dimanche 11 novembre 2012

Saint MARTIN de TOURS, évêque et confesseur


Simone Martini. Saint Martin renonce à sa vie militaire et de chevalier,
 fresque, 1322-1326. Cappella di San Martino, San Francesco, Assisi


Saint Martin

Évêque de Tours

(316-397)

Saint Martin, né en Pannonie, suivit en Italie son père, qui était tribun militaire au service de Rome. Bien qu'élevé dans le paganisme, il en méprisait le culte, et comme s'il eût été naturellement chrétien, il ne se plaisait que dans l'assemblée des fidèles, où il se rendait souvent malgré l'opposition de sa famille.

Dès l'âge de quinze ans, il fut enrôlé de force dans les armées romaines, et alla servir dans les Gaules, pays prédestiné qu'il devait évangéliser un jour. Que deviendra cet enfant dans la licence des camps? Sa foi n'y va-t-elle pas sombrer? Non, car Dieu veille sur ce vase d'élection.

Le fait le plus célèbre de cette époque de sa vie, c'est la rencontre d'un pauvre grelottant de froid, presque nu, par un hiver rigoureux. Martin n'a pas une obole; mais il se rappelle la parole de l'Évangile: J'étais nu, et vous M'avez couvert. "Mon ami, dit-il, je n'ai que mes armes et mes vêtements." Et en même temps, taillant avec son épée son manteau en deux parts, il en donna une au mendiant. La nuit suivante il vit en songe Jésus-Christ vêtu de cette moitié de manteau et disant à Ses Anges: "C'est Martin, encore simple catéchumène, qui M'a ainsi couvert." Peu de temps après il recevait le Baptême. Charité, désintéressement, pureté, bravoure, telle fut, en peu de mots, la vie de Martin sous les drapeaux. Il obtint son congé à l'âge d'environ vingt ans.

La Providence le conduisit bientôt près de saint Hilaire, évêque de Poitiers. Après avoir converti sa mère et donné des preuves éclatantes de son attachement à la foi de Nicée, il fonda près de Poitiers, le célèbre monastère de Ligugé, le premier des Gaules. L'éclat de sa sainteté et de ses miracles le fit élever sur le siège de Tours, malgré sa vive résistance. Sa vie ne fut plus qu'une suite de prodiges et de travaux apostoliques.

Sa puissance sur les démons était extraordinaire. Il porta à l'idolâtrie des coups dont elle ne se releva pas. Après avoir visité et renouvelé son diocèse, l'homme de Dieu se sentit pressé d'étendre au dehors ses courses et ses travaux. Vêtu d'une pauvre tunique et d'un grossier manteau, assis sur un âne, accompagné de quelques religieux, le voilà qui part en pauvre missionnaire pour évangéliser les campagnes. Il parcourt presque toutes les provinces gauloises: ni les montagnes, ni les fleuves, ni les dangers d'aucune sorte ne l'arrêtent; partout sa marche est victorieuse, et il mérite par excellence le nom de Lumière et d'Apôtre des Gaules.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/saint_martin_de_tours.html


SAINT MARTIN, ÉVÊQUE

Martin, c'est comme si on disait qui tient Mars, c'est-à-dire la guerre contre les vices et les péchés; ou bien encore l’un des martyrs; car il fut martyr au moins de volonté et par la mortification de sa chair. Martin peut encore s'interpréter excitant, provoquant, dominant. En effet, par le mérite de sa sainteté, il excita le diable a l’envie, il provoqua Dieu à la miséricorde, et il dompta sa chair par des macérations continuelles. La chair doit être dominée par la raison ou l’âme, dit saint Denys dans l’épure à Démophile, comme un maître domino un serviteur, et un vieillard un jeune débauché. Sévère surnommé Sulpice, disciple de saint Martin, a écrit sa vie et cet auteur est compté au nombre des hommes illustres par Gennacle.


Martin, originaire de Sabarie, ville de Pannonie, mais élevé à Pavie en Italie, servit en qualité de militaire avec son père, tribun des soldats, sous les césars Constantin et Julien. Ce n'était pas cependant de son propre mouvement, car, tout jeune encore; poussé par l’inspiration de Dieu, à l’âge de douze ans, malgré ses parents, il alla à l’église et demanda, qu'on le fit catéchumène; et dès lors il se serait retiré dans un ermitage, si la faiblesse de sa constitution ne s'y fût opposée.

Mais les empereurs ayant porté un décret par lequel tous les fils des vétérans étaient obligés à servir à la place de leurs pères, Martin, âgé de quinze ans, fut forcé d'entrer au service, se contentant d'un serviteur seulement qu'il servirait du reste lui-même le plats souvent, et dont il ôtait et nettoyait la chaussure.

Un jour d'hiver, passant à la porte d'Amiens, il rencontra un homme nu qui n'avait reçu l’aumône de personne. Martin comprit que ce pauvre lui avait été réservé : il prit son épée, et partagea en deux le manteau qu'il avait sur lui, en donna une moitié au pauvre, et se recouvrit de l’autre moitié qui lui restait. La nuit suivante, il vit J.-C., revêtu de la partie du manteau dont il avait couvert le pauvre, et l’entendit dire aux anges qui l’entouraient : « Martin, qui n'est encore que catéchumène, m’a couvert de ce vêtement » Le saint homme ne s'en glorifia point, mais connaissant par là combien Dieu est bon il se fit baptiser, à l’âge de dix-huit ans, et cédant aux instances de son tribun, qui lui promettait de renoncer au monde à l’expiration de son tribunat, il servit encore deux ans.

Pendant ce temps, les barbares firent irruption dans la Gaule, et Julien César qui devait lui livrer bataille, donna de l’argent aux soldats; mais Martin, dont l’intention était de ne plus rester au service, ne voulut pas recevoir cette gratification, et dit à César : « Je suis soldat de J.-C. ; il ne m’est pas permis de me battre. » Julien indigné répondit que ce n'était pas par religion, mais par peur de la bataille dont on était menacé, qu'il renonçait au service militaire. Martin répliqua avec intrépidité : « Si c'est à la lâcheté et non à la foi que l’on attribue ma démarche, demain je me placerai, sans armes, au-devant des rangs, et au nom de J.-C., avec le signe de la croix pour me protéger, et sans bouclier, ni casque, je pénétrerai sans crainte dans les bataillons ennemis. » On le fit garder, pour l’exposer sans armes, comme il l’avait dit, au-devant des barbares. Mais le jour suivant, les ennemis envoyèrent une ambassade pour se rendre eux et tout ce qu'ils possédaient. Il n'y a pas de doute que ce ne fut aux mérites du saint personnage que cette victoire ait été remportée sans effusion de sang. Il quitta donc le service pour se retirer auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers qui l’ordonna acolyte.

Le Seigneur l’avertit dans un songe d'aller visiter ses parents qui étaient encore païens. En partant, il prédit qu'il aurait à endurer beaucoup d'adversités : en effet, au milieu des Alpes, il tomba entre les mains des voleurs; et l’un d'eux avait levé sa hache pour lui frapper la tête, quand un entre retint son bras : cependant on lui lia les mains derrière le dos, et il fut livré à la garde d'un voleur. Celui-ci lui demanda s'il avait éprouvé quelque crainte; Martin lui répondit que jamais il n'avait été si exempt d'inquiétudes, parce qu'il savait que la miséricorde de Dieu se manifeste principalement dans le danger. Alors il commença à prêcher le larron qu'il convertit à la foi de J.-C. Cet homme remit Martin sur son chemin, et termina dans la suite sa vie avec édification.

Quand Martin eut passé Milan, le diable se présenta devant lui sous une forme humaine et lui demanda où il allait. Le saint répondit qu'il allait où le Seigneur l’appelait; alors le diable lui dit : « Partout où tu iras, tu rencontreras le diable pour te contrarier. » Martin lui répliqua : « Le Seigneur est mon soutien, et je ne craindrai point ce que l’homme pourra me faire », et à l’instant le diable s'évanouit. Il convertit sa mère, mais son père persévéra dans l’erreur. Comme l’hérésie arienne était répandue par toute la terre, et que le saint était presque seul à la combattre, il fut fouetté publiquement et chassé d'une ville; il revint alors à Milan où il se construisit un monastère. Mais en ayant été chassé par les Ariens, il alla à l’île de Gallinaria, accompagné d'un seul prêtre: là, entre autres herbes, il mangea de l’ellébore qui est un poison, et il se sentait mourir, quand, par la force de sa prière, il fit disparaître tout danger et toute douleur. » Lorsqu'il apprit que saint Hilaire revenait de l’exil, il partit au-devant de lui, et fonda un monastère auprès de Poitiers.

Au retour d'un voyage hors de son monastère, il y trouva un catéchumène mort sans baptême. Il le porta dans sa cellule, et se prosternant sur son cadavre, il le rappela à la vie par sa prière. Cet homme avait coutume de dire, qu'après son jugement, il fut envoyé dans des endroits obscurs, quand deux anges suggérèrent au souverain juge que c'était pour lui que Martin priait. On leur ordonna donc de ramener cet homme vivant à Martin. Il rendit en outre à la vie un autre homme qui avait mis fin à ses jours en se pendant.

Le peuple de Tours se trouvait alors sans évêque et demanda qu'on promût Martin à l’épiscopat, malgré les vives résistances du saint homme. Or, quelques-uns des évêques, qui se trouvaient là rassemblés, y mettaient opposition parce que Martin était d'un extérieur difforme et laid de visage. Le principal d'entre eux était un nommé Défenseur : or, comme le lecteur se trouvait absent pour le moment, quelqu'un prit le psautier et lut le premier psaume qui se présenta; c'est celui dans lequel se trouve ce verset : « Ex ore infantium et lactentium, Deus, perfecisti laudem, ut destruas inimicum et defensorem (C'est le texte tel qu'il se trouve dans l’ancienne version des psaumes en usage alors dans les Gaules, ps. VIII). O Dieu, vous avez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des petits enfants, et de ceux qui sont à la mamelle pour détruire l’ennemi et. son défenseur » (Ps. VIII. Ce défenseur était l’évêque d'Angers). En sorte que Défenseur resta confus en présence de tout le monde.

Quand Martin fut ordonné évêque, comme il ire pouvait supporter le bruit que faisait le peuple, il établit un monastère à deux milles environ de Tours, et il y vécut avec quatre-vingts disciples dans une grande: abstinence; personne en effet n'y buvait du vin, à moins d'y être forcé par le besoin : être habillé trop délicatement, y passait pour un crime: Plusieurs villes venaient choisir là leurs évêques. Un homme était honoré comme martyr, et Martin n'avait pu trouver aucun renseignement sur sa vie et ses mérites; un jour donc que le saint était debout en prières sur son tombeau, il supplia le Seigneur de lui faire connaître qui était cet homme et quel mérite il pouvait avoir. Et s'étant tourné à gauche, il vit debout un fantôme tout noir qui ayant été adjuré par Martin, répondit, qu'il avait été larron et qu'il avait subi le supplice pour son crime. Aussitôt donc, Martin fit détruire l’autel.

On lit encore dans le Dialogue de Sévère et de Gallus, disciples de saint Martin, livre oit se trouvent rapportés une multitude de faits que Sévère avait laissés de côté (Ce Dialogue est l’oeuvre de Sulpice Sévère qui y prend le nom de Gallus), que, un jour, Martin fut obligé d'aller trouver l’empereur Valentinien ; mais celui-ci sachant que Martin venait solliciter une faveur. qu'il ne voulait pas accorder, lui fit fermer les portes du palais. Martin, ayant supporté un premier et un second affront, s'enveloppa d'un cilice, se couvrit de cendres pendant une semaine et se mortifia par l’abstinence du boire et du manger. Après quoi, averti par un ange, il alla au palais, et sans que personne l’en empêchât, il parvint jusqu'à l’empereur. Quand celui-ci le vit venir, il se mit en colère de ce qu'on l’avait laissé passer, et ne voulut pas se lever devant lui, jusqu'au moment où le feu se mit au fauteuil impérial et brûla l’empereur lui-même dans la partie du corps sur laquelle il était assis. Alors il fut forcé de se lever devant Martin, en avouant qu'il avait ressenti une force divine ; il l’embrassa tendrement, lui accorda tout, avant même qu'il le demandât, et lui offrit de nombreux présents que saint Martin n'accepta point. Dans le même Dialogue (c. V), on voit comment il ressuscita le troisième mort. Un jeune homme venait de mourir et sa mère conjurait avec larmes saint Martin de le ressusciter. Alors le saint, au milieu d'un champ où se trouvait une multitude innombrable de gentils, se mit à genoux, et sous les yeux de tout ce monde, l’enfant ressuscita. C'est pourquoi tous ces gentils furent convertis à la foi. Les choses insensibles, les végétaux, les créatures privées de raison obéissaient à ce saint homme : 1° Les choses insensibles, comme l’eau et, le feu. Il avait mis le feu à un temple, et la flamme poussée par le vent se portait sur une maison voisine. Martin monta sur le toit de la maison et se mit au-devant des flammes qui s'avançaient : tout à coup elles rebroussèrent contre la violence du vent, de sorte qu'il paraissait exister un conflit entre les éléments qui luttaient l’un contre l’autre. Un navire était en péril, lit-on dans le même Dialogue (c. XVII) ; un marchand qui n'était pas encore chrétien, s'écria : « Dieu de Martin, sauvez-nous! » et aussitôt il se fit un grand calme. 2° Les végétaux lui obéissaient aussi de même. Dans un bourg, il avait fait abattre un temple fort ancien, et il voulait couper un pin consacré au diable, malgré les paysans et les gentils, quand l’un d'eux dit: « Si tu as confiance en ton Dieu, nous couperons cet arbre, et toi tu le recevras, et si ton Dieu est avec toi, ainsi que tu le dis, tu échapperas au péril. » Martin consentit; l’arbre était coupé et tombait déjà sur le saint qu'on avait lié de ce côté, quand il fit le signe de la croix vers l’arbre qui se renversa de l’autre côté et faillit écraser les paysans qui s'étaient rais à l’abri. A la vue de ce miracle, ils se convertirent à la foi (Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, c. X). 3° Les créatures privées de raison, comme les animaux, lui obéirent, aussi plusieurs fois, ainsi qu'on le voit dans le Dialogue cité plus haut (c. X). Avant vu des chiens qui poursuivaient un levreau, il leur commanda de cesser de le poursuivre : et aussitôt les chiens s'arrêtèrent et restèrent droits comme s'ils eussent été attachés par leurs pattes. Un serpent passait un fleuve à la nage et Martin lui dit : « Au nom du Seigneur, je t'ordonne de retourner. » Aussitôt et à la parole du saint, le serpent se retourna et passa sur l’autre rive. Alors Martin dit en gémissant : « Les serpents m’écoutent et les hommes ne m’écoutent pas. » Un chien encore aboyait contre un disciple de saint Martin : et se tournant vers lui, le disciple lui dit : « Au nom de Martin, je t'ordonne de te taire. » Et le chien se tut aussitôt, comme si on lui eût coupé la langue (Dialogue, III, c. IV).

Le bienheureux Martin posséda une grande humilité; car un lépreux qui faisait horreur, s'étant rencontré sur son chemin à Paris, il l’embrassa, le bénit, et cet homme fut guéri de suite. Quand il était dans le sanctuaire, jamais il ne se servit de la chaire, car personne ne le vit jamais s'asseoir dans l’église : il se mettait sur un petit siège rustique, qu'on appelle trépied. Il jouissait d'une grande considération; car on disait qu'il était l’égal des apôtres, et cela pour la grâce du Saint-Esprit qui descendit en forme de feu sur lui afin de lui donner de la vigueur, comme cela eut lieu pour lés apôtres. Ceux-ci le visitaient fréquemment comme s'il eût été leur égal. On lit en effet, dans le livre (Ibid., II, c. XIV) cité plus haut, qu'une fois saint Martin étant dans sa cellule, Sévère et Gallus, ses disciples, qui attendaient à la porte, furent frappés tout à coup d'une merveilleuse frayeur, en entendant plusieurs personnes en conversation dans la cellule. Ayant questionné plus tard à ce sujet saint Martin : « Je vous le dirai, répondit-il, mais vous, ne le dites à personne, je vous prie. Ce sont sainte Agnès, sainte Thècle et la sainte Vierge Marie qui sont venues vers moi. » Et il avoua que ce n'était pas ce jour-là seulement, ni la seule fois qu'il eût reçu leur visite. Il raconta que les apôtres saint Pierre et saint Paul lui apparaissaient souvent. — Il pratiquait une haute justice ; car ayant été invité par l’empereur Maxime et ayant reçu le premier la coupe, tout le monde attendait qu'après avoir bu, il la passerait à l’empereur, mais il la donna à son prêtre, ne jugeant personne plus digne de boire après lui, et pensant commettre une chose indigne que, de préférer à ce prêtre ou bien l’empereur, ou bien ceux qui venaient après ce dernier. Il était doué d'une grande patience. Tout évêque qu'il fût, souvent les clercs lui manquaient impunément; il ne les privait cependant pas de sa bienveillance. Personne ne le vit jamais en colère, jamais triste, jamais riant. Il n'avait jamais à la bouche que le nom de J.-C. ; jamais dans le coeur que la pitié, la paix, la miséricorde. On lit encore, dans ce Dialogue, qu'un jour Martin, revêtu d'un habit à longs poils et couvert d'un manteau noir qui pendait deçà et de là, s'avançait, monté sur un petit âne : des chevaux venant du côté opposé s'en étant effrayés, les soldats qui les conduisaient tombèrent à terre immédiatement; puis saisissant Martin, ils le frappèrent rudement. Or, le saint resta comme un muet, présentant le dos à ceux qui le maltraitaient : ceux-ci étaient d'autant plus furieux que le saint semblait les mépriser en ne paraissant pas ressentir les coups qu'ils lui portaient : mais à l’instant, leurs chevaux restèrent attachés par terre ; on avait beau les frapper à coups redoublas; ils ne pouvaient pas plus remuer que des pierres, jusqu'au moment où les soldats revenus vers saint Martin confessèrent le péché qu'ils avaient commis contre lui, sans le connaître ; il leur donna aussitôt la permission de partir: alors leurs chevaux s'éloignèrent d'un pas rapide. Il fut très assidu à la prière; car, ainsi qu'on le dit dans sa légende, jamais il ne passa une heure, un moment sans se livrer ou à la prière ou à la lecture. Pendant la lecture ou le travail, jamais il ne détournait son esprit de la prière. Et comme c'est la coutume des forgerons, de frapper de temps en temps sur l’enclume pendant qu'ils battent le fer, pour alléger leur labeur, de même saint Martin, au milieu de chacune de ses actions, priait toujours. Il exerçait sur lui-même de grandes austérités. Sévère rapporte, en effet, dans sa lettre à Eusèbe, que Martin étant venu dans 'un village de son diocèse, ses clercs lui avaient préparé un lit avec beaucoup de paille. Quand le saint se fut couché, il eut horreur de cette délicatesse inaccoutumée, lui qui se reposait d'ordinaire sur la terre nue, couvert seulement d'un cilice. Alors ému de l’injure qu'il croyait avoir reçue, il se leva, jeta de côté toute la paille et se coucha sur la terre nue. Or, vers minuit, cette paille prend feu ; saint Martin éveillé cherche à sortir, sans pouvoir le faire; le feu le saisit et déjà ses vêtements brûlent. Mais il a recours, comme d'habitude, à la prière; il fait le signe de la croix et reste au milieu du feu qui ne le touche pas ; les flammes lui semblaient alors une rosée, quand tout à l’heure il venait d'en ressentir la vivacité. Aussitôt les moines éveillés accourent et tirent des flammes Martin sain et sauf, tandis qu'ils le croyaient consumé. Il témoignait une grande compassion pour les pécheurs, car il recevait dans son sein tous ceux qui voulaient se repentir. Le diable lui reprochait en effet clé recevoir à la pénitence ceux qui étaient tombés une fois; alors Martin lui dit : « Si toi-même, misérable, tu cessais de tourmenter les hommes et si tu te repentais de tes actions, j'ai assez de confiance dans le Seigneur pour pouvoir te promettre la miséricorde de J.-C. » Il avait une grande pitié à l’égard des pauvres. On lit dans le même Dialogue (II, c. I) que saint Martin, un jour de fête, allant à l’église, fut suivi par un pauvre qui était nu. Le saint ordonna à son archidiacre de revêtir cet indigent; mais celui-là ayant tardé à le faire, Martin entra dans la sacristie (Secretarium, c'était un lieu attenant à l’église où les clercs se réunissaient pour vaquer à la prière et à la lecture), donna sa tunique au pauvre en lui commandant de sortir aussitôt. Or, comme l’archidiacre l’avertissait qu'il était temps de commencer les saints mystères, saint Martin répondit qu'il n'y pouvait aller avant que le pauvre n'eût reçu un habit. C'était de lui-même qu'il parlait. L'archidiacre qui ne comprenait pas, parce qu'il voyait saint Martin revêtu de sa chape de dessus, sans se douter qu'il eût été nu sur lui, répond qu'il n'y a pas de pauvre. Alors le saint dit: « Qu'on m’apporte uni habit, et il n'y aura pas de pauvre à vêtir. » L'archidiacre fut forcé d'aller au marché et prenant pour cinq pièces d'argent une tunique sale et courte, qu'on appelle pénule, comme on dirait presque nulle, il la jeta en colère: aux pieds de Martin, qui se retira à l’écart pour la mettre : or, les manches de la pénule n'allaient que jusqu'au coude et elle descendait seulement à ses genoux. Néanmoins, Martin s'avança ainsi revêtu pour célébrer la messe. Mais pendant le saint sacrifice, un globe de feu apparut sur, sa tête, et beaucoup de personnes l’y remarquèrent. C'est pour cela qu'on dit qu'il était l’égal des apôtres. A ce miracle, Maître Jean Beleth ajoute (c. CLXIII) que le saint levant les mains vers Dieu à la préface de la messe, comme c'est la coutume, les manches de toile venant à retomber sur elles-mêmes, parce que ses bras n'étaient ni gros, ni gras et que la tunique dont il vient d'être parlé, n'allait que jusqu'aux coudes, ses bras restèrent nus. Alors des bracelets miraculeux, couverts d'or et de pierreries, sont apportés par des anges pour couvrir ses bras avec décence. En apercevant un jour une religieuse : « Celle-ci, dit-il, a accompli le commandement évangélique : elle possédait deux tuniques, et elle en a donné une à qui n'en avait point. Et vous; ajouta-t-il, vous devez faire de même. » Il eut une grande puissance pour chasser les démons du corps des hommes. On lit dans le même Dialogue (II, c. IX) qu'une vache, agitée par le démon, exerçait partout sa fureur, tuait beaucoup de monde et accourait, pleine de rage, dans un chemin; contre Martin et ses compagnons le saint leva la main en lui commandant de s'arrêter. Cette bête resta immobile et Martin vit un démon assis sur son dos, et lui insultant : « Va-t-en, méchant, lui dit-il; sors de cet animal inoffensif, et cesse de l’agiter. » Le démon s'en alla aussitôt, et la vache vint se prosterner aux pieds du saint qui lui commanda de retourner tranquillement à son troupeau. Il avait une grande adresse pour connaître les démons qui devenaient pour lui si faciles à distinguer qu'il les voyait sous quelque forme qu'ils prissent. En effet les démons se présentaient à lui sous la figure de Jupiter, le plus souvent de Mercure, quelquefois de Vénus et de Minerve; à l’instant il les gourmandait par leur nom : Il regardait Mercure comme acharné à nuire; il disait que Jupiter était un brutal et un hébété. Une fois le démon lui apparut encore sous la forme d'un roi, orné de la pourpre, avec un diadème, et des chaussures dorées ; la bouche sereine et le visage gai. Tous les deux se turent pendant longtemps. « Reconnais, Martin, dit enfin le démon, celui que tu adores. Je suis le Christ qui vas descendre sur la terre; mais auparavant, j'ai voulu me manifester à toi... » Et comme Martin étonné gardait encore le silence, le démon ajouta : « Martin, pourquoi hésites-tu de croire, puisque tu me vois ? Je suis Jésus-Christ. » Alors Martin, éclairé par le Saint-Esprit, répondit : « Notre-Seigneur J.-C. n'a jamais prédit qu'il viendrait revêtu de pourpre et ceint d'un diadème éclatant. Je croirai que c'est le Christ, quand. je le verrai avec l’extérieur et la' figure sous lesquels il a souffert, quand il portera les stigmates de la croix. » A ces paroles, le démon disparut, en laissant dans la cellule' du saint une odeur infecte (Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, c. XXV).

Martin connut longtemps d'avance l’époque de sa mort, qu'il révéla aussi à ses frères. Sur ces entrefaites, il visita la paroisse (Le texte copié sur Sulpice Sévère porte diocesin; on appelait ainsi les paroisses éloignées de l’église cathédrale) de Candé pour apaiser des querelles (Sulp. Sév., Ep. à Bassula). Dans sa route, il vit, sur la rivière, des plongeons qui épiaient les poissons et qui en prenaient quelques-uns : « C'est, dit-il, la figure des démons: ils cherchent à surprendre ceux qui ne sont point sur leur garde ; ils les prennent sans qu'ils s'en aperçoivent; ils dévorent ceux qu'ils ont saisis; et plus ils en dévorent moins ils sont rassasiés. » Alors il commanda à ces oiseaux de quitter ces eaux profondes et d'aller dans des pays déserts. Etant resté quelque temps dans cette paroisse, ses forces commencèrent à baisser, et il annonça à ses disciples que sa fin était prochaine. Alors tous se mirent à pleurer : « Père, lui dirent-ils, pourquoi nous quitter, et à qui confiez-vous des gens désolés? Les loups ravisseurs se jetteront sur votre troupeau. » Martin, ému par leurs prières et par leurs larmes, se mit à prier ainsi en pleurant lui-même : « Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail; que votre volonté soit faite. » Il balançait sur ce qu'il avait à préférer; car il ne voulait pas les quitter comme aussi il ne voulait pas être séparé plus longtemps de J.-C. La fièvre l’ayant tourmenté pendant quelque temps, ses disciples le priaient de leur laisser mettre un peu de paille sur le lit où il était couché sur la cendre et sous le silice : « Il n'est pas convenable, mes enfants, leur dit-il, qu'un chrétien meure autrement que sous un silice et sur la cendre si je vous laisse un autre exemple, je suis un pécheur. » Toujours les yeux et les mains élevés au ciel, il ne sait pas donner de relâche à son esprit infatigable dans la prière; or, comme il était toujours étendu sur le dos et que ses prêtres le suppliaient de se soulager en changeant de position : « Laissez, dit-il, mes frères, laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, afin que l’esprit se dirige vers le Seigneur. » Et en disant ces mots, il vit le diable auprès de lui : « Que fais-tu, ici, dit-il, bête cruelle? Tu ne trouveras en moi rien de mauvais : c'est le sein d'Abraham qui me recevra. » En disant ces mots, sous Ariade et Honorius, qui commencèrent à régner vers l’an du Seigneur 395, et de sa vie la quatre-vingt-unième, il rendit son esprit à Dieu. Le visage du saint devint resplendissant; car il était déjà dans la gloire. Un choeur d'antes se fit entendre, dans l’endroit même, de beaucoup de personnes. A son trépas lés Poitevins comme les Tourangeaux se rassemblèrent, et il s'éleva entre eux une grande contestation. Les Poitevins disaient : « C'est un moine de notre pays; nous réclamons ce qui nous a été confié. » Les Tourangeaux répliquaient : « Il vous a été enlevé, c'est Dieu qui nous l’a donné. » Mais au milieu de la nuit, les Poitevins s'endormirent tous sans exception; alors les Tourangeaux faisant passer le corps du saint par une fenêtre, le transportèrent dans une barque, sur la Loire, jusqu'à la ville de Tours, avec une grande joie. Saint Séverin, évêque de Cologne, faisait par un dimanche, selon sa coutume, le tour des lieux saints, quand, à l’heure de la mort du saint homme, il entendit les Anges qui chantaient dans le ciel, et il appela l’archidiacre pour lui demander s'il entendait quelque chose. Sur sa réponse qu'il n'entendait rien, l’archevêque l’engagea à prêter une sérieuse attention; il se mit donc à allonger le cou, à tendre les oreilles et à se tenir sur l’extrémité de ses pieds en se soutenant sur son bâton : Et tandis que l’archevêque priait pour lui, il dit qu'il entendait quelques voix dans le ciel, et l’archevêque lui dit : « C'est mon seigneur Martin qui est sorti de ce monde et en ce moment les anges le portent dans le ciel. Les diables se sont présentés aussi, et voulaient le retenir, mais ne trouvant rien en lui qui leur appartînt, ils se sont retirés confus. » Alors l’archidiacre prit note dit jour et de l’heure et il apprit qu'à cet instant saint Martin mourait. Le moine Sévère, qui a écrit sa vie, s'étant endormi légèrement après matines, comme il le raconte lui-même dans une épître, vit lui apparaître saint Martin revêtu d'habits blancs, le visage en feu, les veux étincelants, les cheveux comme de la pourpre et tenant, à la main droite le livre que Sévère avait écrit sur sa vie: et comme il le voyait monter au ciel, après l’avoir béni, et qu'il souhaitait y monter avec lui, il s'éveilla. Alors, des messagers vinrent lui apprendre que, saint Martin était mort cette nuit-là.

Le même jour encore, saint Ambroise, évêque de Milan, en célébrant la messe, s'endormit sur l’autel entre la prophétie et l’épître: personne n'osait le réveiller, et le sous-diacre ne voulait pas lire l’épître, sans en avoir reçu l’ordre; après deux ou trois heures écoulées on éveilla Ambroise en disant : « L'heure est passée, et le peuple se lasse fort d'attendre; que notre Seigneur ordonne au clerc de lire l’épître. » Saint Ambroise leur répondit : « Ne vous troublez point : car mon frère Martin est passé à Dieu ; j'ai assisté à ses funérailles, et je lui ai rendu les derniers devoirs ; mais vous m’avez empêché, en me réveillant, d'achever le dernier répons. Alors on prit note à l’instant de ce jour, et on apprit que saint Martin était trépassé en ce moment (1). Maître Jean Beleth dit que les rois de France ont coutume de porter sa chape dans les combats; de là le nom de chapelains donné aux gardiens de cette chape. Soixante-quatre ans après sa mort, le bienheureux Perpet ayant agrandi l’église de saint Martin, voulut y faire la translation de son corps; et après trois jours passés dans le jeûne et l’abstinence, on ne put jamais remuer le sépulcre. On allait renoncer à ce projet, quand apparut un vieillard magnifique qui dit : « Que tardez-vous ? Vous ne voyez pas saint Martin prêta vous aider, si vous approchez les mains ? » Alors ce vieillard souleva de ses mains le tombeau avec les assistants qui l’enlevèrent avec la plus grande facilité, et le placèrent à l’endroit où il est honoré maintenant. Or, après cela on ne rencontra ce vieillard en aucun lieu. On célèbre la fête de cette translation le 4 juillet. Saint Odon, abbé de Cluny, rapporte (De Translatione B. Martini a Burgundia, c, X) qu'alors toutes les cloches étaient en branle dans toutes les églises, sans que personne n'y touchât, et toutes les lampes s'allumèrent par miracle. Il rapporte encore qu'il y avait deux camarades dont l’un était aveugle et l’autre paralytique, L'aveugle portait le paralytique et celui-ci indiquait le chemin à l’autre, et en mendiant de cette façon, ils amassaient beaucoup d'argent. Quand ils apprirent qu'une multitude d'infirmes étaient guéris auprès du corps de saint Martin, qu'on conduisait à l’église en procession ; ils se prirent à craindre que le saint corps ne fût amené vis-à-vis de la maison où ils demeuraient et que peut-être ils fussent guéris aussi ; car ils ne voulaient pas recouvrer la santé pour ne rien perdre de leurs bénéfices. Alors ils se sauvaient, d'une rue à l’autre, où ils pensaient que le corps ne serait pas conduit. Or, au milieu de leur course, ils se rencontrèrent tout à coup, à l’improviste avec le corps ; et parce que Dieu accorde beaucoup de faveurs à ceux qui n'en veulent pas recevoir, tous les deux furent guéris à l’instant malgré eux, quoiqu'ils s'en affligeassent grandement. Saint Ambroise s'exprime ainsi au sujet de saint Martin « Saint Martin abattit les temples de l’erreur, païenne, il leva les étendards de la piété, il ressuscita les morts, il chassa les démons cruels du corps des possédés; il rendit le bienfait de la santé à des malades attaqués de nombreuses infirmités. Il fut jugé tellement parfait qu'il mérita de couvrir J.-C. dans la personne d'un pauvre, et qu'il revêtit le Seigneur du monde d'un habit que pauvre il avait reçu lui-même. O l’heureuse largesse qui couvrit la divinité ! O glorieux partage de chlamide qui couvrit un soldat et son roi tout à la fois ! O présent inestimable qui mérita de revêtir la divinité. Il était digne, Seigneur, que vous lui accordassiez la récompense octroyée à vos confesseurs; il était digne que les barbares ariens fussent vaincus par lui. L'amour du martyre ne lui a pas fait redouter les tourments d'un persécuteur. Que doit-il recevoir pour s'être offert tout entier, celui qui pour une part de manteau a mérité de revêtir Dieu et de le voir? A ceux qui avaient l’espoir, il accorda la santé, aux uns par ses prières, aux autres par son regard. »

(1) Baronius attaqua l’authenticité de cette vision en se basant sur ce que, d'après lui, saint Ambroise était mort lors du décès de saint Martin; mais saint Martin étant mort le 9 nov. 395 pouvait apparaître à saint Ambroise ne mourut qu’en 397 Baronius allait contre la tradition appuyée sur la liturgie, sur des historiens dignes de foi. Honorius d'Autun.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome03/167.htm



Sulpice Sévère. Vie de saint Martin

LETTRE-DÉDICACE A DESIDERIUS

Sévère à son très cher frère Desiderius, salut.

En ce qui me concerne, ô frère de mon âme, voici quelles étaient mes intentions au sujet du livre que j'avais écrit sur la Vie de saint Martin. Ce livre, j'avais résolu de le garder pour moi, d'enfermer le manuscrit original entre les murs de ma maison. Timide de ma nature, je voulais éviter les jugements des hommes.

Je craignais (ce qui arrivera, je crois) que mon style barbare ne déplût aux lecteurs. Je craignais d'être jugé par tous digne de blâme, pour avoir eu l'impudence d'usurper un sujet qui méritait d'être réservé à des écrivains de talent. Mais à tes instances réitérées je n'ai pu résister. Pouvais-je rien refuser à ton amitié, même aux dépens de ma réputation ?

Toutefois, si je t'envoie ce livre, c'est avec la ferme confiance que tu ne le communiqueras à personne, comme tu l'as promis. Mais je crains que tu ne sois pour lui une porte de sortie, qu'une fois lâché, on ne puisse le rappeler. Si cet accident lui arrive, et si tu vois qu'on le lit, tu demanderas en grâce aux lecteurs de considérer les choses plutôt que les mots, de ne pas s'émouvoir des expressions vicieuses qui pourraient frapper leurs oreilles, attendu que le royaume de Dieu dépend, non de l'éloquence, mais de la foi. Qu'ils se souviennent aussi que le salut a été prêché au monde, non par des orateurs (ce qu'assurément le Seigneur aurait pu faire également, si cela eût été utile), mais par des pêcheurs. Moi en effet, du jour où je me suis déterminé à écrire, considérant comme un sacrilège de laisser dans l'ombre les vertus du si grand homme, j'ai décidé en moi-même que je ne rougirais pas des solécismes. C'est que jamais je n'avais acquis une science bien grande de ces choses-là; et le peu de connaissances que j'avais pu recueillir jadis en effleurant ce genre d'études, je l'avais entièrement perdu depuis longtemps, faute d'habitude. Néanmoins, je préférerais nous épargner de si piteuses excuses : supprime donc le nom de l'auteur, si tu crois devoir répandre le livre autour de toi. Pour cela, efface mon nom dans le titre : ainsi la page, devenue muette sur mon compte, indiquera le sujet, ce qui suffit, sans indiquer l'auteur.



CHAPITRE PREMIER

PROLOGUE

Bien des gens, follement adonnés au culte de la gloire mondaine, ont cru immortaliser leur nom en illustrant par leurs écrits la vie des hommes célèbres. Par là, s'ils n'arrivaient point à l'immortalité, ils obtenaient pourtant un peu de cette gloire qu'ils espéraient. Ils réussissaient ainsi, vainement d'ailleurs, à faire vivre leur mémoire, et, par le spectacle des grands hommes donnés en exemple, ils excitaient chez les lecteurs une vive émulation. Mais tous leurs travaux n'avaient nul rapport avec l'éternité de la vie bienheureuse. A quoi leur a servi la gloire de leurs écrits, destinée à disparaître avec le monde ? Et quel profit la postérité a-t-elle tiré de ces lectures des combats d'Hector ou des discussions philosophiques de Socrate ? Ces gens-là, non seulement c'est sottise de les imiter, mais encore c'est folie de ne pas les combattre résolument. Comme ils ne jugeaient de la vie humaine que par les actes présents, ils livraient leur espérance aux fables, leur âme au tombeau. C'est seulement dans la mémoire des hommes qu'ils croyaient devoir perpétuer leur nom. Et pourtant, le devoir de l'homme est de chercher la vie éternelle, plutôt qu'une mémoire éternelle : cela, non point en écrivant ou en combattant ou en philosophant, mais en vivant pieusement, saintement, religieusement. Telle a été l'erreur des hommes, propagée par la littérature : erreur si répandue, qu'elle a multiplié les émules de cette vaine philosophie ou de cet héroïsme fou.

C'est pourquoi je pense faire oeuvre utile, en écrivant la Vie d'un très saint homme, qui bientôt servira d'exemple aux autres. Ainsi les lecteurs seront attirés vers la vraie sagesse, vers la milice céleste, vers la vertu divine. En cela, je sers aussi mon intérêt personnel. Je pourrai attendre, non des hommes un vain souvenir, mais de Dieu une récompense éternelle. En effet, si je n'ai pas vécu moi-même de façon à pouvoir servir d'exemple aux autres, du moins j'aurai travaillé à faire connaître celui qui mérite d'être imité.

Donc, je vais commencer à écrire la Vie de saint Martin. Je dirai comment il s'est conduit, soit avant son épiscopat, soit pendant son épiscopat. Néanmoins, je n'ai pu parvenir à tout connaître : les faits dont il a été le seul témoin, on les ignore complètement, parce qu'il ne recherchait pas la louange des hommes, au point que, s'il l'avait pu, il aurait voulu cacher tous ses miracles. Même parmi les faits qui m'étaient connus, j'en ai omis beaucoup, parce que j'ai cru suffisant de noter les plus remarquables. Puis je devais ménager les lecteurs, en qui l'excès d'abondance aurait pu produire le dégoût. Mais je conjure ceux qui me liront d'ajouter foi à mes paroles, de croire que je n'ai rien écrit que de certain, d'avéré. J'aurais mieux aimé me taire que de dire des choses fausses.

CHAPITRE II

PATRIE ET FAMILLE DE SAINT MARTIN

SA JEUNESSE ET SA VIE DE SOLDAT

Donc Martin était originaire de Sabaria, ville de Pannonie; mais il fut élevé en Italie, à Ticinum (Pavie). Ses parents occupaient un rang honorable selon le monde, mais ils étaient païens. Son père avait été d'abord simple soldat, puis était devenu tribun militaire. Martin lui-même suivit dans son adolescence la carrière de la milice armée; il servit dans la cavalerie de la garde impériale (alae scolares) sous l'empereur Constance, puis sous le césar Julien. Néanmoins, ce n'était pas de son plein gré; presque dès ses premières années, c'est plutôt au service de Dieu qu'il aspira. Sa jeunesse pieuse fut celle d'un enfant prédestiné. A l'âge de dix ans, malgré ses parents, il se réfugia dans une église et demanda à y être reçu comme catéchumène. Bientôt, chose étonnante, il se tourna tout entier vers l'oeuvre de Dieu. A douze ans, il rêva du désert; et il eût satisfait ces aspirations, si la faiblesse de l'âge n'y avait mis obstacle.

Cependant, l'esprit toujours hanté par les cellules de moines ou par l'église, il méditait, encore enfant, le projet qu'il devait réaliser plus tard en se vouant à Dieu. Mais, un édit des empereurs ayant ordonné d'enrôler dans la milice les fils de vétérans, il fut livré par son père, hostile à ces actes qui devaient assurer son bonheur. Il avait quinze ans, quand il fut arrêté, enchaîné, astreint aux serments militaires. Au service, il se contenta de prendre avec lui un seul esclave; et encore un esclave que son maître servait, par un renversement des rôles, au point de lui enlever souvent lui-même ses chaussures et de les nettoyer lui-même, au point de manger avec lui et souvent de le servir à table.

Pendant trois ans environ avant de recevoir le baptême, Martin fut sous les armes; mais il resta pur des vices où s'englue ordinairement ce genre d'hommes. Grande était sa bienveillance à l'égard de ses compagnons d'armes, admirable son affection; quant à sa patience et à son humilité, elles étaient surhumaines. Inutile de louer sa sobriété : elle était telle que, dès ce temps-là, on l'eût pris, non pour un soldat, mais pour un moine. Par là, il s'était si bien attaché tous ses camarades, qu'ils avaient pour lui une affection merveilleuse, mêlée de vénération. Et pourtant, il n'avait pas encore été régénéré dans le Christ. Mais il posait, pour ainsi dire, sa candidature au baptême, et cela par ses bonnes oeuvres : assister les malades, porter secours aux malheureux, nourrir les indigents, vêtir les gens nus, ne se réserver sur sa solde que le pain quotidien. Dès lors, il n'était pas sourd aux leçons de l'évangile : il ne songeait pas au lendemain.



CHAPITRE III

CHARITÉ DE SAINT MARTIN : PRES DE LA PORTE D'AMIENS, IL DONNE LA MOITIÉ DE SON MANTEAU A UN PAUVRE

IL REÇOIT LE BAPTEME

Un jour où il n'avait sur lui que ses armes et son manteau militaire fait d'une seule pièce, au milieu d'un hiver plus rigoureux qu'à l'ordinaire et si rude que bien des gens mouraient de froid, à la porte de la cité des Ambiens (Amiens), Martin rencontra un pauvre nu. Le malheureux avait beau prier les passants d'avoir pitié de lui, tous passaient outre. L'homme de Dieu, voyant que les autres n'étaient pas touchés de compassion, comprit que celui-là lui avait été réservé. Mais que faire ? Il n'avait rien que la chlamyde dont il était revêtu; il avait déjà sacrifié le reste pour une bonne oeuvre analogue. Alors, il saisit son épée, coupe le manteau par le milieu, en donne une partie au pauvre, se drape de nouveau dans le reste. Parmi ceux qui l'entouraient, quelques-uns se mettent à rire, le trouvant laid avec son habit tronqué. Mais beaucoup d'autres, plus sensés, gémissent profondément de n'avoir rien fait de semblable, alors qu'ils avaient plus de vêtements et qu'ils auraient pu vêtir le pauvre sans se mettre à nu.

La nuit suivante, comme il dormait, Martin vit le Christ, vêtu de la partie de sa chlamyde dont il avait couvert le pauvre. On l'invite à regarder attentivement le Seigneur, et à reconnaître le vêtement qu'il a donné. Puis, à la multitude des anges qui l'entourent, il entend Jésus dire d'une voix éclatante : « Martin, encore catéchumène, m'a couvert de ce vêtement », Vraiment, le Seigneur se souvenait ici de ses propres paroles. Il avait dit auparavant : « Tout ce que vous avez fait pour l'un des moindres de vos frères, vous l'avez fait pour Moi » (Mt 25,40). Maintenant, Il proclamait qu'en la personne d'un pauvre il avait été vêtu; et, pour confirmer le témoignage accordé à une si bonne oeuvre, Il daignait se montrer dans l'habit même qu'avait reçu le pauvre.

Cette vision n'enorgueillit pas le bienheureux. Il ne céda pas aux entraînements de la gloire humaine; mais il reconnut la Bonté de Dieu dans son oeuvre. Comme il avait dix-huit ans, il vola au baptême. Cependant, il ne renonça pas aussitôt au service militaire. Il se laissa vaincre par les prières de son tribun, qui était son compagnon de tente et son ami. Celui-ci, une fois écoulé le temps de son tribunat, promettait de renoncer au monde. Martin fut tenu en suspens par cette attente. Pendant deux années environ après qu'il eut reçu le baptême, il resta soldat, mais seulement de nom.

CHAPITRE IV

SAINT MARTIN SOLLICITE SON CONGÉ DE L'EMPEREUR JULIEN

Cependant les barbares envahissaient les Gaules. Le césar Julien concentra son armée près de la cité des Vangions (Worms). Il commença par faire distribuer aux soldats les gratifications d'un donativum. Suivant la coutume, on les appelait un à un. Vint le tour de Martin. Alors, il jugea l'occasion favorable pour demander son congé; car il ne croyait pas pouvoir accepter sa part d'un donativum, avec l'intention de ne plus servir.

« Jusqu'ici, dit-il au césar, je t'ai servi; souffre que maintenant je serve Dieu. Ton donativum doit être réservé à qui va combattre. Moi, je suis soldat du Christ : combattre ne m'est pas permis ». Cette déclaration fit frémir le tyran. C'était, dit-il, par crainte de la bataille qui allait s'engager le lendemain, non pour motif de religion, que ce soldat refusait le service militaire. Mais Martin ne se troubla pas, et même, devant l'intimidation, il redoubla de fermeté : « On attribue, dit-il, ma retraite à la lâcheté, non à ma foi. Eh bien ! Demain, en avant des lignes, je me tiendrai sans armes; au Nom du Seigneur Jésus, protégé seulement par le signe de la croix, sans bouclier ni casque, je pénétrerai dans les bataillons ennemis, et cela sans crainte ». Là-dessus, on le fait jeter en prison, on le prend au mot et l'on ordonne qu'il sera exposé sans armes aux coups des barbares.

Le lendemain, les ennemis envoyèrent des ambassadeurs pour demander la paix, se livrant corps et biens. Peut-on douter que cette victoire ait été due au bienheureux, puisqu'il fut ainsi dispensé de se présenter sans armes au combat ? Sans doute, le Seigneur dans sa Bonté aurait pu sauver son soldat, même au milieu des glaives et des traits de l'ennemi. Mais, pour que les yeux du saint ne fussent pas souillés même par le spectacle de la mort d'autrui, Il lui épargna la nécessité de la bataille. Telle est bien la victoire que le Christ devait accorder en faveur de son soldat : la soumission des ennemis sans effusion de sang ni la mort de personne.

CHAPITRE V

SAINT MARTIN EST ORDONNÉ EXORCISTE PAR SAINT HILAIRE DE POITIERS

IL QUITTE LA GAULE POUR ALLER AU PAYS NATAL CONVERTIR SES PARENTS

EN ROUTE, IL CONVERTIT UN BRIGAND

Après avoir quitté le service militaire, Martin voulut connaître saint Hilaire, évêque de la cité de Poitiers, dont on célébrait alors la foi à toute épreuve dans les choses de Dieu. Il resta quelque temps auprès de lui.

Le même Hilaire tenta de lui imposer l'office de diacre, pour se l'attacher étroitement et pour l'enchaîner au service divin. A bien des reprises, Martin refusa, criant qu'il en était indigne. Alors l'évêque, homme d'une profonde sagesse, comprit qu'il y avait un seul moyen de se l'attacher : c'était de lui imposer un office où il y aurait quelque apparence d'humiliation. Et il lui proposa d'être exorciste. Cette fois, Martin ne refusa pas de se laisser ordonner, dans la crainte de paraître avoir méprisé ces fonctions comme trop humbles.

Peu de temps après, il fut averti pendant son sommeil qu'il devait, dans l'intérêt de la religion, rendre visite à sa patrie et à ses parents, encore retenus dans le paganisme. Il partit avec le consentement de saint Hilaire, qui, multipliant les prières, avec des larmes, lui fit promettre de revenir. C'est tristement, dit-on, que Martin entreprit ce voyage, en attestant les frères qu'il souffrirait bien des maux. Prédiction que devaient ensuite justifier les événements.

Et d'abord, en traversant les Alpes, il s'égara et tomba sur des brigands. Comme l'un d'eux, brandissant une hache, allait lui fendre la tête, un autre retint le bras meurtrier. Pourtant Martin, les mains liées sur le dos, fut livré à l'un des brigands, chargé de le garder et de le dépouiller. L'homme conduisit son prisonnier dans un endroit écarté. Là, il commença par lui demander qui il était. Martin répondit qu'il était chrétien. L'autre lui demanda encore s'il avait peur. Alors, de son ton le plus ferme, Martin déclara que jamais il ne s'était senti si rassuré, sachant que la Miséricorde du Seigneur devait éclater surtout dans les éprouvés. Mais, ajouta-t-il, il plaignait bien plutôt son gardien, qui, exerçant le brigandage, était indigne de la Miséricorde du Christ. Puis, entrant dans des explications sur l'évangile, il prêchait au brigand la parole de Dieu. Pour abréger, le brigand devint un croyant. Il accompagna Martin et le remit dans le bon chemin, en lui demandant de prier pour lui le Seigneur. Ce même homme, on l'a vu dans la suite mener une vie irréprochable; et ce que je viens de raconter, c'est de lui-même qu'on le tient.

CHAPITRE VI

APPARITION DU DIABLE

SAINT MARTIN CONVERTIT SA MERE

IL COMBAT L'ARIANISME

PERSÉCUTÉ PAR LES ARIENS, IL EST CHASSÉ DE SABARIA, PUIS DE MILAN, ET SE RETIRE DANS UNE ILE

IL PART POUR ROME, ESPÉRANT Y RENCONTRER SAINT HILAIRE QUI REVENAIT D'EXIL

Donc Martin poursuivit sa route. Il avait dépassé Milan, quand sur son chemin se présenta le diable, sous forme humaine. Celui-ci lui demanda où il allait. Martin lui répondit qu'il allait où le Seigneur l'appelait. « Eh bien ! Dit l'autre, partout où tu iras, quoi que tu entreprennes, le diable te combattra ». Alors Martin lui répondit par ces paroles du Prophète : « Le Seigneur est avec moi; je ne craindrai pas ce que pourra me faire l'homme » (cf. Ps 55,11). Aussitôt l'ennemi disparut à ses yeux.

Comme il l'avait espéré et résolu, Martin délivra sa mère de l'erreur du paganisme; et cela malgré son père, qui persévérait dans le mal. Martin n'en assura pas moins, par son exemple, le salut de nombreuses personnes. Cependant l'hérésie d'Arius avait pullulé dans le monde entier et surtout dans l'Illyricum. Contre la foi suspecte des évêques, Martin était presque seul à lutter résolument. Cela lui valut beaucoup de mauvais traitements; il fut même battu de verges publiquement, et enfin contraint de quitter la ville. Il revint en Italie. Mais il apprit que, dans les Gaules également, l'Église était troublée par le départ de saint Hilaire, condamné à l'exil par la violence des hérétiques. Il s'arrêta donc à Milan, où il aménagea pour lui une cellule de solitaire. Là encore, il fut en butte aux persécutions : Auxence, apôtre et chef des ariens, s'acharna contre lui, l'accabla d'outrages, le chassa de la ville. Aussi, croyant devoir céder aux circonstances, Martin se retira dans une île appelée Gallinaria, en compagnie d'un prêtre riche en vertus surnaturelles. Il y vécut quelque temps, de racines d'herbes. Un jour il mangea de l'ellébore, plante vénéneuse, à ce qu'on rapporte. Mais, quand il se sentit aux prises avec le violent poison qui le minait et avec la mort déjà proche, au danger imminent il opposa la prière, et aussitôt disparut tout le mal. Peu de temps après, il fut informé que l'empereur, regrettant son arrêt d'exil, autorisait saint Hilaire à retourner en Gaule; alors il voulut tenter de rencontrer l'évêque à Rome, et il partit pour la capitale.

CHAPITRE VII

SAINT MARTIN REJOINT SAINT HILAIRE A POITIERS

IL VIT EN ANACHORETE PRES DE LA VILLE

SON PREMIER MIRACLE : IL RESSUSCITE UN MORT

Comme Hilaire avait déjà dépassé Rome, Martin suivit ses traces. Il reçut de l'évêque le plus gracieux accueil. Non loin de Poitiers, il installa pour lui-même une cellule de solitaire. A ce moment, s'adjoignit à lui un catéchumène, désireux de s'instruire par les enseignements d'un homme si saint; quelques jours plus tard, ce catéchumène tomba malade, avec de violents accès de fièvre. Martin, par hasard, était alors absent. Quand il revint, au bout de trois jours, il trouva un corps sans vie : la mort avait été si subite, que le malheureux n'avait pu être baptisé avant de quitter ce monde. Autour du corps s'empressaient tristement les frères pour lui rendre les devoirs funèbres, quand Martin accourut pleurant et se lamentant. Alors, tout à l'inspiration de l'Esprit saint, il les fait tous sortir de la cellule où était le corps. Une fois la porte fermée, il s'étend sur les membres inanimés du frère défunt. Il s'absorbe quelque temps dans la prière; il sent que, par l'intervention de l'Esprit, la Vertu de Dieu opère. Il se soulève un peu, les yeux fixés sur le visage du défunt, attendant avec confiance l'effet de sa prière et de la Miséricorde du Seigneur. A peine deux heures s'étaient écoulées, quand il voit le défunt remuer peu à peu tous ses membres et entrouvrir ses yeux clignotants à la lumière. Alors, d'une voix éclatante, Martin rend grâces au Seigneur; il remplit la cellule de ses clameurs. En l'entendant, ceux qui se tenaient devant la porte font irruption. Merveilleux spectacle : ils voient vivant celui qu'ils ont laissé mort.

Ainsi rendu à la vie, le catéchumène reçut aussitôt le baptême. Il vécut encore plusieurs années. Il fut le premier chez nous à éprouver la puissance des vertus de Martin ou à en témoigner. En tout cas, il aimait à raconter comment, sorti de son corps, il avait été conduit au tribunal du Juge. Là, il avait entendu prononcer contre lui la sinistre sentence qui le reléguait dans des lieux obscurs avec le vulgaire. Alors, deux anges avaient intercédé pour lui auprès du Juge, disant qu'il était l'homme pour qui Martin priait. En conséquence, ces mêmes anges avaient reçu l'ordre de le ramener sur la terre; ils l'avaient rendu à Martin et rétabli dans sa vie antérieure. Depuis ce temps-là rayonna le nom du bienheureux, qui déjà, passait pour saint aux yeux de tous, mais qui désormais passa aussi pour puissant et vraiment apostolique.

CHAPITRE VIII

LE PENDU RESSUSCITÉ.

Peu après, comme Martin traversait le domaine d'un certain Lupicinus, personnage d'un rang élevé selon le monde, il est accueilli par les cris et les lamentations d'une foule. Tout ému, il s'approche et demande la raison des ces gémissements. On lui apprend qu'un jeune esclave de la maison s'est arraché la vie en se pendant. A cette nouvelle, il entre dans la chambrette où gisait le corps. Après avoir fait sortir tout le monde, il s'étend sur le cadavre et prie quelque temps. Bientôt, la figure du défunt s'anime, ses yeux languissants fixent le visage de Martin; lentement, avec effort, il se soulève, saisit la main du bienheureux, se dresse sur ses pieds. Puis il s'avance avec son sauveur jusqu'au vestibule de la maison, en présence de toute la foule.

CHAPITRE IX

COMMENT SAINT MARTIN DEVINT MALGRÉ LUI ÉVEQUE DE TOURS

Vers le même temps, on demandait Martin dans l'Église de Tours pour y exercer l'épiscopat, mais, comme il n'était pas facile de l'arracher à son monastère, un certain Rusticius, citoyen de la ville, prétexta une maladie de sa femme, se jeta aux genoux du saint, et réussit ainsi à le faire sortir. Sur le chemin se tenaient en embuscade des troupes de citoyens, qui conduisirent leur prisonnier sous bonne garde jusqu'à la cité. Là, spectacle merveilleux : une multitude incroyable de gens étaient assemblés, non seulement des gens de Tours, mais encore des gens venus des villes voisines, pour apporter leurs suffrages. Chez tous, même désir, mêmes voeux, même sentiment : « Martin, disait-on, est le plus digne de l'épiscopat. Heureuse l'Église qui aura un tel évêque ! » Néanmoins, quelques assistants, et quelques-uns des évêques appelés pour ordonner le futur prélat, faisaient une opposition impie. Ils disaient que Martin était un personnage méprisable. Ils déclaraient indigne de l'épiscopat un homme de si piteuse mine, mal vêtu, mal peigné. Mais le peuple, plus sensé, railla la démence de ces évêques, qui, en croyant blâmer un homme illustre, faisaient son éloge. Et les opposants durent s'incliner devant le voeu du peuple, inspiré par la Volonté du Seigneur.

Parmi les évêques qui étaient là, le principal opposant fut, dit-on, un certain Defensor; aussi l'on remarqua qu'il fut stigmatisé alors par un texte prophétique. Par un effet du hasard, le lecteur qui devait lire ce jour-là n'avait pu traverser la foule. Les ministres du culte perdent la tête. En attendant l'absent, l'un des assistants prend le psautier et saute sur le premier verset qu'il rencontre. Or voici ce passage du psaume : « De la bouche des enfants à la mamelle, tu as tiré la louange à cause de tes ennemis, pour détruire l'ennemi et le défenseur, defensorem » (Ps 8,3). Cette lecture soulève les clameurs du peuple; les opposants sont confondus. On considéra que ce psaume avait été lu par la Volonté de Dieu, pour que Defensor entendît la condamnation de son oeuvre : de la bouche des enfants à la mamelle fut tirée la louange du Seigneur en faveur de Martin, tandis que, du même coup, Defensor était dénoncé comme ennemi et détruit.

CHAPITRE X

FONDATION DU MONASTERE DE MARMOUTIER PRES DE TOURS.

Une fois évêque, ce que fut Martin, et combien grand, nous ne pouvons en donner une idée. En effet, il restait toujours l'homme qu'il avait été auparavant. Même humilité dans l'âme, même pauvreté dans les vêtements; et ainsi, plein d'autorité et de bonne grâce, il avait toute la dignité d'un évêque sans abandonner le genre de vie et la vertu d'un moine. Pendant quelque temps, il logea dans une cellule attenante à l'église. Puis, comme il ne pouvait supporter le dérangement que lui causaient ses visiteurs, il aménagea pour lui une cellule de moine à deux milles environ en dehors de la cité.

Cet endroit était si retiré et si écarté, qu'il n'avait point à envier la solitude du désert. D'un côté, il était entouré par les rochers à pic d'une haute montagne; de l'autre côté, la plaine était fermée par un petit coude de la Loire. On n'y avait accès que par un seul chemin, et très étroit. L'évêque occupait une cellule construite en bois. Beaucoup des frères étaient logés de même; la plupart avaient creusé le roc de la montagne qui surplombait, pour s'y faire des retraites. Il y avait là environ quatre-vingts disciples, qui se formaient à l'exemple de leur bienheureux maître. Personne n'y possédait rien en propre, tout était en commun. Défense de rien acheter ou de rien vendre, comme le font bien des moines. On n'y exerçait aucun art, excepté celui de copiste; encore ce travail était-il réservé aux plus jeunes, les anciens vaquant à là prière. Rarement on sortait de sa cellule, excepté quand on se réunissait au lieu de la prière. Tous mangeaient ensemble après l'heure du jeûne; on ne connaissait pas le vin, sauf quand on y était contraint par la maladie. La plupart étaient vêtus de poil de chameau; là, c'était un crime de porter des vêtements délicats. Ces austérités sont d'autant plus admirables, que beaucoup des moines étaient, disait-on, des nobles : élevés tout autrement, ils s'étaient astreints à cette vie d'humilité et de privations. Plusieurs d'entre eux, dans la suite, nous les avons vus évêques. En effet, quelle cité, quelle Église n'aurait pas désiré avoir un évêque sorti du monastère de Martin ?

CHAPITRE Xl

LE FAUX MARTYR OU LE SPECTRE DÉMASQUÉ

J'arrive aux autres miracles de Martin, à ceux qu'il fit étant évêque. Il y avait, non loin de Tours et tout près du monastère, un lieu que l'on considérait à tort comme sacré, et où l'on croyait que des martyrs étaient ensevelis; un autel y avait même été élevé par les évêques antérieurs. Mais Martin ne voulait pas témérairement ajouter foi à des récits incertains. Il interrogeait les anciens de l'Église, prêtres ou clercs, leur demandant de le renseigner sur le nom du martyr; sur le temps de la passion : il éprouvait, disait-il, de grands scrupules, parce que la Tradition n'avait transmis là-dessus rien de certain ni de concordant. En conséquence, il s'abstint quelque temps d'aller en cet endroit, ne voulant ni interdire ce culte, parce qu'il hésitait à le blâmer, ni encourager par son autorité la foi populaire, dans la crainte de fortifier une superstition.

Un jour donc, prenant avec lui quelques-uns des frères, il se rend à l'endroit en question. Debout sur le tombeau même, il prie le Seigneur de faire connaître le nom ou le mérite du défunt. Alors, à sa gauche, il voit se dresser près de lui un spectre hideux, farouche. Il lui commande de révéler son nom et sa qualité. L'autre dit son nom, confesse sa vie criminelle : il était un brigand, il a été exécuté pour ses forfaits, il est honoré indûment par le vulgaire, il n'a rien de commun avec les martyrs, qui sont au ciel dans la gloire, tandis qu'il subit son châtiment dans l'enfer. Chose étrange, les assistants entendaient sa voix sans apercevoir personne. Alors Martin raconta ce qu'il avait vu. Puis il fit enlever l'autel qui avait été dressé en cet endroit. C'est ainsi qu'il éclaira le peuple et le délivra de cette superstition.

CHAPITRE XII

MÉSAVENTURE D'UN CONVOI FUNEBRE

Un peu plus tard, comme Martin était en route, il rencontra par hasard le convoi d'un païen, que l'on conduisait au tombeau en observant les rites superstitieux en usage. Il aperçut de loin une troupe de gens qui s'avançaient; ne sachant ce que c'était, il s'arrêta un peu. Comme il y avait un intervalle d'environ cinq cents pas, il était difficile de distinguer ce qu'on voyait. Cependant, comme c'était une troupe de paysans et qu'au souffle du vent voltigeaient les toiles de lin jetées sur le corps, Martin crut aux rites profanes d'un sacrifice. En effet, les paysans gaulois avaient coutume, dans leur misérable folie, de promener à travers leurs champs des images de démons couvertes de voiles blancs.

Donc, la main levée vers les survenants, Martin fait le signe de la croix, en ordonnant à la troupe de ne plus bouger et de déposer son fardeau. Alors, on aurait pu voir un spectacle étonnant. Les malheureux, tout d'abord, devinrent raides comme des rochers. Puis, quand ils faisaient effort pour aller de l'avant, ne pouvant avancer, ils tournaient sur eux-mêmes en pirouettant d'une façon risible. Enfin, vaincus, ils déposèrent le corps qu'ils portaient. Frappés de stupeur, se regardant les uns les autres, ils se demandaient en silence ce qui leur était arrivé.

Cependant, le bienheureux s'était aperçu qu'il avait affaire à un cortège de funérailles, non de sacrifice. Alors, il leva de nouveau la main, leur rendant la liberté de s'en aller et d'emporter le corps. Ainsi, quand il le voulut, il les força de s'arrêter; et, quand il le trouva bon, il leur permit de s'en aller.

CHAPITRE XIII

DESTRUCTION D'UN ARBRE SACRÉ

CONVERSION DE TOUTE LA POPULATION D'UN BOURG

Autre miracle. Dans un bourg, après avoir détruit un temple très ancien, Martin se disposait à faire abattre aussi un pin qui était tout proche du sanctuaire. Alors, le prêtre du lieu et la foule des païens s'y opposèrent. Ces mêmes hommes qui, par la Volonté du Seigneur, s'étaient tenus tranquilles pendant la démolition du temple, ne voulaient pas permettre que l'on coupât un arbre. Martin eut beau leur représenter énergiquement qu'il n'y avait rien de divin dans un tronc d'arbre; qu'ils feraient mieux de servir le Dieu dont lui-même était le serviteur; qu'on devait couper cet arbre, consacré à un démon. Alors, l'un des païens, plus hardi que les autres : « Si, dit-il, tu as quelque confiance en ce Dieu que tu dis adorer, nous couperons nous-mêmes cet arbre, à la condition que tu sois dessous pour le recevoir dans sa chute. Si ton Seigneur est avec toi, comme tu le prétends, tu échapperas ». Intrépide en sa confiance dans le Seigneur, Martin promit de faire ce qu'on demandait. Cet étrange marché rallia toute cette foule de païens, résignés à la perte de leur arbre, dont la chute devait écraser l'ennemi de leur culte.

Ce pin penchait d'un côté, et l'on ne pouvait douter qu'une fois coupé, il s'abattrait de ce côté-là. Martin fut placé et attaché à l'endroit, choisi par les paysans, où personne ne doutait que dût tomber l'arbre. Donc, les païens se mirent eux-mêmes à couper leur pin avec une grande joie, avec allégresse, sous les yeux d'une foule de gens qui de loin regardaient, étonnés. Peu à peu, l'on vit le pin vaciller, menacer ruine par sa chute. On voyait pâlir les moines, maintenus à distance : épouvantés par le péril tout proche, ils avaient perdu espoir et confiance, ne croyant plus qu'à la mort de Martin. Mais lui, confiant dans le Seigneur, attendait, intrépide. Quand le pin s'écroulant eut fait entendre son grand fracas, à cet arbre qui tombe, qui va l'écraser, il oppose sa main tendue pour le signe du salut. Alors le pin, comme ramené en arrière à la façon d'un tourbillon, s'abat du côté opposé, si bien que les paysans, qui se croyaient en sûreté sont sur le point d'être écrasés.

Alors, jusqu'au ciel s'élève une grande clameur. Les païens sont frappés de stupeur par le miracle, les moines pleurent de joie, tous s'accordent pour célébrer le Nom du Christ. On vit bien que ce jour-là le salut était venu pour cette contrée; car, dans cette multitude énorme de païens, il n'y eut presque personne qui ne demandât l'imposition des mains pour croire au Seigneur Jésus et abandonner l'erreur de l'impiété. Et vraiment, avant Martin, très peu de gens, presque personne, en ces régions avaient reçu le Nom du Christ. Or, ce Nom s'y répandit tellement grâce aux miracles et à l'exemple de Martin, que maintenant toute la contrée est remplie de nombreuses églises et de monastères. C'est que partout où il avait détruit des temples, il construisait aussitôt des églises ou des monastères.

CHAPITRE XIV

SAINT MARTIN ARRETE UN INCENDIE

IL DÉTRUIT UN TEMPLE PAIEN AVEC LE CONCOURS DE DEUX ANGES

Vers le même temps, en opérant un miracle analogue, Martin montra la même puissance surnaturelle. Dans un bourg, il avait fait mettre le feu à un très ancien et très célèbre sanctuaire. Poussés par le vent, des tourbillons de flamme allaient atteindre une maison qui était voisine, même attenante. Dès que Martin s'en aperçut, il monta, en toute hâte, sur le toit de la maison, à la rencontre des flammes. Alors, on put voir un spectacle merveilleux : le feu aux prises avec la violence du vent et refoulé, une sorte de lutte entre les deux éléments. Ainsi, grâce à la puissance de Martin, le feu ne put exercer ses ravages que dans les limites fixées par lui.

Dans un autre bourg, nommé Leprosum, Martin voulut de même renverser un temple enrichi par la superstition. Il rencontra la résistance d'une multitude de païens, si bien qu'il fut repoussé, non sans recevoir des coups. Il se retira dans un lieu voisin. Là, pendant trois jours, couvert d'un cilice et de cendre, jeûnant toujours et priant, il invoqua le Seigneur : puisque la main de l'homme n'avait pu renverser ce temple, seule la Puissance divine pouvait le détruire. Tout à coup, se présentèrent à lui deux anges, armés de lances et de boucliers, comme dans la milice céleste. Ils lui dirent qu'ils étaient envoyés par le Seigneur pour mettre en fuite la multitude des paysans, porter secours à Martin, empêcher que personne s'opposât à la destruction du temple : l'évêque n'avait donc qu'à retourner, pour achever pieusement l'oeuvre commencée. Martin retourna donc au bourg. Sous les yeux d'une foule de païens qui cette fois se tenaient tranquilles, il fit raser jusqu'aux fondements l'édifice profane, réduire en poussière tous les autels et les statues. A cette vue, les paysans comprirent que la Puissance divine les avait frappés de stupeur et d'épouvante, pour les empêcher de résister à l'évêque. Presque tous crurent au Seigneur Jésus, criant à haute voix et confessant qu'on devait adorer le Dieu de Martin, en délaissant des idoles qui ne pouvaient défendre ni elles-mêmes, ni les autres.


CHAPITRE XV

PRÉDICATION ET MIRACLES DE SAINT MARTIN AU PAYS DES ÉDUENS

Je vais rapporter ce qui s'est passé encore au pays des Éduens. Martin y faisait également renverser un temple quand une multitude furieuse de paysans païens se jeta sur lui. L'un des agresseurs, plus hardi que les autres, tira l'épée pour le frapper. L'évêque, rejetant son manteau, présenta au meurtrier son cou nu. Le païen n'hésita pas; mais il leva la main trop haut, ce qui le fit tomber à la renverse. Alors épouvanté, plein d'une frayeur divine, il implora son pardon. Voici un miracle analogue. Comme Martin détruisait des idoles, quelqu'un voulut le frapper avec un couteau : au moment même, le fer lui échappa des mains et disparut.

Mais le plus souvent, lorsque des paysans s'opposaient à la destruction de leurs sanctuaires, Martin par sa prédication apaisait si bien les esprits de ces païens, que bientôt, éclairés par la lumière de la vérité, ils renversaient eux-mêmes leurs temples.

CHAPITRE XVI

GUÉRISON MIRACULEUSE D'UNE PARALYTIQUE A TREVES

Quant au don de guérir, Martin l'avait à un degré tel, que presque aucun malade ne s'est approché de lui sans recouvrer aussitôt la santé. C'est ce que l'on verra notamment par l'exemple suivant :

A Trèves, une jeune fille était immobilisée par une terrible maladie, la paralysie. Depuis bien longtemps, elle ne pouvait plus s'acquitter d'aucune des fonctions du corps pour les nécessités de la vie humaine. Déjà morte dans tous ses membres, elle palpitait à peine d'un souffle de vie. Triste, n'attendant plus que sa mort, ses proches l'entouraient, quand tout à coup on annonça l'arrivée de Martin dans la ville. Dès que le père de la jeune fille en fut informé, il courut à perdre haleine, pour demander la guérison de sa fille. Martin, par hasard, était déjà entré dans l'église. Là, sous les yeux du peuple, en présence de beaucoup d'autres évêques, le vieillard embrassa ses genoux en se lamentant : « Ma fille, disait-il, ma fille se meurt d'une terrible maladie : et ce qui est plus cruel encore que la mort même, elle ne vit plus que par le souffle, elle est déjà morte dans sa chair. Je te demande d'aller la voir et de la bénir, car je suis sûr que tu peux lui rendre la santé. » A ces mots, Martin resta confus, interdit. Il tenta de se dérober, disant que cela ne dépendait pas de lui, que le vieillard déraisonnait : lui, Martin, n'était pas digne que le Seigneur se servît de lui pour manifester sa Puissance. Mais le père insistait encore plus, en pleurant, en le suppliant de visiter la mourante. Enfin, sur les instances des évêques qui l'entouraient, Martin, descendit vers la maison de la jeune fille.

Une grande foule attendait devant la porte, pour voir ce qu'allait faire le serviteur de Dieu. Et d'abord, recourant aux armes qui lui étaient familières dans les choses de ce genre, il se prosterna sur le sol, et pria. Puis, regardant la malade, il demanda de l'huile. Quand il eut béni cette huile, il versa l'élixir du liquide sanctifié dans la bouche de la jeune fille, qui aussitôt recouvra la parole. Ensuite, il toucha l'un après l'autre tous les membres, qui, peu à peu, se ranimèrent, jusqu'au moment où, ferme sur ses pieds, devant le peuple, la jeune fille se leva.

CHAPITRE XVII

GUÉRISON DE DÉMONIAQUES

A la même époque, un esclave d'un certain Taetradius, personnage proconsulaire, était possédé par un démon, qui le torturait par ses sorties lamentables. Prié de lui imposer les mains, Martin demanda qu'on le lui amenât. Mais l'esprit malin résistait. Par aucun moyen, on ne put le tirer de la chambrette où il était : il se précipitait avec rage sur ceux qui approchaient, et les mordait à belles dents. Alors Taetradius se jeta aux genoux du bienheureux, le suppliant de descendre lui-même vers la maison où était le démoniaque. Martin refusait, déclarant qu'il ne pouvait entrer dans la maison d'un profane, d'un païen; car Taetradius, en ce temps-là, était encore engagé dans les erreurs du paganisme. Celui-ci promit donc que, si l'on chassait le démon du corps de l'esclave, il se ferait chrétien. Alors Martin imposa les mains à l'esclave, qu'il débarrassa de l'esprit immonde. A cette vue, Taetradius crut au Seigneur Jésus; il devint aussitôt catéchumène, et peu après fut baptisé. Toujours il honora Martin comme l'auteur de son salut, et lui témoigna une merveilleuse affection.

Vers le même temps, dans la même ville, comme il entrait dans la maison d'un père de famille, Martin s'arrêta sur le seuil même, disant qu'il voyait dans l'atrium un horrible démon. Il lui ordonna de s'en aller. Mais le démon se jeta dans le corps du père de famille, qui s'attardait à l'intérieur de la maison. Aussitôt, le malheureux possédé se mit à mordre avec fureur, à déchirer tous ceux qu'il rencontrait. Alarme dans la maison, affolement des esclaves, fuite éperdue de la population. Martin se jeta au-devant du fou furieux, et d'abord lui ordonna de ne plus bouger. Comme l'autre grinçait des dents, ouvrait la bouche toute grande et menaçait de mordre, Martin lui enfonça ses doigts dans la bouche : « Si tu le peux, dit-il, dévore-les ». Alors le possédé, comme s'il avait eu dans la gorge un feu incandescent, écartait toujours les dents pour éviter de toucher les doigts du bienheureux. Le démon, par ce châtiment et ces tortures, se voyait contraint de fuir le corps qu'il avait envahi. Mais il ne pouvait pas sortir par la bouche. Alors, laissant derrière lui des traces immondes, il fut évacué par un flux du ventre.

CHAPITRE XVIII

SAINT MARTIN FORCE UN DÉMON A DÉNONCER LUI-MEME SES MENSONGES

GUÉRISON D'UN LÉPREUX A PARIS

Entre-temps se répandit tout à coup dans la cité (de Trèves) un bruit alarmant : les barbares s'agitaient et allaient faire irruption. Martin se fit amener un démoniaque. Il lui ordonna de déclarer si la nouvelle était vraie. Alors, le démoniaque confessa qu'avec dix autres démons il avait répandu cette rumeur dans le peuple, espérant que du moins, par cette crainte, on chasserait Martin de la ville; d'ailleurs, les barbares ne songeaient à rien moins qu'à faire irruption. Ainsi, par cet aveu de l'esprit immonde, aveu fait au milieu de l'église, on fut délivré de la crainte qui troublait alors la cité.

Arrivé chez les Parisiens, comme il franchissait la porte de leur cité (Lutèce), escorté par une foule immense, Martin vit un lépreux d'aspect lamentable, dont tous avaient horreur : il l'embrassa et le bénit. Aussitôt le mal disparut. Le lépreux était guéri, il avait la peau nette, quand le lendemain il vint à l'église rendre grâces pour la santé qu'il avait recouvrée.

N'omettons pas de dire aussi que les franges, enlevées au vêtement ou au cilice de Martin, ont fait souvent des miracles sur des malades. Attachées aux doigts ou mises au cou des patients, ces franges ont fréquemment chassé leur mal.

CHAPITRE XIX

GUÉRISON OPÉRÉE PAR UNE LETTRE DE SAINT MARTIN

IL GUÉRIT D'UN MAL D'YEUX SON AMI PAULIN (DE NOLE)

LUI-MEME, BLESSÉ DANS UNE CHUTE, EST SOIGNÉ PAR UN ANGE

Arborius, ancien préfet, homme d'honneur et de foi, voyant sa fille consumée par une violente fièvre quarte, prit une lettre de Martin qui lui avait été apportée par hasard, et la glissa dans le sein de la jeune fille au milieu d'un accès de fièvre : aussitôt la fièvre disparut. Ce miracle fit sur Arborius une telle impression que sur l'heure il voua la vierge à Dieu et lui consacra pour toujours sa virginité. Il se rendit auprès de Martin et lui présenta la jeune fille, témoin vivant de sa puissance, qui avait été guérie par lui, quoique absent. Il voulut que Martin lui-même, lui donnât l'habit de vierge et la consacrât.

Paulin, un grand homme qui dans la suite devait servir d'exemple, souffrait douloureusement d'un oeil, dont la pupille était déjà couverte d'un nuage épais. Martin lui toucha l'oeil avec une éponge, le délivra entièrement de la douleur, et lui rendit sa bonne santé d'autrefois.

Un jour, Martin lui-même fit une chute. Il dégringola du haut de l'étage supérieur, roula sur les marches raboteuses d'un escalier, et se fit maintes blessures. Il gisait comme mort dans sa cellule, torturé par d'intolérables douleurs, quand la nuit, il vit un ange laver ses plaies et appliquer sur les meurtrissures de son corps un onguent salutaire. Le lendemain, il était si bien rendu à la santé, qu'il paraissait n'avoir jamais eu aucun mal.

Mais il serait trop long de passer en revue tous les miracles. Que ceux-là suffisent : quelques exemples pris entre cent. En voilà assez : si nous avons raconté les plus remarquables pour ne rien enlever à la vérité, nous risquerions de fatiguer en en racontant trop.

CHAPITRE XX

SAINT MARTIN A LA TABLE DE L'EMPEREUR MAXIME

Après de si grandes choses, en voici de plus petites. - Et encore, étant donné la décrépitude de notre temps, où tout est dépravé et corrompu, c'est un fait presque extraordinaire, que la fermeté d'un évêque n'ait pas cédé à la tentation d'aduler un empereur.

Donc, à la cour de l'empereur Maxime, homme d'un naturel farouche, enorgueilli par sa victoire dans les guerres civiles, s'étaient réunis de nombreux évêques venus des diverses parties de l'empire. Ils se faisaient tous remarquer par leurs flatteries honteuses à l'égard du prince, par leur indigne lâcheté, qui abaissait leur dignité d'évêques au rôle d'une clientèle impériale. Martin seul maintenait les droits de l'autorité apostolique. Malgré la nécessité où il était d'intercéder auprès de l'empereur pour quelques accusés, il commanda plutôt qu'il ne pria. Invité fréquemment à sa table, il refusait, déclarant qu'il ne pouvait partager la table d'un homme qui avait chassé deux empereurs, enlevant à l'un ses états, à l'autre la vie. En réponse, Maxime affirmait qu'il n'avait pas pris volontairement l'empire, mais que ses soldats l'y avaient contraint avec la Volonté de Dieu. Il avait dû ensuite défendre par les armes ce pouvoir qu'on lui avait imposé : d'ailleurs, Dieu ne semblait pas contraire à un homme qui avait remporté la victoire dans des circonstances si incroyables, et aucun de ses adversaires n'avait succombé, si ce n'est sur le champ de bataille. Vaincu enfin par les raisons ou par les prières, Martin vint à la table de l'empereur, qui fut ravi d'être arrivé à ses fins. Les convives, invités là comme pour un jour de fête, étaient de grands personnages, des viri illustres : Evodius, en même temps préfet et consul, le plus juste des hommes, et deux comtes tout-puissants, frère et oncle paternel de l'empereur. Entre les deux comtes, au milieu du lit, avait pris place le prêtre de Martin. Quant à Martin lui-même, il s'était assis sur un petit siège, à côté de l'empereur. Vers le milieu du repas, suivant l'usage, un serviteur présenta une coupe à l'empereur. Celui-ci ordonna de la donner plutôt au très saint évêque, pensant et espérant la recevoir ensuite de sa main. Mais Martin, après avoir fini de boire, tendit la coupe à son prêtre, estimant que personne n'était plus digne de boire immédiatement après lui, et croyant n'avoir pas le droit de préférer à un prêtre ou l'empereur lui-même ou les premiers des gens de sa cour. Cette conduite inspira à l'empereur et à tous les assistants une telle admiration, qu'ils approuvèrent l'évêque de les avoir ainsi dédaignés. On répéta avec enthousiasme, dans tout le palais, que Martin avait fait, au déjeuner de l'empereur, ce que dans les banquets des moindres gouverneurs n'avait fait nul évêque.

Au même Maxime, Martin prédit longtemps avant l'événement, ce qui lui arriverait s'il allait en Italie, où il désirait aller pour faire la guerre à l'empereur Valentinien : Maxime serait vainqueur au premier choc, mais il périrait peu après. C'est ce que nous avons vu arriver. En effet, dès l'arrivée de Maxime, Valentinien prit la fuite; mais, environ un an plus tard, ayant reconstitué ses forces, il fit Maxime prisonnier dans les murs d'Aquilée et le fit tuer.

CHAPITRE XXI

LE DIABLE DÉMASQUÉ

SA VENGEANCE

Il est certain que Martin vit souvent jusqu'à des anges, qui même s'entretenaient avec lui. Quant au diable, il était distinctement visible aux yeux de l'évêque : soit qu'il gardât sa substance propre, soit qu'il prît les diverses figures que revêt l'esprit malin, sous toutes ces formes, Martin le reconnaissait. Sachant qu'il ne pouvait se soustraire à ses regards, le diable l'accablait souvent d'injures, parce qu'il ne pouvait le tromper par ses embûches.

Un jour, tenant à la main une corne de boeuf ensanglantée, le diable en rugissant fit irruption dans sa cellule. Il lui montra sa main rouge de sang, et, tout joyeux du crime qu'il venait de commettre : « Eh bien ! Martin, dit-il, qu'as-tu fait de ta puissance ? Je viens de tuer l'un des tiens ». Alors l'évêque convoque les frères et leur révèle la déclaration du diable. Il leur prescrit d'aller en courant de cellule en cellule, pour voir à qui est arrivé ce malheur. On annonce que personne ne manque parmi les moines; mais qu'un paysan, embauché moyennant salaire pour transporter du bois sur un chariot, est parti pour la forêt. L'évêque ordonne donc à quelques moines d'aller à sa rencontre. Non loin du monastère, on trouve le charretier presque inanimé. Cependant, dans son dernier souffle de vie, il indique aux frères la cause de sa blessure mortelle : les courroies de son attelage de boeufs s'étant relâchées, il les resserrait, quand un boeuf a secoué la tête et lui a donné un coup de corne dans le bas-ventre. Peu après, le malheureux rendit l'âme.

A vous de voir pourquoi le Seigneur a donné ce pouvoir au diable. Ce qui était étonnant chez Martin, c'est ce que montrent, non seulement l'histoire de l'accident raconté plus haut, mais bien d'autres analogues : ces accidents, il les voyait longtemps avant qu'on les annonçât, ou les apprenait par des révélations, et il en donnait connaissance aux frères.

CHAPITRE XXII

SAINT MARTIN CHERCHE A CONVERTIR LE DIABLE

Fréquemment, le diable, cherchant par mille artifices malfaisants à se jouer du saint homme, se présentait à ses regards sous les formes les plus diverses. Il se montrait à lui métamorphosé, parfois avec le masque de Jupiter, ordinairement avec celui de Mercure, souvent aussi sous les traits de Vénus ou de Minerve. Contre le diable, sans jamais s'effrayer, Martin s'armait du signe de la croix et de la prière. On entendait le plus souvent des bruits de voix, la clameur des invectives lancées par une troupe d'effrontés démons : mais l'évêque, sachant que tout cela était faux et vain, n'était pas ému des accusations.

Quelques-uns des frères attestaient même avoir entendu le démon invectiver insolemment contre Martin : il demandait pourquoi l'évêque avait reçu dans son monastère, après leur conversion, des frères qui jadis, par diverses fautes, avaient perdu la grâce du baptême, et il exposait les griefs contre chacun. Martin, tenant tête au diable, répondait avec fermeté que les fautes antérieures étaient effacées par le retour à une vie meilleure, que par la Miséricorde du Seigneur devaient être absous de leurs péchés ceux qui avaient cessé de pécher. Le diable soutenait, au contraire, qu'il n'y avait point de pardon pour les criminels, qu'une fois tombé on ne pouvait attendre du Seigneur aucune clémence. Alors Martin s'exclama, dit-on, en ces termes : « Si toi-même, malheureux, tu cessais de poursuivre les hommes, si aujourd'hui du moins, quand le jour du jugement est proche, tu te repentais de tes méfaits, eh bien, j'ai tant de confiance dans le Seigneur Jésus Christ, que je te promettrais miséricorde ». Oh, la sainte pensée, que de présumer ainsi de la Clémence du Seigneur ! En cela, si Martin n'a pu produire une autorité, il a montré du moins sa charité.

Puisque nous parlons du diable et de ses artifices, il ne semble pas hors de propos, quoiqu'en dehors de mon sujet, de rapporter un autre fait. D'abord, c'est une partie des miracles de Martin. Ensuite, il sera bon de conserver le souvenir de ce fait merveilleux, comme exemple, pour mettre en garde contre les faits analogues qui, à l'avenir, quelque part, pourraient se produire encore.

CHAPITRE XXIII

LA TUNIQUE D'ANATOLE

Un certain Clair, adolescent de haute noblesse, qui plus tard devint prêtre, et dont une mort sainte a fait maintenant un bienheureux, avait tout quitté pour se rendre auprès de Martin. En peu de temps, il s'éleva jusqu'à la perfection la plus éclatante de la foi et de toutes les vertus. Non loin du monastère de l'évêque, il avait aménagé pour lui une cabane et beaucoup de frères demeuraient près de lui. Un jeune homme, qui s'appelait Anatole, et qui se donnait pour moine en jouant à l'humilité et à l'innocence, vint trouver Clair et habita quelque temps en commun avec les autres frères.

Puis, avec le temps, Anatole se mit à prétendre que des anges conversaient fréquemment avec lui. D'abord, personne ne le croyait; pourtant, en alléguant certaines preuves, il réussit à convaincre beaucoup de frères. Enfin, il en vint à proclamer qu'entre lui et Dieu s'échangeaient des messages. Désormais, il voulait qu'on le considérât comme un prophète. Cependant, Clair restait toujours incrédule. Alors, Anatole le menaçait de la Colère du Seigneur et d'un châtiment immédiat, parce qu'il ne voulait pas croire un saint. Enfin Anatole s'écria, dit-on : « Eh bien, cette nuit, le Seigneur me donnera du ciel un vêtement blanc. Revêtu de ce vêtement, je descendrai au milieu de vous. Ce sera pour vous le signe qu'en moi réside une Puissance de Dieu, en moi qui aurai reçu en don un vêtement de Dieu. »

Grande fut l'attente de tous, à cette déclaration. Vers minuit retentit un bruit sourd, un trépignement de danseurs, qui semblait ébranler tout le monastère. Dans la cellule où était le jeune homme, on voyait sans cesse briller des éclairs; on y entendait des bruits de pas allant çà et là, le bourdonnement confus d'une multitude de voix. Puis, le silence se rétablit. Alors Anatole sortit, appela l'un des frères, nommé Sabatius, et lui montra la tunique dont il était revêtu. Stupéfait, Sabatius appela tous les autres. Clair lui-même accourut. A la lumière, tous examinèrent avec soin le vêtement. C'était une étoffe très moelleuse, d'une blancheur éclatante, avec des bandes de pourpre étincelantes; mais on ne pouvait distinguer la nature ni la matière du tissu. Cependant à l'oeil comme au toucher, on reconnaissait que c'était bien une étoffe. Enfin, Clair invita les frères à prier avec ferveur, en demandant à Dieu de leur montrer nettement ce que c'était. Le reste de la nuit se passa en hymnes et en psaumes.

Dès que brilla le jour, prenant Anatole par la main, Clair voulut l'entraîner vers Martin, bien sûr que l'évêque ne pouvait être trompé par un artifice du diable. Alors le malheureux de résister, de se récrier, disant qu'il lui était interdit de se montrer à Martin. Et comme on le forçait d'y aller malgré lui entre les mains de ceux qui l'entraînaient, le vêtement disparut. Peut-on en douter ? Telle était ici encore la puissance de Martin, que le diable, devant la perspective de mettre ses fantasmagories sous les yeux de Martin, ne pouvait les dissimuler ou les cacher plus longtemps.

CHAPITRE XXIV

LE DIABLE APPARAIT A SAINT MARTIN SOUS LA FORME DU CHRIST

On l'a remarqué cependant, il y eut vers le même temps, en Espagne, un jeune homme qui, en multipliant les prétendues preuves, avait réussi à s'accréditer. Il s'enorgueillit au point de se donner pour Élie. Comme bien des gens l'avaient cru à la légère, il alla jusqu'à dire qu'il était le Christ. En cela encore, il fit tellement illusion, qu'un évêque, nommé Rufus, l'adora comme Dieu : ce qui plus tard, nous l'avons vu, le fit déposer de l'épiscopat. Bien des frères nous ont raconté aussi qu'à la même époque, en Orient, un individu se piquait d'être Jean. Nous pouvons donc conjecturer que, si des pseudo-prophètes de ce genre apparaissent, l'avènement de l'Antichrist est proche, l'Antichrist opérant déjà en eux le mystère de l'iniquité. Mais on ne doit pas omettre de raconter, semble-t-il, avec quel art, vers la même époque, le diable tenta Martin. Un jour, il lui apparut précédé et entouré d'une lumière étincelante, pour lui faire plus facilement illusion par le rayonnement d'un éclat emprunté. Revêtu d'un manteau royal, couronné d'un diadème de pierres précieuses et d'or, chaussé de brodequins dorés, le visage serein, la mine joyeuse, il ne ressemblait à rien moins qu'au diable. Tel, il se tenait debout, près de l'évêque priant dans sa cellule. Martin, au premier aspect de son visiteur, fut comme hébété. Longtemps, tous deux gardèrent un profond silence. Alors, le diable prit les devants : « Martin, dit-il, reconnais celui que tu vois : je suis le Christ. Descendant sur la terre, j'ai voulu tout d'abord me révéler à toi. » Martin se taisait toujours, ne répondait rien. Le diable osa répéter son impudente déclaration : « Eh bien ! Martin pourquoi hésiter à croire, puisque tu vois ? Je suis le Christ ». Alors l'évêque, éclairé par une révélation de l'Esprit, comprenant que c'était le diable, non le Seigneur : « Le Seigneur Jésus, dit-il, n'a pas annoncé qu'Il viendrait vêtu de pourpre, avec un diadème étincelant. Pour moi, je ne croirai pas à la venue du Christ, s'Il n'a pas l'aspect et la figure du jour de sa passion, s'Il ne porte pas les stigmates de la croix. » A ces mots, l'autre disparut aussitôt comme une fumée, emplissant la cellule d'une odeur fétide, indice indubitable que c'était le diable.

Ce récit, tel que je viens de le rapporter, je le tiens de la bouche de Martin lui-même. N'allez donc pas croire que c'est une fable.

CHAPITRE XXV

VISITE DE SULPICE SÉVERE A SAINT MARTIN

En effet, comme j'avais depuis Iongtemps entendu parler de la foi, de la vie et de la puissance de Martin, comme je brûlais du désir de le connaître, j'entrepris avec plaisir un long voyage pour aller le voir. En outre, j'étais tout feu, tout flamme, pour écrire sa vie. Je me suis donc renseigné, en partie auprès de lui-même, autant qu'on pouvait l'interroger, en partie auprès de ceux qui l'avaient vu à l'oeuvre ou qui savaient.

A cette époque, il me reçut avec une humilité, une bienveillance incroyable. Il se félicita beaucoup et se réjouit dans le Seigneur de mon estime pour lui, estime si grande que j'avais entrepris un long voyage pour le voir. Un pécheur comme moi - j'ose à peine l'avouer, - il daigna m'inviter à sa table sainte; il versa lui-même l'eau sur mes mains; le soir, il me lava lui-même les pieds. Et je n'eus pas le courage de résister, d'aller contre sa volonté : j'étais tellement écrasé par son autorité, que j'aurais considéré comme un sacrilège de ne pas le laisser faire. Dans ses conversations, il ne me parla que de la nécessité de fuir les séductions du monde et les charges du siècle, pour suivre en toute liberté et sans entrave le Seigneur Jésus. Comme l'exemple le plus éclatant d'aujourd'hui, il nous citait Paulin, ce vir illustris dont j'ai fait mention plus haut : Paulin, qui avait rejeté le fardeau de richesses énormes pour suivre le Christ, et qui, presque seul de notre temps, avait mis complètement en pratique les préceptes évangéliques. Voilà, s'écriait Martin, celui qu'il faut suivre, qu'il faut imiter. Heureuse est la génération présente, d'avoir reçu une telle leçon de foi et de vertu. Selon la sentence du Seigneur, on a vu un riche, un grand propriétaire, vendre tout, donner tout aux pauvres; ce qui semblait impossible à faire, il l'a rendu possible par son exemple.

Et dans les paroles, dans la conversation de Martin, quelle gravité ! Quelle dignité ! Comme il était pénétrant, fort, prompt, à son aise, pour résoudre les questions sur les Écritures ! Je sais que sur ce point il y a beaucoup d'incrédules : je les ai vus, quand moi-même je le disais, ne pas me croire. Eh bien, j'atteste Jésus, notre espérance commune, que moi, de la bouche de personne, je n'ai jamais entendu des paroles si pleines de science, d'une éloquence si généreuse et si pure. Sans doute, à côté des vertus de Martin, c'est là une louange bien mesquine; mais l'étonnant, c'est qu'à un homme illettré n'ait pas manqué même ce mérite.

CHAPITRE XXVI

PORTRAIT DE SAINT MARTIN

Mais il faut une fin à ce livre, un terme à ce récit.

Non que j'aie épuisé tout ce qu'il y aurait à dire sur Martin; mais, comme les poètes sans art qui se négligent à la fin de leur ouvrage, je suis vaincu par mon sujet et succombe sous le poids. Ce qu'il a fait, j'ai pu tant bien que mal l'expliquer avec des mots; mais sa vie intérieure, sa conduite de chaque jour, l'élan de son âme toujours tournée vers le ciel, jamais, je le déclare en toute vérité, jamais aucun discours ne l'expliquera.

Impossible de peindre cette persévérance et cette mesure dans l'abstinence et dans les jeûnes, cette puissance dans les veilles et les oraisons, ces nuits consacrées comme les jours à la prière, tous les instants remplis par l'oeuvre de Dieu, sans souci du repos ou des affaires, même de la nourriture ou du sommeil, si ce n'est autant que l'exigeaient les nécessités de la nature. Tout cela vraiment, Homère lui-même, si, comme on dit, il sortait des enfers, Homère ne pourrait l'exposer : tant il est vrai que, chez Martin, tout est trop grand pour être exprimé par des mots.

Jamais Martin n'a laissé passer une heure, un moment, sans se livrer à la prière ou s'absorber dans la lecture; et encore, même en lisant ou en faisant autre chose, jamais il ne cessait de prier Dieu. De même que les forgerons, se reposant au milieu de leur travail, frappent encore leur enclume; ainsi Martin, même quand il paraissait faire autre chose, continuait de prier. Ô l'homme vraiment bienheureux ! Sans malice, ne jugeant personne, ne condamnant personne, ne rendant à personne le mal pour le mal. Contre toutes les injures, il s'était armé d'une patience extraordinaire. Lui, le chef, l'évêque, il pouvait être outragé impunément par des clercs infimes. Jamais, pour cela, il ne les a déposés; jamais, autant que cela dépendait de lui, il ne les a exclus de sa charité.

CHAPITRE XXVII

LES ENNEMIS DE SAINT MARTIN

CONCLUSION

Jamais personne n'a vu Martin s'irriter, ni s'émouvoir, ni s'affliger, ni rire. Toujours un, toujours le même, le visage resplendissant comme d'une joie céleste, il semblait en dehors de la nature humaine. Dans sa bouche, rien que le Nom du Christ; dans son âme, rien qu'amour, paix, miséricorde.

Souvent même, il pleurait sur les péchés de ceux qui se montraient ses détracteurs. Ces gens-là, tandis qu'il se tenait tranquille à l'écart, l'attaquaient avec leur langue empoisonnée, avec leurs dents de vipère. En vérité, nous en avons vu à l'oeuvre quelques-uns, qui enviaient sa puissance et la noblesse de sa vie : ils haïssaient en lui ce qu'ils ne voyaient pas en eux-mêmes et ne pouvaient imiter. Et par surcroît (chose horrible, déplorable, lamentable !), presque tous ses persécuteurs, si peu nombreux qu'ils fussent, ceux du moins qu'on citait, étaient des évêques. Inutile de nommer personne, bien que la plupart aboient contre moi-même. Il suffira de faire rougir ceux d'entre eux qui liront ceci et se reconnaîtront. S'ils se fâchent, ils avoueront par là qu'ils sont atteints par mes paroles, alors que peut-être j'avais songé à d'autres. Au reste, je ne refuse pas d'encourir, moi aussi, la haine de gens comme ceux-là en compagnie d'un tel homme.

J'ai pleine confiance que tous les vrais fidèles feront bon accueil à cet opuscule. Mais, si quelqu'un le lit sans y ajouter foi, il péchera lui-même. Pour moi, j'ai conscience d'avoir été poussé par la certitude des choses et par l'amour du Christ à écrire ce livre; j'ai conscience d'y avoir exposé des faits avérés, d'y avoir dit la vérité. Dieu, je l'espère, réserve une récompense, non pas à quiconque aura lu ce récit, mais à quiconque y aura cru.



Présentation de l’icône de Saint Martin de Tours

Le souvenir de Saint Martin est omniprésent en France : prés de 500 bourgs ou villages portent son nom. Pendant des siècles il fut le saint le plus populaire tant il a marqué son époque. Il fut le patron de la France avant Jeanne d'Arc et il est curieux de remarquer que la St. Martin qui était fête chômée avant la révolution , est redevenue jour férié grâce à la célébration de l'armistice de 1918 le 11 novembre.

St. Martin est surtout connu par l'épisode du partage de son manteau à un mendiant mais sa véritable stature est celle d'évêque de Tours, d'une simplicité monacale mais évangélisateur infatigable, exorciste renommé, défenseur intransigeant de la divinité du Christ face à l'arianisme et au paganisme. C'est pourquoi l'icône le représente en évêque bénissant, entouré de 8 scènes de sa vie.

Martin est né en 316 en Hongrie au hasard d'une garnison romaine de son père officier de l'empereur. Martinus est dérivé de Mars traduisant les rêves guerriers de son père pour lui. Il est élevé à Pavie en Italie et devient "enfant de troupe" dans la cavalerie impériale, mais ses goûts le rapprochent des chrétiens et il demande à être catéchumène. Son père n'apprécie pas et le fait enrôler dans l'Armée à 15 ans pour au moins 20 ans! En guise d'uniforme il portera la chlamyde, grand manteau blanc des cavaliers dont la moitié appartient à l'Empereur. Sa vie de soldat sera exemplaire de charité, de patience et de modestie.

Les 8 scènes représentées sur l'icône, illustrant sa vie, sont inspirées de vitraux ou d'enluminures et disposées comme deux échelles reliant la terre au ciel. Les 4 premières scènes, du coté de la main bénissante de l'évêque, sont liées à la consécration de Martin comme soldat du Christ depuis l'officier de l'empereur encore catéchumène, jusqu'à sa consécration comme évêque en passant par la fameuse rencontre du Christ dans le pauvre. Les 4 autre scènes, du coté de la crosse de l'évêque, signe de son pouvoir, illustrent les pouvoirs donnés par le Christ sur la nature, les hommes et les esprits .

SCENE 1:

En garnison à Amiens , alors qu'il avait 18 ans, au cours d'un rude hivers, il rencontra à la porte de la cité, un mendiant à moitié nu dont personne n'avait pitié. Sans hésiter il coupe en deux avec son épée son manteau blanc et en couvre le pauvre : c'est tout ce qu'il avait à lui offrir.

SCENE 2 :

La nuit suivante, le Christ apparût à Martin vêtu de la moitié de son manteau et Jesus dit: "Martin , qui n 'est encore que catéchumène, m'a couvert de ce manteau !".

SCENE 3 :

Martin décida aussitôt de demander le baptême, mais il attendra patiemment la fin de son engagement pour pouvoir se donner entièrement à Dieu.

L'occasion de demander son congé à l'empereur lui fut donnée le jour où, les légions devant livrer bataille aux barbares près de Worms, l'empereur , la veille, reçut chaque officier pour lui remettre un "donatum", gratification exceptionnelle pour les encourager. Martin refuse le "donatum" et d'aller au combat se considérant désormais comme "soldat du Christ" : il se pose ainsi en premier "objecteur de conscience " connu. L'empereur l'accuse de lâcheté, mais Martin propose de se porter sans armes devant les légions au devant des barbares. L'empereur accepte le défi et le met en prison. Le lendemain les barbares refusent la bataille et négocient la paix. Martin peut quitter l'armée la tête haute.

Il se fait disciple de St. Hilaire à Poitiers, grand défenseur de la foi contre l'arianisme. Persécuté comme son maître, il dut se réfugier sur une île en face de Gênes, première tentative d'ermitage insulaire de l'Occident. Revenu à Poitiers au près de St. Hilaire, il fonde le premier ermitage des Gaules à Ligugé, avec la bénédiction de St Hilaire.

SCENE 4 :

En 370, l'évêque de Tours meurt et tous, sauf lui-même et quelques évêques candidats, souhaitent que Martin dont la réputation de sainteté était déjà grande, lui succède, bien qu'il ne fut qu'exorciste et même pas prêtre. Les tourangeaux l'attirèrent par ruse à Tours et un lecture prophétique emporta la décision des évêques. D'après la légende, Martin se cacha dans un poulailler, mais les oies le trahirent par leurs cris, c'est pourquoi en Allemagne on mange" l'oie de la St. Martin". Et ainsi il fut élu et consacré évêque de Tour, par la volonté du peuple et à son corps défendant.

SCENE 5 :

L'évêque Martin dans ses tournées de christianisation des campagnes entreprend d'abattre un arbre sacré vénéré par les païens. Ceux-ci, furieux, l'obligèrent à se placer à l'endroit où devait tomber l'arbre dans sa chute et défièrent son Seigneur de le protéger. Mais Martin éleva sa main cotre l'arbre et celui-ci s'abattit du coté opposé et faillit écraser les bûcherons. Ceux-ci se convertirent tous.

SCENE 6 :

Dans l'exercice de son ministère d'exorciste, Martin expulse un démon d'une vache.

SCENE 7:

Martin s'étant rendu à la cour impériale, l'empereur Valentin 1er. refusa de le recevoir. Le 7è jour, un ange lui ouvrit les portes du palais et Martin se présenta devant l'empereur. Celui-ci ne daigna pas se lever pour l'accueillir, mais voilà que des flammes jaillirent de dessous du trône et obligèrent l'empereur à se lever ! Impressionné , il accorda à Martin tout ce qu'il voulait.

SCENE 8 :

A la fin d'une longue vie au service du Christ, remplie de miracles et de prodiges, Martin mourut le 8 novembre de l'an 397, dans la paroisse de Candes où il s'était rendu pour rétablir la paix entre les clercs. Son corps fut ramené à Tours par bateau, alors que les anges accueillaient son âme au ciel.

La représentation de St. Martin en évêque s'inspire d'un bas-relief de la basilique de St.Martin de Tours où se trouve son tombeau. Il porte la mitre en forme de cornes (vu de coté) ou de tête de poisson ( symbole des premiers chrétiens ) à la bouche ouverte, comme pour capter la grâce divine ! Son manteau rouge-orangé ( couleur du St. Esprit ) est orné d'une étoffe de laine blanche (pallium), pouvant représenter la brebis perdue sur les épaules du Christ. Elle est brodée de 5 croix (chiffre de l'Esprit Saint) qui s'ajoutant aux 5 croix brodées dans le dos donnent 10 chiffre divin. Sa chasuble blanche ocrée, brodée de croix dont les éléments rappellent le Christ entouré des 4 évangélistes, symbolise la parole de Dieu que Martin a porté dans tout l'Occident.

Cette icône a été bénie le 11 novembre 1995 en la chapelle St. Martin de Fontaines-les-Dijon lors de la celébration eucharistique en l'honneur de St. Martin.

Notre monde d'aujourd'hui, l'Europe et la France en particulier, ont grand besoin de l'intercession de ce saint et de son exemple, de son charisme pour les pauvres et les exclus, de son humilité, de sa force d'évangélisation d'un monde paganisé, de son ardeur à en exorciser les démons et à y défendre l'intégrité de la foi au Christ-Dieu.

Talant, le 11 novembre 1995, Alain CHENAL


A Tours, réception de la dépouille de St Martin, mort trois jours plus tôt à Candes en 397. Né en Hongrie, il introduisit le monachisme en Gaule en 360 ; élu évêque de Tours (371), il se consacra à l’évangélisation des campagnes. Culte reçu à Rome au début du VIème siècle (sa fête fut d’abord célébrée à Rome le 12 novembre en raison de la popularité de St Menne), le pape Symmaque (+514) lui consacra une basilique près de celle de saint Sylvestre.

De la 1ère Épître de saint Paul Apôtre à Timothée. Cap. 3, 1-7.

Première leçon. Cette parole est certaine : si quelqu’un désire l’épiscopat, il désire une œuvre excellente. Il faut donc que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, sobre, prudent, grave, chaste, hospitalier, capable d’instruire ; qu’il ne soit ni adonné au vin, ni violent, mais modéré, éloigné des querelles, désintéressé ; qu’il gouverne bien sa propre maison, qu’il maintienne ses fils dans la soumission et dans une parfaite honnêteté. Car si quelqu’un ne sait pas gouverner sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Église de Dieu ? Qu’il ne soit pas un néophyte, de peur qu’enflé d’orgueil, il ne tombe dans la même condamnation que le diable. Il faut encore qu’il ait un bon témoignage de ceux du dehors, afin de ne pas tomber dans l’opprobre et dans le piège du diable.

R/. Celui-ci est Martin, Pontife choisi de Dieu, à qui le Seigneur a daigné conférer, après les Apôtres, une telle grâce, * Que, par la puissance de la divine Trinité, il a mérité la gloire de ressusciter les morts. V/. Martin a-confessé sa foi en la sainte Trinité. * Que.

De l’Épître à Tite. Cap. 1, 7-11 ; 2, 1-8.

Deuxième leçon. Il faut que l’évêque soit irréprochable, comme étant l’intendant de Dieu ; pas orgueilleux, ni colère, ni adonné au vin, ni prompt à frapper, ni porté à un gain honteux, mais hospitalier, affable, sobre, juste, saint, tempérant, fortement attaché à la parole authentique, telle qu’elle a été enseignée, afin qu’il soit capable d’exhorter selon la saine doctrine, et de confondre ceux qui la contredisent. Car il y en a beaucoup, surtout parmi ceux de la circoncision, qui sont insoumis, vains parleurs, et séducteurs des âmes, auxquels il faut fermer la bouche, car ils bouleversent des maisons entières, enseignant ce qu’il ne faut pas, en vue d’un gain honteux.

R/. Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas de me soumettre au travail pour eux : * Que votre volonté soit faite. V/. Les yeux et les mains toujours levés vers le ciel, il persévérait sans relâche dans la prière et son esprit ne se laissait pas abattre. * Que.

Troisième leçon. Pour toi, enseigne ce qui convient à la saine doctrine : aux vieillards à être sobres, pudiques, sages, sains dans la foi, dans la charité, dans la patience ; pareillement, aux femmes âgées, à avoir une sainte modestie dans leur tenue, à n’être pas médisantes, pas adonnées aux excès du vin, à bien instruire, pour enseigner la sagesse aux jeunes femmes, leur apprenant à aimer leurs maris, à chérir leurs enfants, à être sages, chastes, sobres, appliquées au soin de leur maison, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas décriée. Exhorte pareillement les jeunes hommes à être sobres. En toutes choses montre-toi toi-même un modèle de bonnes œuvres, dans la doctrine, dans l’intégrité, dans la gravité ; que la parole soit saine, irrépréhensible, afin que l’adversaire soit confondu, n’ayant aucun mal à dire de vous.

R/. O bienheureux Évêque Martin, * Qui n’a pas craint de mourir ni refusé de vivre. V/. Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail : que votre volonté soit faite.font color="#FF0000"> * Qui. Gloire au Père. * Qui.

Au deuxième nocturne.

Ant. 1 J’ai dans le Seigneur, cette confiance, * que ma fille sera rendue à la santé par vos prières.

Ant. 2 Tétradius, * ayant reconnu la puissance de Dieu, parvint à la grâce du baptême.

Ant. 3 O l’homme ineffable, * par qui tant de miracles brillent à nos yeux.

Quatrième leçon. Martin, né à Sabarie en Pannonie, s’enfuit à l’église, malgré ses parents, quand il eut atteint sa dixième année, et se fit inscrire au nombre des catéchumènes. Enrôlé à quinze ans dans les armées romaines, il servit d’abord sous Constantin, puis sous Julien. Tandis qu’il n’avait pas autre chose que ses armes et le vêtement dont il était couvert, un pauvre lui demanda, près d’Amiens, l’aumône au nom du Christ, et Martin lui donna une partie de sa chlamyde. La nuit suivante, le Christ lui apparut revêtu de cette moitié de manteau, faisant entendre ces paroles : « Martin, simple catéchumène, m’a couvert de ce vêtement. »

R/. Les yeux et les mains toujours levés vers le ciel * Il persévérait sans relâche dans la prière, et son esprit ne se laissait pas abattre. V/. Tandis que le bienheureux Martin offrait les Mystères, un globe de feu apparut sur sa tête. * XXX

Cinquième leçon. A l’âge de dix-huit ans, il reçut le baptême. Aussi, ayant abandonné la vie militaire, se rendit-il auprès d’Hilaire, Évêque de Poitiers, qui le mit au nombre des Acolytes. Devenu plus tard Évêque de Tours, Martin bâtit un monastère, où il vécut quelque ; temps de la manière la plus sainte, avec quatre-vingts moines. Étant tombé gravement malade de la fièvre, à Candes, bourg de son diocèse, il priait instamment Dieu de le délivrer de la prison de ce corps mortel. Ses disciples qui l’écoutaient, lui dirent : « Père, pourquoi nous quitter ? à qui abandonnez-vous vos pauvres enfants ? » Et Martin, touché de leurs accents, priait Dieu ainsi : « O Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail. »

R/. Le bienheureux Martin connut longtemps d’avance son trépas, et il dit aux frères : * Que la dissolution de son corps était imminente, car il jugeait que ses liens se brisaient déjà. V/. Ses forces l’ayant abandonné tout à coup et ses disciples étant rassemblés, il leur dit : * Que.

Sixième leçon. Ses disciples voyant que, malgré la force de la fièvre, il restait couché sur le dos et ne cessait de prier, le supplièrent de prendre une autre position, et de se reposer en s’inclinant un peu, jusqu’à ce que la violence du mal diminuât. Mais Martin leur dit : « Laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, pour que mon âme, sur le point d’aller au Seigneur, soit déjà dirigée vers la route qu’elle doit prendre. » La mort étant proche, il vit l’ennemi du genre humain et lui dit : « Que fais-tu là, bête cruelle ? esprit du mal, tu ne trouveras rien en moi qui t’appartienne. » Et, en prononçant ces paroles, le Saint rendit son âme à Dieu, étant âgé de quatre-vingt un ans. Une troupe d’Anges le reçut au ciel, et plusieurs personnes, entre autres saint Séverin, Évêque de Cologne, les entendirent chanter les louanges de Dieu.

R/. Les disciples du bienheureux Martin lui dirent : Père, pourquoi nous abandonnez-vous, et a qui laissez-vous (vos fils) désolés ? * Car des loups rapaces envahiront votre troupeau. V/. Nous savons, à la vérité, que vous désirez être avec le Christ, mais vos récompenses sont assurées ; ayez donc plutôt pitié de nous que vous abandonnez. * Car. Gloire au Père. * Car.

Au troisième nocturne.

Ant. 1 Le Seigneur Jésus-Christ * n’a point prédit qu’il viendrait vêtu de pourpre, ou le diadème sur la tête.

Ant. 2 Martin, Prêtre de Dieu, * les cieux et le royaume de mon Père vous sont ouverts.

Ant. 3 Martin, Prêtre de Dieu, * pasteur excellent, priez Dieu pour nous.

Lecture du saint Évangile selon saint Luc.

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Personne n’allume une lampe pour la mettre en un lieu caché, ni sous le boisseau ; mais on la pose sur le chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière. Et le reste.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. Ayant mis, par ce qui précède, l’Église au-dessus de la Synagogue, le Sauveur nous invite à porter plutôt notre foi de cette dernière à l’Église. La lampe, (dont parle) l’Évangile est la foi, conformément à ce qui est écrit : « c’est une lampe (éclairant) mes pieds que votre parole, Seigneur. » La parole de Dieu est l’objet de notre foi ; et la parole de Dieu est lumière. La foi est une lampe. « Il était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. » Or une lampe ne peut luire, si elle ne reçoit d’ailleurs la lumière.

R/. Bienheureux homme ! A son passage, une légion de Saints entonne des cantiques ; le chœur des Anges exulte, * Et l’armée de toutes les vertus célestes vient à sa rencontre en chantant et s’accompagnant sur la lyre. V/. L’Église est fortifiée par sa vertu ; les Prêtres de Dieu sont honorés d’une révélation à son sujet ; Michel et les Anges le portent dans les cieux. * Et.

Huitième leçon. La puissance de notre âme et de nos sentiments est cette lampe qu’on allume, afin de pouvoir retrouver cette drachme perdue. Que personne donc ne mette la foi sous la loi ; car la loi est contenue dans une étroite mesure, la grâce dépasse la mesure ; la loi couvre de son ombre, la grâce éclaire. Que nul, par conséquent, ne renferme sa foi dans la mesure étroite de la loi ; mais que (chacun de nous) la donne à l’Église, en qui (brille la lumière) des sept dons du Saint-Esprit ; à cette Église que Jésus-Christ, vrai prince des Prêtres, illumine des splendeurs de sa divinité suprême ; qu’il la lui donne, de peur que l’ombre de la loi ne prive sa lampe de lumière.

R/. Martin est reçu plein de joie dans le sein d’Abraham : Martin, cet homme pauvre et humble, * Entre riche au ciel, il est honoré par des hymnes célestes. V/. L’Évêque Martin est sorti de ce monde : cette perle des Prêtres vit encore dans le Christ. * Entre. Gloire au Père. * Entre.

Neuvième leçon. Ainsi, la lampe que le grand-prêtre, sous l’ancien rite des Juifs, avait coutume d’allumer tous les matins et tous les soirs, a cessé de luire, comme étouffée sous le boisseau de la loi ; et la Jérusalem terrestre, cette cité « qui a tué les Prophètes, » est cachée et comme enfouie dans la vallée des larmes. Mais la Jérusalem céleste, en laquelle notre foi combat, étant établie sur la plus haute de toutes les montagnes, qui est Jésus-Christ, .ne peut être cachée par les ténèbres et les ruines de ce monde ; au contraire, toute brillante de la splendeur du soleil éternel, elle éclaire nos âmes des lumières spirituelles de la grâce.

A LAUDES.

Ant. 1 Ses disciples dirent au bienheureux Martin : Père, pourquoi nous abandonnez-vous ? à qui nous laissez-vous dans notre malheur ? Des loups ravisseurs se jetteront sur votre troupeau.

Ant. 2 Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail : qu’il en soit ce que décidera votre volonté.

Ant. 3 Homme ineffable ! ni le labeur ne l’a vaincu, ni la mort ne le saurait vaincre, ne craignant point de mourir , ne refusant point la vie.

Ant. 4 Les yeux et les mains continuellement levés vers le ciel, l’esprit infatigable, il ne donnait nulle trêve à sa prière. Alléluia.

Ant. 5 Martin est accueilli au sein d’Abraham dans la joie ; Martin, pauvre et humble ici-bas, fait son entrée au ciel dans l’abondance, célébré par les chants des cieux.

Ant. au Bénédictus O bienheureux homme, dont l’âme est en possession du paradis ! Aussi les Anges tressaillent, les Archanges se réjouissent, le chœur des Saints publie sa gloire, les Vierges l’entourent et elles disent : Demeurez avec nous toujours.

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

Ant. au Magnificat O bienheureux Pontife, qui par toutes les fibres de son être aimait le Christ Roi, et ne redoutait point les puissants de ce monde ! ô âme très sainte, que le glaive du persécuteur n’a point séparée de son corps, et qui pourtant n’a pas perdu la palme du martyre.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Trois mille six cent soixante églises dédiées à saint Martin au seul pays de France [1], presque autant dans le reste du monde, attestent l’immense popularité du grand thaumaturge. Dans les campagnes, sur les montagnes, au fond des forêts, arbres, rochers, fontaines, objets d’un culte superstitieux quand l’idolâtrie décevait nos pères, reçurent en maints endroits et gardent toujours le nom de celui qui les arracha au domaine des puissances de l’abîme pour les rendre au vrai Dieu. Aux fausses divinités, romaines, celtiques ou germaniques, enfin dépossédées, le Christ, seul adoré par tous désormais, substituait dans la mémoire reconnaissante des peuples l’humble soldat qui les avait vaincues.

C’est qu’en effet, la mission de Martin fut d’achever la déroute du paganisme, chassé des villes par les Martyrs, mais jusqu’à lui resté maître des vastes territoires où ne pénétrait pas l’influence des cités.

Aussi, à l’encontre des divines complaisances, quelle haine n’essuya-t-il point de la part de l’enfer ! Dès le début, Satan et Martin s’étaient rencontrés : « Tu me trouveras partout sur ta route, » avait dit Satan [2] ; et il tint parole. Il l’a tenue jusqu’à nos jours : de siècle en siècle, accumulant les ruines sur le glorieux tombeau qui attirait vers Tours le monde entier ; dans le XVIe, livrant aux flammes, par la main des huguenots, les restes vénérés du protecteur de la France ; au XIXe enfin, amenant des hommes à ce degré de folie que de détruire eux-mêmes, en pleine paix, la splendide basilique qui faisait la richesse et l’honneur de leur ville.

Reconnaissance du Christ roi, rage de Satan, se révélant à de tels signes, nous disent assez les incomparables travaux du Pontife apôtre et moine que fut saint Martin.

Moine, il le fut d’aspiration et de fait jusqu’à son dernier jour. « Dès sa première enfance, il ne soupire qu’après le service de Dieu. Catéchumène à dix ans, il veut à douze s’en aller au désert ; toutes ses pensées sont portées vers les monastères et les églises. Soldat à quinze ans, il vit de telle sorte qu’on le prendrait déjà pour un moine [3]. Après un premier essai en Italie de la vie religieuse, Martin est enfin amené par Hilaire dans cette solitude de Ligugé qui fut, grâce à lui, le berceau de la vie monastique dans les Gaules. Et, à vrai dire, Martin, durant tout le cours de sa carrière mortelle, se sentit étranger partout hormis à Ligugé. Moine paraîtrait, il n’avait été soldat que par force ; il ne devint évêque que par violence ; et alors, il ne quitta point ses habitudes monastiques. Il satisfaisait à la dignité de l’évêque, nous dit son historien, sans abandonner la règle et la vie du moine [4] ; s’étant fait tout d’abord une cellule auprès de son église de Tours ; bientôt se créant à quelque distance de la ville un second Ligugé sous le nom de Marmoutier ou de grand monastère [5]. »

C’est à la direction reçue de l’ange qui présidait alors aux destinées de l’Église de Poitiers, que la sainte Liturgie renvoie l’honneur des merveilleuses vertus manifestées par Martin dans la suite [6]. Quelles furent les raisons de saint Hilaire pour conduire par des voies si peu connues encore de l’Occident l’admirable disciple que lui adressait le ciel, c’est ce qu’à défaut d’Hilaire même, il convient de demander à l’héritier le plus autorisé de sa doctrine aussi bien que de son éloquence :

« C’a été, dit le Cardinal Pie, la pensée dominante de tous les saints, dans tous les temps, qu’à côté du ministère ordinaire des pasteurs, obligés parleurs fonctions de vivre mêlés au siècle, il fallait dans l’Église une milice séparée du siècle et enrôlée sous le drapeau de la perfection évangélique, vivant de renoncement et d’obéissance, accomplissant nuit et jour la noble et incomparable fonction de la prière publique. C’a été la pensée des plus illustres pontifes et des plus grands docteurs, que le clergé séculier lui-même ne serait jamais plus apte à répandre et à populariser dans le monde les pures doctrines de l’Évangile, que quand il se serait préparé aux fonctions pastorales en vivant de la vie monastique ou en s’en rapprochant le plus possible. Lisez la vie des plus grands hommes de l’épiscopat, dans l’Orient comme dans l’Occident, dans les temps qui ont immédiatement précédé ou suivi la paix de l’Église comme au moyen âge ; tous, ils ont professé quelque temps la vie religieuse, ou vécu en contact ordinaire avec ceux qui la pratiquaient. Hilaire, le grand Hilaire, de son coup d’œil sûr et exercé, avait aperçu ce besoin ; il avait vu quelle place devait occuper l’ordre monastique dans le christianisme, et le clergé régulier dans l’Église. Au milieu de ses combats, de ses luttes, de ses exils, témoin oculaire de l’importance des monastères en Orient, il appelait de tous ses vœux le moment où, de retour dans les Gaules, il pourrait jeter enfin auprès de lui les fondements de la vie religieuse. La Providence ne tarda pas à lui envoyer ce qui convenait pour une telle entreprise : un disciple digne du maître, un moine digne de l’évêque [7]. »

On ne saurait présumer d’essayer mieux dire ; pour le plus grand honneur de saint Martin, l’autorité de l’Évêque de Poitiers, sans égale en un tel sujet, nous fait un devoir de lui laisser la parole. Comparant donc ailleurs Martin, et ceux qui le précédèrent, et Hilaire lui-même, dans leur œuvre commune d’apostolat des Gaules :

« Loin de moi, s’écrie le Cardinal, que je méconnaisse tout ce que la religion de Jésus-Christ possédait déjà de vitalité et de puissance dans nos diverses provinces, grâce à la prédication des premiers apôtres, des premiers martyrs , des premiers évoques, dont la série remonte aux temps les plus rapprochés du Calvaire. Toutefois, je ne crains pas de le dire, l’apôtre populaire de la Gaule, le convertisseur des campagnes restées en grande partie païennes jusque-là, le fondateur du christianisme national, c’a été principalement saint Martin. Et d’où vint à Martin, sur tant d’autres grands évoques et serviteurs de Dieu, cette prééminence d’apostolat ? Placerons-nous Martin au-dessus de son maître Hilaire ? S’il s’agit de la doctrine, non pas assurément ; s’il s’agit du zèle, du courage, de la sainteté, il ne m’appartient pas de dire qui fut plus grand du maître ou du disciple ; mais ce que je puis dire, c’est qu’Hilaire fut surtout un docteur, et que Martin fut surtout un thaumaturge. Or, pour la conversion des peuples, le thaumaturge a plus de puissance que le docteur ; et, par suite, dans le souvenir et dans le culte des peuples, le docteur est éclipsé, il est effacé par le thaumaturge.

« On parle beaucoup aujourd’hui de raisonnement pour persuader les choses divines : c’est oublier l’Écriture et l’histoire ; et, de plus, c’est déroger. Dieu n’a pas jugé qu’il lui convînt déraisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui n’est pas ; et, comme il exigeait la foi à sa parole, il a autorisé sa parole. Mais comment l’a-t-il autorisée ? En Dieu, non point en homme ; par des œuvres, non par des raisons : non in sermone, sed in virtute ; non par les arguments d’une philosophie humainement persuasive : non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, mais par le déploiement d’une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis. Et pourquoi ? En voici la raison profonde : Ut fides non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei : afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l’homme, mais sur la force de Dieu [8]. On ne le veut plus ainsi aujourd’hui ; on nous dit qu’en Jésus-Christ le théurge fait tort au moraliste, que le miracle est une tache dans ce sublime idéal. Mais on n’abolira point cet ordre, on n’abolira ni l’Évangile ni l’histoire. N’en déplaise aux lettrés de notre siècle, n’en déplaise aux pusillanimes qui se font leurs complaisants, non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des miracles ; et le même Christ, non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l’appui des autres, mais par pitié pour nous qui sommes prompts à l’oubli, et qui sommes plus impressionnés de ce que nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans l’Église, et pour jusqu’à la fin, la vertu des miracles. Notre siècle en a vu, il en verra encore ; le quatrième siècle eut principalement ceux de Martin.

« Opérer des prodiges semblait un jeu pour lui ; la nature entière pliait à son commandement. Les animaux lui étaient soumis : « Hélas ! s’écriait un jour le saint, les serpents m’écoutent, et les hommes refusent de m’entendre. » Cependant les hommes l’entendaient souvent. Pour sa part, la Gaule entière l’entendit ; non seulement l’Aquitaine, mais la Gaule Celtique, mais la Gaule Belgique. Comment résister à une parole autorisée par tant de prodiges ? Dans toutes ces provinces, il renversa l’une après l’autre toutes les idoles, il réduisit les statues en poudre, brûla et démolit tous les temples, détruisit tous les bois sacrés, tous les repaires de l’idolâtrie. Était-ce légal, me demandez-vous ? Si j’étudie la législation de Constantin et de Constance, cela l’était peut-être. Mais ce que je puis dire, c’est que Martin, dévoré du zèle de la maison du Seigneur, n’obéissait en cela qu’à l’Esprit de Dieu. Et ce que je dois dire, c’est que Martin, contre la fureur de la population païenne, n’avait d’autres armes que les miracles qu’il opérait, le concours visible des anges qui lui était parfois accordé, et enfin, et surtout, les prières et les larmes qu’il répandait devant Dieu lorsque l’endurcissement de la multitude résistait à la puissance de sa parole et de ses prodiges. Mais, avec ces moyens, Martin changea la face de notre pays. Là où il y avait à peine un chrétien avant son passage, à peine restait-il un infidèle après son départ. Les temples du Dieu vivant succédaient aussitôt aux temples des idoles ; car, dit Sulpice Sévère, aussitôt qu’il avait renversé les asiles de la superstition, il construisait des églises et des monastères. C’est ainsi que l’Europe entière est couverte de temples qui ont pris le nom de Martin [9]. »

La mort ne suspendit pas ses bienfaits ; eux seuls expliquent le concours ininterrompu des peuples à sa tombe bénie. Ses nombreuses fêtes au cours de l’année, Déposition ou Natal, Ordination, Subvention, Réversion, ne parvenaient point à lasser la piété des fidèles. Chômée en tous lieux [10], favorisée par le retour momentané des beaux jours que nos aïeux nommaient l’été de la Saint-Martin, la solennité du XI novembre rivalisait avec la Saint-Jean pour les réjouissances dont elle était l’occasion dans la chrétienté latine. Martin était la joie et le recours universels.

Aussi Grégoire de Tours n’hésite pas à voir dans son bienheureux prédécesseur le patron spécial du monde entier [11] ! Cependant moines et clercs, soldats, cavaliers, voyageurs et hôteliers en mémoire de ses longues pérégrinations, associations de charité sous toutes formes en souvenir du manteau d’Amiens, n’ont point cessé de faire valoir leurs titres aune plus particulière bienveillance du grand Pontife. La Hongrie, terre magnanime qui nous le donna sans épuiser ses réserves d’avenir, le range à bon droit parmi ses puissants protecteurs. Mais notre pays l’eut pour père : en la manière que l’unité de la foi fut chez nous son œuvre, il présida à la formation de l’unité nationale ; il veille sur sa durée ; comme le pèlerinage de Tours précéda celui de Compostelle en l’Église, la chape de saint Martin conduisit avant l’oriflamme de saint Denis nos armées au combat [12]. Or donc, disait Clovis, « où sera l’espérance de la victoire, si l’on offense le bienheureux Martin [13] ? »

Nous trouverons à l’office [14] les belles Antiennes des Vêpres de la fête. Les cinq premières sont composées de passages de Sulpice Sévère en sa lettre à Bassula, où il raconte la mort du bienheureux, complétant ainsi le livre qu’il avait écrit de la Vie de saint Martin pendant que celui-ci vivait encore.

L’un des plus illustres et dévots clients de saint Martin, saint Odon, Abbé de Cluny, composa en son honneur l’Hymne suivante. Les fidèles trouveront aux Communs de leurs livres d’Offices l’Hymne plus ancienne, Iste Confessor, à la rédaction modifiée depuis il est vrai, mais qui, primitivement, chanta l’Évêque de Tours et les miracles opérés au tombeau de ce premier des justes non martyrs honorés dans l’Église entière.

HYMNE.

Christ Roi, de Martin la gloire : vous êtes sa louange, il est la vôtre ; vous honorer en lui, comme lui-même en vous, est notre désir.

Vous qui d’un pôle à l’autre du monde faites briller la perle des Pontifes, délivrez-nous par son très grand mérite des lourds péchés qui nous oppressent.

Il était pauvre ici-bas et humble : et voici qu’au ciel il fait son entrée dans l’abondance, que les phalanges des cieux viennent au-devant de lui, que toute langue, toute tribu, toute nation applaudit au triomphe.

Comme avait fait sa vie, resplendit sa mort, admiration de la terre et des cieux : pour tous, c’est acte pie que se réjouir ; pour tous que ce jour soit un jour de salut.

Martin, l’égal des Apôtres, bénissez-nous célébrant votre fête : jetez sur nous les yeux, vous qui pour vos disciples demeurez prêt à vivre comme à mourir.

Faites maintenant ce que vous fîtes autrefois : des Pontifes faites briller les vertus, de l’Église accroissez la gloire, de Satan déjouez les embûches.

Vous qui trois fois avez dépouillé l’abîme, sauvez ceux que leurs fautes ont engloutis ; en souvenir du manteau partagé, revêtez-nous de justice.

Et vous rappelant cette gloire qui dans le temps fut vôtre à titre spécial, de l’Ordre monastique aujourd’hui presque éteint montrez-vous le secours.

Gloire soit à la Trinité, dont par sa vie Martin fut le confesseur ; puisse-t-il faire que chez nous aussi la foi en soit appuyée par les œuvres. Amen.

Amen.

Adam de Saint - Victor consacre au grand Évêque de Tours une de ses plus enthousiastes productions.

SÉQUENCE.

Sion, sois dans la joie en célébrant le jour où Martin, l’égal des Apôtres,triomphant du monde, est couronné parmi les habitants des cieux.

C’est lui Martin, l’humble et le pauvre, le serviteur prudent, le fidèle économe : au ciel, à lui la richesse et la gloire, devenu qu’il est concitoyen des Anges.

C’est lui Martin, qui catéchumène revêt un pauvre, et le Seigneur, dès la nuit suivante, a revêtu le manteau.

C’est lui Martin, qui dédaignant les armes, offre d’aller sans nulle défense au-devant des ennemis ; car il est baptisé.

C’est lui Martin, qui offrant l’hostie sainte, s’embrase au dedans par la divine grâce, tandis qu’un globe de feu apparaît sur sa tête.

C’est lui Martin, qui ouvre le ciel, commande à l’océan, donne des ordres à la terre, guérit les maladies, chasse les monstres, ô l’homme incomparable !

C’est lui Martin, qui ne craignit point de mourir, qui ne refusa point le labeur de vivre, et de la sorte à la divine volonté s’abandonna tout entier.

C’est lui Martin, qui ne nuisit à personne ; c’est lui Martin, qui fit du bien à tous ; c’est lui Martin, qui plut à la trine Majesté.

C’est lui Martin, qui renverse les temples, lui qui instruit dans la foi les gentils, et de ce qu’il enseigne leur donne en ses œuvres l’exemple.

C’est lui Martin, qui sans pareil en mérites, rend la vie à trois morts ; maintenant il voit Dieu pour toujours.

O Martin, pasteur excellent, ô vous qui faites partie de la céleste milice, défendez-nous contre la rage du loup furieux.

O Martin, faites maintenant comme autrefois : offrez pour nous à Dieu vos prières ; souvenez-vous, pour ne jamais l’abandonner, de cette nation qui est vôtre.

Amen.O saint Martin, prenez en pitié la profondeur de notre misère ! L’hiver, un hiver plus funeste que celui où vous partagiez votre manteau, sévit sur le monde ; beaucoup périssent dans la nuit glaciale causée par l’extinction de la foi et le refroidissement de la charité. Venez en aide aux malheureux dont le fatal engourdissement ne songe pas à demander de secours. Prévenez-les sans attendre leur prière, au nom du Christ dont se recommandait le pauvre d’Amiens, tandis qu’eux n’en savent plus trouver le nom sur leurs lèvres. Pire que celle du mendiant est cependant leur nudité, dépouillés qu’ils sont du vêtement de la grâce que se transmettaient, après l’avoir reçu de vous, leurs pères.

Combien lamentable est devenu surtout le dénuement de ce pays de France, que vous aviez rendu riche autrefois des bénédictions du ciel, et dans lequel vos bienfaits furent reconnus par de telles injures ! Daignez considérer pourtant que nos jours ont vu commencer la réparation, près du saint tombeau rendu à notre culte filial. Ayez égard à la piété des grands chrétiens dont le cœur sut se montrer, comme la générosité des foules, à la hauteur des plus vastes projets ; voyez, si réduit que le nombre en demeure encore, les pèlerins reprenant vers Tours le chemin que peuples et rois suivirent aux meilleurs temps de notre histoire.

Cette histoire qui fut celle des beaux jours de l’Église, du règne du Christ Roi, ô Martin, serait-elle finie ? Laissons l’ennemi sceller déjà en pensée notre tombe. Mais le récit de vos prodiges nous apprend qu’il vous appartient de redresser sur leurs pieds les morts mêmes. Le catéchumène de Ligugé n’était-il pas rayé du nombre des vivants [15], quand vous le rappelâtes à la vie, au baptême ? Fussions-nous comme lui déjà parmi ceux dont le Seigneur ne se souvient plus [16], l’homme ou le pays qui a Martin pour protecteur et pour père ne saurait abandonner l’espérance. Si vous daignez garder souvenir de nous, les Anges viendront redire au Juge suprême : C’est celui-là, c’est la nation, pour qui Martin prie ; et ils recevront l’ordre de nous retirer des lieux obscurs où végètent les peuples sans gloire, pour nous rendre à Martin, aux nobles destinées que nous valut sa prédilection [17].

Nous savons néanmoins que votre zèle pour l’avancement du règne de Dieu ne connut pas de frontières. Inspirez donc, fortifiez, multipliez les apôtres qui poursuivent sur tous les points du monde, comme vous le fîtes chez nous, les restes de l’infidélité. Ramenez l’Europe chrétienne, où votre nom est demeuré si grand, à l’unité que l’hérésie et le schisme ont détruite pour le malheur des nations. Malgré tant d’efforts contraires, gardez à son poste d’honneur, à ses traditions de vaillante fidélité, le noble pays où vous naquîtes. Puissent partout vos dévots clients éprouver que le bras de Martin suffit toujours à protéger ceux qui l’implorent. Au ciel aujourd’hui, chante l’Église, « les Anges sont dans la joie, les Saints publient votre gloire, les Vierges vous entourent et elles disent : « Demeurez avec nous toujours [18] ! » N’est-ce pas la suite de ce que fut votre vie sur terre, où vous et les vierges rivalisiez d’une vénération si touchante [19] ; où Marie leur Reine, accompagnée de Thècle et d’Agnès, se complaisait à passer déjà de longues heures en votre cellule de Marmoutier, devenue, nous dit votre historien, l’égale des pavillons des Anges [20] ? Imitant leurs frères et sœurs du ciel, vierges et moines, clercs et pontifes se tournent vers vous, sans nulle crainte que leur multitude ne nuise à aucun d’eux à vos pieds, sachant que votre seule vie suffit à les éclairer tous, qu’un regard de Martin leur assurera les bénédictions du Seigneur.

[1] Une liste par diocèses s’en trouve dans le Saint Martin de Lecoy de la Marche, en l’Appendice.

[2] Sulpit. Sever. Vita, VI.

[3] Ita ut, jam illo tempore, non miles sed monachus putaretur. Ibid. II.

[4] Ita implebat episcopi dignitatem, ut non tamen propositum monachi virtutemque desereret. Sulpit. Sev. Vita, X.

[5] Cardinal Pie, Homélie prononcée à l’occasion du rétablissement de l’Ordre de saint Benoît à Ligugé, 25 novembre 1853.

[6] Hilarium secutus est Martinus, qui tantum illo doctore profecit, quantum ejus postea sanctitas declaravit. In festo S. Hilarii, Noct. II, Lect. II.

[7] Cardinal Pie, ubi supra.

[8] I Cor. II, 4.

[9] Cardinal Pie, Sermon prêché dans la cathédrale de Tours le dimanche de la solennité patronale de saint Martin, 14 novembre 1858.

[10] Concil. Mogunt. an. 813, can. XXXVI.

[11] Greg. Tur. De miraculis S. Martini, IV, in Prolog.

[12] Quel qu’ait pu être le vêtement de saint Martin désigné par cette appellation, on sait que l’oratoire des rois de France tira de lui son nom de chapelle, passé ensuite à tant d’autres.

[13] Et ubi erit spes victoriae, si beatus Martinus offenditur ? Greg. Tur. Historia Francorum, II, XXXVII.

[14] Voir plus haut à Laudes.

[15] Psalm. LXVIII, 29.

[16] Psalm. LXXXVII, 6.

[17] Sulpit. Sev. Vita, VII.

[18] Ant. ad Magnificat in Iis Vesp.

[19] Sulpit. Sev. Dialog. I (II, 8, 12).

[20] Ibid. 13.



Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Durant la période byzantine, la célébrité de saint Mennas supplanta celle de saint Martin à Rome, en sorte que la fête de celui-ci dut passer au 12 novembre. Mais le Saint de Tours ne tarda guère à prendre sa revanche, et, après le VIIIe siècle, la fête du martyr égyptien n’eut plus que le rang de simple commémoraison, tandis que celle de saint Martin devint au contraire l’une des plus chères aux Romains et l’une des plus populaires.

A Rome, l’origine de la dévotion envers le saint évêque de Tours remonte au pontificat du pape Symmaque (498-514) qui, près de l’antique nef du vieux titre d’Æquitius sur l’Esquilin, construisit une nouvelle basilique qu’il dédia à saint Martin. Ainsi, à une époque où le culte liturgique était encore presque exclusivement réservé aux martyrs, l’Apôtre des Gaules reçut dans la Ville éternelle les prémices de cette vénération qui, par la suite, fut étendue à tous les autres confesseurs.

Après une vie remplie de miracles et d’œuvres apostoliques visant à déraciner le paganisme de son diocèse et à y répandre les institutions monastiques, Martin mourut à Candes à la fin de 396, ou au début de l’année suivante. De son vivant, l’austérité de sa vie et ses habitudes fort simples ne lui avaient guère concilié la faveur des évêques de sa province ni même de son clergé ; mais déjà en 397 Sulpice-Sévère publiait sa vie, qui devait venger définitivement sa mémoire. Ce petit livre devint immédiatement comme un cinquième évangile de la vie monastique, et nous le trouvons peu après répandu à Rome, à Alexandrie, à Cartilage et jusque dans la Thébaïde, contribuant énormément à susciter partout un grand mouvement vers la vie religieuse.

Durant sa vie, Martin avait été célébré comme un thaumaturge ; après sa mort, son tombeau devint donc le but de nombreux pèlerinages. Durant tout le moyen âge, on allait à la tombe de saint Martin comme on allait déjà à celle des saints apôtres Pierre et Paul, comme aujourd’hui on va à Lourdes, et on y conduisait des malades de tout genre, dans cette espérance :

Quolibet morbo fuerint gravata,

Restituuntur.

comme le chante la vieille hymne Iste Confessor qui fut composée en l’honneur de saint Martin.

La chapelle primitive qui s’élevait sur le sépulcre du Saint fut érigée par son ancien adversaire, qui fut aussi son successeur au siège de Tours, saint Brice. C’était vers l’an 437. Une simple balustrade (transenna) séparait alors la tombe de l’autel, et sur celui-ci était suspendue une couronne de métal avec des lampes. Il y avait aussi un bassin dans lequel étaient plongés les malades pour qu’ils retrouvassent la santé, comme cela se faisait dans tous les sanctuaires des Anargyres orientaux. Cependant cette chapelle était trop mesquine pour la renommée sans cesse croissante de Martin ; aussi en 461, mettant fin, comme le dit une ancienne inscription, à la jalousie de certains rivaux hostiles à Martin jusque dans sa tombe :

LONGAM • PERPETVVS • SVSTVLIT • INVIDIAM [21]

l’évêque Perpetuus entreprit la construction d’une nouvelle basilique dédiée à la gloire de son illustre prédécesseur, le Thaumaturge de Tours.

Après le document de Sulpice-Sévère, le texte le plus ancien qui nous ait été conservé au sujet de saint Martin dans les Gaules, se trouve dans l’épitaphe d’une certaine Foedula qui se glorifiait d’avoir été baptisée par lui [22] :

FOEDVLA • QVAE • MVNDVM • DOMINO • MISERANTE • RELIQVIT

HOC • IACET • IN • TVMVLO • QVEM . DEDIT • ALMA • FIDES

MARTINI • QVONDAM • PROCERIS • SVB • DEXTERA • TINCTA

CRIMINA • DEPOSVIT • FONTE • RENATA • DEI

AD • NVNC • MARTYRIBUS • SEDEM • TRIBVENTIBVS • APTAM

CERBASIVM • PROCEREM • PROTASIVMQVE • COLIT

EMERI • TAM • REQVIEM • TITVLO • SORTITA • FIDELE

CONFESSA • EST • SANCTIS • QVAE • SOCIATA • IACET.

Foedula, qui, par la divine miséricorde, a laissé le monde,

repose dans cette tombe que lui a préparée la foi catholique.

Baptisée naguère par le pontife Martin, elle renaquit

dans cette divine fontaine où alors elle lava ses péchés.

Maintenant les vénérables martyrs Gervais et Protais

qu’elle avait accoutumé d’honorer, lui ont procuré une digne demeure,

et, en récompense de sa foi, l’ont introduite dans le repos éternel mérité,

où elle se trouve en compagnie des saints.

Saint Martin avait eu durant sa vie de trop nombreuses relations avec Rome et l’Italie, pour qu’après son passage à l’éternité son culte ne s’y répandît pas rapidement et intensivement. Saint Paulin fut l’un de ses plus fervents admirateurs, si bien qu’au moment de mourir le saint évêque de Nole déclara voir son collègue de Tours et saint Janvier de Naples qui venaient l’assister pour ce suprême passage.

Après le sanctuaire de saint Martin érigé par le pape Symmaque sur l’Esquilin, nous trouvons au VIIe siècle, au Vatican, un autre insigne monastère dédié lui aussi à l’évêque de Tours. Il était iuxta ferratam, c’est-à-dire très proche de la Confession du Prince des Apôtres ; si bien que, durant les solennelles vigiles nocturnes qui suivaient le samedi des Quatre-Temps, tandis que le peuple poursuivait dans la basilique le chant des litanies, le Pape avait coutume de se retirer dans l’oratoire de Saint-Martin pour y procéder aux ordinations des ministres sacrés.

A Saint-Paul également s’éleva, durant le moyen âge, une chapelle dédiée à l’évêque de Tours. Elle avait une abside et correspondait à la chapelle actuellement affectée au chœur des moines, à gauche de l’abside, dans le vaste et lumineux transept.

Pour donner aux lecteurs une simple idée de la grande dévotion dont était l’objet, dans l’antiquité, le célèbre Patron de la vie monastique, nous nous bornerons à énumérer les églises qui lui étaient dédiées à Rome : Saint-Martin in Exquiliis ; Saint-Martin iuxta ferratam ; Saint-Martin in Scorticlaria ; Saint-Martin de Maxima ; Saint-Martin in Monteria ; Saint-Martin in Panarella ; Saint-Martin de Pila ; Saint-Martin de Posterula ; A ces églises il faut ajouter les innombrables chapelles et autels dédiés au saint Évêque dans les diverses églises titulaires, et surtout dans les monastères bénédictins.

Hors de Rome, il est significatif que le Patriarche du monachisme occidental, saint Benoît, ait dédié en l’honneur de saint Martin l’ancien temple d’Apollon qui s’élevait sur le sommet du Mont-Cassin. Ce temple devint ainsi la première église de l’Ordre bénédictin, celle où la communauté cassinienne primitive célébra les divins offices, et dans laquelle saint Benoît voulut rendre son âme à Dieu devant l’autel de saint Martin.

Les premiers fondateurs de la célèbre abbaye de Farfa imitèrent au VIe siècle le geste pieux du patriarche cassinien ; et saint Laurent le Syrien transforma lui aussi dans la Sabine, sur la cime du mont Acuziano, le temple païen en oratoire chrétien, qu’il dédia à la mémoire de saint Martin. Sur l’état des possessions de Farfa au XIe siècle, nous trouvons une trentaine d’églises environ dédiées au saint évêque de Tours.

Mais même en dehors du milieu monastique, toute l’Italie, les Gaules, l’Espagne, sont couvertes, maintenant encore, de monuments portant le nom de saint Martin. Ce sont des églises, des croix, des ponts, des fontaines, des vallées, des montagnes, des villages. Saint Martin est le vengeur de tous les opprimés, la terreur de tous les tyrans, le Saint le plus populaire de l’Europe, celui en qui le moyen âge reconnaissait son propre génie, son âme religieuse.

Rien d’étonnant donc si la fête de saint Martin était autrefois fête d’obligation comportant l’abstention d’œuvres serviles. Nous la trouvons déjà classée comme telle au synode d’Aix-la-Chapelle en 809, et elle conserva ce rang honorifique à peu près durant tout le moyen âge.

La messe Státuit est du commun [23], sauf les particularités suivantes :

La première collecte s’inspire de celle du dimanche de la Sexagésime : « Seigneur qui savez bien que nous n’avons pas même la force de nous tenir debout en votre présence ; faites que l’intercession du bienheureux Martin nous préserve de toute adversité. »

Il faut remarquer ces mots de la liturgie : ex nulla nostra virtute subsistimus, qui frappent en plein cœur le pélagianisme, et prouvent la nécessité de la grâce pour être fidèles à Dieu et agir d’une façon méritoire pour la vie éternelle. La doctrine catholique sur la grâce, qui a trouvé en saint Augustin et en saint Thomas une exposition aussi lumineuse que complète, imprime à notre spiritualité un grand sentiment d’humilité et de confiance.

Le verset alléluiatique est propre : « Saint Martin, cet homme bienheureux qui fut évêque de Tours, est entré dans son repos. Les Anges et les Archanges, les Trônes, les Dominations et les Vertus, l’ont accueilli parmi eux. »

Les chœurs angéliques trouvent leurs émules dans les ministres de Jésus-Christ. Comme les prêtres sont les anges de la terre, ainsi la liturgie attribue d’une certaine manière aux Anges le service divin dans le temple et sur l’autel du ciel. Sur la terre, les prêtres accomplissent toutes ces fonctions qu’exercent au ciel les esprits bienheureux. Comme les Anges et les Archanges, ils annoncent le Verbe de Dieu aux hommes ; Jésus dans son sacrement repose sur leurs bras comme il siège sur les trônes ; à la ressemblance des Dominations, des Principautés et des Puissances, ils constituent sur la terre la Hiérarchie sacrée et règnent sur la famille du Christ. Semblables aux Vertus, ils ouvrent et ferment les portes du ciel, ils enchaînent et expulsent Satan ; ils distribuent les trésors de la grâce divine, sanctifient par leur parole et par leur main les éléments muets, pour que, à titre de matière des sacrements ou des sacramentaux, ils coopèrent à la sanctification des âmes.

La lecture évangélique qui, dans la liste de Würzbourg, est identique à celle de la messe Os Iusti des simples Confesseurs (Luc., XII, 35-40) [24] DIE XII MEN. NOVEM. NT. SCI. MARTINI lec. sci. eu. sec. Luc. k. CLIIII Sint lumbi uestri praecincti usq. filius hominis veniet.]], est empruntée par le Missel actuellement en usage à saint Luc, ch. XI, 33-36. La lampe est faite pour le chandelier, et les charismes magnifiques du zèle pastoral et de la puissance pour opérer des miracles, sont ordonnés par Dieu à l’édification du peuple chrétien.

L’image de la lampe suggère au Rédempteur une nouvelle application. De même que l’œil est la lampe du corps, ainsi la droiture d’intention est l’œil de l’âme. Celui qui, dans ses actions, se propose Dieu seul pour but, a l’âme droite et l’œil simple.

Les deux antiennes pour l’offrande des oblations et pour la Communion sont celles de la messe Os Iusti, comme le 23 janvier. L’antienne Beatus servus, pour la Communion, réclame le passage évangélique indiqué par la liste de Würzbourg.

Dans la dernière révision du Missel romain, la collecte avant l’anaphore est devenue identique à celle de la messe de saint Nicolas de Bari le 6 décembre. Celle qui était en usage auparavant était empruntée au XXIIe dimanche après la Pentecôte et avait un caractère général, le Saint n’y étant pas même nommé.

Pour cette fête, le Sacramentaire Grégorien nous offre la préface suivante : Vere dignum... aeterne Deus : cuius munere beatus Martinus confessor pariter et sacerdos, et bonorum operum incrementis excrevit, et variis virtutum donis exuberavit, et miraculis coruscavit. Qui quod verbis docuit, operum exhibitione complevit, et documento simul et exemplo subditis ad caelestia regna pergendi ducatum praebuit. Unde tuam clementiam petimus, ut eius qui tibi placuit exemplis ad bene agendum informemur, meritis muniamur, intercessionibus adiuvemur, qualiter ad caeleste regnum, illo interveniente, te opitulante, pervenire mereamur. Per Christum... per quem maiestatem tuam etc.

Voici la collecte après la Communion : « Faites, ô Dieu tout-puissant, que l’intercession des Saints en mémoire desquels nous avons participé à vos sacrements, fasse que ces mystères nous soient un gage efficace du salut éternel. »

Une communion salutaire est celle où l’âme, au moyen de la charité, entre vraiment en communion avec Jésus, ses douleurs, sa mort, et par conséquent, avec le salut dont il est la source.

Pour cette fête, les Sacramentaires du moyen âge assignaient aussi la bénédiction ou oratio super populum : Exaudi, Domine, populum tuum tota tibi mente subiectum, et beati Martini Pontificis supplicatione custodi, ut corpore et corde protectus, quod pie credit appetat, et quod iuste sperat, obtineat. Per Dominum.

En l’honneur du grand saint Martin, nous rapportons aujourd’hui les vers que, durant le haut moyen âge, l’on pouvait lire sur la tour qui, du côté de l’orient, ornait la façade de sa basilique de Tours. Le premier vers se trouvait également au-dessus d’une des portes de la basilique de Saint-Paul à Rome :

INGREDIENS • TEMPLVM • REFER • AD • SVBLIMIA • VVLTVM

EXCELSVS • ADITVS • SVSPICIT • ALTA • FIDES.

ESTO • HVMILIS • SENSV • SED • SPE • SECTARE • VOCANTEM

MARTINVS • RESERAT • QVAS • VENERARE • FORES.

HAEC • TVTA • EST • TVRRIS • TREPIDIS • OBIECTA • SVPERBIS

ELATA • EXCLVDENS • MITIA • CORDA • TEGENS.

CELSIOR • ILLA • TAMEN • QVAE • CAELI • VEXIT • AD • ARCEM

MARTINVM • ASTRIGERIS • AMBITIOSA • VUS

VNDE • VOCAT • POPVLOS • QVI • PRAEVIVS • AD • BONA • CHRISTI

SYDEREVM • INGRESSVS • SANCTIFICAVIT • ITER.

Lève les yeux, ô toi qui entres dans ce temple,

Car cette façade élancée symbolise l’essor de la foi.

Sois humble en toi-même, mais par l’espérance suis hardiment celui qui t’appelle en haut.

Martin t’ouvre ces portes vénérées.

Cette tour offre un refuge aux timides, mais repousse les orgueilleux.

Elle laisse donc dehors l’arrogance, mais elle donne asile à ceux qui sont doux de cœur.

Beaucoup plus élevée et glorieuse que cette tour est celle qui, parmi les astres, porta Martin au divin séjour.

Celui-ci, ayant accompli le premier ce voyage céleste, en sanctifia le chemin.

Et maintenant, du ciel, il invite les peuples à obtenir eux aussi la félicité du Christ.

[21] Le blant, Inscript. Chrét., T. I.

[22] Op. cit., II, n. 412, pl. 292.

[23] Il n’y a rien de choquant à cela : les messes les plus anciennes et des saints les plus vénérés sont devenues celles du Commun, de la même manière que l’Hymne anciennement propre à St Martin, Iste Confessor, est devenue celle des vêpres du Commun au bréviaire.


Saint Martin à cheval partageant son manteau avec un mendiant. 
Calcaire, Loire (France). Auteur inconnu, 1531. Exposé au musée Calouste Gulbenkian, Lisbonne. Inv 53

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

« Ô l’homme bienheureux, dont l’âme est entrée en possession du paradis. C’est pourquoi les anges se réjouissent, les archanges exultent, le chœur des saints élève sa voix et la foule des vierges lui adresse cette invitation : Demeure avec nous à jamais ! » ( Ant. de Magn. aux 1res vêpres et de Benedict.)

« Ô le bienheureux Pontife, qui aimait le Christ de tout son cœur et qui ne craignait pas la puissance des princes ! Ô sainte âme, qu’éPargna le glaive du persécuteur, mais qui n’a pas laissé échapper la palme du martyre ! » ( Ant. de Magn. aux 2èmes vêpres).

« Martin est reçu tout joyeux dans le sein d’Abraham,. Martin, pauvre et humble ici-bas, entre riche au ciel et reçoit l’hommage des chœurs célestes. »

Saint Martin est, avec saint Silvestre et saint Antoine l’ermite, l’un des premiers saints dont le culte soit établi dans l’Église dès le Ve siècle, bien qu’il ne fût par martyr. L’honneur dont il jouissait dès les anciens temps est mentionné par le bel office du bréviaire avec ses chants historiques. — Les morceaux de la prière des Heures permettent de réunir les détails de sa vie ; Saint Martin naquit (vers l’an 316) à Sabarie, ville de Pannonie (Hongrie actuelle, près du célèbre monastère bénédictin du Mont-Saint-Martin). A l’âge de dix ans, il s’enfuit, malgré la volonté de ses parents, dans une église catholique et se fit inscrire au nombre des catéchumènes. A 15 ans, il entra dans l’armée et servit sous les empereurs Constance et Julien. Étant soldat, il rencontra un jour, à la porte d’Amiens, un pauvre mendiant sans habit qui lui demanda l’aumône au nom du Christ. Comme il n’avait sur lui que ses armes et ses vêtements militaires, il prit son épée, coupa en deux son manteau et en donna une moitié au pauvre. Au cours de la nuit suivante, le Christ lui apparut, revêtu de cette moitié de manteau, et dit : « Martin, le catéchumène, m’a vêtu de ce manteau ! » A 18 ans, Martin reçut le baptême. Sur la demande de son chef, il demeura encore deux ans à l’armée. Lorsqu’il réclama alors sa libération, Julien lui reprocha sa lâcheté ; il répondit : « Avec le signe de la croix et non avec le bouclier et le casque je traverserai sans crainte les rangs ennemis. » Il quitta l’armée et se rendit auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers, qui lui conféra l’ordre d’exorciste. Plus tard, il devint évêque de Tours. Là, il construisit un monastère où, avec 80 moines, il mena une vie très sainte. Martin, qui se rendit souvent à la cour impériale de Trêves, y reçut un jour la visite d’un père venant l’implorer pour sa fille : « Le Seigneur me donne la ferme confiance que ma fille sera guérie sur ta prière ! », lui dit-il. Saint Martin guérit la jeune fille par une onction d’huile sainte. Tétradius, témoin de ce miracle, se fit baptiser. Le saint avait aussi le don du discernement des esprits. Un jour, l’esprit mauvais lui apparut, environné de rayons éclatants et d’une magnificence royale, et voulut se faire passer pour le Christ. Saint Martin reconnut l’imposture et lui dit : « Le Seigneur Jésus-Christ n’a jamais annoncé qu’il viendrait en vêtements de pourpre et ceint d’une couronne de roi ». Là-dessus l’apparition s’évanouit. Saint Martin ressuscita trois morts. Pendant qu’il célébrait la messe, on vit apparaître un jour au-dessus de sa tête un globe lumineux. Le saint évêque était déjà très âgé lorsque, pendant un voyage à Candes, une paroisse de son diocèse qu’il visitait, il fut saisi par une violente fièvre. Il priait Dieu avec instance de le délivrer de cette prison de mort. Mais ses disciples s’écrièrent en le priant et suppliant : « Père, pourquoi nous abandonnes-tu ? A qui vas-tu confier le soin de tes malheureux enfants ? » Saint Martin, profondément ému, s’adressa à Dieu : « Seigneur, si je suis encore nécessaire à ton peuple, je ne refuse pas de travailler ; que ta volonté soit faite ! » Ses disciples, voyant que malgré sa forte fièvre il demeurait étendu sur le dos pour prier, le supplièrent de se tourner un peu pour trouver quelque soulagement. Il leur répondit : « Frères, laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, afin qu’à son départ mon âme prenne tout droit son essor vers le Seigneur. » Un moment avant sa mort, il vit l’esprit infernal, auquel il dit : « Que viens-tu faire ici, bête cruelle ? Tu ne trouveras rien en moi qui t’appartienne ! » A ces mots, le saint vieillard rendit l’âme, âgé de 81 ans, le 11 novembre 397 ou 400, couché sur un sac parsemé de cendre. Soulignons surtout les pensées du temps de l’automne ecclésiastique (son désir de la parousie), Saint Martin trouva son fidèle biographe en son ami Sulpice Sévère qui fut, au moins en partie, le témoin oculaire de ses actes et de ses miracles, Le culte de saint Martin se répandit dans tout l’occident, où sa fête fut célébrée avec solennité. Le peuple chrétien prit de bonne heure l’habitude de faire rôtir une oie le jour de sa fête (d’où la coutume aussi de représenter le saint avec cet animal). Vraisemblablement c’était là une sorte de mardi-gras avant le jeûne de l’Avent qui, à cette époque, était plus long qu’aujourd’hui,

La Messe (Státuit). — La messe est du commun des évêques. Devant nous se tient le Pontife, l’un des plus vénérables de l’histoire ecclésiastique ; aussi l’Introït et la Leçon ont-ils un accent plus vibrant. L’Évangile est propre et nous montre en saint Martin « la lumière de l’Église » qui brille au loin dans l’Église de Dieu et qui nous fait penser à la « lumière » que le baptême a allumée dans notre âme. Tenir celle-ci allumée pour la venue de l’Époux est notre grand devoir. Le verset de l’Alléluia célèbre l’entrée de saint Martin au ciel : « Saint Martin, cet homme bienheureux qui fut évêque de Tours, est entré dans son repos ; les Anges et les Archanges, les Trônes, les Dominations et les Vertus l’ont accueilli parmi eux. »

SOURCE : http://www.introibo.fr/11-11-St-Martin-eveque-et


St. Martin of Tours


 A conscientious objector who wanted to be a monk; a monk who was maneuvered into being a bishop; a bishop who fought paganism as well as pleaded for mercy to heretics—such was Martin of Tours, one of the most popular of saints and one of the first not to be a martyr.

Born of pagan parents in what is now Hungary and raised in Italy, this son of a veteran was forced to serve in the army against his will at the age of 15. He became a Christian catechumen and was baptized at 18. It was said that he lived more like a monk than a soldier. At 23, he refused a war bonus and told his commander: “I have served you as a soldier; now let me serve Christ. Give the bounty to those who are going to fight. But I am a soldier of Christ and it is not lawful for me to fight.” After great difficulties, he was discharged and went to be a disciple of Hilary of Poitiers (January 13).

On a bitterly cold day, a famous legend goes, Martin met a poor man, almost naked, trembling in the cold and begging from passersby at the city gate. Martin had nothing but his weapons and his clothes. He drew his sword, cut his cloak into two pieces, gave one to the beggar and wrapped himself in the other half. Some of the bystanders laughed at his now odd apearance; others were ashamed at not having relieved the man’s misery. That night in his sleep Martin saw Christ dressed in the half of the garment he had given away, and heard him say, “Martin, still a catechumen, has covered me with is garment.”

He was ordained an exorcist and worked with great zeal against the Arians. He became a monk, living first at Milan and later on a small island. When Hilary was restored to his see after exile, Martin returned to France and established what may have been the first French monastery near Poitiers. He lived there for 10 years, forming his disciples and preaching throughout the countryside.

The people of Tours demanded that he become their bishop. He was drawn to that city by a ruse—the need of a sick person—and was brought to the church, where he reluctantly allowed himself to be consecrated bishop. Some of the consecrating bishops thought his rumpled appearance and unkempt hair indicated that he was not dignified enough for the office.

Along with St. Ambrose (December 7), Martin rejected Bishop Ithacius’s principle of putting heretics to death—as well as the intrusion of the emperor into such matters. He prevailed upon the emperor to spare the life of the heretic Priscillian. For his efforts, Martin was accused of the same heresy, and Priscillian was executed after all. Martin then pleaded for a cessation of the persecution of Priscillian’s followers in Spain. He still felt he could cooperate with Ithacius in other areas, but afterwards his conscience troubled him about this decision.

As death approached, his followers begged him not to leave them. He prayed, “Lord, if your people still need me, I do not refuse the work. Your will be done.”

Bishop; born at Sabaria (today Steinamanger in German, or Szombathely in Hungarian), Pannonia (Hungary), about 316; died at Candes, Touraine, most probably in 397. In his early years, when his father, a military tribune, was transferred to Pavia in Italy, Martin accompanied him thither, and when he reached adolescence was, in accordance with the recruiting laws enrolled in the Roman army. Touched by grace at an early age, he was from the first attracted towards Christianity, which had been in favour in the camps since the conversion of Emperor Constantine. His regiment was soon sent to Amiens in Gaul, and this town became the scene of the celebrated legend of the cloak. At the gates of the city, one very cold day, Martin met a shivering and half-naked beggar. Moved with compassion, he divided his coat into two parts and gave one to the poor man. The part kept by himself became the famous relic preserved in the oratory of the Frankish kings under the name of "St. Martin's cloak". Martin, who was still only a catechumen, soon received baptism, and was a little later finally freed from military service at Worms on the Rhine. As soon as he was free, he hastened to set out to Poitiers to enrol himself among the disciples of St. Hilary, the wise and pious bishop whose reputation as a theologian was already passing beyond the frontiers of Gaul. Desiring, however, to see his parents again, he returned to Lombardy across the Alps. The inhabitants of this region, infested with Arianism, were bitterly hostile towards Catholicism, so that Martin, who did not conceal his faith, was very badly treated by order of Bishop Auxentius of Milan, the leader of the heretical sect in Italy. Martin was very desirous of returning to Gaul, but, learning that the Arians troubled that country also and had even succeeded in exiling Hilary to the Orient, he decided to seek shelter on the island of Gallinaria (now Isola d'Albenga) in the middle of the Tyrrhenian Sea.

As soon as Martin learned that an imperial decree had authorized Hilary to return to Gaul, he hastened to the side of his chosen master at Poitiers in 361, and obtained permission from him to embrace at some distance from there in a deserted region (now called Ligugé) the solitary life that he had adopted in Gallinaria. His example was soon followed, and a great number of monks gathered around him. Thus was formed in this Gallic Thebaid a real laura, from which later developed the celebrated Benedictine Abbey of Ligugé. Martin remained about ten years in this solitude, but often left it to preach the Gospel in the central and western parts of Gaul, where the rural inhabitants were still plunged in the darkness of idolatry and given up to all sorts of gross superstitions. The memory of these apostolic journeyings survives to our day in the numerous local legends of which Martin is the hero and which indicate roughly the routes that he followed. When St. Lidorius, second Bishop of Tours, died in 371 or 372, the clergy of that city desired to replace him by the famous hermit of Ligugé. But, as Martin remained deaf to the prayers of the deputies who brought him this message, it was necessary to resort to a ruse to overcome his resistance. A certain Rusticius, a rich citizen of Tours, went and begged him to come to his wife, who was in the last extremity, and to prepare her for death. Without any suspicions, Martin followed him in all haste, but hardly had he entered the city when, in spite of the opposition of a few ecclesiastical dignitaries, popular acclamation constrained him to become Bishop of the Church of Tours.

Consecrated on 4 July, Martin brought to the accomplishment of the duties of his new ministry all the energy and the activity of which he had already given so many proofs. He did not, however, change his way of life: fleeing from the distractions of the large city, he settled himself in a small cell at a short distance from Tours, beyond the Loire. Some other hermits joined him there, and thus was gradually formed a new monastery, which surpassed that of Ligugé, as is indicated by the name, Marmoutier (Majus Monasterium), which it has kept to our own day. Thus, to an untiring zeal Martin added the greatest simplicity, and it is this which explains how his pastoral administration so admirably succeeded in sowing Christianity throughout Touraine. Nor was it a rare occurrence for him to leave his diocese when he thought that his appearance in some distant locality might produce some good. He even went several times to Trier, where the emperors had established their residence, to plead the interests of the Church or to ask pardon for some condemned person. His role in the matter of the Priscillianists and Ithacians was especially remarkable. Against Priscillian, the Spanish heresiarch, and his partisans, who had been justly condemned by the Council of Saragossa, furious charges were brought before Emperor Maximus by some orthodox bishops of Spain, led by Bishop Ithacius. Martin hurried to Trier, not indeed to defend the Gnostic and Manichaean doctrines of Priscillian, but to remove him from the secular jurisdiction of the emperor. Maximus at first acceded to his entreaty, but, when Martin had departed, yielded to the solicitations of Ithacius and ordered Priscillian and his followers to be beheaded. Deeply grieved, Martin refused to communicate with Ithacius. However, when he went again to Trier a little later to ask pardon for two rebels, Narses and Leucadius, Maximus would only promise it to him on condition that he would make his peace with Ithaeius. To save the lives of his clients, he consented to this reconciliation, but afterwards reproached himself bitterly for this act of weakness.

After a last visit to Rome, Martin went to Candes, one of the religious centres created by him in his diocese, when he was attacked by the malady which ended his life. Ordering himself to be carried into the presbytery of the church, he died there in 400 (according to some authorities, more probably in 397) at the age of about 81, evincing until the last that exemplary spirit of humility and mortification which he had ever shown. The Church of France has always considered Martin one of her greatest saints, and hagiographers have recorded a great number of miracles due to his intercession while he was living and after his death. His cult was very popular throughout the Middle Ages, a multitude of churches and chapels were dedicated to him, and a great number of places have been called by his name. His body, taken to Tours, was enclosed in a stone sarcophagus, above which his successors, St. Britius and St. Perpetuus, built first a simple chapel, and later a basilica (470). St. Euphronius, Bishop of Autun and a friend of St. Perpetuus, sent a sculptured tablet of marble to cover the tomb. A larger basilica was constructed in 1014 which was burned down in 1230 to be rebuilt soon on a still larger scale This sanctuary was the centre of great national pilgrimages until 1562, the fatal year when the Protestants sacked it from top to bottom, destroying the sepulchre and the relics of the great wonder-worker, the object of their hatred. The ill-fated collegiate church was restored by its canons, but a new and more terrible misfortune awaited it. The revolutionary hammer of 1793 was to subject it to a last devastation. It was entirely demolished with the exception of the two towers which are still standing and, so that its reconstruction might be impossible, the atheistic municipality caused two streets to be opened up on its site. In December, 1860, skilfully executed excavations located the site of St. Martin's tomb, of which some fragments were discovered. These precious remains are at present sheltered in a basilica built by Mgr Meignan, Archbishop of Tours which is unfortunately of very small dimensions and recalls only faintly the ancient and magnificent cloister of St. Martin. On 11 November each year the feast of St. Martin is solemnly celebrated in this church in the presence of a large number of the faithful of Tours and other cities and villages of the diocese.


Clugnet, Léon. "St. Martin of Tours." The Catholic Encyclopedia. Vol. 9. New York: Robert Appleton Company, 1910. 11 Nov. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/09732b.htm>.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/09732b.htm


Détail de la façade de la basilique San Martino de Martina Franca de style baroque.

Martin of Tours B (RM)

Born in Sabaria in Upper Pannonia (Hungary), c. 316; died November 8, 397. Most mortals only have to deal with a collective devil (or so they think)--the devil of communities and families, the occult force which appeals to the lowest parts of our nature, the dark god of the city at night. To have a personal devil seems to be a "privilege" reserved for saints. The greatness of a saint is measured by the greatness of the temptation he has to overcome because the life of the saint stands out in contrast with the work of the devil.



Martin was the son of a pagan army officer who moved with his family to his father's new post in Pavia, Italy. Martin had placed himself in the catechumenate at the age of 10 against his parents' will. He took lessons at the local church and, by the time he was 12, his love of God was so ardent that he wanted to retire to become a hermit. At 15, as the son of an army veteran, he was compelled to join the army against his will. Although Martin had not formally become a Christian, he had lived more the life of a monk than a soldier for several years.

While stationed at Amiens in France in 337, a semi-naked beggar approached him in bitterly cold weather. Martin's name became immortal at that moment, for he sliced his military cloak in two and gave half of it to the starving man. That night in a dream he saw Jesus wrapped in the half of the cloak that he had given away. Jesus said to him, "Martin, yet a catechumen, has covered me with this garment." Following this dream, he "flew to be baptized," according to his biographer.

When he was about 20, barbarians invaded Gaul. He was presented to Julian Caesar with his companions to receive a donative, but Martin refused it saying, "I have served you as a soldier; let me now serve Christ. Give the bounty to these others who are going to fight, but I am a soldier of Christ and it is not lawful for me to fight."

Irritated by this stance, Julian accused him of cowardice. Martin replied that he was willing to go into battle unarmed and stand between the opposing parties in the name of Christ. He was thrown into prison, but that night the barbarians demanded and obtained an armistice. Martin sought and received his discharge c. 339.

Thereafter he lived for some time in Italy and Dalmatia before he went to Poitiers, and Bishop Saint Hilary took him as a disciple. Martin sought him out knowing that in serving this holy man he would be serving God. Hilary recognized Martin's extraordinary merit and would have ordained Martin a deacon, but he could not overcome Martin's humility.

To keep Martin in his diocese, Hilary assigned him the duties of exorcism--so it was in that official capacity that Martin first made the acquaintance of the devil. It was still only the general devil, for he did not yet have his own private one. Martin, however, learned how to ward off evil spells and parry thrusts from the devil's horns, a lesson that would always be useful. Martin had a dream that called him home, and he returned to Pannonia, converting his mother and others, including a group of bandits who would have killed him, during the visit. Shortly thereafter the devil appeared to him in human form and told him that no matter where he went or what he did, the devil would oppose him.

In Illyricum his vocal opposition to the Arians led to his being publicly scourged and exiled by Auxentius, the Arian bishop. Returning to Italy, Martin found that Hilary had been exiled. He retreated to a place near the walls of Milan, where he entered the monastic life. Auxentius, when he seized the see of Milan, caught up with Martin and drove him from the diocese. Martin then joined company with a virtuous priest. The duo retired to the deserted island of Gallinaria in the gulf of Genoa where he lived as a recluse until 360, when the banished Saint Hilary was allowed to return to Poitiers.

It was true for Martin as for most saints that the more Martin grew in holiness, the more his private devil became differentiated from the collective devil. More and more the devil clung on to his soul, forcing him to be ceaselessly on his guard. It was like the scientific principle of communicating vessels: as Martin rose like mercury towards saintliness, the devil hastened to fill the empty space behind him.

One day while he was still living in seclusion on the island, Martin ate a poisonous plant that almost killed him. The chronicles call this plant 'hellebore' which is doubtless a mistake, since hellebore is no more fatal than it is a cure for madness, and, according to herbalists, contains nothing worse than a drastic purgative.

Perhaps the plant wasn't there by chance? There is a variety of hellebore called 'Christmas rose' that is a mandrake. A saint could easily confuse the two. Nevertheless, when Martin felt the poison at work, he began to pray--which proves that he realized that there was nothing natural about his sickness--and God cured him.

Martin's devil was capable of transforming himself into many different shapes. He was particularly fond of taking the form of the gods and goddesses of mythology, appearing sometimes as Jupiter, sometimes as Mercury. But though Martin was always alarmed by Mercury, he dismissed Jupiter as 'a stupid animal' and 'a fool.'

The devil also liked to disguise himself in the form of women. One day he appeared as Venus, the next as Minerva, always exuding a strong smell of sulphur and always being put to flight by the sign of the cross. As you can see, he wasn't a bad devil, in spite of some corny tricks. He was probably more stupid than wicked. He was a nonentity.

After learning that Hilary was returning to Poitiers, Martin travelled to Rome to meet him en route and accompany him back to his see. As Martin wished to live as a solitary, Hilary gave him some land, now called Ligugé, where he was joined by other hermits--and thus the first monastic community in Gaul was founded. It was a famous monastery until 1607, and was revived in 1852 by the Solesmes Benedictines. He lived there for 10 years, preaching and reputedly performing miracles in the area, including raising a catechumen and a hanged slave back to life.

Soon matters with the devil began to get worse. One day while the saint was at prayer in his cell the devil came in without knocking, holding in his hand a horn covered with blood. "I've just killed one of your people," he told the saint, and in fact the monastery's carrier had just been gored by a bull. Thereupon Martin resolved to fight the surrounding devils by destroying all the pagan temples in the district. He was soon seeing devils everywhere, and this enabled him to keep out of the way of his own devil. Around 371, Tours chose him as its third bishop. He was unwilling to take the office; the people tricked him into visiting a sick person in the city and then took him to the church. His poor appearance did not impress the bishops who had come to assist at the election, but the people overruled their objections and Martin was consecrated on July 3, 371.

He lived in a cell by the church but soon retreated from the city and its distractions to a place that would become an abbey at Marmoûtier, which became another great monastic center. It was a desert, with a steep cliff on one side and a river on the other. Before long, eighty monks had joined him. The hermit monks engaged in no art or business. The older ones were engaged solely in prayer, while the younger ones were deputed to write. Many bishops were chosen out of this monastery because every city wanted a pastor who had been bred under the discipline of Saint Martin.

Here Martin lived privately as a monk, while publicly he devoted himself with burning zeal to the discharge of his episcopal duties. Every year he visited each of his parishes in rural regions, travelling by foot, by donkey, or by boat. He was an innovator in that he worked to convert rural regions, to which he introduced a crude parochial system. Previously, Christians had been confined primarily to urban areas.

His biographer and friend, Sulpicius Severus--reported that he extended his apostolate from Touraine to Chartres, Paris, Autun, Sens, and Vienne. Although he is said to have ruthlessly destroyed pagan temples, his reputed miracles did much to aid his progress: he is said to have cured Saint Paulinus of Nola of an eye disease (this is disputed; Paulinus attributed it to the prayers of Saint Felix of Nola), healed lepers, and raised a dead man to life. Martin is reputed to have experienced visions and revelations and was gifted with the ability to prophesy. As an exorcist, Martin did not threatened demons, rather he would prostrate himself on the ground and subdue them by prayer.

He was one of the greatest pioneers of Western monasticism before Benedict--who had a particular veneration for him. During this time, Priscillian, the leader of a Gnostic-Manichean sect, was attacked by Ithacius, the bishop of Ossanova, who accused him of sorcery and urged the emperor to put him to death.

Martin, together with Pope Saint Siricius and Saint Ambrose, stood against the capital punishment of Priscillian and other heterodox Spaniards by the civil authorities including Ithacius and Emperor Maximus. He believed that the state should not intervene in an ecclesiastical matter. Martin pleaded with Maximus not to execute the heretics but to simply allow them to be excommunicated.

Ithacius then accused Martin of heresy. Maximus told Martin that he would execute no one, but after Martin left him in Trier, Maximus was prevailed upon to remand the case of the sect to the Prefect Evodius. The sect was found guilty and the members were beheaded, marking this as the first judicial death sentence for heresy. Both Maximus and Itacius were censured by Pope Siricius for their roles in the affair.

Martin returned to Trier, Germany, to arbitrate for the Spanish Priscillianists--in danger of persecution--and for two followers of the late emperor Gratian. Maximus agreed to spare their lives provided Martin reconcile himself to Ithacius. His delicate position led Martin to maintain an alliance with Ithacius, which troubled him greatly afterward.

Martin encountered a good deal of opposition in his later years, one of his chief critics being the firebrand Saint Brice, who succeeded him as bishop. But his awe-inspiring spiritual power was too much for the 'unspeakably bloody ferocity' of Count Avitian, who refrained from intended barbarities in Tours.

He became ill at rural Candes in Touraine. As he lay dying as a Christian, stretched out on his bed of ashes, ready to draw his last painful breath, while the bells were already tolling to mark his passing, he asked his disciples, "Leave me, my brothers, so that I may fix my eyes on heaven rather than on earth and set my soul on the path which leads to the Lord."

But the devil was waiting at the bedside of his old enemy. He knew only too well the subtle workings of the death agony. He knew just where to put his hand at that last moment when the soul, white-hot with the heat and effort to tear itself away from the body, has become as soft and malleable as molten glass; and the devil was waiting to seize the soul at that moment and carry it off to the fires of hell. He was much too busy to talk, and besides he had long ago used up his stock of wiles. And so, heavy, black, and watchful, he worked in silence on the body of the dying man.

Then Saint Martin, rousing himself from his death throes, confronted the monster with these words: "What are you doing here, savage beast? You'll find nothing in me that belongs to you, accursed one, for I shall soon be in the bosom of Abraham!"

And having exorcised the demon from his body, Martin turned his face to the wall and gave up his soul to God. Such, since the beginnings of the world, have been the relations between the saint and the devil.

Martin is buried at Tours. His successor Brice built a chapel over his grave, and it was later replaced with a basilica. He was one of the most popular saints of the Middle Ages, and his shrine was a great site of pilgrimage where many miracles are wrought.

As an evangelizer of rural Gaul and the father of monasticism in France, Saint Martin of Tours was a figure of great importance. His fame spread from Ireland to Africa and east. In England, Saint Martin's Summer is a spell of fine weather that sometimes occurs around the time of the feast. Many churches in England were dedicated in his honor, including Saint Martin's at Canterbury and Saint Martin-in-the-Fields in London. Although the saint longed to be a hermit, the church forced him to lead the life of a loving, energetic Bishop of Tours (Attwater, Benedictines, Bentley, Delaney, Encyclopedia, Husenbeth, Monceaux, Severus, Walsh, Watkin, White).

Saint Martin is most generally portrayed as a young soldier on horseback dividing his cloak with a beggar, but sometimes he is shown as a bishop with a beggar at his feet or near him, or in armor, with episcopal symbols. His emblems are a globe of fire over his head as he says Mass, or a goose, whose migration often coincides with his feast (Roeder).

Other portrayals of Saint Martin by Simone Martini include:

St. Martin Dividing His Cloak

St. Martin Knighted

St. Martin Renouncing the Sword

The Dream of St. Martin

The Death of St. Martin

Saint Martin is venerated at Tours. He serves as patron of armorers, beggars, cavalry, coopers, domestic animals, France, geese, girdlers, glovers, horses and horsemen, infantrymen, millers, innkeepers, soldiers, tailors, wine growers and wine merchants (because his feast falls just after the vendange), and wool-weavers (because he divided his cloak) (Roeder). He is invoked against drunkenness, storms, and ulcers (Roeder).






St. Martin, Bishop of Tours, Confessor

For the history of St. Martin, we are chiefly indebted to his illustrious disciple St. Sulpicius Severus, who, in an elegant and classical style wrote his life some time before his death. The name of Constantius for Constantine, and some other such mistakes, crept into this work through the negligence of copiers, who often use abbreviations, especially in names. To supply omissions in this life, eight years after St. Martin’s death, St. Sulpicius wrote three dialogues; in the first, Posthumian introduces the discourse by relating certain miracles and edifying instances of virtue, especially of the love of poverty, and the blind obedience of several Egyptian monks. In the second and third dialogue, St. Sulpicius, under the name of Gallus, a disciple of St. Martin, recounts several remarkable circumstances of his life. Others he mentions in four of his epistles; and in that to Bassula, his wife’s mother, then living at Triers, he relates the circumstances that attended the holy bishop’s happy death. He speaks of him also in the account he gives of the Priscillianists, with which he closes his sacred history, 1, 2, c. 50, 51. Though this author imitates the style of the purest ages, yet he declares that he neglects elegance; and he takes the liberty to use certain terms and phrases familiar in his time, or necessary to express our holy mysteries, which are not of the Augustan standard. These Clerc finds fault with; but even Cicero allows philosophers to invent new terms to express new notions or things. How shocking is the delicacy of Bembo, who conjures the Venetians per Deos immortales, and uses the words Dea Lauretana! or that of Justus Lipsius, who uses fatum or destiny for providence, because this is not a Ciceronian word, for which some of his works were condemned, and by him recalled. A certain Paulinus of Perigueux, in 401, and Fortunatus of Poictiers, about the year 590, wrote the life of St. Martin, in rough heroic verse; wholly copied from St. Sulpicius Severus, so as only to have disfigured the colours by changing the canvass. St. Gregory of Tours speaks of St. Martin in his history, l. 1, et 10, and in 594, finished his four books of the Virtues and Miracles of St. Martin; some of which miracles were wrought upon himself; to others he was an eye-witness, and the rest he learned from persons of credit. See on St. Martin, Tillemont, t. 10, p. 309, and Vie de S. Martin, in 450, at Tours, 1699, by Abbé Gervaise, then provost of St. Martin’s, at Tours, afterwards bishop of Horren, who was massacred in his mission, with all his attendants by the Caraibes or Cannibals the 20th of November, in 1729. See also the criticisms of Dom Badier the Maurist monk, Hist. de l’Abbaye de Marmoutier, et de l’Eglise Royale de S. Martin de Tours.

A.D. 397

THE GREAT St. Martin, the glory of Gaul, and the light of the Western church in the fourth age, was a native of Sabaria, a town of Upper Pannonia, the ruins of which appear upon the river Gunez, in Lower Hungary, two leagues from Sarwar, upon the Raab, near the confines of Austria and Stiria. St. Gregory of Tours places his birth in the year 316, or before Easter in 317, the eleventh of Constantine the Great. His parents carried him with them in his infancy to Pavia in Italy, whither they removed, and the saint had his education in that city. His father was an officer in the army, and rose to the commission of a military tribune, not much different from that of a colonel, or rather of a brigadier amongst us. Our saint from his infancy seemed animated with the spirit of God, and to have no relish for anything but for his service, though his parents were idolaters. At ten years of age he made his way to the church against the will of his parents, and desired to be enrolled amongst the catechumens. His request was granted, and he assisted as often as possible at the instructions that were given to such at the church: by which he conceived so ardent a love of God, that at twelve years of age, he was for retiring into the desert; and would have done it had not the tenderness of his age hindered him. His heart, however, was always set upon the church and monasteries. An imperial order being issued to oblige the sons of veteran officers and soldiers to bear arms, the saint’s own father, who very much desired that his son should follow that profession, discovered him, and at fifteen years of age he was compelled to take the military oath, and was entered in the cavalry. He contented himself with one servant, and him he treated as if he were his equal: they ate together, and the master frequently performed for him the lowest offices. All the time he remained in the army, he kept himself free from those vices which too frequently sully and degrade that profession, and, by his virtue, goodness, and charity, gained the love and esteem of all his companions. He was humble and patient above what human nature seemed capable of, though he was not yet baptized. He comforted all those who suffered affliction, and relieved the distressed, reserving to himself out of his pay only what was sufficient for his daily support.

Of his compassion and charity St. Sulpicius has recorded the following illustrious example. One day, in the midst of a very hard winter, and severe frost, when many perished with cold, as he was marching with other officers and soldiers, he met at the gate of the city of Amiens a poor man, almost naked, trembling and shaking for cold, and begging alms of those who passed by. Martin seeing those who went before him take no notice of this miserable object, thought he was reserved for himself: by his charities to others he had nothing left but his arms and clothes upon his back; when, drawing his sword, he cut his cloak into two pieces, gave one to the beggar, and wrapped himself in the other half. Some of the by-standers laughed at the figure he made in that dress, whilst others were ashamed not to have relieved the poor man. In the following night St. Martin saw in his sleep Jesus Christ dressed in that half of the garment which he had given away, and was bid to look at it well, and asked whether he knew it. He then heard Jesus say to a troop of angels who surrounded him: “Martin, yet a catechumen, has clothed me with this garment.” This vision inspired the saint with fresh ardour, and determined him speedily to receive baptism, which he did in the eighteenth year of his age; but still continued almost two years in the army at the request of his tribune, with whom he lived in the most intimate friendship, and who promised to renounce the world when the term of his service and commission in which he was then employed, should be elapsed. During this interval Martin was so entirely taken up with the obligations of his baptism, that he had little more than the name of a soldier, and expressed much impatience at being detained one moment from devoting himself solely to the divine service. Upon an irruption which the Germans made into Gaul, the troops were assembled to march against them, and a donative was distributed amongst the soldiers. Martin thought it would be ungenerous and unjust to receive the donative when he had thoughts of quitting the service. He therefore begged that his donative might be bestowed on some other person, and asked his dismission, that he might give himself up totally to the service of Christ. He was told that it was for fear of the battle that was expected next day, that he desired his dismission. Martin, with surprising intrepidity, offered to be placed in the front without arms, saying: “In the name of the Lord Jesus, and protected not by a helmet and buckler, but by the sign of the cross, I will thrust myself into the thickest squadrons of the enemy without fear.” That night the barbarians demanded and obtained peace; upon which Martin easily procured leave to retire, after having served in the army about five years, according to the most probable account. 1

St. Martin, having quitted the camp, went to St. Hilary, who had been made bishop of Poitiers in the year 353 or 354. That great prelate soon became acquainted with the saint’s extraordinary merit, and, in order to fix him in his diocess, would fain have ordained him deacon, but was not able to overcome his humility, and was obliged to be content only to make him exorcist. Martin was very desirous to pay his parents a visit in Pannonia; for which he obtained the leave of St. Hilary, who made him promise he would return to him again. In crossing the Alps he fell into the hands of a company of robbers, and one of them lifted up his sword over his head to kill him; but another held his arm. They admired his modesty and intrepidity, and asked him who he was, and whether he was not struck with fear at the sight of a sword lifted up to kill him. He answered that he was a Christian, and that he had never been more calm and secure than under that danger, because he certainly knew that the divine goodness is always most ready to protect us in life or in death, and is never more present to us than in the greatest dangers; but said he was only grieved that they, by the lives which they led, deprived themselves of the mercy of Christ. The robbers listened to him, admired the courage and confidence in God which virtue inspires, and he who had attempted to kill the saint put him in his road, became a Christian, led a penitential religious life in a monastery, and himself afterwards related this circumstance. Martin continued his journey through Milan into Pannonia, and converted his mother and many others; but his father remained in his infidelity. In Illyricum he with so much zeal opposed the Arians who prevailed there without control, that he was publicly scourged by them and banished the country. In Italy he heard that the church of Gaul was sorely oppressed by those heretics, and St. Hilary banished; upon which melancholy news he chose a retreat near the walls of Milan, where he entered upon a monastic life. Auxentius the Arian invader of the see of Milan, soon became acquainted with his zeal for the orthodox faith, and the council of Nice, and drove him out of that diocess. The saint in this distress fell into the company of a very virtuous priest, with whom he agreed to retire to the little desert island of Gallinaria, upon the coast of Liguria, near Albenga. Here, whilst he lived in great abstinence on roots and wild herbs, he happened unawares to eat a considerable quantity of hellebore, enough to have caused his death, if he had not been restored to his health when brought to the last extremity, by having recourse to prayer. Understanding, in 360, that St. Hilary was returning to his bishopric, he went to Rome to meet him on his road, and finding there that he was already gone by, speedily followed and overtook him, and being most affectionately received by him, accompanied him to Poitiers. It being Martin’s earnest desire to pursue his vocation in holy solitude, St. Hilary gave him a little spot of land, called Locociagum, now Lugugé, two leagues from the city, where our saint built a monastery, which was standing in the eighth century, and seems to have been the first that was erected in Gaul. Amongst others who were received by the saint in this house, was a certain catechumen, who, shortly after, whilst St. Martin was absent for three days upon business relating to the divine service, fell ill of a fever, and died suddenly, beyond all expectation, and without baptism. The saint returning home found his monks in great affliction, and the corpse laid out in order to be buried. Bursting into a flood of tears he fixed his eyes on the corpse; and feeling in himself a divine impulse to work a miracle, he ordered the rest to go out of the chamber, and, like another Eliseus, stretched himself upon the dead body, and prayed for some time with great earnestness, till, perceiving that it began to revive, he rose up and stood by it, whilst, in less than two hours, the deceased person began to move his limbs, and at last opened his eyes. Being restored to life he related how, after his departure, his soul seemed to be presented before the divine tribunal, and sentenced to a dark dungeon, but that two angels represented to the judge that St. Martin poured forth his prayers in her behalf; and that the judge ordered them to restore her to the body, and raise it to life. The person was immediately baptized, and lived many years. Another time the saint restored to life, in the same manner, a slave of a neighbouring rich man, who had hanged himself. These two miracles exceedingly spread his reputation, and in the year 371 he was chosen the third bishop of Tours, and consecrated on the 3d of July. St. Gatian who came from Rome about the same time with St. Dionysius of Paris, in 250, had first preached the faith there, founded that see, and governed it fifty years, as St. Gregory of Tours affirms. His successor, after the see had been several years vacant, was St. Litorius: upon whose death the people demanded St. Martin for their bishop. A stratagem was made use of to call him to the door of his monastery to give his blessing to a sick person, and he was forcibly conveyed to Tours under a strong guard. Some of the neighbouring bishops, who were called to assist at the election, urged that the meanness of his dress and appearance, and his slovenly air, showed him to be unfit for such a dignity. But such objections were commendations of the servant of God, who was installed in the episcopal chair.

St. Martin in this new dignity continued the same manner of life, retaining the same humility of mind, austerity of life, and meanness of dress. He lived at first in a little cell near the church, but, not being able to endure the interruption which he met with from the many visits he there received, he retired to a monastery which he built two miles from the city, which is the famous abbey of Marmoutier, the most ancient that now subsists in France, and belongs to the congregation of St. Maur. The place was then a desert, inclosed by a high steep rock on one side, and by the river Loire on the other, and the entrance into it was only by one very narrow passage. The holy bishop had a cell built of wood: several of his monks had cells made in the same manner, but the greater part took up their dwellings in narrow holes which they dug in the side of the rock: one is still shown in which St. Martin is said to have lodged for some time. He had here in a short time about fourscore monks; amongst them no one had any distinct property; no one was allowed to buy or sell, as was the practice of the greater part of the monks with regard to their work and sustenance. No art or business was permitted amongst them, except that of writing, to which only the younger were deputed; the more ancient attended to nothing else but to prayer and spiritual functions. Very rarely any went out of his cell, except to the oratory where they assembled at the hours of public prayer; and they ate all together in the evening after the hour of the fast. Wine was never afforded to any one, unless sickness required it. Most of them had garments of camel’s hair, that is, of coarse camlet, and it was esteemed a crime to wear any soft clothing. There were, nevertheless, many persons of quality amongst them, who had been educated in a tender and delicate manner. Many bishops were chosen out of this monastery; for there was not a city which did not desire to have a pastor who had been bred under the discipline of St. Martin. The bishop himself was frequently employed in visiting all the parts of his diocess. Not far from his monastery stood a chapel and an altar, erected by the concession of his predecessors, over the tomb of a pretended martyr. The place was much reverenced by the people; but St. Martin, who was not over credulous, would not go thither to pray, not hearing any assured account of the relics. He asked the eldest of the clergy what they knew of them, and not receiving satisfaction, he went one day to the place with some of his brethren, and, standing over the tomb, besought God to show him who was buried there. Then turning to the left he saw near him a pale ghost of a fierce aspect, whom he commanded to speak. The ghost told his name, and it appeared that he had been a robber who was executed for his crimes, whom the people had honoured as a martyr. None but St. Martin saw him; the rest only heard his voice. He thereupon caused the altar to be removed; and freed the people from this superstition. 2 Formerly bishops canonized saints, or declared them such; but to prevent the danger of abuses, this has been long since reserved to the most mature discussion and solemn approbation of the apostolic see of Rome. To honour relics without a prudent or moral assurance of their authenticity, or without the due authority of pastors as the canons require, is to fall into superstition. Where these rules of prudence are observed, even though a mistake should happen, it is of the same nature as if a person by inculpable inadvertence, kissed some other book instead of the bible; and the primary object of such religious actions, which is to glorify God in his saints, is always certain, whatever mistakes may happen in facts, or such like human means which excite our devotion. But the example of St. Martin, St. Gregory the Great, St. Charles Borromeo, and all other holy prelates ought to excite all pastors to be diligent and severe in examining and removing relics which are not sufficiently warranted.

The utter extirpation of idolatry out of the diocess of Tours and all that part of Gaul, was the fruit of the edifying piety, miracles, and zealous labours and instructions of St. Martin. Soon after he had entered upon his episcopal charge he was obliged (probably on account of the heathenish temples, or some such affairs) to repair to the court of Valentinian I. who generally resided in Gaul. That prince, who was a good soldier, was a most passionate, rough, and proud man, and though he had been remarkable for his zeal in the reign of Julian the Apostate, seemed on certain occasions afterwards too favourable to idolatry, or too indifferent about religion, as appears amongst other instances from the following: The Church never admitted comedians to baptism till they had quitted that profession, so that the pagans dreaded lest any of their comedians should turn Christians, as a prejudice to their public diversions. Valentinian therefore decreed that if any comedians in sickness desired baptism, the magistrates should be informed, that they might cause them to be visited, and see if they were really in danger, before they were allowed to be baptized. 3 This prince, knowing that St. Martin was come to beg of him something in favour of the Christian religion which he had no mind to grant, gave orders that he should not be admitted into the palace. Also his wife Justina, who was a furious Arian, endeavoured to prepossess him against the holy bishop. St. Martin, having attempted in vain twice or thrice to get access, had recourse to his ordinary weapons. He put on hair cloth, covered his head with ashes, abstained from eating and drinking, and prayed day and night. On the seventh day, he was ordered by an angel to go boldly to the palace. Accordingly he went thither, found the doors open, and nobody stopping him, he went to the emperor, who seeing him at a distance, asked in passion why they had let him in, and would not vouchsafe to rise: but the place where he sat was suddenly all in a flame; which soon forced him to get up, says Sulpicius Severus. 4 Then finding that he had felt the divine power, he embraced the saint several times, and granted him all that he desired, even before he had time to mention his requests. After this, he gave him audience several times, often made him eat at his table, and, at his departure, offered him great presents, which the saint modestly refused, out of love to the poverty he professed. This must have happened before the year 375, in which this emperor died.

St. Martin destroyed many temples of idols, and felled several trees that were held as sacred by the pagans. Having demolished a very ancient temple, he would also have cut down a pine that stood near it. The chief priest and other pagans opposed; but at length agreed that they themselves would fell it, upon condition that he who trusted so strongly in the God whom he preached would stand under it where they should place him. The saint, who was directed in these extraordinary events by a divine inspiration, consented, and suffered himself to be tied to that side of the tree on which it leaned. When it seemed just ready to fall upon him he made the sign of the cross, and it fell on the contrary side. There was not one in a prodigious multitude of pagans that were present, who did not upon the spot demand the imposition of hands in order to be received amongst the catechumens. Another time, as he was pulling down a temple in the country of Ædui, that is, in the territory of Autun, a great number of pagans fell upon him with great fury, and one attacked him sword in hand. The saint took away his mantle, and presented his bare neck to him; but the pagan, being miraculously terrified, fell backwards, and begged he would forgive him. His zeal exposed him on many occasions to the hazard of his life. Wherever he destroyed temples, he immediately built churches or monasteries; and continued frequently to perform great miracles. At Triers he cured a maid who was sick of a palsy, and just ready to expire, by putting some oil that was blessed into her mouth. He restored to health a slave who belonged to Tetradius, formerly proconsul, that was possessed with a devil. At Paris, as he entered the gate of the city, followed by a great crowd, he kissed a most loathsome leper, and gave him his blessing, and he was forthwith healed. Small threads of the clothes or hair shirt of St. Martin often cured the sick when applied to them. One time the saint, as he was going to Chartres, passed through a village, the inhabitants of which were all idolaters, yet they all came out to see him pass by. The holy prelate seeing this multitude of infidels was moved with extreme compassion, and with earnest affection lifted up his eyes to heaven. Then he began to preach to them the word of God in the manner that he was accustomed, and sweetly to invite them to eternal salvation, with such pathetic words, voice, and energy, that it appeared plainly that it was not he who spoke, but God in him. A woman brought to him at that very time her only son, a child who was dead, and besought him, as the friend of God, to restore him to life. The saint judging that this miracle might occasion the conversion of many, made his prayer, and, in the presence of all the people, restored the child alive to the mother, who was amazed and out of herself for joy. The people who had seen this miracle, cried out aloud to heaven, ran to the saint, and cast themselves at his feet, beseeching him to make them catechumens, and to prepare them for baptism. St. Martin rejoiced at the conversion of so many souls to God, much more than any one could have done for the conquest of a kingdom, or all temporal advantages. Paulinus who flourished with so great reputation for sanctity at Nola, being seized with a violent pain in his eye, where a cataract was beginning to be formed, St. Martin touched him with a pencil, and he was immediately cured. 5 Many other miracles wrought by St. Martin are related by St. Sulpicius Severus, especially in casting out devils, whom he did not expel with threats and terrors as other exorcists were accustomed to do; but, clothed with rough hair cloth, and covered with ashes, he prostrated himself upon the ground, and, with the arms of holy prayer, subdued them, and forced them at length to yield. The same venerable author recounts several instances of revelations, visions, and the spirit of prophecy with which the saint was favoured by God. An extraordinary prudence, particularly in the discernment of spirits, was the fruit of his profound humility, perfect purity of heart, spirit of prayer, and contemplation. By this he discovered various subtle illusions and snares of the spirit of darkness. One day, when St. Martin was praying in his cell, the devil came to him environed with light, clothed in royal robes, with a crown of gold and precious stones upon his head, and with a gracious and pleasant countenance, told him twice that he was Christ. Humility is the touchstone which discovers the devil’s artifices, in all which a spirit of pride reigns. By this the saint after some pause discerned the evident marks of the angel of darkness, and said to him: “The Lord Jesus said not that he was to come clothed with purple, and crowned and adorned with a diadem. Nor will I ever believe him to be Christ who shall not come in the habit and figure in which Christ suffered, and who shall not bear the marks of the cross in his body.” At these words the fiend vanished, and left the cell filled with an intolerable stench.

Whilst St. Martin was employed in making spiritual conquests, and in peaceably propagating the kingdom of Jesus Christ, the western empire was shaken with horrible convulsions. Maximus was proclaimed emperor by the Roman legions in Britain in 383, and, passing into Gaul, was acknowledged by the mutinous soldiery there, made Triers the seat of his empire, and defeated Gratian near Paris, who was betrayed by his own forces, and assassinated by Andragathius at Lyons on the 25th of August, in 383. The churches in Spain and Gaul were at that time disturbed by the Priscillianists, 6 who renewed many errors of Simon Magus, the Gnostics and the Manichees, to which they added their favourite tenet of dissimulation and lying, it being an avowed principle amongst them, “Swear, forswear thyself; betray not the secret.” Maximus found Ithacius, a Spanish bishop, the warmest accuser of the Priscillianists, waiting for him at Triers. Idacius his colleague joined him there. The new emperor received them favourably, and commanded the ringleaders of the heretics to be conducted thither from Spain, and confronted with their two accusers. St. Martin happened to go to Triers to intercede with the tyrant in favour of certain persons who were condemned to death for adhering to their late master, Gratian. Many at the same time came from different parts to pay their court to Maximus with the most fawning adulation. But our saint always maintained his apostolical authority, imitating herein St. Ambrose, who had been there before him upon an embassy from Valentinian II., Gratian’s younger brother, who remained in possession of Italy. Though St. Martin was Maximus’s subject, which the other was not, he discovered the utmost reluctance to communicate with Maximus; and, when he was invited to dine at the emperor’s table, he refused a long while, saying boldly, that he could not eat at the same table with a man who had deprived one emperor of his dominions, and another of his life. Maximus protested that he had not accepted of the empire voluntarily, but that it had been forced upon him by the soldiery; that his incredible success seemed to testify the will of God, and that not one of his enemies had perished, except those who lost their lives in the battle. St. Martin at length was prevailed upon to accept the invitation, which gave the emperor the utmost satisfaction, who ordered a great entertainment to be made, and invited the most considerable persons of his court, and, among others, his uncle and brother, both counts, and the prefect of the prætorium. The priest who accompanied St. Martin was seated in a most honourable place between two counts, and on the same couch; and St. Martin on a low seat near the emperor. In the midst of the entertainment, an officer presented the cup as usual to Maximus, who ordered it to be given to St. Martin, expecting to receive it from his hand; but, when the bishop had drank, he gave it to his priest, as the most worthy person in the company: which action was exceedingly applauded by the emperor and the whole court. The empress, who attended night and day to the bishop’s discourses, sat always at his feet upon the ground, and would needs give him an entertainment in her turn, to which she invited the emperor. St. Martin consented with the utmost reluctance, for though he was above seventy years old, he never conversed with women except on necessary spiritual affairs. But he found it unavoidable, as he had several things to petition for; such as the delivery of prisoners, the recalling several that were in banishment, and restoring estates that had been confiscated. The empress herself waited upon him at table in the humble posture of a servant.

Neither St. Ambrose nor St. Martin would communicate with Ithacius or those bishops who held communion with him, because they sought to put heretics to death. We cannot wonder at the offence these saints took at their prosecuting Priscillian in such a manner, when we consider how much the church abhorred the shedding of the blood even of criminals, and never suffered any of her clergy to have any share in such causes. St. Martin continually reproved Ithacius for his conduct, and pressed him to desist from his accusation. He also besought Maximus not to spill the blood of the guilty; saying, it was sufficient that they had been declared heretics, and excommunicated by the bishops, and that there was no precedent of an ecclesiastical cause being brought before a secular judge. Ithacius, far from hearkening to his advice, presumed to accuse him of this heresy, as he usually did those whose manner of life seemed to him too rigid. But Maximus, out of regard to St. Martin’s remonstrances, caused the trial to be deferred all the while he staid at Triers, and even promised him that the blood of the persons accused should not be spilt. But after the saint had left Triers, he suffered himself to be prevailed upon, and committed the cause of the Priscillianists to Evodius, whom he had made prefect of the prætorium. This severe judge convicted Priscillian of several crimes by his own confession, as of holding nocturnal assemblies with lewd woman, of praying naked, and other such things. Ithacius was the accuser, and was even present when Priscillian was put to the torture. 7 Though after this he withdrew, and did not assist at their condemnation to death. Evodius laid the whole proceeding before Maximus, who declared Priscillian and his accomplices worthy of death. Evodius therefore pronounced sentence. Priscillian, his two clerks named Felicissimus and Armenius, Latrocinius a layman, and Euchrocia were beheaded. The bishop Instantius, who had been condemned by the council of Bourdeaux, was banished to the islands of Sylina, or the isles of Scilly, beyond Britain. Soon after Afarinus and Aurelius, two deacons, were condemned to death: Tiberian was sent to the same islands, and his estate confiscated, and others were punished for the same cause. 8 Ithacius and his associate bishops were supported by the emperor, so that several who disapproved their conduct, durst not condemn them. Only one bishop named Theognostus, publicly declared against them.

The Ithacians prevailed upon the emperor to send tribunes into Spain with a sovereign power to search out heretics, and deprived them of their lives and possessions. No one doubted but many innocent persons would fall undistinguished in this search; for the paleness of a man’s countenance or his dress, was enough to bring him into suspicion with those people. The day after they had obtained this order, they heard, when they least expected it, that St. Martin was almost got to Triers; for he was obliged to go there very often about affairs of charity. The Ithacians were greatly alarmed at his coming, and when they found that he abstained from their communion, they told the emperor that, if the obstinacy of Theognostus was supported by Martin’s authority, their reputation would be entirely ruined. Maximus therefore represented mildly to the holy man that the heretics had been justly condemned for their crimes by the imperial judges, not by the bishops. But perceiving that St. Martin was not moved, but urged that the bishops had carried on the prosecutions, Maximus fell into a passion, and going away, gave immediate orders that the persons for whom he came to intercede should be put to death. These were Count Narses, and the governor Leucadius, who were obnoxious to Maximus for having adhered to Gratian’s party. The holy man had still more at heart to prevent the tribunes being sent into Spain, and this not only for the sake of many Catholics, but also for the heretics, whose lives he was extremely desirous to save. His not communicating with the Ithacians was only meant by him to prevent the mischiefs which might arise from the scandal of their unjust deportment: but as they were not excommunicated, it was no violation of any canon to communicate with them. St. Martin therefore in this extremity ran to the palace again, and promised the emperor to communicate with Ithacius, provided he would pardon those unfortunate persons, and recal the tribunes which had been sent into Spain. Maximus immediately complied with his demands. The next day being pitched upon by the Ithacians for the ordination of Felix, the newly elected bishop of Triers, St. Martin communicated with them upon that occasion, that so many people might be rescued from slaughter. The day following, he left Triers with some remorse, or a grief for his condescension. But he was comforted by an angel at prayer in the wood near Andethanna, now Echternach, five miles from Triers, who said to him, that he had reason to grieve for a condescension which was a misery, but charity rendered it necessary and excusable. 9 St. Sulpicius adds, that St. Martin used to tell them with tears in his eyes, that from this time, it cost him more difficulty and longer prayers to cast out devils than formerly. Some weakness, imperfection, or venial sin is often an occasion of a subtraction of a sensible devotion or grace, till it be recovered by greater humility and compunction; though such subtractions are frequently sent merely for trials.

St. Martin continued his journey to Tours, where he was received as the tutelar angel of his people. In his great age he relaxed nothing of his austerities, or of his zealous labours for the salvation of others; and he continued to the end of his life to confirm his doctrine by frequent and wonderful miracles, as we are assured by St. Sulpicius Severus. This great man 10 renouncing the world, chose for his first retreat a little cottage upon an estate which he had at a village upon the borders of Aquitain, now in Languedoc, called Primuliac, and afterwards Mount Primlau, a place not now known. He made several visits to St. Martin, and squared his life by his direction. Upon his arrival, the blessed man himself presented water to him and his companions to wash their hands before eating; ordered them to be served with a moderate corporal refection; then fed them with the spiritual food of his heavenly discourses, strongly exhorting them to renounce sensuality, and the pleasures and distraction of the world, that, without hinderance, they might follow the Lord Jesus with their whole hearts. In the evening he washed their feet with his own hands. St. Sulpicius assures us, that though a stranger to secular learning, he was in his discourses clear, methodical, pathetically vehement, and powerfully eloquent: that he was very ready in solving intricate difficulties of holy writ, in answering questions upon spiritual matters, and in giving to every one suitable advice; that no one confuted errors and infidelity, or set off the truth of the Christian religion with greater perspicuity or force. This illustrious author adds, that he never heard any man speak with so much good sense, with so much knowledge and penetration, or with purer language: and that the gravity, dignity, and humility, with which he delivered himself, were not to be expressed. Nevertheless, his strongest exhortation to perfect virtue was the almost irresistible influence of his example and wonderful sanctity. No one ever saw him angry, disturbed, sad, or vainly laughing; the same tranquillity of mind, the same serenity of countenance appeared in him in prosperity and adversity, and, under all the vicissitudes of human accidents, even beyond what seemed possible in this mortal life. Christ was always in his mouth, and in his heart. Nothing reigned there but sincere humility, piety, peace, mercy, and goodness. He was very cautious never to judge others, and to interpret every one’s actions, if it was possible, in the best part. Injuries, slanders, envy, and the jealousy of persecutors, which, in the whole course of his life were never wanting, he recompensed by weeping bitterly for their sins, and by seeking every opportunity of serving them, and of heaping benefits upon them, never excluding any one from his holy friendship. 11 He would never lose any time in the day, and often passed whole nights in labours and watchings. To his body he allowed only that refreshment and repose which extreme necessity required, lying on the bare ground, covered with a coarse sackcloth. Amidst his exterior employments his heart was always closely united to God, and he seemed never to lose sight of his presence either in words or actions. And as smiths, when they have no iron bar before them to work on, strike sometimes on the anvil through use; so St. Martin, whether he read or wrote, or treated with men, through habit was continually recollected in the interior man, and conversed sweetly with the heavenly Spouse, and with the Giver of all graces. He was accustomed to gather profitable spiritual lessons and thoughts, and to kindle holy affections from all things which occurred. Once when he saw a sheep newly shorn, he pleasantly said to those that were with him: “This sheep hath fulfilled the precept of the gospel, because having enough for two coats, it hath parted with one to such as have need; so should you likewise do.” Seeing a man keeping swine, very cold, and but half covered with a poor scanty coat of skins, he said: “Behold Adam driven out of Paradise; but let us, leaving the old Adam, clothe ourselves with the new.” In visiting his diocess, arriving once at a river, he saw a great quantity of fowl very busy in gorging up the fish; whereupon he said: “These ravenous birds resemble much our infernal enemies, which lie always in wait to catch unwary souls, and suddenly make them their prey.” But he commanded the fowls to leave the waters, and betake themselves to the hills and moors; which they instantly did. In this manner every creature served the saint’s purified eyes as a lively glass of truth; and, from all things, he gathered, without study or labour, and even with delight, wholesome lessons, to maintain his heart always in pure and heavenly thoughts. In like manner he endeavoured that his subjects should exercise their souls constantly in prayer, that they might be disposed to afford a clean and agreeable lodging to the heavenly Spouse. It was by keeping his mind ever fixed on God, and by the excellent purity of his heart much more than by the natural vivacity of his wit, and by his reading, that he attained to so high a degree of true science, and heavenly eloquence, and acquired that strength with which, as a great captain of the spiritual warfare, he by all means continually waged war against the prince of this world, and, wherever he went, dispossessed him of his ancient tyranny.

St. Martin was above fourscore years old, when God was pleased to put a happy end to his labours. Long before his departure he had knowledge of his approaching death, which he clearly foretold to his disciples. Being informed that a scandalous difference had arisen amongst the clergy at Cande, a parish at the extremity of his diocess, at the confluence of the Loire and the Vienne in Touraine, upon the borders of Poitou and Anjou, he went thither to compose the disturbance, attended as usual by a great number of his disciples. Having remained there some time, and settled all things to his satisfaction, he was preparing for his return, when he was seized with his last sickness, and found, on a sudden, his strength fail him. As soon as he was taken ill, he called his religious brethren about him, and told them that the time of his departure was come. At this news they all with tears and with one voice said to him: “Father, why do you forsake us? or to whom do you recommend us? The ravening wolves will fall upon your flock. We know you desire to be with Jesus Christ; but your reward is secure; nor will be a whit diminished by being deferred a while. Have pity on our necessity, who are left amidst great dangers.” The servant of God, moved with their tears, wept also, and prayed thus: “Lord, if I am still necessary to thy people, I refuse no labour. Thy holy will be done.” As if he had said, says St. Sulpicius: My soul is uncouquered by old age, weakness, or fatigues, and ready to sustain new conflicts, if you call me to them. But if you spare my age, and take me to yourself, be the guardian and protector of those souls for which I fear. By these words he showed that he knew not which was clearest to him, either to remain on earth for Christ, or to leave the earth for Christ; and has taught us in prayer for temporal things, to submit ourselves with perfect resignation and indifference to the divine will, begging that God may direct all things in us and through us to his greater glory. The saint had a fever which lasted some days: notwithstanding which he spent the night in prayer, lying on ashes and hair cloth. His disciples earnestly entreated him that he would suffer them at least to put a little straw under him. But he replied:

‘’It becomes not a Christian to die otherwise than upon ashes. I shall have sinned if I leave you any other example.” He continually held up his eyes and hands to heaven, never interrupting his prayer, so that the priests that stood about him, begged he would turn himself on one side, to afford his body a little rest. He answered: “Allow me, my brethren, to look rather towards heaven than upon the earth, that my soul may be directed to take its flight to the Lord to whom it is going.” Afterwards, seeing the devil near him, he said: “What dost thou here, cruel beast? Thou shall find nothing in me. Abraham’s bosom is open to receive me.” Saying these words, he expired on the 8th of November, probably in 397. 12 He died seven months after St. Ambrose, as St. Gregory of Tours assures us. They who were present wondered at the brightness of his face and whole body, which seemed to them as if it were already glorified. 13 The inhabitants of Poitiers warmly disputed the possession of his body; but the people of Tours carried it off. The whole city came out to meet it: all the country people and many from neighbouring cities flocked thither, with about two thousand monks, and a great company of virgins. They all melted into tears, though no one doubted of his glory. He was carried with hymns to the place of his interment, which was in a little grove at some distance from the monastery, where certain monks lived in separate cells. The place was then five hundred and thirty paces from the city, as St. Gregory of Tours informs us, though at present it is part of it, and the walls were carried so far as to encompass it in the beginning of the inroads of the Normans. St. Brice, St. Martin’s successor, built a chapel over his tomb, and St. Perpetuus, the sixth bishop of Tours, about the year 470, founded upon that spot the great church and monastery, the saint’s sumptuous tomb being placed behind the high altar. 14 These monks secularized themselves in the seventh century. Towards the close of the eighth, Pope Adrian I. at the request of Charlemagne, placed there regular canons, and Alcuin was shortly after appointed their abbot. 15 These canons were secularized in the reign of Charles the Bald, in 849, and have continued so ever since. The king of France, from the time of Hugh Capet, is the abbot and first canon; besides eleven dignitaries, and fifty-one canons, &c. here are ecclesiastical honorary canons, namely, the patriarch of Jerusalem, the archbishops of Mentz, Cologne, Compostella, Sens, and Bourges; the bishops of Liege, Strasbourg, Angers, Auxerre, and Quebec; and the abbots of Marmoutier, and St. Julian’s at Tours; and lay honorary canons, the dauphin, the dukes of Burgundy, Anjou, Brittany, Bourbon, Vendome, and Nevers: the counts of Flanders, Dunois, and Angouleme: also the earl of Douglas, in Scotland, before that family had changed its religion. The extraordinary devotion which the French and all Europe have expressed to St. Martin, and to this church for the sake of his precious tomb, would furnish matter for a large history. The Huguenots rifled the shrine and scattered the relics of this saint. But this church recovered a bone of his arm, and part of his skull. 16 Before this dispersion, certain churches had obtained small portions which they still preserve. The priory of St. Martin’s-in-the-Fields at Paris is possessed of a part: two of his teeth are shown in St. Martin’s, at Tournay. The cathedral at Tours was built by St. Martin in honour of St. Maurice: but since the year 1096, bears the title of St. Gatian’s. Its chapter is one of the most illustrious in France; the bishop of Tours was suffragan to Rouen till he was made a metropolitan. A vial of sacred oil is kept at St. Martin’s; with which Henry IV. was anointed king instead of that from Rheims. St. Sulpicius relates that St. Martin sometimes cured distempers by oil which he had blessed, 17 and that this oil was sometimes miraculously increased. 18Many miracles wrought at the shrine of St. Martin, or through his intercession, immediately after his happy death, some of which are recounted by St. Gregory of Tours, Fortunatus, and others, excited exceedingly the devotion of the people. Some have imagined that he was the first saint publicly honoured by the church as a confessor; but this is not so much as insinuated by any ancient author: and St. John the Evangelist, St. Thecla, and many others were not properly martyrs, not to mention St. Petronilla, St. Praxedes, and St. Pudentiana. The principal feast of St. Martin is kept on the 11th of November: that of his ordination and the translation of his relics on the 4th of July: that of bringing them back from Auxerre to Tours, called Relatio, on the 13th of December.

The virtue of St. Martin, which was the miracle of the world, was founded in the most profound humility, perfect meekness, and self-denial, by which he was dead to himself, in his continual meditation on religious truths, in his love of heavenly things, and contempt of the world, to which his heart was crucified: lastly, in the constant union of his soul to God, by the exercise of holy prayer, and by the entire resignation of himself to the divine will in all things without reserve. Such a disposition could not but be accompanied with the most ardent fraternal charity, zeal for the divine honour, and all other virtues. Whatever our state and circumstances may be in the world, unless by learning the same virtues, and studying daily to improve them in our hearts, we put on the spirit of Christ, bear his image in our souls, and wear his livery, we cannot hope to be owned by him at the last day, or to find admittance into the company of his elect; but shall be cast forth with the reprobate into outer darkness.

Note 1. Either he must have served in the army much longer, or rather his birth must have happened several years later than it is placed by St. Gregory of Tours, if the general of whom he obtained his commission was Julius Cæsar, who was raised to that dignity, and sent to command in Gaul, in November, 355, where he continued till 361. [back]

Note 2. Sul. Sev. in vit. S. Mart. c. 11, p. 310. [back]

Note 3. L. 1. Cod. Theod. de Scen. lib. 15. [back]

Note 4. Sulp. Sev. Dial. 2, c. 5, p. 456. [back]

Note 5. Sulp. de vitâ S. Martin, c. 9. [back]

Note 6. One Mark, a Manichee, coming from Memphis in Egypt into Spain, spread the poison of his errors in Galicia. His first disciple was Agape, a lady of distinction, who brought over a rhetorician named Elpidius. These taught Priscillian, who gave name to the sect. He was rich, and well born; had fine parts, was eloquent, curious, and inquisitive; had read a great deal, and acquired a great stock of profane learning: but was conceited of his own knowledge, vain, and of a hot restless temper. He tainted with his errors several persons of quality, and a great number of the common people, especially women; and his obliging carriage and modest composed gravity gained him much respect. (See Sulpic. Sev. l. 2, Hist., c. 46–51. Prosper and Isidore in Chron.) The errors of this sect are chiefly gathered from St. Leo’s Letter to Turibius, (ep. 15, ed. Quesnell. ol. 93,) the first council of Toledo, (Conc., t. 2, p. 228,) the council of Braga, in 563, (t. 5, p. 36,) St. Austin, &c. The Priscillianists with Sabellius confounded the three persons in the Trinity, in which they introduced many new uncouth terms; they said Christ is the only-begotten Son of God, because he was the only son of Mary, but that God had many other sons: they taught that Christ assumed our nature, was born and suffered only in appearance; that every human soul is a portion of the divine substance; and pre-exists the state to which it is condemned in the body; that the devil, or author of evil, was not created by God, but sprang from darkness and the chaos, and is evil by his original nature; marriages they condemned and dissolved, and authorized obscenities, calling their adulteresses and harlots adoptive sisters: they did not reject the Old Testament, but explained it all allegerically; to the books of the New Testament they added false acts of St. Thomas, St. Andrew, and St. John: and two most blasphemous books, the one written by Priscillian, called Memoria Apostolorum: the other called Libra, or the Pound, because it consisted of twelve questions, or blasphemies. This book they ascribed to Dictinius. To conceal their doctrine by lies and perjuries, when necessary, they held to be a precept, and were ready to abjure Priscillian and their tenets. (S. Aug. ep. 237, n. 3, &c.) Two bishops named Instantius and Salvianus were seduced by Priscillian: Higinos, bishop of Cordova, their neighbour, at first vigorously opposed them, but afterwards came over to them. The two bishops, Instantius and Salvianus, and Elpidius and Priscillian, laymen, were condemned with their heresy by the council of Saragossa, subscribed by twelve bishops, held, not in 380, (as Labbe, Hardouin, Pagi, Tillemont, and Fleury imagine, from a mistaken inscription,) but in 381, as Cardinal d’Aguirre shows. The execution of this sentence was committed to Ithacius, bishop of Ossobona, (formerly an episcopal see in Lusitania, now called Estombar, in Algarves,) who was ordered by the council likewise to excommunicate Higinus, bishop of Cordova. Isidore commends exceedingly the eloquence of Ithacius, but Sulpicius Severus reproaches him and his colleague Idacius with gluttony, revenge, haughtiness, and flattery. This Idacius is commonly called bishop of Merida, by a mistake of the expression of Sulpicius, who calls him Emeritæ ætatis, of an advanced age. Instantius and Salvian grew furious by their condemnation, and ordained Priscillian bishop of Avila. Ithacius and Idacius exasperated the heretics and others by the violence of their proceedings, and procured a rescript from the Emperor Gratian, by which the heretics were ordered to be banished. Instantius, Salvian, and Priscillian resolved to address themselves to Pope Damasus; they perverted many in their road near Auch, in Aquitain, particularly Euchrocia, wife of Delphidius, a famous poet and orator, and her daughter Procula, who is said to have been with child by Priscillian. Pope Damasus refused to see them; Salvian died at Rome: the other two repaired to Milan, where St. Ambrose treated them as Pope Damasus had done. But they gained Macedonius, master of the offices, who obtained of Gratian an order to the vicar of Spain to restore them to their churches; which was executed. By this it appears that Spain was no longer governed by a proconsul, as it was a little before, but by a vicar of the prefect of the prætorium of Gaul. This was at that time Gregory, to whom Ithacius had repaired, and whom he found favourable to his cause. Under his protection he remained at Triers, not being able to stand the fury of his enemies in Spain. Maximus, in the mean time, becoming master of that country, listened to his complaints, and despatched an order to the vicar of Spain to send Instantius and Priscillian to be tried in a council at Bourdeaux. There Instantius was condemned, but Priscillian appealed to Maximus, and they were both sent to him at Triers. Sulpicius says the council ought to have condemned Priscillian for contumacy, or, if he had any room for suspecting these prelates, to reserve the sentence to other bishops, and not leave such crimes to the determination of an emperor. (Hist. l. 2.) But they doubtless were afraid of offending a new tyrant, with whose inclinations they were no way acquainted. Priscillian and his associates being put to death at Triers, were honoured by their followers in Spain as martyrs, and their bones conveyed thither and honoured as relics. Maximus was defeated by Theodosius in Italy, and soon after slain at Aquileia, in 338 or 339. Ithacius was then brought to a trial, convicted of seditious and irregular behaviour, and sent into banishment in 389, where he died. The Priscillianists in Spain were repressed by the severe laws of Honorius in 407 and 408, and suppressed by the zeal of the holy Pope St. Leo, and of St. Turibius, bishop of Astorga, in 447, or at least by the invasion of ths Moors. See Simonis de Uries, Dissertatio Critica de Priscillianistis, eorumque fatis, doctrinis et moribus. Quarto. Ultrajecti. Anno 1745. Also Historica, Priscillianistarum, a Fr. Girves, Presbytero Jur. Can. Doct. Romæ, an. 1749. Octavo. See Also Tillemont and Orsi. [back]

Note 7. Latinus Pacatus, in Paneg. Theodos. sen. l. 1, fol. 202. [back]

Note 8. Sulpic. Sev. Hist. Sacra, 1. 2. c. 51. [back]

Note 9. Sulpic. Sev. Dial. 3, c. 11, 12, 13. [back]

Note 10. See the Life of St. Sulpicius, 29 Jan. vol i. p. 375. [back]

Note 11. Sulpic. vit. S. Martin, c. 26. 27. [back]

Note 12. On the Chronology of the Life of St. Martin, which is very intricate, see Mem. de Trevoux, an. 1765, p. 1238, 1269. [back]

Note 13. S. Sulpic. Sever. ep. 3. ad Bassalam Socrum suam, p. 369. [back]

Note 14. That this was an abbey of monks till the seventh century is invincibly demonstrated by Dom Badier against Abbé Gervaise. [back]

Note 15. Hence the authors of the History of the Galican church, and some others, doubt whether Alcuin was a monk. But it seems undoubted that he had professed himself a monk in his youth in England. And F. Daniel observes from Eginhard, that Charlemagne never nominated the same person to two abbeys, except Alcuin, to whom he gave several abbeys, that he might settle in them regular discipline; which he might do, though of a different Order. He, indeed, chose St. Martin’s at Tours for his retreat; but his view was to settle better the discipline of this great house, and to satisfy his devotion to St. Martin, in imitation of many other great men. There also he had the convenience of an excellent library. [back]

Note 16. See Gervaise, l. 4, p. 344, 352. [back]

Note 17. Oil found in the tombs of saints; or even that which was taken from lamps which burned before their shrines, has been anciently often used with devotion as a relic; but this ought not lightly to be done by private persons. St. Gregory the Great sent to Queen Theodelinda the oils, as he calls them, of SS. Peter, Paul, and of near seventy other martyrs and confessors at Rome; and some portions called the oil of many hundreds, and others of many thousands. (See Muratori, Anecdot. Lat. t. 2, Mabillon, Diss. des SS. Inconnus, c. 19, p. 103, and App. p. 174.) Paul Warnefrid (De Gest. Longob. l. 2, c. 15,) attributes a miraculous healing of sore eyes to the application of oil taken from a lamp burning before St. Martin’s altar. [back]

Note 18. S. Sulp. Dial. 3, c. 2, 3. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XI: November. The Lives of the Saints.  1866.