mardi 21 août 2012

Sainte JEANNE-FRANÇOISE de CHANTAL, religieuse visitandine et fondatrice


Sainte Jeanne-Françoise de Chantal

Fondatrice de la Visitation ( 1641)

Jeanne Françoise Frémyot était la fille du président du Parlement de Bourgogne. C'était un catholique intransigeant en cette époque des Guerres de Religion. A 20 ans, elle épousa le baron de Chantal qu'elle aima d'un grand amour. Épouse accomplie, pieuse à ses heures, elle était une mère parfaite, mais eut la douleur de perdre en bas âge deux de ses six enfants. A 28 ans, quand le baron est tué d'un accident de chasse, elle se révolte, déteste le malheureux meurtrier malgré lui et, au bord du désespoir, elle s'en remet à un confesseur rigoureux. Quatre ans plus tard, elle entend saint François de Sales prêcher un carême et reconnaît en lui le maître spirituel dont elle a besoin. 

L'évêque de Genève la libère de ses scrupules. De leur confiance réciproque va naître une grande aventure religieuse et spirituelle. Jeanne-Françoise prend le temps d'établir ses quatre enfants dans la vie et fonde l'Ordre de la Visitation-Sainte-Marie, congrégation destinée aux femmes de santé fragile. Après la mort de saint François de Sales, elle maintiendra intacte cette spiritualité salésienne, surtout la vie intérieure abandonnée à Dieu. Pendant 40 ans, elle souffrira de tentations contre la foi, mais l'amour de Dieu lui suffit, écrivit-elle.

"Ah! disait-elle, si le monde connaissait la douceur d’aimer Dieu, il mourrait d’amour!".

Voyageuse infatigable, elle parcourut tous les chemins de France pour veiller à l’édification des nombreux monastères de la Visitation. Elle participera activement à la diffusion des ouvrages de saint François de Sales et, par ses propres écrits, apportera sa contribution à la pensée salésienne. (saints du diocèse d'Annecy)


Au martyrologe romain, le 12 août, mémoire de sainte Jeanne-Françoise de Chantal, religieuse. Elle avait été mariée au baron de Chantal et lui donna six enfants qu’elle éleva avec sollicitude. Après la mort de son mari, sous la direction de saint François de Sales, elle entra avec bonheur dans la voie de la perfection et accomplit des œuvres de charité, pour les pauvres surtout et les malades. Elle fonda avec lui l’Ordre de la Visitation, qu’elle dirigea avec sagesse, et mourut à Moulins, le 13 décembre 1641.


Martyrologe romain

"Ne vous retournez jamais sur vous-même. Regardez seulement Dieu et le laissez faire, vous contentant d'être toute sienne en toutes vos actions."

changement de la date du 21 août au 12 décembre, puis, depuis 2003, est fêtée le 12 août.



La vie de Sainte Jeanne de Chantal

INTRODUCTION

SAINTE JEANNE de CHANTAL, fêtée le 12 décembre, est née le 23 janvier 1572. 
Elle a vécu aux 16° et 17° siècles. 
  
Fondatrice de l’ordre de la VISITATION avec Saint François de SALES, elle est un exemple autant pour les épouses et les mères de famille que pour les moniales dont elle a partagé les conditions de vie. 
  
BIBLIOGRAPHIE :

  • Petite vie de JEANNE de CHANTAL de André RAVIER Ed Desclée de BROUWER (1992).
  • Le Témoignage de JEANNE de CHANTAL de Emmanuel du JEU Ed Pierre TEQUI (1927, réédition 2001)(GL).
  • Mémoires de Mère de CHAUGY (1650).
  • Sainte JEANNE de CHANTAL, sa race et sa grâce de Mère de CHAUGY (1650) ( P210 GL).

I) BIOGRAPHIE de Sainte JEANNE de CHANTAL

* CONTEXTE HISTORIQUE : 

  • Politique intérieure :
. Les régences (Catherine de Médicis pour ses fils Charles IX et Henri III, et pour son petit fils Louis XIII ; Anne d’Autriche pour Louis XIV). 
. Les Guerres de religion 1562-1628. 
. Les ligues catholiques (Duc de Guise contre Henri III et duc de Mayenne contre Henri IV). 
. la FRONDE contre MAZARIN et Anne d’Autriche (1648-1660).  

  • Politique extérieure :
Guerres pour défendre le royaume de France (contre les Anglais 1628 et contre l’empire d’Allemagne allié aux Espagnols  (la Guerre de trente ans se termine en 1648). 
  
* CONTEXTE RELIGIEUX : 
  
Au début du 17° siècle la France meurtrie recommençait à vivre et s’organisait sur les ruines matérielles et morales laissées par les guerres de religion (massacre de la St BARTHELEMY le 24/08/1572, assassinat d’HENRI III par un moine ligueur en 1589, en laissant pour héritier Henri de Navarre qui était protestant (abjuration en 1593), en 1598, l’édit de Nantes permet le retour à la paix religieuse en 1610). 
  
* QUELQUE DATES DE LA VIE DE SAINTE JEANNE DE CHANTAL :
  
. 23/01/1572 à DIJON : Naissance de Jeanne FREMYOT à DIJON. Son père est le président du parlement du duché de BOURGOGNE. 

. 1573 : Mort de sa mère ; elle sera élevée par sa tante. 

. 29/12/1592 : Mariage avec Christophe de CHANTAL, baron de BOURBILLY. 

. 1601 : Mort de son mari suite à un accident de chasse. La baronne de CHANTAL a alors 4 enfants (les 2 premiers sont morts à la naissance). 

. Décembre 1602 : départ de la baronne de CHANTAL à MONTHELON pour vivre aux côtés de son beau-père. 

. 1604 : Retraite de carême avec MONSEIGNEUR de SALES évêque d’ANNECY. En décembre le futur saint FRANCOIS de SALES devient le directeur spirituel de la future sainte Jeanne de Chantal. 
. 1607 : François demande à Jeanne de devenir la pierre fondamentale de l’INSTITUTION (congrégation de moniales que l’évêque d’Annecy voulait créer dans son diocèse). 

. Décembre 1609 : création de l’INSTITUTION par François et Jeanne. 

. 06 juin 1610 : Les trois premières FILLES DE LA VISITATION dont Jeanne de Chantal  prononcent leurs premiers vœux. 

.  1619 : 1° rencontre entre St Vincent de Paul et Jeanne de Chantal (p196).  

. 28/12/1622 : Mort à LYON de MONSEIGNEUR de SALES évêque d’ANNECY d’une attaque d’apoplexie. 

. 1632 : début des tentations de mère Jeanne de CHANTAL. Ces  dernières allèrent croissant jusqu’à la fin de sa vie. 

. 1641 : Jeanne de CHANTAL rend visite à la reine Anne d’Autriche et rencontre le dauphin, le futur LOUIS XIV. 

. 13/12/1641 : Mort de mère Jeanne de CHANTAL à MOULINS. 


II) LES ETAPES DE LA VIE DE SAINTE JEANNE DE CHANTAL :

. Jeanne FREMYOT : jeune fille éduquée dans la foi chrétienne par son père (1572 à 1592). 


  • Craignant que la réforme très présente en BOURGOGNE ne  menace la Foi de ses enfants, le père de Jeanne se charge lui-même de la formation religieuse de ses enfants.
  • Description de Jeanne avant son mariage :  « belle, gaie, simple, clairvoyante, décidée et  profondément appliquée à ses devoirs de chrétienne ».
. La baronne de CHANTAL : la dame parfaite de BOURBILLY (1592 à 1601). 

  • Epouse aimante et active.
  • Mère souvent seule et dévouée à ses quatre enfants.
  • Chrétienne exemplaire pour son mari et pour son entourage.
  • Femme de la société au service des plus pauvres.
. La veuve : femme active cherchant à discerner ce que DIEU attend d’elle (1601 à 1607). 

  • Vœux de chasteté.
  • Résignation à accomplir son devoir d’état dans la simplicité et l’humilité.
  • Quête d’un directeur spirituel (recherche du berger de la vision).
  • L’épreuve du faux berger et la rencontre de Saint François.
  • L’engagement aux côtés de St François (les directives données, la profession de Foi).
. La cofondatrice de l’INSTITUTION (1607 à 1622). 

L’INSTITUTION est le projet de Saint François de créer un ordre contemplatif de la VISITATION dont la douceur de la règle permet l’accueil de toutes celles qui sont appelées à DIEU (quelques soient leur constitution physique), de se consacrer à lui dans la prière et la vie intérieure. 

  • Acceptation du projet de Saint François.
  • La séparation progressive d’avec les biens matériels p 63 et 65 et d’avec les êtres chers.
  • Ouverture de la 1° VISITATION à ANNECY : de la visite des malades à la vie cloîtrée.
  • La consécration totale à DIEU le jour de la Pentecôte 1616.
. La «pierre fondamentale de l’INSTITUTION»  seule  face au monde (1622 à 1641). 

  • Le départ de St François : dernière rencontre le 08/12/1622, sa mort le 28/12/1622, le chagrin de Jeanne.
  • L’expansion rapide de la VISITATION (13 monastères en 1622, 87 en 1641), Jeanne fait la tournée des monastères, et continue à en créer.
  • Mère de CHANTAL doit faire face à la notoriété (Mme de Montmorency devient son amie, La reine demande à la rencontrer).
  • Mère de CHANTAL demeure au service des malades (rôle joué pendant la peste à ANNECY).
  • Recherchant la perfection, Jeanne est éprouvée par des tentations de plus en plus vives.
  • La sainte mort de Jeanne : transmission de ses responsabilités temporelles et préparation de son âme à la rencontre avec DIEU (confession, communion, prières).

L’EXEMPLE DONNE PAR SAINTE JEANNE DE CHANTAL

. Parfaite conciliation de sa soif de perfectionnement spirituel avec ses nombreuses responsabilités temporelles.  

  • Au château de BOURBILLY elle aide son  mari à gérer les affaires du domaine tout en  étant rayonnante de foi.
  • Au château de MONTHELON elle accède avec humilité aux  exigences de  son « impossible » beau-père tout en cherchant sa vocation.
  • A la VISITATION elle s’occupe de l’avenir de ses enfants et de son itinéraire spirituel personnel. De même elle gère l’expansion de sa congrégation tout en cheminant  elle-même spirituellement.
. Obéissance totale à DIEU et à ses représentants sur terre. 

  • L’obéissance au directeur spirituel.
  • L’obéissance à la volonté de DIEU.
. Dénuement  total pour laisser le plus de place à DIEU. 

  • Le dépouillement de toutes les richesses terrestres.
  • Dépouillement de tous péchés pour purifier son âme.
  • Dépouillement de tout orgueil humain (Humilité extrême).
. Charité envers les pauvres et amour débordant pour DIEU.  

  • Charité permanente
  • Amour passionné

CONCLUSION :

Un exemple de vie à travers ses différents états de vie :
  • L’approfondissement permanent de la vie intérieure (vie de prière et sacramentelle exemplaire de la baronne de BOURBILLY).
  • L’entraide mutuelle et la charité fraternelle (service des plus pauvres de ses gens).
  • Esprit missionnaire et rayonnement (elle entraîne sa famille et ses proches dans son sillage)
Sainte Jeanne de Chantal a fait des miracles de son vivant et surtout après sa mort. 

Canonisation le 16 juillet 1767 par le pape CLEMENT XIII. 
  
Héritage de Sainte Jeanne de Chantal : 

- Sa sanctification de tous les états de la vie comme fille, épouse, veuve et religieuse est un exemple toujours actuel pour les femmes de notre société. 

- L’ordre des filles de la VISITATION existe encore (Présentation du monastère de la VISITATION  créé par Ste Jeanne de Chantal en 1624 à CHAMBERY et qui est aujourd’hui toujours présent à St Pierre d’ALBIGNY).





Sainte Jeanne-Françoise de Chantal

Fondatrice d'Ordre

(1572-1641)

Jeanne-Françoise Fremiot de Chantal, née à Dijon, réunit en elle toutes les distinctions, celle de la naissance, celle de l'esprit, celle surtout de la sainteté. Admirable en tout, dès son bas âge elle brilla surtout par un zèle ardent pour la foi catholique.

A cinq ans, on la vit reprendre avec force un hérétique qui parlait contre la présence réelle: "Monsieur, lui dit-elle, vous ne croyez pas que Jésus-Christ soit dans l'Eucharistie; cependant Il a dit qu'Il y était, vous croyez donc qu'Il n'a pas dit la vérité?" Le protestant, ne sachant que répondre, voulut fermer la bouche de l'enfant en lui offrant des dragées, mais elle les jeta au feu avec mépris, en disant: "Voilà, monsieur, comment les hérétiques brûleront en enfer pour n'avoir pas cru aux paroles de Jésus-Christ!"

Âgée de vingt ans, elle fut donnée en mariage à un époux digne d'elle, le baron de Chantal. Dieu donna de nombreux et charmants enfants à ces époux modèles; rien ne manquait à leur bonheur, quand une catastrophe épouvantable vint le briser: le baron fut blessé à la chasse, par accident, de la main d'un de ses amis, et mourut pieusement quelques jours après. Jeanne avait vingt-huit ans; elle reçut le coup terrible sans faiblir et fit à Dieu, à l'instant même, le voeu de chasteté parfaite, se traça un plan de vie austère, se vêtit sans luxe, porta le cilice et se donna tout entière à sa sanctification et à l'éducation de ses enfants.

Dieu lui fit bientôt rencontrer saint François de Sales, à Dijon même; dès lors elle se mit sous sa direction, et sa vie s'éleva rapidement à une perfection supérieure: "J'ai trouvé à Dijon, pouvait dire le Saint, la femme forte, en Mme de Chantal."

Après avoir montré au monde le modèle de la mère chrétienne, Dieu va faire éclater en l'illustre Sainte le modèle sublime de la perfection religieuse. Elle devint fondatrice de l'Ordre de la Visitation. La séparation fut pour elle un sacrifice sublime; il lui fallut résister aux cris et aux larmes et passer par-dessus le corps de son fils aîné, qui s'était couché sur le seuil de la porte, criant: "Maman, ne me quittez pas!" Une telle âme devait franchir à grands coups d'ailes les sommets de la plus haute sainteté.

Elle en vint à faire le voeu de choisir toujours ce qui lui paraîtrait le plus parfait. L'amour de Dieu possédait son âme au point qu'elle n'en pouvait supporter l'ardeur. "Ah! disait-elle, si le monde connaissait la douceur d'aimer Dieu, il mourrait d'amour!" Saint Vincent de Paul vit son âme monter au Ciel sous la forme d'un globe de feu et rejoindre l'âme de saint François de Sales, brillante du même éclat.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950

SOURCE : http://magnificat.ca/cal/fr/saints/sainte_jeanne-francoise_de_chantal.html



JEANNE de CHANTAL



Religieuse visitandine



1572-1641



EXTRAIT BIOGRAPHIQUE

Jeanne Françoise Frémyot naquit à Dijon le 23 janvier 1572. Orpheline de mère à dix-huit mois, elle reçut de son père, second Président au Parlement de Bourgogne, une éducation forte et brillante, profondément chrétienne. « Dès son jeûne âge l'on remarqua en elle des indices particuliers de la grâce divine, et entre autres une modestie fort majestueuse et une aversion si incomparable aux hérétiques, que si quelqu'un d'eux la voulait toucher ou porter entre ses bras, elle ne cessait de crier qu'il ne l'eût posée. Elle apprenait avec une grande souplesse et vivacité d'esprit tout ce qu'on lui enseignait, et on l'instruisait de tout ce qui est convenable à une demoiselle de sa condition et de son bon esprit : à lire, écrire, danser, sonner des instruments, chanter en musique, faire des ouvrages... »1

Le 29 décembre 1592, elle épousa Christophe II de Rabutin, baron de Chantal. « Ce fut un des plus accomplis mariages qui aient été vus, l'un et l'autre partis étant parfaitement doués de corps et d'esprit, des plus aimables qualités, recommandables en la noblesse. Quant à notre bienheureuse Mère, elle était de riche taille, d'un port généreux et majestueux, sa face ornée de grâces et d'une beauté naturelle fort attrayantes sans artifice et sans mollesse ; son humeur vive et gaie, son esprit clair, prompt et net, son jugement solide ; il n'y avait rien en elle de changeant ni de léger. Bref, elle était telle qu'on la surnomma la dame parfaite... Elle ne portait que du camelot et de l’étamine, et cela avec tant de propreté, de grâce et de bienséance, qu'elle paraissait cent fois plus que plusieurs autres qui ruinent leurs maisons, pour porter des affiquets... Cette femme diligente fut une couronne à son mari Le cœur duquel se fiant en elle entreprit avec joie et générosité de régler sa maison.2 »

Pendant neuf ans ils vécurent un très grand bonheur au château de Bourbilly, jusqu'à ce jour de 1601 où Monsieur de Chantal mourut des suites d'un accident de chasse. Jeanne se retrouva seule, à vingt-huit ans, avec quatre jeunes enfants3. Sa douleur était immense. Un événement décisif orienta toute sa vie : la rencontre, en 1604, de saint François de Sales venu prêcher le carême à Dijon où le président de Frémyot avait invité sa fille. « Elle faisait mettre son siège à l’opposite de la chaire du prédicateur pour le voir et ouïr plus à souhait. Le saint prélat, de son côté, bien qu’attentif à son discours, remarquait cette veuve par-dessus toutes les autres dames4. » Le frère de la baronne de Chantal qui était archevêque de Bourges5, la présenta à François de Sales ; ce fut le point de départ d'un ardent amour de Dieu et d'un dépouillement radical qui la conduiront à une haute union à Dieu. Entre Jeanne de Chantal et François de Sales se noua une profonde relation, faite d'une totale et affectueuse confiance mutuelle. Elle ne tarda pas à lui confier son désir d'être toute à Dieu. Mais ses responsabilités familiales la retenaient.

Peu à peu, cependant, les obstacles tombèrent6 ; en 1610, elle quitta Dijon pour aller inaugurer à Annecy une nouvelle forme de vie religieuse dont François de Sales était le fondateur : la Visitation. Un double aspect caractérisait le jeune institut : une vie de prière intense et le service des malades. Fait unique à l'époque : ces religieuses n'étaient pas cloîtrées, ce qui fit l'étonnement des malveillants. En 1619, François de Sales dut supprimer la visite aux malades, et la Visitation devint un ordre cloîtré.

1617 fut pour Jeanne de Chantal une année d’épreuves : son gendre mourut à Turin (23 mai), suivi de Marie-Aimée, après un accouchement prématuré (16 septembre). Sur son lit de mort, Marie-Aimée prit l'habit de la Visitation et prononça ses vœux entre les mains de saint François de Sales. La Mère de Chantal, qui avait commencé à souffrir de maux étranges dès 1610 et avait été de nouveau malade en 1615 et 1616, se vit à toute extrémité à la fin de 1617 ; elle guérit à la suite d'un vœu à saint Charles Borromée. Une fois remise, elle partit fonder une Visitation à Grenoble (8 avril 1618), préparée par les prédications de l'évêque de Genève. A l’automne, elle commence un voyage de quatre ans loin d'Annecy. Après la fondation du monastère de Bourges (15 novembre), François de Sales l'appela à Paris où elle resta du 7 avril 1619 au 21 février 1622, s'occupant des débuts de la nouvelle Visitation (l° mai 1619), négociant le mariage de sa fille Françoise avec Antoine de Toulongeon, surveillant les fondations de Montferrand (7 juin 1620), de Nevers (21 juillet), d’Orléans (9 septembre), de Valence (8 juin 1621). Après quelques jours passés à Maubuisson avec Angélique Arnauld et un pèlerinage au tombeau de Marie de l'Incarnation au carmel de Pontoise, elle partit pour la fondation de Dijon (8 mai 1622), par Orléans, Bourges, Nevers et Moulins. Fin octobre, elle était à Lyon où François de Sales lui commanda d'aller visiter les monastères de Montferrand et de Saint-Étienne (établi le 1° octobre). Le 11 décembre, à Lyon, eut lieu le dernier entretien des deux fondateurs, et la Mère repartit aussitôt visiter d'autres monastères. Elle n'apprit la mort de son père spirituel, survenue le 28 décembre 1622, que le 6 janvier 1623 à Belley d’où elle rentra à Annecy pour s'occuper du corps de François de Sales et de ses funérailles.

Désormais Jeanne de Chantal gouverna seule les treize monastères de la Visitation où les vocations affluaient. Elle se démit de son supériorat après l'Ascension 1623 et n'accepta d'être réélue que pour trois ans. Désirant se plier en tout à la Règle comme la plus humble des religieuses, elle ne voulut jamais du titre de mère générale, reprenant après chaque déposition le dernier rang. Cependant son influence spirituelle et morale était immense et incontestée. Rien ne se décidait sans elle. Elle fonda les Visitations de Chambéry (14 janvier 1624), d’Evian (6 août 1625), de Rumilly (29 septembre) et de Pont-à-Mousson (6 mai 1626). En 1627, elle eut la joie de l'ouverture du procès de béatification de François de Sales, et la peine de la mort de Celse-Bénigne, tué au combat de l'Ile de Ré (22 juillet)7. A l'automne 1627, elle fonda la Visitation de Cremieu (21 septembre) et visita les monastères de Paris, d'Orléans et d'Auvergne. En 1634, elle fonda une seconde maison à Annecy pour accueillir l'afflux des postulantes. En juin 1635, pour conférer de l'avenir de son ordre avec les évêques réunis à l'Assemblée du clergé de France, elle gagna Paris où elle passa l'hiver.

Chaque monastère étant placé directement sous l'autorité de l'évêque du diocèse, des amis de la Visitation s'inquiétèrent des moyens de maintenir, dans l'avenir, l'union et l’uniformité entre tant de maisons. A l'occasion de l'Assemblée du clergé, en 1635, se tint une réunion de quelques évêques, avec saint Vincent de Paul, supérieur des Visitations de Paris8, et le commandeur de Sillery9. Appelée à donner son avis, la Mère de Chantal fit nettement comprendre que la volonté formelle du fondateur avait été de laisser les monastères sous l'autorité des évêques, sans supérieure générale, et d'établir « non un moyen d'union d'autorité, mais de charité » entre eux et avec le premier monastère d'Annecy, « estant le dépositaire principal de l'esprit de l'Institut, et de la tradition du sens de la Règle, et des statuts, pour avoir esté réglé et formé par le Fondateur10. » Les prélats se rangèrent à cet avis et approuvèrent le Coutumier avec les additions proposées.

Le problème des moyens d'union entre les monastères ne se régla pas si facilement que semble le dire la préface du Coutumier de 1637. Peu après, en effet, Octave de Bellegarde11 (archevêque de Sens), Vincent de Paul et le commandeur de Sillery proposèrent de demander l’établissement d'un visiteur apostolique. La Mère de Chantal en sentait l'opportunité, d'autant plus que Rome avait failli l'imposer d'office, en 1637, à la suite de rapports faits par des jésuites contre l'ordre pour accuser les supérieures et maîtresses des novices de gêner la libre communication des sœurs avec les confesseurs. De plus, c'était une idée de François de Sales mais, selon lui, le visiteur ne devait agir que par l'autorité des évêques afin de ne pas porter atteinte à leurs prérogatives. La Mère de Chantal maintint fortement cette position et se trouva ainsi en désaccord sur ce point avec Vincent de Paul qui désirait des pouvoirs étendus pour le visiteur. Jeanne de Chantal ne voulait que mettre en œuvre les intentions du fondateur, mais il fallut bien interpréter et compléter pour faire face à des situations nouvelles. Elle le fit avec sa personnalité profondément originale, son bon sens pratique et sa profonde connaissance de la psychologie féminine. Il ne fut plus jamais question de visiteur apostolique.

Au printemps 1636, elle reprit la route pour Troyes, Marseille et Montpellier. A l'automne 1638, elle fonda la Visitation de Turin (21 novembre). Le 11 avril 1641, elle se démit de sa charge de supérieure avec l'intention de ne plus jamais la reprendre. Recrue d'épreuves et de deuils, elle aspirait au repos. Or la duchesse de Montmorency12 voulut prendre le voile à la Visitation de Moulins des mains de son amie la Mère de Chantal qui se mit en route le 28 juillet. En août, elle était à Moulins où Anne d'Autriche13 lui envoya une litière pour la conduire à Saint-Germain-en-Laye où elle désirait s'entretenir avec elle. De Paris, elle regagna Moulins où, en arrivant, elle dut s'aliter (8 décembre). Jeanne de Chantal mourut paisiblement, le 13 décembre 1641, après avoir dicté ses dernières recommandations à ses filles de la Visitation. Elle laissait l'ordre solidement établi avec quatre-vingt-sept monastères. Son corps fut ramené à Annecy (30 décembre) et inhumé dans l'église de la Visitation. la Mère Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal fut béatifiée par Benoît XIV le 21 novembre 1751. Le procès de béatification n’avait commencé qu’en 1722 et les du procès avait été retardée par plusieurs difficultés D'une part, une fausse interprétation du décret d'Urbain VIII avait fait négliger de recueillir dans les formes les dépositions des témoins quand il en était encore temps ; d'autre part, les réaction anti-mystique et antijanséniste, qui sévissait dans les milieux romains, la soupçonnait de quiétisme et de sympathies jansénistes. Elle fut canonisée par Clément XIII le 16 juillet 1767.

● ● ●

1 Mère Françoise-Madeleine de Chaugy : Mémoire sur la vie et les vertus de Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal.

2 Mère Françoise-Madeleine de Chaugy : Mémoire sur la vie et les vertus de Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal.

3 Ils eurent six enfants dont deux fils moururent en bas âge. Il resta Celse-Bénigne (né en 1596, le père de la marquise de Sévi¬gné), Marie-Aimée (née en 1598), Françoise (née en 1599) et Charlotte (née en 1601, quinze jours avant la mort de son père).

4 Mère Françoise-Madeleine de Chaugy : Mémoire sur la vie et les vertus de Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal.

5 André Frémyot, né à Dijon le 26 août 1573 ; sa naissance coûta la vie à sa mère. Il fit ses études à Paris. Encore sous-diacre (1602), il fut élu ar¬che¬vêque Bour¬ges (sacré à Saint-Denis-du-Pas de Paris, le 7 dé¬cem¬¬bre 1603). Démissionnaire en 1621, il re¬çut en commende les abbayes de Breteuil et de Ferrières et le prieu¬ré de Nogent-le-Ro¬trou. Ami de François de Sales, il fut un des trois commissaires apostoliques nommés par Urbain VIII pour l’enquête canonique (1627). Il mourut à Paris le 13 mai 1641.

6 Marie-Aimée est mariée à Bernard de Sales, frère de saint François de Sales (13 octobre 1609). Charlotte meurt à la fin de janvier 1610. Celse-Bénigne est confié à son grand-père avant de commencer une carrière à la cour.

7 Celse-Bénigne, de son mariage avec Marie de Coulanges, laissait une petite fille qui deviendra la marquise de Sévigné.

8 Saint Vincent de Paul, à la demande de saint François de Sales, de sainte Jeanne de Chantal et de l’évêque de Paris fut nommé supérieur des trois monastères parisiens de la Visitation depuis leur fondation, charge qu’il garda jusqu’en 1660.

9 Frère du chancelier Nicolas de Sillery, Noël Brûlart de Sillery, destiné dès l’enfance à la vie religieuse, fut reçu dans l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem (1596) et, au retour de Malte, il reçut la commanderie de Troyes (1600). Appelé par son frère à la Cour, il eut la faveur d'Henri IV et de Marie de Médicis dont il devint le premier écuyer puis le chevalier d'honneur. Il effectua des ambassades en Espagne et à Rome, où « en quittant cette capitale du monde chrétien, il emporta le nom d’ambassadeur aussi dévot que magnifique. » En 1624, à la disgrâce de son frère il renonça à la vie publique. A l'occasion d'un jubilé, il rencontra Vincent de Paul auquel il fit une confession générale et sous la direction duquel il se plaça. C'est sans doute sur ses conseils qu’il se rendit à la Visitation du faubourg Saint-Jacques, mais ce fut un échec : « Quoy qu'il remarqua beaucoup de perfection, et toute la vertu qu'il pouvoit souhaiter à la supérieure et aux religieuses qu'il vit, ce n'estoit point cependant ce qu’il cherchoit pour s'y attacher. » Il vint pour la première fois au monastère de la rue Saint-Antoine, le 28 décembre 1630, pour entendre un panégyrique de François de Sales par le curé de Saint-Jean-en-Grève. Hélène-Angelique Lhuillier, la supérieure, lui consacra par la suite de nombreuses heures d'entretien et entreprit de travailler à son édification spirituelle comme de lutter contre son amour de la gloire et des richesses. Lorsqu'il se fit prêtre en 1634, il choisit de dire sa première messe (13 avril) dans la modeste chapelle de la rue Saint-Antoine. Pour s'associer davantage aux prières des visitandines, le commandeur vint s'établir définitivement dans l'hô¬tel du Petit-Bourbon où il vécut jusqu'à sa mort. Parmi ses bienfaits à l'égard de la Visitation, l'histoire a surtout retenu la construction de l'église de la rue Saint-Antoine, mais sa gé¬né¬ro¬sité alla aussi à d'autres maisons de l'ordre. Il mourut à Pa¬ris le 26 septembre 1640 et fut inhumé au monastère de la Visitation.

10 Préface du Coutumier de 1637.

11 Octave de Saint-Lary de Bellegarde naquit à Brouage en Péri¬gord, en juillet 1587, quelques mois avant que son père (César, duc de Bel¬le¬garde et gouverneur de Saintonge) ne mourut de bles¬sures reçues à la bataille de Coutras. Il étudia à Bordeaux et à Toulouse puis à la Sorbonne (1606). Destiné à l’état ecclésias¬ti-que, il fut pourvu de bonne heure de bénéfices (les abbayes de Saint-Mélaine de Rennes, et de Nisors, la domerie de Notre-Darne d'Aubrat). Son oncle lui céda l’abbaye de Saint-Germain d'Auxerre où il fit profession. Aumônier ordinaire d’Henri IV (1607), abbé de Pothières (1610), il fut nommé évêque de Couserans en 1612. Le 14 novembre 1621, il était appelé à l'archevêché de Sens. Pendant un quart de siècle, tout à sa mission de chef de diocèse, il veilla avec un dévouement absolu aux intérêts spirituels et temporels de son Église. Plein de sollicitude pour l'observation des lois canoniques et pour la restauration de la discipline, il laissa la réputation d’ardente piété et d'une grande douceur. Il installa les visitandines à Provins, à Montargis et à Melun. Il mourut dans sa maison de Montreuil (près de Paris) le 26 juillet 1646. Il couronnait une vie toute de dignité et de zèle par un testament laissant tout ce qu'il possédait aux pauvres et à son Eglise. Son corps, rapporté à Sens, fut inhumé dans le sanctuaire de sa cathédrale.

12 La princesse Marie-Félicité des Ursin avait épousé en 1615 Henri II, duc de Montmorency et d’Amville, pair de France, premier baron, amiral et maréchal de France, gouverneur du Languedoc. Révolté contre Louis XIII et le cardinal de Richelieu, le duc fut battu à Castelnaudary ; pris et jugé, il fut décapité à Toulouse (1632). Après l’exécution de son époux, la duchesse de Montmorency fut assignée à résidence à Moulins où elle fit construire une église pour les religieuses de la Visitation dans laquelle elle fit élever le mausolée de son mari. Elle prit le voile et fut supérieure du monastère. Elle mourut en 1666.

13 La Reine, habituée de la Visitation du faubourg Saint-Jacques, avait favorisé la fondation de la Visitation de Saint-Denis (1638) ; plus tard (1648) elle mit sous sa protection la fondation de la Visitation de Compiègne.

SOURCE : http://voiemystique.free.fr/jeanne_de_chantal_1.htm




O bonté souveraine de la souveraine providence de mon Dieu, je me délaisse pour jamais entre vos bras ; soit que vous me soyez douce ou rigoureuse, menez-moi désormais par où il vous plaira. Je ne regarderai point les chemins par où vous me ferez passer, mais vous, ô mon Dieu, qui me conduisez ; mon cœur ne trouve point de repos hors des bras et du sein de cette céleste Providence, ma vraie mère, ma force et mon rempart ; c'est pourquoi je me résous moyennant votre aide divine, ô mon Sauveur, de suivre vos désirs et ordonnances sans jamais regarder où éplucher les causes pourquoi vous faites ceci plutôt que cela, mais à yeux clos je vous suivrai selon vos volontés divines sans rechercher mon propre goût ; c'est à quoi je me détermine de laisser tout faire à Dieu, ne me mêlant que de me tenir en repos entre ses bras, sans désirer chose quelconque, que selon qu'il m'incitera à désirer, à vouloir et à souhaiter.

Je vous offre ce désir, ô mon Dieu, vous suppliant de le bénir, entreprenant le tout appuyé sur votre bonté, libéralité et miséricorde, en la totale confiance en vous et défiance de moi et de mon infinie misère et infirmité.
Amen

Sainte Jeanne de Chantal


La première se fait en nous servant de l'imagination, nous représentant le divin Jésus en la crèche, entre les bras de sa sainte Mère  et du grand saint Joseph ; le regardant entre un bœuf et un âne ; puis voir comme sa divine Mère l'expose dans la crèche, puis comme elle le reprend pour lui donner son lait virginal et nourrir ce Fils qui est son créateur et son Dieu. Mais il ne faut pas se bander l'esprit à vouloir, sur tout ceci, faire des imaginations particulières, nous voulant figurer comme ce sacré Poupon avait les yeux et comme sa bouche était faite ; mais nous représenter tout simplement le mystère. Cette façon de méditer est bonne pour celles [ les personnes ] qui ont encore l'esprit des pensées du monde, afin que l'imagination, étant remplie de ces objets, rechasse toute autre pensée.

La deuxième façon, c'est de nous servir de la considération, nous représentant les vertus que Notre-Seigneur a pratiquées : son humilité, sa patience, sa douceur, sa charité à l'endroit de ses ennemis, et ainsi des autres. En ces considérations, notre volonté se sentira tout émue en Dieu et produira de fortes affections, desquelles nous devons tirer des résolutions pour la pratique de chaque jour, tâchant toujours de battre sur les passions et inclinations par lesquelles nous sommes les plus sujettes à faillir.

La troisième façon, c'est de nous tenir simplement en la présence de Dieu, le regardant des yeux de la foi en quelque mystère, nous entretenant avec lui par des paroles pleines de confiance, cœur à cœur, mais si secrètement, comme si nous ne voulions pas que notre bon ange le sût. Lorsque vous vous trouverez sèche, qu'il vous semblera que vous ne pourrez pas dire une seule parole, ne laissez pas de lui parler, et dites : Seigneur, je suis une pauvre terre sèche, sans eau ; donnez à ce pauvre cœur votre grâce. Puis demeurez en respect en sa présence, sans jamais vous troubler ni inquiéter pour aucune sécheresse qui puisse arriver. Cette manière d'oraison est plus sujette à distractions que celle de la considération, et, si nous nous rendons bien fidèles, Notre-Seigneur donnera celle de l'union de notre âme avec lui. Que chacune suive le chemin auquel elle est attirée.

Ces trois sortes d'oraison sont très bonnes : que donc celles qui sont attirées à l'imagination la suivent, et de même celles qui le sont à la considération et à la simplicité de la présence de Dieu ; mais, néanmoins, pour cette troisième sorte, il faut bien se garder de s'y porter de soi-même, si Dieu ne nous y attire.
Ste Jeanne de Chantal





Noël Hallé. Saint François de Sales donnant à Sainte Jeanne de Chantal la règle de l'ordre de la Visitation 
Photo de Pascal3012


Sainte Jeanne-Françoise de Chantal
Veuve et Fondatrice de :
 “Ordo Visitationis Beatissimae Mariae Virginis”
(Ordre de la Visitation...)
(1572-1641)
Françoise-Madeleine de Chaugy, nièce de la Mère de Chantal, évoque « l'humeur vive et gaie » de sa tante, « son esprit clair, prompt et net, son jugement solide ». Ces qualités humaines devaient rendre Sainte Jeanne-Françoise de Chantal très efficace dans toute sa vie d'épouse et de mère, puis de femme Consacrée.
Fille de magistrat, Jeanne-Françoise Frémyot, âgée de vingt ans, fut donnée en mariage au baron de Chantal. Leur foyer, où naquirent quatre enfants, connut huit années de bonheur profond, que vint interrompre brutalement un accident de chasse (1600).

Le baron, blessé, mourut pieusement quelques jours après. Jeanne avait vingt-huit ans ; dans sa douleur, elle se confia toute à Dieu.
C'est alors que Le Seigneur mit François de Sales sur sa route. Dès lors, elle se mit sous sa direction. Avec patience et fermeté, l'Évêque de Genève conduisit Jeanne-Françoise à une perfection supérieure :

« J'ai trouvé à Dijon, pouvait dire le Saint, la femme forte, en Mme de Chantal. »

Le Saint Évêque donna à la future Sainte cette parole qui devrait conduire toute sa vie : « Il faut tout faire par Amour, et rien par force ; il faut plus aimer l'obéissance que craindre la désobéissance. »
En 1610, vint l'heure des adieux héroïques de Madame de Chantal à son père et à ses enfants.

Elle devint Fondatrice de l'Ordre de la Visitation, Ordre qui allie Contemplation et service des malades. Alors commencèrent à travers la France les voyages incessants pour fonder des maisons à l'image de celle d'Annecy.
La Sainte Fondatrice mourut à Moulins le 13 Décembre 1641.
L'amour de Dieu possédait son âme au point qu'elle n'en pouvait supporter l'ardeur. « Ah ! disait-elle, si le monde connaissait la douceur d'aimer Dieu, il mourrait d'Amour ! ».




Leçons des Matines avant 1960.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal naquit à Dijon, en Bourgogne, d’une illustre famille, et donna, dès son enfance, des signes non équivoques d’une grande sainteté. A peine âgée de cinq ans, elle réfuta, dit-on, les erreurs d’un noble calviniste avec une solidité d’arguments au-dessus de son âge, et jeta au feu un petit présent que cet homme lui avait offert, en disant : « Voilà comment brûleront en enfer, les hérétiques qui refusent de croire à la parole de Jésus-Christ. » Sa mère étant morte, elle se mit sous la protection de la sainte Vierge, et renvoya une de ses suivantes qui cherchait à lui inspirer du goût pour le monde. Rien dans sa conduite ne dénotait l’enfant ; remplie d’aversion pour les plaisirs du siècle et ne soupirant qu’après le martyre, elle se donnait tout entière aux œuvres de religion et de piété. Lorsque son père l’eut mariée au baron de Chantal, on la vit appliquée à la pratique de toutes les vertus, pleine de zèle vis-à-vis de ses enfants, de ses serviteurs et de ceux qui étaient sous sa dépendance, pour les instruire des principes de la foi et les former aux bonnes mœurs. Elle soulageait les besoins des pauvres avec une très grande libéralité, et bien souvent la providence divine multiplia ses provisions ; aussi promit-elle de ne jamais rien refuser à quiconque lu i demanderait l’aumône au nom de Jésus-Christ.

Cinquième leçon. Après la mort de son mari, causée par un accident de chasse, elle se mit à pratiquer une vie plus parfaite et se lia par le vœu de chasteté. Outre qu’elle supporta courageusement la mort de son mari, elle voulut encore donner au meurtrier une marque publique de pardon, en triomphant d’elle-même jusqu’à vouloir être la marraine de son fils. Elle se contenta d’une domesticité peu nombreuse, d’une nourriture grossière et de vêtements communs, et fit passer à de pieux usages ses parures précieuses. Tout le temps qui lui restait après le soin de sa maison, elle l’employait à la prière, aux lectures pieuses et au travail. On ne put jamais l’amener à consentir à de secondes noces, bien qu’il se présentât des partis honorables et avantageux. Et de peur que, dans la suite, sa détermination de garder la chasteté ne fût ébranlée, elle renouvela son vœu et grava sur sa poitrine, au moyen d’un fer rouge, le très saint nom de Jésus-Christ. Enflammée d’une charité dont l’ardeur croissait chaque jour, elle se faisait amener les pauvres, les abandonnés, les malades et ceux qui se trouvaient affligés des maux les plus repoussants. Non contente de les recevoir chez elle, pour les consoler et les soigner, elle nettoyait leurs vêtements malpropres les raccommodait, et n’avait pas horreur d’approcher ses lèvres de leurs ulcères fétides et purulents.

Sixième leçon. Ayant appris, sous la direction spirituelle de saint François de Sales, à connaître la divine volonté, elle abandonna avec un invincible courage son père, son beau-père, et son propre fils. Et comme ce dernier s’opposait à la vocation de sa mère, celle-ci n’hésita point à passer sur son corps, en sortant de sa maison. Elle jeta alors les bases du saint institut de la Visitation de Sainte-Marie et en observa les règles dans toute son intégrité. Elle était éprise de la pauvreté au point de se réjouir de manquer même du nécessaire. Elle se montra un modèle accompli d’humilité, d’obéissance et de toutes les vertus chrétiennes. Préparant en son cœur des ascensions toujours plus hautes, elle s’astreignit par un vœu des plus difficiles à observer, à faire constamment ce qu’elle comprendrait être le plus parfait. Ce fut surtout grâce à elle que le pieux institut de la Visitation se répandit de tous côtés ; et c’est par des écrits remplis de la sagesse de Dieu, comme par ses paroles et ses exemples, qu’elle a excité ses sœurs à la piété et à la charité. Enfin, chargée de mérites et saintement munie des sacrements, elle mourut à Moulins, le treize décembre seize cent quarante et un. Saint Vincent de Paul, qui était alors éloigné, vit son âme reçue au ciel par saint François de Sales. On transféra dans la suite son corps à Annecy. Avant et après sa mort, des miracles l’ont rendue célèbre. Benoît XIV l’a béatifiée, et le souverain Pontife Clément XIII l’a inscrite au catalogue des Saints. Enfin, Clément XIV a ordonné que toute l’Église célébrerait sa Fête le douzième jour avant les calendes de septembre.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu. Cap. 13, 44-52.

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 11 in Evangelia

Septième leçon. Si le Seigneur, mes très chers frères, nous dépeint le royaume des cieux comme semblable à des objets terrestres, c’est pour que notre esprit s’élève, de ce qu’il connaît, à ce qu’il ne connaît pas ; qu’il se porte vers les biens invisibles par l’exemple des choses visibles, et, qu’excité par des vérités dont il a l’expérience, il s’enflamme de telle sorte, que l’affection qu’il éprouve pour un bien connu lui apprenne à aimer aussi des biens inconnus. Voici « que le royaume des cieux est comparé à un trésor caché dans un champ ; celui qui l’a trouvé, le cache, et à cause de la joie qu’il en a, il va et vend tout ce qu’il a, et il achète ce champ » [1].

Huitième leçon. Il faut remarquer dans ce fait, que le trésor une fois trouvé, on le cache afin de le conserver. C’est parce que celui qui ne met pas à l’abri des louanges humaines l’ardeur des désirs qu’il ressent pour le ciel, ne parvient pas à les défendre contre les malins esprits. Nous sommes, en effet, dans la vie présente comme dans un chemin par lequel nous nous dirigeons vers la patrie ; et les esprits malins infestent notre route, comme le feraient des voleurs. C’est vouloir être dépouillé que de porter un trésor à découvert sur le chemin. Je ne dis pas cela, néanmoins, pour empêcher que le prochain soit témoin de nos bonnes œuvres, selon ce qui est écrit : « Qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » [2] ; mais afin que nous ne recherchions pas, dans le motif qui nous fait agir, les louanges du dehors. Que l’action soit publique, mais que notre intention demeure cachée, pour que nous donnions ainsi à notre prochain l’exemple d’une bonne œuvre, et cependant que par l’intention que nous avons de plaire uniquement à Dieu, nous souhaitions toujours le secret.

Neuvième leçon. Or, le trésor, c’est le désir du ciel, et le champ où est caché ce trésor, c’est une vie digne du ciel. Il vend bien tout ce qu’il a pour acheter ce champ, celui qui, renonçant aux voluptés charnelles, foule aux pieds tous ses désirs terrestres, par la pratique exacte de cette vie digne du ciel, en sorte que plus rien de ce qui flatte les sens ne lui plaise, et que son esprit ne redoute rien de ce qui détruit la vie charnelle.

[1] Matth. 13, 44.

[2] Matth. 5, 16.



Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Bien que la gloire de Marie soit d’au dedans [3], sa beauté paraît aussi dans le vêtement qui l’entoure [4] : vêtement mystérieux, tissé des vertus des Saints qui lui doivent leur justice et leur récompense [5]. De même que toute grâce nous vient parla divine Mère, toute gloire au ciel converge vers celle de la Reine des cieux.

Or, entre les âmes bienheureuses, il en est de plus immédiatement rapprochées de la Vierge bénie [6]. Prévenues de la tendresse particulière de cette Mère de la grâce, elles laissèrent tout [7] pour courir sur la terre à l’odeur des parfums de l’Époux qu’elle a donné au monde [8] ; elles gardent au ciel avec Marie l’intimité plus grande qui fut déjà leur part au temps de l’exil. De là vient qu’à cette heure de son exaltation près du Fils de Dieu [9], le Psalmiste chante aussi les vierges pénétrant avec elle en allégresse dans le temple du Roi [10] ; le couronnement de Notre-Dame est véritablement la toute spéciale solennité de ces filles de Tyr [11], devenues elles mêmes princesses [12] et reines [13] afin de former son noble cortège et sa royale cour.

Si le diadème de la virginité n’orne pas le front de l’élue proposée aujourd’hui à notre vénération, elle est de celles pourtant qui méritèrent en leur humilité d’entendre un jour le céleste message : Écoute, ma fille, et vois, et incline l’oreille de ton cœur, et oublie ton peuple et la maison de ton père [14]. En réponse, tel fut son bienheureux élan dans les voies de l’amour, qu’on vit des vierges innombrables s’attacher à ses pas pour parvenir plus sûrement à l’Époux. A elle aussi revient en conséquence une place glorieuse dans le vêtement d’or, aux reflets multiples, dont resplendit en son triomphe la Reine des Saints [15].

Car quelle est la variété signalée par le Psaume dans les broderies et les franges de cette robe de gloire [16], sinon la diversité des nuances que revêt l’or delà divine charité parmi les élus ? C’est afin d’accentuer l’heureux effet provenant de cette diversité dans la lumière des Saints, que l’éternelle Sagesse a multiplié les formes sous lesquelles se présente au monde la vie des conseils. Tel est bien l’enseignement voulu par la sainte Liturgie dans le rapprochement des deux fêtes d’aujourd’hui et d’hier au Cycle sacré. De l’austérité cistercienne au renoncement plus intérieur de la Visitation Sainte-Marie, la distance paraît grande ; l’Église néanmoins réunit la mémoire de sainte Jeanne de Chantai et de l’Abbé de Clairvaux, en hommage à la bienheureuse Vierge, dans l’Octave fortunée qui consomme sa gloire ; c’est qu’en effet toutes les Règles de perfection s’accordent pour n’être, à l’honneur de Marie, que des variantes de l’unique Règle, celle de l’amour, dont la divine Mère présente en sa vie l’exemplaire premier.

« Ne divisons pas la robe de l’Épouse, dit saint Bernard [17]. L’unité, tant au ciel qu’ici-bas, consiste en la charité [18]. Que celui qui se glorifie de la Règle n’agisse pas à rencontre, en allant contre l’Évangile [19]. Si le royaume de Dieu estait dedans de nous [20]), c’est qu’il n’est point dans le manger ou le boire, mais dans la justice, la paix, la joie du Saint-Esprit [21]. Critiquer autrui sur l’observance extérieure et négliger de la Règle le côté qui regarde l’âme, c’est écarter le moucheron de la coupe et avaler un chameau [22]. Tu brises ton corps par des travaux sans fin, tu mortifies par les austérités tes membres qui sont sur la terre ; et tu fais bien. Mais lorsque tu te permets de juger celui qui ne peine pas autant, lui peut-être se conforme à l’avis de l’Apôtre : empressé davantage pour les dons les meilleurs [23], retenant moins de cet exercice corporel qui est de moindre utilité, il s’adonne plus à la piété qui est utile à tout [24]. Qui donc de vous deux garde le mieux la Règle ? Celui sans doute qui s’en trouve meilleur. Or, le meilleur, quel est-il ? le plus humble ? ou le plus fatigué ? Apprenez de moi, dit Jésus [25], que je suis doux et humble de cœur » [26].

Parlant de la diversité des familles religieuses, saint François de Sales dit excellemment à son tour : « Toutes les Religions ont un esprit qui leur est général, et chacune en a un qui lui est particulier. Le général est la prétention qu’elles ont toutes d’aspirer à la perfection delà charité ; mais l’esprit particulier, c’est le moyen de parvenir à cette perfection de la charité, c’est-à-dire, à l’union de notre âme avec Dieu, et avec le prochain pour l’amour de Dieu » [27]. Venant donc à l’esprit spécial de l’institut qu’il avait fondé de concert avec notre Sainte, l’évêque de Genève déclare que c’est « un esprit d’une profonde humilité envers Dieu, et d’une grande douceur envers le prochain ; d’autant qu’ayant moins de rigueur pour le corps, il faut qu’il y ait tant plus de douceur de cœur » [28]. Et parce que « cette Congrégation a été érigée en sorte que nulle grande âpreté ne puisse divertir les faibles et infirmes de s’y ranger, pour y vaquer à la perfection du divin amour » [29] ; il ajoute gracieusement : « Que s’il y avait une sœur qui fût si généreuse et courageuse que de vouloir parvenir à la perfection dans un quart d’heure, faisant plus que la Communauté, je lui conseillerais qu’elle s’humiliât et se soumît à ne vouloir être parfaite que dans trois jours, allant le train des autres [30]. Car il faut observer toujours une grande simplicité en toutes choses : marcher simplement, c’est la vraie voie des filles de la Visitation, qui est grandement agréable à Dieu et très assurée » [31].

Avec la douceur et l’humilité pour devise, le pieux évêque était bien inspiré de donner à ses filles, comme armoiries, le divin Cœur où ces suaves vertus ont leur source aimée. On sait combien magnifiquement le ciel justifia ce blason. Le siècle n’était pas encore écoulé, qu’une religieuse de la Visitation, la Bienheureuse Marguerite-Marie, pouvait dire : « Notre adorable Sauveur m’a fait voir la dévotion de son divin Cœur comme un bel arbre qu’il avait destiné de toute éternité pour prendre ses racines au milieu de notre institut. Il veut que les filles de la Visitation distribuent les fruits de cet arbre sacré avec abondance à tous ceux qui désireront d’en manger, sans crainte qu’il leur manque » [32].

« Amour ! amour ! amour ! mes filles, je ne sais plus autre chose ». Ainsi s’écriait, elle aussi, en ses derniers ans, la glorieuse coopératrice de François dans l’établissement de la Visitation Sainte-Marie, Jeanne de Chantal. « Ma Mère, lui dit une sœur, je vais écrire à nos maisons que Votre Charité est en sa vieillesse, et que comme votre parrain saint Jean, vous ne nous parlez plus que d’amour ». A quoi la Sainte repartit : « Ma fille, ne faites point cette comparaison, car il ne faut pas profaner les Saints en les comparant aux chétifs pécheurs ; mais vous me ferez plaisir de mander à ces filles-là que si je croyais mon courage, si je suivais mon inclination, et si je ne craignais d’ennuyer nos sœurs, je ne parlerais jamais d’autre chose que de la charité ; et je vous assure que je n’ouvre presque jamais la bouche pour parler de choses bonnes, que je n’aie envie de dire : Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même » [33].

Paroles bien dignes de celle qui valut à l’Église l’admirable Traité de l’Amour de Dieu, composé, dit l’évêque de Genève, à son occasion, prière et sollicitation, pour elle et ses semblables [34]. Tout d’abord cependant, l’impétuosité de cette âme, exubérante de dévouement et d’énergie, parut peu faite pour être maîtresse en une école où l’héroïsme se traduit dans la suavité simple d’une vie toute cachée en Dieu. C’est à discipliner cette énergie de la femme forte, sans en éteindre l’ardeur, que s’appliqua persévéramment saint François de Sales durant les dix-huit années qu’il en eut la conduite. « Faites tout, lui répète-t-il en mille manières, sans empressement, suavement comme font les Anges ; suivez la conduite des mouvements divins, rendez-vous souple à la grâce ; Dieu veut que nous soyons comme des petits enfants » [35]. Et ici trouve place une page délicieuse de l’aimable Saint, que nous voulons citer encore :

« Si l’on eût demandé au doux enfant Jésus, étant porté entre les bras de sa mère, où il allait ? N’eût-il pas eu raison de répondre : Je ne vais pas, c’est ma mère qui va pour moi. Et qui lui eût demandé : Mais au moins n’allez-vous pas avec votre mère ? N’eût-il pas eu raison de dire : Non, je ne vais nullement, ains seulement par les pas de ma mère, par elle et en elle. Et qui lui eût répliqué : Mais au moins, ô très cher divin enfant vous vous voulez bien laisser portera votre douce mère ? Non fais certes, eût-il pu dire, je ne veux rien de tout cela ; ains, comme ma toute bonne mère marche pour moi, aussi elle veut pour moi ; et, comme je ne marche que par ses pas, aussi je ne veux que par son vouloir ; et, dès que je me trouve entre ses bras, je n’ai aucune attention ni à vouloir, ni à ne vouloir pas, laissant tout autre soin à ma mère, hormis celui d’être sur son sein, et de me tenir bien attaché à son cou très aimable pour la baiser amoureusement des baisers de ma bouche ; et, afin que vous le sachiez, tandis que je suis parmi les délices de ces saintes caresses qui surpassent toute suavité, il m’est avis que ma mère est un arbre de vie, et que je suis en elle comme son fruit, que je suis son propre cœur au milieu de sa poitrine, ou son âme au milieu de son cœur : c’est pourquoi, comme son marcher suffit pour elle et pour moi, sans que je me mêle de faire aucun pas : aussi ne prends-je point garde si elle va vite ou tout bellement, ni si elle va d’un côté ou d’un autre, ni je ne m’enquiers nullement où elle veut aller, me contentant que, comme que ce soit, je suis toujours entre ses bras, joignant ses amiables mamelles, où je me repais comme entre les lis... Théotime [36], nous devons être comme cela, pliables et maniables au bon plaisir divin » [37].

L’office de Marthe parut d’abord vous être destiné, ô grande Sainte. Prévenant l’heure qui devait sonner pour Vincent de Paul un peu plus tard, François de Sales, votre Père, eut la pensée de faire de vos compagnes les premières filles de la Charité. Ainsi fut donné à votre œuvre le nom béni de Visitation, destiné à placer sous l’égide de Marie vos visites aux pauvres malades trop délaissés. Mais l’affaiblissement progressif des santés modernes avait manifesté, dans les institutions de la sainte Église, une lacune plus douloureuse encore, plus pressante à combler : nombre d’âmes, appelées à la part de Marie, en étaient écartées par leur impuissance à porter l’austère vie des grands Ordres contemplatifs. L’Époux, dont la bonté daigne s’adapter à tous les âges, fit choix de vous, ô Jeanne, pour subvenir avec son Cœur sacré, sur ce terrain de son amour, aux misères physiques aussi bien que morales du monde vieilli, usé, menaçant ruine.

Renouvelez-nous donc en l’amour de Celui dont la charité vous consuma la première ; dans ses ardeurs, vous parcourûtes les sentiers les plus divers de la vie, et jamais ne vous trahit l’admirable force d’âme que l’Église rappelle à Dieu aujourd’hui, pour obtenir par vous le secours nécessaire à notre faiblesse [38]. Que le funeste poison de l’esprit janséniste ne revienne plus jamais chez nous glacer les cœurs ; mais, en même temps, nous le savons de vous : l’amour n’est réel qu’autant qu’avec ou sans les macérations, il vit de foi, de générosité, de renoncement, dans l’humilité, la simplicité, la douceur. C’est l’esprit de votre saint institut, l’esprit de votre angélique Père rendu par lui si aimable et si fort : puisse-t-il régner toujours parmi vos filles, maintenir entre leurs maisons l’union suave qui n’a point cessé de réjouir les cieux ; puisse le monde s’assainir aux parfums qui s’échappent toujours des retraites silencieuses de la Visitation Sainte-Marie !

[3] Psalm. XLIV, 14.

[4] Ibid. 10-15.

[5] Apoc. XIX, 8.

[6] Psalm. XLIV, 15.

[7] Matth. XIX, 27.

[8] Cant. I, 3.

[9] Psalm. XLIV, 10.

[10] Ibid. 15-16.

[11] Ibid. 13.

[12] Ibid. 10.

[13] Cant. VI, 7.

[14] Psalm. XLIV, 11.

[15] Ibid. 10.

[16] Ibid. 10, 14, 15.

[17] Bernard. Apologia ad Guillelm. III, 6.

[18] Ibid. IV, 8.

[19] Ibid. V, 11.

[20] Luc. XVII, 21.

[21] Rom. XIV, 17.

[22] Bern. Apolog. VI, 12.

[23] I Cor. XII, 31.

[24] I Tim. IV, 8.

[25] Matth. XI, 29.

[26] Bern. Apolog. VII, 13.

[27] Entretiens spirituels, XIII.

[28] Ibid.

[29] Constitutions de la Visitation, Préambule.

[30] Entretien XIII.

[31] Entretien XIV.

[32] Lettre du 17 juin 1689, à la Mère de Saumaise.

[33] Mémoires de la Mère de Chaugy, IIIe P., ch. V.

[34] Traité de l’Amour de Dieu, Préface ; Mémoires de la M. de Chaugy, IIIe P. ch. XXIV, XXVI ; etc.

[35] Œuvres, passim.

[36] « Un grand serviteur de Dieu m’avertit naguère que l’adresse que j’avais faite de ma parole à Philothée en l’Introduction à la vie dévote avait empêché plusieurs hommes d’en faire leur profit, d’autant qu’ils n’estimaient pas dignes de la lecture d’un homme les avertissements faits pour une femme. J’admirai qu’il se trouvât des hommes qui, pour vouloir paraître hommes, se montrassent en effet si peu hommes... Toutefois, pour imiter en cette occasion le grand Apôtre, qui s’estimait redevable à tous, j’ai changé d’adresse en ce traité, et parle à Théotime. Que si d’aventure il se trouvait des femmes (or cette impertinence serait plus supportable en elles) qui ne voulussent pas lire les enseignements qu’on fait à un homme, je les prie de croire que le Théotime auquel je parle est l’esprit humain qui désire faire progrès en la dilection sainte, esprit qui est également ès femmes comme ès hommes ». Amour de Dieu, Préface.

[37] Amour de Dieu, Liv. IX, ch. XIV.

[38] Collecte, Secrète et Postcommunion de la fête.


François de Sales et Jeanne de Chantal réunis sur une médaille du XIXe siècle


Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Disciple de saint François de Sales, elle a fait honneur à son maître et elle a démontré que, sans recourir nécessairement à ces formes spéciales et transcendantes de sainteté que nous trouvons chez les Pères du désert, on peut atteindre le sommet de la perfection chrétienne en aimant Dieu passionnément et en accomplissant ses devoirs d’état, dans la quadruple situation d’épouse, de mère, de veuve et de religieuse, tour à tour vécue par sainte Chantal.

Clément XIV introduisit dans le Bréviaire, sous le rite double, la fête de notre Sainte.

La messe est du Commun, mais les collectes sont propres :

Prière. — « Seigneur qui, dans votre toute-puissante miséricorde, vous êtes plu à enflammer d’une sainte ardeur votre bienheureuse et fidèle servante Jeanne-Françoise, et avez voulu qu’avec une admirable force d’âme, elle arrivât à la perfection en traversant les états de vie les plus variés, et même qu’elle devînt mère d’une nouvelle famille religieuse ; accordez-nous par ses mérites que, conscients de nos insuffisances, nous nous confiions dans votre grâce, avec l’aide de laquelle nous puissions triompher de tous les obstacles ». Le rédacteur a voulu dire trop de choses et il est arrivé ainsi à nous donner une collecte sans cursus et sans une idée vraiment centrale.

Sur les oblations. — « Que cette Hostie de salut nous enflamme de ces mêmes ardeurs dont brûla le cœur de la bienheureuse Jeanne-Françoise, l’embrasant de l’éternelle charité ». En cela réside une des raisons pour lesquelles Jésus a institué la sainte Eucharistie : Ignem veni mittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur ? [39]

Remarquons que l’idée de feu, appliquée à l’Esprit Saint, revient plusieurs fois dans le Missel, et toujours dans l’oraison sur les oblations. Mais dans les anciennes formules liturgiques on invoquait sur l’autel le feu du Paraclet, pour qu’il consacrât et consumât le sacrifice, comme celui d’Élie. — Sacrificia, Domine, tuis oblata conspectibus, ignis ille divinus absumat [40], — lisons-nous dans la secrète du vendredi de la Pentecôte —, le rédacteur moderne de la collecte de ce jour modifie un peu cette idée, car, semblant oublier qu’il s’agit d’une oratio super oblata, il formule plutôt le texte d’une post-communion et nous fait demander le feu sacré de la charité qui est l’effet et le fruit de la sainte Communion.

Après la Communion. — « Répandez en nous, Seigneur, l’Esprit de votre amour, afin qu’après nous être rassasiés du Pain céleste, nous puissions, par les prières de la bienheureuse Jeanne-Françoise, mépriser les choses caduques et, avec toute l’ardeur de notre cœur, ne nous attacher qu’à vous seul ». A l’école du saint Évêque de Genève, la sainteté devient aimable et ne donne plus cette impression de mélancolie qu’une vertu débutante peut causer à ceux qui en sont témoins.

Madame de Chantal ayant confié la direction de son âme à saint François de Sales, ses domestiques disaient à ce propos : « Au temps des confesseurs précédents, Madame priait pendant plusieurs heures de la journée, et, pour ce, mettait dans l’embarras toute la domesticité. Monseigneur de Genève, au contraire, la fait prier maintenant continuellement et cela n’importune plus personne ».

[39] Luc. 12, 49 : Je suis venu jeter le feu sur la terre, et quel est Mon désir, sinon qu’il s’allume ?

[40] Que les sacrifices offerts en votre présence, Seigneur, soient consumés par ce feu divin.



Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Fortiter et suaviter.

1. Sainte Jeanne de Chantal. — Jour de mort : 15 décembre 1641. Tombeau : dans le couvent des Visitandines d’Annecy. Vie : Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal, fondatrice de l’Ordre de la Visitation, naquit en 1572 d’une illustre famille. Son père la donna en mariage au baron de Chantal ; épouse et mère, elle se dévoua entièrement à la formation morale et religieuse de ses enfants, de ses serviteurs et de ceux qui étaient sous sa dépendance. D’une très grande libéralité envers les pauvres, elle vit plus d’une fois la divine Providence multiplier ses modestes ressources ; aussi fit-elle vœu de ne jamais rien refuser à qui lui demanderait l’aumône au nom de Jésus-Christ. Son mari ayant été tué accidentellement à la chasse, elle supporta chrétiennement son deuil et voulut encore donner au meurtrier une marque publique de pardon en devenant la marraine de son fils. Une pieuse affection l’unissait à saint François de Sales, son directeur, et c’est avec son approbation qu’elle dit adieu à son père et à ses enfants, et fonda l’Ordre de la Visitation. — Messe « Cognovi » du commun des non Vierges.

2. Fortiter et suaviter. — La force et la douceur, l’énergie et la tendresse ; l’union de ces qualités est un des traits essentiels du caractère chrétien. De cette union le Sauveur lui-même donne le plus magnifique exemple : d’une énergie étonnante en certaines circonstances, et cependant toujours plein d’aménité et de bonté. Lorsqu’il s’arme d’un fouet pour chasser les vendeurs du temple, lorsqu’il déclare à saint Pierre, immédiatement après lui avoir promis les clefs du royaume des cieux : « Retire-toi de moi, Satan, tu m’es un scandale », il semble, oserions-nous dire, que nous ne comprenons plus le Sauveur ; mais il montre ailleurs une telle tendresse à l’égard des pécheurs, à l’égard de Marie-Madeleine, de la femme adultère, du bon larron, à l’égard de saint Pierre après son reniement ! Ainsi, devons-nous user de force et de douceur quand et comme il convient. Sachons être énergiques sans rigueur excessive, sans cesser d’être aimables ; et que notre bonté ne dégénère pas en faiblesse et en apathie. S’agit-il de nos principes, le dogme et la morale sont-ils en cause ? Alors soyons fermes et inébranlables ; point de tolérance admissible en pareille circonstance ; mais, dans nos rapports avec les hommes, ayons assez de douceur et de condescendance pour les comprendre, les excuser, ou leur pardonner. Un chrétien doit être ferme et rigide comme un père, compatissant et tendre comme une mère ! Telles sont les qualités que nous admirons aujourd’hui en sainte Jeanne de Chantal.

3. Un trait de la vie de sainte Jeanne de Chantal. — Un des moments les plus pénibles de sa vie fut celui où elle se sépara des siens : « Le 19 mars 1610, jour fixé pour les adieux, les parents et les amis de la sainte se réunirent chez M. Frémiot. L’assemblée était nombreuse. Tout le monde fondait en larmes. Mme de Chantal, seule, conservait un calme apparent ; mais ses yeux nageaient dans l’eau, et témoignaient de la violence qu’elle était obligée d’employer pour se contenir. Elle allait de l’un à l’autre, embrassant ses parents, leur demandant pardon, les conjurant de prier pour elle, essayant de ne pas pleurer, et pleurant plus fort. Quand elle arriva à ses enfants, elle n’y put tenir. Son fils, Celse-Bénigne, se pendit à son cou et essaya par mille caresses de la détourner de son projet. Mme de Chantal, penchée sur lui, le couvrait de baisers et répondait à toutes ses raisons avec une force admirable. Nul cœur, si insensible qu’il fût, n’était capable de retenir ses sanglots en entendant « ce discours filial et maternel si douloureusement amoureux ». Après que les cœurs eurent été épuisés de tendresse, Mme de Chantal, pour mettre fin à une scène qui l’accablait, se dégagea vivement des bras de son fils et voulut passer outre. Ce fut alors que Celse-Bénigne, désespéré de ne pouvoir retenir sa mère, se coucha en travers de la porte en disant : « Eh bien ! Ma mère, si je ne puis vous retenir, du moins vous passerez sur le corps de votre fils ». A ces mots, Mme de Chantal sentit son cœur se briser, et, ne pouvant plus soutenir le poids de sa douleur, elle s’arrêta et laissa couler librement ses larmes. Le bon M. Robert, qui assistait à cette scène déchirante, craignant que Mme de Chantal ne faiblît au moment suprême : « Eh quoi ! Madame, lui dit-il, les pleurs d’un enfant vous pourront ébranler ? – Non ! reprit la sainte en souriant à travers ses larmes ; mais que voulez-vous, je suis mère ! — Et, les yeux au ciel, nouvel Abraham elle passa sur le corps de son fils » [41].

[41] Mgr BOUGAUD. — Histoire de Sainte Chantal. Tome premier, p. 411-413.

SOURCE : http://www.introibo.fr/21-08-Ste-Jeanne-Francoise-Fremiot



St. Jane Frances de Chantal

Born at Dijon, France, 28 January, 1572; died at the Visitation Convent Moulins, 13 December, 1641.
Her father was president of the Parliament of Burgundy, and leader of the royalist party during the League that brought about the triumph of the cause of Henry IV. In 1592 she married Baron de Chantal, and lived in thefeudal castle of Bourbilly. She restored order in the household, which was on the brink of ruin, and brought back prosperity. During her husband's absence at the court, or with the army, when reproached for her extremely sober manner of dressing, her reply was: "The eyes which I must please are a hundred miles from here". She found more than once that God blessed with miracles the care she gave the suffering members of Christ. St. Francis de Sales's eulogy of her characterizes her life at Bourbilly and everywhere else: "In Madame de Chantal I have found the perfect woman, whom Solomon had difficulty in finding in Jerusalem".

Baron de Chantal was accidentally killed by a harquebus while out shooting in 1601. Left a widow at twenty-eight, with four children, the broken-hearted baroness took a vow of chastity. In all her prayers she besoughtGod to send her a guide and God, in a vision, showed her the spiritual director He held in reserve for her. In order to safeguard her children's property, she was obliged to go and live at Monthelon in the home of her father-in-law, who was ruled over by an arrogant and wicked servant. This was real servitude, which she bore patiently and gently for seven years. At last her virtue triumphed over the ill will of the old man and house keeper.

During Lent, 1604, she visited her father at Dijon, where St. Francis de Sales was preaching at the Sainte Chapelle. She recognized in him the mysterious director who had been shown her, and placed herself under his guidance. Then began an admirable correspondence between the two saints. Unfortunately, the greater number of letters are no longer in existence, as she destroyed them after the death of the holy bishop. When she had assured the future security of children, and when she had provided the education of Celse-Bénigne, her fourteen year old son, whom she left to her father and her brother, the Archbishop of Bourges, she started for Annecy, where God was calling her to found the Congregation of the Visitation. She took her two remaining daughters with her, the elder having recently married the Baron of Thorens, a brother of St. Francis de Sales. Celse-Bénigne, impetuous like those of her race, barred his mother's way by lying across the threshold. Mme de Chantal stopped, overcome: "Can the tears of a child shake her resolution?" said a holy and learned priest, the tutor of Celse-Bénigne. "Oh! no", replied the saint, "but after all I am a mother!" And she stepped over the child's body.

The Congregation of the Visitation was canonically established at Annecy on Trinity Sunday, 6 June, 1610. Its aim was to receive, with a view to their spiritual advancement, young girls and even widows who had not the desire or strength to subject themselves to the austere ascetical practices in force in all the religious orders at that time. St. Francis de Sales was especially desirous of seeing the realization of his cherished method of attaining perfection, which consisted in always keeping one's will united to the Divine will, in taking so to speak one's soul, heart, and longings into one's hands and giving them into God's keeping, and in seeking always to do what is pleasing to Him. "I do always the things that please him" (John 8:29). The two holy founders saw their undertaking prosper. At the time of the death of St. Francis de Sales in 1622, the order already counted thirteen houses; there were eighty-six when St. Jane Frances died; and 164 when she was canonized.

The remainder of the saint's life was spent under the protection of the cloister in the practice of the most admirable virtues. If a gentle kindness, vivified and strengthened by a complete spirit of renunciation, predominates in St. Francis de Sales, it is firmness and great vigour which prevails in St. Jane Frances; she did not like to see her daughters giving way to human weakness. Her trials were continuous and borne bravely, and yet she was exceedingly sensitive. Celse-Bénigne was an incorrigible duellist. She prayed so fervently that he was given the grace to die a Christian death on the battle-field, during the campaign against the Isle of Ré (1627). He left a daughter who became the famous Marquise de Sévigné. To family troubles God added interior crosses which, particularly during the last nine years of her life, kept her in agony of soul from which she was not freed until three months before her death.

Her reputation for sanctity was widespread. Queens, princes, and princesses flocked to the reception-room of theVisitation. Wherever she went to establish foundations, the people gave her ovations. "These people", she would say confused, "do not know me; they are mistaken". Her body is venerated with that of St. Francis de Sales in the church of the Visitation at Annecy. She was beatified in 1751, canonized in 1767, and 21 August was appointed as her feast day.

The life of the saint was written in the seventeenth century, with inimitable charm, by her secretary, Mother de Chaugy. Monsignor Bougaud, who died Bishop of Laval, published in 1863 a "Histoire de Sainte Chantal" which had a great and well-deserved success.

The words of the saint comprise instructions on the religious life, various minor works, among which is the admirable "Deposition for the Process of Beatification of St. Francis de Sales", and a great many letters. Thesaint's qualities are seen in her precise and vigorous style, void of imagery but betraying a repressed emotion, and bursting forth spontaneously from the heart, anticipating in its method the beautiful French of the seventeenth century. The book which may be called her masterpiece, "Réponses sur les Régles, Constitutions et Coutumes", a truly practical and complete code of the religious life, is not in circulation.

Pernin, Raphael. "St. Jane Frances de Chantal." The Catholic Encyclopedia. Vol. 8. New York: Robert Appleton Company,1910. 15 Mar. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/08282c.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Joseph P. Thomas. Dedicated to Mary Ann Gregoregyk.

Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1910. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/08282c.htm




St. Jane Frances de Chantal, Widow and Abbess

Her life is written by Dr. Henry de Maupas du Tour, bishop of Puy, in 4to., also in 12mo. by Mrs. Louisa de Rabutin, who was married first to Monsieur de Daletz, and after his death to Monsieur de la Ravière. This work has been often by mistake ascribed to her father, Roger de Rabutin, count of Bussy, famous for several juvenile loose productions of false wit, and more deservedly for his edifying repentance, by which he endeavoured to repair that scandal, and to live sincerely to God, after he had forsaken the court. See also her life compiled by Marsollier, canon of Usez; and the lives of the first mother-superiors, and several other nuns of the Visitation, published in four volumes, in 4to. by sister De Chaugy, at Annecy, 1659.

A.D. 1641

THE FATHER of St. Jane de Chantal was Benignus Fremiot, one of the presidents of the parliament of Burgundy, famous for his loyalty to Henry IV., in opposing the league; also for his great piety, and the modesty with which he refused the dignity of first president, by which he showed himself the more worthy of that honour. By his lady, Margaret de Berbisy, he had three children, Margaret, who was afterwards married to the count of Effran; Jane, who was born at Dijon, on the 23d of January, 1573; and Andrew, who died archbishop of Bourges. The president Fremiot was left a widower by the death of his lady, whilst his children were yet in their infancy; but he took such pious and prudent care of their education that no assistance or instructions were wanting for forming them in the most perfect sentiments and practice of every religious duty, and for introducing them into life with advantage. Jane, who at her confirmation was called Frances, profited by them above the rest, and was most tenderly beloved by her father, who gave her in marriage when she was twenty years of age to the Baron de Chantel, chief of the family of Rabutin, then twenty-seven years old, an officer of distinction in the French army, and highly in favour with King Henry IV. The marriage was solemnized at Dijon, and a few days after she went with her husband to his seat at Bourbilly. She found a family, which, by the absence of the master, had not been much accustomed to regularity, which she made it her first care to establish. She was very attentive to see that all her domestics were every day present at evening prayers; and at mass on Sundays and great holidays in the parish church, on all other days at home. Regular hours were assigned for meals, and every employment and duty was discharged with great order, she being sensible that this is an indispensable part of virtue, to which few things are more fatal than the confusion of a disorderly life or family. During the frequent absence of her husband, who was obliged often to attend the court or the army, she scarcely ever admitted any company, and never stirred abroad, knowing how much this virtue is both the duty and the delight of a good wife, in order to watch over her servants, children, and domestic concerns, and to shun the snares of dissipation, levity, vanity, love of trifling, and much loss of time, which insensibly sap the very foundations of a virtuous life, and strike at the roots of a Christian spirit. Neither did she indulge herself any time in sloth, or ever find any part of her time a burden, as those ladies so often do, who, living in a perpetual round of empty amusements, are sometimes cloyed with insipid pleasures, sometimes wearied with continual noise and hurry, or ruffled by mortifications and affronts, always sick in solitude, restless and impatient in their pursuits, longing for, and condemning every thing in its turn; one hour dissolved in ease or vain joy, another devoured by melancholy; the continual jest of their own foolish pride and caprice, and a prey by fits to every spiritual passion. True virtue is constant, uniform, and always calm, tasting in itself solid joys. A fervent soul which looks upon every moment of time as infinitely precious, embraces and improves it with an eagerness which never flattens, and inspires vigour even under the severest trials of spiritual dryness. This pious lady employed all her leisure hours either at her work or in the daily long exercises of prayer and pious reading which she prescribed to herself. These devotions she at first much abridged when her husband was at home, at which seasons her house was usually full of company. 1 But, afterwards repenting of this loss of time, and always finding the spirit of piety much impaired in her by that dissipation and amusement or play, beyond what necessity might excuse, she resolved, in 1601, no more, upon any such pretence, to curtail her usual exercises; and from that time she so contrived matters as neither to omit any of her devotions, nor to be wanting to any office which charity, courtesy, or other duties of her station in the world required of her. The Baron de Chantal was a nobleman of strict honour, and very religious. Nor was any thing which the world could afford wanting to this pious couple to complete the happiness of the married state. But God, who would reign alone in the heart of our saint, prepared it for himself by the most sensible sacrifice.

The baron, in complaisance to a friend who was come to see him, went out one day a shooting; and, as he had on a coat which resembled the colour of a deer, his friend, mistaking him for one behind the bushes, shot him in the thigh. He survived this accident nine days, during which time he received the holy sacraments in the most edifying sentiments of resignation and piety, and caused his pardon of the person by whom he had been shot to be recorded in the registers of the parish church, strictly forbidding any one to prosecute or bring him into trouble. He expired in the arms of his disconsolate lady, who was left a widow at twenty-eight years of age, with one little son and three daughters; besides which she had buried two children in their infancy. Her grief was not to be expressed; yet she bore it with such a heroic constancy and resignation, that she sometimes said she was surprised to see herself receive so grievous a shock with so great contentedness and equanimity. In her desolate state, offering herself to suffer whatever crosses God should be pleased to lay upon her, she made an entire sacrifice of herself to him with the most perfect resignation, and a vow of perpetual chastity. In the depth of this affliction she found an extraordinary comfort and joy at the thought that she was now at liberty to give herself more perfectly to the divine service; and she repeated to God, Thou hast broken my bonds, and I will sacrifice to thee a victim of praise. 2 The more authentically to testify her perfect forgiveness of him who had been the cause of her husband’s death, she studied constantly to do him every good office in her power, and stood godmother to one of his children. According to the rules laid down by St. Paul, St. Ambrose, and other holy fathers, to sanctify the state of her widowhood, she proposed to herself a new plan of life. A considerable part of the nights she spent in tears and prayers. She redoubled her alms, distributed all her rich clothes among the poor, making a vow not to wear any but what were made of linen; she discharged most of her servants, giving all of them honourable recompenses; fasted much, lived retired, and divided all her time between the instruction and care of her children, her prayers, and her work. Such was her fervour, and so ardent her desire of living perfectly to God alone, that she wished she could hide herself in some desert, to be more removed from all worldly hindrances. She declared in confidence, that had not her four little children been a tie upon her, too fast for her conscience to get clear of, she believed she should have fled to the Holy Land, and there ended the remainder of her days; and it was her earnest and continual prayer, with many tears, that God would free her from whatever could hinder her from loving and serving him, and that he would conduct her to a truly holy spiritual guide, by whom she might be instructed in what manner she might in all things best accomplish his adorable will. She then received in her devotions many heavenly favours. One day, while she was earnestly begging our Lord to bring her to a faithful guide who should conduct her to himself, she saw on a sudden a man of the same stature and features with St. Francis of Sales, in a black cassock with a rochet and cap on, just as he was the first time she saw him afterwards at Dijon. Another time, being in a little wood, her soul was in a rapture, and she desired to get into a church that was near, but all in vain. Here it was given her to understand that divine love must consume all the rust of self-love in her, and that she should meet with a great many troubles both from within and without. Upon recovering herself, she found her heart in wonderful joy in the Lord, insomuch that to suffer for God seemed to her the food of love on earth, as his enjoyment is in heaven.

When the year of her mourning was expired, her virtuous and tender father Fremiot sent for her to his house at Dijon, where she pursued much the same manner of life, except that she sometimes received visits from certain grave ladies who were of an advanced age. A year after this she was obliged, by the affairs of her family, to go with her children to Montelon, one league from Autun, to live with her father-in-law, the old Baron de Chantal, who was then seventy-five years of age. Her patience was there put to a continual severe trial by the perpetual frowardness of the old gentleman, and the imperious carriage of a peevish housekeeper, whose authority was absolute in the family. Jane never let fall the least word of complaint, nor discovered the least sourness in her looks; and her compliance in every thing was cheerful and agreeable. But she gave most of her time to prayer, and on Sundays went to Autun which was three little leagues off, to assist at sermons. It happened in the year 1604 that St. Frances of Sales came to preach the Lent at Dijon, upon which occasion the devout widow made a visit to her father Fremiot, that she might have the opportunity of assisting at the sermons of that celebrated preacher, and eminent servant of God. The first time she saw him she was much taken with his saintly deportment, and was persuaded he was the spiritual director she had long begged of God to send her, to conduct her soul in the most perfect paths of his holy love. Before she spoke, the bishop knew her from a former vision, in which God had manifested to him this future vessel of his grace. St. Francis dined frequently at her father the president Fremiot’s house, and by hearing his familiar discourse, she conceived a great confidence in him, and felt extraordinary sentiments of devotion kindled in her breast. It was her earnest desire that she might be allowed to lay open to him the interior state and dispositions of her soul; but she was hindered by a scruple on account of a vow she had made, by the advice of an indiscreet religious man, her director, not to address herself to any other than to himself for spiritual advice. She, however took great delight in hearing St. Francis’s discourses. One day the good bishop seeing her dressed better than usual, said to her: “Madam, would not your head-dress have been neat without this lace? and your handkerchief been good enough without fringe?” The devout widow hereupon cut the fringe off upon the spot, and the lace at night. The bishop, who knew that nothing is little that is done with a desire perfectly to please God, was much delighted with her ready obedience.

The perplexities about her indiscreet vow, the resolution of which St. Francis referred to others, being at length removed, she made several confessions to him, and a general one of her whole life. At the same time she suffered severe interior trials by desolation of soul, and alarming anxieties about her conduct, under which she received great light and comfort by the wholesome councils of St. Francis. By his advice, she so regulated her devotions and other exercises of virtue, as to conform herself in her exterior to the will of others, and to what she owed to the world whilst she lived in the houses of her father and father-in-law. This conduct charmed every one, and made them say: “Madam prays always, yet is never troublesome to any body.” She rose at five o’clock, always without a fire, and without the attendance of a maid. She made an hour’s meditation; then called up her children, and went with her family to mass. After dinner, she read the holy scripture for half an hour; at evening catechised her children and some others of the village: read again, and said her beads before supper; retired at nine o’clock, said evening prayers with her children and family; after which, she continued a long time in prayer alone. In the employments of the day, and even in company, nothing seemed to interrupt the attention of her soul to God. She mortified her taste in whatever she ate, yet without showing it; she wore a hair-cloth, coarse linen, and very plain clothes; visited the poor who were sick in the neighbourhood, watched whole nights by the bedside of those who were dying, and among other distressed helpless persons, maintained one that was covered with ulcers, which she used to dress with her own hands. The constant sweetness and mildness of her temper showed how perfectly she had already mortified her interior, and subdued her passions. This proved her devotion to be solid, and rendered it amiable to men, as it was perfect before God. St. Francis, whom she visited from time to time at Annecy after his return thither, often admired the entire disengagement of her heart from all earthly things, and the fervour and purity of affection with which she sought in all things the will of God. Every morning she renewed her firm purpose of loving and seeking the holy will of God alone in all her thoughts and actions, desiring always to die to herself and to all creatures, that she might live only to God, and making an oblation of herself to him without reserve. For a token of this total dedication of herself to him, she wrote on her breast near the seat of her heart the holy name of Jesus.

The more her soul strove by self-denial and assiduous prayer to raise itself above the world, and its low concerns, its wings expanded and unfolded themselves, and she discovered new charms, and a greater light in the heavenly truths of religion, which then seemed to have been folded and shut up before. The better to apply herself to these great means of improving her heart in the divine love, she began to entertain thoughts of renouncing the world. When she had disclosed this inclination to St. Francis, he took some time to recommend the matter to God, and at length proposed to her divers religious Orders. Her answer only was, that she desired to embrace whatever state he judged most conducive to the divine honour. He then mentioned his project of forming a new establishment of a congregation of the Visitation of the Virgin Mary. The pious widow embraced the proposal with extreme joy; but the excessive grief of her aged father and father-in-law, the tender age of her children, and the situation of the affairs of her family, raised great obstacles to her design, and gave her much to suffer. No one who lies under any obligations of justice to others, can, without first discharging them, lawfully embrace any state incompatible with them. Such circumstances point out what it is that God requires of a soul, and in what state or means her perfection is to be sought. Some pretended the obligation which Madame de Chantal owed to her children could not be complied with, unless she remained with them in the world. St. Francis evinced, on the contrary, that in a cloister she would be able to watch over their education with no less vigilance, and perhaps, even with greater advantage to them, than by continuing always with them; and this, which it was her indispensable duty to provide for, she engaged herself still to do. After many violent struggles, this consideration of prudence being settled, her aged father and father-in-law gave their consent; but this they did with such floods of tears as would have shook a constancy less heroic than hers. This conflict was a great sacrifice especially in one of so dutiful and tender a soul; but the love of God, which was her only view in this action, triumphed over the sentiments of nature; and the same motive obliged her friends themselves at length to approve her resolution, though it cost them so dear.

Before she left the world she married her eldest daughter to St. Francis’s eldest nephew, the young Baron de Thorens, which match was esteemed by all her friends very honourable and advantageous. Her two younger daughters she determined to take with her; and the one died in a short time in her arms; the other she afterwards married to the Count de Toulonjon, a nobleman of great virtue, prudence, and honour. Her son, the Baron de Chantal, was only fifteen years old, and him she left under the care of her father, and of excellent tutors, and showed that his affairs required no longer her presence, except to superintend his education, which she engaged to do, and promised for that purpose still to visit him, which St. Francis likewise engaged that she should do. Her reasons had perfectly satisfied her father, father-in-law, and uncle the archbishop, who had long opposed her resolution; nevertheless, though they agreed that her design was a call of heaven, and neither against the rules of prudence nor any other duty, yet the tenderness which nature inspired, raised a fresh storm when the time of her parting came. Taking leave of her father-in-law, the old Baron de Chantal, at Montelon, she fell on her knees, begged his pardon if she had ever displeased him in anything, desired his blessing, and recommended her son to him. The old gentleman, who was in his eighty-sixth year, appeared inconsolable, and tenderly embracing her, wished her all happiness. The inhabitants of Montelon, especially the poor, who thought that in her they lost their all, expressed their grief by tears and loud lamentations. She made them all a short exhortation, and recommended herself to their prayers. Thus she took leave of them, and being accompanied by the Baron of Thorens, his lady, her second daughter, and her son, and others, dined at Autun; but called on the way to engage a good religious man to omit nothing in helping her father-in-law to save his soul; and he kept his word. At Dijon she bade adieu to all her neighbours; then casting herself at the feet of her aged father, she besought him to bless her, and to take care of her son, whom she left with him. The president, feeling his heart oppressed with unutterable grief, and bathed in tears, said: “O my God! it is not for me to oppose your designs. It will cost me my life. To you, O Lord, I offer this dear child; receive her, and be you my comfort.” He then gave her his blessing, and lifted her up. Young Chantal, her son, ran to her, clasped her about the neck, and by the most endearing expressions, endeavoured to prevail with her to alter her resolution. When he was not able to gain his point, he threw himself across the door. The holy widow stepped over his body, but returned again, shedding some tears. With a serene countenance she again took leave, checking the emotions of nature by reflecting that her resolution having been judged, after the most mature deliberation and advice, to be the call of heaven, it was her duty to follow it, and a happiness and pleasure to make to God an entire sacrifice of all that was most dear. Her journey to Annecy was prosperous; but she conducted the Baron de Thorens and his lady to their seat, saw them settled, then returning to Annecy, laid the foundation of her new institute at Annecy on Trinity Sunday, 1610, the holy bishop having provided there a convent for that purpose. Two other devout women took the habit with her, and were joined soon after by ten others.

The Cardinal of Marquemont, archbishop of Lyons, having persuaded St. Francis to change the plan of this congregation so far as to make it a religious Order, that it might be rendered of a more lasting continuance, the pious widow and her companions made their solemn vows in his hands. The holy founder would have the two sister virtues of humility and meekness to be the basis of this rule. “In the practice of virtues,” said he to our saint and her religious sisters, “let humility be the source of all the rest; let it be without bounds; make it the reigning principle of all your actions. Let an unalterable meekness and sweetness in all events become by habits natural to you.” He gave them excellent instructions on the great duty of prayer, that heavenly exercise being the chief fruit and end of religious retirement. Speaking of the adorable sacrifice of the altar, he said to St. Jane, “The mass is the sun of spiritual exercises, the heart of devotion, the centre of our divine religion. Unite your heart in it with the church triumphant and militant, which joins itself here in one body with Christ, its sacred head, through him to drawn down by a holy violence the mercy of the Father upon us.” He inculcated to his spiritual children the necessity of mortifying the senses; for the flesh having been partner in the sin of our first parents, and continuing to be so in the revolt against the spirit, it is to be chastised, subdued, and crucified; and the senses being the avenues of the soul, are the instruments by which the passions are inflamed, and these never can be governed, unless those inlets be strictly guarded and curbed. Hence the obligation of exterior mortification is so strongly inculcated in the law of the gospel; neither can any one hope to obtain the mastery of his interior, and to possess or govern his soul without this extrinsic succour. Yet St. Francis did not enjoin by this rule any great austerities, that it might be accommodated to the weakest constitutions, and might be less liable to the danger of pernicious relaxations creeping in under the cloak of frequent dispensations. But then he pointed out a constant crucifixion of the senses by little denials; for he had observed the dangerous mistake of some, who, professing austere rules, are so far strangers to the spirit of their institute, and of their holy founders, as to flatter themselves the extraordinary rigours they practise are to be compensated by other indulgences. Whilst under this pretence they allow themselves many liberties, they in a great measure forfeit the advantages of their other mortifications, and the senses, by being sometimes indulged with excess and delicacy, remain headstrong and untamed. Some degrees of relaxation on certain occasions are reasonable and necessary in all states; but a loose is never to be given to the senses in eating and drinking, or in any other point. If the rule prescribed by St. Francis was in this respect milder than many others, and seemed more easy in practice, he, on the other side, allowed no mitigation in the essential interior mortification of the will and the passions. Many have the courage to renounce exterior things, as St. Gregory observes; but very few can find in their hearts truly to die to themselves. For want of this, many who are virtuous and devout in appearance, will be found to have heaped up nothing but false virtues, and often in their very fasts and prayers to have offered sacrifices which were abominable in the sight of God, because infected with the stinking poison of self-love; nor is it enough to banish self-will in greater vices so long as it is suffered still to fortify itself in smaller inordinate attachments. The least of these is a tie which fastens the soul to the earth, and an obstacle to the reign of the pure love of God in her. This lesson St. Francis strongly inculcates to his spiritual daughters. “We must die,” said he, 3 “that God may live in us. It is impossible to procure the union of our souls with God by any other means. These words seem hard; but they are followed with others of incomparable sweetness, that by this death we are united to God.” He taught them, that the principal means by which we are thus to die to ourselves, are perfect obedience to superiors, and entire resignation to the divine will, so as never to ask, never to refuse anything in diet, or such temporal things; never to be disturbed or uneasy in any concerns. “You ask,” said he again, 4 “what I desire should remain most deeply engraven on your mind. Ah! what shall I say to you, my most dear daughters, but these two words: Desire nothing, refuse nothing. For this document compriseth the perfect doctrine of indifferency of the will. Behold, the little Jesus in the crib refuseth nothing, cold, poverty, nakedness, the company of beasts, all the injuries of the season, and whatever his Father permitted. Neither did he refuse those little comforts which his mother offered him. Even so we ought to receive equally all that Providence shall permit to befal us,” &c.

By these excellent maxims did our saint regulate her conduct, and she never ceased to inculcate the same, both by word and example, to her religious sisters. She taught them by humility to love and receive well reprimands and correction; for our souls are spiritually sick, and must rejoice to be pared and cut, to receive their polish, suffering cheerfully the fire and the lancet of humiliations and mortification. The greatest mark of true humility and perfect virtue is, if a soul loves to be humbled and corrected. St. Jane exhorted her nuns to complete in themselves, by a devout spirit of prayer, the work which they began by humility, obedience, and self-denial. She instructed them to repeat acts of divine love, a hundred and a hundred times a-day, by ejaculatory aspirations, by them darting their affections towards God, and continually offering to him their hearts and all their actions. Being scrupulously exact in the least circumstances relating to the divine service, she taught all under her care the same spirit of religion. Once hearing a noise made in a chamber under the chapel whilst the blessed sacrament was exposed, to repair that fault, of irreverence, or inadvertence, she at dinner asked pardon of God for her sisters, kissed their feet, and dined on the floor, which is an ordinary humiliation and penance in many religious communities. When some of the sisters did not rise instantly at the toll of the bell for the divine office, she gave a public reprimand with many tears, saying: “If we reflect that it is the voice of God which calls us to pay him our homage, we should not loiter one moment.” But a detail of her admirable lessons, and the edifying instances of her charity, meekness, and all virtues, would be too long for this place, but may be read in her life written by the Bishop of Puy, and again by Marsollier. Soon after she had made her religious profession, she desired to make a vow of doing in every action what she thought most perfect or most pleasing to God; which she did with the approbation of St. Francis, who said he knew the constant fervour and perfection of her soul in labouring always to accomplish such a vow, which never can be allowed, except to persons in whom the most perfect habits of fervour have taken the deepest root. 5 This saint was afflicted with frequent painful sicknesses, and suffered for some time many grievous interior trials from a scrupulous fear of offending God. But it appears from the state of her interior, as she laid it open to her holy director, that she frequently received extraordinary consolations and favours from God. Her sickness seemed to her physicians sometimes to proceed from the ardour of the divine love with which she was consumed. In one of her letters to St. Francis, she said: “The whole world would die of love for so amiable a God, if I could make it feel the sweetness which a soul tastes in loving him.”

The affairs of her children, after the death of her father, and the foundation of many new convents at Lyons, Grenoble, Bourges, Dijon, Moulins, Nevers, Orleans, and Paris, obliged her often to leave Annecy. The very same year that she took the habit, upon the death of her pious father, she went to Dijon, and staid there some months to settle her affairs, and place her son in the academy. She afterwards procured his marriage with Miss Mary de Coulange, a beautiful, virtuous, and rich young lady. At Paris she met with a violent persecution; but God strengthened and comforted her under it; and by the example of her astonishing meekness and patience, rendered her the admiration of those who had been her most bitter adversaries. She governed her convent at Paris for three years, from 1619 to 1622. In the following year, the death of St. Francis was a grievous affliction to her, which, nevertheless, her perfect resignation to the divine will made her to bear with unshaken constancy. It was her happiness to bury his body with great honour in the church of her convent at Annecy. Her son having prepared himself for battle, by devoutly receiving the sacraments, was killed fighting against the Huguenots, in the isle of Rhé, in 1627, and in the thirty-first year of his age, leaving a new married lady, with a daughter not a year old, who was the celebrated Madame de Sevigné. 6 St. Jane received this afflicting news, which drew tears from strangers, with such an heroic fortitude and entire submission to the divine appointments, as astonished those who were with her. Upon any sudden affliction she used to offer her heart to God, saying: “Destroy, cut, burn, whatever opposes your holy will.” Her daughter-in-law de Chantel was snatched away in 1631, leaving her only daughter five years old. The very next day after she had received this melancholy news, she heard that of the death of her son-in-law, the Count Toulonjon, whom she most tenderly loved, and who died at Pignerol, of which he was governor. Our saint neglected nothing to comfort the young widow her daughter. Exterior trials, how severe soever, were light in comparison of the interior anguish, darkness, and spiritual dryness which she sometimes experienced for a considerable time, as appears from several of her letters, quoted by the bishop of Puy. Good God! how adorable are the designs of your providence! You suffer those souls which are most dear to you seemingly to lose themselves in labyrinths, to wander in mists and darkness, amidst various disturbances of mind. Yet these are certain and direct paths to happiness; and with infinite wisdom do you make them lead to yourself, the source and centre of all light. So sweetly, through your mercy, do all things work together to the good of your elect. This saint was in return often favoured with extraordinary consolations.

By all her trials, and by her constant love and practice of the most heroic humility, patience, meekness, charity, and obedience, she laboured assiduously to overcome herself, and to gain and maintain an absolute ascendant of the superior part of her soul over the inferior. She never ceased inculcating to her religious sisters the necessity of continually renouncing and dying to ourselves, out of a great desire of pleasing God; for by this is the servant of God styled the strong woman, because she courageously and earnestly puts her hand to the most difficult task of conquering and subduing herself. “Our Saviour,” said the saint to her nuns, “has annexed the prize of his love and of eternal glory to the victory we gain over ourselves. Your intention in coming to the visitation is to disunite yourselves from yourselves, in order to be united to God. It is a little field, where, unless one die to oneself, there will be no reaping of fruits. You can only upon this condition be spouses of Jesus Christ, that by crucifying your judgment, your will, and your inclinations, you may become like to him. This spouse of your hearts makes you climb up, and draws you after him to the top of Mount Calvary, where, crowned with thorns, he suffers himself to be stripped, nailed, despised, and afflicted with a thousand and a thousand unspeakable sharp torments. It is your part to continue there with him, endeavouring to imitate him by an entire conformity in two points. The first is, to get clear of yourselves, and with constancy aspire to perfection. We come from the world rough, unpolished, and full of evil inclinations, which we must labour to cut away. Unless we strike off these irregularities, we can never square with him, who is perfect and holy. The second point is, to suffer your hearts to be mortified, pared, and bent as is thought expedient, by obedience, and an entire resignation of yourselves into the hands of those who direct you, with perfect simplicity. Let them or the hand of God strike where you feel it most. If you resist, you cannot become the spouses of Christ crucified, nor attain to perfection. On the contrary, if in good earnest you abandon and renounce yourselves, you will find an incomparable sweetness in God’s service, and it will be your delight to trample on self-love for the advancing of the kingdom of grace. It is the reward God promised to the conqueror. “I will give them a hidden manna,” says he; which upon the first tasting it, will give them a loathing of all the delights which the whole earth affords. But take notice, that you must conquer before you can taste this manna; for it is not afforded to the cowardly, but reserved for souls of valour, courage, and resolution, that are absolutely determined to sacrifice all, without reserving any thing for themselves; they who leave nothing alive, but kill every evil inclination, will have a title to all. But this violence ought to be sweet and gentle, though firm and constant. O my children, kill boldly and courageously your enemy. By its death you will gain peace and life. I know one who has made an unspeakable progress by this method of overcoming himself in every respect; he is advanced in his way in a little time much further than many others less resolved in the business of self-denial.” On another occasion, our saint bitterly deplored the blindness and misery of many souls who practise exercises of devotion; but being of an unmortified and self-conceited temper, reap little benefit, but rather fall more easily into pride, and imagine they are in a state to which they are utterly strangers. Being once consulted by letter about a religious person who seemed to live in great virtue, and to receive extraordinary graces, she wrote back: “You have sent me the leaves of the tree; send me likewise some of its fruit, that I may judge of it; for I matter not the leaves. Now the fruits of a good heart which God waters and nourishes with his grace, are a total forgetfulness of itself, a great love of humiliations, and an universal joy and satisfaction in every body’s good.”

Thus did our excellent directress of souls in the paths of virtue study first to draw them from themselves, and to vanquish in them all inordinate attachments and evil inclinations, in order to carry them towards God; to whom souls which are perfectly disentangled from earthly things, are wonderfully united by divine love, and its main source and vital action, a spirit of prayer. As to the manner of holy meditation or prayer, she advised that persons be instructed how to excite pious affections, and form good resolutions in that exercise; but would have them allowed to follow these affections according to their own devotion, and the motions of the Holy Ghost. She exhorted strenuously to perseverance, and if distractions molest us, to make a prayer of patience, humbly and lovingly begging God to be our support, and to inspire us with a desire of loving and praising him, and the like. To pray always is a lesson she often repeated to her religious, saying, that the heart ought to be praying and loving while we are at our recreation, work, speaking, or resting; which is the meaning of the spouse, when she says: “I sleep, but my heart watcheth.” In a time of spiritual dryness, when she found her heart dull in its inward operations, she wrote a prayer made up of various acts of love, praise, thanksgiving, compunction, and supplications for herself, friends, enemies, sinners, the dead, and whatever she desired to ask of God; and this paper she carried day and night at her neck, having made this amorous compact with our Lord, that as often as she pressed it on her heart, it should express her intention of repeating all these acts with the utmost fervour of which she was capable. Of the same nature is a desire by repeating Amen, to assent to, and join in all the acts of love and praise, which the heavenly spirits and all God’s servants on earth offer without intermission, and in the supplications of the latter. A pestilence raged violently two years at Annecy. The duke and duchess of Savoy endeavoured several ways to engage our saint to provide for her safety by flight. But she could not be induced to abandon her dear flock; and by her exhortations, alms, and prayers, exceedingly alleviated the public calamity in that city. Her whole community was by a singular providence preserved from the contagion. In 1638 the duchess royal of Savoy called her to Turin, to found there the convent of her Order. She was soon after invited to Paris by the queen of France, and to her extreme mortification, was treated there with the greatest distinction and honour imaginable. In her return she fell ill of a fever, with a peripneumony or inflammation of the lungs, by which she was detained on the road in her convent at Moulins. There it was that, having received the last sacraments, and given her last instructions to her nuns, she, with wonderful tranquillity, died the death of the saints on the 13th of December, 1641, being sixty-nine years old. Her mortal remains were conveyed with great honour to Annecy. Among several visions of her glory, St. Vincent of Paul, who had been her confessor at Paris, was favoured with one, about which he consulted the bishop of Paris, a judicious monk, and some other learned men. Though he carefully concealed the divine gifts and favours, yet for the glory of this great servant of God, he left an authentic verbal process of this vision, but as of a third person. In it he says he had never been favoured with any vision relating to the glory of any other saint, and that he had always the highest opinion of the sanctity of this pious lady. He tells us, that upon the news of her sickness he was praying for her with great earnestness, when he saw a little shining ball, as it were, of fire rising from the earth, and meeting in the air another larger ball of fire; both which mounted up to the heavens, and buried themselves in an immense bright fire, which, as an interior voice told him in a very distinct manner, represented the divine essence, and the other two balls the souls of blessed Jane Frances Chantal, and St. Francis of Sales. Soon after he heard of her death, and was struck with a sudden apprehension lest she might have committed some venial sin in some of the words she had spoken to him, though he always regarded her as a person accomplished in all virtues, and one of the most holy souls he ever knew. In this fear he prayed for her with greater fervour than before, and he was that instant favoured with the same vision a second time. From that moment he was fully persuaded to the certainty of her glory. 7 Several miracles are related by the bishop of Puy to have been performed by her, some whilst she was living, others through her intercession, and by her relics after her death. Among others, he mentions a young nun at Nemers, in the county of Maine, who had been struck with a palsy, and confined to her bed seven weeks in the most deplorable and helpless condition; but was on a sudden perfectly restored to her health, and the use of her limbs, by invoking this servant of God, who was then lately deceased. Whilst the community was singing the Te Deum for this miracle, another nun, who was grievously afflicted with sickness, and whose legs were swelled to an enormous size, begged the like favour through the intercession of this saint, and found herself no less suddenly sound and well, so that the choir sung a second Te Deum in thanksgiving immediately after the first. Several other miracles were proved before commissaries, and declared authentic in the process of her beatification, which was performed, and the decree published, by Pope Benedict XIV. in 1751, who commanded her name to be inserted in the Roman Martyrology. Clement XIV. by a decree, 2nd September, 1769, fixed her feast on the 21st of August.

The favourite maxims which this saint inculcated to her spiritual children regarded humility, meekness, and charity. “Humility,” said she, 8 “consists in this, that when others humble us, we humble ourselves still more; when others accuse us, we add to their accusations; when we are employed in mean offices, we sincerely own it is more than we deserve; when we are cast by, we are well content. A religious person cannot give a more evident mark of pride and incapacity, than to think herself capable of anything. Did we but know how strangely those souls affront the Spirit of God who raise themselves, or make ostentation by vanity, we should be ready to pray that fire might fall from heaven upon us, rather than to be guilty of this vice. I wish I could engrave this maxim with my blood. I could wish my lips were bored with a hot iron, on condition that the mouths of the religious might be always shut against the least word that breaks in upon humility.” The saint will have mildness to be so perfect by our assiduity in practising it with the most heroic dispositions, that it becomes, as it were, the natural and constant frame of our souls, which no provocation must ever disturb. Our saint had a wonderful address in tempering corrections and reproofs with such tenderness and charity, as to give no one uneasiness; also in concealing and bearing all personal injuries, and in repaying slanders, curses, and affronts with blessings and favours. Her exhortations to her sisters to bear with one another’s burdens, and to suffer nothing ever to cool the sweetness of their charity towards every one, were most pathetic and earnest; and she often put them in mind in what school we are educated. “With whom,” said she, “did Jesus Christ converse? With a traitor, who sold him at a cheap rate; with a thief, who reviled him in his last moments; with sinners and proud Pharisees. Ah! shall we, at every shadow of an affront or contradiction, show how little charity and patience we have!” She was ever inculcating how enormous the sin of speaking against one’s neighbour is; especially where there is the least shadow of envy or spite: and she often repeated, that whoever were guilty of it, deserved to have their tongues cut out; wishing, that by the loss of her own she could prevent this foul sin ever happening among her religious sisters.

Note 1. To make a round of amusements or idle visits the business of life, is to degrade the dignity of a rational being, and to sink beneath the very brutes. Anciently not only amongst the Hebrews, who enjoyed the light of faith and religion, but also amongst the Gentiles, queens and empresses are always found in Homer and other writers at their looms or distaffs, or busy in their domestic concerns, never idle, or at play. Augustus Cæsar wore no other clothes than such as his wife and daughter had spun or made with their own hands. Nature stands in need of relaxation for the exercise of the body and unbending of the mind; but this may be so contrived as to be useful and serious. At least it ought never to swallow up too much of our precious time. It is not to be expressed how much any passion for trifling amusements unsettles, enervates, and debases the mind, and unhinges the whole frame of the soul; how strong an aversion to business, and how torpid a sloth it generates; also what loathings, and how much emptiness, fickleness, and bitterness, everywhere attend and pursue it. When through a degeneracy of soul many shrunk first from a serious turn of mind, they chose diversions which were martial and laborious. To the dregs of corruption in manners was reserved the invention of slothful games and amusements. Cards, the modish diversion of this age, were first discovered at the French court in the fourteenth century. F. Daniel (Diss. sur l’Origine du Jeu de Piquet, trouvée dans l’Histoire de France, published in the Mémoires de Trevoux, an. 1720) thinks in the reigns of Charles VI. and VII. For the names and numbers of the cards admirably agree, by elegant allusions, to the persons and transactions of that time. Mr. Bullet, professor at Besançon, to whom the Mémoires sur la Langue Celtique have acquired an immortal reputation, published, in 1757, a pamphlet entitled, Recherches Historiques sur les Cartes à Jouer, avec des Notes Critiques, wherein he corrects several mistakes of FF. Menestrier and Daniel on this subject, and demonstrates that cards were invented four or five years before the death of Charles V., and that they consist of military allusions. Even the queens have a relation to the combats of chivalry, in which the ladies had a great share. This game was soon after introduced in England, as appears from the word knave, for valet or servant; which it then signified with us, as appears from Wickliff’s New Testament, kept in Westminster library, &c., where we read, Paul, the knave of Jesus Christ. Games at cards, in which chance is chiefly predominant, fall under the censure of games of hazard, which the laws of religion and natural justice capitally condemn. Those games at cards in which dexterity and skill prevail, can only be tolerated or allowed when the play is not deep, and there is no danger either of losing much time at it, or of contracting an attachment to it. [back]

Note 2. Ps. cxv. [back]

Note 3. Entert. 20. [back]

Note 4. Ibid. 21. [back]

Note 5. See Collet de Voto, S. Teresa, and S. Andrew Avellini’s lives. [back]

Note 6. This daughter, Mary of Rabutin, heiress to her family, was afterwards married to Henry, marquis of Sevigné, and has left to the latest posterity an authentic monument of her lively and agreeable genius, good taste, and judgment in the easy, genteel, and spirited style of her letters, full of wit and dignity, and an unrivalled model of a familiar epistolary style, especially in her letters to her beloved daughter, the Countess of Grignan. The letters which she did not write with her own hand, but only dictated, are in every respect much inferior to the former; and those who added the latter volumes to the two first, have, by serving the booksellers, injured the world and her memory, and passed a gross imposition on the public. The best edition of her letters, is that put out by Perrin in 1734. [back]

Note 7. Collet, Vie de S. Vincent, t. 1, l. 4, p. 342. [back]

Note 8. See her maxims in her life by Maupas and Marsollier. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume VIII: August. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/8/212.html



Santa Giovanna Francesca de Chantal Religiosa


- Memoria Facoltativa

Digione, Francia, 1572 - Moulins, Francia, 13 dicembre 1641

La vita di Giovanna Frémiot è legata indissolubilmente alla figura di Francesco di Sales, suo direttore e guida spirituale, e di cui fu seguace e al tempo stesso ispiratrice e collaboratrice. Nata a Digione nel 1572, a vent'anni sposò il barone de Chantal, da cui ebbe numerosi figli. Rimasta vedova, avvertì sempre di più il desiderio di ritirarsi dal mondo e di consacrarsi a Dio. Sotto la guida di Francesco di Sales, diede vita a una nuova fondazione intitolata alla Visitazione e destinata all'assistenza dei malati. L'Istituto si diffuse rapidamente nella Savoia e nella Francia. Ben presto seguirono Giovanna, diventata suor Francesca, numerose ragazze, le Visitandine, come erano chiamate e universalmente note le suore dell'Isituto. Prima della sua morte, avvenuta a Moulins il 13 dicembre del 1641, le case della Visitazione erano 75, quasi tutte fondate da lei. (Avvenire)

Etimologia: Giovanna = il Signore è benefico, dono del Signore, dall'ebraico

Martirologio Romano: Santa Giovanna Francesca Frémiot de Chantal, religiosa: dal suo matrimonio cristiano ebbe sei figli, che educò alla pietà; rimasta vedova, percorse alacremente sotto la guida di san Francesco di Sales la via della perfezione, dedicandosi alle opere di carità soprattutto verso i poveri e i malati; diede inizio all’Ordine della Visitazione di Santa Maria, che diresse pure con saggezza. Il suo transito avvenuto a Moulins sulle rive dell’Allier vicino a Nevers in Francia ricorre il 13 dicembre.

(13 dicembre: Nel monastero della Visitazione a Moulins in Francia, anniversario della morte di santa Giovanna Francesca Frémiot de Chantal, la cui memoria si celebra il 12 agosto).

Nella storia della Chiesa troviamo alcuni casi in cui uomo e donna hanno agito insieme nel cammino della santità, ricordiamo così Francesco e Chiara, Elzeario di Sabran e Delfina di Glandève, Teresa d’Avila e Giovanni della Croce, Benedetto e Scolastica, Luigi e Zelia Martin (genitori di santa Teresina di Lisieux), Giulia e Carlo Tancredi di Barolo, i coniugi Beltrame. Altra “coppia” sorprendente fu quella composta da san Francesco di Sales e Giovanna Francesca Frémyot de Chantal. Fu infatti grazie all’incontro con il vescovo di Ginevra che Giovanna definì il suo percorso di santità.

I francesi la chiamano sainte Chantal e la venerano ad Annecy, dove riposa accanto a san Francesco di Sales.

Nasce a Digione il 23 gennaio 1572 in una famiglia dell’alta nobiltà borgognona. Suo padre è Benigno Frémyot, secondo presidente del Parlamento. Rimasta ben presto orfana di madre, crescerà sotto l’educazione e la morale paterne.

Il 29 dicembre 1592 Giovanna sposa Cristoforo II, barone di Chantal. Il loro è un matrimonio felice. Viene da subito chiamata «la dama perfetta» per quel suo prodigarsi nella tenuta di Bourbilly e per le attenzioni e premure che riserva al consorte. Da questa unione perfetta nascono sei figli: i primi due muoiono alla nascita, poi arrivano Celso Benigno, Maria Amata, Francesca e Carlotta.

Dolce, serena, affabile, Giovanna è amata dai suoi familiari, come dalla servitù. Quando Cristoforo si assenta dal castello per adempiere  ai suoi impegni di corte, Giovanna lascia gli abiti eleganti e si dedica ai poveri, ai quali non offre solo denaro, ma la propria persona, servendoli. La sua carità si fa immensa durante la carestia che colpisce la Borgogna nell’inverno 1600-1601. È qui che la baronessa, senza ascoltare i borbottii di molti e incoraggiata dal consorte, trasforma il maniero in un vero e proprio ospedale per ospitare madri e bambini in difficoltà e si occupa della costruzione di un nuovo forno per poter distribuire il pane a tutti coloro che bussano alla sua porta. Un giorno le viene detto che nel granaio non è rimasto che un solo sacco di segala… e lei, senza esitazioni, ordina di proseguire la distribuzione del pane, come prima… la segala finirà al nuovo raccolto.

Ma ecco giungere la prima grande prova, la morte di Cristoforo, ucciso da un colpo di archibugio durante una battuta di caccia.

Resta vedova a soli 29 anni, vedova e madre di quattro creature di cui la prima ha solo cinque anni e l’ultima pochi giorni. Matura, in questo tempo di lutto e di dolore, il desiderio di consacrarsi a Cristo, ma i doveri familiari non le permettono una scelta di vita così drastica. In attesa di conoscere la volontà di Dio, Giovanna si dedica totalmente ai figli, all’amministrazione della  casa e alla preghiera.

Il suocero, barone di Chantal, la informa che deve subito trasferirsi da lui, a Monthélon se desidera che i figli prendano parte all’eredità e lei accetta, pur sapendo che nella residenza dell’anziano barone comanda una «servapadrona». Per lungo tempo dovrà sopportare le angherie di quest’ultima.

Il suo nome inizia a rendersi noto per la sua carità. Non è più chiamata «dama perfetta», ma la «nostra buona signora».

Un’altra difficile prova deve ora affrontare: la sua guida spirituale non comprende la sua persona, non sa leggere la sua anima. Un giorno suo padre  la invita a  Digione, questa volta per ascoltare il quaresimale del vescovo di Ginevra, Francesco di Sales, la cui fama si diffonde sempre più in Savoia e in tutta la Francia. Il primo incontro fra Giovanna e il vescovo avviene il 5 marzo del 1604. Da allora si instaura un camino di unione fraterna e spirituale straordinario. La direzione spirituale di Francesco di Sales si realizza soprattutto attraverso l’epistolario, dove l’umano è «divinizzato» e il divino «umanizzato».

In una lettera inviata al vescovo ginevrino Giovanna scrive: «… tutto quello che di creato c’è quaggiù non è niente per me se paragonato al mio carissimo Padre… Un giorno mi comandaste di distaccarmi e di spogliarmi di tutto. Oh Dio, quanto è facile lasciare quello che è attorno a noi, ma lasciare la propria pelle, la propria carne, le proprie ossa e penetrare nell’intimo delle midolla, che è, mi sembra, quello che abbiamo fatto è una cosa grande, difficile e impossibile se non alla grazia di Dio».

Nel 1610 firma di fronte al notaio un atto con il quale si spoglia di tutti i beni in favore dei figli. Lascia dunque la famiglia e  parte per Annecy e il 6 giugno, insieme a due compagne, Giacomina Favre e Giovanna Carlotta de Bréchard entra nella piccola ed umile «casa della Galleria», culla dell’Ordine della Visitazione.

Rimarrà sempre “madre”, continuando ad amare profondamente e teneramente i suoi figli. Nuove morti, nuovi lutti… tanto che soltanto la figlia Francesca le sopravviverà tra figli, fratelli, generi e nuora. Perciò Dio diventa per lei l’unica ricerca, l’unico fine della sua attuale vita. Alla scomparsa di Francesco di Sales (28 dicembre 1622), Giovanna si trova sola alla guida della nuova famiglia religiosa della Visitazione. Si fa pellegrina sulle strade di Francia, fondando ben 87 case visitandine. Consumata «nell’amore di opera e nell’opera di amore», come usava dire, si spegne il 13 dicembre 1641 nel monastero di Moulins.

Le «Lettere di amicizia e direzione» (tradotte per la prima volta in italiano, a cura dei monasteri della Visitazione d’Italia) sono la testimonianza più viva della grande spiritualità di Madre Chantal ed è la prova che fosse persona troppo intelligente e “libera” per ridursi ad un’ombra anonima di san Francesco di Sales.

Autore:
Cristina Siccardi