vendredi 30 novembre 2012

Saint ANDRÉ, le Protoclet, APÔTRE


Statue de saint André, Église Sant'Andrea della Zirada, Venise

Saint André

Apôtre

(vers l'an 62)

Saint André, frère de saint Pierre, est le premier des Apôtres qui ait connu Jésus-Christ, aussitôt après Son Baptême sur les bords du Jourdain. Toutefois son appel définitif ne date que du moment où Jésus le rencontra avec son frère Simon, jetant les filets pour pêcher, dans le lac de Tibériade, et leur dit à tous deux : « Suivez-Moi, Je vous ferai pécheurs d’hommes ».

Après la Pentecôte, saint André prêcha dans Jérusalem, la Judée, la Galilée, puis alla évangéliser les Scythes, les Éthiopiens, les Galates et divers autres peuples jusqu’au Pont-Euxin.

Nous saurions très peu de choses sur lui, si les prêtres de l’Achaïe n’avaient pris soin d’envoyer aux Églises du monde entier la relation de son martyre, dont ils avaient été les témoins oculaires. Son interrogatoire fut très long, mais ne servit qu’à faire éclater, en même temps que l’intrépidité de l’Apôtre, la beauté de la religion chrétienne.

Menacé du supplice de la croix, qu’il glorifiait devant son juge : « Si je craignais le supplice de la croix, dit-il, je ne prêcherais point la grandeur de la croix ». Le peuple accourt en foule, de tous les coins de la province, à la défense de son Apôtre et menace de mort le proconsul. Mais saint André se montre, calme la foule des Chrétiens ameutés, les encourage à la résignation et leur recommande d’être prêts eux-mêmes au combat.

Le lendemain, de nouveau menacé du supplice de la croix : « Ce supplice, dit-il au juge, est l’objet de mes désirs ; mes souffrances dureront peu, les vôtres dureront éternellement, si vous ne croyez en Jésus-Christ ». Le juge, irrité, donna des ordres, et saint André fut conduit au lieu où il devait subir la mort. Chemin faisant, l’Apôtre consolait les fidèles, apaisait leur colère et leur faisait part de son bonheur.

D’aussi loin qu’il aperçut la croix, il s’écria d’une voix forte : « Je vous salue, ô croix consacrée par le sacrifice du Sauveur ; vos perles précieuses sont les gouttes de Son sang. Je viens à vous avec joie, recevez le disciple du Crucifié. Ô bonne croix, si longtemps désirée, si ardemment aimée, recherchée sans relâche, je vous vois prête à satisfaire les élans de mon âme ; rendez-moi à mon divin Maître. Que par vous je sois admis à la gloire de Celui qui par vous m’a sauvé. »

Il se dépouilla lui-même de ses vêtements, les distribua aux bourreaux, puis fut lié à une croix d’une forme particulière, appelée depuis croix de Saint-André. Le Saint, du haut de sa croix, exhortait les fidèles, prêchait les païens, attendris eux-mêmes, et s’unissait à son divin Maître. Une demi-heure avant son dernier soupir, son corps fut inondé d’une lumière toute céleste, qui disparut au moment où il rendit son âme.

C’était à Patras, en Achaïe, l’an 62, saint Pierre étant pape et Néron empereur.



Alexander Andreyevich Ivanov (1806–1858), Tête de saint André, étude, 1824

Évangile selon Saint Jean (1:35-51)

Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples; et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit: Voilà l'Agneau de Dieu.

Les deux disciples l'entendirent prononcer ces paroles, et ils suivirent Jésus.

Jésus se retourna, et voyant qu'ils le suivaient, il leur dit: Que cherchez-vous? Ils lui répondirent: Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeures-tu?

Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure.

André, frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus.

Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ).

Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l'ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre).

Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit: Suis-moi.

Philippe était de Bethsaïda, de la ville d'André et de Pierre.

Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit: Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph.

Nathanaël lui dit: Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Philippe lui répondit: Viens, et vois.

Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui: Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n'y a point de fraude.

D'où me connais-tu? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit: Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu.

Nathanaël répondit et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël.

Jésus lui répondit: Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses que celles-ci.

Et il lui dit: En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme.


"Petite Vie" de Saint André

Frère de Pierre et comme lui pêcheur de son état, il avait d'abord été disciple de saint Jean-Baptiste (Jean 1, 35-42). Pierre et lui pêchaient avec leur père dans le lac de Tibériade quand Jésus leur dit : « Suivez-moi, je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. » Ils abandonnèrent aussitôt leur père et leur barque, et le suivirent (Mt 4, 20). André est cité trois autres fois dans l'Évangile. La première :

quand il donne à Jésus les cinq pains et les deux poissons qui lui permirent de nourrir cinq mille personnes (Jean 6, 8-9); la seconde : quand il lui présenta les pèlerins grecs qui désiraient lui parler (Jean 12, 20-22); enfin, lorsqu'il tâcha de savoir de Jésus quand aurait lieu la destruction du Temple et de Jérusalem (Mc 13 3).

On ignore où il porta l'Évangile, après la Pentecôte. Eusèbe l'envoie en Scythie; Grégoire de Nazianze en Épire; saint Jérôme en Achaïe.

Certains pensent qu'il mourut à Patras (Achaïe, Grèce), attaché par des cordes, bras et jambes écartés, à une croix en forme d'X majuscule - la "croix de saint André".

Deux pays se sont donné saint André comme patron national : la Russie, où l'Église de Kiev (Ukraine) se flatte de l'avoir eu pour fondateur et l'Écosse, où l'on s'honore de posséder la moitié de son corps, et où des centaines d'églises lui sont dédiées.

Texte extrait du livre "La Fleur des Saints"

d'Omer Englebert (Albin Michel)




BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 14 juin 2006



André, le Protoclet


Chers frères et soeurs,

Dans les deux dernières catéchèses, nous avons parlé de la figure de saint Pierre. A présent, nous voulons, dans la mesure où les sources nous le permettent, connaître d'un peu plus près également les onze autres Apôtres. C'est pourquoi nous parlons aujourd'hui du frère de Simon Pierre, saint André, qui était lui aussi l'un des Douze. La première caractéristique qui frappe chez André est son nom: il n'est pas juif, comme on pouvait s'y attendre, mais grec, signe non négligeable d'une certaine ouverture culturelle de sa famille. Nous sommes en Galilée, où la langue et la culture grecques sont assez présentes. Dans les listes des Douze, André occupe la deuxième place, comme dans Matthieu (10, 1-4) et dans Luc (6, 13-16), ou bien la quatrième place comme dans Marc (3, 13-18) et dans les Actes (1, 13-14). Quoi qu'il en soit, il jouissait certainement d'un grand prestige au sein des premières communautés chrétiennes.

Le lien de sang entre Pierre et André, ainsi que l'appel commun qui leur est adressé par Jésus, apparaissent explicitement dans les Evangiles. On y lit: "Comme il [Jésus] marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac: c'était des pêcheurs. Jésus leur dit: "Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes"" (Mt 4, 18-19; Mc 1, 16-17). Dans le quatrième Evangile, nous trouvons un autre détail important: dans un premier temps, André était le disciple de Jean Baptiste; et cela nous montre que c'était un homme qui cherchait, qui partageait l'espérance d'Israël, qui voulait connaître de plus près la parole du Seigneur, la réalité du Seigneur présent. C'était vraiment un homme de foi et d'espérance; et il entendit Jean Baptiste un jour proclamer que Jésus était l'"agneau de Dieu" (Jn 1, 36); il se mit alors en marche et, avec un autre disciple qui n'est pas nommé, il suivit Jésus, Celui qui était appelé par Jean "Agneau de Dieu". L'évangéliste rapporte: ils "virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là" (Jn 1, 37-39). André put donc profiter de précieux moments d'intimité avec Jésus. Le récit se poursuit par une annotation significative: "André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d'abord son frère Simon et lui dit: "Nous avons trouvé le Messie (autrement dit: le Christ)". André amena son frère à Jésus" (Jn 1, 40-43), démontrant immédiatement un esprit apostolique peu commun. André fut donc le premier des Apôtres à être appelé à suivre Jésus. C'est précisément sur cette base que la liturgie de l'Eglise byzantine l'honore par l'appellation de Protóklitos, qui signifie précisément "premier appelé". Et il est certain que c'est également en raison du rapport fraternel entre Pierre et André que l'Eglise de Rome et l'Eglise de Constantinople se sentent de manière particulière des Eglises-soeurs. Pour souligner cette relation, mon Prédécesseur, le Pape Paul VI, restitua en 1964 les nobles reliques de saint André, conservées jusqu'alors dans la Basilique vaticane, à l'Evêque métropolite orthodoxe de la ville de Patras en Grèce, où selon la tradition, l'Apôtre fut crucifié.

Les traditions évangéliques rappellent particulièrement le nom d'André en trois autres occasions, qui nous font connaître un peu plus cet homme. La première est celle de la multiplication des pains en Galilée. En cette circonstance, ce fut André qui signala à Jésus la présence d'un enfant avec cinq pains d'orge et deux poissons, "bien peu de chose" - remarqua-t-il - pour toutes les personnes réunies en ce lieu (cf. Jn 6, 8-9). Le réalisme d'André en cette occasion mérite d'être souligné: il remarqua l'enfant - il avait donc déjà posé la question: "Mais qu'est-ce que cela pour tant de monde!" (ibid.) -, et il se rendit compte de l'insuffisance de ses maigres réserves. Jésus sut toutefois les faire suffire pour la multitude de personnes venues l'écouter. La deuxième occasion fut à Jérusalem. En sortant de la ville, un disciple fit remarquer à Jésus le spectacle des murs puissants qui soutenaient le Temple. La réponse du Maître fut surprenante: il lui dit que de ces murs, il ne serait pas resté pierre sur pierre. André l'interrogea alors, avec Pierre, Jacques et Jean: "Dis-nous quand cela arrivera, dis-nous quel sera le signe que tout cela va finir" (Mc 13, 1-4). Pour répondre à cette question, Jésus prononça un discours important sur la destruction de Jérusalem et sur la fin du monde, en invitant ses disciples à lire avec attention les signes des temps et à rester toujours vigilants. Nous pouvons déduire de l'épisode que nous ne devons pas craindre de poser des questions à Jésus, mais que dans le même temps, nous devons être prêts à accueillir les enseignements, même surprenants et difficiles, qu'Il nous offre.

Dans les Evangiles, enfin, une troisième initiative d'André est rapportée. Le cadre est encore Jérusalem, peu avant la Passion. Pour la fête de Pâques - raconte Jean - quelques Grecs étaient eux aussi venus dans la ville sainte, probablement des prosélytes ou des hommes craignant Dieu, venus pour adorer le Dieu d'Israël en la fête de la Pâque. André et Philippe, les deux Apôtres aux noms grecs, servent d'interprètes et de médiateurs à ce petit groupe de Grecs auprès de Jésus. La réponse du Seigneur à leur question apparaît - comme souvent dans l'Evangile de Jean - énigmatique, mais précisément ainsi, elle se révèle riche de signification. Jésus dit aux deux disciples et, par leur intermédiaire, au monde grec: "L'heure est venue pour le Fils de l'homme d'être glorifié. Amen, amen, je vous le dis: si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit" (Jn 12, 23-24). Que signifient ces paroles dans ce contexte? Jésus veut dire: Oui, ma rencontre avec les Grecs aura lieu, mais pas comme un simple et bref entretien entre moi et quelques personnes, poussées avant tout par la curiosité. Avec ma mort, comparable à la chute en terre d'un grain de blé, viendra l'heure de ma glorification. De ma mort sur la croix proviendra la grande fécondité: le "grain de blé mort" - symbole de ma crucifixion - deviendra dans la résurrection pain de vie pour le monde; elle sera lumière pour les peuples et les cultures. Oui, la rencontre avec l'âme grecque, avec le monde grec, se réalisera à ce niveau auquel fait allusion l'épisode du grain de blé qui attire à lui les forces de la terre et du ciel et qui devient pain. En d'autres termes, Jésus prophétise l'Eglise des Grecs, l'Eglise des païens, l'Eglise du monde comme fruit de sa Pâque.

Des traditions très antiques voient André, qui a transmis aux Grecs cette parole, non seulement comme l'interprète de plusieurs Grecs lors de la rencontre avec Jésus que nous venons de rappeler, mais elles le considèrent comme l'apôtre des Grecs dans les années qui suivirent la Pentecôte; elles nous font savoir qu'au cours du reste de sa vie il fut l'annonciateur et l'interprète de Jésus dans le monde grec. Pierre, son frère, de Jérusalem en passant par Antioche, parvint à Rome pour y exercer sa mission universelle; André fut en revanche l'Apôtre du monde grec: ils apparaissent ainsi de véritables frères dans la vie comme dans la mort - une fraternité qui s'exprime symboliquement dans la relation spéciale des Sièges de Rome et de Constantinople, des Eglises véritablement soeurs.

Une tradition successive, comme nous l'avons mentionné, raconte la mort d'André à Patras, où il subit lui aussi le supplice de la crucifixion. Cependant, au moment suprême, de manière semblable à son frère Pierre, il demanda à être placé sur une croix différente de celle de Jésus. Dans son cas, il s'agit d'une croix décussée, c'est-à-dire dont le croisement transversal est incliné, qui fut donc appelée "croix de saint André". Voilà ce que l'Apôtre aurait dit à cette occasion, selon un antique récit (début du VI siècle) intitulé Passion d'André: "Je te salue, ô Croix, inaugurée au moyen du Corps du Christ et qui as été ornée de ses membres, comme par des perles précieuses. Avant que le Seigneur ne monte sur toi, tu inspirais une crainte terrestre. A présent, en revanche, dotée d'un amour céleste, tu es reçue comme un don. Les croyants savent, à ton égard, combien de joie tu possèdes, combien de présents tu prépares. Avec assurance et rempli de joie, je viens donc à toi, pour que toi aussi, tu me reçoives exultant comme le disciple de celui qui fut suspendu à toi... O croix bienheureuse, qui reçus la majesté et la beauté des membres du Seigneur!... Prends-moi et porte-moi loin des hommes et rends-moi à mon Maître, afin que par ton intermédiaire me reçoive celui qui, par toi, m'a racheté. Je te salue, ô Croix; oui, en vérité, je te salue!". Comme on le voit, il y a là une très profonde spiritualité chrétienne, qui voit dans la croix non pas tant un instrument de torture, mais plutôt le moyen incomparable d'une pleine assimilation au Rédempteur, au grain de blé tombé en terre. Nous devons en tirer une leçon très importante: nos croix acquièrent de la valeur si elles sont considérées et accueillies comme une partie de la croix du Christ, si elles sont touchées par l'éclat de sa lumière. Ce n'est que par cette Croix que nos souffrances sont aussi ennoblies et acquièrent leur sens véritable.

Que l'Apôtre André nous enseigne donc à suivre Jésus avec promptitude (cf. Mt 4, 20; Mc 1, 18), à parler avec enthousiasme de Lui à ceux que nous rencontrons, et surtout à cultiver avec Lui une relation véritablement familière, bien conscients que ce n'est qu'en Lui que nous pouvons trouver le sens ultime de notre vie et de notre mort.

* * *

J’accueille avec joie les pèlerins de langue française, présents à cette audience, en particulier la Fraternité de la Famille Missionnaire Donum Dei, de Nouvelle-Calédonie, et les jeunes de Paris et de Saint Maur. Puissiez-vous, comme saint André, accueillir l’appel du Christ et être toujours prêts à témoigner de lui !


© Copyright 2006 - Libreria Editrice Vaticana




Saint André

Apôtre du Seigneur

Fête le 30 novembre

Encore que cité par Hérodote, André est un prénom grec assez rare qui, selon le Breviarum Apostolorum, signifie viril, beau ou courageux. Frère de Simon-Pierre, saint André né à Bethsaïde, au nord du lac de Tibériade, habitait avec saint Pierre à Capharnaüm, et fut d'abord, comme saint Jean, un disciple de saint Jean-Baptiste : Jean se tenait là avec deux de ses disciples ; et regardant Jésus qui passait, il dit : " Voici l'Agneau de Dieu. " ; et les deux disciples l'entendirent parler, et ils suivirent Jésus. Mais, se retournant et voyant qu'ils le suivaient, Jésus leur dit : " Que cherchez-vous ? " Ils lui dirent : " Maître, où demeures-tu ? " Il leur dit : " Venez et vous verrez. " Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent chez lui ce jour-là ; c'était environ la dixième heure. André, le frère de Simon-Pierre était l'un des deux qui avaient entendu Jean et suivi Jésus. Il trouve d'abord son frère Simon et lui dit : " Nous avons trouvé le Messie. " Il l'amena à Jésus. L'évangile selon saint Matthieu raconte que, plus tard, Simon et André étaient en train de pêcher dans la mer de Galilée lorsque Jésus leur dit : Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d'hommes.La tradition grecque appelle André le Protoclet, c'est-à-dire le premier appelé des douze apôtres. Dans la hiérarchie des apôtres, il est classé le quatrième par les Actes des Apôtres (I 13) comme par l'évangile selon saint Marc (III 18), tandis que l’évangile selon saint Matthieu (X 2) et que l’évangile selon saint Luc (VI 14), le mettent à la deuxième place. Lors de la multiplication des pains et des poissons, c'est André qui repère le jeune garçon avec ses cinq pains et ses deux poissons. C'est aussi André qui, avec l'apôtre Philippe, introduit auprès de Jésus les païens de langue grecque. André est encore avec Pierre, Jacques et Jean, lorsqu'ils interrogent Jésus sur la destruction du Temple. Les traditions nous disent que, lors du partage du monde, André reçut la Scythie, immense contrée entre le bas du Danube et le bassin inférieur du Don. Ces mêmes traditions, dans la composition du Symbole des apôtres, lui attribuent la rédaction de l'article Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur.

Ayant rejoint les territoires qui lui furent échus, affirment les traditions, saint André, apôtre de la pénitence, fit de nombreuses conversions et fonda de nouvelles églises qu'il pourvut d'évêques : l'Achaïe, l'Epire, la Thrace et la Grèce considèrent André comme leur évangélisateur, au même titre que Byzance qui en fait l'installateur de son premier patriarche ; d'autres ajoutent à son crédit la Cappadoce, la Galatie, la Bithynie, les pays des Sogdiens et des Secces. De retour dans la ville de Patras, capitale d'Achaïe, fit tant et si bien qu'on envoya contre lui le proconsul Egée qui le fit emprisonner. Or, l'emprisonnement de l'apôtre André provoqua une émeute populaire qu'il dut lui-même calmer en disant : Le chrétien ne devient pas victorieux en se défendant mais en mourant. Les supplices qui sont à craindre ne sont pas ceux que l'on endure en cette vie, mais ceux qui sont préparés aux impies dans les enfers. Vous devez avoir plutôt de la compassion du malheur d'Egée qui se rend digne de ces tourments éternels, que de l'indignation pour sa fureur contre nous. Il viendra bientôt un temps où nous serons récompensés de nos peines, et où Egée sera rigoureusement puni pour sa cruauté. Le lendemain, Egée convoquait saint André à son tribunal et après l'avoir condamné à être fouetté sur un chevalet, le fit attacher sur une croix en forme de X. Comme Egée s'approchait de la croix d'André, celui-ci lui dit : Que viens-tu faire ici, Egée ? Si c'est pour croire en Jésus-Christ, à la bonne heure, je t'assure qu'il te fera miséricorde ; mais si c'est pour me faire descendre de la croix, sache que tu n'en viendra pas à bout et que j'aurai la consolation d'y mourir pour mon cher maître. Je le vois déjà, je l'adore et sa présence me comble de joie. Je n'ai point d'autre regret que celui de ta damnation qui est inévitable si tu ne te converstis pas maintenant que tu le peux, car peut-être ne le pourras-tu pas lorsque tu le voudras. Egée ordonna de détacher André, mais les bourreaux étaient mystérieusement affaiblis lorsqu'ils en approchaient, tandis que l'Apôtre priait d'une voix forte : Ne permettez pas, mon Seigneur, que votre serviteur qui est attaché à cette croix pour la confession de votre Nom, en soit délié ; ne souffrez pas que je reçoive cette humiliation de la part d'Egée qui est un homme corruptible ; mais recevez-moi, s'il vous plaît , entre vos mains, tout plein de connaissance de vos grandeurs que ce supplice m'a données. Vous êtes mon cher maître que j'ai connu, que j'ai aimé et que je désire uniquement contempler. C'est en vous que je suis ce que je suis et il est temps que je me réunisse à vous, comme au centre de tous mes désirs et à l'objet de toutes mes affections. C'était, croit-on, le 30 novembre 62. A la grande fureur d'Egée, Maximille, femme d'un sénateur, recueillit le corps de saint André, l'embauma et l'enterra. Lorsqu'Egée voulut envoyer une députation dénoncer Maximille à l'Empereur, un démon se jeta sur lui, le traîna sur la place publique et l'étrangla. Après saint Pierre et saint Paul, saint André est l'apôtre qui a le plus d'églises en France où il est le patron d’Agde, d’Avranches, de Bordeaux, d’Orange et de la Bourgogne dont le duc Philippe III le Bon mit sous sa protection l’ordre de la Toison d’Or. A l’étranger, saint André est le patron d’Amalfi, de Baeza (Andalousie) qui fut arrachée aux Maures le 30 novembre 1227, du Brabant, de Brescia (Italie), du Brunswick, de l’Ecosse, du Holstein, de Lunebourg (Hanovre), de la Hongrie, de Mantoue, de Minden (Westphalie), de Pesaro (Italie), de Ravenne, de Rochester (comté de Kent), de la Russie, de Santander (Espagne), du Sleswig, de Verceil (Italie) et de Wells (comté de Somerset). Saint André qui est le patron des pêcheurs de poissons d’eau douce, des poissonniers et des cordiers, est aussi invoqué par les femmes qui cherchent un mari et celles veulent devenir mères.


Visions de la Bienheureuse Anne Catherine Emmerich sur la vie de Saint André

J'ai vu la vie de l'apôtre saint André et reconnu une relique provenant de lui. J'ai vu aussi une fête de l'Église en son honneur, à laquelle assistaient tous les apôtres, ainsi que la Mère de Dieu et Madeleine : Marthe n'y était pas. Je le vis après la mort de Jésus parcourir la Grèce et l'Asie et aller continuellement d'un lieu à l'autre en opérant partout des miracles. Il était plus âgé et moins grand que Pierre : sa taille était ramassée : ses manières simples, franches et ouvertes : ses qualités dominantes étaient la sincérité et la libéralité. Il avait la tête chauve, sauf quelques mèches de cheveux blancs comme la neige sur les côtés : son menton aussi était garni de deux mèches blanches assez courtes. Il avait une femme et quatre enfants, deux garçons et deux filles. mais à dater du moment où Jésus l'appela à sa suite il vécut dans la continence la plus absolue. Il fut le premier des apôtres qui renonça à tout ce qu'il possédait et aucun d'eux n'a si promptement et si scrupuleusement donné et distribué tout son bien au profit de la communauté : cela eut lieu lorsque Jésus congédia ses apôtres pour quelque temps, lors du voyage qu'il fit avant sa mort en Arabie et en Egypte.

Lorsqu'André partit pour ses voyages apostoliques, sa femme habita d'abord à Béthanie : ensuite elle alla dans les environs d'Ephèse. mais cependant à une certaine distance de l'habitation de la sainte Vierge. Plus tard j'ai vu presque toujours les enfants des apôtres parmi les disciples et en général assistant les apôtres. André n'était pas proprement un pécheur comme son frère, il était plutôt l'administrateur d'une pêcherie qu'il tenait à ferme et sa maison était au centre de Bethsaïde, tandis que celle de Pierre était à l'extrémité de la ville tout au bord de l'eau.

Je vis André et un autre encore (Saturnin), avec Jean-Baptiste : je vis Jean parler de Jésus qui passait à une certaine distance, sur quoi André et l'autre disciple s'étant entretenus quelques moments avec Jean, le quittèrent pour aller à Jésus qui venait vers eux de l'autre côté du chemin. Il leur demanda qui ils cherchaient et leur permit de le suivre.

Quant aux divers événements de la vie de saint André et des miracles opérés par lui, Anne-Catherine ne raconta que le peu qui suit : Je vis André en Achaie, en même temps que Matthieu était prisonnier dans une ville éloignée avec des disciples et une soixantaine d'autres personnes. On avait mis du poison dans les yeux de Matthieu, ce qui le faisait beaucoup souffrir : ses yeux étaient très rouges et très enflés et il n'y voyait plus : cependant on ne les avait pas crevés. Cette ville était au sud-est de Jérusalem, de l'autre côté de la mer Rouge, en Éthiopie : elle était située au bord d'une rivière qui était fort grande pour un pays de montagnes. Les habitants de cette contrée sont tout noirs : mais il y a pourtant une partie du pays ou ils sont blancs : cette partie est comme une enclave. André reçut dans une vision l'ordre de se rendre auprès de Matthieu. Il monta sans être connu sur un navire où se trouvaient beaucoup de passagers et dont la marche fut très rapide : ensuite il voyagea par terre et je les vis suivre alternativement les deux bords de la rivière près de laquelle la ville était située. Quand il y fut arrivé, il guérit Matthieu, fit tomber ses chaînes et celles de ses compagnons de captivité et prêcha l'Evangile. Au commencement tout alla bien, mais ensuite les habitants excités par une méchante femme se saisirent d'André et le traînèrent à travers la ville, après lui avoir lié les pieds André pria pour ses bourreaux : ils furent touchés, lui demandèrent pardon et se convertirent : il revînt ensuite en Achaïe. Je le vis guérir un possédé aveugle et ressusciter un enfant égyptien. Un jeune homme que sa mère dénaturée excitait à commettre un inceste avec elle et qu'elle avait accusé devant le proconsul à cause de son refus de consentir a ce crime, se réfugia auprès de lui André et le jeune homme prièrent : l'apôtre fit faire à celui-ci le voeu le jeûner un certain temps et ils allèrent ensemble au tribunal. La mère fut frappée de la foudre et le jeune homme, mis en liberté, jeûna pendant plusieurs jours.

André alla aussi à Nicée où il chassa des sépultures de la ville sept esprits impurs qui aboyaient comme des chiens. Il établit là un évêque qui était des environs de Cédar. Il ressuscita un enfant mort à Nicomédie : il apaisa une tempête sur l'Hellespont : les sauvages habitants de la Thrace voulurent le faire périr, mais effrayes par une éclatante lumière céleste qui l'environna, ils se prosternèrent la face contre terre. Je vis encore l'histoire d'une pécheresse convertie appelée Trophima, contre laquelle aucune force humaine ne pouvait rien lorsqu'elle portait sur sa poitrine le livre des Evangiles. Je vis aussi une fois André exposé aux bêtes, puis rendu à la liberté.

Quant au martyre qui termina sa vie, je me souviens seulement que son juge s'appelait Egéas. La croix à laquelle il fut attaché avait cette forme >I< . cependant ses pieds n'étaient pas écartés l'un de l'autre, mais attachés au poteau du milieu : l'usage de cette espèce de croix s'était répandu parce qu'elle était plus commode et plus prompte à dresser à l'aide de trois pièces de bois. André resta ainsi suspendu pendant deux jours et deux nuits et il prêcha du haut de sa croix : " la fin, le peuple qui l'avait pris en grande affection se souleva et demanda sa délivrance. Un envoyé d'Egéas étant venu, la foule se pressa si nombreuse autour de la colline que plusieurs personnes furent étouffées. Mais André pria pour obtenir la grâce de mourir : ils ne purent pas le détacher de la croix parce que leurs mains furent frappées de paralysie. Ce fut ainsi qu'il mourut.


Prière

Seigneur, Maître du monde, nous Te supplions humblement: permets que l'Apôtre Saint André, après avoir intercédé et guidé Ton Église, ne cesse d'intercéder pour nous. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.



Jusepe de Ribera, Saint André, v.1610, 136 X 112. Quadreria dei Girolamini, Napoli.


André est un prénom d'origine grecque, qui signifie "viril" ou "courageux". Il était le frère de Simon-Pierre et comme lui, était pêcheur sur le lac de Tibériade. André fut le premier des douze futurs apôtres à rencontrer Jésus sur les bords du Jourdain au lendemain de son Baptême. C'est André qui établit le premier contact entre son frère Simon et le Christ, en attendant que le Seigneur les appelle à le suivre définitivement pour devenir "pêcheurs d'hommes". Avec Pierre, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, André fait partie du groupe des quatre premiers disciples. On retrouve André au moment de la multiplication des pains. Avec Philippe, il introduira près de Jésus un groupe de païens d'origine grecque, sympathisants du Judaïsme, montés en pèlerinage à Jérusalem. Ces païens disaient (comment ne pas faire nôtre leur demande !) : "Nous voudrions approcher Jésus". Dans l'évangile selon Marc, on entend André demander à Jésus, avec Pierre, Jacques et Jean : "Dis-nous quand cela arrivera-t-il ? ( à savoir, la destruction du Temple de Jérusalem) et quel sera le signe que tout cela va finir ?".

Quant au ministère de l'apôtre saint André après la Pentecôte, nous n'avons pas de renseignements précis. On peut néanmoins s'autoriser d'une très ancienne tradition qui situe la fin de son service de l'Évangile par le martyre à Patras, en Grèce, au nord-ouest du Péloponnèse. La coutume de le représenter supplicié sur une croix en forme de X n'a été associée à son culte que vers le XIVe siècle. André aurait été crucifié en Grèce, en présence du peuple comme son frère Pierre le fut à Rome au cirque de Néron. Le Patriarcat Oecuménique d'Istanbul Constantinople a choisi comme patron saint André en qui on vénère "le premier des appelés par Jésus". Aussi les deux Églises soeurs, d'Orient et d'Occident ont-elles voulu faire de l'icône qui représente André et Pierre s'embrassant fraternellement, le rappel de leur marche vers l'Unité voulue expressément par le Seigneur, "venu rassembler les enfants de Dieu dispersés".

Rédacteur : Frère Bernard Pineau, OP




André, le glorieux apôtre du Christ, était le frère du Saint Apôtre Pierre et était originaire du village de Bethsaïde, sur la rive occidentale du lac de Gennésareth. A la différence de son frère qui était marié, il avait préféré garder la virginité et habitait dans la maison de Pierre. Les deux frères exerçaient ensemble la profession de pêcheurs et observaient tous les préceptes de la Loi avec piété. Quand Saint Jean Baptiste parcourut la Judée et les régions du Jourdain pour répandre son message de pénitence, André accourut vers lui, abandonna tout ce qui le retenait au monde et se fit son disciple. Or un jour, après avoir baptisé Jésus, Jean Baptiste s'entretenait avec André et son autre disciple Jean l'Evangéliste et, leur montrant Jésus qui passait non loin de là, il leur dit: « Voici l'Agneau de Dieu!» . A cette parole de leur maître qui leur montrait Celui dont il avait été établi le Précurseur par Dieu, Jean et André suivirent Jésus pour en apprendre davantage sur son compte. Le Christ se retourna alors vers eux et leur dit: «Que cherchez-vous?» Ils répondirent avec respect : «Maître, où demeures-tu?» - « Venez voir» dit Jésus. Ils se rendirent donc avec Lui dans la demeure où Il séjournait comme un étranger et L'interrogèrent tout le jour. Ils ne concevaient pas encore que Celui-ci fût le Sauveur et le Fils de Dieu, ni même ne voulaient devenir Ses disciples, mais ils ressentaient vers Lui une indicible attirance.

De cet entretien, André retira la conviction que ce Jésus était le Messie attendu depuis tant de siècles par son peuple, le Sauveur du monde. Ne retenant pas sa joie, il se précipita chez son frère Simon et lui dit: «Nous avons trouvé le Messie!» (Jn 1:41), puis il le conduisit auprès de Jésus. André fut le premier à reconnaître le Christ et c'est lui qui l'annonça à celui qui devait devenir le coryphée du choeur des Apôtres, c'est pourquoi il reçut le surnom de Premier-appelé1.

Par la suite, André suivit le Seigneur partout où Il allait, par villes et villages, montagnes et déserts, afin de s'abreuver au fleuve d'eaux vives de Ses paroles. Il était présent lors de la multiplication des pains (Jn 6) et vint intercéder auprès du Seigneur, pour qu'Il nourrisse aussi de nourriture terreste ces cinq mille hommes. André entretenait une amitié particulière pour Saint Philippe, qui était originaire comme lui de Bethsaïde. Lorsque certains Hellènes demandèrent à Philippe à voir Jésus, Philippe alla le rapporter à André, qui avait une plus grande familiarité auprès du Maître (Jn 12:20). Après les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean, témoins des révélations les plus sublimes sur la divinité du Seigneur Jésus, venait Saint André pour excercer non pas une autorité, mais une certaine priorité sur les autres disciples.

Il fut témoin des événements redoutables qui accompagnèrent la Passion salutaire du Seigneur et assista avec les autres à Ses apparitions après Sa Résurrection. Lors de la Pentecôte, il reçut la plénitude de la Grâce du Saint-Esprit et se vit attribuer par le sort l'évangélisation des côtes de la Mer Noire (le Pont Euxin), de la Bithynie, de la Thrace et de la Grèce (Macédoine, Thessalie et Achaïe). Fidèle aux recommandations du Seigneur, il ne prit avec lui ni bourse, ni besace, ni bâton (Mat. 5) et s'en allait sur les chemins pour proclamer la Bonne Nouvelle du Salut. Impossible de rapporter combien d'épreuves et de dangers il affronta: privations de toute sorte, maladies, dangers des brigands, mauvais traitements des juifs et des païens... Mais partout où il allait, le Saint-Esprit l'accompagnait, parlait par sa bouche, accomplissait prodiges et guérisons, lui donnait la patience et la joie dans les épreuves. Et c'était cette puissance de Dieu habitant en lui qui attirait les foules à la foi. Partout où il allait, après avoir illuminé les intelligences par sa prédication, il faisait renaître les âmes par le bain du Saint Baptême, ordonnait des Prêtres et consacrait des Evêques à leur tête, faisait construire des Eglises et y organisait la louange de Dieu.

Il se rendit d'abord à Amisos sur le littoral de la Mer Noire et y convertit un grand nombre de juifs, puis guérit par la puissance de Dieu ceux qui souffraient de diverses maladies. Puis après avoir poursuivi sa mission à Trébizonde et Lazique, il retourna pour Pâques à Jérusalem. De là, il partit avec Saint Jean le Théologien pour Ephèse et évangélisa quelque temps les régions occidentales de l'Asie Mineure. En remontant vers la Propontide et en prêchant dans les villes de Nicée, Nicomédie, Chalcédoine, Héraclée du Pont, Amastris il eut à affronter à de nombreuses reprises les partisans fanatiques des cultes idolâtres et les sophistes aux raisonnements trompeurs, mais il confondit les uns et les autres par sa sagesse et par ses Miracles. Parvenu à Sinope, il délivra par sa prière l'Apôtre Matthias de ses chaînes, mais il fut capturé à son tour par les païens en furie et souffrit de nombreux tourments: jeté à terre, frappé de toutes parts, il eut même un doigt arraché à coup de dents. Dans toutes ses épreuves, Saint André ne cherchait ni à fuir ni à se défendre, mais il endurait tout avec Patience en imitant son Maître, l'Agneau de Dieu, venu sur terre pour souffrir et enlever les péchés du monde. Au spectacle de sa constance, de sa longanimité pour ses bourreaux et devant les nombreux miracles qu'il accomplissait, les habitants de Sinope se repentirent, lui demandèrent pardon et reçurent le Saint Baptême.

André établit Evêque et Prêtres à Sinope puis repartit pour les villes du Pont qu'il avait déjà évangélisées, afin de les confirmer dans la foi. Il poursuivit sa prédication et réfuta les sages païens dans les villes de Néocésarée et de Samosate, puis se rendit à nouveau à Jérusalem pour le concile qui réunit les Apôtres au sujet de la réception des païens dans l'Eglise (Actes 15:6).

Après la fête de Pâques, il accompagna quelque temps Matthias et Thaddée vers les confins de la Mésopotamie et partit évangéliser les régions barbares à l'Orient de la Mer Noire, au Sud de la Russie actuelle (Crimée, Sud de l'Ukraine). Puis il redescendit vers la Thrace et illumina les coeurs des habitants de la petite ville de Byzance par sa prédication. Il y fonda une Eglise dédiée à la Mère de Dieu et y laissa Stachys (cf. 31 octobre), un des Soixante-Dix Disciples, comme Evêque. Par la suite, il poursuivit son infatigable périple en Thrace, Macédoine et Thessalie, et il parvint jusqu'au Péloponnèse, dans la ville de Patras.

A Patras, le Saint apôtre convertit la propre épouse du proconsul romain, Maximilla, en la guérissant d'une incurable maladie. Il répandit ses bienfaits sur les autres habitants et constitua rapidement une large communauté de disciples du Christ. Pendant l'absence du proconsul Egéatus, il convertit aussi son frère et remplaçant, Stratoklès. A son retour, Egéatus rentra dans une grande colère en voyant les progrès du Christianisme jusque dans sa propre maison, et il fit arrêter l'Apôtre. De sa prison, André continuait sa prédication et il ordonna Stratoklès comme Evêque des Patras. Quelques jours après, la sentence fut prononcée sans jugement, et le Saint fut crucifié*. Quelle n'était pas sa joie d'imiter ainsi le Christ jusque dans la manière de mourir pour Lui. Après avoir retenu ses amis qui voulaient le délivrer, André bénit une dernière fois ses fidèles et remit son âme à Dieu. Le proconsul subit bientôt une mort brutale en .châtiment de son, iniquité; et le nouvel Evêque Stratoklès, après avoir distribué sa fortune aux pauvres, édifia son Evêché sur les lieux mêmes du Martyre de l'Apôtre.

De nombreuses années plus tard, le 3 mars 357, les précieuses Reliques du Saint furent transférées de Patras à Constantinople par Saint Artémios (cf. 20 octobre), sur l'ordre de l'empereur Constance, fils de Saint Constantin. Elles furent déposées avec celles de Saint Luc et de Saint Thaddée dans la récente église des Saints-Apôtres. Cinq cents ans après, elles revinrent à Patras, envoyées par l'empereur Basile ler le Macédonien (867-886); puis devant la menace de l'invasion turque dans le Péloponnèse, elles furent offertes au Pape de Rome Pie II par le despote de Morée Thomas Paléologue, en 1460. Le crâne du Saint revint enfin à Patras le 26 septembre 1974 pour la joie et la consolation des fidèles orthodoxes.

Selon une tradition slave, Saint André aurait poussé sa mission jusqu'en Russie, et l'Eglise russe aurait dès lors une lointaine origine apostolique, identique à celle de Byzance. De toute manière, elle dépend bien du rameau de Saint André, puisqu'après sa conversion elle dépendit pendant de nombreux siècles du Patriarche de Constantinople.

Selon la tradition occidentale, Saint André serait aussi le patron de l'Ecosse. Au Moyen-Age on y comptait plus de 800 églises dédiées au Premier-appelé.

1. D'après le récit de St Jean. Selon St Marc (1:14) et S. Matthieu (4:12). cet appel des premiers disciples eut lieu quelque temps après la rencontre avec le Précurseur, quand celui-ci ayant été arrêté, ses disciples reprirent leur profession et rencontrèrent Jésus qui prêchait sur les rives du lac de Gennésareth.

* NOTE :

Selon la tradition c'est sur une croix en forme de X que fut crucifié Saint André. Egéatus,afin de rendre plus longues les souffrances, aurait ordonné de ne pas clouer le suplicié sur la croix mais de l'y ligoter! Pendant sa lente agonie Saint André a continué de prêcher devant le peuple qui s'était rassemblé autour de lui, jusqu'à son dernier souffle. La croix nommée Saint André, bleue sur fond blanc est l'emblème de la Marine Russe, avant la révolution et de nouveau aujourd'hui.




Le Retable de Thouzon comprend deux panneaux (la partie centrale du triptyque a disparu), composés selon une structure identique mais symétrique : une scène de la vie de saint André en regard d'une grande figure de saint.

Le tableau de gauche (RF 2677) évoque l'épisode où saint André fait éteindre un incendie par son disciple ainsi qu'une figure d'une sainte (peut-être sainte Claire ou sainte Catherine) ; le panneau de droite (RF 2678), celui où saint André chasse les démons de la ville de Nicée et saint Sébastien. Vers 1410, peinture à l'huile sur bois de saule. Panneau de gauche : 125 X 105; panneau de droite : 126 X 113. Louvre Museum, bâtiment Richelieu, 2e étage, salle 4. RF 2677 et RF 2678. Provient d'une chapelle du prieuré de Thouzon, au Thor (Vaucluse) qui appartenait autrefois à l'abbaye de Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon. Acquis en 1929

La liturgie du jour de la fête de St André est indissociable de celle de sa Vigile, malheureusement supprimée en 1955 [1]. On se reportera donc aux commentaires liturgiques et aux textes de l’Office et de la Messe de la Vigile, pour avoir une vue complète de la manière dont Rome célébrait d’un culte spécial le frère de Pierre, celui qui amena Pierre à Jésus.

[1] Voir Décret de simplification des rubriques.



Juan Correa de Vivar. Martirio de San Andrés, 1545, 

98.5 X 70.5, Madrid, Prado Museum 


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Cette fête est destinée, chaque année, à clore majestueusement le Cycle catholique qui s’éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s’ouvrir. Certes, il était juste que, dans l’Année Chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu’il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer, et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.

Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l’Apôtre de la Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la Foi ; à Jean, la tendresse de l’Amour ; André a reçu la mission de représenter la Croix du divin Maître. Or, c’est à l’aide de ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que l’Église se rend digne de son Époux : tout en elle retrace ce triple caractère. C’est donc pour cela qu’après les deux Apôtres que nous venons de nommer, saint André est l’objet d’une religion toute particulière dans la Liturgie universelle.

Mais lisons les gestes de l’héroïque pêcheur du lac de Génésareth, appelé à devenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l’arbre de la Croix. L’Église les a puisés dans les anciens Actes du Martyre du saint Apôtre, dressés parles prêtres de l’Église de Patras, qu’il avait fondée. L’authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les Protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des XVIIe et XVIIIe siècles, tant en France qu’à l’étranger. Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d’érudits catholiques, parmi lesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Églises de l’Orient et de l’Occident, qui ont inséré ces Actes dans leurs divers Offices de saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons sur saint André.

C’est vous, ô bienheureux André ! que nous rencontrons le premier aux abords de ce chemin mystique de l’Avent où nous marcherons bientôt, cherchant notre divin Sauveur Jésus-Christ ; et nous remercions Dieu de ce qu’il a bien voulu nous ménager une telle rencontre. Quand Jésus, notre Messie, se révéla au monde, vous aviez déjà prêté une oreille docile au saint Précurseur qui annonçait son approche, et vous fûtes des premiers parmi les mortels à confesser, dans le fils de Marie, le Messie promis dans la Loi et les Prophètes. Mais vous ne voulûtes pas rester seul confident d’un si merveilleux secret, et bientôt vous fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre frère, et vous l’amenâtes à Jésus.

Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le Messie, le Sauveur de nos âmes ; puisque vous l’avez trouvé, daignez donc aussi nous amener à lui. Nous mettons sous votre protection cette sainte carrière d’attente et de préparation qu’il nous reste à traverser, jusqu’au jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans le mystère de sa merveilleuse Naissance. Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir au milieu de cette nuit radieuse où il apparaîtra. Le baptême de la pénitence vous prépara à recevoir la grâce insigne de connaître le Verbe de vie ; obtenez-nous d’être vraiment pénitents et de purifier nos cœurs, durant ce saint temps, afin que nous puissions contempler de nos yeux Celui qui a dit : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu.

Vous êtes puissant pour introduire les âmes auprès du Seigneur Jésus, ô glorieux André ! Puisque celui-là même que le Seigneur devait établir Chef de tout le troupeau, fut présenté par vous à ce divin Messie. Nous ne doutons pas que le Seigneur n’ait voulu, en vous appelant à lui en ce jour, assurer votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de nouveau, chaque année, Celui en lequel vous vivez à jamais, viennent vous demander la voie qui conduit à lui.

Cette voie, vous nous l’enseignez, est la voie de la fidélité, de la fidélité jusqu’à la Croix. Vous y avez marché avec courage ; et parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, vous avez aimé la Croix avec passion. Priez, ô saint Apôtre ! Afin que nous comprenions cet amour de la Croix ; afin que, l’ayant compris, nous le mettions en pratique. Votre frère nous dit dans son Epître : Puisque le Christ a souffert dans la chair, armez-vous, mes frères, de cette pensée. (I Petr. 4, 1.) Vous, ô bienheureux André ! Vous nous présentez aujourd’hui le commentaire vivant de cette maxime. Parce que votre Maître a été crucifié, vous avez voulu l’être aussi. Du haut de ce trône où vous vous êtes élevé par la Croix, priez donc, afin que la Croix soit pour nous l’expiation des péchés qui nous couvrent, l’extinction des flammes mondaines qui nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par l’amour à Celui que son amour seul y a attaché.

Mais, quelque importantes et précieuses que soient pour nous les leçons de la Croix, souvenez-vous, ô grand Apôtre ! Que la Croix est la consommation, et non le principe. C’est le Dieu enfant, c’est le Dieu de la crèche qu’il nous faut d’abord connaître et goûter ; c’est l’Agneau de Dieu que vous désigna saint Jean, c’est cet Agneau que nous avons soif de contempler. Le temps qui va s’ouvrir est celui de l’Avent, et non celui de la dure Passion du Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour le jour du combat ; mais ouvrez-le en ce moment à la componction et à la tendresse. Nous plaçons sous votre patronage le grand œuvre de notre préparation à l’Avènement du Christ en nos cœurs.

Souvenez-vous aussi, bienheureux André, de la sainte Église dont vous êtes une des colonnes, et que vous avez arrosée de votre sang ; levez vos mains puissantes pour elle, en présence de Celui pour lequel elle milite sans cesse. Demandez que la Croix qu’elle porte en traversant ce monde soit allégée, et priez aussi afin qu’elle aime cette Croix, et qu’elle y puise sa force et son véritable honneur. Souvenez-vous en particulier de la sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, et lui obtenez la victoire et la paix par la Croix, à cause du tendre amour qu’elle vous porte. Visitez de nouveau, dans votre Apostolat, l’Église de Constantinople, qui a perdu la vraie lumière avec l’unité, parce qu’elle n’a pas voulu rendre hommage à Pierre, votre frère, que vous avez honoré comme votre Chef, pour l’amour de votre commun Maître. Enfin, priez pour le royaume d’Écosse, qui depuis trois siècles a oublié votre douce tutelle ; obtenez que les jours de l’erreur soient abrégés, et que cette moitié de l’Ile des Saints rentre bientôt, avec l’autre, sous la houlette de l’unique Pasteur.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Nonobstant l’usage médiéval de célébrer aujourd’hui la synaxe au Vatican, où la rotonde du pape Symmaque dédiée au frère de saint Pierre était en grande vénération, nous croyons pourtant que, primitivement, la station avait lieu dans la basilique de Junius Bassus sur l’Esquilin, jadis consacrée à saint André par le pape Simplice (468-483).

Les différentes messes en l’honneur de saint André conservées dans le Sacramentaire Léonien semblent en effet l’écho de la célébrité de cette consécration, célébrité qui, d’ailleurs, nous est attestée aussi par l’épigraphe dédicatoire gravée dans l’abside de l’édifice :

HAEC • TIBI • MENS • VALILAE • DEVOVIT • PRAEDIA • CHRISTE

CVI • TESTATOR • OPES • DETVLIT • IPSE • SVAS

SIMPLICIVSQVE • PAPA • SACRIS • CAELESTIBVS • APTANS

EFFECIT • VERE • MVNERIS • ESSE • TVI

ET • QVOD • APOSTOLICI • DEESSENT • LIMINA • NOBIS

MARTYRIS • ANDREAE • NOMINE • COMPOSVIT

VTITVR • HAC • HAERES • TITVLIS • ECCLESIA • IVSTIS

SVCCEDENSQVE • DOMO - MYSTICA • IVRA • LOCAT

PLEBS • DEVOTA • VENI • PERQVE • HAEC • COMMERCIA • DISCE

TERRENO • CENSV • REGNA • SVPERNA • PETI.

On voit par cette inscription qu’un Goth nommé Valila (appelé en d’autres documents Flavius Theodovius), devenu, on ne sait comment, possesseur de l’antique basilique civile somptueusement bâtie par le consul Junius Bassus (+ 317), désigna pour son héritier Jésus-Christ. Peut-être agit-il ainsi à l’instigation de son épouse — d’où l’appellation de la basilique, kata Barbara Patricia. Le pape Simplice adapta la basilique à sa nouvelle destination, et comme il n’y avait alors à Rome aucun temple dédié à l’apôtre saint André, il voulut lui donner son nom. Il faut tenir compte du fait que, le 3 mars 357, le corps de saint André avait été transféré de Fatras à Constantinople, et, par les soins des Byzantins, le culte du Protodite [2] eut immédiatement une rapide diffusion dans tout l’Empire. A la différence de l’office (rédigé beaucoup plus tardivement et peut-être à Rome) où les actes apocryphes de saint André ont été exploités sans trop de scrupule, les deux messes de l’Apôtre, celle de la vigile comme celle de la fête, se distinguent par une solennelle et élégante noblesse. Apocrypha nescit Ecclesia, avait dit jadis saint Jérôme. Et, de fait, ni les lectures, ni les antiennes, ni les collectes du Missel ne contiennent aucune allusion à ces écrits sans autorité.

L’introït est tiré du psaume 138, dont nous avons déjà parlé à propos du graduel de la nuit précédente. Cette puissance des divins conseils s’est révélée particulièrement dans la manière dont le Seigneur a agi pour la conversion du monde. Il a voulu confondre toute la sagesse humaine, en donnant pour base à son Église, tour et rempart de sagesse divine, douze pauvres pêcheurs.

Dans la collecte nous faisons des vœux pour que l’Apôtre continue dans le ciel, par sa prière, ce ministère qu’il commença ici-bas par sa prédication :

La lecture suivante, tirée de l’Épître aux Romains, et assignée aussi à la fête de ce jour par le Comes de Würzbourg, explique l’universalité de la vocation des Gentils à la foi, et la sublimité de l’apostolat catholique, dont l’efficacité s’étend aux confins du monde. Personne ne peut toutefois assumer de sa propre initiative cette mission de paix et de salut. L’Apôtre est un envoyé, lequel, par conséquent, vient de la part d’un autre et nous rapporte sa parole. Or Jésus a confié l’apostolat exclusivement aux Douze et à leurs successeurs, qui seuls ont le droit d’aller dans le monde entier pour enseigner et baptiser. Les hérétiques ne peuvent prétendre à semblable liberté, car on devrait leur répondre : « Comme champ d’apostolat, Jésus a assigné aux siens le monde entier. Qui êtes-vous, vous qui venez en retard et qui lancez la faux sur la moisson d’autrui ? Qui vous a envoyés ? De quel droit vous servez-vous des divines Ecritures que Jésus a confiées à l’Église ? Ce droit de l’Église catholique est, en outre, passé en prescription, puisqu’elle en usait avant que ne fussent nés ni Cérinthe, ni Arius, ni Luther, ni Calvin. Il n’y a donc pas de place pour vous. »

Le répons est tiré du psaume 44, qui décrit la fécondité virginale de l’Église et la gloire de sa lignée de saints. Suit le verset alléluiatique en l’honneur de l’Apôtre : « Le Seigneur a aimé André comme un parfum de suavité. Alléluia. » C’est là le Christi bonus odor, mentionné aussi par saint Paul ; et cette « bonne odeur du Christ », qui, dans le ciel, attire les complaisances de Dieu, amène sur la terre les âmes à la foi chrétienne.

La lecture évangélique (Matt., 4, 18-22) concernant la vocation de saint André à l’apostolat, enseigne une vérité très importante pour la vie spirituelle. André, Pierre et Jean ne possédaient qu’un pauvre filet et leurs familles étaient exemplaires. Toutefois le Sauveur voulut que ses apôtres fussent entièrement dépouillés de tout, entièrement libres, sans attaches de parenté ou d’affections purement humaines. Voilà la vraie liberté évangélique, celle qui aligne dans le cœur de l’ouvrier apostolique un seul amour, celui du Christ, et qui ne lui permet qu’un seul intérêt, celui du bien des âmes.

Ce passage évangélique fut expliqué au peuple par saint Grégoire le Grand dans une homélie prononcée en ce jour in basilica sancti Andreae. Quelle est cette basilique ? Il n’est pas probable qu’il s’agisse ici de la petite rotonde vaticane, incapable de contenir beaucoup de monde. Ce serait donc la basilique kata Barbara Patricia, dans laquelle nous savons avec certitude qu’il prêcha une fois, le 1er dimanche de l’Avent ; peut-être celui-ci coïncidait-il avec la fête de saint André.

La secrète, avec l’allusion au Sacrifice solennel, rappelle très bien la première destination de cette messe, alors que c’était le Pape qui, entouré des évêques et des prêtres, célébrait la messe stationnale de saint André.

(…)

L’insertion, dans le texte du canon, de la louange du saint dont se célèbre la fête, nous est déjà attestée comme un usage traditionnel par le pape Vigile dans sa célèbre lettre à l’évêque Profuturus de Braga.

Le verset pour la communion est tiré de la lecture évangélique de ce jour : « Suivez-moi, et je vous ferez devenir pêcheurs d’hommes. Et eux aussitôt, laissant leurs filets, le suivirent. » C’est surtout après la sainte Communion que le Seigneur parle aux âmes et les invite à le suivre avec plus d’intimité et de fidélité. Il ne s’agit pas de voies inaccessibles et jamais encore suivies : Venite post me. Nous ne devons aller que là où nous savons que Jésus est passé le premier, et où il a laissé ses traces sanglantes et bénies.

Dans la collecte après la Communion, nous demandons à la divine clémence que le Sacrifice eucharistique, qui cause de la joie dans le ciel, où il augmente la gloire des saints, soit aussi un gage de grâce sur la terre, surtout en faveur des pécheurs.

Voilà la vie catholique de l’Église, vraie image de la vie ineffable de la divine Triade, que Tertullien appelle la première et la plus ancienne Église : l’unité dans la pluralité. Pluralité d’âmes, mais unité de foi, de sacrements et du Saint-Esprit, en un unique corps mystique de Jésus-Christ. Ainsi, tandis que le même sacrement qui est offert sur l’autel répand la rosée du pardon, il réjouit les bienheureux dans le triomphe de leur gloire et il est une source de grâce pour l’Église souffrante et militante. C’est précisément là le sens intime et profond de la prière de ce jour après la Communion.

[2] Le premier choisi. Allusion à la vocation de saint André, le premier appelé du Collège apostolique.



Jean Colombe. Le Martyre de saint André, Très Riches Heures du duc de Berry, 1485,
folio 201r, 29 X 21, Musée Condé


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Salut, ô Croix, reçois le disciple de Celui qui fut suspendu à ton bois. »

C’est la première fête d’Apôtre dans la nouvelle année liturgique. Une fête d’Apôtre est indépendante du temps ecclésiastique. Aujourd’hui, particulièrement, il est assez difficile d’harmoniser la fête de saint André avec le temps de l’Avent. Il faut cependant s’habituer à cette dualité d’impression : nous attendons le Sauveur et nous voulons, dans la ferveur de notre charité, porter la Croix avec saint André. C’est qu’il s’agit de toute l’œuvre de notre salut dont nous devons, chaque jour, recevoir les fruits en nous.

Saint André. — Jour de mort : 30 novembre (année inconnue). Tombeau : église de Saint-André à Amalfi, son chef est à Saint-Pierre de Rome. Image : on le représente avec une croix en X, dite croix de Saint-André. Vie. André, frère de l’Apôtre Pierre, fut, avec Jean, le premier disciple qui suivit le Seigneur. Sa première rencontre avec Jésus est décrite avec une beauté touchante dans l’Évangile (Jean. 1, 35-42). Il n’appartient sans doute pas au cercle plus intime, comme Pierre, Jacques et Jean, et les évangiles ne racontent rien d’extraordinaire à son sujet, mais la tradition vante son grand amour de la Croix et du Sauveur, et l’Église l’honore particulièrement tant à la messe (son nom paraît en deux endroits : au Canon et au Libera nos après le Pater) que dans le bréviaire. Son Office est un des plus délicats de la liturgie. Son martyre (légendaire) est très touchant : Le juge païen le somme de sacrifier aux idoles. Alors André dit ; Je sacrifie tous les jours au Dieu tout-puissant, l’unique et le vrai, je ne lui offre pas la chair des taureaux ou le sang des boucs, mais l’Agneau immaculé sur l’Autel. Ensuite, tout le peuple des fidèles mange sa chair et cependant l’Agneau reste intact et vivant. ” Enflammé de colère, Aegeas ordonna de le jeter en prison. Le peuple l’aurait délivré sans peine, mais André calma lui-même la multitude en la priant instamment de ne pas l’empêcher de courir vers la couronne du martyre. Arrivé au lieu du martyre, André s’écria en apercevant la croix : “ O bonne Croix qui as reçu ta parure et ta beauté des membres du Christ ! O Croix longtemps désirée, fidèlement aimée, recherchée sans relâche et enfin accordée à l’âme qui te demandait, enlève-moi du milieu des hommes et mène moi à mon Maître afin qu’il me reçoive par toi comme il m’a racheté par toi. ” Il fut alors attaché à la croix. Pendant deux jours, il y resta suspendu vivant, et ne cessa d’annoncer la doctrine du Christ jusqu’à ce qu’il s’en allât vers celui dont il avait tant désiré imiter la mort.

Pratique. — Cette fête d’Apôtre est un jour d’amour du Christ et de la Croix. Que saint André, le docteur de l’Église, nous obtienne particulièrement la grâce de voir dans les croix que nous rencontrons, le Crucifié lui-même, de le saluer et de l’imiter.

La messe (Mihi autem). — Le point central est constitué par la vocation définitive de l’Apôtre sur les bords du lac de Génésareth (Évangile). C’est aussi l’action principale de la fête comme le montre si bien la Communion : “ Suivez-moi ”. Le Seigneur ainsi nous invite et nous laissons tout, pour le suivre à la Sainte Table. “ Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. ” Cette parole du Maître s’adresse d’abord aux prêtres. Ils sont envoyés par Dieu pour cette pêche, ce sont eux qui doivent jeter le filet de l’Église. Ils sont aussi les prédicateurs de la foi. Tel est aussi le contenu de l’Épître d’une interprétation un peu difficile : La foi est nécessaire pour tous, Juifs ou païens ; cependant la foi doit d’abord être annoncée par des messagers envoyés par Dieu. De ces messagers, saint André est un des plus importants. Les autres parties de la messe sont empruntées au commun. Dans l’Introït et l’Offertoire, nous louons les Apôtres comme des amis du Christ et des princes du royaume de Dieu ; au Graduel, nous les louons comme des princes, fils de l’Église Reine. — Les laïcs eux-mêmes peuvent écouter la parole du Maître adressée aux pêcheurs d’hommes. Eux aussi doivent avoir le zèle des âmes — par l’exemple, la charité, la fidélité au devoir et aussi par la parole.

La prière des Heures. — Dans ces chants, revient toujours l’idée de la Croix. “ Salut, Croix bien aimée, consacrée par le corps du Christ, ornée par ses membres sacrés comme par des pierres précieuses. ”

“Ne permets pas, Seigneur, que moi, ton serviteur, je sois séparé de toi ; le temps est venu que mon corps soit confié à la terre et que tu me fasses aller vers toi.”

Les nombreux chants historiques utilisent les Actes apocryphes.

“Saint André priait, les yeux levés vers le ciel, et il criait à haute voix : C’est toi, mon Dieu, que j’ai vu, ne souffre pas qu’un juge impie m’enlève de. la Croix, car j’ai reconnu la vertu de la sainte Croix. Tu es mon Maître, ô Christ : je t’ai aimé, je t’ai reconnu, je t’ai confessé, écoute-moi seulement encore dans cette dernière supplication”

Sans doute les saints n’ont aucune relation avec l’Avent. Il nous est cependant certainement permis d’intégrer la célébration de leur fête dans la préparation de l’Avent. Puisque, dans l’esprit de la liturgie, nous devons nous identifier avec les saints du jour, marchons avec eux et en eux au-devant du Roi qui va venir.


Leçons des Matines

AU PREMIER NOCTURNE.

Ant. 1 Le Seigneur vit * Pierre et André, et il les appela.

Ant. 2 Suivez-moi, * dit le Seigneur, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes.

Ant. 3 Quittant leurs filets, * ils suivirent notre Seigneur et Rédempteur.

De l’Épître de l’Apôtre saint Paul aux Romains.

Première leçon. La fin de la loi est le Christ, pour justifier tout croyant [3]. Aussi Moïse a écrit que l’homme qui accomplira la justice qui vient de la loi y trouvera la vie. Mais pour la justice qui vient de la foi, il en parle ainsi : Ne dis point en ton cœur [4] : Qui montera au ciel ? C’est-à-dire pour en faire descendre le Christ : Ou qui descendra dans l’abîme ? C’est-à-dire pour rappeler le Christ d’entre les morts. Mais que dit l’Écriture ? Près de toi est la parole, dans ta bouche et dans ton cœur ; c’est la parole de la foi que nous annonçons. Parce que si tu confesses de bouche le Seigneur Jésus, et si en ton cœur tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé [5].

R/. Marchant le long de la mer, le Seigneur vit Pierre et André, qui jetaient leurs filets dans la mer, et il les appela, disant : * Suivez-moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. V/. Car ils étaient pêcheurs, et il leur dit : * Suivez.

Deuxième leçon. Car on croit de cœur pour la justice, et on confesse de bouche pour le salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque croit en lui ne sera point confondu. Attendu qu’il n’y a point de distinction de Juif et de Grec, parce que c’est le même Seigneur de tous, riche pour tous ceux qui l’invoquent. Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment invoqueront-ils celui en qui ils n’ont point cru ? Ou comment croiront-ils à celui qu’ils n’ont pas entendu ? Et comment entendront-ils, si personne ne les prêche ? Et comment prêchera-t-on, si on n’est pas envoyé ? Comme il est écrit : Qu’ils sont beaux, les pieds de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent le bonheur.

R/. Aussitôt que le bienheureux André eut entendu la voix du Seigneur qui l’appelait, ayant quitté les filets dont l’usage le faisait vivre, * Il suivit celui qui donne les récompenses de la vie éternelle. V/. C’est cet Apôtre qui, pour l’amour du Christ, fut attaché à la croix, et qui pour sa loi, endura le supplice. * Il.

Troisième leçon. Mais tous n’obéissent pas à l’Évangile. C’est pourquoi Isaïe a dit : Seigneur, qui a cru ce qu’il a ouï de nous ? La foi donc vient par l’audition, et l’audition par la parole du Christ. Cependant, je le demande : Est-ce qu’ils n’ont pas entendu ? Certes, leur voix a retenti par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux extrémités de monde. Je demande encore : Est-ce qu’Israël ne l’a point connu ? Moïse, le premier, a dit : Je vous rendrai jaloux d’un peuple qui n’en est pas un ; je vous mettrai en colère contre une nation insensée. Mais Isaïe ne craint pas de dire : J’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, je me suis montré à ceux qui ne me demandaient pas. Et à Israël, il dit : Tous les jours j’ai tendu les mains à ce peuple incrédule et contredisant.

R/. André, ce docteur plein de bonté, cet ami de Dieu, fut mené à la croix ; la voyant de loin, il dit : Salut, ô croix ! * Reçois le disciple de celui qui fut attaché à toi, le Christ, mon Maître. V/. Salut, ô croix ! toi qui as été consacrée par le corps du Christ, et ornée de ses membres comme de perles précieuses. * Reçois. Gloire au Père. * Reçois.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Ant. 4 Le Seigneur a rendu digne * de souffrir pour lui le martyre, celui qu’il avait appelé à l’apostolat, tandis qu’il était sur la mer, alléluia.

Ant. 5 Le Seigneur a aimé André * comme un parfum d’agréable odeur.

Ant. 6 Il vécut deux jours, * le bienheureux André, suspendu à la croix pour le nom du Christ, et il enseignait le peuple.

Quatrième leçon. L’apôtre André naquit à Bethsaïde, qui est un bourg de Galilée ; il était frère de Pierre et disciple de Jean-Baptiste. Ayant entendu celui-ci dire du Christ : « Voici l’Agneau de Dieu », il suivit Jésus et lui amena son frère. Dans la suite, tandis qu’il péchait avec son frère dans la mer de Galilée, ils furent tous deux appelés, avant les autres Apôtres, par le Seigneur qui, passant sur le rivage, leur dit : « Suivez-moi, je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Sans aucun retard, ils laissèrent leurs filets et le suivirent. Après la passion et la résurrection de Jésus-Christ, André alla prêcher la foi chrétienne dans la Scythie d’Europe, cette province lui étant échue en partage ; il parcourut ensuite l’Épire et la Thrace, et, par ses prédications et ses miracles, il convertit à Jésus-Christ une multitude innombrable de personnes. Parvenu à Patras, ville d’Achaïe, où il fit embrasser à beaucoup de monde la vérité de l’Évangile, il s’adressa avec une courageuse liberté au proconsul Égée, qui résistait à la prédication de l’Évangile, reprochant à cet homme, qui voulait qu’on le reconnût comme juge de ses semblables, de se laisser tromper par les démons au point de méconnaître le Christ Dieu, juge de tous les hommes.

R/. On emmenait l’homme de Dieu pour le crucifier, mais le peuple criait à haute voix, disant : * Il est innocent et il est condamné à mort sans raison. V/. Tandis qu’on l’emmenait pour le crucifier, il se fit un grand concours de peuple, qui criait et disait. * Il.

Cinquième leçon. Alors Égée, irrité, lui dit : « Cesse de vanter le Christ, que des propos analogues n’ont pu empêcher d’être crucifié par les Juifs. » Comme André continuait néanmoins à prêcher généreusement Jésus-Christ, démontrant qu’il s’était offert lui-même à la croix pour le salut du genre humain, Égée l’interrompit par un discours impie et l’engagea à conserver sa vie en sacrifiant aux dieux. André lui répondit : « Pour moi, il est un Dieu tout-puissant, seul et vrai Dieu, auquel je sacrifie tous les jours sur l’autel, non les chairs des taureaux ni le sang des boucs, mais l’Agneau sans tache. Quand tout le peuple des croyants a participé à sa chair, l’Agneau qui a été immolé, n’en demeure pas moins entier et plein de vie. » Égée, enflammé de colère, ordonna de jeter l’Apôtre en prison. Le peuple en eût facilement délivré André, si lui-même n’eût apaisé la foule, la suppliant avec instance de ne pas l’empêcher d’arriver à la couronne tant désirée du martyre.

R/. O bonne croix, qui as reçu par les membres du Seigneur l’éclat et la beauté, retire-moi d’entre les hommes et rends-moi à mon Maître ; * Afin que par toi me reçoive, celui qui par toi m’a racheté. V/. Le bienheureux André, les mains étendues vers le ciel, priait en disant : Sauve-moi, ô bonne croix ! * Afin.

Sixième leçon. Peu de temps après, étant amené devant le tribunal, comme il exaltait le mystère de la croix et reprochait au proconsul son impiété, celui-ci, ne pouvant le supporter plus longtemps, commanda qu’on le mit en croix et qu’on lui fît imiter ta mort du Christ. Arrivé au lieu du martyre, et apercevant de loin la croix, André s’écria : « O bonne croix, qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur ! Croix, longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche, et enfin préparée à mes ardents désirs, retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon Maître, afin que par toi me reçoive celui qui par toi m’a racheté. » Il fut donc attaché à la croix, et y resta suspendu vivant pendant deux jours, sans cesser de prêcher la loi du Christ ; après quoi, il s’en alla à celui dont il avait souhaité d’imiter la mort. Les Prêtres et les Diacres d’Achaïe, qui ont écrit son supplice, attestent qu’ils ont entendu et vu toutes ces choses, ainsi qu’ils les ont racontées. Ses ossements furent transportés, sous le règne de l’empereur Constance, à Constantinople, et plus tard à Amalfi. Son chef fut apporté à Rome, sous le pontificat de Pie II, et placé dans la basilique de Saint-Pierre.

R/. J’ai étendu mes mains tout le jour (sur la croix) à un peuple ne croyant pas, mais me contredisant ; * Ils marchent dans des voies mauvaises, ils marchent selon leurs péchés. V/. Le Seigneur est le Dieu des vengeances : le Dieu des vengeances a agi avec liberté. Levez-vous, vous qui jugez la terre, rendez leur salaire aux superbes. * Ils. Gloire au Père. * Ils.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Ant. 7 Ne permettez pas, Seigneur, * que votre serviteur soit séparé de vous, il est temps que mon corps soit confié à la terre et que vous ordonniez que je vienne à vous.

Ant. 8 Mais André priait le peuple * de ne pas empêcher son supplice.

Ant. 9 Retire-moi d’entre les hommes * et rends-moi à mon Maître ; afin que par toi me reçoive, celui qui par toi m’a racheté, alléluia.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu.

En ce temps-là : Jésus, marchant le long de la mer de Galilée, vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient leurs filets dans la mer. Et le reste.

De l’Homélie de S. Grégoire, Pape.

Septième leçon. Vous avez entendu, mes très chers frères, qu’au premier appel de la voix, Pierre et André laissèrent leurs filets et suivirent le Rédempteur. Ils ne lui avaient vu faire encore aucun miracle, ils ne lui avaient rien ouï dire du bienfait d’une récompense éternelle, et cependant, au premier ordre du Seigneur, ils oublient et abandonnent ce qu’ils possèdent. Et nous, combien ne voyons-nous pas de ses miracles, par combien d’épreuves ne sommes-nous pas instruits, par combien de menaces ne sommes-nous pas détournés du péché ? Et cependant nous méprisons l’appel du Seigneur.

R/. Saint André pria, les yeux levés au ciel, et s’écria à haute voix : Vous qui êtes mon Dieu, vous que j’ai vu, ne souffrez pas que je sois détaché (de la croix) par un juge impie ; * Car j’ai éprouvé la vertu de la sainte croix. V/. Vous êtes le Christ, mon Maître, que j’ai aimé, que j’ai connu, que j’ai confessé : exaucez seulement cette demande que je vous fais. * Car.

Huitième leçon. Celui qui nous exhorte à la conversion est déjà dans les cieux ; déjà il a courbé les Gentils sous le joug de la foi, déjà il a confondu la gloire du monde, déjà il nous annonce, par les ruines qui deviennent si fréquentes, l’approche du jour de son rigoureux jugement ; et néanmoins, notre esprit superbe ne consent pas encore à abandonner de plein gré ce qu’il perd tous les jours malgré lui. Que dirons-nous, mes très chers frères, que dirons-nous, le jour où il nous jugera, nous qui ne pouvons être détournés de l’amour du siècle présent par les préceptes du Seigneur, ni corrigés par ses châtiments ?

R/. André s’écria : O croix admirable ! ô croix désirable ! ô croix dont l’éclat se répand sur tout l’univers ! * Reçois le disciple du Christ, et qu’il me reçoive par toi, celui qui, en mourant sur toi, m’a racheté. V/. O bonne croix, qui as reçu des membres du Seigneur l’éclat et la beauté. * Reçois. Gloire au Père. * Reçois.

Neuvième leçon. Mais quelqu’un dira peut-être dans le secret de sa pensée : Qu’ont-ils quitté à la voix du Seigneur, ces deux pêcheurs qui n’avaient presque rien ? En cela, mes très chers frères, nous devons plutôt considérer l’affection de la volonté que la valeur de la chose, il quitte beaucoup, celui qui ne garde rien pour lui ; il quitte beaucoup, celui qui abandonne tout, quelque peu qu’il possède. Nous, au contraire, nous possédons avec attachement les choses que nous avons, et nous recherchons par nos désirs celles que nous n’avons pas. Pierre et André ont donc abandonné beaucoup quand l’un et l’autre ont renoncé au désir même de posséder.

[3] Tout, dans l’ancienne loi, conduisait au Christ, qui seul justifiait les hommes avant comme depuis l’Incarnation. La loi, qui avait pour but de sauver les hommes, devait les conduire à Celui d’où émane toute grâce et toute rédemption, (Maunoury.)

[4] C’est-à-dire : Ne t’avise pas d’hésiter et de dire en toi-même : Comment cela se peut-il ? Voyez-vous comme c’est là surtout le propre de la foi de laisser toutes les conséquences terrestres pour s’attacher à ce qui est au-dessus de la nature, de rejeter tous les vains raisonnements, pour tout attendre de la puissance de Dieu ? (S. Chrysostome.)

[5] Pour que les Juifs ne disent pas : Comment ceux qui n’ont pas trouvé la moindre des deux justices ont-ils trouvé la plus grande, S. Paul donne un argument irréfutable : c’est que celle-ci est une voie plus facile que celle là. La justice de la loi exige l’accomplissement de toutes les prescriptions : « Quand tu auras tout accompli, c’est alors que tu vivras. » Mais la justice qui vient de la foi ne dit pas cela. Que dit-elle donc ? « Si tu confesses de bouche le Seigneur Jésus, et si en ton cœur tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. » (S. Chrysostome.)



SAINT ANDRÉ, APÔTRE

André veut dire beau, ou caution, ou viril, d'ander, homme; ou bien encore anthrôpos, homme, d'ana, au-dessus, et tropos tourné, ce qui est la même chose que converti, comme s'il eût été converti aux choses du ciel et élevé vers son créateur. Aussi, est-il beau dans sa vie, caution d'une doctrine pleine de sagesse, homme fort dans son supplice, et élevé en gloire. Son martyre fut écrit par les prêtres et les diacres d'Achaïe ou d'Asie qui en ont été les témoins oculaires.

André et quelques autres disciples furent appelés à trois reprises différentes par le Seigneur. La première fois qu'il les appela à le connaître, ce fut un jour qu'André avec un autre disciple ouït dire par Jean, son maître : « Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde. » Et tout aussitôt, avec cet autre disciple, il vint et vit où demeurait Jésus, et ils passèrent ce jour auprès de lui. Et André ayant rencontré Simon, son frère, il l’amena à Jésus. Le lendemain ils retournèrent à leur métier de pêcheurs. Plus tard il les appela pour la seconde fois à vivre avec lui. Ce fut le jour où la foule se pressait sur, les pas de Jésus auprès du lac de Génésareth aussi appelé mer de Galilée ; le Sauveur entra dans la barque de Simon et d'André, et après une pêche extraordinaire, il appela Jacques et Jean qui étaient dans une autre barque. Ils le suivirent et revinrent ensuite chez eux. Jésus les appela la troisième et dernière fois pour être ses disciples, lorsque se promenant sur le bord de cette même mer où ils se livraient à la pêche : « Venez, leur dit-il, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Ils quittèrent tout à l’instant pour le suivre toujours et ne plus retourner en leur maison. Toutefois il appela André et d'autres de ses disciples à l’apostolat, selon que le rapporte saint Marc (III) : « Il appela à lui ceux qu'il voulut lui-même et ils vinrent à lui au nombre, de douze. »

Après l’ascension du Seigneur, et la séparation des Apôtres, André prêcha en Scythie et Mathieu en Myrmidonie (L'Ethiopie. Nicéphore appelle la ville Myrmenen, lib. I, c. XLI, il ajoute que c'était le pays des anthropophages). Les habitants de ce dernier pays refusèrent d'écouter Mathieu, lui arrachèrent les yeux, le mirent dans les fers avec l’intention de le tuer quelques jours après. Sur ces entrefaites, l’ange du Seigneur apparut à saint André et lui ordonna d'aller en Myrmidoaie trouver saint Mathieu. Sur sa réponse qu'il n'en connaissait pas la route, il lui fut ordonné d'aller au bord de la mer et de monter sur le premier navire qu'il trouverait. Il exécuta tout de suite les ordres, qu'il recevait, et sous la conduite d'un ange, il vint, à l’aide d'un vent favorable, à la ville qui lui avait été désignée, trouva ouverte la prison de saint Mathieu et se mit à pleurer beaucoup et à prier en le voyant. Alors le Seigneur rendit à Mathieu le bon usage de ses deux yeux dont l’avait privé la malice des pécheurs. Mathieu s'en alla ensuite et vint à Antioche. André resta dans la ville dont les habitants, irrités de l’évasion de Mathieu, saisirent André et le traînèrent sur les places après lui avoir lié les mains. Et comme son sang coulait, il pria pour eux, et par sa prière les convertit à J.-C., de là il partit pour l’Achaïe (S. Jérôme; Épître 148 à Marcelle; — Grégoire de Tours De Gloria Martyr., lib. I, c. XXXI; — S. Paulin, Gaudence de Bresce, Pierre Chrysologue, etc.

La lettre des prêtres d'Achaïe, sur le martyre de saint André, est une pièce du 1er au IIe siècle, qui a été démontrée authentique par le protestant Woog. Voyez sur cette épître la préface de Galland Veter Patr. Biblioth., I, prol., p. 38). Ce qu'on rapporte ici de la délivrance de Mathieu et de la guérison de ses deux yeux, je ne le crois. pas digne de foi; car ce serait peu d'honneur porter à un si grand évangéliste de croire qu'il n'a pu obtenir pour soi-même ce que André obtint si facilement. Un jeune noble (Abdias, Saint André, c. XII) s'étant attaché à l’apôtre malgré ses parents, ceux-ci mirent le feu à une maison où leur fils demeurait avec André. Comme la flamme s'élevait déjà fort haut, ce jeune homme prit un vase, en répandit l’eau sur le feu qui s'éteignit aussitôt. « Notre fils, dirent alors ses parents, est déjà un grand magicien. » Et pendant qu'ils voulaient monter au moyen des échelles, Dieu les aveugla au point qu'ils ne les voyaient même pas. Alors quelqu'un s'écria : « A quoi vous sert de vous consumer en vains efforts? Dieu combat pour eux et vous ne le voyez point! Cessez donc, de crainte que la colère de Dieu ne descende sur vous. » Or beaucoup de témoins de ce fait crurent au Seigneur; quant aux parents; ils moururent et furent enterrés cinquante jours après.

Une femme mariée à un assassin ne pouvait accoucher : « Allez, dit-elle à sa sueur, invoquer pour moi Diane notre déesse. » Le diable dit à celle qui l’invoquait: « Pourquoi t'adresser à moi qui ne saurais te secourir? Va plutôt trouver l’apôtre André qui pourra aider ta sœur (Idem, Ibid., c. XXX) »

Elle y alla, et mena l’apôtre chez sa soeur en danger de périr. Il lui dit: « Il est juste que tu souffres, car tu es mal mariée ; tu as conçu dans le mal, et tu as consulté les démons. Cependant repens-toi, crois en J.-C. et accouche. » Elle crut, et accoucha d'un avorton; puis sa douleur cessa.

Un vieillard nommé Nicolas alla trouver l’apôtre et lui dit (Abdias, Saint André, c. XXXIII): « Seigneur, depuis soixante-dix ans je vis esclave de passions infâmes. J'ai cependant reçu l’évangile, et ai prié pour que Dieu m’accordât la continence. Mais accoutumé à ce péché, et séduit par la concupiscence, je suis retourné à mes désordres habituels. Un jour que brûlant, de mauvais, désirs, j'avais oublié que je portais l’évangile sur moi, j'entrai dans une maison de débauche : et la courtisane me dit aussitôt : « Sors, vieillard, sors, car tu es un ange de Dieu. Ne me touche pas et ne t'avise pas d'approcher; car je vois sur toi des prodiges. » Effrayé des paroles de cette femme, je me suis rappelé que j'avais apporté sur moi l’Évangile. Maintenant donc, saint de Dieu, obtenez mon salut par vos saintes prières. » En l’entendant, le bienheureux André se mit à pleurer, et depuis tierce jusqu'à none. il pria. Se levant de sa prière, il ne voulut point manger, mais il dit : « Je ne mangerai point avant de savoir si le Seigneur aura pitié de ce vieillard. » Après cinq jours de jeûne, une voix se fit entendre à André et dit: « André, tu obtiens ce que tu sollicites pour ce vieillard, mais de même que tu t'es macéré par le jeûne aussi faut-il que pour être sauvé, lui aussi s'affaiblisse par les jeûnes. »

C'est ce que fit le vieillard en jeûnant pendant six mois au pain et à l’eau; après quoi, plein de bonnes oeuvres, il reposa en paix. Et une voix dit à André : « Par ta, prière, j'ai recouvré Nicolas que j'avais perdu. »

Un jeune chrétien confia ce qui suit sous le plus grand secret à saint André (Adias, Saint André, c. VI). « Ma mère, éblouie de ma beauté, me tenta pour une oeuvre illicite : comme je n'y consentais pas, elle alla trouver le juge, dans l’intention de faire peser sur moi l’énormité d'un tel crime: mais priez pour moi de peur que je ne meure injustement; car lors de l’accusation, je préférerai me taire et perdre la vie plutôt que déshonorer ainsi ma mère. » Le jeune homme est donc mandé cri justice : André l’y suit. La mère accusé positivement son fils d'avoir voulu la violer. Interrogé plusieurs fois si la chose s'était ainsi passée, le jeune homme ne répondit mot. André dit alors à cette mère « O la plus cruelle des femmes, de vouloir la perte de ton fils unique pour satisfaire ta débauche ! » La mère dit donc au juge : « Seigneur, voilà l’homme auquel s'est attaché pion fils après qu'il eût tenté de consommer son crime, sans pouvoir le commettre. » Alors le juge irrité condamna le jeune homme à être mis en un sac enduit de poix et de bitume puis ensuite jeté dans la rivière ; et il ordonna de garder en prison André, jusqu'à ce qu'il eût trouvé un supplice pour le faire périr.

Mais à la prière d'André, un tonnerre horrible épouvanta les assistants, et un tremblement de terre les renversa tous, en même temps que la; femme, frappée de la foudre, était desséchée. Tous conjurèrent alors l’apôtre de ne pas les perdre. Il pria pour eux et le calme se fit. Le juge crut ainsi que toute sa maison.

Comme l’apôtre était à Nicée, les habitants lui dirent que sur le chemin qui menait à la ville, se trouvaient sept démons qui tuaient les passants (Abdias, Saint André, c. VII). L'apôtre les fit venir sous la forme de chiens devant le peuple et leur commanda d'aller où ils ne pourraient nuire à personne. Aussitôt ils disparurent. A cette vue, ces hommes reçurent la foi de J.-C. En arrivant à la porte d'une autre ville, l’apôtre rencontra le convoi d'un jeune homme qu'on portait en terre : et comme il s'informait de l’accident, il lui fut dit que sept chiens étaient venus et l’avaient fait mourir dans son lit. André se mit à pleurer et dit: « Je sais bien, Seigneur, que c'est le fait des démons que j'ai chassés de Nicée. » Et s'adressant au père : « Que me donneras-tu, lui demanda-t-il, si je ressuscite ton fils?» « C'est tout ce que je possédais de plus cher au monde, répondit le père, je te le donnerai.» L'apôtre fit une prière et ressuscita l’enfant qui s'attacha à lui.

Un, jour quarante hommes vinrent par mer trouver l’apôtre afin de recevoir de lui la doctrine de la foi, mais le diable excita une tempête, qui les engloutit tous. Leurs corps ayant été rejetés sur le rivage, furent portés à l’apôtre et tout aussitôt ressuscités. Ils racontèrent tout ce qui leur était arrivé.

De là vient qu'on lit dans une des hymnes de son office : « Il rendit à la vie.quarante: personnes que les flots avaient englouties. » Maître Jean Beleth (Rationale, c. CLXIV) dit en traitant de la fête de saint André, qu'il avait le teint brun, la barbe épaisse et une petite taille.

Or saint André resta en Achaïe, y fonda de nombreuses églises et convertit beaucoup de monde à la foi du Christ. Il instruisit même la femme du proconsul Egée et la régénéra dans les eaux sacrées du baptême. A cette nouvelle, Egée vient à Patras pour contraindre les chrétiens à sacrifier aux idoles. André alla a sa rencontre et lui dit : « Il fallait que toi qui as l’honneur d'être ici-bas le juge des hommes, tu connusses et ensuite tu honorasses ton juge qui est dans le ciel, après avoir renoncé en ton coeur aux faux dieux (Abdias, Saint André, c. XXVI). » Égée lui répliqua : « C'est toi qui es André : tu enseignes les dogmes de cette secte superstitieuse que les empereurs romains viennent de prescrire d'exterminer. » « Les empereurs romains, dit André, n'ont pas encore appris que le Fils de Dieu, en venant sur la terre, a enseigné que les idoles sont des démons qui apprennent à offenser Dieu; en sorte qu'offensé par les hommes il détourne d'eux son visage, qu'irrité contre eux, il ne les exauce point, et qu'en ne les exauçant pas, ils sont les esclaves et le jouet du diable, jusqu'à ce que dépouillés de tout en sortant de leur corps, ils n'emportent avec eux rien autre que leurs péchés. » Egée : « Votre Jésus qui prêchait ces sottises a été attaché au gibet de la croix. André répartit : « C'est pour nous racheter et non pour des crimes qu'il a bien voulu souffrir le supplice de la croix. » Égée : « Il a été livré par son disciple, pris par les Juifs et crucifié par les soldats ; comment donc peux-tu dire qu'il a souffert de plein gré le supplice de la croix! » Alors André démontra par cinq raisons que Jésus-Christ avait souffert parce qu'il l’avait voulu. 1° Il a prévu et prédit sa passion à ses disciples, lorsqu'il dit : « Voici que nous allons à Jérusalem, etc... » 2° Quand saint Pierre voulut l’en détourner il s'indigna fortement et lui dit : « Va-t-en derrière moi; Satan, etc... » 3° Il a clairement annoncé qu'il avait le pouvoir et de souffrir et de ressusciter tout à la fois, lorsqu'il dit : « J'ai la puissance de quitter la vie et de la reprendre. » 4° Il a connu d'avance celui qui le trahissait, lorsqu'il lui donna du pain trempé, et cependant il ne se garda pas de lui. 5- Il choisit l’endroit où il savait que devait venir le traître. Lui-même assura avoir été témoin de chacun de ces 'faits ; il ajouta que c'était un grand mystère que celui de la croix. Égée répondit : « On rie saurait appeler mystère ce qui 'fut un supplice ; cependant si tu n'obtempères pas à mes ordres, je te ferai passer par l’épreuve du même mystère. » André : « Si j'étais épouvanté du supplice de la croix, je n'en proclamerais point la gloire. Or je veux t'apprendre ce mystère de la croix, peut-être qu'en le connaissant tu y croiras; tu l’adoreras et tu seras sauvé. » Alors il commença à lui dévoiler le mystère de la Rédemption et lui en prouva par cinq arguments la convenance et la nécessité. Le premier argument est que le premier homme ayant donné naissance à la mort par le bois, il était convenable que le second homme détruisît la mort en souffrant sur le bois. Le second, que le prévaricateur ayant été formé d'une terre immaculée, il était juste que le réconciliateur naquit d'une vierge immaculée.

Le troisième, que Adam ayant étendu la main avec intempérance vers le fruit défendu, il seyait que le second Adam étendît sur la croix ses mains immaculées. Le quatrième, que Adam ayant goûté de l’arbre défendu un fruit agréable, il était convenable que le Christ, lorsqu'il fut abreuvé de fiel, détruisît le contraire par son contraire. Le cinquième est que, pour nous conférer son immortalité, il importait que le Christ prît avec lui notre mortalité : car si Dieu ne s'était fait mortel, l’homme ne fût pas devenu immortel. Alors Égée dit : « Va conter aux tiens ces rêveries, et obéis-moi en sacrifiant aux dieux tout-puissants. » « Chaque jour, répondit André, j'offre au Dieu tout-puissant l’agneau sans tache, et quand il a été mangé par tout le peuple, cet agneau reste vivant et entier. » Égée demandant comment cela pouvait-il se faire, André lui répondit de se mettre au nombre des disciples. Égée répliqua: « Avec des tourments, je saurai bien te faire expliquer la chose. » Et tout en colère, il le fit enfermer dans une prison. Le matin étant venu, il s'assit sur son tribunal et de nouveau il l’exhorta à sacrifier aux idoles. « Si tu ne m’obéis, lui dit-il, je te ferai suspendre à cette croix que tu as glorifiée. » Et comme il le menaçait de nombreux tourments, André répondit : « Invente tout ce qui te paraîtra de plus cruel en fait de supplice. Plus je serai constant à souffrir dans les tourments pour le nom de mon roi, plus je lui serai agréable. Alors Égée le fit fouetter par vingt hommes, et le fit lier ensuite à une croix par les mains et par les pieds afin qu'il souffrît plus longtemps. Et comme il était conduit à la croix, il se fit un grand concours de peuple qui disait : « Il est innocent et condamné sans, preuves à verser son sang. » Cependant, l’apôtre pria cette foule de- ne point s'opposer, à son martyre. Et quand André aperçut la croix de loin, il la salua en disant : « Salut, ô croix consacrée par le sang de J.-C., et décorée par chacun de ses membres comme avec dés pierres précieuses. Avant que le seigneur eût été élevé sur toit tu étais un sujet d'effroi pour la terre; maintenant en procurant l’amour du ciel, tu es l’objet de tous les désirs. Plein de sincérité et dejoie, je viens à toi afin de te procurer la joie de recevoir en moi un disciple de celui qui a été pendu sur toi. En effet toujours je t'ai aimée et ai désiré t'embrasser. O bonne croix 1 qui as reçu gloire et beauté des membres du Seigneur. Toi que j'ai longtemps désirée, que-j'ai aimée avec sollicitude, que j'ai recherchée sans relâche et qui enfin es préparée à, mon âme désireuse, reçois-moi du milieu des hommes, et me rends à mon maître afin qu'il me reçoive par toi, lui qui par toi m’a racheté. » En disant ces mots, il se dépouilla de ses vêtements qu'il donna aux bourreaux. Alors ceuxci le suspendirent à la croix, comme il leur avait été prescrit. Pendant deux jours qu'il y vécût, ii prêcha à vingt mille hommes qui l’entouraient. Cette foule menaçait Égée de le faire mourir, en disant qu'un saint doux et pieux ne devait pas ainsi périr; Egée vint pour le délivrer. A sa vue André lui dit: « Pourquoi viens-tu vers nous? Si c'est pour demander pardon, tu l’obtiendras; mais si c'est pour me détacher, sache que je ne descendrai pas vivant de la croix. Déjà en effet je vois mon roi qui m’attend. » Et comme on voulait le délier, on ne put y parvenir, parce que les bras de ceux qui essayaient de le faire devenaient paralysés. Pour André, comme il voyait que le peuple le voulait délivrer, il fit cette prière sur la croix, comme la rapporte saint Augustin en son livre de la Pénitence. « Ne permettez pas, Seigneur, que je descende vivant, il est temps que vous confiiez mon corps à la terre, car tant que je l’ai porté, tant j'ai veillé à sa garde ; j'ai travaillé à vouloir être délivré de ce soin, et à être dépouillé de ce très épais vêtement. Je sais combien je l’ai trouvé lourd à porter, redoutable à vaincre, paresseux à enflammer et prompt à faiblir. Vous savez, Seigneur, combien il était ;porté à m’arracher aux pures contemplations ; combien il s'efforçait de me tirer du sommeil devotre charmant repos. Toutes et quantes fois il me fit souffrir de douleur. Chaque fois que je l’ai pu, Père débonnaire, j'ai résisté en combattant et j'ai vaincu avec votre aide. C'est à vous, juste et pieux rémunérateur, que je demande de ne plus me confier à ce corps: mais, je vous rends ce dépôt. Confiez-le à un autre, et ne m’opposez plus par lui d'obstacles. Qu'il soit conservé et rendu à la résurrection, afin que vous retiriez honneur de ses âeuvres. Confiez-le à la terre afin de ne plus veiller, afin qu'il ne m’empêche pas de tendre avec ardeur et librement vers vous qui êtes la source d'une vie de joie intarissable. » (Saint Augustin, De vexa et falsa poenit., c. VIII). Après ces paroles, une lumière éclatante venue du ciel l’entoura pendant une demi-heure, en sorte que personne ne pouvait fixer sur lui les yeux ; et cette lumière disparaissant, il rendit en même temps l’esprit. Maximilla, l’épouse d'Egée, prit le corps du saint apôtre et l’ensevelit avec honneur (Bréviaire romain). Quant à Egée, avant d'être rentré dans sa maison, il fut saisi par le démon et à la vue de tous il expira sur le chemin. On dit (Saint Grégoire de Tours, ubi supra) que du tombeau de saint André découle une manne semblable à de la farine et une huile odoriférante. Les habitants du pays en tirent un présage pour la récolte : car si ce qui coule est en petite quantité, la récolte sera peu-considérable, s'il en coule beaucoup, elle sera abondante. Peut-être qu'il en a été ainsi autrefois, mais aujourd'hui on prétend que son corps a été transporté à Constantinople.

Un évêque, qui menait une vie sainte, avait une vénération particulière pour saint André, en sorte qu'à chacun de ses ouvrages, il mettait en tête : « A l’honneur de Dieu et de saint André. » Or jaloux de la sainteté de ce personnage, l’antique ennemi, pour le séduire, après avoir employé toutes sortes de ruses, prit la forme d'une femme, merveilleusement belle. Elle vint au palais de l’évêque sous prétexte de vouloir se confesser à lui. Sur l’ordre de l’évêque de l’adresser à son pénitencier qui avait tous ses pouvoirs, elle répondit qu'elle ne révélera à nul autre qu'à lui les secrets de sa conscience. Le Prélat touché la fait entrer. « Je vous en conjure, Seigneur; lui dit-elle, ayez pitié de moi : car jeune encore, ainsi que vous le voyez, élevée dans les délices dès mou enfance, issue même de race royale, je suis venue seule ici sous l’habit des pèlerins. Le roi mon père, prince très puis-, sont, voulant me marier à un grand personnage; je lui ai répondu quej'avais en horreur le lien du mariage, puisque j'ai consacré ma virginité pour toujours à J.-C. et qu'en conséquence je ne pourrais jamais cousentir à la perdre. Pressée d'obéir à ses ordres, ou de subir sur la terre différents supplices, je pris secrètement la fuite, préférant m’exiler que de violer la foi jurée à mon époux. La renommée de votre sainteté étant parvenue à mes oreilles, je me suis réfugiée sous les ailes de votre protection, dans l’espoir de trouver auprès de vous un lieu de repos où je puisse jouir en secret des douceurs de la contemplation, me sauver des naufrages de la vie présente, enfuir le bruit et les agitations du monde. » Plein d'admiration pour la noblesse de sa race, la beauté de sa personne, sa grande ferveur, et l’élégance remarquable de ses paroles, l’évêque lui répondit avec bonté et douceur « Soyez tranquille, ma fille; ne craignez point, car celui pour l’amour duquel vous avez méprisé avec tant de courage et vous-même, et vos parents et vos biens, vous accordera, pour ce sacrifice, le comble de la grâce en cette vie et la plénitude de la gloire en l’autre. Aussi moi qui suis son serviteur, je m’offre à vous avec ce qui m’appartient: choisissez l’appartement qu'il vous plaira, et je veux qu'aujourd'hui vous mangiez avec moi. » « Veuillez, ah! veuillez, dit-elle, mon Père, ne pas exiger cela de moi, de peur d'éveiller quelque mauvais soupçon et de porter quelque atteinte à l’éclat de votre réputation. » « Nous serons plusieurs, lui répondit l’évêque, nous ne serons pas seuls, et ainsi il n'y aura pas lieu de fournir eu quoi que ce soit l’apparence à mauvais soupçon. » Les convives se mirent à table, l’évêque se plaça en face de la dame et les autres de l’un et de l’autre côté. L'évêque eot beaucoup d'attention pour cette femme ; il ne cessa de la regarder et d'en admirer la beauté. Pendant qu'il a les yeux fixés ainsi, son ême est atteinte, et tandis qu'il ne cesse de la regarder, l’antique ennemi lance contre son coeur uné flèche acérée. Le Diable, qui tenait compte de tout, se mit à augmenterde plus en plus sa beauté. Déjà l’évêque était sur le point de. donner son consentement à la tentation de commettre avec cette personne une action criminelle dès que la possibilité s'en présenterait, quand tout à coup un pèlerin vient heurter à la porte avec violence, demandant à grands cris qu'on lui ouvre. Comme on s'y refusait et que le pèlerin devenait importun par ses clameurs et ses coups répétés, l’évêque demande à la femme si elle voulait recevoir ce pèlerin. « Qu'on lui propose, dit-elle, quelque question difficile ; s'il sait la résoudre, qu'on l’introduise; s'il ne le peut, qu'on l’éloigne, comme un ignorant, et comme une personne indigne de paraître devant l’évêque. » On applaudit à la proposition, et l’on se demande qui sera capable de poser la question. Et comme on ne trouvait personne : «Quelle autre, madame, reprit l’évêque, peut mieux poser la question que vous qui l’emportez sur nous autres en éloquence et dont la sagesse brille au-dessus de la nôtre à tous? Proposez donc vous-même une question. » « Qu'on lui demande, dit-elle, ce que Dieu a fait de plus merveilleux dans une petite chose. » Le pèlerin auquel un messager porta la question répondit: « C'est la variété et l’excellence du visage. Parmi tant d'hommes qui ont existé depuis le commencement du monde, et qui existeront dans l’avenir, on n'en saurait rencontrer deux dont les visages soient semblables en tout point, et cependant, dans une si petite figure, Dieu a placé tous les sens du corps. » En entendant cette réponse on s'écria avec admiration : « C'est vraiment une excellente solution à la demande. » Alors la dame dit : « Qu'on lui en propose une seconde plus difficile qui mette sa science à meilleure épreuve : « Qu'on lui demande où la terre est plus, haute que le ciel tout entier. » Le pèlerin interrogé répondit: « Dans le ciel empyrée, où réside le corps de J.-C. Le corps du Christ en effet, qui est plus élevé que tout le ciel, est formé de notre chair; or notre chair est une portion de la substance de la terre: comme donc le corps du Christ est au dessus de tous les cieux, et qu'il tire son origine de notre chair, que notre chair est formée de la terre, il est donc constant que là où le corps de J.-C. réside, là certainement la terre est plus élevée que le ciel. » L'envoyé rapporte la réponse du pèlerin, et tous d'approuver cette solution merveilleuse et d'en louer hautementla sagesse. Alors la femme dit encore : « Qu'on lui pose de nouveau une troisième question très grave, compliquée, difficile à résoudre, obscure, afin que, pour la troisième fois, il soit prouvé qu'il est digne à juste titre d'être admis à la table de l’évêque. Demandez-lui quelle distance il y a de la terre au ciel. » Le pèlerin répondit à l’envoyé qui lui portait la question: « Allez le demander à celui-là même qui' a posé la demande. Il le sait certainement et il pourra répondre mieux que je ne le ferais ; car lui-même a mesuré cette distance, quand du ciel il est tombé dans l’abîme; pour moi je ne suis jamais tombé du ciel et n'ai jamais mesuré cet espace. Car ce n'est pas une femme, mais le diable qui s'est caché sous la ressemblance d'une femme. » A ces paroles le messager fut pâmé, et répéta devant tous les convives ce qu'il avait entendu. Tandis que l’étonnement et la stupeur ont saisi les convives, le vieil ennemi a disparu. L'évêque, rentrant en lui-même, se reprochait amèrement sa conduite et demandait avec lamentations le pardon de la faute qu'il avait commise. Il envoya aussitôt pour qu'on introduisît le pèlerin, mais on ne lé trouva plus. L'évêque convoqua le peuple, lui exposa de point en point ce qui s'était passé, et commanda des jeûnes et des prières pour que le Seigneur daignât révéler quel était ce pèlerin qui l’avait sauvé de si grand péril. Et cette nuit-là même, il fut révélé à l’évêque que c'était saint André qui, pour le délivrer, avait pris l’extérieur d'un pèlerin. L'évêque redoubla de dévotion envers le saint apôtre et il ne cessa de donner des preuves de sa vénération pour lui.

Le prévôt d'une ville (d’après saint Grégoire de Tours, De gloria nnartyrum, l. I, c. LXXIX, cet homme était Gomacharus, comte de la ville d'Agde, vers la fin du VIe siècle) s'était emparé d'un champ de saint André, et par les prières de l’évêque, il en fut puni de très fortes fièvres. Il alla trouver le prélat, le conjurant d'intercéder en sa faveur et lui promit de restituer le champ. Mais après sa guérison obtenue par l’intercession du pontife, il reprit une seconde fois la: terre. Alors l’évêque se mit en prières et brisa toutes les lampes de l’église, eu disant: « Qu'on n'allume plus ces lumières, jusqu'à ce que le Seigneur se venge lui-même de son ennemi, et que l’église recouvre ce qu'elle a perdu. » Et voilà que le prévôt eut encore de très fortes fièvres; il envoya alors demander à l’évêque de prier pour lui, l’assurant qu'il rendrait son champ, et en surplus un autre de la même valeur. Comme l’évêque lui faisait répondre toujours : « J'ai déjà prié, et Dieu m’a exaucé, » le prévôt se fit porter chez le prélat et le força d'entrer dans l’église pour prier.

A l’instant où l’évêque entre dans l’église, le prévôt meurt subitement et le champ est restitué à l’église.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii



Artus Wolffort (1581–1641). Saint André

PANÉGYRIQUE DE SAINT  ANDRÉ, APOTRE,
SUR LA VOCATION A LA FOI (a).


Venite post me, et faciam vos fieri piscatores hominum.

Venez après moi, et je vous ferai devenir des pécheurs d'hommes. Matth IV, 19.

Jésus va commencer ses conquêtes; il a déjà prêché son Evangile, déjà les troupes se pressent pour écouter sa parole. Personne ne s'est encore attaché à lui; et parmi tant d'écoutants, il n'a pas encore gagné un seul disciple. Aussi ne reçoit-il pas indifféremment tous ceux qui se présentent pour le suivre. Il y en a qu'il rebute, il y en a qu'il éprouve, il y en a qu'il diffère. Il a ses temps destinés, il a ses personnes choisies. Il jette ses filets; il tend ses rets sur cette mer du siècle, mer immense, mer profonde, mer orageuse et éternellement agitée. Il veut prendre des hommes dans le monde ; mais quoique cette eau soit trouble, il n'y pêche pas à l'aveugle : il sait ceux qui sont à lui; il regarde, il considère, il choisit. C'est aujourd'hui le choix d'importance; car il va prendre ceux par qui il a résolu de prendre les autres ; enfin il va choisir ses apôtres.

Les hommes jettent leurs filets de tous côtés ; ils amassent toutes sortes de poissons, bons et mauvais, dans les filets de l'Eglise, selon la parole de l'Évangile. Jésus choisit ; mais puisqu'il a le choix des personnes, peut-être commencera-t-il ses conquêtes par quelque prince de la Synagogue, par quelque prêtre, par quelque pontife, ou par quelque célèbre docteur de la loi, pour donner réputation à sa mission et à sa conduite. Nullement. Ecoutez, mes Frères : « Jésus marchait le long de la mer de Galilée. Il vit deux pêcheurs, Simon et André son frère, et il leur dit : Venez après moi, et je vous ferai devenir des pêcheurs d'hommes. »

Voilà ceux qui doivent accomplir les prophéties, dispenser la grâce, annoncer la nouvelle alliance, faire triompher la croix. Est-ce qu'il ne veut point des grands de la terre, ni des riches, ni des nobles, ni des puissants, ni même des doctes, des orateurs et des philosophes ? Il n'en est pas ainsi. Voyez les âges suivants. Les grands viendront en foule se joindre à l'humble troupeau du Sauveur Jésus. Les empereurs et les rois abaisseront leur tête superbe pour porter le joug.  On verra les faisceaux romains abattus devant la croix de Jésus. Les Juifs feront la loi aux Romains : ils recevront dans leurs Etats des lois étrangères, qui y seront plus fortes que les leurs propres : ils verront sans jalousie un empire s'élever au milieu de leur empire, des lois au-dessus des leurs : un empire s'élever au-dessus du leur, non pour le détruire, mais au contraire pour l'affermir. Les orateurs viendront, et on leur verra préférer la simplicité de l'Évangile et ce langage mystique à cette magnificence de leurs discours vainement pompeux. Ces esprits polis de Rome et d'Athènes viendront apprendre à parler dans les écrits des barbares. Les philosophes se rendront aussi ; et après s'être longtemps débattus et tourmentés, ils donneront enfin dans les filets de nos célestes pêcheurs, où étant pris heureusement, ils quitteront les rets de leurs vaines et dangereuses subtilités où ils tâchaient de prendre les âmes ignorantes et curieuses. Ils apprendront, non à raisonner, mais à croire et à trouver la lumière dans une intelligence captivée.







PREMIER POINT.

 Jésus ne rebute donc point les grands, ni les puissants, ni les sages : « Il ne les rejette pas, mais il les diffère : » Différantur isti superbi, aliquà soliditate sanandi sunt (S. August., serm. LXXXVII, n. 12). Les grands veulent que leur puissance donne le branle aux affaires ; les sages, que leurs raisonnement gagnent les esprits. Dieu veut déraciner leur orgueil, Dieu veut guérir leur enflure. Ils viendront en leur temps, quand tout sera accompli, quand l'Eglise sera établie, quand l'univers aura vu et qu'il sera bien constant que l'ouvrage aura été achevé sans eux ; quand ils auront appris à ne plus partager la gloire de Dieu, à descendre de cette hauteur, à quitter dans l'Eglise au pied de la croix cette primauté qu'ils affectent; quand ils se réputeront les derniers de tous : les premiers partout, mais les derniers dans l'Eglise : ceux que leur propre grandeur éloigne le plus du ciel, ceux que leurs périls et leurs tentations approchent le plus près de l'abîme. Etes-vous ceux, ô grands, ô doctes, que la religion estime les plus heureux, dont elle estime l'état le meilleur ? Non ; mais au contraire ceux pour qui elle tremble, ceux qu'elle doit d'autant plus humilier pour les guérir et les sauver que tout contribue davantage à les élever et à les perdre. Ainsi votre besoin et la gloire du Tout-Puissant exigent que vous soyez d'abord rebutés dans l'exécution de ses hauts desseins, pour vous apprendre à concevoir de vous-mêmes le juste mépris que vous méritez.

En attendant, venez, ô pécheurs; venez, saint couple de frères, André et Simon; vous n'êtes rien, vous n'avez rien : « Il n'y a rien en vous qui mérite d'être recherché, il y a seulement une vaste capacité à remplir : » Nihil est quod in te expetatur, sed est quod in te impleatur (Ibid.). Vous êtes vides de tout, et vous êtes principalement vides de vous-mêmes : « Venez recevoir, venez vous remplir à cette source infinie : » Tam largo fonti vas inane admovendum est. Les autres se réjouissent d'avoir attiré à leur parti les grands et les doctes; Jésus, d'y avoir attiré les petits et les simples : Confiteor tibi, Pater, Domine cœli et terrae, quia abscondisti hœc à sapientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis (Matth., XI, 25). « Je vous bénis, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et de ce que vous les avez révélées aux plus simples. »

Et quel a été le motif d'une conduite qui blesse si fort nos idées? C'est afin que le faste des hommes soit humilié, et que toute langue confesse que vraiment c'est Dieu seul qui a fait l'ouvrage. Jésus considérant ce grand dessein de la sagesse de son Père, tressaillit de joie par un mouvement du Saint-Esprit : In ipsà horà exidtavit Spiritu sancto (Luc., X, 21). C'est quelque chose de grand que ce qui a donné tant de joie au Seigneur Jésus. « Considérez, mes Frères, qui sont ceux d'entre vous qui ont été appelés à la foi ; et voyez qu'il y en a peu de sages selon la chair, peu de puissants et peu de nobles. Mais Dieu a choisi ce qu'il y a d'insensé selon le monde, pour confondre ce qu'il y a de fort. Il a choisi ce qu'il y a de vil et de méprisable selon le monde et qui n'est rien , pour détruire ce qui est grand, afin que nul homme ne se glorifie devant lui (I Cor., I, 26. — I II Cor., IV, 7). »

Rien sans doute n'était plus propre à faire éclater la grandeur de Dieu et son indépendance qu'un pareil choix. A lui seul il appartient de se choisir pour ses œuvres des instruments qui, loin d'y paraître propres, semblent n'être capables que d'en empêcher le succès, parce que c'est lui qui leur-donne toute la vertu qui peut les rendre efficaces. Il est bon, pour qu'on ne puisse douter qu'il a fait tout lui seul, qu'il s'associe des coopérateurs qui en eux-mêmes soient absolument ineptes aux grands desseins qu'il veut accomplir par leur ministère. Et comme autrefois, entre les mains des soldats de Gédéon, de faibles vases d'argile cachaient la lumière qui devait jeter l'épouvante dans le camp des Madianites : ici de même ces trésors de sagesse que Dieu a voulu faire éclater dans le monde pour le salut des uns et la confusion des autres , sont portés dans des vaisseaux très-fragiles (4), afin que la grandeur de la puissance qui est en eux soit reconnue venir de Dieu, et non de ses faibles instruments , et qu'ainsi tout concoure à démontrer la vérité de l'Évangile.

Et d'abord admirez, mes Frères, les circonstances frappantes que Dieu choisit pour former son Eglise. Comme il avait différé jusqu'à la dernière extrémité l'exécution du commencement de sa promesse, de même ici il en prolonge le plein accomplissement jusqu'au moment où tout doit paraître sans ressource. Abraham et Sara se trouvent stériles, lorsque Dieu leur annonce qu'ils auront un fils : il attend la vieillesse décrépite, devenue stérile par nature, épuisée par l'âge, pour leur découvrir ses desseins. C'est alors qu'il envoie son ange, qui les assure de sa part que dans un certain temps Sara concevra. Sara se prend à rire, tant elle est merveilleusement surprise de la nouvelle qu'on lui déclare. Dieu par cette conduite veut faire voir que cette race promise est son propre ouvrage. Il a suivi le même plan dans l'établissement de son Eglise. Il laisse tout tomber jusqu'à l'espérance : Sperabamus (Luc., XXIV, 21) : « Nous espérions, » disent ses disciples depuis sa mort. Quand Dieu veut faire voir qu'un ouvrage est tout de sa main, il réduit tout à l'impuissance et au désespoir, puis il agit. Sperabamus : c'en est fait, notre espérance est tombée et ensevelie avec lui dans le tombeau. Après la mort de Jésus-Christ, ils retournent à la pèche : jamais ils ne s'y étaient livrés durant sa vie ; ils espéraient toujours : Sperabamus. C'est Pierre qui en fait la proposition : Vado piscari ; venimus et nos tecum (Joan., XX, 23) : Retournons aux poissons, laissons les hommes. Voilà le fondement qui abandonne l'édifice, le capitaine qui quitte l'armée : Pierre, le chef des apôtres, va reprendre son premier métier, et les filets, et le bateau qu'il avait quittés. Évangile, que deviendrez-vous? Pêche spirituelle, vous ne serez plus. Mais dans ce moment Jésus vient : il ranime la foi presque éteinte de ses disciples abattus; il leur commande de reprendre le ministère qu'il leur a confié, et les rappelle au soin de ses brebis dispersées : Pasce oves meas. C'en est assez pour leur rendre la paix et relever leur courage. Rassurés désormais par sa parole, fortifiés par son esprit, rien ne les étonnera, rien ne sera capable de les troubler : ni le sentiment de leur faiblesse, ni la vue des obstacles, ni la grandeur du projet, ni le défaut des ressources humaines, rien ne saurait les ébranler dans la résolution d'exécuter tout ce que leur Maître leur a prescrit. Armés d'une ferme confiance dans le secours qui leur est promis, loin d'hésiter, ils s'affermissent parles oppositions mêmes qu'ils éprouvent; loin de craindre, ils ressentent une joie indicible au milieu des menaces et des mauvais traitements que la seule idée du dessein qu'ils ont formé leur attire ; et déjà espérant contre toute espérance, ils se regardent comme assurés de la révolution qu'ils méditent. Quel étrange changement dans ces esprits grossiers ! Quelle folle présomption, ou quelle sublime et céleste inspiration les anime !

En effet considérez, je vous prie, l'entreprise de ces pêcheurs. Jamais prince, jamais empire, jamais république n'a conçu un dessein si haut. Sans aucune apparence de secours humain, ils partagent le inonde entre eux pour le conquérir. Ils se sont mis dans l'esprit de changer par tout l'univers les religions établies, et les fausses et la véritable, et parmi les Gentils et parmi les Juifs. Ils veulent établir urt nouveau culte , un nouveau sacrifice, une loi nouvelle, parce que, disent-ils, un homme qu'on a crucifié en Jérusalem l'a enseigné de la sorte. Cet homme est ressuscité, il est monté aux deux où il est le Tout-Puissant. Nulle grâce que par ses mains, nul accès à Dieu qu'en son nom. En sa croix est établie la gloire de Dieu; en sa mort, le salut et la vie des hommes.

Mais voyons par quels artifices ils se concilieront les esprits. Venez, disent-ils, servir Jésus-Christ : quiconque se donne à lui, sera heureux quand il sera mort : en attendant, il faudra souffrir les dernières extrémités. Voilà leur doctrine et voilà leurs preuves; voilà leur fin, voilà leurs moyens.

Dans une si étrange entreprise, je ne dis pas avoir réussi comme ils ont fait, mais avoir osé espérer, c'est une marque invincible de la vérité. Il n'y a que la vérité ou la vraisemblance qui puisse faire espérer les hommes. Qu'un homme soit avisé, qu'il soit téméraire, s'il espère, il n'y a point de milieu : ou la vérité le presse, ou la vraisemblance le flatte ; ou la force de celle-là le convainc, ou l'apparence de celle-ci le trompe. Ici tout ce qui se voit étonne, tout ce qui se prévoit est contraire, tout ce qui est humain est impossible. Donc, où il n'y a nulle vraisemblance, il faut conclure nécessairement que c'est la seule vérité qui soutient l'ouvrage. Que le monde se moque tant qu'il voudra : encore faut-il que la plus forte persuasion qui ait jamais paru sur la terre , et dans la chose la plus incroyable, et parmi les épreuves les plus difficiles, et dans les hommes les plus incrédules et les plus timides, dont le plus hardi a renié lâchement son maître, ait une cause apparente. La feinte ne va pas si loin, la surprise ne dure pas si longtemps , la folie n'est pas si réglée.

Car enfin poussons à bout le raisonnement des incrédules et des libertins. Qu'est-ce qu'ils veulent penser de nos saints pêcheurs? Quoi? qu'ils avoient inventé une belle fable qu'ils se plai-soient d'annoncer au monde? mais ils l'auraient faite plus vraisemblable. Que c'étaient des insensés et des imbéciles qui ne s'entendaient pas eux-mêmes? mais leur vie, mais leurs écrits, mais leurs lois et la sainte discipline qu'ils ont établie , et enfin l'événement même, prouvent le contraire. C'est une chose inouïe, ou que la finesse invente si mal, ou que la folie exécute si heureusement : ni le projet n'annonce des hommes rusés, ni le succès des hommes dépourvus de sens. Ce ne sont pas ici des hommes prévenus , qui meurent pour des sentiments qu'ils ont sucés avec le lait. Ce ne sont pas ici des spéculatifs et des curieux, qui ayant rêvé dans leur cabinet sur des choses imperceptibles, sur des mystères éloignés des sens, font leurs idoles de leurs opinions et les défendent jusqu'à mourir. Ceux-ci ne nous disent pas : Nous avons pensé, nous avons médité, nous avons conclu. Leurs pensées pourraient être fausses, leurs méditations mal fondées, leurs conséquences mal prises et défectueuses. Ils nous disent : Nous avons vu, nous avons ouï, nous avons touché de nos mains, et souvent, et longtemps, et plusieurs ensemble, ce Jésus-Christ ressuscité des morts. S'ils disent la vérité, que reste-t-il à répondre ? S'ils inventent, que prétendent-ils ? Quel avantage, quelle récompense, quel prix de tous leurs travaux? S'ils attendaient quelque chose, c'était dans cette vie, ou après leur mort. D'espérer pendant cette vie, ni la haine, ni la puissance, ni le nombre de leurs ennemis, ni leur propre faiblesse ne le souffre pas. Les voilà donc réduits aux siècles futurs; et alors, ou ils attendent de Dieu la félicité de leurs âmes, ou ils attendent des hommes la gloire et l'immortalité de leur nom. S'ils attendent la félicité que promet le Dieu véritable, il est clair qu'ils ne pensent pas à tromper le monde ; et si le monde veut s'imaginer que le désir de se signaler dans l'histoire, ait été flatter ces esprits grossiers jusque dans leurs bateaux de pécheurs, je dirai seulement ce mot : Si un Pierre, si un André, si un Jean, parmi tant d'opprobres et tant de persécutions, ont pu prévoir de si loin la gloire du christianisme, et celle que nous leur donnons, je ne veux rien de plus fort pour convaincre tous les esprits raisonnables que c'étaient des hommes divins, auxquels et l'Esprit de Dieu, et la force toujours invincible de la vérité, faisaient voir dans l'extrémité de l'oppression la victoire très-assurée de la bonne cause.

Voilà ce que fait voir la vocation des pêcheurs : elle montre que l'Eglise est un édifice tiré du néant, une création, l'œuvre d'une main toute-puissante. Voyez la structure, rien de plus grand : le fondement, c'est le néant même : Vocat ea quœ non sunt (Rom., IV, 17). Si le néant y paraît, c'est donc une véritable création : on y voit quelques parties brutes pour montrer ce que l'art a opéré. Si c'est Dieu, bâtissons dessus, ne craignons pas. Laissons-nous prendre ; et tant de fois pris par les vanités, laissons-nous prendre une fois à ces pêcheurs d'hommes et aux filets de l'Evangile, « qui ne tuent point ce qu'ils prennent, mais qui le conservent; qui font passer à la lumière ceux qu'ils tirent du fond de l'abîme, et transportent de la terre au ciel ceux qui s'agitent dans cette fange : » Apostolica instrumenta piscandi vetia sunt, quœ non captos perimunt, sed reservant; et de profundo ad lumen extrahunt, fluctuantes de infimis ad superna traducunt (S. Ambr., lib. IV, in Luc., n. 12).

Laissons-nous tirer de cette mer dont la face est toujours changeante, qui cède à tout vent, et qui est toujours agitée de quelque tempête. Ecoutez ce grand bruit du monde, ce tumulte, ce trouble éternel ; voyez ce mouvement, cette agitation, ces flots vainement émus qui crèvent tout à coup et ne laissent que de l'écume. Ces ondes impétueuses qui se roulent les unes contre les autres, qui s'entrechoquent avec grand éclat et s'effacent mutuellement, sont une vive image du monde et des passions qui causent toutes les agitations de la vie humaine, « où les hommes comme des poissons se dévorent mutuellement : » Ubi se invicem homines quasi pisces devorant (August., serm. CCLII, n. 2). Voyez encore ces grands poissons, ces monstres marins, qui fendent les eaux avec grand tumulte, et il ne reste à la fin aucun vestige de leur passage. Ainsi passent dans le monde ces grandes puissances, qui font si grand bruit, qui paraissent avec tant d'ostentation. Ont-elles passé, il n'y paraît plus; tout est effacé, et il n'en reste aucune apparence.

Il vaut donc beaucoup mieux être enfermé dans ces rets qui nous conduiront au rivage, que de nager et se perdre dans une eau si vaste, en se flattant d'une fausse image de liberté. La parole est le rets qui prend les âmes. Mais on travaille vainement, si Jésus-Christ ne parle pas : In verbo tuo laxabo rete : « Sur votre parole, Seigneur, je jetterai le filet. » C'est ce qui donne efficace.

Saintes Filles, vous êtes renfermées dans ce filet : la parole qui vous a prises, c'est cet oracle si touchant de la vérité : Quid prodest homini si mundum universum lucretur, animœ verô suce detrimentum patiatur (Matth., XVI, 26) ? « Que sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme? » Dès lors pénétrées par l'efficace de cette parole du néant et des dangers d'un monde trompeur, vous avez voulu donner toutes vos affections à ces biens véritables, seuls dignes d'attirer vos cœurs; et pour vous mettre plus en état de les acquérir, vous vous êtes empressées de vous séparer de tous les objets qui auraient pu par des illusions funestes égarer vos désirs et détourner votre application de cet unique nécessaire. Persévérez dans ces bienheureux filets qui vous ont mises à couvert des périls de cette mer orageuse, et gardez-vous d'imiter ceux qui, par les différentes ouvertures qu'ils ont cherché dans leur inquiétude à faire aux rets salutaires qui les enserraient, n'ont travaillé qu'à se procurer une liberté plus déplorable que le plus honteux esclavage.


SECOND  POINT.

 Saint André est un des plus illustres de ces divins pêcheurs, et l'un de ceux à qui Dieu a donné le plus grand succès dans cette pèche mystérieuse. C'est lui qui a pris son frère Simon, le prince de tous les pêcheurs spirituels : Veni et vide (Joan., I, 16). C'est ce qui donne lieu à Hésychius, prêtre de Jérusalem, de lui donner cet éloge (Bibl. Phot., cod. 269) : André, le premier né des apôtres, la colonne premièrement établie, Pierre devant Pierre, fondement du fondement même, qui a appelé avant qu'on l'appelât, qui amène des disciples à Jésus avant que d'y avoir été amené lui-même. « Il rend ainsi au Verbe ceux qu'il prend par sa parole : » Quos in verbo capit Verbo reddit (S. Ambr., in Luc., lib. IV, n. 78). Car toute la gloire des conquêtes des apôtres est due à Jésus-Christ : c'est en s'appuyant sur ses promesses qu'ils les entreprennent : In verbo tuo laxabo rete (Luc., V, 5) « Aussi ne sommes-nous pas appelés Pétriens, mais Chrétiens, » Non petrianos, sed christianos : « et ce n'est pas Paul qui a été crucifié pour nous : » Numquid Paulus crucifixus est pro vobis (I Cor., I, 13)?

Bientôt André rempli de ces sentiments, soumettra à son Maître avec un zèle infatigable et un courage invincible l'Epire, l'Achaïe, la Thrace, la Scythie, peuples barbares et presque sauvages, « libres par leur indocile fierté, par leur humeur rustique et farouche : » Omnes illœ ferocià liberœ gentes. Tous ces succès sont l'effet de l'ordre que Jésus-Christ leur a donné à tous : Laxate retia: « Jetez vos filets. » Dès que les apôtres se sont mis en devoir de l'exécuter, la foule des peuples et des nations convertis se trouve prise dans la parole.

Si nous voulons considérer avec attention toutes les circonstances de la pêche miraculeuse des apôtres, nous y verrons toute l'histoire.de l'Eglise figurée avec les traits les plus frappants. Il y entre des esprits inquiets et impatiens; ils ne peuvent se donner de bornes, ni renfermer leur esprit dans l'obéissance : Rumpebatur autem rete eorum (Luc., V, 6). La curiosité les agite, l'inquiétude les pousse, l'orgueil les emporte : ils rompent les rets, ils échappent, ils font des schismes et des hérésies : ils s'égarent dans des questions infinies, ils se perdent dans l'abîme des opinions humaines. Toutes les hérésies, pour mettre la raison un peu plus au large, se font des ouvertures par des interprétations violentes : elles ne veulent rien qui captive. Dans les mystères, il faut souvent dire qu'on n'entend pas, il faut renoncer à la raison et au sens. L'esprit libre et curieux ne peut s'y résoudre; il veut tout entendre, l'Eucharistie, les paroles de l'Evangile. C'est un filet où l'esprit est arrêté. On force un passage, on cherche à s'échapper à travers les mauvaises défaites que suggère une orgueilleuse raison. Pour nous, demeurons dans l'Eglise, heureusement captivés dans ses liens. Il y en demeure des mauvais, mais il n'en sort aucun des bons.

Mais voici un autre inconvénient. « La multitude est si grande, que la nacelle surchargée est prête a couler à fond : » Impleverunt ambas naviculas, ita ut penè mergerentur (Luc., V 7) : figure bien sensible de ce qui devait se passer dans l'Eglise, où le grand nombre de ceux qui entraient dans la nacelle a tant de fois fait craindre qu'elle ne fût submergée par son propre poids : Sed mihi cumulus iste suspectus est, ne plenitudine sut naves penè mergantur (S. Ambr., in Luc., lib. IV, n. 77). Mais ce n'est pas encore tout, et ici le danger n’est pas moins redoutable que tous les périls déjà courus : « Pierre est agité d'une nouvelle sollicitude; sa proie même, qu'il a tirée à terre avec tant d'efforts, lui devient suspecte; et il a besoin d'un sage discernement pour n'être pas trompé dans son abondance : » Ecce alia sollicitude Pétri, cui jam suaprœda suspecta est (Ibid., n. 78). Image vive de la conduite que les pêcheurs spirituels ont dû tenir à l'égard de tous ces poissons mystérieux qui tombaient dans leurs filets. Faute de cette sage défiance et de ces précautions salutaires, l'Eglise s'est accrue, et la discipline s'est relâchée; le nombre des fidèles s'est augmenté, et l'ardeur de la foi s'est ralentie : Nescio quomodò pugnante contra temetipsam tuà felicitate, quantum tibi auctum est populorum, tantùm penè vitiorum; quantum tibi copiœ accessit, tantùm disciplinœ recessit ;.....factaque es, Ecclesia, profectu tuœ fœcunditatis infirmior et quasi minus valida (Salvian., adv. Avar., lib. I).

Elle est déchue par son progrès et abattue par ses propres forces.

L'Eglise n'est faite que pour les saints. Aussi les enfants de Dieu y sont appelés, et y accourent de toutes parts. Tous ceux qui sont du nombre y sont entrés; « mais combien en est-il entré par-dessus le nombre? » Multiplicati sunt super numerum (Psal. XXXIX, 6). Combien parmi nous, qui néanmoins ne sont point des nôtres? Les enfants d'iniquité qui l'accablent, la foule des médians qui l'opprime, ne sont dans l'Eglise que pour l'exercer. Les vices ont pénétré jusque dans le cœur de l'Eglise, et ceux qui ne devaient pas même y être nommés y paraissent hautement la tête levée : Maledictum, et mendacium, et adulterium inundaverunt (Osée, IV, 2). Les scandales se sont élevés; et l'iniquité étant entrée comme un torrent, elle a renversé la discipline. Il n'y a plus de correction, il n'y a plus de censure. On ne peut plus, dit saint Bernard (In Cant., serm. XXXIII, n. 16), noter les médians, tant le nombre en est immense; on ne peut plus les éviter, tant leurs emplois sont nécessaires ; on ne peut plus les réprimer ni les corriger, tant leur crédit et leur autorité est redoutable.

Dans cette foule, les bons sont cachés; souvent ils habitent dans quelque coin écarté, dans quelque vallée déserte : ils soupirent en secret et se livrent aux saints gémissements de la pénitence. Combien de saints pénitents? Hélas! « à peine dans un si grand amas de pailles aperçoit-on quelques grains de froment : » Vix ibi apparent grana frumenti in tam multo numero palearum (S. August, serm. CCLII, n. 4). Les uns paraissent, les autres sont cachés, selon qu'il plaît au Père céleste, ou de les sanctifier par l'obscurité, ou de les produire pour le bon exemple.

Mais dans cette étrange confusion et au milieu de tant de désordres, souvent la foi chancelle, les faibles se scandalisent, l'impiété triomphe; et l'on est tenté de croire que la piété n'est qu'un nom, et la vertu chrétienne qu'une feinte de l'hypocrisie. Rassurez-vous cependant, et ne vous laissez pas ébranler par la multitude des mauvais exemples. Voulez-vous trouver des hommes sincèrement vertueux et vraiment chrétiens, qui vous consolent dans ce dérèglement presque universel, « soyez vous-mêmes ce que vous désireriez voir dans les autres; et vous en trouverez sûrement, ou qui vous ressembleront, ou qui vous imiteront : » Estote tales, et invenietis tales.





 TROISIÈME POINT.

 L'Église parle à ses enfants : ils doivent l'écouter avec un respect qui prouve leur soumission, et lui obéir avec une promptitude qui témoigne leur fidélité et leur confiance. Dieu parle aussi, et à sa parole tout se fait dans la nature comme il l'ordonne. Si les créatures inanimées ou sans raison lui obéissent avec tant de dépendance, nous qui sommes doués d'intelligence, lui devons-nous moins de docilité quand il parle? Et en effet la liberté ne nous est pas donnée pour hésiter, ni pour disputer contre lui : elle nous donne le volontaire pour distinguer notre obéissance de celle des créatures inanimées ou sans raison : mais quel que soit notre avantage sur elles, ce n'est pas pour nous dispenser de rendre à Dieu la déférence qui lui est due. Le même droit qu'il a sur les autres êtres subsiste à notre égard, et il nous impose la même obligation de lui obéir ponctuellement et dans l'instant même. S'il nous laisse notre choix, c'est non pour affaiblir son empire, mais pour rendre notre sujétion plus honorable.

Ceux qui sont accoutumés au commandement, sentent mieux que les autres combien cette obéissance est juste et légitime, combien elle est douce et aimable. Que sert donc de la refuser ou de la contester? Les hommes peuvent bien trouver moyen de se soustraire à l'empire de leurs semblables; mais Dieu a cela par nature, que rien ne lui résiste. Si la volonté rebelle prétend échapper à sa domination, en se retirant d'un côté, elle y retombe d'un autre avec toute l'impétuosité des efforts qu'elle avait faits pour s'en affranchir. Ainsi tout invite, tout presse l'homme de se soumettre à son Dieu et de lui obéir sans contradiction et sans délai.

Quand on hésite ou qu'on diffère, il se tient pour méprisé et refusé tout à fait. Lorsque la vocation est claire et certaine, qui est capable d'hésiter un moment est capable de manquer tout à fait; qui peut retarder un jour peut passer toute sa vie : nos passions et nos affaires ne nous demandent jamais qu'un délai. C'est pour Dieu une insupportable lenteur que d'aller seulement dire adieu aux siens, que d'aller rendre à son propre père les honneurs de la sépulture. Il faudra voir le testament, l'exécuter, le contester : d'une affaire il en naît une autre, et un moment de remise attire quelquefois la vie toute entière; c'est pourquoi il faut tout quitter en entrant au service de Dieu (S. Chrysost., in Matth., homil. XXVII). Puisqu'il faudra nécessairement couper quelque part, coupez dès l'abord, tranchez au commencement, afin d'être plutôt à celui à qui vous voulez être pour toujours.

Et combien n'est-on pas dédommagé de ces sacrifices; et quelle confiance ne donnent-ils pas aux âmes, pour oser tout espérer de la bonté d'un Dieu si généreux et si magnifique? Voyez les apôtres, ils n'ont quitté qu'un art méprisable : Pierre en dit-il avec moins de force : « Nous avons tout quitté? » Reliquimus omnia (Matth., XIX, 27). Des filets : voilà le présent qu'ils suspendent à ses autels; voilà les armes, voilà le trophée qu'ils érigent à sa victoire. Qu'il y a plaisir de servir celui qui fait justice au cœur et qui pèse l'affection; qui veut à la vérité nous faire acheter son royaume, mais aussi qui a la bonté de se contenter de ce que nous avons entre les mains! Car il met son royaume à tout prix, et il le donne pour tout ce que nous pouvons lui offrir : Tantùm valet quantum habes. « Rien qui soit à plus vil prix quand on l'achète, rien qui soit plus précieux quand on le possède : » Quid, vilius cùm emitur, quid charius cùm possidetur (S. Gregor., in Ev., hom. V, n. 2, 3)?

Mais ce n'est pas assez de tout quitter, parons, amis, biens, repos, liberté : il faut encore suivre Jésus-Christ, porter sa croix après lui en marchant sur ses traces, en imitant ses exemples et se renoncer ainsi soi-même tous les jours de sa vie. Cependant qu'il est difficile, quand tout est heureux, quand tout nous favorise, de résister à ces attraits séduisants d'un monde qui nous amollit et nous corrompt en nous flattant! A qui persuadera-t-on de fuir la gloire, de mépriser les honneurs, de redouter les richesses, lorsqu'ils semblent se présenter comme d'eux-mêmes, et venir pour ainsi dire nous chercher dans notre obscurité? Qui peut comprendre qu'il faille se mortifier dans le sein de l'abondance ; faire violence à ses désirs, lorsque tout concourt à les satisfaire; devenir à soi-même son propre bourreau, si les contradictions du dehors ne nous en tiennent lieu; et savoir se-livrer à tous les genres de souffrances, pour mener une vie vraiment pénitente et crucifiée ! Et toutefois y a-t-il une autre manière de se rendre semblable à Jésus-Christ, et de porter fidèlement sa croix avec lui?

« O croix aimable, ô croix si ardemment désirée et enfin trouvée si heureusement, puissé-je ne jamais te quitter, te demeurer tendrement et constamment attaché, afin que celui qui en mourant entre tes bras par toi m'a racheté, par toi aussi me reçoive et me possède éternellement dans son amour! » Ut per te me recipiat, qui per te moriens me redemit. Tels sont les sentiments dont doivent être animés tous ceux qui veulent sincèrement appartenir à Jésus-Christ : point d'autre moyen de se montrer ses véritables disciples.

Quand est-ce que l'Église a vu des chrétiens dignes de ce nom? C'est lorsqu'elle était persécutée, lorsqu'elle lisait à tous les poteaux des sentences épouvantables contre ses enfants, et qu'elle les voyait à tous les gibets et dans toutes les places publiques immolés pour la gloire de l'Évangile. Durant ce temps, mes Sœurs, il y avait des chrétiens sur la terre; il y avait de ces hommes forts, qui nourris dans les proscriptions et dans les alarmes continuelles, s'étaient fait une glorieuse habitude de souffrir pour l'amour de Dieu. Ils croyaient que c'était trop de délicatesse à des disciples de la croix, que de rechercher le plaisir en ce monde et en l'autre. Comme la terre leur était un exil, ils n'estimaient rien de meilleur pour eux que d'en sortir au plus tôt. Alors la piété était sincère, parce qu'elle n'était pas encore devenue un art : elle n'avait pas encore appris le secret de s'accommoder au monde, ni de servir au négoce des ténèbres. Simple et innocente qu'elle était, elle ne regardait que le Ciel, auquel elle prouvait sa fidélité par une longue patience. Tels étaient les chrétiens de ces premiers temps : les voilà dans leur pureté, tels que les engendrait le sang des martyrs, tels que les formaient les persécutions.

Maintenant une longue paix a corrompu ces courages mâles, et on les a vus ramollis depuis qu'ils n'ont plus été exercés. Le monde est entré dans l'Eglise. On a voulu joindre Jésus-Christ avec Déliai, et de cet indigne mélange quelle race enfin nous est née? Une race mêlée et corrompue, des demi-chrétiens, des chrétiens mondains et séculiers, une piété bâtarde et falsifiée, qui est toute dans les discours et dans un extérieur contrefait. O piété à la mode, que je me ris de tes vanteries et des discours étudiés que tu débites à ton aise pendant que le monde te rit! Viens que je te mette à l'épreuve. Voici une tempête qui s'élève; voici une perte de biens, une insulte, une disgrâce, une maladie. Quoi ! tu te laisses aller au murmure, ô vertu contrefaite et déconcertée! Tu ne peux plus te soutenir, piété sans force et sans fondement! Vas, tu n'étais qu'un vain simulacre de la piété chrétienne ; tu n'étais qu'un faux or qui brille au soleil, mais qui ne dure pas dans le feu, mais qui s'évanouit dans le creuset. La piété chrétienne n'est pas faite de la sorte : le feu l'épure et l'affermit. Ah! s'il est ainsi, chrétiens, si les souffrances sont nécessaires pour soutenir l'esprit du christianisme, Seigneur, rendez-nous les tyrans; rendez-nous les Domitiens et les Nérons.

Mais modérons notre zèle et ne faisons point de vœux indiscrets : n'envions pas à nos princes le bonheur d'être chrétiens, et ne demandons pas des persécutions que notre lâcheté ne pourrait souffrir. Sans ramener les roues et les chevalets sur lesquels on étendait nos ancêtres, la matière ne manquera pas à la patience. La nature a assez d'infirmités, les affaires assez d'épines, les hommes assez d'injustice, leurs jugements assez de bizarreries, leurs humeurs assez d'importunes inégalités, le monde assez d'embarras, ses faveurs assez d'inconstance, ses engagements les plus doux assez de captivités. Que si tout nous prospère, si tout nous rit, c'est à nous à nous rendre nous-mêmes nos persécuteurs, à nous contrarier nous-mêmes.

Pour mener une vie chrétienne, il faut sans cesse combattre son cœur, craindre ce qui nous attire, pardonner ce qui nous irrite, rejeter souvent ce qui nous avance, et nous opposer nous-mêmes aux accroissements de notre fortune. Oh! qu'il est difficile, pendant que le monde nous accorde tout, de se refuser quelque chose ! Qui ayant en sa possession une personne très-accomplie qu’il aurait aimée, vivrait avec elle comme avec sa sœur, s'élèverait au-dessus de tous les sentiments de l'humanité : c'est une aussi forte résolution, dit saint Chrysostome (In Matth., hom. XL, n. 4), de ne pas laisser corrompre son cœur par les grandeurs et les biens qu'on possède. Ah! qu'il faut alors de courage pour renoncer à ses inclinations, et s'empêcher de goûter et d'aimer ce que la nature trouve si doux et si aimable. Sans cesse obligé d'être aux prises avec soi-même, pour s'arracher de vive force à des objets auxquels tout le poids du cœur nous entraîne, combien ne s'y sent-on pas plus fortement incliné, lorsque tout ce qui nous environne nous invite et nous presse de satisfaire à nos désirs? C'est dans une si critique situation qu'il faut vraiment, pour se conserver pur, se rendre en quelque sorte cruel à soi-même, en se privant d'autant plus des vains plaisirs que la chair recherche, qu'on a plus de moyen de se les procurer. Si l'esprit veut alors acquérir une noble liberté, qu'il tienne les sens dans une sage contrainte, de peur d'en être bientôt maîtrisé; et que saintement sévère à lui-même, sévère à son corps, il tende par une bienheureuse mortification de tous les retours de l'amour-propre et toutes les affections charnelles, à se dégager de plus en plus de tout ce qui l'empêche de retourner à son principe. Peu à peu il trouvera dans les austérités de la pénitence, dans les humiliations de la croix, plus de délices et de consolations, que les amateurs du monde ne sauraient en goûter dans toutes les folles joies qu'il leur procure et dans tous les contente-mens de leur orgueil. C'est ainsi que par les différents progrès du détachement et de la pénitence, nous parvenons à être réellement martyrs de nous-mêmes, nous devenons des victimes d'autant plus propres à être consommées en Jésus-Christ, qu'elles sont plus volontaires. Nouveau genre de martyre, où le persécuteur et le patient sont également agréables, où Dieu d'une même main anime celui qui souffre et couronne celui qui persécute.

Saintes Filles, vous connaissez ce genre de martyre, et depuis longtemps vous l'exercez sur vous-mêmes avec un zèle digne de la foi qui vous anime. Peu contentes de vous être dépouillées par un généreux renoncement que la grâce vous a inspiré, de tous les objets capables de vous affadir, vous avez encore voulu déclarer une guerre continuelle à toutes les affections, à tous les sentiments d'une nature toujours ingénieuse à rechercher ce qui peut la satisfaire; et dans la crainte de céder à ses empressements, vous avez mieux aimé lui refuser sans danger ce qui pourrait lui être permis que de vous exposer à vous laisser entraîner au delà des bornes, en lui donnant tout ce que vous pouviez absolument lui accorder. Persévérez, mes Sœurs, dans cette glorieuse milice, qui vous apprendra à mourir chaque jour à ce que vous avez de plus intime, et qui vous détachant de plus en plus de la chair, vous élèvera par une sainte mortification de l'esprit jusqu'à Dieu, pour trouver en lui cette paix que le monde ne connaît pas, ces délices que les sens ne sauraient goûter, et ce parfait bonheur réservé aux âmes vraiment chrétiennes, que je vous souhaite.
________________________

(a) Prêché le 30 novembre 1608, aux Carmélites de la rue Saint-Jacques devant Turenne, le P. Toussaints des Mares, Condé, la duchesse de Longueville la princesse de Conti, la duchesse de Montausier, la duchesse de Guise, etc.

Le panégyrique a bien été prononcé le 30 et non le 18 novembre, comme on la dit; car nous lisons dans les Mémoires de l'abbé Ledieu : « Le sermon du plus grand éclat fut celui de la vocation, qu'il y prononça faux Carmélites) un vendredi, fête de saint André, pour confirmer le vicomte de Turenne dans sa réunion à l'Eglise. »

Turenne avait abjuré le calvinisme un mois auparavant, le 28 octobre. C'est Bossuet qui, par la force de sa parole, l'avait ramené dans le sein de l'Eglise ; il ne dit pas moins du haut-de la chaire : « La parole est le rets qui prend les âmes. Mais on travaille vainement, si Jésus-Christ ne parle pas : In verbo tuo laxabo rete : « Sur votre parole, Seigneur. » C'est ce qui donne l'efficace » Plus loin, faisant allusion aux ancêtres de l'illustre néophyte, pour le retenir dans les filets du Pécheur des âmes : « Gardez-vous d'imiter, dit-il, ceux qui par les différentes ouvertures qu'ils ont. cherché dans leur inquiétude à faire aux rets salutaires qui les enserraient, n'ont travaillé qu'à se procurer une liberté plus déplorable que le plus honteux esclavage. » On trouvera, pareillement dans le Panégyrique de saint André, ce mot qu'on a si fort admiré, cité si souvent : « Quand Dieu veut faire voir qu'un ouvrage est tout de sa main, il réduit tout à l'impuissance et an désespoir, puis il agit. » Au reste on remarquera que ce discours est, dans sa forme, une homélie plutôt qu'un sermon.

Turenne fut si content des enseignements de l'orateur, qu'il résolut de le suivre partout dans sa carrière évangélique, et tout d'abord dans l'Avent qu'il allait prêcher à Saint-Thomas du Louvre cette année-là. Les Carmélites qui appartenaient aux plus grandes maisons du royaume, écrivirent dans leurs Mémoires, en parlant du Panégyrique de saint André : « Ce fut un sermon d'une exquise beauté. » Le P. des Mares, célèbre prédicateur de l'Oratoire, le loua pendant toute sa vie.

Nous avons rapporté les réflexions d'un critique sur sa composition (vol. VIII, p. XXVIII). Le manuscrit, qui a été pendant quelque temps à la disposition de M. Valery-Hadot, appartenait à M. Solar, rédacteur du journal la Presse, associé de M. Mirés dans la banque de la caisse des chemins de fer. Il fut vendu avec la bibliothèque de cet amateur, et de ce moment nous n'avons pu en retrouver les traces.

Maintenant, trois remarques générales. Plusieurs panégyriques composés par Bossuet ne sont point parvenus jusqu'à nous : ainsi le panégyrique de saint Thomas d'Aquin, prêché en 1657 ; le panégyrique de saint Thomas de Villeneuve, prêché en 1659; le second panégyrique de saint Paul, prêché vers 1660; le panégyrique de saint Gaétan, prêché en 1663 ; le second panégyrique de saint Thomas d'Aquin, prêché en 1660; le panégyrique de sainte Madeleine, prêché en 1665 ; le panégyrique de saint Etienne, prêché en 1668, etc.
On ne trouve, à la bibliothèque impériale, aucun manuscrit des panégyriques; et malgré toutes nos recherches qui se sont étendues hors de cette immense collection d'autographes à toute l'Europe, nous n'en avons découvert que trois. Ces trois manuscrits renferment les panégyriques suivants : le panégyrique de saint Pierre Nolasque, celui de saint benoît et le premier de saint Gorgon.

Il est vrai que Déforis mêle moins souvent dans les panégyriques que dans les sermons, les exordes, les points, les péroraisons; il s'était lassé d'ajouter péniblement des passages, d'aligner avec un immense labeur des phrases disparates, pour faire un seul ouvrage de deux ouvrages différents. Cependant il ne s'est pas refusé le plaisir de corriger Bossuet; connue dans les sermons, comme partout, il met souvent dans les panégyriques sa prose rampante au milieu des sublimes développements de l'auteur. Alors même que le manuscrit nous faisait défaut, nous avons retranché ce qui était de son crû, et cela sans aucune crainte d'erreur ; car le style et les crochets fout reconnaître au premier coup d'œil les produits de son éloquence. Mais si les explications de Déforis, si ses tirades, si ses longues exhortations portent avec elles leur certificat d'origine, les traductions n'ont pas toujours une physionomie aussi nettement accentuée; quand elles sont courtes, faciles, calquées mol à mot sur l'original, on ne pourrait toujours sans péril les admettre ou les repousser sur les simples signes de leur provenance. Ici nous avons été plus sobres de ratures, préférant laisser vingt traductions de Déforis plutôt que d'en retrancher une de Bossuet. Le lecteur est prévenu ; il fera lui-même le discernement.

BOSSUET. « PANÉGYRIQUE DE SAINT  ANDRÉ, APÔTRE, SUR LA VOCATION A LA FOI »

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bossuet/volume012/001.htm




Andrew the Apostle (RM)
(also known as Andreas, Endres)


1st century; feast day formerly on November 3; feast of his translation, May 9. Andrew was a worrier, or so it seems, who concentrated on details. He wanted to know where Jesus lived (John 1:38), how they were going to feed a crowd (John 6:9), and when Jerusalem would be destroyed (Mark 13:4).



Born at Bethsaida on the Sea of Galilee, Andrew was a fisherman, the son of the fisherman John, and the brother of the fisherman Simon Peter. It's no wonder then that Jesus called Andrew to be a fisher of men (Mark 1:16-18). Jesus stayed with the brothers at their second home in Caparnaum (Mark 1:29), so they must have been prosperous fishermen, which makes their commitment even more amazing.

It's appropriate that we celebrate Saint Andrew's feast at the beginning of Advent because he was first a disciple of John the Baptist, and, when he met the Lord of Creation at Jesus' baptism in the Jordan, he became Jesus' first disciple (John 1:29-40). Let's ask Saint Andrew to bring us anew to the Lord as he also brought his brother Peter (John 1:41-42). For a time Andrew and Simon followed Jesus intermittently, but when the Savior returned to Galilee, he called them from fishing into ministry and they "dropped their nets immediately and followed Him (Matt. 4:20) (may we, too, as quickly drop our work to follow when the Lord calls). They left their families, their business, and their possessions.

With Philip, he presented the Gentiles to Christ (John 12:20-22) and pointed out the boy with the loaves and fishes (John 6:8). After the Pentecost he is said to have preached the gospel in many regions, including Scythia (according to Eusebius), Epirus (according to Saint Gregory Nazianzen), or Achaia (per Saint Jerome). An ancient legend preserved in the Old English poem Andreas (once attributed to Cynewulf) has him preaching in Ethiopia. A later dubious tradition has him going to Byzantium, where he appointed Saint Stachys bishop.

Andrew is one of the few early disciples of Jesus about whom there are few legends. Rather than miraculous legends the story of Saint Andrew is the story of the Apostles. We always want extraordinary saints, and we are surprised to find that even among the Apostles there was one whose life was without miracles. Most saints have lived a simple, everyday life, sometimes miraculous, but only sometimes. Saint Andrew is just another indication that we, too, can live a simple, everyday life and still be saints. We, too, can live a life that is hidden in God and in His Church.

It's uncertain where and how he died except that it was somewhere near the Black Sea, but an ancient tradition (4th century Acta) says he was crucified at Patras in Achaia on an X- shaped cross (now known as a Saint Andrew's Cross). This tradition tells us that the proconsul tied him to the cross where he remained for several days preaching to all who came to watch the execution. And the tradition of his martyrdom at Patras was based on an early medieval forgery, strengthened by the translation of his alleged relics from Patras. The forgery was intended to provide a counterweight to Rome's more solid claim to the relics of Saints Peter and Paul.

There is an unfounded tradition that he preached in Russia, reaching as far as Kiev in the Ukraine, from where the conversion of the country spread in the 11th century. He is also considered to be a patron of Scotland, where another tradition says some of his relics where brought in the 4th century in consequence of a dream of Saint Rule (Regulus), who was custodian of Andrew's relics at Patras. Reportedly an angel guided Rule to a place called Saint Andrew's, where Regulus built a church to house the relics, became its first bishop, and evangelized the Scots in the area for three decades. The church became a center of pilgrimage.

Crusaders stole Andrew's alleged body in 1210 and took them to Amalfi, which still claims the relics. The head, considered one of the treasures of Saint Peter's, was given to Pope Pius II by the despot Thomas Palaeologus in 1461, but was returned to Constantinople by Pope Paul VI.

Andrew's feast was universal in the West from the 6th century. There are church dedications in his honor from early times in France, Italy, and England (at Rochester as early as 637). (Attwater, Attwater 2, Benedictines, Bentley, Coulson, Delaney, Encyclopedia, Farmer, White).

Saint Andrew is generally pictured as an old man, generally with a book and transverse or saltire cross. Sometimes the image may contain (1) fish or a fishing net; (2) rope; (3) Andrew sitting in a boat (Roeder). In the most ancient images, he is depicted with a normal Latin cross. The X-cross was associated with him from the 10th century at Autun, but became common only in the 14th century (Farmer). There are several images available on the Internet:
Anonymous Greek icon

Saint Andrew the First-Called (anonymous Russian icon)

Saint Andrew the First-Called (by Lionda)

He is the patron of Avranches, Brabant, Brunswick, Burgundy, Holstein, Luxembourg, Minden, Pesaro, Yetminster, Russia, Scotland, and Greece. He is the protector of fishermen, fishmongers, and sailors. He is invoked against gout and stiff-neck (Delaney, Roeder).


SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1130.shtml



St. Andrew

The name "Andrew" (Gr., andreia, manhood, or valour), like other Greek names, appears to have been common among the Jews from the second or third century B.C.


St. Andrew, the Apostle, son of Jonah, or John (Matthew 16:17; John 1:42), was born in Bethsaida of Galilee(John 1:44). He was brother of Simon (Peter) (Matthew 10:2; John 1:40). Both were fishermen (Matthew 4:18;Mark 1:16), and at the beginning of Our Lord's public life occupied the same house at Capharnaum (Mark 1:21, 29).

From the fourth Gospel we learn that Andrew was a disciple of the Baptist, whose testimony first led him andJohn the Evangelist to follow Jesus (John 1:35-40). Andrew at once recognized Jesus as the Messias, and hastened to introduce Him to his brother, Peter, (John 1:41). Thenceforth the two brothers were disciples ofChrist. On a subsequent occasion, prior to the final call to the apostolate, they were called to a closer companionship, and then they left all things to follow Jesus (Luke 5:11; Matthew 4:19-20; Mark 1:17-18).

Finally Andrew was chosen to be one of the Twelve; and in the various lists of Apostles given in the New Testament (Matthew 10:2-4); Mark 3:16-19; Luke 6:14-16; Acts 1:13) he is always numbered among the first four. The only other explicit reference to him in the Synoptists occurs in Mark 13:3, where we are told he joined with Peter, James and John in putting the question that led to Our Lord's great eschatological discourse. In addition to this scanty information, we learn from the fourth Gospel that on the occasion of the miraculousfeeding of the five thousand, it was Andrew who said: "There is a boy here who has five barley loaves and two fishes: but what are these among so many?" (John 6:8-9); and when, a few days before Our Lord's death, certain Greeks asked Philip that they might see Jesus, Philip referred the matter to Andrew as to one of greater authority, and then both told Christ (John 12:20-22). Like the majority of the Twelve, Andrew is not named in the Acts except in the list of the Apostles, where the order of the first four is Peter, John, James,Andrew; nor have the Epistles or the Apocalypse any mention of him.

From what we know of the Apostles generally, we can, of course, supplement somewhat these few details. As one of the Twelve, Andrew was admitted to the closest familiarity with Our Lord during His public life; he was present at the Last Supper; beheld the risen Lord; witnessed the Ascension; shared in the graces and gifts of the first Pentecost, and helped, amid threats and persecution, to establish the Faith in Palestine.

When the Apostles went forth to preach to the Nations, Andrew seems to have taken an important part, but unfortunately we have no certainty as to the extent or place of his labours. Eusebius (Church History III.1), relying, apparently, upon Origen, assigns Scythia as his mission field: Andras de [eilechen] ten Skythian; whileSt. Gregory of Nazianzus (Oration 33) mentions Epirus; St. Jerome (Ep. ad Marcell.) Achaia; and Theodoret (on Ps. cxvi) Hellas. Probably these various accounts are correct, for Nicephorus (H.E. II:39), relying upon early writers, states that Andrew preached in Cappadocia, Galatia, and Bithynia, then in the land of the anthropophagi and the Scythian deserts, afterwards in Byzantium itself, where he appointed St. Stachys as its first bishop, and finally in Thrace, Macedonia, Thessaly, and Achaia. It is generally agreed that he was crucified by order of the Roman Governor, Aegeas or Aegeates, at Patrae in Achaia, and that he was bound, not nailed, to the cross, in order to prolong his sufferings. The cross on which he suffered is commonly held to have been the decussate cross, now known as St. Andrew's, though the evidence for this view seems to be no older than the fourteenth century. His martyrdom took place during the reign of Nero, on 30 November, A.D. 60); and both the Latin and Greek Churches keep 30 November as his feast.

St. Andrew's relics were translated from Patrae to Constantinople, and deposited in the church of the Apostlesthere, about A.D. 357. When Constantinople was taken by the French, in the beginning of the thirteenth century, Cardinal Peter of Capua brought the relics to Italy and placed them in the cathedral of Amalfi, where most of them still remain. St. Andrew is honoured as their chief patron by Russia and Scotland.


MacRory, Joseph. "St. Andrew." The Catholic Encyclopedia. Vol. 1. New York: Robert Appleton Company, 1907. 29 Nov. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/01471a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Christine J. Murray. Dedicated to Andrew E. Murray.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. March 1, 1907. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/01471a.htm


St. Andrew The Apostle

Saint Andrew was the first disciple of Jesus. He was the younger brother of Saint Peter and was born in Bethsaida on the Sea of Galilee. The brothers were fishermen by trade. Jesus called them to be his disciples by saying that he would make them “fishers of men.”

The Gospel of John teaches us much about St. Andrew who was originally a disciple of St. John the Baptist. When John pointed to Jesus and said, “Behold the Lamb of God!” Andrew understood that Jesus was greater and immediately left John to follow Jesus. He visited in Jesus’ home and later brought his brother Simon Peter, who Jesus also called to be an apostle.

It is believed that Saint Andrew and Saint Peter continued their trade as fishermen until Christ called them to a closer relationship, and they left all things to follow Jesus. After Christ’s crucifixion and resurrection, St. Andrew the Apostle preached the gospel in Asia Minor and in Scythia as far as Kiev. Not much is mentioned in the Book of Acts regarding the life of Saint Andrew.

Saint Andrew was martyred by crucifixion at Patras in Achaea in Greece. Because St. Andrew deemed himself unworthy to be crucified on the same type of cross on which Christ had been crucified, he asked to be tied to a Crux decussata or an X shaped cross. The Apostle Andrew did not die right away but instead he was left to suffer for two days while he continued to preach the gospel of Jesus Christ until he finally died.

Although little is mentioned in the Book of Acts regarding the life of St. Andrew, much can be learned through St. Andrew’s life. He and Saint Peter gave up their lifelong careers and lifestyles, leaving everything behind, to follow Jesus. Their undying faith in a difficult world is an inspiration to all Christians.

His relics consist of a small finger, the top of his cranium and pieces of the cross. These are kept in a shrine at the Church of St. Andrew in Patras. Saint Andrew is the Patron Saint of Scotland, Russia and Greece. Scots celebrate Saint Andrew’s Day around the world on the 30th of November. The flag of Scotland is the Cross of St. Andrew.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-andrew/




St. Andrew, Apostle

The acts of this apostle’s martyrdom, though rejected by Tillemont, &c. are maintained to be genuine by Nat. Alexander, Hist. t. 1, and by Mr. Woog, professor of history and antiquities at Leipsic, in learned dissertations published in 1748 and 1751. The authority of this piece being contested, little stress is laid upon it: and the following account is gathered from the sacred writings, and those of the fathers.

ST. ANDREW was a native of Bethsaida, a town in Galilee, upon the banks of the lake of Genesareth. He was the son of Jonas or John, a fisherman of that town, and brother to Simon Peter, but whether elder or younger the holy scriptures have not acquainted us. They had afterwards a house at Capharnaum, where Jesus lodged when he preached in that city. It is no small proof of the piety and good inclinations of St. Andrew, that when St. John Baptist began to preach penance in the desert, he was not content with going to hear him as others did, but became his disciple, passed much of his time in hearing his instructions, and studied punctually to practise all his lessons and copy his example; but he often returned home to his fishing trade. He was with his master when St. John Baptist seeing Jesus pass by the day after he had been baptized by him, said: Behold the Lamb of God. 1 Andrew, by the ardour and purity of his desires, and his fidelity in every religious practice, deserved to be so far enlightened as to comprehend this mysterious saying, and, without delay, he and another disciple of the Baptist went after Jesus, who drew them secretly by the invisible bands of his grace, and saw them with the eyes of his spirit before he beheld them with his corporal eyes. Turning back as he walked, and seeing them follow him, he said: What seek ye? They said, they desired to know where he dwelt: and he bade them come and see. There remained but two hours of that day, which they spent with him, and, according to several fathers, the whole night following. “O how happy a day, how happy a night did they pass!” cries out St. Austin. 2 “Who will tell us what things they then learned from the mouth of their Saviour. Let us build ourselves a dwelling for him in our hearts, to which he may come, and where he may converse with us.” For this happiness is enjoyed by a soul which opens her affections to God, and receives the rays of his divine light in heavenly contemplation. The joy and comfort which St. Andrew felt in that conversation are not to be expressed by words. By it he clearly learned that Jesus was the Messias and the Redeemer of the world, and resolved from that moment to follow him: he was the first of his disciples, and therefore is styled by the Greeks the Protoclet, or First Called.

Andrew, who loved affectionately his brother Simon, called afterwards Peter, could not rest till he had imparted to him the infinite treasure which he had discovered, and brought him to Christ, that he might also know him. Simon was no sooner come to Jesus, but the Saviour of the world admitted him as a disciple, and gave him the name of Peter. The brothers tarried one day with him to hear his divine doctrine, and the next day returned home again. From this time they became Jesus’s disciples, not constantly attending upon him, as they afterwards did, but hearing him frequently, as their business would permit, and returning to their trade and family affairs again. Jesus, in order to prove the truth of his divine doctrine by his works, wrought his first miracle at the marriage at Cana in Galilee, and was pleased that these two brothers should be present at it with his holy mother. Jesus, going up to Jerusalem to celebrate the Passover, stayed some days in Judæa, and baptized in the Jordan. Peter and Andrew also baptized by his authority, and in his name. Our Saviour being come back into Lower Galilee in autumn, and meeting one day Peter and Andrew fishing in the lake, before the end of the same year, he called them to a constant attendance upon the ministry of the gospel, saying, that he would make them fishers of men. Whereupon, they immediately left their nets to follow him, and never went from him again. The year following the Son of God formed the college of his apostles, in which our two brothers are named by the evangelists at the head of the rest. Not long after, Jesus went down to Capharnaum, and lodged at the house of Peter and Andrew, and, at the request of them both, cured Peter’s wife’s mother of a fever, by taking her by the hand, and rebuking the fever, by which it left her. When Christ would not send away the multitude of five thousand persons, who had followed him into the desert, till they were refreshed with some food, St. Philip said two hundred penny worth of bread would not suffice. But Andrew seemed to express a stronger faith, saying, there was a boy who had five barley loaves and two small fishes: which, indeed, were nothing among so many: but Christ could, if he pleased, exert his power, seeing he was greater than Eliseus who, with twenty loaves, fed a hundred men. 3 When Christ was at Bethania, at the house of Lazarus, a little before his Sacred Passion, certain Greeks who came to worship God at the festival, addressed themselves to Philip, begging him to introduce them to Jesus. Philip did not undertake to do it alone; but spoke to St. Andrew, and they both together spoke to their divine master, and procured these strangers that happiness. This shows the great credit St. Andrew had with Christ; on which account St. Bede calls him the Introductor to Christ, and says he had this honour, because he brought St. Peter to him. Christ having foretold the destruction of the temple, Peter, John, James, and Andrew, asked him privately when that should come to pass, that they might forewarn their brethren to escape the danger.

  After Christ’s resurrection and the descent of the Holy Ghost, St. Andrew preached the gospel in Scythia, as Origen testifies. 4 Sophronius, who wrote soon after St. Jerom, and translated his catalogue of illustrious men, and some other works into Greek, adds Sogdiana and Colchis. Theodoret tells us, 5 that he passed into Greece; St. Gregory Nazianzen mentions particularly Epirus, 6 and St. Jerom Achaia. 7 St. Paulinus says, 8 this divine fisherman, preaching at Argos, put all the philosophers there to silence. St. Philastrius tells us, 9 that he came out of Pontus into Greece, and that in his time people at Sinope were persuaded that they had his true picture, and the pulpit in which he had preached in that city. The Muscovites have long gloried that St. Andrew carried the gospel into their country as far as the mouth of the Borysthenes, and to the mountains where the city of Kiow now stands, and to the frontiers of Poland. 10 If the ancients mean European Scythia, when they speak of the theatre of his labours, this authority is favourable to the pretensions of the Muscovites. The Greeks 11 understand it of Scythia, beyond Sebastopolis in Colchis, and perhaps also of the European; for they say he planted the faith, in Thrace, and particularly at Byzantium, afterwards called Constantinople. But of this we meet with no traces in antiquity. Several Calendars commemorate the feast of the chair of St. Andrew at Patræ in Achaia. It is agreed that he laid down his life there for Christ. St. Paulinus says, 12 that having taken many people in the nets of Christ, he confirmed the faith which he had preached, by his blood at Patræ. SS. Sophronius, Gaudentius, and Austin assure us, that he was crucified; St. Peter Chrysologus says, 13 on a tree; Pseudo-Hippolytus adds, on an olive-tree. In the hymn of Pope Damasus it is barely mentioned that he was crucified. When the apostle saw his cross at a distance, he is said to have cried out: 14 “Hail precious cross, that hast been consecrated by the body of my Lord, and adorned with his limbs as with rich jewels. I come to thee exulting and glad; receive me with joy into thy arms. O good cross, that hast received beauty from our Lord’s limbs: I have ardently loved thee; long have I desired and sought thee: now thou art found by me, and art made ready for my longing soul: receive me into thy arms taking me from among men, and present me to my master; that he who redeemed me on thee, may receive me by thee.” Upon these ardent breathings St. Bernard writes: 15 “When he saw at a distance the cross prepared for him, his countenance did not change, nor did his blood freeze in his veins, nor did his hair stand on end, nor did he lose his voice, nor did his body tremble, nor was his soul troubled, nor did his senses fail him, as it happens to human frailty: but the flame of charity which burned in his breast, cast forth sparks through his mouth.” The saint goes on, showing that fervour and love will make penance and labour sweet, seeing it can sweeten death itself, and, by the unction of the Holy Ghost, make even its torments desirable. The body of St. Andrew was translated from Patræ to Constantinople in 357, together with those of SS. Luke and Timothy, and deposited in the church of the apostles, which Constantine the Great had built a little before. SS. Paulinus and Jerom mention miracles wrought on that occasion. The churches of Milan, Nola, Brescia, and some other places were, at the same time, enriched with small portions of these relics, as we are informed by SS. Ambrose, Gaudentius, Paulinus, &c.

When the city of Constantinople was taken by the French, Cardinal Peter of Capua brought the relics of St. Andrew thence into Italy in 1210, and deposited them in the cathedral of Amalphi, where they still remain. 16 Thomas the Despot, when the Turks had made themselves masters of Constantinople, going from Greece into Italy, and carrying with him the head of St. Andrew, presented it to Pope Pius II., in the year 1461, who allotted him a monastery for his dwelling, with a competent revenue, as is related by George Phranza, the last of the Byzantine historians, who wrote in four books the history of the Greek emperors after the Latins had lost Constantinople, with a curious account of the siege and plunder of that city by the Turks, in which tragical scene he had a great share, being Protovestiarius, one of the chief officers in the emperor’s court and army. 17 It is the common opinion that the cross of St. Andrew was in the form of the letter X, styled a cross decussate, composed of two pieces of timber crossing each other obliquely in the middle. That such crosses were sometimes used is certain: 18 yet no clear proofs are produced as to the form of St. Andrew’s cross. It is mentioned in the records of the duchy of Burgundy, that the cross of St. Andrew was brought out of Achaia, and placed in the nunnery of Weaune near Marseilles. It was thence removed into the abbey of St. Victor in Marseilles, before the year 1250, and is still shown there. A part thereof inclosed in a silver case gilt, was carried to Brussels by Philip the Good, duke of Burgundy and Brabant, who, in honour of it, instituted the Knights of the Golden Fleece, who, for the badge of their Order, wear a figure of this cross, called St. Andrew’s cross, or the cross of Burgundy. 19 The Scots honour St. Andrew as principal patron of their country, and their historians tell us, that a certain abbot called Regulus, brought thither from Patræ, in 369, or rather from Constantinople some years later, certain relics of this apostle which he reposited in a church which he built in his honour, with a monastery called Abernethy, where now the city of St. Andrew’s stands. 20 Usher proves that many pilgrims resorted to this church from foreign countries, and that the Scottish monks of that place were the first who were called Culdees. 21 Hungus, king of the Picts, soon after the year 800, in thanksgiving for a great victory which he had gained over the Northumbrians, gave to this church the tenth part of all the land of his dominions. Kenneth II., king of the Scots, having overcome the Picts, and entirely extinguished their kingdom in North Britain in 845, repaired and richly endowed the church of St. Regulus or Rueil, in which the arm of St. Andrew was reverently kept. 22 The Muscovites say he preached the faith amongst them, and honour him as the principal titular saint of their empire. Peter the Great instituted under his name the first and most noble Order of knighthood, or of the blue ribbon: leaving the project of a second Order of St. Alexander Newski, or of the red ribbon, to be carried into execution by his widow.

St. Andrew, by conversing with Christ, extinguished in his breast all earthly passions and desires, and attained to the happiness of his pure divine love. We often say to ourselves, that we also desire to purchase holy love, the most valuable of all treasures, and the summit of dignity and happiness. But these desires are fruitless and mere mockery, unless we earnestly set about the means. In the first place, we must be at the expense (if that can be called an expense, which is the first step to true liberty and happiness) of laying a deep foundation of humility, meekness and self-denial. We must first, with the apostle, leave all things; that is to say, we must sincerely and in spirit forsake the world, (though we live in it,) and must also renounce and die to ourselves before we can be admitted to the familiar converse of our Redeemer and God, or before he receives us to his chaste spiritual embraces, and opens to us the treasure of his choicest graces. This preparation and disposition of soul, it must be our constant care always to improve; for, in the same proportion that the world and self-love are banished from our hearts, shall we advance in divine love. But this great virtue, the queen, the form, and the soul of all perfect virtue is learned, exercised, and improved, by conversing much with God in holy meditation, reading, and assiduous fervent prayer and recollection: also by its external acts, in all manner of good works, especially those of fraternal charity and spiritual mercy. 23

Note 1. John i. 36. [back]

Note 2. S. Aug. Tr. 7, in Joan. n. 9, t. 3, p 345. [back]

Note 3. 4 or 2 Kings iv. 43. [back]

Note 4. Ap. Eus. [back]

Note 5. In Ps. cxvi. [back]

Note 6. Or. 35. [back]

Note 7. S. Hier. ep. 148. [back]

Note 8. S. Paulin. Car. 24. [back]

Note 9. C. 88. [back]

Note 10. See Sigism. Herbersteinius; also Culcinius ad 30 Novemb. [back]

Note 11. In Synaxario et Menæis. [back]

Note 12. Carm. 24, 25. [back]

Note 13. Serm. 133. [back]

Note 14. See his acts, St. Peter Damian, St. Bernard, &c. [back]

Note 15. Serm. 2, de S. Andrea, n. 3. [back]

Note 16. See Ughelli, Italia Sacra, t. 7. [back]

Note 17. Georgius Phranza Protovestiarius in chronico, l. 3, c. 26, p. 122, in Supplemento hist. Byzant Venetiis, 1723. [back]

Note 18. See Gaspar Sagittarius, c. 8, p. 85, et Gretser, de Cruce, l. 1, c. 2. Oper. t. 1. [back]

Note 19. See F. Honoré sur la Chevalerie, and principally Mr. Woog, the learned Lutheran professor, who has subjoined to his edition of St. Andrew’s acts, an accurate account of the orders, and guilds of fraternities instituted in honour of St. Andrew. [back]

Note 20. See Combefis, Notat. ad Hippolyt. p. 32, t. 1, ed. Fabricii. [back]

Note 21. See Fordun, Scoti-Chr. l. 2, c. 46, et Usher, Antiq. c. 15, p. 345. [back]

Note 22. The city of St. Andrew’s, situate in the county of Fife, rose from the abbey, and was in a very flourishing condition when the university was erected, in 1441, by Bishop Henry Wardlow, and confirmed by the pope. This university was much augmented by James Kennedy, the succeeding bishop, who was regent of the kingdom during the minority of James III. The next bishop, called Patrick Graham, gained a sentence at Rome, declaring that the Archbishop of York had no jurisdiction over the see of St. Andrew’s, and likewise obtained that this latter should be erected into an archbishopric. (See Sir James Balfour; also Mr. Robert Keith’s catalogue of the several bishops of Scotland, at Edinburgh, 1755, p. 20.) The Abbot of St. Andrew’s of canon-regulars, (who succeeded the Culdees in this place, and were a filiation of the abbey of Scone,) in parliament had the precedence of all the abbots in Scotland. (See Mr. Robert Keith’s account of the religious houses in Scotland, p. 237.) But the abbeys of Scone, upon the river Tay, a mile above Perth, in which the kings were crowned, and where the royal marble chair, now at Westminster, was kept; and Holy-Rood-House, dedicated in honour of the holy cross, both of this Order, were more famous. The regular canons were most flourishing, and succeeded in most of the houses of the Culdees in Scotland. The chief monasteries of the Benedictin Order in Scotland, were Dunfermline, in Pertshire, begun by Malcolm III. surnamed Canmore, where several kings were buried, and the shrine of St. Margaret was kept, and Coldingham in the shire of Berwick, which monastery was re-founded by King Edgar, for monks, the ancient nunnery having been destroyed by the Danes. See Keith, ib.

  The institution of the Order of knighthood in honour of St. Andrew is ascribed by the Scots to King Achaius in the eighth century, which seemed in a manner obliterated, when King James VII. revived it. The collar is made up of thistles and rue, the one not being to be touched without hurt; and the other being an antidote against poison. 
[back]

Note 23. On the panegyrists on St. Andrew, see Fabricius in Biblioth Græcâ, t. 9, p. 54, and in Codice Apocrypho Novi Testamenti, p. 707. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XI: November. The Lives of the Saints.  1866.




SOURCE : http://www.bartleby.com/210/11/301.html
The Feast of the Holy Apostle Andrew the First Called is November 30th. Our Community chose Saint Andrew as its patron saint because the first organizational meeting of our Parish was held on his Feast Day, November 30, 1979. The Patron Icon of St. Andrew, enshrined in the narthex of the Church, is a unique composition that exists nowhere else in sacred art. Iconographer Xenia Pokrovsky designed and wrote this sacred icon in egg-tempera. It depicts St. Andrew’s missionary work in the cities of Syria, from which the ancestors of many of our parishioners emigrated.

Saint Andrew was the son of Jonah and brother of Peter, born in Bethsaida, and a fisherman by profession. He was first a disciple of St. John the Baptist, but, when John pointed to the Lord Jesus and said:”Behold, the Lamb of God” (John 1:36), St. Andrew left his first teacher and followed Christ. After that, Andrew brought his brother Peter to the Lord.

After the descent of the Holy Spirit, it fell to the lot of the First-called of Christ’s Apostles, St. Andrew, to preach the Gospel in Byzantium and Thrace, then in the lands along the Danube, in Russia, and around the Black Sea, and finally in Epirus, Greece, and the Peloponnese, where he suffered persecution. In Byzantium, he installed St. Stachys as its first bishop; in Kiev he raised the Cross on high and prophesied a Christian future for the Russian people; in Thrace, Epirus, Greece, and the Peloponnese, he brought many people to the Faith and gave them bishops and priests. In the city of Patras he performed many wonders in the name of Christ and brought many to the Lord, among whom were the brother and wife of the imperial governor, Aegeatus.

Aegeatus, infuriated by this, put Andrew to torture and then crucified him. While he was still alive on the cross, the Apostle of Christ taught the Christians who were gathered round him. The people wanted to take him down from the cross, but he would not let them. Finally, the Apostle prayed to God, and a strange radiance surrounded him. This light lasted for half an hour and, when it disappeared, the Apostle gave his holy soul into God’s hands. Thus the first-called Apostle, who first of the twelve Great Apostles came to know the Lord and follow Him, finished his earthly course. St. Andrew suffered for the Lord in the year 62 A.D. His relics were translated to Constantinople, but his head was later taken to Rome and one hand to Moscow.

Taken from the Prologue from Ochrid by Bishop Nicholai Velmirovich and translated by Mother Maria. S

St. Andrew is the Patron Saint of Greece, Russia, Romania, Scotland and Luxembourg.

“O ANDREW, THE FIRST-CALLED OF THE APOSTLES AND BROTHER OF THE FOREMOST DISCIPLE, ENTREAT THE MASTER OF ALL TO GRANT PEACE TO THE WORLD AND TO OUR SOULS GREAT MERCY” -TROPARION OF ST. ANDREW

SOURCE : http://standrewlexington.org/patron-saint/

Sant' Andrea Apostolo


Bethsaida di Galilea - Patrasso (Grecia), ca. 60 dopo Cristo

All’apostolo Andrea spetta il titolo di 'Primo chiamato'. Ed è commovente il fatto che, nel Vangelo, sia perfino annotata l’ora («le quattro del pomeriggio») del suo primo incontro e primo appuntamento con Gesù. Fu poi Andrea a comunicare al fratello Pietro la scoperta del Messia e a condurlo in fretta da Lui. La sua presenza è sottolineata in modo particolare nell’episodio della moltiplicazione dei pani. Sappiamo inoltre che, proprio ad Andrea, si rivolsero dei greci che volevano conoscere Gesù, ed egli li condusse al Divino Maestro. Su di lui non abbiamo altre notizie certe, anche se, nei secoli successivi, vennero divulgati degli Atti che lo riguardano, ma che hanno scarsa attendibilità. Secondo gli antichi scrittori cristiani, l’apostolo Andrea avrebbe evangelizzato l’Asia minore e le regioni lungo il mar Nero, giungendo fino al Volga. È perciò onorato come patrono in Romania, Ucraina e Russia. Commovente è la 'passione' – anch’essa tardiva – che racconta la morte dell’apostolo, che sarebbe avvenuta a Patrasso, in Acaia: condannato al supplizio della croce, egli stesso avrebbe chiesto d’essere appeso a una croce particolare fatta ad X (croce che da allora porta il suo nome) e che evoca, nella sua stessa forma, l’iniziale greca del nome di Cristo. La Legenda aurea riferisce che Andrea andò incontro alla sua croce con questa splendida invocazione sulle labbra: «Salve Croce, santificata dal corpo di Gesù e impreziosita dalle gemme del suo sangue… Vengo a te pieno di sicurezza e di gioia, affinché tu riceva il discepolo di Colui che su di te è morto. Croce buona, a lungo desiderata, che le membra del Signore hanno rivestito di tanta bellezza! Da sempre io ti ho amata e ho desiderato di abbracciarti… Accoglimi e portami dal mio Maestro».

Patronato: Pescatori

Etimologia: Andrea = virile, gagliardo, dal greco

Emblema: Croce decussata, Rete da pescatore

Martirologio Romano: Festa di sant’Andrea, Apostolo: nato a Betsaida, fratello di Simon Pietro e pescatore insieme a lui, fu il primo tra i discepoli di Giovanni Battista ad essere chiamato dal Signore Gesù presso il Giordano, lo seguì e condusse da lui anche suo fratello. Dopo la Pentecoste si dice abbia predicato il Vangelo nella regione dell’Acaia in Grecia e subíto la crocifissione a Patrasso. La Chiesa di Costantinopoli lo venera come suo insigne patrono.

Tra gli apostoli è il primo che incontriamo nei Vangeli: il pescatore Andrea, nato a Bethsaida di Galilea, fratello di Simon Pietro. Il Vangelo di Giovanni (cap. 1) ce lo mostra con un amico mentre segue la predicazione del Battista; il quale, vedendo passare Gesù da lui battezzato il giorno prima, esclama: "Ecco l’agnello di Dio!". Parole che immediatamente spingono Andrea e il suo amico verso Gesù: lo raggiungono, gli parlano e Andrea corre poi a informare il fratello: "Abbiamo trovato il Messia!". Poco dopo, ecco pure Simone davanti a Gesù; il quale "fissando lo sguardo su di lui, disse: “Tu sei Simone, figlio di Giovanni: ti chiamerai Cefa”". Questa è la presentazione. Poi viene la chiamata. I due fratelli sono tornati al loro lavoro di pescatori sul “mare di Galilea”: ma lasciano tutto di colpo quando arriva Gesù e dice: "Seguitemi, vi farò pescatori di uomini" (Matteo 4,18-20).

Troviamo poi Andrea nel gruppetto – con Pietro, Giacomo e Giovanni – che sul monte degli Ulivi, “in disparte”, interroga Gesù sui segni degli ultimi tempi: e la risposta è nota come il “discorso escatologico” del Signore, che insegna come ci si deve preparare alla venuta del Figlio dell’Uomo "con grande potenza e gloria" (Marco 13). Infine, il nome di Andrea compare nel primo capitolo degli Atti con quelli degli altri apostoli diretti a Gerusalemme dopo l’Ascensione.

E poi la Scrittura non dice altro di lui, mentre ne parlano alcuni testi apocrifi, ossia non canonici. Uno di questi, del II secolo, pubblicato nel 1740 da L.A. Muratori, afferma che Andrea ha incoraggiato Giovanni a scrivere il suo Vangelo. E un testo copto contiene questa benedizione di Gesù ad Andrea: "Tu sarai una colonna di luce nel mio regno, in Gerusalemme, la mia città prediletta. Amen". Lo storico Eusebio di Cesarea (ca. 265-340) scrive che Andrea predica il Vangelo in Asia Minore e nella Russia meridionale. Poi, passato in Grecia, guida i cristiani di Patrasso. E qui subisce il martirio per crocifissione: appeso con funi a testa in giù, secondo una tradizione, a una croce in forma di X; quella detta poi “croce di Sant’Andrea”. Questo accade intorno all’anno 60, un 30 novembre.

Nel 357 i suoi resti vengono portati a Costantinopoli; ma il capo, tranne un frammento, resta a Patrasso. Nel 1206, durante l’occupazione di Costantinopoli (quarta crociata) il legato pontificio cardinale Capuano, di Amalfi, trasferisce quelle reliquie in Italia. E nel 1208 gli amalfitani le accolgono solennemente nella cripta del loro Duomo. Quando nel 1460 i Turchi invadono la Grecia, il capo dell’Apostolo viene portato da Patrasso a Roma, dove sarà custodito in San Pietro per cinque secoli. Ossia fino a quando il papa Paolo VI, nel 1964, farà restituire la reliquia alla Chiesa di Patrasso.

Autore:
Domenico Agasso