dimanche 25 mars 2012

ANNONCIATION de la TRÈS SAINTE VIERGE MARIE



ANNONCIATION de la TRÈS SAINTE VIERGE MARIE

L'Annonciation de la Sainte Vierge et l'Incarnation de Jésus-Christ, base de notre sainte religion, ne forment, pour ainsi dire, qu'un seul et inséparable mystère. Depuis plus de quatre mille ans, la terre attendait le Sauveur promis; l'heure de la délivrance a sonné enfin: voici le Rédempteur! Une scène d'une grandeur toute mystérieuse se passe dans les splendeurs du Ciel; la sainte et adorable Trinité tient conseil.

Pour réparer l'injure infinie faite à la Divinité par le péché, il faut une réparation infinie et par conséquent divine: le Fils de Dieu descendra de Son trône éternel, Il prendra une chair humaine et sera tout ensemble Dieu et Homme: Homme parce qu'il faut une Victime, Dieu parce qu'il faut une Victime digne de Dieu.

Le message céleste est confié à l'Archange Gabriel. Où trouvera-t-il Celle qui, d'après les plans divins, doit donner naissance au Sauveur du monde? Sera-ce dans un grand empire? Non, mais dans la petite province de Galilée, perdue au milieu de l'immense empire romain. Il convient du moins de prendre sur un trône Celle qui doit devenir la Mère de Son Dieu? Non encore: il y a dans la petite ville de Nazareth une humble et pauvre maison où habite une jeune vierge inconnue; Son nom est Marie; Elle est la chaste épouse d'un ouvrier, le chaste Joseph.

En ce moment, Elle prie à genoux, et soupire peut-être après la venue du Messie promis. L'Ange soudain paraît devant Elle: "Je Vous salue, pleine de grâce, dit-il, le Seigneur est avec Vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes!"

Marie Se trouble, à ces étonnantes paroles. L'ange ranime aussitôt la confiance de la timide vierge: "Ne craignez rien, Marie, ajoute-t-il, Vous avez trouvé grâce devant Dieu; Vous concevrez et Vous enfanterez un Fils, à qui Vous donnerez le nom de Jésus; Il sera grand, et on L'appellera le Fils du Très-Haut, et Son règne n'aura pas de fin."

Quelle promesse, quel honneur et quel bonheur! Mais comment s'opérera cette merveille en Celle qui a voué à Dieu Sa virginité? La réponse est facile à l'envoyé du Ciel: "L'Esprit-Saint descendra en Vous, et la vertu du Très-Haut Vous couvrira de Son ombre." Marie n'a plus qu'à prononcer le Fiat qui va faire tressaillir la terre d'espérance: "Voici la servante du Seigneur, qu'il Me soit fait selon votre parole."

A cet instant béni, le mystère s'accomplit, le Verbe Se fait chair, et Marie pourra entonner bientôt le cantique de la reconnaissance: "Mon âme glorifie le Seigneur, et Mon coeur exulte en Dieu Mon Sauveur! A cause des grandes choses que Dieu a opérées en Moi, toutes les nations M'appelleront bienheureuse!"

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.



Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie

Une des plus anciennes fêtes de la Ste Vierge à Rome depuis le VIIe siècle. Même si aux débuts, l’appellation était celle d’Annonciation du Seigneur, très vite elle devint Annonciation de Sainte Marie.

Double au Moyen Âge, elle devint double de IIème classe lors de la réforme tridentine et de Ière classe sous Léon XIII en 1893.

En Orient, la fête est toujours célébrée le 25 mars, même si ce jour tombe durant le triduum pascal. A Rome, dès le XIIe siècle, l’usage de transférer l’Annonciation au lundi après le Dimanche de Quasimodo, s’établit quand cette occurrence se réalisait. De nos jours, la fête est transférée si elle tombe durant la Semaine Sainte ou l’Octave pascale.

AUX PREMIÈRES VÊPRES.

Les Antiennes, le Capitule, le V/. de Laudes. Le reste au commun.

Ant.au Magnificat L’Esprit-Saint * descendra en vous, Marie, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre.

A MATINES. avant 1960

Invitatoire. Je vous salue, Marie, pleine de grâce : * Le Seigneur est avec vous.

Hymnus

Quem terra, pontus, sídera

Colunt, adórant, prædicant,

Trinam regéntem máchinam,

Claustrum Maríæ báiulat.

Cui luna, sol et ómnia

Desérviunt per témpora,

Perfúsa cæli grátia,

Gestant puéllæ víscera.

Beáta Mater múnere,

Cuius, supérnus Artifex

Mundum pugíllo cóntinens,

Ventris sub arca clausus est.

Beáta cæli núntio,

Fœcúnda Sancto Spíritu,

Desiderátus géntibus

Cuius per alvum fusus est.

Hymne

Celui que la terre, la mer, et les cieux

vénèrent, adorent et annoncent ;

Celui qui régit ce triple monde,

Marie le porte caché dans son sein.

Celui à qui la lune, le soleil et toutes les choses

obéissent constamment,

est porté par les entrailles d’une jeune vierge,

toute pénétrée de la grâce céleste.

Bienheureuse mère !

dont le sein virginal par un prodige de grâce,

renferme l’Artisan suprême

qui tient le monde dans sa main.

Bienheureuse ! À la parole d’un messager du ciel,

elle est rendue féconde par le Saint-Esprit,

et son sein donne au monde

le désiré des nations.

O Jésus, gloire à vous

qui êtes né de la Vierge,

ainsi qu’au Père et à l’Esprit-Saint

dans les siècles éternels. Amen.

Au premier nocturne. Ant. 1 Vous êtes bénie * entre les femmes et le fruit de votre sein est béni.

Ant. 2 Comme une myrrhe * de choix vous avez exalé un parfum suave, ô sainte Mère de Dieu.

Ant. 3 Devant le trône * de cette Vierge, chantez-nous souvent de doux cantiques qui nous rappellent ses saintes actions.

V/. Dans votre gloire et votre beauté.

R/. Avancez heureusement, avancez et régnez.

Du Prophète Isaïe.. Cap. 7, 10-15 ; 11, 1-5 ; 35, 1-7.

Première leçon. Le Seigneur parla encore à Achaz, disant : Demande pour toi un miracle au Seigneur ton Dieu, au fond de l’enfer, ou au plus haut des cieux. Et Achaz dit : Je n’en demanderai pas et je ne tenterai pas le Seigneur. Et (le prophète) dit : Écoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous d’être fâcheux aux hommes, puisque vous êtes fâcheux même à mon Dieu ? A cause de cela, le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voilà que la Vierge concevra et enfantera un fils, et son nom sera appelé Emmanuel. Il mangera du beurre et du miel, en sorte qu’il sache réprouver le mal et choisir le bien.

R/. L’Ange Gabriel fut envoyé à Marie, vierge qu’avait épousée Joseph, lui portant un message, et la Vierge fut effrayée de la lumière. Ne craignez point, Marie ; vous avez trouvé grâce devant le Seigneur [1] : * Voilà que vous concevrez et que vous enfanterez, et il sera appelé le Fils du Très-Haut. V/. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob. * Voilà.

Deuxième leçon. Et il sortira un rejeton de la racine de Jessé, et une fleur s’élèvera de sa racine, et l’esprit du Seigneur reposera sur lui ; l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de piété. L’esprit de crainte du Seigneur le remplira. Il ne jugera pas d’après" ce qu’auront vu les yeux, et il ne condamnera pas d’après ce qu’auront ouï les oreilles. Mais il jugera les pauvres dans la justice ; et il se prononcera avec équité pour les paisibles de la terre ; et il frappera la terre de la verge de sa bouche, et du souffle de ses .lèvres, il tuera l’impie Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité le ceinturon de ses flancs.

R/. Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous : * L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi la chose sainte qui naîtra de vous sera appelée le Fils de Dieu. V/. Comment cela se fera-t-il ? Car je ne connais point d’homme. Et l’Ange répondant, lui dit. * L’Esprit-Saint.

Troisième leçon. Elle se réjouira, la terre déserte et sans chemin, et elle exultera, la solitude, et fleurira comme le lis. Germant, elle germera, et elle exultera toute joyeuse et chantant des louanges ; la gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron ; eux-mêmes verront la gloire du Seigneur, et la majesté de notre Dieu. Fortifiez les mains languissantes, et affermissez les genoux débiles, Dites aux pusillanimes : Prenez courage, et ne craignez point ; car voici que votre Dieu amènera la vengeance de rétribution ; Dieu lui-même viendra, et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds entendront. Alors le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée ; parce que des eaux se sont répandues dans le désert, et des torrents dans la solitude. Et (la terre) qui était aride sera comme un étang, et celle qui avait soif, comme des fontaines d’eaux.

R/. Recevez, Vierge Marie, la parole du Seigneur, qui vous est transmise par un Ange : vous concevrez et enfanterez Dieu et homme tout ensemble : * Et ainsi vous serez appelée bénie entre toutes les femmes. V/. Vous enfanterez vraiment un fils, et votre virginité n’en souffrira point de détriment : vous concevrez, et vous serez mère toujours sans tache. * Et. Gloire au Père. * Et.

Au deuxième nocturne.

Ant. 1 Dans votre dignité * et votre beauté, avancez, avancez avec succès et régnez.

Ant. 2 Dieu la protège * de son regard : Dieu est au milieu d’elle, elle ne sera pas ébranlée.

Ant. 3 Comme celui de tous ceux qui possèdent la vraie joie *, notre refuge est en vous, sainte Mère de Dieu.

V/. Dieu la protège de son regard.

R/. Dieu est au milieu d’elle, elle ne sera pas ébranlée.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. Dès que la méchanceté du démon nous eut empoisonnés du venin mortel de son envie, le Dieu tout-puissant et clément, dont la nature est bonté, la volonté, puissance, et l’action, miséricorde, indiqua d’avance le remède que sa pitié destinait à guérir les humains ; et cela, dans les premiers temps du monde, quand il déclara au serpent que de la femme naîtrait quelqu’un d’assez fort pour écraser sa tète pleine d’orgueil et de malice : il annonçait par laque le Christ viendrait en notre chair, à la fois Dieu et homme, et que, né d’une vierge, sa naissance condamnerait celui par qui la race humaine avait été souillée.

R/. Voici, dit le Seigneur, que la Vierge concevra et enfantera un fils : * Et son nom sera appelé Admirable, Dieu, Fort. V/. Il s’assiéra sur le trône de David, et sur son royaume, régnera pour l’éternité. * Et.

Cinquième leçon. Après avoir trompé l’homme par sa fourberie, le démon se réjouissait de le voir privé des dons célestes, dépouillé du privilège de l’immortalité, et soumis à un terrible arrêt de mort ; il se réjouissait d’avoir trouvé quelque consolation dans ses maux par la compagnie du prévaricateur, et d’avoir été cause que Dieu, ayant créé l’homme dans un état si honorable, avait changé ses dispositions à son égard, pour obéir aux exigences d’une juste sévérité. Il a donc fallu, bien-aimés frères, la merveilleuse économie d’un profond dessein, pour qu’un Dieu immuable et dont la volonté ne peut cesser d’être bonne, accomplît, au moyen d’un mystère plus caché, les premières vues de son amour, et pour que l’homme, entraîné au mal par l’astuce et la méchanceté du démon, rie vînt pas à périr, contrairement au but que Dieu s’était proposé.

R/. Il sortira un rejeton de la racine de Jessé, et une fleur s’élèvera de sa racine : * Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité le ceinturon de ses flancs. V/. Et l’esprit du Seigneur reposera sur lui, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force. * Et.

Sixième leçon. Lors donc, bien-aimés frères, qu’arrivent les temps, marqués d’avance pour la rédemption des hommes, notre Seigneur Jésus-Christ descend du ciel et vient ici-bas, sans quitter la gloire de son Père : c’est un prodige nouveau que sa génération, un prodige nouveau que sa nativité. Prodige nouveau : lui qui est invisible de sa nature, il s’est rendu visible dans la nôtre ; lui qui est immense et insaisissable, il a voulu être saisi et limité ; lui qui subsiste ayant les siècles, il a commencé d’être au cours des siècles ; lui, souverain maître de l’univers, il a voilé l’éclat de sa majesté et revêtu la forme d’un esclave ; lui, Dieu impassible et immortel, il n’a point dédaigné de se faire homme passible, de s’assujettir aux lois de la mortalité !

R/. Sainte et immaculée virginité, je ne sais par quelles louanges vous exalter : * Car vous avez porté dans votre sein celui que les cieux ne peuvent contenir. V/. Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de votre sein est béni. * Car. Gloire au Père. * Car.

Au troisième nocturne.

Ant. 1 Réjouissez-vous, Vierge Marie *, vous seule avez détruit toutes les hérésies dans le monde entier. [2]

Ant. 2 Rendez-moi digne * de vous louer, ô Vierge sainte ; donnez-moi de la force contre vos ennemis.

Ant. 3 L’Ange du Seigneur, * annonça à Marie et elle conçut de l’Esprit-Saint.

V/. Dieu l’a élue et choisie avec prédilection.

R/. Il l’a fait habiter dans son tabernacle.

Lecture du saint Évangile selon saint Luc. Cap. 1, 26-38.

En ce temps-là : l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. Et le reste.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. A la vérité, les secrets et les mystères de Dieu sont cachés, et, selon la parole d’un Prophète, il n’est pas facile aux hommes de pénétrer ses desseins ; cependant, par les autres actions et instructions du Sauveur, nous pouvons comprendre que ce n’est pas sans un dessein particulier que celle-là a été choisie pour enfanter le Seigneur, qui était l’épouse d’un homme. Mais pourquoi n’a-t-elle pas été mère avant d’être épousée ? De crainte, peut-être, qu’on ne l’accusât d’adultère.

R/. Vous tous qui aimez le Seigneur, réjouissez-vous avec moi, parce que, comme j’étais petite, j’ai plu au Très-Haut : * Et de mes entrailles j’ai enfanté le Dieu-Homme. V/. Toutes les générations me diront bienheureuse, parce que Dieu a regardé son humble servante. * Et.

Huitième leçon. Or l’Ange vint vers elle. Reconnaissez la Vierge à ses actes, reconnaissez la Vierge à sa modestie ; apprenez à la connaître par l’oracle qui lui est annoncé, par le mystère qui s’opère en elle. C’est le propre des vierges de trembler, de s’effrayer à l’approche d’un homme, et de craindre tous ses discours. Que les femmes apprennent à imiter cet exemple de modestie. Marie vit seule dans sa maison, se dérobant aux regards des hommes ; un Ange seul trouve accès auprès d’elle. Elle est seule, sans compagnie ; seule, sans témoin, de crainte d’être corrompue par un entretien profane, et l’Ange la salue.

R/. Réjouissez-vous, Vierge Marie, qui avez cru aux paroles de l’’Archange Gabriel, vous seule avez détruit toutes les hérésies : * En enfantant, vierge, un Dieu-Homme, et en restant vierge sans tache après l’enfantement. V/. Vous êtes bienheureuse, vous qui avez cru, car les choses qui vous ont été dites par le Seigneur se sont accomplies. * En. Gloire au Père. * En.

Neuvième leçon. Ce n’était pas la bouche d’un homme, mais celle d’un Ange, qui devait exposer le mystère d’un tel message. Aujourd’hui pour la première fois l’on entend : « L’Esprit Saint surviendra en vous ». On entend et on croit. « Voici, dit Marie, la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ». Voyez son humilité, voyez son dévouement. Elle se dit la servante du Seigneur, elle qui est choisie pour sa mère ; et elle ne s’enorgueillit pas de cette promesse inattendue.

A LAUDES.

Ant. 1 Ill fut envoyé,* l’Ange Gabriel, à la Vierge Marie, qu’avait épousée Joseph.

Ant. 2 Je vous salue, Marie, * pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes.

Ant. 3 Ne craignez point, Marie ; * vous avez trouvé grâce devant le Seigneur ; voilà que vous concevrez et enfanterez un fils.

Ant. 4 Le Seigneur lui donnera * le trône de David, son père ; et il régnera éternellement.

Ant. 5 Voici la servante du Seigneur, * qu’il me soit fait selon votre parole.

Capitule. Is. 7, 14-15.Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et son nom sera appelé Emmanuel. Il mangera du beurre et du miel, en sorte qu’il sache réprouver le mal et choisir le bien.


Melozzo da Forlì, . Annonciation,  Panthéon de Rome.


Hymnus

O gloriósa vírginum,

Sublímis inter sídera,

Qui te creávit, párvulum

Lacténte nutris úbere.

Quod Heva tristis ábstulit,

Tu reddis almo gérmine :

Intrent ut astra flébiles,

Cæli reclúdis cárdines.

Tu Regis alti iánua

Et aula lucis fúlgida :

Vitam datam per Vírginem,

Gentes redémptæ, pláudite.

Hymne

O la plus glorieuse des vierges,

élevée au-dessus des astres ;

vous nourrissez du lait de votre sein

Celui qui vous a créée, devenu petit enfant.

Vous nous rendez par votre auguste Fils,

ce dont Ève nous avait malheureusement privés :

vous ouvrez les portes du ciel

pour y faire entrer ceux qui pleurent.

Vous êtes la porte du grand Roi,

et sa cour, éclatante de lumière.

Nations rachetées, célébrez toutes la vie

qui nous est donnée par cette Vierge.

Gloire à vous, Ô Jésus,

qui êtes né de la vierge,

ainsi qu’au Père et à l’Esprit-Saint,

dans les siècles éternels. Amen.

V/. Je vous salue, Marie, pleine de grâce.

R/. Le Seigneur est avec vous.

Ant. au Bénédictus Comment cela se fera-t-il, * Ange de Dieu ? Car je ne connais point d’homme. — Écoutez, Vierge Marie : l’Esprit-Saint surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre.

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

Les Antiennes, le Capitule, le V/. de Laudes.

Hymnus

Ave, maris stella,

Dei Mater alma,

Atque semper Virgo,

Felix cæli porta.

Sumens illud Ave

Gabriélis ore,

Funda nos in pace,

Mutans Hevæ nomen.

Solve vincla reis,

Profer lumen cæcis,

Mala nostra pelle,

Bona cuncta posce.

Monstra te esse matrem,

Sumat per te preces,

Qui pro nobis natus

Tulit esse tuus.

Virgo singuláris,

Inter omnes mitis,

Nos, culpis solútos,

Mites fac et castos.

Vitam præsta puram,

Iter para tutum,

Ut, vidéntes Iesum,

Semper collætémur.

Hymne

Salut, astre des mers,

Mère de Dieu féconde,

Salut, ô toujours Vierge,

Porte heureuse du ciel !

Vous qui de Gabriel

Avez reçu l’Ave,

Fondez-nous dans la paix,

Changeant le nom d’Eva.

Délivrez les captifs,

Éclairez les aveugles,

Chassez loin tous nos maux,

Demandez tous les biens.

Montrez en vous la Mère,

Vous-même offrez nos vœux

Au Dieu qui, né pour nous,

Voulut naître de vous.

O Vierge incomparable,

Vierge douce entre toutes !

Affranchis du péché,

Rendez-nous doux et chastes

Donnez vie innocente,

Et sûr pèlerinage,

Pour qu’un jour soit Jésus

Notre liesse à tous.

Louange à Dieu le Père,

Gloire au Christ souverain ;

Louange au Saint-Esprit ;

Aux trois un seul hommage.

Amen.

Ant. au Magnificat L’Ange Gabriel * parla à Marie, disant : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes.

[1] « L’Ange dit à Marie qu’elle a trouvé la grâce. Mais comment cela ? Marie ne fut jamais privée de la grâce, elle en fut toujours remplie ; comment donc l’Ange peut-il lui dire qu’elle l’a trouvée ? Le Cardinal Hugues répond que Marie n’a pas trouvé la grâce pour elle-même, mais pour nous, qui avons eu le malheur de la perdre ; ainsi, ajoute-t-il, pour la recouvrer, nous devons nous présenter à la Bienheureuse Vierge, et lui dire : Auguste Dame ! le bien doit être restitué à qui l’a perdu ; or cette grâce que vous avez trouvée n’est pas à vous, qui l’avez toujours possédée, mais à nous, qui l’avons perdue ; vous devez donc nous la rendre. » (Saint Alphonse).

[2] 1° C’est de Marie qu’il a été dit au prince du mensonge : « Elle t’écrasera la tête. »(Genèse, 3, 15). 2° II n’est point d’hérésie qui ne provienne de la négation de l’Incarnation ou n’y conduise, de là le lien intime qui unit Marie à tout le dogme chrétien. 3e « La grande foi de Marie qui crut Gabriel sur parole, qui voyant son Fils, faible enfant, pauvre, méprisé, crucifié, l’adora constamment comme son Dieu ; cette grande foi lui mérita de devenir la lumière de tous les fidèles. »(Saint Liguori).


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Cette journée est grande dans les annales de l’humanité ; elle est grande aux yeux même de Dieu : car elle est l’anniversaire du plus solennel événement qui se soit accompli dans le temps. Aujourd’hui, le Verbe divin, par lequel le Père a créé le monde, s’est fait chair au sein d’une Vierge, et il a habité parmi nous [3]. Suspendons en ce jour nos saintes tristesses ; et en adorant les grandeurs du Fils de Dieu qui s’abaisse, rendons grâces au Père qui a aimé le monde jusqu’à lui donner son Fils unique [4], et au Saint-Esprit dont la vertu toute-puissante opère un si profond mystère Au sein même de l’austère Quarantaine, voici que nous préludons aux joies ineffables de la fête de Noël ; encore neuf mois, et notre Emmanuel conçu en ce jour naîtra dans Bethléhem, et les concerts des Anges nous convieront à venir saluer sa naissance fortunée.

Dans la semaine de la Septuagésime, nous avons contemplé avec terreur la chute de nos premiers parents ; nous avons entendu la voix de Dieu dénonçant la triple sentence, contre le serpent, contre la femme, et enfin contre l’homme. Nos cœurs ont été glacés d’effroi au bruit de cette malédiction dont les effets sont arrives sur nous, et doivent se taire sentir jusqu’au dernier jour du monde. Cependant, une espérance s’est fait jour dans notre âme ; du milieu des anathèmes, une promesse divine a brillé [5] tout à coup comme une lueur de salut. Notre oreille a entendu le Seigneur irrite dire au serpent infernal qu’un jour sa tête altière serait brisée, et que le pied d’une femme lui porterait ce coup terrible.

Le moment est venu où le Seigneur va remplir l’antique promesse. Durant quatre mille ans, le monde en attendit l’effet ; malgré ses ténèbres et ses crimes, cette espérance ne s’éteignit pas dans son sein. Dans le cours des siècles, la divine miséricorde a multiplié les miracles, les prophéties, les figures, pour rappeler l’engagement qu’elle daigna prendre avec l’homme. Le sang du Messie a passé d’Adam à Noé ; de Sem à Abraham, Isaac et Jacob ; de David et Salomon à Joachim ; il coule maintenant dans les veines de Marie, tille de Joachim. Marie est cette femme par qui doit être levée la malédiction qui pèse sur notre race. Le Seigneur, en la décrétant immaculée, a constitué une irréconciliable inimitié entre elle et le serpent ; et c’est aujourd’hui que cette tille d’Ève va réparer la chute de sa mère, relever son sexe de l’abaissement dans lequel il était plongé, et coopérer directement et efficacement à la victoire que le Fils de Dieu vient remporter en personne sur l’ennemi de sa gloire et du genre humain.

La tradition apostolique a signalé à la sainte Église le vingt-cinq mars, comme le jour qui vit s’accomplir l’auguste mystère. Ce fut à l’heure de minuit que la très pure Marie, seule, et dans le recueillement de la prière, vit apparaître devant elle le radieux Archange descendu du ciel pour venir recevoir son consentement, au nom de la glorieuse Trinité. Assistons à l’entrevue de l’Ange et de la Vierge, et reportons en même temps notre pensée aux premiers jours du monde. Un saint Évêque martyr du IIe siècle, fidèle écho de l’enseignement des Apôtres, saint Irénée, nous a appris à rapprocher cette grande scène de celle qui eut lieu sous les ombrages d’Éden [6].

Dans le jardin des délices, c’est une vierge qui se trouve en présence d’un ange, et un colloque s’établit entre l’ange et la vierge. A Nazareth, une vierge est aussi interpellée par un ange, et un dialogue s’établit entre eux ; mais l’ange du Paradis terrestre est un esprit de ténèbres, et celui de Nazareth est un esprit de lumière Dans les deux rencontres, c’est l’ange qui prend le premier la parole. « Pourquoi, dit l’esprit maudit à la première femme, pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres de ce jardin ? » On sent déjà dans cette demande impatiente la provocation au mal, le mépris, la haine envers la faible créature dans laquelle Satan poursuit l’image de Dieu.

Voyez au contraire l’ange de lumière avec quelle douceur, quelle paix, il approche de la nouvelle Ève ! Avec quel respect il s’incline devant cette fille des hommes ! « Salut, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes » Qui ne reconnaît l’accent céleste dans ces paroles où tout respire la dignité et la paix ! Mais continuons de suivre le mystérieux parallèle.

La femme d’Éden, dans son imprudence, écoute la voix du séducteur ; elle s’empresse de répondre. Sa curiosité l’engage dans une conversation avec celui qui l’invite à scruter les décrets de Dieu. Elle n’a pas de défiance à l’égard du serpent qui lui parle, tout à l’heure, elle se défiera de Dieu même.

Marie a entendu les paroles de Gabriel ; mais cette Vierge très prudente, comme parle l’Église, demeure dans le silence. Elle se demande d’où peuvent venir ces éloges dont elle est l’objet. La plus pure, la plus humble des vierges craint la flatterie ; et l’envoyé céleste n’obtiendra pas d’elle une parole qu’il n’ait éclairci sa mission par la suite de son discours. « Ne craignez pas, ô Marie, dit-il à la nouvelle Ève : car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. Voici que vous concevrez et enfanterez un fils, et vous l’appellerez Jésus. Il sera grand, et il sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura pas de fin. »

Quelles magnifiques promesses descendues du ciel, de la part de Dieu ! Quel objet plus digne de la noble ambition d’une fille de Juda, qui sait de quelle gloire doit être entourée l’heureuse mère du Messie ? Cependant, Marie n’est pas tentée par tant d’honneur. Elle a pour jamais consacré sa virginité au Seigneur, afin de lui être plus étroitement unie par l’amour ; la destinée la plus glorieuse qu’elle ne pourrait obtenir qu’en violant ce pacte sacré, ne saurait émouvoir son âme. « Comment cela pourrait-il se faire, répond-elle à l’Ange, puisque je ne connais pas d’homme ? »

La première Ève ne montre pas ce calme, ce désintéressement. A peine l’ange pervers lui a-t-il assuré qu’elle peut violer, sans crainte de mourir, le commandement de son divin bienfaiteur, que le prix de sa désobéissance sera d’entrer par la science en participation de la divinité même : tout aussitôt, elle est subjuguée. L’amour d’elle-même lui a fait oublier en un instant le devoir et la reconnaissance ; elle est heureuse de se voir affranchie au plus tôt de ce double lien qui lui pèse.

Telle se montre cette femme qui nous a perdus ; mais combien différente nous apparaît cette autre femme qui devait nous sauver ! La première, cruelle à sa postérité, se préoccupe uniquement d’elle-même ; la seconde s’oublie, pour ne songer qu’aux droits de Dieu sur elle. L’Ange, ravi de cette sublime fidélité, achève de lui dévoiler le plan divin « L’Esprit-Saint, lui dit-il, surviendra en vous ; la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; et c’est pour cela que ce qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Élisabeth votre cousine a conçu un fils, malgré sa vieillesse ; celle qui fut stérile est arrivée déjà à son sixième mois : car rien n’est impossible à Dieu. » L’Ange arrête ici son discours, et il attend dans le silence la résolution de la vierge de Nazareth.

Reportons nos regards sur la vierge d’Éden. A peine l’esprit infernal a-t-il cessé de parler, qu’elle jette un œil de convoitise sur le fruit défendu ; elle aspire à l’indépendance dont ce fruit si délectable va la mettre en possession. Sa main désobéissante s’avance pour le cueillir ; elle le saisit, elle le porte avidement à sa bouche, et au même instant la mort prend possession d’elle : mort de l’âme par le péché qui éteint la lumière de vie ; mort du corps qui séparé du principe d’immortalité, devient désormais un objet de honte et de confusion, en attendant qu’il tombe en poussière.

Mais détournons nos yeux de ce triste spectacle, et revenons a Nazareth. Marie a recueilli les dernières paroles de l’Ange ; la volonté du ciel est manifeste pour elle. Cette volonté lui est glorieuse et fortunée : elle l’assure que l’ineffable bonheur de se sentir Mère d’un Dieu lui est réservé, à elle humble fille de l’homme, et que la fleur de virginité lui sera conservée. En présence de cette volonté souveraine, Marie s’incline dans une parfaite obéissance, et dit au céleste envoyé : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole ».

Ainsi, selon la remarque de notre grand saint Irénée, répétée par toute la tradition chrétienne, l’obéissance de la seconde femme répare la désobéissance de la première ; car la Vierge de Nazareth n’a pas plus tôt dit : Qu’il me soit fait, Fiat, que le Fils éternel de Dieu qui, selon le décret divin, attendait cette parole, se rend présent, par l’opération de l’Esprit-Saint, dans le chaste sein de Marie, et vient y commencer une vie humaine. Une Vierge devient Mère, et la Mère d’un Dieu ; et c’est l’acquiescement de cette Vierge à la souveraine volonté qui la rend féconde, par l’ineffable vertu de l’Esprit-Saint. Mystère sublime qui établit des relations de fils et de mère entre le Verbe éternel et une simple femme ; qui fournit au Tout-Puissant un moyen digne de lui d’assurer son triomphe contre L’esprit infernal, dont l’audace et la perfidie semblaient avoir prévalu jusqu’alors contre le plan divin !

Jamais défaite ne fut plus humiliante et plus complète que celle de Satan, en ce jour Le pied de la femme, de cette humble créature qui lui offrit une victoire si facile, ce pied vainqueur, il le sent maintenant peser de tout son poids sur sa tête orgueilleuse qui en est brisée. Ève se relève dans son heureuse fille pour écraser le serpent. Dieu n’a pas choisi l’homme pour cette vengeance : l’humiliation de Satan n’eût pas été assez profonde. C’est la première proie de l’enfer, sa victime la plus faible, la plus désarmée, que le Seigneur dirige contre cet ennemi. Pour prix d’un si haut triomphe, une femme dominera désormais non seulement sur les anges rebelles, mais sur toute la race humaine ; bien plus, sur toutes les hiérarchies des Esprits célestes. Du haut de son trône sublime, Marie Mère de Dieu plane au-dessus de toute la création. Au fond des abîmes infernaux Satan rugira d’un désespoir éternel, en songeant au malheur qu’il eut de diriger ses premières attaques contre un être fragile et crédule que Dieu a si magnifiquement vengé ; et dans les hauteurs du ciel, les Chérubins et les Séraphins lèveront timidement leurs regards éblouis vers Marie, ambitionneront son sourire, et se feront gloire d’exécuter les moindres désirs de cette femme, la Mère du grand Dieu et la sœur des hommes.

C’est pourquoi nous, enfants de la race humaine, arrachés à la dent du serpent infernal par l’obéissance de Marie, nous saluons aujourd’hui l’aurore de notre délivrance. Empruntant les paroles du cantique de Debbora, où cette femme, type de Marie victorieuse, chante son triomphe sur les ennemis du peuple saint, nous disons : « La race des forts avait disparu d’Israël, jusqu’au jour où s’éleva Debbora, où parut celle qui est la mère dans Israël. Le Seigneur a inauguré un nouveau genre de combat ; il a forcé les portes de son ennemi [7]. » Prêtons l’oreille, et entendons encore, à travers les siècles, cette autre femme victorieuse, Judith. Elle chante à son tour : « Célébrez le Seigneur notre Dieu, qui n’abandonne pas ceux qui espèrent en lui. C’est en moi, sa servante, qu’il a accompli la miséricorde promise à la maison d’Israël ; c’est par ma main qu’il a immolé, cette nuit même, l’ennemi de son peuple. Le Seigneur tout-puissant a frappé cet ennemi ; il l’a livré aux mains d’une femme, et il l’a percé de son glaive [8]. »

AUX PREMIÈRES VÊPRES.

Lorsque la fête de l’Annonciation tombe un autre jour que le lundi, les premières Vêpres de cette solennité sont célébrées avant midi, selon l’usage du Carême dans les jours de jeûne ; mais si la fête arrive le lundi, cet Office se célèbre à l’heure ordinaire des Vêpres, et l’on fait seulement commémoration du Dimanche, par l’Antienne de Magnificat et par l’Oraison.

L’Office des premières Vêpres est toujours comme l’ouverture de la fête ; et l’Église aujourd’hui emprunte la matière de ses chants au récit de l’Évangéliste qui nous a transmis le sublime dialogue de l’Ange et de la Vierge. Les Psaumes sont ceux que la tradition chrétienne a consacres à la célébration des grandeurs de Marie, et dont nous avons ailleurs expliqué l’intention.

A LA MESSE.

La sainte Église emprunte la plus grande partie des chants du Sacrifice au sublime épithalame dans lequel le Roi-Prophète célèbre l’union de l’Époux et de l’Épouse. A l’Introït, elle salue en Marie la Reine du genre humain, devant laquelle toute créature doit s’incliner. La virginité a préparé en Marie la Mère d’un Dieu ; cette vertu sera imitée dans l’Église ; et chaque génération enfantera de nombreux essaims de vierges, qui marcheront sur les traces de celle qui est leur mère et leur modèle.

Dans la Collecte, l’Église se glorifie de sa loi dans la maternité divine, et réclame, à ce titre, l’intercession toute-puissante de Marie auprès de Dieu. Ce dogme fondé sur le fait qui s’accomplit aujourd’hui est la base de notre croyance, le fondement du divin mystère de l’Incarnation.

ÉPÎTRE.

C’est en parlant à un roi impie qui refusait un prodige que Dieu daignait lui offrir, en signe de sa miséricordieuse protection sur Jérusalem, que le Prophète annonce à Juda la sublime merveille qui s’accomplit aujourd’hui : Une vierge concevra et enfantera un fils. C’est dans un siècle où le genre humain semblait avoir comblé la mesure de tous ses crimes, où le polythéisme et la plus affreuse dépravation régnaient par toute la terre, que le Seigneur réalise ce prodige. La plénitude des temps est arrivée ; et cette antique tradition qui a fait le tour du monde : qu’une Vierge deviendrait mère, se réveille dans le souvenir des peuples En ce jour où un si profond mystère s’est accompli, révérons la puissance du Seigneur, et sa fidélité à ses promesses. L’auteur des lois de la nature les suspend pour agir lui-même ; la virginité et la maternité s’unissent dans une même créature : c’est qu’un Dieu va naître. Une Vierge ne pouvait enfanter qu’un Dieu : c’est pourquoi le fils de Marie aura nom Emmanuel, Dieu avec nous.

Adorons dans son infirmité volontaire le Dieu créateur du monde visible et invisible, qui veut désormais que toute créature confesse non seulement sa grandeur infinie, mais encore la vérité de cette nature humaine qu’il daigne prendre pour nous sauver. A partir de cette heure, il est bien le Fils de l’Homme : neuf mois il habitera le sein maternel, comme les autres enfants ; comme eux après sa naissance, il goûtera le lait et le miel, et sanctifiera tous les états de l’humanité : car il est l’homme nouveau qui a daigné descendre du ciel pour relever l’ancien. Sans rien perdre de sa divinité, il vient subir toutes les conditions de notre être infirme et borné, afin de nous rendre à son tour participants de la nature divine [9].

Dans le Graduel, l’Église chante avec David la beauté de l’Emmanuel, son règne et la force de son bras : car il vient dans l’humilité pour se relever dans la gloire : il descend pour combattre et pour triompher.

L’Église continue d’employer le même cantique dans le Trait, mais c’est pour célébrer les grandeurs de Marie, Vierge et Mère. L’Esprit-Saint l’a aimée pour son incomparable beauté : aujourd’hui il la couvre de son ombre, et elle conçoit divinement. Quelle gloire est comparable à celle de Marie, en qui se complaît la Trinité tout entière ? Dans l’ordre de la création, la puissance de Dieu ne saurait produire rien de plus élevé qu’une Mère de Dieu. David nous montre son heureuse fille recevant les hommages des grands de la terre, et entourée d’une cour toute composée de vierges dont elle est le modèle et la reine. Ce jour est aussi le triomphe de la virginité, qui se voit élevée jusqu’à la maternité divine ; aujourd’hui Marie relève son sexe de l’esclavage, et lui ouvre la voie à toutes les grandeurs.

ÉVANGILE.

Marie dit : Voici la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon votre parole.

Par ces dernières paroles, ô Marie, notre sort est fixé. Vous consentez au désir du Ciel : et votre acquiescement assure notre salut. O Vierge ! ô Mère ! Bénie entre les femmes, recevez avec les hommages des Ailles les actions de grâces du genre humain Par vous, notre ruine est réparée, en vous notre nature se relève, car vous êtes le trophée de la victoire de l’homme sur son ennemi. « Réjouis-toi, ô Adam, notre père, mais triomphe surtout, toi notre mère, ô Ève ! Vous qui, ancêtres de nous tous, fûtes aussi envers nous tous des auteurs de mort : meurtriers de votre race avant d’en être les pères. Consolez-vous désormais en cette noble tille qui vous est donnée ; mais, toi surtout, ô Ève ! Sèche tes pleurs : toi de qui le mal sortit au commencement, toi qui jusqu’aujourd’hui avais communiqué ta disgrâce à ton sexe tout entier. Voici l’heure où cet opprobre va disparaître, où l’homme va cesser d’ace voir droit de se plaindre de la femme. Un jour, cherchant à excuser son propre crime, il fit tout aussitôt peser sur elle une accusation cruelle : « La femme que j’ai reçue de vous, dit-il à Dieu, cette femme m’a donné du fruit ; et j’en ai mangé. O Ève, cours donc à Marie ; ù mère, réfugie-toi près de ta fille. C’est la fille qui va répondre pour la mère ; c’est elle qui va a enlever la honte de sa mère, elle qui va satisfaire pour la mère auprès du père : car si c’est par la femme que l’homme est tombé, voici qu’il ne peut plus se relever que par la femme. Que disais-tu donc, ô Adam ? La femme que j’ai reçue de vous m’a donné du fruit ; et j’en ai mangé. Ces paroles sont mauvaises ; elles augmentent ton péché ; elles ne l’effacent pas. Mais la divine Sagesse a vaincu ta malice ; elle a pris dans le trésor de son inépuisable bonté le moyen o de te procurer un pardon qu’elle avait essayé de te faire mériter, en te fournissant l’occasion de répondre dignement à la question qu’elle t’adressait. Tu recevras femme pour femme : une femme prudente pour une femme insensée ; une femme humble pour une femme orgueilleuse ; une femme qui, au lieu d’un fruit de mort, te présentera l’aliment de la vie ; qui, au lieu d’une nourriture empoisonnée, enfantera pour toi le fruit des délices éternelles. Change donc en paroles d’actions de grâces ton injuste excuse, etdis maintenant : Seigneur, la femme que j’ai reçue de vous m’a donné du fruit de l’arbre de vie, et j’en ai mangé ; et ce fruit a été doux à ma bouche : car c’est en lui que vous m’avez rendu la vie [10]. »

A l’Offertoire, la sainte Église salue Marie avec les paroles de l’Ange, auxquelles elle réunit celles que prononça Élisabeth, lorsque celle-ci s’inclina devant la Mère de son Dieu.

L’Église rend un nouvel hommage, dans la Secrète, au dogme de l’Incarnation, en confessant la réalité des deux natures, divine et humaine, en Jésus Christ, Fils de Dieu et fils de Marie.

La solennité de la fête oblige l’Église à suspendre aujourd’hui la Préface du Carême, et à lui substituer celle qu’elle emploie aux Messes de la très sainte Vierge.

L’Antienne de la Communion reproduit les paroles de l’oracle divin que nous avons lu dans l’Épître. C’est une Vierge qui a conçu et enfante celui qui, étant Dieu et homme, est aussi le Pain vivant descendu du ciel, et par lequel Dieu est avec nous et en nous.

Dans la Postcommunion, l’Église rappelle en action de grâces tous les mystères qui, pour notre salut, sont sortis de celui qui s’accomplit aujourd’hui. Après L’Incarnation qui unit le Fils de Dieu à La nature humaine, nous avons eu la Passion de ce divin Rédempteur ; et sa Passion a été suivie de sa Résurrection, par laquelle il a triomphé de la mort, notre ennemie.

Réunissons maintenant, comme dans un concert unanime, les diverses Liturgies qui célèbrent chacune avec leur accent propre le grand mystère qui fait aujourd’hui la joie de l’Église.

Le moyen âge des Églises latines employait à la Messe de l’Annonciation la Prose suivante eue l’on attribue à Pierre Abailard.

SÉQUENCE. Dans son amour pour l’homme, Dieu députe à la Vierge, non un Ange ordinaire, mais l’Archange appelé Force de Dieu. Qu’il se hâte d’envoyer pour nous le vaillant messager ; que la nature soit vaincue par l’enfantement d’une vierge. Que le Roi de gloire, dans sa naissance, triomphe de la chair ; qu’il règne et commande ; qu’il enlève des cœurs le levain et la rouille du péché. Qu’il foule aux pieds le faste des fronts superbes ; qu’il marche dans sa force sur les têtes altières, le Dieu puissant dans les combats. Qu’il chasse dehors le prince du monde ; qu’il partage avec sa Mère le commandement qu’il exerce avec le Père. Pars, Ange, annonce ces biens ; et par ton puissant message, lève le voile de la lettre antique. Approche d’elle, et parle ; dis-lui en face : Je vous salue. Dis-lui : O pleine de grâce. Dis : Le Seigneur est avec vous. Dis encore : Ne craignez point. Recevez, ô Vierge ! Le dépôt de Dieu, par lui vous consommerez votre chaste dessein, et votre vœu demeurera intact. La Vierge entend, et accepte le message ; elle croit, elle conçoit, elle enfante un fils, un fils admirable, Le Conseiller de la race humaine, le Dieu-homme, le Père du siècle futur, l’immuable pacificateur. Veuille ce Dieu immuable assurer notre stabilité, de peur que l’humaine faiblesse n’entraine dans l’abîme nos pas indécis. Mais que l’auteur du pardon, qui est le pardon lui-même, que la grâce obtenue par la mère de grâce, daigne habiter en nous. Qu’il nous octroie la remise de nos péchés : qu’il efface nos méfaits ; qu’il nous donne une patrie dans la cité du ciel. Amen.

La Liturgie Ambrosienne nous fournit cette belle Préface qu’elle emploie à la célébration du mystère d’aujourd’hui.

PRÉFACE.

Il est véritablement digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces, Seigneur Dieu tout-puissant, et que nous implorions votre secours pour célébrer dignement la tête de la bienheureuse Vierge Marie, du sein de laquelle a fleuri ce fruit qui nous a rassasiés du Pain des Anges. Le fruit qu’avait dévore Eve dans sa désobéissance, Marie nous l’a rendu, en nous sauvant. Quelle dissemblance entre l’œuvre du serpent et celle de la Vierge ! De l’une sont provenus les poisons qui nous ont fait périr ; de l’autre sont sortis les mystères du Sauveur. Dans l’une, nous voyons l’iniquité du tentateur ; dans l’autre, la majesté du Rédempteur vient à notre secours. Par l’une, l’homme a succombé ; par l’autre, le Créateur a relevé sa gloire ; et la nature humaine affranchie de ses liens, a été rendue à la liberté ; et ce qu’elle avait perdu par son père Adam, elle l’a recouvré par le Christ.

La Liturgie Mozarabe, qui, comme nous l’avons dit ailleurs, célèbre l’Annonciation de la très sainte Vierge le 18 décembre, consacre à ce mystère un grand nombre de belles Oraisons, entre lesquelles nous choisissons celle qui suit.

ORAISON.

Nous croyons que vous êtes pleine de grâce, ô Vierge mère du Christ, réparatrice du genre humain, glorieuse Marie ; vous qui par votre enfantement nous avez procuré tant de bonheur, puisque le fruit de vos entrailles, qui est le Christ, Fils de Dieu, nous a arrachés à l’empire de l’ennemi qui nous faisait sentir sa rage, et qu’il nous a rendu ses cohéritiers dans le royaume éternel. Nous vous prions donc, nous vous supplions d’être notre protectrice, afin que, par vos mérites, votre fils nous affranchisse du péché, et qu’il daigne nous donner accès dans son royaume, et nous en faire à son tour les éternels habitants. Vous qu’il a aimée et appelée à l’honneur d’être sa Mère, obtenez qu’il nous accorde la douceur et l’abondance de son amour. Amen.

La Liturgie grecque célèbre à son tour, et avec son abondance accoutumée, la gloire de Marie dans l’Incarnation du Verbe. Nous donnons l’Hymne suivante, qui fait partie de l’Office de la Vigile de l’Annonciation ; elle nous a semblé préférable à celles du jour de la Fête.

DIE XXIV MARTII. Terre, qui dans ta douleur n’as jusqu’ici produit que des épines, tressaille maintenant et livre-toi à l’allégresse ; voici qu’il approche, l’immortel agriculteur qui doit te débarrasser des épines de la malédiction. Vierge sans tache, prépare-toi, comme la toison sacrée, à recevoir la divinité qui s’apprête à descendre sur toi, semblable à la rosée, et qui doit mettre à sec le torrent de l’iniquité. O livre d’une pureté divine, tiens-toi prêt : car la Sagesse de Dieu incarnée va écrire sur tes pages avec le doigt de l’Esprit-Saint, et va faire disparaître les prévarications de ma folie. O chandelier d’or, reçois la flamme de la divinité ; que par toi elle luise sur le monde, et dissipe les ténèbres de nos crimes. O Vierge, palais du grand Roi, ouvre ton oreille divine ; la Vérité même, le Christ, va entrer en toi, pour habiter au milieu de toi. O brebis immaculée, l’Agneau de notre Dieu qui ôte nos péchés, s’apprête à pénétrer dans ton sein. La branche mystique va bientôt produire la fleur divine qui s’élève visiblement de l’arbre de Jessé, comme parle l’Écriture. O Marie, ô vigne fécondée par la parole de l’Ange, prépare-toi à donner la grappe vermeille de maturité et inaccessible à la corruption. Salut, ô sainte montagne que Daniel a vue à l’avance dans l’Esprit divin, et de laquelle doit être détachée cette pierre spirituelle qui brisera les vaines idoles des démons. O Arche raisonnable, que le véritable législateur aime d’un amour suprême, et qu’il a résolu d’habiter, sois remplie de joie : car il veut par toi renouveler son œuvre anéantie. Le chœur des Prophètes, versé dans l’art des divins présages, s’écrie dans son pressentiment de l’entrée pacifique du Rédempteur en toi. Salut, ô Rédemption de tous ; honneur à toi, unique salut des hommes ! O nuée légère de la lumière divine, prépare-toi pour le soleil qui va se lever Ce soleil inaccessible répand sur toi ses feux du haut du ciel ; en toi il cachera quelque temps ses rayons, pour luire bientôt sur le monde, et dissiper les ténèbres du mal. Celui qui ne quitte jamais la droite de son Père, qui surpasse toute substance, arrive pour prendre en toi sa demeure ; il te placera à sa droite, comme une reine digne de lui, et douée d’une excellente beauté ; tu seras comme sa main droite étendue pour relever tous ceux qui sont tombés. Le prince des Anges, ministre de Dieu, t’adresse sa parole joyeuse, pour annoncer que l’Ange du grand conseil va prendre chair en toi. O Verbe divin, abaisse les cieux, et descends vers nous ; le sein de la Vierge est préparé comme un trône pour toi ; viens t’y asseoir, comme un roi glorieux, et sauve de la ruine l’œuvre de ta droite. Et toi, ô Vierge, semblable à une terre où la main de l’homme n’a jamais semé, dispose-toi pour recevoir, à la parole de l’Ange, le Verbe céleste, semblable à un froment fécond qui, germant en ton sein, produira le pain qui donne l’intelligence.

Nous ne terminerons pas cette grande journée sans avoir rappelé et recommandé ici la pieuse et salutaire institution que la chrétienté solennise chaque jour dans tout pays catholique, en l’honneur de l’auguste mystère de l’Incarnation et de la divine maternité de Marie. Trois fois le jour, le matin, à midi et le soir, la cloche se fait entendre, et les fidèles, avertis par ses sons, s’unissent à l’Ange Gabriel pour saluer la Vierge-Mère, et glorifier l’instant où le propre Fils de Dieu daigna prendre chair en elle.

La terre devait bien cet hommage et ce souvenir de chaque jour à l’ineffable événement dont elle fut l’heureux témoin un vingt-cinq mars, lorsqu’une attente universelle avait saisi les peuples que Dieu allait sauvera leur insu.

Depuis, le nom du Seigneur Christ a retenti dans le monde entier ; il est grand de l’Orient à l’Occident ; grand aussi est celui de sa Mère. De là est né le besoin d’une action de grâces journalière pour le sublime mystère de l’Annonciation qui a donné le Fils de Dieu aux hommes. Nous rencontrons déjà la trace de ce pieux usage au XIVe siècle, lorsque Jean XXII ouvre le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui réciteront l’Ave Maria, le soir, au son de la cloche qui retentit pour les inviter à penser à la Mère de Dieu. Au XVe siècle, nous apprenons de saint Antonin, dans sa Somme, que la sonnerie avait déjà lieu soir et matin dans la Toscane. Ce n’est qu’au commencement du XVIe siècle que l’on trouve sur un document français cité par Mabillon le son à midi venant se joindre à ceux du lever et du coucher du soleil. Ce fut en cette forme que Léon X approuva cette dévotion, en 1513, pour l’abbaye de Saint-Germain des Prés, à Paris. Dès lors la chrétienté tout entière accepta le pieux usage avec ses développements ; les Papes multiplièrent les indulgences ; après celles de Jean XXII et de Léon X, le XVIIIe siècle vit publier celles de Benoit XIII ; et telle parut l’importance de cette pratique que Rome statua qu’en l’année du jubilé, où toutes les indulgences, sauf celles du pèlerinage de Rome, demeurent suspendues, les trois salutations sonnées en l’honneur de Marie, le matin, à midi et le soir, continueraient chaque jour de convier tous les fidèles à s’unir dans la glorification du Verbe fait chair. Quant à Marie, l’Épouse du Cantique, l’Esprit-Saint semblait avoir désigné à l’avance les trois termes de cette touchante dévotion, en nous invitant à la célébrer, parce qu’elle est douce « comme l’aurore » à son lever, resplendissante « comme le soleil » en son midi, et belle « comme la lune » au reflet argenté.

O Emmanuel, Dieu avec nous, qui, comme chante votre Église, « ayant entrepris de délivrer l’homme, avez daigné descendre au sein d’une vierge pour y prendre notre nature », le genre humain tout entier salue aujourd’hui votre miséricordieux avènement. Verbe éternel du Père, ce n’est donc pas assez pour vous d’avoir tiré l’homme du néant par votre puissance ; votre inépuisable bonté vient le poursuivre jusque dans l’abîme de dégradation où il est plongé. Par le péché, l’homme était tombé au-dessous de lui-même ; et, afin de le faire remonter aux destinées divines pour lesquelles vous l’aviez formé, vous venez en personne vous revêtir de sa substance, et le relever jusqu’à vous. En vous, aujourd’hui et pour jamais, Dieu se fait homme, et l’homme est fait Dieu. Accomplissant divinement les promesses du sacré Cantique, vous vous unissez à la nature humaine, et c’est au sein virginal de la fille de David que vous célébrez ces noces ineffables. O abaissement incompréhensible ! ô gloire inénarrable ! l’anéantissement [11] est pour le Fils de Dieu, la gloire pour le fils de l’homme. C’est ainsi que vous nous avez aimés, ô Verbe divin, et que votre amour a triomphé de notre dégradation. Vous avez laissé les anges rebelles dans l’abîme que leur orgueil a creusé ; c’est sur nous que votre pitié s’est arrêtée. Mais ce n’est point par un de vos regards miséricordieux que vous nous avez sauvés ; c’est en venant sur cette terre souillée, prendre la nature d’esclave [12], et commencer une vie d’humiliation et de douleurs. Verbe fait chair, qui descendez pour sauver, et non pour juger [13], nous vous adorons, nous vous rendons grâces, nous vous aimons, rendez-nous dignes de tout ce que votre amour vous a fait entreprendre pour nous.

Nous vous saluons, ô Marie, pleine de grâce, en ce jour où vous jouissez du sublime honneur qui vous était destiné. Par votre incomparable pureté, vous avez fixé les regards du souverain Créateur de toutes choses, et par votre humilité vous l’avez attiré dans votre sein ; sa présence en vous accroît encore la sainteté de votre âme et la pureté de votre corps. Avec quelles délices vous sentez le Fils de Dieu vivre de votre vie, emprunter à votre substance ce nouvel être qu’il vient prendre pour notre amour ! Déjà est formé entre vous et lui ce lien ineffable que vous seule avez connu : il est votre créateur, et vous êtes sa mère ; il est votre fils, et vous êtes sa créature. Tout genou fléchit devant lui, ô Marie ! car il est le grand Dieu du ciel et de la terre ; mais toute créature s’incline devant vous : car vous l’avez porté dans votre sein, vous l’avez allaité ; seule entre tous les êtres, vous pouvez, comme le Père céleste, lui dire : « Mon fils ! » O femme incomparable, vous êtes le suprême effort de la puissance divine : recevez l’humble soumission de la race humaine qui se glorifie, en présence même des Anges, de ce que son sang est le vôtre, et votre nature la sienne. Nouvelle Eve, fille de l’ancienne, mais sans le péché ! par votre obéissance aux décrets divins, vous sauvez votre mère et toute sa race ; vous rétablissez dans l’innocence primitive votre père et toute sa famille qui est la vôtre. Le Sauveur que vous portez nous assure tous ces biens ; et c’est par vous qu’il vient à nous ; sans lui, nous demeurerions dans la mort ; sans vous, il ne pouvait nous racheter. Il puise dans votre sein virginal ce sang précieux qui sera notre rançon, ce sang dont sa puissance a protégé la pureté au moment de votre conception immaculée, et qui devient le sang d’un Dieu par l’union qui se consomme en vous de la nature divine avec la nature humaine.

Aujourd’hui s’accomplit, ô Marie, l’oracle du Seigneur qui annonça, après la faute, « qu’il établirait une inimitié entre la femme et le serpent ». Jusqu’ici le genre humain tremblait devant le dragon infernal ; dans son égarement, il lui dressait de toutes parts des autels ; votre bras redoutable terrasse aujourd’hui cet affreux ennemi. Par l’humilité, par la chasteté, par l’obéissance, vous l’avez abattu pour jamais ; il ne séduira plus les nations. Par vous, libératrice des hommes, nous sommes arrachés à son pouvoir ; notre perversité, notre ingratitude pourraient seules nous rejeter sous son joug. Ne le souffrez pas, ô Marie ! venez-nous en aide ; et si, dans ces jours de réparation, nous reconnaissons à vos pieds que nous avons abusé de la grâce céleste dont vous fûtes pour nous le sublime moyen, aujourd’hui, en cette fête de votre Annonciation, ô Mère des vivants, rendez-nous la vie, par votre toute-puissante intercession auprès de celui qui daigne aujourd’hui être votre fils pour l’éternité. Fille des hommes, ô notre sœur aimée, par la salutation que vous adressa Gabriel, par votre trouble virginal, par votre fidélité au Seigneur, par votre prudente humilité, par votre acquiescement qui nous sauva, nous vous en supplions, convertissez nos cœurs, rendez-nous sincèrement pénitents, préparez-nous aux grands mystères que nous allons célébrer. Qu’ils seront douloureux pour vous, ces mystères, ô Marie ! Que le passage va être rapide des joies de cette journée aux tristesses inénarrables qui vous attendent ! Mais vous voulez qu’aujourd’hui notre âme se réjouisse en songeant à l’ineffable félicité qui inonda votre cœur, au moment où le divin Esprit vous couvrit de son ombre, et où le Fils de Dieu devint aussi le vôtre ; nous demeurons donc, toute cette journée, près de vous, dans votre modeste demeure de Nazareth. Neuf mois encore, et Bethléhem nous verra prosternés, avec les bergers et les Mages, devant l’Enfant-Dieu qui naîtra pour votre joie et pour notre salut ; et nous dirons alors avec les Anges : « Gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel ; et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! »

[3] Johan. I, 14.

[4] Ibid. III, 16.

[5] August. De Trinit. Lib. IV, cap. V.

[6] Adv. haeres. Lib. V, cap XIX.

[7] Judic. V, 7, 8.

[8] Judith, XIII, 17, 18, XVI, 7.

[9] II Petr. I, 4.

[10] Bernard. Homil. II super Missus est.

[11] Philipp. II, 7.

[12] Ibid.

[13] Jonas, XII, 47.



Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Fête de l’annonce de la divine Incarnation à la Bienheureuse Vierge Marie

Collecte à Saint-Adrien. — Station à Sainte-Marie-Majeure.

Tel est le sens de l’ancien titre de cette solennité dans les divers sacramentaires et martyrologes du moyen âge ; d’où l’on peut conclure que, primitivement, cette fête était plutôt considérée comme une fête du Christ que de Marie. Sa fixation au 25 mars n’est pas arbitraire, mais dépend de Noël qu’elle précède de neuf mois : et déjà au VIIe siècle cette date se basait sur une tradition si vénérable et si universelle que le Concile in Trullo de 692, qui prohiba durant le Carême les fêtes de martyrs, autorisa celle de l’Incarnation du Seigneur le 25 mars. On sait qu’aujourd’hui encore, durant le jeûne quadragésimal, les Grecs suspendent la célébration quotidienne du divin Sacrifice, sauf le samedi, le dimanche et le 25 mars. Dans l’ancien rit hispanique, au contraire, pour éviter cette concession liturgique en faveur de l’Incarnation du Seigneur, on en reporte la fête à l’équinoxe d’hiver, une semaine environ avant Noël.

On ne peut nier que, en plein Carême, alors que la pensée liturgique est déjà toute concentrée dans la contemplation du mystique Agneau de Dieu immolé sur le Golgotha la veille de Pâques, le fait de se détacher à l’improviste de la Croix pour se reporter aux mystères joyeux de la maison de Nazareth, a quelque chose d’inattendu et de violent. Cependant, sur toutes ces considérations de caractère en grande partie subjectif, prévalurent le fait solennel et la date historique du 25 mars qui inaugurent le Nouveau Testament ; aussi, dès le haut moyen âge, celle-ci fut considérée dans les nations chrétiennes comme le véritable commencement de l’année civile.

Il semble qu’à Constantinople cette fête se célébrait déjà du temps de Proclus (+ 446) ; cependant elle apparut plus tard en Occident, puisqu’elle est absente du Missel gallican et se trouve seulement dans les sacramentaires gélasien et grégorien de la première période carolingienne. A Rome, toute indication manque à son sujet dans les listes d’Évangiles de Würzbourg ; le Liber Pontificalis nous apprend seulement que ce fut Serge Ier qui ordonna de la célébrer solennellement, c’est-à-dire par une grande procession stationnale allant de la diaconie de Saint-Adrien jusqu’à Sainte-Marie-Majeure. Cet usage se maintint longtemps, et les Ordines Romani du XIIe siècle décrivent longuement la majestueuse cérémonie qui se déroulait en ce jour d’une manière semblable à celle dont nous avons parlé pour la fête du 2 février, à l’occasion de l’Hypapante des Byzantins.

La Capitale du monde catholique avait dédié à ce consolant mystère de l’annonce de notre Rédemption quelques églises importantes par leur vénérable antiquité. Outre l’oratoire de l’Annonciation à Tor de’ Specchi, — anciennement Sancta Maria de Curte — nous mentionnerons les quatre églises également détruites de S. Maria Annunziata in Camittiano, — S. M aria Annunziata sur l’Esquilin, — S. Maria Annunziata aux Quatre Fontaines ; — S. Maria Annunziata près du Pont Ælius. Aujourd’hui existe encore, sur la voie Ardéatine, le sanctuaire marial appelé par les Romains l’Annunziatella, sous lequel on trouva un antique hypogée chrétien. Selon toute probabilité, c’est là que fut ensevelie, après son martyre, sainte Félicula. Les Libri indulgentiarum du bas moyen âge mentionnent cet oratoire champêtre parmi les IX ecclesiae que les pèlerins avaient coutume de visiter, si bien que la voie qui y conduisait est appelée simplement, dans un bref d’Urbain V : via Orataria. Aujourd’hui encore, spécialement le premier dimanche de mai, le menu peuple de Rome accourt joyeux au sanctuaire marial de la voie Ardéatine.

Quoique l’on soit en plein Carême, la messe a une saveur tranchée d’Avent. Mais cette blanche fleur d’hiver qui évoque le souvenir des neiges de Noël, a aussi sa profonde signification et rappelle la toison de Gédéon, — gracieux symbole de la virginité sans tache de la Mère de Dieu, — trouvée par le Prophète toute humide de fraîche rosée printanière, au milieu d’un champ brûlé par le soleil de Palestine.

L’introït est tiré de l’habituel cantique de la virginité, comme saint Jérôme appelait le psaume 44.

Dans la collecte, l’insistance mise sur cette incise : Nous la croyons vraie Mère de Dieu, révèle la période qui suivit les polémiques de Nestorius et sa condamnation dans les premières sessions du Concile d’Éphèse.

Suit la lecture d’Isaïe (VII, 10-15) déjà récitée le mercredi de la IIIe semaine de l’Avent, où est clairement prédit l’enfantement miraculeux de la Vierge, et la divinité de son Fils. Les Juifs et les rationalistes nient que le mot hébreu Alma employé ici par le Prophète, ait le sens précis de vierge, plutôt que celui de jeune fille ; mais les commentateurs sacrés ont répondu que, en fait, toutes les fois que dans l’Écriture ce mot est employé — et cela est plutôt rare, — il désigne toujours une jeune fille vierge, comme d’autre part on peut l’arguer du fait même que le signe prodigieux annoncé par le Prophète doit être précisément un enfantement miraculeux, en dehors de toutes les lois de la nature. Le mot Alma, entendu comme le prétendent les rationalistes, enlève tout son sens à la prophétie d’Isaïe.

Dans le graduel, les versets qui suivent ont trait premièrement à la personne du Messie ; mais dans l’usage liturgique, étant donné l’intime union entre le Divin Fils et sa Mère, ils s’appliquent aussi à Celle qui est bénie entre toutes les femmes.

La lecture évangélique est celle du mercredi des Quatre-Temps de l’Avent (Luc., I, 26-38), qui, au moyen âge, était récitée avec une solennité spéciale dans les chapitres et les monastères, comme pour donner aux communautés religieuses l’annonce du prochain Noël.

Saint Bernard avait coutume, selon l’usage monastique toujours en vigueur, d’en faire un long commentaire devant ses moines de Clairvaux réunis au chapitre, et c’est ainsi que nous avons son splendide recueil des Homélies Super Missus est, dont les plus beaux passages ont été réunis dans le Bréviaire romain.

Fiat mihi secundum verbum tuum : Voici l’acte de consécration le plus absolu et le plus parfait qui ait jamais été fait. L’ange avait annoncé à Marie la sublime dignité à laquelle Dieu voulait l’élever ; et elle, dans la lumière céleste dont elle était remplie, vit tout l’ineffable entrelacement d’amour et de douleur qui était compris en cet office. Fiat mihi secundum verbum tuum ; la bienheureuse Vierge voulait dire qu’elle acceptait, non seulement de donner la vie et une chair humaine au Verbe de Dieu, mais de partager aussi avec Lui la pauvreté, les persécutions, les opprobres, les douleurs du Golgotha. Aussi, dans le ciel Marie est la plus rapprochée du trône de Dieu, parce que sur la terre son cœur fut le plus semblable au Cœur béni de son divin Fils.

En cette sainte solennité, nous ne saurions nous abstenir de mentionner à nouveau l’éloge marial contenu dans les vers qui, autrefois, se lisaient à Sainte-Marie-Majeure, sous les mosaïques de Sixte III représentant la vie de la bienheureuse Vierge :

Virgo Maria, tibi Xystus nova tecta dicavi

Digna salutifero munera ventre tuo.

Te Genitrix, ignara viri, te denique foeta

Visceribus salvis, edita nostra salus.

L’offertoire est celui du IVe dimanche de l’Avent, important pour l’histoire de la salutation angélique, qui apparaît ici pour la première fois dans sa forme la plus antique, telle qu’elle fut conservée intacte dans l’usage euchologique jusqu’au XIVe siècle (Luc., I, 28, 42) : « Salut, ô Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie par-dessus toutes les femmes, et béni est le fruit de votre sein. »

La prière suivante, sur l’oblation, conserve toute sa saveur classique de l’âge léonien.

L’antienne durant la Communion, empruntée à Isaïe, est celle du IVe dimanche de l’Avent. Nous y trouvons non seulement la prédiction de l’enfantement virginal, mais l’annonce, très explicite, du caractère éternel et définitif de la nouvelle ère messianique.

Dieu ne fera plus avec Israël un pacte temporaire, et il n’apparaîtra plus pour un rapide instant à un petit nombre de prophètes privilégiés, mais il demeurera d’une manière stable au milieu de l’humanité rachetée et sanctifiée. Voilà le sens du nouveau titre divin d’Emmanuel, c’est-à-dire : Dieu avec nous.

La collecte après la Communion est ainsi conçue : « Répandez, Seigneur, votre grâce dans notre âme, afin qu’après avoir reçu l’annonce angélique de l’incarnation de votre Fils, par les mérites de sa passion et de la Croix, nous arrivions à lui être unis dans la gloire de la résurrection. » Le drame tout entier de notre rédemption, depuis le message de Gabriel jusqu’à la naissance de Jésus, à la passion, au crucifiement et au triomphe pascal, ne pouvait être exposé avec plus d’efficace en une brève incise, qui révèle toute l’harmonieuse puissance du cursus romain.

De même que Jésus, pour commencer sa vie passible, grâce au Fiat docile de la bienheureuse Vierge, s’est incarné dans son sein, ainsi, pour inaugurer sa vie mystique dans nos cœurs au moyen de la grâce, veut-il que nous aussi nous prononcions notre Fiat, en nous donnant entièrement à Lui. Dans ce oui plein, perpétuel, intime, vécu, consiste toute la sainteté, toute la perfection.

A l’occasion de la fête de l’Annonciation, il faut mentionner ici une des plus insignes compositions de la liturgie byzantine, l’hymne Acathiste qui célèbre très longuement ce mystère. Serge de Constantinople, le père du monophysisme, semble en avoir été l’auteur ; cette hymne fut composée comme chant d’action de grâces à la bienheureuse Vierge qui, en 626, avait délivré la cité impériale des hordes des Avares. On l’appelle Acathiste parce que, à la différence des autres cathismáta elle était chantée debout le samedi de la cinquième semaine de Carême, par le clergé et par le peuple, qui veillait ainsi toute la nuit. Voici une des strophes, sur le salut de Gabriel : « L’archange fut envoyé de Dieu, pour dire à la Vierge : « Salut. » Et lui, contemplant, ô Seigneur, votre Incarnation, en demeura effrayé, et, d’une voix angélique, il dit à Marie : « Je vous salue, car, par vous, reviendra la joie. Salut à vous, par la grâce de qui disparaîtra la malédiction. Salut, résurrection de l’humanité déchue ; salut, vous qui essuyez les larmes d’Ève ; salut, vous qui êtes si sublime que jusqu’à vous ne se peut élever l’esprit humain ; salut, ô abîme insondable pour les anges eux-mêmes ; salut, ô trône du Roi ; salut, vous qui portez Celui qui soutient toutes choses ; salut, ô astre qui nous révélez le soleil ; salut, ô siège de Dieu incarné. »



Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Et le Verbe se fit chair. »

1. Annonciation de la Sainte Vierge. — Nous interrompons de nouveau la sévérité du Carême pour célébrer la grande fête de l’Annonciation de la Sainte Vierge. Cette fête appartient moins au calendrier des saints qu’au calendrier temporal de l’année liturgique. Elle célèbre le plus sublime moment de l’histoire des temps : la seconde Personne de la Sainte Trinité prend la nature humaine dans le sein de la Vierge Marie. Cette fête est aussi bien une fête du Seigneur qu’une fête de la Mère de Dieu. Cependant, notre liturgie la célèbre uniquement comme une fête de Marie (à la différence de la fête de la Purification). La fête commémore aussi la part privilégiée que la Sainte Vierge a prise à l’Incarnation du Fils de Dieu et, par là même, à l’œuvre de la Rédemption. Cette fête est le premier message avant-coureur de l’approche de l’Avent et de Noël (le second est la naissance du Précurseur du Christ : 25 mars-24 juin-25 décembre). La liturgie veut nous dire : encore neuf mois et nous serons de nouveau aux pieds du Roi de la paix nouveau-né. A proprement parler, nous avons déjà célébré le mystère de la fête d’aujourd’hui, le mercredi des Quatre-Temps de l’Avent, dans la célèbre messe d’or (cette messe est de beaucoup antérieure à celle d’aujourd’hui). C’était la préparation à la fête de Noël ; mais, comme la liturgie aime bien célébrer les fêtes en se réglant sur les dates réelles, nous avons une seconde fête. Si l’on cherche la différence qu’il y a entre les deux jours, on peut dire que, le mercredi des Quatre-Temps, on pense surtout au Verbe incarné, et, dans la solennité de ce jour, surtout à la Mère de Dieu. Au Moyen Age, les nations chrétiennes considéraient ce jour comme le commencement de l’année civile.

2. La messe (Vultum tuum). — Nous n’avons pas le droit, aujourd’hui, de célébrer la messe du Carême. L’office de station pour la messe d’aujourd’hui commençait, dès l’antiquité, dans l’église de Saint-Adrien, pour se terminer à Sainte-Marie Majeure. La messe de la fête a beaucoup de ressemblances avec la messe d’or et est facile à comprendre. Les deux lectures se correspondent ; la leçon est la promesse et l’Évangile, l’accomplissement de la promesse. Le prophète dit : « Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils et il sera appelé Emmanuel. » L’évangéliste dit : « Je te salue... Tu concevras et enfanteras un Fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera appelé le Fils du Très-Haut... L’Esprit-Saint te couvrira de son ombre. » Cet Évangile d’une beauté inoubliable compte parmi les plus sublimes révélations que l’humanité ait reçues. Dans les chants psalmodiques, on entend le cantique nuptial de l’Église (Ps. 44). Marie est, au sens le plus élevé, l’Épouse du Christ et le type de l’Église. Au Saint-Sacrifice, le mystère de la fête se réalise mystiquement ; nous aussi nous « concevons » le Seigneur. C’est pourquoi les chants des deux processions eucharistiques peuvent s’appliquer aussi à nous : « Nous te saluons, Marie... le fruit de tes entrailles est béni » (Off.) et : « Voici qu’une Vierge concevra » (Comm.). La postcommunion est remarquable ; elle parcourt toute la vie du Seigneur, depuis l’Annonciation, « en passant par la Passion et la Croix, jusqu’à la gloire de la Résurrection ». C’est une très ancienne oraison. Dans l’antiquité, le 25 mars passait pour le jour de la mort du Christ d’où la mention de sa mort.



Solennité de l'Annonciation

Évangile

L'Ange Gabriel[1] fut envoyé par Dieu[2] dans une ville de Galilée, appelée Nazareth[3], à une jeune fille, une vierge[4], accordée en mariage[5] à un homme de la maison de David, appelé Joseph[6] ; et le nom de la jeune fille était Marie.

L'Ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi.[7] » A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'Ange lui dit alors : « Sois sans crainte[8], Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donnera le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David[9] son père, il règnera pour toujours sur la maison de Jacob[10], et son règne n'aura pas de fin. »

Marie dit à l'Ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L'Ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Elisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait ‘ la femme stérile ’. Car rien n'est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l'Ange la quitta.


[1] Ce n'est pas un ange quelconque, c'est l'Archange Gabriel qui est envoyé : il convenait que pour annoncer le mystère qui est le sommet de toutes choses, un des anges les plus élevés fût envoyé. Gabriel, veut dire : « la force de Dieu » ; il fallait que la force de Dieu annonçât ce Dieu des vertus qui venait détruire l'empire des esprits mauvais (saint Grégoire le Grand : homélie XXXIV sur les péricopes évangéliques).

On croit que Gabriel était l’archange à qui la Vierge avait été confiée depuis sa naissance et que seul il connut le dessein de Dieu à son égard (saint Bernard : traité sur le Baptême, XXI).

[2] Les Anges viennent vers nous, mais ils ne viennent pas d'eux-mêmes, ni pour nous donner des ordres en leur nom personnel ; ils sont avant tout occupés à l'adoration de Dieu et quand ils viennent vers nous, c'est là pour eux une occupation accessoire (saint Basile : commentaire d’Isaïe, VI 185).

Pour l'œuvre de cette réparation qui devait faire sentir ses effets partout, il convenait qu'il y eût le concours de la triple hiérarchie divine, angélique et humaine (saint Albert le Grand : Somme théologique, IV 7).

[3] Nazareth (en grec Nazara) qui n’est pas mentionné dans l’Ancien Testament, est un village de Galilée situé à vingt-quatre kilomètres au sud-ouest de Tibériade.

[4] Il y a de l'affinité entre les anges et les vierges. Vivre dans la chair en-dehors de la chair, n'est plus une vie selon la terre, mais une vie selon le ciel (saint Jérôme : sermon sur l’Assomption).

Si vous voulez savoir ce que c'est qu'une vierge, vous l'apprendrez par celle-ci : vous l'apprendrez par son maintien, par sa modestie, par les paroles qui lui sont dites, par le mystère qui s'accomplit en elle. Elle était seule dans la partie la plus retirée de la maison et un ange seul pouvait pénétrer jusqu’à elle (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 8).

[5] A l’exception des mariages relevant de catégories particulières, comme le mariage de Samson, les Israélites distinguaient deux temps dans le mariage : l'accord sur le mariage et le mariage proprement dit. C'est le premier acte, l’accord sur le mariage, qu'on appelle les fiançailles.

Les fiançailles réglaient l'accord entre les deux familles. Les deux familles étaient liées au paiement du mohar qui était un don fait par le futur mari à la famille se sa fiancée ; sans doute cet accord était-il accompagné d'une fête. La femme « fiancée » n'était pas encore appelée « épouse », mais son statut était toutefois modifié par cet accord préalable. Toute infidélité était sévèrement punie, car elle portait atteinte à des droits acquis. Les fiançailles pouvaient durer assez longtemps, et dans ce cas, le fiancé était dispensé de service militaire. Les fiançailles prenaient fin, soit par la rupture du contrat entre les deux familles (le mohar était restitué), soit par la tradition de la jeune fille à son mari qui normalement prenait sa fiancée chez lui ; cependant il suffisait que le père ait mis à sa disposition une chambre où il pût retrouver celle qui était désormais sa femme. C’est sans doute au moment où la jeune fille abandonnait la protection paternelle qu'elle recevait une bénédiction, avec des souhaits pour sa fécondité.

Lesfiançailles de Joseph et de Marie s'expliquent en fonction de ces institutions. Marie a éte fiancée à Joseph. Celui-ci ne l'a pas encore prise chez lui, ou d'une manière plus générale ils n'ont pas encore habité ensemble, lorsqu'il s'aperçoit qu'elle est enceinte. Il peut rompre le contrat et songe à le faire discrètement, mais une intervention surnaturelle le fait changer d'avis.

[6] Il fallait donc que la bienheureuse Marie eut un époux qui fût le témoin le plus assuré de son intégrité et le nourricier très fidèle de notre Seigneur et Sauveur ; pour cet enfant, il apporterait au Temple les victimes exigées par la loi ; au moment de la persécution, il l'emporterait en Egypte avec sa mère et l'en ramènerait, enfin il lui procurerait bien d'autres services exigés par la fragilité de la nature assumée (saint Bède le Vénérable : Homélies pour l'Avent, I 3).

[7] L’Ange ne dit pas le « Seigneur est en vous », mais « le Seigneur est avec vous. » Dieu qui est partout, est présent d’une façon particulière dans les créatures raisonnables, et plus intime encore dans les bons. Il l’est dans les créatures sans raison mais elles ne l’embrassent pas. Les créatures raisonnables l’embrassent par l’intelligence, et les bons l’embrassent avec le cœur. Combien cette union fut grande en Marie : c’était non seulement la volonté, mais la chair de Marie que Dieu s’unissait, de façon à produire de la substance de Dieu et de celle de Marie un seul être, le Christ (saint Bernard : Homélie III Missus est, 4).

[8] On ne sait plus aimer quand on craint ; la crainte est plus dure à l’homme que la mort : Caïn, après le meurtre de son frère, désirait la mort pour échapper à la crainte. La crainte assiégeant l’homme de toutes parts, l’avait détourné du culte du Créateur et l’avait asservi au culte des idoles. dieu, voyant donc que la crainte écrasait l’homme, voulut le ramerner à lui par l’amour (saint Pierre Chrysologue : sermon CXLIV).

[9] Le trône de David désigne ici le pouvoir sur le peuple d'Israël, que David gouverna en son temps avec un zèle plein de foi, en obéissant aux ordres du Seigneur et en bénéficiant de son secours. Donc le Seigneur a donné à notre Rédempteur le trône de David son père, quand il décida de le faire s'incarner dans la race de David. Ce peuple, que David dirigea par son pouvoir temporel, le Christ va l'entraîner par une grâce spirituelle vers le royaume éternel dont l'Apôtre dit : Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé (saint Bède le Vénérable : Homélies pour l'Avent, I 3).

[10] La maison de Jacob désigne l'Eglise qui, par la foi et le témoignage rendus au Christ, se rattache à la destinée des Patriarches, soit de ceux qui ont tiré leur origine charnelle de leur souche, soit de ceux qui, nés d'une autre nation, sont renés dans le Christ par le baptême. C'est sur cette maison de Jacob qu'il régnera éternellement. Oui, il règne sur elle sur la terre, lorsqu'il gouverne le cœur des élus où il habite, par leur foi et leur amour envers lui ; et il les gouverne par sa continuelle protection, pour leur faire parvenir les dons de la rétribution céleste ; il règne dans l'avenir, lorsque, une fois achevé l'état de l'exil temporel, il les introduit dans le séjour de la patrie céleste. Et là, ils se réjouissent de ce que sa présence visible leur rappelle continuellement qu'ils n'ont rien à faire d'autre que de chanter ses louanges (saint Bède le Vénérable : Homélies pour l'Avent, I 3).


L'Angelus

L'Ange du Seigneur annonça à Marie qu'elle serait la Mère du Sauveur ;

- Et elle conçut par l'opération du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

Voici la servante du Seigneur.

- Qu'il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

Et le Verbe s'est fait chair ;

- Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

Priez pour nous, sainte Mère de Dieu.

- Afin que nous soyons dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions. Daignez, Seigneur, répandre votre grâce en nos âmes, afin qu'ayant connu par la voix de l'Ange l'Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous parvenions par sa Passion et par sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus-Christ, Notre-Seigneur. - Amen.



Histoire de l'Angelus

Longtemps populaire et souvent récité privément ou en famille, l'Angelus, faussement attribué à Urbain II prêchant à Clermont la première croisade, s'est lentement élaboré entre le XIII° et le XVI° siècle ; c'est une prière liturgique dialoguée que l'Eglise recommande de faire, en dehors du temps pascal où il est remplacé par le Régina caeli, le matin, le midi et le soir, au son de la cloche, pour confesser le mystère de l'Incarnation en rappelant l'Annonciation.

Il s'agit de trois Ave Maria, précédés chacun d'un verset et de son répons, l'ensemble étant conclu par une oraison, elle aussi introduite par un verset avec son répons. Les trois ensembles initiaux verset-répons sont tout droit puisés dans l'Ecriture ; les deux premiers dans le récit de l'Annonciation de l'évangile selon saint Luc (I 28-35 et I 38) et le troisième dans le prologue de l'évangile selon saint Jean (I 14), tandis que le dernier est une invocation coutumière du secours de la Vierge, avec son oraison propre.

Il est convenable de sonner trois coups de cloche aux trois premiers versets et trente-trois coups ou une longue volée pour l'oraison. Cette prière, longtemps intitulée pardon en raison des nombreuses indulgences dont on l'avait enrichie, a pris, au milieu du XVII° siècle, du premier mot que l'on y dit, son titre actuel, Angelus, d'ailleurs souvent encore inusité en Italie où on la nomme plus volontiers Ave Maria.

A partir du synode de Caen de 1061, se propagea dans les villes l'habitude de faire sonner une cloche en fin de journée, tant pour marquer la clôture des travaux que pour appeler les fidèles à la prière avant qu'ils se retirassent chez eux. Nulle indication de prière particulière ne semble avoir été donnée et ce n'est qu'au XIII° siècle, que le pape Grégoire IX ordonna que l'on priât pour les croisés et que saint Bonaventure demanda aux frères mineurs d'y faire réciter un Ave Maria (chapitre général de 1269).

Il était alors depuis longtemps courant, dans un grand nombre de monastères, surtout ceux qui servaient d'alumna, qu'après les complies, on fît réciter aux enfants, pendant que les moines disaient les trois oriationes et que sonnait la cloche, trois prières qui devinrent des Ave Maria ; c'est cette pieuse coutume qui se répandit dans le peuple, surtout grâce aux efforts des franciscains, et dont on trouve pour la première fois, en Hongrie, réglementée l'obligation enrichie de dix jours d'indulgence (synode d'Esztergom de 1309).

La récitation vespérale d'un ou de trois Ave Maria se répandit d'autant plus rapidement que c'était un moyen efficace d'apprendre aux fidèles une formule de prière qui venait seulement d'être composée dans la forme que nous connaissons, aussi, dès le XIV° siècle, intéressa-t-elle les papes.

Si l'on peut douter que, de Carpentras, en 1314, Clément V y attacha dix jours d'indulgence, il est en revanche sûr, qu'en 1318, Jean XXII accorda une indulgence de dix jours à tous ceux qui réciteraient, à genoux, trois Ave Maria en entendant la cloche du soir qui pouvait être ou non distincte de celle du couvre-feu mais qui, en tous cas, lui est historiquement antérieure ; d'aucuns pensent que les trois triples sonneries, les plus anciennes, appartiennent à la dévotion alors que la volée serait le signal du couvre-feu dont la conjugaison avec le ou les Ave Maria (l'évêque de Winchester voulait que l'on allât jusqu'à neuf) n'est attestée qu'au cours du XIV° siècle (Tréguier 1334, synode de Paris 1346). C'est encore Jean XXII qui introduisit cet usage à Rome par un décret envoyé à l'évêque Ange de Viterbe, alors vicaire à Rome, scellé le 7 mai 1327.

Comme dans les monastères les prières des complies, se faisaient de la même manière à prime, l'usage du soir s'appliqua aussi au matin et se répandit dans les paroisses plus vite encore. Il semble que Pavie, avant 1330, fut le premier diocèse à adopter l'Angelus du matin, ouvrant la voie à un usage qui devint quasi universel dès avant la fin du XIV° siècle ; en 1390, un bref de Boniface IX au clergé de Bavière recommandait de faire sonner à l'aurore les cloches des églises comme, disait-il, on le faisait déjà à Rome et dans toute l'Italie.

On ne sait trop comment est arrivée la coutume de faire à midi ce que l'on faisait déjà le soir et le matin, encore, qu'au cours du XIV° siècle, en de nombreux endroits et pour des raisons particulières (liturgiques, sociales ou politiques), on se mit à appeler le peuple à prier, au milieu du jour, par une sonnerie exceptionnelle.

En 1456, fort de cet usage, Callixte III, pour conjurer le danger turc, ordonna, entre none et vêpres, trois Pater et trois Ave Maria. Louis XI prescrivit pour tout son royaume un Ave Maria à midi (1472), dévotion à laquelle Sixte IV appliqua trois cents jours d'indulgence. Alexandre VI confirma la décision de Callixte III.

Le XVI° siècle équivaut les trois prières et leur donne peu à peu la forme que nous utilisons encore, normalisée en 1612 ; les versets et leurs répons apparaissent dans un catéchisme vénitien de 1560, reproduit dans un petit office romain de la Sainte Vierge publié sous Pie V (1568). Benoît XIII recommande vivement la récitation de l'Angélus (14 septembre 1734), Benoît XIV en porte les indulgences à cent jours (20 avril 1742), et un décret de Léon XIII (15 mars 1884) le réglemente jusqu'à une époque récente. Jean XXIII y avait ajouté la pratique de trois Gloria Patri (lettre pastorale au peuple romain du 2 février 1959) ce que ne reprendra pas Paul VI dans l'Exhortation apostolique Marialis Cultus (2 février 1974) où, en demandant qu'on récitât l'Angelus, se refusait à le rénover et, dans l'enchiridion qu'il fit publier en 1968, lui accordait l'indulgence partielle, disposition gardée par Jean-Paul II (1986).

Si la salutation angélique continuée de celle d'Elisabeth à la Visitation était connue de la liturgie latine depuis saint Grégoire le Grand, l'Ave Maria qui en découle s'est composé très lentement. Alors que les deux salutations groupées commençaient à être récitées, Urbain IV y aurait ajouté le nom de Jésus et, à partir du XV° siècle, sans qu'on puisse dire avec assurance comment, le dernier paragraphe se serait progressivement mis en place jusqu'à devenir la formule que nous récitons aujourd'hui et qui n'a trouvé sa forme définitive qu'au XVI° siècle où Pie V l'introduit dans le bréviaire romain (1568).

Bien avant de connaître sa forme définitive, l'Ave Maria, avec le Pater et le Credo, fait partie des prières exigées des fidèles qui s'y attachent si fort qu'à partir du XII° siècle ils commencent à le répéter et c'est l'origine de la récitation du chapelet dont on trouve une première description dans un manuscrit cambridgien du XII° siècle. Saint Dominique avait l'habitude, avant de prêcher sur un mystère, de faire réciter le Pater et un Ave Maria que ces disciples multiplièrent par dix et à quoi un chartreux de Cologne, Henri Egher, fit ajouter la doxologie (1393).


Sermon sur l'Annociation

Dans cette auguste journée, en laquelle le Père céleste avait résolu d'associer la divine Vierge à sa génération éternelle en la faisant Mère de son Fils unique, comme il savait, Chrétiens, que la fécondité de la nature n'était pas capable d'atteindre à un ouvrage si haut, il résolut aussi tout ensemble de lui communiquer un rayon de sa fécondité infinie. Aussitôt qu'il l'eut ainsi ordonné, cette chaste et bénite créature parut tout d'un coup environnée de son Saint-Esprit et couverte de toutes parts de l'ombre de sa vertu toute-puissante. Le Père éternel s'approche en personne, qui ayant engendré en elle ce même Fils tout-puissant qu'il engendre en lui-même devant tous les siècles, par un miracle surprenant une femme devient la Mère d'un Dieu, et celui qui est si grand et si infini, si je puis parler de la sorte, qu'il n'avait pu jusqu'alors être contenu que dans l'immensité du sein paternel, se trouve en un instant renfermé dans ses entrailles sacrées.

Cependant comme Dieu lui-même avait entrepris la formation de ce corps dont le Verbe devait être revêtu, la nature et la convoitise, qui ont accoutumé de s'unir dans les conceptions ordinaires, eurent ordre de se retirer ; ou plutôt la convoitise déjà éloignée depuis fort longtemps du corps et de l'esprit de Marie, n'osa pas seulement paraître dans ce mystère de grâce et de sainteté ; et pour ce qui est de la nature, qui est toujours respectueuse envers son Auteur, elle n'avait garde de mettre la main dans un ouvrage qu'il entreprenait d'une manière si haute ; mais s'arrêtant à considérer non sans un profond étonnement cette nouvelle manière de former et de faire naître un corps humain, elle crut que toutes ses lois allaient être à jamais renversées. C'est à peu près ce qui s'accomplit aujourd'hui dans les entrailles de la sainte Vierge, et ce qui nous oblige de nous écrier avec cette femme de notre évangile qu'elles sont vraiment bienheureuses. Mais comme le fond d'un si grand mystère est entièrement impénétrable, je n'ose pas seulement penser à vous en donner l'explication ; et je me contenterai de demander humblement à Dieu qu'il lui plaise me donner ses saintes lumières pour vous faire entendre les fruits infinis qui en reviennent à notre nature. Encore cette grâce est-elle si grande, que je n'ose pas espérer de l'obtenir de moi-même.

Ce n'est plus une femme particulière, c'est toute l'Eglise catholique qui adorant aujourd'hui le Verbe divin incarné dans les entrailles de la sainte Vierge, s'écrie avec transport que ces entrailles sont bienheureuses, dans lesquelles s'est accompli un si grand mystère. Je me propose de vous faire entendre, autant que ma médiocrité le pourra permettre, la force de cette parole ; et comme le bonheur de la sainte Vierge ne consiste pas seulement dans les grâces qui lui sont données, mais dans celles que nous recevons par son entremise, je vous expliquerai, si Dieu le permet, le miracle qui s'est fait en elle pour notre commune félicité, afin que vous compreniez avec combien de raison ses entrailles sont appelées bienheureuses. Je suivrai dans cette matière les traces que saint Augustin nous a marquées, et je réduirai à trois chefs ce qui s'opère aujourd'hui dans la sainte Vierge. Regardez, dit ce saint évêque, cette chaste servante de Dieu, vierge et mère tout ensemble. C'est là que le Fils de Dieu a pris la forme d'esclave, c'est là qu'il s'est appauvri, c'est là qu'il a enrichi les hommes. Voilà trois choses que cette sainte journée à vues s'accomplir dans les entrailles de la sainte Vierge, l'humiliation, l'appauvrissement, permettez-moi d'user de ce mot, la libéralité du Verbe fait chair. Il y a pris la forme d'esclave, voilà qui marque l'humiliation ; il y a pris notre pauvreté, vous voyez comme il s'est ainsi appauvri lui-même ; il nous a communiqué ses richesses, c'est par là qu'il a exercé sur nous sa libéralité infinie. Ce sont les trois grands ouvrages dans lesquels saint Augustin a cru renfermer tout ce qui s'accomplit aujourd'hui.

Et en effet, si nous entendons l'ordre et l'économie du mystère, nous verrons que tout est compris dans ces trois paroles. Car pour remonter jusqu'au principe, ce Dieu qui prend une chair humaine dans le ventre sacré de Marie, ne se charge de notre nature que dans le dessein de la réparer ; et pour cela trois choses étaient nécessaires : de confondre notre orgueil, de relever notre bassesse, d'enrichir notre pauvreté.

Il fallait confondre l'orgueil, qui était la plus grande plaie de notre nature et le plus grand obstacle à la guérison ; et pour cela est-il rien de plus efficace que de voir un Dieu rabaissé jusqu'à prendre la forme d'esclave ? Mais l'ouvrage de notre salut n'est pas encore achevé, et l'orgueil étant confondu, il faut encourager la faiblesse, de peu que notre nature n'étant plus occupée que de son néant, n'osât pas même s'approcher de Dieu, ni même regarder le ciel ; et au lieu qu'elle se perdait par l'orgueil, elle ne pérît encore plus par le désespoir. pour lui donner du courage, Dieu se fait pauvre, dit saint Augustin, de peur que l'homme pauvre et misérable, étant effrayé par l'éclat et la pompe de ses richesses, n'ose pas s'approcher de lui avec sa pauvreté et sa misère.

Ayant donc ainsi relevé notre courage abattu, que reste-t-il maintenant à faire, sinon qu'il rende le bien à ceux auxquels il a déjà rendu l'espérance ? Et c'est ce qu'il fait, se donnant à nous avec ses trésors et ses grâces par son incarnation bienheureuse. Par où vous découvrez maintenant la suite des paroles de saint Augustin, et tout ensemble l'ordre merveilleux du mystère qui s'accomplit en la sainte Vierge. O entrailles vraiment bienheureuses, dans lesquelles la nature humaine reçoit tant de grâces ! Là un Dieu a pris la forme d'esclave, afin de confondre notre orgueil ; là un Dieu s'est revêtu de notre indigence, afin d'encourager notre bassesse ; là un Dieu se donne lui-même avec tous ses biens, afin d'enrichir notre pauvreté . Dieu me fasse la grâce d'expliquer saintement ces trois vérités, qui feront le partage de ce discours.


Premier Point

Tous les saints Pères ont dit d'un commun accord que l'orgueil était le principe de notre ruine, et la raison en est évidente. Nous apprenons par les saintes Lettres que le genre humain est tombé par l'impulsion de Satan. Comme un grand bâtiment qu'on jette par terre, qui en accable un moindre sur lequel il tombe, ainsi cet esprit superbe, en tombant du ciel, est venu fondre sur nous et nous enveloppe dans sa ruine. En tombant sur nous de la sorte, il a, dit saint Augustin, imprimé en nous un mouvement semblable à celui qui le précipite lui-même. Etant donc abattu par son propre orgueil, il nous a entraînés, en nous renversant, dans le même sentiment dont il est poussé ; de sorte que nous sommes superbes aussi bien que lui, et c'est le vice le plus dangereux de notre nature. Je dis le plus dangereux, parce que ce vice est celui de tous qui s'oppose le plus au remède, qui éloigne le plus la miséricorde. Car l'homme étant misérable, il se serait rendu aisément digne de pitié, s'il n'eût été orgueilleux. il est assez naturel d'user de clémence envers un malheureux qui se soumet ; mais est-il rien de plus indigne de compassion qu'un misérable superbe, qui joint l'arrogance avec la faiblesse ? C'était l'état où nous étions, faibles et altiers tout ensemble, impuissants et audacieux. Cette présomption fermait la porte à la clémence ; ainsi, pour soulager notre misère, il fallait avant toutes choses guérir notre orgueil ; pour attirer sur nous la compassion, il fallait nous apprendre l'humilité ; c'est pourquoi un Dieu s'humilie dans les entrailles de la sainte Vierge, et y prend aujourd'hui la forme d'esclave.

C'est ici qu'il faut admirer la méthode dont Dieu s'est servi pour guérir l'arrogance humaine, et pour cela il est nécessaire de vous expliquer la nature de cette maladie invétérée. je suivrai les traces de saint Augustin, qui est celui des saints Pères qui l'a mieux connue. L'orgueil, dit saint Augustin, est une fausse et pernicieuse imitation de la divine grandeur : Ceux qui s'élèvent contre vous, vous imitent désordonnément. Cette parole est pleine de sens ; mais une belle distinction du même saint Augustin nous en fera entendre le fond. Il y a des choses, dit-il, où Dieu nous permet de l'imiter, et d'autres où il le défend. Il est vrai que ce qui l'excite à la jalousie, c'est lorsque l'homme se veut faire Dieu et entreprend de lui ressembler ; mais il ne s'offense pas de toute sorte de ressemblance.

Car premièrement, il nous a faits son image ; nous portons empreints sur nous-mêmes les traits de sa face et les caractères de ses perfections. Il y a de ses attribut dans lesquels il n'est pas jaloux que nous tâchions de lui ressembler ; au contraire il nous le commande. Par exemple, voyez sa miséricorde, dont il est dit dans son Ecriture qu'elle éclate par-dessus ses autres ouvrages ; il nous est ordonné de nous conformer à cet admirable modèle.

Dieu est patient sur les pécheurs et les invitant à la pénitence, il fait luire en attendant son soleil sur eux ; il veut que nous nous montrions ses enfants, en imitant cette patience à l'égard de nos ennemis. Ainsi comme il est véritable, vous pouvez l'imiter dans sa vérité ; il est juste, vous pouvez le suivre dans sa justice ; il est saint, et encore que sa sainteté semble être entièrement incommunicable, il ne se fâche pas néanmoins que vous osiez porter vos prétentions jusqu'à l'honneur de lui ressembler dans ce merveilleux attribut ; au contraire il vous le commande.

Quelle est donc cette ressemblance qui lui cause tant de jalousie ? C'est lorsque nous lui voulons ressembler dans l'honneur de l'indépendance, en prenant notre volonté pour loi souveraine, comme lui-même n'a point d'autre loi que sa volonté absolue. C'est sur ce point qu'il est chatouilleux, c'est là l'endroit délicat ; c'est alors qu'il repousse avec violence tous ceux qui veulent ainsi attenter à la majesté de son empire. Soyons des dieux, il nous le permet par l'imitation de sa sainteté, de sa justice, de sa patience, de sa miséricorde toujours bienfaisante ; quand il s'agira de puissance, tenons-nous dans les bornes d'une créature et ne portons pas nos désirs à une ressemblance si dangereuse.

Voilà la règle immuable qui distingue ce que nous pouvons, et ce que nous ne pouvons pas imiter en Dieu. Mais, ô voies corrompues des enfants d'Adam ! ô étrange dépravation de notre cœur nous renversons ce bel ordre. Dans les choses où il se propose pour modèle, nous ne voulons pas l'imiter ; en celle où il veut être unique et inimitable, nous entreprenons de le contrefaire. Car si nous l'imitions dans sa sainteté, le Prophète se serait-il écrié : Sauvez-moi, Seigneur, parce qu'il n'y a plus de saints sur la terre ? Si dans sa fidélité ou dans sa justice, le prophète Michée dirait-il : Il n'y a plus de droiture parmi les hommes ; le grand demande et le juge lui donne tout ce qui lui plaît ; il n'y a plus de foi parmi les amis, la terre n'est plaine que de tromperie ? Ainsi nous ne voulons pas imiter Dieu dans ces excellents attributs, dont il est bien aise de voir en nous une vive image. Cette souveraineté, cette indépendance où il ne nous est pas permis de prétendre, c'est à cela que nous attendons, c'est ce droit sacré et inviolable que nous osons usurper.

Car comme Dieu n'a personne au-dessus de lui qui le règle et qui le gouverne, nous voulons être, dit saint Augustin, les arbitres souverains de notre conduite, afin qu'en secouant le joug, en rompant les rênes, en rejetant le frein du commandement qui retient notre liberté égarée, nous ne relevions point d'une autre puissance et soyons comme des dieux sur la terre. Par ce désir et cette fausse opinion d'indépendance, nous nous irritons contre les lois ; qui nous défend, nous incite ; comme si nous disions en notre cœur : Quoi ! on veut me commander. Et n'est-ce pas ce que Dieu lui-même reproche aux superbes sous l'image du roi de Tyr ? Ton cœur comme le cœur d'un dieu ; tu n'a voulu ni de règle, ni de dépendance ; tu t'es rempli de toi-même, et tu t'es attribué toutes choses ; lorsque tu as vu ta fortune bien établie par ton adresse et par ton intrigue, tu n'as pas fait réflexion sur la main de Dieu, et tu as dit avec Pharaon : Ce fleuve est à moi, tout ce grand domaine m'appartient, c'est le fruit de mon industrie, et je me suis fait moi-même.

Ainsi notre orgueil aveugle nous érige en petits dieux. Eh bien, ô superbe, ô petit dieu, voici le grand Dieu vivant qui s'abaisse pour te confondre ! Un homme se fait dieu par orgueil, un Dieu se fait homme par humilité ; l'homme s'attribue faussement la grandeur de Dieu, Dieu prend véritablement le néant de l'homme. Car considérons, chrétiens, ce qui s'accomplit en ce jour dans les entrailles bienheureuses de la sainte Vierge : là un Dieu s'épuise et s'anéantit en prenant la forme d'esclave, afin que l'esclave soit confondu, quand il veut faire le maître et le souverain. O homme, viens apprendre à t'humilier ; homme, pécheur, superbe, humilié et honteux de ton orgueil même : homme, quoi de plus infirme ? pécheur, quoi de plus injuste ? superbe, quoi de plus insensé ?

Mais voici un nouveau secret de la miséricorde divine. Elle ne veut pas seulement confondre l'orgueil, elle a assez de condescendance pour vouloir en quelque sorte le satisfaire. Car il a fallu donner quelque chose à cette passion indocile, qui ne se rend jamais tout à fait. L'homme avait osé aspirer à l'indépendance divine. On ne peut le contenter en ce point, le trône ne se partage pas, la majesté souveraine ne peut souffrir d'égal.

Mais si nous ne pouvons ressembler à Dieu dans cette souveraine indépendance, il veut nous ressembler dans l'humilité : l'homme ne peut devenir indépendant, un Dieu pour le contenter deviendra soumis. Sa souveraine grandeur ne souffre pas qu'il s'abaisse tant qu'il demeurera dans lui-même ; cette nature infiniment abondante ne refuse pas d'aller à l'emprunt pour s'enrichir par l'humilité, afin, dit saint Augustin, que l'homme qui méprise l'humilité, qu'il appelle simplicité et bassesse quand il la voit dans les autres hommes, ne dédaignât plus de la pratiquer en la voyant dans un dieu. Voilà le conseil de notre Dieu pour guérir l'arrogance humaine. Il veut arracher du fond de nos cœurs cette fierté indocile qui ne veut rien voir sur sa tête ; qui nous fait toujours regarder ceux qui sont soumis avec dédain, ceux qui dominent avec envie ; qui ne peut souffrir aucun joug ni céder à aucunes lois, pas même à celle de Dieu. C'est pourquoi il n'y a bassesse, il n'y a servitude où il ne descende ; il s'abandonne lui-même à la volonté de son Père.

Mais pesons davantage sur cette parole. Il a pris la forme d'esclave ; il a pris la nature humaine qui l'oblige à être sujet, lui qui était né souverain. Il descend encore un autre degré ; il a pris la forme d'esclave, parce qu'il a paru comme pécheur, qu'il s'est revêtu lui-même de la ressemblance de la chair de péché, qu'en cette qualité il a porté sur lui les marques d'esclave, par exemple la circoncision, et qu'il a mené une vie servile. Il s'abaisse beaucoup plus bas ; il a pris la forme d'esclave, parce qu'il est non seulement semblable au pécheur, mais qu'il est la victime publique pour tous les pécheurs. Dès le premier moment de sa conception, en entrant au monde, dit le saint Apôtre, il s'est mis en cet état de victime.

Mais peut-être qu'en se soumettant à la volonté de son Père, vous croirez qu'il veut s'exempter de dépendre de la volonté des hommes. Non, mes Frères, ne le croyez pas, car la volonté de son Père est qu'il soit livré comme une victime à la volonté des hommes pécheurs, à la volonté de l'enfer. Il n'a pas attendu la croix pour faire cet acte de soumission. Marie a été l'autel où il s'est premièrement immolé, où s'est vu la première fois ce grand et admirable spectacle d'un Dieu soumis et obéissant jusqu'à se dévouer à la mort, jusqu'à se livrer aux pécheurs et à l'enfer même, pour faire de lui à leur volonté. Pourquoi cet abaissement ? Je vous ai déjà dit que c'est pour confondre l'orgueil.

A la vue d'un abaissement si profond, qui pourrait refuser de se soumettre ? Vous vivez dans une conduite qui vous doit faire trouver la soumission non seulement fructueuse, mais encore douce et désirable. Mais quand vous auriez a souffrir un autre gouvernement, de quelle obéissance pourriez-vous vous plaindre, en voyant à la volonté de quels hommes se dévoue aujourd'hui le Sauveur des âmes ? A celle du lâche Pilate, à celle du traître Judas, à celle des Juifs et des pontifes, à celles des soldats inhumains, qui ne garant avec lui aucune mesure, ont fait de lui ce qu'ils ont voulu. Après cet exemple de soumission, vous ne sauriez descendre assez bas ; et vous devez chérir les dernières places, qui après les abaissements du Dieu incarné, sont devenues désormais les plus honorables.

Marie entre aujourd'hui dans ses sentiments ; quoique sa pureté angélique ait été un puissant attrait pour faire naître Jésus-Christ en elle, ce n'est pas néanmoins cette pureté qui a consommé le mystère, c’est l'humilité et l'obéissance. Si Marie n'avait dit qu'elle était servante, en vain elle eût été vierge, et nous ne nous écrierions pas aujourd'hui que ses entrailles sont bienheureuses. Vierges de Jésus-Christ, profitez de cette leçon, et méditez attentivement cette vérité : le dessein du Fils de Dieu n'est pas tant de faire des vierges pudiques que des servantes soumises. Mais ce n'est pas assez au Verbe fait chair d'avoir confondu l'orgueil, il faut relever l'espérance, et c'est ce qu'il va faire en s'appauvrissant ; il ne confond la présomption que pour donner place à l'espérance. C'est ma seconde partie.


Deuxième Point

L'appauvrissement du Verbe fait chair est la principale partie du mystère, et celle par conséquent qu'il est le plus malaisé de bien faire entendre. Car, lorsque le saint Apôtre dit que le Fils de Dieu s'est fait pauvre, il me semble, âmes chrétiennes, qu'il ne suffit pas de comprendre qu'il s'est appauvri en qualité d'homme, en s'unissant à une nature dont le partage est la pauvreté.

En naissant de parents obscurs, dans la lie du peuple, en vivant sur la terre sans retraite, sans lieu de repos et sans avoir seulement un gîte assuré où il pût reposer sa tête. Cette pauvreté mystérieuse a quelque chose de plus caché, qui ne sera jamais assez entendu, jusqu'à ce que nous disions que c'est la Divinité qui s'est elle-même appauvrie.

Je ne suis point trop hardi, quand je parle ainsi, et je ne fais que suivre l'Apôtre : Il s'est anéanti lui-même, ou pour traduire ce mot proprement, il s'est vidé et répandu tout entier, comme un vase qui était plein et qu'on vide en le répandant. C'est l'idée que nous donne le divin Apôtre, et c'est dans cette effusion que consiste l'appauvrissement du Verbe fait chair. Ce dépouillement est-il véritable ? Dieu a-t-il perdu quelque chose en se faisant homme ? Et n'est-ce pas un article de notre foi, que la Divinité toujours immuable ne s'est ni altérée ni diminuée dans ce mélange ? Comment donc le Fils de Dieu s'est-il dépouillé ? Voici le secret du mystère.

On dépouille quelqu'un en deux sortes, ou quand on lui ôte la propriété, ou quand on le prive de l'usage. Car quoiqu'on laisse à un homme la propriété de son patrimoine, si on lui lie les mains pour l'usage, il est pauvre parmi les richesses dont il ne peut pas se servir. Ce principe étant supposé, il est bien aisé de comprendre l'appauvrissement du Verbe divin. Si je considère la propriété, il n'est rien de plus véritable que l'oracle du grand saint Léon, dans la célèbre épître à Flavien, que comme la forme de Dieu n'a pas détruit la forme d'esclave, la forme d'esclave n'a diminué en rien la forme de Dieu. Ainsi la nature divine n'est dépouillée en Jésus-Christ d'aucune partie de son domaine ; de sorte que son appauvrissement, c'est qu'elle y perd l'usage de la plus grande partie de ses attributs. Mais que dis-je, de la plus grande partie ! Quel de ses divins attributs voyons-nous paraître en ce Dieu enfant que le Saint-Esprit a formé dans les entrailles de la sainte Vierge ? Que voyons-nous qui sente le Dieu dans les trente premières années de sa vie ? Mais encore dans les trois dernières, qui sont les plus éclatantes, s'il paraît quelques rayons de sa sagesse dans sa doctrine, de sa puissance dans ses miracles, ce ne sont que des rayons affaiblis, et non pas la lumière dans son midi. La sagesse se cache sous des paraboles et sous le voile sacré de paroles simples ; et lorsque la puissance étend son bras à des ouvrages miraculeux, comme si elle avait peur de paraître, en même temps elle le retire. Car la véritable grandeur de la puissance divine, c'est de paraître agir de son chef, et c'est ce que le Fils de Dieu n'a pas voulu faire. Il rapporte tout à son Père ; et il semble qu'il n'agisse et qu'il ne parle que par une autorité empruntée. Ainsi la nature divine devait être en lui, durant les jours de sa chair, privée de l'usage de sa puissance et de ses divines perfections. (...) Comme un homme interdit par les lois, qui a la propriété de son bien et n'en a pas la disposition. ainsi étant interdit en vertu de cette loi suprême qui l'envoyait sur la terre pour y être dans un état de dépouillement, il n'avait pas l'usage de son propre bien, et il n'en reçoit la pleine disposition qu'après qu'il est retourné au lieu de sa gloire, c'est-à-dire au sein de son Père.

Tel est l'appauvrissement du Verbe fait chair ; le Fils de Dieu s'y est engagé par sa première naissance qu'il prend d'une mère mortelle. C'est pourquoi son Père immortel, pour l'en délivrer, le ressuscite des morts ; et lui donnant de nouveau la vie, il le fait jouir de tous les droits de sa naissance éternelle. O Dieu appauvri ! ô Dieu dépouillé ! je vous adore : vous méritez d'autant plus nos adorations, ô Dieu interdit !

Il pourrait sembler que cette pauvreté du Verbe fait chair serait un moyen peu sûr pour relever la bassesse de notre nature. Car est-ce une espérance pour des malheureux, qu'un Dieu en vienne augmenter le nombre ? Est-ce une ressource à notre faiblesse, que notre Libérateur se dépouille de sa puissance ? Ne semble-t-il pas au contraire que le joug qui accable les enfants d'Adam est d'autant plus dur et inévitable, qu'un Dieu même est assujetti à le supporter ? Cela serait vrai si sa pauvreté était forcée, s'il y était tombé par nécessité, et non pas descendu par miséricorde. Mais que ne devons-nous pas espérer d'un Dieu qui descend pour se joindre à nous ; dont l'abaissement n'est pas une chute, mais une condescendance ; qui n'a pris notre pauvreté, comme il a déjà été dit, que de peu qu'étant si pauvres et si misérables, nous n'osassions approcher de lui avec notre misère et notre indigence ? Il ne tombe pas pour être abattu, mais il descend pour nous relever.

C'est ce qui fait dire à saint Augustin, que le fils de Dieu a été porté au mystère de l'incarnation par une bonté populaire. Comme un grand orateur plein de riches conceptions, pour se rendre populaire et intelligible, se rabaisse par un discours simple à la capacité des esprits communs ; comme un grand environné d'un éclat superbe, qui étonne de pauvre peuple et ne lui permet pas d'approcher, quitte tout ce pompeux appareil et par une familiarité populaire vit à la mode de la multitude, dont il se propose de gagner l'esprit : ainsi la Sagesse incréée par un conseil de condescendance se rabaisse en prenant un corps et se rend sensible ; ainsi la Majesté souveraine par une facilité populaire se dépouille de son éclat et de ses richesses, de son immensité et de sa puissance, pour converser librement avec les hommes. Elevez votre courage, ô enfants d'Adam : dans la dispensation de sa chair, ne croyez pas que ce soit en vain qu'il semble appréhender de paraître Dieu ; il l'est, et vous pouvez attendre de lui tout ce que l'on peut espérer d'un Dieu. Mais il cache tous ses divins attributs ; approchez avec la même familiarité, avec la même franchise, avec la même liberté de cœur, que si ce n'était qu'un mortel.

Voilà l'effet admirable que produit le dépouillement du Verbe incarné ; de sorte que nous pouvons dire qu'il ne s'appauvrit en toute autre chose, que pour être riche en amour et abondant en miséricorde. C'est le seul de ses attributs dont il se laisse l'usage ; et dans sa pauvreté mystérieuse rien n'est plus riche que son amour, qui coule sur nous de source, qui n'a même rien en nous qui l'attire, mais qui se répand sur nous de lui-même, et se déborde par sa propre abondance : tel est l'amour de notre Dieu. Que reste-t-il maintenant, sinon que nous lui rendions amour pour amour ? Certainement le cœur est trop dur, qui non content de ne lui pas donner son amour, refuse même de le lui rendre ; qui n'allant pas à Dieu le premier, ne le suit pas du moins quand il le cherche. Que si nous aimons ce divin Sauveur, observons ses commandements, et marchons par les voies qu'il nous a marquées. Et ne disons pas en nos cœurs : Aimer ses ennemis, se haïr soi-même, ce commandement est trop haut, il n'y a pas moyen de l'atteindre ; la doctrine évangélique est trop relevée, et passe de trop loin la portée des hommes.

Quiconque parle ainsi n'entend pas le mystère d'un Dieu abaissé. Ce Dieu facile, ce Dieu populaire, qui se dépouille et qui s'appauvrit pour se mettre en égalité avec nous, mettra-t-il au-dessus de nous ses préceptes ? Et celui qui veut que nous atteignions à sa personne, voudra-t-il que nous ne puissions atteindre à sa doctrine ? Prendre une telle pensée, c'est peu connaître un Dieu appauvri ; une telle hauteur ne s'accorde pas avec un telle condescendance. Non, je ne crois plus rien d'impossible. Il n'y a vertu où je n'aspire, il n'y a sainteté où je ne prétende. Mais si vous y prétendez, il faut encore ajouter : Il n'y a passion que je ne combatte. Ah ! vous commencez à ne plus entendre et à trouver la chose impossible. Un Dieu descend et vous tend la main ; il n'est que d'oser et d'entreprendre. Heureuses les entrailles de la Vierge, où s'accomplit un si grand mystère, dans lesquelles un Dieu appauvri ouvre une si belle carrière à nos espérances ! Mais laissons les espérances et venons aux biens véritables dont il comble notre pauvreté : c'est ce qu'il faut méditer dans la dernière partie.


Troisième Point

Ni dans l'ordre de la grâce, ni dans l'ordre de la nature, la terre pauvre et indigente ne peut s'enrichir que par le commerce avec le ciel. Dans l'ordre de la nature elle ne porte jamais de riches moissons, si le ciel ne lui envoie ses pluies, ses rosées, sa chaleur vivifiante et ses influences ; dans l'ordre de la grâce, on n'y verra jamais fleurir les vertus, ni fructifier les bonnes œuvres, si elle ne reçoit avec abondance les dons du ciel. Jugez quelle devait être notre pauvreté, puisque ce sacré commerce avait été rompu depuis tant de siècles par la guerre que nous avions déclarée au Ciel ; et juger par la même raison quelles seront dorénavant nos richesses, puisqu'il se rétablit aujourd'hui par le mystère de l'incarnation. car ce n'est pas sans raison que l'Eglise nous expliquant ce divin mystère, l'appelle un commerce admirable !

Voilà un commerce admirable, dans lequel il est aisé de comprendre que tout se fait pour notre avantage. Deux sortes de commerce parmi les hommes : un commerce de besoin, pour emprunter ce qui nous manque ; un commerce d'amitié et de bienveillance, pour partager avec nos amis ce que nous avons.

Dans l'un et l'autre de ces commerces l'on trouve de l'avantage. Dans le premier on a le plaisir d'acquérir ce qu'on n'avait pas ; dans le second, le plaisir de jouir de ce qu'on possède : plaisir qui serait sans goût, si nul n'y avait part avec nous.

Mais il n'est est pas ainsi de notre Dieu, qui est suffisant à lui-même, parce qu'il trouve tout, dit saint Augustin, dans la grandeur abondante de son unité. Il n'a besoin de personne pour posséder tout le bien, parce qu'il le ramasse tout entier en sa propre essence ; il n'a besoin de personne pour le plaisir d'en jouir, qu'il goûte parfaitement en lui-même. Donc s'il entre en commerce avec les hommes, qui doute que ce ne soit pour notre avantage ? Quand il semble venir à l'emprunt, c'est qu'il a dessein de nous enrichir ; s'il recherche notre compagnie, c'est qu'il veut se donner à nous. C'est ce qu'il fait aujourd'hui dans les entrailles de la Vierge, et saint Augustin de dire : C'est là qu'il nous enrichit.

Et en effet, considérons, je vous prie, quel commerce le Fils de Dieu y commence, ce qu'il y reçoit, et ce qu'il y donne ; épanchons ici notre cœur dans la célébration de ses bienfaits. Il est venu ce charitable négociateur, il est venu trafiquer avec une nation étrangère. Dites-moi, qu'a-t-il pris de nous ? Il a pris les fruits malheureux que produit cette terre ingrate : la faiblesse, la misère, la corruption. Et que nous a-t-il donné en échange ? Il nous a apporté les biens véritables qui croissent en son royaume céleste, qui est son domaine et son patrimoine : l'innocence, la paix, l'immortalité, l'honneur de l'adoption, l'assurance de l'héritage, la grâce et la communication du Saint-Esprit. Qui ne voit que tout se fait pou notre avantage dans cet admirable trafic ?

Mais voyons maintenant cet autre commerce de société et d'affection. Peut-on nier que sans sa bonté notre compagnie lui serait à charge ? Si donc il épouse la nature humaine dans les entrailles de la sainte Vierge, s'il entre dans notre alliance par le nœud sacré de ce mariage, puisqu'il n'y a pas la moindre apparence que cette société lui profite, reconnaissons plutôt qu'il veut être à nous, et enrichir notre pauvreté, non-seulement par la profusion de tous ses biens, mais encore en se donnant lui-même.

Ce n'est pas moi qui tire cette conséquence ; c'est le grand apôtre Paul, qui considérant en lui-même cette charité infinie par laquelle Dieu a aimé tellement le monde qu'il lui a donné son Fils unique, s'écrie ensuite avec transport : Celui qui ne nous a pas épargné son Fils, mais nous l'a donné tout entier et par sa naissance et par sa mort, que nous poura-t-il refuser ? et ne nous donne-t-il pas en lui toutes choses ? Quand il a donné son Fils aussi cher que lui-même, son unique, son bien-aimé, ses délices, son trésor, il nous a ouvert le fond de son cœur ; et après que sa divine libéralité a ainsi épanché son cœur, ne faut-il pas que tout coule sur nous par cette ouverture ? Que plût à Dieu faire entendre la force de cette parole ! Il se donnera de nouveau, parce qu'il s'est déjà donné une fois. La libéralité des hommes est bientôt à sec. En Dieu un bienfait est une promesse, une grâce, un engagement pour un nouveau don. Comme dans une chaîne d'or, un anneau en attire un autre, ainsi les bienfaits de Dieu s'entre-suivent par un enchaînement admirable. Celui qui s'est donné une fois ne laissera pas tarir la source infinie de sa divine miséricorde, et il fera encore à notre nature un nouveau présent de lui-même. En Jésus-Christ mortel, les dons de la grâce ; en Jésus-Christ immortel, les dons de la gloire. Il s'est donné à nous comme mortel, parce que les peines qu'il a endurées ont été la source de toutes nos grâces : il se donnera à nous comme immortel, parce que la clarté dont il est plein sera le principe de notre gloire.

Mais faisons en ce lieu une réflexion sérieuse sur la grandeur incompréhensible de la sainte Vierge. Car si nous recevons tant de grâces et de bonheur parce que Dieu nous donne son Fils, que pourrons-nous penser de Marie, à qui ce Fils est donné avec une prérogative si éminente ? Si nous sommes si avantagés parce qu'il nous le donne comme Sauveur, quelle sera la gloire de cette Vierge à laquelle il l'a donné comme Fils, c'est-à-dire en la même qualité qu'il est à lui-même ? Heureuses mille et mille fois les entrailles qui ont porté Jésus-Christ ! Jésus-Christ sera donné à tout le monde ; Marie le reçoit la première, et Dieu le donne au monde par son entremise. Jésus-Christ est un bien universel ; mais Marie durant sa grossesse le possédera toute seule. Elle a cela de commun avec tous les hommes, que Jésus donnera pour elle sa vie ; mais elle a cela de singulier, qu'il l'a premièrement reçue d'elle.

Elle a cela de commun, que son sang coulera sur elle pour la sanctifier ; mais elle a cela de particulier, qu'elle en est la source. C'est le privilège extraordinaire que lui donne le mystère de cette journée ; mais puisque ce mystère adorable nous donne Jésus-Christ aussi bien qu'à elle, quoique ce ne soit pas au même degré d'alliance, apprenons de cette Mère divine à recevoir saintement ce dieu qui se donne à nous.

Jésus-Christ mortel est à nous, Jésus-Christ immortel est à nous encore. Nous avons le gage de l'un et de l'autre dans le mystère de l'Eucharistie. Il est effectivement immortel, et il porte la marque et le caractère, non-seulement de sa mortalité, mais de sa mort même : il se donne à nous en cet état, afin que nous entendions que tout ce qu'il mérite par sa mort, et tout ce il possède dans son immortalité est le bien de tous ses fidèles : recevons-le dans cette pensée. La disposition nécessaire pour recevoir un Dieu qui se donne à nous, est la résolution de s'en bien servir. Car quiconque en ne recevant pas son présent fait injure à la miséricorde divine. Au contraire, quelle source de gloire, quel torrent de délices, quelle abondance de dons, quelle inondation de félicité !

Le fruit de ce discours, dans ces paroles : Utamur nostro in nostram utilitatem, de Salvatore salutem operemur. Sortons de cette prédication avec une sainte ardeur de travailler à notre salut, puisque nous recevons un Sauveur... nous sauver, etc. S'il n'y avait point de Sauveur, je ne vous parlerais point de la sorte. S'il est à nous, mes Frères, servons-nous-en pour notre profit, et puisqu'il est le Sauveur, faisons de lui notre salut : Utamur nostro in nostram utilitatem, de Salvatore salutam operemur.

prêché par Jacques-Bénigne Bossuet, le 25 mars 1661 aux Grandes Carmélites de la rue Saint-Jacques



L'ANNONCIATION DE NOTRE-SEIGNEUR

L'annonciation du Seigneur, est ainsi appelée parce que, à pareil jour, un ange annonça 1'avénement du Fils de Dieu dans la chair. Il a été convenable que l’incarnation du Fils de Dieu fût précédée par l’annonciation de l’ange, et' cela pour trois raisons : 1° pour conserver un certain ordre, savoir : afin que l’ordre de la réparation correspondît à l’ordre de la prévarication. Car de même que le diable tenta la femme pour l’amener au doute, du doute au consentement, du consentement à la chute, de même l’ange annonça à la Vierge pour l’exciter à la foi, par la foi au consentement et par: le consentement à ce qu'elle conçût le Fils de Dieu ; 2° à raison du ministère de l’ange; car l’ange étant le ministre et le serviteur du Très-Haut, et la bienheureuse Vierge ayant été choisie pour être la mère de Dieu, il est de toute convenance que le ministre serve la maîtresse, il était donc juste que l’annonciation fût faite à la Sainte Vierge par le ministère d'un ange; 3° pour réparer la chute de l’ange. En effet puisque l’incarnation n'avait pas seulement pour objet de réparer la chute de l’homme, mais aussi de réparer la ruine de l’ange, les anges n'en devaient donc pas être exclus. Et comme la femme n'est pas exclue de la connaissance du mystère de l’Incarnation et de la résurrection, de même aussi le messager angélique ne le doit pas ignorer. Il y a plus, Dieu a annoncé à la femme l’un et l’autre mystère par le moyen d'un ange, savoir : l’Incarnation à la Vierge Marie et la résurrection à Marie-Madeleine.— La bienheureuse Vierge étant donc restée depuis la troisième année de son âge jusqu'à la quatorzième dans le temple avec les autres vierges, et ayant fait voeu de conserver la chasteté, à moins que Dieu n'en disposât autrement, Joseph la prit pour épouse après qu1l en eut reçu une révélation divine, et que son rameau eut reverdi, ainsi qu'il est rapporté plus au long dans l’histoire de la Nativité de la bienheureuse Marie. Il alla à Bethléem, d'où il était originaire, afin de pourvoir à tout ce qui était nécessaire pour les noces; quant à Marie, elle revint à Nazareth dans la maison de ses parents. Nazareth veut dire fleur. « Ainsi, dit saint Bernard, la fleur voulut naître d'une fleur, dans une fleur, et dans la saison des fleurs. » Ce fut donc là que l’ange lui apparut et la salua en disant : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. Saint Bernard s'exprime ainsi: « L'exemple de Gabriel nous invite à saluer Marie, comme, aussi le tressaillement de saint Jean; ainsi que le profit que nous retirons du consentement de la Bienheureuse Vierge. » Mais ici, il convient de rechercher les motifs pour lesquels le Seigneur a voulu que sa mère se mariât. Saint Bernard en donne trois raisons : « Il fut nécessaire, dit ce Père, que Marie fût mariée avec Joseph, puisque 1 ° par là le mystère reste caché aux démons; 2° l’époux est le garant de la virginité ; 3° et la pudeur, comme la réputation de la Vierge, est sauve ; 4° c'était afin que l’opprobre fût effacé dans toutes les conditions de ta femme, savoir, dans les mariées, les vierges et les veuves : trois conditions dans lesquelles se trouva la Vierge elle-même ; 5° afin qu'elle pût recevoir des services de son époux; 6° pour être une preuve de la bonté du mariage; 7° pour que la suite de sa généalogie fût, établie par son mari. Or, l’ange lui dit Salut, pleine de grâce. Saint Bernard dit en expliquant ces mots : « La grâce de la divinité est dans son sein, la grâce de la charité dans son coeur, la grâce de l’affabilité dans sa bouche : dans ses mains la grâce de la miséricorde et de la largesse. » Il ajoute : « Elle est vraiment pleine; car de sa plénitude tous les captifs reçoivent rédemption; malades, guérison ; tristes, consolation; pécheurs,, pardon; justes, grâce; anges, allégresse ; enfin toute la Trinité, gloire, le Fils de l’homme, substance de la chair humaine. » Le Seigneur est avec vous : « Avec vous est le Seigneur qui est Père, qui a engendré celui que vous avez conçu : le Seigneur Saint-Esprit, duquel vous avez conçu; et le Seigneur Fils que vous revêtez de votre chair. » Vous êtes bénie entre les femmes, c'est-à-dire, par dessus toutes les femmes, car en effet vous serez mère et vierge et mère de Dieu. Les femmes étaient sujettes à une triple malédiction d'opprobre, malédiction de péché et malédiction de supplice : la malédiction d'opprobre atteignait celles qui ne concevaient point, ce qui fait dire à Rachel : « Le Seigneur m’a tirée de l’opprobre où j'ai été ». (Genèse, XXX, 20) ; la malédiction du péché était pour celles qui concevaient : ce qui fait dire à David : « Voilà que j'ai été conçu dans les iniquités » (Ps. L). La malédiction du supplice affligeait celles qui enfantaient : il est dit dans la, Genèse (III) : « Vous enfanterez dans la, douleur. » Seule la Vierge Marie est bénie entre toutes les femmes; elle dont la virginité est unie, à la fécondité, dont la fécondité est unie à la sainteté dans l’a, conception, et à la sainteté de laquelle vient se joindre la joie dans l’enfantement. Elle est pleine de grâces, au témoignage de saint Bernard; pour quatre raisons, qui brillèrent en son esprit : ce furent la dévotion de l’humilité, le respect de la pudeur, la grandeur de sa foi, et le martyre de son coeur.

On ajoute : Le Seigneur est avec vous, pour quatre qualités qui resplendirent du ciel en sa personne (c'est encore la pensée de saint Bernard). Ce sont la sanctification de Marie, la salutation angélique, la venue du Saint-Esprit et l’Incarnation du Fils de Dieu. Il est dit encore : Vous êtes bénie entre les femmes, pour quatre autres privilèges qui, d'après saint Bernard, resplendirent en sa chair : elle fut la reine des vierges, féconde sans corruption, enceinte sans être incommodée, elle mit au monde sans douleur. — Aussitôt qu'elle eut entendu, elle fut troublée du discours de l’ange et elle examinait en elle-même ce que c'était que cette salutation. Elle fut donc troublée du discours de l’ange, mais non de son apparition, parce que la bienheureuse Vierge avait souvent vu des anges, mais elle ne les avait jamais entendu parler de cette manière. « L'ange, dit saint Pierre de Ravenne, était venu doux en apparence, mais terrible en ses paroles. Aussi celui dont la vue l’avait doucement réjouie, la troubla quand il parla. Le trouble qu'elle ressentit, dit saint Bernard, est l’effet de sa pudeur virginale; si elle ne fut pas troublée outre mesure, elle le dut à sa force d’âme ; en se taisant et en réfléchissant, elle donnait une preuve de prudence et de discrétion.» Et alors l’ange la rassura et lui dit : « Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce auprès du, Seigneur. » « Vous avez trouvé; ajoute saint Bernard, la grâce de Dieu, la paix des hommes, la destruction de la mort, la réparation de la vie. » — Voici que vous concevrez et que vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus, c'est-à-dire, de Sauveur, car il sauvera son peuple de ses péchés. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut. « Ce qui signifie, dit saint Bernard : celui qui est le grand Dieu, sera grand, c'est-à-dire, grand homme, grand docteur, grand prophète. » Alors Marie dit à l’ange : comment cela se pourra-t-il faire, puisque je ire connais point d'homme ? c'est-à-dire, puisque je ne me propose pas d'en connaître: Elle fut donc vierge, d'esprit, de coeur et de propos délibéré. Mais voilà que Marie interroge ; or, qui interrogé, doute. Pourquoi alors n'y eut-il que Zacharie qui ait été frappé de mutisme? Sur cela saint Pierre de Ravenne apporte quatre raisons : « Celui dit-il, qui connaît les cours, ne considère pas seulement les paroles, mais le fond même des coeurs, il a porté son jugement non pas sur ce qu'ils ont dit, mais sur ce qu'ils ont pensé. La cause par laquelle ils interrogent n'est pas pareille, leur espérance n'est pas la même. Marie a cru contre la nature, Zacharie a douté pour la nature. Celle-ci s'informe de l’enchaînement des faits ; l’autre prétend impossibles les choses que Dieu veut être faites. Celui-là, malgré es exemples qui l’y poussent, ne parvient pas à la foi ; celle-ci y accourt sans avoir de modèle. Elle admire qu'une vierge enfante et il contesta la conception. Marie ne doute donc pas du fait, mais elle en demande le mode et les circonstances : car comme il v a trois modes de conception, le naturel, le spirituel et le merveilleux, elle s'informe de quel mode elle doit concevoir. Et l’ange lui répondit en disant : Le Saint-Esprit viendra en vous, et lui-même opérera la conception en, vous. C'est pour cela que l’on dit : qui a été conçu, du Saint-Esprit, pour quatre raisons.

1° Pour montrer que c'est par l’ineffable charité divine que le Verbe de Dieu s'est fait chair : « Dieu a tellement aimé le monde, dit saint Jean (III), qu'il lui a donné son Fils unique. » C'est la raison qu'en donne le Maître des sentences (Pierre Lombard, évêque de Paris). 2° Pour faire voir qu'il y a ici une grâce accordée sans qu'elle eût été méritée, en sorte que quand on dit : qui a été conçu du Saint-Esprit, il reste démontré que c'est l’effet seulement d'une grâce qui n'a été précédée par. aucun mérite de la part des hommes. Cette raison est de saint Augustin. 3° Pour montrer que c'est par la vertu et par l’opération du Saint-Esprit qu'il a été conçu. Cette raison vient de saint Ambroise. 4° Pour le motif de la conception, et cette raison est celle de Hugues de Saint Victor. Il dit que le motif de la conception naturelle, c'est l’amour du mari pour sa femme, et de la femme pour son mari : « Il en fut de même dans la Vierge, dit-il; parce que l’amour du- Saint-Esprit brûlait singulièrement dans son coeur, alors l’amour du Saint-Esprit opérait des merveilles dans sa chair. » Et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Ce qui s'explique ainsi d'après la glose: L'ombre se forme ordinairement de la lumière et d'un corps interposé : La vierge, aussi bien qu'un pur homme, ne pouvait prendre la plénitude de la divinité, mais la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, alors que dans Marie, la lumière incorporelle de la divinité a pris le corps de l’humanité, afin qu'ainsi il fût possible à Dieu de souffrir. Saint Bernard paraît toucher cette explication quand il dit : « Parce que Dieu est esprit, et que nous sommes l’ombre de son corps, il s'est abaissé jusqu'à nous afin que par le moyen de la chair vivifiée, nous voyions le Verbe dans la chair, le soleil dans le nuage, la lumière dans la lampe, et la chandelle dans la lanterne. » Voici comment saint Bernard explique encore ce passage : « C'est comme si l’ange disait : ce mode par lequel vous concevrez du Saint-Esprit, J.-C., la vertu de Dieu le cachera de son ombre dans son asile le plus secret, afin qu'il soit connu de lui et de vous seulement. C'est comme s'il disait encore : Pourquoi me demandez-vous ce que vous allez éprouver en vous-même? Vous le saurez, vous le saurez, oui, heureusement vous le saurez, mais, ce sera par L'entremise du docteur qui sera en même temps auteur. J'ai été envoyé pour annoncer la conception virginale, mais non pour la créer. Ou bien encore : il vous couvrira de son ombre, c'est-à-dire, il éteindra en vous l’ardeur du vice. » Et voici que votre cousine Elisabeth a conçu un fils dans sa vieillesse. L'ange dit : voici ; pour montrer qu'il avait opéré dans le voisinage une grande nouveauté. Il y a quatre causes pour lesquelles la conception d'Elisabeth est annoncée à Marie; elles sont de saint Bernard.

La première c'est le comble de l’allégresse, la seconde la perfection de la science, la troisième la perfection de la doctrine, la quatrième la condescendance de la miséricorde. Voici en effet les paroles de saint Jérôme : « La conception d'une cousine stérile est annoncée à Marie, afin de causer joie sur joie, alors qu'à un miracle vient se joindre un autre miracle : ou bien c'est qu'il était tout à fait convenable que la vierge apprit de la bouche de l’ange, avant de le connaître par un homme, une parole qui devait être divulguée, en tous lieux, afin que la mère de Dieu ne parût pas écartée des conseils de son fils, si elle restait dans l’ignorance des événements qui arrivaient si près d'elle sur la terre. Ou plutôt encore, Marie, instruite et de l’avènement du Sauveur, et de celui du Précurseur, quant au temps et à l’enchaînement des faits, pouvait dans la suite découvrir la vérité aux écrivains et aux prédicateurs de l’Evangile; ou bien, afin que sachant que sa cousine déjà vieille et cependant enceinte, Marie qui était toute jeune encore, pensât à lui être utile, et donner au petit prophète Jean le moyen de faire sa cour au Seigneur et d'opérer, eu présence d'un miracle, un miracle plus admirable encore. » Plus loin saint Bernard dit : « O vierge, hâtez-vous de répondre. O ma dame, répondez une parole et recevez, le verbe, prononcez-vous et recevez la divinité, dites un mot qui ne dure qu'un instant et renfermez en vous l’éternel. Levez-vous, courez, ouvrez. Levez-vous pour prouver votre foi, courez pour montrer votre dévouement; ouvrez pour donner une marque de votre consentement. » Alors Marie, étendant les mains et tournant les, yeux vers le ciel : Voici, dit-elle, la servante dit Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. Saint Bernard s'exprime ainsi: « On rapporte que les uns ont reçu le Verbe de Dieu dans l’oreille, les autres dans la bouche, et dans la main. Pour Marie elle 1'a reçu dans son oreille, par la salutation angélique; dans son coeur, par la foi; dans sa bouche, par la confession; dans sa main, par le toucher; dans son sein, par l’incarnation; dans son giron, quand elle le tenait; dans ses bras, lorsqu'elle l’offrit: » Qu'il me soit fait selon votre parole. Saint Bernard explique ainsi ce passage : «Je ne veux point qu'il me soit fait en forme de parole vide et déclamatoire, ni en figure, ni en imagination; mais je veux qu'il descende en moi par l’inspiration calme du Saint-Esprit, que sa personnalité prenne chair, et qu'il habite corporellement en mon sein. » Et aussitôt le Fils de Dieu fut conçu en ses entrailles; il réunissait les perfections d'un Dieu et les perfections d'un homme, et dès le premier jour de sa conception,, il avait, la même sagesse, la même puissance que quand il atteignit l’âge de trente ans. Alors Marie partit, s'en alla vers les montagnes de la Judée chez Elisabeth et après qu'elle l’eut saluée, Jean, tressaillit, dans le sein de sa mère. La glose dit : Ne le pouvant faire avec la langue, il tressaille de coeur pour saluer J.-C. et commencer l’office de Précurseur. La sainte Vierge aida sa cousine, pendant trois mois, jusqu'à la naissance de saint Jean qu'elle leva de terre de ses mains; comme on lit dans le Livre des Justes. Ce fut à pareil jour, dit-on, que dans le cours des temps, Dieu opéra quantité de merveilles racontées par un poète dans les beaux vers suivants :

Salve, festa dies, quae vulnera nostra coerces,

Angelus est missus, et passus in cruce Christus.

Est Adam factus et eodem tempore lapsus,

Ob meritum decimae cadit Abel fratris ab ense.

Offert Melchisedech, Ysaac supponitur aris.

Est decollatus Christi baptista beatus.

Est Petrus ereptus, Jacobus sub Herode peremptus.

Corpora Sanctorum cum Christo multa resurgunt.

Latro dolce tamen per Christum suscipit, amen *.

Un soldat ** riche et noble renonçant au siècle, entra dans l’ordre des Cisterciens et parce qu'il ne savait pas les lettres; les moines n'osant pas renvoyer: chez les laïcs un si noble personnage, lui donnèrent un maître, pour savoir si par aventure il pourrait apprendre quelque chose et, par ce moyen, le faire rester chez eux. Mais après avoir reçu pendant bien du temps les leçons de son maître, il ne put apprendre rien absolument que ces deux mots : Ave Maria. Il les retint avec un tel amour que partout où il allait, en tout ce qu'il faisait, à chaque instant il les ruminait. Enfin il vient à mourir et il est enseveli avec les autres frères dans le cimetière : Or, voici que sur sa tombe pousse un lys magnifique et sur chaque feuille sont écrits en lettres d'or ces mots : Ave Maria. Tout le monde accourut pour contempler un si grand miracle. On retira la terre de la fosse et on trouva que la racine du lys partait de la bouche du défunt. On comprit alors avec quelle dévotion il avait répété ces deux mots, puisque Dieu le rendait illustre par l’honneur d'un si grand prodige (Thomas de Catempée, Denys le Chartreux, etc., rapportent aussi cette merveille). — Un chevalier, dont le castel était sur un grand chemin, dépouillait sans merci tous les passants. Cependant tous les jours il saluait la Vierge mère,de Dieu et quelque empêchement qui lui survînt, il ne voulut jamais passer un jour sans réciter la salutation angélique. Or, il arriva qu'un saint religieux vint à passer par là et le chevalier dont il est question ordonna de le dépouiller aussitôt. Mais le saint homme pria les brigands de le conduire à leur maître parce qu'il avait quelques secrets à lui communiquer. Amené devant l’homme d'armés, il le pria de faire assembler toutes les personnes de sa famille et de son castel pour leur prêcher la parole de Dieu. Quand on fut réuni, le religieux dit : « Certainement vous n'êtes pas tous ici; il manque encore quelqu'un. » Comme on l’assurait qu'ils y étaient tous : « Cherchez bien, reprit le voyageur, et vous trouverez qu'il manque quelqu'un. » Alors l’un d'eux s'écria que le camérier seul, n'était pas venu. Le religieux dit : « Oui, c'est lui seul qui manque.» On envoie aussitôt le chercher et il se plaça au milieu des autres. Mais en voyant l’homme de Dieu, il roulait des yeux affreux, agitait la tête comme un fou et n'osait s'approcher de plus près. Alors le saint homme lui dit : « Je t'adjure, par le nom de J.-C., de nous dire qui tu es et de découvrir en présence de l’assemblée le motif qui t'a conduit ici. » Et celui-ci répondit « Hélas ! c'est parce que je suis adjuré et bien malgré moi que je suis: forcé de me découvrir : en effet je ne suis pas un homme, mais un démon qui a pris la figure humaine et je suis resté sous cette forme depuis quatorze ans avec ce seigneur : notre prince m’a envoyé ici pour observer avec le plus grand soin le jour qu'il ne réciterait pas la salutation à sa Marie, afin que je m’emparasse de lui et l’étranglasses aussitôt en mourant ainsi dans ses mauvaises actions, il aurait été des nôtres : car chaque jour qu'il disait cette salutation, je ne pouvais avoir puissance sur lui : de jour en jour je le surveille avec la plus grande attention et il n'en a passé aucun sans la saluer. » En entendant, cela le chevalier tomba dans une véhémente stupeur, se jeta aux pieds de l’homme de Dieu, demanda pardon et, dans la suite, il changea de manière de. vivre. Alors le saint homme dit au démon : « Je te commande, démon, au nom de N. S. J.-C., de t'en aller d'ici, et de ne- plus revenir désormais en un lieu où tu auras l’audace. de nuire à quiconque invoquera la glorieuse mère de Dieu.» Immédiatement après cet ordre, le démon s'évanouit et le chevalier laissa aller l’homme de Dieu libre, après lui avoir témoigné respect et remercîments (Un livre intitulé : Fleurs des exemples, rapporte cette légende comme extraite d’un Anselme qui a écrit un livre de Miracles, c. XV).

*Voici comme maistre Jean-Batallier traduit cette poésie :

le frère Iehan qui translatay ce liure les vueil aussi mettre en frâcays en la manière qui s’en suit.

Ie, te salue iour tressait

Qui nez plaies nous restrains.

Lange y fut envoie ce iour

Dieu y souffrit mort ce iour

A ce leur fut fait Adam home :

Et a ce tour mordit en la pomme.

Abel fut occis pour sa disme

De son propre frère mesmes.

Melchisedech offrit a lautel :

Abraham fist de Ysaac autel,

Et Herode par son meschief

Coppa a Baptiste le chief.

Pierre sa prison renua :

Et Herode iaqs tua.

Avecques Dieu sa compaignie

Suscita corps saintz grant partie,

Le larron qui eut en memoire

Ihesucrist, fust mis en sa gloyre.

** La chronique de Grancey intitulée Roue de fortune, commentée par le P. Viguier; raconte ce fait comme étant arrivé au fils du comte de Blammont lequel épousa la sixième fille de Grancey (Cf. Paulin Paris, Cabinet historique, t. l, p. 135).

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci



Annunciation of the Lord

Today, 'Lady Day'--nine months before Christmas, we think of the Blessed Virgin Mary, who became the Mother of God. Her story is wrapped in mystery for we have only the details that Saint Luke recorded at the beginning of his Gospel. We know that she was a village maiden, probably of Nazareth, of humble circumstances, betrothed to a carpenter, though in her veins, as in those of Saint Joseph, flowed the blood of the kings of Judah.


With great simplicity and beauty Saint Luke tells us of her maidenhood: "In the sixth month the angel Gabriel was sent from God unto a village of Galilee, named Nazareth, to a virgin betrothed to a man whose name was Joseph, of the house of David; and the virgin's name was Mary." She was naturally puzzled, "greatly troubled" we are told, for she was a simple woman, and the wonder of it overwhelmed her; but with calmness and dignity she accepted her destiny, trusting that God's will would be done.

Throughout the centuries, this scene has fascinated preachers and artists who meditated on the wondrous event. Only one artist, Lotto, captured the startling nature of the occurrence. In his painting a cat is seen in the background frightened. Yet the Virgin Mother appears to be much more practical.
She asks quietly and naturally: "How shall this be?" To which came the answer containing the secret of the mystery: "The Holy Spirit shall come upon you, and the power of the Most High shall overshadow you. Therefore the child to be born shall be called holy, the Son of God." To which she answered with unique faith and submission: "Behold the handmaid of the Lord; be it done unto me according to thy word." Then, in the familiar words of the Magnificat, which echo the words of Samuel's mother Hannah (1 Samuel 2:1-10), her heart found an outlet: "My soul does magnify the Lord, and my spirit rejoices in God my Savior."

How remarkably calmly Mary accepts God's will! She knew that she could be subject to stoning for bearing a child outside of wedlock.

Yet she trusted. Let us reflect on this miracle of faith when we, too, are asked by God to do things that seem beyond our strength. Let's also trust that God is with us every moment of every day with His hands upon us.

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0325.shtml

The Annunciation

The fact of the Annunciation of the Blessed Virgin Mary is related in Luke 1:26-38. The Evangelist tells us that in the sixth month after the conception of St. John the Baptist by Elizabeth, the angel Gabriel was sent from God to the Virgin Mary, at Nazareth, a small town in the mountains of Galilee. Mary was of the house of David, and was espoused (i.e. married) to Joseph, of the same royal family. She had, however, not yet entered the household of her spouse, but was still in her mother's house, working, perhaps, over her dowry. (Bardenhewer, Maria Verk., 69). And the angel having taken the figure and the form of man, came into the house and said to her: "Hail, full of grace (to whom is given grace, favoured one), the Lord is with thee." Mary having heard the greeting words did not speak; she was troubled in spirit, since she knew not the angel, nor the cause of his coming, nor the meaning of the salutation. And the angel continued and said: "Fear not, Mary, for thou hast found grace with God. Behold thou shalt conceive in thy womb, and shalt bring forth a son; and thou shalt call his name Jesus. He shall be great, and shall be called the Son of the Most High; and the Lord God shall give unto him the throne of David his father; and he shall reign in the house of Jacob forever. And of his kingdom there shall be no end." The Virgin understood that there was question of the coming Redeemer. But, why should she be elected from amongst women for the splendid dignity of being the mother of the Messiah, having vowed her virginity to God? (St. Augustine). Therefore, not doubting the word of Godlike Zachary, but filled with fear and astonishment, she said: "How shall this be done, because I know not man?"

The angel to remove Mary's anxiety and to assure her that her virginity would be spared, answered: "The Holy Ghost shall come upon thee and the power of the Most High shall overshadow thee. And therefore also the Holy which shall be born of thee shall be called the Son of God." In token of the truth of his word he made known to her the conception of St. John, the miraculous pregnancy of her relative now old and sterile: "And behold, thy cousin Elizabeth; she also has conceived a son in her old age, and this is the sixth month with her that is called barren: because no word shall be impossible with God." Mary may not yet have fully understood the meaning of the heavenly message and how the maternity might be reconciled with her vow of virginity, but clinging to the first words of the angel and trusting to the Omnipotence of God she said: "Behold the handmaid of the Lord, be it done to me according to thy word."

Since 1889 Holzmann and many Protestant writers have tried to show that the verses Luke 1:34-35, containing the message of conception through the Holy Ghost are interpolated. Usener derives the origin of the "myth" from the heathen hero worship; but Harnack tries to prove that it is of Judaic origin (Isaiah 7:14, Behold a Virgin shall conceive, etc.). Bardenhewer, however, has fully established the authenticity of the text (p. 13). St. Luke may have taken his knowledge of the event from an older account, written in Aramaic or Hebrew. The words: "Blessed art thou among women" (v. 28), are spurious and taken from verse 42, the account of the Visitation. Cardinal Cajetan wanted to understand the words: "because I know not man", not of the future, but only of the past: up to this hour I do not know man. This manifest error, which contradicts the words of the text, has been universally rejected by all Catholic authors. The opinion that Joseph at the time of the Annunciation was an aged widower and Mary twelve or fifteen years of age, is founded only upon apocryphal documents. The local tradition of Nazareth pretends that the angel met Mary and greeted her at the fountain, and when she fled from him in fear, he followed her into the house and there continued his message. (Buhl, Geogr. v. Palaest., 1896.) The year and day of the Annunciation cannot be determined as long as new material does not throw more light on the subject. The present date of the feast (25 March) depends upon the date of the older feast of Christmas.


The Annunciation is the beginning of Jesus in His human nature. Through His mother He is a member of the human race. If the virginity of Mary before, during, and after the conception of her Divine Son was always considered part of the deposit of faith, this was done only on account of the historical facts and testimonials. The Incarnation of the Son of God did not in itself necessitate this exception from the laws of nature. Only reasons of expediency are given for it, chiefly, the end of the Incarnation. About to found a new generation of the children of God, The Redeemer does not arrive in the way of earthly generations: the power of the Holy Spirit enters the chaste womb of the Virgin, forming the humanity of Christ. Many holy fathers (Sts. Jerome, Cyril, Ephrem, Augustine) say that the consent of Mary was essential to the redemption. It was the will of God, St. Thomas says (Summa III:30), that the redemption of mankind should depend upon the consent of the Virgin Mary. This does not mean that God in His plans was bound by the will of a creature, and that man would not have been redeemed, if Mary had not consented. It only means that the consent of Mary was foreseen from all eternity, and therefore was received as essential into the design of God.

Holweck, Frederick. "The Annunciation." The Catholic Encyclopedia. Vol. 1. New York: Robert Appleton Company, 1907. 25 Mar. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/01541c.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Nicolette Ormsbee.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. March 1, 1907. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.


Angelus

Present usage

The Angelus is a short practice of devotion in honour of the Incarnation repeated three times each day, morning, noon, and evening, at the sound of the bell. It consists essentially in the triple repetition of the Hail Mary, to which in later times have been added three introductory versicles and a concluding versicle and prayer. The prayer is that which belongs to the antiphon of Our Lady, "Alma Redemptoris," and its recitation is not of strict obligation in order to gain the indulgence. From the first word of the three versicles, i.e. Angelus Domini nuntiavit Mariæ (The angel of the Lord declared unto Mary). the devotion derives its name. The indulgence of 100 days for each recitation, with a plenary once a month. was granted by Benedict XIII, 14 September, 1724, but the conditions prescribed have been somewhat modified by Leo XIII, 3 April, 1884. Originally it was necessary that the Angelus should be said kneeling (except on Sundays and on Saturday evenings, when the rubrics prescribe a standing posture), and also that it should be said at the sound of the bell; but more recent legislation allows these conditions to be dispensed with for any sufficient reason, provided the prayer be said approximately at the proper hours, i.e. in the early morning, or about the hour of noon, or towards evening. In this case. however, the whole Angelus as commonly printed has to be recited, but those who do not know the prayers by heart or who are unable to read them, may say five Hail Marys in their place. During paschal time the antiphon of Our Lady, "Regina cæli lætare," with versicle and prayer, is to be substituted for the Angelus. The Angelus indulgence is one of those which are not suspended during the year of Jubilee.

History

The history of the Angelus is by no means easy to trace with confidence, and it is well to distinguish in this matter between what is certain and what is in some measure conjectural. In the first place it is certain that the Angelus at midday and in the morning were of later introduction than the evening Angelus. Secondly it is certain that the midday Angelus, which is the most recent of the three, was not a mere development or imitation of the morning and evening devotion. Thirdly, there can be no doubt that the practice of saying three Hail Marys in the evening somewhere about sunset had become general throughout Europe in the first half of the fourteenth century and that it was recommended and indulgenced by Pope John XXII in 1318 and 1327. These facts are admitted by all writers on the subject, but when we try to push our investigations further we are confronted with certain difficulties. It seems needless to discuss all the problems involved. We may be content to state simply the nearly identical conclusions at which T. Esser, O.P., and the present writer have arrived, in two series of articles published about the same time quite independently of each other.

The evening Angelus

Although according to Father Esser's view we have no certain example of three Hail Marys being recited at the sound of the bell in the evening earlier than a decree of the Provincial Synod of Gran in the year 1307, still there are a good many facts which suggest that some such practice was current in the thirteenth century. Thus there is a vague and not very well confirmed tradition which ascribes to Pope Gregory IX, in 1239, an ordinance enjoining that a bell should be rung for the salutation and praises of Our Lady. Again, there is a.grant of Bishop Henry of Brixen to the church of Freins in the Tyrol, also of 1239, which concedes an indulgence for saying three Hail Marys "at the evening tolling". This, indeed, has been suspected of interpolation, but the same objection cannot apply to a decree of Franciscan General Chapter in the time of St Bonaventure (1263 or 1269), directing preachers to encourage the people to say Hail Marys when the Complin bell rang. Moreover, these indications are strongly confirmed by certain inscriptions still to be read on some few bells of the thirteenth century. Further back than this direct testimonials do not go; but on the other hand we read in the "Regularis Concordia", a monastic rule composed by St. Aethelwold of Winchester, c. 975, that certain prayers called the tres orationes, preceded by psalms, were to be said after Complin as well as before Matins and again at Prime, and although there is no express mention of a bell being rung after Complin, there is express mention of the bell being rung for the tres orationes at other hours. This practice, it seems, is confirmed by German examples (Mart ne, De Antiq. Eccles. Ritibus, IV, 39), and as time went on it became more and more definitely associated with three separate peals of the bell, more especially at Bec, at St. Denis, and in the customs of the Canon Regular of St. Augustine (e.g. at Barnwell Priory and elsewhere). We have not in these earlier examples any mention of the Hail Mary, which in England first became familiar as an antiphon in the Little Office of Our Lady about the beginning of the eleventh century (The Month, November, 1901), but it would be the most natural thing in the world that once the Hail Mary had become an everyday prayer, this should for the laity take the place of the more elaborate tres orationes recited by the monks; just as in the case of the Rosary, one hundred and fifty Hail Marys were substituted for the one hundred and fifty psalms of the Psalter. Moreover, in the Franciscan decree of St. Bonaventure's time, referred to above, this is precisely what we find, viz., that the laity in general were to be induced to say Hail Marys when the bell rang at Complin, during, or more probably after, the office of the friars. A special appropriateness for these greetings of Our Lady was found in the belief that at this very hour she was saluted by the angel. Again, it is noteworthy that some monastic customals in speaking of the tres orationes expressly prescribe the observance of the rubric about standing or kneeling according to the season, which rubric is insisted upon in the recitation of the Angelus to this day. From this we may conclude that the Angelus in its origin was an imitation of the monks' night prayers and that it had probably nothing directly to do with the curfew bell, rung as a signal for the extinction of fires and lights. The curfew, however, first meets us in Normandy in 1061 and is then spoken of as a bell which summoned the people to say their prayers, after which summons they should not again go abroad. If anything, therefore, it seems more probable that the curfew was grafted upon this primitive prayer-bell rather than vice versa. If the curfew and the Angelus coincided at a later period, as apparently they did In some cases, this was. probably accidental.

The morning Angelus

This last suggestion about the tres orationes also offers some explanation of the fact that shortly after the recital of the three Hail Marys at evening had become familiar, a custom established itself of ringing a bell in the morning and of saying the Ave thrice. The earliest mention seems to be in the chronicle of the city of Parma, 1318, though it was the town-bell which was rung in this case. Still the bishop exhorted all who heard it to say three Our Fathers and three Hail Marys for the preservation of peace, whence it was called "the peace bell". The same designation was also applied elsewhere to the evening bell. In spite of some difficulties it seems probable enough that this morning bell was also an imitation of the monastic triple peal for the tres orationes or morning prayers; for this, as noted above, was rung at the. morning office of Prime as well as at Complin. The morning Ave Maria soon became a familiar custom in all the countries of Europe, not excepting England, and was almost as generally observed as that of the evening, But while in England the evening Ave Maria is enjoined by Bishop John Stratford of Winchester as early as 1324. no formal direction. as to the morning ringing is found before the instruction of Archbishop Arundel in 1399.

The midday Angelus

This suggests a much more complicated problem which cannot be adequately discussed here. The one clear fact which seems to result alike from the statutes of several German Synods in the fourteenth and fifteenth centuries, as also from books of devotion of a somewhat later date, is that the midday ringing, while often spoken of as a peace bell and formally commended by Louis XI of France in 1475 for that special object, was closely associated with the veneration of the Passion of Christ. At first it appears that this midday bell, e.g. at Prague in 1386, and at Mainz in 1423, was only rung on Fridays, but the custom by degrees extended to the other days of the week. In the English Horæ and the German Hortulus Animæ of the beginning of the sixteenth century rather lengthy prayers commemorating the Passion are provided to be said at the midday tolling of the bell in addition to the ordinary three Aves. Later on (c. 1575), in sundry books of devotion (e.g. Coster's Thesaurus), while our modern Angelus versicles are printed, much as we say them now, though minus the final prayer, an alternative form commemorating our Lord's death upon the cross is suggested for the noontide ringing. These instructions, which may already be found translated in an English manuscript written in 1576 (mss. Hurlelan 2327), suggest that the Resurrection should be honoured in the morning, the Passion at noon, and the Incarnation in the evening, since the times correspond to the hours at which these great Mysteries actually occurred. In some prayer-books of this epoch different devotions are suggested for each of the three ringings, e.g. the Regina Cœli for the morning (see Esser, 784), Passion prayers for noon and our present versicles for sundown. To some such practice we no doubt owe the substitution of Regina Cœli for the Angelus during paschal time. This substitution was recommended by Angelo Rocca and Quarti at the beginning of the seventeenth century. Our present three versicles seem first to have made their appearance in an Italian catechism printed at Venice in 1560 (Esser, 789); but the fuller form now universally adopted cannot be traced back earlier than 1612. Be it noted that somewhat earlier than this a practice grew up in Italy of saying a "De profundis" for the holy souls immediately after the evening Angelus. Another custom, also of Italian origin, is that of adding three Glorias to the Angelus in thanksgiving to the Blessed Trinity for the privileges bestowed upon our Lady. (See also HAIL MARY.)

 Thurston, Herbert. "Angelus." The Catholic Encyclopedia. Vol. 1. New York: Robert Appleton Company, 1907. 25 Mar. 2016<http://www.newadvent.org/cathen/01486b.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Carl Horst.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. March 1, 1907. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.



Solemnity Of The Annunciation of The Lord


Solemnity Of The Annunciation of The Lord (25 March), also called in old calendars: FESTUM INCARNATIONIS, INITIUM REDEMPTIONIS CONCEPTIO CHRISTI, ANNUNTIATIO CHRISTI, ANNUNTIATIO DOMINICA and The Feast of the Annunciation of the Blessed Virgin Mary. In the East, where the part which Mary took in the Redemption is celebrated by a special feast, 26 December, the Annunciation is a feast of Christ; in the Latin Church, it is a feast of Mary. It probably originated shortly before or after the council of Ephesus (c. 431). At the time of the Synod of Laodicea (372) it was not known; St. Proclus, Bishop of Constantinople (d. 446), however, seems to mention it in one of his homilies. He says, that the feast of the coming of Our Lord and Saviour, when He vested Himself with the nature of man (quo hominum genus indutus), was celebrated during the entire fifth century. This homily, however, may not be genuine, or the words may be understood of the feast of Christmas.

In the Latin Church this feast is first mentioned in the Sacramentarium of Pope Gelasius (d. 496), which we possess in a manuscript of the seventh century; it is also contained in the Sacramentarium of St. Gregory (d. 604), one manuscript of which dates back to the eighth century. Since these sacramentaries contain additions posterior to the time of Gelasius and Gregory, Duchesne (Origines du culte chrétien, 118, 261) ascribes the origin of this feast in Rome to the seventh century; Probst, however, (Sacramentarien, 264) thinks that it really belongs to the time of Pope Gelasius. The tenth Synod of Toledo (656), and Trullan Synod (692) speak of this feast as one universally celebrated in the Catholic Church.

All Christian antiquity (against all astronomical possibility) recognized the 25th of March as the actual day of Our Lord’s death. The opinion that the Incarnation also took place on that date is found in the pseudo-Cyprianic work “De Pascha Computus”, c. 240. It argues that the coming of Our Lord and His death must have coincided with the creation and fall of Adam. And since the world was created in spring, the Saviour was also conceived and died shortly after the equinox of spring. Similar fanciful calculations are found in the early and later Middle Ages, and to them, no doubt, the dates of the feast of the Annunciation and of Christmas owe their origin. Consequently the ancient martyrologies assign to the 25th of March the creation of Adam and the crucifixion of Our Lord; also, the fall of Lucifer, the passing of Israel through the Red Sea and the immolation of Isaac. (Thruston, Christmas and the Christian Calendar, Amer. Eccl. Rev., XIX, 568.) The original date of this feast was the 25th of March. Although in olden times most of the churches kept no feast in Lent, the Greek Church in the Trullan Synod (in 692; can. 52) made an exception in favour of the Annunciation. In Rome, it was always celebrated on the 25th of March. The Spanish Church transferred it to the 18th of December, and when some tried to introduce the Roman observance of it on the 25th of March, the 18th of December was officially confirmed in the whole Spanish Church by the tenth Synod of Toledo (656). This law was abolished when the Roman liturgy was accepted in Spain.

The church of Milan, up to our times, assigns the office of this feast to the last Sunday in Advent. On the 25th of March a Mass is sung in honour of the Annunciation. (Ordo Ambrosianus, 1906; Magistretti, Beroldus, 136.) The schismatic Armenians now celebrate this feast on the 7th of April. Since Epiphany for them is the feast of the birth of Christ, the Armenian Church formerly assigned the Annunciation to 5 January, the vigil of Epiphany. This feast was always a holy day of obligation in the Universal Church. As such it was abrogated first for France and the French dependencies, 9 April, 1802; and for the United States, by the Third Council of Baltimore, in 1884. By a decree of the S.R.C., 23 April, 1895, the rank of the feast was raised from a double of the second class to a double of the first class. If this feast falls within Holy Week or Easter Week, its office is transferred to the Monday after the octave of Easter. In some German churches it was the custom to keep its office the Saturday before Palm Sunday if the 25th of March fell in Holy Week. The Greek Church, when the 25th of March occurs on one of the three last days in Holy Week, transfers the Annunciation to Easter Monday; on all other days, even on Easter Sunday, its office is kept together with the office of the day. Although no octaves are permitted in Lent, the Dioceses of Loreto and of the Province of Venice, the Carmelites, Dominicans, Servites, and Redemptorists, celebrate this feast with an octave.



The Feast of the Annunciation

The Feast of the Annunciation of the Blessed Virgin Mary (25 March), also called in old calendars: FESTUM INCARNATIONIS, INITIUM REDEMPTIONIS CONCEPTIO CHRISTI, ANNUNTIATIO CHRISTI, ANNUNTIATIO DOMINICA. In the Orient, where the part which Mary took in the Redemption is celebrated by a special feast, 26 December, the Annunciation is a feast of Christ; in the Latin Church, it is a feast of Mary. It probably originated shortly before or after the council of Ephesus (c. 431). At the time of the Synod of Laodicea (372) it was not known; St. Proclus, Bishop of Constantinople (d. 446), however, seems to mention it in one of his homilies. He says, that the feast of the coming of Our Lord and Saviour, when He vested Himself with the nature of man (quo hominum genus indutus), was celebrated during the entire fifth century. This homily, however, may not be genuine, or the words may be understood of the feast of Christmas.

In the Latin Church this feast is first mentioned in the Sacramentarium of Pope Gelasius (d. 496), which we possess in a manuscript of the seventh century; it is also contained in the Sacramentarium of St. Gregory (d. 604), one manuscript of which dates back to the eighth century. Since these sacramentaries contain additions posterior to the time of Gelasius and Gregory, Duchesne (Origines du culte chrétien, 118, 261) ascribes the origin of this feast in Rome to the seventh century; Probst, however, (Sacramentarien, 264) thinks that it really belongs to the time of Pope Gelasius. The tenth Synod of Toledo (656), and Trullan Synod (692) speak of this feast as one universally celebrated in the Catholic Church.

All Christian antiquity (against all astronomical possibility) recognized the 25th of March as the actual day of Our Lord's death. The opinion that the Incarnation also took place on that date is found in the pseudo-Cyprianic work "De Pascha Computus", c. 240. It argues that the coming of Our Lord and His death must have coincided with the creation and fall of Adam. And since the world was created in spring, the Saviour was also conceived and died shortly after the equinox of spring. Similar fanciful calculations are found in the early and later Middle Ages, and to them, no doubt, the dates of the feast of the Annunciation and of Christmas owe their origin. Consequently the ancient martyrologies assign to the 25th of March the creation of Adam and the crucifixion of Our Lord; also, the fall of Lucifer, the passing of Israel through the Red Sea and the immolation of Isaac. (Thruston, Christmas and the Christian Calendar, Amer. Eccl. Rev., XIX, 568.) The original date of this feast was the 25th of March. Although in olden times most of the churches kept no feast in Lent, the Greek Church in the Trullan Synod (in 692; can. 52) made an exception in favour of the Annunciation. In Rome, it was always celebrated on the 25th of March. The Spanish Church transferred it to the 18th of December, and when some tried to introduce the Roman observance of it on the 25th of March, the 18th of December was officially confirmed in the whole Spanish Church by the tenth Synod of Toledo (656). This law was abolished when the Roman liturgy was accepted in Spain.

The church of Milan, up to our times, assigns the office of this feast to the last Sunday in Advent. On the 25th of March a Mass is sung in honour of the Annunciation. (Ordo Ambrosianus, 1906; Magistretti, Beroldus, 136.) The schismatic Armenians now celebrate this feast on the 7th of April. Since Epiphany for them is the feast of the birth of Christ, the Armenian Church formerly assigned the Annunciation to 5 January, the vigil of Epiphany. This feast was always a holy day of obligation in the Universal Church. As such it was abrogated first for France and the French dependencies, 9 April, 1802; and for the United States, by the Third Council of Baltimore, in 1884. By a decree of the S.R.C., 23 April, 1895, the rank of the feast was raised from a double of the second class to a double of the first class. If this feast falls within Holy Week or Easter Week, its office is transferred to the Monday after the octave of Easter. In some German churches it was the custom to keep its office the Saturday before Palm Sunday if the 25th of March fell in Holy Week. The Greek Church, when the 25th of March occurs on one of the three last days in Holy Week, transfers the Annunciation to Easter Monday; on all other days, even on Easter Sunday, its office is kept together with the office of the day. Although no octaves are permitted in Lent, the Dioceses of Loreto and of the Province of Venice, the Carmelites, Dominicans, Servites, and Redemptorists, celebrate this feast with an octave.

Sources

Kellner, Heortologie (Freiburg, 1901), 146; Holweck, Fasti Mariani (Herder, 1892), 45; Schrod, in Kirchenlex., VIII, 82.

Holweck, Frederick. "The Feast of the Annunciation." The Catholic Encyclopedia. Vol. 1. New York: Robert Appleton Company, 1907. 25 Mar. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/01542a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Nicolette Ormsbee.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. March 1, 1907. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.



The Annunciation of the Blessed Virgin Mary

THIS great festival takes its name from the happy tidings brought by the angel Gabriel to the Blessed Virgin Mary, concerning the incarnation of the Son of God. It commemorates the most important embassy that was ever known: an embassy sent by the King of kings, performed by one of the chief princes of his heavenly court; directed, not to the kings or emperors of the earth, but to a poor, unknown, retired virgin, who, being endowed with the most angelic purity of soul and body, being withal perfectly humble and devoted to God, was greater in his eyes than all the sceptres in the world could make an universal monarch. Indeed, God, by the choice which he is pleased to make of a poor virgin, for the accomplishment of the greatest of all mysteries and graces, clearly demonstrates that earthly diadems, dignities, and treasures are of no consideration with him; and that perfect humility and sanctity alone constitute true greatness. God, who is almighty, can do all things by himself, without making use of the concurrence of creatures. Nevertheless, he vouchsafes, in his exterior works, most frequently to use their co-operation. If he reveal his will and speak to men, it is by the intervention of his prophets, and these he often enlightens by the ministry of angels. Many of the ancient patriarchs were honoured by him with the most sublime commissions. By Moses, he delivered his people from the Egyptian slavery; by him he gave them his law, and he appointed him mediator in his alliance with them. When the Son of God became man, he could have taken upon him our nature without the co-operation of any creature; but was pleased to be born of a woman. In the choice of her whom he raised to this most sublime of all dignities to which any pure creature could be exalted, he pitched upon her who, by the riches of his grace and virtues, was of all others the most holy and the most perfect. The design of this embassy of the archangel is as extraordinary as the persons concerned in it. It is to give a Saviour to the world, a victim of propitiation to the sinner, a model to the just, a son to this Virgin, remaining still a virgin, and a new nature to the Son of God, the nature of man, capable of suffering pain and anguish in order to the satisfaction of God’s justice for our transgressions. And the Son of God being to take a human body formed of her substance, the Holy Ghost, who, by a power all-divine, was to her in place of a spouse, was not content to render her body capable of giving life to a Man-God, but likewise enriched her soul with a fulness of grace, that there might be a sort of proportion between the cause and the effect, and she the better qualified to co-operate towards this mystery of sanctity.

The angel begins his address to her with Hail! full of grace. 1 This is not the first time that angels appeared to women. But we find not that they were ever treated with that respect which the angel Gabriel shows to Mary. Sarah and Agar were visited by these celestial spirits, but not with an honour like that wherewith the angel on this occasion addresses the Blessed Virgin, saying, Hail! full of Grace. He considers her as the greatest object among creatures of God’s favour, affection, and complacency. He admires in her those wonderful effects of the divine liberality, those magnificent gifts and graces, those exalted virtues, which have placed the very foundation of her spiritual edifice on the holy mountains, 2 in a degree of perfection surpassing that of all pure creatures. He admires that perfect gratitude with which she always received God’s grace, and her perfect fidelity in corresponding with it, and advancing in sanctity, by the help thereof, with a solicitude answerable to her love and gratitude, for the preservation and increase of so inestimable a treasure. Full of grace. The first encomium which St. John gives us of the glory of the Word made flesh is, that he was full of grace and truth. 3 God forbid that we should say that Mary was full of grace in the same manner as her Son; for he is the very source and origin of it, from whose fulness all the saints, Mary not excepted, have received 4 whatever degree they possess of grace and sanctity. St. Luke assures us also, that St. Stephen was full of grace and the Holy Ghost, 5 but it was a fulness in regard to a less capacity, and in relation to a lower function. Moreover, to St. Stephen and other saints, who have received large portions of heavenly grace, we may say, in those other words of the angel, You have found favour with God: but those very favours, though very great in themselves, were not to be compared with that which from all eternity was reserved for Mary. God made the saints the object of his gratuitous election, and he qualified them with his graces to be the messengers of his Son, the preachers and witnesses of his gospel; but Mary was his choice, and was furnished with his graces to bear the most illustrious, the most exalted title of honour that heaven could bestow on a pure creature, to conceive of her proper substance the divine Word made man. If, then, the grace of God so raise a person in worth and merit, that there is not any prince on earth who deserves to be compared with a soul that is dignified with the lowest degree of sanctifying grace; what shall we say or think of Mary, in whom the fulness of grace was only a preparation to her maternity? What shall we think of ourselves (but in an opposite light) who wilfully expose this greatest of all treasures on so many occasions to be lost, whereas we ought wilfully to forego and renounce all the advantages and pleasures of this world, rather than hazard the loss of the least degree of it, and be most fervent in our supplications to God for the gaining, preserving, and increasing so great a treasure: forasmuch as it is a pledge of God’s love, a participation of his Spirit, and a title to the possession of his heavenly kingdom.

But who can be surprised at those inestimable treasures which God, on this occasion, with so liberal a hand, bestows on Mary, if he consider the purport of the following words of the angel to her: The Lord is with thee. He is with her in a manner more intimate, more perfect, and more divine, than he ever was or will be with any other creature. He is with her not only by his essence, by his presence, by his power; for he is thus with all his creatures: He is with her, not only by his actual grace touching her heart and enlightening her understanding; he is thus many times with the sinner: He is with her, not only with his sanctifying grace, making her agreeable in his sight, and placing her in the number of his children; he is present in this manner with all the just; He is with her, not only by a special protection guiding her in his ways, and leading her securely to the term of salvation; this he does for the elect: but he is also with her by a substantial and corporeal presence, residing personally and really in her. In her, and of her substance, is this day formed his adorable body; in her he reposes for nine months with his whole divinity and humanity. It is in this ineffable manner that he is with Mary, and with none but Mary. O glorious Virgin, thrice happy Mother, from this source and ocean of all grace what heavenly blessings in so long a space of time must have flowed upon you! and what honours must be due to one so nearly allied to our great Creator! What intercession so prevalent as that of the Mother of divine grace!

The angel concludes his address with these words; Blessed, art thou among woman. 6 Blessed, as being chosen preferably to all of her sex, to be the glorious instrument, in the hand of God, for removing the maledictions laid on mankind in punishment of their sins, and in communicating to them the source of all good. And on that account it was, that all succeeding generations, as she foretold of herself, should call her Blessed; 7 regarding her as the centre in which all the blessings of the Old and New Testament are drawn together.

Though we are obliged to consider the eminent quality of Mother of God as the source of all other graces bestowed on the Blessed Virgin, it must yet be owned it is not the greatest, and that she was happier in loving Jesus Christ, than in having conceived him and brought him forth. She is blessed among women and above the rest of creatures, not precisely on account of her maternity, but because she received a fulness of grace proportioned to the dignity to which she was chosen. So that, according to the remark of the holy fathers, she was happier for her sanctity than for her dignity: for her virtues, than for her privileges. Among her virtues, that of purity seems particularly deserving of notice on this solemnity, as the epistle for this festival records that memorable prophecy of Isaias, That a virgin should conceive, and bring forth a son; 8 the most remarkable of all the signs God had promised the world for making known the accomplishment of the mystery of man’s redemption. And, indeed, right reason seemed to require, that she who was to be the mother of God, should be of an integrity above reproach, and incapable of yielding to any solicitation: it was highly fit her virginity should be perfectly pure, and removed as far as possible from the least suspicion of blemish. For this reason, the moment God had chosen her to be his mother, he exacted from her the most authentic proofs of an inviolable attachment to purity. Thus, it is not in a crowd, or in idle conversation, but in a retreat, that the angel finds her. It is not from the distraction or diversions and entertainments that he calls her aside to deliver his message: no; she is alone in her house, with the door shut; “and,” as Saint Ambrose says, “he must be an angel that gets entrance there.” 9 Hence, according to the same holy father, it was not the angel’s appearance that gave her trouble, for he will not have it to be doubted but heavenly visions and a commerce with the blessed spirits had been familiar to her. But what alarmed her, he says, was the angel’s appearing in human form, in the shape of a young man. What might add to her fright on the occasion, was his addressing her in the strain of praise, which kind of words flattery often puts in the mouths of ill-designing men. And how few, alas! are able to withstand such dangers? But Mary, guarded by her modesty, is in confusion at expressions of this sort, and dreads the least appearance of deluding flattery. Such high commendations make her cautious how she answers, till in silence she has more fully considered of the matter: She revolved in her mind, says St. Luke, what manner of salutation this should be. 10 Ah! what numbers of innocent souls have been corrupted for want of using the like precautions! Mary is retired, but how seldom now-a-days are young virgins content to stay at home! Mary is silent when commended, and answered not a word till she had well considered what she ought to say: but now it is to be feared that young women never think so little as when they are entertained with flattery. Every soothing word is but too apt to slide from the ear to the heart; and who can tell what multitudes by their unwary methods, suffer shipwreck of their modesty, and then of their purity. For how can this be long-lived after having lost all its guardians? No, it cannot be. Unless a virgin be assiduous in prayer and spiritual reading, modest in her dress, prudent and wary in her choice of company, and extremely careful in the government of her eyes and tongue when she happens to be in conversation with the other sex, there is but too much reason to apprehend that either her heart is already betrayed, or in danger of being vanquished by the next assault of her spiritual enemy. A dread of, and a speedy flight from, all dangerous occasions is the only security of virtue and innocence. Presumption wants no other tempter. Even Mary, though confirmed in grace, was only secure by this fear and distrust in herself.

A second cause why Mary was disturbed at the words of the angel was, because they contained her praises. Humble souls always tremble and sink with confusion in their own minds when they hear themselves commended; because they are deeply penetrated with a sense of their own weakness and insufficiency, and they consider contempt as their due. They know that the glory of all gifts belongs solely to God, and they justly fear lest the poison of praise should insinuate itself into their minds; being sensible how infinitely dangerous honours and flattery are to humility. Are these our sentiments? Do we never speak of ourselves to our own advantage? Do we never artfully praise ourselves, or willingly lend an ear to what flatterers say to applaud us? Are we troubled when we hear ourselves praised? What gives trouble but to too many is, that men give them not what they take to be their right; and that their praises equal not the notion they have framed of their merits. The high eulogiums bestowed on Mary by the angel she answers no otherwise than by a profound silence, by a saintly trouble of mind, which, with a modest blush, appears in her countenance. The angel, to calm her disquiets, says to her: fear not Mary, for thou hast found favour before God. He then informs her, that she is to conceive and bring forth a son whose name shall be called Jesus, who shall be great, and the son of the Most High, and possessed of the throne of David, her illustrious ancestor. Mary, who, according to St. Austin, 11 had consecrated her virginity to God by vow, is not at all weakened by the prospect of such a dignity, in her resolution of living a virgin: but, on the contrary, out of a just concern to know how she may comply with the will of God without prejudice to her vow, neither moved by curiosity, nor doubting of the miracle or its possibility, she inquires, How shall this be? Nor does she give her consent till the heavenly messenger acquaints her that it is to be a work of the Holy Ghost, who, in making her fruitful, will not intrench in the least upon her virginal purity, but cause her to be a mother, still remaining, as she desires, a pure virgin.

Moreover, had not Mary been deep rooted in humility, what impression must not these great promises have made in her heart, at a time especially when the first transports are so apt to overflow the soul on the sudden news of an unexpected glory. The world knows, from too frequent experience, how strongly the promise and expectation of new dignities raise the spirits, and alter the words, the looks, and the whole carriage of proud men. But Mary is still the same, or rather much more lowly and meek in spirit upon the accession of this unparalleled dignity. She sees no cause to pride herself in her virtues, graces, and privileges, knowing that the glory of all these are due only to the divine Author and Bestower of them. In submission, therefore, to God’s will, without any further inquiries, she expresses her assent in these humble but powerful words: Behold the handmaid of the Lord, be it done to me according to thy word. What faith and confidence do her answer express! What profound humility and perfect obedience! She was saluted mother of God, yet uses no word of dignity, but styles herself nothing more than his handmaid, to be commanded and employed by him as he shall think fittest. The world, as heaven had decreed, was not to have a Saviour till she had given her consent to the angel’s proposal; she gives it, and behold the power and efficacy of her submissive Fiat! That moment, the mystery of love and mercy promised to mankind four thousand years before, foretold by so many prophets, desired by so many saints, is wrought on earth. That moment, the Word of God is for ever united to humanity; the soul of Jesus Christ, produced from nothing, begins to enjoy God, and to know all things past, present, and to come: that moment, God begins to have an adorer, who is infinite, and the world a mediator, who is omnipotent; and, to the working of this great mystery, Mary alone is chosen to co-operate by her free assent. The prophets represent the earth as moved out of its place, and the mountains as melting away before the very countenance of God looking down upon the world. Now that he descends in person, who would not expect that the whole heavens should be moved? But another kind of appearance best suited his coming on this occasion, which was with the view of curing our pride by his wonderful humiliations, and thereby repair the injury the Godhead had suffered from our unjust usurpation; and not to show forth his grandeur, and display his all-glorious majesty. How far are the ways of God above those of men! how greatly does divine wisdom differ from human folly! how does every circumstance in this mystery confound the pride, the pomp, and the vain titles of worldly grandeur, and recommend to us the love of silence and sincere humility! Shall the disciples of Christ have other sentiments.

  But what tongue can express the inward feelings and affections which then filled the glowing heart of the most pure Mother of God? What light shone in her understanding to penetrate the mysteries and the excess of the unfathomed goodness of God! what ardours of holy love inflamed her will! what Jubilee filled her soul! Let men redeemed exult and praise, returning to God their best homages of adoration, thanksgiving, and love. It is for this duty that the Church has appointed this present festival, which we ought chiefly to consecrate to the contemplation of this adorable mystery with hymns of love, praise, and thanksgiving. It was the hope and comfort of all the ancient saints, and the great object of all their earnest prayers, tears, and sighs. The prophets had a view to it in all their predictions, this being the principal point in all the wonderful revelations of God made to his Church since the fall of Adam in Paradise, whom he immediately comforted with a promise and glimpse of this glorious mercy. Every ordinance in the law which he gave the Jews was typical, and had either an immediate, or at least an indirect relation to Christ, and our redemption by him. Among the numberless religious rites and sacrifices which were prescribed them, there was not one which did not in some manner represent or allude to this mystery. How high an idea ought this circumstance to give us of its incomprehensible greatness, which its nature and wonderful effects and fruits must enhance beyond the power of words! We are lost in astonishment, when we contemplate this prodigy of omnipotence, and infinite wisdom and mercy, and adore it in raptures and silence.

Gerson cries out on this mystery: “What ought every heart to say or think! every religious, every loving and faithful heart? It ought to rejoice exceedingly in this singular comfort, and to salute you with Gabriel: O blessed among women. On this day is accomplished the great desire of the holy ancient patriarchs and prophets, who often languished to hasten it, in their sighs, prayers, and writings, crying out aloud to the desire of the eternal hills. On this day is the Saviour of mankind, true God and man, conceived in the womb of Mary. This day our Lady received a name more sublime than can be understood, and the most noble of all names possible, after that of her Son, by which she is called the Mother of God. On this day the greatest of miracles is wrought. Hear the wonders of love and mercy on this festival: God is made man; and man, in the divine person, God: he that is immortal is become mortal, and the Eternal is born in time. A virgin is a mother, a woman the mother of God; a creature has conceived her Creator!” Saint Peter Chrysologus expresses the fruits of this mystery as follows: “One virgin so receives and contains God in the lodging of her breast, as to procure peace for the earth, glory for heaven, salvation for the lost, life for the dead, an alliance of those on earth with the blessed in heaven, and the commerce of God with the flesh.” 12

  From the example of the Virgin Mary in this mystery, how ardent a love ought we to conceive of purity and humility! According to St. Gregory of Nyssa, and St. Jerom, 13 she would rather be the spouse of God in spirit, by spotless virginity, than his mother in the flesh; and so acceptable was this her disposition to God, that she deserved immediately to hear, that she should bring forth the Son of the Most High, still remaining a most pure virgin: nor would God have otherwise raised her to this astonishing honour. The holy Ghost is invited by purity to dwell in souls, but is chased away by the filth of the contrary vice. The dreadful havoc which it now-a-days makes among Christian souls, calls for torrents of tears, and is the source of the infidelity and universal desolation which are spread on every side. Humility is the foundation of a spiritual life. By it Mary was prepared for the extraordinary graces, and all virtues with which she was enriched, and for the eminent dignity of Mother of God.

  St. Austin says, that according to an ancient tradition, this mystery was completed on the 25th of March. 14 Both eastern and western churches celebrate it on this day, and have done so at least ever since the fifth century. This festival is mentioned by Pope Gelasius I. in 492. The council of Constantinople, in 692, orders the myssa præsanctificatorum, as on Good-Friday, to be said on all days in Lent, except Saturdays, Sundays, and the feast of the Annunciation. 15 The tenth council of Toledo, in 656, calls this solemnity The festival of the Mother of God, 16 by way of excellence. To praise the divine goodness for this incomprehensible mystery of the incarnation, Urban II., in the council of Clermont, in 1095, ordered the bell to be rung every day for the triple Angelical Salutation, called Angelus Domini, at morning, noon and night. Which practice of devotion several popes have recommended by indulgences, as John XXII., Calixtus III., Paul III., Alexander VII., and Clement X. The late Benedict XIII. has augmented them to those who at the aforesaid hours shall devoutly recite this prayer kneeling.

Note 1. Luke i. 28. [back]

Note 2. Ps. lxxxvi. [back]

Note 3. John i. 14. [back]

Note 4. Ibid. 16. [back]

Note 5. Acts iv. 8. [back]

Note 6. Luke i. 28. [back]

Note 7. Ibid. 48. [back]

Note 8. Isai. vii. 14. [back]

Note 9. O hospitium solis angelis pervium! S. Amb, in Luc. [back]

Note 10. Luke i. 29. [back]

Note 11. Quod profecto non diceret nisi se virginem ante vovisset. L. de Virg. c. 4. t. 6. p. 343. [back]

Note 12. Serm. 146. [back]

Note 13. St. Greg. Nyss. Tr. de Nativ. [back]

Note 14. L. 4. de Trin. c. 5. [back]

Note 15. See Thomasin des Fêtes, p. 229. [back]

Note 16. Festum Sanctæ Virginis Genitricis dies, festivîtas matris—nam quid festum est matris nisi incarnatio Verbi? Conc. Tolét. X. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume III: March. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE :` http://www.bartleby.com/210/3/251.html


Caravage., Annonciation. 1610, 285 X 205, Museum of Fine Arts of Nancy


Voir aussi : Extraits de La Vie Divine de la Très Sainte Vierge Marie, de la Vénérable Maria d'Agreda, chapître 7 et 8 : http://imagessaintes.canalblog.com/archives/2008/05/21/9265335.html

http://www.icon-art.info/topic.php?lng=en&top_id=11

http://en.wikipedia.org/wiki/Annunciation_in_Christian_art