samedi 17 novembre 2012

Saint GRÉGOIRE le THAUMATURGE, évêque et confesseur


Saint Grégoire le Thaumaturge

Évêque

(† 270)

Saint Grégoire opéra tant de prodiges, que, de son vivant, il fut appelé le Thaumaturge, c'est-à-dire faiseur de miracles. Né de parents nobles et riches, mais païens, dès son enfance il eut le sentiment de la vérité du christianisme. L'enseignement du grand Origène le confirma dans cette pensée; il reçut le Baptême: "Servez-vous, lui écrivit son Maître, des talents que Dieu vous a donnés pour la défense de la religion du Christ, et pour cela, ayez surtout soin de joindre la prière à l'étude."

Grégoire eût pu occuper les plus hautes places; il préféra vendre tous ses biens, en donner le prix aux pauvres et se retirer dans la solitude pour y converser seul à seul avec Dieu. Il dut bientôt accepter le fardeau de l'épiscopat; sa science et ses miracles lui donnèrent une influence étonnante sur les peuples. Grégoire était un homme doué de l'esprit des Apôtres et des Prophètes.

Toute sa conduite, dit saint Basile, portait l'empreinte de la perfection évangélique. Jamais il ne priait que la tête découverte; il parlait avec simplicité et modestie; il avait en horreur le mensonge, l'habileté et tous les détours qui ne s'accordent point avec l'exacte vérité. Il ne pouvait supporter ce qui blesse la douceur et la charité. Il mourut ne laissant que dix-sept idolâtres où il avait trouvé dix-sept chrétiens.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950




GRÉGOIRE DE NYSSE. SUR LA VIE ET LES MIRACLES DE NOTRE PÈRE PARMI LES SAINTS, GRÉGOIRE LE THAUMATURGE


GNO X 1, 3-57 (PG 46, 893 - 957)

Traduction (provisoire) de Pierre Maraval

I/ Introduction

L'assistance de l'Esprit nécessaire

1. Le but de notre discours et de la présente assemblée est le même : Grégoire le Grand, pour vous, est le motif de la réunion; pour moi celui de l'entretien. Je pense, pour ma part, que j'ai besoin de la même force et pour pratiquer la vertu en actes, et pour raconter dignement ses belles actions en paroles. Aussi faudrait-il demander l'assistance grâce à laquelle celui-ci, durant sa vie, pratiqua la vertu. Or celle-ci, à mon avis du moins, c'est la grâce de l'Esprit, qui fortifie par elle-même, et pour leur vie et pour leur discours, ceux qui prennent au sérieux l'une et l'autre. Puis donc que cette illustre et célèbre existence a été dirigée par la force de l'Esprit, c'est un fruit de la prière que l'assistance apportée au discours soit aussi abondante que celle qui advint à celui-ci pendant sa vie, De la sorte, la louange ne sera pas trouvée inférieure à la réputation de ses actions vertueuses, mais un tel homme sera montré à ceux qui sont présents, /p.4 Heil/, grâce à la commémoration qui est faite de lui, tel qu'il était pour ceux de ce temps-là, lorsqu'on le voyait lui-même dans ses oeuvres.

Les devoirs de l'orateur et des auditeurs

2. Si donc le souvenir de ceux qui ont excellé dans la vertu était sans profit et qu'il ne contribue en rien au bien de ses auditeurs, il serait peut-être superflu et vain d'orienter sans aucune utilité le discours lui-même vers la louange, en le déroulant en vain et en fatiguant inutilement l'auditoire. Mais puisque la grâce d'un tel discours, dans des circonstances normales, doit être un gain commun pour tous les auditeurs, comme l'est un phare pour ceux qui naviguent sur mer, dirigeant vers lui ceux qui errent au large dans l'obscurité, je pense qu'il faut pour cela une ardeur égale et de votre part et de la mienne : de la vôtre pour écouter, de la mienne pour parler. Il est clair en effet que la vie vertueuse de celui-ci, en resplendissant pour nos âmes à la manière d'un phare, grâce à la commémoration, est une voie vers le bien et pour celui qui l'expose, et pour ceux qui l'écoutent. Car les hommes, par nature, ont en propre de vouloir et de désirer acquérir tout ce qui est précieux et digne de louange.

L'éloge atteindra son but

3. Tel est donc le thème de notre discours. Mais pour moi qui ose aborder ce thème, que le discours soit capable de s'élever à la hauteur des faits ou qu'il ne le soit pas est de toute façon sans danger, car la louange sera égale, dans les deux cas, pour celui qui fait l'objet de l'éloge. Si le discours réussit à exprimer ses miracles, il frappera certainement l'auditoire par ces belles actions; s'il reste inférieur à leur grandeur, même en ce cas la gloire de celui dont on fait l'éloge sera rendue éclatante, car la louange la plus grande d'un homme, c'est de montrer qu'il dépasse la capacité de ceux qui le louent.

Critères de l'éloge païen et chrétien

4. Mais qu'aucun de ceux qui ont été instruits dans la sagesse divine ne s'attende à ce que celui qu'on célèbre spirituellement soit loué, selon la coutume des païens, au moyen des procédés artificiels des éloges. L'appréciation du bien ne se fait pas selon les mêmes critères chez nous et chez les autres, et l'on ne trouverait pas les mêmes jugements sur les mêmes choses /p. 5/ chez ceux qui vivent selon le monde (cf. Eph 2, 2) et ceux qui se sont élevés au-dessus du monde. Pour ceux-là, ce qui semble être une grande chose, et digne de recherche, c’est la richesse, la race, la gloire, les magistratures mondaines, les mythes fondateurs de la patrie, et ces récits à fuir pour tous ceux qui ont quelque intelligence - trophées, combats, les malheurs provoqués par les guerres. Mais pour l'opinion qui a cours chez nous, sont dignes d'honneur une seule patrie, le paradis, premier foyer du genre humain, une seule cité, la cité céleste, construite de « pierres vivantes » (1P 2, 5), « dont Dieu est l'architecte et le constructeur » (Hb 11, 10), une seule noblesse de race, la parenté avec Dieu. Celle-ci ne s'acquiert pas automatiquement, à la manière de la bonne naissance selon le monde, qui souvent se transmet par une succession automatique, même pour les indignes, mais il n'est pas possible de l’acquérir autrement que par un libre choix : « A ceux qui l'ont reçu, dit la parole sainte, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Y aurait-il quelque chose de plus noble que cette naissance ? Les traditions ancestrales, chez tous les autres, sont des mythes, des inventions, des fraudes de démons mêlées à des récits mythiques, mais les nôtres n'ont pas besoin d'être racontées. Qui regarde vers le ciel et contemple, avec l’œil de l'âme, les beautés présentes en lui et toute la création, dans toutes les merveilles qu'il sera capable de saisir en elles, trouvera les récits de notre patrie, ou plutôt non de la patrie elle-même, mais de la colonie où nous demeurons après avoir été chassés de la vie plus haute, le monde présent.

Objet transcendant de l'éloge chrétien

5. Si la colonie est telle, il faut imaginer quelle est la métropole de la colonie, quelle beauté est en elle, quel en est le palais royal, quel est le bonheur de ceux qui ont reçu d'y habiter. Car si ce qui apparaît /p.6/ dans la création est tel que cela passe la louange, que faut-il imaginer de ce qui est au-dessus de cela, ce qu'il n'est pas possible à l’œil de saisir, ni à l'oreille d'entendre, ni à la pensée de concevoir(1 Co 2, 9). C'est pour cela que la loi divine des éloges exclut du bon renom spirituel les bagatelles d'ici-bas, jugeant honteux que ceux qui se sont rendus fameux par de telles actions soient célébrés au moyen de ce qui a du prix sur terre. Qu'un homme mondain, qui a en vue le bonheur matériel, recherche la louange des hommes à partir de telles réalités - que sa patrie est riche en troupeaux, que la mer fournit d'elle-même d'abondantes provisions pour les gloutons, que des pierres bien disposées embellissent les constructions. Mais celui qui regarde vers la vie d'en haut, celui pour qui la pureté de l'âme est une beauté, la pauvreté une richesse, la vertu une patrie, le palais royal lui-même de Dieu une cité, tiendra pour une honte l'honneur qui est placé dans les réalités terrestres.

Seule la vie vertueuse est à prendre en considération

6. Ainsi donc, laissant de côté nous aussi de telles réalités, nous n'ajouterons pas la patrie aux louanges du grand Grégoire, ni n'évoquerons ses ancêtres à l'appui de ses éloges, sachant qu'aucune louange n'est vraie si elle n'est pas le bien propre de ceux qu'on loue - nous appelons bien propre ce qui demeure continuellement, ce qu'on ne peut jamais enlever à quelqu'un. Donc, puisque, en nous abstenant de tout cela - richesse, renommée, gloire, honneur, luxe, plaisir, parents, amis -, nous restons attachés à la seule disposition au vice ou à la vertu, ne jugeons bienheureux que celui qui est vertueux.

Feinte rhétorique : la patrie

7. Pourtant, que personne ne pense que c'est parce qu'il n'y aurait rien d'honorable à raconter sur la patrie et les ancêtres de cet homme que, sous prétexte de paraître les mépriser, /p.7/ je passe sous silence la honte qui serait la leur. Qui ne connaît en effet le surnom du Pont, qui a été spécialement attribué à cette nation par tous les hommes et témoigne de la vertu de ceux qui, depuis l'origine, ont reçu ce lieu en partage. Seul de toutes les terres et les mers, ce Pont est appelé « favorable » (euxeinos), soit que ce nom témoigne de leur bienveillance pour les étrangers qui y résident, soit que l'endroit soit tel qu'il procure en abondance les ressources pour la vie, non seulement aux autochtones, mais aussi à ceux qui, de partout, ont coutume de s'y rendre. Telle est la nature de cette région qu'elle produit en abondance tout ce qui est nécessaire pour la vie et qu'elle n'est pas dépourvue des biens qui viennent d'ailleurs, car la mer leur permet d'acquérir ceux de toute provenance. Il en est ainsi de toute cette nation, car quelle que soit la partie qu'on en examine pour elle-même, on pense qu'elle est supérieure aux autres. Néanmoins, de l'avis unanime de la nation, la ville du grand Grégoire est en quelque sorte ce qu'il y a de plus noble parmi celles qui sont à l'entour : un empereur illustre parmi ceux qui ont exercé le pouvoir chez les Romains, du nom de César, pris d'amour et d'affection pour cette région, l'a jugée digne d'être appelée de son nom. Mais cela n'a rien à voir avec notre but, comme de croire que nous montrerions ce grand saint plus vénérable pour les raisons suivantes - que la région abonde en fruits, que la ville est ornée de constructions, que grâce à la mer voisine les produits de partout, quels qu'ils soient, y viennent à volonté.

Seconde feinte rhétorique : les ancêtres

8. Et dans le présent discours, je ne ferai pas mémoire non plus de ses ancêtres, ceux qui furent à l'origine de sa naissance selon la chair, en évoquant leur richesse, leurs honneurs et leur réputation mondaine. En quoi cela - les tombeaux, les stèles funéraires, les inscriptions, les récits du passé - contribuera-t-il à la louange de celui qui s'est élevé lui-même /p.8/ au-dessus du monde entier ? Et surtout, il n'est pas possible d'invoquer, pour en faire partager le bon renom, ceux dont celui-ci a renié la parenté spirituelle. Ceux-là en effet firent preuve de sottise en étant dans l'erreur de l'idolâtrie; celui-ci, ayant levé les yeux vers la vérité, s'est introduit dans la parenté d'en haut par la foi. Mais passons sous silence comment et de quels parents il est né, et quelle ville il a habitée durant ses premières années - ce qui est complètement inutile pour le présent exposé -, et nous prendrons pour commencer notre éloge le moment où il adopta la vie vertueuse.

II/ La vie selon la vertu dans sa jeunesse

1. L'intelligence du bien : l ‘acquisition des vertus

9. Lorsqu'il était encore dans sa prime jeunesse, il fut privé de la sollicitude que portent naturellement les parents, car les siens étaient morts. À un moment où, chez la plupart, l'intelligence est imparfaite en raison de l'âge et se trompe dans son appréciation du bien, il se montra aussitôt, dans les premières années de son âge, tel qu'il devait être dans la perfection de celui-ci. De même que les bourgeons de bonne venue, lorsque pendant leur première croissance ils se développent en rameaux bien droits, montrent aux cultivateurs, à travers leur grâce présente, leur beauté à venir, de même celui-ci , quand, chez les autres, l'âme est chancelante par ignorance et se laisse aller facilement à ce qui est vain et inutile, comme la plupart des occupations de la jeunesse, a montré alors en lui-même, dans les premiers choix de sa vie, la vérité de la parole de David : « Le juste fleurira comme le palmier » (Ps 91, 13). Seul cet arbre s'élève de terre avec une tête parfaitement touffue, et lorsqu'il croît en hauteur, il ne reçoit avec le temps aucun accroissement en largeur. De même celui-ci, dès son premier bourgeon, fleurit aussitôt par son choix de vie, s'élevant parfait et avec un feuillage touffu. Se tenant à l'écart de tout ce qui passionne la jeunesse - équitation, chasse, élégance, vêtements, jeu de dés /p.9/, plaisir, il s'adonnait aussitôt tout entier à l'acquisition des vertus, choisissant constamment ce qui convenait à l'âge qui était le sien.

2. La sagesse et les vertus connexes

10. Sa première préoccupation, pour acquérir les vertus, est celle de la sagesse. A la suite de celle-ci, comme un poulain attelé avec elle, la tempérance, et l'alliée de toutes deux, la chasteté. L'absence d'orgueil et de colère s'accompagnait du mépris des richesses, car la cause de l'enflure et de l'orgueil n'est autre que la cupidité, qui amène avec elle d'autres passions.

Comparaison avec Abraham

L'Écriture rapporte que le patriarche Abraham, lorsqu'il eut acquis la science de la philosophie chaldéenne et qu'il eut observé la position et le mouvement harmonieux et ordonné des astres, se servit de cette connaissance comme d'un marchepied pour accéder à la contemplation du bien supérieur, ayant pensé que si de telles réalités sensibles peuvent être saisies par l'intelligence, qu'en serait-il de celles qui sont au-delà du sensible ? Il obtint ainsi ce qu'il cherchait, ayant acquis la sagesse païenne et étant devenu, grâce à elle, plus élevé, de manière à pouvoir s'approcher d'une certaine façon, grâce à elle, des réalités inaccessibles. De même, ce Grand, ayant assidûment fréquenté la philosophie païenne, fut amené à la connaissance du christianisme par cela même grâce à quoi l'hellénisme s'assure une influence auprès de la plupart. Abandonnant la religion erronée de ses pères, il cherchait la vérité de ce qui est, ayant appris de la réflexion même des païens l'inconsistance des doctrines grecques. Lorsqu'il vit en effet que la philosophie, aussi bien celle des Grecs que celle des barbares, était divisée en conceptions différentes touchant les opinions sur le divin, et que les tenants de ces doctrines ne s'accordaient pas entre eux et rivalisaient pour faire prévaloir chacun sa propre opinion au moyen de l'habileté de leurs discours, il abandonna ceux-ci, qui s'excitaient les uns contre les autres comme dans une guerre civile, et il s'attache à la parole ferme de la foi, qui prévaut sans aucun raffinement du discours ni artifice de l'art, mais est annoncée également à tous grâce à la simplicité de ses paroles /p. 10/, elle qui tire sa crédibilité d'être au-dessus de la connaissance.

Autre comparaison avec Moïse

11. Si ce qui est dit était tel qu'on puisse le comprendre par la force de raisonnements humains, ce ne serait pas différent de la sagesse grecque, car eux aussi estiment que ce qu'ils ont réussi à comprendre, cela même existe. Mais puisque la compréhension de la nature supérieure est inaccessible aux raisonnements humains, à cause de cela la foi remplace les raisonnements, elle qui s'étend vers ce qui est au-dessus de la raison et de la compréhension. C'est pourquoi, de même que l'Écriture dit de Moïse qu’« il fut instruit de toute la sagesse des Égyptiens » (Ac 7, 22), de même ce Grand, qui était passé par toute l'éducation des Grecs et connaissait par expérience la faiblesse et l'inconsistance de leurs doctrines, se fait disciple de l'Évangile, et avant d'y être amené par la naissance mystique et incorporelle, il dirigeait sa vie de manière à n'apporter au baptême aucune souillure de péché.

3. La chasteté.

12. Comme telle était sa conduite en Égypte, dans la ville d'Alexandrie, où afflue de toutes parts la jeunesse qui s'adonne à la philosophie ou à la médecine, il était pour ses condisciples un spectacle pénible, jeune homme paré d'une chasteté supérieure à celle des vieillards. La louange de sa pureté était un blâme pour les impurs. Pour procurer une excuse aux débauchés - celle de ne pas être seuls à paraître tels - une machination, fruit d'un complot, fut mise en place, pour que quelque reproche soit infligé à la vie du Grand. Ils lui envoient, pour l'accuser, une prostituée issue du lieu de débauche, méprisée pour son indignité. Alors que celui-ci, selon son habitude, s'entretenait avec des hommes cultivés d'un des problèmes de la philosophie, dans une attitude sérieuse, la femme s'approche, en se dandinant lascivement et en feignant par tous les moyens d'être dans sa familiarité [et par ce qu'elle disait et par ce qu'elle faisait]. Elle disait ensuite /p. 11/ qu'elle avait été privée de sa rétribution, en ajoutant encore avec impudence les motifs pour lesquels elle se plaignait de la privation de récompense.

...confirmée par Dieu

13. Alors que ceux qui connaissaient la vie de celui-ci s'indignaient et s'élançaient avec colère contre la femme, lui ne se troubla point avec ceux qui se fâchaient à cause de lui; bien qu'il fût calomnié, il ne dit rien de ce qu'il est naturel que dise un accusé. Il n'appela pas à son secours les témoins de sa vie, ni n'écarta le reproche par un serment, ni ne dénonça la malignité de ceux qui avaient machiné cela contre lui. S'étant tourné vers un de ses familiers, il dit d'une voix douce et posée : « Eh, toi, donne-lui l'argent, pour qu'elle ne trouble pas davantage, par son agitation, le sérieux que nous mettons à la discussion ». Mais lorsque celui qui avait été chargé de cela, après avoir appris de la prostituée combien d'argent elle demandait de lui, eut payé aussitôt toute la somme, alors que le complot des débauchés contre le juste touchait à son terme et que le salaire était déjà dans la main de l'infâme, à ce moment-là vient de Dieu le témoignage de la chasteté du jeune homme et la réfutation de la calomnie de ses condisciples. Au moment même où elle recevait l'argent dans sa main, torturée par un esprit démoniaque, gémissant et hurlant comme une bête, non d'une voix humaine, elle tombe face contre terre au milieu de ceux qui étaient assemblés, devenue subitement pour ceux qui étaient présents un spectacle affreux et effrayant, avec ses cheveux épars et qu'elle arrachait de ses mains, ses yeux révulsés, sa bouche qui crachait de la bave... Et le démon ne cessa de l'oppresser, jusqu'à ce que ce Grand invoque Dieu et demande miséricorde pour elle.

Grandeur de la conduite de Grégoire

14. Tels sont les récits de la jeunesse de ce Grand, digne prologue de sa vie future. En vérité, cette action admirable est telle que, même s'il n'y avait rien d'autre à ajouter à cela, il n’obtiendrait d'aucun de ceux qui vivent dans la vertu, à partir de cela seul, le second rang dans les louanges. Riche, jeune, résidant à l'étranger, dans une ville très peuplée, où parce que les /p.12/ jeunes vivent à volonté dans le plaisir, la pureté était une tare pour ceux qui n'étaient pas chastes, sans mère qui prenne soin de sa vie, sans père qui guide son existence quotidienne, il s'éleva à tel point, par son impassibilité, vers la vertu, que celui qui surveille toutes choses se fit le témoin de sa vie, celui qui réfuta d'un coup sévère la calomnie de la femme. Que pourrait-on imaginer de plus grand comme motif d'éloge ? Comment louerait-on dignement celui-ci ? Lui qui avait triomphé de la nature par la raison avait soumis sa jeunesse, comme un animal domestiqué, au joug du raisonnement, s'était rendu maître de toutes les passions physiques qui l'agitaient. Lorsqu'il attira sur lui l'envie, qui s'attaque à ceux qui sont bons, il se rendit aussi maître de celle-ci, sans se lever pour se défendre contre la méchanceté de ses compagnons et en se montrant bienfaisant envers celle qui les avait assistés pour attirer le blâme sur lui, en la délivrant par la prière des souffrances provoquées par le démon.

Comparaison avec Joseph et amplification : il est supérieur à Joseph

15. Nous apprenons quelque chose de semblable dans l'histoire de Joseph : il pouvait commettre un crime avec la femme de son maître, car celle-ci était devenue folle d'amour pour la beauté du jeune homme, et il n'y avait personne comme témoin de ce qu'il aurait osé (cf. Gn 39, 7 s.). Eh bien, lui aussi, regardant vers l’œil de Dieu, préféra paraître mauvais plutôt que l'être, et supporter le sort des malfaiteurs plutôt que devenir un malfaiteur. Mais peut-être Grégoire peut-il davantage tirer gloire de ce récit, car il n'est pas équivalent, en matière d'éloignement de la souillure, d'éviter le crime d'adultère et d'accepter d'être blâmé pour un délit moindre. Lui donc, qui d'après les lois n'était nullement en danger, ayant jugé que le plaisir même issu du péché était, par lui-même, plus redoutable que le châtiment /p.13/, ou bien a dépassé Joseph par la grandeur de cette action admirable, ou bien ne sera certainement pas jugé inférieur à lui. Eh bien, tels furent les commencements de sa vie; sa vie elle-même, que fut-elle ?

4. L'étude des sciences divines

16. Lorsqu'il eut parcouru tout le cycle éducatif de la sagesse païenne, il rencontra un certain Firmilien, qui faisait partie des eupatrides de Cappadoce, de mœurs semblables aux siennes, comme il le montra dans la suite de sa vie, lorsqu'il devint l'ornement de la ville de Césarée. Grégoire fit connaître à son ami le but de sa propre vie - qu'il regardait vers Dieu -, et il comprit que l'intention de celui-ci s'accordait avec son propre désir. Abandonnant toute étude de la philosophie païenne, il se rend avec lui près de celui qui, en ce temps-là, était le guide de la philosophie des chrétiens - c'était Origène, dont le renom est grand par ses écrits. Il montrait ainsi non seulement son amour de la science et du labeur, mais aussi l'équilibre et la mesure de son caractère. Bien qu'il fût rempli d'une si grande sagesse, il ne dédaigna pas de recourir à un autre maître pour les sciences divines. Lorsqu'il eut passé auprès du maître le temps qu'il fallait pour acquérir ces sciences, alors que beaucoup cherchaient à le retenir en terre étrangère et lui demandaient de rester chez eux, il préféra à toutes la patrie où il avait vécu et y retourna, ramenant avec lui les multiples richesses de la sagesse et de la science que, comme un marchand, il avait acquises dans les études profanes en fréquentant des personnages de renom.

5. Le rejet d'une carrière brillante

17. Du reste, pour qui juge bien les faits, cela non plus ne paraîtra nullement une petite chose à mettre à sa louange que d'avoir refusé l'invitation commune venue d'une si grande ville et de n'avoir pas accepté la demande instante de rester parmi eux que lui faisaient tous les gens cultivés, ainsi que l'invitation dans le même sens de leurs magistrats. Le but de tous était que ce Grand reste chez eux pour y être comme un fondateur de vertu et un législateur de vie. Mais lui, fuyant les motifs d'orgueil d'où qu'ils viennent, sachant que la passion de la superbe est d'ordinaire la cause principale d'une vie mauvaise, /p.14/revient à la vie paisible dans sa patrie, comme dans un port.

6. Le choix de la vie solitaire

18. Tout le peuple avait les yeux fixés sur l'homme et tous s'attendaient à ce qu'il manifeste en public sa culture dans des réunions publiques, afin d'obtenir, comme fruit de ses longs labeurs, la renommée qui leur est attachée. Or ce Grand savait comment il convient que la vraie philosophie soit manifestée publiquement par ceux qui la recherchent sérieusement. Pour que son âme ne soit pas blessée par la recherche des honneurs - la louange qui vient des auditeurs est en effet redoutable parce qu'elle affaiblit l'énergie de l'âme par la fumée de l'orgueil et l'amour de la gloire -, il fit une déclamation publique par son silence, montrant par un acte et non par des paroles le trésor qui était en lui. S'étant éloigné des tumultes de la place publique et, totalement, du mode de vie urbain, il vivait dans un lieu écarté avec lui-même seul, et ainsi avec Dieu, en faisant peu de cas du monde entier et de tout ce qui est en lui. Il ne se mêlait pas des affaires de l’empire, ne s'intéressait pas aux magistratures, n'écoutait pas qui lui rapportait comment étaient administrées les affaires publiques. Mais il se préoccupait de la manière dont l'âme est rendue parfaite dans la vertu et il tendait avec force toute sa vie vers ce but. Ayant laissé tomber toutes les affaires de ce monde, c’était en notre temps un autre Moïse, rivalisant vraiment avec les actions admirables de celui-ci.

Comparaison avec Moïse et amplification : supériorité de Grégoire

19. Tous deux, Moïse et Grégoire, quittèrent cette existence pleine de trouble et de bruit, chacun en son temps vivant pour eux-mêmes, jusqu'à ce que pour tous deux devienne visible, suite à une apparition divine, l'avantage d'une vie pure. Mais pour Moïse, une épouse accompagnait la philosophie, alors que Grégoire avait pour compagne la seule vertu. Si pour l'un et l'autre le but était identique – la fin, pour l'un et l'autre, en s'éloignant de la multitude, était de contempler les divins mystères de l’œil de l'âme /p. 15/-, il est loisible à qui sait apprécier la vertu de juger duquel des deux la vie était le plus marquée par l'absence de passions, de celui qui s'était abaissé à la participation légitime et tolérée des plaisirs ou de celui qui s'était élevé au-dessus de celle-ci et n'avait donné aucune voie d'accès à la passion matérielle.

7. L'ordination épiscopale

20. Comme Phaidimos, à qui Dieu avait donné, par l'Esprit Saint, la faculté de prévoir l'avenir, était à ce moment-là le guide de l'église d'Amasée, et qu'il mettait tout son soin à gagner le grand Grégoire et à le mener à la direction de l'Église, pour qu'un si grand bien ne mène pas une vie paresseuse et inutile, celui-ci, s'étant aperçu de l'intention de l'évêque, tenta de se cacher en se rendant dans un autre lieu désert. Ce grand Phaidimos, en faisant toute tentative et en utilisant tous les moyens imaginables, ne réussissait pas à conduire au sacerdoce cet homme, qui se gardait de tous ses yeux pour n'être pas saisi par la main de l'évêque, et leurs préoccupations étaient contradictoires - l'un désirait prendre, l'autre fuir celui qui le poursuivait, car celui-là savait qu'il porterait à Dieu un don sacré, tandis que celui-ci craignait que les devoirs du sacerdoce, imposés à sa vie comme un fardeau, ne deviennent pour lui un obstacle à la philosophie. 21. À cause de cela, Phaidimos, poussé par une impulsion divine à réaliser son projet, sans se préoccuper de la distance qui le séparait de Grégoire - celui-ci était éloigné de lui de trois jours de voyage -, ayant levé les yeux vers Dieu et dit qu'à cette heure-là lui-même et celui-ci étaient pareillement sous le regard de Dieu, il envoie sa parole, à défaut d'imposition des mains, à Grégoire. Il consacre à Dieu celui qui n'était pas présent de corps et lui confiant cette ville, qui, jusqu'à ce moment-là, était à ce point soumise à l'erreur des idoles /p.16/ qu’il ne s'en trouvait pas plus de dix-sept qui avaient accueilli la parole de la foi, alors que les habitants de la ville et des environs étaient innombrables.

8. L’évêque instruit par Dieu

22. Ainsi donc, contraint de se soumettre au joug, lorsque après cela eurent été accomplies sur lui toutes les cérémonies rituelles, il demanda à celui qui avait proclamé sur lui le sacerdoce un peu de temps pour approfondir le mystère; il pensait qu'il ne devait plus avoir égard « à la chair et au sang », comme le dit l'Apôtre (Ga 1, 16), mais il demandait que la révélation des choses cachées lui vienne de Dieu. Il n'eut pas l'audace de s'adonner à la prédication de la parole avant que la vérité ne lui ait été révélée par une vision. Une nuit, alors qu'il réfléchissait sur le discours de la foi et qu'il échafaudait des raisonnements de toutes sortes - car il y avait alors des gens qui falsifiaient la pieuse doctrine et, par l'habileté de leurs argumentations, rendaient souvent la vérité incertaine, même pour ceux qui la connaissaient bien -, alors donc qu'il veillait et réfléchissait à cela, lui apparut en vision un personnage âgé ayant l'aspect d'un homme, dont le vêtement manifestait le caractère sacré, qui annonçait une grande vertu par la grâce de son visage et la dignité de son maintien.

Une vision lui donne la connaissance de la foi

23. Frappé de stupeur à ce spectacle, il se leva de son lit et lui demanda qui il était et à quelle fin il venait. Celui-ci apaisa le trouble de sa pensée d'une voix douce et lui dit qu'il lui était apparu sur ordre de Dieu en raison des questions controversées autour de lui, pour que lui soit révélée la vérité de la foi pieuse. Lui reprit courage à ces paroles et le regarda avec joie et étonnement. Ensuite celui-ci, ayant tendu la main droite devant lui, comme pour lui montrer avec les doigts /p.17/ tendus ce qui apparaissait sur le côté, lui fit tourner le regard par sa main tendue et voir en face une autre apparition sous l'aspect d'une femme, bien supérieure à une apparition humaine. Lui, à nouveau frappé de stupeur, détourna son visage; il était incapable de voir ce spectacle, car ses yeux ne pouvaient supporter l'apparition. Ce qu'il y avait de tout à fait extraordinaire dans cette vision, c'était, alors que la nuit était profonde, qu'une lumière brillait sur ceux qui lui étaient apparus, comme si une lampe brillante était allumée. Comme ses yeux ne pouvaient supporter l'apparition, il entendit ceux qui lui étaient apparus s'entretenir au cours d’une conversation sur l'objet de sa recherche; grâce à eux, non seulement il fut instruit de la véritable connaissance de la foi, mais il reconnut grâce à leurs noms ceux qui lui étaient apparus, chacun d'entre eux appelant l'autre de son propre nom.

Il met par écrit l'enseignement reçu

24. On dit en effet qu'il entendit celle qui était apparue sous l'aspect d'une femme exhorter l'évangéliste Jean à révéler au jeune homme le mystère de la vérité, et celui-ci lui répondre qu'il était prêt à accorder cela à la mère du Seigneur, puisque ce lui était agréable. Ayant ainsi exposé la question de manière convenable et bien claire, ils disparurent ensuite de sa vue. Et lui aussitôt mit par écrit cette divine mystagogie et c’est d'après elle qu’il annonça ensuite la parole dans l'église ; il laissa à ses successeurs, comme un héritage, cet enseignement donné par Dieu. C'est grâce à lui que, jusqu'à ce jour, le peuple de chez eux, qui est resté exempt de toute hérésie, est initié aux mystères. Les paroles de cette mystagogie sont les suivantes :

Le Credo de Grégoire

Un seul Dieu,

père du Verbe vivant (qui est sagesse subsistante, puissance et caractère éternels),

parfait géniteur du parfait,

père du Fils monogène.

/p.18/ Un seul seigneur,

unique de l'unique,

Dieu de dieu,

caractère et image de la divinité,

verbe agissant,

sagesse qui embrasse l'ordonnance de l'univers,

et puissance qui a faite toute la création,

Fils véritable du Père véritable,

invisible de l'invisible,

ineffable de l'ineffable,

immortel de l'immortel,

éternel de l'éternel.

Un seul Esprit saint,

qui tient son existence de Dieu,

et est apparu par le Fils (aux hommes),

image parfaite du Fils parfait,

vie, cause des vivants,

sainteté, dispensateur de sanctification,

dans lequel sont manifestés Dieu le Père,

celui qui est au-dessus de tout et en tout,

et Dieu le Fils,

celui par qui sont toutes choses.

Trinité parfaite,

qui n'est divisée ni distinguée ni selon la gloire, ni selon l'éternité, ni selon la royauté.

/p.19/(Donc il n'y a rien de créé ni d'esclave dans la Trinité, ni de surajouté comme si cela n'existait pas auparavant, mais avait été introduit par la suite. Donc le Fils n'a jamais fait défaut au Père ni l'Esprit au Fils, mais la même Trinité est toujours immuable et sans changement).

Nouvelle comparaison avec Moïse et amplification : supériorité de Grégoire

26. Celui qui désire être persuadé à ce sujet, qu'il écoute l'église, dans laquelle il proclamait la parole, ceux chez qui le texte écrit de cette bienheureuse main est conservé encore aujourd'hui. Ne rivalise-t-il pas, par la magnificence de la grâce, avec ces tables gravées par Dieu, je veux dire ces tables sur lesquelles furent gravées les prescriptions de la volonté divine ? Le texte dit de Moïse, qui était allé au-delà du visible (cf. Ex 31, 18) et était entré par son âme à l'intérieur des sanctuaires invisibles (c'est cela que désigne la nuée), y apprit les divins mystères et, grâce à sa propre connaissance de Dieu, instruisit tout le peuple. Or on peut voir chez ce Grand aussi la même histoire : pour lui la montagne ne fut pas une colline visible, mais la hauteur de son désir des doctrines véritables; la nuée, ce fut ce spectacle inaccessible aux autres, la tablette, son âme, les lettres gravées sur les tables, la voix de celui qui était apparu, toutes choses grâce auxquelles la révélation des mystères fut faite et pour lui et pour ceux qu'il instruisait des mystères.

III/ Vie selon les vertus de l'adulte

1. Le courage dans la lutte contre le démon

27. Lors donc qu'il eut été rempli d'audace et de courage par cette vision, comme un athlète qui, ayant acquis /p.20/ du pédotribe l'expérience et la force nécessaires pour les combats, plein d'audace, ôte ses vêtements près du stade et s'enduit de poussière pour affronter ses adversaires, de la même manière celui-ci, ayant oint comme il convient son âme par son propre exercice et l’assistance de la grâce qui lui était apparue, s’adonne de même aux combats (il ne faut pas, en effet, parler d'autre chose que de combats ou de luttes tout au long de sa vie sacerdotale, durant laquelle, par la foi, il combattit victorieusement la puissance de l'adversaire). Aussitôt qu'il eut quitté sa retraite et pris le départ vers la ville dans laquelle il devait établir l'église pour Dieu, lorsqu'il apprit que toute la région était sous la coupe de la tromperie des démons et que nulle part n'y avait été bâti un temple du vrai Dieu, que toute la ville et les environs étaient remplis d'autels, de sanctuaires et de statues - car tout le peuple mettait du zèle à orner les temples des idoles et les sanctuaires et à faire durer l'idolâtrie en la fortifiant par des processions, des initiations et des sacrifices répugnants -, comme un vaillant soldat qui affronte le chef de l'armée adverse et, au moyen de celui-ci, met en fuite ses subordonnés, de même ce Grand commence par s'attaquer à la puissance des démons eux-mêmes. De quelle façon ?

Il passe la nuit dans un temple

28. Alors qu'il se rendait du lieu de sa retraite à la ville, comme le soir était tombé et qu'une pluie très violente se prolongeait, il entre dans un sanctuaire avec ceux qui le suivaient. Ce sanctuaire était un des plus fameux : les démons y venaient ouvertement assister les desservants du temple dans leur pratique de la divination des oracles. Entré dans le temple avec ses compagnons, il terrifia les démons en invoquant le nom du Christ. Ayant purifié l'air souillé par les odeurs des sacrifices au moyen du signe de la croix, il y passa la nuit tout entière, en veillant, à son habitude, dans les prières et les hymnes, de manière à transformer en maison de prière celle qui inspirait de l'horreur par le sang répandu sur l'autel et les statues. Quand il eut passé la nuit de cette manière, il allait reprendre son voyage.

Menaces du desservant du temple

29. Or, comme le desservant du sanctuaire, à l'aube, célébrait le culte habituel des démons, on dit que les démons lui apparurent et lui dirent que le sanctuaire leur était inaccessible à cause de celui qui y avait demeuré. Lui, au moyen de purifications et de sacrifices, s'efforçait de faire rentrer les démons dans le temple. Mais comme, malgré toutes ses tentatives, ses efforts étaient inefficaces, car les démons n'obéissaient pas du tout, comme d'habitude, à son invocation, pris de fureur et de colère, le desservant saisit ce Grand et lui adressait les menaces les plus terribles - de le dénoncer aux autorités, d'user de violence à son endroit et de dénoncer à l'empereur ce qu'il avait eu l'audace de faire. Chrétien, ennemi des dieux, il avait osé pénétrer à l'intérieur du sanctuaire ; son entrée avait fait se détourner la puissance qui agissait dans les lieux sacrés, et la force divinatrice des démons ne résidait plus, comme d'habitude, en ces lieux.

Grégoire montre sa puissance

30. Mais celui-ci, rejetant la colère inconsidérée et stupide du desservant au moyen d'une pensée supérieure et opposant à toutes les menaces l'assistance du Dieu véritable, dit qu'il était à ce point convaincu de la puissance de celui qui combattait pour lui qu'il avait le pouvoir de les chasser comme il le voulait et de les faire entrer où il voudrait, et il promit de donner aussitôt les preuves de ce qu'il disait. /p.22/ Le desservant, émerveillé et frappé de stupeur par la grandeur de son pouvoir, lui demanda de montrer en cela même sa puissance et de faire revenir les démons dans le sanctuaire. En entendant cela, le Grand déchira un petit fragment d’un livre et le donna au desservant, après avoir écrit une parole impérative contre les démons. Le texte de ce qui était écrit là-dessus était : « Grégoire à Satan, entre ». Le desservant prit le petit écrit et le plaça sur l'autel ; ensuite, ayant offert les graisses habituelles et les offrandes impures, il vit à nouveau ce qu'il voyait précédemment, avant que les démons n'aient été chassés du temple. Quand cela se fut produit, il se fit la réflexion que Grégoire possédait une puissance divine grâce à laquelle il s'était montré plus fort que les démons.

Le desservant du temple demande un nouveau miracle

31. Il le rejoignit en hâte avant qu'il ne parvienne à la ville et demanda d'apprendre de lui le mystère et quel était ce dieu auquel était soumise la nature des démons. Lorsque le Grand lui eut expliqué le mystère de la piété, le desservant éprouva un sentiment bien naturel de la part d'un non-initié aux choses divines, et il jugea qu'il était indigne de la conception de Dieu de croire que le divin soit apparu aux hommes dans la chair. Comme celui-ci disait que la foi en ce mystère ne s'appuyait pas sur des paroles, mais qu'elle tirait sa crédibilité du caractère extraordinaire des faits, le desservant lui demanda de voir un miracle, pour être conduit par ce fait à l'acceptation de la foi.

Grégoire l'accomplit

32. Alors, dit-on, ce Grand fit le plus incroyable des miracles. Comme le desservant souhaitait qu'une pierre de grande taille qui se trouvait sous leurs yeux /p.23/, une pierre qui ne pouvait être mue de main d'homme, soit transportée dans un autre endroit par la puissance de la foi sur l'ordre de Grégoire, sans hésiter, ce Grand ordonna aussitôt à la pierre, comme à un être animé, de se déplacer vers le lieu qu'avait montré le desservant. Quand cela se fut produit, l'homme aussitôt crut à la parole, et abandonnant tout, famille, maison, épouse, enfants, amis, sacerdoce, foyer, richesses, il préféra à tous ses biens la compagnie du Grand et la participation à ses fatigues, ainsi qu'à cette philosophie et à cet enseignement divins.

Grandeur du miracle

33. Que fasse silence, sur ce sujet, toute habileté artificieuse des discoureurs, qui par quelque rhétorique cherche à élever encore plus haut les grandeurs des miracles. Ce miracle, si on le rapporte, n'est pas tel qu'il puisse être rendu plus petit ou plus grand par le pouvoir de celui qui parle. Que pourrait en effet ajouter à ce miracle, dans ce qu’il en dit, celui qui en parle ? Et comment quelqu'un pourrait-il diminuer, chez ses auditeurs, l'admiration devant ce qui est arrivé ? Une pierre écarte des pierres ceux qui étaient les esclaves des pierres, une pierre devient le héraut de la vraie foi et le guide du salut pour les infidèles, en proclamant la puissance divine, non par un son ou une parole, mais en manifestant par ce qu'elle faisait le Dieu annoncé par Grégoire, Lui à qui toute la création, également soumise, obéit : non seulement tout ce qui est sensible, qui respire et qui est animé, mais même ce qui ne fait pas partie de ces choses, et qui reçoit le commandement du serviteur comme si ce n'était pas privé de sensation. Comment /p.24/ la pierre a-t-elle entendu ? Quelle fut sa perception du pouvoir de celui qui donnait l'ordre ? Quelle faculté de se déplacer possédait-elle ? Quelle était la disposition de ses membres et de ses articulations ? Tout cela et les autres choses semblables, c'est le pouvoir de celui qui donnait l'ordre qui en tient lieu pour la pierre. En voyant ce pouvoir, ce desservant a aussitôt réalisé et pris en dégoût la ruse des démons, destinée à tromper la nature humaine, et il est passé dans les rangs du vrai Dieu, ayant compris le caractère inexprimable de la puissance du maître grâce à ce qu'avait accompli son serviteur. Si la puissance du serviteur est si grande que, par une parole, elle fasse se mouvoir ce qui ne peut se mouvoir, qu'elle se serve d'un ordre pour s'adresser à des êtres insensibles et donne des commandements à des êtres inanimés, quelle surabondance de puissance ne doit-on pas concevoir dans le maître de tout, dont la volonté devint la matière, la forme, la puissance du monde lui-même et de tous les êtres qui sont en lui et au-dessus de lui ?

2. L’assurance : l'entrée de Grégoire à Néocésarée

34. Là-dessus, ce Grand, qui avait commencé de montrer sa supériorité sur les démons et emmenait avec lui le desservant, comme un trophée dressé contre ceux qui avaient été vaincus, après avoir frappé le peuple d'étonnement par le renom (de ses hauts faits), fit alors son entrée dans la ville avec assurance et audace. Il n'avait pour se donner de l'éclat ni chars, ni chevaux, ni mules, ni une suite d'accompagnateurs, mais il était entouré de tous côtés par les vertus. Les habitants de la cité étaient accourus en masse, comme à la recherche d'un spectacle nouveau, et tous désiraient voir quel était ce Grégoire, lui qui, tout homme qu'il fût, avait le pouvoir, comme un roi, sur ceux qu'ils considéraient comme des dieux, faisant par un ordre aller et venir les démons à son gré, là où /p. 25/ il le voulait, comme des esclaves; lui qui emmenait, comme s'il l'avait réduit en son pouvoir, le serviteur de ces démons, lequel méprisait la fonction qui était la sienne auparavant et avait échangé tous ses biens contre la vie en sa compagnie.

3. Autre manifestation de sa vertu

35. Tous l'attendaient devant la cité dans ces dispositions. Quand il arriva chez eux, alors que tous avaient les yeux fixés sur lui, passant devant ces gens comme devant une matière sans vie, sans se tourner vers aucun de ceux qui venaient à sa rencontre, mais se dirigeant droit vers la ville, il les frappa davantage encore d'étonnement, car il apparaissait à ceux qui le voyaient supérieur à sa renommée. Qu'en entrant pour la première fois dans une grande ville, sans jamais en avoir eu l'habitude auparavant, il n'ait pas été frappé d'étonnement parce qu'un peuple aussi considérable s'était rassemblé pour lui, mais que, s'avançant comme à travers un désert, il n'ait dirigé son regard que vers lui-même et son chemin, sans se tourner vers aucun de ceux qui étaient rassemblés, cela paraissait à ces gens une action merveilleuse qui surpassait celle accomplie avec le rocher. De ce fait, alors qu'avant sa promotion ceux qui avaient reçu la foi étaient en petit nombre, comme on l'a dit précédemment, c'est comme si toute la cité honorait son sacerdoce qu'il fit son entrée, pressé de toutes parts par ceux qui l'escortaient.

4. Son détachement des préoccupations matérielles

36. Quand il s'était attaché à la philosophie, il s'était aussitôt libéré de tout, comme d'un fardeau, et rien ne lui était resté de ce qui est nécessaire à la vie, ni champ, ni lieu, ni maison, mais c'est lui qui était tout pour lui-même, ou plutôt la vertu et la foi étaient sa patrie, son foyer et sa richesse. Lors donc qu'il se trouva à l'intérieur de la ville, il n'avait nulle part de maison pour se reposer, ni appartenant à l'église, ni en bien propre. Comme ceux qui l'entouraient en étaient troublés /p.26/ et qu'ils se demandaient comment il serait accueilli et chez qui il trouverait un abri, le maître leur dit : « Pourquoi vous demander, comme si vous étiez en dehors de l'abri de Dieu, où nous allons faire se reposer nos corps ? Dieu vous semble-t-il une petite demeure, s'il est vrai qu' ‘en lui nous vivons, nous nous mouvons, nous avons l'être’ (Ac 17, 28) ? Êtes-vous à l'étroit dans l'abri céleste ? Cherchez-vous un autre logement que celui-là ? Qu'une seule demeure vous préoccupe, celle qui est propre à chacun, celle qui est édifiée par les vertus et qui s'élève dans les hauteurs; ne soyez chagrinés que parce que cette habitation n'est pas prête pour vous. Être entouré de murs terrestres n'est d'aucun avantage pour ceux qui vivent dans la vertu, ou plutôt c'est avec raison que l'usage de murs est une préoccupation pour ceux qui sont souillés par le vice, car la maison est souvent pour eux un voile qui cache leurs secrets honteux; à l'inverse, pour ceux dont la vie est dirigée selon la vertu, les murs n'auront rien à cacher ».

Il est reçu par un des notables

37. Comme il disait cela à ses compagnons, un homme qui faisait partie des notables, que l'on comptait parmi les premiers par la race, la richesse et le pouvoir, du nom de Mousonios, quand il vit que beaucoup étaient animés du même désir - celui de recevoir cet homme dans leurs propres demeures -, devança les autres et s'empare de cette grâce pour lui-même. Il prie le Grand d'être son hôte et d'honorer sa maison par sa venue : ainsi serait-il plus vénérable et digne d'être loué par la postérité, lorsque le temps ferait passer à ses successeurs le souvenir d'un tel honneur. Comme beaucoup d'autres accouraient pour le supplier à ce sujet, jugeant qu'il était juste de donner cette faveur à celui qui avait devancé les autres, il se rend chez celui qui l'avait invité le premier, non sans avoir salué les autres et leur avoir rendu honneur par des paroles bienveillantes.

5. L'efficacité de Grégoire pasteur : prédication et miracles

38. Puisque le tableau de ce qui le concerne est seulement descriptif et sans apprêt, car notre discours omet volontairement les /p.27/ amplifications des faits produites par quelque artifice, il peut être une preuve non négligeable, pour ceux qui jugent droitement des choses, que les miracles de celui dont on parle ne sont nullement grossis par l'imagination, mais que le souvenir des faits qui le concernent suffit pour la louange la plus parfaite, comme la beauté naturelle qui fleurit sur un visage sans l'appoint superflu de l'art du maquillage. Alors que ceux qui avaient entendu la parole étaient en petit nombre, avant la fin du jour et le coucher du soleil, ils adhérèrent si nombreux dès la première rencontre que la foule de ceux qui avaient cru était suffisante pour constituer un peuple. À l'aube, de nouveau le peuple est aux portes : hommes, femmes, enfants, les vieillards, ceux qui souffrent d'une infirmité du corps à cause des démons ou par suite de quelque autre attaque, et lui est au milieu d'eux, se partageant avec bienveillance, par la puissance de l’Esprit, selon le besoin de ceux qui étaient rassemblés, prêchant, examinant avec eux leurs problèmes, reprenant, enseignant, guérissant. Par cette prédication surtout il en attirait le plus grand nombre, car ce qu'ils voyaient correspondait à ce qu'ils entendaient, et à travers les deux choses resplendissaient chez lui les signes de la puissance divine. Le discours frappait l'oreille, les miracles réalisés sur les malades frappaient la vue.

Un enseignement adapté à chacun

39. Celui qui pleurait était consolé, le jeune homme était rendu sage, le vieillard était soigné par les paroles qui convenaient, les esclaves apprenaient à être fidèles à leurs maîtres, les puissants à faire preuve de bonté envers ceux qui leur étaient soumis; les pauvres apprenaient que la vertu est l'unique richesse, dont l'acquisition est au pouvoir de tous, et pareillement celui qui était fier de sa richesse était exhorté à être l'administrateur et non le maître de ses biens. En dispensant aux femmes ce qui était avantageux pour elles, aux enfants ce qui s'accordait (à leur âge), aux pères ce qui leur convenait, devenu tout à tous, il s'attacha aussitôt un peuple si nombreux /p. 28/, avec l'aide de l'Esprit, qu'il se mit à la construction d'un temple, tous collaborant à cette entreprise par leurs richesses et leurs bras.

Construction d'une église

40. C'est le temple qu'on montre encore de nos jours : ce Grand, l'ayant aussitôt établi comme fondement et base de son sacerdoce, a agi sous une inspiration divine et accompli cette œuvre avec une assistance meilleure encore, comme en témoigne ce qui arriva par la suite. Quand un tremblement de terre très violent eut lieu, à notre époque, dans cette ville, alors que tous les bâtiments publics, ou peu s'en faut, étaient détruits de fond en comble et que toutes les demeures privées étaient renversées, seul ce temple demeura debout et intact. Ainsi, même en cela, apparut clairement avec quelle puissance ce Grand s'était occupé de ses affaires.

Grégoire juge

41. Ces faits pourtant ont été accomplis par la puissance divine longtemps après, en témoignage de la foi du Grand. Mais à ce moment-là, dans la ville et ses environs, tous étaient frappés de stupeur par les miracles de l'apôtre, et ils croyaient que tout ce qui était dit ou fait par lui l'était par la puissance divine. Aussi estimaient-ils qu'il n'existait pour eux aucun tribunal qui ait plus d'autorité, même pour les controverses d'ordre temporel, mais que tout procès et toute intrigue difficile à démêler pouvaient être résolus grâce à ses conseils. C'est pourquoi le bon ordre et la paix régnaient, et pour la communauté, et pour les individus, grâce à sa bienveillance, et grand était le progrès du bien, en privé et en public, car aucun mal ne portait atteinte à la concorde mutuelle. Il n'est pas hors de propos de faire mémoire d'un de ses jugements, pour que, selon le proverbe, le tissu tout entier nous devienne manifeste à partir de la frange.

Comparaison avec le jugement de Salomon

42. L'Écriture divine, alors que Salomon a rendu beaucoup de jugements pour ses sujets, s'est contentée de nous montrer la sagesse de cet homme à partir d'un seul. Lorsqu'il jugeait les deux mères, /p. 29/ comme les torts étaient difficiles à établir de manière égale, car chacune n'acceptait pas l'enfant mort et s'attachait au survivant, il sut par une ruse dépister la vérité cachée. Puisque la faute était sans témoin et que le soupçon de mensonge et de vérité était égal pour chacune, il s'appuya sur la nature pour témoigner de la vérité, ayant caché son intention sous des menaces feintes. Ayant donc ordonné de partager par l'épée, de manière égale, le survivant et le mort, et d'attribuer à toutes deux la moitié des enfants, il laissa à la nature le discernement de la vérité. Comme l'une acceptait volontiers ce qu'il avait ordonné et pressait le bourreau d'agir, mais que l'autre, émue dans ses entrailles maternelles, acceptait sa défaite et suppliait d'épargner l'enfant - car elle tenait pour une grâce que l'enfant soit sauvé, quelle qu'en fût la manière -, le roi, se servant de cela comme du critère de la vérité, rend la sentence en faveur de celle qui acceptait volontairement sa défaite, estimant que la nature révélait que celle qui ne faisait aucun cas du meurtre de l'enfant n'était pas la mère de celui dont elle souhaitait qu'on hâte la mort. Quel est donc le jugement du grand Grégoire que nous raconterons nous aussi ?

Un exemple de son jugement :

La querelle de deux frères. Insuccès des exhortations de Grégoire.

43. Deux frères, jeunes par l'âge, qui s'étaient partagés peu auparavant l'héritage paternel, se disputaient la possession d'un lac, se querellant pour l'avoir chacun en entier et n'acceptant pas de le partager avec l'autre. Le maître est donc chargé du jugement. S'étant rendu sur les lieux, il avait tenté de se servir de ses propres lois pour l'arbitrage et avait poussé les jeunes gens à se réconcilier, /p. 30/ les exhortant à s'entendre par amitié et à préférer l'avantage de la paix à ceux qu'ils tireraient des revenus de ce bien. (Il leur disait) que celle-là dure pour toujours pour les vivants et pour les morts, mais que de ceux-ci la jouissance est éphémère, alors que la condamnation pour injustice est éternelle, et tout ce qu'il convenait de dire pour calmer la fougue désordonnée de la jeunesse. Mais l'exhortation restait sans effet et cette jeunesse s'excitait et s'échauffait davantage les esprits, s'exaltant dans l'espérance du gain; on rassemblait de part et d'autres une armée d'esclaves; une multitude prête au meurtre, guidée par la colère et la jeunesse, se préparait, et le moment de l'affrontement était fixé - la bataille, pour les deux camps, devait éclater le lendemain.

Le miracle : le lac asséché

44. L'homme de Dieu, qui était resté près du lac et avait veillé toute la nuit, fit voir un miracle semblable à celui que Moïse fit sur l'eau, non en séparant ses profondeurs en deux parties d'un coup de bâton, mais en le changeant soudain tout entier en terre ferme ; il fit voir à l'aube le lac asséché et tari, au point de n'avoir plus une trace d'eau dans aucun de ses creux, alors qu'avant la prière il était comme une mer. Pour lui, ayant jugé cette cause par la puissance divine, il se retirait chez lui, mais pour les jeunes gens, la sentence exprimée par les faits mit fin à la dispute : puisque n'existait plus ce pour quoi ils préparaient la guerre l'un contre l'autre, la paix succéda à la fureur et la nature se reconnut à nouveau entre les frères. Aujourd'hui encore, il est possible de voir les signes manifestes de cette sentence divine : tout autour de ce qui autrefois était le lac, il subsiste des traces de la présence de l'eau; mais tout ce qui était alors dans les profondeurs a été entièrement transformé en bois, lieux de résidence, prairies et champs cultivés.

Amplification : Grégoire supérieur à Salomon

45. À propos de ce jugement, je pense que même ce fameux Salo/p. 31/mon ne pourrait lui contester la première place. Qu'est-ce qui témoigne d'une plus grande vertu : sauver un nourrisson encore au sein maternel, à qui il est tout à fait indifférent, pour être sauvé, que ce soit celle qui l'avait mis au monde ou une autre qui prenne soin de sa nourriture, ou obtenir le salut de deux jeunes gens qui, au moment où ils abordaient les réalités de la vie, dans la vigueur de la jeunesse, dans la fleur même de l'âge, alors que la colère les poussait à se tuer l'un l'autre, risquaient de montrer bientôt à leurs contemporains un spectacle affligeant ? Ils avaient armés leurs bras l'un contre l'autre, et l'on pouvait en attendre soit que tous deux se tuent l'un l'autre, soit que l'un du moins ne se souille du meurtre de son frère. Et je ne parle pas de ceux qui, par chacun des deux, avaient été enrôlés dans la même colère, pour qui un seul but était assigné à la lutte, la mort de leurs adversaires.

... supérieur à tous les thaumaturges

46. Celui donc qui a annulé par la prière la sentence de mort déjà décidée contre eux par le complot du Malin, qui a réconcilié la nature avec elle-même et transformé en disposition pacifique le désir de meurtre, combien plus d'admiration ne mérite-t-il pas pour son jugement que celui qui a découvert la fraude de la courtisane ? Car le miracle produit sur l'eau - comment ce qui était navigable a été transformé subitement en terre ferme, le lac étant devenu un champ vallonné, comment cet endroit qui auparavant était comme une mer est maintenant mis à découvert pour la production de fruits -, je pense qu'il vaut mieux le passer sous silence plutôt que de le raconter dans un discours qui ne peut s'élever comme il convient à la hauteur du miracle. Avons-nous appris quelque chose, dans les miracles qui ont été consignés par écrit, qui puisse l'égaler ou lui être comparé ? Jésus, fils de Navé, a arrêté les flots du Jourdain, mais seulement pendant que /p. 32/l'arche était dans l'eau; quand le peuple fut passé et que l'arche eut traversé, il rendit aux flots leur aspect habituel. Le fond de la mer fut débarrassé de son eau, dans la mer Rouge, lorsque l'étendue liquide fut repoussée sur les côtés par le vent, mais ce miracle dura pendant la traversée de l'armée, qui se fit à pied sec dans le fond de la mer, et après cela, la surface de la mer redevint unie, ce qui avait été un temps divisé fut submergé. Ici, en revanche, ce qui s’était produit une fois resta comme cela s’était produit, pour qu'il ne soit pas possible avec le temps de ne pas croire au miracle, dont porte constamment témoignage ce qu'on peut voir. Il en est donc ainsi concernant ce qui se dit et que l'on montre à propos du lac, mais on montre et on rapporte aussi un autre miracle semblable qui lui est dû.

Autre manifestation de la puissance de Grégoire : le fleuve dompté

Les dangers provoqués par le Lycos

47. Dans leur région coule un fleuve dont le nom seul indique le caractère violent et indompté de ses flots : on l'appelle en effet le Lykos (loup), parce qu'il cause des dommages à ceux qui habitent près de lui. Il descend d'Arménie, important dès sa source, parce que les montagnes situées au-dessus en nourrissent abondamment les flots, et parce qu'il est encaissé, il ravine le bas des précipices et devient d'autant plus violent lorsqu'il s'écoule l'hiver, car il reçoit en lui toutes les eaux qui s'écoulent des montagnes. Mais dans la région de plaine située en aval qu'il traverse, comme il est souvent à l'étroit entre ses rives, il passait par-dessus la berge en quelque endroit et inondait de ses flots tout le sol sur ses côtés. De la sorte, il suscitait à l'improviste de fréquents dangers pour ceux qui habitaient cet endroit, car souvent le fleuve envahissait les champs à une heure indue de la nuit comme de jour. /p. 33/ Aussi non seulement les plantes, les semences et animaux étaient détruits par l'assaut des eaux, mais le danger atteignait aussi les habitants eux-mêmes, qui faisaient naufrage dans leurs maisons de par le débordement imprévu des eaux.

Le recours des habitants à Grégoire

48. Or comme le récit des miracles accomplis précédemment par le Grand s'était répandu dans toute la nation, ceux qui habitaient cette région près du fleuve se mirent en route, eux, leurs femmes, leurs enfants, tous en masse se font les suppliants du Grand, le priant de mettre fin à leur situation désespérée : Dieu pouvait accomplir par lui tout ce qui était impossible à des entreprises humaines. Rien en effet de ce qui relève d'une initiative ou d'un pouvoir humain n'avait été négligé par eux : ils avaient tout fait, avec des pierres, des barrages et tout ce qu'on a coutume d'inventer contre de tels maux, mais ils n'avaient pu faire obstacle à ce fléau. Et pour qu'il soit davantage porté à les prendre en pitié, ils lui demandaient d'être témoin oculaire de leur malheur et de constater qu'ils ne pouvaient déplacer leurs habitations, que partout la mort était sur eux à cause de la violence des eaux.

Grégoire se rend auprès du fleuve

49. Il se rendit donc sur les lieux - aucune nonchalance ne faisait obstacle à son zèle pour le bien - sans avoir besoin d'un char, de chevaux ni de quelque autre moyen de transport, mais c'est en s'appuyant sur un bâton qu'il fit avec eux tout le trajet. En même temps, il philosophait avec ses compagnons de route sur une plus haute espérance : en s’entretenant toujours avec eux de ce point principal, il traitait le reste comme un accessoire de la préoccupation plus importante. Lorsque ceux qui le conduisaient lui eurent montré l'endroit où le flot sortait de son lit et que cela même qu'il voyait lui fit comprendre le malheur, car l'endroit avait été profondément raviné par la ruée des eaux, il dit à ceux qui étaient rassemblés : « Il n'est pas /p.34/ au pouvoir des hommes, frères, de mettre une limite au mouvement des eaux; c'est l'œuvre de la seule puissance divine d'enfermer dans des limites la violence des eaux. C'est ainsi en effet que le prophète s'adresse à Dieu : ‘Tu as fixé une limite qu'il ne franchira pas’ (Ps 103, 9). C'est au seul maître de la création qu'est soumise la nature des éléments, qui reste toujours dans les lieux où elle a été placée. Puis donc que c'est Dieu qui fixe leur limite aux eaux, c'est lui seul qui pourra par sa puissance mettre un frein à la démesure de ce fleuve ».

Il plante son bâton près du fleuve

50. Il dit et, comme rempli d'une inspiration plus divine, après avoir prié le Christ, d'une voix forte, de venir l'assister dans cette affaire, il fixe en terre le bâton qu'il tenait en main à l'endroit dévasté de la berge. La terre, à cet endroit-là, étant détrempée et spongieuse, céda profondément sous la poussée du bâton et de la main de celui qui l'enfonçait. Ensuite, ayant demandé à Dieu que ce soit comme un barrage et un obstacle à la démesure des eaux, il revint chez lui, montrant par cette action que tout ce qu'il faisait était l'œuvre de la puissance divine. Car peu de temps après, le bâton, ayant pris racine sur la berge, devint un arbre : cette plante fut fixée comme une limite au lit du fleuve, et jusqu'à ce jour, elle est pour les habitants un spectacle et un sujet de récit. Lorsque, par suite des pluies et des hivers, ce fameux Lycos déborde à son habitude et, dans sa fureur, se déchaîne, heurtant ses flots avec fracas de manière effrayante, à peine le sommet de l'eau effleure-t-il la racine de l'arbre que, se gonflant à nouveau, le flot se replie vers le milieu, et comme s'il avait peur de s'approcher de l'arbre, il passe le long de l'endroit en grosses vagues.

Conclusion sur ces deux miracles

51. Telle fut la puissance du grand Grégoire, ou plutôt de Dieu qui opérait par lui des miracles. Comme si elle était soumise, /p. 35/ la nature des éléments se montrait, à ce qu'il semble, transformée par ses ordres, de sorte qu'un lac se transformait en terre à blé et que le lit des torrents devenait un lieu d'habitation, le bâton garantissant la sécurité à ses habitants. Le nom de l'arbre, jusqu'à ce jour, est resté « le bâton », conservé pendant tout ce temps par les habitants comme un souvenir de la grâce et de la puissance de Grégoire.

Comparaison avec Elie – et amplification

52. Quel miracle des prophètes veux-tu comparer à ceux-là ? Parlerai-je de la séparation du Jourdain provoquée par Élie, avant son ascension, d'un coup de son manteau, et après lui Elisée, l'héritier et de son manteau, et de son esprit ? Mais dans ces cas-là, c'est pour les seuls prophètes que le Jourdain, quand c'était nécessaire, devint franchissable, les eaux s'étant séparées et retenant le courant en elles-mêmes autant de temps qu'il le fallait pour que les pieds des prophètes puissent traverser le fond desséché; mais ensuite, et pour les autres hommes, il fut tel qu'il était auparavant. Le Lycos, en revanche, une fois écarté de son cours désordonné, établit pour toujours le miracle de Grégoire, en demeurant tout le temps qui suit tel que la foi du Grand l'a fait au moment du miracle. Et le but de ce qui arriva n'était pas de surprendre les spectateurs, mais de sauver ceux qui habitaient près du fleuve. C'est pourquoi, bien que le miracle soit identique - la nature de l'eau, de la même manière, cède la place, et pour les prophètes, et pour l'imitateur des prophètes -, s'il faut parler avec audace, ce qui est arrivé par celui-ci l'emporte par le caractère philanthrope; grâce à cela, le salut des habitants /p. 36/ est assuré, le flot étant entravé une fois pour toutes et demeurant sans changement à l'avenir.

IV. Vie selon les vertus communautaires

1. Le discernement : l'élection de Comane

Ambassade des habitants de Comane

53. Comme de tels miracles, en se répandant partout dans la région, étaient considérés comme l'œuvre de la puissance de la foi au Christ, tous désiraient participer de cette foi dont témoignaient de tels miracles, et en tout lieu la prédication progressait, le mystère était agissant et le zèle pour le bien s'étendait, car le sacerdoce était institué chez tous, pour que, par tous les moyens, la foi s'étende et s'accroisse. Aussi une ambassade venant d'une ville voisine se rend auprès de lui pour qu'il vienne chez eux et y constitue une église grâce au sacerdoce; Comane est le nom de cette ville, où tous ensemble demandaient que le Grand fût leur hôte.

Les qualités à attendre d'un candidat à l'épiscopat

54. S'étant donc rendu chez eux, il y passa quelques jours et enflamma davantage encore, par ce qu'il disait et ce qu'il faisait, leur désir pour le mystère. Lorsqu'il fut temps de mettre un terme à ce qui avait motivé leur ambassade et de désigner quelqu'un comme grand prêtre de leur église, les avis de tous les magistrats se portaient vers ceux qui semblaient l'emporter par l'éloquence, la noblesse et les autres qualités en vue; ils estimaient, puisque ces qualités se trouvaient aussi chez le Grand Grégoire, qu'aucune d'elles ne devait manquer à qui obtiendrait cette grâce. Mais comme ils étaient fort divisés dans leurs suffrages, les uns préférant un tel, les autres tel autre, le Grand attendait qu’un conseil lui vienne de Dieu sur cette question. Et de même qu’on rapporte que Samuel, dans le choix d'un roi, ne se laissa pas influencer par la beauté du corps /p. 37/ et sa prestance, mais chercha à découvrir une âme royale même dans un corps dont on ne faisait point cas, de la même façon celui-ci aussi, sans prendre en considération ce dont on se préoccupait pour chacun des candidats, ne considérait qu'une seule chose - si quelqu'un, même avant sa proclamation, portait le sacerdoce dans sa manière d'être, par son mode de vie et sa vertu.

Divergences entre Grégoire et les électeurs

55. Comme ils lui présentaient leurs candidats, chacun proposant le sien avec des louanges, lui les exhortait à prendre aussi en considération ceux qui étaient d'une situation plus modeste, car il était possible, même parmi de telles gens, de trouver quelqu'un qui, par la richesse de son âme, serait supérieur à ceux que leur condition mettait davantage en vue. Un de ceux qui présidaient à l'élection jugea insultant et impertinent un pareil jugement du Grand - que certains parmi les artisans puissent être jugés plus dignes d'une telle grâce alors qu'aucun de ceux qui avaient été préférés aux autres pour son éloquence, sa dignité et le témoignage manifeste de sa vie ne soit admis au sacerdoce. S'approchant de lui, il dit avec ironie : « Si tu ordonnes cela, que soient dédaignés de telles gens, qui ont été choisis par toute la ville, et que soit choisi pour présider au sacerdoce quelqu'un de la lie du peuple, c'est le moment pour toi d'appeler au sacerdoce le charbonnier Alexandre; en transférant sur lui (nos voix), s'il te semble bon, accordons-nous les uns les autres dans nos votes, tous les citoyens de la ville ». Cet homme parlait ainsi pour rejeter son avis, en critiquant par l'ironie de ce vote l'absence de jugement dont on faisait preuve envers les précédents. Mais à ces paroles, il vient à l'idée du saint que ce n'était pas sans une inspiration divine qu'Alexandre ait été mentionné par les votants. « Quel est, dit-il, /p. 38/cet Alexandre dont vous avez fait mention ? ».

Présentation d'Alexandre : son extérieur

56. Alors un des présents fit introduire, sous les rires, celui dont on avait fait mention, vêtu d'habits crasseux, et pas même sur tout le corps, dont les mains, le visage et tout le corps, tout noirs de la fumée du charbon, montraient clairement le métier. Pour les autres, cet Alexandre, debout au milieu d'eux, était un objet de risée; mais à l’œil perspicace de celui-ci, ce qu'il voyait apportait une grande surprise : un homme vivant dans une extrême pauvreté et insoucieux de son corps qui regardait en lui-même et semblait s'enorgueillir de cette apparence, qui était risible à des yeux non avertis. Il en était ainsi en effet : ce n'est pas parce qu'il était forcé par la pauvreté qu'il avait adopté un tel mode de vie, mais l'homme était un philosophe, [comme le montra sa vie par la suite].

Ses qualités intérieures

57. Il s'appliquait à demeurer caché,] supérieur qu'il était à l'heureux sort tel que le recherchent la plupart, tenant la vie pour rien et ayant le désir de la vie plus haute, la vie véritable. Pour atteindre au mieux le but de la vertu, il avait imaginé de rester caché en adoptant la plus vile des occupations, se dissimulant comme sous un masque hideux. Autrement dit : alors qu'il était dans la fleur de sa jeunesse, il jugea dangereux, pour le but (qu'il se fixait) de la chasteté, de laisser paraître la beauté de son corps, comme s'il tirait gloire des heureux dons de la nature. Il savait en effet qu'une telle situation avait été /p. 39/pour beaucoup une occasion de grave chute. Afin donc de ne rien subir de ce qu'il ne voulait pas et de ne pas être pour des yeux étrangers un objet de passion, il s'applique volontairement, comme un masque hideux, la fabrication du charbon; grâce à elle, il exerçait son corps à la vertu par des travaux fatigants et il dissimulait sa beauté sous la saleté des charbons; en même temps, il se servait de ce qu'il retirait de ses travaux pour observer les commandements.

Transformation d'Alexandre

58. Aussi, quand, l'ayant fait sortir de l'assemblée, il eut appris avec précision tout ce qui le concernait, il le confie à son entourage en lui prescrivant ce qu'il fallait faire. Lui-même, regagnant l'assemblée, instruisait à partir de la situation présente ceux qui étaient réunis, leur tenant des discours sur le sacerdoce et leur exposant par ce moyen la vie selon la vertu. Il fit durer de tels discours et retient l'assemblée jusqu'à ce que ses serviteurs, ayant accompli ce qu'il leur avait prescrit, revinssent; ils avaient avec eux Alexandre, qu'ils avaient nettoyé par un bain de la saleté de la suie et revêtu des habits du Grand - c'est en effet cela qu'il leur avait ordonné de faire. Comme tous s'étaient tournés vers Alexandre et restaient stupéfaits devant ce spectacle, le maître leur dit : « Il ne vous est arrivé rien d'étonnant lorsque vous avez été trompés par le jugement de vos yeux et avez confié le jugement du bien à la seule sensation. La sensation, qui par elle-même empêche d'avoir accès à la profondeur de la pensée, est un critère peu sûr pour juger de la vérité des êtres. En même temps, il était agréable à l'ennemi de la piété, le démon, de laisser inemployé le ‘vase de choix’(Ac 9, 15), caché par l'ignorance, /p. 40/ et de ne pas mettre en avant celui qui devait détruire sa propre autorité ».

Alexandre évêque

59. En disant cela, il consacre cet homme à Dieu par le sacerdoce, l’ayant rendu parfait par la grâce de la manière requise par la loi. Comme tous avaient les yeux fixés sur le nouveau prêtre, Alexandre, sollicité de faire un discours à l'assemblée, montra aussitôt, dans les débuts de son gouvernement, que le jugement porté sur lui par Grégoire n'avait pas été une erreur, car son discours fut plein d'intelligence, bien que moins orné des fleurs de la rhétorique. Aussi un jeune insolent, originaire d'Attique établi chez eux, se moqua du manque d'élégance du discours, parce qu'il n'était pas embelli par les raffinements attiques. On dit qu'il s'en corrigea à la suite d'une vision divine, ayant vu une troupe de colombes qui resplendissaient d'une beauté extraordinaire et il avait entendu quelqu'un dire que c'étaient les colombes d'Alexandre, dont il s'était moqué.

Louange de la vertu de Grégoire

60. Laquelle des deux choses faut-il le plus admirer ? Que l'homme n'ait pas été impressionné par le vote des dignitaires et qu'il ne se soit pas laissé influencer par le témoignage de gens importants, ou plutôt la richesse qui se cachait sous les charbons, dont le témoignage de Dieu confirma aussitôt le jugement droit par la vision du rhéteur ? Il me semble que ces deux choses sont telles par elles-mêmes qu'elles rivalisent l'une l'autre, et il s'en faut de peu qu'elles ne l'emportent sur toutes celles qui ont été mentionnées comme des miracles. S'opposer au désir des gens importants fut le signe le plus évident d'une pensée ferme et supérieure : par elle, il voyait toutes les apparences selon le monde de manière égale, qu'elles soient les plus élevées et les plus remarquables ou qu'elles soient humbles et sans éclat. En donnant la préférence à la seule vertu et en estimant qu'il n'y avait rien de méprisable sinon la vie dans le vice, il tenait pour rien tout ce qui /p. 41/ est jugé digne d'être recherché ou méprisé selon cette vie. Cela certes, il est démontré qu’il le fit alors, car en cherchant à trouver ce qui est agréable à Dieu, il n'a pas considéré comme capables de rendre témoignage la richesse, la dignité et l'éclat selon ce monde, toutes choses dont aucune n'a été comptée par la parole divine au nombre des biens.

... qui s'est dépassé lui-même

61. Aussi n'est-il pas seulement digne de louange et d'admiration qu'il n'ait pas accepté les manœuvres des dirigeants, mais qu'il se soit dépassé lui-même par l'action accomplie. Celui qui refuse un vote inacceptable sans proposer une autre solution a empêché un mal, mais il n'a pas fait ce qui est bien. Mais celui qui, pour ne pas consentir au pire, a trouvé la bonne action, a parfaitement accompli le bien : il n'a pas permis l'accès au mal et a amené le bien à être actif. Ainsi c'est de ces deux manières que le Grand a été un bienfaiteur pour la ville, en écartant d'eux les fautes qu'ils commettaient par ignorance et en manifestant par lui-même le bien qui se trouvait caché chez eux.

2. L'infaillibilité : l'épisode des deux Juifs

Une manœuvre pour tromper Grégoire

62. Comme tout ce qui arrivait au Grand se réalisait selon son désir par l'assistance de l'Esprit Saint, il ne sera peut-être pas hors de propos de raconter aussi ce qui arriva lors de son retour, pour que soit montrée au grand jour la grâce qui accompagnait cet homme en toutes choses. Il était connu de tous que cet homme avait à cœur avant tout de considérer avec bienveillance quiconque avait besoin de consolation ; aussi deux Hébreux, soit qu'ils aient eu un gain en vue, soit qu'ils aient projeté d'attirer une raillerie sur cet homme - de se laisser facilement tromper -, /p. 42/ surveillent son retour. L'un des deux, feignant d'être mort, était étendu sur le côté de la route, couché sur le dos; l'autre, se lamentant sur celui qui était étendu, contrefaisait les cris des gens en deuil. À son passage, il suppliait le Grand avec des cris en lui disant : « Ce malheureux qui vient d'être saisi par la mort est couché nu et n'a pas ce qu'il faut pour sa sépulture ». Il priait donc le Grand de ne pas négliger la piété envers lui, mais de prendre pitié de sa misère et de lui donner de ce qu'il possédait pour que les derniers devoirs soient rendus à son corps. Il le suppliait en disant cela et d'autres paroles semblables; lui, sans tarder, ayant jeté sur le gisant le manteau double qu'il portait, de poursuivre son chemin.

Le châtiment du trompeur

63. Lorsqu'il se fut éloigné et que ceux qui s'étaient ainsi joués de lui furent seuls, le trompeur, changeant son chant funèbre feint en rire, invitait le gisant à se relever, riant aux éclats de plaisir pour le gain que leur avait valu leur ruse. Mais celui-ci restait dans la même position, sans rien entendre de ce qui lui était dit. L'autre ayant parlé d'une voix plus forte et essayé en même temps de le réveiller du pied, le gisant n'entendait pas davantage la voix ni ne sentait les coups, mais restait étendu dans la même position : il était mort en effet au moment même où le manteau avait été jeté sur lui, devenu véritablement par sa mort ce qu'il avait feint d'être pour tromper le Grand. Ainsi l'homme de Dieu ne s'était pas trompé, mais la raison pour laquelle il avait donné le manteau étaie devenue réelle pour celui qui l'avait reçu.

Comparaison avec l'apôtre Pierre

64. Si une tel résultat de la foi et de la puissance du Grand semble sévère, que personne ne s'en étonne en considérant la conduite du grand Pierre. Lui aussi démontrait sa puissance, non seulement par ses bienfaits, en montrant au peuple le boiteux de naissance qui courait /p. 43/ et sautait (Ac 3, 8) ou en guérissant de l'ombre de son corps les maladies des infirmes (Ac 5, 15) - le soleil, en se dirigeant de côté sur son corps, la leur procurait au passage de l'apôtre -, mais il condamne aussi à mort Ananie (Ac 5, 8), qui avait méprisé la puissance présente dans l'apôtre. Cela, je pense, pour que, par la crainte inspirée par celui-là, quiconque le mépriserait dans le peuple devienne plus sage, ayant reçu cette instruction, par cet exemple redoutable, pour ne pas subir le même châtiment. C'est donc à bon droit que l'imitateur de Pierre, après avoir montré par de nombreux miracles bénéfiques la grandeur de son pouvoir, fit en sorte que celui qui avait tenté de faire preuve de ruse contre l'Esprit en éprouve la vérité à ses dépens. Il fallait, je pense, que le destructeur du mensonge change le mensonge en vérité même dans le trompeur; de la sorte, il serait clair aux yeux de tous que tout ce qui était dit par le Grand était vérité et que ce qu'il avait accepté comme vrai n'était pas un mensonge. Ainsi les Juifs qui, de la manière qu'on a dite, s'étaient moqués du pouvoir du Grand devinrent pour les autres une leçon : de ne pas oser faire preuve de ruse quand Dieu se fait le vengeur de ces audaces.

3. Les miracles sans artifice

Il chasse un démon.

65. Quelque temps après, comme une réunion se tenait un jour en plein air dans un endroit de la campagne et que tous étaient émerveillés par ses enseignements, un jeune homme se mit à crier à ceux qui étaient assemblés que ce n'était pas de lui-même que le maître disait cela, mais qu'un autre, présent auprès de lui, faisait passer ses paroles par lui. Lorsqu'on amena l'enfant, après la réunion, le Grand, dit-on, déclara aux assistants que le jeune homme n'était pas purifié du démon; en même temps, il prit /p. 44/ le linge qui était sur ses épaules, souffla dessus de sa bouche et le jeta sur le jeune homme. Quand il eut fait cela, le jeune homme se mit à s'agiter et à crier, à se jeter de côté et d'autre et à subir toutes les souffrances provoquées par les démons. Ensuite, lorsque le saint eut mis la main sur lui et calmé l'agitation, le démon s'éloigna de lui; revenu à son état normal, il ne disait plus qu'il voyait celui qui parlait auprès du saint.

66. C'est là, certes, un des grands miracles de cet homme : d'accomplir des miracles qui guérissent sans aucun artifice. Il lui suffisait, pour chasser les démons comme pour guérir les maladies corporelles, d'un souffle de sa bouche, transmis au malade par un linge. Mais un trop long récit serait nécessaire, et un discours qui dépasse le temps dont nous disposons, pour parcourir tous les miracles accomplis par la suite par cet homme. Je rappellerai encore un ou deux de ceux qu'on peut raconter sur lui pour terminer mon discours.

V. Vie selon la vertu dans les épreuves sociales

1. Prudence

La persécution

67. La prédication divine s'était déjà répandue en tous lieux; tous, dans la ville et les environs, s'étaient convertis à la foi de la pieuse doctrine, les autels, les temples, les idoles y avaient été détruits; la vie humaine était purifiée maintenant des souillures des idoles, l'odeur répugnante de la viande des sacrifices s'était dissipée, le sang impur sur les autels et les saletés des sacrifices d'animaux avaient été lavés; tous, en tout lieu, avaient élevé avec zèle des temples de prière au nom du Christ. C'est alors que la fureur et l'envie s'emparent de celui qui alors était placé à la tête des Romains, sous le prétexte que les cultes traditionnels de l'erreur étaient négligés alors que grandissait /p. 45/ le mystère des chrétiens et que l'Église, partout dans l'univers, faisait des progrès, croissant en importance grâce à ceux qui sans cesse s'attachaient à la parole. Ayant pensé qu'il était possible d'opposer sa propre dureté à la puissance divine, de faire cesser la prédication du mystère, de détruire les institutions des Églises et de faire revenir aux idoles ceux qui avaient adhéré à la Parole, il envoie aux gouverneurs des païens un édit redoutable, établissant contre eux la menace du châtiment s'ils ne mutilaient pas par des supplices de toute sorte ceux qui adoraient le nom du Christ et s'ils ne les ramenaient pas par la crainte et la contrainte des supplices à l'adoration traditionnelle de ces démons.

68. Lorsque cet édit redoutable et impie fut connu des magistrats, ceux qui avaient été chargés de son exécution par la cruauté du tyran se répandirent partout dans l'empire. Celui qui gouvernait la nation en cet endroit était tel qu'il n'avait pas besoin de l'autorité supérieure pour être poussé à la méchanceté, car il avait par nature de la cruauté et de la malveillance envers ceux qui avaient cru à la parole. Il annonce, dans une lettre publique, une mesure effrayante :qu'il faut renier la foi avec serment ou bien être puni de châtiments de toute sorte et de la mort. Il n'y avait alors rien d'autre, ni affaire publique ni affaire privée dont se préoccupaient ceux qui avaient la charge habituelle des affaires communes, sinon la poursuite et le châtiment de ceux qui étaient attachés à la foi. La terreur ne provenait pas seulement de menaces verbales, mais après elles divers instruments de torture semaient l'effroi parmi les hommes et faisaient naître la crainte avant même qu'on en fasse l'expérience. Les épées, le feu, les bêtes sauvages, les fosses, les instruments de torture pour étirer les membres, les sièges de fer rougis au feu, les chevalets / p. 46/ dressés sur lesquels les corps étendus de ceux qu'on y élevait étaient déchirés par l'application des redoutables ongles de fer, d'innombrables autres instruments inventés pour torturer les corps de diverses manières étaient imaginés par eux. Unique était la préoccupation de ceux qui étaient chargés de ces magistratures : qu'on ne trouve personne qui soit inférieur à un autre dans les excès de cruauté. Les uns dénonçaient, les autres apportaient des preuves, d'autres cherchaient à découvrir ceux qui étaient cachés, d'autres s'attaquaient aux fuyards; beaucoup, ayant en vue les biens des croyants, poursuivaient ceux qui étaient attachés à la foi pour devenir les maîtres de leurs affaires sous prétexte de piété. 69. Il y avait dans la nation une grande confusion et une grande incertitude, tous se suspectaient les uns les autres; dans ces circonstances terribles, la bienveillance des pères envers leurs enfants ne subsistait plus, la nature ne garantissait plus chez les enfants le maintien de la sollicitude envers les pères. Les familles étaient divisées entre elles, séparées selon leurs religions. Le fils païen livrait des parents fidèles, le père resté dans l'infidélité était l'accusateur du fils croyant, le frère, pour le même motif, combattait la nature et jugeait conforme aux lois divines que son parent soit puni s'il adhérait à la foi. De ce fait, les déserts étaient pleins de ceux qui étaient poursuivis et les maisons vides de leurs habitants. De nombreux édifices publics étaient utilisés pour les besoins de la situation, car les prisons n'étaient pas suffisantes pour contenir la multitude de ceux qui étaient poursuivis à cause de la foi. Toutes les places publiques, toutes les assemblées publiques et privées, échangeaient la joie habituelle contre de tels malheurs : les uns étaient traînés en prison, les autres exilés, d'autres riaient ou pleuraient de ce qui arrivait. Il n'y avait pas de pitié pour les petits enfants, de respect pour la vieillesse, de vénération pour la vertu, mais tout âge était comme en captivité, livré aux ennemis de la foi. La faiblesse naturelle de leur sexe ne valait pas aux femmes de rester hors de tels combats, mais unique était contre tous la / p. 47/ loi de la cruauté, appliquant la même mesure à qui s'était éloigné des idoles, sans tenir compte de la nature. 70. Alors ce Grand, considérant la faiblesse de la nature humaine et le fait que la plupart des gens ne pouvaient combattre jusqu'à la mort pour la défense de la piété, conseille à son Église de s'éloigner un peu de ce redoutable assaut; il estimait qu'il était préférable que leurs vies soient sauvées par la fuite plutôt que de devenir des déserteurs de la foi en restant sur le champ de bataille. Et pour que les gens soient parfaitement persuadés que sauver leur foi par la fuite ne mettrait leur âme en danger, il conseille la retraite par son propre exemple, en se soustrayant lui-même avant les autres à la recherche du danger. En même temps, c'est surtout ce qui le concernait qui préoccupait les autorités, comme si, une fois capturé le général, toute l'armée de la foi serait détruite; aussi ses ennemis cherchaient avec ardeur à ce que celui-ci tombe dans leurs mains.¨

2/ Confiance en Dieu

71. Celui-ci avait gagné une colline déserte, ayant avec lui le gardien du temple qu'il avait, dans les débuts, amené à la foi, et qui l'assistait maintenant avec la grâce du diaconat. Comme ceux qui les poursuivaient suivaient sa trace en grand nombre et que quelqu'un les avait averti de l'endroit où il se cachait, les uns, s'étant disposés en cercle en bas de la colline, montaient la garde pour qu'il ne puisse s'échapper par aucun endroit, si toutefois il tentait de le faire, tandis que les autres faisaient l'ascension de la montagne et cherchaient de tous côtés; déjà ils étaient visibles du Grand, s'avançant droit vers lui. Mais lui /p. 48/, ayant recommandé à son compagnon de garder une confiance inébranlable en Dieu, de lui confier pareillement son salut en élevant, comme lui, les mains pour prier et de ne pas se détourner de la foi par crainte, même si les poursuivants étaient tout proches, se faisait pour le diacre un modèle de ce qu'il lui avait prescrit en regardant vers le ciel d'un œil inébranlable et les mains tendues vers le ciel. 72. Eux donc étaient dans cette attitude, tandis que ceux qui avaient couru vers le sommet à leur recherche, après avoir examiné l'endroit de tous côtés et exploré avec toute la précision possible tous les buissons qui poussaient là, tous les escarpements de rocher, tous les fonds de précipice, redescendent au bas de la montagne, comme si, mis en fuite par la crainte de ceux qui le cherchaient, il était tombé aux mains de ceux qui, en bas, étaient postés autour. Mais comme il n'avait pas été trouvé par eux ni ne se trouvait avec ceux-là, celui qui avait examiné avec soin le lieu de résidence du saint le décrivait par signes, mais les chercheurs assuraient avec force qu'ils n'avaient vu personne, sinon deux arbres se dressant à peu de distance l'un de l'autre. 73. Comme ceux qui le cherchaient étaient repartis, le délateur, qui était resté sur place, rencontra le Grand lui-même et son compagnon en prière, et il reconnut la divine protection grâce à laquelle ceux-ci avaient été pris pour des arbres par leurs poursuivants. Il se jette à ses pieds et croit en la Parole, et celui qui peu auparavant était persécuteur devient un des fuyards.

74. Ils demeuraient donc longtemps dans le désert, car la guerre contre la foi sévissait cruellement, le gouverneur étant enragé contre ceux qui avaient adhéré à la parole de la piété, et tous s'étaient enfuis. Aussi, comme l'entreprise contre le Grand était sans espoir à leurs yeux, car il ne tomberait jamais aux mains de ses poursuivants, ils retournaient leur furieuse cruauté contre les autres. Ils cherchaient partout et indistinctement dans la nation tous les hommes /p. 49/, femmes et enfants pour qui le nom du Christ était adorable, ils les traînaient en ville et en remplissaient les prisons, ils faisaient de leur piété une accusation contre eux à l'égal d'un autre délit, de sorte que les tribunaux ne se consacraient alors à aucune autre des affaires publiques, sinon celles-là seules : se préoccuper, pour les gouvernants, d'infliger tous les supplices et toutes les espèces de tortures qu'ils pouvaient imaginer à ceux qui adhéraient à la foi.

3. Attention à sa communauté

75. C'est alors qu'il devint encore plus clair, aux yeux de tous, que ce Grand ne décidait de rien sans le secours divin, car en s'étant lui-même, par la fuite, préservé pour le peuple, il était un allié commun pour tous ceux qui combattaient pour la foi. De même que nous entendons dire, à propos de Moïse, que tout en restant à distance de l'armée des Amalécites il apportait à ceux de sa race, par la prière, la force contre leurs ennemis, de même lui aussi, comme s'il voyait de l’œil de l'âme les événements, appelait l'assistance divine sur ceux qui combattaient pour la défense de la foi. 76. Un jour, alors qu'il priait Dieu, selon son habitude, avec ceux qui étaient auprès de lui, il fut soudainement rempli d'anxiété et de trouble. Il était visible aux assistants qu'il était comme surpris et bouleversé par sa vision et qu'il tendait l'oreille comme si un son venait jusqu'à lui. Un assez long moment s'était écoulé et il était resté, pendant tout ce temps, fixe et immobile; ensuite, comme si le spectacle qu'il avait sous les yeux s'était heureusement terminé, il redevint comme il était d'habitude, et il loua Dieu en prononçant les paroles de victoire et de louange que nous entendons souvent dans les psaumes de David, lorsqu'il dit : « Béni soit Dieu, qui ne nous a pas donné / p. 50/ en proie à leurs dents » (Ps 123, 6). 77. Comme ceux qui l'entouraient étaient dans l’étonnement et qu'ils lui demandaient de leur apprendre quelle était la vision qu'il avait eue sous les yeux, on dit qu'il leur raconta qu'il avait vu, à cette heure-là, une grande chute, car le diable avait été vaincu par un jeune homme dans les combats pour la piété. Comme ceux-ci restaient dans l'ignorance, il leur expliqua plus clairement ce qu'il leur avait dit : à cette heure-là, un jeune homme des eupatrides, conduit par les bourreaux devant le gouverneur, avait lutté dans les durs combats pour la foi avec l'assistance d'en haut. Il ajouta également son nom, l'appelant Troadios, et qu'après beaucoup de tourments qu'il avait courageusement supportés, il avait ceint la couronne du martyre.

78. Frappé par ce récit, le diacre, qui n'osait pas ne pas croire à ce qui était dit, mais en même temps pensait qu'il était au-dessus de la nature humaine qu'en étant loin de la ville et sans que personne ne l'ait informé sur lui, il raconte à ceux qui étaient avec lui ce qui s'était passé là-bas comme s'il avait assisté à l'événement, supplie le maître de lui permettre de voir de ses yeux ce qui était arrivé et de ne pas l'empêcher de se rendre sur les lieux même du miracle. Comme celui-ci lui disait qu'il était dangereux de se trouver au milieu de meurtriers et d'avoir à souffrir quelque désagrément (souvent par suite des embûches de l'adversaire), le diacre lui disait qu'il avait confiance dans l'assistance de ses prières, et il lui adressait ces paroles : « Toi, recommande-moi à ton Dieu et aucune crainte de mes ennemis ne me touchera ». Celui-ci l'ayant laissé aller, grâce à sa prière, avec l'assistance de Dieu pour compagne, il allait son chemin confiant, sans attirer l'attention d'aucun de ceux qu'il rencontrait. 79. Arrivé le soir dans la ville, comme il était fatigué du voyage, il jugea nécessaire de / p. 51/ remédier à sa fatigue par un bain. Mais un démon meurtrier régnait en cet endroit, qui s'était établi dans ce bain. Il exerçait sa force destructrice contre ceux qui s'approchaient après la venue de l'obscurité, et c'est pourquoi ce bain était inaccessible et ne fonctionnait pas après le coucher du soleil. Lorsqu'il en fut proche, il demandait à celui qui en était chargé de lui ouvrir la porte, de le laisser entrer et de ne pas l'empêcher de prendre son bain. Comme celui-ci l'assurait qu'aucun de ceux qui l'avaient osé à cette heure-là n'était revenu sur ses pieds, mais que le démon, le soir, se rendait maître de tous, et que beaucoup, pour l'avoir ignoré, avaient souffert des maux irrémédiables; au lieu de la détente espérée, ils avaient obtenu des chants funèbres, des funérailles, des gémissements. Bien qu'il lui ait dit cela et d'autres choses semblables, celui-ci ne se relâchait en rien de son désir, mais il insistait de toutes les façons en faisant pression sur lui pour qu'il le laisse entrer. L'autre, estimant avantageux de ne pas courir un danger à cause de l'inconscience de l'étranger, lui donna la clef et s'en va loin du bain. 80. Quand (le diacre) fut à l'intérieur et se fut dévêtu, les démons essaient de l'effrayer et de l'épouvanter par toutes sortes de moyens : des fantômes de toute espèce, faits de feu et de fumée, ayant forme d'hommes ou d'animaux, s'offraient à ses yeux, frappaient ses oreilles, faisaient sentir leur proximité par leur souffle, se répandaient en cercle autour de son corps. Mais lui, ayant mis devant lui le signe de la croix et en invoquant le nom du Christ, traversa sans dommage la première salle. Ayant progressé plus avant, il rencontra des visions plus redoutables, car le démon s'était transformé en un spectacle plus effrayant encore; en même temps, il lui semblait que le bâtiment était secoué par un séisme et que le sol, en s’entrouvrant, laissait entrevoir le feu d'en bas pendant que des étincelles ardentes / p. 52/ jaillissaient du fond des eaux. De nouveau la même arme - le signe de la croix et le nom du Christ - ainsi que l'assistance des prières du maître dissipaient le caractère effrayant de ces apparitions et de ces événements. Sorti enfin de l'eau et se hâtant vers la sortie, il trouve encore un obstacle, le démon ayant bloqué la porte. Mais cet obstacle à nouveau était supprimé de lui-même par le même pouvoir, car la porte s'ouvrit par le signe de la croix. 81. Et lorsque tout se fut passé selon son désir, on dit que le démon lui cria d'une voix humaine de ne pas croire que le pouvoir grâce auquel il avait échappé à la mort était le sien, car c'est la voix de celui qui l'avait confié à un protecteur qui lui avait valu de rester indemne. Ainsi sauvé de la manière qu'on vient de dire, il provoqua la stupéfaction des autorités de l'endroit, car aucun de ceux qui jusqu'à cette heure avaient osé entrer dans l'eau ne se voyait parmi les vivants. Lorsqu'il leur eut raconté ce qui lui était arrivé et qu’il se rendit compte que les actes héroïques des martyrs avaient eu lieu dans la ville comme le Grand, absent de la ville, les avait racontés à l’avance, ayant ajouté cela aux miracles par lesquels il avait vu, entendu et appris par sa propre expérience la puissance de la foi du Grand, à laquelle le démon avait rendu témoignage, 82. il revient vers le maître, laissant à ses contemporains et à ses successeurs une protection commune : que chacun se recommande à Dieu par l’intermédiaire des prêtres. Maintenant encore, une telle croyance existe dans toute l’Église, et particulièrement chez eux, en souvenir de l’aide apportée à cet homme par Grégoire.

4. Sagesse

83. Quand cette tyrannie fut enfin abattue, avec l’aide de Dieu, et que la paix à nouveau lui fit succéder une vie humaine dans laquelle le zèle pour le divin était libre et au pouvoir de tous, il redescendit vers la ville. Ayant parcouru toute la région, / p. 53/ il créait pour la population alentour une addition au zèle pour le divin en instituant les panégyries en l’honneur de ceux qui avaient combattu pour la foi On portait les corps des martyrs dans un lieu puis dans un autre, on se réunissait chaque année le jour anniversaire et on se réjouissait en faisant une panégyrie en l’honneur des martyrs. Et c’est là une preuve de sa grande sagesse que, après avoir changé soudainement le rythme de toute une génération en l’amenant à une vie nouvelle, comme un cocher préposé à la nature et qui les avait solidement attachés aux rênes de la connaissance de Dieu, il leur ait concédé une petite chose pour que l’obéissance s’élance avec joie vers le joug de la foi. S’étant rendu compte que la plupart, semblables à des enfants et peu éduqués, demeuraient dans l’erreur des idoles à cause des plaisirs du corps, pour que ce qui avait jusqu’alors le plus d’importance chez eux soit corrigé – qu’ils portent le regard vers Dieu au lieu de s’adonner à de vains cultes - il leur permit de montrer leur joie lors des fêtes des saints martyrs, de prendre du plaisir et de se divertir. Ainsi, avec le temps, leur vie se transformerait d’elle-même vers plus de piété et plus de rigueur, la foi les amenant à cela. Cela déjà se vérifie chez la plupart, chacun des plaisirs agréables au corps s’étant transformé en une forme spirituelle de joie.

VI. Vertus dans les derniers moments

Dernière prière

84. Gouvernant ainsi l’Église et ayant le souci, avant sa mort, de les voir passer tous des idoles à la foi salutaire, lorsqu’il connut à l’avance sa fin, il parcourut soigneusement toute la ville et la région environnante pour apprendre s’il en était quelques-uns qui étaient restés encore en dehors de la foi. Lorsqu’il sut que ceux qui étaient restés dans l’erreur ancienne n’étaient pas plus de / p. 54/ dix-sept, il dit en levant les yeux vers Dieu qu’il était triste qu’il manque quelque chose au nombre des sauvés, mais que pourtant cela méritait une grande action de grâces qu’il laisse à celui qui recevrait l’Église après lui autant d’idolâtres que lui-même avait reçu de chrétiens. 85. Il demanda alors dans sa prière, pour ceux qui étaient déjà croyants, la croissance dans la perfection, pour les infidèles la conversion, et c’est ainsi qu’il passa de la vie humaine à Dieu, après avoir recommandé à ses familiers de ne pas faire l’acquisition d’un lieu pour qu’il ait une tombe privée. Car si de son vivant il n’avait pas accepté d’être appelé propriétaire d’un lieu quelconque, mais il avait passé sa vie comme un étranger dans les maisons d’autrui, il ne rougirait absolument pas d’être en terre étrangère après sa mort. Mais il dit : « Que l’on rapporte à ceux qui vivront après moi que Grégoire, de son vivant, n’a pas reçu son nom d’un lieu et qu’après sa mort il est devenu résident dans des tombes étrangères, car il a récusé toute possession sur terre au point de ne pas accepter d’être enterré dans un lieu qui lui soit propre. La seule possession précieuse à ses yeux était celle qui n’a en elle-même aucune trace de convoitise ».

Retour sur l’évangélisation. La peste à Néocésarée

86. Que nul de ceux qui auront connaissance de ce discours ne s’étonne de ce passage rapide de toute la nation de la vanité grecque à la connaissance de la vérité et que nul ne soit incrédule en considérant la disposition providentielle grâce à laquelle a eu lieu une telle transformation de ceux qui sont passés du mensonge à la vérité. Ce qui a eu lieu durant les premiers temps de son sacerdoce, que le discours a omis en privilégiant ses autres miracles, je vais maintenant le reprendre pour le raconter.

87. Il y avait dans la ville une fête de tout le peuple / p. 55/ célébrée en l’honneur d’un démon des environs selon un rite traditionnel. A cette fête affluait presque toute la nation de cette région, qui la célébrait avec la ville. Le théâtre était rempli de tous ceux qui étaient accourus, et la multitude de ceux qui affluaient encore se déversait de toutes parts sur les gradins. Comme tous désiraient être près de l’orchestre pour mieux voir et entendre, le bâtiment était plein de vacarme et les acteurs ne pouvaient jouer, ca le tumulte de ceux qui étaient à l’étroit non seulement empêchait de profiter de la musique, mais ne laissait même pas les acteurs faire montre de leur art. Alors une clameur commune jaillit de tout le peuple : ils invoquaient le démon en l’honneur de qui ils faisaient la fête et ils lui demandaient de leur donner de l’espace. 88. Comme tous criaient ensemble à qui mieux mieux, la clameur s’élevait très haut et la parole qui faisait cette prière au démon semblait issu de la ville comme d’une seule bouche. Cette prière, pour en rapporter les termes mêmes, était : Zeus, fais-nous de la place. Ce Grand, ayant entendu la clameur par laquelle ceux qui appelaient le démon par son nom demandaient que la ville ait de l’espace, envoya un de ses proches leur dire que bientôt leur serait donné de l’espace, un plus grand espace que celui que demandait leur prière. 89. Et lorsque cette parole venant de lui eut été prononcée comme une sévère sentence, la peste s’approche de cette fête publique, et soudain le thrène funèbre se mêlait aux chœurs de danse, de sorte que pour eux le plaisir se changeait en deuil et malheur. A la place des flûtes et du tapage, ce fut le chant funèbre ininterrompu qui envahit la ville. Une fois en effet que la maladie fondait sur les gens, elle progressait plus vite qu’attendu, dévorant les maisons à la manière d’un feu, de sorte que les temples étaient remplis de ceux qui, frappés par la maladie, s’y réfugiaient dans l’espoir d’être guéris. Les sources, les fontaines, les puits étaient assiégés par /p. 56/ ceux que dévorait la soif provoquée par la rigueur de la maladie. L’eau pour eux était impuissante à apaiser la fièvre intérieure, car ceux qui avaient été atteints par la maladie étaient dans le même état après avoir bu comme avant. Beaucoup se rendaient d’eux-mêmes à leurs tombes, car les vivants ne suffisaient pas pour ensevelir les morts. L’attaque du mal n’était plus inattendue pour les gens, mais dès que son apparition survenait dans la maison qu’elle allait saisir, la ruine suivait de même.

90. Lors donc que la cause de la maladie devint manifeste à tous, car le démon qu’ils avaient invoqué avait funestement exaucé la prière des sots en provoquant par la maladie ce funeste espace dans la ville, ils viennent comme des suppliants auprès du Grand en lui demandant que le cours du mal s’arrête grâce au Dieu connu et prêché par lui, dont ils confessaient qu’il était le seul vrai Dieu et qu’il avait pouvoir sur toutes choses. Car lorsque cette apparition se manifestait, précédant la ruine d’une maison et provoquant aussitôt le désespoir, il n’y avait qu’un seul moyen de salut pour ceux qui étaient en danger : que le grand Grégoire vienne dans cette maison et écarte par la prière la maladie qui fondait sur cette maison. Et comme le bruit s’était rapidement répandu grâce à ceux qui avaient profité les premiers d’une telle guérison, toutes les pratiques que leur sottise leur avait fait pratiquer auparavant cessèrent : oracles, sacrifices expiatoires, fréquentation des idoles. Tous regardaient vers le grand prêtre et chacun cherchait à l’attirer chez lui pour le salut de toute sa famille. Pour lui, la récompense était le salut des âmes de ceux qu’il avait guéris, car dans une telle expérience se manifestait la piété du prêtre, et pour ceux qui avaient appris par les faits la puissance de la foi il n’y avait plus de délai pour donner son assentiment au mystère. 91. C’est ainsi que la maladie, pour ces hommes, fut plus efficace que la santé, car ceux qui étaient en bonne santé, alors qu’ils manquaient de raisons assez fortes pour accepter le mystère, furent rendus forts pour la foi par la maladie du corps. / p. 57/ Et ainsi, quand l’erreur des idoles eut été écartée, tous se convertissaient au nom du Christ, les uns conduits à la vérité par la maladie, les autres ayant mis devant eux, comme une protection contre la peste, la foi au Christ.

92. Il y a encore beaucoup de miracles du grand Grégoire qui ont été conservés jusqu’à ce jour par le souvenir. Mais pour épargner les oreilles incrédules, de sorte que ne subissent pas de dommage ceux qui estiment que le vrai est mensonge à cause de la grandeur des faits rapportés, nous ne les avons pas ajoutés à ce récit.



Leçon des Matines avant 1960

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Grégoire, Évêque de Néocésarée, dans le Pont, est célèbre par sa sainteté et sa doctrine, et plus encore par les prodiges et les miracles qu’il a opérés ; miracles si nombreux et si éclatants, qu’ils lui ont valu d’être surnommé le Thaumaturge, et d’être comparé, d’après le témoignage de saint Basile, à Moïse, aux Prophètes et aux Apôtres. C’est ainsi que, par sa prière, il déplaça une montagne [1] qui empêchait la construction d’une église et dessécha un marais, qui causait de la division entre deux frères. Le Lycus inondant la campagne avec de grands dégâts, Grégoire planta au bord du fleuve le bâton sur lequel il s’appuyait, qui, reverdissant aussitôt, grandit et devint un arbre ; le saint arrêta ainsi le débordement, et, dans la suite, les eaux ne dépassèrent plus jamais cette limite.

Cinquième leçon. Très souvent, il chassa les démons des images des idoles ou du corps des hommes ; et, par beaucoup d’autres faits merveilleux, il attira un nombre incalculable de personnes, à la foi de Jésus-Christ. Il prédisait aussi l’avenir, inspiré par un esprit prophétique. Sur le point de mourir, demandant combien il restait d’infidèles dans la ville de Néocésarée, on lui répondit qu’il y en avait seulement dix-sept ; alors, rendant grâces à Dieu : « Il y avait, dit-il, ce nombre de fidèles, lorsque je commençai mon épiscopat. » Il écrivit plusieurs ouvrages, qui, avec ses miracles, illustrèrent l’église de Dieu [2].

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Marc.

En ce temps-là : Jésus répondant à ses disciples, leur dit : Ayez foi en Dieu. En vérité, je vous dis que quiconque dira à cette montagne : Lève-toi, et jette-toi dans la mer, et n’hésitera point dans son cœur, mais croira que tout ce qu’il aura dit se doit faire, il lui sera réellement fait. Et le reste.

Homélie de saint Bédé, le Vénérable, Prêtre.

Septième leçon. Les païens qui ont écrit des calomnies contre l’Église, ont coutume d’accuser les nôtres de n’avoir pas en Dieu une foi entière, parce qu’ils n’ont pu transporter les montagnes. Il faut leur répondre que l’on n’a pas écrit tout ce qui s’est fait dans l’Église, ainsi que l’Écriture l’atteste en particulier des actions de notre Seigneur Jésus-Christ. Il aurait pu se faire qu’une montagne détachée du sol se précipitât dans la mer, si la nécessité l’eût réclamé ; comme nous lisons qu’aux prières du bienheureux père Grégoire, Évêque de Néocésarée, dans le Pont, homme éminent par ses mérites et ses vertus, il advint qu’une montagne se retira de l’endroit qu’elle occupait, autant que les habitants de la ville avaient besoin d’espace.

Huitième leçon. Voulant, en effet, bâtir une église, en un lieu d’ailleurs convenable, mais trop étroit, resserré qu’il était d’un côté par les rochers de la mer et de l’autre par la proximité d’une montagne, il y alla pendant la nuit, et, s’étant mis à genoux, il conjura le Seigneur, au nom de sa promesse, de reculer cette montagne, en ayant égard à la foi de celui qui l’invoquait. Y étant retourné le matin, il trouva que la montagne s’était retirée de tout l’espace dont les constructeurs de l’église avaient besoin. Le saint homme pouvait donc, et tout autre d’un mérite égal aurait pu, la circonstance l’exigeant, obtenir du Seigneur, en vertu de sa foi, qu’une montagne se détachât du sol et se jetât dans la mer.

Neuvième leçon. D’ailleurs, le diable étant quelquefois désigné sous le nom de montagne, à cause de son orgueil à vouloir s’élever contre Dieu et à vouloir être semblable au Très-Haut, on peut dire qu’à la parole de ceux qui ont la puissance de la foi, une montagne est détachée du sol et jetée dans la mer lorsque, à la prédication des saints docteurs, l’esprit immonde est expulsé du cœur des hommes prédestinés à la vie, et qu’il n’a plus dès lors à exercer la fureur de sa tyrannie que dans les esprits agités et amers des infidèles.

[1] D’où la leçon de l’évangile choisie pour la messe

[2] Contre le faste des tombeaux, rappelons que saint Grégoire le Thaumaturge fît avant de mourir promettre à ses amis qu’on mettrait son corps dans le lieu destiné à la sépulture commune. « Ayant toujours vécu, disait-il comme un étranger sur la terre, je ne voudrais pas perdre ce titre après ma mort. La seule possession dont je sois jaloux est celle qui ne me fera soupçonner d’aucun attachement à la terre. » (Bollandistes).

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Moïse, instruit dans la sagesse des Égyptiens, puissant en œuvres et en parole [3] se retire au désert ; Grégoire, prévenu des meilleurs dons de naissance et de nature, rhéteur brillant, riche de toute science, dérobe aux hommes sa florissante jeunesse et court offrir à Dieu dans la solitude l’holocauste qui plaît au Seigneur. Tous deux, espoir de leur peuple, se détournent de lui pour se perdre en la contemplation des mystères du ciel. Et cependant le joug du Pharaon s’appesantit sur Jacob ; et cependant des âmes périssent, qu’une parole ardente arracherait à l’empire des faux dieux : pareille fuite n’est-elle pas désertion ?

Est-ce donc à l’homme de se proclamer sauveur, quand Jésus ne s’est pas attribué de lui-même un tel nom [4] ? et quand le mal grandissait partout, l’ouvrier de Nazareth eut il tort de s’attarder dans l’ombre des trente années qui précédèrent son ministère si court ? Docteurs de nos temps enfiévrés, qui rêvez d’une hiérarchie nouvelle entre les vertus et comprenez la divine charité autrement que nos pères, ceux-là ne sont pas de la race des sauveurs d’Israël [5] qui pensent sur le salut social d’autre manière que le Sauveur du monde.

Grégoire fut comme Moïse de cette race bénie. Amis et ennemis s’accordaient à dire qu’il rappelait le législateur des Hébreux pour l’excellence de la vertu et l’éclat des prodiges opérés à son commandement [6]. Même zèle de part et d’autre à connaître Dieu, pour le manifester aux hommes qu’ils devaient lui conduire ; la plénitude de la doctrine est le premier don des guides des peuples, leur pénurie en ce point la pire des insuffisances [7]. Je suis Celui qui suis, déclare Dieu sur sa demande à Moïse ; du milieu du buisson ardent, la sublime formule à lui confiée authentique la mission qui l’appelle à sortir du désert [8]. Quand l’heure sonne pour Grégoire d’aller lui-même au monde de par Dieu, la Vierge bénie, dont le buisson d’Horeb fut la figure [9], apparaît à ses yeux éblouis dans la nuit profonde où il implorait la lumière, et Jean qui suit la Mère de Dieu laisse tomber de ses lèvres d’évangéliste cette autre formule ; complétant la première à l’usage des disciples de la loi d’amour :

« Un seul Dieu, Père du Verbe vivant, de la Sagesse subsistante et puissante qui est l’expression éternelle de lui-même, principe parfait du Fils unique et parfait qu’il engendre. Un seul Seigneur, unique engendré de l’unique, Dieu de Dieu, Verbe efficace, Sagesse embrassant et contenant l’univers, puissance créatrice de toute créature, vrai Fils d’un vrai Père. Et un seul Saint-Esprit tenant de Dieu l’être divin, révélé aux hommes par le Fils dont il est le parfait semblable, vie causant la vie, sainteté donnant d’être saint. Trinité parfaite, immuable, inséparable en gloire, éternité, domination [10]. »

C’est le message que notre Saint doit communiquer à son pays, le symbole qui portera son nom dans l’Église de Dieu. Dans sa foi au premier des mystères il soulèvera les montagnes et refoulera les flots, dépossédera l’enfer et chassera du Pont l’infidélité. Lorsque vers l’an 240, Grégoire évêque prend la route de Néocésarée, il ne voit partout que temples d’idoles et s’arrête pour la nuit dans un sanctuaire fameux. Au matin, les dieux sont en fuite et refusent de revenir ; mais le Saint remet à leur adresse au prêtre de l’oracle un ordre ainsi libellé : Grégoire à Satan : rentre [11]. Une défaite plus cuisante attendait, en effet, l’infernale cohorte ; contrainte d’arrêter sa retraite précipitée, elle doit assister à la ruine de son empire dans les âmes qu’elle abusa. Leur prêtre, le premier, se donne à l’évêque, et il devient son diacre ; bientôt sur les décombres des temples , en tous lieux abattus, se dresse l’Église du Christ seul Dieu.

Heureuse Église, si fortement fondée que l’hérésie fut impuissante contre elle au siècle suivant, sous la tempête arienne où fléchirent tant d’autres ! Au témoignage de saint Basile, les successeurs de Grégoire, éminents eux-mêmes, formaient à Néocésarée comme une parure de pierres précieuses [12], une couronne de brillantes étoiles [13]. Or, dit Basile, tous ces illustres prélats mettaient leur honneur à maintenir le souvenir du grand devancier, ne souffrant pas qu’un acte quelconque, un mot, une manière même de faire autre que la sienne dans les rites sacrés, prévalussent sur les traditions qu’il avait laissées [14].

Lorsque Clément XII établit dans l’Église entière, comme nous l’avons vu, la fête de sainte Gertrude la Grande, il décréta d’abord qu’elle serait fixée au présent jour, où continue de la célébrer l’Ordre de saint Benoît. Mais, dit Benoît XIV, le XVII Novembre étant attribué depuis de longs siècles à la mémoire de Grégoire le Thaumaturge, il parut mieux convenir que celui qui changeait de place les montagnes ne fût pas lui-même changé de son lieu par la vierge ; et c’est ainsi que dès l’année 1739, qui suivit l’institution de la fête nouvelle, celle-ci fut fixée pour l’avenir au XV dudit mois [15].

Saint Pontife, votre foi, soulevant les montagnes et domptant les flots, justifia la promesse du Seigneur [16]. Apprenez-nous à faire honneur nous-mêmes à l’Évangile, en ne doutant jamais de la divine parole et du secours qu’elle nous promet contre Satan , en qui l’Église nous montre aujourd’hui l’orgueilleuse montagne à jeter à la mer [17], contre le débordement des passions et l’entraînement d’un monde dont vos écrits nous disent avec le Sage la vanité [18]. Enseignez nous non moins à ne pas oublier le bienfait du secours du ciel après la victoire ; préservez-nous de l’ingratitude qui vous fut si odieuse.

Nous possédons toujours l’éloge touchant que vous dicta votre reconnaissance pour l’illustre maître aux enseignements duquel vous dûtes , après Dieu, cette fermeté et splendeur de foi qui fut votre gloire [19]. Leçon précieuse et pratique pour tous : célébrant la divine Providence dans l’homme qui fut pour vous son instrument prédestiné, vous n’avez garde d’oublier l’hommage à l’Ange de Dieu qui écarta vos pas des abîmes dans la nuit de l’infidélité où s’écoulèrent vos premiers ans ; céleste gardien qui toujours en éveil dans son dévouement actif, éclairé, persévérant, supplée à nos insuffisances, nourrit, instruit chacun de nous, le conduit par la main, ménageant aux âmes à travers l’espace et les temps ces inestimables rencontres qui transforment la vie et assurent l’éternité [20].

Mais comment remercier dignement, créatures pécheresses, l’auteur premier de tous biens, l’Être infini qui donne à l’homme et ses anges et les intermédiaires visibles ici-bas de la divine grâce ? Confiance pourtant ; car nous avons pour chef son premier-né, son Verbe qui sauva nos âmes et gouverne l’univers. Lui seul, mais lui peut sans peine rendre au Père d’assidues, d’éternelles actions de grâces pour lui-même comme pour tous et chacun, sans risque d’ignorance ou d’oubli dans le thème de sa louange, sans nul péril d’imperfection dans le mode ou l’ampleur de ses chants. A lui donc, au Dieu Verbe, ô Grégoire, nous renvoyons comme vous le légitime souci de parfaire les accents de notre gratitude, en considération des ineffables prévenances du Père qui est aux cieux ; car le Verbe est pour nous, comme il le fut pour vous, l’unique voie de la piété, delà reconnaissance et de l’amour [21]. Puisse-t-il susciter en nos temps des pasteurs qui rappellent vos œuvres ; puisse-t-il réveiller les antiques Églises de cet Orient dont vous fûtes la lumière !

[3] Act. VII, 22.

[4] Matth. I, 21 ; Heb. V, 5.

[5] I Mach. V, 62.

[6] Basil. de Spir. S. XXIX.

[7] Matth. XV, 14.

[8] Exod. III.

[9] Ant. Rubum quem viderat Moyses.

[10] Greg. Nyss. Vita Greg. Thaumaturg.

[11] Ibid.

[12] Basil. Ep. XXVIII, al. LXII.

[13] Ep. CCIV, al. LXXV.

[14] De Spir. S. XXIX.

[15] Benedict. XIV, De canonizat. SS. Lib. I, cap. XLI, 40, 41.

[16] Marc, XI, 22-24.

[17] Homil. ad Matut. ex Beda in Marc.

[18] Greg. Thaumat. Metaphrasis in Ecclesiasten Salomonis.

[19] In Origenem oratio panegyrica.

[20] Ibid, IV.

[21] In Origenem oratio panegyrica., IV.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Voici l’un des astres les plus illustres qui brillèrent jamais sur l’Église du Pont, apôtre en même temps que docteur, thaumaturge et confesseur de la foi.

Grégoire naquit à Néocésarée dans le Pont vers 213, et, dans sa prime jeunesse, il fut disciple du grand Origène dont il fit plus tard un panégyrique enthousiaste. Devenu évêque de sa ville natale, il la transforma de païenne en chrétienne, y opérant un grand nombre de miracles qui lui valurent le titre de « Thaumaturge ». Il mourut sous Aurélien entre 270 et 275, et tout le Pont, au dire de saint Basile, vénéra sa mémoire avec une immense dévotion, comme celle d’un maître dans la foi.

La messe Státuit du commun. La lecture évangélique est propre ; elle est tirée de saint Marc XI, 22-24. A la foi inébranlable de ses fidèles, le Sauveur promet même l’obéissance des montagnes, qui se déplacent pour entrer dans la mer. Cette promesse a été plusieurs fois confirmée par l’événement, comme on le voit en diverses vies de saints. Cela arriva à Néocésarée sous Grégoire le Thaumaturge ; et aussi, au dire de saint Grégoire le Grand, presque aux portes de Rome, sur le mont Soracte, dans le monastère où, au VIe siècle, vivait le moine saint Nonnose.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Si quelqu’un dit à cette montagne : Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, et qu’il ne doute pas dans son cœur, mais qu’il croie que ce qu’il dit arrivera, il le verra s’accomplir » (Marc, XI, 22)

Saint Grégoire le Thaumaturge. — Évêque de Néocésarée, dans le Pont (Asie Mineure), saint Grégoire se signala par de nombreux miracles, si bien que saint Basile le Grand le compare à Moïse, aux Prophètes et aux Apôtres. Sa prière obtint le déplacement d’une montagne qui gênait la construction d’une église (voir l’Évangile de la messe) ; de même, il dessécha un marais qui était une cause de discorde entre deux frères. Il chassa les démons du corps des hommes et des images des faux dieux. Ses miracles et son don de prophétie convertirent beaucoup d’hommes au Christ. Comme peu de temps avant de mourir (vers l’an 270) il demandait combien il y avait encore d’infidèles à Néocésarée, on lui répondit qu’il y en avait encore dix-sept ; alors, remerciant Dieu, il dit : « C’est le nombre de fidèles que j’ai trouvé en arrivant ici comme évêque. »

La Messe (Státuit). — La messe est du commun des évêques. L’Évangile propre parle de la foi qui transporte les montagnes, en faisant allusion au miracle de sa vie : « Croyez en Dieu ! En vérité, si quelqu’un dit à cette montagne : Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et qu’il ne doute pas dans son cœur, mais qu’il croie que ce qu’il dit arrivera, il le verra s’accomplir. » Dans son homélie, saint Bède rapporte le miracle de saint Grégoire à la parole du Christ : « Nous lisons que, sur la prière de notre bienheureux père saint Grégoire, évêque de Néocésarée, homme de mérites et de vertus remarquables, une montagne se déplaça de la distance nécessaire aux habitants de cette ville. Il voulait bâtir une église dans un lieu apte à cet usage ; mais, voyant que la place suffisante manquait, d’un côté à cause de la mer, de l’autre du fait d’une montagne, il vint pendant la nuit en ce lieu et, se mettant à genoux, il adjura le Seigneur, au nom de sa promesse, de déplacer la montagne conformément à la foi du requérant. Et lorsqu’il revint le lendemain matin, il trouva la montagne déplacée de la distance nécessaire aux constructeurs. »

SOURCE : http://www.introibo.fr/17-11-St-Gregoire-le-Thaumaturge

St. Gregory of Neocaesarea

Born at Neocæsarea in Pontus (Asia Minor) about 213; died there 270-275. Among those who built up the Christian Church, extended its influence, and strengthened its institutions, the bishops of Asia Minor occupy a high position; among them Gregory of Neocaesarea holds a very prominent place. His pastoral work is but little known, and his theological writings have reached us in a very incomplete state. In this semi-obscurity the personality of this great man seems eclipsed and dwarfed; even his immemorial title Thaumaturgus (the wonder-worker) casts an air of legend about him. Nevertheless, the lives of few bishops of the third century are so well authenticated; the historical references to him permit us to reconstruct his work with considerable detail.

Originally he was known as Theodore (the gift of God), not an exclusively Christian name. Moreover, his family was pagan, and he was unacquainted with the Christian religion till after the death of his father, at which time he was fourteen years old. He had a brother Athenodorus, and, on the advice of one of their tutors, the young men were anxious to study law at the law-school of Beirut, then one of the four of five famous schools in the Hellenic world. At this time, also, their brother-in-law was appointed assessor to the Roman Governor of Palestine; the youths had therefore an occasion to act as an escort to their sister as far as Caesarea in Palestine. On arrival in that town they learned that the celebrated scholar Origen, head of the catechetical school of Alexandria, resided there. Curiosity led them to hear and converse with the master, and his irresistible charm did the rest. Soon both youths forgot all about Beirut and Roman law, and gave themselves up to the great Christian teacher, who gradually won them over to Christianity. In his panegyric on Origen, Gregory describes the method employed by that master to win the confidence and esteem of those he wished to convert; how he mingled a persuasive candour with outbursts of temper and theological argument put cleverly at once and unexpectedly. Persuasive skill rather than bare reasoning, and evident sincerity and an ardent conviction were the means Origen used to make converts. Gregory took up at first the study of philosophy; theology was afterwards added, but his mind remained always inclined to philosophical study, so much so indeed that in his youth he cherished strongly the hope of demonstrating that the Christian religion was the only true and good philosophy. For seven years he underwent the mental and moral discipline of Origen (231 to 238 or 239). There is no reason to believe that is studies were interrupted by the persecutions of Maximinus of Thrace; his alleged journey to Alexandria, at this time, may therefore be considered at least doubtful, and probably never occurred.

In 238 or 239 the two brothers returned to their native Pontus. Before leaving Palestine Gregory delivered in presence of Origen a public farewell oration in which he returned thanks to the illustrious master he was leaving. This oration is valuable from many points of view. As a rhetorical exercise it exhibits the excellent training given by Origen, and his skill in developing literary taste; it exhibits also the amount of adulation then permissible towards a living person in an assembly composed mostly of Christians, and Christian in temper. It contains, moreover, much useful information concerning the youth of Gregory and his master's method of teaching. A letter of Origen refers to the departure of the two brothers, but it is not easy to determine whether it was written before or after the delivery of this oration. In it Origen exhorts (quite unnecessarily, it is true) his pupils to bring the intellectual treasures of the Greeks to the service of Christian philosophy, and thus imitate the Jews who employed the golden vessels of the Egyptians to adorn the Holy of Holies. It may be supposed that despite the original abandonment of Beirut and the study of Roman law, Gregory had not entirely given up the original purpose of his journey to the Orient; as a matter of fact, he returned to Pontus with the intention of practising law. His plan, however, was again laid aside, for he was soon consecrated bishop of his native Caesarea by Phoedimus, Bishop of Amasea and Metropolitan of Pontus. This fact illustrates in an interesting way the growth of the hierarchy in the primitive Church, for we know that the Christian community at Caesarea was very small, being only seventeen souls, and it was given a bishop. We know, moreover, from ancient canonical documents, that it was possible for a community of even ten Christians to have their own bishop. When Gregory was consecrated he was forty years old, and he ruled his diocese for thirty years. Although we know nothing definite as to his methods, we cannot doubt that he must have shown much zeal in increasing the little flock with which he began his episcopal administration. From an ancient source we learn a fact that is at once a curious coincidence, and throws light on his missionary zeal; whereas he began with only seventeen Christians, at his death there remained but seventeen pagans in the whole town of Caesarea. The many miracles which won for his the title of Thaumaturgus were doubtless performed during these years. The Oriental mind revels so naturally in the marvellous that a serious historian cannot accept unconditionally all its product; yet if ever the title of "wonder-worker" was deserved, Gregory had a right to it.

It is to be noted here that our sources of information as to the life, teaching, and actions of Gregory Thaumaturgus are all more or less open to criticism. Besides the details given us by Gregory himself, and of which we have already spoken, there are four other sources of information, all, according to Kötschau, derived from oral tradition; indeed, the differences between them force the conclusion that they cannot all be derived from one common written source. They are:
  • Life and Panegyric of Gregory by St. Gregory of Nyssa (P.G., XLVI, col. 893 sqq.);
  • Historia Miraculorum, by Russinus;
  • an account in Syriac of the great actions of Blessed Gregory (sixth century manuscript);
  • St. Basil, De Spiritu Sancto.
Gregory of Nyssa with the help of family traditions and a knowledge of the neighbourhood, has left us an account of the Thaumaturgus that is certainly more historical than any other known to us. From Rufinus we see that in his day (c. 400) the original story was becoming confused; the Syriac account is at times obscure and contradictory. Even the life by Gregory of Nyssa exhibits a legendary element, though its facts were all supplied to the writer by his grandmother, St. Macrina the Elder. He relates that before his episcopal consecration Gregory retired from Neocæsarea into a solitude, and was favoured by an apparition of the Blessed Virgin and the Apostle St. John, and that the latter dictated to him a creed or formula of Christian faith, of which the autograph existed at Neocæsarea when the biography was being written. The creed itself is quite important for the history of Christian doctrine (Caspari, Alte und neue Quellen zur Gesch, d. Taufsymols und der Glaubernsregel, Christiania, 1879, 1-64). Gregory of Nyssa describes at length the miracles that gained for the Bishop of Caesarea the title of Thaumaturgus; herein the imaginative element is very active. It is clear, however, that Gregory's influence must have been considerable, and his miraculous power undoubted. It might have been expected that Gregory's name would appear among those who took part in the First Council of Antioch against Paul of Samosata (Eusebius, Church History VII.28); probably he took part also in the second council held there against the same heresiarch, for the letter of that council is signed by a bishop named Theodore, which had been originally Gregory's name (Eusebius, op. cit., VII, xxx). To attract the people to the festivals in honour of the martyrs, we learn that Gregory organized profane amusements as an attraction for the pagans who could not understand a solemnity without some pleasures of a less serious nature than the religious ceremony.

Writings of Gregory

The Oratio Panegyrica in honour of Origen describes in detail that master's pedagogical methods. Its literary value consists less in its style than in its novelty, it being the first attempt at autobiography in Christian literature. This youthful work is full of enthusiasm and genuine talent; moreover, it proves how fully Origen had won the admiration of his pupils, and how the training Gregory received influenced the remainder of a long and well spent life. Gregory tells us in this work (xiii) that under Origen he read the works of many philosophers, without restriction as to school, except that of the atheists. From this reading of the old philosophers he learned to insist frequently on the unity of God; and his long experience of pagan or crudely Christian populations taught him how necessary this was. Traces of this insistence are to be met with in the Tractatus ad Theopompum, concerning the passibility and impassibility of God; this work seems to belong to Gregory, though in its general arrangement it reminds us of Methodius. A similar trait was probably characteristic of the lost Dialogus cum Aeliano (Pros Ailianon dialexis), which we learn of through St. Basil, who frequently attests the orthodoxy of the Thaumaturgus (Ep. xxviii, 1, 2; cciv, 2; ccvii, 4) and even defends him against the Sabellians, who claimed him for their teaching and quoted as his formula: patera kaiouion epinoia men einai duo, hypostasei de en (that the Father and the Son were two in intelligence, but one in substance) from the aforesaid Dialogus cum Aeliano. St. Basil replied that Gregory was arguing against a pagan, and used the words agonistikos not dogmatikos, i.e. in the heat of combat, not in calm exposition; in this case he was insisting, and rightly, on the Divine unity. he added, moreover, that a like explanation must be given to the words ktisma, poiema (created, made) when applied to the Son, reference being to Christ Incarnate. Basil added that the text of the work was corrupt.

The "Epostola Canonica", epistole kanonike (Routh, Reliquiae Sacrae, III, 251-83) is valuable to both historian and canonist as evidence of the organization of the Church of Caesarea and the other Churches of Pontus under Gregory's influence, at a time when the invading Goths had begun to aggravate a situation made difficult enough by the imperial persecutions. We learn from this work how absorbing the episcopal charge was for a man of conscience and a strict sense of duty. Moreover it helps us to understand how a man so well equipped mentally, and with the literary gifts of Gregory, has not left a greater number of works.

The Ekthesis tes pisteos (Exposition of the Faith) is in its kind a theological document not less precious than the foregoing. It makes clear Gregory's orthodoxy apropos of the Trinity. Its authenticity and date seem now definitely settled, the date lying between 260-270. Caspari has shown that this confession of faith is a development of the premises laid down by Origen. Its conclusion leaves no room for doubt:

There is therefore nothing created, nothing greater or less (literally, nothing subject) in the Trinity (oute oun ktiston ti, he doulon en te triadi), nothing superadded, as though it had not existed before, but never been without the Son, nor the Son without the Spirit; and this same Trinity is immutable and unalterable forever.

Such a formula, stating clearly the distinction between the Persons in the Trinity, and emphasizing the eternity, equality, immortality, and perfection, not only of the Father, but of the Son and of the Holy Spirit, proclaims a marked advance on the theories of Origen.

A Metaphrasis eis ton Ekklesiasten tou Solomontos, or paraphrase of Ecclesiastes, is attributed to him by some manuscripts; others ascribe it to Gregory of Nazianzus; St. Jerome (Illustrious Men 65 and Com. in eccles., iv) ascribes it to our Gregory. The Epistola ad Philagrium has reached us in a Syriac version. It treats of the Consubstantiality of the Son and has also been attributed to Gregory of Nazianzus (Ep. ccxliii; formerly Orat. xiv); Tillemont and the Benedictines, however, deny this because it offers no expression suggestive of the Arian controversy. Draeseke, nevertheless, calls attention to numerous views and expressions in this treatise that recall the writings of Gregory of Nazianzus. The brief Treatise on the Soul addressed to one Tatian, in favour of which may be cited the testimony of Nicholas of Methone (probably from Procupius of Gaza), is now claimed for Gregory.

The Kephalaia peri pisteos dodeka or Twelve Chapters on Faith do not seem to be the work of Gregory. According to Caspari, the Kata meros pistis or brief exposition of doctrine concerning the Trinity and the Incarnation, attributed to Gregory, was composed by Apollinaris of Laodicea about 380, and circulated by his followers as a work of Gregory (Bardenhewer). Finally, the Greek, Syriac, and Armenian Catenæ contain fragments attributed more or less correctly to Gregory. The fragments of the De Resurrectione belong rather to Pamphilus Apologia for Origen.

Sources

Gregory's writings wree first edited by Voss (Mainz, 1604) and are in P.G., X. For the Tractatus ad Theopompum see DE LAGARDE, Analecta Syriaca (Londond, 1858), 46-64; and PITRA, Analecta Sacra (Paris, 1883), IV. See also RYSSEL, Gregorius Thaumaturgus, sein Leben, und seine Schriften (Leipzig, 1880); KOTSCHAU, Des Gregorios Thaumaturgos Dankrede an Origenes (Frieburg, 1894); BARDENHEWER, Patrology, tr. SHAHAN (St. Louis, 1908), 170-175. For an English version of the literary remains of Gregory see Ante-Nicene Fathers (New York, 1896), VI, 9-74.; cf. also REYNOLDS in Dict. Chr. Biog., s.v. Greorius (3).

Leclercq, Henri. "St. Gregory of Neocaesarea." The Catholic Encyclopedia. Vol. 7. New York: Robert Appleton Company, 1910. 18 Nov. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/07015a.htm>.




November 17

St. Gregory Thaumaturgus, Bishop and Confessor

From his life by St. Gregory of Nyssa, Eusebius, l. 6, c. 23; St. Jerom in Catal. and the saint’s Oration to Origen; also St. Basil, l. de Spir. Soc. c. 29, ep. 62–65. See Tillemont, t. 4; Ceillier, t. 3, p. 307; Cave’s Primitive Fathers.

A.D. 270.

THEODORUS, afterwards called Gregory, and, from his extraordinary miracles, surnamed Thaumaturgus, or Worker of Wonders, was of Neocæsarea in Pontus, born of parents eminent for their rank and fortune, but engaged in the superstitions of idolatry. At fourteen years of age he lost his father, and from that time began to discover the vanity of the heathenish religion, as his reason grew more quick and manly, and was improved by education; and by this means his inclinations were insensibly turned towards the belief of the unity of the Deity and the Christian faith. 1 His mother pursued the plan, begun by his father, in giving him a literary education, with an intention of bringing him up to the bar, and the practice of oratory. In the study of rhetoric he made such surprising progress, that it was easy to foresee he would one day be one of the greatest orators of the age. He learned the Latin tongue, which was a necessary qualification for preferment to great dignities in the Roman empire: his masters also persuaded him to study the Roman laws, an acquaintance with which they said would be a great advantage to him in whatever profession he should afterwards embark. His sister being married to the assessor, or assistant of the governor of Cæsarea in Palestine, she was conducted thither at the public charge, with such as she was disposed to take with her. Gregory accompanied her upon this occasion with his brother Athenodorus, who was afterwards a bishop, and suffered much for the faith of Jesus Christ. From Cæsarea the two brothers went to Berytus, to attend a famous school of the Roman law in that neighbourhood. After a short stay there they returned to Cæsarea.

Origen had arrived there a little before, in 231, having left Alexandria to avoid the trouble which Demetrius gave him there. That great man opened a school at Cæsarea with extraordinary reputation, and, at the first interview with our saint and his brother, discovered in them an admirable capacity for learning, and excellent dispositions to virtue; which encouraged him to inspire them with a love of truth, and an eager desire of attaining the sovereign or chief good of man. Charmed with his discourses they entered his school, and laid aside all thoughts of going back to Berytus. Origen began with the praise of philosophy, by which term he understood true wisdom. He observed to them, that self-knowledge is the first step to the true life of a rational being; but no one can deserve that appellation who does not know his last end, and the means by which he is to attain to it, and to perfect the abilities which are in him: likewise the impediments which he is to remove, the vices which he must conquer, and the like. Indeed what can be more ridiculous than for a man to pretend to the knowledge of all things that are out of himself, and foreign to his happiness, whilst he is unacquainted with himself, and what it most essentially concerns him to know? For this he must carry his inquiries to real good and evil, in order to embrace the former and avoid the latter. Origen pursued his point several days; but never put on the air of a disputant who aimed at confounding his adversaries. He, on the contrary, behaved himself in the whole course of his conversation like one who had no other view but that of making his scholars happy by bringing them acquainted with what is really good; and he spoke with such a lovely mixture of sweetness and strong reasoning, that it seemed impossible to hold out against the attack; and the two young men soon forgot their own country, their friends, and all their former designs and views. Origen having thus gained their hearts, and engaged their attention, sounded their dispositions, and explored the strength of their genius, with a judgment and sagacity peculiar to that great man: and having thus prepared them, he undertook to give them a regular course of instructions. In this procedure masters have an admirable lesson what method they ought to take with their scholars, not beginning by laying down dry dull rules, but by laying open the reasons, and showing the importance of these rules, to render the study rational, instructive, and agreeable.

Origen entered upon his course of philosophy with them by logic, which, as laid down by him, taught them neither to admit, nor reject a proof at a venture, but to examine an argument to the bottom, without being dazzled at or amused with terms. He then proceeds to natural philosophy, which, as managed by that religious and learned man, led them to consider and adore the infinite power and wisdom of God, and admire the various and beautiful works of the creation with a becoming humility. The mathematics were their next employment, under which astronomy and geometry were comprehended; but all this master’s lessons tended to raise the minds of his scholars above the earth, and to warm their hearts to the love and eager pursuit of truth. These studies were succeeded by lectures of morality, and St. Gregory does justice to Origen by assuring us that he excited them to virtue no less by his example than by his discourses; and tells us that he inculcated to them, that, in all things, the most valuable knowledge is that of the first cause, and thus he led them on to theology. Upon this head he put into their hands and opened to their view all that the philosophers and poets had written concerning God, observing to them what was true and what was erroneous in the doctrine of each, and showing them the incompetence of human reason for attaining to certain knowledge in the most important of all points, that of religion, which manifestly appears from the capital errors into which the most considerable philosophers fell, whose monstrous opinions destroy one another, and by their absurdity and inconsistency confute themselves. Having brought them thus far on their way, he clearly set forth that, in what regards the Deity, we can only give credit to God himself, who speaks to us by his prophets, and he expounded to them the scriptures. Gregory and his brother were so charmed with this admirable light, that they were ready to quit every thing that interfered with their design of making God the object of their thoughts. In the mean time the persecution broke out in the East under Maximian, which obliged Origen to leave Cæsarea, in 235, and lie concealed that and the two following years.

Gregory in the mean time repaired to Alexandria, where then flourished a famous school of the Platonic philosophy and another of physic. His morals at Alexandria were so strict and regular, that the young students grew jealous of his virtue, and looked upon his behaviour as a tacit censure of their own irregularities. To be revenged they instructed an infamous prostitute to affront him in the following manner: While Gregory was engaged in a serious discourse with some of his learned particular friends, she impudently went up to him and made a demand of arrears due to her, as she falsely pretended, upon contract for criminal familiarities. Those who knew his virtue, were fired with resentment at so base a calumny and aspersion; but he, without the least emotion, desired one of his friends to satisfy her demands that she might be gone, and their conversation might suffer no interruption by her importunities. This easy compliance made some of his friends suspect him guilty, and begin to reproach him: but God rewarded his patience and meekness by clearing his innocence; for no sooner had the strumpet received the money, but she was seized with an evil spirit, howled in a frightful manner, and fell down tearing her hair, foaming at the mouth, and staring with all the fury and distraction of a fiend. Gregory’s charity prompted him to call upon God in her favour; and she immediately recovered. 2 Gregory remained at Alexandria from 235 to 238, when the persecution being over, he returned to Cæsarea, and finished his studies under Origen in two years more, so that he passed five years in his school and three at Alexandria—in all eight. Whether he received baptism in this latter city, or after his return to Cæsarea, is uncertain. Before he took leave of Origen, to testify his gratitude to such a master, he thanked him publicly by an oration, which he made before him in a numerous auditory, and which Du-Pin calls one of the most finished and elegant panegyrics extant; Gerard Vossius, Casaubon, Fabricius, and all other critics agree that it is an excellent and elegant performance. In it he extols the method and wisdom by which his great master conducted him through his studies; and thanks God, who had given him such a master, and his guardian angel, for having conducted him to this school; gives a wonderful character of Origen, and elegantly bewails his departure from his school as a kind of banishment from paradise. He clearly teaches original sin, and the divinity of God the Son, 3 and in the close prays that his guardian angel may conduct him in his way. 4

Gregory and his brother were scarcely arrived at Neocæsarea, but Origen wrote a tender letter to our saint, in which he calls him his holy lord, and his true son; and exhorts him to employ for the service of religion all the talents which he had received from God, and to borrow from the heathenish philosophy only what might serve that purpose, as the Jews converted the spoils of the Egyptians to the building of the tabernacle of the true God, recommending to him the study of the holy scripture, with prayer. At his return his countrymen expected to see great fruits of his studies, the wise and great men importuned him to aspire to posts of honour and authority, and to display his abilities amongst them. But relinquishing all that he possessed in the world, he retired to a solitary place in the country, there to converse solely with God and his own mind. Phedimus, archbishop of Amasea, metropolitan of Pontus, cast his eye upon him to raise him to the episcopal dignity, judging that his ripe parts and piety more than made up for his want of age. The good man, hearing of this, shifted his quarters, and no sooner was he sought for in one desert but he fled to another. However, at length he compounded that a delay should be allowed him, to prepare himself for that sacred character; after which he received the episcopal ordination with the accustomed ceremonies. About the same time he received and committed to writing the famous creed or rule of faith, concerning the mystery of the Holy Trinity, which is extant in his works, and of which we have in Lambecius a most valuable ancient Latin translation, published from a copy which was sent by Charlemagne a present to Pope Adrian I. St. Gregory of Nyssa assures us, that this creed was delivered to the saint by the Blessed Virgin and St. John Evangelist, in a vision, which he relates as follows: One night, whilst St. Gregory was taken up in a profound meditation on the mysteries of our holy faith, a venerable old man appeared to him, and said he was sent by God to teach him the truth of the holy faith. A woman stood by, who appeared above the condition of what is human, and, calling the other by his name, John the Evangelist, bade him discover to the young man the mystery of the true religion. He answered that, seeing it was the desire of the mother of our Lord, he was ready to do it. He then delivered the doctrine by word of mouth, which Gregory committed to writing, and the vision immediately disappeared. St. Gregory made this creed the rule of his preaching, and left the same a legacy to his church, which, by following it, has to this day, says St. Gregory of Nyssa, remained free from all heresy, namely, of the Arians and Semiarians: for this creed clearly explains the doctrine of the holy Trinity. 5 St. Gregory of Nyssa testifies that in his time the original copy was preserved in the archives of the church of Neocæsarea; it is quoted by St. Gregory Nazianzen, Rufinus, &c.

The city of Neocæsarea was rich, large, and populous, but so deeply buried in vice, and so miserably addicted to superstition and idolatry, that it seemed to be the place where Satan had fixed his seat, and Christianity had as yet scarcely been able to approach its neighbourhood, though it was in a nourishing condition in many parts of Pontus. St. Gregory animated with zeal and charity, applied himself vigorously to the charge committed to him, and God was pleased to confer upon him an extraordinary power of working miracles, of some of which St. Gregory of Nyssa gives us the following account: As the saint was returning from the city to the wilderness, a violent rain obliged him to take shelter in a heathenish temple, the most famous in the country, upon account of oracles and divinations delivered there. At his entrance he made the sign of the cross several times to purify the air, and then spent the night there with his companion in prayer, according to custom. The next morning he pursued his journey, and the idolatrous priest performed his usual superstitions in the temple: but the devils declared they could stay there no longer, being forced away by the man who passed the last night there. After several vain attempts to bring those powers back, the priest hastened after the saint, threatening to carry his complaints against him to the magistrates and to the emperor. Gregory, without the least emotion, told him, that with the help of God he could drive away or call the devils when he pleased. When the idolater saw he disregarded all his menaces, and heard that he had a power of commanding demons at pleasure, his fury was turned into admiration, and he entreated the bishop, as a further evidence of the divine authority, to bring the demons back again to the temple. The saint complied with his request, and dismissed him with a scrip of paper, in which he had written, “Gregory to Satan: Enter.” This being laid upon the altar, and the usual oblation made, the demons gave their answers as usual. The priest, surprised at what he saw, went after the holy bishop, and begged he would give him some account of that God whom his gods so readily obeyed. Gregory explained to him the principles of the Christian faith, and finding the priest shocked at the doctrine of the incarnation, told him that great truth was not to be enforced by words or human reasoning, but by the wonders of the divine power. The priest hereupon pointing to a great stone, desired the saint to command that it should change its place to another, which he named. St. Gregory did so, and the stone obeyed, by the power of him who promised his disciples that by faith they should be able to remove mountains. The priest was converted by this miracle, and, forsaking his house, friends, and relations, resigned himself up to the instructions of divine wisdom.

The people of Neocæsarea, hearing of the miraculous actions of Gregory, were all ambitious to see so wonderful a man, and received him with great applause when he first arrived amongst them. But he passed unconcerned through the crowd, without so much as casting his eye on one side or another. His friends, who had accompanied him out of the wilderness, were solicitous where he should meet with entertainment. The saint asked them if they were banished the divine protection; and bade them not be solicitous concerning their bodies, but about their minds which are of infinitely greater importance, and are to be prepared and built up for heaven. Many were ready to open their doors to so welcome a guest; and he accepted the invitation of Musonius, a person of great honour and esteem in the city, and lodged with him. That very day he fell to preaching, and, before night, had converted a number sufficient to form a little church. Early the next morning the doors were crowded with sick persons, whose distempers he cured, and at the same time he wrought the conversion of their souls. The body of Christians soon became so numerous that the saint was enabled to build a church for their use, to which all contributed either money or labour. Though churches were afterwards demolished in the days of Dioclesian, and though an earthquake threw down most of the neighbouring buildings, this escaped both dangers, and not a stone of it was shaken to the ground. St. Jerom and venerable Bede mention, that when St. Gregory built this famous church near the sea, he commanded a rock, which obstructed the work, to yield place; which it did. The river Lycus, now called Casalmach, which passed by the walls of Neocæsarea, falling from the mountains of Armenia, sometimes by its impetuous floods swept away inhabitants, cattle, houses, and crops. St. Gregory, moved with compassion, fixed his staff near the bank, and prayed that the waters might not exceed those bounds, and they obeyed his voice; and no such floods happened again to the time when St. Gregory of Nyssa wrote: the staff also took root, and became a large tree. Once, when the saint was upon a journey, he was espied by two Jews, who, knowing his charitable disposition, made use of a stratagem to impose upon him. One lay on the ground, feigning himself dead, and the other, lamenting his miserable fate, begged somewhat of the bishop towards his burial: who took his coat and cast it on the man that lay as dead. When St. Gregory was got out of sight, the impostor came back laughing, and required his companion to rise; but found him really dead. The miracles and wisdom of the saint brought him into such reputation, that, even in civil causes, wherever the case was knotty and difficult, it was usually referred to his decision. Two brothers happened to be at law about a lake, both challenging it to belong to their part of the inheritance: nor was the saint able by words to accommodate the difference between them; but each resolved to maintain his right by force of arms, and a day was set when they were to bring into the field all the force they could raise with their tenants. To prevent unjust bloodshed, St. Gregory continued all the night before the intended engagement in prayer upon the spot, and the next day the lake was turned into solid land, whereby the contention was removed; the remains of the lake were shown long after. The saint being invited to assist at the election of a bishop at Comana, the people set their eyes upon persons honourable for their birth and eloquence, and much esteemed in the world. The saint told them, that sanctity, virtue, and prudence were more to be considered than such qualifications. Then, said one, we may take Alexander, the collier, for bishop. This Alexander was a wise and holy man, who, leaving his books, had put on the disguise of a collier in the city of Comana, where he lived by the labour of his hands. God, revealing to our saint what kind of man he was, he caused him to be brought in, and, by putting many questions to him, showed the people that he was much more than he seemed to be, and that under that mean clothing was hidden great wisdom and sanctity. Then calling him aside he obliged him to confess who he was: and having caused his clothes to be changed, gave him to the people for their bishop. This Alexander discharged the episcopal office with great zeal and sanctity, and dying a martyr for the faith is commemorated in the Roman Martyrology on the 11th of August. These miracles of St. Gregory Thaumaturgus are related by St. Gregory of Nyssa: some of them are also mentioned by St. Basil; who both lived within less than a hundred years after him, and whose grandmother Macrina, who taught them in their youth, and had care of their education, had known him and heard him preach in her younger years. St. Basil says, that he was a man of a prophetic and apostolic temper, and that the whole tenour of his life expressed the height of evangelical conversation. In all his devotions he showed the greatest reverence and deepest recollection, and never covered his head at prayer. The simplicity and modesty of his speech were such that yea and nay were the measure of his conversation. He abhorred lies and falsehood, especially all cunning and artificial methods of detraction. Envy and pride he was a stranger to. Slandering and reproaching others he greatly hated; no anger, wrath, or bitterness ever appeared in his words or carriage.

The persecution of Decius breaking out in 250, St. Gregory advised his flock rather to save their souls by flying, than by abiding the fierce conflicts, to expose themselves to the danger of losing their faith; by which means, and by his zealous exhortation, not one amongst them fell. Setting them an example, he withdrew himself into the desert, accompanied only with the Gentile priest whom he had before converted, and who then served him in the office of deacon. The persecutors were informed that he was concealed upon a certain mountain, and sent soldiers to apprehend him. These returned, saying they had seen nothing but two trees; upon which the informer went again to the place, and finding the bishop and his deacon at their prayers, whom the soldiers had mistaken for two trees, judged their escape to have been miraculous, threw himself at the bishop’s feet, and became a Christian, and the companion of his retreat and dangers. The wolves despairing to meet with the shepherd fell with the fiercer rage upon that part of his flock which staid behind, and seizing upon men, women, and children, who had any reverence for the name of Christ, cast them into prisons. St. Gregory in his wilderness saw in spirit the conflict of the holy martyr Troadius, a young man of distinction in the city, who, after a great variety of torments gained a glorious triumph by dying for the faith. The persecution ending with the life of the emperor, in 251, Gregory returned to Neocæsarea, and soon after undertook a general visitation of the whole country, made excellent regulations for repairing the damage done by the late storm, and instituted solemn anniversary festivals, in honour of the martyrs who had suffered in the persecution. On a day devoted to the solemn worship of one of the heathen deities, the whole country flocked to the diversions at the theatre in Neocæsarea, and some of them finding the crowd troublesome, prayed that Jupiter would make room for them. This being told the holy bishop, he said, they should soon have no reason to complain for want of room. At that time a dreadful pestilence broke out, which ravaged all Pontus. It was at length stopped in that part by the prayers of Gregory; upon which occasion most of the remaining infidels were converted to the faith. During the weak administration of the emperor Gallienus, the Goths and Scythians overran Thrace and Macedon, and passing into Asia burnt the temple of Diana, at Ephesus, and plundered Pontus and other countries, committing the most horrible disorders. In those times of confusion several Christians who had been plundered by the barbarians, plundered others in their turn, or purchased of the infidels their unjust booty. St. Gregory being consulted by another bishop concerning the penance which was to be enjoined for these crimes, wrote his canonical epistle, which holds an eminent rank among the penitential canons of the ancient church. 6 In it he says: 7 “Let no one deceive himself under the pretence of having found a thing; it is not even lawful to make use of that which we find.—If in the time of peace it is not lawful to advantage ourselves at the expense of a brother, or even of an enemy who neglects what belongs to him through carelessness: how much less at the expense of an unfortunate person who leaves it, through necessity, in order to fly from enemies? Others deceive themselves in keeping what belongs to another because they have found it in the place of their own. Thus because the Borades and Goths exercise hostilities against them, they become Borades and Goths to others.” He adds: 8 “They who (in restoring what they have found) fulfil the commandment of God, ought to do it without any secular views, without making any demand, either as having discovered, or saved, or found a thing, or any other pretence whatever.” Which maxim of justice is excellently inculcated by St. Austin. St. Gregory Thaumaturgus mentions the distinct orders of penitents, as the hearers, the prostrati, &c.

In 264 a council was held at Antioch against the heresies broached by Paul of Samosata, who had been four years bishop of that city. He asserted that there was but one person in the Godhead, and that our Saviour was no more than a mere man, with other monstrous errors. 9 He was also one of the most haughty and vain of mortals, and caused hymns in his own praise to be sung in the church. In this synod St. Gregory and his brother Athenodorus are named the first among the subscribers. Paul only escaped personal censures by dissembling his errors, which he afterwards renewed; and was therefore condemned and deposed in the second council of Antioch, in 270, though he kept possession of the episcopal house till after the defeat of Zenobia, queen of the East, his protectress, in 272. Our saint seems to have passed to eternal glory in that interval; but the year is uncertain: it seems most probable to have been in 270 or 271, on the 17th of November. A little before his death, being sensible of its near approach, he inquired how many infidels yet remained in the city, and being told there were seventeen, he sighed, and lifting up his eyes to heaven, expressed his grief that any continued strangers to the true religion, but thankfully acknowledged, as a great mercy, that having found but seventeen Christians at his first coming thither, he left but seventeen idolaters. Having then heartily prayed for the conversion of the infidels, and the confirmation and perfect sanctification of those who believed in the true God, he enjoined his friends not to procure him any peculiar place of burial, but that as he lived as a pilgrim in the world, claiming nothing for himself, so after death he might enjoy the portion of a stranger, and be cast into the common lot. He peaceably resigned his soul into the hands of his Redeemer, and is named in all Eastern and Western Martyrologies on the 17th of November. Neocæsarea, the capital of that part of Pontus, became afterwards an archiepiscopal see, and at present is called by the Greeks, Nixar (which is a corruption of its original name), by the Turks, Tocate, and is the seat of a Beglierberg.

The greatest geniuses which the world ever produced, men the most penetrating, the most judicious, the most learned, and at the same time the most sincere, the most free from all bias of interest or passions, the most disengaged from the world, whose very sanctity and perfect victory over pride and all the passions of the human mind was the most visible miracle of divine grace, and the prodigy of the world, are venerable vouchers of the truth of the divine revelation of the Christian religion, and of the evident miracles by which it was confirmed and established. Their testimony is the more unexceptionable, as they maintained it in the most perfect spirit of humility, meekness, and charity, and in opposition to every view of pride and all human interest. Yet, if we believe modern freethinkers, their party alone is that of good sense, and in proportion as a man is endowed with better understanding, and a more sublime genius, the more he is inclined to religious scepticism and incredulity. But they attempt in vain by an overbearing impudence, impertinence, and ridicule, to bring the faith of a divine revelation into contempt, and too visibly betray, that pride or other base passions have corrupted their hearts; whence arise these clouds which darken their understanding. Let them impartially examine into the causes of their error, and they will find that they accuse and shut their eyes to the clearest light, because it condemns them, and that they turn infidels because it is the interest of their vices to be so. Let them correct the irregularities of their own hearts, and bring to the inquiry sincere simplicity, and a teachable mind: then all their difficulties will immediately vanish, and the evidence of the divine revelation will appear manifest. The most monstrous absurdities, evident falsehoods, glaring inconsistencies, and wretched sophistry, which we meet with in almost every line or rather word of their most boasted writings, suffice to prove how much it is in spite of reason that they declaim, and how ridiculous their claim to it is. A submission to divine revelation authentically manifested to us, in the judgment of all who impartially consider its triumphant motives, to the eyes of reason will always appear to be the most just and glorious use that man can make of his reason.

Note 1. S. Greg. Thaum. Orat. ad Orig. p. 33. [back]

Note 2. S. Greg. Nyssen. in Vit. Greg. [back]

Note 3. N. 34 et 35, p. 23, et Bengelius, Not. in n. 37, p. 153, &c. [back]

Note 4. Bengelius, a Lutheran, gave us a new edition of this panegyric with notes, printed at Stutgard, capital of the duchy of Wirtemberg, in Suabia, in 1722. The works of St. Gregory Thaumaturgus, which are in particular request, even amongst Protestants, consist of this panegyric, his creed, canonical epistle, and paraphrase upon Ecclesiastes, all published by Ger. Vossius, in 1604, and more accurately at Paris in 1622. [back]

Note 5. See Bull, de Defens. fidei Nicænæ, l. 2, c. 12. [back]

Note 6. See Beveridge’s Can. Eccl. Græcæ. [back]

Note 7. Can. 4, 5. [back]

Note 8. Ib. c. 10. [back]

Note 9. S. Epiph. hær. 65; Eus. l. 7, c. 27 et 30; Conc. t. 1, p. 845. Athan. de Syn. Arimin. pp. 691, 708, &c. See Jablonski, Diss. de genuinâ Pauli Samos; Sententiâ Francof. 1736. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XI: November. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/11/171.html

Gregory the Wonder-Worker B (RM)
(also known as Gregory Thaumaturgus)


Born at Neocaesarea c. 213; died there c. 270. Saint Gregory was the son of pagan parents of rank, and had a good education in letters and law. About 233, he and his brother Athenodorus accompanied their sister, who was joining her husband at Caesarea in Palestine. They were supposed to continue on to Beirut to further their study of law, but instead they came under Origen's influence, entered his catechetical school in Caesarea, studied theology, and were baptized. After studying under Origen for five years, and Gregory returned to Pontus as a missionary with an intention also to practice law.


Soon after 238 he was, in spite of his youth, elected bishop of Neocaesarea by the 17 Christians of the city. It soon became apparent that he was gifted with remarkable powers. He preached so eloquently that in the course of some 30 years he is said to have converted practically the whole population of the city. He was a much sought after arbiter for his wisdom, legal knowledge, and ability. He so ably proselytized by word and deed that it is reported that at the time of his death only 17 unbelievers were left in the city.

His apostolic work was carried on in heartbreaking conditions of war, plague, and persecution. When Decius's persecution of the Christians broke out in 250, he advised his flock to go into hiding, and fled to the desert with his deacon. On his return, he ministered to his flock when plague struck his see, and when the Goths devastated Pontus, 252-54, which he described in his Canonical Letter. He participated in the Synod of Antioch, 264-65, against Samosata, and fought Sabellianism and Tritheism.

Not much is known about it, but he is the first missionary of whom it is related that he popularized Christian observances by adding secular attractions to religious festivals.

Saint Gregory left a number of theological and other writings and he has always been highly regarded in the Greek Church. He wrote a panegyric to Origen, a treatise on the Creed, and a dissertation addressed to Theopompus. Many of his works are available on the Internet, including:

A Declaration of Faith

A Metaphrase of the Book of Ecclesiastes

A Sectional Confession of Faith

On the Trinity

Twelve Topics on the Faith

On the Subject of the Soul

Four Homilies

On All the Saints

On Matthew 6:22-23

Canonical Epistle

The reason for his more popular fame is indicated by the epithet given to him, Thaumaturgus, 'the Wonder-Worker.' Extraordinary marvels are attributed to him, which were written down a century after his time by Saint Basil and Saint Gregory of Nyssa, who had learned of the wonder-worker from their grandmother Saint Macrina who had known him and had heard him preach in her youth. On the testimony of the last named, he was the first recorded person to whom the Virgin Mary appeared in a vision; with her, we are told, appeared Saint John the Evangelist, and they communicated to Gregory a statement of doctrine on the Blessed Trinity.

Saint Gregory also records that when today's Gregory was returning to the wilderness, he had to seek shelter in a pagan temple during a violent rain storm. Upon entering, he made the sign of the cross several times to purify the air, then spent the night there in prayer with his companion.

The next day the temple priest tried to call forth his normal oracles, but the demons declared that they could stay there no longer because Gregory had cleansed the temple. The angry priest threatened to go to the magistrates and the emperor with his complaint against Gregory. Unemotionally, Gregory told the priest that the demons would do his bidding in the name of Christ. The priest's fury turned to admiration, when Gregory complied with his desire. As he left the place, he handed the priest a paper on which was written, "Gregory to Satan: Enter," and the demons returned.

The priest, surprised that his gods would readily obey Gregory's God, ran after the bishop, who explained the Christian faith to the priest. Shocked at the doctrine of the Incarnation and desiring that the truth be reinforced by a sign, the priest requested that Gregory miraculously transport a huge rock from one place to another. The stone, too, obeyed, by the power of Him who promised His disciples that by faith they could move mountains. By this miracle, the priest was converted and left behind his home, family, and friends to be instructed in the divine wisdom. The priest later become Gregory's companion and deacon.

At other times Gregory laid hands upon the sick and they recovered their health of mind, body, and spirit, while receiving also the gift of conversion. So many were healed and converted, that Gregory was forced to build a church for their use in Neocaesarea. Saint Jerome and the Venerable Bede both record that when a rock impeded the building, Gregory commanded that it yield its place--and it did.
In order to hold back the floods of the River Lycus, which often overflowed its banks, Gregory fixed his staff near the bank and prayed the the waters might not exceed that bound; and they obeyed his voice. The staff also took root and grew into a large tree.

Two men hoped to take advantage of Gregory's compassionate nature. One pretended to be dead, while the other besought funds with which to bury the first. Gregory, in a hurry, tossed his coat upon the impostor. When he had left, the second laughed to let the other know the coast was clear. Unfortunately, the impostor was really dead.

Another time, two brothers were fighting each other over the ownership of a lake, which was part of their inheritance. The night before the dispute was to be ended with a battle to the death between the tenants of each side, Gregory spent the night in prayer on the spot. The next day, the combatants found that the lake had become dry land and could be divided without an engagement of forces.

During the renewed persecutions of Decius in 250, Gregory withdrew into the desert with his deacon. The authorities had learned of his hiding place and sent soldiers to bring him back. They returned empty-handed, saying that they had seen nothing at the place except two trees. The informer went again to the place to verify the news and, finding in prayer the bishop and deacon whom the soldiers mistook for two trees, judged their escape to be miraculous, threw himself at Gregory's feet, and became a Christian (Attwater, Benedictines, Delaney).

Saint Gregory is generally portrayed as a bishop driving devils out of the temple, though sometimes he is shown bringing the miter to Alexander Carbonarius (Roeder). Carol Gerten's site contains an anonymous 12th-century Russian icon of St. Gregory the Miracle-Worker

He is invoked against floods and earthquakes (at one time he reportedly stopped the flooding Lycus, and at another, he moved a mountain) (Delaney).


SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1117.shtml

St Gregory the Wonderworker of Neocaesarea


Saint Gregory the Wonderworker, Bishop of Neocaesarea, was born in the city of Neocaesarea (northern Asia Minor) into a pagan family. Having received a fine education, from his youth he strived for Truth, but the thinkers of antiquity were not able to quench his thirst for knowledge. Truth was revealed to him only in the Holy Gospel, and the youth became a Christian.


For the continuation of his studies St Gregory went to Alexandria, known then as a center for pagan and Christian learning. The youth, eager for knowledge, went to the Alexandrian Catechetical School, where the presbyter Origen taught. Origen was a famous teacher, possessing a great strength of mind and profound knowledge. St Gregory became a student of Origen. Afterwards, the saint wrote about his mentor: “This man received from God a sublime gift, to be an interpreter of the Word of God for people, to apprehend the Word of God, as God Himself did use it, and to explain it to people, insofar as they were able to understand it.” St Gregory studied for eight years with Origen, and was baptized by him.

The ascetic life of St Gregory, his continence, purity and lack of covetousness aroused envy among his conceited and sin-loving peers, pagans that they were, and they decided to slander St Gregory. Once, when he was conversing with philosophers and teachers in the city square, a notorious harlot came up to him and demanded payment for the sin he had supposedly committed with her. At first St Gregory gently remonstrated with her, saying that she perhaps mistook him for someone else. But the profligate woman would not be quieted. He then asked a friend to give her the money. Just as the woman took the unjust payment, she immediately fell to the ground in a demonic fit, and the fraud became evident. St Gregory said a prayer over her, and the devil left her. This was the beginning of St Gregory’s miracles.

Having returned to Neocaesarea, the saint fled from the worldly affairs into which influential townsmen persistently sought to push him. He went into the desert, where by fasting and prayer he attained to high spiritual accomplishment and the gifts of clairvoyance and prophecy. St Gregory loved life in the wilderness and wanted to remain in solitude until the end of his days, but the Lord willed otherwise.

The bishop of the Cappadocian city of Amasea, Thedimos, having learned of St Gregory’s ascetic life, decided to have him made Bishop of Neocaesarea. But having foreseen in spirit the intent of Bishop Thedimos, the saint hid himself from the messengers of the bishop who were entrusted to find him. Then Bishop Thedimos ordained the absent saint as Bishop of Neocaesarea, beseeching the Lord that He Himself would sanctify the unusual ordination. St Gregory perceived the extraordinary event as a manifestation of the will of God and he did not dare to protest. This episode in the life of St Gregory was recorded by St Gregory of Nyssa (January 10). He relates that St Gregory of Neocaesarea received the episcopal dignity only after Bishop Thedimos of Amasea performed all the canonical rites over him.

During this time, the heresy of Sabellius and Paul of Samosata began to spread. They taught falsely concerning the Holy Trinity. St Gregory prayed fervently and diligently imploring God and His most pure Mother to reveal to him the true faith. The All-Holy Virgin Mary appeared to him, radiant like the sun, and with Her was the Apostle John the Theologian dressed in archepiscopal vestments.

By the command of the Mother of God, the Apostle John taught the saint how to correctly and properly confess the Mystery of the Most Holy Trinity. St Gregory wrote down everything that St John the Theologian revealed to him. The Mystery of the Symbol of the Faith, written down by St Gregory of Neocaesarea, is a great divine revelation in the history of the Church. The teaching about the Holy Trinity in Orthodox Theology is based on it. Subsequently it was used by the holy Fathers of the Church: Basil the Great, Gregory the Theologian, and Gregory of Nyssa. The Symbol of St Gregory of Neocaesarea was later examined and affirmed in the year 325 by the First Ecumenical Council, showing his enduring significance for Orthodoxy.

Having become a bishop, St Gregory set off to Neocaesarea. Along the way from Amasea he expelled devils from a pagan temple, the priest of which he converted to Christ. The convert was witness to still another miracle of the saint, at his word a large stone shifted from its place.

The preaching of the saint was direct, lively and fruitful. He taught and worked miracles in the name of Christ: he healed the sick, he helped the needy, he settled quarrels and complaints. Two brothers sharing an inheritance were not able to agree over the property of their dead father. There was a large lake over which they argued, for each of the brothers wanted the lake for himself. They both gathered their friends together, and were ready to come to blows. St Gregory persuaded them to delay their fight until the following day, and he himself prayed all night long at the shore of the lake which sparked the quarrel. When dawn broke, everyone saw that the lake had dried up or gone underground. Through the intense prayer of the saint, now there was only a stream, and its course defined the boundary line. Another time, during the construction of a church, he commanded a hill to move and make room at the place of the foundation.

When a persecution against Christians began under the emperor Decius (249-251), St Gregory led his flock to a faraway mountain. A certain pagan, knowing about the hiding place of the Christians, informed the persecutors. Soldiers surrounded the mountain. The saint went out into an open place, raised up his hands to heaven and ordered to his deacon to do the same. The soldiers searched the whole mountain, and they went several times right past those praying, but not seeing them, they gave up and went away. In the city they reported that there was nowhere to hide on the mountain: no one was there, and only two trees stood beside each other. The informer was struck with amazement, he repented of his ways and became a fervent Christian.

St Gregory returned to Neocaesarea after the end of the persecution. By his blessing church Feasts were established in honor of the martyrs who had suffered for Christ.
SOURCE : http://oca.org/saints/lives/2015/11/17/103315-st-gregory-the-wonderworker-of-neocaesarea

By his saintly life, his effective preaching, working of miracles and graced guiding of his flock, the saint steadily increased the number of converts to Christ. When St Gregory first ascended his cathedra, there were only seventeen Christians in Neocaesarea. At his death, only seventeen pagans remained in the city.