mercredi 29 août 2012

DECOLLLATION de Saint JEAN-BAPTISTE



Décollation de saint Jean-Baptiste

Saint Jean-Baptiste, inspiré par l'Esprit de Dieu, se retira au désert pour mieux conserver son innocence et cultiver les dons extraordinaires dont il avait été favorisé. Il y vécut, depuis son enfance jusqu'à trente ans, dans la pénitence, la prière et la contemplation. Sa trentième année, il parut dans le monde pour y prêcher la pénitence et donner le baptême, qui en était le signe, d'où lui est venu le nom de Baptiste ou Baptiseur.

Déjà le Sauveur Lui-même avait reçu le baptême des mains de Jean-Baptiste, et celui-ci avait rendu à l'Agneau de Dieu les plus glorieux témoignages. La vie du Saint Précurseur touchait à son terme; il ne lui restait plus qu'à sceller de son sang la divinité de sa mission. Hérode, gouverneur de la Galilée, menait une vie irrégulière avec Hérodiade, sa belle-soeur; saint Jean, à différentes reprises, blâma avec force un pareil scandale; aussi Hérodiade cherchait-elle l'occasion de se venger.

Depuis trois mois déjà, le courageux défenseur de la vertu était en prison; mais cette vengeance ne suffisait pas à une femme voluptueuse et cruelle. Un jour qu'Hérode, pour célébrer l'anniversaire de sa naissance, donnait un festin à tous les grands de sa cour, Salomé, fille d'Hérodiade, dansa devant le prince avec tant de grâce, qu'Hérode s'engagea par serment à lui donner tout ce qu'elle demanderait, fût-ce la moitié de son royaume. La jeune fille sortit et courut raconter à sa mère la promesse dont elle venait d'être l'objet: "Que dois-je demander? dit-elle à Hérodiade. – Demande la tête de Jean-Baptiste," répond la haineuse femme. Salomé vint aussitôt annoncer à Hérode le choix qu'elle avait fait. Hérode était plus corrompu que cruel; il regretta sa promesse, il fut attristé de la demande; mais il mit un fatal point d'honneur à ne pas manquer à sa parole devant toute l'assistance, et il envoya un garde trancher la tête de Jean-Baptiste; celui-ci vint présenter à la princesse, dans un bassin, la tête du martyr, qu'elle alla aussitôt montrer à sa mère. Quand cette nouvelle fut annoncée à Jésus, qui la connaissait déjà par Sa science divine, Il manifesta une profonde douleur.

Le crime ne resta pas impuni, car Hérode, vaincu par ses ennemis, perdit sa couronne et périt misérablement. La fin d'Hérodiade et de sa fille ne fut pas plus heureuse. Il est à remarquer que la plupart de ceux qui ont joué un rôle odieux, dans l'Évangile, ont subi dès cette vie le châtiment de leur impiété et de leurs crimes.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950


SAINT AUGUSTIN. SERMON CCCVII. 

DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. I. DU SERMENT.

ANALYSE. — C'est pour avoir prêté un serment téméraire qu'Hérode est amené à commettre le crime énorme de la décollation de saint Jean-Baptiste. N'est-ce donc pas avec raison que l'Évangile nous interdit toute espèce de serment ? Sans doute tout serment n'est pas coupable ; Dieu lui-même fait des serments dans l'Écriture. Mais le faux serment est un si grand crime, et notre fragilité si connue, que pour nous préserver plus efficacement du faux serment, Dieu a voulu nous interdire le serment quel qu'il soit. Détruisons en nous la funeste habitude du serment ; mon expérience personnelle prouve qu'on y peut réussir.

1. La lecture du saint Evangile nous a mis sous les yeux un spectacle sanglant; nous avons vu, en haine de la vérité et servi par la cruauté, un mets funèbre, la tête même de Jean-Baptiste présentée dans un bassin, Une jeune fille danse, sa mère a la rage dans le coeur, au milieu des délices et des dissolutions d'un banquet, on prête, puis on accomplit un serment téméraire et impie.

Ainsi se réalisa dans la personne de saint Jean ce que saint Jean avait prédit. Il avait dit, en parlant de Notre-Seigneur Jésus-Christ: « Il faut qu'il croisse et que je diminue (1) ». Jean fut donc diminué de la tête, et Jésus élevé sur la croix. La haine contre Jean naquit de la vérité même. On ne pouvait souffrir avec calme les avertissements que donnait ce saint homme de Dieu, et qu'il ne donnait qu'en vue du salut de ceux à qui il les adressait; et on lui rendit le mal pour le bien. Pouvait-il faire entendre autre chose que ce qui remplissait son coeur; et eux pouvaient-ils répondre autre chose aussi que ce qu'ils avaient dans l'âme? Jean sema le bon grain, mais il recueillit des épines. « Il ne vous est pas permis, disait-il au roi, de garder l'épouse de votre frère (2) ». Esclave de sa passion, le roi en effet retenait chez lui, malgré la loi, la femme de son frère; mais la passion ne l'enflammait pas jusqu'à lui faire répandre le sang. Il honorait même le prophète qui lui disait la vérité. Quant à la femme détestable qu'il gardait, elle nourrissait une haine secrète qui devait finir par éclater dans l'occasion. Comme elle nourrissait cette haine, elle fit paraître sa fille, elle la fit danser; et le roi qui regardait Jean comme un saint, qui le craignait même par respect pour Dieu, sans toutefois lui obéir, s'affligea lorsqu'il vit qu'on lui demandait de livrer dans un bassin la tête de Jean-Baptiste; mais, par égard pour son serment et pour les convives, il envoya un archer et accomplit ce qu'il avait promis.

1. Jean, III, 20. — 2. Marc, VI, 17-28.

2. Ce passage nous invite, mes frères, à vous dire quelques mots du serment, afin de mieux régler votre conduite et vos moeurs.

Le faux serment n'est pas un péché léger; c'est même un péché si grave que pour le prévenir le Seigneur a interdit tout serment. Voici ses paroles : « Il a été dit : Tu ne te parjureras point, mais tu tiendras au Seigneur tes serments. Et moi je vous dis de ne jurer en aucune façon; ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu; ni par la terre, parce qu'elle est l'escabeau de ses pieds ; ni par tout autre objet ; ni par ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre langage soit : Oui, oui; non, non; car, ce qui est en plus vient du mal (1) ».

1. Matt. V, 33-37.

3. Nous trouvons néanmoins, dans les saintes Écritures, que le Seigneur jura lorsque Abraham lui obéit jusqu'à immoler son fils bien-aimé. Un ange, en effet, lui cria du haut du ciel : « Je le jure par moi-même, dit le Seigneur; parce que tu as été docile à ma voix et qu'en ma considération tu n'as pas épargné ton bien-aimé fils, je te comblerai de mes bénédictions et je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer, et dans ta race seront bénies toutes les nations (1) ». Si maintenant vous voyez les chrétiens remplir tout l'univers, c'est un effet de ce fidèle serment de Dieu. Dans les Psaumes il était dit également et par avance, de. Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Le Seigneur a fait ce serment, dont il ne se repentira point : Vous êtes le prêtre éternel, selon l'ordre de Melchisédech (2) ». Ceux qui connaissent l'Ecriture savent ce qu'offrit Melchisédech, quand il bénit Abraham (3). A cause des catéchumènes nous ne devons pas le rappeler; mais les fidèles reconnaissent ici la prédiction de ce que nous voyons accompli aujourd'hui. Or, d'où vient cet accomplissement? Du serment prêté par le Seigneur. « Le Seigneur a fait ce serment, et il ne s'en repentira point » comme Hérode s'est repenti de celui qu'il avait fait.

4. Puisque Dieu a juré, pourquoi le Christ Notre-Seigneur, défend-il aux siens de jurer? Le voici. Ce n'est pas un péché d'assurer la vérité par serment; mais comme il y a un crime énorme à affirmer par serment le mensonge, n'est-il pas vrai qu'on n'est pas exposé à commettre ce crime quand on ne jure pas du tout, et qu'on y est exposé davantage quand on jure pour la vérité? En t'interdisant de jurer, le Seigneur te défend donc de marcher sur le bord étroit du précipice, dans la crainte que ton pied venant à glisser, tu n'y tombes. Le Seigneur pourtant a juré, reprend-on. — Il jure sans danger, puisqu'il ne sait mentir. Ne te préoccupe pas des serments que Dieu a faits; il n'y a peut-être que lui qui doive en faire. Que fais-tu en jurant? Tu prends Dieu à témoin. Tu le prends à témoin; lui s'y prend lui-même. Mais à toi qui n'es qu'un homme et qui te trompes fréquemment, il arrive bien souvent de prendre la vérité à témoin de tes erreurs. De plus, on se parjure quelquefois même sans le vouloir, c'est quand on croit vrai ce qu'on affirme avec serment. Sans doute le péché n'est pas alors aussi grave que le péché commis quand on affirme par serment ce qu'on sait être faux. Qu'on fait bien mieux, et qu'on est moins exposé à commettre ce grave péché, lorsqu'on écoute le Christ Notre-Seigneur, et que jamais on ne jure !

1. Gen. XXII, 16-18. — 2. Ps. CIX, 4. — 3. Gen. XIV, 18-20,

5. Je sais que c'est pour vous une habitude difficile à détruire; en nous aussi elle a été difficile à extirper. Cependant la crainte de Dieu nous a aidé à bannir le serment de notre bouche. Nous vivons au milieu de vous: qui nous a jamais entendu jurer? Et pourtant n'avais-je pas l'habitude de jurer chaque jour? Mais après avoir lu l'Evangile, j'ai craint, j'ai lutté contre cette habitude, et tout en luttant, j'invoquais l'appui du Seigneur. Le Seigneur m'a accordé la grâce de ne plus jurer, et rien ne m'est plus facile que de m'en abstenir. Je fais cette communication à votre charité pour empêcher qui que ce soit de dire: Qui peut s'en empêcher? Oh ! si on craignait Dieu ! Oh ! si les parjures tremblaient devant lui ! Bientôt la langue aurait un frein, on s'attacherait à la vérité et le serment aurait disparu (1).

1. Voir ci-dev. serm. CLXXX.


SAINT AUGUSTIN. SERMON CCCVIII. 

DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. II. DU SERMENT.

ANALYSE. — 1° On doit éviter de se jeter dans l'embarras inextricable où s'est jeté Hérode en faisant un serment téméraire. 2° Si la chose promise avec serment est mauvaise, mieux vaut ne pas la faire, à l'exemple de David. 3° On se rend bien coupable lorsqu'on provoque un faux serment. Histoire de Tutelymène.

1. Le trait évangélique que nous avons entendu aujourd'hui, me donne occasion de dire à votre charité: Vous voyez que ce misérable Hérode aimait saint Jean, l'homme de Dieu; mais que dans l'ivresse de la joie et des séductions d'une danseuse, il jura témérairement et promit de donner tout ce que lui demanderait cette jeune fille, qui l'avait captivé en dansant devant lui. Il s'affligea néanmoins lorsqu'il vit qu'on lui faisait une demande cruelle et criminelle ; à ses yeux c'était un crime horrible : mais placé entre son serment et la requête de la jeune fille, craignant tout à la fois et de commettre un forfait sanglant et de se rendre coupable de parjure, pour ne pas offenser Dieu en se parjurant, il prit le parti de l'offenser en versant le sang (1).

Que devait-il donc faire ? me demande-t-on. Répondrai-je : Il ne devait pas s'engager par serment? Mais qui ne voit cette vérité ? D'ailleurs, on ne me consulte pas pour savoir s'il devait prêter ce serment ; mais ce qu'il devait faire après l'avoir prêté. La question est grave. Son serment était téméraire : qui l'ignore ? Il ne l'en a pas moins prêté ; et la jeune fille vient de requérir la tête de saint Jean. Que doit faire Hérode ? Donnons-lui un conseil. Lui dirons-nous : Epargne Jean, ne commets pas ce crime ? C'est conseiller le parjure. Lui dirons-nous : Ne te parjure pas ? C'est exciter au crime. Triste embarras !

Avant donc de vous jeter dans ce filet inextricable, renoncez aux serments téméraires; oui, mes frères ; oui, mes enfants, je vous en supplie, renoncez-y avant d'en avoir contracté la funeste habitude. Est-il besoin de vous précipiter dans une impasse où nous ne savons quel conseil vous donner ?

1. Marc, VI, 17-28.

2. Toutefois, en examinant avec plus de soin les Écritures, j'y rencontre un exemple qui me montre un homme pieux et saint tombant dans un serment téméraire et aimant mieux ne pas accomplir ce qu'il avait promis, que d'être fidèle à son serment en répandant le sang humain. Je vais rappeler ce trait à votre charité.

Pendant que Saül persécutait le saint homme David, celui-ci, pour échapper à Saül et à la mort, allait où il pouvait. Or, un jour il demanda à un homme riche, nommé Nabal, occupé de la tonte de ses brebis, les aliments nécessaires pour le soutenir, lui et ses compagnons d'armes. Cet homme sans entrailles les lui refusa, et, ce qui est plus grave, il répondit en l'outrageant. Le saint jura de le mettre à mort. Il avait des armes, en effet, et sans réfléchir assez il fit serment de tirer de lui une vengeance qui lui était facile et que la colère lui représentait comme juste. Il se mit donc en route pour accomplir son serment. L'épouse de Nabal, Abigaïl vint à sa rencontre, lui amenant les aliments qu'il avait demandés. Elle le supplia humblement, le gagna et le détourna de répandre le sang de son mari (1). Ainsi, après avoir fait un serment téméraire, David ne l'accomplit point, inspiré par une piété plus grande.

Je reviens donc, mes très-chers frères, à la leçon que je vous dois. Il est vrai, le saint roi dans sa colère ne répandit pas le sang de cet homme : mais qui peut nier qu'il ait fait un faux serment? De deux maux il a choisi le moindre; le dernier étant moins grave que n'eût été le premier. Bien que considéré en lui-même, le faux serment fait un grand mal. Vous devez donc travailler d'abord et lutter contre votre funeste, funeste, funeste et très-funeste habitude, et faire disparaître les serments que vous avez à la bouche.

1. I Rois, XXV.

3. Cependant si un homme demande de toi un serment, si cet homme n'exige que ce serment pour se convaincre que tu n'as point fait ce qu'il t'attribue et dont il est possible que tu sois innocent, et que tu jures pour le délivrer de ce mauvais soupçon, tu ne pèches pas autant que celui qui exige ce serment, attendu que le Seigneur Jésus a dit : « Que votre langage soit: Oui, oui; non, non. Ce qui est en plus vient du mal (1)». C'est du serment que parlait alors le Sauveur, et il a voulu nous faire entendre ici que le serment vient d'un principe mauvais. Quand on y est provoqué, le principe mauvais est dans celui qui provoque et non dans celui qui jure. Ce principe, d'ailleurs, n'est-il pas commun au genre humain ? Ne repose-t-il pas sur l'impossibilité où nous sommes de voir réciproquement nos coeurs ? Jurerions-nous jamais si nous les voyions ? Qui exigerait de nous un serment, si chacun voyait clairement la pensée même dé son prochain ?

4. Ecrivez dans vos coeurs ce que je vais vous dire : Provoquer à faire un serment quand on sait que ce serment sera faux, c'est être plus qu'homicide car alors on tue l'âme, ou plutôt on tue deux âmes : l'âme de celui qui provoque et l'âme de celui qui jure; au lieu que l'homicide ne tue que le corps. Tu sais que tu dis vrai, que ton interlocuteur dit faux : et tu le forces à jurer? Le voilà donc qui jure, qui se parjure, qui se perd: qu'y as-tu gagné ? Ah ! tu t'es perdu aussi, en te rassasiant de sa mort.

1. Matt. V, 37.

5. Je vais vous citer un trait dont je n'ai point parlé encore à votre charité, et qui est arrivé au milieu de ce peuple, de cette église. Il y avait ici un homme simple, innocent, bon chrétien, et connu de beaucoup d'entre-vous, habitants d'Hippone, ou plutôt connu de vous tous sous le nom de Tutelymène. Qui de vous, citoyens de cette ville, n'a connu Tutelymène? Eh bien ! voici ce que j'ai appris de lui-même.

Quelqu'un, je ne sais qui, refusa de lui rendre ce que Tutelymène lui avait confié, ou ce qu'il devait à Tutelymène, qui d'ailleurs s'était fié à lui. Tutelymène ému lui demanda de faire serment. Le serment fut prêté, Tutelymène perdit son bien, mais l'autre se perdit lui-même. Or, Tutelymène, homme grave et fidèle, ajoutait que la même nuit il fut cité devant le juge, que tout tremblant il fut emporté avec rapidité devant un homme très-grand et admirable qui siégeait sur un trône, et à qui obéissaient de très-grands serviteurs aussi; que dans son trouble on le fit passer par derrière et qu'on l'interrogea en ces termes : Pourquoi as-tu excité cet homme à jurer, puisque tu savais qu'il ferait un faux serment? C'est qu'il me refusait ce qui était à moi, répondit-il. Ne valait-il pas mieux, lui fut-il répliqué, faire le sacrifice de ce que tu réclamais, que de perdre par un faux serment l'âme de cet homme ? On le fit étendre alors et frapper, frapper si fortement qu'à son réveil on voyait sur son dos la trace des coups reçus. Après cette correction, on lui dit : On t'épargne à cause de ton innocence; à l'avenir, prends garde de recommencer.

Cet homme avait commis un péché grave, et il en fut châtié; mais bien plus grave en-. tore sera le péché de quiconque fera ce qu'il a fait après avoir entendu ce discours, cet avertissement, cette exhortation. Prenez garde au faux serment, prenez garde au jugement téméraire. Or, vous éviterez sûrement ces deux maux, si vous détruisez en vous l'habitude de jurer.

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/sermons/sermons2/solpan/308.htm


SAINT AUGUSTIN. SEIZIÈME SERMON. 

POUR LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. I


ANALYSE. — 1. A pareil jour on célèbre plutôt la naissance de Jean que celle d'Hérode. — 2. Préparatifs du festin. — 3. Honteuse ivresse du roi et de ses convives. — 4. La danse de la fille d'Hérodiade a pour résultat la décollation de Jean. — 5. Epilogue.

1. Quand on eut fini de célébrer la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodiade dansa au milieu de la salle du festin, et sa danse plut au roi. Toutefois, le jour où était né ce misérable lui procura moins de joie qu'à Jean-Baptiste, bien que celui-ci y ait perdu la vie; car il y a plus d'avantage à prendre en Dieu une nouvelle naissance, qu'à venir au monde pour appartenir au diable. Ce jour fut donc, à bien dire, celui de la naissance, non pas de l'impie Hérode, mais du Prophète ; et c'est chose facile à comprendre : en effet, le jour où il a souffert le martyre, Jean est entré en possession de la bienheureuse éternité, tandis qu'Hérode est tombé sous les coups de la mort le jour où il est né. N'est-ce pas un triste et lamentable jour, celui où un homme, après avoir ouvert, pour la première fois, les yeux à la lumière, se trouve amené, non pas à recueillir la flatteuse réputation que procure une vie de miséricorde et de mansuétude, mais à se déshonorer par une vilaine et cruelle action? Jean avait été jeté en prison comme coupable d'avoir proféré une réprimande imméritée ; car, pour ceux qui vivent mal, les préceptes de la justice sont insupportables : personne ne lui reprochant plus dès lors son inqualifiable désordre, le roi Hérode s'abandonnait à la joie. Après la condamnation du Prophète, qui avait osé signaler l'odieuse conduite du tétrarque, qui est-ce qui se serait senti le courage de reprendre ou d'avertir librement cet orgueilleux ? Des peines sévères ne menaçaient-elles pas d'avance l'homme assez indépendant pour protester ? D'ailleurs, les rois coupables ne trouvent-ils pas des flatteurs qui approuvent même leurs crimes et leurs hontes?

2. Mais c'en est assez. Voici venu le jour de la naissance du roi ; il nage dans la joie on le complimente sur la prolongation de son existence, sur le nombre croissant de ses années. Pourrait-il ne pas recevoir avec plaisir de si flatteuses paroles ? Aveugle perspicacité des hommes ! Ils se complaisent dans le présent ou dans le bonheur, et il ne savent prévoir ni l'avenir, ni les retours de la fortune ! Bientôt, l'intérieur de la demeure royale se revêt de splendides et luxueux ornements: sous ces lambris dorés se prépare un sanglant festin. Des festons de verdure contournent les portes, les murs se tapissent de fleurs ; partout, dans ces appartements néfastes et bientôt remplis d'horreur, on aperçoit des couronnes: on s'y croirait sous l'épaisse feuillée d'un bois. Tous les charmes du printemps, amenés par l'art, semblent s'y rencontrer pour tromper le regard et y représenter la nature dans ce qu'elle a de plus gracieux. Mais si quelqu'un y trouva du plaisir, ce fut, non pas Hérode, mais Jean-Baptiste : si le parfum des fleurs vint flatter quelqu'un, ce fut, non pas le roi, mais le martyr. A voir le tyran de la nation juive étaler, dans une salle de festin, tant de richesse et de faste, on eût dit qu'il voulait fêter aussi joyeusement ses convives, que s'il leur sacrifiait dans un repas tous ses revenus et sa fortune. Des meubles en grand nombre et d'un luxe inouï éblouissent les yeux : de tous côtés, des vases d'un travail étonnant et d'une valeur sans égale, pour montrer, non-seulement la magnificence d'Hérode, mais aussi son opulence, pour rassasier la vue de ses amis et de ses clients par la beauté et la diversité des ornements, en même temps que des mets recherchés satisferont leur appétit ainsi se réalisera le véritable idéal d'un festin, puisque, d'une part, la table ne laissera rien désirer à l'estomac, et que, de l'autre, des prodiges de luxe ne laisseront rien désirer aux yeux. Les invités arrivent donc plus tôt que d'habitude, ils se pressent sous les portiques; ce ne sont que des cris de joie, carie diable aiguise leur appétit, et il a soif du sang humain. Tout le monde s'assied, on étend les riches tapis de pourpre sur les lits brodés, les ministres se hâtent d'apporter les mets, les tables en sont chargées, et bien que rien ne manque dans cette profusion, le pauvre Hérode trouve encore ce festin incomplet ; car sa cruauté n'a point là de quoi manger, ou, plutôt, de quoi dévorer.

3. Placé au premier rang, sur un lit élevé, le roi y est étendu ; car il a mangé longuement dans ce repas funeste, et ses coudes fatigués ne peuvent plus le soutenir : il s'est à tel point rempli de boissons, que, s'il voulait se lever, ni son esprit ni ses jambes ne pourraient le soutenir. Voyez-les tous à table : ils sont complètement ivres; dans leurs veines coule, non pas du sang, mais du vin : leur sens est abêti ; de leurs yeux tombent des larmes de vin, et leur regard n'a plus rien de fixe. Pour croire encore à l'honnêteté des convives d'Hérode, il ne faudrait pas les regarder, car celui-ci vomit sur la table royale; celui-là remplit la salle de morceaux de viande aigris par le vin ; d'autres ne se possèdent plus, et, incapables de veiller même à leur conservation, ils gisent par terre, ensevelis dans le sommeil et l'ivresse. Entre plusieurs pourrait s'engager une lutte, pour obtenir, non pas le prix de vertu, mais celui d'ivrognerie : dans ce combat d'un nouveau genre, l'un arroserait son ami, et l'autre noierait ses amis de table comme sous la lave d'un volcan. Que la taverne d'un cabaretier devienne le théâtre d'une pareille lutte, j'y (550) consens; mais, pour la maison d'un roi, c'est honteux. Je le crois volontiers, ce noble gouverneur de la nation juive avait donné à ses soldats l'autorisation de se battre devant lui, non à coups de lances, mais à coups de verres ; il ne connaissait pas la guerre avec l'ennemi; c'est pourquoi il se donnait chez lui le spectacle d'un combat entre concitoyens ivres. Quelle obscénité, quelle effronterie de paroles sur ces pavés souillés de vin, au milieu de ces cris d'ivrognes qui retentissent de toutes parts 1 Quel convive, en effet, se souvient du roi ? Quel domestique a conservé la mémoire de son maître ? Quand l'homme qui devrait protéger les convenances tombe lui-même dans le libertinage éhonté, il est sûr que tout le monde se croit libre.

4. Au milieu de ces odieuses réjouissances apparaît la fille d'Hérodiade : toute sa personne respire la mollesse; au lieu d'arrêter les instincts du vice, son allure dissolue semble plutôt destinée à leur lâcher la bride. Adultère publique, sa mère ne lui avait rien appris en fait d'honnêteté et de pudeur. Elle était peut-être vierge de corps, mais à coup sûr c'était une effrontée : aussi le roi l'engage-t-il à danser, perdant de vue la gravité qui sied à un roi, oubliant la sévérité, qui est le devoir d'un père. En raison de sa puissance, il devait mettre un frein à la licence de cette jeune fille, et, loin de là, il allumait en elle la flamme de la corruption, il attisait le feu impur; car il promettait et jurait de lui donner tout ce qu'elle demanderait. Charmée par l'appât de la récompense, elle est bientôt prête : sûre de l'approbation de sa mère, elle se met en liberté; aussitôt elle se tord pour décrire des circuits insensés; elle tourne avec la rapidité d'un tourbillon ; on la voit parfois se pencher d'un côté jusqu'à terre, et parfois renverser sa tête et se pencher en arrière, et, à l'aide de son léger vêtement, trahir ainsi ses formes voluptueuses; puis ses bras, étendus en l'air, font tour à tour retentir de sourdes cymbales ; à peine tient-elle en place; à peine ses pieds se posent-ils à terre dans les mouvements désordonnés où elle s'est lancée. La pauvre jeune fille ! Une véritable démence s'était emparée d'elle; son âme et son corps étaient devenus la proie de l'extravagance; ce n'étaient plus les mouvements de ses sens qui l'entraînaient, mais des instincts diaboliques. A moins d'être fou, il faut être sous l’influence de la boisson pour danser. Incompréhensible crime d'Hérodiade ! Sa fille ne peut plaire qu'à la condition de devenir une furie ! Le roi trépigne de joie ; il trouve dans sa propre honte la raison de son allégresse. Que deviennent les bienséances exigées par les lois? Que sont devenus les droits protecteurs de la modestie? Au festin d'un roi, on donne des éloges aux compagnons de tous les vices, à des mouvements portés jusqu'aux dernières limites du dévergondage; ce n'est point par son adresse qu'une fille est parvenue à plaire, c'est par son exaltation furibonde. Un roi hors de lui-même a fait une folle promesse et posé des conditions; pour ne point se démentir, il n'a pu se résoudre à refuser la récompense promise, la récompense qu'une concubine a conseillé de demander ; comme s'il se déchargeait de toute culpabilité en se débarrassant de celui qui pouvait lui faire de légitimes reproches ! La fille d'Hérodiade danse couverte de parures; mais elle n'en désire aucune, elle ne souhaite pas les dons de la fortune : la cruauté l'emporte sur la cupidité de l'avarice et les futilités du luxe, le triomphe appartient à la barbarie : une intrigue sanglante s'ourdit pour faire tomber la tête de Jean, pour en finir avec cet homme, parce qu'il applique sévèrement aux mœurs la règle du Christ, parce qu'il prêche la pénitence, parce qu'il flétrit l'inceste, parce que, pour tous ces motifs, le diable ne peut le supporter. Loin d'affaiblir, par un retour au bien, sa vieille réputation de libertin, Hérode lui donne une nouvelle force par un nouveau crime, plus criant que tous les autres : il consent volontiers à commettre un homicide; car, dans sa témérité, il était résolu à commettre un inceste avec l'épouse de son frère. Poussée par les instigations de sa mère, la jeune fille, la danseuse, ne demande, oserai-je le dire ? que la tête de Jean. — « Hé quoi », cette impudique synagogue « demande la tête d'un homme qui est le Christ ? » Le glaive du bourreau fait tomber la tête de Jean-Baptiste, et cette tête, qui annonce en quelque sorte encore le Christ, cette tête dont la langue, paralysée par la mort, flétrit encore l'inconduite d'Hérode, on l'apporte dans la salle du festin, où se trouve le bourreau. A la suite du coup mortel qui a subitement tranché les jours du Prophète, une teinte indécise est empreinte sur son visage : l'incarnat (551) rosé, qui est le signe de la vie, n'a pas encore cédé complètement la place à la pâleur de la mort. Le trépas a fondu tout à coup sur cet homme et a détruit l'intégralité de sa nature ; mais sur les lèvres de Jean se lisent encore quelques signes de vie.

5. O l'abominable repas ! ô le détestable festin ! On y joue la mort d'un homme ! On y danse pour le massacre d'un Prophète Le prix offert à la volupté n'y est autre que le sang humain. Pour varier les plaisirs des convives, on leur offre en spectacle la tête du Précurseur, et celui qui a soif se désaltère, non pas avec du vin, mais avec du sang! O fureur aveugle! Par ses souffrances, saint Jean a mérité la récompense de la vie éternelle, et le roi Hérode a payé toutes les tortures qu'il a fait endurer aux martyrs, en subissant dès ce monde les justes vengeances du Dieu vivant.


Caravaggio (1571–1610). La Décollation de saint Jean-Baptiste, 1608


SAINT AUGUSTIN. SEIZIÈME SERMON. 

POUR LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. II


ANALYSE. — 1. Les chrétiens sont des agneaux placés au milieu des loups. — 2. saint jean est jeté en prison pour avoir fait une légitime réprimande. — 3. Danse voluptueuse de la fille d'Hérodiade. — 4. Corrupteur de cette jeune fille, assassin de Jean, Hérode tombe sous les coups de la justice divine et meurt.

1. Notre Rédempteur et Sauveur Jésus-Christ ne s'est pas contenté de nous arracher à la mort éternelle, il a voulu aussi nous apprendre et nous commander, par les paroles du saint Evangile, la manière dont nous devons nous conduire ici-bas; en effet, voici en quels termes il s'exprime: « Voici que je vous a envoie comme des brebis au milieu des loups (1) ». N'est -ce point pour nous le comble du bonheur que notre Dieu, le pasteur et le maître des brebis, nous ait aimés jusqu'à nous permettre d'avoir leur simplicité, si nous vivons sincèrement pour lui. Qu'il soit le pasteur du troupeau, ces autres paroles nous en donnent la certitude : « Je suis le bon pasteur, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (2) ». C'est donc à bon droit qu'en raison de l'innocence de leur vie, il compare ses disciples à des brebis, et il donne, à non moins juste titre, le nom de loups à ceux qui, après sa mort, ont cruellement persécuté les Apôtres et les fidèles attachés à lui. Comment nous conduire au milieu des bêtes sauvages?

1. Matth. X, 16. — 2. Jean, XX.

Notre dévoué pasteur nous le dit: « Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes (1) ». Voici donc la volonté du Sauveur à notre égard: les colombes n'ont ni malignité, ni fiel; elles ne savent point se fâcher: soyons, comme elles, à l'abri de la ruse méchante: n'ayons pas de fiel, c'est-à-dire n'ayons pas l'amertume du péché; oublions les injures, et ne nous mettons pas en colère; vivons si humblement en ce monde, que nous recevions, un jour, la récompense promise par Dieu à nos efforts. Le Sauveur ajoute: « Et prudents comme des serpents (2) ». Qui ne connaît l'astuce du serpent? S'il tombe au pouvoir d'un homme, et que cet homme veuille le tuer, il expose, aux coups de son adversaire, toutes les parties de son corps: peu lui importe de se voir blesser n'importe où, pourvu qu'il sauvegarde sa tête : c'est à quoi il veille avec toute l'adresse possible. Cette prudence du serpent doit nous servir de modèle: si donc, en temps de persécution, nous venons à tomber au pouvoir des ennemis de notre foi, exposons notre corps tout entier aux tourments, aux sup plices, et même à la mort, pour conserver notre tête, c'est-à-dire le Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

1. Matth. X, 16. — 2. Ibid.

2. Au moment où tous les membres de son corps perdaient leur tête, saint Jean-Baptiste, dont la grâce du Christ nous permet de célébrer aujourd'hui la nativité, se réjouissait de se reposer dans le sein de la Divinité toute parfaite. Entraîné par l'ardeur de ses passions, jusqu'à suivre, dans sa conduite, l'exemple des bêtes sauvages. Hérode avait souillé la couche de son frère: à ce moment-là, saint Jean, qui ne savait point taire la vérité, déclara formellement au roi que sa conduite était opposée à toutes les lois. Le roi avait fait des lois pour empêcher de pareils désordres, et il les enfreignait lui-même ! Si, par ses moeurs, il condamnait ses décrets et ses lois, les lois et le droit ne le condamneraient-ils pas à leur tour ? En ce temps-là donc, pour ne point se trouver sans cesse en butte aux publiques, indépendantes et légitimes protestations de saint Jean, le libertin couronné avait fait mettre la main sur lui et l'avait fait jeter dans une obscure prison, où la loi divine devait être son unique soutien. A cet événement vint s'en adjoindre un autre, l'anniversaire de la naissance de ce roi sacrilège : il réunit alors autour de lui les officiers et les grands personnages de son royaume, et il fit préparer un repas scandaleux pour ses compagnons de dévergondage sacrilège : en cette circonstance, la maison royale se transforma en cirque, si je puis m'exprimer ainsi.

3. La fille du roi se présente au milieu du festin, et, par ses mouvements désordonnés, elle foule aux pieds le sentiment de la pudeur virginale. Aussitôt, le père prend à témoins tous les compagnons de sa débauche, il jure par son bouclier, qu'avant de terminer sa danse joyeuse et ses valses, elle aura obtenu tout ce qu'elle lui aura demandé. La tête couverte de sa mitre, elle se livre, sur ce dangereux théâtre, aux gestes les plus efféminés que puisse imaginer la corruption; mais voilà que tout à coup s'écroule le factice échafaudage de sa chevelure ; elle se disperse en désordre sur son visage : à mon avis, n'eût-elle pas mieux fait alors de pleurer que de rire ? Du théâtre où saute la danseuse, les instruments de musique retentissent ; on entend siffler le flageolet : les sons de la flûte se mêlent au nom du père, dont ils partagent l'infamie : sous sa tunique légère, la jeune fille apparaît dans une sorte de nudité; car, pour exécuter sa danse, elle s'est inspirée d'une pensée diabolique : elle a voulu que la couleur de son vêtement simulât parfaitement la teinte de ses chairs. Tantôt, elle se courbe de côté et présente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en présence de ces hommes, elle fait parade de ses seins, que l'étreinte des embrassements qu'elle a reçus a fortement déprimés ; puis, jetant fortement sa tête en arrière, elle avance son cou et l'offre à la vue des convives ; puis elle se regarde, et contemple avec complaisance celui qui la regarde encore davantage. A un moment donné, elle porte en l'air ses regards pour les abaisser ensuite à ses pieds ; enfin, tous ses traits se contractent, et quand elle veut découvrir son front, elle montre nonchalamment son bras nu. Je vous le dis, les témoins de cette danse commettaient un adultère, quand ils suivaient d'un œil lubrique les mouvements voluptueux et les inflexions libertines de cette malheureuse créature. O femme, ô fille de roi , tu étais vierge au moment où tu as commencé à danser, mais tu as profané ton sexe et ta pudeur ; tous ceux qui t'ont vue, la passion en a fait pour toi des adultères. Infortunée ! tu as plu à des hommes passés maîtres dans la science du vice ; je dirai davantage: pour leur plaire, tu t'es abandonnée à des amants sacrilèges !

4. O l'atrocité ! Le père lui-même se fait corrupteur de sa fille, et personne n'élève la voix contre lui ! J'entends protester contre toi, les lois, tes remords, et, aux yeux de ceux qui ont encore quelque respect pour la pudeur, la voix d'un mari ! Mais, je veux le juger moins sévèrement ; supposons qu'un reste d'honnêteté l'ait empêché de jeter sur sa fille des regards licencieux, il n'en reste pas moins évident qu'elle a dansé, et, à ce titre, son père l'a corrompue, et elle a conquis le coeur d'un incestueux. Il serait bien étonnant que la chasteté se montrât sous de pareils dehors ! O père, embrasse la femme de ton frère : mais tu as sacrifié un père à la passion du sang. Elle t'enseigne à faire tomber la tête de Jean, car tu méprisais les avertissements du martyr, et ne pouvais goûter le bonheur de la chaste innocence. O race ! O moeurs ! O nom ! O erreur sans remède ! c'est donc à juste titre que, comme le disent (553) nos divines Ecritures, « tes membres sont tombés en putréfaction, et que les vers y ont trouvé leur pâture (1) ». Ta fille a eu la tête coupée par la glace, et ta femme illégitime est morte aveugle. Ainsi Dieu retranche-t-il l'homme de blasphème ; ainsi disparaît le péché ; ainsi se trouve vengée la sainteté de la vie. Pour nous, qui aimons la chasteté et la paix, conjurons tous le Seigneur de nous préserver des moindres atteintes du libertinage. Ainsi soit-il.

1. Act. XII, 23.

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/inedits/suppl3b.htm#_Toc11732465

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/sermons/sermons2/solpan/307.htm


La fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste est attestée dès le IVème siècle en Afrique, en Orient et en Syrie. Elle correspond sans doute à l’anniversaire de la dédicace de la basilique du Précurseur à Sébaste. A Rome, elle était renvoyée au 30 août, à cause de la popularité de la fête de Ste Sabine, qu’on commémore aujourd’hui.

Fête semidouble avant le calendrier de St Pie V. Double en 1568 ; élevée au rang de double majeur par Pie VI.

« L’évangéliaire romain de 645 annonce au 30 août, après le natale des saints Félix et Adauctus, Et depositio Helisaei et decollatio sancti Iohannis Baptistae. La double mention d’Élisée et de Jean Baptiste révèle clairement l’origine de la fête du Précurseur. A Samarie on vénère, en effet, au témoignage de saint Jérôme, les tombeaux des prophètes Abdias et Élisée avec celui de Jean-Baptiste. Sous la basilique, qui fut érigée en l’honneur de Jean-Baptiste, les reliques d’Élisée et de Jean étaient conservées dans « deux châsses recouvertes d’or et d’argent, devant lesquelles brûlaient perpétuellement des lampes », comme le rapporte un document du début du VIe siècle. Aujourd’hui encore on peut voir le lieu qu’elles occupaient dans la crypte de l’église du XIIe siècle, bâtie sur l’emplacement de la basilique byzantine, tandis que le souvenir de la découverte de la tête du Précurseur est rattaché à une autre église, de moindre dimension, qui se trouve à quelque distance, près du Forum. En 1931, on a mis à jour dans cette dernière des fresques très abîmées représentant la décapitation de Jean et la découverte de sa tête. La fête de la Décollation de saint Jean Baptiste est incontestablement liée à ces sanctuaires. Le lectionnaire de Jérusalem du début du Ve siècle en fait déjà mention. Byzantins et Syriens d’Antioche la célèbrent le 29 août, les Coptes le font le 30, parce que le 29 est le jour du Nouvel An, et les Arméniens le samedi de la 3e semaine après la Dormition de la Théotokos. En Occident, le martyrologe hiéronymien annonce la fête à la même date, en faisant mention de Sébaste : In Provincia Palestina civitate Sebastea natale sancti Iohannis Baptistae, qui passus est sub Herode rege. Elle dût être instaurée à Rome sous le pape Théodore (642-649), qui était d’origine palestinienne. On la trouve dans le sacramentaire Paduense et le Gélasien mais, au siècle suivant, l’Hadrianum l’ignore encore.Aux 11e et 12e siècles, le titre de Decollatio à prévalu à Rome sur celui de Passio que donnaient les sacramentaires du VIIe. Le sacramentaire de Saint-Tryphon dit Revelatio capitis, insistant sur l’invention de la relique. Il a en commun avec le collectaire de Saint-Pierre à la fois le titre de la fête et une oraison dans laquelle on demande à Dieux ex eius imitatione veritatis fortes testes existere. L’antiphonaire de Saint-Pierre renvoie au commun d’un Martyr, à l’exception des deux antiennes du cantique » [1].

[1] Cf. Pierre Jounel, Le Culte des Saints dans les Basiliques du Latran et du Vatican au douzième siècle, École Française de Rome, Palais Farnèse, 1977.




Leçons des Matines avant 1960.

Au premier nocturne.

Commencement du Prophète Jérémie. Cap. 1, 1-10 ; 17-19.

Première leçon. Paroles de Jérémie, fils d’Helcias, des prêtres qui demeuraient à Anatoth, dans la terre de Benjamin. Parole du Seigneur qui lui fut adressée dans les jours de Josias, fils d’Amon, roi de Juda, en la treizième année de son règne. Elle (lui) fut aussi adressée dans les jours de Joakim, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la fin de la onzième année de Sédécias, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la transmigration de Jérusalem, au cinquième mois. Elle me fut donc adressée la parole du Seigneur, disant : Avant que je t’eusse formé dans le sein (de ta mère) je t’ai connu, et avant que tu fusses sorti de ses entrailles, je t’ai sanctifié, et je t’ai établi Prophète parmi les Nations.

Deuxième leçon. Et je dis : A, a, a, Seigneur Dieu ; voyez, je ne sais point parler, parce que moi, je suis un enfant. Et le Seigneur me dit : Ne dis pas : Je suis un enfant, puisque partout où je t’enverrai, tu iras ; et que tout ce que je te commanderai, tu le diras. Ne crains pas à cause d’eux, parce que moi, je suis avec toi, afin que je te délivre, dit le Seigneur. Et le Seigneur étendit sa main et toucha ma bouche ; et le Seigneur me dit : Voilà que j’ai mis ma parole en ta bouche. Voilà qu’aujourd’hui je t’ai établi sur les nations et les royaumes, afin que tu arraches et que tu détruises, et que tu perdes et que tu dissipes, et que tu édifies et que tu plantes.

Troisième leçon. Toi donc, ceins tes reins, et lève-toi, et dis-leur tout ce que moi, je te commande. Ne crains pas devant leur face ; car je ferai que tu ne craignes pas leur visage. Car c’est moi qui t’ai établi aujourd’hui comme une ville fortifiée, et une colonne de fer, et un mur d’airain, sur toute la terre, contre les rois de Juda, ses princes, et ses prêtres, et son peuple. Et ils combattront contre toi, et ne prévaudront point, parce que moi je suis avec toi, dit le Seigneur, afin que je te délivre.

Au deuxième nocturne.

Du livre de saint Ambroise, Évêque : Des Vierges. Liber 3 post initium

Quatrième leçon. Il ne faut pas effleurer légèrement un sujet tel que la mémoire du bienheureux Jean-Baptiste ; aussi devons-nous considérer ce qu’il était, quels furent ses bourreaux, pourquoi, quand et comment il a été martyrisé. C’est un juste qui est mis à mort, par des adultères ; et la peine capitale qu’ils méritent, ils la font subir à celui qui devrait être leur juge. Et puis la mort d’un Prophète devient la récompense et le salaire d’une danseuse. Enfin, ce que tous les barbares eux-mêmes ont communément en horreur, c’est à table, au milieu d’un banquet, qu’on prononce l’arrêt cruel qui devra s’exécuter. Et on apporte de la prison à la salle du festin l’objet de l’exécution impie qui a suivi ce fatal commandement. Que de crimes dans une seule action !

Cinquième leçon. A voir ainsi un émissaire se lever de table et courir à la prison, qui n’aurait pas cru à l’élargissement du Prophète ? Qui, en apprenant que c’est le jour de la naissance d’Hérode, qu’il y a grand festin, et qu’on a donné à une fille la liberté de demander tout ce qu’elle voudra, qui donc, dis-je, ne s’imaginerait qu’on n’enverra délivrer Jean de ses fers ? Quel rapport y a-t-il entre la cruauté et les délices ? entre le meurtre et la volupté ? Le Prophète subira sa peine pendant un festin, et en vertu d’une sentence portée au milieu du festin, sentence qu’il eût repoussée, même pour être mis en liberté. On lui tranche la tête, et on l’apporte dans un plat. Un tel mets convenait à la cruauté, et pouvait satisfaire une férocité difficile à assouvir.

Sixième leçon. O le plus odieux des rois, considère ce spectacle digne de ton banquet, et afin que rien ne manque à ta satisfaction inhumaine, étends la main pour que ce sang sacré ruisselle entre tes doigts. Et puisque ta faim n’a pu être rassasiée par les viandes, puisque les coupes n’ont pu éteindre la soif de cruauté qui te dévore, vois ce sang qui, bouillonnant encore, s’échappe des veines de cette tête que tu as fait tomber. Vois ces yeux qui, jusque dans le trépas, sont les témoins de ton crime, et qui se refusent à contempler tes plaisirs. Ce n’est pas tant la mort qui ferme ces yeux, que l’horreur de tes débauches. Cette bouche éloquente dont tu redoutais la censure, toute pâle et muette qu’elle est, te fait encore trembler.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Marc. Cap. 6, 17-29.

En ce temps-là : Hérode avait envoyé prendre Jean, et l’avait retenu, chargé de fers, en prison, à cause d’Hérodiade, qu’il avait épousée, quoique femme de Philippe, son frère. Et le reste.

Homélie de saint Augustin, Évêque. Sermon 10 in novis Sermonibus

Septième leçon. La lecture du saint Évangile nous a mis sous les yeux un spectacle sanglant : la tête de saint Jean-Baptiste dans un plat, envoi lugubre fait par la cruauté, en haine de la vérité. Une jeune fille danse, sa mère assouvit sa fureur, et, au milieu des joies dissolues et des délices d’un banquet, un roi fait un serment téméraire et exécute ce serment impie. Ainsi s’accomplit en la personne de Jean ce que lui-même avait prédit. Il avait dit, en parlant de notre Seigneur Jésus-Christ : « II faut qu’il croisse et que je diminue. » Jean a été diminué parce qu’on lui trancha la tête, et le Sauveur a grandi parce qu’il a été élevé en la croix. La vérité a fait naître la haine. Les avertissements du saint homme de Dieu n’ont pu être supportés sans irritation par ceux dont il cherchait le salut. Ils lui ont rendu le mal pour le bien.

Huitième leçon. Que dirait-il, en effet, sinon ce dont il a l’âme remplie ? Et que répondraient-ils, sinon ce dont leur cœur est plein ? Lui, il a semé le bon grain, mais il n’a trouvé que des épines. Il disait au roi : « Il ne vous est pas permis d’avoir la femme de votre frère. »

Neuvième leçon. Car ce prince, esclave de sa passion, gardait chez lui, illégitimement, la femme de son frère ; toutefois son estime pour Jean l’empêchait de sévir contre lui. Il honorait celui qui lui faisait entendre la vérité. Mais une abominable créature avait -conçu une haine secrète, qu’elle devait mettre au jour le moment venu ; ce qu’elle fit au moyen de sa fille, une fille danseuse.


Icône de la Troisième Invention du chef de Saint Jean-Baptiste,  
au-dessus SaintOnisiphorus et autres saints, 
Konetz, XIXe siècle 

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

« En ce temps-là, Hérode envoya prendre Jean et il le mit en prison chargé de liens, à cause d’Hérodiade, femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : Il ne vous est pas permis d’avoir la femme de votre frère. Or Hérodiade lui dressait des embûches et voulait le faire mourir, mais ne le pouvait pas. Hérode, en effet, craignait Jean qu’il tenait pour un homme juste et saint, et il le gardait, faisant beaucoup de choses d’après ses avis et l’écoutant volontiers. Un jour favorable s’étant donc présenté, à savoir celui de la naissance d’Hérode où il avait offert un banquet à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée, la fille d’Hérodiade entra et dansa, et elle plut à Hérode et à ses convives, et le roi lui dit : Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Et il en fit le serment : Quoi que ce soit que tu demandes, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Or elle, étant sortie, dit à sa mère : Qu’est-ce que je demanderai ? Sa mère lui dit : La tête de Jean-Baptiste. Rentrant donc aussitôt en grande hâte, elle fit au roi sa demande, disant : Je veux que sur-le-champ vous me donniez dans un plat la tête de Jean-Baptiste. Et le roi en fut peiné ; mais à cause de son serment et de ceux qui étaient avec lui à table, il ne voulut pas la contrister, et envoyant un de ses gardes, il lui donna l’ordre d’apporter la tête dans un plat. Et le garde coupa la tête de Jean dans la prison, et l’apportant dans un plat, il la remit à la fille qui la donna à sa mère. Ce qu’ayant appris, ses disciples vinrent et enlevèrent son corps, et ils l’ensevelirent dans un tombeau » [2].

Ainsi donc finit le plus grand des enfants nés d’une femme [3], sans témoins, dans la prison d’un tyran de second ordre, victime de la plus vile des passions, prix d’une danseuse. Au silence devant le crime, fût-ce sans espoir d’amender le coupable [4], au renoncement à sa liberté, même dans les fers [5], la Voix du Verbe a préféré la mort. Belle liberté de la parole [6], selon l’expression de saint Jean Chrysostome, quand elle est véritablement la liberté même du Verbe de Dieu, quand par elle ne cessent point de vibrer ici-bas les échos des collines éternelles ! Elle est bien alors l’écueil de la tyrannie, la sauvegarde du monde, des droits de Dieu et de l’honneur des peuples, des intérêts du temps comme de ceux de l’éternité. La mort ne prévaut pas contre elle ; à l’impuissant meurtrier de Jean-Baptiste, à tous ceux qui voudraient l’imiter, mille bouches pour une, jusqu’à la fin des temps, redisent en toute langue, en tous lieux : Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère.

« Grand et admirable mystère ! s’écrie par ailleurs saint Augustin. Il faut qu’il croisse, et que je diminue [7], disait Jean, disait la Voix en laquelle se personnifient les voix qui le précédèrent, annonçant comme lui la Parole du Père incarnée dans son Christ. Toute parole, en tant que signifiant quelque chose, en tant qu’idée, verbe intérieur, est indépendante du nombre des syllabes, de la variété des lettres ou des sons ; elle reste immuable et une au cœur qui la conçoit, bien que multiples puissent être les mots qui lui donnent corps extérieurement, les voix qui la propagent, les langues, grecque, latine ou autres, où elle se traduit. A qui sait la parole, inutiles deviennent les formules et la voix. Voix furent les Prophètes, voix les Apôtres ; voix dans les Psaumes, voix dans l’Évangile. Mais vienne la Parole, le Verbe qui était au commencement, le Verbe qui était avec Dieu, le Verbe qui était Dieu [8] : quand nous le verrons comme il est [9], entendra-t-on encore réciter l’Évangile ? écouterons-nous les Prophètes ? lirons-nous les Épîtres des Apôtres ? La voix défaille où grandit le Verbe... Non qu’en lui-même le Verbe décroisse ou grandisse. Mais il est dit croître en nous, quand c’est nous qui croissons en lui. A qui donc se rapproche du Christ, à qui progresse dans la contemplation de la Sagesse, les mots sont moins utiles ; il est nécessaire qu’ils tendent à faire tous défaut. Ainsi s’amoindrit le ministère de la voix en la mesure du progrès de l’âme vers le Verbe ; ainsi que le Christ grandisse et que Jean diminue. C’est ce qu’indiquent la Décollation de Jean et l’Exaltation du Christ en croix, comme l’avaient déjà fait leurs dates de naissance ; car à partir de la naissance de Jean décroissent les jours, qui grandissent à dater de celle du Seigneur » [10].

Utile leçon donnée aux guides des âmes dans les sentiers de la vie parfaite. Si, dès l’abord, ils doivent respectueusement observer la direction de la grâce en chacune d’elles, pour seconder l’Esprit-Saint et non s’imposer à lui ; ainsi faut-il qu’à mesure qu’elles avancent, ils évitent d’obstruer le Verbe sous l’abondance de leur propre parole ; comme aussi leur discrétion devra respecter l’impuissance où ces âmes en arrivent progressivement d’exprimer ce qu’opère en elles le Seigneur. Heureux alors d’avoir conduit l’Épouse à l’Époux, qu’ils apprennent à dire avec Jean : Il faut qu’il croisse, et que je diminue.

Et n’est-ce pas une leçon pareille que nous insinue à nous-mêmes le Cycle sacré, lorsque nous le verrons, dans les jours qui vont suivre, comme tempérer ses propres enseignements par la diminution du nombre des fêtes et l’absence prolongée des grandes solennités qui ne reparaîtront qu’en novembre ? L’école de la sainte Liturgie n’a point d’autre but que d’adapter l’âme, plus sûrement, plus pleinement qu’aucune autre école, au magistère intérieur de l’Époux. Comme Jean, l’Église voudrait, s’il était possible ici-bas toujours, laisser Dieu parler seul ; du moins aime-t-elle, sur la fin de la route, à modérer sa voix, à quelquefois s’imposer silence, désirant donner à ses fils l’occasion de montrer qu’ils savent écouter au dedans d’eux-mêmes Celui qui pour elle et pour eux est l’unique amour. Aux interprètes de sa pensée de bien la comprendre. L’ami de l’Époux, qui jusqu’au jour des noces marchait devant lui, se tient maintenant debout et lui-même il l’écoute ; et cette voix de l’Époux, qui fait rentrer la sienne dans le silence, le remplit d’immense joie. Cette joie donc qui est la mienne est complète, disait le Précurseur [11].

La fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste peut être considérée comme un des jalons de l’Année liturgique en la manière que nous venons d’exposer. Elle est rangée par les Grecs au nombre des solennités chômées. La mention qui en est faite au Martyrologe dit de saint Jérôme, la place qu’elle occupe dans les Sacramentaires gélasien et grégorien, démontrent sa haute antiquité dans l’Église latine. C’était aux environs de la fête de Pâques qu’avait eu lieu la bienheureuse mort du Précurseur ; pour l’honorer plus librement, on choisit ce jour qui rappelle aussi la découverte à Émèse de son glorieux chef.

La vengeance de Dieu s’était appesantie sur Hérode Antipas. Josèphe rapporte que les Juifs attribuaient à la mort de Jean sa défaite par Arétas d’Arabie, dont il avait répudié la fille pour suivre ses instincts adultères [12]. Déposé par Rome de son tétrarchat de Galilée, il fut relégué à Lyon, dans les Gaules, où l’ambitieuse Hérodiade partagea sa disgrâce. Quant à Salomé la danseuse, nos pères racontaient, d’après d’anciens auteurs [13], qu’ayant un jour d’hiver voulu danser sur une rivière gelée, la glace se rompit l’engloutissant jusqu’au cou, tandis que sa tête, tranchée par les glaçons rejoints soudainement, continua quelque temps par ses bonds cette danse de la mort.

De Machéronte au delà du Jourdain, où leur maître consomma son martyre, les disciples de Jean avaient porté son corps jusqu’à Sébaste, l’ancienne Samarie, en dehors des frontières d’Antipas ; car il était urgent de le soustraire aux profanations qu’Hérodiade n’avait point épargnées à son chef auguste. La vengeance de la malheureuse ne se crut point satisfaite, en effet, qu’elle n’eût percé d’une de ses épingles à cheveux la langue qui n’avait pas craint de flétrir sa honte [14] ; et la face du Précurseur, que l’église d’Amiens présente depuis sept siècles à la vénération du monde, garde encore trace des violences auxquelles se porta sa furie dans la joie du triomphe. Au temps de Julien l’Apostat, les païens voulurent compléter l’œuvre de cette indigne descendante des Machabées [15], en envahissant le tombeau de Sébaste pour brûler et disperser les restes du Saint. Mais ce sépulcre vide n’en faisait pas moins toujours la terreur des démons, comme sainte Paule le constatait avec une religieuse émotion quelques années plus tard [16]. Sauvées d’ailleurs en grande partie, les précieuses reliques s’étaient répandues par l’Orient, d’où elles devaient, à l’époque surtout des Croisades, émigrer dans nos contrées où leur présence fait la gloire de nombreuses églises.

Faisons nôtres les formules suivantes du Sacramentaire grégorien pour la fête de la Décollation.

ORAISON.

Sancti Joannis Baptistæ Præcursoris et Martyris tui, quæsumus, Domine, veneranda festivitas, salutaris auxilii nobis præstet effectum. Per Dominum.

SUPER OBLATA.

Munera tibi, Domine, pro sancti Martyris tui Joánnis Baptistæ passione deferimus, qui dum finitur in terris, factus est cœlesti sede perpetuus : quæsumus, ut eius obtentu nobis proficiant ad salutem. Per Dominum.

PRÉFACE.

Vere dignum et justum est, æquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, æterne Deus : Qui præcursorem Filii tui tanto munere ditasti, ut pro veritatis præconio capite plecteretur : Et qui Christum aqua baptizaverat, ab ipso in Spiritu baptizatus, pro eodem proprio sanguine tingeretur. Præco quippe veritatis, quæ Christus est, Herodem a fraternis thalamis prohibendo, carceris obscuritate detruditur, ubi solius divinitatis tuæ lumine frueretur. Deinde capitalem sententiam subiit, et ad inferna Dominum præcursurus descendit. Et quem in mundo digito demonstravit, ad inferos pretiosa morte præcessit. Et ideo cum Angelis.

BÉNÉDICTION.

Deus, qui nos beati Johannis Baptistæ concedit solemma frequentare,tribuat vobis et eadem devotis mentibus celebrare, et suæ benedictionis dona percipere.

R/. Amen.

Et qui pro legis ejus præconio carceralibus est retrusus in tenebris, intercessione sua a tenebrosorum operum vos liberet incentivis.

R/. Amen.

Et qui pro veritate, quæ Deus est, caput non est cunctatus amittere, suo interventu ad caput nostrum, quod Christus est, vos faciat pervenire.

Quod ipse praestare dignetur.

R/. Amen.

AD COMPLENDUM.

Faites, Seigneur, nous vous en supplions, que la vénérable fête de saint Jean, votre Baptiste et Martyr, soit pour nous un secours efficace de salut. Par Jésus-Christ.

Seigneur, nous vous faisons notre offrande pour la passion de votre saint Martyr, Jean Baptiste ; finissant ici-bas sa vie terrestre, il en a commencé une éternelle au céleste séjour : à sa considération, puisse cette offrande profiter à notre salut. Par Jésus-Christ.

Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez enrichi d’une telle grâce le précurseur de votre Fils : pour l’affirmation de la vérité il donna sa tête ; lui qui avait baptisé le Christ dans l’eau, baptisé par lui dans l’Esprit, fut lavé pour lui dans son propre sang. Car ayant, comme héraut de la vérité qui est le Christ, rappelé Hérode au respect de la couche de son frère, il fut jeté dans l’obscurité d’une prison où ne lui restait pour biens que la lumière de votre divinité. Ensuite, puni de mort, il descendit comme précurseur du Seigneur aux enfers, y précédant par son précieux trépas Celui qu’en ce monde avait désigné son doigt. C’est pourquoi donc, avec les Anges.

Que le Dieu qui nous donne de célébrer la solennité du bienheureux Jean-Baptiste, vous accorde et d’y montrer la dévotion de vos âmes, et d’y recevoir les faveurs de sa bénédiction.

R/. Amen.

Que celui qui pour avoir proclamé sa loi fut enfermé dans les ténèbres des cachots, vous délivre par sa prière de la séduction des œuvres de ténèbres.

R/. Amen.

Et que n’ayant pas balancé, pour la vérité qui est Dieu, à livrer sa tète, il vous fasse arriver par son intercession au Christ qui est notre tête.

Qu’il daigne nous l’accorder Celui qui règne à jamais.

R/. Amen.

Puisse, Seigneur, la solennité de saint Jean nous donner à la fois, et de vénérer comme ils le méritent les glorieux Mystères auxquels nous avons participé, et d’expérimenter leur action salutaire. Par Jésus-Christ.

[2] Évangile de la fête, Marc, VI, 17-29.

[3] Matth. XI, 11.

[4] Chrys. Ad episcopos, presb. et diac. ob pietatem in carcere inclusos.

[5] Ibid. Ad eos qui scandalizati sunt ob adversitates, XXII.

[6] Ibid.

[7] Johan. III, 30.

[8] Johan. I, 1.

[9] I Johan. III, 2.

[10] Aug. Sermo CCLXXXVIII, In Natali J. Bapt. 11, De voce et verbo.

[11] Johan. III, 28-29.

[12] Joseph. Antiquit. Jud. XVIII, VI.

[13] Pseudo-Dexter, Chronicon, ad ann. Christi 34 ; Niceph. Call. I, XX.

[14] Hieron. Adv. Rufin. III, 42.

[15] Par Mariamne, son aïeule, petite-fille d’Hyrcan.

[16] Hieron. Epist. CVIII, al. XXVII, ad Eustochium.



Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Dans la liste de Würzbourg, cette fête semble renvoyée au lendemain, peut-être à cause de la popularité de la station (natalis) à Sainte-Sabine.

La décollation de saint Jean-Baptiste, le 29 août, est toutefois fêtée dès le IVe siècle en Afrique, en Orient, en Syrie, un peu partout. Elle manque dans le Sacramentaire Léonien mais apparaît dans le Gélasien.

On connaît le sort des reliques du précurseur du Seigneur. Il fut d’abord enseveli en Samarie, mais en 362 les païens violèrent sa tombe et brûlèrent ses ossements sacrés. Une petite partie d’entre eux put toutefois être soustraite par quelques moines et fut remise à saint Athanase, à Alexandrie. L’empereur Théodose fit déposer à Hebdomon, près de Constantinople, le chef présumé de saint Jean, jadis conservé à Jérusalem par quelques moines. Une autre tradition voudrait, au contraire, que cette relique sacrée eût été transférée de Jérusalem à Émèse où, en 452, l’évêque Uranius en fit la reconnaissance authentique.

On ne sait rien d’un transfert du chef de saint Jean-Baptiste à Rome. Celui qui, maintenant encore, est vénéré à Saint-Silvestre in Capite appartient, non pas au Précurseur, mais à ce célèbre prêtre martyr Jean, que les pèlerins du haut moyen âge visitaient sur la voie Salaria vêtus, sur le cimetière appelé précisément ad septem palumbas ad Caput Sancti Iohannis.

Voici comment s’exprime le De Locis SS. Martyrum : Inde, non longe in Occidente, ecclesia sancti lohannis martyris, ubi caput eius in alio loco sub altari ponitur, in alio corpus.

Son nom figurait probablement dans le Martyrologe Hiéronymien, le 24 juin, avec celui de Festus, mais il aura sans doute été absorbé par celui du Précurseur.

A ce saint Jean de la voie Salaria, était dédiée une petite église spéciale, près de celle de Saint-Silvestre, qui, en raison de la sainte relique, prit le titre de IN CAPITE.

A l’origine, les chants pour la fête de ce jour étaient ainsi énumérés dans l’antiphonaire : ANT. In virtute tua. PSALM. Vitam petiit. RESP. Domine, praevenisti. VERS. Vitam petiit. ALLEL. Beatus vir. OFF. Iustus ut palma. AD COMMUN. Magna est gloria.

Aujourd’hui le Missel a modifié cette ordonnance primitive. L’antienne pour l’introït est tirée du psaume 118, comme pour la fête de sainte Praxède, le 20 juillet, et cela en raison de l’intrépide énergie montrée par le Précurseur en face du roi Hérode. — Pour ne pas craindre les hommes, il faut craindre Dieu.

Le psaume qui suit l’antienne — et cela trahit d’emblée le rédacteur moderne — est le 91e, comme pour la nativité du Saint.

Voici la collecte. — « Que la vénérable fête de votre saint Précurseur et martyr Jean nous apporte, Seigneur, en abondance, des grâces pour notre salut ». Dans ces collectes de l’Église, nous implorons sans cesse la divine grâce, et par là nous rendons témoignage à une vérité très importante qui, au IVe siècle, fut vivement combattue par Pelage et par ses disciples. Pour opérer notre salut éternel, nous avons tous besoin de la divine grâce, à la généreuse miséricorde de laquelle est attribué tout le bien que nous accomplissons. C’est pourquoi saint Paul disait : Gratia autem Dei sum id quod sum.

La première lecture est tirée de Jérémie (I, 17-19) et forme la suite du passage lu le 24 juin. Le Seigneur prémunit le Prophète contre la vaine terreur des puissances terrestres. Celles-ci s’élèveront toutes contre l’envoyé de Yahweh, mais elles ne pourront jamais en triompher, car Dieu est plus puissant que les hommes, et la lutte contre Lui se fait toujours dans des conditions d’infériorité. Il vaut donc mieux se rendre, comme le fit Saul sur le chemin de Damas.

Le graduel est le même que le 3 décembre, pour la fête de saint François Xavier. On se demandera peut-être comment l’on peut chanter en l’honneur du martyr qu’il fleurira comme le palmier, alors que sa tête a été séparée du tronc ? La réponse est aisée. Comme le Christ mourut sur la croix, fut adoré dans les limbes le lendemain, et ressuscita le troisième jour, ainsi ses disciples reçoivent au ciel la récompense de leurs souffrances de la veille, et, le troisième jour, ils ressusciteront eux aussi, d’autant plus semblables au Christ dans la gloire qu’ils auront été davantage humiliés pour lui dans l’ignominie de la Croix.

Une première et précoce floraison du sang des martyrs est reconnue par Tertullien dans la rapide diffusion de l’Église sur toute la terre durant les trois premiers siècles.

Le verset alléluiatique, où le juste est comparé à un lis en fleur, est le même que le 15 janvier, pour saint Paul ermite.

La lecture évangélique de ce jour est tirée de saint Marc (VI, 17-27) et nous est déjà attestée par la liste de Würzbourg. Le plus grand des fils de la femme a été victime de la honteuse intrigue de deux adultères. Selon la commune opinion du monde, il n’y a rien de glorieux ni de tragique dans cette mort de Jean, lequel succombe en cachette, dans le silence de la prison de Machéronte. Combien différentes sont les pensées de Dieu ! Jean avait souhaité que son prestige et sa gloire fussent comme anéantis, pour que, seul, Jésus fût glorifié. Ses vœux sont exaucés. Il meurt comme l’inébranlable prédicateur de la chasteté, il meurt parce que sa sainteté de Précurseur de Jésus était intolérable à l’impudique Hérodiade. Il meurt en anticipant, par son martyre, les humiliations du Calvaire ; mais en récompense, si Jésus ne participa pas avec les disciples à ses funérailles, comme l’assurent quelques documents, il a au moins la gloire d’avoir eu le Sauveur lui-même pour panégyriste de ses immenses mérites. Quel saint a jamais été honoré comme Jean ?

L’antienne pour l’offrande des oblations est la même que pour saint Paul ermite.

Prière sur les oblations. — « Par les mérites de votre bienheureux martyr Jean, que soient profitables à notre salut, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons aujourd’hui en l’anniversaire de son supplice ».

Quelques Sacramentaires nous donnent pour ce jour la préface suivante : Vere dignum... aeterne Deus. Qui Praecursorem Filii tui tanto munere ditasti, ut pro veritatis praeconio capite plecteretur, et qui Christum aqua baptizaverat, ab ipso in Spiritu baptizatus, pro eodem proprio sanguine tingeretur. Praeco quippe veritatis, quae Christus est, Herodem a fraternis thalamis prohibendo, carceris obscuritate detruditur, ubi solius divinitatis tuae lumine frueretur. Deinde capitalem sententiam subiit, et ad inferna Dominum praecursurus descendit. Et quem in mundo digito demonstravit, ad inferas praetiosa morte praecessit. Et ideo... [17]

L’antienne durant la sainte Communion est la même que le 26 janvier. Le glaive du bourreau trancha le chef de Jean, mais sur ce chef, comme le chante Paul Diacre, dans l’hymne des laudes du 24 juin, Dieu a posé la triple couronne de prophète, de martyr et de vierge : Serta ter denis alios coronant Aucta crementis, duplicata quosdam ; Trina centeno cumulata fructu Te sacer ornant.

Après la Communion. — « Que la solennité de saint Jean-Baptiste fasse que, vénérant aujourd’hui l’ineffable sacrement eucharistique, celui-ci produise en nous, abondamment, cette grâce d’onction dont il est le mystique symbole ».

En l’honneur du glorieux Précurseur décollé, furent érigées dans le bas moyen âge plusieurs églises et des confréries destinées à l’assistance religieuse des condamnés à mort. Elles produisirent un grand bien et, grâce à elles, la satisfaction de la justice humaine, toute enveloppée alors d’une atmosphère de compassion et d’amour, s’éleva à la hauteur d’un acte de religion, en sorte que ces malheureux, assistés par des « consolateurs » et dans le baiser du Crucifix, montaient résignés à l’échafaud, heureux de pouvoir satisfaire à Dieu et à la société pour le crime commis. Aussi le bienheureux Cafasso, « consolateur » très zélé des condamnés à mort, disait-il : « Sur cent pendus, cent sauvés ! »

A Rome, deux églises étaient dédiées à la décollation de saint Jean-Baptiste. La première se trouvait près des prisons de Tor di Nona, en face du château Saint-Ange. L’autre existe encore, non loin du Vélabre, et l’un des nombreux privilèges dont jouissait sa confrérie était de pouvoir, chaque année, libérer pendant le Carême un condamné à mort.

[17] Traduction : voir plus haut le commentaire de Dom Guréanger in fine.


Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Il faut que lui grandisse, et que moi je m’efface.

1. Décollation de saint Jean-Baptiste. — Outre la naissance du Précurseur, fête principale de saint Jean Baptiste (24 juin), l’Église célèbre encore son martyre. D’après le martyrologe, c’est aujourd’hui le jour « de la seconde découverte de son chef vénérable ». Le corps de Jean-Baptiste fut enterré à Samarie. En 362 les païens profanèrent son tombeau et brûlèrent ses restes. Des moines parvinrent seulement à en sauver une petite partie qu’ils remirent à saint Athanase d’Alexandrie. On montre en divers endroits les principales reliques du Précurseur. Celles qu’on honore dans l’église Saint-Sylvestre, à Rome, appartiennent à un prêtre martyr du même nom. On vénère aussi à Breslau le chef de saint Jean-Baptiste. Nous aurons particulièrement soin de relire aujourd’hui les passages des trois Synoptiques qui relatent le martyre du Précurseur, une des scènes les plus dramatiques de la sainte Écriture. (Marc — auquel la messe emprunte l’Évangile — VI, 14-29 ; Matthieu, XIV, 1-12 ; Luc, III, 19-20 ; IX, 7-9).

2. La Messe (Loquebar). — Une messe très simple avec peu de parties propres. A l’Introït et à l’Épître, nous nous représentons la courageuse franchise de saint Jean-Baptiste devant Hérode, franchise qui devait lui coûter la vie : « Je parlais de tes témoignages à la face des Rois et n’en ai pas honte ». (Cas étrange, le verset de l’Introït est emprunté à un autre psaume que l’antienne). « Annonce à Juda tout ce que je t’ordonne. Sois sans crainte... je t’ai établi comme une ville forte... contre les rois de Juda, contre ses princes, contre ses prêtres et contre le peuple. Ils combattront contre toi, mais ils ne pourront rien sur toi » (Épître). Nous voyons ainsi, au commencement de la messe, le Baptiste devant Hérode : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère ! » Au Graduel, il se dresse devant nous « comme le cèdre du Liban », pur et sans tache comme le lis. A l’Offertoire et à la Communion, nous chantons son triomphe auquel nous avons part dans la Sainte Eucharistie. Nous avons souvent lieu de faire cette remarque : à l’avant-messe, le saint nous apparaît dans sa passion ; et à la messe des fidèles, dans sa gloire. De même, dans la première partie nous nous unissons spirituellement à lui par la lecture (on lisait autrefois en cet endroit les Actes des martyrs), et dans le Saint-Sacrifice, à sa gloire. L’Évangile raconte, d’après le vivant récit de saint Marc, le martyre de Jean-Baptiste.

3. Remarques sur la messe. — L’examen attentif de l’Offertoire et de la Communion nous fait saisir l’intention profonde de la liturgie. L’offertoire et la communion sont bien deux parties importantes du saint sacrifice où l’individu est appelé à intervenir personnellement. Il intervient à l’offertoire avec son « moi » (symbolisme de l’offrande) ; à la communion, il reçoit sa propre part du sacrifice : Dieu s’incline vers lui en lui disant « tu ». On pourrait donc s’attendre à ce que les deux chants concomitants de l’offertoire et de la communion traduisent ce caractère personnel, ou, du moins, rappellent qu’au moment du sacrifice le saint dont on fait mémoire s’efface. On pourrait croire que le saint dont la place est si grande à l’avant-messe nous quitte au seuil du sacrifice et laisse la communauté seule avec le Christ. Non ; il n’en est rien. Les chants qui accompagnent ces deux parties de la messe d’un caractère à la fois si dramatique et si personnel se rapportent invariablement au saint dont on célèbre la fête. Qu’en faut-il conclure ? Manifestement, la liturgie met en valeur le mystère du saint. Nous nous associons à son rôle au sacrifice, et, par la communion sacramentelle, nous participons à sa gloire. Remarquons-le encore, au début comme à la fin, ce sont des pensées relatives au bonheur éternel qui très souvent reparaissent. Pendant l’avant-messe, nous voyons le saint aux prises avec les difficultés de la vie, en lutte avec le monde et l’enfer ; pendant le sacrifice, nous le voyons dans sa gloire à laquelle nous prenons part. Aussi entendons-nous l’Église chanter, au moment de la distribution des saintes espèces : « Vous avez posé sur sa tête une couronne d’or pur » ; ce qui est vrai d’une double façon : le saint est glorifié parmi : nous, et nous, en union avec lui, nous participons à sa gloire. Combien il importe donc de ne pas se contenter d’une lecture superficielle des textes de la liturgie : sachons en saisir intimement l’esprit et la vie !

SOURCE : http://www.introibo.fr/29-08-Decollation-de-St-Jean


La relique du chef de Saint Jean-Baptiste, San Silvestro in Capite, Rome


Beheading of John the Baptist (RM) 

1st century. Shortly after he had baptized Jesus, John the Baptist began to denounce Herod Antipas, the tetarch of Galilee. Herod had divorced his own wife and taken Herodias, the wife of his half- brother Philip and also his own niece. John the Baptist declared, "I is not lawful for you to have her," so Herod threw him into prison.


Not only did Herod fear John and his disciples, he also knew him to be a righteous man, so he did not kill him. Herodias determined to bring about John's death. From prison John followed Jesus's ministry, and sent messengers to question him (Luke 7:19-29). One day Herod gave a fine banquet to celebrate his birthday. His entire court was present as well as other powerful and influential Palestinians. Herodias's daughter Salome so pleased Herod when she danced to entertain the company that he promised her whatever she would ask--even half of his kingdom. Salome asked her mother for counsel and was told to request the head of the Baptist (Matthew 14:1-12).

Because of his pride Herod, though deeply sorry, could not decline the request; thus, as Saint Augustine says, "an oath rashly taken was criminally kept." He sent a soldier of the guard to behead John in prison. Thus, the "voice crying in the wilderness" was silenced. The head was placed on a platter and taken to Salome, who gave it to her mother.

When John's disciples heard what had happened, they took away his body and laid it in a tomb, probably at Sebaste in Samaria, where he was venerated in the 4th century. His tomb was desecrated by Julian the Apostate. John's relics are claimed by many places, but it is unlikely that they are authentic. His cultus is ancient in both the East and West, because intercession to Saint John was believed to the coming of Christ in the soul, just as it was in history. There are a vast number of medieval churches in England dedicated to Saint John. He is the patron of the Knights Hospitallers, whose principal work was to guard the Holy Sepulchre at Jerusalem and protect pilgrims (Attwater, Benedictines, Bentley, Farmer). 

Gustave Moreau, L'apparition du chef de Saint Jean-Baptiste à Salomé,




The Decollation of St. John the Baptist

ST. JOHN the BAPTIST was called by God to be the forerunner of his Divine Son, to usher him into the world, and to prepare mankind by penance to receive their great Redeemer, whom the prophets had foretold at a distance through every age from the beginning of the world; never ceasing to excite the people of God to faith and hope in him, by whom alone they were to be saved. The more the sublime function of this saint surpassed that of the Jewish legislator and of all the patriarchs and ancient prophets, the greater were the graces by which he was fitted for the same. Some of the prophets had been sanctified from their birth; but neither in so wonderful nor in so abundant a manner as the Baptist. In order to preserve his innocence spotless, and to improve the extraordinary graces which he had received, he was directed by the Holy Ghost to lead an austere and contemplative life in the wilderness, in the continual exercises of devout prayer and penance, from his infancy till he was thirty years of age. How much does this precaution of a saint, who was strengthened by such uncommon privileges and graces, condemn the rashness of parents who expose children in the slippery time of youth to the contagious air of wicked worldly company, and to every danger! or, who, instead of training them up in suitable habits of self-denial, humility, devotion, and reasonable application to serious duties, are themselves by example and pernicious maxims the corruptors of their tender minds, and the flatterers of their passions, which they ought to teach them to subdue.

St. John cannot be commonly imitated by youth in his total retreat from the world; but he teaches what are the means by which they must study, according to their circumstances, to sanctify that most precious age of life; what they must shun, in what maxims they ought to ground themselves, and how they are to form and strengthen in themselves the most perfect habits of all virtues. Let them consider him as a special pattern, and the model of innocence and of that fervour with which they must labour continually to improve in wisdom, piety, and every virtue. He is particularly the pattern which those ought always to have before their eyes, who are called by God to the ministry of his altar, or of his word. Let no one be so rash as to intrude himself into the sanctuary before he has laboured a long time to qualify himself for so high an office by retirement, humility, holy contemplation, and penance, and before the spirit of those virtues has taken deep root in his soul. St. John led a most austere life in the wilderness, conversing only with God, till, in the thirtieth year of his age, he was perfectly qualified to enter upon the administration of his office; that being also the age at which the priests and Levites were permitted by the Jewish law to begin the exercise of their functions. 1 The prophets had long before described the Baptist as the messenger and forerunner sent to prepare the way of the Lord, by bringing men to a due sense of their sins, and to the other necessary dispositions for receiving worthily their Redeemer. 2 Isaias and Malachy in these predictions allude to harbingers and such other officers whom princes upon their journeys sent before them, to take care that the roads should be levelled, and all obstructions that might hinder their passage removed.

God, by a revelation, intimated to John his commission of precursor in the wilderness, and the faithful minister began to discharge it in the desert of Judæa itself near the borders. where it was thinly inhabited, upon the banks of the Jordan, towards Jericho. Clothed with the weeds of penance, he announced to all men the obligation they lay under of washing away their iniquities with the tears of sincere compunction; and proclaimed the Messiah, who was then coming to make his appearance among them. 3 He was received by the people as the true herald of the most high God, and his voice was, as it were, a trumpet sounding from heaven to summon all men to avert the divine judgments, and to prepare themselves to reap the benefit of the mercy that was offered them. All ranks of people listened to him, and, amongst others, came many pharisees, whose pride and hypocrisy, which rendered them indocile, and blinded them in their vices, he sharply reproved. The very soldiers and publicans or tax-gatherers, who were generally persons hardened in habits of immorality, violence, and injustice, flocked to him. He exhorted all to works of charity, and to a reformation of their lives, and those who addressed themselves to him, in these dispositions, he baptized in the river. The Jews practised several religious washings of the body as legal purifications; but no baptism before this of John had so great and mystical a signification. It chiefly represented the manner in which the souls of men must be cleansed from all sin and vicious habits, to be made partakers of Christ’s spiritual kingdom, and it was an emblem of the interior effects of sincere repentance; but it differed entirely from the great sacrament of baptism which Christ soon after instituted, to which it was much inferior in virtue and efficacy, and of which it was a kind of type. 4

St. John’s baptism was a temporary rite, by which men who were under the law were admitted to some new spiritual privileges, which they had not before, by him who was the messenger of Christ, and of his new covenant. Whence it is called by the fathers a partition between the law and the gospel. 5 This baptism of John prepared men to become Christians, but did not make them so. It was not even conferred in the name of Christ, or in that of the Holy Ghost, who had not been as yet given. 6 When St. John had already preached and baptized about six months, our Redeemer went from Nazareth, and presented himself, among others, to be baptized by him. The Baptist knew him by a divine revelation, and, full of awe and respect for his sacred person, at first excused himself, but at length acquiesced out of obedience. The Saviour of sinners was pleased to be baptized among sinners, not to be cleansed himself, but to sanctify the waters, says St. Ambrose, 7 that is, to give them the virtue to cleanse away the sins of men. St. Austin and St. Thomas Aquinas think he then instituted the holy sacrament of baptism, which he soon after administered by his disciples, 8 whom doubtless, he had first baptized himself. 9

The solemn admonitions of the Baptist, attended with the most extraordinary innocence and sanctity, and the marks of his divine commission, procured him a mighty veneration and authority among the Jews, and several began to look upon him as the Messiah, who, from the ancient prophecies, was expected by all the nations of the East to appear about that time in Judæa, as Suetonius, Tacitus, and Josephus testify. 10 To remove all thoughts of this kind, he freely declared that he only baptized sinners with water in order to repentance and a new life; but that there was one ready to appear among them, who would baptize them with the effusion of the Holy Ghost, and who so far exceeded him in power and excellency, that he was not worthy to do for him the meanest servile office. Nevertheless, so strong were the impressions which the preaching and deportment of John made upon the minds of the Jews, that they sent to him a solemn embassy of priests and Levites from Jerusalem to inquire of him if he was not the Christ? 11 True humility shudders at the very mention of undue honour; and, the higher applause it meets with among men, the lower it sinks in a deep sense and sincere acknowledgment of its own baseness and unworthiness, and in the abyss of its nothingness; and in this disposition it is inflamed with a most ardent desire to give all praise and glory to the pure gratuitous goodness and mercy of God alone. In these sentiments St. John confessed, and did not deny; and he confessed, I am not the Christ. He also told the deputies that he was neither Elias nor a prophet. He was indeed Elias in spirit, being the great harbinger of the Son of God; and excelled in dignity the ancient Elias, who was a type of our saint. The Baptist was likewise eminently a prophet, and more than a prophet, it being his office, not to foretel Christ at a distance, but to point him out present among men. 12 Yet, far from pluming himself with titles and prerogatives, as pride inspires men to do, he forgets his dignity in every other respect only in that of discharging the obligations it lays upon him, and of humbling himself under the almighty and merciful hand of Him who had chosen and exalted him by his grace. Therefore, because he was not Elias in person, nor a prophet in the strict sense of the word, though, by his office, more than a prophet, he rejects those titles.

Being pressed to give some account who he was, he calls himself the voice of one crying in the desert; he will not have men have the least regard for him, but turns their attention entirely from himself, as unworthy to be named or thought of, and only bids them listen to the summons which God sent them by his mouth. A voice is no more than an empty sound; it is a mere nothing. How eloquent does sincere humility render the saints to express the sentiments of their own nothingness! Like the Baptist, every preacher of God’s word must be penetrated with the most feeling sense of his own baseness; must study always to be nothing himself and in his own eyes, whilst yet he exerts all his powers that God, the great All, may be known, loved, served, and glorified by all, and in all: he must be himself merely a voice, but a voice of thunder to awake in all hearts a profound sense of their spiritual miseries, and of the duties which they owe to God. This maxim St. Austin illustrates by the following simile drawn by the pagan mythologists: “It is related in the fables,” says he, “that a wolf thought, from the shrillness of the voice, that a nightingale was some large creature, and, coming up and finding it to have so small a body, said: Thou art all voice, and art therefore nothing. In like manner let us be nothing in our own esteem. Let the world despise us, and set us at nought, provided we only be the voice of God, and nothing more.” 13

The Baptist proclaimed Jesus to be the Messias at his baptism; he did the same when the Jews consulted him from Jerusalem whether he was not the Messias: again, when seeing him come towards him the day following, he called him, The Lamb of God; also when his disciples consulted him about the baptism of Jesus, and on other occasions. He baptized first in the Jordan, on the borders of the desert of Judæa; afterwards, on the other side of that river, at a place called Bethania, or rather Bethabara, which word signifies House of the Passage or common ford: lastly at Ennon, near Salim, a place abounding in waters, situated in Judæa near the Jordan. In the discharge of his commission he was a perfect model to be imitated by all true ministers of the divine word. Like an angel of the Lord he was neither moved by benedictions nor by maledictions, 14 having only God and his holy will in view. Entirely free from vanity or love of popular applause, he preached not himself, but Christ. His tenderness and charity won the hearts, and his zeal gave him a commanding influence over the minds of his hearers. He reproved the vices of all orders of men with impartial freedom, and an undaunted authority; the hypocrisy of the Pharisees, the profaneness of the Sadducees, the extortion of the publicans, the rapine and licentiousness of the soldiers, and the incest of Herod himself. 15

The tetrarch Herod Antipas going to Rome in the sixteenth year of Tiberius, the thirty-third of Christ, lodged in his way at the house of his brother, Herod Philip, and was smitten with love for his wife, Herodias, who was niece to them both. He discovered to her his criminal passion, and she consented to leave her husband and marry him, upon condition that he first divorced his wife, who was daughter of Aretas, king of the Arabs. To this he readily agreed, and being returned from Rome in the following autumn, he considered how to rid himself of his wife. The princess having got intelligence of his resolution, made her escape, and fled to her father. By her voluntary retreat Herod Antipas saw himself at liberty, and, by a notorious infringement of all laws divine and human, married Herodias, his sister-in-law, though she had children by her own husband, Philip, his brother, who was yet living. 16 St. John Baptist boldly reprehended the tetrarch and his accomplice for so scandalous an incest and adultery, and said to that prince: It is not lawful for thee to take thy brother’s wife. Herod feared and reverenced John, knowing him to be a holy man, and he did many things by his advice; but, on the other hand, he could not bear that his main sore should be touched, and was highly offended at the liberty which the preacher took in that particular. Thus, whilst he respected him as a saint, he hated him as a censor, and felt a violent struggle in his own breast, between his veneration for the sanctity of the prophet and the reproach of his own conduct. His passion got the better, and held him captive, and his flame was nourished by the flatteries of courtiers, and the clamours and artifices of Herodias, who, like an enraged and infernal fury, left nothing unattempted to take away the life of him who durst impeach her conduct and disturb her criminal pleasures and ambition. Herod, to content her, cast the saint into prison. Josephus says the servant of God was confined in the castle of Macherus, two leagues beyond the lake Asphaltites, upon the borders of Arabia Petræa. St. John hearing in prison of Christ’s wonderful works and preaching, sent two of his disciples to him for their information, not doubting but that Christ would satisfy them that he was the Messiah; 17 and that by his answers they would lay aside their prejudices, and join themselves to him.

Herod continued still to respect the man of God, frequently sent for him, and heard him discourse with much pleasure, though he was troubled when he was admonished by him of his faults. Herodias, on the other hand, never ceased by her instigations to endeavour to exasperate him against the holy man, and to seek an opportunity to compass his destruction. An occasion at length fell out favourable to her designs. It was about a year since John the Baptist had been committed close prisoner, when Herod, upon the return of his birth-day, made a splendid entertainment for the principal nobility of Galilee, in the castle of Macherus. 18 The dancing of Salome and other circumstances of this banquet are sensible proofs to what an infamous pitch of impudence debauchery was carried in this impious court. To dance at banquets was looked upon among civilized nations which had any regard to rules of decency and temperance, as a base effeminacy, and an excess of softness and voluptuousness, 19 as it is called by Cicero, who clears the reputation of King Deiotarus from the aspersion of such an indecency, because, being a man remarkable from his youth for the gravity of his manners, he was incapable of such an extravagance. That orator had before endeavoured in the same manner to justify Muræna from a like imputation. When luxury and intemperance overran the Roman commonwealth, these maxims of ancient severity still so far prevailed, that Tiberius and Domitian, who will never pass for rigid reformers of morals, turned patricians out of the senate for having danced, and the former banished all the professed dancers and comedians out of Rome, 20 so incompatible with purity of manners was a passion for dancing looked upon. This reflection leads us to form a judgment of the extreme degeneracy of Herod’s court, in which the mirth and jollity of this feast was heightened by dancing. Salome, a daughter of Herodias by her lawful husband, pleased Herod by her dancing, insomuch that he promised her, with the sacred bond of an oath, to grant her whatever she asked, though it amounted to half of his dominions. From this instance St. Ambrose and other fathers take occasion to show the dangerous consequences of a passion for dancing, and the depravity from which it often takes its rise. 21 Salome having received the above-said ample promise made her by Herod, consulted with her mother what to ask. Herodias was so entirely devoured by lust and ambition, as willingly to forego every other consideration, that she might be at liberty to gratify her passions, and remove him who stood in her way in the pursuit of her criminal inclinations. She therefore instructed her daughter to demand the death of John the Baptist, and her jealousy was so impatient of the least delay, for fear the tyrant might relent if he had time to enter into himself, that she persuaded the young damsel to make it part of her petition that the head of the prisoner should be forthwith brought to her in a dish. This strange request startled the tyrant himself, and caused a damp upon his spirits. He, however, assented, though with reluctance, as men often feel a cruel sting of remorse, and suffer the qualms of a disturbed conscience flying in their face and condemning them, whilst they are drawn into sin by the tyranny of a vicious habit, or some violent passion. We cannot be surprised that Herod should be concerned at so extravagant a petition. The very mention of such a thing by a lady, in the midst of a feast and solemn rejoicing, was enough to shock even a man of uncommon barbarity.

The evangelist also informs us, that Herod had conceived a good opinion of the Baptist as a just and holy man; also, that he feared the resentment of the people, who held the man of God in the highest veneration and esteem. Moreover, it was a constant rule or custom, that neither the prince’s birth-day, nor the mirth of a public assembly and banquet, were to be stained with the condemnation or execution of any criminal whatever; only favours and pardons were to be granted on such occasions. Flaminius, a Roman general, was expelled the senate by the censors for having given an order for beheading a criminal whilst he was at a banquet. 22 Nevertheless, the weak tyrant, overcome by his passion, and by a fond complaisance, was deaf to the voice of his own conscience, and to every other consideration; and studied, by foolish pretences, to excuse a crime which they could only serve to exaggerate. He alleged a conscience of his oath; though if it be one sin to take a wicked oath, it is another to keep it; for no oath can be a bond of iniquity, nor can one oblige himself to do what God forbids. The tyrant also urged his respect for the company, and his fear of giving them scandal by a perjury. But how easy would true virtue and courage have justified the innocent man to the satisfaction of all persons whom passion did not blind, and have shown the inhumanity of an execution which could not fail to damp the joy of the meeting, and give offence to all who were not interested in the plot! But the tyrant, without giving the saint a hearing, or allowing him so much as the formality of a trial, sent a soldier of his guard to behead him in prison, with an order to bring his head in a charger, and present it to Salome. This being executed, the damsel was not afraid to take that present into her hands, and deliver it to her mother. St. Jerom relates, 23 that the furious Herodias made it her inhuman pastime to prick the sacred tongue with a bodkin, as Fulvia had done Cicero’s. Thus died the great forerunner of our blessed Saviour, about two years and three months after his entrance upon his public ministry, about the time of the Paschal solemnity, and a year before the death of our blessed Redeemer.

Josephus, though a Jew, gives a remarkable testimony to the innocence and admirable sanctity of John, and says: “He was indeed a man endued with all virtue, who exhorted the Jews to the practice of justice towards men, and piety towards God; and also to baptism, preaching that they would become acceptable to God, if they renounced their sins, and to the cleanness of their bodies added purity of soul.” 24 This historian adds, that the Jews ascribed to the murder of John the misfortunes into which Herod fell; for his army was soon after cut to pieces by Aretas, king of Arabia Petræa, who, in revenge for the affront offered his daughter, invaded his territories, and conquered the castle of Macherus. When Caligula afterwards conferred on Agrippa the title of king of Judæa, the ambitious Herodias being racked with envy, prevailed with Herod Antipas to repair to Rome, in order to request the like favour of the emperor; but Caligula had received a bad impression against him, being informed by Agrippa that he was making a league with the Parthians, and was provided with arms for seventy thousand men. Whereupon, instead of granting him a crown, he deprived him of his tetrarchate, confiscated his goods, and banished him and Herodias to Lyons, in Gaul, in the thirty-eighth year of the Christian æra, about four years after Christ had appeared before him at Jerusalem, and been treated by him as a mock king. Herod and Herodias died in great misery, as Josephus assures us, probably at Lyons, though some moderns say they travelled into Spain. What Nicephorus Calixti and other modern Greeks tell us, is not supported by any ancient voucher, that Salome going over the ice in winter, the ice broke and let her in up to the head, which by the meeting of the ice was severed from her body.

The Baptist’s disciples came and took away his body, which they honourably interred. Rufinus and Theodoret inform us, that in the reign of Julian the Apostate, the pagans broke open the tomb of St. John the Baptist, which was at Sebaste or Samaria, and burnt part of his sacred bones, some part being saved by the Christians. These were sent to St. Athanasius at Alexandria. Some time after, in 396, Theodosius built a great church in that city, in honour of the Baptist, upon the spot where the temple of Serapis had formerly stood, and these holy relics were deposited in it, as Theophanes testifies. But a distribution of some portions was made to certain other churches; and the great Theodoret obtained a share for his church at Cyrus, and relates, that he and his diocess had received from God several miraculous favours, through the intercession of this glorious saint. 25 The Baptist’s head was discovered at Emisa, in Syria, in the year 453, and was kept with honour in the great church of that city; till, about the year 800, this precious relic was conveyed to Constantinople, that it might not be sacrilegiously insulted by the Saracens. When that city was taken by the French in 1204, Wallo de Sarton, a canon of Amiens, brought part of this head, that is, all the face, except the lower jaw, into France, and bestowed it on his own church, where it is preserved to this day. Part of the head of the Baptist is said to be kept in St. Sylvester’s church, in Campo Marzo, at Rome; though Sirmond thinks this to be the head of St. John, the martyr of Rome. Pope Clement VIII., to remove all reasonable doubt about the relic of this saint, procured a small part of the head that is kept at Amiens, for St. Sylvester’s church. 26

This glorious saint was a martyr, a virgin, a doctor, a prophet, and more than a prophet. He was declared by Christ himself to be greater than all the saints of the old law, the greatest of all that had been born of women. All the high graces with which he was favoured, sprang from his humility; in this all his other virtues were founded. If we desire to form ourselves upon so great a model, we must, above all things, labour to lay the same deep foundation. We must never cease to purge our souls more and more perfectly from all leaven of pride, by earnestly begging this grace of God, by studying with this saint, truly to know ourselves, and by exercising continual acts of sincere humility. The meditation of our own nothingness and wretchedness will help to inspire us with this saving knowledge; and repeated humiliations will ground and improve our souls in a feeling sense of our miseries, and a sincere contempt of ourselves.

Note 1. Num. iv. 3. [back]

Note 2. Isa. xl. 3, Mal. iii. 1. [back]

Note 3. Luke iii. 1. [back]

Note 4. Matt. iii. 11. Acts xix. 5. S. Ambr. l. 2, in Luc. t. 3, p. 45. S. Aug. Enchir. c. 48, 49, t. 6, p. 214. &c. See Conc. Trid. Sess. 7. Con. 2. Bellarmin, Nat. Alexander, Tournely, Tr. de Bapt. [back]

Note 5. Luke xvi. 16. S. Aug. l. 5, de Bapt. c. 9, t. 9, p. 147. [back]

Note 6. John vii. 39. [back]

Note 7. L. 2, in Luc. t. 3, p. 46. [back]

Note 8. John iii. 26, iv. 2. [back]

Note 9. S. Aug. 44, ol. 163, c. 5, ep. 265, ol. 108, et Tr. 5, 13, 15 et 16, in Joan. [back]

Note 10. Sueton. in Vespas. c. 4, Tacitus, Hist. l. 5, c. 4, Joseph. De Bello Judaic. l. 7, c. 12, p. 961. [back]

Note 11. John i. 20. [back]

Note 12. Matt. xi. 9, 14. [back]

Note 13. S. Aug. Enar. in Ps. 58. [back]

Note 14. 2 Kings xiv. 17. [back]

Note 15. Herod, surnamed the Great, died detested by the Jews for his vices, oppressions of the people, and barbarous cruelty, by which he had not only contrived the extinction of the Asmonean royal family, and cut off the most illustrious princes of the Jewish sanhedrim and nation, but also had put to death his virtuous wife Mariamne (the daughter of Hircanus, the last Asmonean king,) and the two sons whom he had by her, Alexander and Aristobulus; and likewise Antipater, the eldest of his sons. He left at his death at least four sons, Archelaus and Herod Antipas by Malthace, Philip by Cleopatra, and Herod Philip by another Mariamne. Herod by his will made a partition of his dominions amongst three of these sons, leaving to Archelaus Judæa, Idumæa, and Samaria, with the title of king; to Philip Trachonitis, Auronitis, Panea, and Batanea; and to Herod Antipas, Galilee and Peræa. This disposition was confirmed by Augustus with the following limitation, that Archelaus should rule only with the title of Ethnarch till he should show himself worthy to be honoured with that of king; which he never obtained; for, inheriting the cruelty of his father, he was accused at Rome by the Jews and Samaritans of tyranny and mal-administration, and, in the tenth year of his reign, deposed by Augustus, and his goods confiscated. He died in banishment at Vienne in Gaul.

  Upon his deposition Judæa was made part of the province of Syria, and seized upon by the proconsul Quirinus, under whom Caponius, a Roman of the Equestrian order, was appointed governor, with the title of procurator of Judæa. Philip the tetrarch, or prince of Trachonitis, seems the most honest man of his family: he lived in quiet possession of his small territory thirty-seven years, and died without issue in the twenty-second year of Tiberius. Aristobulus, whom his father Herod put to death, left a son called Agrippa (who afterwards obtained the kingdom of Judæa) and a daughter named Herodias, who was married to Herod Philip. This, some understand to be the tetrarch Philip; but Calmet and others prove him to be the fourth son of Herod, who had no share in the tetrarchates, and who lived privately till Vespasian’s time, when, being eighty years old, he was entreated by Josephus to revise the books of his history which he sent him. This historian confirms our opinion; for, speaking of the rape of Herodias, he says that Herod the tetrarch went to the house of his brother Herod, the son of Mariamne, the daughter of Simon the high priest. These principalities were called Tetrarchates, that word signifying in Greek a fourth part; the dominions of Herod the Great being divided into four portions; for, besides the three above-mentioned, one Lysanias was tetrarch of a small territory between Libanus and Antilibanus called Abilina, Luke iii. See Calmet et Synop. Critic. ib. The Jews styled some of the tetrarchs kings. 
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Note 16. Matt. xiv. 3. Mark vi. 17. Luke iii. 19. Joseph. l. 18, c. 7. [back]

Note 17. Matt. xi. 1, 2, &c. Luke vii. 18. [back]

Note 18. Fleury (Mœurs des Juifs et Chrét.) and Melmoth (Notes on Pliny’s Letters) observe that the ancients took only a very small refreshment for breakfast and dinner; for example, a little bread and wine with an apple or two, or the like; and that their only meal to which friends were invited, was made towards sunset, or, in great entertainments, about the ninth hour, or our three in the afternoon. See also Lemery’s Dissertation on the wholesomeness of suppers. [back]

Note 19. See Rollin, et Tr. sur l’Education d’un Prince. [back]

Note 20. Tillemont Vie de Tibére, art. 14, de Domitien, art. 3. [back]

Note 21. Utterly to condemn dancing in persons who live in the world would be an excess of severity in morals; nor is some degree of that corporal exercise destitute of advantage in young persons of birth. As to ground the heart in sentiments of religion and virtue, and to cultivate and adorn the mind with suitable studies and science is the first part of education, so it is a secondary care that the body be formed by exercises, both such as promote health and strength, and such as contribute to give an easy graceful mien and carriage, an upright and straight attitude, a firm and steadfast walk, and a genteelness and politeness in behaviour. This is a part of the science of the world; and awkwardness in the attitude of the body, or clownishness in making our address to others, or in appearing in company, is a mark of want of education, and a neglect which renders a gentleman contemptible, and unfit for acting his part with becoming dignity in the commerce of human life.

  On this account the most severe moralists allow children to be taught not only a graceful manner of making a bow, and of addressing persons of all ranks; but also some single plain dances, such as are most proper to correct all rustic unnatural contortions, to form the shape and attitude of the body, and to give an easy, natural, and graceful carriage. Brutes attain their end by instinct; but men by reason; and the faculties of his mind stand in need of diligent culture to arrive at the perfection of nature for which he undoubtedly was designed by his author who created him capable thereof; also his body, for the sake not only of health and strength, but also of decency and gracefulness, must be fashioned by suitable exercise, as experience makes evident, and as it is easy to demonstrate from the general laws of mechanics and physics applied to the human frame. So far as dancing is serviceable to some of these purposes, children are usefully taught such an exercise.


  But, on the other side, its abuses and dangers must be cautiously guarded against, as it is sometimes made an instrument to vice, and an incentive of the most dangerous of all passions. Such dancers as by a base licentiousness of morals are often tolerated on the stage and in promiscuous assemblies, ought absolutely to be banished out of every commonwealth which has the least regard to virtue and morals; much more out of Christian societies. Such are here meant, in which several gestures shock modesty, tend to excite the passions, and are more apt to give a soft dissolute behaviour than a grave and truly genteel easy carriage. Secondly, a passion or fondness for dancing is generally a fatal symptom, and a dangerous snare, as all agree who have laid down precepts of virtue. To extenuate the most venerable authority of the fathers in this point, many affect to treat them as persons unacquainted with the world, and to call their morality, which is no other than that of the church, too severe. But the testimonies of penitent courtiers, or of heathen statesmen and philosophers, may perhaps have some weight with such persons. An instance or two will suffice. Roger de Rabutin, count of Bussi, who lived many years with dignity and applause in the French court, and who is well known both by several loose productions of wit in his youth, and by his edifying repentance many years before his death. This great man, in his book On the Use of Adversity, addressed to his children, cautions them in the strongest terms against a love of dancing: assuring them from his own experience that this diversion is dangerous to many people. This pathetic admonition he concludes as follows: “A ball is generally a post too hot even for an anchoret. If it may be done by aged persons without danger, it would be in them ridiculous; and to persons that are young, let custom say what it will, it is dangerous. In a word, I aver that a promiscuous ball is no place for a Christian.”


  The ancient heathens, howsoever debauched in their morals, looked upon a passion for dancing as the school and mark of most dangerous passions. This appears from Sallust, a nobleman, and friend of Julius Cæsar, who was himself borne away by the torrent of the time in which he lived, and plunged into the common corruption, but who professes in his excellent histories, that he abominated the vices he saw practised, though he wanted strength to bear up against the tide. Among many judicious reflections, this author says of Sempronia, a Roman lady, that she danced too well for an honest woman.
“Psallere et saltare elegantius quam necesse est probæ.” (De bello Catilin.) Which words one of our historians has applied to a certain famous English queen. St. Ambrose expresses only the general sentiments of the Romans, or rather of mankind, when he says that scarcely anything can be said more severe of a lady than to call her a dancer. This maxim is founded in experience, and in the very nature of things. Plutarch takes notice that the first rape committed upon the famous Helena when she was carried by Theseus into Thrace, was occasioned by her dancing with other maidens round the altar of Diana at Sparta. The dancing of Salome at this feast of Herod produced the martyrdom of the Baptist, and a complication of other crimes. [back]

Note 22. S. Hieron. in Mat. t. 4, p. 62. [back]

Note 23. S. Hier. l. 3, contra Rufin. c. 11. [back]

Note 24. Antiq. l. 18, c. 7. [back]

Note 25. Vit. Patr. c. 21. [back]

Note 26. See Tillem. t. 1, pp. 494, 504; Bolland, &c. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume VIII: August. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/8/291.html


Jan Adam Kruseman, Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste,vers 1861,
 120 X 90, Rijksmuseum Amsterdam.


The Passion of Saint John the Baptist


St. John the Baptist was called by God to be the forerunner of his Divine Son. In order to preserve his innocence spotless, and to improve the extraordinary graces which he had received, he was directed by the Holy Ghost to lead an austere and contemplative life in the wilderness, in the continual exercises of devout prayer and penance, from his infancy till he was thirty years of age.
At this age, the faithful minister began to discharge his mission. Clothed with the weeds of penance, he announced to all men the obligation they lay under of washing away their iniquities with the tears of sincere compunction, and proclaimed the Messiah, who was then coming to make his appearance among them. He was received by the people as the true herald of the Most High God, and his voice was, as it were, a trumpet sounding from heaven to summon all men to avert the divine judgments, and to prepare themselves to reap the benefit of the mercy that was offered them.
The tetrarch Herod Antipas having, in defiance of all laws divine and human, married Herodias, the wife of his brother Philip, who was yet living, St. John the Baptist boldly reprehended the tetrarch and his accomplice for  so scandalous an incest and adultery, and Herod, urged on by lust and anger, cast the, Saint into prison. About a year after St. John had been made a prisoner, Herod gave a splendid entertainment to the nobility of Galilee. Salome, a daughter of Herodias by her lawful husband, pleased Herod by her dancing, insomuch that he promised her to grant whatever she asked. On this, Salome consulted with her mother what to ask. Herodias instructed her daughter to demand the death of John the Baptist, and persuaded the young damsel to make it part of her petition that the head of the prisoner should be forthwith brought to her in a dish.
This  strange request startled the tyrant himself; he assented, however, and sent a soldier of his guard to behead the Saint in prison, with an order to bring his head in a charger and present it to Salome, who delivered it to her mother. St. Jerome relates that the furious Herodias made it her inhuman pastime to prick the sacred tongue with a bodkin. Thus died the great forerunner of our blessed Saviour, about two years and three months after his entrance upon his public ministry, about a year before the death of our blessed Redeemer.
SOURCE : http://ucatholic.com/saints/passion-of-john-the-baptist/