliques de Saint Benoît. Mais après la destruction du monastère par les Lombards, celles-ci furent oubliées, jusquà ce que des moines du Monastère de Fleury-sur-Loire viennent les prendre, au début du VIIIe siècle, pour les transférer dans leur monastère, où l'on peut encore les vénérer de nos jours (Saint-Benoît-sur-Loire).

1. Nous résumons le Livre II des Dialogues de St Grégoire, qui lui est entièrement consacré.

2. Mémoire le 5 octobre dans l'Eglise latine.

3. Règle de Saint-Benoît, 43.

4. Cf. Notice de St Benoît d'Aniane au 12 février.

5. Règle, Prologue.

6. Ibidem.

7. Idem, 2.

8. Idem, 19.

9. Cf. la notice de celle-ci, le 10 février

SOURCE : http://calendrier.egliseorthodoxe.com/sts/stsmars/mars14bis.html

Saint Benoît

Benoît de Nursie, patriarche des moines d'Occident (✝ v. 547)

C'était un jeune noble de Nursie en Ombrie. A 15 ans, on l'envoie à Rome faire ses études, accompagné de sa nourrice. Rome est terrible aux âmes pures : tentations charnelles, tentations intellectuelles et politiques.

Benoît s'enfuit, car c'est "Dieu seul" qu'il cherche et il ne veut pas courir le risque de le perdre. Il aboutit à une caverne de Subiaco où un ermite accepte de lui servir de guide dans sa quête de Dieu. Benoît y médite de la meilleure façon de vivre pour trouver Dieu. Mais il est difficile de passer inaperçu quand on rayonne de sainteté.

Les moines d'un monastère voisin l'invitent à devenir leur Père abbé. Bien mal leur en a pris : il veut les sanctifier et les réformer. Ils en sont décontenancés et tentent de l'empoisonner.

Il retourne à sa caverne de Subiaco où des disciples mieux intentionnés viennent le rejoindre. Il les organise en prieuré et c'est ainsi que va naître la Règle bénédictine. La jalousie d'un prêtre les en chasse, lui et ses frères, et ils se réfugient au Mont-Cassin qui deviendra le premier monastère bénédictin.

Il y mourra la même année que sa soeur sainte Scholastique. Emportées au Moyen Age d'une manière assez frauduleuse, leurs reliques sont désormais sur les bords de la Loire, à Fleury sur Loire, devenu Saint Benoît sur Loire-45730.

Saint patron de l'Europe: "Messager de paix, fondateur de la vie monastique en Occident...

Lui et ses fils avec la Croix, le livre et la charrue, apporteront le progrès chrétien aux populations s'étendant de la Méditerranée à la Scandinavie, de l'Irlande aux plaines de Pologne" (Paul VI 1964)

Père du monachisme, patron de l'Europe: La catéchèse le 9 avril 2008 a été consacrée à la figure de saint Benoît de Nursie, "le père du monachisme occidental, dont la vie et les oeuvres imprimèrent un mouvement fondamental à la civilisation et à la culture occidentale. La source principale pour approcher la vie de Benoît est le second livre des Dialogues de saint Grégoire le grand, qui présente le moine comme un astre brillant indiquant comment sortir "de la nuit ténébreuse de l'histoire", d'une crise des valeurs et des institutions découlant de la fin de l'empire romain. Son œuvre et la règle bénédictine ont exercé une influence fondamentale pendant des siècles dans le développement de la civilisation et de la culture en occident, bien au-delà de son pays et de son temps. Après la fin de l'unité politique il favorisa la naissance d'une nouvelle Europe, spirituelle et culturelle, unie par la foi chrétienne commune aux peuples du continent".

"Benoît naquit vers 480 dans une famille aisée qui l'envoya étudier à Rome. Mais avant de les avoir terminées, il gagna une communauté monastique dans les Abruzzes. Trois ans plus tard il gagnait une grotte de Subiaco dans laquelle il vécut isolé trois ans... résistant aux habituelles tentations humaines comme l'auto-affirmation de soi et le nombrilisme, la sensualité, la colère et la vengeance. Sa conviction -a précisé le Saint-Père- était que seul après avoir dominé ces épreuves" il aurait été en mesure d'aider autrui. En 529, Benoît fonda l'ordre monastique qui porte son nom et se transporta à Montecassino, site élevé et visible de loin. "Selon saint Grégoire, ce choix symbolique voulait dire que si la vie monastique trouve sa raison d'être dans l'isolement, le monastère a également une fonction publique dans la vie de l'Église comme de la société".

Toute l'existence de Benoît de Nursie, a dit le Pape, "est imprégnée de la prière, qui fut le fondement de son œuvre, car sans elle il n'y a pas expérience de Dieu. Son intériorité n'était cependant pas détachée de la réalité et, dans l'inquiétude et la confusion de son temps, Benoît vivait sous le regard de Dieu, tourné vers lui, tout en étant attentif aux devoirs quotidiens envers les besoins concrets des gens". Il mourut en 547 et sa règle donne des conseils qui, au-delà des moines, sont utiles pour qui chemine vers Dieu."Par sa mesure, son humanité et son clair discernement entre l'essentiel et le secondaire en matière spirituelle, ce texte reste éclairant jusqu'à nos jours".

En 1964 Paul VI fit de Benoît le saint patron de l'Europe, de ce continent qui, profondément blessé car "à peine sorti de deux guerres et de deux idéologies tragiques, était à la recherche d'une nouvelle identité. Pour forger une nouvelle unité stable les moyens politiques, économiques et juridiques sont importants. Mais il faut trouver un renouveau éthique et spirituel tiré des racines chrétiennes de l'Europe. Sans cette lymphe vitale, l'homme reste exposé au danger de succomber à la vieille tentation de se racheter tout seul...ce qui est que la vielle utopie du XXe siècle européen...qui a provoqué un recul sans précédent dans une histoire humaine déjà tourmentée". (Source: VIS 080409 540)

L'église abbatiale de Fleury a pris le vocable de St-Benoît lorsque les reliques du Saint furent ramenées du Mont Cassin en 703. La première en France a avoir suivi la règle de St-Benoît. (diocèse d'Orléans)

(…)

Mémoire (en Europe: Fête) de saint Benoît, abbé. Né à Nursie en Ombrie, après des études à Rome, il commença par vivre en ermite à Subiaco, rassembla autour de lui de nombreux disciples, puis s’établit au Mont-Cassin, où il fonda un monastère célèbre et composa une Règle, qui se répandit dans toutes les régions, au point qu’il mérite d’être appelé patriarche des moines d’Occident. La tradition place sa mort le 21 mars 547, mais dès le VIIIe siècle, on a célébré sa mémoire en ce jour.

Martyrologe romain

Quand tu entreprends une bonne action, demande lui par une très instante prière qu’il la parachève. Alors celui qui a daigné nous compter au nombre de ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions.

Règle de saint Benoît - Prologue

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1483/Saint-Benoit.html


SAINT BENOÎT

Benoît est ainsi nommé ou parce qu'il a bénit beaucoup, ou parce qu'il a reçu en cette vie beaucoup de bénédictions, ou parce que tous le bénissaient, ou bien parce qu'il a mérité la bénédiction éternelle. Sa vie fut écrite par saint Grégoire.

Benoît était originaire de. la province de Nurcie. Ayant été placé à Rome pour faire ses études, tout jeune encore, il abandonna les lettres et résolut de s'en aller au désert. Sa nourrice, qui le chérissait avec une grande tendresse, le suivit jusqu'en un lieu qu'on nomme OEside, où elle demanda à emprunter un crible pour nettoyer du froment, mais en le mettant sans précaution sur une table, le crible tomba et fut cassé en deux. Saint Benoît la voyant pleurer prit les deux parties du crible et se levant, après une prière, il les trouva solidement réunies. Peu De temps après, il quitta à la dérobée sa, nourrice et vint en un endroit où il resta trois ans inconnu aux hommes, à l’exception d'un moine appelé Romain, dont les soins assidus lui assuraient le nécessaire. Or, comme de l’antre où Benoît restait, jusqu'au monastère de Romain il n'y avait pas de chemin, celui-ci liait le pain au bout d'une très longue corde et c'est ainsi qu'il avait coutume de le faire passer. A cette corde, il attacha aussi une sonnette, afin que, averti par le son, l’homme de Dieu sût quand Romain lui apportait du pain et pût sortir pour le prendre. Mais l’antique ennemi de l’homme jaloux de la charité du premier et de la manière dont le second se sustentait, jeta une pierre et cassa la sonnette : cela toutefois n'empêcha pas Romain de servir Benoît. Après quoi le Seigneur apparut dans une vision à un prêtre qui se préparait à manger le jour de la solennité de Pâques, et lui dit : « Tu te prépares des friandises et mon serviteur meurt de faim en tel lieu.» Le prêtre se leva incontinent, et étant parvenu à trouver Benoît après de grandes difficultés : « Levez-vous, lui dit-il, et prenons de la nourriture, parce que c'est aujourd'hui la Pâque du Seigneur.» Benoît lui répondit : « Je vois bien qu'il est Pâques, puisque j'ai l’avantage de vous voir. » Placé en effet loin des hommes, il ne savait pas que ce jour fût celui de la solennité de Pâques. Le prêtre lui dit : «Vraiment c'est aujourd'hui le jour de la résurrection de N.-S. : aussi ne, convient-il pas que vous fassiez abstinence; c'est pour cela que je vous ai été envoyé. » Et après avoir béni Dieu, ils prirent de la nourriture. — Un jour un oiseau noir, nommé merle, se mit à voler d'une manière importune autour de la figure de Benoît, de sorte que le saint aurait pu le saisir avec la main; mais il fit le signe de la croix et l’oiseau se retira. Bientôt après, le diable lui ramena devant les yeux de l’esprit une femme qu'il avait vue autrefois, et il alluma dans son coeur une telle passion pour cette personne, que, vaincu par la volupté, il était près de quitter le désert. Mais rendu subitement à lui-même par la grâce divine, il quitta ses vêtements, et se roula sur les épines et les ronces éparses çà et là, avec tant de violence que son corps en fut tout meurtri, il guérit ainsi par les plaies de sa chair les plaies de sa pensée : il vainquit le péché! en déplaçant l’incendie. A dater de ce moment aucune tentation ne s'éleva en son corps. Sa renommée avait grandi; l’abbé d'un monastère étant mort, toute la communauté vint le trouver et lui demander de la gouverner. Il refusa longtemps, et dit d'avance aux moines que leurs moeurs ne s'accordaient point avec les siennes; enfin il fut forcé de donner son consentement. Mais comme il commandait que là règle fût observée selon toute sa rigueur dans le cloître, les moines se reprochaient l’un à l’autre de l’avoir demandé pour leur chef, car leur irrégularité blessait l’amour qu'il avait pour le devoir. Quand ils s'aperçurent qu'avec lui il ne leur était plus possible de faire le mal et que c'était chose pénible de rompre leurs habitudes, ils mêlèrent du poison avec son vin et le lui servirent à table. Mais Benoît fit le signe de la croix, ce qui brisa le verre comme par un coup de pierre. Il comprit donc qu'il y avait là une boisson de mort, puisqu'elle n'avait pu recevoir le signe de la vie; il se leva aussitôt et il dit avec calme : « Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, mes frères; ne vous ai-je pas dit que vos moeurs et les miennes ne s'accordaient pas? » Il revint alors à la solitude qu'il avait quittée; et où ses miracles qui se multipliaient tous les jours le rendirent célèbre. Une foule de personnes étant venues à lui, il bâtit douze monastères. En l’un d'eux, il y avait un moine qui ne pouvait pas vaquer longtemps à la prière, mais pendant que les autres étaient à l’oraison, il allait dehors et se livrait à des distractions terrestres et futiles. L'abbé de ce monastère en ayant instruit saint Benoît, celui-ci s'empressa de venir; il vit qu'un petit enfant noir tirait dehors, par le bord de son habit, ce moine qui ne pouvait pas rester à la prière ; et il dit à l’abbé du monastère et au moine saint Maur : « Est-ce que vous ne voyez pas quel est celui qui le tire ? » Et comme ils répondaient : « Non; » il dit : « Prions pour que vous le voyiez aussi. » Et pendant qu'ils priaient, saint Maur vit, mais l’abbé ne put voir. Un autre jour donc, après la prière, l’homme de Dieu rencontra le moine dehors, et le frappa avec une verge à cause de son aveuglement; depuis ce temps, il resta à la prière, sans plus sortir. Ce fut ainsi que l’antique ennemi de l’homme n'osa plus maîtriser les pensées du moine, comme s'il eût reçu lui-même les coups. De ces monastères il y en avait trois élevés sur les rochers d'une montagne, et c'était avec un grand labeur qu'on tirait l’eau d'en bas : comme les frères priaient souvent l’homme de Dieu de changer les monastères de lieu, une nuit il alla avec un enfant au haut de la montagne où, après avoir prié longtemps, il mit trois pierres en cet endroit pour servir de signe. Rentré le matin à la maison, les frères vinrent le trouver pour la même causé et il leur dit : « Allez creuser au milieu de la roche sur laquelle vous trouverez trois pierres, car le Seigneur peut vous en faire jaillir de l’eau: » Ils y allèrent et ils trouvèrent cette roche déjà couverte de gouttes; ils y creusèrent un trou et bientôt ils le virent plein d'eau : elle coule encore jusqu'à présent en assez grande quantité pour descendre du sommet de la montagne jusqu'en bas. Une fois, un homme coupait des ronces avec une faux autour du monastère de l’homme de Dieu; or, le fer sauta du manche et tomba dans uri lac profond; et comme cet homme s'en tourmentait fort, saint Benoît mit le manche sur le lac et un instant après le fer vint nager vers son manche.

Un jeune moine appelé Placide, en allant puiser de l’eau, tomba dans le fleuve; bientôt l’eau l’emporta et l’entraîna loin de ta terre presque à la distance du jet d'une flèche. Or, l’homme de Dieu qui était assis dans sa cellule vit cela en esprit tout aussitôt; il appela Maur, lui raconta l’accident arrivé à cet enfant et lui commanda d'aller le sauver. Après avoir reçu la bénédiction du saint, Maur, s'empressa d'y aller, et pensant qu'il marchait sur la terre, il vint sur l’eau jusqu'auprès de l’enfant qu'il tira en le prenant par les cheveux : puis il revint rapporter à l’homme de Dieu ce qui lui était arrivé; mais le saint l’attribua non pas à ses mérites, mais à l’obéissance de Maur. — Un prêtre du nom de Florent, envieux du saint, conçut une telle aversion contre lui qu'il envoya à l’homme de Dieu un pain empoisonné pour du pain bénit. Le saint le reçut avec reconnaissance, et le jeta au corbeau qui avait coutume de recevoir du pain dé, ses mains, en lui disant : « Au nom de J.-C., prends ce pain et jette-le en tel endroit que homme vivant ne le puisse prendre. » Alors le corbeau ouvrit le bec, étendit les ailes, se mit à courir autour du pain et à croasser avec force, comme s'il eût voulu dire qu'il voulait bien obéir, mais que cependant il ne pouvait faire ce qui lui était commandé. Le saint lui commanda à diverses reprises en disant : « Prends, prends, n'aie pas peur, et jette-le, ainsi que j'ai dit. » Enfin le corbeau prit le pain, ne revint que trois jours après et reçut de la main de Benoît sa ration accoutumée. Florent, voyant donc qu'il ne pouvait pas tuer le corps de son maître; résolut de tuer les âmes des religieux : il fit alors folâtrer et chanter sept jeunes filles toutes nues dans le jardin du monastère, afin d'exciter les moines à la luxure. Le saint ayant vu cela de sa cellule et craignant que ses disciples ne tombassent dans le péché, céda la place a l’envieux et prit quelques frères avec lesquels il alla habiter ailleurs. Mais Florent, qui se trouvait sur une terrasse, le voyant s'en .aller, en conçut de la joie, lorsque tout à coup la terrasse s'affaissa et le tua à l’instant. Alors. Maur courut dire à l’homme de Dieu : « Revenez, parce que celui qui vous persécutait est tué. Aussitôt qu'il eut entendu cela, le saint poussa de grands gémissements, soit à cause de la mort de son ennemi, soit parce que son disciple s'en était réjoui. Il lui infligea une pénitence de ce qu'en lui annonçant; un pareil malheur, il avait eu la présomption de se réjouir de la, mort d'un méchant. Quant à Benoît, il n'évita pas l’ennemi en changeant le lieu de sa demeure : car il vint au mont Cassin, et du temple d'Apollon qui s'y trouvait, il fit un oratoire en l’honneur de saint Jean-Baptiste ; et convertit de l’idolâtrie tout le peuple d'alentour. Mais l’antique ennemi, supportant cela avec peine, lui apparaissait visiblement sous une forme hideuse; sa bouche et ses yeux paraissaient jeter des flammes; il l’insultait en disant : «Benoît, Benoît, » mais comme le saint ne lui répondait rien, au lieu de Benoît, Bénedict; il disait : « Maudit, maudit, pourquoi me persécutes-tu? » Un jour les frères voulaient élever une pierre qui était par terre pour la mettre en oeuvre, mais ils ne pouvaient y parvenir. Des hommes en grand nombre qui étaient là ne pouvaient non plus la soulever, quand l’homme de Dieu arrivant, donna sa bénédiction et la pierre fut, élevée avec la plus grande célérité; ce qui fit juger que le diable était assis dessus et empêchait de la mouvoir. Quand la muraille eut atteint une certaine hauteur, le démon apparut à l’homme de Dieu et lui fit signe d'aller trouver les frères : aussitôt il leur envoya dire par un exprès

« Mes frères, prenez garde à vous, parce que le malin esprit vient vers vous. » A peine le messager, eut-il fini de parler que le démon fait tomber la muraille dont la chute écrasa un jeune religieux. Mais l’homme de Dieu fit apporter le mort tout brisé en un sac, le ressuscita par une prière et le renvoya à son travail.

Un laïc, homme d'honnête vie, avait coutume, chaque année, de venir à jeun visiter saint Benoît. Un jour qu'il. y venait, s'adjoignit à lui un autre personnage, chargé de vivres, pour son voyage : or, comme il se faisait tard, ce dernier dit : « Frère, venez et mangeons pour que nous ne soyons pas fatigués en chemin. » Sur sa réponse qu'il ne goûterait à aucune nourriture en route, l’autre se tut pour l’heure; peu de temps après, il lui fit encore la même invitation, mais le laïc ne voulut pas céder. Enfin une heure entière s'étant écoulée, dans la fatigue du voyage, ils arrivèrent à un pré avec une fontaine, et où l’on pouvait se reposer et se rafraîchir. Alors le voyageur en lui montrant ce lieu le pria de s'y arrêter un instant pour manger, Ces paroles ayant flatté les oreilles du laïc et le lieu ayant charmé ses yeux, il consentit. Lorsqu'il fut arrivé auprès de saint Benoît, l’homme de Dieu lui dit : « Frère, voici que le malin n'a pas pu vous persuader une première fois, ni une seconde fois, mais la troisième il l’a emporté. » Alors le laïc se jeta à ses pieds et pleura sa faute. — Totila, roi des Goths, voulant éprouver si l’homme de Dieu avait l’esprit de prophétie, donna à un de ses gardés ses vêtements royaux et l’envoya au monastère avec tout l’appareil d'un souverain. Quand Benoît le vit venir, il dit: « Otez, mon fils, ôtez : ce que vous portez n'est pas à vous. » Celui-ci se jeta à l’instant à terre, et il eut une grande frayeur d'avoir osé vouloir se jouer d'un si, grand homme. — Un clerc, tourmenté par le diable, fut amené à Benoît pour en recevoir guérison, et quand le diable eut été chassé de son corps, Benoît dit : « Allez et dorénavant ne mangez pas de viande, et n'approchez pas des saints ordres : car le jour où vous aurez la présomption de les recevoir, vous appartiendrez au démon. » Le clerc garda cette recommandation un certain temps; mais voyant que l’époque approchait de passer des ordres mineurs aux ordres sacrés, il ne tint pas compte des paroles du saint, comme si un long espace de temps les lui eût fait oublier, et reçut l’ordre sacré. Mais aussitôt le diable, qui l’avait quitté, s'empara de lui et ne cessa de le tourmenter jusqu'à ce qu'il lui eût fait rendre l’âme. - Un homme envoya, par un enfant, à saint Benoît, deux flacons de vin; or, l’enfant en cacha un dans le chemin et porta l’autre; l’homme de Dieu reçut avec reconnaissance cet unique flacon et donna cet avis à l’enfant lors de son départ : « Mon fils, garde-toi de boire de ce flacon que tu as caché; mais incline-le avec précaution et regarde ce qu'il contient. » Celui-ci se retira tout confus : en revenant, il voulut s'assurer de ce que le saint lui avait dit; et quand il eut incliné le flacon, aussitôt il en sortit un serpent. — Une fois, l’homme de Dieu soupait alors qu'il faisait nuit; un moine, fils d'un avocat, l’assistait en tenant une lampe, et par esprit d'orgueil se mit à penser à part soi : « Quel est cet homme pendant le repas duquel j'assiste, auquel je tiens une lampe, que je suis réduit à servir? Qui suis-je moi pour que je sois son serviteur? » Aussitôt l’homme de Dieu lui dit : « Fais le signe de la croix sur ton coeur, mon frère, fais le signe de croix sur ton coeur; qu'as-tu à dire? » Et il appela les frères, leur dit de prendre la lampé de ses mains ; pour lui, il le fit aller au monastère et lui commanda de rester en repos: — Un Goth appelé Zalla, hérétique arien du temps du roi Totila, exerça avec fureur des actes atroces de cruauté contre les personnes religieuses appartenant à la foi catholique; tout clerc ou tout moine qui venait en sa présence, ne sortait pas de ses mains la vie sauve. Un jour, poussé par l’esprit d'avarice et ne pensant que rapine, ce roi faisait endurer à un habitant de la campagne des tourments cruels, et lui infligeait différentes torturés; vaincu par la douleur, le paysan déclara avoir mis sa personne et ses biens sous la protection du serviteur de Dieu, Benoît. Le bourreau le crut et cessa de tourmenter le patient qui revint à la vie. Mais en cessant de le tourmenter, Zallalui fit lier les bras avec de fortes courroies, et le fit marcher en avant de son cheval pour qu'il lui montrât ce Benoît qui avait reçu son;bien. Le paysan marcha donc devant lui, les bras liés, et le mena au monastère du saint homme qu'il trouva seul assis à la porte de sa cellule et faisant une lecture. Le paysan, dit à Zalla qui le suivait par derrière et qui le tourmentait : « Voici celui dont je vous ai parlé, le Père Benoît. » Zalla; l’esprit échauffé, le regarda avec un air méchant et croyant agi avec lui comme avec les autres, il se mit à crier de toutes ses forces en disant : « Lève-toi, lève-toi; rends les biens de ce rustaud : rends ce que tu as pris. » A cette voix, l’homme de Dieu leva vite les yeux, cessa de lire, puis jeta un coup d'oeil sur Zalla et sur le paysan qu'il remarqua être tenu par des liens: Ayant tourné les yeux vers les bras de cet homme, les courroies qui le liaient se détachèrent miraculeusement avec une telle vitesse que personne, tout habile qu'il eût été, n'eût pu le faire en si peu de temps. Le captif ayant été soudain mis en liberté, Zalla, effrayé d'un pareil trait de puissance, se jeta contre terre et baissant sa tête cruelle jusqu'aux pieds du saint, il se recommanda à ses prières. Quant au saint homme, il ne se leva pas, il n'interrompit point sa lecture mais il appela les frères auxquels il enjoignit d'introduire Zalla dans la maison pour y recevoir la bénédiction. A son retour, il l’avertit de ne plus se livrer à de pareils excès de cruauté. Zalla prit une réfection, s'en alla, et ne s'avisa plus de réclamer rien du paysan que l’homme de Dieu avait délié non pas avec les mains, mais de son regard.

A une époque, la famine exerçait ses ravages sur le pays de la Campanie. On était en proie à la disette et déjà au monastère de saint Benoît le blé manquait ; presque tous les pains avaient été mangés, de sorte qu'il n'y en avait plus que cinq pour la collation des frères. Le vénérable abbé, qui les voyait tous consternés, s'attacha à les reprendre avec modération de leur pusillanimité, et à les encourager peu à peu par des promesses, en disant : « Pourquoi donc votre esprit est-il dans la tristesse de ce qu'il n'y a pas de pain? Aujourd'hui, Il est vrai, il est en petite quantité, mais demain, il y en aura en abondance. » Or, le jour suivant, on trouva devant la porte du couvent deux cents boisseaux de farine dans des sacs que le Dieu tout puissant avait envoyés sans qu'on sache encore à présent par quels moyens. A cette vue, les frères rendirent grâces à Dieu et apprirent qu'il ne fallait s'inquiéter ni de l’abondance ni de la disette. — On lit encore, qu'un homme avait un fils attaqué d'un éléphantiasis * en sorte que déjà ses cheveux tombaient, sa peau s'enflait et il n'était plus possible de cacher la sanie qui allait en augmentant. Le père l’envoya à Benoît qui lui rendit, subitement sa santé première. Ils en témoignèrent de grandes grâces à Dieu et dans la suite l’enfant persévéra dans de bonnes oeuvres, et mourut heureusement dans le Seigneur. — Lé saint avait envoyé un certain nombre de frères en un endroit pour y élever un monastère, et les prévint que tel jour il viendrait les voir pour leur donner le plan des constructions. Or, la nuit qui précédait le jour indiqué, il apparut en songe à un moine qu'il avait mis à la tête de l’oeuvre et à son prévost, et leur désigna en détail chacun des endroits où ils devaient bâtira Mais comme ils n'ajoutaient pas foi à la vision qu'ils avaient eue et qu'ils attendaient le saint, à la fin ils retournèrent le trouver et lui dirent: « Père, nous attendions que vous viendriez comme vous l’aviez promis, et vous n'êtes pas venu. » Il leur dit : « Frères, pourquoi dire cela? Ne vous ai-je point apparu et ne vous ai-je, pas désigné chaque endroit? Allez et disposez tout ainsi que vous l’avez vu. »

Non loin du monastère de Benoît, vivaient deux religieuses de noble lignée, qui ne contenaient pas leur langue; parleurs propos indiscrets, elles portaient souvent à la colère leur supérieur : celui-ci en informa l’homme de Dieu qui fit donner cet avis aux religieuses : « Réprimez votre langue, autrement je vous excommunierai (excommunication qu'il ne lança pas par ces paroles, mais dont il les menaça). Ces religieuses ne changèrent point et moururent quelques jours après, elles furent ensevelies dans l’élise. Mais pendant la messe et quand le diacre dit comme de coutume : « Que celui qui n'est pas de la communion sorte dehors,» la nourrice de ces religieuses, qui toujours offrait l’oblation pour elles les vit sortir de leurs tombés, et sortir de l’église : ceci ayant été rapporté à Benoît, le saint donna de ses propres mains une offrande en disant : « Allez et présentez cette offrande pour elles, et elles ne seront plus excommuniées désormais. » Ce qui ayant été exécuté, lorsque le diacre chantait la formule d'ordinaire, on ne les vit plus quitter l’église. — Un moine était sorti pour visiter ses parents sans avoir la bénédiction, et le jour qu'il arriva chez eux, il mourut. Quand il fut enterré, la terre le rejeta une première et une deuxième fois. Ses parents vinrent trouver saint Benoît et le prièrent de lui donner sa bénédiction. Il prit alors le corps de N. S. et dit : « Allez poser ceci sur la poitrine du mort et ensevelissez-le ainsi. » On le fit et la terre garda le corps ainsi enseveli et ne le rejeta plus. — Un moine, qui ne voulait pas rester dans le monastère, insista tant auprès de l’homme de Dieu que celui-ci, tout contrarié, lui permit de s'en aller. Mais il ne fut pas plutôt hors du cloître qu'il rencontra en son chemin un dragon, la gueule ouverte. Dans l’intention de s'en) garer, il se mit à crier : « Accourez, accourez, il y a un rayon ; il me veut dévorer. » Les frères accoururent, mais ne trouvèrent point de dragon,; alors ils ramenèrent au monastère le moine tout tremblant et ébranlé. Il promit à (instant que jamais il ne sortirait du moustier. — Une famine extraordinaire ravageait tout le pays et l’homme de Dieu avait donné aux pauvres tout ce qu'il avait pu trouver; en sorte qu'il ne restait, dans le monastère, qu'un peu d'huile dans un vase de verre; il commanda alors au célérier de donner ce peu d'huile à un pauvre. Le célérier entendit bien ce que saint Benoit lui commandait, mais il se décida à faire fi de ses ordres, parce qu'il ne restait plus d'huile pour les frères. Dès que l’homme de Dieu s'en aperçut, il commanda de jeter le vase de verre avec l’huile par la fenêtre afin qu'il ne restât rien dans le monastère contre l’obéissance. On jeta donc le vase qui tomba sur des blocs de pierres, sans que ce vase fût brisé, ni l’huile répandue; alors le saint le fit ramasser et donner,en entier au pauvre. Puis il reprocha au moine sa désobéissance et sa défiance ; il se mit ensuite en prières: aussitôt un grand tonneau qui se trouvait là se remplit d'huile ; elle montait en si grande abondance qu'elle paraissait sourdre du pavé.

Une fois il était descendu pour, faire visite à sa soeur, et comme il était resté jusqu'à l’heure du souper, elle le pria de passer la nuit chez elle : comme il n'y voulait pas consentir, elle s'inclina, appuya la tête sur ses mains pour prier le Seigneur et quand elle se, releva, il se fit de si grands éclairs et du tonnerre si violent, la pluie tomba avec tant d'abondance, qu'il n'eût su où poser les pieds, quoique un instant auparavant le ciel fût parfaitement serein. Or, en répandant un torrent de larmes, elle avait fait changer la sérénité de l’air, et attiré la pluie L'homme de Dieu tout contristé lui dit : « Que le Dieu tout puissant vous le pardonne, ma soeur; qu'est-ce que vous avez fait? » Elle lui répondit : « Je vous ai prié et vous n’avez pas voulu m’écouter; j’ai prié le Seigneur et il m’a bien entendue. Sortez maintenant, si vous le pouvez. » Et il en advint ainsi pour qu'ils pussent passer la nuit toute entière en s'édifiant mutuellement dans de saints entretiens. Trois jours après qu'il fut revenu au monastère, en levant les yeux, il vit l’âme de sa soeur, sous la forme d'une colombe qui pénétrait jusqu'aux profondeurs du ciel: et bientôt il fit porter son corps au monastère où il fut inhumé dans un tombeau qu'il avait fait préparer pour lui. — Une nuit que le serviteur de Dieu regardait par une fenêtre et priait Dieu, il vit se répandre en l’air une lumière qui dissipa toutes les ténèbres de la nuit. Or, à l’instant tout l’univers s'offrit à ses yeux comme s'il eût été rassemblé sous un rayon de soleil et il vit l’âme de saint Germain, évêque de Capoue, portée au ciel : dans la, suite il put s'assurer évidemment que c'était l’heure à laquelle elle, quitta le corps du prélat.

L'année même de sa mort, il en prédit le jour à ses frères : et avant le sixième qui précéda son trépas, il fit ouvrir son sépulcre. Bientôt il fut saisi de la fièvre, et comme la faiblesse augmentait à chaque instant, le sixième jour, il se fit porter à l’oratoire, où il se prépara à la mort par la réception du corps et du sang de N. S.; alors, soutenant ses membres défaillants sur les mains des frères, il se tint debout, les yeux élevés vers le ciel et rendit son dernier soupir en priant. Le jour même que l’homme de Dieu passa de cette vie au ciel, deux frères, dont un était dans sa cellule, et l’autre fort éloigné, eurent la même révélation : ils virent une traînée de lumière, ornée de tapis et resplendissante d'une quantité innombrable de lampes, qui, partant de la cellule de saint Benoît, se dirigeait vers le ciel du côté de l’orient. L'un d'eux demanda à un personnage vénérable qui parut tout brillant sur cette trace, ce que c'était que ce chemin qu'ils voyaient, car ils ne le savaient pas, et il leur fut dit : «Voilà le chemin par lequel Benoît, l’homme chéri de Dieu, monte au ciel. » II fut inhumé dans l’oratoire de saint Jean-Baptiste qu'il avait construit lui-même sur un autel dédié à Apollon et qu'il avait renversé. Il vécut vers l’an du Seigneur 518, au temps de Justin l’ancien.

* Maladie qui rend la peau rugueuse comme celle de l’éléphant.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome01/051.htm



Saint Benoît

La fête de saint Benoît, célébrée le 11 juillet, est celle de la translation de ses reliques. Le corps de saint Benoît reposa d’abord au Mont Cassin qui, après le passage des Lombards, resta vide de moines. En 672, l’abbé de Fleury, Mummolus, envoya au Mont Cassin une troupe de moines, sous la conduite d’Aigulphe, pour récupérer les reliques de saint Benoît. Petronax ayant restauré le Mont Cassin, le pape Zacharie, en 750, demanda la restitution du corps de saint Benoît dont l’abbé de Fleury ne rendit qu’une part, entre 755 et 757.

La naissance de saint Benoît ne devrait pas être pour nous un simple fait d'une histoire fort ancienne, tant l’esprit de saint Benoît est toujours présent et à l'œuvre dans l'Eglise. La Règle qu'il nous a laissée et dont on a pu dire qu'elle nous donnait un reflet particulièrement pur de l'Evangile, comme le témoignage de sa vie sont pleinement actuels non seulement pour ses fils et ses filles, les moines et les moniales, mais aussi pour tous les fidèles. C'est, pour chacun d'entre nous une invitation à la prière, à la médiation des textes saints et à la charité fraternelle.

Plutôt que sur la naissance de Benoît à Nursie (vers 480), attardons-nous sur sa mort, c'est-à-dire sur sa naissance à la vie qui ne finit pas, et transportons-nous en esprit en l'an 547, sur le Mont-Cassin où Benoît s'était établi près de vingt ans auparavant après avoir été contraint de quitter ses fondations de Subiaco.

Ecoutons le saint pape Grégoire-le-Grand : Six jours avant son trépas, il ordonna d'ouvrir sa tombe, et bientôt il fut pris d'une fièvre qui l'épuisa. Le mal s'aggravant de jour en jour, le sixième il se fit porter à l'oratoire par ses disciples, et là il reçut le corps et le sang du Seigneur pour en munir son départ. Puis, appuyant ses membres affaiblis sur les bras de ses disciples, il se mit debout, les mains levées au ciel, et dans son dernier souffle murmurait des prières. Ce jour-là, deux frères, l'un en cellule, l'autre plus loin, eurent la même apparition d'une vision identique. ils virent une voie jonchée de tapis et brillant d'innombrables feux, qui, droit vers l'Orient, allait de la cellule de Benoît jusqu'au ciel. Un homme d'aspect surnaturel s'y tenait, étincelant, et leur demanda quel était ce chemin. Les disciples avouèrent ne pas le savoir ; alors il leur dit : « C'est la voie par laquelle Benoît, précieux au Seigneur, est monté au ciel. » (Dialogue, XXXVII.)

Saint Benoît a donc vécu sa mort comme une célébration de la venue et de la rencontre du Seigneur, résumé et couronnement de sa vie. Lui, qui avait fait don de toute sa vie, va recevoir la couronne de vie (Apocalypse II 10). Dans l'Office divin, Benoît avaient, chaque semaine, repris ce verset du psalmiste : Je veux te bénir en ma vie, à ton Nom élever les mains (Psaume LXIII), parole qu'il vivait en plénitude ; corps et âme tendus vers son Seigneur, au moment de la Rencontre, il incarnait le dernier des psaumes des montées qui accompagnaient le pèlerinage à Jérusalem, figure de la vie terrestre : Voici maintenant le moment de bénir le Seigneur, vous tous, les serviteurs du Seigneur, ous qui vous tenez dans la Maison du Seigneur, dans les parvis de la Maison de notre Dieu. Au long des nuits, levez vos mains vers le Sanctuaire et bénissez le Seigneur (Psaume 134).Voilà le terme de la route où Benoît attend la parole que le Seigneur avait jadis dite à Moïse : Voici une place près de moi (Exode XXXIII, 21)

Benoît meurt les bras levés et soutenus par ses disciples, attitude qui rappelle ce passage du Livre de l'Exode où Moïse sur la montagne intercédait pour Josué et tout le peuple combattant dans la plaine contre les Amlécites : Moïse, Aaron et Hur étaient montés sur le sommet de la colline. Or, tant que Moïse tenait ses bras levés, Israël était le plus fort. Quand il les laissait retomber, Amalek avait l'avantage. Comme les bras de Moïse étaient engourdis, ils prirent une pierre et la déposèrent sous lui. Il s'assit dessus tandis qu'Aaron et Hur lui soutenaient les bras, l'un d'un côté, l'autre de l'autre. Ainsi les bras de Moïse ne fléchirent plus juqu'au coucher du soleil. Josué décima Amalek et ses gens par le fil de l'épée (Exode XVII 10-13).

Ce texte, traditionnellement, sert de référence lorsqu'on veut évoquer le rôle des contemplatifs, et ce n'est pas un hasard si saint Grégoire a retenu le récit du miracle de la source jaillie de la montagne : trois monastères perchés sur la montagne n’avaient pas de source, Benoît qui, après avoir longuement prié, avait disposé trois pierres et dit aux frères : Allez ; vous trouverez sur un rocher trois pierres superposées. Creusez un peu, et vous verrez que le Dieu Tou-Puissant sait tirer de l'eau, même au sommet de la montagne, pour vous épargner ce chemin difficile. Nul doute que, pour saint Grégoire, saint Benoît soit un nouveau Moïse. Moïse, guidé par Dieu, n'avait-il pas fait jaillir, dans le désert, l'eau du rocher (Nombres, XX, I sq.) ?Or Benoît n’est un nouveau Moïse, que parce que, disciple du Christ, il possède en plénitude l’Esprit Saint qui avait animé Moïse et tous les prophètes.

Ce geste coutumier des orants qui fut celui de saint Benoît au moment de sa mort est aussi un rappel de la croix qui nous sauve. C'est le geste du Christ qui étendit les mains à l'heure de sa passion, afin que soit brisée la mort, et que la Résurrection soit manifestée.

Ce dernier épisode de la vie terrestre de saint Benoît est riche de plusieurs enseignements. Il nous apprend tout d'abord, que c'est à chaque instant que nous avons à préparer, amoureusement, notre rencontre avec le Seigneur et que, pour ce faire, il nous faut prier sans cesse, comme nous y invite saint Paul, pour être dans la joie et dans la paix. Cependant, saint Benoît, Sachons que nous serons exaucés non dans un flot de paroles, mais dans la pureté du cœur... (Règle, XX) et encore : Hâtons-nous de faire maintenant ce qui doit nous avancer pour l'éternité. Saint Benoît, par sa mort, nous enseigne aussi à ne pas être pleins de tristesse comme ceux qui n'ont pas d'espérance (1 Thessaloniciens IV, 13). Le Seigneur est affranchit de la mort, et dans le mystère de sa Résurrection, chaun de nous est déjà ressuscité.

Prière de sainte Gertrude en l'honneur de saint Benoît

Je vous salue par le Coeur de Jésus,

grand saint Benoît !

Je me réjouis de votre gloire

et je rends grâces à Notre Seigneur

de tous les bienfaits dont il vous a comblé.

Je le loue et le glorifie

et vous offre en accroissement de joie et d'honneur,

le Coeur très pacifique de Jésus.

Daignez donc,

ô Père bien-aimé,

prier pour nous afin que nous devenions selon le Coeur de Dieu.

Prière de Jean-Paul II en l'honneur de saint Benoît

O saint Patriarche, nous vous invoquons : levez vos bras paternels largement ouverts vers le Très Sainte Trinité et priez pour le monde, pour l'Eglise, et particulièrement pour l'Europe, pour votre Europe dont vous êtes le patron céleste : pour que celle-ci n'oublie pas, ne refuse pas, ne rejette pas l'extraordinaire trésor de la foi chrétienne qui, pendant des siècles a animé et fécondé l'histoire et le progrès moral, civil, culturel, artistique de ses différentes nations ; que, par la vertu de sa matrice chrétienne, elle soit porteuse et génératrice d'unité et de paix parmi les peuples du continent et ceux du monde entier ; qu'elle garantisse à tous ses citoyens la sérénité, la paix, le travail, la sécurité, les droits fondamentaux, comme ceux qui concernent la religion, la vie de famille, le mariage.

Prière

Benoît, aimé du Seigneur,

s'étant fortifié

par la réception du Corps et du Sang de Jésus-Christ,

était debout dans l'église,

appuyant ses membres défaillants

sur les bras de ses disciples.

Les mains élevées vers le ciel,

il exhala son âme dans les paroles de la prière ;

et on le vit monter au ciel

par une voie couverte de riches tapis

et resplendissante de l'éclat d'innombrables flambeaux.

Vous avez apparu en pleine gloire

en la présence du Seigneur ;

- Et c'est pour cela que le Seigneur vous a revêtu de beauté.

O Dieu, qui avez honoré de tant et de si glorieux privilèges la précieuse mort du très saint Père Benoît, daignez à accorder à nous qui honorons sa mémoire, la grâce d'être protégés contre les embûches de nos ennemis, à l'heure de notre mort, par sa bienheureuse présence. Par le Christ, notre Seigneur.

- Amen.

Prologue de la règle de St Benoît

Avant tout, demande à Dieu par une très instante prière qu'il mène à bonne fin tout bien que tu entreprends. Ainsi, celui qui a déjà daigné nous admettre au nombre de ses enfants n'aura pas sujet, un jour, de s'affliger de notre mauvaise conduite. Car, en tout temps, il faut avoir un tel soin d'employer à son service les biens qu'il a mis en nous, que non seulement il n'ait pas lieu, comme un père offensé, de priver ses fils de leur heritage, mais encore qu'il ne soit pas obligé, comme un maître redoutable et irrité de nos méfaits, de nous livrer à la punition éternelle, tels de très mauvais serviteurs qui n'auraient pas voulu le suivre pour entrer dans la gloire. Levons-nous donc enfin, l'Écriture nous y invite : l'heure est venue, dit-elle, de sortir de notre sommeil. Ouvrons les yeux à la lumière qui divinise. Ayons les oreilles attentives à l'avertissement que Dieu nous adresse chaque jour : Si vous entendez aujourd'hui sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs, et ailleurs : Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises. Et que dit-il ? Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Courez, pendant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent.

Le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple à laquelle il fait entendre ces appels, dit encore : Quel est celui qui désire la vie et souhaite voir des jours heureux ? Que si, à cette demande, tu lui réponds : « C'est moi », Dieu te réplique: Si tu veux jouir de la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres de toute parole trompeuse ; détourne-toi du mal et fais le bien; recherche la paix et poursuis-la. Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux veilleront sur vous et mes oreilles seront attentives à vos prières, et avant méme que vous ne m'invoquiez, je vous dirai : Me voici. Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ; Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie. Ceignons donc nos reins par la foi et la pratique des bonnes œuvres; sous la conduite de l'Évangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir un jour Celui qui nous a appelés dans son royaume. Si nous voulons habiter dans le tabernacle de ce royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions.

Comme il y a un zèle amer, mauvais, qui sépare de Dieu et conduit en enfer, de même il y a un bon zèle qui éloigne des vices, et conduit à Dieu et à la vie éternelle. C'est ce zèle que les moines doivent pratiquer avec une ardente charité, c'est-à-dire : Ils s'honoreront mutuellement de leurs prévenances. Ils supporteront très patiemment les infirmités d'autrui, tant celles du corps que celles de l'esprit. Ils s'obéiront à l'envi les uns aux autres. Nul ne recherchera ce qu'il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l'est pour autrui. Ils se rendront chastement les devoirs de la charité fraternelle. Ils auront pour Dieu une crainte inspirée par l'amour : ils auront pour leur abbé un amour humble et sincère. Ils ne préféreront absolument rien au Christ, qui veut nous conduire tous ensemble à la vie éternelle.

SOURCE : http://missel.free.fr/Sanctoral/07/11.php



St. Benedict of Nursia

Founder of western monasticism, born at Nursia, c. 480; died at Monte Cassino, 543. The only authentic life ofBenedict of Nursia is that contained in the second book of St. Gregory's "Dialogues". It is rather a charactersketch than a biography and consists, for the most part, of a number of miraculous incidents, which, although they illustrate the life of the saint, give little help towards a chronological account of his career. St. Gregory'sauthorities for all that he relates were the saint's own disciples, viz. Constantinus, who succeeded him as Abbotof Monte Cassino; and Honoratus, who was Abbot of Subiaco when St. Gregory wrote his "Dialogues".


Benedict was the son of a Roman noble of Nursia, a small town near Spoleto, and a tradition, which St. Bedeaccepts, makes him a twin with his sister Scholastica. His boyhood was spent in Rome, where he lived with hisparents and attended the schools until he had reached his higher studies. Then "giving over his books, and forsaking his father's house and wealth, with a mind only to serve God, he sought for some place where he might attain to the desire of his holy purpose; and in this sort he departed [from Rome], instructed with learnedignorance and furnished with unlearned wisdom" (Dial. St. Greg., II, Introd. in Migne, P.L. LXVI). There is much difference of opinion as to Benedict's age at the time. It has been very generally stated as fourteen, but a carefulexamination of St. Gregory's narrative makes it impossible to suppose him younger than nineteen or twenty. He was old enough to be in the midst of his literary studies, to understand the real meaning and worth of the dissolute and licentious lives of his companions, and to have been deeply affected himself by the love of a woman (Ibid. II, 2). He was capable of weighing all these things in comparison with the life taught in the Gospels, and chose the latter, He was at the beginning of life, and he had at his disposal the means to a career as a Romannoble; clearly he was not a child, As St. Gregory expresses it, "he was in the world and was free to enjoy the advantages which the world offers, but drew back his foot which he had, as it were, already set forth in the world" (ibid., Introd.). If we accept the date 480 for his birth, we may fix the date of his abandoning the schoolsand quitting home at about A.D. 500.

Benedict does not seem to have left Rome for the purpose of becoming a hermit, but only to find some place away from the life of the great city; moreover, he took his old nurse with him as a servant and they settled down to live in Enfide, near a church dedicated to St. Peter, in some kind of association with "a company of virtuousmen" who were in sympathy with his feelings and his views of life. Enfide, which the tradition of Subia coidentifies with the modern Affile, is in the Simbrucini mountains, about forty miles from Rome and two fromSubiaco. It stands on the crest of a ridge which rises rapidly from the valley to the higher range of mountains, and seen from the lower ground the village has the appearance of a fortress. As St. Gregory's account indicates, and as is confirmed by the remains of the old town and by the inscriptions found in the neighbourhood, Enfidewas a place of greater importance than is the present town. At Enfide Benedict worked his first miracle by restoring to perfect condition an earthenware wheat-sifter (capisterium) which his old servant had accidentallybroken. The notoriety which this miracle brought upon Benedict drove him to escape still farther from social life, and "he fled secretly from his nurse and sought the more retired district of Subiaco". His purpose of life had also been modified. He had fled Rome to escape the evils of a great city; he now determined to be poor and to live by his own work. "For God's sake he deliberately chose the hardships of life and the weariness of labour" (ibid., 1).

A short distance from Enfide is the entrance to a narrow, gloomy valley, penetrating the mountains and leading directly to Subiaco. Crossing the Anio and turning to the right, the path rises along the left face oft the ravine and soon reaches the site of Nero's villa and of the huge mole which formed the lower end of the middle lake; across the valley were ruins of the Roman baths, of which a few great arches and detached masses of wall still stand. Rising from the mole upon twenty five low arches, the foundations of which can even yet be traced, was the bridge from the villa to the baths, under which the waters of the middle lake poured in a wide fall into the lake below. The ruins of these vast buildings and the wide sheet of falling water closed up the entrance of the valley to St. Benedict as he came from Enfide; today the narrow valley lies open before us, closed only by the far off mountains. The path continues to ascend, and the side of the ravine, on which it runs, becomes steeper, until we reach a cave above which the mountain now rises almost perpendicularly; while on the right hand it strikes in a rapid descent down to where, in St. Benedict's day, five hundred feet below, lay the blue waters of the lake. The cave has a large triangular-shaped opening and is about ten feet deep. On his way from Enfide, Benedict met a monk, Romanus, whose monastery was on the mountain above the cliff overhanging the cave. Romanus had discussed with Benedict the purpose which had brought him to Subiaco, and had given him the monk's habit. By his advice Benedict became a hermit and for three years, unknown to men, lived in this cave above the lake. St. Gregory tells us little of these years, He now speaks of Benedict no longer as a youth (puer), but as a man (vir) of God. Romanus, he twice tells us, served the saint in every way he could. The monk apparently visited him frequently, and on fixed days brought him food.

During these three years of solitude, broken only by occasional communications with the outer world and by the visits of Romanus, he matured both in mind and character, in knowledge of himself and of his fellow-man, and at the same time he became not merely known to, but secured the respect of, those about him; so much so that on the death of the abbot of a monastery in the neighbourhood (identified by some with Vicovaro), the community came to him and begged him to become its abbot. Benedict was acquainted with the life and discipline of the monastery, and knew that "their manners were diverse from his and therefore that they would never agree together: yet, at length, overcome with their entreaty, he gave his consent" (ibid., 3). The experiment failed; themonks tried to poison him, and he returned to his cave. From this time his miracles seem to have become frequent, and many people, attracted by his sanctity and character, came to Subiaco to be under his guidance. For them he built in the valley twelve monasteries, in each of which he placed a superior with twelve monks. In a thirteenth he lived with "a few, such as he thought would more profit and be better instructed by his own presence" (ibid., 3). He remained, however, the father or abbot of all. With the establishment of thesemonasteries began the schools for children; and amongst the first to be brought were Maurus and Placid.

The remainder of St. Benedict's life was spent in realizing the ideal of monasticism which he has left us drawn out in his Rule, and before we follow the slight chronological story given by St. Gregory, it will be better to examine the ideal, which, as St. Gregory says, is St. Benedict's real biography (ibid., 36). We will deal here with the Ruleonly so far as it is an element in St. Benedict's life. For the relations which it bore to the monasticism of previous centuries, and for its influence throughout the West on civil and religious government, and upon the spiritual life of Christians, the reader is referred to the articles MONASTICISM and RULE OF SAINT BENEDICT.

The Benedictine rule

1. Before studying St. Benedict's Rule it is necessary to point out that it is written for laymen, not for clerics. Thesaint's purpose was not to institute an order of clerics with clerical duties and offices, but an organization and a set of rules for the domestic life of such laymen as wished to live as fully as possible the type of life presented in the Gospel. "My words", he says, "are addressed to thee, whoever thou art, that, renouncing thine own will, dost put on the strong and bright armour of obedience in order to fight for the Lord Christ, our true King." (Prol. toRule.) Later, the Church imposed the clerical state upon Benedictines, and with the state came a preponderance of clerical and sacerdotal duties, but the impress of the lay origin of the Benedictines has remained, and is perhaps the source of some of the characteristics which mark them off from later orders.

2. Another characteristic feature of the saint's Rule is its view of work. His so-called order was not established to carry on any particular work or to meet any special special crisis in the Church, as has been the case with otherorders. With Benedict the work of his monks was only a means to goodness of life. The great disciplinary force forhuman nature is work; idleness is its ruin. The purpose of his Rule was to bring men "back to God by the labour of obedience, from whom they had departed by the idleness of disobedience". Work was the first condition of all growth in goodness. It was in order that his own life might be "wearied with labours for God's sake" that St. Benedict left Enfide for the cave at Subiaco. It is necessary, comments St. Gregory, that God's elect should at the beginning, when life and temptations are strong in them, "be wearied with labour and pains". In the regenerationof human nature in the order of discipline, even prayer comes after work, for grace meets with no co-operation in the soul and heart of an idler. When the Goth "gave over the world" and went to Subiaco, St. Benedict gave him a bill-hook and set him to clear away briars for the making of a garden. "Ecce! labora!" go and work. Work is not, as the civilization of the time taught, the condition peculiar to slaves; it is the universal lot of man, necessary for his well-being as a man, and essential for him as a Christian.

3. The religious life, as conceived by St. Benedict is essentially social. Life apart from one's fellows, the life of ahermit, if it is to be wholesome and sane, is possible only for a few, and these few must have reached an advanced stage of self-discipline while living with others (Rule, 1). The Rule, therefore, is entirely occupied with regulating the life of a community of men who live and work and pray and eat together, and this is not merely for a course of training, but as a permanent element of life at its best. The Rule conceives the superiors as always present and in constant touch with every member of the government, which is best described as patriarchal, or paternal (ibid., 2, 3, 64). The superior is the head of a family; all are the permanent members of a household. Hence, too, much of the spiritual teaching of the Rule is concealed under legislation which seems purely socialand domestic organization (ibid. 22-23, 35-41). So intimately connected with domestic life is the whole framework and teaching of the Rule that a Benedictine may be more truly said to enter or join a particular household than to join an order. The social character of Benedictine life has found expression in a fixed type formonasteries and in the kind of works which Benedictines undertake, and it is secured by an absolute communismin possessions (ibid. 33, 34, 54, 55), by the rigorous suppression of all differences of worldly rank - "no one of noble birth may [for that reason] be put before him that was formerly a slave" (ibid. 2). and by the enforced presence of everyone at the routine duties of the household.

4. Although private ownership is most strictly forbidden by the Rule, it was no part of St. Benedict's conception ofmonastic life that his monks, as a body, should strip themselves of all wealth and live upon the alms of thecharitable; rather his purpose was to restrict the requirements of the individual to what was necessary and simple, and to secure that the use and administration of the corporate possessions should be in strict accord with the teaching of the Gospel. The Benedictine ideal of poverty is quite different from the Franciscan. TheBenedictine takes no explicit vow of poverty; he only vows obedience according to the Rule. The rule allows all that is necessary to each individual, together with sufficient and varied clothing, abundant food (excluding only the flesh of quadrupeds), wine and ample sleep (ibid., 39, 40, 41, 55). Possessions could be held in common, they might be large, but they were to be administered for the furtherance of the work of the community and for the benefit of others. While the individual monk was poor, the monastery was to be in a position to give alms, not to be compelled to seek them. It was to relieve the poor, to clothe the naked, to visit the sick, to bury the dead, to help the afflicted (ibid., 4), to entertain all strangers (ibid., 3). The poor came to Benedict to get help to pay their debts (Dial. St. Greg., 27); they came for food (ibid., 21, 28).

5. St. Benedict originated a form of government which is deserving of study. It is contained in chapters 2, 3, 31, 64, 65 of the Rule and in certain pregnant phrases scattered through other chapters. As with the Rule itself, so also his scheme of government is intended not for an order but for a single community. He presupposes that the community have bound themselves, by their promise of stability, to spend their lives together under the Rule. The superior is then elected by a free and universal suffrage. The government may be described as a monarchy, with the Rule as its constitution. Within the four corners of the Rule everything is left to the discretion of theabbot, the abuse of whose authority is checked by religion (Rule, 2), by open debate with the community on all important matters, and with its representative elders in smaller concerns (ibid., 3). The reality of these checks upon the wilfulness of the ruler can be appreciated only when it is remembered that ruler and community were bound together for life, that all were inspired by the single purpose of carrying out the conception of life taught in the Gospel, and that the relation of the members of the community to one another and to the abbot, and of theabbot to them, were elevated and spiritualized by a mysticism which set before itself the acceptance of the teachings of the Sermon on the Mount as real and work-a-day truths.

6. (a) When a Christian household, a community, has been organized by the willing acceptance of its social dutiesand responsibilities, by obedience to an authority, and, further, is under the continuous discipline of work andself-denial, the next step in the regeneration of its members in their return to God is prayer. The Rule deals directly and explicitly only with public prayer. For this Benedict assigns the Psalms and Canticles, with readings from the Scriptures and Fathers. He devotes eleven chapters out of the seventy-three of his Rule to regulating this public prayer, and it is characteristic of the freedom of his Rule and of the "moderation" of the saint, that he concludes his very careful directions by saying that if any superior does not like his arrangement he is free to make another; this only he says he will insist on, that the whole Psalter will be said in the course of a week. The practice of the holy Fathers, he adds, was resolutely "to say in a single day what I pray we tepid monks may get through in a whole week" (ibid., 18). On the other hand, he checks indiscreet zeal by laying down the general rule "that prayer made in common must always be short" (ibid., 20). It is very difficult to reduce St. Benedict's teaching on prayer to a system, for this reason, that in his conception of the Christian character, prayer is coexistent with the whole life, and life is not complete at any point unless penetrated by prayer. .

(b) The form of prayer which thus covers the whole of our waking hours, St. Benedict calls the first degree of humility. It consists in realizing the presence of God (ibid., 7). The first step begins when the spiritual is joined to the merely human, or, as the saint expresses it, it is the first step in a ladder, the rungs of which rest at one end in the body and at the other in the soul. The ability to exercise this form of prayer is fostered by that care of the "heart" on which the saint so often insists; and the heart is saved from the dissipation that would result fromsocial intercourse by the habit of mind which sees in everyone Christ Himself. "Let the sick be served in very deed as Christ Himself" (ibid., 36). "Let all guests that come be received as Christ" (ibid., 53). "Whether we beslaves or freemen, we are all one in Christ and bear an equal rank in the service of Our Lord" (ibid., 2).

(c) Secondly, there is public prayer. This is short and is to be said at intervals, at night and at seven distinct hours during the day, so that, when possible, there shall be no great interval without a call to formal, vocal,prayer (ibid., 16). The position which St. Benedict gave to public, common prayer can best be described by saying that he established it as the centre of the common life to which he bound his monks. It was the consecration, not only of the individual, but of the whole community to God by the oft-repeated daily public actsof faith. and of praise and adoration of the Creator; and this public worship of God, the opus Dei, was to form the chief work of his monks, and to be the source from which all other works took their inspiration, their direction, and their strength.

(d) Lastly, there is private prayer, for which the saint does not legislate. It follows individual gifts - "If anyone wishes to pray in private, let him go quietly into the oratory and pray, not with a loud voice, but with tears and fervour of heart" (ibid., 52). "Our prayer ought to be short and with purity of heart, except it be perchance prolonged by the inspiration of divine grace" (ibid., 20). But if St. Benedict gives no further directions on privateprayer, it is because the whole condition and mode of life secured by the Rule, and the character formed by its observance, lead naturally to the higher states of prayer. As the Saint writes: "Whoever, therefore, thou art that hastenest to thy heavenly country, fulfil by the help of Christ this little Rule which we have written for beginners; and then at length thou shalt arrive, under God's protection, at the lofty summits of doctrine and virtue of which we have spoken above" (ibid., 73). for guidance in these higher states the Saint refers to the Fathers, Basil and Cassian.

From this short examination of the Rule and its system of prayer, it will be obvious that to describe the Benedictine as a contemplative order is misleading, if the word is used in its modern technical sense as excluding active work; the "contemplative" is a form of life framed for different circumstances and with a different object from St. Benedict's. The Rule, including its system of prayer and public psalmody, is meant for every class ofmind and every degree of learning. It is framed not only for the educated and for souls advanced in perfection, but it organizes and directs a complete life which is adapted for simple folk and for sinners, for the observance of the Commandments and for the beginnings of goodness. "We have written this Rule", writes St. Benedict, "that by observing it in monasteries, we may shew ourselves to have some degree of goodness in life and a beginning of holiness. But for him who would hasten to the perfection of religion, there are the teachings of the holyFathers, the following whereof bringeth a man to the height of perfection" (ibid., 73). Before leaving the subject of prayer it will be well to point out again that by ordering the public recitation and singing of the Psalter, St. Benedict was not putting upon his monks a distinctly clerical obligation. The Psalter was the common form ofprayer of all Christians; we must not read into his Rule characteristics which a later age and discipline have made inseparable from the public recitation of the Divine Office.

We can now take up again the story of Benedict's life. How long he remained at Subiaco we do not know. Abbot Tosti conjectures it was until the year 529. Of these years St. Gregory is content to tell no more than a few stories descriptive of the life of the monks, and of the character and government of St. Benedict. The latter was making his first attempt to realize in these twelve monasteries his conception of the monastic life. We can fill in many of the details from the Rule. By his own experiment and his knowledge of the history of monasticism thesaint had learnt that the regeneration of the individual, except in abnormal cases, is not reached by the path of solitude, nor by that of austerity, but by the beaten path of man's social instinct, with its necessary conditions ofobedience and work; and that neither the body nor the mind can be safely overstrained in the effort to avoid evil(ibid., 64). Thus, at Subiaco we find no solitaries, no conventual hermits, no great austerities, but men living together in organized communities for the purpose of leading good lives, doing such work as came to their hand - carrying water up the steep mountain-side, doing the other household work, raising the twelve cloisters, clearing the ground, making gardens, teaching children, preaching to the country people, reading and studying at least four hours a day, receiving strangers, accepting and training new-comers, attending the regular hours of prayer, reciting and chanting the Psalter. The life at Subiaco and the character of St. Benedict attracted many to the newmonasteries, and their increasing numbers and growing influence came the inevitable jealousy and persecution, which culminated with a vile attempt of a neighboring priest to scandalize the monks by an exhibition of nakedwomen, dancing in the courtyard of the saint's monastery (Dial. St. Greg., 8). To save his followers from furtherpersecution Benedict left Subiaco and went to Monte Cassino.

Upon the crest of Monte Cassino "there was an ancient chapel in which the foolish and simple country people, according to the custom of the old Gentiles, worshipped the god Apollo. Round about it likewise upon all sides there were woods for the service of devils, in which, even to that very time, the mad multitude of infidels didoffer most wicked sacrifice. The man of God, coming hither, beat in pieces the idol, overthrew the altar, set fire on the woods and in the temple of Apollo built the oratory of St. Martin: and where the altar of the same Apollo was, he made an oratory of St. John: and by his continual preaching he brought the people dwelling in those parts to embrace the faith of Christ" (ibid., 8). On this spot the saint built his monastery. His experience atSubiaco had led him to alter his plans, and now, instead of building several houses with a small community in each, he kept all his monks in one monastery and provided for its government by appointing a prior and deans(Rule, 65, 21). We find no trace in his Rule, which was most probably written at Monte Cassino, of the view which guided him when he built the twelve small monasteries at Subiaco. The life which we have witnessed at Subiacowas renewed at Monte Cassino, but the change in the situation and local conditions brought a corresponding modification in the work undertaken by the monks. Subiaco was a retired valley away in the mountains and difficult of access; Cassino was on one of the great highways to the south of Italy, and at no great distance fromCapua. This brought the monastery into more frequent communication with the outside world. It soon became a centre of influence in a district in which there was a large population, with several dioceses and other monasteries. Abbots came to see and advise with Benedict. Men of all classes were frequent visitors, and he numbered nobles and bishops among his intimate friends. There were nuns in the neighbourhood whom themonks went to preach to and to teach. There was a village nearby in which St. Benedict preached and made many converts (Dial. St. Greg., 19). The monastery became the protector of the poor, their trustee (ibid., 31), their refuge in sickness, in trial, in accidents, in want.

Thus during the life of the saint we find what has ever since remained a characteristic feature of Benedictinehouses, i.e. the members take up any work which is adapted to their peculiar circumstances, any work which may be dictated by their necessities. Thus we find the Benedictines teaching in poor schools and in theuniversities, practising the arts and following agriculture, undertaking the care of souls, or devoting themselves wholly to study. No work is foreign to the Benedictine, provided only it is compatible with living in community and with the performance of the Divine Office. This freedom in the choice of work was necessary in a Rule which was to be suited to all times and places, but it was primarily the natural result of the which St. Benedict had in view, and which he differs from the founders of later orders. These later had in view some special work to which they wished their disciples to devote themselves; St. Benedict's purpose was only to provide a Rule by which anyone might follow the Gospel counsels, and live, and work and pray, and save his soul. St. Gregory's narrative of the establishment of Monte Cassino does little more for us than to supply disconnected incidents which illustrate the daily life of the monastery. We gain only a few biographical facts. From Monte Cassino St. Benedict founded another monastery near Terracina, on the coast, about forty miles distant (ibid., 22). To the wisdom of long experience and to the mature virtues of the saint, was now added the gift of prophecy, of which St. Gregorygives many examples. Celebrated among these is the story of the visit of Totila, King of the Goths, in the year 543, when the saint "rebuked him for his wicked deeds, and in a few words told him all that should befall him, saying 'Much wickedness do you daily commit, and many sins have you done: now at length give over your sinfullife. Into the city of Rome shall you enter, and over the sea shall you pass: nine years shall you reign, and in the tenth shall you leave this mortal life.' The king, hearing these things, was wonderfully afraid, and desiring theholy man to commend him to God in his prayers he departed: and from that time forward he was nothing so cruel as before he had been. Not long after he went to Rome, sailed over into Sicily, and in the tenth year of his reign he lost his kingdom together with his life." (ibid., 15).

Totila's visit to Monte Cassino in 543 is the only certain date we have in the saint's life. It must have occurred when Benedict was advanced in age. Abbot Tosti, following others, puts the saint's death in the same year. Just before his death we hear for the first time of his sister Scholastica. "She had been dedicated from her infancy toOur Lord, and used to come once a year to visit her brother. To whom the man of God went not far from the gate to a place that did belong to the abbey, there to give her entertainment" (ibid., 33). They met for the last time three days before Scholastica's death, on a day "when the sky was so clear that no cloud was to be seen". The sister begged her brother to stay the night, "but by no persuasion would he agree unto that, saying that he might not by any means tarry all night out of his abbey.... The nun receiving this denial of her brother, joining her hands together, laid them on the table; and so bowing her head upon them, she made her prayers toAlmighty God, and lifting her head from the table, there fell suddenly such a tempest of lightening and thundering, and such abundance of rain, that neither venerable Bennet, nor the monks that were with him, could put their head out of door" (ibid., 33). Three days later, "Benedict beheld the soul of his sister, which was departed from her body, in the likeness of a dove, to ascend into heaven: who rejoicing much to see her greatglory, with hymns and lauds gave thanks to Almighty God, and did impart news of this her death to his monkswhom also he sent presently to bring her corpse to his abbey, to have it buried in that grave which he had provided for himself" (ibid., 34).

It would seem to have been about this time that St. Benedict had that wonderful vision in which he came as near to seeing God as is possible for man in this life. St. Gregory and St. Bonaventure say that Benedict saw God and in that vision of God saw the whole world. St. Thomas will not allow that this could have been. Urban VIII, however, does not hesitate to say that "the saint merited while still in this mortal life, to see God Himself and inGod all that is below him". If he did not see the Creator, he saw the light which is in the Creator, and in that light, as St. Gregory says, "saw the whole world gathered together as it were under on beam of the sun. At the same time he saw the soul of Germanus, Bishop of Capua, in a fiery globe carried up by the angels to Heaven" (ibid., 35). Once more the hidden things of God were shown to him, and he warned his brethren, both "those that lived daily with him and those that dwelt far off" of his approaching death. "Six days before he left this world he gave orders to have his sepulchre opened, and forthwith falling into an ague, he began with burning heat to wax faint; and when as the sickness daily increased, upon the sixth day he commanded his monks to carry him into the oratory, where he did arm himself receiving the Body and Blood of our Saviour Christ; and having his weak body holden up betwixt the hands of his disciples, he stood with his own hands lifted up to heaven; and as he was in that manner praying, he gave up the ghost" (ibid., 37). He was buried in the same grave with his sister "in the oratory of St. John the Baptist, which [he] himself had built when he overthrew the altar of Apollo" (ibid.). There is some doubt whether the relics of the saint are still at Monte Cassino, or whether they were moved in the seventh century to Fleury. Abbot Tosti in his life of St. Benedict, discusses the question at length (chap. xi) and decides the controversy in favour of Monte Cassino.

Perhaps the most striking characteristics in St. Benedict are his deep and wide human feeling and his moderation. The former reveals itself in the many anecdotes recorded by St. Gregory. We see it in his sympathy and care for the simplest of his monks; his hastening to the help of the poor Goth who had lot his bill-hook; spending the hours of the night in prayer on the mountain to save his monks the labour of carrying water, and to remove from their lives a "just cause of grumbling"; staying three days in a monastery to help to induce one of the monks to "remain quietly at his prayers as the other monks did", instead of going forth from the chapel and wandering about "busying himself worldly and transitory things". He lets the crow from the neighboring woods come daily when all are at dinner to be fed by himself. His mind is always with those who are absent; sitting in his cell he knows that Placid is fallen into the lake; he foresees the accident to the builders and sends a warning to them; in spirit and some kind of real presence he is with the monks "eating and refreshing themselves" on their journey, with his friend Valentinian on his way to the monastery, with the monk taking a present from thenuns, with the new community in Terracina. Throughout St. Gregory's narrative he is always the same quiet, gentle, dignified, strong, peace-loving man who by the subtle power of sympathy becomes the centre of the lives and interests of all about him. We see him with his monks in the church, at their reading, sometimes in the fields, but more commonly in his cell, where frequent messengers find him "weeping silently in his prayers", and in the night hours standing at "the window of his cell in the tower, offering up his prayers to God"; and often, as Totila found him, sitting outside the door of his cell, or "before the gate of the monastery reading a book". He has given his own portrait in his ideal picture of an abbot (Rule, 64):

It beseemeth the abbot to be ever doing some good for his brethren rather than to be presiding over them. He must, therefore, be learned in the law of God, that he may know whence to bring forth things new and old; he must be chaste, sober, and merciful, ever preferring mercy to justice, that he himself may obtain mercy. Let him hate sin and love the brethren. And even in his corrections, let him act withprudence, and not go too far, lest while he seeketh too eagerly to scrape off the rust, the vessel be broken. Let him keep his own frailty ever before his eyes, and remember that the bruised reed must not be broken. And by this we do not mean that he should suffer vices to grow up; but that prudently and with charity he should cut them off, in the way he shall see best for each, as we have already said; and let him study rather to be loved than feared. Let him not be violent nor over anxious, not exacting nor obstinate, not jealous nor prone to suspicion, or else he will never be at rest. In all his commands, whether spiritual or temporal, let him be prudent and considerate. In the works which he imposeth let him be discreet and moderate, bearing in mind the discretion of holy Jacob, when he said: 'If I causemy flocks to be overdriven, they will all perish in one day'. Taking, then, such testimonies as are borne by these and the like words to discretion, the mother of virtues, let him so temper all things, that the strong may have something to strive after, and the weak nothing at which to take alarm.


Ford, Hugh. "St. Benedict of Nursia." The Catholic Encyclopedia. Vol. 2. New York: Robert Appleton Company, 1907. 11 Jul. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/02467b.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Robert Gordon. In Memory of Clifford A Gordon.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. 1907. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/02467b.htm


ST ST. BENEDICT, ABBOT.

BENEDICT, blessed by grace and in name, was born of a noble Italian family about 480. When a boy he was sent to Rome, and there placed in the public schools. Scared by the licentiousness of the Roman youth, he fled to the desert mountains of Subiaco, and was directed by the Holy Spirit into a cave, deep, craggy, and almost inaccessible. He lived there for three years, unknown to any one save the holy monk Romanus, who clothed him with the monastic habit and brought him food. But the fame of his sanctity soon gathered disciples round him. The rigor of his rule, however, drew on him the hatred of some of the monks, and one of them mixed poison with the abbot's drink. But when the Saint made the sign of the cross on the poisoned bowl, it broke and fell in pieces to the ground. After he had built twelve monasteries at Subiaco, he removed to Monte Cassino, where he founded an abbey in which he wrote his rule, and lived until death. By prayer he did all things: wrought miracles, saw visions, and prophesied. A peasant, whose boy had just died, ran in anguish to St. Benedict, crying out, "Give me back my son." The monks joined the poor man in his entreaties; but the Saint replied, "Such miracles are not for us to work, but for the blessed Apostles. Why will you lay upon me a burden which my weakness cannot bear ?" Moved at length by compassion he knelt down, and prostrating himself upon the body of the child prayed earnestly. Then rising, he cried out, "Behold not, 0 Lord, my sins, but the faith of this man, who desireth the life of his son, and restore to the body that soul which Thou halt taken away." Hardly had he spoken when the child's body began to tremble, and taking it by the hand he restored it alive to its father. Six days before his death he ordered his grave to be opened, and fell ill of a fever. On the sixth day he requested to be borne into the chapel, and, having received the Body and Blood of Christ, with hands uplifted, and leaning on one of his disciples, he calmly expired in prayer on the 21st of March, 543.

REFLECTION.—The Saints never feared to undertake any work, however arduous, for God, because distrusting self they relied for assistance and support wholly upon prayer.

SOURCE : http://jesus-passion.com/saint_benedict2.htm



Benedict, Abbot Founder (RM) +

July 11


Born in Nursia, Italy, c. 490; died at Monte Cassino, 543; feast day formerly March 21.

"If you are really a servant of Jesus Christ, let the chain of love hold you firm in your resolve, not a chain of iron."

"Idleness is the enemy of the soul."

"The first degree of humility is obedience without delay."

--St. Benedict

Nearly everything we know about St. Benedict comes from the Dialogues of Pope Saint Gregory the Great and from what we can deduce from his Rule. In the days when monasticism was regarded as the most religious way of life, though it led to many abuses and encouraged the view that the Christian could best serve God by withdrawing from the world, it was St. Benedict who brought to it a new sense of order and significance. He was born in central Italy of good family, was educated at Rome, at 14 years of age joined a Christian group outside the city, and afterwards lived as a hermit in a mountain cave. During this period he made a close study of the Scriptures, and for the rest of his life, in complete self-dedication, gave all that God asked. "The finger of God had only to point, and he followed whatever the cost." The cave was a hidden retreat upon a barren mountainside, its whereabouts known only to a single friend who brought him food in secret, lowering it by rope over the mountain edge. After three years he was chosen by the monks of a neighboring monastery to be their abbot, but so strict was his discipline and so stern his rebukes of their laxity that they sought to remove him, even attempting to poison him, and he was glad to escape to his mountain refuge.

But now he could not be alone, for disciples flocked to him. They came from every rank of life, and his cave was no longer convenient in view of the demands made upon him. He was subjected also to the jealous persecution of a local priest. In 527, therefore, he travelled to Monte Cassino, 85 miles southeast of Rome, on the summit of which stood an altar to Apollo; there he tore down the pagan shrine and established the greatest and most famous of all monasteries, which became the home of the Benedictine Order. The place itself was symbolic, for as on the massive rock he built a temple to God, so also upon enduring foundatiuons he built a temple of the Spirit. When he died there were 14 Benedictine communities, and by the 14th century there were over 30,000.

At Monte Cassino he established his famous Rule which changed and renewed the monastic life of Europe. He provided against vagabondage, immorality, and other evils then prevalent in religious houses. A monk was to be a soldier of God, "a member of a spiritual garrison holding duty for Christ in a hostile world"; and to be always on duty. It was a great and happy brotherhood with a strong family unity, so that wherever its members went they felt a common bond, and drew their strength from their home at Cassino, built upon the rock.

He believed in the moral value of work; for idleness, he said, is hostile to the soul, and manual labor is part of the true pattern and glory of life. Thus work and study were joyfully intermingled, and each of his monasteries became a colony of God, a mission station with a civilizing influence in the dark night of Northern Europe. In lands conquered by invaders with the sword, he and his followers conquered by the Cross, and brought to men the arts and virtues of peace. "The chaos of the empire was the opportunity of the Church." The ruins of Fountains, Rievaulx, Tintern, and other abbeys indicate the size of these Christian settlements, and Canterbury itself, like many of our cathedrals, was a Benedictine foundation (Gill).

In the Dialogues the story is ended: "I had told you that Benedict wanted something and could not attain it. If we consider the matter there is no doubt that he wanted the sky to remain as clear as it had been when he arrive; but his will was opposed by a miracle which the heart of a woman obtained from Almighty God. And it is not astonishing that he should be overcome by this woman who desired to be with her brother for a longer time, for it is writtenin St. John: 'God is love.' And it was by the just decree of God that she, who loved more, ws the more powerful."

From the Rule of St. Benedict:

"Help those who are in trouble.
"Console the afflicted.
"Prefer nothing to the love of Christ.
"Speak the truth from your heart as from your mouth.
"Attribute the good that you find in yourself to God, and not to yourself.
"Desire eternal life with all the ardor of your soul.
"Listen willingly to the Holy Scriptures.
"Daily confess your past faults to God in your prayers with tears and groans, and in the future corect them.
"In all things obey the instructions of the Abbot even if, God forbid, he should go astray in his works, remembering this precept of the Lord: Do what they say, but not what they do.
"Do not try to pass yourself off as a saint before being one, but become one first, so that it may be said more truly of you that you are a Saint.
"Honor those who are old.
"Love those who are younger.
"Pray for your enemies in the love of Christ.
"Make peace, before the setting of the sun, with those from whom you have been separated by discord.
"And never despair of the mercy of God."

(Encyclopedia).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0711.shtml



Saint Benedict

It is unfortunate that no contemporary biography was written of a man who has exercised the greatest influence on monasticism in the West. Benedict is well recognized in the later Dialogues of St. Gregory, but these are sketches to illustrate miraculous elements of his career.

Benedict was born of a distinguished family in central Italy, studied at Rome and early in life was drawn to the monastic life. At first he became a hermit, leaving a depressing world—pagan armies on the march, the Church torn by schism, people suffering from war, morality at a low ebb.

He soon realized that he could not live a hidden life in a small town any better than in a large city, so he withdrew to a cave high in the mountains for three years. Some monks chose him as their leader for a while, but found his strictness not to their taste. Still, the shift from hermit to community life had begun for him. He had an idea of gathering various families of monks into one “Grand Monastery” to give them the benefit of unity, fraternity, permanent worship in one house. Finally he began to build what was to become one of the most famous monasteries in the world—Monte Cassino, commanding three narrow valleys running toward the mountains north of Naples.

The Rule that gradually developed prescribed a life of liturgical prayer, study, manual labor and living together in community under a common father (abbot). Benedictine asceticism is known for its moderation, and Benedictine charity has always shown concern for the people in the surrounding countryside. In the course of the Middle Ages, all monasticism in the West was gradually brought under the Rule of St. Benedict.

Today the Benedictine family is represented by two branches: the Benedictine Federation and the Cistercians.

SOURCE : http://ucatholic.com/saints/benedict/


Pietro Annigoni. San Benedetto, affresco nell'abbazia Montecassino, 1981

San Benedetto da Norcia Abate, patrono d'Europa


Norcia (Perugia), ca. 480 - Montecassino (Frosinone), 21 marzo 543/560

È il patriarca del monachesimo occidentale. Dopo un periodo di solitudine presso il sacro Speco di Subiaco, passò alla forma cenobitica prima a Subiaco, poi a Montecassino. La sua Regola, che riassume la tradizione monastica orientale adattandola con saggezza e discrezione al mondo latino, apre una via nuova alla civiltà europea dopo il declino di quella romana. In questa scuola di servizio del Signore hanno un ruolo determinante la lettura meditata della parola di Dio e la lode liturgica, alternata con i ritmi del lavoro in un clima intenso di carità fraterna e di servizio reciproco. Nel solco di San Benedetto sorsero nel continente europeo e nelle isole centri di preghiera, di cultura, di promozione umana, di ospitalità per i poveri e i pellegrini. Due secoli dopo la sua morte, saranno più di mille i monasteri guidati dalla sua Regola. Paolo VI lo proclamò patrono d'Europa (24 ottobre 1964). (Avvenire)

Patronato: Europa, Monaci, Speleologi, Architetti, Ingegneri

Etimologia: Benedetto = che augura il bene, dal latino

Emblema: Bastone pastorale, Coppa, Corvo imperiale

Martirologio Romano: Memoria di san Benedetto, abate, che, nato a Norcia in Umbria ed educato a Roma, iniziò a condurre vita eremitica nella regione di Subiaco, raccogliendo intorno a sé molti discepoli; spostatosi poi a Cassino, fondò qui il celebre monastero e scrisse la regola, che tanto si diffuse in ogni lugo da meritargli il titolo di patriarca dei monaci in Occidente. Si ritiene sia morto il 21 marzo.

(21 marzo: A Montecassino, anniversario della morte di san Benedetto, abate, la cui memoria si celebra l’11 luglio).

San Benedetto, Fondatore del monachesimo occidentale, e anche Patrono del mio pontificato. Comincio con una parola di san Gregorio Magno, che scrive di san Benedetto: “L’uomo di Dio che brillò su questa terra con tanti miracoli non rifulse meno per l’eloquenza con cui seppe esporre la sua dottrina” (Dial. II, 36). Queste parole il grande Papa scrisse nell’anno 592; il santo monaco era morto appena 50 anni prima ed era ancora vivo nella memoria della gente e soprattutto nel fiorente Ordine religioso da lui fondato. San Benedetto da Norcia con la sua vita e la sua opera ha esercitato un influsso fondamentale sullo sviluppo della civiltà e della cultura europea. La fonte più importante sulla vita di lui è il secondo libro dei Dialoghi di san Gregorio Magno. Non è una biografia nel senso classico. Secondo le idee del suo tempo, egli vuole illustrare mediante l’esempio di un uomo concreto – appunto di san Benedetto – l’ascesa alle vette della contemplazione, che può essere realizzata da chi si abbandona a Dio. Quindi ci dà un modello della vita umana come ascesa verso il vertice della perfezione. San Gregorio Magno racconta anche, in questo libro dei Dialoghi, di molti miracoli compiuti dal Santo, ed anche qui non vuole semplicemente raccontare qualche cosa di strano, ma dimostrare come Dio, ammonendo, aiutando e anche punendo, intervenga nelle concrete situazioni della vita dell’uomo. Vuole mostrare che Dio non è un’ipotesi lontana posta all’origine del mondo, ma è presente nella vita dell’uomo, di ogni uomo.

Questa prospettiva del “biografo” si spiega anche alla luce del contesto generale del suo tempo: a cavallo tra il V e il VI secolo il mondo era sconvolto da una tremenda crisi di valori e di istituzioni, causata dal crollo dell’Impero Romano, dall’invasione dei nuovi popoli e dalla decadenza dei costumi. Con la presentazione di san Benedetto come “astro luminoso”, Gregorio voleva indicare in questa situazione tremenda, proprio qui in questa città di Roma, la via d’uscita dalla “notte oscura della storia” (cfr Giovanni Paolo II, Insegnamenti, II/1, 1979, p. 1158). Di fatto, l’opera del Santo e, in modo particolare, la sua Regola si rivelarono apportatrici di un autentico fermento spirituale, che mutò nel corso dei secoli, ben al di là dei confini della sua Patria e del suo tempo, il volto dell’Europa, suscitando dopo la caduta dell’unità politica creata dall’impero romano una nuova unità spirituale e culturale, quella della fede cristiana condivisa dai popoli del continente. E’ nata proprio così la realtà che noi chiamiamo “Europa”.

La nascita di san Benedetto viene datata intorno all’anno 480. Proveniva, così dice san Gregorio, “ex provincia Nursiae” – dalla regione della Nursia. I suoi genitori benestanti lo mandarono per la sua formazione negli studi a Roma. Egli però non si fermò a lungo nella Città eterna. Come spiegazione pienamente credibile, Gregorio accenna al fatto che il giovane Benedetto era disgustato dallo stile di vita di molti suoi compagni di studi, che vivevano in modo dissoluto, e non voleva cadere negli stessi loro sbagli. Voleva piacere a Dio solo; “soli Deo placere desiderans” (II Dial., Prol 1). Così, ancora prima della conclusione dei suoi studi, Benedetto lasciò Roma e si ritirò nella solitudine dei monti ad est di Roma. Dopo un primo soggiorno nel villaggio di Effide (oggi: Affile), dove per un certo periodo si associò ad una “comunità religiosa” di monaci, si fece eremita nella non lontana Subiaco. Lì visse per tre anni completamente solo in una grotta che, a partire dall’Alto Medioevo, costituisce il “cuore” di un monastero benedettino chiamato “Sacro Speco”. Il periodo in Subiaco, un periodo di solitudine con Dio, fu per Benedetto un tempo di maturazione. Qui doveva sopportare e superare le tre tentazioni fondamentali di ogni essere umano: la tentazione dell’autoaffermazione e del desiderio di porre se stesso al centro, la tentazione della sensualità e, infine, la tentazione dell’ira e della vendetta. Era infatti convinzione di Benedetto che, solo dopo aver vinto queste tentazioni, egli avrebbe potuto dire agli altri una parola utile per le loro situazioni di bisogno. E così, riappacificata la sua anima, era in grado di controllare pienamente le pulsioni dell’io, per essere così un creatore di pace intorno a sé. Solo allora decise di fondare i primi suoi monasteri nella valle dell’Anio, vicino a Subiaco.

Nell’anno 529 Benedetto lasciò Subiaco per stabilirsi a Montecassino. Alcuni hanno spiegato questo trasferimento come una fuga davanti agli intrighi di un invidioso ecclesiastico locale. Ma questo tentativo di spiegazione si è rivelato poco convincente, giacché la morte improvvisa di lui non indusse Benedetto a ritornare (II Dial. 8). In realtà, questa decisione gli si impose perché era entrato in una nuova fase della sua maturazione interiore e della sua esperienza monastica. Secondo Gregorio Magno, l’esodo dalla remota valle dell’Anio verso il Monte Cassio – un’altura che, dominando la vasta pianura circostante, è visibile da lontano – riveste un carattere simbolico: la vita monastica nel nascondimento ha una sua ragion d’essere, ma un monastero ha anche una sua finalità pubblica nella vita della Chiesa e della società, deve dare visibilità alla fede come forza di vita. Di fatto, quando, il 21 marzo 547, Benedetto concluse la sua vita terrena, lasciò con la sua Regola e con la famiglia benedettina da lui fondata un patrimonio che ha portato nei secoli trascorsi e porta tuttora frutto in tutto il mondo.

Nell’intero secondo libro dei Dialoghi Gregorio ci illustra come la vita di san Benedetto fosse immersa in un’atmosfera di preghiera, fondamento portante della sua esistenza. Senza preghiera non c’è esperienza di Dio. Ma la spiritualità di Benedetto non era un’interiorità fuori dalla realtà. Nell’inquietudine e nella confusione del suo tempo, egli viveva sotto lo sguardo di Dio e proprio così non perse mai di vista i doveri della vita quotidiana e l’uomo con i suoi bisogni concreti. Vedendo Dio capì la realtà dell’uomo e la sua missione. Nella sua Regola egli qualifica la vita monastica “una scuola del servizio del Signore” (Prol. 45) e chiede ai suoi monaci che “all’Opera di Dio [cioè all’Ufficio Divino o alla Liturgia delle Ore] non si anteponga nulla” (43,3). Sottolinea, però, che la preghiera è in primo luogo un atto di ascolto (Prol. 9-11), che deve poi tradursi nell’azione concreta. “Il Signore attende che noi rispondiamo ogni giorno coi fatti ai suoi santi insegnamenti”, egli afferma (Prol. 35). Così la vita del monaco diventa una simbiosi feconda tra azione e contemplazione “affinché in tutto venga glorificato Dio” (57,9). In contrasto con una autorealizzazione facile ed egocentrica, oggi spesso esaltata, l’impegno primo ed irrinunciabile del discepolo di san Benedetto è la sincera ricerca di Dio (58,7) sulla via tracciata dal Cristo umile ed obbediente (5,13), all’amore del quale egli non deve anteporre alcunché (4,21; 72,11) e proprio così, nel servizio dell’altro, diventa uomo del servizio e della pace. Nell’esercizio dell’obbedienza posta in atto con una fede animata dall’amore (5,2), il monaco conquista l’umiltà (5,1), alla quale la Regola dedica un intero capitolo (7). In questo modo l’uomo diventa sempre più conforme a Cristo e raggiunge la vera autorealizzazione come creatura ad immagine e somiglianza di Dio.

All’obbedienza del discepolo deve corrispondere la saggezza dell’Abate, che nel monastero tiene “le veci di Cristo” (2,2; 63,13). La sua figura, delineata soprattutto nel secondo capitolo della Regola, con un profilo di spirituale bellezza e di esigente impegno, può essere considerata come un autoritratto di Benedetto, poiché – come scrive Gregorio Magno – “il Santo non poté in alcun modo insegnare diversamente da come visse” (Dial. II, 36). L’Abate deve essere insieme un tenero padre e anche un severo maestro (2,24), un vero educatore.
Inflessibile contro i vizi, è però chiamato soprattutto ad imitare la tenerezza del Buon Pastore (27,8), ad “aiutare piuttosto che a dominare” (64,8), ad “accentuare più con i fatti che con le parole tutto ciò che è buono e santo” e ad “illustrare i divini comandamenti col suo esempio” (2,12). Per essere in grado di decidere responsabilmente, anche l’Abate deve essere uno che ascolta “il consiglio dei fratelli” (3,2), perché “spesso Dio rivela al più giovane la soluzione migliore” (3,3). Questa disposizione rende sorprendentemente moderna una Regola scritta quasi quindici secoli fa! Un uomo di responsabilità pubblica, e anche in piccoli ambiti, deve sempre essere anche un uomo che sa ascoltare e sa imparare da quanto ascolta.

Benedetto qualifica la Regola come “minima, tracciata solo per l’inizio” (73,8); in realtà però essa offre indicazioni utili non solo ai monaci, ma anche a tutti coloro che cercano una guida nel loro cammino verso Dio. Per la sua misura, la sua umanità e il suo sobrio discernimento tra l’essenziale e il secondario nella vita spirituale, essa ha potuto mantenere la sua forza illuminante fino ad oggi. Paolo VI, proclamando nel 24 ottobre 1964 san Benedetto Patrono d’Europa, intese riconoscere l’opera meravigliosa svolta dal Santo mediante la Regola per la formazione della civiltà e della cultura europea. Oggi l’Europa – uscita appena da un secolo profondamente ferito da due guerre mondiali e dopo il crollo delle grandi ideologie rivelatesi come tragiche utopie – è alla ricerca della propria identità. Per creare un’unità nuova e duratura, sono certo importanti gli strumenti politici, economici e giuridici, ma occorre anche suscitare un rinnovamento etico e spirituale che attinga alle radici cristiane del Continente, altrimenti non si può ricostruire l’Europa. Senza questa linfa vitale, l’uomo resta esposto al pericolo di soccombere all’antica tentazione di volersi redimere da sé – utopia che, in modi diversi, nell’Europa del Novecento ha causato, come ha rilevato il Papa Giovanni Paolo II, “un regresso senza precedenti nella tormentata storia dell’umanità” (Insegnamenti, XIII/1, 1990, p. 58). Cercando il vero progresso, ascoltiamo anche oggi la Regola di san Benedetto come una luce per il nostro cammino. Il grande monaco rimane un vero maestro alla cui scuola possiamo imparare l’arte di vivere l’umanesimo vero.

Autore: Papa Benedetto XVI (Udienza Generale 9.04.2008)


La sua nobile famiglia lo manda a Roma per gli studi, che lui non completerà mai. Lo attrae la vita monastica, ma i suoi progetti iniziali falliscono. Per certuni è un santo, ma c’è chi non lo capisce e lo combatte. Alcune canaglie in tonaca lo vogliono per abate e poi tentano di avvelenarlo. In Italia i Bizantini strappano ai Goti, con anni di guerra, una terra devastata da fame, malattie e terrore. Del resto, in Gallia le successioni al trono si risolvono in famiglia con l’omicidio.

"Dovremmo domandarci a quali eccessi si sarebbe spinta la gente del Medioevo, se non si fosse levata questa voce grande e dolce". Lo dice nel XX secolo lo storico Jaques Le Goff. E la voce di Benedetto comincia a farsi sentire da Montecassino verso il 529. Ha creato un monastero con uomini in sintonia con lui, che rifanno vivibili quelle terre. Di anno in anno, ecco campi, frutteti, orti, il laboratorio... Qui si comincia a rinnovare il mondo: qui diventano uguali e fratelli “latini” e “barbari”, ex pagani ed ex ariani, antichi schiavi e antichi padroni di schiavi. Ora tutti sono una cosa sola, stessa legge, stessi diritti, stesso rispetto. Qui finisce l’antichità, per mano di Benedetto. Il suo monachesimo non fugge il mondo. Serve Dio e il mondo nella preghiera e nel lavoro.

Irradia esempi tutt’intorno con il suo ordinamento interno fondato sui tre punti: la stabilità, per cui nei suoi cenobi si entra per restarci; il rispetto dell’orario (preghiera, lavoro, riposo), col quale Benedetto rivaluta il tempo come un bene da non sperperare mai. Lo spirito di fraternità, infine, incoraggia e rasserena l’ubbidienza: c’è l’autorità dell’abate, ma Benedetto, con la sua profonda conoscenza dell’uomo, insegna a esercitarla "con voce grande e dolce".

Il fondatore ha dato ai tempi nuovi ciò che essi confusamente aspettavano. C’erano già tanti monasteri in Europa prima di lui. Ma con lui il monachesimo-rifugio diventerà monachesimo-azione. La sua Regola non rimane italiana: è subito europea, perché si adatta a tutti.

Due secoli dopo la sua morte, saranno più di mille i monasteri guidati dalla sua Regola (ma non sappiamo con certezza se ne sia lui il primo autore. Così come continuiamo ad essere incerti sull’anno della sua morte a Montecassino). Papa Gregorio Magno gli ha dedicato un libro dei suoi Dialoghi, ma soltanto a scopo di edificazione, trascurando molti particolari importanti.

Nel libro c’è però un’espressione ricorrente: i visitatori di Benedetto – re, monaci, contadini – lo trovano spesso "intento a leggere". Anche i suoi monaci studiano e imparano. Il cenobio non è un semplice sodalizio di eruditi per il recupero dei classici: lo studio è in funzione dell’evangelizzare. Ma quest’opera fa pure di esso un rifugio della cultura nel tempo del grande buio.

Autore:
Domenico Agasso


Voir aussi : Saint Grégoire le Grand, De la vie et des miracles du saint abbé Benoît, Dialogues, livre second http://www.st-benoit-du-lac.com/benoit/viedestbenoit/viestbenoittable.html

http://abbayejouarre.org/index.php?option=com_content&view=article&id=25:viebenoit&catid=15:racines&Itemid=66

THE RULE OF SAINT BENEDICT - http://jesus-passion.com/saint_benedict2.htm


The Medal of Saint Benedict - http://www.osb.org/gen/medal.html