vendredi 16 novembre 2012

Sainte GERTRUDE d'HELFTA, vierge religieuse bénédictine

Sainte Gertrude

Religieuse Bénédictine d'Eisleben

(1256-1302)

Sainte Gertrude d'Eisleben est la plus célèbre de plusieurs Saintes qui portent le même nom, et c'est pour cela que d'anciens auteurs l'ont appelée Gertrude la Grande. On la mit, dès l'âge de cinq ans, chez les Bénédictines d'Helfta. Elle y vint comme simple religieuse, sous la direction d'une abbesse du même nom qu'elle, dont la soeur était sainte Mechtilde d'Hackeborn, qui fut la maîtresse et l'amie de notre sainte Gertrude.

Gertrude apprit le latin dans sa jeunesse, ce que faisaient alors des personnes de son sexe qui se consacraient à Dieu dans la retraite. Elle avait aussi une connaissance peu commune de l'Écriture et de toutes les sciences qui ont la religion pour objet; mais la prière et la contemplation furent toujours son principal exercice, et elle y consacrait la plus grande partie de son temps. Elle aimait particulièrement à méditer sur la Passion et sur l'Eucharistie, et elle ne pouvait alors retenir les larmes qui, malgré elle, coulaient de ses yeux en abondance. Lorsqu'elle parlait de Jésus-Christ et de Ses mystères, elle ravissait ceux qui l'entendaient. Un jour qu'on chantait à l'Église ces paroles: "J'ai vu le Seigneur face à face," elle vit une face divine d'une éclatante beauté, dont les yeux perçaient son coeur et remplirent son âme et son corps de délices inexprimables.

L'amour divin était l'unique principe de ses affections et de ses actions. De là ce crucifiement entier au monde et à toutes ses vanités. Elle fut l'objet d'un grand nombre de grâces extraordinaires; Jésus-Christ grava Ses plaies dans le coeur de Sa sainte épouse, lui mit des anneaux au doigt, Se présenta devant elle en compagnie de Sa Mère et agit en elle comme s'Il avait changé de coeur avec elle. Toutes ces grâces étonnantes ne firent que développer son amour de la souffrance. Il lui était impossible de vivre sans ressentir quelque douleur; le temps qu'elle passait sans souffrir lui paraissait perdu. Le zèle pour le salut des âmes était ardeur au coeur de Gertrude. Pensant aux âmes des pécheurs, elle répandait pour elles des torrents de larmes au pied de la Croix et devant le Saint-Sacrement.

Pendant la longue maladie de cinq mois dont elle devait mourir, elle ne donna pas le moindre signe d'impatience ou de tristesse; sa joie, au contraire augmentait avec ses douleurs. Le jour de sa mort étant venu, elle vit la Très Sainte Vierge descendre du Ciel pour l'assister ; une de ses soeurs aperçut son âme allant droit au Coeur de Jésus, qui S'ouvrit pour la recevoir. Sainte Gertrude est une des grandes mystiques de l'Église. Le livre de ses Révélations est demeuré célèbre.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950



BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Place Saint-Pierre



Mercredi 6 octobre 2010


Sainte Gertrude



Chers frères et sœurs,

Sainte Gertrude la Grande, dont je voudrais vous parler aujourd'hui, nous conduit cette semaine aussi au monastère de Helfta, où sont nés certains des chefs-d’œuvre de la littérature religieuse féminine latino-allemande. C'est à ce monde qu’appartient Gertrude, l'une des plus célèbres mystiques, seule femme en Allemagne à recevoir l'épithète de «Grande», en raison de sa stature culturelle et évangélique: à travers sa vie et sa pensée, elle a influencé de manière singulière la spiritualité chrétienne. C'est une femme exceptionnelle, dotée de talents naturels particuliers et d'extraordinaires dons de grâce, d'une profonde humilité et d’un zèle ardent pour le salut du prochain, d'une intime communion avec Dieu dans la contemplation et de disponibilité à venir au secours des plus démunis.

A Helfta, elle se mesure, pour ainsi dire, systématiquement à sa maîtresse Mathilde de Hackeborn, dont j'ai parlé à l'Audience de mercredi dernier; elle noue des relations avec Mathilde de Magdebourg, une autre mystique médiévale; elle grandit en recevant les soins maternels, doux et exigeants, de l'abbesse Gertrude. De ces trois consœurs, elle puise des trésors d'expérience et de sagesse; elle les élabore dans sa propre synthèse, en parcourant son itinéraire religieux avec une confiance sans limite dans le Seigneur. Elle exprime la richesse de la spiritualité non seulement de son monde monastique, mais aussi et surtout biblique, liturgique, patristique et bénédictin, avec un timbre tout à fait personnel et de façon très communicative.

Elle naît le 6 janvier 1256, en la fête de l'Epiphanie, mais l'on ne sait rien ni de ses parents, ni de son lieu de naissance. Gertrude écrit que le Seigneur lui-même lui révèle le sens de ce premier déracinement: «Je l'ai choisie pour ma demeure parce que je vois avec délices que tout ce que les hommes aiment dans cette Elue est mon œuvre propre […] Aussi je l'ai exilée en quelque sorte loin de tous ses parents, afin que personne ne l'aimât à ce titre et que je fusse le seul motif de l'affection qu'on aurait pour elle» (Les Révélations, I, 16).

A l'âge de cinq ans, en 1261, elle entre au monastère, comme c'était souvent le cas à l'époque, pour la formation et l'étude. Elle y passe toute son existence, dont elle signale elle-même les étapes les plus significatives. Dans ses mémoires, elle rappelle que le Seigneur l'a prévenue avec une patience compatissante et une infinie miséricorde, en oubliant les années de l'enfance, de l'adolescence et de la jeunesse, passées — écrit-elle — «dans un tel aveuglement, que si vous ne m'aviez donné une horreur naturelle du mal, un attrait pour le bien avec les sages conseils de mon entourage, il me semble que je serais tombée dans toutes les occasions de faute, sans remords de conscience, absolument comme si j'avais été une païenne […]. Cependant vous m'aviez choisie dès ma plus tendre enfance, afin de me faire grandir au milieu des vierges consacrées, dans le sanctuaire béni de la Religion» (ibid., II, 23 ).

Gertrude est une étudiante extraordinaire, elle apprend tout ce que l’on peut apprendre des sciences du Trivium et du Quadrivium, la formation de cette époque; elle est fascinée par le savoir et se donne tout entière à l'étude profane avec ardeur et ténacité, avec une réussite scolaire dépassant toutes les attentes. Si nous ne savons rien de ses origines, elle nous dit beaucoup de ses passions de jeunesse: littérature, musique et chant, art de l’enluminure la ravissent; elle a un caractère fort, décidé, immédiat et impulsif; elle dit souvent être négligente; elle reconnaît ses défauts, elle en demande humblement pardon. Elle demande avec humilité conseil et prière pour sa conversion. Certains traits et défauts de son tempérament l'accompagneront jusqu'à la fin, au point de surprendre certaines personnes s'étonnant que le Seigneur lui donne une telle préférence.

En tant qu’étudiante, elle se consacre ensuite entièrement à Dieu dans la vie monastique et pendant vingt ans, rien d’exceptionnel n’a lieu: l’étude et la prière constituent son activité principale. En raison de ses qualités, elle excelle parmi ses consœurs; elle fait preuve de ténacité pour consolider sa culture dans divers domaines. Mais, au cours de l’Avent 1280, elle commence à ressentir un dégoût pour tout cela, en perçoit la vanité, et le 27 janvier 1281, quelques jours seulement avant la fête de la purification de la Vierge, vers l’heure des Complies, le soir, le Seigneur illumine ses denses ténèbres. Avec délicatesse et douceur, il calme le trouble qui l’angoisse, trouble que Gertrude voit comme un don même de Dieu «pour renverser la tour de vaine gloire et de curiosité élevée par mon orgueil. Orgueil insensé car je ne méritais même pas de porter le nom et l'habit de la Religion. Toutefois c'était bien le chemin que vous choisissiez, ô mon Dieu, pour me révéler votre salut» (Ibid., II, 1, p. 87). La vision d’un jeune homme la guide pour démêler le nœud d’épines qui opprimait son âme, en la prenant par la main. Dans cette main, Gertrude reconnaît «les joyaux précieux des plaies sacrées qui ont annulé tous les titres qui pouvaient nous être opposés» (ibid., II, 1, p. 89), et reconnaît Celui qui sur la Croix nous a sauvés par son sang, Jésus.

A partir de ce moment, sa vie de communion intime avec le Seigneur s’intensifie, en particulier au cours des temps liturgiques les plus significatifs — l’Avent et Noël, Carême et Pâques, la fête de la Vierge — même lorsque, malade, elle ne pouvait se rendre au chœur. C’est le même humus liturgique que Mathilde, sa maîtresse, que Gertrude décrit toutefois à travers des images, des symboles et des termes plus simples et linéaires, plus réalistes, avec des références plus directes à la Bible, aux Pères, au monde bénédictin.

Sa biographe indique deux directions de ce que nous pourrions définir sa «conversion» particulière: dans les études, avec le passage radical des études humanistes profanes à celles théologiques, et dans l’observance monastique, avec le passage de la vie qu’elle qualifie de négligente à la vie de prière intense, mystique, avec une exceptionnelle ardeur missionnaire. Le Seigneur, qui l’avait choisie dans le sein maternel et qui l’avait fait participer, dès son enfance, au banquet de la vie monastique, la ramène par sa grâce «des choses extérieures à la contemplation intérieure, des occupations terrestres au soin des choses célestes». Gertrude comprend alors qu'elle était restée loin de Lui dans une région de dissemblance, comme elle dit avec saint Augustin; de s’être consacrée avec trop d’ardeur aux études libérales, à la sagesse humaine, en négligeant la science spirituelle, se privant du goût de la véritable sagesse; elle est conduite à présent à la montagne de la contemplation, où elle se dépouille du vieil homme pour se revêtir de l’homme nouveau. «C'est ainsi que de grammairienne elle devint théologienne, relisant sans cesse les pages divines qu’elle pouvait se procurer, et remplissant son cœur des plus utiles et des plus douces sentences de la Sainte Ecriture. Aussi avait-elle toujours à sa disposition la Parole de Dieu afin de satisfaire ceux qui venaient la consulter et de réfuter toute idée fausse par des témoignages de la Sainte Ecriture employés si à propos, qu'on n'y trouvait rien à objecter» (ibid., I, 1, p. 25).

Getrude transforme tout cela en apostolat: elle se consacre à écrire et à divulguer la vérité de la foi avec clarté et simplicité, grâce et persuasion, servant avec amour et fidélité l’Eglise, au point d’être utile et appréciée par les théologiens et les personnes pieuses. Il nous reste peu de son intense activité, notamment en raison des événements qui conduisirent à la destruction du monastère d’Helfta. Outre Le Héraut de l'Amour Divin ou Les révélations, il nous reste les Exercices spirituels, un rare joyau de la littérature mystique spirituelle.

En ce qui concerne l’observance religieuse, notre sainte est «donc une très forte colonne de la Religion, un défenseur si zélé de la justice et de la vérité» (ibid., I, 1, ), dit sa biographe. A travers les mots et l’exemple, elle suscite chez les autres une grande ferveur. Aux prières et à la pénitence de la règle monastique, elle en ajoute d’autres avec une telle dévotion et un tel abandon confiant en Dieu, qu’elle suscite chez ceux qui la rencontrent la conscience d’être en présence du Seigneur. Et de fait, Dieu lui-même lui fait comprendre qu’il l’a appelée à être un instrument de sa grâce. Gertrude se sent indigne de cet immense trésor divin, elle confesse qu’elle ne l’a pas conservé et valorisé. Elle s’exclame: «Je vous offre la douleur que j'éprouve [...] de ne m'être pas servie avec soin et révérence des dons que j'avais reçus. Ne m'eussiez-vous donné, en souvenir de vous, à moi si indigne, qu'un léger fil de lin, j'aurais dû le recevoir avec un respect infini» (ibid., I, 5). Mais, reconnaissant sa pauvreté et son indignité, elle adhère à la volonté de Dieu: «j'ai dû combattre mon goût personnel — affirme-t-elle —, et considérer qu'ayant si peu profité de vos grâces, elles ne pouvaient m'avoir été accordées pour moi seule, puisque votre sagesse éternelle ne se trompe en rien. O Dispensateur de tous les biens, qui m'avez comblée gratuitement de tant de grâces, faites au moins qu'en lisant cet écrit, le cœur d'un de vos amis soit ému par votre condescendance, et vous remercie de ce que, pour l'amour des âmes, vous avez conservé si longtemps au milieu des souillures de mon cœur une pierre précieuse d'un tel prix» (ibid., II, 5).

En particulier, deux faveurs lui sont plus chères que toutes les autres, comme Gertrude l’écrit elle-même: «La première est l'empreinte que vous avez formée sur mon cœur, par les splendides joyaux de vos plaies sacrées. La seconde est cette blessure d'amour si profonde et si efficace que, (dussé-je vivre mille ans dans le plus complet délaissement), je goûterais sans cesse un bonheur ineffable au souvenir de ces deux bienfaits. Ils me seraient à chaque heure une source suffisante de consolation, de lumière et de gratitude. Pour ajouter à ces faveurs, vous m'avez encore admise à l'incomparable familiarité de votre tendresse, en m'offrant l'arche très noble de votre divinité, c'est-à-dire votre Cœur sacré, pour que j'y trouve mes délices [...]. Enfin vous m'avez donné pour avocate votre très douce Mère la bienheureuse Vierge Marie, me recommandant plusieurs fois à elle avec autant de tendresse qu'en mettrait un époux à confier à sa propre mère l'épouse qu'il s'est choisie» (ibid., II, 23).

Tendue vers la communion sans fin, elle conclut sa vie terrestre le 17 novembre 1301 ou 1302 à l’âge d’environ 46 ans. Dans le septième Exercice, celui de la préparation à la mort, sainte Gertrude écrit: «O Jésus, toi qui m’es immensément cher, sois toujours avec moi, pour que mon cœur demeure avec toi et que ton amour persévère avec moi sans possibilité de division et que mon trépas soit béni par toi, afin que mon esprit, libéré des liens de la chair, puisse immédiatement trouver le repos en toi. Amen» (Exercices, Milan 2006, p. 148).

Il me semble évident que ces choses ne sont pas seulement des choses du passé, historiques, mais l'existence de sainte Gertrude reste une école de vie chrétienne, de voie droite, et nous montre que le cœur d'une vie heureuse, d'une vie véritable, est l'amitié avec Jésus, le Seigneur. Et cette amitié s'apprend dans l'amour pour Les Ecritures Saintes, dans l'amour pour la liturgie, dans la foi profonde, dans l'amour pour Marie, de manière à connaître toujours plus réellement Dieu lui-même et le bonheur véritable, but de notre vie. Merci.

* * *

J’accueille avec joie les pèlerins francophones présents ce matin, en particulier les jeunes du Centre Madeleine Danielou de Blois, ainsi que les Paroisses de Saint-Raphaël et de Pamataii. N’ayez pas peur de vous laisser guider par l’exemple de sainte Gertrude! Fructueux pèlerinage à tous!


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Sainte Gertrude de Helfta

vierge moniale (+ 1301)

A cinq ans, la petite Gertrude qui va devenir Gertrude la Grande est confiée pour son éducation au monastère bénédictin de Helfta en Saxe. Elle y trouve une atmosphère de vie spirituelle et intellectuelle intense. Elle a aussi la chance d'y avoir comme maîtresse et conseillère la grande Melchtilde de Hackeborn. Elle s'épanouit dans ce milieu qu'elle ne cherchera pas à quitter. En grandissant elle devient une moniale d'une intelligence rayonnante et d'une vaste culture. Si sa santé fragile la tient souvent éloignée du chœur, sa santé mentale, au contraire, reflète un grand équilibre. A partir de 1291, elle commence à être favorisée de visions qu'elle consignera dans cinq livres. Son expérience mystique s'appuie sur les mystères de la liturgie et reste totalement dépourvue de dolorisme. Elle fait une large place au Christ et tout particulièrement au Sacré-Cœur, "où est enclose toute la vertu de la Divinité." Elle oriente l'âme vers la contemplation sereine et la jouissance de la vie divine "dans la resplendissante et toute calme Trinité".

Le 6 octobre 2010, Benoît XVI a évoqué sainte Gertrude, "une célèbre mystique et la seule femme à avoir reçu le titre de Grande en Allemagne en vertu de sa stature culturelle et évangélique. Sa vie et sa pensée -a ajouté le Pape- ont profondément influencé la spiritualité chrétienne" du Moyen Age. Née en 1256, elle entra enfant au couvent, comme c'était alors la coutume. Après des études, elle y passa le restant de son existence. Gertrude fut une étudiante extraordinaire, capable d'apprendre tout ce qu'on pouvait alors enseigner. "Ensuite, elle se consacra totalement à Dieu dans la vie monastique, la prière et l'étude". Vingt ans plus tard, elle eut la vision d'un enfant qui l'encourageait à surmonter le roncier qui opprimait son esprit. A partir de ce moment, sa communion avec le Seigneur s'intensifia en un véritable chemin de conversion". Elle abandonna ses études profanes pour se consacrer exclusivement aux théologiques et, toujours dans l'observance monastique, elle passa de ce qu'elle appelait sa vie de négligence à une vie priante, mystique et missionnaire".

Le Saint-Père a ensuite rappelé que Gertrude se repentit de "s'être trop consacrée aux arts libéraux, à la sagesse humaine, au dam de la science spirituelle, se privant ainsi du sel de la vraie connaissance. Gravissant le mont de la contemplation, elle abandonna l'homme ancien pour le nouveau". La sainte allemande "se consacra, avec clarté et simplicité, à écrire et à diffuser la vérité de la foi. Elle servit l'Église avec efficacité et amour, au point d'être appréciée des théologiens. Il reste peu de choses de son intense production à cause de la dévastation que subit le couvent de Helfta. Ont survécu, ses Révélations et ses Exercices spirituels, qui sont des joyaux de la littérature mystique... Elle ajouta des prières au pénitencier monastique, dans lesquelles elle s'abandonne à Dieu avec confiance, au point de faire sentir la présence du Seigneur à qui la rencontrait. Dieu lui avait, il est vrai, fait comprendre l'avoir appelée à être un instrument de sa grâce. Gertrude se sentait indigne de cet immense trésor, et déclarait ne pas l'avoir assez bien conservé et valorisé". Elle mourut en 1301 ou 1302.

Benoît XVI a conclu en affirmant que l'exemple de sainte Gertrude "montre qu'une vie heureuse est faite de l'amitié du Seigneur, de l'amour de l'Écriture, de la liturgie et de Marie, faite d'une foi profonde et de la recherche continue de Dieu, but de notre existence". Après la catéchèse, il a salué les différents groupes, notamment polonais, et rappelé qu'octobre est le mois du Rosaire et, demain, la fête de Notre Dame du Rosaire: "Le chapelet est une prière particulière dans l'Église, une arme spirituelle adaptée à chacun de nous. La méditation de la vie de Jésus et de Marie doit être une lumière éclairant notre chemin évangélique, notre renouveau spirituel et la conversion de nos cœurs". (source: VIS 20101006 - 500)

Mémoire de sainte Gertrude, surnommée la Grande, vierge moniale. Donnée au Seigneur par ses parents dès l’âge de cinq ans dans l’abbaye cistercienne d’Helfta en Saxe, elle y passa toute sa vie, vouée à la solitude du cloître et aux belles-lettres avec tout son cœur et toute son énergie. Sans renoncer au travail intellectuel, elle avança de manière admirable sur le chemin de la perfection, dans la prière et la contemplation du Christ en croix, et mourut le 17 novembre 1301.

Martyrologe romain



Trois siècles avant Saint Ignace, la jeune moniale bénédictine favorisée de grâces mystiques écrit sept Exercices. Composés par la sainte elle-même ils embrassent toute l’oeuvre de sanctification d’une âme. Le renouvellement de la grâce du baptême en est le point de départ et la préparation à la mort en est le terme.

Lorsque Gertrude, une moniale allemande du milieu du 13ème siècle rentre au monastère d’Hefta près d’Eisleben en Saxe, elle n’a que cinq ans. Le seul évènement qui marqua son existence cloîtrée pendant quarante ans fut ce qu’elle appela elle même sa « conversion ». En 1280, âgée de 24 ans, elle rencontre un peu après l’Office de Complies au beau milieu de ses tourments intérieurs cet Époux dont elle goûte alors les « célestes richesses » déposées en son âme.

Trois siècles avant Saint Ignace, la jeune moniale bénédictine favorisée de grâces mystiques écrit sept Exercices. Composés par la sainte elle-même ils embrassent toute l’oeuvre de sanctification d’une âme. Le renouvellement de la grâce du baptême en est le point de départ et la préparation à la mort en est le terme.

Dans un don total de soi, cette grande mystique découvre en compagnie de l’Époux, l’océan de bonté et de miséricorde du Coeur du Christ, ce Christ qui supplée aux petites infirmités de l’homme à mesure qu’on les lui confie.

Les Exercices de Sainte Gertrude sont difficiles à lire. Dès le départ, le lecteur est baigné par les hauteurs que prend la grande sainte, sa fréquentation régulière de la vie surnaturelle et le langage ultime de la beauté qu’elle emploie. Oui, le lecteur pourra être surpris par ce langage dont il a désapprit jusqu’à même l’existence. Il lui faudra pourtant réapprendre ce dialogue de l’âme qui tournée naturellement vers Dieu exalte l’action de grâce et la louange.


Leçons des Matines avant 1960

Quatrième leçon. Née de parents nobles à Eisleben en Saxe, Gertrude, dès l’âge de cinq ans, consacra à Jésus-Christ sa personne et sa virginité, dans le monastère bénédictin de Rodesdorf. A partir de ce moment, tout à fait étrangère aux choses du monde et s’appliquant avec zèle à pratiquer la vertu, elle mena une vie toute céleste. A la connaissance des lettres humaines, elle joignait la science des choses divines, dont la méditation l’excitait à la vertu et lui fit, en peu de temps, acquérir la perfection chrétienne. Elle parlait souvent, et avec de pieux sentiments, du Christ et des mystères de sa vie, et ne pensant qu’à la gloire de Dieu, elle y rapportait tous ses désirs et toutes ses actions. Bien que Dieu l’eût abondamment comblée de dons excellents, dans l’ordre de la nature et de la grâce, elle se méprisait cependant elle-même au point de compter, parmi les principaux miracles de la divine bonté, le fait d’en être miséricordieusement supportée, quoiqu’indigne pécheresse.

Cinquième leçon. A l’âge de trente ans, elle fut choisie pour gouverner d’abord le monastère de Rodesdorf, où elle avait embrassé la vie religieuse, puis le monastère d’Heldelfs. Pendant quarante ans, elle remplit sa charge avec tant de charité, de prudence et de zèle pour l’observance de la discipline régulière, que son monastère semblait être l’asile de la perfection religieuse. Dans ces deux communautés, bien qu’elle fût la mère et la supérieure de toutes les religieuses, elle voulait néanmoins être considérée comme la dernière ; et, s’abaissant de fait, elle se faisait la servante des autres. Pour s’occuper de Dieu avec une plus grande liberté d’esprit, elle mortifiait son corps par les veilles, les jeûnes et toutes sortes d’austérités. Toujours égale à elle-même, elle ne cessa de montrer une innocence de vie, une douceur, une patience extraordinaires. Elle s’appliqua par tous les moyens à procurer le salut du prochain, et, de sa pieuse sollicitude, elle recueillit des fruits abondants. La force de son amour pour Dieu lui faisait éprouver de fréquentes extases, et lui obtint d’être élevée à un très haut degré de contemplation et aux jouissances de l’union divine.

Sixième leçon. Jésus-Christ, voulant montrer le mérite de son épouse bien-aimée, déclara que le cœur de Gertrude était pour lui une demeure pleine de délices. Elle honorait d’une dévotion toute spéciale la glorieuse Vierge Marie, que Jésus lui-même lui avait donnée pour mère et protectrice, et reçut d’elle un grand nombre de faveurs. Le très adorable sacrement de l’Eucharistie et la passion du Seigneur la pénétraient d’un tel amour et d’une si vive reconnaissance, qu’en les méditant, elle répandait des larmes abondantes. Elle soulageait chaque jour par ses suffrages et ses prières les âmes des justes condamnées aux flammes expiatoires. Gertrude composa de nombreux écrits, propres à ranimer la piété. Des révélations divines et le don de prophétie l’ont aussi rendue célèbre. Enfin, réduite à un état de langueur, plutôt par son ardent amour de Dieu que par la maladie, elle mourut l’an du Seigneur mil deux cent quatre-vingt douze. Après sa mort comme pendant sa vie, Dieu l’a glorifiée par des miracles.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

L’école qui a pour base la règle du Patriarche des moines d’Occident, commence à saint Grégoire le Grand ; et telle a été l’indépendance de l’Esprit-Saint qui la dirigeait, que des femmes y ont prophétisé comme les hommes. Il suffit de rappeler sainte Hildegarde et sainte Gertrude, à côté de laquelle figure avec honneur sa compagne, sainte Mechtilde, et la grande sainte Françoise romaine. Quiconque en fera l’expérience, s’il a pratiqué les auteurs plus récents sur l’ascèse et la mystique, ne tardera pas à sentir cette saveur si différente, cette autorité douce qui ne s’impose pas, mais qui entraîne. Là, rien de cette habileté, de cette stratégie, de cette analyse savante que l’on rencontre ailleurs ; procédés qui réussissent plus ou moins, et dont on ne recommence l’application qu’avec le risque d’en sortir blasé.

Le pieux et docte P. Faber a relevé avec sa sagacité ordinaire les avantages de cette forme de spiritualité qui ménage la liberté d’esprit, et produit dans les âmes, sans méthode rigoureuse, les dispositions dont les méthodes modernes n’ont pas toujours le secret. « Nul ne peut lire, dit-il, les écrivains spirituels de l’ancienne école de saint Benoît, sans remarquer avec admiration la liberté d’esprit dont leur âme était pénétrée. Sainte Gertrude en est un bel exemple ; elle respire partout l’esprit de saint Benoît. L’esprit de la religion catholique est un esprit facile, un esprit de liberté ; et c’était là surtout l’apanage des Bénédictins ascétiques de la vieille école. Les écrivains modernes ont cherché à tout circonscrire, et cette déplorable méthode a causé plus de mal que de bien [2]. »

Au reste, les voies sont diverses, et tout chemin qui mène l’homme à Dieu par la réforme de soi-même est un heureux chemin. Nous n’avons voulu dire qu’une chose, c’est que celui qui se livrera à la conduite d’un Saint de la vieille école ne perdra pas son temps, et que s’il est exposé à rencontrer moins de philosophie, moins de psychologie sur son chemin, il a chance d’être séduit par la simplicité et l’autorité du langage, d’être ébranlé et bientôt réduit parle sentiment du contraste qui existe entre lui et la sainteté de son guide. Telle est l’heureuse révolution qu’éprouvera pour l’ordinaire une âme qui, se proposant de resserrer ses relations avec Dieu, et s’étant établie dans la droiture de l’intention et dans un sincère recueillement, voudra suivre sainte Gertrude, tout spécialement dans la semaine d’Exercices qu’elle a tracée. Nous oserions presque lui promettre qu’elle en sortira tout autre qu’elle n’y était entrée. Il est même à croire qu’elle y reviendra plus d’une fois et avec plaisir ; car il ne lui souvient pas qu’elle ait éprouvé la moindre fatigue, et que la liberté de son esprit ait été enchaînée même un instant. Elle a pu être confondue de se sentir si près d’une âme sanctifiée, elle si loin de la sainteté ; mais elle a senti qu’ayant après tout la même fin que cette âme, il lui faut sortir de la voie molle et dangereuse qui l’entraînerait à sa perte.

Si l’on se demande d’où vient à notre Sainte cet empire qu’elle exerce sur quiconque consent à l’écouter, nous répondrons que le secret de son influence est dans la sainteté dont elle est remplie : elle ne démontre pas le mouvement, elle marche. Une âme bienheureuse, descendue du ciel pour demeurer quelque temps avec les hommes, et parlant la langue delà patrie sur cette terre d’exil, transformerait ceux qui auraient le bonheur de l’entendre parler. Sainte Gertrude, admise dès ici-bas à la plus étroite familiarité avec le Fils de Dieu, semble avoir quelque chose de l’accent qu’aurait cette âme ; voilà pourquoi ses paroles sont autant de flèches pénétrantes qui abattent toute résistance dans ceux qui se placent à leur portée. L’intelligence est éclairée par cette doctrine si pure et si élevée, et cependant Gertrude ne disserte pas ; le cœur est ému, et cependant Gertrude n’adresse la parole qu’à Dieu ; l’âme se juge, se condamne, se renouvelle par la componction, et cependant Gertrude n’a pas cherché un instant à l’établir dans un état factice.

Si l’on veut maintenant se rendre compte de la bénédiction particulière attachée à son langage, qu’on recherche la source de ses sentiments et des expressions sous lesquelles ils se traduisent. Tout émane de la divine parole, non seulement de celle que Gertrude a entendue de la bouche de l’Époux céleste, mais aussi de celle qu’elle a goûtée, dont elle s’est nourrie dans les livres sacrés et dans la sainte Liturgie. Cette fille du cloître n’a pas cessé un seul jour de puiser la lumière et la vie aux sources de la contemplation véritable, de cette contemplation que l’âme goûte en s’abreuvant à la fontaine d’eau vive, qui jaillit de la psalmodie et des paroles inspirées des divins Offices. Elle s’est tellement enivrée de cette liqueur céleste, qu’elle ne dit pas un mot qui ne dévoile l’attrait qu’elle y trouve. Telle est sa vie, si complètement absorbée dans la Liturgie de l’Église, que nous voyons constamment, dans ses Révélations, le Seigneur arriver près d’elle, lui manifester les mystères du ciel, la Mère de Dieu et les Saints se présenter à ses regards et l’entretenir, à propos d’une Antienne, d’un Répons, d’un Introït, que Gertrude chante avec délices et dont elle déguste toute la saveur.

Delà, chez elle, ce lyrisme continuel qu’elle ne recherche pas, mais qui lui est devenu comme naturel ; cet enthousiasme sacré auquel elle ne peut se soustraire, et qui l’amène à produire tant de pages où la beauté littéraire semble arriver à la hauteur de l’inspiration mystique. Cette fille du XIIIe siècle, au fond d’un monastère de la Souabe, a réalisé avant Dante le problème de la poésie spiritualiste Tantôt la tendresse de son âme s’épanche dans une touchante élégie ; tantôt le feu qui la consume éclate en brûlants transports ; tantôt c’est la forme dramatique qu’elle emploie pour rendre le sentiment qui la domine. Parfois ce vol sublime s’arrête : l’émule des Séraphins semble vouloir redescendre sur la terre ; mais c’est pour repartir bientôt et s’élever plus haut encore. Une lutte incessante a lieu entre son humilité qui la tient prosternée dans la poussière, et son cœur haletant vers Jésus qui l’attire et lui adonné tant de gages de son amour.

A notre avis, les plus sublimes passages de sainte Thérèse, mis en regard des effusions de sainte Gertrude, n’en affaibliraient en rien l’ineffable beauté. Il nous semble même que souvent l’avantage resterait à la vierge de Germanie sur la vierge espagnole. Ardente et impétueuse, la seconde n’a pas, il est vrai, la teinte un peu mélancolique et réfléchie de la première ; mais Gertrude, initiée à la langue latine, ravivée sans cesse par la lecture des saintes Écritures et les divins Offices qui n’ont pas d’obscurités pour elle, y puise un langage dont la richesse et la puissance nous semblent l’emporter généralement sur les immortels épanchements de Thérèse à qui ces secours ont été moins familiers.

Que le lecteur cependant ne s’effraie pas à la pensée d’être placé tout à coup sous la conduite d’un Séraphin, lorsque sa conscience lui rend le témoignage qu’il a encore une longue station à faire dans la région purgative, avant de songer à parcourir des voies qui peut-être ne s’ouvriront jamais devant lui. Qu’il écoute simplement Gertrude, qu’il la contemple et qu’il ait foi dans le but d’arrivée. La sainte Église, lorsqu’elle met dans notre bouche les Psaumes du Roi-Prophète, n’ignore pas que leurs expressions dépassent trop souvent les sentiments de notre âme ; mais le moyen d’arriver à l’unisson avec ces divins cantiques, n’est-ce pas de les réciter fréquemment avec foi et humilité, et d’obtenir ainsi la transformation que nul autre moyen n’aurait opérée ? Gertrude nous détache doucement de nous-mêmes et nous conduit à Jésus-Christ, en nous précédant de loin, mais en nous entraînant après elle. Elle va droit au cœur de son Époux divin : rien n’est plus juste ; mais ne lui serons-nous pas déjà assez redevables, si elle nous conduit à ses pieds comme Madeleine repentante et régénérée ?

Même quand elle écrit plus spécialement pour ses sœurs, on doit se garder de penser que la lecture de ces pages si émouvantes soit inutile à ceux qui sont engagés dans la vie du siècle. La vie religieuse exposée par un tel interprète est un spectacle aussi instructif qu’il est éloquent. Est-il permis d’ignorer que la pratique des préceptes devient plus aisée à quiconque s’est donné la peine d’approfondir et d’admirer celle des conseils ? Le livre de l’Imitation, qu’est-il autre chose que le livre d’un moine écrit pour des moines ? En quelles mains cependant ne le rencontre-t-on pas ? Combien de personnes séculières sont sous le charme des écrits de sainte Thérèse ? Et néanmoins la vierge du Carmel concentre sur la vie religieuse ses écrits et sa doctrine.

Nous nous garderons d’analyser ici des merveilles qu’il faut contempler soi-même. Dans notre société désaccoutumée du langage ferme et coloré des âges de foi, gâtée, dans ce qui tient à la piété, par les fadeurs ou les prétentions mondaines des livres de dévotion que l’on voit éclore chaque jour, sainte Gertrude étonnera et choquera même plus d’un lecteur. Que faire alors ? Si l’on a désappris le langage de l’antique piété qui formait les Saints, il semble qu’il n’y aurait rien de mieux à faire que de le rapprendre, et il est de fait que sainte Gertrude y pourrait servir beaucoup.

La liste des admirateurs de sainte Gertrude serait longue Mais il est encore une autorité plus imposante : nous voulons dire celle de l’Église elle-même. Cette Mère des fidèles, toujours dirigée parle divin Esprit, a rendu son témoignage par l’organe de la sainte Liturgie. La personne de Gertrude et l’esprit qui l’animait y sont à jamais recommandés et glorifiés aux yeux de tous les chrétiens, par le jugement solennel contenu dans l’Office de la Sainte [3].

La vie de Gertrude la Grande, ainsi qu’elle mérita d’être désignée entre les Saintes du même nom, fut humble et cachée [4]. Entrée à cinq ans à l’Abbaye d’Helfta, près Eisleben, elle s’y perdit dans le secret de la face de Dieu. Malgré la confusion qui régna plusieurs siècles à ce sujet et qui se retrouve dans la Légende de la fête, c’est à tort qu’on l’a prise pour son homonyme, grandement prévenue elle-même des dons divins, l’Abbesse Gertrude de Hackeborn, qui gouverna de son temps le monastère. Ce fut sur la sublimité de ses Révélations tardivement publiées [5] qu’inscrite en 1677 au Martyrologe, elle vit au siècle suivant [6] Clément XII ordonner la célébration de sa fête dans toute l’Église sous le rit Double. Les Indes Occidentales l’acclamèrent comme Patronne, et le Nouveau-Mexique bâtit une ville en son honneur.

Afin de fournir une expression à la piété des fidèles envers sainte Gertrude, nous plaçons ici l’une des Hymnes que l’Ordre de saint Benoît lui consacre dans sa Liturgie, et nous la faisons suivre d’une des Antiennes.

HYMNE

O Gertrude, sanctuaire de la divinité, unie à l’Époux des vierges, laissez-nous célébrer vos chastes amours et votre alliance nuptiale.

A peine âgée de quatre ans et déjà fiancée au Christ, vous prenez votre vol vers le cloître ; vous vous arrachez aux bras de votre nourrice, n’aspirant qu’aux divines caresses de l’Époux.

Semblable au lis sans tache, vous exhalez un parfum qui réjouit les cieux, et l’éclat de votre virginale beauté attire vers vous le Roi dé cet heureux séjour.

Celui qui vit au sein du Père, entouré d’une gloire éternelle, devient votre Époux, et daigne se reposer dans votre amour.

Par cet amour, vous avez blessé le Christ, à son tour il blesse aussi votre cœur, il y grave en traits de feu les stigmates des plaies qu’il a reçues.

O ineffable amour ! ô échange merveilleux ! c’est lui qui respire dans votre cœur ;son souffle devient en vous le principe de la vie.

Que l’heureux chœur des Vierge célèbre vos louanges, ô Jésus leur Époux ! gloire égale au Père et au divin Paraclet ! Amen.

Ant. O très digne Épouse du Christ, la lumière prophétique vous a éclairée, le zèle apostolique vous a enflammée, la couronne des Vierges a ceint votre front, et les flammes du divin amour vous ont consumée.

Révélatrice du Cœur sacré, quelle meilleure prière pourrions-nous faire à votre honneur, que de dire avec vous, nous tournant vers le Fils de la Vierge bénie :

« Lumière sereine de mon âme, Matin éclatant des plus doux feux, devenez en moi le jour. Amour qui non seulement éclairez, mais divinisez, venez à moi dans votre puissance, venez dissoudre doucement tout mon être. Détruite en ce qui est de moi, faites que je passe en vous tout entière, en sorte que je ne me retrouve plus dans le temps, mais que déjà je vous sois étroitement unie pour l’éternité. « C’est vous qui m’avez aimée le premier ; c’est vous qui m’avez choisie. Vous êtes celui qui accourt de lui-même vers la créature altérée ; et l’éclat de la lumière éternelle brille sur votre front. Montrez-moi votre visage, tout rayonnant des feux du divin soleil. Comment l’étincelle pourrait-elle subsister loin du feu qui l’a produite ? Comment la goutte d’eau se conserverait-elle hors de la fontaine d’où elle est sortie ? Amour, pourquoi m’avez-vous aimée, moi créature et souillée, si ce n’est parce que vous vouliez me rendre belle en vous ? O vous, qui êtes la fleur délicate qu’a produite la Vierge Marie, votre miséricordieuse bonté m’a séduite et m’entraîne. Amour, ô mon beau Midi ! je voudrais mourir mille fois, pour me reposer en vous. « O Charité, à l’heure de ma mort, vous me soutiendrez par vos paroles plus délicieuses que le vin le plus exquis ; vous serez ma voie ; vous m’aiderez, ô ma Reine, à parvenir jusqu’à ces pâturages charmants et fertiles que recèle le divin désert, où enfin, enivrée de bonheur, je serai admise à jouir delà présence de l’Agneau qui est mon Époux et mon Dieu. O amour qui êtes Dieu, sans vous le ciel et la terre n’auraient de moi une espérance ni un désir : daignez accomplir en moi cette union que vous désirez vous-même ; qu’elle soit ma fin, la consommation de mon être. Dans les traits de mon Dieu, votre lumière éclate comme celle de l’astre du soir ; à l’heure de ma mort, montrez-moi vos rayons. « Amour, ô mon Soir bien-aimé, que la flamme sacrée qui brûle éternellement en votre divine essence, consume à ce moment toutes les taches de ma vie. O mon doux Soir, faites-moi m’endormir en vous d’un sommeil tranquille, et goûter cet heureux repos que vous avez préparé en vous à ceux que vous aimez. Par votre seul regard si calme et si plein de charmes, daignez disposer toutes choses, et dirigez les préparatifs de mes noces éternelles. Amour, soyez pour moi un Soir si beau, que mon âme transportée dise avec allégresse un doux adieu à son corps, et que mon esprit, retournant au Seigneur qui l’a donné, repose en paix sous votre ombre chérie [7]. »

[2] Tout pour Jésus, ch. VIII, § 8.

[3] Dom Guéranger, Les Exercices de sainte Gertrude (1863), en la Préface.

[4] 1256-1303.

[5] Consignées dans les cinq Livres du Legatus divinae pietatis, ou Héraut de l’amour divin.

[6] 1738.

[7] Du cinquième Exercice. Pour animer en soi l’amour de Dieu.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

L’art chrétien a accoutumé de représenter les bienheureux avec l’emblème caractérisant le mieux l’aspect spécial de leur sainteté. C’est pourquoi sainte Gertrude est représentée avec un cœur enflammé dans la main ; parce que, comme elle habitait mystiquement dans le Sacré-Cœur de Jésus, le Sauveur demeurait en elle par la foi et par l’amour.

La mission de cette illustre vierge bénédictine du XIIIe siècle fut fort semblable à celle de sainte Marguerite-Marie Alacoque, que, d’ailleurs, dans sa lumière prophétique, elle annonça et connut. Entre les deux mystiques il y a cependant une différence : les grandes révélations du Cœur de Jésus à la sainte bénédictine sont destinées à nourrir la piété d’un groupe choisi d’âmes privilégiées ; tandis que celles de Paray-le-Monial doivent devenir le trésor de tout l’univers catholique. Substantiellement, l’objet des apparitions dont furent favorisées les deux voyantes est identique : c’est l’amour ineffable de Jésus, dont le Cœur est l’organe et le signe physique. Mais quant à la manière de concevoir cette dévotion, la formation différente des deux saintes s’y révèle manifestement.

Dans un Ordre qui, pendant plus de sept siècles, avait été le pacifique héritier de la tradition patristique, et où la liturgie catholique était la source presque exclusive de la vie spirituelle, Gertrude concevait la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus moins comme une dévotion spéciale que comme une intelligence plus élevée du grand et total mystère du Christ revivant dans l’Église au moyen de la liturgie catholique. C’est l’amour même de Jésus qui explique et illustre, dans la prière catholique de l’Église, tout le drame de son incarnation, les battements de son Cœur.

En effet, la mystique de sainte Gertrude est exclusivement fondée sur la vie liturgique de la famille catholique. Elle ne connaît guère d’autres pratiques de dévotion que l’Office divin et les messes solennelles, que Gertrude chantait chaque jour avec la cantrix Mechtildis — sainte Mathilde — et avec sa communauté, au chœur de l’abbaye de Helfta. Les révélations dont la favorisait le Seigneur étaient généralement en relation avec cet Office divin ; tantôt Jésus lui en expliquait le sens caché, tantôt il lui enseignait la façon la plus sublime de s’y adapter et de le revivre.

L’atmosphère qui entoure l’âme de Gertrude est généralement lumineuse et sereine. Plutôt qu’un abîme de douleur, c’est un mystère de grâce et d’amour que Jésus lui révèle dans son Cœur. Elle ne voit pas encore ce Cœur divin entouré d’une couronne d’épines, et elle ne se sent pas appelée par Jésus à la vocation particulière de victime d’expiation pour les péchés du monde, comme plus tard sainte Marguerite-Marie. Il est vrai que parfois le Divin Cœur se montre à elle transpercé, mais cette blessure est une porte d’or par où Gertrude s’introduit joyeuse dans le sanctuaire intime de la Divinité, dans la chambre nuptiale de l’Époux.

A la ressemblance de saint Jean qui, à la dernière Cène, tandis que les Apôtres se sentaient saisis de terreur à l’annonce de la trahison de Judas et de la mort prochaine de Jésus, reposait doucement sur la poitrine du Sauveur, la Bénédictine de Helfta se plonge dans le Cœur de son Bien-Aimé comme en un bain purificateur, un asile où personne ne peut l’atteindre pour troubler sa mystique contemplation.

D’autres fois, elle considère le Divin Cœur comme une coupe d’or à laquelle s’abreuvent tous les bienheureux ; ou bien elle voit une chaîne d’or, partant du Cœur du Sauveur et rendant le monde prisonnier de l’amour. Parfois le Sacré Cœur semble un encensoir fumant, dont l’encens brûle devant le trône du Père éternel, ou encore un écrin précieux dans lequel sont conservés tous les mérites de la sainte Incarnation, mérites dans lesquels les âmes peuvent puiser librement.

Symbole de douleur et d’amour, le Cœur sacré qui apparaît à la voyante bénédictine représente moins une dévotion spéciale, qu’il ne reflète cette attitude d’affectueuse tendresse envers l’humanité adorable du Rédempteur que la piété catholique avait assumée en Europe à la fin du moyen âge, après les arides disquisitions théologiques des byzantins.

Gertrude est une des figures les plus autorisées de ce courant, mais elle n’est pas la seule, pas même dans sa propre abbaye de Helfta, où, sous la houlette de la sainte abbesse Gertrude de Hackeborn — trop souvent confondue avec la voyante homonyme — vivaient, et écrivaient des ouvrages de mystique, sainte Mechtilde et une autre Mechtilde, elle aussi insigne par ses mérites et par les révélations célestes.

Si la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, telle qu’elle fut cultivée au XIIIe siècle dans le monastère de Helfta, reflète parfaitement l’antique spiritualité de l’Ordre de Saint-Benoît, les grandes révélations faites par sainte Marguerite-Marie sont plus en harmonie avec la psychologie des temps nouveaux, en ce moment exceptionnel de la vie de l’Église à l’avant-veille de la Révolution française.

Gertrude elle-même avait entrevu la mission très importante de l’humble disciple de saint François de Sales, un jour qu’avec saint Jean l’Évangéliste elle avait été invitée par Jésus à reposer sur sa poitrine. Entendant l’harmonie des battements de ce Cœur adorable, la Sainte de Helfta demanda à l’Apôtre de l’amour pourquoi, dans son Évangile, il n’avait pas dévoilé au monde les trésors de lumière et de miséricorde qu’il avait découverts, durant son mystique repos sur la poitrine du Sauveur à la dernière Cène. Jean répondit que cette nouvelle et plus touchante révélation avait été remise à plus tard, lorsque le monde aurait touché le fond de l’abîme de la malice, si bien que pour l’en sortir Dieu devrait recourir aux suprêmes ressources de son invincible amour.

Tel est le motif pour lequel, dans l’histoire du culte du très saint Cœur de Jésus, plutôt que de parler de dévotion nouvelle, on doit tenir compte, tant des traditions mystiques de l’antique famille bénédictine, que des mérites acquis dans l’apostolat du Sacré-Cœur par les congrégations religieuses plus récentes, sans opposer dévotion à dévotion, puisque toutes développent et illustrent l’unique piété catholique. Comme l’Incarnation, comme l’Eucharistie, le Sacré-Cœur de Jésus est un trésor commun à toute l’Église, et il ne peut donc devenir le monopole exclusif d’une famille particulière. Gertrude ressemble à sainte Marguerite-Marie, et les révélations faites aux voyantes bénédictines d’Helfta reçoivent leur exact accomplissement en celles dont fut favorisée, quatre siècles plus tard, l’héroïque fille de la Visitation.

Gertrude naquit le 6 janvier 1256 ; à cinq ans elle entra dans l’abbaye d’Helfta ; à vingt-cinq elle fut gratinée du charisme des révélations ; vers la fin de sa vie elle mérita de recevoir les stigmates, et elle mourut vers 1302. Clément XII inséra son office dans le calendrier romain.

La messe Dilexísti est du commun, sauf la première collecte qui fait allusion aux paroles que Jésus adressa un jour à sainte Gertrude : « En aucun autre lieu je ne me trouve aussi bien que dans le sein de mon Père céleste, dans le sacrement de l’Eucharistie et dans ton cœur, ô mon épouse bien-aimée. » Prière. — « O Dieu, vous qui vous êtes préparé une demeure agréable dans le cœur de votre bienheureuse vierge Gertrude ; par ses mérites et par ses prières, effacez miséricordieusement les taches de notre cœur, afin que nous puissions jouir de sa société dans la gloire. »

Un jour que Gertrude ne put assister avec ses sœurs à la conférence spirituelle, Jésus lui apparut et lui dit : Veux-tu, ma bien-aimée, que je te fasse moi-même le discours ? La Sainte accepta, et le Seigneur la fit approcher de son Cœur, où elle entendit deux sortes de battements. Jésus lui expliqua qu’il opérait ainsi le salut des hommes. Par la première pulsation, lui dit-il, j’apaise le Père éternel irrité contre les pécheurs, j’excuse leur malice et je les incite à la contrition. Par la seconde, je me réjouis avec mon Père de l’efficacité de mon sang pour le salut des justes, et j’attire suavement les bons à agir avec une perfection de plus en plus grande. Et de même que les opérations des sens ne peuvent empêcher le cœur humain de battre, ainsi le gouvernement de tout l’univers ne pourra jamais ralentir dans mon Cœur ces deux pulsations de miséricorde envers les justes et envers les pécheurs.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Dieu se ménage dans ses saints une agréable demeure »

Sainte Gertrude. — Jour de mort : 17 novembre 1302 (1311). Tombeau : à Helfta, en Thuringe. Image : En bénédictine, avec un cœur enflammé. Vie : Sainte Gertrude, la grande bénédictine, est l’une des figures les plus attachantes de l’Allemagne du Moyen Age et demeurera pour tous les temps, grâce à ses écrits, un maître de la vie intérieure. Elle naquit en 1256 et passa sa jeunesse, à partir de l’âge de cinq ans, au monastère de Helfta, où l’abbesse, Gertrude de Hackeborn, et sa sœur, sainte Mechtilde, furent ses guides dans la vie intérieure. (La similitude de noms a fait souvent prendre à tort sainte Gertrude pour l’abbesse et sainte Mechtilde pour sa sœur ; cette confusion se trouve même au bréviaire). Notre sainte Gertrude n’a en réalité exercé aucune charge de direction au monastère. Outre la connaissance qu’elle avait de la langue latine, elle atteignit un haut degré de culture doctrinale. Par ailleurs sa vie fut une suite ininterrompue de maladies. La richesse de sa vie intérieure n’en fut que plus grande. A l’âge de 25 ans (1281), elle eut pour la première fois une apparition du Christ qui lui dévoila les secrets de son union mystique avec lui. Sur un ordre de Dieu, elle écrivit une relation des grâces dont elle avait été favorisée. Son ouvrage capital est le Legatus divinae pietatis — L’ambassadeur du divin amour. Il se distingue par la profondeur de la théologie, par l’élévation de la poésie et par une surprenante clarté. Seule la lecture de l’ouvrage lui-même est capable de montrer jusqu’à quel point il excite à l’amour de Dieu. Louis de Blois, l’Abbé bien connu, avoue l’avoir lu une douzaine de fois chaque année. Elle mourut consumée plus par le feu de l’amour divin que par la fièvre, en 1302 (ou 1311).

Pratique : L’Oraison dit que « Dieu se ménage dans ses saints une aimable demeure ». C’est là une profonde pensée : Dieu habite dans ses enfants, et les vertus et les grâces ornent cette demeure. Mais le péché fait de ce temple une caverne de voleurs. Quelle invitation pour nous à vivre dans la piété et le bien ! — La Messe est du commun des vierges (Dilexísti). La messe constitue en ce moment une excellente préparation à la parousie.


St. Gertrude the Great

Benedictine and mystic writer; born in Germany, 6 Jan., 1256; died at Helfta, near Eisleben, Saxony, 17 November, 1301 or 1302. Nothing is known of her family, not even the name of her parents. It is clear from her life (Legatus, lib. I, xvi) that she was not born in the neighbourhood of Eisleben. When she was but five years of age she entered the alumnate of Helfta. The monastery was at that time governed by the saintly and enlightenedAbbess Gertrude of Hackerborn, under whose rule it prospered exceedingly, both in monastic observance and in that intellectual activity which St. Lioba and her Anglo-Saxon nuns had transmitted to their foundations inGermany. All that could aid to sanctity, or favour contemplation and learning, was to be found in this hallowedspot. Here, too, as to the centre of all activity and impetus of its life, the work of works-the Opus Dei, as St. Benedict terms the Divine Office - was solemnly carried out. Such was Helfta when its portals opened to receive the child destined to be its brightest glory. Gertrude was confided to the care of St. Mechtilde, mistress of the alumnate and sister of the Abbess Gertrude. From the first she had the gift of winning the hearts, and her biographer gives many details of her exceptional charms, which matured with advancing years. Thus early had been formed betwen Gertrude and Mechtilde the bond of an intimacy which deepened and strengthened withtime, and gave the latter saint a prepondering influence over the former.


Partly in the alumnate, partly in the community, Gertrude had devoted herself to study with the greatest ardour. In her twenty-sixth year there was granted her the first of that series of visions of which the wonderful sequence ended only with life. She now gauged in its fullest extent the void of which she had been keenly sensible for some time past, and with this awakening came the realization of the utter emptiness of all transitory things. With characteristic ardour she cultivated the highest spirituality, and, to quote her biographer, "from being a grammarian became a theologian", abandoning profane studies for the Scriptures, patristic writings, and treatises on theology. To these she brought the same earnestness which had characterized her former studies, and with indefatigable zeal copied, translated, and wrote for the spiritual benefit of others. Although Gertrudevehemently condemns herself for past negligence (Legatus, II, ii), still to understand her words correctly we must remember that they express the indignant self-condemnation of a soul called to the highest sanctity. Doubtless her inordinate love of study had proved a hindrance alike to contemplation and interior recollection, yet it had none the less surely safeguarded her from more serious and grievous failings. Her struggle lay in the conquest of a sensitive and impetuous nature. In St. Gertrude's life there are no abrupt phases, no suddenconversion from sin to holiness. She passed from alumnate to the community. Outwardly her life was that of the simple Benedictine nun, of which she stands forth preeminently as the type. Her boundless charity embraced richand poor, learned and simple, the monarch on his throne and the peasant in the field; it was manifested in tender sympathy towards the souls in purgatory, in a great yearning for the perfection of souls consecrated toGod. Her humility was so profound that she wondered how the earth could support so sinful a creature as herself. Her raptures were frequent and so absorbed her faculties as to render her insensible to what passed around her. She therefore begged, for the sake of others, that there might be no outward manifestations of the spiritualwonders with which her life was filled. She had the gift of miracles as well as that of prophecy.

When the call came for her spirit to leave the worn and pain-stricken body, Gertude was in her forty-fifth or forty-sixth year, and in turn assisted at the death-bed and mourned for the loss of the holy Sister Mechtilde(1281), her illustrious Abbess Gertrude of Hackeborn (1291), and her chosen guide and confidante, St. Mechtilde(1298). When the community was transferred in 1346 to the monastery of New Helfta, the present Trud-Kloster, within the walls of Eisleben, they still retained possession of their old home, where doubtless the bodies of St. Gertrude and St. Mechtilde still buried, though their place of sepulture remains unknown. There is, at least, no record of their translation. Old Helfta is now crown-property, while New Helfta has lately passed into the hands of the local municipality. It was not till 1677 that the name of Gertrude was inscribed in the Roman Martyrology and her feast was extended to the universal church, which now keeps it on 15 November, although it was at first fixed on 17 November, the day of her death, on which it is still celebrated by her own order. In compliance with apetition from the King of Spain she was declared Patroness of the West Indies; in Peru her feast is celebrated with great pomp, and in New Mexico a town was built in her honour and bears her name. Some writers of recent times have considered that St. Gertrude was a Cistercian, but a careful and impartial examination of the evidence at present available does not justify this conclusion. It is well known that the Cistercian Reform left its mark on many houses not affiliated to the order, and the fact that Helfta was founded during the "golden age" of Cîteaux(1134-1342) is sufficient to account for this impression.

Many of the writings of St. Gertrude have unfortunately perished. Those now extant are:
  • The "Legatus Divinae Pietatis",
  • The "Exercises of St. Gertrude";
  • The "Liber Specialis Gratiae" of St. Mechtilde.
The works of St. Gertrude were all written in Latin, which she used with facility and grace. The "Legatus Divinae Pietatis" (Herald of Divine Love) comprises five books containing the life of St. Gertrude, and recording many of the favours granted her by God. Book II alone is the work of the saint, the rest being compiled by members of the Helfta community. They were written for her Sisters in religion, and we feel she has here a free hand unhampered by the deep humility which made it so repugnant for her to disclose favours personal to herself. The "Exercises", which are seven in number, embrace the work of the reception of baptismal grace to the preparation for death. Her glowing language deeply impregnated with the liturgy and scriptures exalts the soul imperceptibly to the heights of contemplation. When the "Legatus Divinae Pietatis" is compared with the "Liber Specialis Gratiae" of St. Mechtilde, it is evident that Gertrude is the chief, if not the only, author of the latter book. Her writings are also coloured by the glowing richness of that Teutonic genius which found its most congenial expression in symbolism and allegory. The spirit of St. Gertrude, which is marked by freedom, breadth, and vigour, is based on the Rule of St. Benedict. Her mysticism is that of all the great contemplative workers of the Benedictine Order from St. Gregory to Blosius. Hers, in a word, is that ancient Benedictine spirituality which Father Faber has so well depicted (All for Jesus, viii).

The characteristic of St. Gertrude's piety is her devotion to the Sacred Heart, the symbol of that immense charitywhich urged the Word to take flesh, to institute the Holy Eucharist, to take on Himself our sins, and, dying on theCross, to offer Himself as a victim and a sacrifice to the Eternal Father (Congregation of Rites, 3 April, 1825).Faithful to the mission entrusted to them, the superiors of Helfta appointed renowned theologians, chosen from the Dominican and Franciscan friars, to examine the works of the saint. These approved and commented them throughout. In the sixteenth century Lanspergius and Blosius propagated her writings. The former, who with his confrere Loher spared no pains in editing her works, also wrote a preface to them. The writings were warmly received especially in Spain, and among the long list of holy and learned authorities who used and recommended her works may be mentioned :
  • St. Teresa, who chose her as her model and guide,
  • Yepez,
  • the illustrious Francisco Suárez,
  • the Discalced Carmelite Friars of France,
  • St. Francis de Sales,
  • M. Oliver,
  • Fr. Faber,
  • Dom Guéranger.

The Church has inserted the name of Gertrude in the Roman Martyrology with this eulogy: "On the 17th of November, in Germany (the Feast) of St. Gertrude Virgin, of the Order of St. Benedict, who was illustrious for the gift of revelations."

Casanova, Gertrude. "St. Gertrude the Great." The Catholic Encyclopedia. Vol. 6. New York: Robert Appleton Company,1909. 16 Nov. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/06534a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Joseph P. Thomas. In memory of Sabina Jablonski.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. September 1, 1909. Remy Lafort, Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.



MF Dondelinger. St. Gertrude of Helfta
17.5 x 24”, Egg tempera, 24 carat gold on a solid wood panel. private collection

Gertrude the Great, OSB V (RM)

Born in Eisleben, Thuringia, Germany, on January 6, 1256; died at Helfta in Saxony, c. 1302.



"O Lord Jesus Christ, in union with Your most perfect actions I commend to You this my work, to be directed according to Your adorable will, for the salvation of all mankind. Amen." --Saint Gertrude Almost nothing is known about one of my favorite saint's birth or death. Saint Gertrude was probably an orphan because at age five she was received by the Cistercian nuns of Helfta and placed under the care of Saint Mechtilde (see below) of Hackeborn, mistress of novices. (Helfta was actually a Black Benedictine convent, which had been falsely designated as Cistercian for political reasons in many early records.)

The intellectual level was high in the castle convent of Helfta, which was then run by the noblewoman, Saint Gertrude of Hackeborn (1232-1292). Even so, Saint Gertrude was considered an outstanding student, who devoted herself to study, especially literature and philosophy. Eventually she became a professed nun but still she concentrated on the secular.

God, however, is a great teacher. Gertrude learned that when she began to get carried away with her love of learning. She didn't go so far as to neglect the Lord completely, but she did push him off a bit to the side. Her mind was growing, but it was growing faster than her heart.

Gertrude's life has a lesson for intellectuals who will profit from her example. If a syllogism moves you to ecstasy and a dissertation about the love of God makes you speechless with joy, then beware. They are a trap. Gertrude learned not to prefer things to people, ideas to reality, the study of divine learning to the pursuit of love. She teaches us to avoid entanglement in the net of our words that save us from believing in the living God, from dressing up God in the latest fashions and making him into a latter-day golden calf, an idol that only serves to hide the real Lord. Love means another person--the beloved--and another person always upsets the neat constructs built by the mind.

But the Lord Himself saw to it that she was set on the right path of devotion. Once touched by the Spirit of God, Gertrude was converted from innocence to holiness, and swiftly ran in the paths of perfection, devoting herself to prayer and contemplation. Thus, her ecstasies began when she was 26.
Then she redirected her energies from secular studies to scrutinizing the Bible and the writings of SS Augustine, Gregory, and Bernard.

Many of her writings are lost, but fortunately she left to the world an abundance of spiritual joy in her book The Herald of Divine Love, in which she tells of the visions granted her by our divine Lord. She wrote this excellent, small book because she was told that nothing was given to her for her own sake only. Her Exercises is an excellent treatise on the renewal of baptismal vows, spiritual conversion, religious vows, love, praise, gratitude to God, reparation, and preparation for death.

She began to record her supernatural and mystical experiences in what eventually became her Book of Extraordinary Grace (Revelation of Saint Gertrude), together with Mechtilde's mystical experiences Liber Specialis Gratiae, which Gertrude recorded. Most of the book was actually written by others based on Gertrude's notes.

She also wrote with or for Saint Mechtilde a series of prayers that became very popular, and through her writings helped spread devotion to the Sacred Heart (though it was not so called until revealed to Margaret Mary Alocoque).

When in a vision the Lord asked Gertrude whether she would prefer health or sickness, she responded, "Divine Lord, give me whatever pleases You. Do not consider my wishes at all. I know that what You choose to send is the best for me."

What value should be placed on our suffering? All the saints looked upon it as a gift that brings great merit. Moreover, it is better to bear the sorrows God allows. Gertrude says, "It is the most dangerous kind of impatience if a person desires to choose his own sufferings. Whatever is given to him by God is the best."

What if sickness comes? Our Lord said to Gertrude:

"When man, after applying the remedy for his suffering, patiently bears for love of Me that which he is unable to cure, he gains a glorious prize." And later:

"If a man can, with the help of grace, praise and thank God in time of suffering, he obtains a treasure from the Lord, because thanksgiving when sorrow comes is the most beautiful and precious crown of the soul." (Note the similarity to the Book of Job.) Saint Gertrude learned that every tear shed on the death of a loved one earns a rich reward if offered to God in obedience to His holy will. The deep sympathy our Lord shows for the sorrows of men was thus revealed to her. Gertrude found her strength in the Holy Eucharist. I think this passage from Herald of Divine Love shows us how much Jesus prizes diversity in worship.

"Once Gertrude felt slightly provoked when she noticed a certain religious approach Holy Communion with extreme timidity. Our Lord rebuked her, however, saying, 'Dost thou not realize that I deserve reverence equally as much as love? But as human frailty is incapable of rendering both, I inspire one with reverence, and to another I give the unction of My love.'" Regarding frequent communion, Jesus told her:

"It is a time honored custom that one who has twice held the office of governor excels in honor him who has filled the office but once. Likewise, they shall be more glorious in heaven who shall have received Me oftener on earth . . . "In communicating but once, the Christian receives Me for his salvation, with all My goods--that is, with the united treasures of My Divinity and Humanity; but he does not appropriate the abundance of these treasures except by repeated Communions. At each new Communion, I increase, I multiply the riches which are to constitute his happiness in heaven! . . . In the end, he who approaches Me with fear and reverence is less eagerly welcomed than he who comes to Me from a motive of pure love."

The depth of His love was shown to Gertrude in several visions. One day she saw Jesus during Holy Communion placing beautiful white robes on some of the sisters. Precious jewels, shaped like violets and giving out a delightful fragrance, adorned the robes. A rose- colored garment with golden flowers was also given them as a sign of Christ's passion and His infinite love for man. Our Lord wishes people to pray for the souls in purgatory. He once showed Gertrude a table of gold on which were many costly pearls. The pearls were prayers for the holy souls. At the same time the saint had a vision of souls freed from suffering and ascending in the form of bright sparks to heaven.

In one of my favorite passages, Our Lord tells Gertrude that he longs for someone to ask Him to release souls from purgatory, just as a king who imprisons a friend for justice's sake hopes that someone will beg for mercy for his friend. (I've posted this long passage previously.) Jesus ends with:
"I accept with highest pleasure what is offered to Me for the poor souls, for I long inexpressibly to have near Me those for whom I paid so great a price. By the prayers of thy loving soul, I am induced to free a prisoner from purgatory as often as thou dost move thy tongue to utter a word of prayer." To her was granted the privilege of seeing our Lord's Sacred Heart. The graces flowing from it appeared like a stream of purest water flowing over the whole world.

These visions continued until the end of her life. Jesus said to her at the last: "Come, my chosen one, and I will place in you My throne."

Saint Gertrude was "the Great" because of her single-hearted love for the Sacred Heart of Jesus and the souls in purgatory. Though she was never formally canonized, Pope Clement XII in 1677 directed that her feast be observed throughout the Church. It is interesting to note that Saint Teresa of Avila had a great devotion to Gertrude (Attwater, Benedictines, Delaney, Encyclopedia, Martindale, Melady, White)

In art Saint Gertrude is depicted as a Cistercian (white) abbess wearing seven rings on her right hand and holding a heart with the figure of Christ in her left. She was neither an abbess nor a Cistercian (but rather a Black Benedictine), but is often portrayed as such. Sometimes seven angels ring her head and the Christ-Child is over her heart (Roeder).


She is known as the 'prophetess of devotion to the Sacred Heart.' She is the patroness of the West Indies. Venerated at Helfta, Saxony (Roeder).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1116.shtml


St. Gertrude, Virgin and Abbess

From her book of Divine Insinuations, and her Life compiled by Dom Mege, prefixed to his edition of that work, in 1664. See also Dr. Cave, Hist. Liter, t. 2, p. 301.

A.D. 1292

ST. GERTRUDE was of an illustrious family, born at Eisleben, or Islebe, in Upper Saxony, and sister to St. Mechtildes. At five years of age she was offered to God in the Benedictin nunnery of Rodalsdorf, and at thirty was chosen abbess of that house, in 1251: and, the year following, was obliged to take upon her the government of the monastery of Heldelfs, to which she removed with her nuns. In her youth she studied Latin, as it was then customary for nuns to do; she wrote and composed in that language very well, and was versed in sacred literature. Divine contemplation and devout prayer, she always looked upon as the principal duty and employment of her state, and consecrated to those exercises the greater part of her time. The passion of our Redeemer was the favourite object of her devotions; and, in meditating on it, or on the blessed Eucharist, frequently she was not able to contain the torrents of tears which flowed from her eyes. She spoke of Christ, and of the mysteries of his adorable life, with so much unction, and in such transports of holy love, as to ravish those who heard her. Ecstacies and raptures of the divine love, and the gifts of divine union in prayer, were familiar to her. She mentions that once hearing those words, I have seen the Lord face to face, sung in the church, she saw, as it were, a divine face, most beautiful and charming, whose eyes pierced her heart, and filled both her soul and body with inexpressible delight which no tongue could express. 1 The divine love which burned in her breast, and consumed her soul, seemed the only spring of all her affections and actions. For this precious grace her pure soul was prepared by the crucifixion of her heart to the world, and to inordinate self-love in all its shapes. Watching, fasting, abstinence, perfect obedience, and the constant denial of her own will, were the means by which she tamed her flesh, and extirpated or subdued whatever could oppose the reign of the most holy will of God in her afflictions; but profound humility, and perfect meekness had the chief part in this work, and laid the foundation of the great virtues and graces to which the divine mercy raised her. Though she was possessed of the greatest natural talents, and of most extraordinary gifts of divine grace, her mind was penetrated, and entirely filled only with the deepest sentiments of her own nothingness, baseness, and imperfections. It was her sincere desire that all others should have the same contempt of her, which she had of herself, and she used to say, that it seemed to her one of the greatest of all the miracles of God’s infinite goodness, that his divine majesty was pleased to suffer the earth to bear her. Though she was the superior and mother of the rest, she behaved towards them as if she had been the lowest servant, and one that was unworthy ever to approach them: and such were the sincere sentiments of her heart. How much soever she gave herself up to the exercises of heavenly contemplation, she neglected not the duties of Martha, and was very solicitous in attending to all the necessities of every one, and in providing all things for them, especially all spiritual helps. In their progress in all the exercises and virtues of an interior and religious life, she found the happy fruits of her zealous endeavours and pious instructions. Her tender devotion to the Mother of God, sprang from the ardour of her love for the divine Son. The suffering souls in purgatory had a very great share in her compassion and charity.

We have a living portraiture of her pure and holy soul in her short book Of Divine Insinuations, or Communications and Sentiments of Love, perhaps the most useful production, next to the writings of St. Teresa, with which any female saint ever enriched the church, for nourishing piety in a contemplative state. 2 The saint proposes exercises for the renovation of the baptismal vows, by which the soul entirely renounces the world and herself, consecrates herself to the pure love of God, and devotes herself to pursue in all things his holy will. The like exercises she prescribes for the conversion of a soul to God, and for the renovation of her holy spiritual espousals, and the consecration of herself to her Redeemer, by a bond of indissoluble love, praying that she may totally die to herself, and be buried in him, so that he alone, who is her holy love, be acquainted with this her hidden state or sepulchre, and that she may have no other employment but that of love, or what his love directs. These sentiments she repeats with admirable variety throughout the work, and, in the latter part, dwells chiefly on the most ardent desires of being speedily united to her love in everlasting glory, entreating her divine Redeemer, by all his sufferings and infinite mercies, to cleanse her perfectly from all earthly affections and spots, that she may be admitted to his divine presence. Some of these sighs, by which she expresses her thirst after this happy union with her God in bliss, are so heavenly, that they seem rather to proceed from one who was already an inhabitant of heaven, than a pilgrim in this mortal life; so strongly were the affections of the saint fixed there. This is particularly observable in that exercise, wherein she advises the devout soul sometimes to set apart a day to be devoted without interruption to praise and thanksgiving, in order to supply any defects in this double duty in daily devotions, and to endeavour as perfectly as possible to be associated in this function to the heavenly spirits. The like exercises she proposes for supplying all defects in the divine love, by dedicating an entire day to the most fervent acts of pure love. The saint, as a chaste turtle, never interrupted her sweet sighs and moans, admitting no human consolation so long as her desire was delayed; yet rejoicing in hope and love, in perfect resignation to the will of God, in the visits of the Divine Spirit, in suffering with and for her loving Redeemer, and in labouring for his service. Her desires were at length fulfilled, and, having been abbess forty years, she was called to the embraces of her heavenly Spouse in 1292, her sister, Mechtildes, being dead some time before. The last sickness of St. Gertrude seemed rather a languishing of Divine love than a natural fever; so abundantly did her soul enjoy in it the sweetest comforts and presence of the Holy Ghost. Miracles attested how precious her death was in the sight of God. She is honoured with an office in the Roman Breviary on this day. The Lypsanographia, or catalogue of relics kept in the electoral palace of Brunswick-Lunenbourg, printed at Hanover, in 1713, in folio, mentions, amongst others, the relics of St. Gertrude in a rich shrine.

The exercises by which St. Gertrude made such sublime advances in the school of divine love, all tended to the closest union of her heart to God by the most inflamed desires and purest affections: and were directed at the same time to remove all obstacles to this union, by cleansing her soul and purifying her affections, by tears of compunction, by the renunciation of sensual delights, and the most perfect denial of herself. Hence she prayed continually that by the grace of the omnipotent divine love she might be strengthened to resign herself to holy love, so that nothing of self should remain in her, but should be totally consumed by the flame of holy love, like dust carried away by the wind, so as not to leave the least grain or trace behind. 3 For this exterior action, both of self-denial and of charity, zeal and all other virtues are necessary; but interior exercises are far more essential, in which the soul must frequently in the day raise herself up to God by the most ardent desires of love, praise, and thanksgiving, and study to die to herself by sincere and repeated sentiments of humility, compunction, meekness, patience, and self-denial.

Note 1. Insin. Divin. l, 2, c. 22. [back]

Note 2. This book has run through several editions: one was given by the devout Carthusian, Lanspergius, who died at Cologne in 1539: another by the great contemplative Lewis Blosius, the reformer of the abbey of Liesse, who refused the archbishopric of Cambray, and died in 1568. But the most correct is that of Dom Mege, the Maurist monk, in 1664, under this title: S. Gertrudis insinuationum divinæ pietatis exercitia. [back]

Note 3. Insin. Divin. p. 52. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XI: November. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/11/151.html

Les Exercices de Sainte Gertrude Traduction du Père Emmanuel, OSB oliv., Paris 1919 : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/gertrude/index.htm


Le Héraut de l'Amour divin. Les Révélations de Sainte Gertrude, Vierge de l'Ordre de Saint-Benoit au Monastère d’Helfta près d’Eisleben en Saxe.Traduction de « Insinuationes divinæ pietatis » par des moines bénédictins en 1884 : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Gertrude/gertrude1.htm