dimanche 2 juin 2013

SOLENNITÉ du SAINT-SACREMENT


Solennité du Saint Sacrement

Lecture du livre de la Genèse (XIV 18-20) [1]

Comme Abraham revenait d'une expédition victorieuse contre quatre rois [2], Melkisédek [3], roi de Salem [4], fit apporter du pain et du vin ; il était prêtre du Dieu très-haut. Il prononça cette bénédiction : « Béni soit Abraham par le Dieu très-haut, qui a fait le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains ». Et Abraham lui fit hommage du dixième de tout ce qu'il avait pris.

Textes liturgiques © AELF, Paris
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[1] Ce texte a été retenu ici à cause d'une curieuse allusion à un rite d'offrande de pain et de vin. Ce rite encore très primitif est déjà constitué des deux éléments de la Cène : l'offrande du pain et du vin, puis la bénédiction. Jésus offre et dit une bénédiction qui a l'énergie de faire du pain et du vin le sacrement de son corps livré et de son sang versé. D'autre part, Abraham, par un geste très humble, prophétise en Melkisédek, roi de Salem, la lignée davidique d’où naît Jésus-Christ et la Nouvelle Jérusalem. L'offrande de Melkisédeck, roi-prêtre, figure et annonce de l'Eucharistie. La bénédiction donne sens à l'offrande : en retour de la bénédiction de Dieu sur l'homme, celui-ci offre à son tour. Le sacerdoce mystérieux de Melkisèdek préfigure celui du Christ (Hébreux, VII). Du Christ aussi on peut dire qu'il « était déjà en germe dans les reins de son ancêtre » (Hébreux, VII 10). La même lettre aux Hébreux note les deux signes du Royaume eschatologique : la Paix (Salem) et la Justice.

[2] « Au temps d'Amraphel roi de Shinéar, d'Aryok roi d'Ellasar, de Kedor-Laomer roi d'Elam et de Tidéal roi des Goyim, ceux-ci firent la guerre contre Béra roi de Sodome, Birsha roi de Gomorrhe, Shinéab roi d'Adma, Shémeéber roi de Ceboyim et le roi de Béla, c'est-à-dire de Coar. Ces derniers se liguèrent dans la vallée de Siddim, c'est-à-dire la mer du Sel. Douze ans ils avaient été soumis à Kedor-Laomer mais, la treizième année, ils se révoltèrent. En la quatorzième année, arrivèrent Kedor-Laomer et les rois qui étaient avec lui. Ils battirent les Rephaïm à Ashterot-Qarnayim, les Zuzim à Ham, les Emim dans la plaine de Qiryatayim, les Horites dans les montagnes de Séïr jusqu'à El-Parân, qui est à la limite du désert. Ils firent un mouvement tournant et vinrent à la Source du Jugement, c'est-à-dire Cadès ; ils battirent tout le territoire des Amalécites et aussi les Amorites qui habitaient Haçaçôn-Tamar. Alors le roi de Sodome, le roi de Gomorrhe, le roi d'Adma, le roi de Ceboyim et le roi de Béla, c'est-à-dire de Coar, s'ébranlèrent et se rangèrent en bataille contre eux dans la vallée de Siddim, contre Kedor-Laomer roi d'Elam, Tidéal roi des Goyim, Amraphel roi de Shinéar et Aryok roi d'Ellasar : quatre rois contre cinq ! Or la vallée de Siddim était pleine de puits de bitume; dans leur fuite, le roi de Sodome et le roi de Gomorrhe y tombèrent, et le reste se réfugia dans la montagne. Les vainqueurs prirent tous les biens de Sodome et de Gomorrhe et tous leurs vivres, et s'en allèrent. Ils prirent aussi Lot et ses biens (le neveu d'Abram), et s'en allèrent; il habitait Sodome. Un rescapé vint informer Abram l'Hébreu, qui demeurait au Chêne de l'Amorite Mambré, frère d'Eshkol et d'Aner; ils étaient les alliés d'Abram. Quand Abram apprit que son parent était emmené captif, il leva ses partisans, ses familiers, au nombre de 318, et mena la poursuite jusqu'à Dan. Il les attaqua de nuit en ordre dispersé, lui et ses gens, il les battit et les poursuivit jusqu'à Hoba, au nord de Damas. Il reprit tous les biens, et aussi son parent Lot et ses biens, ainsi que les femmes et les gens.Quand Abram revint après avoir battu Kedor-Laomer et les rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome alla à sa rencontre dans la vallée de Shavé, c'est-à-dire la vallée du Roi » (livre de la Genèse, XIV 1-17).

[3] Melkisédek dont l’Ecriture dit qu’il était roi de Salem et prêtre du Très-Haut (El-Elyon), est une figure de Jésus-Messie, roi et prêtre (psaume CX 4), thème que développe longuement l'épître aux Hébreux qui répute le Christ prêtre « selon l'ordre de Melkisédeck », sacerdoce supérieur au sacerdoce lévitique. L'ancêtre du grand prêtre juif, Lévi, descendait d'Abraham (qui le portait dans ses « reins »). Si Abraham avait reçu de Melkisédeck une bénédiction, c’est qu'il lui était inférieur. Donc le grand prêtre juif était inférieur à Melkisédeck. Le sacerdoce lévitique n'avait rien de définitif, il appelait le sacerdoce absolu de la Nouvelle Alliance. Jésus est l'accomplissement de ce sacerdoce, il est le souverain prêtre selon l'ordre de Melchisédeck. « Nous ne pouvons douter que Melkisédeck ne fût la figure du Christ (…) Il était la figure du Christ en ceci qu’il était le prêtre du Très-Haut, qu’il offrit du pain et du vin, qu’il bénit Abraham. Qui fut autant que Notre-Seigneur Jésus-Christ prêtre du Très-Haut ? Comme Melkisédeck ce prêtre offrit du pain et du vin, c’est-à-dire son corps et son sang. Cette bénédiction donnée par Melkisédeck à Abraham se rapportait à tout le peuple des croyants ; ainsi la bénédiction donnée par Jésus-Christ s’étendra à tous les peuples (…) Pour pouvoir bénir Abraham avec autorité, Melkisédeck fit précéder sa bénédiction de l’image du sacrifice de Jésus-Christ dans le pain et le vin qu’il offrit : c’est cette figfure que Jésus-Christ réalisait quand il offrait le pain et le calice de vin mêlé d’eau (saint Cyprien : épître LXIII).

[4] Les traditions (juive et chrétienne) ont eu tendance à identifier Salem (la ville de la paix) avec Jérusalem (psaume LXXVI, 3).


Psaume 109

Oracle du Seigneur à mon seigneur :



" Siège à ma droite,



et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône ".




De Sion le Seigneur te présente



le sceptre de ta force :



" Domine jusqu'au cœur de l'ennemi ".




Le jour où paraît ta puissance,



tu es prince, éblouissant de sainteté :



" Comme la rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré ".




Le Seigneur l'a juré



dans un serment irrévocable :



“ Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melkisédek [1] "

Textes liturgiques © AELF, Paris
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[1] Melkisédek est une figure du Christ : n’étant pas juif de race mais cananéen, il anticipa, par son sacerdoce, celui du Fils de Dieu, comme le dit le psaume CIX : « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre du roi Melkisédeck ». Cet ordre de Melkisédek a été interprété de façons très diverses : d’abord, seul, Melkisédek fut à la fois roi et prêtre. Puis, c’est avant l’établissement de la circoncision qu’il exerça son ministère : il montrait par là que ce n’est pas des Juifs que les païens ont reçu le sacerdoce, mais bien les Juifs des païens (...) Melkisédek enfin n'a pas immolé des victimes de chair et de sang, ni reçu dans ses mains des entrailles d'animaux privés de raison, mais il a inauguré le sacrement du Christ par un sacrifice simple et pur, l'offrande du pain et du vin. En outre, l'Epître aux Hébreux expose longuement d'autres ressemblances entre Melkisédek et le Christ. Melkisédek, dont le nom signifie « roi juste », était roi de Salem, c'est-à-dire « roi de paix ». I1 était sans père, sans mère, sans généalogie (...) Par ces mots, l'Apôtre souligne que Melkisédek apparaît subitement dans la Genèse, allant à la rencontre d'Abraham qui s'en revenait après le massacre de ses ennemis. Ni avant ni après, le nom de Melkisédek ne se retrouve dans le livre saint. Son sacerdoce est donc une figure du sacerdoce du Christ et de son Eglise, sacerdoce éternel, sans limites dans le passé comme dans l'avenir, tandis que le sacerdoce d'Aaron, chez les Juifs, eut un commencement et une fin. Tout ce passage de l'Epître aux Hébreux (...) montre bien qu'avant Lévi et Aaron, Melkisédek, un païen, fut véritablement prêtre. Bien mieux, un si grand prêtre, qu'il lui fut donné de bénir, en la personne d'Abraham, les futurs prêtres des Juifs qui descendraient du patriarche. Tout ce qui est dit ici à la louange de Melkisédek concerne le Christ dont il est la figure. Et le déploiement du sacerdoce du Christ, ce sont les sacrements de l'Eglise (saint Jérôme : épître LXXIII, 2-3).


Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (XI 23-26) [1].

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j'ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce [2], il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». Après le repas, il fit de même avec la coupe en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi ». Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.

Textes liturgiques © AELF, Paris
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[1] Il est tout normal que la seconde lecture de cette fête soit le récit de l'institution de l’Eucharistie, tel que saint Paul le rapporte, et tel qu'il l'avait reçu lui-même de la tradition. Comparé aux récits parallèles dans les évangiles synoptiques, on remarque que la relation paulinienne met bien en évidence la dimension d'attente, d'avenir, qui caractérise l'Eucharistie. Cet aspect de l'Eucharistie est très bien mis en relief par l'anamnèse de la prière eucharistique : « Nous proclamons... nous célébrons... nous attendons ta Venue dans la Gloire ». La Messe : Mémorial, Présence et Prophétie. Nous professons, à chaque Eucharistie, que Jésus est vivant et que ce qui a été commencé à Pâques est irréversible. C'est à travers la forme liturgique que Paul rappelle le repas du Seigneur, et présente les trois éléments du mémorial : proclamer un événement du passé (la mort) aujourd'hui sacramentellement présent (espèces) et annoncer ainsi son achèvement dans le Royaume (jusqu'à ce qu'il vienne).

[2] Pourquoi rend-il grâce ? Pour nous enseigner comment il faut accomplir ce mystère. Pour nous montrer qu'il ne va pas à la Passion malgré lui. Et il nous formait à supporter avec action de grâce ce que nous avons à souffrir, en y puisant même de grandes espérances (saint Jean Chrysostome : homélie sur l’évangile selon saint Matthieu, LXXXII, 1).


Suite du saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ selon Saint Luc (IX 11-17).

Jésus parlait du règne de Dieu à la foule et il guérissait ceux qui en avaient besoin [1]. Le jour commençait à baisser. Les Douze s'approchèrent de lui et lui dirent [2] : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et y trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert ». Mais il leur dit [3] : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » [4]. Ils répondirent : « Nous n'avons pas plus de cinq pains [5] et deux poissons [6]... à moins d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde » [7]. Il y avait bien cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples [8] : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante » [9]. Ils obéirent et firent asseoir tout le monde [10]. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux au ciel [11], il les bénit [12], les rompit [13] et les donna à ses disciples [14] pour qu'ils les distribuassent à tout le monde [15]. Tous mangèrent à leur faim[16], et l'on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers [17].

Textes liturgiques © AELF, Paris
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[1] Remarquez aussi qu’il a guéri les malades avant de leur faire distribuer par ses disciples les pains qu’il a bénis. Maintenant encore ceux qui sont malades ne peuvent recevoir le pain de bénédiction que donne le Christ. Celui qui n’obéit pas à cette parole, « Que chacun s’éprouve soi-même, et qu’il mange ainsi de ce pain après s’être éprouvé ainsi », celui-là reçoit en téméraire le pain du Seigneur, il tombe dans une faiblesse et un sommeil léthargique, sous l’étourdissement que produit en lui la force de ce pain (Origène : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, X, 25).

[2] Déjà ils commencent à être à leurs fonctions de pasteurs ert à avoir le souci du peuple (saint Cyrille d’Alexandrie : commentaire de l’évangile selon saint Luc).

[3] Mais il ne voulait pas que le peuple qui le suivait retournât chercher sa nourriture chez le peuple juif (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XIV, 10).

[4] Il nous apparaît là dans sa double nature : il se montre à nous avec la compassion de l’homme et la puissance de Dieu (saint Bède le Vénérable : commentaire de l’évangile selon saint Marc).

[5] Ces cinq pains ne représentent-ils pas les cinq livres de Moïse ? l'orge a une enveloppe très dure, il faut un effort pour la séparer de sa moëlle. Ainsi en est-il de la lettre de l’Ancien Testament : elle nourrit et rassasie quand on sait la dépouiller de son écorce (saint Augustin : Tractatus in Johannis evangelium, XXIV, 2).

[6] Ces deux poissons qui viennent s’ajouter au pain, ne représentent-ils pas cette nourriture plus délicate du Nouveau Testament qui est contenue dans les Evangiles et les écrits des Apôtres ? C'est en ajoutant aux choses anciennes les choses nouvelles que Jésus-Christ nourrit les âmes pour la vie éternelle (saint Cyrille d’Alexandrie : commentaire de l’évangile selon saint Jean).

[7] Il ne leur avait pas encore accordé la faculté de confectionner et d'administrer le pain céleste, nourriture de la vie éternelle. C’est pourquoi leur reponse réclame une interprétation spirituelle (...) Les cinq pains signifiaient qu'ils étaient encore soumis aux cinq livres de la Loi, et les deux poissons qu’ils étaient nourris par les enseignements des prophètes et de Jean. Des œuvres de la Loi comme du pain sortait la vie. L'enseignement de Jean et des prophètes restaurait l'espérance des hommes vivants, selon la vertu de l'eau. Voilà ce que les apôtres eurent à offrir en premier lieu, puisqu'ils en étaient encore là ; et c'est de là qu'est partie la prédication évangélique (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XIV, 10).

[8] Il voulait que quand il s’agit de faire le bien, un chrétien ne se laissât effrayé par rien (saint Cyrille d’Alexandrie : commentaire de l’évangile selon saint Jean).

[9] Qu'était la Loi malgré toutes ses richesses, quand on regarde le nombre des âmes qui avaient besoin d'être rassasiées dans le monde entier, quand on sait quelle faim les dévorait ? Ne fallait-il pas dire : Qu'est cela pour une si grande multitude ? jusqu'à ce que vint celui qui nous a appris à entrer dans le sens de la Loi (saint Bède le Vénérable : commentaire de l’évangile selon saint Marc).

[10] Il les fait asseoir pour manger, comme si la nourriture était déjà sur place. N’est-il pas « celui qui appelle les choses qui ne sont pas encore comme si elles existaient déjà » ? Les apôtres croient à sa parole et ils s’empressent de faire ranger cette foule (saint Jean Chrysostome : homélie XLII sur l’évangile selon saint Jean, 2).

[11] Il prie en ce moment et il rend grâces, afin de nous apprendre à rendre grâces à Dieu toutes les fois que nous prenons notre nourriture (saint Jean Chrysostome : homélie XLIX sur l'évangile selon saint Matthieu, 2).

[12] Pourquoi Jésus a-t-il levé les yeux au ciel et dit la bénédiction ? Pour qu’on sache bien qu'il était sorti du Père et qu'il était égal à lui ; vérités qui semblent s'exclure l'une l'autre. L'égalité avec le Père, il la montrait en faisant tout avec puissance ; l'origine qu'il tirait de son Père, il ne pouvait la faire admettre qu'en rapportant au Père tous ses actes dans une humilité profonde et en l'invoquant en tout ce qu'il faisait. Aussi ne se borne-t-il pas à l'une de ces choses ; afin de démontrer ces deux vérités, tantôt il agit avec autorité, tantôt il accomplit ses prodiges après avoir prié. Ensuite, pour qu'on ne voie pas dans cette conduite une contradiction, il lève les yeux au ciel à propos de choses sans importance, et dans les choses plus importantes il agit avec puissance, afin de nous apprendre par là que son pouvoir à propos des choses les plus ordinaires n'a pas une origine différente et qu'il veut, en tous ses actes, honorer son Père. Qu il remette les péchés, qu'il ouvre le paradis au bon larron, qu'il détruise l'Ancienne Loi avec une grande autorité, qu'il rende la vie à de nombreux morts, qu'il dompte la mer, qu'il pénètre les secrètes pensées des hommes, qu'il rende la lumière à un aveugle-né, choses que Dieu seul, et aucun autre, peut faire, jamais tu ne le vois recourir à la prière ; mais lorsqu'il va multiplier les pains, prodige très inférieur aux précédents, alors il lève les yeux au ciel, à la fois pour établir la vérité dont je viens de parler et pour nous enseigner à ne toucher à nos repas qu’après avoir rendu grâce à Celui qui nous les donne (saint Jean Chrysostome : homélie sur l'évangile selon saint Matthieu, XLIX, 2).

[13] Il est venu, celui qui était annoncé par ces mystères. Il a rompu les pains, et en les rompant, il les a multipliés. Ces livres de Moise, que de livres ils ont créés ! Mais le voile qui couvrait les yeux de ce peuple n’avait pas encore eté enlevé ; cette ignorance est constatée par les questions que le Sauveur fait à ses disciples (saint Augustin : Tractatus in Johannis evangelium, XXIV, 2).

[14] C'est au soir que Jésus nourrit cette foule : c'est au soir de sa vie qu'il nous donnera la nourriture de nos âmes, et il continuera encore à nous la donner au déclin du siècle (saint Bède le Vénérable : commentaire de l’évangile selon saint Marc).

[15] Le ministère des apôtres, dans les mains desquels les pains se multiplient, nous annonce la mystérieuse multiplication du corps et du sang de Jésus-Christ qui se fera dans leurs mains, et la distribution par leurs mains de ce corps et de ce sang. Ainsi dans les mains des apôtres, ces pains deviennent comme les sources d’eau vive qui ne s’épuisent jamais, indiquant la présence de celui qui donne à la nature sa fécondité, toutefois avec cette différence que la source, si elle ne s’épuise pas, ne s’augmente pas, tandis que le pain que distribue Jésus-Christ va se multipliant sans cesse : toute parole qui vient de Jésus-Christ se multiplie dans la bouche de celui qui s’en nourrit (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VI, 85-86).

[16] Mais vois aussi comment sa puissance créatrice atteint toutes choses. Ayant pris un peu de pain, notre Seigneur le multiplia en un clin d'œil. Ce que les hommes font et transforment en dix mois de travail, ses dix doigts l'ont fait dans l'instant même. Ses mains étaient sous le pain comme une terre, sa parole au-dessus de lui comme le tonnerre; le murmure de ses lèvres se répandit sur le pain comme une pluie, et le souffle de sa bouche fut comme le soleil ; en un très court instant il conduisit à son terme ce qui demande à tous un temps fort long. Alors le pain ne manqua plus ; d'un peu de pain sortit une multitude de pains, comme lors de la première bénédiction : « Soyez féconds, multipliez-vous, et remplissez la terre (Genèse, I, 28) » (saint Ephrem : commentaire de l’Evangile concordant, XII, 3).

[17] Les fragments de pain et de poisson, une fois les convives repus, étaient en telle abondance que douze corbeilles furent remplies. Cela veut dire que la foule est comblée par la parole de Dieu qui vient de l'enseignement de la Loi et des prophètes. C'est l'abondance de puissance divine, mise en réserve pour les peuples païens, qui déborde du service de la nourriture éternelle. Elle réalise une plénitude, celle du chiffre douze, celui des Apôtres. Or, il se trouve que le nombre de ceux qui ont mangé est le même que celui des croyants à venir. Selon un détail retenu par le livre des Actes (IV 4), sur l'immensité du peuple d'Israël, cinq mille hommes devinrent croyants. L'admiration suscitée par le fait s'étend jusqu'au chiffre mesurant la cause sous-jacente. Les pains rompus avec les poissons, une fois le peuple repu, produisent par leur accumulation l'accroissement qu'exige le nombre des futurs croyants, mais aussi celui des apôtres destinés au service de la grâce céleste. La mesure obéit au nombre, le nombre à la mesure ; la raison, enfermée dans ses limites, est conditionnée par l’effet à produire. Et cela, c’est la puissance divine qui le règle (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XIV, 11).

SOURCE : http://missel.free.fr/Annee_C/paques/sacrement.html


Diplôme d'institution de la Fête-Dieu Document sur parchemin, 29 décembre 1252 
Musée du Grand Curtius, Liège


Lauda Sion

Sion, célèbre ton Sauveur,
Chante ton chef et ton pasteur
Par des hymnes et des chants.

Tant que tu peux, tu dois oser,
Car il dépasse tes louanges,
Tu ne peux trop le louer.

Le Pain vivant, le Pain de vie,
Il est aujourd’hui proposé
Comme objet de tes louanges.

Au repas sacré de la Cène,
Il est bien vrai qu’il fut donné
Au groupe des douze frères.

Louons-le à voix pleine et forte,
Que soit joyeuse et rayonnante
L’allégresse de nos coeurs !

C’est en effet la journée solennelle
Où nous fêtons de ce banquet divin
La première institution.

À ce banquet du nouveau Roi,
La Pâque de la Loi nouvelle
Met fin à la Pâque ancienne.

L’ordre ancien le cède au nouveau,
La réalité chasse l’ombre,
Et la lumière, la nuit.

Ce que fit le Christ à la Cène,
Il ordonna qu’en sa mémoire
Nous le fassions après lui.


Instruits par son précepte saint,
Nous consacrons le pain, le vin,
En victime de salut.

C’est un dogme pour les chrétiens
Que le pain se change en son corps,
Que le vin devient son sang.

Ce qu’on ne peut comprendre et voir,
Notre foi ose l’affirmer,
Hors des lois de la nature.

L’une et l’autre de ces espèces,
Qui ne sont que de purs signes,
Voilent un réel divin.

Sa chair nourrit, son sang abreuve,
Mais le Christ tout entier demeure
Sous chacune des espèces.

On le reçoit sans le briser,
Le rompre ni le diviser ;
Il est reçu tout entier.

Qu’un seul ou mille communient,
Il se donne à l’un comme aux autres,
Il nourrit sans disparaître.

Bons ou mauvais le consomment,
Mais pour un sort bien différent,
Pour la vie ou pour la mort.

Mort des pécheurs, vie pour les justes ;
Vois : ils prennent pareillement ;
Quel résultat différent !


Si l’on divise les espèces,
N’hésite pas, mais souviens-toi
Qu’il est présent dans un fragment
Aussi bien que dans le tout.

Le signe seul est partagé,
Le Christ n’est en rien divisé,
Ni sa taille ni son état
N’ont en rien diminué.

Le voici, le pain des anges,
Il est le pain de l’homme en route,
Le vrai pain des enfants de Dieu,
Qu’on ne peut jeter aux chiens.

D’avance il fut annoncé
Par Isaac en sacrifice,
Par l’agneau pascal immolé,
Par la manne de nos pères.

Ô bon Pasteur, notre vrai pain,
Ô Jésus, aie pitié de nous,
Nourris-nous et protège-nous,
Fais-nous voir les biens éternels
Dans la terre des vivants.

Toi qui sais tout et qui peux tout,
Toi qui sur terre nous nourris,
Conduis-nous au banquet du ciel
Et donne-nous ton héritage,
En compagnie de tes saints. Amen.



Comment expliquer que Jésus est présent dans l'hostie ?

Il est difficile de plonger dans le mystère eucharistique en oubliant qu'il est tout entier situé dans le monde spirituel, en oubliant les mots de Jésus après le discours sur le Pain de vie.

"Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie" (Jean 6,63). Nos manières humaines nous portent à "matérialiser" la "Présence réelle", à comprendre le mot réel comme équivalent de matériel. La Présence réelle est une présence spirituelle.

Sur le pain et le vin, le célébrant, au nom de toute l'assemblée, invoque l'Esprit saint : "Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu'elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus le Christ notre Seigneur". Dans le pain et le vin, ainsi changés par l'Esprit qui les a "couverts de son ombre", c'est la vie du Christ qui nous est donnée, son corps livré, son sang versé en sa Passion.

Il est présent au plus haut point dans le pain et le vin

Si vous demandez : "Où est la Présence réelle ?", le concile Vatican II répond que Jésus est présent quand la Parole est proclamée ; il est présent dans l'assemblée "réunie en son nom" et dans la personne du ministre ; enfin, et "au plus haut point", dans le pain et le vin de l'eucharistie ("La Sainte Liturgie", 7).
Des raisons pratiques ont rendu la communion au calice trop rare. D'où le risque d'oublier le double geste de recevoir le pain et la coupe, de manger et de boire : une partie des symboles eucharistiques n'apparaît plus dans nos célébrations...
Mais toutes ces formes de présence sont indissociables. Dans la messe, les membres de l'assemblée, fidèles et ministres, écoutant les lectures de la Bible, reçoivent la Parole qui est "Pain de vie", nourriture pour leur foi. Ils célèbrent ensuite l'action de grâces, l'eucharistie, et sont reçus dans le corps du Christ en communiant au "pain de la vie" et à la "coupe du salut".
Père Michel Souchon, jésuite.

L'eucharistie : un grand mystère !

L'eucharistie est bien la chose la plus étrange et la plus mystérieuse qui soit. Comment comprendre que ce morceau de pain rond devienne le corps du Christ livré pour nous ? Publié le 23 mai 2016
"Eucharistie" est la transposition française d'un mot grec qui veut tout simplement dire : "rendre grâces", "remercier". L'eucharistie, en fait, est un remerciement. Mais qui remercions-nous ? Dieu, le Père, le créateur du ciel et de la terre. Celui que la Bible dépeint comme un Dieu de miséricorde qui "fait briller son soleil sur les bons et sur les méchants". Celui qu'elle décrit comme un Dieu qui aime les hommes, inlassablement, sans toujours être payé de retour, qui les appelle sans cesse mais n'est guère entendu.
C'est ce Père très aimant qui a envoyé son Fils Jésus pour nous montrer jusqu'où va son amour et nous attirer tous à lui. C'est donc pour la création, pour la vie qui court dans nos veines et qui vient de lui que nous le remercions. Mais nous le remercions surtout pour son Fils, Jésus, venu vivre en homme parmi les hommes mourir comme l'un de nous, mais en affrontant le supplice de la Croix et l'abandon de tous.
Comment dire merci à Dieu ?
Remercier, c'est dire merci bien sûr mais c'est aussi bien souvent marquer sa joie d'un cadeau, d'un don. Mais comment fait-on pour remercier Celui qui nous a tout donné ? Quel est le mode d'emploi ? Y a-t-il un chemin particulier, une voie pour y parvenir ? C'est ici que Jésus lui-même intervient et nous offre le moyen de remercier son Père : la veille de sa passion, il prend du pain, le distribue à ses amis et dit ces paroles étranges : "Prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps, livré pour vous". Puis, il prend la coupe de vin, la bénit et la donne à ses disciples en disant : "Prenez en buvez-en tous car ceci est la coupe de mon sang versé pour vous et pour la multitude. Faites ceci en mémoire de moi".
Un lent apprentissage
Dès les tout premiers récits, on voit les disciples obéir à cette étrange consigne donnée par Jésus et se rassembler pour partager le Pain. Les Actes de Apôtres, les lettres de Paul et les récits des premiers chrétiens en font foi. Dès le début, et plus encore avec ces grands pasteurs et théologiens des premiers siècles que l'on appelle les "Pères de l'Eglise", les chrétiens ont vécu avec l'eucharistie et médité longuement sur elle en cherchant à comprendre et à approfondir cette réalité inépuisable qui est au coeur de la vie chrétienne.
En réalité, par l'eucharistie, nous entrons dans la vie de Dieu lui-même, dans le merci de Jésus à son Père et nous sommes entraînés dans ce mouvement. Du coup ce n'est plus à nous "remercier" Dieu, il nous suffit d'entrer dans le mouvement de remerciement du Fils à son Père.
Du sacrifice à la ressemblance
Dieu ne veut pas de ces prétendus "dons" ou "sacrifices" par lesquels les hommes cherchaient à s'attirer les bonnes grâces de la divinité. Tout au long de l'Ancien Testament il avertit : "C'est la miséricorde que je veux et non le sacrifice". Ce que recherche Dieu, ce qu'il désire, la meilleure manière de le "remercier", c'est d'aimer comme il aime, d'être miséricordieux comme il est miséricordieux, bref de lui ressembler.
Remercier Dieu, c'est accepter d'aller à la suite de Jésus dans ce grand mouvement d 'amour de Jésus à son Père que lui seul peut nous ouvrir. C'est accepter de se donner aux autres comme il l'a fait lui même en venant parmi nous. Entrer dans cette dynamique nous conduira jusqu'au don de soi, comme elle a conduit Jésus jusqu'à la mort sur une croix. Remercier Dieu c'est accepter de devenir, au moins un peu, comme lui
Une mystérieuse transformation
Devenir Dieu pour le remercier ? Quoi de plus étonnant. Pour y arriver on peut essayer de changer de vie, de transformer nos comportements, bref de "faire des efforts". Cela n'est pas négligeable mais on en perçoit vite le caractère dérisoire. En fait Jésus nous indique une autre voie, étonnante mais sûre, pour aimer comme il aime : se nourrir de lui, présent dans l'eucharistie.
"Car, dit-il, mon corps est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson". Ou encore : "Celui qui me mange vivra par moi". Ainsi, peu à peu, nous devenons d'autres Christ et nous pouvons dire, comme l'apôtre Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi". Ou, pour le dire comme Thomas d'Aquin : "L'effet propre de l'eucharistie est la transformation de l'homme en Dieu". Et c'est ainsi que nous devenons nous-mêmes le merci de l'homme à son créateur.