vendredi 23 novembre 2012

Saint CLÉMENT Ier de ROME, Pape et martyr

Saint Clément I

Pape et martyr

(† 100)

Saint Clément était né à Rome. Riche, instruit, ardent à chercher la vérité, il trouva dans la religion chrétienne la satisfaction entière des exigences de sa raison et des aspirations de son âme. Non seulement il se fit chrétien, mais il seconda les Apôtres dans la prédication de l'Évangile; et saint Paul, dans son épître aux Philippiens, rappelant les travaux de Clément, assure que son nom est écrit au Livre de vie. Cet attachement de Clément aux Apôtres, ce zèle qu'il montra pour la foi, l'on fait appeler par les Pères homme apostolique.

Élevé à l'épiscopat par saint Pierre, il devait être son troisième successeur, vers l'an 91. Il vit la chute et la mort de Néron, ainsi que la prise et la ruine de Jérusalem. Sons l'empereur Vespasien, Clément fut conduit au tribunal du préfet, qui demeura émerveillé de la sagesse de ses réponses; mais la volonté de l'empereur était nette: "Que Clément sacrifie aux dieux ou soit exilé en Chersonèse!" Quelle ne fut pas la joie du saint exilé, de trouver dans ce lointain pays deux mille chrétiens! La consolation de ces chrétiens fut indicible: "Dieu, leur dit l'humble Pontife, m'a fait une grâce dont je n'étais pas digne, en m'envoyant au milieu de vous partager vos couronnes."

Les généreux confesseurs de la foi, au milieu de leurs rudes travaux, étaient souvent privés d'eau et devaient aller la chercher à une très forte distance. Plein de confiance en Dieu, Clément dit aux chrétiens: "Prions le Seigneur, qui a fait jaillir l'eau d'un rocher du désert; Il nous viendra en aide." Il se mit donc en prière, et bientôt, levant les yeux, il aperçut sur la colline un agneau blanc comme la neige, qui de son pied droit indiquait une source d'eau vive jaillissant soudain. A partir de ce jour, les martyrs eurent de l'eau en abondance. La nouvelle de ce miracle fit une grande impression dans tout le pays, les conversions se multiplièrent, des églises se bâtirent, et quelques années plus tard le paganisme était complètement détruit.

Saint Clément nous a laissé dans ses lettres le plus charmant tableau de ses missions apostoliques. Ce fut seulement sous Trajan, après plus de vingt ans d'exil, que le saint Pape, devenu très suspect à cause de son zèle et de ses succès, fut jeté à la mer, une ancre au cou. Les chrétiens priaient sur la plage. La mer se retira, chose inouïe, d'une lieue et demi, et le corps du martyr parut à découvert, dans une chapelle de marbre construite par les anges. Les marins ont pris saint Clément pour patron.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950



BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 7 mars 2007



Saint Clément, Evêque de Rome


Chers frères et soeurs,

Nous avons médité au cours des derniers mois sur les figures de chaque Apôtre et sur les premiers témoins de la foi chrétienne, que les écrits du Nouveau Testament mentionnent. A présent, nous consacrons notre attention aux Pères apostoliques, c'est-à-dire à la première et à la deuxième génération dans l'Eglise après les Apôtres. Et nous pouvons ainsi voir comment débute le chemin de l'Eglise dans l'histoire.

Saint Clément, Evêque de Rome au cours des dernières années du premier siècle, est le troisième Successeur de Pierre, après Lin et Anaclet. Sur sa vie, le témoignage le plus important est celui de saint Irénée, Evêque de Lyon jusqu'en 202. Il atteste que Clément "avait vu les Apôtres", "les avait rencontrés", et avait "encore dans les oreilles leur prédication, et devant les yeux leur tradition" (Adv. haer. 3, 3, 3). Des témoignages tardifs, entre le quatrième et le sixième siècle, attribuent à Clément le titre de martyr.

L'autorité et le prestige de cet Evêque de Rome étaient tels que divers écrits lui furent attribués, mais son unique œuvre certaine est la Lettre aux Corinthiens. Eusèbe de Césarée, le grand "archiviste" des origines chrétiennes, la présente en ces termes: "Une lettre de Clément reconnue comme authentique, grande et admirable nous a été transmise. Elle fut écrite par lui, de la part de l'Eglise de Rome, à l'Eglise de Corinthe... Nous savons que depuis longtemps, et encore de nos jours, celle-ci est lue publiquement au cours de la réunion des fidèles" (Hist. Eccl. 3, 16). On attribuait à cette lettre un caractère presque canonique. Au début de ce texte - écrit en grec - Clément regrette que "les adversités imprévues, qui ont eu lieu l'une après l'autre" (1, 1), ne lui aient pas permis une intervention plus prompte. Ces "adversités" doivent être comprises comme la persécution de Domitien: c'est pourquoi la date de la rédaction de la lettre doit remonter à l'époque qui suivit immédiatement la mort de l'empereur et la fin de la persécution, c'est-à-dire tout de suite après 96.

L'intervention de Clément - nous sommes encore au I siècle - était rendue nécessaire par les graves problèmes que traversait l'Eglise de Corinthe: en effet, les prêtres des communautés avaient été déposés par plusieurs jeunes contestataires. Cet événement douloureux est rappelé, encore une fois, par saint Irénée, qui écrit: "Sous Clément, un conflit important étant apparu parmi les frères de Corinthe, l'Eglise de Rome envoya aux Corinthiens une lettre très importante pour qu'ils se réconcilient dans la paix, qu'ils renouvellent leur foi et annoncent la tradition, qu'ils avaient reçue des Apôtres depuis peu de temps" (Adv. haer. 3, 3, 3). Nous pourrions donc dire que cette lettre constitue un premier exercice du Primat romain après la mort de saint Pierre. La lettre de Clément reprend des thèmes chers à saint Paul, qui avait écrit deux longues lettres aux Corinthiens, en particulier la dialectique théologique, éternellement actuelle, entre l'indicatif du salut et l'impératif de l'engagement moral. Il y a avant tout l'heureuse annonce de la grâce qui sauve. Le Seigneur nous prévient et nous donne le pardon, il nous donne son amour, la grâce d'être chrétiens, ses frères et soeurs. C'est une annonce qui remplit notre vie de joie et qui donne de l'assurance à notre action: le Seigneur nous prévient toujours avec sa bonté et la bonté du Seigneur est toujours plus grande que tous nos péchés. Il faut cependant que nous nous engagions de manière cohérente avec le don reçu et que nous répondions à l'annonce de salut par un chemin généreux et courageux de conversion. Par rapport au modèle paulinien, la nouveauté est que Clément fait suivre la partie doctrinale et la partie pratique, qui étaient constitutives de toutes les lettres pauliniennes, par une "grande prière" qui conclut pratiquement la lettre.

L'occasion immédiate de la lettre donne à l'Evêque de Rome la possibilité d'une ample intervention sur l'identité de l'Eglise et sur sa mission. S'il y eut des abus à Corinthe, observe Clément, le motif doit être recherché dans l'affaiblissement de la charité et d'autres vertus chrétiennes indispensables. C'est pourquoi il rappelle les fidèles à l'humilité et à l'amour fraternel, deux vertus véritablement constitutives de l'existence dans l'Eglise: "Nous sommes une portion sainte", avertit-il, "nous accomplissons donc tout ce que la sainteté exige" (30, 1). En particulier, l'Evêque de Rome rappelle que le Seigneur lui-même "a établi où et par qui il désire que les services liturgiques soient accomplis, afin que chaque chose, faite de façon sainte et avec son accord, soit conforme à sa volonté... En effet, au prêtre suprême ont été confiées des fonctions liturgiques qui lui sont propres, pour les prêtres a été établie la place qui leur est propre, et aux lévites reviennent des services spécifiques. L'homme laïc est lié à l'organisation laïque" (40, 1-5: notons qu'ici, dans cette lettre de la fin du I siècle, apparaît pour la première fois dans la littérature chrétienne le terme grec "laikós" qui signifie "membre du laos", c'est-à-dire "du peuple de Dieu").

De cette façon, en se référant à la liturgie de l'antique Israël, Clément dévoile son idéal d'Eglise. Celle-ci est rassemblée par l'"unique Esprit de grâce répandu sur nous" qui souffle dans les divers membres du Corps du Christ, dans lequel tous, unis sans aucune séparation, sont "membres les uns des autres" (46, 6-7). La nette distinction entre le "laïc" et la hiérarchie ne signifie en aucune manière une opposition, mais uniquement ce lien organique d'un corps, d'un organisme, avec ses diverses fonctions. En effet, l'Eglise n'est pas un lieu de confusion, ni d'anarchie, où chacun peut faire ce qu'il veut à tout instant: dans cet organisme, à la structure articulée, chacun exerce son ministère selon la vocation reçue. En ce qui concerne les chefs de la communauté, Clément explique clairement la doctrine de la succession apostolique. Les normes qui la régissent découlent en ultime analyse de Dieu lui-même. Le Père a envoyé Jésus Christ, qui à son tour a envoyé les Apôtres. Puis, ceux-ci ont envoyé les premiers chefs des communautés et ils ont établi que d'autres hommes dignes leur succèdent. Tout procède donc "de façon ordonnée de la volonté de Dieu" (42). A travers ces paroles, avec ces phrases, saint Clément souligne que l'Eglise possède une structure sacramentelle et non une structure politique. L'action de Dieu qui vient à notre rencontre dans la liturgie précède nos décisions et nos idées. L'Eglise est surtout un don de Dieu et non pas notre créature, et c'est pourquoi cette structure sacramentelle ne garantit pas seulement l'organisation commune, mais également la pré-éminence du don de Dieu, dont nous avons tous besoin.

Finalement, la "grande prière" confère un souffle universel aux argumentations précédentes. Clément loue et rend grâce à Dieu pour sa merveilleuse providence d'amour, qui a créé le monde et continue à le sauver et à le sanctifier. L'invocation adressée aux gouvernants revêt une importance particulière. Après les textes du Nouveau Testament, celle-ci représente la prière la plus antique pour les institutions politiques. Ainsi, au lendemain de la persécution, les chrétiens, bien conscients que les persécutions allaient se poursuivre, ne cessent de prier pour les autorités mêmes qui les avaient condamnés injustement. Le motif est avant tout d'ordre christologique: il faut prier pour les persécuteurs, comme le fit Jésus sur la Croix. Mais cette prière contient également un enseignement qui guide, au fil des siècles, l'attitude des chrétiens à l'égard de la politique et de l'Etat. En priant pour les autorités, Clément reconnaît la légitimité des Institutions politiques dans l'ordre établi par Dieu; dans le même temps, il manifeste la préoccupation que les autorités soient dociles à Dieu et "exercent le pouvoir que Dieu leur a donné dans la paix et la mansuétude avec piété" (61, 2). César n'est pas tout. Une autre souveraineté apparaît, dont l'origine et l'essence ne sont pas de ce monde, mais "d'en haut": c'est celle de la Vérité, à laquelle revient également le droit d'être écoutée par l'Etat.

Ainsi, la lettre de Clément affronte de nombreux thèmes d'une actualité permanente. Celle-ci est d'autant plus significative, qu'elle représente, depuis le premier siècle, la sollicitude de l'Eglise de Rome qui préside à toutes les autres Eglise dans la charité. Avec le même Esprit, nous faisons nôtres les invocations de la "grande prière", là où l'Evêque de Rome se fait la voix du monde entier: "Oui, ô Seigneur, fais resplendir sur nous ton visage dans le bien de la paix; protège-nous de ta main puissante... Nous te rendons grâces, à travers le Prêtre suprême et guide de nos âmes, Jésus Christ, au moyen duquel nous te rendons gloire et louange, à présent et de génération en génération, pour les siècles des siècles. Amen" (60-61).

***

Je salue cordialement les pèlerins francophones présents ce matin, en particulier les pèlerins de Montréal, avec Monsieur le Cardinal Jean-Claude Turcotte, leur archevêque, ainsi que le groupe de pèlerins de Sens, guidé par Monseigneur Yves Patenôtre, Archevêque de Sens-Auxerre. Que le Christ, qui marche vers sa Pâque, vous entraîne à sa suite sur le chemin du don total, pour que vous soyez chaque jour des témoins de l’amour plus fort que la mort !


© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana



Pape vers 88-97. Culte attesté à la fin du IVème siècle. Commémoré ce même jour dans toutes les liturgies occidentales (Afrique, Gaule, Hispanie), et le lendemain chez les Byzantins

Son nom est ajouté au canon romain au VIIème siècle.

Semidouble dans le calendrier de saint Pie V (qui garde quelques répons médiévaux et fait refaire les leçons de l’office). Double par Pie VII en 1804.

Leçons des Matines avant 1960

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Clément, fils de Faustinien, naquit à Rome dans le quartier du mont Cœlius et fut disciple du bienheureux Pierre. Saint Paul fait mention de lui dans son Épître aux Philippiens : « Je te prie aussi, dit-il, toi, mon fidèle compagnon, aide celles qui ont travaillé avec moi pour l’Évangile, avec Clément et mes autres coopérateurs, dont les noms sont écrits dans le livre de vie. » II partagea la ville de Rome en sept parties, qu’il attribua à sept notaires, assignant à chacun l’une de ces sept régions, avec la charge de recueillir soigneusement tout ce que l’on savait sur les souffrances et les actes des Martyrs, et de consigner toutes ces choses par écrit. Il composa lui-même avec soin plusieurs ouvrages utiles, qui ont répandu de l’éclat sur la religion chrétienne.

R/. Tandis que saint Clément était en prière, l’Agneau de Dieu lui apparut. * Une source vive jaillissait sous son pied, le cours d’un fleuve abondant réjouit la cité de Dieu. V/. J’ai vu sur la montagne un Agneau debout. * Une.

Cinquième leçon. Comme il convertissait beaucoup de monde à la foi du Christ par ses enseignements et par la sainteté de sa vie, l’empereur Trajan l’envoya en exil, au delà du Pont-Euxin, dans les déserts qui s’étendent autour de la ville de Cher-son ; il y trouva deux mille Chrétiens, condamnés par ce même Trajan à extraire et à tailler le marbre. Un jour qu’ils souffraient du manque d’eau, Clément, après avoir prié, monta sur une colline voisine, au sommet de laquelle il vit un Agneau, touchant du pied droit une source d’eau douce qu’il faisait jaillir ; tous y étanchèrent leur soif. Beaucoup d’infidèles furent amenés à la foi de Jésus-Christ par ce miracle, et commencèrent aussi à concevoir de la vénération pour la sainteté de Clément.

R/. Ils dirent tous d’une voix unanime : Saint Clément, priez pour nous, * Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ. V/. Ce n’est pas en raison de mes mérites que le Seigneur m’a envoyé vers vous, pour devenir participant de vos couronnes. * Afin.

Sixième leçon. Trajan, irrité de ces conversions, fit partir des émissaires avec ordre d’attacher une ancre au cou de Clément et de le précipiter dans la mer. L’ordre fut exécuté ; mais les Chrétiens s’étant mis en prières sur le rivage, la mer se retira de trois milles. S’y étant avancés, ils trouvèrent un petit édifice de marbre en forme de temple. A l’intérieur se trouvait une arche de pierre, où était déposé le corps du Martyr, et à côté, l’ancre avec laquelle il avait été jeté dans les flots. Les habitants de la région, frappés de ce prodige, embrassèrent la foi de Jésus-Christ Dans la suite, sous le pontificat de Nicolas 1er, le corps de saint Clément fut transporté à Rome et enseveli dans l’église qui porte son nom. Une église fut aussi dédiée sous son vocable au lieu même de l’île où la fontaine avait miraculeusement jailli. Ce Pontife occupa le Saint-Siège neuf ans, six mois et six jours. Il fit, au mois de décembre, deux ordinations dans lesquelles il ordonna dix Prêtres, deux Diacres, et sacra quinze Évêques pour divers lieux.

R/. Seigneur, vous avez donné à Clément, votre Martyr, dans la mer, une demeure de marbre construite en forme de temple et préparée par la main des Anges : * Vous avez ouvert un chemin aux peuples du pays, afin qu’ils racontent vos merveilles. V/. Seigneur, vous avez ouvert à vos saints une voie dans la mer, et au milieu des flots, un sentier. * Vous. Gloire au Père. * Vous.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

La mémoire de Clément se présente entourée d’une auréole particulière dans les origines de l’Église de Rome. A ce moment où les Apôtres ont disparu, il semble éclipser Lin et Clet, qui cependant avaient reçu avant lui l’honneur de l’épiscopat. On passe comme naturellement de Pierre à Clément, et les Églises orientales ne célèbrent pas son souvenir avec moins d’honneur que l’Église latine. Il fut bien véritablement le Pontife universel, et l’on sent déjà que l’Église tout entière est attentive à ses actes comme à ses écrits. Cette haute réputation lui a fait attribuer tout un cycle d’écrits apocryphes, qu’il est aisé de démêler de ses écrits véritables ; mais il est à noter que les faussaires qui ont jugé à propos de lui prêter leurs propres œuvres, ou de bâtir des romans à son sujet, s’accordent à le faire naître de race impériale.

Le temps a fait disparaître, sauf un seul, les documents qui attestent l’intervention de Clément dans les affaires des Églises lointaines ; mais celui qui nous est resté montre en plein exercice la puissance monarchique de l’évêque de Rome dès cette époque primitive. L’Église de Corinthe était agitée de discordes intestines, que la jalousie à l’égard de certains pasteurs avait suscitées. Ces divisions dont on découvre le germe dès le temps de saint Paul, avaient détruit la paix et causaient du scandale aux païens eux-mêmes. L’Église de Corinthe finit par sentir le besoin d’arrêter un désordre qui pouvait être préjudiciable à l’extension de la foi chrétienne, et, dans ce but, il lui fallait chercher du secours hors de son sein. A ce moment, tous les Apôtres avaient disparu de ce monde, hors saint Jean qui éclairait encore l’Église de sa lumière. De Corinthe à Éphèse, où résidait l’Apôtre, la distance n’était pas considérable ; néanmoins ce ne fut pas vers Éphèse, mais vers Rome que l’Église de Corinthe tourna ses regards.

Clément prit connaissance des débats que les lettres de cette Église renvoyaient à son jugement, et fit partir pour Corinthe cinq commissaires qui devaient y représenter l’autorité du Siège apostolique. Ils étaient porteurs d’une lettre que saint Irénée appelle très puissante, potentissimas litteras [2]. Elle fut jugée si belle et si apostolique à cette époque première, que longtemps on la lut publiquement dans plusieurs Églises, comme une sorte de continuation des Écritures canoniques. Le ton en est digne, mais paternel, selon le conseil que saint Pierre donne aux pasteurs. Rien n’y sent l’esprit de domination ; mais, à la gravité et à la solennité du langage, on reconnaît la voix du pasteur universel, auquel nul ne saurait désobéir, sans désobéir à Dieu lui-même.

Ce langage si solennel et si ferme obtint son effet : la paix se rétablit dans l’Église de Corinthe, et les messagers de l’Église romaine ne tardèrent pas à en rapporter l’heureuse nouvelle. Un siècle après, saint Denys, évêque de Corinthe, témoignait encore au pape saint Soter la gratitude de son Église envers Clément pour le service dont elle lui était redevable.

Élevé à l’école des Apôtres, Clément avait retenu dans une certaine mesure leur style et leur manière. On les remarque aussi dans ses deux Lettres aux vierges, dont on avait la trace par saint Épiphane et par saint Jérôme, et qui furent retrouvées au XVIIIe siècle, en la traduction syriaque, sur un manuscrit apporté d’Alep [3].

Sainte Cécile déjà nous le rappelait hier : Le principe de la continence vouée à Dieu fut dès l’origine l’une des bases du christianisme, et l’un des moyens les plus efficaces dans la transformation du monde. Le Christ avait relevé le mérite supérieur de ce sacrifice, et saint Paul, comparant les deux états de la femme, enseignait que la vierge est toute au Seigneur, tandis que l’épouse, malgré sa dignité, demeure divisée [4]. Clément eut à développer cette doctrine, et c’est ce qu’il fait dans ces deux lettres. Avant saint Athanase, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome et saint Augustin, ces grands docteurs de la virginité chrétienne, il développa les enseignements de Pierre et de Paul sur ce sujet si grave. « Celui ou celle, dit-il, qui aspire à cette grandeur d’une vie supérieure, doit vivre comme les Anges d’une existence divine et toute céleste. La vierge s’isole des attraits sensuels ; non seulement elle renonce au droit qu’elle aurait de les suivre en ce qu’ils ont de légitime ; mais elle aspire à cette espérance que Dieu, qui ne saurait tromper, entretient par sa promesse, et qui dépasse celle qu’ont les hommes d’avoir une postérité. En retour de leur généreux sacrifice, leur partage au ciel est la félicité même des Anges. »

Tel était le langage du disciple de Pierre, choisi par lui pour mettre la main au renouvellement de la Babylone romaine. Il ne fallait pas moins que cette forte doctrine, pour lutter avec avantage contre le débordement des mœurs de l’Empire. Si le christianisme se fût contenté d’inviter les hommes à l’honnêteté, comme faisaient les philosophes, ses efforts eussent été en pure perte. Le stoïcisme, en surexcitant l’orgueil chez quelques-uns, pouvait amener à mépriser la mort ; il était impuissant à faire reculer le sensualisme, dans lequel il faut reconnaître le plus puissant auxiliaire de la tyrannie des Césars. L’idéal de la chasteté, jeté au sein de cette société dissolue, pouvait seul arrêter le torrent d’ignominie qui menaçait de submerger toute dignité humaine. Pour le bonheur du monde, la morale chrétienne parvint à se faire jour, et les exemples éclatants se joignant aux maximes, on dut enfin en tenir compte La corruption romaine s’étonna en entendant parler de la virginité, comme de l’objet du culte et de la pratique d’un grand nombre de sectateurs de la religion nouvelle, et cela dans un moment où les plus beaux privilèges, joints aux plus terribles châtiments, avaient peine à contenir dans le devoir les six vestales sur la fidélité desquelles reposaient l’honneur et la sécurité de la Ville éternelle. Vespasien et Titus eurent connaissance des infractions que ces gardiennes du Palladium se permettaient à l’égard de leur premier devoir ; mais ils jugèrent que le niveau auquel étaient descendues les mœurs ne permettait plus d’infliger à ces infidèles les pénalités antiques.

Le moment devait cependant arriver bientôt où les empereurs, le sénat, Rome tout entière, allaient apprendre, en lisant la première Apologie de saint Justin, les merveilles de pureté dont l’enceinte de Babylone était le théâtre. « Parmi nous, en cette ville, leur disait l’apologiste, des hommes, des femmes, en nombre considérable, ont atteint déjà l’âge de soixante à soixante-dix ans ; mais élevés dès leur enfance sous la loi du Christ, ils ont persévéré jusqu’à cette heure dans l’état de virginité, et il n’est pas de pays dans lequel je n’en pourrais signaler de semblables. » Athénagore, dans son mémoire présenté à Marc-Aurèle peu d’années après, pouvait dire à son tour : « Vous trouverez parmi nous, tant chez les hommes que chez les femmes, une multitude de personnes qui ont passé leur vie jusqu’à la vieillesse dans l’état de virginité, n’ayant d’autre but que de s’unir à Dieu plus intimement. »

Clément était prédestiné à la gloire du martyre ; une sentence d’exil le relégua dans la Chersonèse, sur le Pont-Euxin. Les Actes qui détaillent les circonstances de ses souffrances remontent à une haute antiquité ; nous n’avons pas à les discuter ici. Ils racontent que Clément trouva dans cette presqu’île un nombre considérable de chrétiens déportés avant lui, et employés à l’exploitation des carrières de marbre, qui étaient riches et abondantes en Chersonèse. La joie des chrétiens à la vue de Clément s’explique d’elle-même ; son zèle à propager la foi dans cette lointaine contrée et les succès de son apostolat n’ont rien qui doive surprendre. Le miracle d’une fontaine jaillissant de la roche à la parole de Clément, pour désaltérer les confesseurs, est un fait analogue à cent autres que l’on rencontre dans les Actes les plus authentiques des saints. Enfin l’apparition d’un agneau mystérieux sur la montagne, où il marque de son pied le lieu d’où l’eau va jaillit, reporte la pensée vers les premières mosaïques chrétiennes sur lesquelles on voit encore le symbole de l’agneau debout sur un monticule verdoyant. Au IX° siècle, Cyrille, l’apôtre des Slaves, retrouva près de Cherson les restes précieux du Pontife Martyr ; Clément rentra dans Rome, et l’insigne église qui, selon l’expression de saint Jérôme, gardait la mémoire de son nom dans la Ville éternelle [5], posséda de lui désormais mieux qu’un souvenir. Souvenir inestimable déjà cependant, non moins pour la science que pour la piété : au témoignage d’antiques traditions, cette église était bâtie sur l’emplacement de la demeure habitée par Clément dans la région du Cœlius qui fut de son temps, on le sait par ailleurs, le quartier préféré de l’aristocratie romaine ; or, les investigations archéologiques de ce dernier demi-siècle ont permis de retrouver, sous l’abside môme de la basilique primitive, et lui formant comme une sorte de confession ou d’hypogée, les chambres d’une habitation privée dont le style et les ornements se révèlent contemporains des Flaviens [6].

[2] Contra haereses, III, III, 3.

[3] Bien que de récents critiques aient mis en doute l’authenticité du texte reconnu par d’autres comme étant celui de Clément aux vierges, le fait de l’intervention du saint Pape en faveur de la virginité n’en reste pas moins appuyé par les témoignages concordants de saint Épiphane (H. XXX, 15) et de saint Jérôme (Contra Jovinian. I, 12).

[4] I Cor. 7.

[5] Hieron. De viris illustr. XV.

[6] Mullooly, Saint Clément, and his basilica ; De Rossi, Bulletin, 1863, 1870, etc.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Le titre de Clément est déjà mentionné par saint Jérôme : Nomini eius memoriam usque hodie Romae extructa ecclesia custodit [7] ; et il se rapporte très probablement à un souvenir domestique de son titulaire dont le Liber Pontificalis nous dit en effet qu’il était de regione Cœliomonte [8]. Les Actes de Clément sont, il est vrai, apocryphes ; mais son martyre était indiscuté, à Rome, au IVe siècle, si bien que Rufin, le pape Zosime et le Sacramentaire Léonien en témoignent. Il n’y a donc aucune raison sérieuse d’en douter. Selon les Actes il aurait été enseveli à Cherson en Crimée, et en effet, le pèlerin Théodose nous dit dans son « Itinéraire » que ibi domnus Clemens martyrizatus est [9]. Un grand nombre d’archéologues pensent que quelque confusion se sera produite entre Clément romain et un martyr homonyme, de Sébastopol.

Lorsque, en 868, les deux frères Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves, allèrent à Rome pour justifier leur mission devant Adrien Ier, ils apportèrent avec eux, pour en faire don au Pape, les reliques de saint Clément retrouvées par eux à Cherson. Une peinture de l’antique basilique souterraine de Saint-Clément à Rome reproduit le cortège triomphal du Pape, du peuple et du clergé romain accompagnant le corps de Saint-Pierre jusqu’au vieux titre du Mont Cœlius.

Le dominicum clementis, comme on le trouve nommé sur une médaille d’identité d’un esclave, mentionnée par Baronius, se dresse au-dessus de toute une série d’édifices anciens superposés. Au niveau primitif, on reconnaît un mur en opus quadratum du Ve ou du vie siècle de Rome, et que J.-B. De Rossi estimait avoir appartenu à une fabrique de monnaie ; la seconde stratification est représentée par une riche maison du Ier siècle, laquelle peut très bien correspondre au lieu où Clément réunissait ses disciples. A côté de cette maison, on a retrouvé un repaire des adorateurs de Mithra. Sur ces édifices s’éleva, dans la première moitié du IVe siècle, le dominicum clementis qui demeura debout jusqu’en 1084, époque où Robert Guiscard, dans sa lutte contre Henri IV, mit à feu et à sang toute cette région du mont Cœlius autour du Latran.

Enfin, au début du XIIe siècle, un cardinal titulaire du nom d’Anastase fut chargé par Pascal II de reconstruire la basilique — celle que nous voyons actuellement — et il conserva les ambons et l’autel de l’église précédente. Les reliques du pape Clément et celles d’Ignace d’Antioche, qu’une ancienne tradition dit être conservées en cette église, sont mentionnées dans les vers suivants :

IMPIVS • INSANO • TE • MERSIT • IN • AEQVORA • CAESAR

HIS • POSITIS • ARIS • NVNC • PIA • ROMA • COLIT.

VICINVM • TIBI • PROBRA • TVLIT • NVMEROSA • THEATRUM

HIC • TIBI • DELATVS • PROBRA • REFENDIT • HONOS.

Un impie, César, eut la folle pensée de te noyer dans la mer ;

maintenant Rome prosternée devant ces autels te vénère.

Dans l’amphithéâtre voisin (ô Ignace), tu fus accablé d’injures,

que veut à présent compenser le culte honorifique qui t’est rendu.

L’introït semble formé de différents passages d’Isaïe (LIX, 21 ; LVI, 7). « Le Seigneur dit : Ma parole ne fera pas défaut sur tes lèvres, car ton nom y est engagé ; et tes sacrifices seront agréés sur mon autel [10]. » Adest enim nomen tuum, ce qui comporte un programme de clémence et de miséricorde.

Collecte. — « O Dieu, qui nous donnez un sujet de joie dans la solennité annuelle de votre Martyr et Pontife saint Clément, faites par votre bonté que, célébrant sa naissance au ciel, nous imitions en même temps son courage dans les souffrances. »

Et quoi ? tous les chrétiens sont-ils donc prédestinés au martyre, pour que l’Église, dans la collecte que nous venons de transcrire, demande d’une façon générale : virtutem passionis imitemur ? Non ; tous ne sont pas appelés à la grâce de verser leur sang pour la foi ; mais la vie chrétienne elle-même, avec le frein qu’elle impose aux passions, avec la mortification qu’elle exige, avec le renoncement à nous-mêmes pour que le Christ vive en nous, est comparée par les Pères à un dur et lent martyre.

La première lecture, tirée de l’épître aux Philippiens (3, 17-21 ; 4, 1-3) est la même que le XXIIIe dimanche après la Pentecôte. Ce passage a été choisi parce que l’Apôtre, après avoir parlé des chrétiens adonnés aux plaisirs du monde, qui sont une ironie pour la Croix du Christ, et leur opposant la vie toute d’humilité et de mortification des vrais fidèles, mentionne parmi ses collaborateurs dans la prédication de l’Évangile un Clément dont le nom est enregistré dans le livre de vie. Est-ce le même que le Pape qui porta ce nom ? Beaucoup le supposent, et il n’y a pas de sérieuses raisons pour le nier. Lorsque, durant sa première captivité à Rome (61-62), saint Paul écrivit l’épître aux Philippiens, Clément pouvait être encore jeune. Il mourut sous Trajan, vers le début du IIe siècle, en sorte que, malgré son grand âge, le disciple de saint Paul n’aurait pas dépassé pour cela la commune moyenne de la vie humaine.

Vers la fin du Ier siècle, le nom de Clément reparaît dans la première partie du Poimên qu’Hermas, frère de celui qui devait devenir le pape Pie Ier, rédigeait à Rome sur la question, alors si agitée, de la pénitence. Clément fut chargé de répandre des exemplaires de ce petit livre dans les villes étrangères : car cela est son office. Nous voyons là une nouvelle preuve de la sollicitude universelle que nourrissaient dès lors les premiers Pontifes pour le gouvernement de l’Église catholique tout entière.

La lecture évangélique, selon la liste de Würzburg, contient la parabole des talents partagés aux serviteurs ; tandis que le Missel actuellement en usage [11] assigne un autre passage de saint Matthieu (24, 42-47) affecté au Commun des Confesseurs pontifes : Vigilate. Le verset de la Communion justifie d’ailleurs le choix de ce second texte, que nous avons déjà rapporté le 25 mai, pour la fête de saint Grégoire VII [12].

La mission de veiller est imposée particulièrement aux évêques ; si bien que leur nom lui-même exprime en grec la surveillance qu’ils doivent exercer sans cesse sur leur troupeau.

Secrète. — « Sanctifiez, Seigneur, nos offrandes, et par leur efficacité et l’intercession du bienheureux pontife et martyr Clément, purifiez-nous de nos péchés. » [13] Dans cette antique prière est fort bien exprimé le fruit satisfactoire du divin Sacrifice. Trop de chrétiens aujourd’hui l’oublient, et assistent à la messe avec si peu de componction que leur conscience semble n’avoir aucun péché à expier. Comme si l’autel n’était pas le trône de grâce érigé par Dieu au centre de son Église militante elle-même !

[7] De viris illustr., XV. : Jusqu’à aujourd’hui une église construite à Rome garde la mémoire de son nom.

[8] (Ed. Duchesne) I, 123.

[9] GEYER, Itinera, p. 143. : Là, le Seigneur Clément fut martyrisé

[10] Ce texte est celui du Graduel, selon l’édition Vaticane, et non pas celui du Missel. Voir note n°13

[11] Jusqu’en 1942 : lors de l’imposition du [Commun des Souverains Pontifes->305, on lui substitua l’évangile de ce commun, Matt. 16, 13-19.

[12] Ce verset de Communion a lui aussi été changé en 1942, voir note précédente.

[13] Remplacée elle aussi en 1942 par la secrète du Commun des Souverains Pontifes


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

“L’Agneau de Dieu lui apparut, de dessous les pieds duquel jaillissait une source”

Saint Clément, disciple de saint Pierre, régna comme pape de 90 à 101 ; saint Paul le mentionne (Phil., 4, 3) comme son compagnon. Sa lettre aux Corinthiens est une vénérable relique de ce Père Apostolique. Le bréviaire raconte ceci à son sujet : Son zèle pour les âmes le fit bannir par l’empereur Trajan en Chersonèse (presqu’île de Crimée), où il trouva 2000 chrétiens que ce même empereur y avait exilés. En arrivant parmi eux, saint Clément se mit à les consoler : “Tous criaient d’une seule voix : Priez pour nous, saint Clément, afin que nous soyons dignes des promesses du Christ. Il leur dit : Ce n’est pas à cause de mes mérites que le Seigneur m’a envoyé à vous pour me faire partager votre couronne” (5e répons). Comme ils se plaignaient d’être forcés d’aller chercher de l’eau potable à six milles de distance, il leur donna ce conseil : “Prions tous le Seigneur Jésus-Christ d’ouvrir une source pour ses confesseurs” (Ant. de Magn. aux 1res vêpres). “Pendant que saint Clément priait, l’Agneau de Dieu lui apparut, sous les pieds duquel coulait une source d’eau vive” (4e répons). A ce miracle, “tous les païens des environs embrassèrent la foi” (Ant.). Lorsque Trajan en eut connaissance, il donna l’ordre de jeter Clément à la mer avec une ancre au cou : “Quand il commença à se diriger vers la mer, le peuple s’écria d’une voix forte : Seigneur Jésus-Christ, sauvez-le. Mais Clément disait en pleurant : Père, recevez mon esprit” (Ant. de Ben.). Les chrétiens allèrent sur le rivage prier Dieu de leur rendre le corps. Alors, la mer s’étant retirée à trois milles, ils trouvèrent le corps du saint dans un sarcophage de pierre, placé à l’intérieur d’une petite chapelle de marbre, et à côté de lui l’ancre. “Vous avez, Seigneur, préparé dans la mer une demeure à votre martyr Clément, à la manière d’un temple de marbre fabriqué par la main des anges” (6e répons). Le corps de ce saint fut apporté plus tard, sous Nicolas 1er (858-67), à Rome par les deux apôtres des Slaves, les saints Cyrille et Méthode, et déposé dans l’église qui lui est dédiée (Saint Clément). Cette église est l’une des plus vénérables de Rome parce qu’elle montre encore parfaitement l’ancienne ordonnance liturgique de la primitive Église.

La Messe Dicit Dominus. — La messe se compose en grande partie de textes du commun (autrement dit de formules qui ne lui sont pas particulières) et, pour une part moins importante, de textes propres (Introït et Épître). La messe nous montre le pontife, une image du Pontife divin. A l’Introït, nous entendons le Seigneur conférer sa mission à notre saint, comme il le fit pour les anciens prophètes. Dieu lui parle : sa parole, qui est la parole de Dieu, et son sacrifice seront efficaces. Le psaume que nous chantons est le “cantique de l’homme juste” ; ce juste est saint Clément, qui fut fidèle à Dieu et miséricordieux envers ses semblables. A l’Oraison, nous prions pour obtenir le courage dont il a fait preuve dans sa passion. L’Épître (la même que celle du 23e dimanche après la Pentecôte) a été choisie parce que le nom de saint Clément y figure : “Son nom est inscrit dans le livre de vie.” Mais nous pouvons aussi considérer le passage comme un sermon que le saint nous adresse et y souligner particulièrement les pensées de la parousie. Dans les chants intermédiaires, le “prêtre couronné” se tient devant nous. L’Évangile et la Communion nous montrent le serviteur vigilant qui a pris fidèlement soin de sa famille et que le Seigneur a trouvé vigilant (c’est notre saint Clément ; c’est aussi ce que nous devons être, nous qui sommes mystiquement unis à lui). Ce passage a d’autant plus de valeur pour nous qu’il se réfère aux paroles du Christ sur la fin du monde. Il convient très bien pour les dernières semaines de l’année ecclésiastique. L’office de saint Clément tout entier est enveloppé de l’atmosphère de la parousie. L’Agneau sous les pieds duquel jaillit une source est l’image du Saint-Sacrifice de la Messe qui nous apporte aussi le rafraîchissement, à nous, enfants des hommes, exilés et assoiffés.


Clément de Rome

Cours de patrologie de soeur Gabriel Peters o.s.b., chapitre 2
Introduction

I. Clément de Rome

- 1. D’après les témoignages

- 2. D’après l’épître aux Corinthiens

- 3. D’après les hypothèses

- 4. D’après les légendes

II. L’épître aux Corinthiens

- 1. Occasion de la lettre

- 2. Date de l’épître

- 3. Contenu de l’épître, plan et textes

- 4. Importance de l’épître

Conclusion : physionomie morale de saint Clément

• Abandonnons les recherches vides et vaines et rangeons-nous à la glorieuse et vénérable règle de notre tradition.

(7, 2)

• Le Christ vient de Dieu et les apôtres viennent du Christ : ces deux choses découlent en bel ordre de la volonté de Dieu.(42, 2)
INTRODUCTION

1. Clément de Rome

Clément, évêque de Rome, est l’auteur d’une épître aux Corinthiens. Cette lettre fut tenue en très grande estime dans l’antiquité, et lue, jusqu’au IVe siècle, dans de nombreuses Églises.

On attribue à tort à Clément plusieurs autres écrits : une deuxième épître (elle date en réalité de 150 et S. Jérôme n’accepte pas l’attribution à S. Clément) et deux lettres aux vierges (qui datent du IIIe siècle).

C’est sans doute entre les années 92 ou 93 et 101 que Clément fut évêque. Voici l’ordre de succession des évêques de Rome jusqu’à Clément : Pierre, Lin, Anaclet, Clément. Au dire de saint Irénée (140-202), Clément aurait connu saint Pierre et saint Paul.

L’épître de Clément nous renseignera, avec sobriété toutefois, sur la personnalité de son auteur. Clément semble être citoyen romain. Serait-il Juif d’origine ? Sa culture peut le faire penser : elle est celle du judaïsme hellénisant.

Le langage de Clément, très romain d’allure, est empreint de calme modération. Il est certes celui d’un évêque conscient de sa fonction et de son autorité, mais jamais il ne se départit d’un accent de profonde bonté et de bienveillante douceur.

Orientée vers la louange, l’âme de Clément est profondément religieuse et, au respect du Dieu qu’il adore, s’ajoute le respect des âmes qu’il guide sans contraindre leur liberté.

2. L’épître aux Corinthiens

L’épître aux Corinthiens ne révélera pas une seule fois le nom de son auteur. Voici le début de l’adresse :

• L’Église de Dieu qui séjourne à Rome à l’Église de Dieu qui séjourne à Corinthe…

I, 1

Elle se présente comme une intervention de l’Église de Rome, lors d’un scandale survenu à l’Église de Corinthe :

• L’Église de Corinthe si antique et si ferme s’est soulevée contre ses presbytres.

47, 6

L’auteur sait que son exhortation sera lue dans l’assemblée des frères, aussi la destination de l’épître en justifie-t-elle le caractère : provoquée par la sédition, la Prima Clementis est une longue admonestation morale, s’adressant à toute l’Église de Corinthe. Clément s’attache en particulier à combattre toute jalousie, à prêcher l’humilité, la concorde et la charité.

Au point de vue littéraire, la lettre est assez terne, le ton en est très uniforme. Une lecture superficielle risque d’engendrer l’ennui. La lettre est très longue (65 chapitres) et le plan, bien qu’il ne soit pas apparent à première vue, est très raisonné, très ordonné.

La noblesse religieuse de l’ensemble est saisissante et au lecteur attentif, l’épître dévoile sa richesse.

La lettre aux Corinthiens est d’une grande importance au triple point de vue de l’étude : • de l’histoire des dogmes, • de la liturgie, • de l’histoire de l’Église ancienne.

Bien que les protestants le contestent, nombreux sont ceux qui, avec Mgr Batiffol, reconnaissent en ce document « L’épiphanie de la primauté romaine » [1]. On ne peut exagérer cette position, mais il est vrai de dire que l’Épître témoigne de l’importance de l’Église de Rome.

I - CLÉMENT DE ROME

Toutes les affirmations de la brève notice sur Clément de Rome reposent, soit sur des témoignages solides et multiples, soit sur l’analyse de l’épître aux Corinthiens. Nous allons donc les justifier. Parmi les témoignages, nous ne choisirons que les principaux, ceux qui présentent la garantie la plus sérieuse d’authenticité. Ensuite, nous examinerons quelques hypothèses formulées sur la personne de Clément de Rome et nous dirons aussi, brièvement, comment, vu sa célébrité, l’évêque, successeur de Pierre, est entré dans la légende.

1. d’après les témoignages les plus autorisés

L’auteur de la lettre aux Corinthiens est Clément.

a) Tous les manuscrits, dont l’excellent Alexandrinus, et toutes les versions de l’épître portent comme titre : « Epître de Clément aux Corinthiens ».

b) Eusèbe de Césarée nous rapporte deux témoignages anciens très sérieux : celui d’Hégésippe et celui de Denys de Corinthe.

Hégésippe (2e s.) est un Oriental, Juif sans doute, qui, sous le Pape Anicet (155-166) entreprit un voyage qui le mena à Corinthe et à Rome. Or, dans ses Mémoires, il parle de l’épître de Clément aux Corinthiens [2].

Denys, évêque de Corinthe, écrit en ces termes au Pape Soter (166-175) :

• Aujourd’hui, nous avons célébré le saint jour du dimanche, auquel nous avons lu votre lettre. Nous continuerons à la lire toujours comme un avertissement, ainsi du reste que la première que Clément nous a adressée (H.E., IV, 23, 11).

c) Irénée vers 180, Clément d’Alexandrie (150-215) et Origène (185-254) citent saint Clément en le nommant expressément.

Nous aurons à citer plus loin le très important texte d’Irénée qui en fait foi.

Clément d’Alexandrie dit ceci : « Ainsi s’exprima Clément dans la lettre aux Corinthiens » (Stromates, VI, 8, 65).

Origène parle de « Clément, disciple des Apôtres » (De Principiis, 2, 3, 6).

Clément est évêque - Il le fut sans doute entre 92 ou 93 et 101 - Il a connu les Apôtres.

Citons d’abord le texte d’Irénée, texte d’une importance majeure - et sans cesse discuté - sur l’Église de Rome.

• Mais puisqu’il serait trop long… d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons la très grande Église, très ancienne et connue de tous, fondée et constituée à Rome par les deux très glorieux Apôtres Pierre et Paul ; nous montrerons que la Tradition qu’elle tient des Apôtres et la foi quelle a annoncée aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques… C’est avec cette Eglise de Rome, en raison de sa plus puissante autorité de fondation que doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles qui proviennent de partout, elle en qui toujours, par ceux qui proviennent de partout, a été conservée la Tradition qui vient des Apôtres.

Après avoir ainsi fondé et édifié l’Église, les bienheureux Apôtres transmirent à Lin la charge de l’épiscopat ; de ce Lin, Paul fait mention dans ses lettres à Timothée (2 Tim, 4, 21). Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu, à partir des Apôtres, c’est à Clément qu’échoit l’épiscopat. Il avait vu les Apôtres eux-mêmes, avait été en relation avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles ; leur Tradition était encore devant ses yeux. D’ailleurs, il n’était pas le seul ; il restait encore à l’époque beaucoup d’hommes qui avaient été instruits par les Apôtres. Du temps donc de Clément, une dissension assez grave se produisit entre les frères de Corinthe ; l’Eglise de Rome adressa alors aux Corinthiens un écrit très important pour les réconcilier dans la paix, ranimer leur foi et leur annoncer la Tradition qu’elle avait reçue récemment des Apôtres :

un seul Dieu tout puissant, créateur du ciel et de la terre,

qui a modelé l’homme,

produit le déluge, appelé Abraham,

fait sortir son peuple d’Égypte, parlé à Moïse,

établi l’économie de la Loi, envoyé les Prophètes,

préparé le feu pour le diable et ses anges.

Qu’un tel Dieu soit annoncé par les Eglises comme étant aussi le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tous ceux qui le veulent peuvent le constater d’après cet écrit même. Ils peuvent ainsi connaître la Tradition apostolique de l’Église puisque cette lettre est plus ancienne que les fauteurs des erreurs actuelles qui inventent mensongèrement un autre Dieu supérieur au Démiurge, au Créateur de notre univers.

A ce Clément succède Evariste, etc. C’est maintenant Eleuthère à qui est échu l’épiscopat en douzième lieu à partir des Apôtres.(Adversus haereses 3, 2, 3)

Eusèbe de Césarée (263-339) et saint Jérôme adoptent l’ordre de succession établi par Irénée. Ce dernier ayant séjourné à Rome, la valeur de son témoignage s’en accroît.

• Eusèbe de Césarée fixera la chronologie et assignera à l’épiscopat de Clément ces dates : entre 92 ou 93 et 101. Au IVe s., dirons-nous, une telle reconstitution est bien hasardeuse ! Peut-être, mais nous verrons que l’épître aux Corinthiens parle dans le même sens et d’autre part, Eusèbe interrogeait le deuxième siècle, ayant sous les yeux les Mémoires d’Hégésippe, aujourd’hui perdues :

• Etant venu à Rome (après Corinthe), dit Hégésippe, j’ai établi une succession jusqu’à Anicet dont Eleuthère était diacre ; Soter fut le successeur d’Anicet, et Eleuthère après lui (vers 180). (H.E., IV, 22, 2)

Le but du voyage d’Hégésippe était précisément de relever les successions épiscopales des différentes Églises et de constater l’unanimité de la foi.

Signalons qu’il existe dans l’Église ancienne d’autres traditions, mais d’un âge plus récent, sur l’ordre de succession des premiers évêques de Rome.

Comme, d’après Tertullien (155 - † après 220), Clément aurait été ordonné par Pierre, on en conclut volontiers qu’il fut son successeur immédiat. Et les médaillons peints au Ve s. à la demande de S. Léon le Grand († en 461) dans la basilique de Saint Paul-hors-les-Murs, donnent l’ordre de succession suivant : Pierre, Clément, Anaclet [3]. (Anaclet serait un dédoublement de Clet, né de la confusion). Le Liber Pontificalis, de même, dans la partie qui fut compilée au VIe s., suit cet ordre [4].

La lettre de Clément aux Corinthiens fut tenue en très grande estime.

Le texte de Denys de Corinthe cité plus haut nous le disait déjà et voici ce que dit Eusèbe de Césarée :

• Il existe de Clément une lettre longue et admirable, écrite au nom de l’Eglise de Rome à celle de Corinthe à propos d’une discussion qui s’était alors élevée à Corinthe. En beaucoup d’Eglises, depuis longtemps et de nos jours encore, on la lit publiquement dans les réunions. (H.E., 3, 16)

2. D’après l’épître aux Corinthiens

Clément est sans doute citoyen romain.

Clément aime Rome et l’admire :

• Considérons les soldats qui servent sous nos chefs : quelle discipline, quelle docilité, quelle soumission pour exécuter les ordres. (37, 2)

Clément prie pour les princes : nos princes, dit-il, comme il a dit nos chefs :

• Rends-nous soumis à ton Nom très puissant et très excellent, à nos princes et à ceux qui gouvernent sur la terre. (60, 4)

Clément semble être Juif d’origine.

Fond et forme, l’épître semble être l’œuvre d’un Juif : les références à l’Ancien Testament abondent et dénotent une connaissance très grande de la Bible. Les phrases elles-mêmes - parallélismes, hébraïsmes - plaident en faveur de l’hypothèse. Les apocryphes juifs eux aussi sont cités (Assomption de Moïse, apocryphe d’Ézéchiel).

De plus, comme le dit le Père Lebreton, « La contemplation habituelle de l’œuvre créatrice, la paternité divine conçue comme la relation qui relie le Démiurge à ses créatures plutôt que comme le lien intime né de l’adoption divine : c’était là le cadre traditionnel de la pensée religieuse des Juifs, Clément le reçoit et le respecte » [5].

La culture de Clément est celle du judaïsme hellénisant.

Clément cite l’Ecriture dans la version des Septante. On relève dans l’épître des citations ou des emprunts libres à Euripide, à Sophocle. Enfin et surtout, l’admiration si marquée de Clément devant l’ordre et l’harmonie qui règnent dans la nature (voir ch. 20 à 22) appartient au mode de la pensée stoïcienne.

3. D’après les hypothèses

Faut-il identifier Clément de Rome au collaborateur de saint Paul dont parle l’épître aux Philippiens ?

• Et toi aussi, mon fidèle compagnon, je te prie de leur venir en aide (= à Evodie et à Syntiché) à elles qui ont travaillé avec moi pour l’Évangile avec Clément et mes autres coopérateurs dont les noms sont inscrits au livre de vie. (Phi 4, 3)

Origène (185-254) et à sa suite Eusèbe de Césarée (H.E. 3, 15) proposent d’identifier Clément de Rome et Clément, le collaborateur de Paul. L’antiquité chrétienne accepta généralement cette identification. Elle n’est pas invraisemblable, mais rien ne peut la prouver et l’Église de Philippes est éloignée de celle de Rome [6].

Clément serait-il l’auteur de l’épître aux Hébreux ?

Clément utilise la lettre aux Hébreux qui est donc certainement antérieure à son épître. En serait-il lui-même l’auteur ? Origène et Eusèbe se posaient la même question… Texte d’Eusèbe :

• L’auteur fait beaucoup d’emprunts à l’épître aux Hébreux soit pour les pensées, soit même pour certaines expressions qu’il rapporte textuellement… Paul, dit-on, s’était adressé aux Hébreux dans leur langue maternelle. Sa lettre fut traduite par l’évangéliste Luc selon les uns, et, selon les autres, par Clément. Des deux hypothèses, celle-ci semblerait plutôt la vraie. D’une part, l’épître de Clément et l’épître aux Hébreux conservent la même allure de style et, d’autre part, les pensées dans les deux écrits ont une parenté qui n’est pas éloignée.

H.E., 3, 28, 1-3

On ne peut rien affirmer, mais la parenté des écrits est indéniable. Il faut ici citer Clément :

• Telle est la voie, mes bien-aimés, où nous avons trouvé notre salut, Jésus-Christ, le Grand-Prêtre de nos offrandes, le protecteur et l’aide de notre faiblesse. Par Lui, nous fixons nos regards sur les hauteurs des cieux ; par Lui, nous voyons comme dans un miroir le visage immaculé et sublime de Dieu ; par Lui se sont ouverts les yeux do notre cœur ; par Lui, notre intelligence, jusque là fermée et couverte de ténèbres, s’épanouit dans la lumière ; par Lui, le Maître a voulu nous faire goûter à la science immortelle, Lui qui étant le rayonnement de la majesté de Dieu, est aussi élevé au-dessus des anges que le nom qu’il a hérité l’emporte sur le leur.

36, 1-3

Clément de Rome est-il le même personnage que le martyr Clément, c’est-à-dire le consul Flavius Clemens ?

Flavius Clemens, consul de Rome, est le cousin de l’empereur Domitien ; il fut accusé d’athéisme et quelques mois avant la mort de l’empereur, soit en 95 ou en 96, il fut décapité « avec beaucoup d’autres citoyens qui avaient adopté les mœurs juives » (H.E. 3, 18, 4) [7]

Il n’y a pas lieu d’attacher crédit à pareille identification : le silence unanime des meilleures sources sur ce point serait par trop étonnant : si le pape Clément avait été consul, s’il était un Flavien et le propre cousin de l’empereur, comment ne l’aurait-on pas retenu et redit ?

De plus, le style de l’épître, quoique romain d’allure comme nous l’avons dit, ne semble pas être celui d’un authentique Romain de vieille souche, mais bien celui d’un Juif de la Diaspora.

Ce qui est certain par contre, c’est que le fait historique du martyre de Flavius Clemens a influencé les récits légendaires qui tous font du pape Clément un martyr.

4. D’après les légendes

Il existe trois sources différentes de légendes sur la vie de S. Clément de Rome : le roman syrien, la passion romaine, le Liber Pontificalis.

Le roman syrien

Le roman syrien est formé d’homélies et de « reconnaissances » (les recognitiones). Il peut être daté du début du IIIe s.

Clément entreprend un grand voyage, il parcourt le monde en quête de vérité. En route il s’égare, perd la trace de tous ses parents, et demeure seul. Il rencontre alors saint Pierre et devient son disciple. Il retrouvera successivement ensuite tous ses parents perdus (d’où le titre de « Reconnaissances » : il « reconnaît » ses parents).

La passion romaine.

Une passion romaine plus tardive - elle date de la fin du Ve s. -, est absolument invraisemblable dans ses détails [8]. Elle n’en est pas moins bien jolie. C’est elle qui nous raconte le fait qu’a retenu le bréviaire.

Clément fut relégué en exil dans la Chersonèse. Il y demeura trois ans parmi les chrétiens condamnés comme lui à de durs travaux. Enfin, apprenant que Clément convertissait toute la région, l’empereur Trajan ordonna qu’il fut jeté à la mer avec une ancre au cou. Les chrétiens purent voir le temple de marbre édifié par les anges où reposait, dans un sarcophage de pierre, le corps de Clément. Chaque année, la mer se retirait pendant sept jours et les pèlerins affluaient. Une mère veuve ayant perdu son fils, laissé auprès de la tombe du saint, le retrouva l’année suivante, endormi.

Le Liber pontificalis.

Au VIe s. enfin, l’auteur du Liber Pontificalis nous donne de nouveaux renseignements très précis - trop précis -, sur Clément. Il eut pour père Faustinus, il partagea Rome en sept régions, fit rechercher en chacune et recueillir avec grand soin les Actes des Martyrs.

A Rome, la belle mosaïque de l’église S. Clément nous montre l’auteur de l’épître aux Corinthiens, cet évêque de Rome, qui tient une ancre. Il siège sur un trône à côté de S. Pierre qui lui dit, en lui montrant le Christ qui siège tout en haut : « Regarde, Clément, le Christ que je t’ai promis ».

Le symbolisme de l’image se serait emparé de la légende pour en faire une profonde réalité. Mais on suggère plutôt que c’est l’iconographie religieuse - l’ancre = l’espérance. l’Agneau et la source d’eau vive [9] -, qui aurait donné naissance à la légende.



Vincent Raymond. Initiale "O" avec Saint Clément pape et martyr. Antiphonaire de la Chapelle Sixtine
1539, Vincent Raymond de Lodève. Chazen Museum of Art, Université du Wisconsin à Madison, 
Richard R. and Jean D. McKenzie Endowment Fund purchase, 2001.30

II - L’ÉPITRE AUX CORINTHIENS

La lettre aux Corinthiens est disponible en version bilingue dans l’article Clément de Rome : Lettre aux Corinthiens.

1. Occasion de la lettre

Les Corinthiens semblent être gens bien turbulents ! À preuve, ces extraits des deux épîtres de Paul aux Corinthiens :

• Qu’il n’y ait point parmi vous de divisions… en effet, mes frères, il m’a été rapporté… qu’il y a parmi vous des discordes. J’entends par là que chacun de vous dit : « Moi, je suis pour Paul », « et moi, pour Apollos », « et moi, pour Céphas », « et moi pour le Christ ». Le Christ est-il divisé ?

1 Co 1, 10-12. En l’an 55.

• Je crains qu’à mon arrivée, je ne vous trouve pas tels que je voudrais… qu’il y ait discorde, jalousie, emportements, disputes, médisances, commérages, insolences, désordres…

2 Co, 12, 20. En l’an 57.

Or, voici qu’à Corinthe a éclaté un nouveau scandale, l’épître de Clément en témoigne :

• … Notre attention se tourne bien tardivement à notre gré vers les affaires en litige parmi vous, vers cette sédition inadmissible et déplacée chez les élus de Dieu, exécrable et impie, qu’un petit nombre de meneurs téméraires et insolents ont allumée et portée à un tel degré de démence que votre nom révéré, glorieux et aimable à tous en est grandement décrié.

1, 1

Ce scandale est si grave qu’il « dévoie bien des âmes ».

• Pourquoi parmi vous des querelles, des emportements, des dissensions, des schismes et la guerre ? N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même Esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation dans le Christ ?

Pourquoi déchirer et écarteler les membres du Christ ? Pourquoi être en révolte contre notre propre corps ? Pourquoi en venir à cette folie d’oublier que nous sommes membres les uns des autres Rappelez-vous les paroles de Jésus Notre-Seigneur qui a dit « Malheur à cet homme ! Mieux vaudrait pour lui n’être pas né que de scandaliser un seul de mes élus ; mieux vaudrait pour lui avoir une meule passée au cou et être jeté à la mer que de pervertir un seul de mes élus. » (Mt 26, 24 et Lc 17, 2). Votre schisme a dévoyé bien des âmes : il en a jeté beaucoup dans l’abattement, beaucoup dans le doute et nous tous dans la tristesse ! Et vos dissensions se prolongent !

Reprenez l’épître du bienheureux Paul apôtre. Que vous a-t-il écrit tout d’abord dans les commencements de l’Évangile ? En vérité, c’est sous l’inspiration de l’Esprit qu’il vous a écrit une lettre touchant Céphas, Apollos et lui-même parce que dès lors vous formiez des cabales…

46, 5 à 47, 4

Que s’est-il donc passé ?

• Il est honteux, mes bien-aimés, très honteux et indigne d’une conduite chrétienne d’entendre dire que l’Église de Corinthe si antique et si ferme s’est soulevée contre ses presbytres à cause d’un ou de deux personnages.

47, 6

Aussi, devant un tel scandale, l’Église de Rome intervient :

• L’Église de Dieu qui séjourne à Rome, à l’Église de Dieu qui séjourne à Corinthe, aux élus sanctifiés selon la volonté de Dieu par Notre Seigneur Jésus-Christ.

1, 1

Voyons quels sages conseils, l’Église de Rome donne à sa sœur indisciplinée. Nous remarquerons qu’elle parle avec autorité, mais surtout et davantage avec douceur, bonté, modération :

• Ce ne serait pas une faute légère pour nous de démettre de l’épiscopat des hommes qui ont présenté les oblations d’une façon pieuse et irréprochable… Vous (les) avez destitués du ministère qu’ils exerçaient sans reproche et avec honneur.

44, 4 et 6

• Toutes les fautes que nous a fait commettre un des partisans de l’ennemi, implorons-en le pardon… Il vaut mieux pour un homme faire l’exomologèse de ses péchés que d’endurcir son cœur…

51, 1, 3

Voici le passage essentiel : l’exil est proposé aux coupables, le conseil, ils ont à l’accepter librement, avec noblesse et générosité :

• Est-il parmi vous quelqu’un de généreux, de compatissant, et rempli de charité ? Que celui-là dise : si je suis cause de la sédition, de la discorde, des divisions, je quitte le pays, je M’en vais où l’on voudra, j’exécute les décisions de la multitude ; seulement que le troupeau du Christ vive en paix avec les presbytres constitués ! Celui qui agira ainsi s’acquerra une grande gloire dans le Christ…

54, 1-3

Il faut prier pour les coupables. La correction fraternelle est un geste de douceur et d’humble charité :

• Intercédons, nous aussi, pour ceux qui sont coupables de quelque faute, que la douceur et l’humilité leur soient accordées, afin qu’ils cèdent non pas à nous certes, niais à la volonté de Dieu. De la sorte, le souvenir compatissant que nous avons d’eux devant Dieu et les saints sera plein de fruit pour eux et de perfection. Acceptons les corrections dont personne, mes bien-aimés, ne doit s’indigner. La réprimande que nous nous adressons mutuellement est bonne et très utile : elle nous attache à la volonté de Dieu.

56, 1-3

Clément s’adresse aux coupables directement.

• Vous donc qui avez causé le principe de la discorde, soumettez-vous aux presbytres, laissez-vous corriger en esprit de pénitence, fléchissez les genoux de vos cœurs. Apprenez à obéir, déposez votre superbe et orgueilleuse arrogance de langage : mieux vaut pour vous être petits, mais comptés dans le troupeau du Christ que d’être, avec une réputation d’excellence, exclus de l’espérance chrétienne.

57, 1-2

• S’il y en a qui résistent aux paroles que Dieu leur adresse par notre intermédiaire, qu’ils sachent bien qu’ils se fourvoient dans une faute et un danger grave. Pour nous, nous serons innocents de ce péché…

59, 1

D’ailleurs, Clément envoie des ambassadeurs pour rétablit l’ordre.

• Vous nous causerez en effet joie et allégresse si vous obéissez aux conseils que nous vous avons donnés par le Saint-Esprit… Nous vous avons envoyé des hommes fidèles et sages qui ont vécu sans reproche au milieu de nous depuis la jeunesse jusqu’à la vieillesse, ils seront témoins entre nous et vous. Nous avons fait cela pour que vous sachiez que toute notre préoccupation a été et est encore de vous amener promptement à la paix.

63, 24

• Renvoyez-nous promptement en paix et avec joie nos députés, Claudius Ephebus et Valerius Biton, ainsi que Fortunatus, afin qu’ils nous annoncent au plus tôt la paix et la concorde si désirable et si désirée de nous, afin que nous nous réjouissions nous aussi, le plus tôt possible du bon ordre parmi vous.

65, 1

2. Date de l’épître

L’épître est écrite avant l’an 110, date approximative à laquelle l’évêque de Smyrne, Polycarpe, la cite.

D’autre part, elle est écrite après la terrible persécution de Néron, en l’an 64, sur laquelle d’ailleurs elle nous renseigne : il faut remarquer dans ce texte que la persécution est envisagée comme toute récente :

• Mais, pour laisser de côté les exemples des anciens, venons-en aux athlètes tout récents, prenons les exemples de notre génération. C’est par l’effet de la jalousie et de l’envie que furent persécutés ceux qui étaient les colonnes les plus élevées et les plus justes et qu’ils combattirent jusqu’à la mort. Jetons les yeux sur les excellents Apôtres : Pierre, qui, victime d’une injuste jalousie, souffrit non pas une ou deux, mais de nombreuses fatigues, et qui après avoir ainsi accompli son martyre, s’en est allé au séjour de gloire qui lui était dû. C’est par suite de la jalousie et de la discorde que Paul a montré (comment on remporte) le prix de la patience. Chargé sept fois de chaînes, banni, lapidé, devenu un héraut en Orient et en Occident, il a reçu pour sa foi une gloire éclatante. Après avoir enseigné la justice au monde entier, atteint les bornes de l’Occident, accompli son martyre devant ceux qui gouvernent, il a quitté le monde et s’en est allé au saint lieu, illustre modèle de patience. A ces hommes dont la vie a été sainte vint s’adjoindre une grande foule d’élus, qui, par suite de la jalousie, endurèrent beaucoup d’outrages et de tortures, et qui laissèrent parmi nous un magnifique exemple. C’est poursuivies par la jalousie que des femmes, les Danaïdes et les Dircés, après avoir souffert de terribles et monstrueux outrages, ont touché le but dans la course de la foi et ont reçu la noble récompense, toutes débiles de corps qu’elles étaient. (5, 1 à 6, 2)

Une nouvelle persécution vient d’avoir lieu :

• Les malheurs, les calamités soudaines qui nous ont frappés coup sur coup, frères bien-aimés, ont été cause que notre attention se tourne bien tardivement à notre gré vers les affaires en litige parmi vous. (1, 1)

Et la menace de son renouvellement persiste, car aussitôt après l’évocation de la persécution de Néron, Clément poursuit :

• …Nous sommes dans la même arène que vous, le même combat nous attend. (7, 1)

Tout concorde donc pour fixer la composition de l’épître vers la fin du règne de Domitien.

Voici quelle est la succession des empereurs romains à l’époque : Néron (54-68), Vespasien (69-79), Domitien (81-96), Nerva (96-98), Trajan (98-117).

La persécution reprit alors, moins sanglante que du temps de Néron, mais rusée et chicanière. La lettre serait donc écrite vers 95 ou 96.

Certains historiens préfèrent en fixer la date de composition en 97 ou 98, soit sous l’empereur Nerva, toute persécution ayant cessé sous son règne.

3. Contenu de l’épître : plan et textes

La lettre de Clément est, nous l’avons dit, fort longue : 65 chapitres. Après un assez bref prologue, deux longues parties se succèdent : • la première toute générale - chapitres 4 à 38 -, est une exhortation à pratiquer les vertus propres à maintenir la paix et la concorde entre les membres de la communauté. • la deuxième - chapitres 39 à 61 -, indique d’abord les remèdes qui rendront la paix à l’Église de Corinthe - chapitres 39 à 59 -, une admirable prière s’y ajoute - chapitres 59 à 6 1. • enfin, la conclusion - chapitres 62 à 65 -, résume la lettre et annonce l’envoi de députés.

Vu l’importance de la lettre de Clément, nous allons situer, dans cet ensemble, les textes principaux.

LECTURE DE L’ÉPÎTRE

PROLOGUE

En contraste, Clément y rappelle la sainteté passée de l’Église de Corinthe et y dénonce les graves dangers actuels. II faut remarquer que le désordre est compris comme une ingratitude : comblés de dons, les Corinthiens, comme des enfants trop gâtés, regimbent.

Dans l’éloge des Corinthiens, nous relevons cette admirable phrase :

• Contents des viatiques du Christ et y appliquant votre âme, vous gardiez soigneusement ses paroles dans votre cœur, et ses souffrances étaient devant vos yeux. C’est ainsi qu’une paix profonde et joyeuse avait été donnée à tous avec un désir insatiable de faire le bien, et une abondante effusion de l’Esprit Saint s’était répandue sur tous. (2, 1-2)

C’est parce que la foi s’est affaiblie que la paix s’est éloignée :

• Ainsi se sont éloignées la justice et la paix, depuis que chacun a délaissé la crainte de Dieu, affaibli les lumières de sa foi. (3, 4)

PREMIERE PARTIE : EXHORTATION GENERALE

1. Clément énumère les vertus nécessaires à la concorde d’une façon négative d’abord :

a) Bannir la jalousie (chap. 4 à 6)

Ici, les exemples de l’Ancien Testament abondent voyez par l’exemple de Caïn, d’Esaü, etc., combien la jalousie a causé de maux. Le passage cité plus haut - « Venons-en aux athlètes tout récents… » -, vient s’insérer à cette place.

b) Faire pénitence (ch. 7 et 8)

Citons ce bel appel à la pénitence :

• Voyons ce qui est beau aux yeux de notre Créateur, ce qui le charme, ce qui lui plait. Fixons nos regards sur le sang du Christ, et connaissons combien il est précieux pour Dieu, son Père, parce qu’ayant été versé pour notre salut, il a ménagé au monde entier la grâce de la pénitence.

7, 3-4

Les exemples tirés de l’Ancien Testament se poursuivent.

Les vertus nécessaires à la concorde sont présentées maintenant d’une façon positive :

a) Pratiquer l’obéissance, la foi, la piété, l’hospitalité (ch.9 à 12)

Toutes ces recommandations sont morales, certes, mais que l’on en remarque l’accent religieux :

• Obéissons donc à la volonté magnifique et glorieuse, prosternons-nous en suppliant sa piété et sa bonté, recourons à sa compassion, quittons les besognes vaines, les querelles, la jalousie qui mène à la mort. Fixons nos regards sur ceux qui ont été les serviteurs accomplis de sa magnifique gloire.

9, 1-2

Avec quelque monotonie, les exemples tirés de l’Ancien Testament s’alignent : Hénoch, Noé, Abraham, etc., sont ces « serviteurs accomplis de sa magnifique gloire ».

b) Pratiquer l’humilité à l’exemple du Christ et des saints (ch.13 à 19)

Il faut noter la longueur de cette partie : c’est avec complaisance que Clément s’attarde à parler de l’humilité [10], c’est cette vertu qui répand dans les âmes, paix, douceur, bonté :

• Soyons bons les uns pour les autres, à l’exemple de notre miséricordieux et doux Créateur.

14, 3

C’est elle qui nous conforme le mieux au Christ et nous unit à lui :

• Le Christ appartient aux âmes humbles et non pas à ceux qui s’élèvent au-dessus de son troupeau. Le sceptre de la majesté de Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, n’est point venu avec le train de la fierté et de l’orgueil, encore qu’il l’eût pu, mais avec d’humbles sentiments.

16, 1-2

Faut-il le dire ? Ici encore, les exemples tirés de l’Ancien Testament se multiplient. C’est là le procédé choisi par Clément tout au long de sa lettre.

Relevons au passage cette admirable formule :

• Les yeux fixés sur le Père et le Créateur de l’univers, attachons-nous à ses présents magnifiques et incomparables (nés) de la paix et à ses bienfaits.

19, 2 b

Les ch. 20 à 22 constituent la finale grandiose de cette exhortation aux vertus nécessaires à la concorde : dans un passage très connu, Clément célèbre l’ordre qui règne dans l’univers. Cette évocation solennelle et paisible est d’une réelle beauté. C’est en ce passage que l’on reconnaît l’influence stoïcienne : le thème du monde harmonieusement ordonné est propre aux stoïciens. Les chrétiens, on le sait, seront plus volontiers frappés par le désordre du monde blessé par le péché. « Toute la création gémit en travail d’enfantement » nous dit saint Paul (Ro 8, 22). Tout ce long passage est à lire, nous en citons le début et la magnifique finale :

• Les cieux mis en branle par son ordre, lui obéissent en paix. Le jour et la nuit accomplissent la course qu’il leur a prescrite, sans s’entraver l’un l’autre. Le soleil, la lune et le chœur des astres parcourent, d’après son ordre, avec harmonie et sans aucun écart, les orbites qu’il leur a marqués. La terre féconde, docile à sa volonté, fournit en abondance, dans les saisons convenables, leur nourriture aux hommes, aux animaux, à tous les êtres qui vivent à sa surface ; elle n’hésite pas, elle ne change rien à ses décrets.

20, 14

• Le souverain Créateur et Maître de l’univers a disposé que toutes ces choses resteraient dans la paix et la concorde, bienfaisant qu’il est pour toutes ses créatures, mais plus que prodigue envers nous qui recourons à ses miséricordes par Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire et la majesté dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

20, 11-12

De cette harmonie du monde soumis à son Créateur, Clément dégage la leçon :

• Prenez garde, bien-aimés, que les bienfaits de Dieu, si nombreux, ne soient pour nous tous un sujet de condamnation, si nous ne vivons d’une manière digne de lui, opérant dans la concorde ce qui est bien et agréable à ses yeux.

21, 1

• Il est donc juste que nous ne quittions pas notre poste contre sa volonté.

21, 4

• Que nos enfants aient part à l’éducation dans le Christ ; qu’ils apprennent quelle est auprès de Dieu la puissance de l’humilité, le pouvoir du chaste amour, combien la crainte de Dieu est belle et précieuse, comment elle sauve tous ceux qui marchent saintement en elle avec une conscience pure. [11]

21, 8

2. Clément va s’efforcer de ranimer la foi de ses auditeurs : qu’ils ne doutent pas des promesses de Dieu, car la résurrection est certaine (ch. 23-30).

Dieu est d’une munificence extraordinaire [12] :

• Le Père tout compatissant et bienfaisant se sent des entrailles pour ceux qui le craignent ; il répand ses grâces avec douceur et bonté sur ceux qui s’approchent de lui avec un cœur simple. Aussi, défaisons-nous de la duplicité, et que notre âme ne s’enfle point à cause de ses dons incomparables et magnifiques.

23, 1-2

Sans doute, et là est l’épreuve de notre foi, toute maturité est graduelle :

• Insensés ! Comparez-vous à un arbre ; prenez un cep de vigne d’abord les feuilles tombent ; ensuite il pousse des bourgeons, puis du feuillage, puis la fleur, après cela le raisin vert, enfin les grappes mûres sont là.

23, 4

Les prémices de notre résurrection sont dans le Seigneur Jésus-Christ :

• Observons, mes bien-aimés, comment le Maître nous représente continuellement la future résurrection, dont il nous a donné les prémices dans le Seigneur Jésus-Christ, quand il l’a ressuscité d’entre les morts.

24, 1

Le chapitre 25 est consacré à l’étrange exemple de la résurrection du phénix. C’est la première mention de cette légende dans la littérature chrétienne. Clément de Rome, semblable en cela à ses contemporains, y croit comme à un fait d’histoire naturelle. Dieu est fidèle, il accomplira ses promesses :

• Celui qui a défendu de mentir, peut beaucoup moins mentir lui-même : rien n’est impossible à Dieu, sauf le mensonge.

27, 2

Il nous faut aimer ce Père si bon :

• Approchons-nous donc de lui avec une âme sainte, levons vers lui des mains pures et sans souillure, aimons ce Père indulgent et miséricordieux qui a fait de nous sa part choisie.

29, 1

3. « Voyons quelles sont les voies » que prend la bénédiction de Dieu pour atteindre les hommes, annonce Clément. Du ch. 31 à 36, il va nous les énumérer.

a) la foi, ch. 31 et 32

Les exemples tirés de l’Ancien Testament se poursuivent. Mais c’est aux « dons de Dieu » qui répondent à la foi que s’arrête la pensée de Clément :

• A les considérer un par un, avec sincérité, l’on découvre la magnificence des dons accordés par Dieu.

32, 1

b) la charité, ch. 33 à 35, 3

Dieu a fait son travail avec amour, il s’est appliqué à ses œuvres, nous aussi, « appliquons-nous » à son exemple :

• … l’homme dont l’intelligence fait l’excellence et la supériorité, il l’a formé de ses mains sacrées et pures, comme une empreinte de sa propre image [13].

33, 4

• Possédant un pareil modèle, appliquons-nous sans hésiter à sa volonté, et pratiquons de toutes nos forces les œuvres de la justice.

33, 8

Les anges exécutent sa volonté avec tant de zèle, tout en criant : Saint, Saint, Saint est le Seigneur.

• Et nous aussi, réunis par la communauté de sentiments dans la concorde en un seul corps, crions vers lui avec instance comme d’une seule bouche, afin d’avoir part à ses grandes et magnifiques promesses.

34, 7

• Qu’ils sont admirables les dons de Dieu, mes bien-aimés !

35, 1

c) la voie par excellence est « Jésus-Christ, le grand-prêtre de nos offrandes, le protecteur et l’aide de notre faiblesse ». C’est en cheminant par la voie des vertus que nous rencontrerons Jésus-Christ notre salut.

• Efforçons-nous donc, de sorte que nous soyons trouvés au nombre de ceux qui l’attendent, afin d’avoir part aux présents qu’il a promis. Mais comment y réussir, bien-aimés ? C’est en fixant avec foi notre pensée en Dieu, en recherchant soigneusement ce qui lui plaît et lui agrée, en accomplissant tels actes qui conviennent à sa volonté pure, en suivant la voie de la vérité.

35, 4 et 5 a

Le passage essentiel, si proche de l’épître aux Hébreux, a déjà été cité : la voie est Jésus-Christ (36, 1-3).

Les chapitres 37 et 38 forment une transition : avec Jésus-Christ, nous formons un corps où doit régner l’unité. L’image de cette unité est très concrète et vive chez Clément. Il l’évoque en deux exemples : la merveilleuse discipline des armées romaines et l’unité du corps humain :

• Faisons campagne, ô hommes, mes frères, avec toute l’application possible sous son commandement irréprochable. Considérons les soldats qui servent sous nos chefs, etc..

37, 1-2

• Qu’il soit donc conservé en intégrité le corps que nous formons en Jésus-Christ.

38, 1

Citons encore ce beau passage : que l’action de grâces réponde aux bienfaits de Dieu :

• Calculons donc, frères, de quelle matière nous avons été formés, quels nous étions en entrant dans le monde, de quelle tombe, de quelles ténèbres, notre auteur et créateur nous a fait passer dans le monde qui est le sien, où il nous avait préparé ses bienfaits avant notre naissance. Puisque nous tenons tout de lui, nous avons le devoir de lui rendre grâces de toutes choses. A lui la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

38, 34

DEUXIÈME PARTIE : LES REMÈDES PRÉCIS PROPOSÉS A L’ÉGLISE DE CORINTHE, DANS LE DÉSORDRE ACTUEL

1. Dieu a voulu l’ordre dans les fonctions de l’Ancienne et de la Nouvelle Loi. Cet ordre voulu par Dieu et, pour la Nouvelle Loi, établi par Jésus-Christ et ses apôtres, il faut le respecter (ch. 39 à 50).

Nous pouvons voir en ces chapitres comment le culte est réglé dans l’Église :

• Or il nous a prescrit de nous acquitter des offrandes et du service divin [14], non pas au hasard et sans ordre, mais en des temps et à des heures fixés. Il a déterminé lui-même par sa décision souveraine à quels endroits et par quels ministres ils doivent s’accomplir, afin que toute chose se fasse saintement selon son bon plaisir, et soit agréable à sa volonté.

40, 2-3

• Au grand-prêtre, des fonctions particulières ont été confiées ; aux prêtres, on a marqué des places spéciales ; aux lévites incombent des services propres ; les laïcs sont liés par des préceptes particuliers aux laïcs.

40, 5

Mais, bien qu’il y ait ici parallèle avec l’Ancienne Loi, il est évident que ces textes supposent une ordonnance liturgique déjà nettement établie.

La hiérarchie est d’ailleurs soigneusement indiquée dans ce texte important :

• Les apôtres ont été dépêchés comme messagers de bonne nouvelle par le Seigneur Jésus-Christ. Jésus-Christ a été envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu et les apôtres viennent du Christ : ces deux choses découlent en bel ordre de la volonté de Dieu.

42, 1-2

Les apôtres ont désigné les évêques qui leur succéderaient. Nous avons ici un témoignage de la succession apostolique :

• Prêchant à travers les villes et les campagnes, ils (= les apôtres) éprouvèrent dans le Saint-Esprit leurs prémices, et les instituèrent comme évêques et comme diacres des futurs croyants.

42, 1

• …Ils instituèrent ceux que nous avons dits, et ensuite posèrent cette règle qu’après leur mort, d’autres hommes éprouvés succéderaient à leur ministère.

44, 2 b

Ainsi, dès sa naissance, nous voyons l’Église considérée comme le « corps du Christ » (Cf. 38, 1 : qu’il soit donc conservé dans son intégrité le corps que nous formons en Jésus-Christ) et comme une organisation hiérarchique visible et disciplinée. Les deux points de vue ne se séparent pas.

Dans cette partie comme dans la précédente, Clément ne cesse de faire appel aux exemples de l’Ancien Testament : « C’est à ces modèles, frères, que nous devons nous tenir » (46, 1).

Et une nouvelle fois revient avec une insistance douloureuse ce pathétique rappel :

• Pourquoi parmi vous des querelles, des emportements, des dissensions, des schismes et la guerre ? N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation dans le Christ ? Pourquoi déchirer et écarteler les membres du Christ ? Pourquoi être en révolte contre notre propre corps ? Pourquoi en venir à cette folie d’oublier que nous sommes membres les uns des autres ?

46, 5-7 a

Clément recommande aux Corinthiens de relire l’épître que leur écrivait dans les commencements de l’Évangile le bienheureux Paul (la 1re aux Corinthiens).

Nous nous arrêtons ici à citer une phrase qui, une fois de plus, à travers ses réminiscences pauliniennes, ramène notre pensée vers un texte de la Règle de saint Benoît :

• Il (= celui qui est fidèle, etc.) doit être d’autant plus humble qu’il paraît plus grand, il doit chercher l’utilité commune de tous et non la sienne propre.

48, 6

En imitation de la belle hymne de saint Paul à la charité (1 Co 13) : Clément entonne, mais avec moins de lyrisme, les louanges de la charité, de son extrême beauté :

• Que celui qui a la charité du Christ accomplisse les commandements du Christ. Qui peut expliquer le lien de la charité divine ? Qui est capable d’exprimer son extrême beauté ? La hauteur où la charité nous élève est ineffable. La charité nous unit étroitement à Dieu, « la charité couvre la multitude des péchés », la charité souffre tout, supporte tout ; rien de bas dans la charité, rien de superbe ; la charité ne fait pas de schisme, la charité ne fomente pas de sédition, la charité opère tout dans la concorde la charité consomme la perfection de tous les élus de Dieu sans la charité, rien ne plaît à Dieu. C’est par la charité que le Maître nous a élevés à lui ; c’est à cause de la charité qu’il a eue pour nous que Jésus-Christ Notre Seigneur, docile à la volonté de Dieu, a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, son âme pour nos âmes. Vous voyez, bien-aimés, combien la charité est une grande et admirable chose, et qu’il n’y a pas de mots pour expliquer sa perfection.

49, 1 à 50, 1

2. Clément indique la conduite à suivre par les responsables du schisme : conversion et exil volontaire pour se sacrifier au bien commun. Ch. 51 à 58.

On s’est étonné parfois de la sévérité du châtiment que propose Clément ; en fait, rien n’indique mieux son respect de la liberté, de la grandeur humaine et aussi son sens du bien de la communauté qui passe avant celui de l’individu.

Tous les passages relatifs au schisme ont été cités plus haut.

Nous relevons un texte où l’affirmation de la foi dans les trois personnes divines est si nette que ce texte est fréquemment cité dans l’histoire du dogme de la Trinité. Saint Basile le cite dans son Traité du Saint-Esprit [15].

• Acceptez notre conseil et vous n’en aurez pas de repentir. Car aussi vrai que Dieu vit, et que vit le Seigneur Jésus-Christ et le Saint-Esprit, la foi et l’espérance des élus, celui qui accomplit les volontés et les commandements donnés par Dieu… sera rangé et compté au nombre de ceux qui sont sauvés par Jésus-Christ, par lequel gloire soit à Dieu dans les siècles des siècles.

58, 2

Il est continuel dans la lettre de Clément que la mention de Dieu soit suivie, comme dans ce texte, d’une doxologie. Il y a ici une coutume courante, mais le ton de la lettre entière est celui de la louange.

La deuxième partie se termine par une longue et admirable prière (ch. 59 à 61) qui constitue « un des joyaux de la littérature chrétienne » (Hemmer). Les demandes qui s’y égrènent comme dans une litanie sont enchâssées dans une hymne de louange qui s’achève en action de grâces. Nous sommes ici au sommet de la lettre de Clément. Cette prière est un document très important au point de vue liturgique, comme nous le redirons [16].

CONCLUSION

Clément lui-même résume la lettre, énumérant encore toutes les vertus qui conviennent « à ceux qui veulent vivre dans la piété et la justice ». Ces vertus, il nous faut les pratiquer « à l’exemple de nos pères que nous avons cités ».

Un souhait de paix et l’annonce de l’envoi de députés termine l’épître.

4. Importance de l’épître

Au point de vue doctrinal

Comme le dit le Père Lebreton [17] : « L’heure n’est pas venue encore des élaborations théologiques ni des controverses ; mais déjà la révélation de Dieu a éclairé les âmes et, sous l’action de la grâce, la foi est née ».

De cette foi, nous pouvons trouver un raccourci saisissant dans la lettre de Clément : la foi aux trois Personnes divines, à la divinité du Christ, à la rédemption par le sang du Christ, à la résurrection du Christ, gage certain de notre résurrection future, s’énonce clairement [18].

Mais c’est surtout la doctrine de l’Église qui s’explicite :

• L’Église est une - « N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même Esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation dans le Christ ? (ch. 46) » - « Soyons réunis par la communauté de sentiment dans la concorde en un seul corps (ch.34) ».

• L’Église est catholique - « C’est au monde entier que Paul a prêché la justice (ch. 5) » - « Que le Créateur de l’univers conserve intact le nombre compté de ses élus dans le monde entier par son Fils bien-aimé Jésus-Christ (ch. 59) ».

• L’Église est le corps du Christ - « Pourquoi déchirer et écarteler les membres du Christ ? (ch. 46) ».

• L’Église est apostolique : sa hiérarchie est fondée sur l’autorité immédiate des apôtres (voir ch. 42, 14).

Clément affirme aussi l’inspiration scripturaire : « Vous avez pâli sur les Écritures sacrées, véridiques, dues au Saint-Esprit (ch. 45) » [19].

Clément a-t-il sous les yeux les textes des Évangiles ? Il cite les « paroles du Seigneur », les logia, les citations semblent se référer aux évangiles de Matthieu et de Luc, mais elles ne sont pas littérales, et elles pourraient laisser supposer une rédaction quelque peu différente. Les épîtres de Paul, la première de Pierre, celle de Jacques et l’épître aux Hébreux sont citées.

Au point de vue liturgique

« Frères, que chacun d’entre nous, à son rang, plaise à Dieu par une bonne conscience, sans transgresser les règles imposées à son office (ch. 41) ». Les deux mots grecs employés sont « canon » (règle) et « liturgie » : sans transgresser le canon de la liturgie.

Et, en effet, l’ordonnance liturgique est ferme d’après la lettre de Clément : hiérarchie et laïcat, - évêque ou presbytres et diacres -, la fonction première des presbytres est d’offrir les dons, de présenter les offrandes (ch. 44).

Mais la plus importante contribution à l’histoire de la liturgie que nous offre la lettre de Clément est l’admirable prière finale.

Il semble, écrit Bardy [20], que l’on assiste « au premier éveil de la prière officielle de l’Eglise ».

Saint Justin († vers 165) dira après Clément, en parlant de l’assemblée qui se fait « le jour du soleil » : « Celui qui préside fait monter vers Dieu ses prières et ses actions de grâces autant qu’il en a la force » (Apologie, 1, 67, 5). Or, nous avons ici un des plus beaux exemples de ces prières solennelles qu’improvise l’évêque. Nous ne sommes pas loin de la prière juive de bénédiction, mais la prière chrétienne s’y enracine, elle la renouvelle et la transforme.

Nous retrouvons le schème des litanies ou encore celui qui fut à l’origine des grandes oraisons du vendredi-saint : prières pour les opprimés, les malades, les captifs, prières d’intercession.

L’accent solennel de la prière est calme et tranquille. C’est déjà celui de la liturgie romaine.

Au point de vue de l’Histoire de l’Église

Harnack (1851-1930), le célèbre historien protestant de l’Eglise, voit dans la lettre de Clément « la meilleure introduction à l’Histoire ancienne de l’Eglise » et cela vaut surtout par la doctrine de l’Eglise que nous révèle l’épître et que nous avons esquissée.

Rien ne peut effacer non plus l’impression que ce document plaide en faveur d’une primauté de l’Église de Rome. Les lettres d’Ignace vont bientôt nous prouver combien les liens des différentes Eglises chrétiennes étaient étroits, mais une nouvelle fois, en lisant la lettre d’Ignace aux Romains, nous nous trouverons mis en face d’une certaine primauté : Rome est la première des Églises.

Le cinquième chapitre nous fournit un témoignage sur le martyre de saint Pierre et de saint Paul et confirme la thèse du voyage de Paul en Espagne [21] : Paul « a atteint les bornes de l’Occident ».

CONCLUSION : PHYSIONOMIE MORALE DE SAINT CLEMENT

Il est dans la Règle de saint Benoît un emprunt quasi littéral à la lettre de Clément aux Corinthiens : un zèle qui conduit à la mort (ch. 72 de la Règle et ch. 9 de Clément). De plus, comme dans le Prologue de saint Benoît, le psaume 33 se trouve longuement cité au ch. 22 de l’épître aux Corinthiens : « Venez, mes fils, écoutez-moi Je vous enseignerai la crainte du Seigneur ».

Ce sont là de menus rapprochements, mais il est tentant d’esquisser un parallèle entre ces deux grandes figures religieuses : Clément et Benoît. Chez l’un comme chez l’autre domine la crainte de Dieu. Cette crainte est maîtresse d’humilité, elle engendre le respect de Dieu, respect qui s’exprime en louange, elle fait naître aussi le respect des hommes qui est à la base de la discrétion, de la modération, dans le beau sens religieux de ces mots.

D’une plume ferme, Clément a retracé le programme de la charité fraternelle, de la concorde. Que l’ordre règne dans l’Église de Dieu comme il règne dans la nature créée par ses mains douces et puissantes. Ainsi Benoît demandera que tout soit en ordre dans « la maison de Dieu » sagement administrée.

Saisi profondément par l’idée de la grandeur de Dieu, Clément ne l’est pas moins par celle de sa munificence : nous sommes comblés des dons divins et par des voies multiples, la bénédiction de Dieu vient à nous, mais elle nous vient surtout par notre grand-prêtre, Jésus-Christ, le sceptre de la majesté de Dieu.

Attentif par dessus tout aux leçons que nous donne l’Ecriture, Clément, tout à la fois Juif et Romain, ne rejette pas l’héritage cultuel des écrivains profanes, il demeure sensible au spectacle grandiose de l’univers, il aime l’ordre et la paix et conserve tout son loyalisme à l’égard des autorités établies, si injustes soient-elles.

Nous percevons dans l’âme religieuse de Clément un tel équilibre des plus hautes valeurs humaines et religieuses que nous nous sentons dominés par la grandeur de cette majestueuse figure : tout y est sérénité, sagesse, modération, intelligence, charité.

Sources :

SOEUR GABRIEL PETERS, Lire les Pères de l’Église. Cours de patrologie, chapitre 2, DDB, 1981.

Avec l’aimable autorisation des Éditions Migne.

[1] Voir P. BATIFFOL, L’Église naissante et le catholicisme, Paris, 1909, p. 146.

[2] H.E., IV, 22, I.

[3] Après l’incendie de 1823, on remplaça les anciennes peintures si vénérables par les actuelles mosaïques qui représentent toute la succession des papes. Quarante portraits (fresques) conservés datent du temps de saint Léon (ils ont été restaurés au IXe et au XVIIIe s.). On les a relégués dans la galerie du premier étage du monastère.

[4] Le Liber Pontificalis est un recueil des biographies des papes. Il s’arrêtait au IXe s., on le poursuivit jusqu’au XVe s.

[5] Voir J. LEBRETON, Histoire du Dogme de la Trinité, Paris, 1928, tome 2, p. 281.

[6] Voir ORIGENE, Commentaire sur saint Jean, 6, 36.

[7] Les chrétiens étaient traités d’athées parce qu’ils n’adoraient pas les dieux de l’Empire.

[8] Pour de plus amples détails, lire l’article consacré à Clément dans la Vie des Saints par les Pères bénédictins de Paris, Paris, 1954, novembre, p. 774 et sv.

[9] Saint Clément aurait vu un agneau lui indiquant de la patte, l’endroit où il devait faire jaillir l’eau pour les chrétiens assoiffés.

[10] Il serait intéressant de faire ici un rapprochement avec saint Benoît.

[11] En ce qui concerne l’insistance de Clément sur la crainte de Dieu et sur l’humilité, il est normal qu’un moine songe à un rapprochement avec la Règle de saint Benoît.

[12] Il faut relever tout au long de l’épître combien cette pensée est habituelle et chère à Clément.

[13] Cf. IRENEE DE LYON : « Quant à l’homme, c’est de ses propres mains (i.e. le Fils et l’Esprit Saint) que Dieu le façonna en prenant de la terre ce qu’il y a de plus pur et de plus fin et en mélangeant dans une juste mesure sa puissance avec la terre… il dessina sur la chair façonnée sa propre forme de sorte que même ce qui est visible portât la forme divine (Démonstration, 11).

[14] Service divin, le mot grec utilisé est leitourgia (liturgie).

[15] Voir BASILE DE CESAREE, Traité du Saint-Esprit, ch. 29,SC n° 17, p. 248.

[16] On la trouve citée dans Prières des premiers chrétiens d’HAMMAN, p. 60 à 64, Paris, 1951.

[17] Voir J. LEBRETON, Histoire du Dogme de la Trinité, Paris, 1928, tome 2, p. 280.

[18] Cf. IRENEE DE LYON, Adv. haer., 3, 3 : « Qu’un tel Dieu créateur du ciel et de la terre soit annoncé par les Églises comme étant aussi le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tous ceux qui le veulent peuvent le constater d’après cet écrit même (la lettre de Clément de Rome). »

[19] Il s’agit de l’Ancien Testament.

[20] Voir G. BARDY, La vie spirituelle d’après les Pères des trois premiers siècles, Paris, 1935, p. 53. Réédition en 1968, Desclée, Tournai. Le beau chapitre sur Clément de Rome est à lire.

[21] Un très ancien catalogue des livres du N.T. (publié en 1740 par Muratori et appelé, pour ce motif, Canon de Muratori) qui date d’avant l’an 200, nous parle du voyage de Paul en Espagne : « Luc laisse de côté la passion de Pierre et le voyage de Paul en Espagne ». - Dans l’épître aux Romains, Paul parle de son projet d’aller en Espagne : « J’ai un vif désir d’aller chez vous quand je me rendrai en Espagne » (l5, 24 et 28).




SAINT CLÉMENT *

Clément veut dire glorieux esprit, venant de cleos, gloire, et mens, esprit. En effet son esprit soit pur de toute tache, orné de tonte vertu, et décoré maintenant de toute félicité. Félicité. qui consiste, d'après saint Augustin, en son livre De la Trinité, en ce que notre être n'y sera pas sujet à la mort, notre science à l’erreur, et notre amour à contradiction. Ou bien Clément vient de clémence, parce qu'il fut clément et très miséricordieux. Ou bien encore Clément, ainsi qu'il est dit au Glossaire, signifie doux, juste, mûr et pieux. Il fut juste dans ses actions, doux dans ses paroles, mûr dans sa conduite, pieux dans ses intentions. Il a intercalé lui-même sa vie dans son itinéraire, principalement jusqu'à l’endroit où il montre comme il a succédé à saint Pierre dans son pontificat. Le reste est recueilli de ses gestes, qui se trouvent partout.

Clément, évêque, était d'une noble famille de Rome. Son père s'appelait Faustinien et sa mère Macidiane; il eut deux frères, Faustin et Fauste. Comme Macidiane était douée d'une merveilleuse beauté, le frère de son mari s'éprit vivement pour elle d'un amour criminel. Or, comme il la tourmentait tous les jours et qu'elle ne voulait consentir en rien en ses desseins, que d'ailleurs elle n'osait pas révéler ses poursuites à son mari, dans la crainte de susciter des inimitiés entre les deux frères, elle pensa un certain temps à quitter sa patrie, pour laisser calmer cet amour illicite, qu'enflammait sa présence. Afin d'en obtenir la permission de son mari, elle feignit, avec une grande adresse, d'avoir eu, un songe qu'elle lui raconta ainsi : « Un homme m’apparut et me commanda de quitter la, ville au plus tôt avec mes deux jumeaux, Faustinien et Fauste, et de rester absente jusqu'à ce qu'il me donnât l’ordre de revenir. Que si je ne le faisais pas,: je mourrais en même temps que mes deus fils. » En entendant ces paroles, Faustinien fut épouvanté; il envoya donc sa femme et; les deux enfants à Athènes avec de nombreux serviteurs. Quant au plus petit qui se nommait Clément, âgé seulement de cinq. ans, le père le garda auprès de soi comme un sujet de consolation. Or, comme la mère naviguait avec ses enfants, une nuit que le vaisseau fit naufrage elle fut jetée par les flots sur un rocher où elle se sauva sans eux. Dans la conviction qu»ils avaient péri, elle ressentit une si grande douleur qu'elle se serait précipitée au fond de la mer, si elle n'eût espéré recueillir leurs cadavres. Mais, quand elle vit qu'elle ne pouvait les retrouver ni vivants ni morts, elle se mit à pousser des clameurs et des hurlements extraordinaires, se déchirant les mains avec les dents; elle ne voulait accepter aucune consolation de qui que ce fût. Il y avait là beaucoup de femmes qui lui racontaient leurs propres infortunes, mais sans qu'elle reçût aucun soulagement. Alors se présenta une femme qui dit avoir perdu dans la mer son mari qui était un jeune matelot; elle, ajouta que, par amour pour lui, elle avait refusé de se remarier. Macidiane, ayant ressenti quelque consolation auprès de cette femme, resta chez elle en se procurant sa nourriture de chaque jour du travail de ses mains. Quelque temps après, ses mains qu'elle avait déchirées par ses morsures répétées, devinrent insensibles et paralysées, au point qu'elle ne pouvait plus s'en servir pour aucun travail. La femme qui l’avait reçue tomba percluse, et ne put quitter le lit. Alors Macidiane fut forcée à mendier, et elle se nourrissait avec son hôtesse de ce qu'elle avait pu trouver. Un an après que Macidiane avait quitté sa patrie avec ses enfants, son mari envoya des messagers à Athènes pour les rechercher et savoir ce qu'ils faisaient. Mais ceux qui avaient été envoyés ne revinrent pas. Enfin il en envoya d'autres qui lui rapportèrent n'avoir trouvé d'eux aucune trace. Alors Faustinien laissa son fils Clément à des tuteurs, et s'embarqua lui-même pour aller chercher sa femme et ses fils; mais il ne revint pas à son tour. Pendant vingt ans, saint Clément resta abandonné et dans l’impossibilité d'avoir aucun renseignement sur sort père, sa mère et, ses frères. Il s'adonna à l’étude des lettres, et devint un grand philosophe. Il s'appliquait tout spécialement à savoir comment il, pourrait acquérir la preuve de l’immortalité de l’âme. Pour cela il fréquentait les écoles des philosophes, et quand il en avait rencontré une où il avait découvert une preuve qu'il était immortel, il se trouvait dans le bonheur; mais si on venait. à conclure qu'il était mortel, il se retirait plein de tristesse.

Enfin saint Barnabé vint à Rome et prêcha la foi de J.-C. ; mais les philosophes se moquaient de lui comme d'un fou et d'un insensé. L'un d'eux (quelques-uns pensent que c'était le philosophe Clément qui se moquait de l’apôtre tout d'abord comme les autres, et qui méprisait sa prédication) posa cette question à saint Barnabé par dérision : « Le moucheron est un tout petit animal; comment se fait-il qu'il ait six pattes et encore des ailes, tandis que l’éléphant, qui est si gros, n'a pas d'ailes et seulement quatre pattes? » « Insensé, lui répondit Barnabé, je pourrais bien facilement répondre à votre question, si vous paraissiez rechercher à connaître la vérité : mais ce serait chose absurde de vous parler des créatures, puisque leur créateur vous est inconnu. Que si vous ne connaissez pas le créateur, il est juste que vous vous trompiez au sujet des créatures. » Cette parole se grava. au fond du coeur du philosophe Clément qui, ayant été instruit par Barnabé, reçut la foi en J.-C., et s'en alla quelque temps après dans la Judée trouver saint Pierre. Cet apôtre lui expliqua la foi chrétienne et lui démontra avec évidence l’immortalité de l’âme. En ce temps-là, Simon le magicien avait deux disciples, Aquila et Nicolas, qui, reconnaissant ses impostures, l’abandonnèrent pour se réfugier auprès de saint Pierre dont ils devinrent les disciples. Saint- Pierre ayant interrogé Clément sur sa famille, celui-ci lui raconta tout au long ce qu'il savait de sa mère et de ses frères, ensuite de son père ; il ajouta qu'il croyait que sa mère avait péri dans les flots avec ses frères, et que son père était mort de chagrin, ou bien aussi dans un naufrage. Quand saint Pierre entendit cela, il ne put retenir ses larmes. Une fois, saint Pierre vint avec ses disciples; à Antandros, et de là à une île éloignée de six milles, où restait Macidiane, la mère de Clément, et où se trouvaient des colonnes de verre d'une merveilleuse grandeur. Pierre étant à les admirer avec les autres, vit Macidiane qui mendiait, et lui fit des reproches de ce qu'elle ne préférait pas travailler de ses mains. Elle répondit : « Je parais bien avoir des mains, seigneur, mais elles ont été tellement affaiblies par les morsures qu'elles sont devenues tout à fait insensibles, et plût au ciel que je me fusse précipitée dans la mer pour ne plus vivre davantage. » « Que dites-vous là ? reprit saint Pierre; ne savez-vous pas que les àmes de ceux qui se suicident sont gravement punies? » « Plût à Pieu qu'il me soit prouvé que les âmes vivent après la mort : car je me tuerais bien volontiers afin que je puisse voir mes chers enfants, ne serait-ce qu'une heure ! » Alors saint Pierre lui ayant demandé la cause d'une si profonde tristesse, et Macidiane lui ayant raconté de point en point ce qui s'était passé, l’apôtre lui dit : « Il y a chez nous, un jeune homme nommé Clément qui prétend que ce que vous racontez est arrivé à sa mère et à ses frères. » En entendant cela, elle fut frappée d'une stupeur étrange et tomba évanouie. Revenue à elle-même, elle dit avec larmes : « C'est moi qui suis la mère du jeune homme. » Et se jetant aux pieds de saint Pierre, elle le pria de daigner lui faire voir au plus tôt son fils. Pierre lui dit « Quand vous verrez ce jeune homme, dissimulez un peu, jusqu'à que ce nous soyons sortis de l’île avec le vaisseau. » Après qu'elle eut promis de le faire, Pierre lui prit la main et la conduisit au vaisseau où était Clément. Quand Clément vit saint Pierre conduisant une femme par la main, il se mit à rire. Aussitôt que la femme fut près de Clément, elle ne put se contenir, se jeta à son cou et se mit à l’embrasser une infinité de fois. Clément, qui la prenait pour une folle, la repoussait avec une grande indignation, et il n'en ressentit pas une moins grande contre saint Pierre. Celui-ci lui dit : « Que fais-tu, Clément, mon fils ? ne repousse pas ta mère. » A ces mots, Clément tout en larmes tomba dans les bras de sa mère qui était pâmée et commença à la reconnaître. Pierre se fit amener la paralytique qui avait donné l’hospitalité à Macidiane et la guérit aussitôt. Ensuite la mère s'informa de son mari auprès de Clément qui lui répondit : « Il est parti pour vous chercher et il n'est plus revenu. » En l’entendant elle poussa un soupir: car l’extrême joie d'avoir retrouvé son fils la consolait des autres douleurs.

Sur ces entrefaites, arrivèrent Nicétas et Aquila qui, eu voyant une femme avec saint Pierre, demandèrent qui elle était. Clément leur. dit : « C'est ma mère que le Seigneur m’a rendue, par l’entremise de mon maître Pierre. » Après quoi saint Pierre leur raconta tout ce qui était arrivé. Quand Nicétas et Aquila eurent entendu ce récit, ils se levèrent subitement, saisis de surprise, et commencèrent à dire: « Seigneur Dieu créateur, est-ce vrai ce que nous avons ouï, ou bien est-ce un songe? » Pierre leur dit : « Mes enfants, nous ne sommes pas insensés, mais tous ces détails sont vrais. » Alors Nicétas et Aquila s'embrassant : « C'est nous qui sommes Faustin et Fauste que notre mère croit avoir été engloutis dans la mer. » Ils coururent se jeter dans les bras de leur mère et ne cessaient de l’embrasser. « Que signifie ceci, reprit Macidiane ? » Pierre répliqua : « Ce sont tes fils Faustin et Fauste que, tu croyais avoir péri dans la mer. » En entendant ces paroles, Macidiane, devenue, comme insensée, tomba en pâmoison ; et quand elle fut revenue à elle-même : « Je vous en conjure, dit-elle, mes très chers enfants, racontez-moi comment vous avez échappé. » « Après que le vaisseau eut été brisé, répondirent-ils, nous nous étions mis sur une table, quand des pirates, qui nous rencontrèrent, nous firent monter sur leur vaisseau, et après nous avoir fait changer de nom, ils nous vendirent à une honnête veuve appelée Justine, qui nous traita comme ses enfants et nous fit instruire dans les arts libéraux; enfin nous avons étudié la philosophie, et nous nous sommes attachés à Simon, un magicien qui avait été élevé avec nous: mais quand nous avons découvert ses fourberies, nous l’avons quitté tout à fait pour devenir les disciples de Pierre par l’entremise de Zachée. » Le lendemain saint Pierre prit les trois frères et descendit dans un lieu- retiré pour prier. Un vieillard vénérable, mais d'un extérieur qui indiquait la pauvreté, les harangua en ces termes : « J'ai compassion de vous, mes frères, parce que sous l’apparence de la piété, je vois que vous vous trompez lourdement car il n'existe point de Dieu, il ne doit donc exister aucun culte : ce n'est pas la providence c'est le hasard et la destinée dès le moment de la naissance qui font tout dans le monde; ainsi que je m’en suis convaincu moi-même, car je suis bien plus instruit que les autres dans la science des mathématiques Ne vous y trompez point, que vous priiez ou non, ce que votre horoscope contient; vous arrivera. » En regardant ce vieillard, Clément se sentait intérieurement touché, et il lui semblait qu'il l’avait vu quelque part ailleurs. Or, comme d'après l’ordre de saint Pierre, Clément, Aquila et Nicétas avaient longtemps discuté avec ce vieillard, et lui avaient démontré par des raisons évidentes l’existence de la providence, il leur était arrivé de l’appeler, par déférence, du nom de père, quand Aquila dit: « Qu'est-il besoin que nous l’appelions père, puisque sur la terre nous n'avons pas le droit de donner ce nom à personne ? » Puis regardant le vieillard: « Ne prenez pas comme une injure, père, le reproche que j'ai adressé à mon frère de vous avoir appelé père; car nous avons l’ordre de ne donner ce nom à personne. » Comme Aquila parlait ainsi tous ceux qui étaient présents se mirent à rire, le vieillard et saint Pierre ayant demandé pourquoi on riait : « C'est, lui dit Clément, que tu fais ce que tu reproches aux autres, en appelant le vieillard père. » Mais Aquila disait que non : « Au reste je ne sais, dit-il, si je l’ai appelé père. » Enfin quand on eut assez discuté sur la providence, le vieillard prit la parole : « Je croirais bien qu'il existe une providence, mais ma propre conscience m’empêche d'adhérer à cette croyance. En effet j'ai connu mon horoscope et celui de ma femme, et je sais que ce qu'il pronostiquait à chacun de nous est arrivé. Écoutez le thème de ma femme et vous trouverez ce qui devait lui arriver et qui lui est arrivé en effet. Elle eut Mars avec Vénus au centre, la lune était au couchant dans le rayon de Mars et le voisinage de Saturne. Pronostic qui indique l’adultère, l’amour de ses esclaves, les voyages lointains, la mort dans l’eau; or, c'est ce qui est arrivé réellement : car elle aima son esclave, et redoutant le péril et le mépris, elle s'enfuit avec lui et périt en mer. En effet, d'après ce que mon frère m’a rapporté, elle s'éprit d'abord de lui-même, mais comme il ne voulut point l’écouter, elle reporta son amour criminel sur un esclave ; il ne faut pourtant pas lui en faire un crime, parce que son horoscope l’a poussée à agir ainsi ; ensuite il me raconta qu'elle avait simulé un songe, les circonstances de son départ pour Athènes, avec ses enfants, enfin sa mort dans la mer. »

Les enfants voulaient se jeter à son cou et lui expliquer, ce qu'il en était, mais saint Pierre les en empêcha. «Restez tranquilles, leur dit-il, jusqu'à ce qu'il me plaise.» Puis il dit au vieillard : « Si aujourd'hui je te montrais ta femme, ayant toujours gardé la chasteté, de plus tes trois fils, croiras-tu que la destinée n’est rien ? » «Il t’est aussi impossible; répondit le vieillard, de montrer ce que tu m’as promis, qu'il est impossible que rien n'arrive contre les lois du Destin. » « Eh bien! lui dit saint Pierre, voici ton fils Clément, et voilà tes deux jumeaux Faustin et Fauste. » A ces mots le vieillard tomba pâmé et sans mouvement. Alors ses fils se précipitèrent pour l’embrasser; tout en craignant qu'il ne pût reprendre ses esprits. Enfin revenu à lui; il écouta les détails de tout ce qui était arrivé. Tout à coup sa femme arriva en criant avec larmes : « Ou est mon époux et mon maître? » Et comme elle criait cela ainsi que l’aurait fait une insensée, le vieillard accourut et l’embrassa avec larmes en la pressant, dans ses bras. Or, ils étaient encore ensemble quand arriva, une personne annonçant qu'Apion et Ambion, deux amis intimes de Faustinien, étaient logés avec Simon le magicien. Faustinien, très joyeux de leur arrivée, alla leur faire visite ; à l’instant un courrier vient annoncer que le ministre de César était à Antioche pour rechercher tous les magiciens et les punir de mort. Alors Simon, en haine des deux enfants qui l’avaient abandonné, fit prendre les traits de son visage à celui de Faustinien en sorte que tout le monde croyait voir Simon le magicien et non pas Faustinien. Ce qu'il fit pour que ce dernier fût appréhendé à sa place par les ministres de César et fût mis à mort. Quant à Simon il quitta le pays. Faustinien étant revenu vers saint Pierre et vers ses enfants, ceux-ci furent épouvantés de voir les traits de Simon, et d'entendre la voix de leur père. Saint Pierre seul voyait le visage naturel du vieillard. Ses enfants et sa femme le fuyaient et le maudissaient, tandis qu'il leur disait : « Pourquoi maudire votre père et le fuir? » Ils lui répondirent qu'ils le fuyaient parce qu'il apparaissait avec le visage de Simon le magicien. Et en effet Simon avait confectionné une espèce d'onguent dont il avait frotté la figure (362) de Faustinien et par la vertu de soir art magique, il lui avait fait prendre ses traits. Alors Faustinien se désolait : « Quel est donc, disait-il, mon malheur ! le même jour que je suis reconnu par ma femme et mes enfants, ne pourrais-je me réjouir avec eux? » Son épouse, les cheveux épars, et' ses enfants pleuraient beaucoup.

Or, Simon le magicien, durant son séjour à Antioche, avait beaucoup décrié saint Pierre, en publiant que c'était un magicien pernicieux et un homicide : enfin il avait tant excité le peuple contre le saint apôtre que beaucoup tenaient à le trouver, afin de déchirer sa chair avec les dents. Alors saint Pierre dit à Faustinien : « Puisqu'on te prend pour Simon le magicien, vas à Antioche, et là, devant tout le peuple, disculpe-moi, et rétracte tout ce qu'a dit Simon de son propre chef, à mon sujet : après quoi j'irai à Antioche, et je ferai disparaître ce visage qui n'est pas le tien, et devant tout le peuple, je te rendrai les traits qui t'appartiennent. Il est toutefois absolument incroyable que saint Pierre eût commandé de mentir, puisque Dieu n'a pas besoin de nos mensonges. Aussi l’Itinéraire de saint Clément, où l’on trouve écrits ces détails, est-il un livre apocryphe, et on ne doit pas y ajouter confiance dans des récits pareils, quoi qu'en disent certaines gens: On peut l’excuser néanmoins, car si l’on pèse bien les paroles de saint Pierre, on voit qu'il n'a pas dit à Faustinien de s'annoncer comme étant Simon le magicien, mais de se montrer au peuple sous les traits imprimés en sa figure et de recommander saint Pierre au nom de Simon, en même temps qu'il démentirait toutes les méchancetés que Simon lui-même avait répandues. Alors Faustinien dit qu'il était Simon, non pas quant à la réalité, mais quant à l’apparence. Ainsi les paroles de Faustinien rapportées plus haut : « Moi, Simon, etc. » doivent s'entendre ainsi, quand à l’apparence je parais être Simon. Ce fut Simon... c'est-à-dire, qu'on le prit pour Simon. Faustinien; père de Clément, alla donc à Antioche, et dit au peuple convoqué: « Moi, Simon, je vous annonce et vous confesse que je vous ai trompés en tout point au sujet de Pierre: non seulement ce n'est pas un séducteur ni un magicien, mais il a été envoyé pour le salut du monde. En sorte que s'il m’arrivait encore de parler contre lui, chassez-moi comme un séducteur et un malfaisant; aujourd'hui je fais pénitence, et reconnais avoir mal parlé. Je vous avertis donc de le croire, dans la crainte que vous et tous vos concitoyens ne périssiez ensemble. » Après avoir exécuté tous les ordres de saint Pierre, en faveur duquel il avait excité la bienveillance du peuple, l’apôtre vint le trouver, et après une prière il fit disparaître à l’instant de sa figure le masque du visage de Simon. Or, le peuple d'Antioche ayant reçu saint Pierre avec bonté et avec de grands honneurs, l’éleva sur la chaire épiscopale. Quand Simon en fut instruit, il alla à Antioche, convoqua, le peuple et dit : « Je m’étonne que vous ayant donné des avis salutaires, et vous ayant prémuni contre Pierre, non seulement vous ayez reçu ce séducteur, mais encore que vous l’ayez élevé sur le siège épiscopal. » Alors tous lui dirent avec colère : « Tu n'es pour nous qu'un monstre ; il y a trois jours tu nous disais que tu te repentais, et aujourd'hui tu voudrais nous entraîner avec toi dans le précipice! » Ils se jetèrent donc sur lui et le chassèrent aussitôt avec ignominie. Voilà tout ce que raconte de soi Clément, dans sou livre, où il rapporte cette histoire.

Plus tard, saint Pierre étant venu à Rome et voyant qu'il était menacé d'être mis à mort, ordonna Clément pour être évêque après lui. Quand donc le prince des apôtres fut mort, Clément, en homme prévoyant et craignant que plus tard chaque pape ne voulût, appuyé sur cet exemple, se choisir un successeur et posséder le sanctuaire comme un héritage, céda le siège pontifical d'abord à Lin, ensuite à Clet. Quelques-uns avancent que ni Lin, ni Clet ne furent souverains pontifes, mais seulement les coadjuteurs de l’apôtre saint Pierre; de là vient qu'ils n'ont pas l’honneur de figurer dans le catalogue des papes. Après eux fut élu Clément qui fut forcé de présider l’Eglise. Telle était la douceur de ses moeurs qu'il était aimé des Juifs et des Gentils comme de tous les chrétiens. Il avait par écrit le nom des pauvres de toutes les provinces et ceux qu'il avait purifiés dans les eaux saintes du baptême, il ne souffrait pas qu'ils fussent réduits à vivre de la mendicité publique. Après avoir donné le voile sacré à la vierge Domitille, nièce de l’empereur Domitien, et avoir converti à la foi Théodora, la femme de Sisinnius, l’ami de l’empereur, cette dernière ayant promis de vivre dans la chasteté, Sisinnius se fit conduire à l’église où il entra en cachette à là suite de sa femme, dans l’intention de savoir pour quel motif elle fréquentait ainsi l’église. —Saint Clément fit alors une prière à laquelle le peuple répondit, et à l’instant Sisinnius devint aveugle et sourd. Aussitôt il dit à ses esclaves : « Prenez-moi vite et me mettez dehors. » Or, ses esclaves le faisaient tourner autour de l’église, sans en pouvoir trouver la porte. Théodora, qui les voyait ainsi égarés, commença par éviter leur rencontre dans la pensée que son mari la pourrait reconnaître. Mais enfin elle leur demanda ce que cela signifiait: «C'est, dirent-ils, que notre maître, en voulant voir et entendre ce qui lui est défendu, est devenu aveugle et sourd. » Elle se mit alors en prières pour que son mari pût sortir, et quand elle eut fini de prier, elle dit aux esclaves : « Allez maintenant et conduisez votre maître à la maison. » Quand ils furent partis, Théodora fit savoir à saint Clément ce qui était arrivé. Alors le saint, à la demande de Théodora, vint trouver Sisinnius, qui avait les yeux ouverts, sans pouvoir rien distinguer, et qui n'entendait rien, Clément pria pour lui, et Sisinnius recouvra l’ouïe et la vue; mais en voyant Clément à côté de sa femme, il devient furieux et soupçonne qu'il est le jouet de la magie; il commande à ses esclaves de mettre la main sur Clément en disant: «C'était pour avoir commerce avec ma femme qu'il m’a rendu aveugle par ses sortilèges. » Alors il ordonna à ses sicaires de lier Clément et après l’avoir lié de le traîner. Mais ces esclaves se mirent à lier des colonnes qui étaient couchées par terre et même les pierres, pensant et Sisinnius aussi, qu'ils garrottaient et traînaient saint Clément avec ses clercs. Clément dit à Sisinnius : « Pour avoir appelé dieux ce qui n'est que des pierres, tu as mérité de (366) traîner des pierres. » Mais Sisinnius qui le pensait réellement garrotté, lui dit : « Je te ferai tuer. » Alors Clément se retira et pria Théodora de ne pas discontinuer ses prières jusqu'à ce que le Seigneur eût visité son mari. Or, pendant que Théodora était en prières, l’apôtre saint Pierre lui apparut et lui dit : « Par toi, ton mari sera sauvé, afin que s'accomplisse ce qu'a dit mon frère Paul : « Le mari infidèle sera sauvé par sa femme fidèle. » En disant ces mots, il disparut. A l’instant, Sisinnius fit venir sa femme auprès de lui et la conjura de prier pour lui et de faire venir saint Clément. Celui-ci vint, l’instruisit dans la foi et le baptisa avec trois cent treize personnes de sa maison. Par l’entremise de Sisinnius, beaucoup de nobles et d'amis de l’empereur Nerva crurent au Seigneur. Alors celui qui était chargé des récompenses sacrées distribua de l’argent à beaucoup de personnes et excita contre saint Clément une très violente sédition.

Mamertin, préfet de la ville, qui voyait avec peine une sédition semblable, se fit amener Clément. Comme il le tançait et qu'il essayait de lui faire partager ses sentiments, Clément lui dit : « Je désirerais bien te faire entendre raison. En effet, des chiens en grand nombre auraient beau aboyer après nous et nous déchirer par leurs morsures, jamais ils ne nous pourront enlever cette prérogative d'être des hommes doués de la raison, tandis qu'ils ne sont, eux, que des chiens privés de raison. Or, la sédition qui a été excitée par des insensés ne repose sur aucun prétexte certain ni vrai. » Mamertin en référa par écrit à l’empereur Trajan qui lui fit répondre que Clément devait sacrifier, ou bien qu'il fallait l’envoyer en exil au delà du Pont-Euxin, en un désert proche de la ville de Chersonèse. Ce fut alors que le préfet dit en pleurant à saint Clément: « Que ton Dieu que tu honores si dignement, te soit en aide! » Ensuite il lui fournit un navire et tout ce qui lui était nécessaire. Or, un grand nombre de clercs et de laïques suivirent le saint eu exil. Arrivé dans l’île, il y trouva plus de deux mille chrétiens condamnés depuis longtemps à scier le marbre. Quand ils virent saint Clément, ils poussèrent des gémissements mêlés de larmes. Il leur dit pour les consoler : « Ce n'est pas à mes mérites que je dois d'avoir été envoyé vers vous par le Seigneur, pour partager, votre couronne. » Et quand ils lui eurent raconté qu'ils étaient obligés de porter de l’eau sur leurs épaules d'un endroit éloigné de six milles, il leur dit « Prions tous Notre-Seigneur J.-C. d'ouvrir en ce lieu une fontaine et des veines d'eau. Que celui qui a ordonné de frapper, dans le désert de Sinaï, le rocher d'où ont jailli des torrents, daigne-nous accorder une source abondante, afin que nous puissions le remercier de ses bienfaits. » Il fit donc une prière et ayant regardé çà et là autour de lui, il vit un agneau debout qui levait le pied droit comme pour indiquer un lieu à l’évêque. Il comprit alors que c'était Notre-Seigneur J.-C. qui se faisait voir seulement à lui; il alla à cet endroit et dit : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, frappez ici. » Mais comme aucun ne touchait à l’endroit où se tenait l’agneau, il prit lui-même un petit sarcloir et frappa un léger coup sous le pied de l’agneau, et à l’instant jaillit une très grande fontaine qui devint un fleuve (Bréviaire). Alors tous furent remplis de joie et saint Clément dit : « Un fleuve impétueux réjouit la cité de Dieu (Ps. XLV). » A cette nouvelle, une multitude de personnes accourut, et plus de cinq cents reçurent le baptême des mains du saint : les temples des idoles furent détruits dans toute la province et dans l’espace d'un an, quatre-vingt-cinq églises furent construites. Trois ans après, l’empereur Trajan (qui commença à régner l’an du Seigneur 106), informé de cela, y envoya un général. Celui-ci, voyant que tous souffraient la mort de plein gré, laissa là la multitude et fit précipiter dans la mer saint Clément seul, après l’avoir lié par le cou à une ancre. « Maintenant, dit-il, ils ne pourront pas l’adorer comme un Dieu. » Toute la multitude se tenait sur le rivage; alors Corneille et Phébus, disciples du saint, commandèrent à tous les chrétiens de se mettre en prières, afin que le Seigneur leur montrât le corps de son martyr. Aussitôt la mer se retira de trois milles ; tous alors entrèrent à pied sec et trouvèrent un édifice de marbre ayant la forme d'un temple que Dieu avait disposé, où était, sous une voûte, le corps de saint Clément et l’ancre à côté de lui. Mais il fut révélé à ses disciples de ne point en retirer son corps, et chaque année, au temps de son martyre, pendant sept jours, la mer se retire à une distance de trois milles et offre un chemin à sec pour ceux qui se rendent au tombeau.

Or, dans une de ces solennités, une femme y vint avec son tout petit enfant, et, la fête étant terminée,l’enfant s'endormit, quand le bruit des eaux qui revenaient se fit entendre tout à coup. La mère, effrayée, oublie son enfant et s'enfuit sur le rivage avec la foule qui se trouvait là, Mais aussitôt, le souvenir de son fils se présente à son esprit ; elle pleure en poussant des gémissements étranges ; ses cris lamentables montaient jusqu'au ciel ; elle courait sur le rivage, en jetant des clameurs et des plaintes, pour voir si, par hasard, les flots ne rejetaient pas le corps de son fils ; mais, ayant perdu tout espoir, elle revint chez elle, ou elle passa toute cette année dans le deuil et les larmes. L'aimée suivante, quand la mer se fut retirée, elle devança tous les pèlerins pour accourir en toute gâte au tombeau de saint Clément, dans l’espérance d'y trouver quelque reste de son fils. S'étant donc mise en prière devant le tombeau, en se levant, elle vit son enfant, qui dormait à l’endroit ou elle J'avait laissé. Dans la pensée qu'il était mort, elle s'approcha de plus près, comme pour ramasser un cadavre; mais s'étant aperçue qu'il n'était qu'endormi, elle l’éveilla avec précipitation, et aux veux de tout le peuple, elle le leva sain et sauf dans ses bras, puis elle lui demanda où il avait été pendant cette année-là. L'enfant répondit qu'il ne savait pas si une année entière s'était écoulée, mais qu'il pensait avoir dormi très tranquillement l’espace d'une nuit. — Saint Ambroise dit dans sa préface : « La rage du persécuteur, excitée par le diable, à accabler saint Clément dans les supplices, ne lui infligea pas les tortures, mais lui procura le triomphe. Le martyr est jeté dans les flots, pour être noyé, et c'est de là qu'il reçoit sa récompense, comme saint Pierre; son maître, gagne le ciel. Tous les deux, au milieu de la mer, reçoivent les encouragements de J.-C., qui appelle saint Clément du fond des eaux, pour le faire jouir des honneurs du martyre, et qui soutient saint Pierre sur les flots, pour qu'il ne fût pas englouti, afin de l’élever jusqu'au royaume des cieux. » — Léon, évêque d'Ostie (Baronius rapporte ce passage en entier dans ses Annales, an. 867), rapporte que du temps de Michel, empereur de la nouvelle Rome, un prêtre qui, à cause de la sagacité de son esprit dès son jeune âge, avait reçu le nom de Philosophe, vint à Chersonèse, et s'informa auprès des habitants de ce pays de ce qui est rapporté dans l’histoire de saint Clément. Ils lui répondirent qu'ils l’ignoraient, car ils étaient plutôt étrangers qu'indigènes. En effet, depuis longtemps le miracle de la mer qui se retirait n'avait plus lieu, par la faute des habitants; et, à l’époque où il s'opérait, les barbares vinrent faire une incursion ; alors, le temple fut détruit, et la châsse fut engloutie avec le corps dans les flots de la mer, en punition des crimes des habitants. Philosophe, étonné de cela, vint en une petite ville nommée Géorgie, avec l’évêque, le clergé et le peuple, et se dirigea vers une île où l’on pensait que se trouvait le corps du martyr, afin d'en rechercher les précieux restes. On se mit à fouiller, en chantant des hymnes et des prières, et Dieu permit qu'on trouvât le corps de saint Clément et l’ancre avec laquelle il avait été jeté à la mer ; on les porta à Chersonèse. Dans la suite, Philosophe vint à Rome avec le corps de saint Clément, qui opéra une quantité de miracles, et qui fut placé avec honneur dans l’église portant aujourd'hui le nom du saint. On lit, cependant, dans une autre chronique, que la mer, ayant laissé le lieu à sec, le corps de saint Clément fut porté à Rome par le bienheureux Cyrille, évêque des Moraves.

* Dans la première préface du Sacramentaire attribué à saint Léon le Grand, on trouve indiqués un certain nombre de faits de la légende de saint Clément: on y voit qu'il quitta sa famille et sa patrie; qu'il parcourut la, terre et la mer afin de trouver la vérité auprès des apôtres. Alors que saint Pierre aurait été ; son maître, il recouvra ses parents dans un pays étranger. Il y est déclaré le successeur de saint Pierre, et enfin martyr. C'est le fond de toute la légende. Une seconde préface du même office dit qu'il alla à la recherche de ses parents, qu'il les trouva; qu'il s’attacha aux apôtres. Tout cela est pris de l’Itinéraire de saint Clément, livre sur lequel les érudits se sont fort partagés et que presque tous font remonter à la fin du IIe siècle ou du moins au IIIe.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii




Saint Clément de Rome

1. CLEMENT Ier DE ROME (Saint). On étudiera successivement :

1° sa vie et sa lettre authentique aux Corinthiens ;

2° la seconde lettre aux Corinthiens qui lui a été attribuée ;

3° la littérature apocryphe mise par des faussaires sous son nom.

I. CLEMENT Ier, VIE ET LETTRE AUTHENTIQUE. I. Vie. II. Ouvrage authentique. III. Doctrine.

I. VIE. Le souvenir traditionnel du pape saint Clément est, après celui des patres, le plus imposant de toute l’antiquité chrétienne. Moins de cent ans après sa mort, la figure de Clément est déjà entourée d’une auréole merveilleuse ; et nul doute que ses qualités personnelles, mais plus encore ses fonctions de chef de l’Eglise romaine ne lui aient valu de son temps une influence de premier ordre. De sa vie pourtant, du matin et du soir de sa vie en particulier, nous ne savons presque rien ; car nos informations ressortent plus en définitive de la légende que de l’histoire. Saint Irénée, Cont hær., III, 3, II, 3, P. G., t. VII, col. 849, nous apprend que Clément de Rome " avait connu saint Pierre et saint Paul et s’était entretenu avec eux " ; à cela près, il n’y a sur la jeunesse de Clément que ténèbres et incertitudes. Origène le premier, In Joa., VI, 36, P. G., t. XIV, col. 293, a confondu, sans doute de la similitude des noms, Clément de Rome avec le Clément que saint Paul, Phil., IV, 3, s’est plu à nommer parmi ses auxiliaires ; on est allé depuis jusqu’à faire de la ville de Philippes la patrie du futur pape. Celui-ci, au dire des Pseudo-Clémentines, aurait été de la race sénatoriale et apparenté à la dynastie des Flaviens. Quelques critiques modernes se sont mêmes avisés d’identifier Clément de Rome et le consul Titus Flavius Clemens, ce cousin de Domitien que l’empereur fit exécuter pour cause d’athéisme, c’est-à-dire très probablement de christianisme. Mais comment s’expliquer, en ce cas, le silence que les Pères ont gardé sur l’élévation d’un membre de la famille impériale à la tête de l’Eglise romaine Voir Lightfoot, The Apostolic Fathers, Londres, 1890, part. I, t. I, p. 16-61 ; Funk, Kirchengesch. Abhandl. und Unters., Paderborn, 1897, t. I, p. 309-329. Il est plutôt à croire que saint Clément était un affranchi ou le fils d’un affranchi de la maison du consul. Etait-ce un judéo-chrétien ou un païen converti ? On ne sait. Il semble néanmoins que la lettre aux Corinthiens, fond et forme, décèle un Juif d’origine. Voir Tillemont, Mémoires, t. I ; De Rossi, Bullet. di arch. crist., 1863, p. 27, 39 ; 1865, p. 20 ; Lightfoot, op. cit., t. I, p. 58-61 ; Nestle, dans Zeitschrift für die neutest. Wissenschaft und die Kunde der Urchristentums, t. I (1900), p. 178-180. Dans saint Clément on a salué quelquefois, selon Origène, Eusèbe, H. E., VI, 25, P. G., t. XX, col. 585, le principal rédacteur de l’Epître aux Hébreux, quelquefois aussi, selon Eusèbe, op. cit., III, 38, col. 293, le traducteur du texte araméen de cette Epître de saint Paul.

Ce qu’il y a de sûr, c’est que Clément fut évêque de Rome. Mais quant à l’ordre de succession des premiers pontifes romains, l’antiquité chrétienne n’est plus unanime. Tandis que Tertullien, De præscript., 32, P. L., t. II, col. 45, et une bonne partie des Latins tiennent Clément pour le successeur immédiat de saint Pierre à Rome, saint Irénée, loc. cit., Eusèbe, III, 15, n. 34, P. G., t. XX, col. 249, 285 ; saint Jérôme, De vir., 15, P. L., t. XXIII, col. 631 ; saint Epiphane, Hær., XXVII, 6, P. G., t. XLI, col. 373, rangent avant lui Lin et Anaclet ou Clet ; et, s’éloignant également des uns et des autres, saint Augustin, Epist., LIII, ad Generos, n. 2, P. L., t. XXXIII, col. 196 ; Optat de Milève, De Schism. donat., II, 3, P. L., t. XI, col. 948 ; les Constitutions apostoliques, VII, 46, P. G., t. I, col. 1053, etc., assignent à Clément le troisième rang, de sorte que Lin aurait succédé à saint Pierre, Clément à Lin, et Anaclet à Clément. On a cherché, dès le IVe siècle, à concilier ces trois opinions. Suivant Rufin, préface des Recognitions, P. G., t. I, col. 1207-1208, Lin et Anaclet auraient été sacrés évêques du vivant même de saint Pierre, qui, absorbé par les travaux de l’apostolat, se serait déchargé sur eux du soin d’administrer l’Eglise de Rome ; en sorte qu’il serait vrai de dire à la fois que Lin et Anaclet ont été les prédécesseurs de Clément et que celui-ci a été le successeur immédiat du prince des apôtres. Saint Epiphane, de son côté, loc. cit., s’appuyant sur I Clem., LIV, 2, Funk, Patres apostolici, Tubingue, 1901, t. I, p. 168, tient que saint Pierre avait ordonné Clément pour lui succéder, mais que Clément, par amour de la paix, avait abandonné son siège à Lin et qu’il n’y était remonté qu’après la mort du successeur de Lin, Anaclet. Au reste, et sans insister sur ces essais de conciliation, qui se sont prolongés vainement jusque dans le moyen âge, le témoignage de saint Irénée paraît à tous les égards le plus recevable. L’opinion contraire est évidemment puisée dans les Pseudo-Clémentines, ce qui la rend très suspecte. Outre son antiquité, l’évêque de Lyon mérité ici d’autant plus de créance qu’il s’est attaché, dans sa lutte contre les gnostiques, à dresser des premiers papes un catalogue parfaitement exact. Voir L. Duchesne, Le Liber pontificalis, Paris, 1886, t. I, p. LXXI-LXXIII. De la date et la durée du pontificat de saint Clément, l’évêque ne nous dit rien. Eusèbe, loc. cit., place le pontificat de Clément dans la dernière décade du Ier siècle, de 92 à 101. M. Harnack, toutefois, Die Chronologie der altchristl. Litter., Leipzig, 1897, t. I, p. 144 sq., 266, révoque en doute l’authenticité de ces chiffres.

Les dernières années de Clément de Rome s’enfoncent dans la nuit. Les Actes grecs du saint pape, une œuvre du IVe siècle peut-être et qui foisonne en miracles, Funk, Patres apostolici, Tubingue, 1901, t. II, p. 28-45, nous racontent que Clément fut relégué, sous Trajan, au-delà du Pont-Euxia, dans une ville de la Chersonèse Taurique, et plus tard, en punition du succès de son apostolat parmi les condamnés aux mines, précipité dans la mer, une ancre au cou. Les fouilles considérables faites en Crimée n’ont pas encore répandu sur ces Actes la lumière que M. De Rossi en attendait. Voir P. Allard, Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, Paris, 1885, p. 169-176. Quoi qu’il faille penser du silence des anciens auteurs, saint Irénée, Eusèbe, saint Jérôme, il est indéniable que la tradition du martyre de saint Clément était établie à Rome dès la fin du IVe siècle, et que Clément n’a subi à Rome le martyre. L’Eglise latine, qui a inscrit son nom dans le canon de la messe, célèbre sa fête le 23 novembre.

II. OUVRAGE AUTHENTIQUE. Le seul écrit d’une authenticité irrécusable est la longue et belle lettre aux Corinthiens, ordinairement et improprement appelée Ia Clementis, P. G., t. I, col. 201-328. Le texte grec, publié par Junius, en 1633, avec une grave lacune, est intégralement restitué par Ph. Bryennios, dans son édition de 175. Une bonne version syriaque, conservée dans un manuscrit de la bibliothèque de l’université de Cambridge, a été éditée à Cambridge en 1899. Enfin, dom Germain Morin a retrouvé, au séminaire de Namur, une traduction de cette lettre en latin populaire, dans le latin de l’Itala, qui date du IIIe ou peut-être du IIe siècle, et qui nous rend mot à mot un excellent texte grec. Voir Anecdota Maredsolana, Maredsous, 1894, t. II, fasc. 1. La Ia Clementis ne porte pas le nom de son auteur. Suivant l’usage de ces temps primitifs, elle est écrite au nom de l’Eglise toute entière, clercs et fidèles, et adressée à l’Eglise de Corinthe, envisagée de la même façon collective. Mais il n’y a qu’une voix dans l’antiquité chrétienne pour y reconnaître la plume et l’esprit du pape saint Clément, et, parmi les critiques modernes, il règne là-dessus, nonobstant les objections soulevées par des préjugés confessionnels, une rare unanimité. Sur la date précise de la lettre, l’unanimité cesse. De la lettre même, c. I, il appert qu’elle fut écrite au sortir d’une persécution de l’Eglise de Rome. Mais de quelle persécution s’agit-il de la persécution de Domitien ou celle de Néron Le plus vieil historien de l’Eglise, Hégésippe, vers le milieu du IIe siècle, plaçait cette lettre vers la fin du règne de Domitien. Eusèbe, H. E., III, 16 ; IV, 22, P. G., t. XX, col. 249, 377. Ce que nous savons de l’époque du pontificat de saint Clément, et le soin particulier que prend Clément de faire ressortir la longue durée des deux Eglises de Rome et de Corinthe, c. XLII-XLIV, XLVII, LXIII, tout s’accorde avec la donnée d’Hégésippe, et reporte la composition de cette lettre à la dernière année du règne de Domitien, sinon au début du règne de Nerva, 96-98. Voir Harnack, Die Chronologie, t. I, p. 251-255 ; Bardenhewer, Geschichte, t. I, p. 102.

Des troubles avaient éclatés en somme, on ne sait pas au juste pourquoi, dans l’Eglise de Corinthe ; des membres du collège presbytéral avaient été déposés. L’Eglise de Rome, instruite de ces troubles, jugea de son devoir d’intervenir. Elle fit partir pour Corinthe deux de ses membres, Claudius Ephebus et Valerius Vito, avec un certain Fortunatus, un Corinthien peut-être, porteurs de la lettre qui nous occupe et qui est d’un bout à l’autre une exhortation à la concorde. Indépendamment de l’exorde et de la conclusion de la lettre, on y distingue deux parties, la première avec le caractère homilétique plus prononcé. Après avoir dépeint dans l’exorde, c. I-VI, l’ancienne prospérité de l’Eglise de Corinthe et l’état déplorable où ses dissensions l’ont réduite, saint Clément, dans la Ire partie, c. VII-XXXVI, prémunit contre l’envie et la jalousie, rappelle l’obligation de la pénitence, recommande énergiquement l’humilité, la soumission, et, d’une façon générale, la pratique de toutes les vertus chrétiennes ; partout il emprunte à l’Ancien Testament des exemples ou des figures de ces vertus. Avec la IIe partie, c. XXXVIII-LXI, l’auteur serre de plus près son sujet. Il y met en relief l’institution divine de la hiérarchie ecclésiastique et le précepte de l’obéissance à l’autorité légitime de l’Eglise ; il adjure tous les fidèles de s’entraimer, les fauteurs des désordres de se repentir et de se soumettre. Dans les derniers chapitres enfin, c. LXII-LXV, il résume les traits essentiels de sa lettre, recommande ses envoyés à la bienveillance des Corinthiens, exprime l’espoir de voir bientôt la paix refleurir dans l’Eglise de Corinthe.

L’espoir de saint Clément ne fut pas déçu. Eusèbe, H. E., IV, 22, P. G., t. XX, col. 377. Ecrite d’un style clair, simple et grave, tout à fait en rapport avec le sujet, empreinte à la fois d’onction et de fermeté, d’une bonté paternelle et de ce sens du pouvoir qui était le caractère distinctif de l’ancienne Rome, la lettre aux Corinthiens est un modèle d’éloquence pastorale. Aussi, à peine a-t-elle paru qu’on la voit entourée dans l’Asie Mineure et dans l’Egypte d’un éclatant prestige. Mais, dès le IVe siècle, ce prestige s’évanouit, du moins en Occident. Les écrivains latins, sauf saint Ambroise et saint Jérôme, ne sont, lorsqu’ils en parlent, que les échos d’Eusèbe traduit par Rufin. Jean, diacre de l’Eglise romaine, dans la seconde moitié du VIe siècle en avait cité un passage, Expositum in Heptateuchum, 43, 44, dans Pitra, Spicilegium Solesmense, t. I, p. 293. Le moyen âge l’ignora complètement. On ne l’a retrouvée qu’au XVIIe siècle dans le célèbre Codex Alexandrinus, avec des lacunes que le Codex Hierosolymitanus a comblées en 1875. L’édition d’une version syriaque, contenu dans un ms. de Cambridge, addit. 1700, du XIIe siècle, a été préparée par Bensly et publiée par Robert Kennett, The Epistles of St. Clement to the Corinthians in syriac, Cambridge, 1899. Sur la version latine très ancienne découverte par dom Morin dans un ms. du XIe siècle, de Namur, voir col. 50.


III. DOCTRINE. La lettre aux Corinthiens, qui reflète la connaissance des hommes, l’habileté à manier les esprits et les cœurs, l’art de la composition et une rare culture intellectuelle, n’a cependant rien d’un corps de doctrine, d’une synthèse théologique. N’en attendez pas une exposition de la foi ; le premier écrit chrétien non inspiré n’est au fond qu’un récit de circonstance. L’auteur y veut faire œuvre pratique, œuvre d’utilité actuelle et immédiate. Partant, des vérités de la foi il n’allèguera que celles qui rentrent dans son cadre et concourent à son but. En revanche, il appuiera sur les vérités de la foi ses leçons et ses exhortations, qui toutes vont ramener les Corinthiens à l’obéissance de leurs pasteurs légitimes, et, en dernière analyse, à la soumission aux vouloirs divins. Il en appellera tour à tour, selon la marche de sa pensée et les besoins de sa cause, aux dogmes de l’unité et de l’infinité de Dieu, à ceux de la création, de la trinité, de l’incarnation, de la rédemption, de la grâce et de l’Eglise. En sorte qu’à tout prendre, il nous offre un tableau des croyances chrétiennes vers la fin du Ier siècle. Tableau raccourci, mais tableau fidèle. Nulle préoccupation en effet, chez l’écrivain, soit de dire du neuf, soit d’imposer aux Corinthiens ses idées personnelles. Aussi bien, la seule apparence d’une divergence doctrinale entre l’évêque de Rome et l’Eglise de Corinthe eût infailliblement ôté à la parole de Clément tout crédit, à sa tentative toute chance de succès. Mais saint Clément n’est pas un homme de parti non plus qu’un novateur. Il ne puise qu’aux deux sources authentiques et surnaturelles de l’Ecriture et de la tradition ; toutefois, par un contraste frappant avec saint Ignace et saint Polycarpe, pénétrés l’un et l’autre des pensées, des figures, des expressions du Nouveau Testament, c’est dans l’Ancien de préférence que Clément puise à pleines mains. Au reste la Ia Clementis, dans tous les dogmes qu’elle énonce, insinue ou présuppose, n’est que le miroir et l’écho de l’enseignement des apôtres.

Saint Clément, en parlant de Dieu, fait ressortir ses principaux attributs, sa bonté, sa miséricorde, sa puissance créatrice ; c’est un Dieu prodigue de son amour et de ses bienfaits, c. XIX, un père, c. XXIII, XXIV, XXXV, en même temps qu’un maître.Non content de combler l’homme de ses dons, il prépare aux justes une récompense qui sera un épanouissement des biens de la grâce, c. XXXV, 2. Avec saint Pierre et saint Paul, les justes iront aussitôt après la mort dans le lieu saint, c. V, 7, et leurs mérites seront manifestés au jour du jugement, c. L, 3. Les corps mêmes ressusciteront au dernier jour. Saint Clément fait voir dans les phénomènes de la nature plus d’un symbole de la résurrection de la chair, dans l’exemple de Jésus-Christ, notre chef, un clair présage, dans la parole de Dieu, un sûr garant, c. XXIV-XXVI. Notons qu’en paraissant croire à la fin prochaine du monde, saint Clément s’est gardé de verser dans les illusions du millénarisme.

Un dans sa nature, le Dieu de la lettre aux Corinthiens n’est pas le Dieu solitaire et abstrait du monothéisme populaire juif. Il peut porter et porte la Trinité chrétienne. De ce mystère de la Trinité, la lettre parle en termes aussi simples que nets, comme d’un dogme connu de tous les fidèles, c. XLVI, LVIII. Saint Basile de Césarée, De Spiritu sancto, c. XXIX, P. G., t. XXXII, col. 201, opposera précisément aux pneumatologues un texte du c. LVIII de la Ia Clementis : " Dieu vit et le Seigneur Jésus-Christ, et le Saint-Esprit aussi. " Ainsi, dans l’unité numérique de la nature divine, Clément reconnaît très nettement trois personnes. A côté de Dieu, il place Jésus-Christ et le Saint-Esprit. C’est par cet esprit qu’ont parlé les écrivains sacrés, c. VIII, 1 ; XLV, 2 ; c’est par cet esprit que Clément lui-même écrit, c. LXIII, 2. Nous n’avons dit-il, c. XLVI, 6, " qu’un Dieu, un Christ, un seul Esprit de grâce répandu sur nous. " Dans une formule de serment, il invoque comme garants de sa parole, c. LVIII, 2. Sans insister sur les relations intimes des trois personnes, saint Clément ne laisse pas d’énoncer, c. XXXVI, 2, 5, en citant l’Epître aux Hébreux, I, 3-13, le dogme de la génération du Fils, et l’on peut dire qu’en plaçant toujours le Saint-Esprit après le Père et le Fils, non au-dessus d’eux, et en saluant le Saint-Esprit comme l’organe de Jésus-Christ dans l’Ecriture, c. XXII, LIII, il insinue la procession du Saint Esprit ex utroque.

Toute imprégnée de la doctrine et parfois même du langage de saint Paul, la lettre aux Corinthiens proclame implicitement comme explicitement la divinité de Jésus-Christ, c. II, XXXVI, XL, XLII, XLIV. Ainsi en Jésus-Christ deux natures, l’une divine, puisqu’il est le Fils de Dieu, c. XXXV, 4, l’autre humaine, qu’il a prise, corps et âme, dans le temps, puisqu’il vient d’Abraham, c. XXXII, 2, et qu’il s’est ins?parablement unie, c. XVI, XXXI, XLIX. Avec l’intégrité des deux natures, saint Clément visiblement présuppose l’unité de la personne, c. XLVI. Jésus-Christ, exempt de péché, nous a été sur la terre un modèle achevé de toutes les vertus, c. III, XVI, XVII, et passim, et par sa mort sanglante, il a racheté tous les hommes, c. VII. La mort de Jésus-Christ n’a pas été seulement un modèle d’humilité, de patience, etc., elle a été le grand sacrifice de réconciliation entre le ciel et la terre, c. XLIX, un sacrifice que le mourant a librement offert à Dieu et dans lequel il était à la fois prêtre et victime, c. VII, XLIX. Par son sang Jésus a racheté tous les hommes, c. XII, 7. IL est donc notre salut, le pontife de nos offrandes, l’avocat de nos faiblesses, c. XXXVI, 1, notre grand-prêtre, c. LXIV. C’est par lui qui nous rendons gloire à Dieu et que nous le prions, c. LVIII, 2 ; LXIV, 3. Nous devons aussi l’honorer lui-même, c. XXI, 6. La résurrection du Sauveur, c. XXIV, est la clef de voûte du christianisme, c. XLII ; par là Jésus est glorifié, c. XXXVI, et, à la fin des temps, il jugera souverainement le monde, c. XLVI, XLIX, L.

Le sang de Jésus-Christ, rançon du genre humain, mérite à tous ceux et à ceux-là seuls qui ne le rejettent pas, le pardon des péchés, la sainteté, l’amitié de Dieu. L’homme peut toujours faire pénitence et se repentir, c. VII, 5-7 ; VIII, 2, 5. La justification est le fruit de la foi et des œuvres tout ensemble. Avec saint Paul, Clément enseigne que les élus n’ont pas obtenu la gloire par leurs œuvres, mais par la volonté de Dieu. Ils ont été justifiés par la foi, c. XXXII, 3, 4. La foi, telle que le saint l’entend, est au premier chef un acte d’obéissance, qui implique l’espérance et, au moins dans un certain degré, la charité. La foi est la base de notre justification c. XXXII, mais elle n’y suffit point, c. IX-XX XXX. Sans la foi, pas de salut pour l’homme. Mais la foi requiert et inspire les œuvres, c. XXXIII, XXXV, 2 ; XLIX. Les œuvres sont la preuve extérieure de la foi, l’attestation de sa vitalité. Si Abraham a été béni, c’est qu’il a accompli, par la foi, la justice et la vérité, c. XXXI. Saint Clément se place ainsi au point de vue de saint Jacques et regarde comme inefficace la foi sans les œuvres.

D’ailleurs, l’homme a besoin de la grâce de Dieu, c. VIII, XXVI. Cette grâce, c’est l’action surnaturelle de Dieu au-dedans de nous ; elle éclaire l’intelligence réconforte la volonté, transforme l’âme, c. XXXVI, XXXVIII, et passim. Impossible, sans cette grâce, de nous sauver, c. XVI, XVII et XVIII, L, et passim. Cette grâce nous précède et nous escorte dans toutes les étapes de notre justification, c. XXXII, XXXIII. Elle ne nous est pas due. Nécessaire, elle est entièrement gratuite, c. VII, VIII, XLIX, L. Dieu toutefois ne l’a jamais refusée, même en dehors d’Israël, c. XXIX, LXIII, ni ne la refuse à qui la demande et n’en abuse point. Personne, dès l’origine du monde, qui n’ait pu se sauver par la foi, c. XXXII.

Outre l’indication des caractères généraux de l’Eglise unité foncière, c. XLVI, visibilité, c. XLVI-XLVII, indestructibilité, c. XLVI, nécessité pour le salut, c. LVII la lettre aux Corinthiens met en pleine lumière l’institution divine de la hiérarchie ecclésiastique et la primauté du Saint-Siège. Il y a dans l’Eglise deux éléments distincts, le clergé et les laïques, c. XL. Les apôtres, dépositaires de l’autorité de Jésus-Christ, se sont donné des successeurs, afin de s’assurer dans l’Eglise la perpétuité de leurs pouvoirs, c. XLII. Bien que saint Clément, au c. XLII, ne parle que des évêques et des diacres, et qu’ailleurs, il se serve indifféremment des termes d’évêque et de prêtre, il ne laisse pas de distinguer trois ordres dans la hiérarchie sacrée : celui des évêques, c. XLIV, dont l’office principal est de présenter " l’offrande des dons " ; celui des prêtres, qui ont remplacé les prêtres des Juifs, c. XL ; celui des diacres, qui sont pr?posés au soin des choses extérieures, et qui sont aussi les ministres du sacrifice. Voir de Smedt, S. J., Congrès scient. internat. des cathol., Paris, 1888, t. II, p. 303 sq.

Il faut être soumis aux prêtres ; ils sont les chefs, c. I, 3 ; les guides des âmes, c. LXIII, 1. Il faut les honorer au lieu de les priver sans raison de l’exercice de leur charge, comme ont fait les Corinthiens, c. XLIV, 3, 4, 6 ; XLVII, 6. C’est l’envie qui a produit chez eux les dissentiments, c. III, 4-VI. Point de division dans le corps du Christ, c. XLVI, 6. L’obéissance et la charité, c. XLIX, s’imposent à tout chrétien. Cf. A. Michiels, L’origine de l’épiscopat, Louvain, 1900, p ; 157-161, 266-270.

L’intervention de la communauté romaine dans les troubles de Corinthe atteste enfin la suprématie de l’Eglise de Rome. Témoignage d’autant plus éclatant et décisif que l’intervention, selon toute apparence, était spontanée. Au premier siècle, du vivant de l’apôtre saint jean, le successeur de saint Pierre, c. V, se reconnaît le droit et le devoir de rétablir l’ordre dans toutes les églises particulières où l’ordre est troublé. Le ton de sa lettre respire d’un bout à l’autre cette intime conviction. Quand, par exemple, saint Clément exprime le regret de n’avoir pu s’occuper plus tôt de l’Eglise de Corinthe, c. I, XLVII, quand il déclare qu’au cas où la révolte continuerait, il aura, lui, la conscience d’avoir rempli sa mission, c ; LIX ; n’est-ce pas l’attitude d’un juge qui tient la place de Dieu ? N’est-ce pas là le langage d’un supérieur à ses subordonnés ? Cf. Schwane, Dogmengeschichte, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, t. I, p. 441-442 ; Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3e édit., Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1894, t. I, p. 444.

Dans les c. LIX-LXI, saint Clément formule une longue prière, qui nous fournit un exemple remarquable de la prière liturgique à la fin du Ier siècle.

I. EDITIONS. L’édition princeps de la lettre aux Corinthiens est celle de P. Junius (Young), Oxford, 1633 ; 2e édit., 1637. De nombreuses éditions ont été faites depuis lors jusqu’à celle de Hilgenfeld, Novum Testamentum extra canonem receptum, in-8°, Leipzig, 1866. Editions modernes et plus complètes, par C. Tischendorf ; in-4°, Leipzig, 1873, par Mgr Bryennios, in-8° Constantinople, 1873, par von Gebhardt et Harnack, dans Patrum apostolicorum opera, fasc. 1, 2e édit., Leipzig, 1876 ; par Lightfoot, dans The Apostolic Fathers, part. I, Londres, 1890, t. I, p. 129-146 ; 421-474 ; texte syriaque, par Bensly-Kennett, in-8°, Cambridge, 1899 ; par R. Knopf, Leipzig, 1899, dans Texte und Unters. zur Geschichte der Altchristl. Litteratur, nouv. série, t. V, fasc. 1 ; par Funk, dans Patres apostolici, in-8°, Tubingue, 1901, p. 98-184 ; par J. Vizzini, Rome, 1901 ; par H. Hemmer, Paris, 1909.

II. TRAVAUX. Lipsius, De Clementis Romani epistola ad Cor. priore disquisitio, 1856 ; Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1886, t. I, p. 123-124 ; A. Lightfoot, The Apostolic Fathers, part. I, S. Clement of Rome, Londres, 1890 ; Prolegomena des Patres apostolici, de Funk, t. I, p. XXXII-L ; Brüll, Der erste Brief des Klemens von Rom an die Corinther und seine geschichtl. Bedeutung, in-8°, Fribourg, 1883 ; Wrede, Untersuchungen über den ersten Klemensbrief, in-8° Gœttingue, 1891 ; Lemme, Das Judenchristentum der Urkirche und der Brief des Klemens Romanus, dans Neue Jahrbücher für Deutsche Theologie, 1892, t. I, p. 325-488 ; Krüger, Geschichte der altchristl. Literatur, Fribourg-en-Brisgau, 1895, § 7 ; Harnack, dans Texte und Unters. . ., nouv. série, 1900, t. V, p. 70-80 ; Courtois, L’Epître de Clément de Rome, in-8°, Montauban, 1894 ; Bang, Studien über den Clemensbrief, dans Theol. Studien und Kritiken, 1898, t. LXXI, p. 431-486 ; J. Gregg, The epistle of saint Clement, Londres, 1899 ; Heurtier, Le dogme de la Trinité dans l’Epître de saint Clément de Rome et le Pasteur d’Hermas, in-8°, Lyon, 1900 ; A. Ehrhard, Die altchristl. Literatur und ihre Erforschung von 1884-1900, Fribourg-en-Brisgau, 1900, p. 68-80 ; A. Stahl, Patristiche Untersuchungen, Leipzig, 1901 ; Scherer, Der erste Klemensbrief an die Korinther, Ratisbonne, 1902 ; Bruders, Die Verfassung der Kirche, Mayence, 1904 ; D. Völter, Die apostolichen Väter neu untersucht, Leyde, 1904, t. I ; Bardenhewer, Geschichte der altkirchlicher Litteratur, Fribourg-en-Brisgau, 1902, t. I, p. 98-113 ; Les Pères de L’Eglise, 2e édit. franç., Paris, 1904, t. I, § 8 ; Hurter, Nomenclator, 3e édit., Inspruck, 1903, t. I, col. 4-7 ; J. Tixeront, Histoire des Dogmes, Paris, 1905, t. I, p. 118-122 ; P. Montagne, La doctrine de saint Clément de Rome sur la personne et l’œuvre du Christ, dans la Revue thomiste, juillet-août 1905. Pour une bibliographie plus complète, voir Ul. Chevalier, Répertoire. Bio-bibliographie, 2e édit., Paris, 1904, t. I, col. 948-951.

II. CLEMENT Ier (Homélie ou prétendue seconde épître de saint). I. Non-authenticité et vrai caractère. II. Lieu d’origine et auteur. III. Doctrine.

I. NON-AUTHENTICITE ET VRAI CARACTERE. A la suite de la lettre authentique de saint Clément de Rome, on trouve, dans les manuscrits grecs et syriaques, aussi bien que dans les éditions, une vieille homélie, qu’on appelle en général, depuis le Ve siècle, la seconde lettre de saint Clément aux Corinthiens, IIa Clementis. A l’ancienne version latine près, la transmission des deux " lettres " est la même ; l’abbé Paulin Martin a publié en outre, avec une traduction latine, un fragment syriaque de la IIa Clementis, provenant d’une autre source que le manuscrit de Cambridge. J. B. Pitra, Analecta sacra, Paris, 1883, t. IV, p. 1-2, 276. Bien que le texte de l’Alexandrinus, édité par Junius en 1633, s’arrêtât au c. XII, 5, P. G., t. I, col. 329-348, de pénétrants critiques, notamment Dodwell et Grabe, ne laissèrent pas d’y reconnaître, nonobstant le titre, un lambeau d’homélie. La découverte du Codex Hierosolymitanus (1875), en nous rendant le texte complet de cette pièce, a mis hors de conteste le vrai caractère de la IIa Clementis, instruction morale, c. XVII, 3, 5, sous la forme d’un discours ?crit pour être lu à l’église, après la lecture de l’Ecriture sainte. Par là s’explique sa présence dans les manuscrits de la Bible, tels que l’Alexandrinus, et l’usage de la lire dans les églises. Les critiques modernes, sauf toutefois Mgr Bryennios et M. Nirschl, Patrologie, Mayence, 1881, t. I, p. 70, en rejettent unanimement l’authenticité. Le fait que les anciens, pour parler avec Eusèbe, H. E., III, 38, P.G., t. XX, col. 293 n’ont pas connu la IIa Clementis, le contraste saisissant du style lourd et embarrassé de l’opuscule avec le style du pape saint Clément, les citations empruntées par l’auteur à l’Evangile des Egyptiens, et l’allusion, c. IX, P. G., t. I, col. 341 sq., aux théories gnostiques qui niaient la résurrection de la chair, tout concourt à désavouer la paternité littéraire de Clément de Rome et à porter la date de l’homélie vers le milieu de IIe siècle, où même un peu plus bas.

II. LIEU D’ORIGINE ET AUTEUR. Mais, sur le lieu d’origine et l’auteur de l’homélie, l’accord cesse et ne semble pas près de se refaire. L’étude des expressions caractéristiques du texte, des sources de l’auteur et de l’histoire du canon du Nouveau Testament a décidé M. Hilgenfeld, depuis la découverte et la publication de l’Hierosolymitanus, Novum Testamentum extra canonem receptum, 2e édit., Leipzig, 1876, p. XLIX, à tenir la IIa Clementis pour une œuvre de la jeunesse de Clément d’Alexandrie. . Renan, L’Eglise chrétienne, Paris, 1879, p. 399, et M. Batiffol, La littérature grecque, Paris, 1897, p. 65, frappés de la conformité de pensée et de langage qu’ils remarquent entre la IIa Clementis et le Pasteur d’Hermas, inclinent à voir dans l’opuscule une œuvre, sinon de la même main que le Pasteur, au moins du même milieu et du même temps. Selon M. Stahl, Patristiche Untersuchungen, Leipzig, 1901, p. 280-290, Hermas en personne aurait composé la IIa Clementis. M. Harnack, s’appuyant, d’une part sur la lettre de saint Denis de Corinthe à l’Eglise de Rome, Eusèbe, H. E., IV, 23, 11, P. G., t. Xx, col. 388 sq., de l’autre sur la synonymie courante des termes d’Epistula et de Tractatus, identifie l’opuscule avec le pape Soter écrivit à Corinthe et qui, paraît-il, y fit une impression profonde. Die Chronologie, t. I, p. 438 sq. ; Zum Ursprung des sog. II Clemensbrief, dans Zeitschrift für die neutestament. Wissenschaft, 1905, t. I, p. 67-72. Soter, après avoir prononcé son homélie à Rome, l’aurait envoyée, non probablement sans quelques retouches, à Corinthe vers l’an 166, au début de son pontificat. L’opinion vivement soutenue par Funk, dans Theol. Quartalschrift, 1902, p. 349 sq., et par M. Bardenhewer, Geschichte der altkirchl. Litt., Fribourg-en-Brisgau, 1902, t. I, p. 188 sq., et communément admise aujourd’hui, se prévaut d’une allusion très probable aux jeux isthraiques, c. VII, P. G., t. I, col. 337, pour faire de Corinthe le berceau de l’homélie : c’est à Corinthe que la Iaet la IIa Clementis ont été accouplées, c’est de Corinthe qu’elles se sont répandues ensemble dans le monde chrétien. Cette opinion à base étroite n’est pas sans soulever des objections et éveiller des méfiances. Voir Erhard, Die altchristl. Litt., part. I, Fribourg-en-Brisgau, 1900, p. 80 ; Turmel, L’homélie clémentine, dans les Annales de philosophie chrétienne, février 1905, p. 470.

III. DOCTRINE. 1° Morale. L’auteur de l’homélie, quel qu’il soit et d’où qu’il soit, d’Alexandrie, de Rome ou de Corinthe, parle surtout de morale. Sans un plan nettement tracé, il exhorte en définitive ses auditeurs, qu’il appelle ses " frères et sœurs ", à la reconnaissance envers Dieu et à la vertu. Avec la nécessité des bonnes œuvres qui nous servent à payer de retour les bienfaits de Dieu, c. I, III, VI, VIII, XI, P. G., t. I, col. 331, 333, 335, 336, 342, 345, c. XVII, XIX, il prêche la nécessité et l’efficacité de l’aveu, et de la pénitence, c. VIII, IX, col. 341, 344, c. XIII, XIV ; mais, de l’aveu il ne dit qu’un mot, tandis qu’il insiste sur la pénitence, elle aussi une que l’homme peut toujours faire sur la terre, jamais au delà, c. VIII, col. 341, et dont l’aumône est l’œuvre capitale, au-dessus du jeûne et de la prière, c. XVI ; nulle part il n’est ici question de l’absolution sacramentelle.

2° Dogme. Dans l’homélie la théologie dogmatique trouve néanmoins à glaner. La IIa Clementis, en effet, s’ouvre par une affirmation énergique de la divinité de Jésus-Christ, c. I, P. G., t. I, col. 329, et indique au passage sa double nature, c. IX, col. 341. Jésus-Christ, envoyé aux hommes par le " le seul Dieu invisible ", est le Sauveur du monde, c. XX ; il a beaucoup souffert pour nous, c. I, col. 332, ce qui semble bien impliquer chez l’auteur l’idée d’expiation ; il nous a fait connaître " le Père de la vérité ", c. III, col. 333, et nous a procuré l’immortalité, c. XX. On rencontre aussi deux fois le nom du Saint-Esprit, c. XIV ; mais peut-être que l’auteur, après Hermas, confond le Saint-Esprit et le Christ. Sub judice lis est. Le modalisme d’ailleurs a marqué de son empreinte le langage de la IIa Clementis. Aux côtés de Jésus-Christ nous apercevons l’Eglise, qui est l’Eve, l’épouse, la chair du Christ, préexiste avec lui à la création de l’univers, et, avec lui, renferme la raison dernière de la création, c. XIV. Eglise une, devenue visible de spirituelle et invisible qu’elle était d’abord. En représentant le Christ et l’Eglise comme deux éons célestes, et leurs rapports comme des rapports de sexe, l’homéliste a parlé peut-être la langue de l’école de Valentin, pour payer son tribut à la mode du temps. Il nomme le baptême d’un nom assez rare, un sceau, c. VII, VIII, qu’on doit conserver pur et immaculé afin d’obtenir la vie éternelle et d’éviter l’enfer, c. VI, VII. On le garde en observant les commandements de Dieu. Il n’est fait mention que des presbytres, c. XVII ; Enfin, l’eschatologie de la IIa Clementis se peut résumer dans la croyance millénariste à l’imminence de l’épiphanie de Dieu, quoique le jour nous en demeure incertain, c. XII, col. 345 sq. ; dans la proclamation du dogme de la résurrection de la chair, c. IX, col. 341 ; dans la foi à l’éternité de l’enfer, c. VI, col. 337, c. XV, XVII, aussi bien qu’à l’éternité de la béatitude céleste, c. V, col. 335 ; c. XIX, col. 8.

La IIa Clementis est reproduite dans toutes les éditions des Pères apostoliques. Cf. Funk, Patres apostolici, 2e édit., Tubingue, 1901, t. I, p. II-V. C’est l’édition princeps de Cotelier (1672), qui se retrouve P. G., t. I. Pour les questions critiques, contre les auteurs cités dans l’article, voir Funk, loc. cit., p. L-LIV ; Bardenhewer, Geschichte der altkirchl., Litteratur, Fribourg-en-Brisgau, 1902, p. 107 sq. ; Les Pères de l’Eglise, édit. franç., Paris, 1904, t. I, p. 58. Sur la doctrine, Turmel, loc. cit., p. 472-480 ; J. Tixeront, Histoire des dogmes, Paris, 1905, t. I, p. 132-134.

III. CLEMENT Ier (Ecrits attribués à saint). Tel était dans l’Eglise primitive le prestige de saint Clément de Rome, que nombre d’écrits anonymes se sont comme à l’envi couverts de son nom. Il sera parlé des principaux, du roman ébionite des Pseudo-Clémentines, des lettres aux vierges et de décrétales de saint Clément, à l’article CLEMENTINS (Apocryphes). Les Constitutions Apostoliques, au Ve siècle, sont censées rédigées par Clément, P. G., t. I, col. 557-1156. Voir CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES. Les 84 (85) canons grecs, dits des apôtres, étaient attribués à saint Clément, disciple des apôtres, voir t. II, col. 1605-1612, ainsi que les 127 canons coptes-arabes, qui ne sont qu’une partie de l’Octateuque de Clément. Voir, t. II, col. 1612-1618. Plus tard encore, une liturgie syriaque à l’usage des jacobites, distincte de la liturgie du VIIIe livre des Constitutions apostoliques, se présenta sous le nom du même pape. Une traduction latine, faite sur le ms. 3921 de Colbert (Bibliothèque nationale, syriaque 76), a été publié par Renaudot, Liturg. oriental. collectio, Paris, 1716, t. II, p. 186-201, et rééditée, P. G., t. II, col. 603-616. Cf. Villien, L’abbé Eusèbe Renaudot, Paris, 1904, p. 197.

P. GODET. Saint Clément de Rome in Dictionnaire de Théologie Catholique



Pope St. Clement

Little is known of this apostolic father beyond a few facts. He was a disciple of S. Peter, and perhaps of S. Paul. It is thought that the Clement whom S. Paul praises as a faithful fellow- worker, whose name is written in the Book of Life [Philippians 4:3], was Clement, afterwards bishop of Rome. But there is great difficulty in admitting this supposition. It is certain that Clement, the idol of the Petrine party in the Primitive Church, about whom their myths and traditions circled lovingly, was quite removed in feeling from the Pauline party.
According to Tertullian, Clement succeeded S. Peter immediately in the episcopal government of the Church at Rome. But in the list of bishops given us by Irenaeus and Eusebius he occupies the third place after the apostle, that is, after Linus and Cletus (Anacletus). It is, however, probable that the Church at Rome had at first two successions, one Petrine, the other Pauline, but that they speedily merged into one; and this will account for the confusion in the lists of the first bishops of Rome. Clement probably was Petrine, and Cletus Pauline bishop, the former ruling the converted Jews, the latter the Gentile converts.
We know nothing of the events of his pontificate, except that there was a schism at Corinth, which drew forth a letter from him which is preserved. S. Jerome and S. Irenaeus do not say that he died a martyr’s death, but Rufinus and Zosimus give him the title of martyr; but this title by no means implies that he had died for the faith; it had anciently more extended signification than at present, and included all who had witnessed a good confession, and suffered in any way for their faith.
The legend of the martyrdom of S. Clement relates that, in the reign of Trajan, when Mamertinus was prefect of the city, and Toractianus count of the offices, a sedition arose among the rabble of Rome against the Christians, and especially against Clement, bishop of Rome. Mamertinus interfered to put down the riot, and having arrested Clement, sent him to the emperor, who ordered his banishment to Pontus, where he was condemned to work in the marble quarries. He found many Christians among his fellow-convicts, and comforted and encouraged them. The only spring of drinking water was six miles off, and it was a great hardship to the convicts to have to fetch it all from such a distance. One day Clement saw a lamb scraping at the soil with one of its forefeet. He took it as a sign that water was there; dug, and found a spring.
As Clement succeeded in converting many pagans, he was sent to Aufidianus, the prefect, who ordered him to be drowned in the sea with an old anchor attached to his neck. His body was recovered by his disciple Phoebus. The relics of S. Clement were translated to Constantinople (860) by S. Cyril on his return from his mission to the Chazars, whilst engaged in the Chersonese on his Slavonic translation of the Gospels. Some of the relics found their way to Rome, and were deposited in the church of San Clemente, where they are still reverently preserved. These consist of bones, some reddened earth, a broken vase containing some red matter, a little bottle similarly filled, and an inscription stating that these are the relics of the Holy Forty Martyrs of Scilita, and also of Flavius Clement.
In art S. Clement of Rome is represented as a Pope with an anchor at his side. [His death is placed at about 100 A.D.]

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-clement/


Pope St. Clement I

Pope Clement I (called CLEMENS ROMANUS to distinguish him from the Alexandrian), is the first of the successors of St. Peter of whom anything definite is known, and he is the first of the "Apostolic Fathers". His feast is celebrated 23 November. He has left one genuine writing, a letter to the Church of Corinth, and many others have been attributed to him.

The fourth pope

According to Tertullian, writing c. 199, the Roman Church claimed that Clement was ordained by St. Peter (De Praescript., xxxii), and St. Jerome tells us that in his time "most of the Latins" held that Clement was the immediate successor of the Apostle (Illustrious Men 15). St. Jerome himself in several other places follows this opinion, but here he correctly states that Clement was the fourth pope. The early evidence shows great variety. The most ancient list of popes is one made by Hegesippus in the time of Pope Anicetus, c. 160 (Harnack ascribes it to an unknown author under Soter, c. 170), cited by St. Epiphanius (Haer., xxvii, 6). It seems to have been used by St. Irenæus (Haer., III, iii), by Julius Africanus, who composed a chronography in 222, by the third- or fourth-century author of a Latin poem against Marcion, and by Hippolytus, who see chronology extends to 234 and is probably found in the "Liberian Catalogue" of 354. That catalogue was itself adopted in the "Liber Pontificalis". Eusebius in his chronicle and history used Africanus; in the latter he slightly corrected the dates. St. Jerome's chronicle is a translation of Eusebius's, and is our principal means for restoring the lost Greek of the latter; the Armenian version and Coptic epitomes of it are not to be depended on. The varieties of order are as follows:
  1. Linus, Cletus, Clemens (Hegesippus, ap. Epiphanium, Canon of Mass).
    Linus, Anencletus, Clemens (Irenaeus, Africanus ap. Eusebium).
    Linus, Anacletus, Clemens (Jerome).
  2. Linus, Cletus, Anacletus, Clemens (Poem against Marcion),
  3. Linus, Clemens, Cletus, Anacletus [Hippolytus (?), "Liberian Catal."- "Liber. Pont."].
  4. Linus, Clemens, Anacletus (Optatus, Augustine).
At the present time no critic doubts that Cletus, Anacletus, Anencletus, are the same person. Anacletus is a Latin error; Cletus is a shortened (and more Christian) form of Anencletus. Lightfoot thought that the transposition of Clement in the "Liberian Catalogue" was a mere accident, like the similar error "Anicetus, Pius" for "Pius Anicetus", further on in the same list. But it may have been a deliberate alteration by Hippolytus, on the ground of the tradition mentioned by Tertullian. St. Irenæus (III, iii) tells us that Clement "saw the blessed Apostles and conversed with them, and had yet ringing in his ears the preaching of the Apostles and had their tradition before his eyes, and not he only for many were then surviving who had been taught y the Apostles". Similarly Epiphanius tells us (from Hegesippus) that Clement was a contemporary of Peter and Paul. Now Linus and Cletus had each twelve years attributed to them in the list. If Hippolytus found Cletus doubled by an error (Cletus XII, Anacletus XII), the accession of Clement would appear to be thirty-six years after the death of the Apostles. As this would make it almost impossible for Clement to have been their contemporary, it may have caused Hippolytus to shift him to an earlier position. Further, St. Epiphanius says (loc. cit.): "Whether he received episcopal ordination from Peter in the life-time of the Apostles, and declined the office, for he says in one of his epistles 'I retire, I depart, let the people of God be in peace', (for we have found this set down in certain Memoirs), or whether he was appointed by the Bishop Cletus after he had succeeded the Apostles, we do not clearly know." The "Memoirs" were certainly those of Hegesippus. It seems unlikely that he is appealed to only for the quotation from the Epistle, c. liv; probably Epiphanius means that Hegesippus stated that Clement had been ordained by Peter and declined to be bishop, but twenty-four years later really exercised the office for nine years. Epiphanius could not reconcile these two facts; Hippolytus seems to have rejected the latter.

Chronology

The date intended by Hegesippus is not hard to restore. Epiphanius implies that he placed the martyrdom of the Apostles in the twelfth year of Nero. Africanus calculated the fourteenth year (for he had attributed one year too little to the reigns of Caligula and Claudius), and added the imperial date for the accession of each pope; but having two years too few up to Anicetus he could not get the intervals to tally with the years of episcopate given by Hegesippus. He had a parallel difficulty in his list of the Alexandrian bishops.

Hegesippus Africanus (from Eusebius) Interval Real Dates A.D.
Linus 12 Nero 14 12 Nero 12 66
Cletus 12 Titus 2 12 Vesp 10 78
Clemens 9 Dom 12 (7) Dom 10 80
Euaristus 8 Trajan 2 (10) Trajan 2 99
Alexander 10 Trajan 12 10 Trajan 10 107
Sixtus 10 Hadrian 3 (9) Hadrian 1 117
Telesphorus 11 Hadrian 12 (10) Hadrian 11 127
Hyginus 4 Anton 1 4 Anton 1 138
Pius 15 Anton 5 15 Anton 5 142
Anicetus Anton 20 Anton 20 157

If we start, as Hegesippus intended, with Nero 12 (see last column), the sum of his years brings us right for the last three popes. But Africanus has started two years wrong, and in order to get right at Hyginus he has to allow one year too little to each of the preceding popes, Sixtus and Telesphorus. But there is one inharmonious date, Trajan 2, which gives seven and ten years to Clement and Euaristus instead of nine and eight. Evidently he felt bound to insert a traditional date — and in fact we see that Trajan 2 was the date intended by Hegesippus. Now we know that Hegesippus spoke about Clement's acquaintance with the Apostles, and said nothing about any other pope until Telesphorus, "who was a glorious martyr." It is not surprising, then, to find that Africanus had, besides the lengths of episcopate, two fixed dates from Hegesippus, those of the death of Clement in the second year of Trajan, and of the martyrdom of Telesphorus in the first year of Antoninus Pius. We may take it, therefore, that about 160 the death of St. Clement was believed to have been in 99.

Identity

Origen identifies Pope Clement with St. Paul's fellow-labourer (Philippians 4:3), and so do Eusebius, Epiphanius, and Jerome — but this Clement was probably a Philippian. In the middle of the nineteenth century it was the custom to identity the pope with the consul of 95, T. Flavius Clemens, who was martyred by his first cousin, the Emperor Domitian, at the end of his consulship. But the ancients never suggest this, and the pope is said to have lived on till the reign of Trajan. It is unlikely that he was a member of the imperial family. The continual use of the Old Testament in his Epistle has suggested to Lightfoot, Funk, Nestle, and others that he was of Jewish origin. Probably he was a freedman or son of a freedman of the emperor's household, which included thousands or tens of thousands. We know that there were Christians in the household of Nero (Philippians 4:22). It is highly probable that the bearers of Clement's letter, Claudius Ephebus and Valerius Vito, were of this number, for the names Claudius and Valerius occur with great frequency in inscriptions among the freedmen of the Emperor Claudius (and his two predecessors of the same gens) and his wife Valeria Messalina. The two messengers are described as "faithful and prudent men, who have walked among us from youth unto old age unblameably", thus they were probably already Christians and living in Rome before the death of the Apostles about thirty years earlier. The Prefect of Rome during Nero's persecution was Titus Flavius Sabinus, elder brother of the Emperor Vespasian, and father of the martyred Clemens. Flavia Domitilla, wife of the Martyr, was a granddaughter of Vespasian, and niece of Titus and Domitian; she may have died a martyr to the rigours of her banishment The catacomb of Domitilla is shown by existing inscriptions to have been founded by her. Whether she is distinct from another Flavia Domitilla, who is styled "Virgin and Martyr", is uncertain. (See FLAVIA DOMITILLA and NEREUS AND ACHILLEUS) The consul and his wife had two sons Vespasian and Domitian, who had Quintilian for their tutor. Of their life nothing is known. The elder brother of the martyr Clemens was T. Flavius Sabinus, consul in 82, put to death by Domitian, whose sister he had married. Pope Clement is rep resented as his son in the Acts of Sts. Nereus and Achilleus, but this would make him too young to have known the Apostles.

Martyrdom

Of the life and death of St, Clement nothing is known. The apocryphal Greek Acts of his martyrdom were printed by Cotelier in his "Patres Apost." (1724, I, 808; reprinted in Migne, P.G., II, 617, best edition by Funk, "Patr. Apost.", II, 28). They relate how he converted Theodora, wife of Sisinnius, a courtier of Nerva, and (after miracles) Sisinnius himself and four hundred and twenty-three other persons of rank. Trajan banishes the pope to the Crimea, where he slakes the thirst of two thousand Christian confessors by a miracle. The people of the country are converted, seventy-five churches are built. Trajan, in consequence, orders Clement to be thrown into the sea with an iron anchor. But the tide every year recedes two miles, revealing a Divinely built shrine which contains the martyr's bones. This story is not older than the fourth century. It is known to Gregory of Tours in the sixth. About 868 St. Cyril, when in the Crimea on the way to evangelize the Chazars, dug up some bones in a mound (not in a tomb under the sea), and also an anchor. These were believed to be the relics of St. Clement. They were carried by St. Cyril to Rome, and deposited by Adrian II with those of St. Ignatius of Antioch in the high altar of the basilica of St. Clement in Rome. The history of this translation is evidently quite truthful, but there seems to have been no tradition with regard to the mound, which simply looked a likely place to be a tomb. The anchor appears to be the only evidence of identity but we cannot gather from the account that it belonged to the scattered bones. (See Acta SS., 9 March, II, 20.) St. Clement is first mentioned as a martyr by Rufinus (c. 400). Pope Zozimus in a letter to Africa in 417 relates the trial and partial acquittal of the heretic Caelestius in the basilica of St. Clement; the pope had chosen this church because Clement had learned the Faith from St. Peter, and had given his life for it (Ep. ii). He is also called a martyr by the writer known as Praedestinatus (c. 430) and by the Synod of Vaison in 442. Modern critics think it possible that his martyrdom was suggested by a confusion with his namesake, the martyred consul. But the lack of tradition that he was buried in Rome is in favour of his having died in exile.

The basilica

The church of St. Clement at Rome lies in the valley between the Esquiline and Coelian hills, on the direct road from the Coliseum to the Lateran. It is now in the hands of the Irish Province of Dominicans. With its atrium, its choir enclosed by a wall, its ambos, it is the most perfect model of an early basilica in Rome, though it was built as late as the first years of the twelfth century by Paschal II, after the destruction of this portion of the city by the Normans under Robert Guiscard. Paschal II followed the lines of an earlier church, on a rather smaller scale, and employed some of its materials and fittings The marble wall of the present choir is of the date of John II (533-5). In 1858 the older church was unearthed, below the present building, by the Prior Father Mulooly, O.P. Still lower were found chambers of imperial date and walls of the Republican period. The lower church was built under Constantine (d. 337) or not much later. St. Jerome implies that it was not new in his time: "nominis eius [Clementis] memoriam usque hodie Romae exstructa ecclesia custodit" (Illustrious Men 15). It is mentioned in inscriptions of Damasus (d. 383) and Siricius (d. 398). De Rossi thought the lowest chambers belonged to the house of Clement, and that the room immediately under the altar was probably the original memoria of the saint. These chambers communicate with a shrine of Mithras, which lies beyond the apse of the church, on the lowest level. De Rossi supposed this to be a Christian chapel purposely polluted by the authorities during the last persecution. Lightfoot has suggested that the rooms may have belonged to the house of T. Flavius Clemens the consul, being later mistaken for the dwelling of the pope; but this seems quite gratuitous. In the sanctuary of Mithras a statue of the Good Shepherd was found.

Pseudo-Clementine writings

Many writings have been falsely attributed to Pope St. Clement I:
  1. The "Second Clementine Epistle to the Corinthians", discussed under III.
  2. Two "Epistles to Virgins", extant in Syriac in an Amsterdam manuscript of 1470. The Greek originals are lost. Many critics have believed them genuine, for they were known in the fourth century to St. Epiphanius (who speaks of their being read in the Churches) and to St. Jerome. But it is now admitted on all hands that they cannot be by the same author as the genuine Epistle to the Corinthians. Some writers, as Hefele and Westcott, have attributed them to the second half of the second century, but the third is more probable (Harnack, Lightfoot). Harnack thinks the two letters were originally one. They were first edited by Wetstein, 1470, with Latin translation, reprinted by Gallandi, "Bibl. vett. Patr.", I, and Migne, P.G., I. They are found in Latin only in Mansi, "Concilia", I, and Funk "Patres Apost.", II. See Lightfoot, "Clement of Rome" (London, 1890), I Bardenhewer, "Gesch. der altkirchl. Litt." (Freiburg im Br., 1902), I; Harnack in "Sitzungsber. der k. preuss. Akad. der Wiss." (Berlin, 1891), 361 and "Chronol." (1904), II, 133.
  3. At the head of the Pseudo-Isidorian decretals stand five letters attributed to St. Clement. The first is the letter of Clement to James translated by Rufinus (see III); the second is another letter to James, found in many manuscripts of the "Recognitions". The other three are the work of Pseudo-Isidore (See FALSE DECRETALS.)
  4. Ascribed to Clement are the "Apostolical Constitutions", "Apostolic Canons", and the "Testament of Our Lord", also a Jacobite Anaphora (Renaudot, Liturg. Oriental. Coll., Paris, 1716, II; Migne, P.G., II). For other attributions see Harnack, "Gesch. der altchr. Lit." I, 777-80. The "Clementines" or Pseudo-Clementines. (q.v.)
  1. The Epistle to the Corinthians
The Church of Corinth had been led by a few violent spirits into a sedition against its rulers. No appeal seems to have been made to Rome, but a letter was sent in the name of the Church of Rome by St. Clement to restore peace and unity. He begins by explaining that his delay in writing has been caused by the sudden calamities which, one after another, had just been falling upon the Roman Church. The reference is clearly to the persecution of Domitian. The former high reputation of the Corinthian Church is recalled, its piety and hospitality, its obedience and discipline. Jealousy had caused the divisions; it was jealousy that led Cain, Esau, etc., into sin, it was jealousy to which Peter and Paul and multitudes with them fell victims. The Corinthians are urged to repent after the example of the Patriarchs, and to be humble like Christ himself. Let them observe order, as all creation does. A curious passage on the Resurrection is somewhat of an interruption in the sequence: all creation proves the Resurrection, and so does the phoenix, which every five hundred years consumes itself, that its offspring may arise out of its ashes (23-6). Let us, Clement continues, forsake evil and approach God with purity, clinging to His blessing, which the Patriarchs so richly obtained, for the Lord will quickly come with His rewards, let us look to Jesus Christ, our High-Priest, above the angels at the right hand of the Father (36). Discipline and subordination are necessary as in an army and in the human body, while arrogance is absurd for man is nothing. The Apostles foresaw feuds, and provided for a succession of bishops and deacons; such, therefore cannot be removed at pleasure. The just have always been persecuted. Read St. Paul's first epistle to you, how he condemns party spirit. It is shocking that a few should disgrace the Church of Corinth. Let us beg for pardon; nothing is more beautiful than charity; it was shown by Christ when He gave His Flesh for our flesh, His Soul for our souls; by living in this love, we shall be in the number of the saved through Jesus Christ, by Whom is glory to God for ever and ever, Amen (58). But if any disobey, he is in great danger; but we will pray that the Creator may preserve the number of His elect in the whole world.--Here follows a beautiful Eucharistic prayer (59-61). The conclusion follows: "We have said enough, on the necessity of repentance, unity, peace, for we have been speaking to the faithful, who have deeply studied the Scriptures, and will understand the examples pointed out, and will follow them. We shall indeed be happy if you obey. We have sent two venerable messengers, to show how great is our anxiety for peace among you" (62-4). "Finally may the all-seeing God and Master of Spirits and Lord of all flesh, who chose the Lord Jesus Christ and us through Him for a peculiar people, grant unto every soul that is called after His excellent and holy Name faith, fear, peace, patience, long-suffering, temperance, chastity, and soberness, that they may be well-pleasing unto His Name through our High Priest and Guardian. Jesus Christ, through whom unto Him be glory and majesty, might and honour, both now and for ever and ever, Amen. Now send ye back speedily unto us our messengers Claudius Ephebus and Valerius Bito, together with Fortunatus also, in peace and with joy, to the end that they may the more quickly report the peace and concord which is prayed for and earnestly desired by us, that we also may the more speedily rejoice over your good order. The grace of our Lord Jesus Christ be with you and with all men in all places who have been called by God and through Him, through whom is glory and honour, power and greatness and eternal dominion, unto Him, from the ages past and for ever and ever. Amen." (64-5.)

The style of the Epistle is earnest and simple, restrained and dignified, and sometimes eloquent. The Greek is correct, though not classical. The quotations from the Old Testament are long and numerous. The version of the Septuagint used by Clement inclines in places towards that which appears in the New Testament, yet presents sufficient evidence of independence; his readings are often with A, but are less often opposed to B than are those in the New Testament; occasionally he is found against the Septuagint with Theodotion or even Aquila (see H. B. Swete, Introd. to the 0. T. in Greek, Cambridge 1900). The New Testament he never quotes verbally. Sayings of Christ are now and then given, but not in the words of the Gospels. It cannot be proved, therefore, that he used any one of the Synoptic Gospels. He mentions St. Paul's First Epistle to the Corinthians, and appears to imply a second. He knows Romans and Titus, and apparently cites several other of St. Paul's Epistles. But Hebrews is most often employed of all New Testament books. James, probably, and I Peter, perhaps, are referred to. (See the lists of citations in Funk and Lightfoot, Westcott, Introductions to Holy Scripture, such as those of Cornely, Zahn, etc., and "The New Test. in the Apost. Fathers", by a Committee of the Oxford Society of Hist. Theology, Oxford, 1906.) The tone of authority with which the letter speaks is noteworthy, especially in the later part (56, 58, etc.): "But if certain persons should be disobedient unto the words spoken by Him through us let them understand that they will entangle themselves in no slight transgression and danger; but we shall be guiltless of this sin" (59). "It may, perhaps, seem strange", writes Bishop Lightfoot, "to describe this noble remonstrance as the first step towards papal domination. And yet undoubtedly this is the case." (I, 70.)

Doctrine

There is little intentional dogmatic teaching in the Epistle, for it is almost wholly hortatory. A passage on the Holy Trinity is important. Clement uses the Old Testament affirmation "The Lord liveth", substituting the Trinity thus: "As God liveth, and the Lord Jesus Christ liveth and the Holy Spirit — the faith and hope of the elect, so surely he that performeth", etc. (58). Christ is frequently represented as the High-Priest, and redemption is often referred to. Clement speaks strongly of justification by works. His words on the Christian ministry have given rise to much discussion (42 and 44): "The Apostles received the Gospel for us from the Lord Jesus Christ; Jesus Christ was sent from God. So then Christ is from God, and the Apostles from Christ. Both [missions] therefore came in due order by the will of God..... So preaching everywhere in country and town, they appointed their first-fruits, having proved them by the Spirit, to be bishops and deacons for those who should believe. And this in no new fashion, for it had indeed been written from very ancient times about bishops and deacons; for thus saith the Scripture: 'I will appoint their bishops in justice and their deacons in faith"' (a strange citation of Isaiah 60:17). . . . "And our Apostles knew through our Lord Jesus Christ that there would be strife over the name of the office of bishop. For this cause therefore, having received complete foreknowledge, they appointed the aforesaid persons, and afterwards they have given a law, so that, if these should fall asleep, other approved men should succeed to their ministration." Rothe, Michiels (Origines de l'episcopat, Louvain, 1900, 197), and others awkwardly understand "if they, the Apostles, should fall asleep". For epinomen dedokasin, which the Latin renders legem dederunt, Lightfoot reads epimonen dedokasin, "they have provided a continuance". In any case the general meaning is clear, that the Apostles provided for a lawful succession of ministers. Presbyters are mentioned several times, but are not distinguished from bishops. There is absolutely no mention of a bishop at Corinth, and the ecclesiastical authorities there are always spoken of in the. plural. R. Sohm thinks there was as yet no bishop at Corinth when Clement wrote (so Michiels and many other Catholic writers; Lightfoot leaves the question open), but that a bishop must have been appointed in consequence of the letter; he thinks that Rome was the origin of all ecclesiastical institutions and laws (Kirchenrecht 189). Harnack in 1897 (Chronol., I) upheld the paradox that the Church of Rome was so conservative as to be governed by presbyters until Anicetus; and that when the list of popes was composed, c. 170, there had been a bishop for less than twenty years; Clement and others in the list were only presbyters of special influence.

The liturgical character of parts of the Epistle is elaborately discussed by Lightfoot. The prayer (59-61) already mentioned, which reminds us of the Anaphora of early liturgies, cannot be regarded, says Duchesne, "as a reproduction of a sacred formulary but it is an excellent example of the style of solemn prayer in which the ecclesiastical leaders of that time were accustomed to express themselves at meetings for worship" (Origines du culte chret., 3rd ed., 50; tr., 50). The fine passage about Creation, 32-3, is almost in the style of a Preface, and concludes by introducing the Sanctus by the usual mention of the angelic powers: "Let us mark the whole host of the angels, how they stand by and minister unto His Will. For the Scripture saith: Ten thousand times ten thousand stood by Him, and thousands of thousands ministered unto Him, and they cried aloud: Holy holy, holy is the Lord of Sabaoth; all creation is full of His glory. Yea, and let us ourselves then being gathered together in concord with intentness of heart, cry unto Him." The combination of Daniel 7:10 with Isaiah 6:3 may be from a liturgical formula. It is interesting to note that the contemporary Apocalypse of St. John 4:8 shows the four living creatures, representing all creation, singing the Sanctus at the heavenly Mass.

The historical references in the letter are deeply interesting: "To pass from the examples of ancient days, let us come to those champions who lived very near to our time. Let us set before us the noble examples which belong to our generation. By reason of jealousy and envy the greatest and most righteous pillars of the Church were persecuted, and contended even until death. Let us set before our eyes the good Apostles. There was Peter, who by reason of unrighteous jealousy endured not one or two, but many labours, and thus having borne his testimony went to his appointed Place of glory. By reason of jealousy and strife Paul by his example pointed out the prize of patient endurance. After that he had been seven times in bonds, had been driven into exile, had been stoned, had preached in the East and in the West, he won the noble renown which was the reward of his faith having taught righteousness unto the whole world and having reached the farthest bounds of the West; and when he had borne his testimony before the rulers, so he departed from the world and went unto the holy place having been found a notable pattern of patient endurance (5). It is obvious that these two Apostles are mentioned because they suffered at Rome. It seems that St. Paul went to Spain as he intended (Romans 15:28) and as is declared by the spurious Acts of Peter and by the Muratorian fragment. "Unto these men of holy lives was gathered a vast multitude of the elect who through many indignities and tortures, being the victims of jealousy, set a brave example among ourselves. By reason of jealousy women being persecuted, after that they had suffered cruel and unholy insults as Danaids and Dircae, safely reached the goal in the race of faith, and received a noble reward, feeble though they were in body" (6). The "vast multitude" both of men and women "among ourselves" at Rome refers to the horrible persecution of Nero, described by Tacitus, "Ann.", XV, xliv. It is in the recent past, and the writer continues: "We are in the same lists, and the same contest awaits us" (7)- he is under another persecution, that of Domitian, covertly referred to as a series of "sudden and repeated calamities and reverses", which have prevented the letter from being written sooner. The martyrdom of the Consul Clement (probably patron of the pope's own family) and the exile of his wife will be among these disasters.

Date and authenticity

The date of the letter is determined by these notices of persecution. It is strange that even a few good scholars (such as Grotius Grabe, Orsi, Uhlhorn, Hefele, Wieseler) should have dated it soon after Nero. It is now universally acknowledged, after Lightfoot, that it was written about the last year of Domitian (Harnack) or immediately after his death in 96 (Funk). In 1996, as Joseph Cardinal Ratzinger, Pope Benedict XVI supported a date of A.D. 70, and by 2002 most scholars a date earlier than 96, some agreeing with the A.D. 70 date. The Roman Church had existed several decades, for the two envoys to Corinth had lived in it from youth to age. The Church of Corinth is called archai (47). Bishops and deacons have succeeded to bishops and deacons appointed by the Apostles (44). Yet the time of the Apostles is "quite lately" and "our own veneration" (5). The external evidence is in accord. The dates given for Clement's episcopate by Hegesippus are apparently 90-99, and that early writer states that the schism at Corinth took place under Domitian (Eusebius, Church History III.16, for kata ton deloumenon is meaningless if it is taken to refer to Clement and not to Domitian; besides, the whole of Eusebius's account of that emperor's persecution, III, xvii-xx, is founded on Hegesippus). St. Irenæus says that Clement still remembered the Apostles, and so did many others, implying an interval of many years after their death. Volkmar placed the date in the reign of Hadrian, because the Book of Judith is quoted, which he declared to have been written in that reign. He was followed by Baur, but not by Hilgenfeld. Such a date is manifestly impossible, if only because the Epistle of Polycarp is entirely modelled on that of Clement and borrows from it freely. It is possibly employed by St. Ignatius, c. 107, and certainly in the letter of the Smyrnaeans on the martyrdom of St. Polycarp, c. 156.

The Epistle is in the name of the Church of Rome but the early authorities always ascribe it to Clement. Dionysius, Bishop of Corinth, wrote c. 170 to the Romans in Pope Soter's time: "Today we kept the holy day, the Lord's day, and on it we read your letter- and we shall ever have it to give us instruction, even as the former one written through Clement" (Eusebius, Church History IV.30). Hegesippus attributed the letter to Clement. Irenaeus, c. 180-5 perhaps using Hegesippus, says: "Under this Clement no small sedition took place among the brethren at Corinth and the Church of Rome sent a most sufficient letter to the Corinthians, establishing them in peace, and renewing their faith, and announcing the tradition it had recently received from the Apostles" (III, iii). Clement of Alexandria, c. 200, frequently quotes the Epistle as Clement's, and so do Origen and Eusebius. Lightfoot and Harnack are fond of pointing out that we hear earlier of the importance of the Roman Church than of the authority of the Roman bishop. If Clement had spoken in his own name, they would surely have noted expressly that he wrote not as Bishop of Rome, but as an aged "presbyter" who had known the Apostles. St. John indeed was still alive, and Corinth was rather nearer to Ephesus than to Rome. Clement evidently writes officially, with all that authority of the Roman Church of which Ignatius and Irenaeus have so much to say.

The Second Letter to the Corinthians


An ancient homily by an anonymous author has come down to us in the same two Greek manuscripts as the Epistle of Clement, and is called the Second Epistle of Clement to the Corinthians. It is first mentioned by Eusebius (Church History III.37), who considered it spurious, as being unknown to the ancients; he is followed (perhaps not independently) by Rufinus and Jerome. Its inclusion as a letter of Clement in the Codex Alexandrinus of the whole Bible in the fifth century is the earliest testimony to a belief in its authenticity; in the sixth century it is quoted by the Monophysite leaders Timothy of Alexandria and Severus of Antioch, and it was later known to many Greek writers. This witness is a great contrast to the very early veneration paid to the genuine letter. Hilgenfeld's theory that it is the letter of Pope Soter to the Corinthians, mentioned by Dionysius in the fragment quoted above, was accepted by many critics, until the discovery of the end of the work by Bryennios showed that it was not a letter at all, but a homily. Still Harnack has again and again defended this view. An apparent reference to the Isthmian Games in 7 suggests that the homily was delivered at Corinth; but this would be in character if it was a letter addressed to Corinth. Lightfoot and others think it earlier than Marcion, c. 140, but its reference to Gnostic views does not allow us to place it much earlier. The matter of the sermon is a very general exhortation, and there is no definite plan or sequence. Some citations from unknown Scriptures are interesting.

Pope Clement I (called CLEMENS ROMANUS to distinguish him from the Alexandrian), is the first of the successors of St. Peter of whom anything definite is known, and he is the first of the "Apostolic Fathers". His feast is celebrated 23 November. He has left one genuine writing, a letter to the Church of Corinth, and many others have been attributed to him.

Sources

The editio princeps of the two "Epistles to the Corinthians" is that of Patrick Young, 1633 (2d ed., 1637), from the famous Codex Alexandrinus (A) of the whole Bible in Greek. A number of editions followed in the seventeenth and eighteenth centuries (enumerated by Funk, Gebhardt, and Lightfoot). in the nineteenth we may notice those of C. J. Hefele (Tübingen, 1st ed., 1839), Jacobson (Oxford, 1st ed., 1840, etc.), Dressel (Leipzig, 1857), in the editions of the Apostolic Fathers by these writers. An edition by Bishop J. B. Lightfoot appeared in 1869 (London and Cambridge), one by J. C. M. Laurent in 1870 (Leipzig), and one by 0. von Gebhardt and A. Harnack in 1875 (Leipzig). All these editions are founded on the one MS., which gives both letters incompletely, and not always legibly. On its doubtful readings Tischendorf wrote in 1873 (Clementis Rom. Epistulae, Leipzig), and he gave a so-called facsimile in 1867 (Appendix codicum celeberrimorum Sinaitici et Vaticani, Leipzig). A photographic reproduction of the whole codex was published at the British Museum in 1879. In 1875 the complete text of both Epistles was published by Bryennios at Constantinople, from-a MS. in the Patriarchal library of that city. It was used in Hilgenfeld's "Clementis Romani Epistulae" (2d ed., Leipzig, 1876), in the second edition of Gebhardt and Harnack (1876). In Lightfoot's edition of 1877 (London) a Syriac version was also used for the first time. The MS. was written in 1170, and is in the Cambridge University Library. It has been published in full by R. L. Bensley and R. H. Kennett, "The Epistles of St. Clement to the Corinthians in Syriac" (London, 1899). Dr. Funk's "Opera Patrum Apostolicorum" first appeared in 1878-81 (Tübingen). The great and comprehensive posthumous edition of Lightfoot's "Clement of Rome" (which contains a photographic facsimile of the Constantinople MS.) was published in 1890 (2 vols. London). The Greek text and English translation are reprinted by Lightfoot, "The Apostolic Fathers" (1 vol., London, 1891). In 1878 Dom Germain Morin discovered a Latin translation of the genuine Epistle in an eleventh-century MS. in the library of the Seminary of Namur (Anecdota Maredsolana, 2 vols., "S. Clementis ad Corinthios Epistulae versio antiquissima", Maredsous, 1894). The version is attributed to the second century by Harnack and others. It has been employed to correct the text in Funk's latest edition (1901), and by R. Knopf, "Der erste Clemensbrief" (in "Texte und Unters.", New Series, Leipzig, 1899). Besides Lightfoot's excellent English rendering, there is a translation of the two Epistles in "Ante-Nicene Chr. Lit." (Edinburgh, 1873, I).

Chapman, John. "Pope St. Clement I." The Catholic Encyclopedia. Vol. 4. New York: Robert Appleton Company,1908. 27 Apr. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/04012c.htm>.

Clement I, Pope M (RM)

Died c. 100.


"O God, make us children of quietness, and heirs of peace" 

--Saint Clement.

"The strong must make sure that they care for the weak. The rich must be certain to give enough to supply all the needs of the poor. The poor must thank God for supplying their needs . . . We all need each other: the great need the small, the small need the great. In our body, the head is useless without the feet and the feet without the head. The tiniest limbs of our body are useful and necessary to the whole" --St. Clement.

Details of Saint Clement's life are unknown. He may have been an ex-slave to the family of T. Flavius Clemens, the cousin of Emperor Domitian, and he may have been of Jewish descent. He is said to have been baptized by Saint Peter. Clement was the third successor of Saint Peter (following Cletus) and governed the Church for about ten years (AD 88-97). Origen and others refer to him as the Clement whom Paul calls a fellow laborer (Phil. 4:3), but this is uncertain. Saint Irenaeus (c. 125-c. 203) says that Clement "had seen and consorted with the blessed apostles."

His acta state that, after converting a patrician named Theodora and her husband Sisinnius and 423 others, the people raised an opposition against him. He was banished by Emperor Trajan to the Crimea where he was made to work in the quarries. The nearest drinking water was six miles away, but Clement found a nearer spring for the use of the Christian captives. It is said that he preached so zealously among the prisoners working in the mines, that soon 75 churches were needed to serve the converts.

Unfortunately, his success drew further unwonted attention causing him to be condemned for his faith.

He was said to have been thrown into the Black Sea with an anchor tied around his neck, and that angels came and built him a tomb beneath the waves, which once a year became visible by a miraculous ebbing of the waves. It was Clement's Epistle to the fractious Corinthians that made him so famous. "Under this Clement," says St. Irenaeus, "no small sedition took place among the brethren at Corinth, and the church of Rome sent a most sufficient letter to the Corinthians, establishing them in peace and renewing their faith, and announcing the tradition it had recently received from the apostles."

In the letter Clement wrote:

"Through jealousy and envy the greatest and most righteous pillars of the church were persecuted and contended unto death. Look to the heroic apostles: Peter through unrighteous jealousy endured not one or two, but many labors, and having thus borne witness went on to his true place of glory. Paul through jealousy and strife, displayed the prize of endurance: seven times in bonds, driven into exile, stoned, a herald for the faith in east and west. . . . Associated with these great men of holy life is a great multitude of believers, suffering many tortures because of jealousy, some of them women who, though weak in body, completed the race of faith."

Clement's constant references to jealousy are to rebuke the church at Corinth, where hotheads had overthrown the lawful Christian leaders and unbelievers were mocking the Christian faith. Written in AD 95, the letter is even older than some parts of the New Testament. Using Old Testament stories he demonstrates the evil resulting from jealousy. He begs the Christians to show mutual tolerance and love and to respect those set in authority over them. He said that peace must be the aim of all who follow Jesus.

The letter is important not only for its eloquence, historical allusions, and its evidence of Roman prestige and authority at the end of the first century, but also as a model of the pastoral letter and a homily on Christian life. It established the instance of the bishop of Rome intervening authoritatively this early in the life of the Church as the pre-eminent authority in the affairs of another apostolic church to settle a dispute. It also provides evidence for the residence and martyrdom of Peter and Paul at Rome.

The letter was well-received by the Corinthians, who for many years used to have it read out in their religious assemblies. Another letter (really a sermon) and other writings bore Clement's name, but it is now known that they are not his. On the strength of the authentic letter to the Corinthians, Clement is accounted the first of the Apostolic Fathers.

Nothing of his martyrdom or place of death are known. His death may have occurred in exile in the Crimea, but the relics that Saint Cyril brought from there to Rome, after having supposedly miraculously recovered them piece by piece, with the anchor, are unlikely to have been his. These were deposited below the altar of San Clemente on the Coelian.

He is the patron saint of the Guild, Fraternity, and Brotherhood of the Most Glorious and Undivided Trinity of London, i.e., "Trinity House," which was formerly called St. Clement's, and is the authority responsible for lighthouses and lightships. The legend of his watery martyrdom has also led to such marine dedications as St. Clement's Isle in Mount's Bay (Attwater, Benedictines, Bentley, Delaney, Encyclopedia, White).

In art, Saint Clement can be recognized as a pope with an anchor and fish. Sometimes there is an addition of (1) a millstone; (2) keys; (3) a fountain that sprung forth at his prayers; or (4) with a book. He might be shown lying in a temple in the sea (Roeder). 


SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1123.shtml

St. Clement, Pope and Martyr

See Tillemont, t. 2, p. 162; Ceillier, Wake, Pagi ad an. 100, n. 2; Schelstrate, Ant. Illustr. Diss. 3, c. 2, p. 340; Adnotatores in Anast. Bibl. t. 2, p. 55, ed. an. 1723; Orsi, t. 1, l. 2.

A.D. 100

ST. CLEMENT, the son of Faustinus, a Roman by birth, was of Jewish extraction; for he tells us himself, that he was of the race of Jacob. 1 He was converted to the faith by St. Peter or St. Paul, and was so constant in his attendance on these apostles, and so active in assisting them in their ministry, that St. Jerom and other fathers call him an apostolic man; St. Clement of Alexandria 2 styles him an apostle; and Rufinus, 3 almost an apostle. Some authors attribute his conversion to St. Peter, whom he met at Cæsarea with St. Barnabas; but he attended St. Paul at Philippi in 62, and shared in his sufferings there. We are assured by St. Chrysostom, 4 that he was a companion of this latter, with SS. Luke and Timothy, in many of his apostolic journeys, labours, and dangers. St. Paul (Phil. iv. 3,) calls him his fellow-labourer, and ranks him among those whose names are written in the book of life: a privilege and matter of joy far beyond the power of commanding devils. (Luke x. 17.) St. Clement followed St. Paul to Rome, where he also heard St. Peter preach, and was instructed in his school, as St. Irenæus, 5 and Pope Zozimus testify. Tertullian tells us, 6 that St. Peter ordained him bishop, by which some understand that he made him a bishop of nations, to preach the gospel in many countries; others, with Epiphanius, 7 that he made him his vicar at Rome, with an episcopal character to govern that church during his absence in his frequent missions. Others suppose he might at first be made bishop of the Jewish church in that city. After the martyrdom of SS. Peter and Paul, St. Linus was appointed bishop of Rome, and after eleven years was succeeded by St. Cletus. Upon his demise, in 89, or rather in 91, St. Clement was placed in the apostolic chair. According to the Liberian Calendar he sat nine years, eleven months, and twenty days.

At Corinth an impious and detestable division, as our saint called it, happened amongst the faithful, like that which St. Paul had appeased in the same church; and a party rebelled against holy and irreproachable priests, and presumed to depose them. It seems to have been soon after the death of Domitian in 96, 8 that St. Clement, in the name of the Church of Rome, wrote to them his excellent epistle, a piece highly extolled and esteemed in the primitive church as an admirable work, as Eusebius calls it. 9 It was placed in rank next to the canonical books of the holy scriptures, and with them read in the churches. Whence it was found in the very ancient Alexandrian manuscript copy of the Bible, which Cyril Lucaris sent to our King James I. from which Patrick Young, the learned keeper of that king’s library, published it at Oxford in 1633. St. Clement begins his letter by conciliating the benevolence of those who were at variance, tenderly putting them in mind, how edifying their behaviour was when they were all humble-minded, not boasting of any thing, desiring rather to be subject than to govern, to give than to receive, content with the portion God had dispensed to them, listening diligently to his word, having an insatiable desire of doing good, and a plentiful effusion of the Holy Ghost upon all of them. At that time they were sincere, without offence, not mindful of injuries, and all sedition and schism was an abomination to them. The saint laments that they had then forsaken the fear of the Lord, and were fallen into pride, envy, strife, and sedition, and pathetically exhorts them to lay aside all pride and anger, for Christ is theirs who are humble, and not theirs who exalt themselves. The sceptre of the majesty of God, our Lord Jesus Christ, came not in the show of pride, though he could have done so; but with humility. He bids them look up to the Creator of the world, and think how gentle and patient he is towards his whole creation; also with what peace it all obeys his will, and the heavens, earth, impassable ocean, and worlds beyond it, 10 are governed by the commands of this great master. Considering how near God is to us and that none of our thoughts are hid from him, how ought we never to do any thing contrary to his will, and honour them who are set over us, showing with a sincere affection of meekness, and manifesting the government of our tongues by a love of silence. “Let your children,” says the saint, “be bred up in the instruction of the Lord, and learn how great a power humility has with God, how much a pure and holy charity avails with him, and how excellent and great his fear is.”

It appears by what follows, that some at Corinth boggled at the belief of a resurrection of the flesh, which the saint beautifully shows to be easy to the almighty power, and illustrates by the vine which sheds its leaves, then buds, spreads its leaves, flowers and afterwards produces first sour grapes, then ripe fruit; by the morning rising from night, and corn brought forth from seed. The resurrection of the fabulous Phœnix in Arabia, which he adds, was at that time very strongly affirmed and believed by judicious Roman critics, 11 and might be made use of for illustration; and whether the author of this epistle believed it or no, is a point of small importance, whatever some may have said upon that subject. 12 The saint adds a strong exhortation to shake off all sluggishness and laziness, for it is only the good workman who receives the bread of his labour. “We must hasten,” says he, “with all earnestness and readiness of mind, to perfect every good work, labouring with cheerfulness; for even the Creator and Lord of all things rejoices in his own works.” The latter part of this epistle is a pathetic recommendation of humility, peace, and charity. “Let every one,” says the saint, “be subject to another, according to the order in which he is placed by the gift of God. Let not the strong man neglect the care of the weak; let the weak see that he reverence the strong. Let the rich man distribute to the necessity of the poor, and let the poor bless God who giveth him one to supply his want. Let the wise man show forth his wisdom, not in words, but in good works. Let him that is humble, never speak of himself, or make show of his actions.—Let him that is pure in the flesh, not grow proud of it, knowing that it was another who gave him the gift of continence. 13 They who are great cannot yet subsist without those that are little; nor the little without the great.—In our body, the head without the feet is nothing; neither the feet without the head. And the smallest members of our body are yet both necessary and useful to the whole.” 14 Thus the saint teaches that the lowest in the church may be the greatest before God, if they are most faithful in the discharge of their respective duties; which maxim Epictetus, the heathen philosopher, illustrates by a simile taken from a play, in which we inquire not so much who acts the part of the king, and who that of the beggar, as who acts best the character which he sustains, and to him we give our applause. St. Clement puts pastors and superiors in mind, that, with trembling and humility, they should have nothing but the fear of God in view, and take no pleasure in their own power and authority. “Let us,” says he, “pray for all such as fall into any trouble or distress; that being endued with humility and moderation, they may submit, not to us but to the will of God.” 15 Fortunatus, who is mentioned by St. Paul, 16 was come from the church of Corinth to Rome, to inform that holy see of their unhappy schism. St. Clement says, he had despatched four messengers to Corinth with him, and adds: “Send them back to us again with all speed in peace and joy, that they may the sooner acquaint us with your peace and concord, so much prayed for and desired by us: and that we may rejoice in your good order.”

We have a large fragment of a second epistle of St. Clement to the Corinthians, found in the same Alexandrian manuscript of the bible: from which circumstance it appears to have been also read like the former in many churches, which St. Dionysius of Corinth expressly testifies of that church, 17 though it was not so celebrated among the ancients as the other. In it our saint exhorts the faithful to despise this world and its false enjoyments, and to have those which are promised us always before our eyes; to pursue virtue with all our strength, and its peace will follow us with the inexpressible delights of the promise of what is to come. The necessity of perfectly subduing both the irascible and concupiscible passions of our soul, he lays down as the foundation of a Christian life, in words which St. Clement of Alexandria enforces and illustrates. Besides these letters of St. Clement to the Corinthians, two others have been lately discovered, which are addressed to spiritual eunuchs, or virgins. Of these St. Jerom speaks, when he says of certain epistles of St. Clement: 18 “In the epistles which Clement, the successor of the apostle Peter, wrote to them, that is, to such eunuchs, almost his whole discourse turns upon the excellence of virginity.” Doctor Cave, 19 having in his eye the letters of this saint to the Corinthians, is angry with St. Jerom for these words, and accuses him of calling a period or two in this saint’s first epistle to the Corinthians, in which virginity is commended, the whole epistle. But this learned writer, and his friend Dr. Grabe, 20 founded this false charge upon a gross mistake, being strangers to these two letters, which were found in a manuscript copy of a Syriac New Testament, by John James Westein, in 1752, and printed by him with a Latin translation at Amsterdam, in 1752, and again in 1757. 21 A French translation of them has been published with short critical notes. These letters are not unworthy this great disciple of St. Peter; and in them the counsels of St. Paul concerning celibacy and virginity are explained; that state is pathetically recommended, without prejudice to the honour due to the holy state of marriage; and the necessity of shunning all familiarity with persons of a different sex, and the like occasions of incontinence are set in a true light. 22

St. Clement with patience and prudence got through the persecution of Domitian. Nerva’s peaceable reign being very short, the tempest increased under Trajan, who, even from the beginning of his reign, never allowed the Christian assemblies. It was in the year 100, that the third general persecution was raised by him, which was the more afflicting, as this reign was in other respects generally famed for justice and moderation. Rufin, 23 Pope Zosimus, 24 and the council of Bazas in 452, 25 expressly style St. Clement a martyr. In the ancient canon of the Roman mass, he is ranked among the martyrs. There stood in Rome, in the eighth century, a famous church of St. Clement, in which the cause of Celestius the Pelagian was discussed. This was one of the titles, or parishes of the city: for Renatus, legate from St. Leo to the false council of Ephesus, was priest of the title of St. Clement’s. At that time only martyrs gave titles to churches. 26 Eusebius tells us, that St. Clement departed this life in the 3d year of Trajan, of Christ 100. From this expression some will have it that he died a natural death. But St. Clement says of St. Paul, who certainly died a martyr, that “he departed out of the world.” 27 It is also objected, that St. Irenæus gives the title of martyr only to St. Telesphorus among the popes before St. Eleutherius. 28 But it is certain that some others were martyrs, whatever was the cause of his omission. St. Irenæus mentions the epistle of St. Clement, yet omits those of St. Ignatius, though in some places he quotes him. Shall we hence argue, that St. Ignatius wrote none? When the Emperor Lewis Debonnair founded the great abbey of Cava in Abruzzo, four miles from Salerno, in 872, he enriched it with the relics of St. Clement, pope and martyr, which Pope Adrian sent him, as is related at length in the chronicle of that abbey, with a history of many miracles. These relics remain there to this day. 29 The ancient church of St. Clement in Rome, in which St. Gregory the Great preached several of his homilies, still retains part of his relics. It was repaired by Clement XI. but still shows entire the old structure of Christian churches, divided into three parts, the narthex, the ambo, and the sanctuary. 30

St. Clement inculcates, 31 that the spirit of Christianity is a spirit of perfect disengagement from the things of this world. “We must,” says he, “look upon all the things of this world, as none of ours, and not desire them. This world and that to come are two enemies. We cannot therefore be friends to both; but we must resolve which we would forsake, and which we would enjoy. And we think, that it is better to hate the present things, as little, short-lived, and corruptible; and to love those which are to come, which are truly good and incorruptible. Let us contend with all earnestness, knowing that we are now called to the combat. Let us run in the straight road, the race that is incorruptible.—This is what Christ saith: keep your bodies pure, and your souls without spot, that ye may receive eternal life.”

Note 1. Ep. 1, ad Cor. [back]

Note 2. Strom. l. 4. [back]

Note 3. De Adulter. lib. Orig. [back]

Note 4. S. Chrys. Prol. in 1 Tim. et Hom. 13, in Phil. [back]

Note 5. L. 3, c. 3. [back]

Note 6. Prescr. c. 32. [back]

Note 7. Hær. 27, c. 6. [back]

Note 8. See Patr. Junius, or Young. (Annot. in ep. Clem. Cotelier, p. 82. Ceillier, &c.) Yet Dodwell, (Appen. ad c. 6, Diss. ad Pearson, p. 219; Cave, Hist. Lit. p. 28, t. 1; Archbp. Wake, pp. 12, 13, &c.; Grabe in Spicilegio, t. 10, p. 245, &c.) think this epistle was written by St. Clement, whilst the see of Rome was vacant, after the martyrdom of SS. Peter and Paul; on which account they say he writes in the name of the Roman Church. For in the beginning he speaks of troubles, (c. 1,) which seem to represent Nero’s persecution; he speaks (c. 5,) of the martyrdom of SS. Peter and Paul as recent; he mentions the services of the Jewish temple as subsisting, (c. 41,) which were abolished in the year 70; and Fortunatus, who came from Corinth to Rome with information of this schism, (c. 59,) was an old disciple in St. Paul’s time.—1 Cor. xv. 16. [back]

Note 9. Eus. Hist. l. 3, c. 16. See S. Iræn. ap. Eus. l. 5, c. 6; S. Jerom in Catal. c. 15; Photius, Cod. 126. [back]

Note 10. The British Isles, and other places separated from the continent of the ancients by vast distances and a wide ocean, are called by them new worlds. [back]

Note 11. Tacitus, Annul. l. 6, n. 28, &c. [back]

Note 12. See Tentzelius, Dissert. Select. de Phœnic. p. 33, et n. 16, p. 45. [back]

Note 13. S. Clem. ep. 1. ad Cor. n. 38. [back]

Note 14. N. 37. [back]

Note 15. N. 56. [back]

Note 16. 1 Cor. xvi. 17. [back]

Note 17. Ap. Eus. l. 4, c. 23. [back]

Note 18. L. 1, adv. Jovinian. c. 7, p. 327. [back]

Note 19. Hist. Liter, t. 1, p. 29, ed. Noviss. [back]

Note 20. Spicil. Patrum, Sæc. 1, p. 262. [back]

Note 21. Mr. Westein answers the objections made by Henry Venema, a German Lutheran, to the authenticity of these two letters, on which see the acts of Leipsic, for January, 1756. Mr. Westein acknowledges that St. Clement differed much in his opinion of celibacy from Martin Luther; “but it has not been proved,” says this Protestant author, “that his opinion was wrong.” For, “if any one denies himself what it is allowed him to enjoy, that he may better and more freely apply himself to the care of the church, why ought he not to hope to receive a great recompence in the life to come.” [back]

Note 22. Several forged works have appeared under the name of St. Clement. First, the Recognitions of St. Clement came abroad in the middle of the second century, and are mentioned by Origen. In them are contained a pretended itinerary with disputations of St. Peter. The Ebionites inserted their errors in this work: also in the nineteen Clementine sermons, &c., published by Cotelier, under the title of Pseudo-Clementina. The impostor was a man of learning and eloquence. Some have attributed to St. Clement the apostolic canons, which were collected in the third century from various preceding councils; some from those of the Re-baptizers in Africa. (See Beveridge in Canon, eccl. t. 1; Grabe in Spicileg. t. 1, p. 290; Nourry, in Appar. t. 1; Cotelier, Patres Apostol. and principally Fontanini, Hist. Litter. Aquil. l. 5, c. 10, p. 324.) The apostolic constitutions are almost as old as the collection of the canons aforesaid. They are quoted by St. Epiphanius, (hær. 45, 85,) but have been altered since that time. They are a compilation of the regulations of many ancient pastors, in some of which the author personates the apostles. The liturgy is one of the most ancient extant. (See Ceillier, t. 13, p. 643.) The dream of Whiston in ranking these counterfeit writings among the canonical scriptures, deserves no notice. [back]

Note 23. De adulterat. Lib. Orig. [back]

Note 24. Ep. 2, (an. 417,) p. 945, ed. Coutant. [back]

Note 25. Conc. Vasens. can. 6, t. 1; Cone, ad Hardwin. p. 1788. [back]

Note 26. The Greek acts of the martyrdom of St. Clement in Taurica Chersonesus, though as old as St. Gregory of Tours, are justly exploded by Tillemont, Orsi, &c. [back]

Note 27. Ep. ad Cor. c. 5. [back]

Note 28. L. 3, c. 3. [back]

Note 29. Chron. Casauriense ap. Muratori inter Ital. Rer. Scriptor. t. 2. part. 2, p. 776. [back]

Note 30. See Ficoroni Vestigia di Roma Antica, (an. 1744,) c. 14, 25. [back]

Note 31. Ep. 2, ad Cor. n. 5, 6. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XI: November. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/11/231.html

San Clemente I Romano Papa e martire


- Memoria Facoltativa


Clemente, quarto vescovo di Roma dopo Pietro, Lino e Anacleto, è ricordato nel Canone Romano. La lettera da lui indirizzata ai Corinzi per ristabilire la concordia degli animi, appare come uno dei più antichi documenti dell'esercizio del primato. Lo scritto testimonia il Canone dei libri ispirati e dà preziose notizie sulla liturgia e sulla gerarchia ecclesiastica. Accenna anche alla gloriosa morte degli apostoli pietro e Paolo e dei protomartiri romani nella persecuzione di Nerone.

Etimologia: Clemente = indulgente, generoso, dal latino

Emblema: Palma

Martirologio Romano: San Clemente I, papa e martire, che resse la Chiesa di Roma per terzo dopo san Pietro Apostolo e scrisse ai Corinzi una celebre Lettera per rinsaldare la pace e la concordia tra loro. In questo giorno si commemora la deposizione del suo corpo a Roma.

Risuonava ancora al suo orecchio la predicazione degli Apostoli. Così nel II secolo sant’Ireneo parla di Clemente, terzo successore di Pietro dopo Lino e Anacleto, e forse in gioventù collaboratore di Paolo. Ma di lui una sola cosa è certa: la profonda conoscenza (rivelata negli scritti) della Scrittura e anche dei testi ebraici e non canonici. Si ritiene perciò che sia venuto al cristianesimo dall’ebraismo. Sappiamo che il suo pontificato dura nove anni, sotto gli imperatori Domiziano, Nerva e Traiano. Ma il suo posto è grande nella vita della Chiesa, che lo venera come uno dei “Padri apostolici”, per la lettera alla comunità di Corinto, dove i pastori sono stati destituiti da giovani cristiani turbolenti.

Clemente non interviene finché dura la persecuzione ordinata da Domiziano nell’Impero. Tornata la pace, al tempo di Nerva, eccolo inviare a Corinto una lettera scritta da lui ma presentata come voce della Chiesa di Roma, cosciente della sua autorità e responsabilità. Essa ricorda l’origine divina dell’autorità ecclesiastica e le norme per la successione apostolica; condanna l’espulsione dei presbiteri di Corinto e disegna un’immagine dell’intera comunità cristiana come modello di fraternità. Infine, sebbene Clemente scriva dopo la persecuzione, rammenta con serenità il dovere dell’obbedienza ai prìncipi nelle cose terrene.

La lettera, detta poi Prima Clementis, afferma dopo i testi degli Apostoli l’autorità dei vescovi sui fedeli e il primato della Chiesa di Roma sulle altre. Sarà infatti definita “Epifania (cioè manifestazione) del primato romano”. Un documento che si diffonde in tutta la cristianità antica, e che resta valido in ogni tempo. La voce di Clemente parla "con una gravità saggia, paterna, cosciente delle proprie responsabilità, ferma nelle esigenze e al tempo stesso indulgente nei suoi rimproveri" (G. Lebreton). Ancora 70 anni dopo, a Corinto, il documento viene letto pubblicamente nelle riunioni eucaristiche domenicali, insieme alle Scritture.

Poco si sa degli ultimi anni di Clemente. Secondo una tradizione del IV secolo, sarebbe stato affogato con un’ancora al collo in Crimea, suo luogo d’esilio, per ordine di Nerva. Ma gli Atti relativi sono giudicati leggendari. D’altra parte lo storico Eusebio di Cesarea e san Girolamo concordemente dicono che Clemente muore nel 101, e non parlano affatto di esilio e di martirio.

Nel IV secolo gli viene dedicata sul colle Celio a Roma una basilica, che sarà poi devastata da un incendio nel 1084. E sui suoi resti, dopo il 1100, sorgerà la basilica nuova a tre navate, ampiamente restaurata poi nel secolo XVIII. Sotto la sua abside gli scavi ottocenteschi hanno fatto scoprire parti della basilica originale, con dipinti murali anteriori al 1084. In ogni tempo la Chiesa continua a venerarlo, col nome di Clemente Romano.

SOURCE : http://www.santiebeati.it/dettaglio/30150


Autore: Domenico Agasso
SOURCE : http://www.santiebeati.it/dettaglio/30150