mercredi 28 novembre 2012

Sainte CATHERINE LABOURÉ, vierge et religieuse des Filles de la Charité

Sainte Catherine Labouré

Vierge, religieuse des Filles de la Charité

(1806-1876)

Neuvième enfant d'une famille de dix-sept, Zoé Labouré vint au monde le 2 mai 1806, à Fain-les-Moutiers, petit village de la Côte-d'Or. A neuf ans, Zoé perdit sa mère. On la vit alors monter sur une chaise, saisir la statue de Notre-Dame, l'embrasser longuement et la presser sur son coeur en disant: «Je n'ai plus de maman; soyez Vous-même ma maman, bonne Sainte Vierge!» A onze ans, la fillette dut remplir l'office de mère au foyer domestique. Prenant la direction intérieure de la ferme paternelle, elle devenait responsable des travaux domestiques. Magré son peu d'instruction, Zoé s'occupa de former à la piété sa petite soeur et son petit frère. Après son travail, elle se rendait souvent à l'église et priait devant l'autel de la Vierge.

En 1830, après un séjour de deux ans chez deux de ses frères qui demeuraient près de Paris, Zoé Labouré fit trois mois de postulat à Châtillon-sur-Seine et entra au Séminaire des Filles de la Charité, rue du Bac, toujours à Paris. Soeur Catherine fut favorisée de grâces exceptionnelles durant les six mois de son noviciat. Au moment de la messe, Notre-Seigneur Se manifestait à Sa petite servante. Dans sa ferveur, elle désirait voir la Très Sainte Vierge et demanda cette faveur par l'intermédiaire de son ange gardien.

Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, veille de la fête de saint Vincent de Paul, le coeur de ce Saint lui apparut dans la chapelle du couvent. La Sainte Vierge lui apparut et lui prédit des souffrances à venir tout en l'assurant du soutien de Ses grâces maternelles.

Lors de la deuxième apparition de la Reine du ciel, sainte Catherine Labouré reçoit la mission de répandre la médaille miraculeuse par le monde et de faire éclore sur des milliers de lèvres l'invocation: "O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous!" La prière fut le premier moyen qu'employa la voyante pour remplir sa mission.

Soeur Catherine Labouré disait le chapelet avec tant d'onction et de grâce que les anciennes religieuses se faisaient un plaisir d'aller le réciter en sa compagnie. «Aimez bien votre Mère du ciel, avait-elle coutume de dire, prenez-La pour modèle; c'est la plus sûre garantie du ciel.» Son deuxième moyen pour accomplir infailliblement sa mission de faire glorifier Marie et de sauver les âmes fut la pénitence qu'elle accomplit tout bonnement dans les emplois manuels les plus modestes dans lesquels elle se plaisait: service de la cuisine, soin de la basse-cour, garde de la porte. Son carnet de retraite de 1839 nous révèle son désir de souffrir: «O Coeur Immaculé de Marie, sollicitez pour moi la foi et l'amour qui Vous attacha au pied de la croix de Jésus. O doux objet de mes affections, Jésus et Marie, que je souffre pour Vous, que je meure pour Vous, que je sois toute à Vous, que je ne sois plus à moi!»

En janvier 1831, Catherine Labouré fut transférée à l'hospice d'Enghien, au faubourg St-Antoine, à Paris. Employée d'abord à la cuisine, puis à la lingerie, elle demeura ensuite affectée pendant près de quarante ans à la salle des vieillards, ajoutant le soin de la basse-cour à cet office. C'est dans cet obscur et généreux dévouement que la mort trouva cette fidèle servante de Dieu, le 31 décembre 1876. Elle trépassa à l'âge de soixante-dix ans. Cinquante-six ans après son décès, lors de l'ouverture de son tombeau, son corps fut trouvé dans un état de parfaite conservation.

Résumé O.D.M.



Sainte Catherine Labouré (1806-1876) et la Médaille Miraculeuse

Sur un pays dont la vie religieuse renaît avec peine de ses cendres, le Ciel, par Marie va, en ce début du XIXème siècle, faire pleuvoir une pluie de grâces qui rejailliront vers le monde tout entier.

Orpheline de sa mère à 9 ans, elle se réfugie en Marie

Catherine Labouré est la paysanne choisie pour être, du fond de son couvent des filles de la Charité, rue du Bac, à Paris, messagère secrète de la Mère de Dieu. Tout particulièrement en juillet 1830 pendant les émeutes qui mirent fin à la Restauration, puis en 1848, lors du soulèvement de la Commune de Paris et des journées sanglantes qu’il occasionna. La servante qui s’apprête à entrer dans la grande salle commune de la riche ferme Labouré s’arrête, émue, sur le seuil : la petite Catherine, juchée sur un tabouret pour mieux atteindre la statue de la Sainte Vierge, et se croyant seule, l’entoure de ses bras et la serre sur son cœur avec amour. Elle a 9 ans, sa maman vient de mourir et instinctivement, totalement, elle se réfugie en Marie, Celle dont le Christ lui-même a dit au Golgotha : « Voici ta mère ».

En 1806, année de la naissance de Catherine, le futur curé d’Ars a vingt ans et le plus dur de la grande Révolution de 1789 est passé. Je dis « grande » Révolution non pas en référence à son idéal qui en définitive s’est révélé essentiellement petit-bourgeois, mais à cause des conséquences morales et religieuses humainement presque irréversibles qu’elle a occasionnées dans le pays. Jean-Marie Vianney en sait quelque chose, lui dont la vocation a été si longtemps retardée parce que les nouvelles lois, laïques, ont handicapé sa formation intellectuelle.

Au début de ce XIXème siècle, Catherine va échapper à ces difficultés : le Premier Empire a ramené un semblant de moralisme religieux officiel avec un Concordat, imparfait, mais surtout, Louis XVIII et après lui Charles X, qui règne jusqu ‘en 1830, installent une Restauration favorable à la vie de l’Eglise. Une vie de l’Eglise encore convalescente et léthargique à l’orée de nouvelles révolutions qui vont secouer la France avant la fin du siècle. Cependant la Reine du Ciel est aussi la patronne de ce pays et va le rappeler. Catherine n’est pas l’aînée. Il y a avant elle une sœur, Marie-Louise, suivie de six frères. Après elle, il y a Tonine et Auguste. Sur les dix-sept maternités rapprochées qui ont usé précocement Madame Labouré, il reste ces dix enfants.

A douze ans elle devient maîtresse de la plus grosse exploitation du bourg

Lorsque Marie-Louise décide d’entrer chez les filles de la Charité, Catherine n’a que douze ans et ses frères plus âgés ont presque tous quitté la ferme. Prenant alors sa petite sœur à témoin, et son courage à deux mains, elle déclare fermement à son père : « A nous deux, nous ferons marcher la maison ». Ce qui n’est pas une mince responsabilité !... A l’âge de sa première communion, Catherine devient maîtresse de la plus grosse exploitation de Fain, village de la côte bourguignonne et il faut veiller aussi bien aux repas des nombreux ouvriers agricoles, qu’au soin des bêtes et à l’ensemble de la vie commune. Catherine sait déjà organiser ; elle s’en tirera « comme un chef ».

Depuis sa communion, elle va à pied tous les matins à la messe de cinq heures, à trois kilomètres de Fain car l’église, en face de chez elle, a été désaffectée sous la Terreur. Ce qui n’empêche pas la jeune fille de traverser la rue, quand elle a un moment de répit, pour entrer dans la chapelle sans tabernacle mais encore tout imprégnée de la présence du Seigneur et là, immobilisée au plus profond de son « temple intérieur », de refaire ses forces auprès de Lui. Dès cette époque elle confie à Tonine son appel à la vie consacrée. Elle fait aussi le rêve d’une rencontre avec un prêtre inconnu qui lui dévoile : « …Un jour vous serez heureuse de venir à moi. Dieu a ses desseins sur vous. Ne l’oubliez pas ! ». Ce n’est que plus tard qu’elle comprendra ce songe. Sur le moment elle n’y prête aucune attention, et même, elle l’oublie.

La famille Labouré est la plus cultivée de la commune et les aînés ont tous fait des études. Mais depuis la mort de sa femme, Pierre, le père, n’a plus eu le temps de s’occuper des cadets si bien qu’à dix-huit ans, Catherine ne sait ni lire ni écrire. Une tante s’en émeut, d’autant que la jeune fille, à l’évidence, est intelligente. Elle fait donc venir sa nièce à Châtillon, près de Paris, après avoir difficilement convaincu le père, et commence son instruction dans le pensionnat qu’elle dirige. Ce séjour sera rude pour la jeune paysanne, malgré tout plus âgée et plus simple que la jeunesse « bon chic » qui l’entoure ; il sera pourtant capital car c’est au cours de ces mois que, visitant le couvent des filles de la Charité, elle découvre « par hasard » l’identité du prêtre inconnu de son rêve : Monsieur Vincent.

A 24 ans, elle entre enfin chez les Filles de la Charité, rue du Bac

Ce signe lui donne la lumière sur l’orientation de sa vie tout entière…mais elle n’a pas vingt et un ans. Retournée en Bourgogne, elle doit affronter le refus d’un père qui, pour avoir donné déjà une fille à Dieu, « n’en donnera pas deux ». Malgré son respect pour la volonté de celui-ci, Catherine va rejeter catégoriquement les prétendants que son père essaie de lui imposer, désirant à tout prix la marier. L’appel du Seigneur, Celui qui est le Père de toute paternité, chante plus fort en elle. Elle n’a pas la vocation du mariage et le sait. Furieux, et pour changer les idées de sa fille, Monsieur Labouré l’envoie à Paris comme serveuse dans le restaurant de l’un de ses fils. Ce dernier s’aperçoit vite que la gaieté naturelle du caractère de sa sœur a disparu et que si la cuisine de Catherine est excellente, son moral se maintient avec peine. Aussi va-t-il aider à aplanir les divers obstacles et le 21 avril 1830, Catherine entre, à 24 ans, chez les filles de la Charité, à Paris, rue du Bac.

A quoi ressemble la nouvelle postulante ? Physiquement, ce qui domine en elle, c’est la vigueur : grande de taille, large de hanches, une force presque virile dans les traits du visage, elle en impose, bien que le bleu de son regard et la douceur qui en émane révèlent en contraste une fontaine de tendresse maternelle. Il est incontestable, quand on analyse la jeunesse de Catherine, de voir que la Providence s’est attachée avant tout à former sa volonté et son sens des responsabilités mais, dans une discrétion préfigurant le caractère de la mission qui va maintenant être confiée à la religieuse, une mission à la fois cachée et de premier plan pour l’histoire sainte et le bien commun de la France et du monde.

En ce sens, on ne peut s’empêcher d’évoquer ici Marthe, de Chateauneuf-de-Galaure…

Entre 1830 et 1831, sœur Labouré recevra, au cours de trois visions de la Sainte Vierge, la révélation de sa mission

C’est pendant l’année et demie de son séminaire, entre 1830 et 1831, que Sœur Labouré recevra, au cours de trois visions de la Sainte Vierge, la révélation de cette mission. Arrivée rue du Bac quelques jours avant le retour des reliques de Vincent de Paul à la maison mère, le désir de la postulante est grand de voir se relever les deux familles vincentiennes des lazaristes et des filles de la Charité décimées sous la Révolution. La coïncidence du retour des reliques avec son entrée semble bien en être l’heureux présage… C’est en ces jours d’ailleurs que le cœur de Vincent de Paul lui apparaît pour lui annoncer que ce désir sera bel et bien exaucé malgré les tourmentes historiques à venir, dont ses prêtres et ses religieuses vont être protégées.

Il n’y a pas de vie humaine qui ne soit soutenue par un désir profond qui en est l’axe. Ce désir- avouable ou non- se réalise toujours dans toute vie car, plus ou moins consciemment, il l’oriente de façon fondamentale. Et lorsque cette vie, lorsque ce désir est docile à la lumière de L’Esprit Saint, quelle en est la réalisation ! L’histoire de Catherine Labouré le démontre à l’évidence d’autant qu’elle a laissé toute liberté d’agir et de l’aider, à la Providence divine. Mais revenons à la rue du Bac où la jeune religieuse novice verra, pendant le temps de son noviciat, lors de chaque consécration, la présence réelle du Christ dans l’hostie, sans que jamais personne autour d’elle ne s’en doute –son confesseur excepté-, qui lui ordonne de « chasser ces imaginations ». Catherine obéit.

"Cette nuit même je verrai la Sainte Vierge"

Du moins, elle essaie, avec peine, car bientôt, le Ciel s’ouvre à nouveau, en la vigile de la fête de saint Vincent, le 18 juillet 1830 :« Je me suis couchée avec cette pensée que cette nuit même je verrais ma bonne Mère Il y avait si longtemps que je désirais la voir ». Trop prétentieux cet autre désir de Sœur Labouré ? Pour des cœurs à mesure restreinte peut-être, pour la Mère de Dieu, non : elle vient en personne, en cette même soirée, rendre visite à celle qui croit en son cœur maternel, la fait réveiller par un ange, conduire à la chapelle tout illuminée pour la circonstance –sans doute par d’autres anges- et là pendant près d’une heure et demie, en ce milieu de la nuit, Marie s’entretient avec Catherine agenouillée devant elle, les mains posées sur les genoux de la Vierge qui s’est assise...

« Mon enfant, le Bon Dieu veut vous charger d’une mission » dit Marie ; « Vous serez inspirée dans vos oraisons ; rendez-en compte ». « Les malheurs viendront fondre sur la France (…). Mais venez au pied de cet autel. Là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui le demanderont avec confiance et ferveur ». La Sainte Vierge déplore les abus auxquels se laissent aller nombre de communautés où les règles ne sont plus observées, puis revient sur le sort du pays : « La protection de Dieu est toujours là d’une manière toute particulière et saint Vincent protègera la communauté. Mais je serai moi-même avec vous ». Ce ne sera qu’après les émeutes des 27,28 et 29 juillet 1830 (les Trois Glorieuses) qui vont mettre fin au règne de Charles X, que le confesseur de Catherine commencera, au vu des événements, à la prendre au sérieux.

Le 27 novembre 1830, deuxième apparition : la Vierge ouvre les bras, de ses mains sortent des rayons lumineux. « Ces rayons sont le symbole des grâces que Marie obtient aux hommes », dit une voix. Aux hommes qui les demandent…car, au cours de la troisième et dernière apparition, en décembre de la même année, Marie précise à propos de certains rayons qui restent ternes en jaillissant de ses doigts : « Ce sont les grâces que l’on oublie de me demander ». Cette profusion de grâces découlait « avec plus d’abondance sur une partie du globe qui se trouvait aux pieds de Marie ; et cette partie privilégiée, c’était la France ».

Une médaille miraculeuse est demandée par la Vierge Marie

Un mois plus tard, le 30 janvier 1831, Catherine prononce ses vœux et revêt l’habit des filles de Saint Vincent. Seul son confesseur connaît son secret car la Sainte Vierge lui a demandé de garder l’anonymat jusqu’à la fin. Marie a demandé aussi la frappe d’une médaille représentant la deuxième vision et portant ces mots : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». En quelques années, ces médailles réalisées en 1832, vont faire tant de miracles (guérisons, conversions)- le curé d’Ars lui-même vient de mettre sa paroisse sous le patronage de cette médaille de Marie- que très vite on la nomme la médaille miraculeuse. Le choléra éclate à Paris : on en distribue des milliers ; en Italie, c’est la « Vierge de la médaille » qui va convertir Alphonse Ratisbonne ; dans le monde entier, on en distribue déjà des millions moins de dix ans après les apparitions.

Du cœur de la petite chapelle de Paris, et par la ferveur du désir d’une jeune fille cachée, ce sont en effet des flots de grâce qui s’échappent vers les cinq continents. Pendant tout ce temps, Catherine vit à l’hospice de Reuilly, près de Picpus. Garde-malade, cuisinière, poulaillère, visiteuse des pauvres, qui irait dénicher là celle dont la prière est en train d’obtenir le réveil de la foi en France et son élan missionnaire ? Car tandis que la religieuse aura passé sa vie à traire « de ses mains plus de 100 000 litres de lait », biné le jardin, lavé, nourri des milliers de malades, dans une discrétion absolue, les vocations se lèvent par centaines tant chez les filles de la Charité que chez les missionnaires lazaristes… C’est le renouveau.

« Ils ont touché à Notre-Dame. Ils n’iront pas plus loin »

En mars 1848, pendant la Commune, Catherine portera à bout de bras l’hospice que la plupart des sœurs ont été obligées de fuir. Elle ira distribuer la médaille de la Vierge jusque sur les barricades. Lors des perquisitions et des rafles par les insurgés, elle soutiendra les courages et miraculeusement, la protection de Marie- qu’elle ne cesse d’évoquer- garde intacte toute la communauté. Lorsqu’elle apprend que les insurgés ont saccagé l’église Notre-Dame-des-Victoires, elle déclare : « Ils ont touché à Notre-Dame. Ils n’iront pas plus loin ». Au printemps, de fait, la rébellion tombe.

Une vie humble et rayonnante

Jamais Sœur Catherine ne sera gratifiée de titres ni de fonctions honorifiques quelconques dans sa communauté, qu’elle qu’ait été pourtant sa compétence. On lui demandera de passer sous les ordres de sœurs beaucoup plus jeunes et moins expertes qui recevront des titres qu’avec les mêmes fonctions elle-même n’aura pas eus. Mais ces considérations sont au-dessous de sa mesure : Catherine approuvera et appuiera toujours la ferveur et le dynamisme rénovateur des jeunes arrivées. Et celles-ci la recherchent pour sa sagesse rayonnante.

Catherine Labouré s’éteint le 31 décembre 1876, au terme d’une vie qui correspond à une immense vocation d’amour pour son pays, mais aussi d’un amour universel. Pendant le demi-siècle qu’elle a passé cachée au couvent, la France chrétienne pétrifiée à force de tiédeur, d’ignorance et de démissions successives, sera réchauffée en son cœur par la profusion même de la tendresse de Dieu : "Là où le péché abonde, la grâce surabonde".

La Vierge Marie est patronne principale de la France. Elle s’en est souvenue à travers le désir ardent de Catherine Labouré. Cette dernière sera canonisée le 27 juillet 1947, par Pie XII.



Quelques traits de la vie de sainte Catherine Labouré

Une vaillante petite fermière : Catherine Labouré (1806- 1876) est née de Pierre Labouré (1787-1844) et de Madeleine Gontard (1769-1815), huitième de dix enfants. Le 9 octobre 1815, sa mère meurt subitement. Le premier soir sans sa maman, elle grimpe sur une chaise vers la statue de la Sainte Vierge pour embrasser ses pieds. Il y a trop d’enfants à la maison, avec le petit Augustin, infirme par accident.

Le père envoie Catherine et Tonine chez sa sœur Marguerite, mariée au vinaigrier Antoine Jeanrod, à Saint-Rémi, à neuf kilomètres de Fain.

La voilà orpheline de père et de mère, et sa ferme natale lui manque. Deux ans après, en janvier 1818, le père s’ennuie de Catherine et rappelle les deux petites.

C’est une fête, car elle rentre aussi pour faire sa première communion, le 25 janvier. Pour elle, c’est une joyeuse et profonde étape spirituelle. Sa grande sœur, Marie-Louise, vingt-trois ans, dont les circonstances ont fait retarder le départ chez les Filles de la Charité à Langres, inspire à Catherine, douze ans, en bonne entente avec Tonine, neuf ans et demi, une grande décision : « Vas-y ! A nous deux, nous ferons l’ouvrage. » Elle se sent mûre pour prendre le fardeau. Elle sera une vaillante petite fermière avec les repas à servir ou à porter, le pigeonnier de 1 121 cases, gloire de la maison, le poulailler et le reste. En outre, elle est illettrée.

Une vocation éprouvée : Pourtant, elle voudrait suivre Marie-Louise. C’est alors qu’au seuil de ses dix-huit ans elle a un songe, pour elle plein de sens : un vieux prêtre célèbre la messe ; il se retourne pour le Dominus vobiscum et la regarde. Le regard lui est resté : elle s’en souviendra toute sa vie. [...] En allant un jour chez les Sœurs de la Charité, rue de la Juiverie, Catherine tombe en arrêt devant un portrait à l’entrée : « C’est le prêtre du songe ! Il existe bien ! Qui est-il ? – Notre père, saint Vincent de Paul », répondent les sœurs. La décision de Catherine est maintenant prise, mais comment faire ? Le 2 mai 1827, Catherine a vingt et un ans. Elle connaît ses droits. Elle signifie sa résolution. Le père refuse : il a déjà donné une fille à Dieu, Marie-Louise. Deux, c’est trop. Il persévère. L’année suivante, au printemps 1828, il change de méthode. Son fils Charles, établi à Paris comme les autres, a un restaurant de compagnons-ouvriers, tenu par sa femme. Elle vient de mourir, deux ans après leur mariage, le 21 février. Il a besoin d’aide ; eh bien, Catherine ira l’aider, et quelqu’un finira bien par s’éprendre de la jeune serveuse. Heureusement pour elle, cela ne dure pas ; le frère s’est consolé et se remarie le 3 février 1829. Catherine est libérée.

Chez les soeurs de la Charité, à Paris : Le 21 avril 1830, par la diligence, elle entre au "séminaire" des sœurs de la Charité : "La formation sera dure", lui a-t-on dit, mais elle est formée à toute patience, toute discipline, toute disponibilité, à tout oubli d’elle-même, prête à tout. Rien ne lui pèse.

En 1930, à la messe, elle voit parfois le Seigneur dans le saint sacrement. Une fois, la vision semble annoncer le dépouillement du roi de France. Et c’est dans ce contexte qu’elle a des apparitions de la Vierge Marie, d’avril à décembre 1930.

A Reuilly : Après les apparitions d’avril à décembre 1930, le 30 janvier 1831, Catherine prend l’habit et quitte le séminaire. Elle est nommée à la maison de Reuilly, toute proche, pour qu’on puisse la tenir à l’œil : est-ce une religieuse à histoires ? Non. Elle sert dans la plus parfaite discrétion durant toute sa vie. Elle resta indéfectiblement une servante efficace et discrète des pauvres. A Reuilly, elle redeviendra vite fermière, chargée du jardin et des bêtes.

La croix de 1848 : au seuil de la révolution de 1848, Catherine transmet à M. Aladel (son confesseur) une nouvelle demande : une grande croix à dresser dans Paris comme un paratonnerre spirituel : « Cette croix sera appelée la Croix de la Victoire. Elle sera en grande vénération. […] Sur le pied de la croix, il sera représenté toute cette révolution telle qu’elle s’est passée. Le pied de la croix m’a paru avoir 10 à 12 pieds en carré, et la croix de 15 à 20 pieds de hauteur. Et, une fois élevée, elle m’apparaissait, à peu près, à 30 pieds de hauteur » Dix mètres, ce n’est pas énorme. Catherine ne fut pas écoutée. La croix était très populaire en 1848. Des émeutiers portèrent en triomphe une croix qu’ils avaient sauvée du pillage des Tuileries, mais Aladel ne saisit pas cette occasion.

Lourdes – 1858 : Quand Catherine entendit parler de l’apparition, elle dit aussitôt : "C’est la même !". Dans sa pensée, la Vierge avait dû apparaître si loin parce que la chapelle communautaire des sœurs, essentielle à la communauté, n’était pas ouverte au public. Trois sœurs ont noté ses réflexions à ce sujet : "Dire que ces miracles pourraient avoir lieu dans notre chapelle !" (Témoignage de sœur Tranchemer.) Elle exprimait là son chagrin que la chapelle de la rue du Bac ne soit pas ouverte au public, ce qu’interdisait la prospérité même de la congrégation, la chapelle étant déjà trop petite pour les nombreuses sœurs et les 500 novices.

La Vierge au globe : Catherine était tourmentée du fait que la Médaille miraculeuse, alors parvenue aux milliard d’exemplaires, ne représentait pas ce qu’elle avait vu en 1830 : la Vierge avec un globe dans ses mains rayonnantes. "Mais qu’est devenue cette boule ? – Je ne vis plus que les rayons qui tombaient de ses mains, répond Catherine. – Mais que deviendra la Médaille si on publie cela ? – Oh ! il ne faut pas toucher à la Médaille miraculeuse. – Mais le globe de la terre est déjà sous ses pieds, il y aura donc un deuxième globe dans ses mains ?" Sœur Dufès est d’autant plus perplexe que Catherine n’était pas infaillible dans ses intuitions.[1] Le modèle fixé selon les indications de Catherine, toujours en réservant son incognito, fut finalement installé dans la chapelle de la rue du Bac.

Le jour de sa mort : elle demanda que soixante-trois enfants récitent autour de son lit chacune des invocations des litanies de Notre-Dame. Elles sont dans l’Office de l’Immaculée Conception... Catherine voyait dans ce chiffre 63 l’illustration d’une tradition orale qui attribue à la Vierge, soixante trois ans : quinze de part et d’autre des trente-trois ans de la vie du Christ. Elle dédiait ainsi à Notre- Dame les soixante-dix ans de sa vie laborieuse qui faisaient d’elle l’aînée de Notre-Dame. Elle mettait là sa poésie, sa familiarité et son humour, mais aussi son bonheur de partir au ciel. "Pourquoi craindre d’aller voir Notre-Seigneur, sa Mère et saint Vincent ?" Ce fut une des dernières paroles de Catherine avant qu’elle fermât ses yeux bleus.

[1] Elle avait fait creuser la terre, à Reuilly, au lendemain de la Commune, pour découvrir à 1,50 m de profondeur « une pierre plate, comme une pierre tombale », et de quoi « faire bâtir une chapelle » ou plutôt « une église ». On avait fouillé, on n’avait rien trouvé : « Vous êtes dans l’erreur », avait conclu sœur Dufès. Catherine se rendit à l’évidence : « Eh bien, ma sœur, je me suis trompée. Je croyais avoir dit vrai. Je suis bien aise qu’on connaisse la vérité. »

R. Laurentin

Extraits de R. Laurentin, « Paris VII », dans : René Laurentin et Patrick Sbalchiero, Dictionnaire encyclopédique des apparitions de la Vierge. Inventaire des origines à nos jours. Méthodologie, prosopopée, approche interdisciplinaire, Fayard, Paris 2007.


Ste Catherine Labouré et les pauvres

C'étaient des années de misère ouvrière et d'épidémies. La Vierge Marie apparut rue du Bac à sainte Catherine Labouré avec un message très dense.

Ce qu'il y a d'admirable chez Catherine, la voyante de la Rue du Bac, petite sœur des pauvres, dira-t-on, ce sont les apparitions, avec leur prestige et leurs fruits ? N'est-ce pas encore davantage le service des pauvres : "nos maîtres" disait Catherine après Monsieur Vincent ? Elle sut aller à leur rencontre dans la pauvreté même. Elle a raccommodé au même degré leurs vêtements et les siens propres : des rapiéçages soigneux, qui allaient de pair avec une impeccable propreté, disent les témoins...

Elle n'avait pas de complexe. Elle osait parler de Dieu à ceux qu'elle secourait. Donner Dieu et donner le pain, donner Notre Seigneur et donner sa propre affection à ceux qui souffraient, cela allait ensemble, cela venait d'un même cœur.

Comme Bernadette, elle décevait ceux qui auraient souhaité une voyante plus mystique. La "mystique" de Catherine c'était la simplicité, selon l'Evangile, c'était la transparence. En elle, à l'aube du XIXe siècle, l'Esprit Saint commençait à former, pour des temps nouveaux, un nouveau type de sainteté, retrouvé aux sources de l'Evangile : une sainteté sans sucés ni triomphe humains.

René Laurentin, Vie de Catherine Labouré, DDB, Paris 2007

SOURCE : http://www.mariedenazareth.com/17434.0.html?&L=0

St. Catherine Labouré

St. Catherine Labouré, virgin, was born on May 2, 1806. At an early age she entered the community of the Daughters of Charity, in Paris, France. Three times in 1830 the Virgin Mary appeared to St. Catherine Labouré, who then was a twenty-four year old novice.

On July 18, the first apparition occurred in the community’s motherhouse. St. Catherine beheld a lady seated on the right side of the sanctuary. When St. Catherine approached her, the heavenly visitor told her how to act in time of trial and pointed to the altar as the source of all consolation. Promising to entrust St. Catherine with a mission which would cause her great suffering, the lady also predicted the anticlerical revolt which occurred at Paris in 1870.

On November 27, the lady showed St. Catherine the medal of the Immaculate Conception, now universally known as the “Miraculous Medal.” She commissioned St. Catherine to have one made, and to spread devotion to this medal. At that time, only her spiritual director, Father Aladel, knew of the apparitions. Forty-five years later, St. Catherine spoke fully of the apparitions to one of her superiors. She died on December 31, 1876, and was canonized on July 27, 1947. Her feast day is November 25.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-catherine-laboure/

Catherine Labouré V (RM)


Born at Fain-les-Moûtiers (near Dijon), Côte d'Or, France, May 2, 1806; died in Paris, December 31, 1876; beatified in 1933; canonized 1947; feast day formerly December 31.


Though Saint Catherine was called a "silly old thing" by the Republic, and as "matter of fact, unexcitable, insignificant, cold, and apathetic" by her superiors, you should know her story if you are one of the millions of Catholics now wearing a Miraculous Medal.

She was baptized Zoë Labouré, daughter of a yeoman farmer in the Côte d'Or. Without complaint she took over the running of the household at age 8, after the death of her mother and the departure of her elder sister, Louisa, to join the Sisters of Charity. After a few years, she worked as a waitress in her uncle's café in Paris. For this reason she was the only one in the family who never learned to read or write.

From the age of 14, she felt called to the religious life, to follow her elder sister. Overcoming opposition from her father, she was finally allowed to join the Sisters of Charity of Saint Vincent de Paul at Châtillon-sur-Seine in 1830 (age 24), taking the name of Catherine. She was a model sister, practical, and unemotional by temperament.

After her postulancy, she went to a convent in the rue du Bac, Paris. She arrived several days before the translation of relics of Saint Vincent from Notre Dame to the Lazarist Church in rue de Sèvres.

Almost immediately she began experiencing the series of her famous visions of the Blessed Mother. In one of them the Blessed Virgin told Catherine that within her lifetime the archbishop of Paris would be brutally put to death. (This indeed happened in 1871 with the death of Msgr. Darboy.)

The first of three major visions took place three months later. She was awakened about 11:30 p.m. on July 18 by a "shining child," who led her to the chapel. Our Lady appeared and talked with her for hours, telling her that she would have to undertake a difficult task.

On November 27, Mary appeared in the same chapel in the form of a picture, standing on a globe, with shafts of light streaming from her hands, surrounded by the words "O Mary, conceived without sin, pray for us who have recourse to thee!" The picture turned around, and on the reverse side appeared a capital M with a cross above it and two hearts, one thorn-crowned and one pierced with a sword, beneath. Catherine heard a voice asking her to have a medal struck, promising that all who wore the medal would receive great graces. This or similar visions were repeated several times up to September 1831. From that time until her death, Catherine led a life that was outwardly uneventful tending the sick.

Catherine confided in her confessor, Father Aladel, and he, convinced of her sincerity, persuaded Archbishop de Quélen of Paris to give permission for a medal to be struck. In June 1832, the first 1,500 of the millions of medals to be made--now known to Catholics as the 'Miraculous Medal'--were struck.

The popularity of the medal grew, especially after the conversion of Alphonse Ratisbonne in 1842. Alphonse was an Alsatian Jew who, having been persuaded to wear the medal received a vision of Our Lady in the church of Sant'Andrea delle Frate at Rome, became a priest, and founded the religious congregation known as the Fathers and Sisters of Zion.

In 1836, the archbishop initiated a canonical inquiry into the alleged visions. Catherine refused to appear, wishing her identity to be kept a secret. Fr. Aladel pleaded to be allowed to keep her name anonymous. The tribunal, basing its opinion on the stability of her confessor and Catherine's character, decided to favor the authenticity of the visions.

After her year of extraordinary grace, Catherine was sent to the convent Enghien-Reuilly on the outskirts of Paris. There Catherine served as portress until her death, engaging in menial tasks such as looking after the poultry and overseeing the aged living in the Hospice d'Enghien. Not until a few months before her death did she speak to anyone about the visions except her confessor; she confided in her superior, Sister Dufé.

Saint Catherine Labouré was not canonized because of the favor God showed her through this apparition. Her sanctity was revealed through her self-effacement and humility, through her seeking holiness in the little things of everyday life. Her incorrupt body remains in the convent chapel at the rue du Bac, where miracles were reported at her tomb (Attwater, Attwater 2, Benedictines, Bentley, Coulson, Delaney, Engelbert, Farmer, Walsh, White, Yves).


Voir aussi : http://www.marypages.com/LaboureFrancais.htm

http://www.communityofhopeinc.org/Prayer%20Pages/Saints/catherine%20laboure.html