vendredi 10 août 2012

Saint LAURENT de ROME, diacre et martyr


SAINT LAURENT

Diacre et Martyr

(+ en 259)

Saint Laurent fut l'un des plus illustres martyrs de l'Église. Ses vertus, son mérite, lui gagnèrent l'affection du Pape Sixte II, qui le choisit comme son premier diacre.

L'an 258, le Pape fut arrêté et condamné à mort. Comme on le conduisait au supplice, Laurent, son diacre, le suivait en pleurant: "Où allez-vous, mon père, disait-il, sans votre fils? Où allez-vous, saint Pontife, sans votre diacre? Jamais vous n'offriez le sacrifice sans que je vous servisse à l'autel. En quoi ai-je eu le malheur de vous déplaire?" Le saint Pape, ému, lui dit: "Je ne vous abandonne point, mon fils; une épreuve plus pénible et une victoire plus glorieuse vous sont réservées; vous me suivrez dans trois jours." Puis il lui ordonna de distribuer aux pauvres tous les trésors de l'Église, pour les soustraire aux persécuteurs: mission que Laurent accomplit avec joie.

Le préfet de Rome, à cette nouvelle, fit venir Laurent et lui demanda où étaient tous les trésors dont il avait la garde, car l'empereur en avait besoin pour l'entretien de ses troupes: "J'avoue, lui répondit le diacre, que notre Église est riche et que l'empereur n'a point de trésors aussi précieux qu'elle; je vous en ferai voir une bonne partie, donnez-moi seulement un peu de temps pour tout disposer." Le préfet accorda trois jours de délai.

Pendant ce temps, Laurent parcourut toute la ville pour chercher les pauvres nourris aux dépens de l'Église; le troisième jour, il les réunit et les montra au préfet, en lui disant: "Voilà les trésors que je vous ai promis. J'y ajoute les perles et les pierres précieuses, ces vierges et ces veuves consacrées à Dieu; l'Église n'a point d'autres richesses. – Comment oses-tu me jouer, malheureux? dit le préfet; est-ce ainsi que tu outrages en moi le pouvoir impérial?" Puis il le fit déchirer à coups de fouets.

Laurent, après ce supplice, fut conduit en prison, où il guérit un aveugle et convertit l'officier de ses gardes, nommé Hippolyte. Rappelé au tribunal, il fut étendu sur un chevalet et torturé cruellement; c'est alors qu'un soldat de la garde, nommé Romain, vit un Ange essuyer le sang et la sueur du martyr: "Vos tourments, dit Laurent au juge, sont pour moi une source de délices." Laurent fut ensuite rôti à petit feu sur un gril de fer, et quand il eut un côté tout brûlé: "Je suis assez rôti de ce côté, dit-il au juge en souriant; faites-moi rôtir de l'autre." Bientôt, les yeux au Ciel, il rendit l'âme.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

Voir aussi : http://www.calixo.net/~knarf/almanach/laurent/laurent.htm


Saint Laurent de Rome

Diacre et martyr à Rome ( 258)

La "passio" de St Laurent, rédigée au moins un siècle après sa mort, n'est pas crédible. Le récit prétend que Laurent, diacre du pape saint Sixte II, fut mis à mort trois jours après le martyre de ce dernier et qu'il fut brûlé à petit feu sur un gril, ce qu'on ne souhaite à personne. La plupart des auteurs modernes estiment qu'il fut décapité, comme Sixte. Quoiqu'on pense de la valeur des "acta", il n'en reste pas moins que Laurent a toujours été vénéré, en Orient comme en Occident, comme le plus célèbre des nombreux martyrs romains (voir la liste chronologique, autour des années 258-259...). Les écrits des saints Ambroise, Léon le Grand, Augustin et Prudence témoignent de ce culte(*).

Son nom est cité dans la première prière eucharistique. Il est représenté comme diacre, tenant un gril ou couché dessus.

Diacre de l'Église de Rome, auprès du pape saint Sixte II, il a pour fonction d'être le gardien des biens de l'Église. Lorsque l'empereur Valérien prend un édit de persécution interdisant le culte chrétien, même dans les cimetières, il est arrêté en même temps que le pape et les autres diacres. Ils sont immédiatement mis à mort, mais lui est épargné dans l'espoir qu'il va livrer les trésors de l'Église. Voyant le pape marcher à la mort, Laurent pleure. Est-il donc indigne de donner sa vie pour le Christ? Saint Sixte le rassure, il ne tardera pas à le suivre. Sommé de livrer les trésors, il rassemble les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles. "Voilà les trésors de l'Église." Il est condamné à être brûlé vif sur le gril. Il a encore le sens de l'humour et un courage extraordinaire : "C'est bien grillé de ce côté, tu peux retourner," dira-t-il au bourreau. Il fut l'un des martyrs les plus célèbres de la chrétienté. Au Moyen Age, avec saint Pierre et saint Paul, il était le patron de la Ville éternelle où 34 églises s'élevaient en son honneur. 84 communes françaises portent son nom. 

(*) un internaute nous signale: "Le peuple de Dieu dit Saint-Augustin, n'est jamais instruit d'une manière plus profitable que par l'exemple des martyrs. Si l'éloquence entraîne, le martyre persuade. Cette admirable force d'âme fortifiait les autres en leur donnant le modèle de ses souffrances." Dans notre église - Saint-Pierre à Denguin en Béarn (Pyrénées Atlantiques) - se trouve une copie de son martyre par Rubens en 1622. Il y est invoqué pour guérir les brûlures, les maladies de peau... 



Dans son désir de partager le sort du pape Sixte II jusque dans son martyre, comme le rapporte saint Léon le Grand, quand il reçut l’ordre de livrer les trésors de l’Église, il montra au tyran les pauvres, nourris et vêtus aux frais de l’Église, et au bout de trois jours, il triompha des flammes et même les instruments de son supplice devinrent les signes de sa victoire. Ses restes furent déposés à Rome, sur la voie Tiburtine, au cimetière de Cyriaque (le Campo Verano).


Martyrologe romain

"Le feu matériel brûlait le corps du bienheureux Laurent, mais l'amour intérieur du Sauveur dont son cœur était enflammé adoucissait l'ardeur extérieure" Saint Augustin.



SAINT LAURENT



PROTO DIACRE DE L’EGLISE ROMAINE
Don Francesco Moraglia



Docteur de théologie systématique



Gênes


L’histoire de l’Eglise nous a laissé de grandes figures d’évêques et de prêtres qui ont contribué à illustrer, sur le plan théologique et pastoral, le sens profond du ministère ordonné. Pour l’épiscopat, on distingue, entre autres, les figures d’Irénée, Augustin, Winfrid, Boniface, Bartolomé Las Casas et Ildephonse Schuster; pour la prêtrise, l’époque moderne et contemporaine a été marquée par Philippe Néri, Jean-Marie Vianney, Jean Bosco, Pierre Chanel et Maximilien Kolbe. Le ministère diaconal acquiert lui aussi des contours plus nets si on le considère à la lumière de la figure de grands diacres; c’est le cas, par exemple, du martyr Laurent, proto diacre de l’Eglise romaine qui, avec Etienne et Philippe, est certainement l’un des plus célèbres de l’antiquité.

Le diaconat considéré en lui-même, en tant que ministère permanent, non finalisé à la prêtrise, disparaît en Occident après avoir été une institution florissante jusqu’au Ve siècle; à partir de cette époque - principalement à cause de l’engagement plus grand des prêtres dans l’activité pastorale -, le premier degré du sacrement de l’ordre se réduit à une simple étape d’accès au degré suivant, la prêtrise. On peut alors aisément comprendre pourquoi l’institution diaconale, sur le plan de la réflexion théologique et de la pratique pastorale, est restée inhibée, presque fossilisée.

Dès le XVIe siècle, le concile de Trente tenta de réagir à cette situation, sans succès; il faudra attendre le concile Vatican II, dans la seconde moitié du XXe siècle, pour assister au rétablissement du diaconat "en tant que degré propre et permanent de la hiérarchie..."; le texte de la constitution dogmatique Lumen Gentium, toujours au n. 29, précise immédiatement après: "...avec l’accord du pontife romain ce diaconat pourra être conféré à des hommes mûrs, même s’ils vivent dans le mariage, ainsi qu'à des jeunes gens idoines, pour lesquels, cependant, la loi du célibat doit rester ferme" (EV. 1/360).

Paul VI, dans la lettre apostolique Sacrum diaconatus ordinem - 18 juin 1967 -, réaffirme que l’ordre du diaconat "...ne doit pas être considéré comme un pur et simple degré d’accès au sacerdoce; celui-ci, insigne par son caractère indélébile et sa grâce particulière, s’enrichit d'autant plus que ceux qui y sont appelés peuvent se consacrer de manière stable aux mystères du Christ et de l’Eglise" (EV. 2/369).

Le seul fait que pendant une période aussi longue - quinze siècles -, le diaconat ne se soit pas réalisé sous une forme permanente dans l’Eglise latine, laisse deviner qu'il est nécessaire, sur le plan de la réflexion théologique et de la pratique pastorale, de récupérer le temps perdu à travers une ample réflexion de la part de toute la communauté ecclésiale. Le diaconat permanent, en effet, représente un important enrichissement pour la mission de l’Eglise.

Naturellement, le rétablissement du diaconat permanent, sollicité avec autorité par le dernier concile, ne pourra se réaliser qu’en harmonie et continuité avec la tradition ancienne. A ce sujet, la récente déclaration conjointe - 22 fevrier 1998 - de la Congrégation pour l’Education catholique et de la Congrégation pour le Clergé est extrêmement significative; elle se trouve au début des "Normes fondamentales pour la formation des diacres permanents" et du "Directoire pour le ministère et la vie des prêtres"; le contenu de cette déclaration apporte une clarification et une orientation pour le futur: "c’est la réalité diaconale toute entière (vision doctrinale fondamentale, discernement vocationnel et préparation, vie, ministère, spiritualité et formation permanente) qui postule une révision du chemin de formation jusqu’ici parcouru, pour obtenir une clarification globale, indispensable à une nouvelle impulsion de ce degré de l’Ordre sacré, en correspondance avec les vœux et les intentions du Concile Œcuménique Vatican II" (Normes fondamentales pour la formation des diacres permanents, Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents. Cité du Vatican, page 7).

Pour reprendre ce qui a été dit au sujet des grandes figures d’évêques, de prêtres et de diacres qui ont illustré et influencé le ministère ordonné, permettant une compréhension plus vraie et plus approfondie de celui-ci, il est raisonnable de s’arrêter sur la figure du diacre Laurent dont l’histoire personnelle incite à repenser le premier degré du ministère ordonné; lequel, en raison de l’évolution historique évoquée plus haut, attend encore aujourd’hui d’être pleinement compris et mis en valeur. Il s’agit de donner une nouvelle vigueur à un ministère permanent en mesure de s’exprimer avec une plus grande fécondité dans la vie de l’Eglise.

Les vicissitudes personnelles de saint Laurent, archidiacre de l’Eglise de Rome, nous sont parvenues à travers une tradition ancienne divulguée dès le IVe siècle; cette tradition accueillie par l’Eglise a également été admise dans les textes liturgiques.

Les épisodes les plus connus du martyre de Laurent sont décrits, avec richesse de détails, dans la Passio Polychromi dont nous avons trois rédactions (V-VIIe siècle); De fait, ce récit renferme des éléments légendaires, même si certaines informations que nous rapportons ici figurent dans des témoignages précédents comme celui de saint Ambroise dans De Officiis (cf. PL XVL 89-92).

Nous commençons, avec l'intention de les développer, par les courtes annotations reportées pour la fête du martyr qui - selon la "Depositio martyrum" (année 354) - tombe le 10 août; voici les expressions du Missel Romain: "Laurent, célèbre diacre de l’Eglise de Rome, confirma son service de charité par le martyre sous Valérien (258), quatre jours après la décapitation du pape Sixte II. Selon une tradition divulguée dès le IVe siècle, il soutint, intrépide, un atroce martyre sur le gril, après avoir distribué les biens de la comunauté aux pauvres qu’il considérait comme les vrais trésors de l’Eglise...". Ces annotations se terminent en rappelant que le nom de Laurent figure également dans le Canon Romain.

L’Eglise, dans ses textes liturgiques, prend donc à son compte ce que rapporte la tradition ancienne qui, cependant, connaît en son sein des versions différentes. Ici, nous n’avons pas l’intention d'entrer dans le vif des hypothèses récemment avancées par la critique historiographique qui aurait tendance à reporter la date du martyre de saint Laurent au début du IVe siècle et à se démarquer des contours traditionnels pour le caractériser; par exemple, Laurent ne serait pas espagnol mais romain et, à ce propos, la Prefazio della mensa XII del Sacramniario leoniano le présente comme civis romain. Mais, comme le remarque Paolo Toschi, toutes ces nouvelles études "n’enlèvent pas a priori la possibilité qu'il existe, à Rome, une véritable tradition, exposée avec d’évidents embellissements réthoriques par saint Ambroise, sur la tragique capture et la fin de saint Laurent par le feu, supplice qui a été infligé sous Valérien, comme on le sait, à saint Fructuosus et aux diacres Euloge et Augure à Tarragone. D’autre part, le verbe animadvertere utilisé dans le décret de persécution dans la rédaction de Cyprien peut également faire référence à d’autres formes d’exécutions capitales en dehors de la "décapitation" (Bibliotheca Sanctorum, vol....1539).

Nous accueillons ici les données traditionnelles telles qu'elles sont rapportées dans les textes liturgiques, en nous limitant à les proposer de manière plus articulée.

Laurent serait donc né en Espagne, à Osca une petite ville de l’Aragon qui surgit aux pieds des Pyrénées. Afin de compléter ses études humanistiques et liturgiques il fut envoyé, tout jeune encore, dans la ville de Saragosse, où il fit la connaissance du futur pape Sixte II. Ce dernier - originaire de la Grèce -, était investi d’une charge d’enseignant dans l’un des plus importants centres d’études de l'époque et, parmi ses maîtres, le pape était l’un des plus connus et des plus appréciés.

Pour sa part, Laurent, qui devait devenir un jour le chef des diacres de l’Eglise de Rome, s’imposait par ses qualités humaines, par sa délicatesse d’âme et son intelligence. Entre le maître et l’élève s'instaura une communion et une familiarité qui, avec le passage du temps, augmenta et se cimenta; entre temps, l’amour qu'il portaient tous les deux pour Rome, centre de la chrétienté et ville-siège du vicaire du Christ, augmenta au point de suivre un flux migratoire alors très intense et de quitter l’Espagne pour la ville où l’apôtre Pierre avait établi sa chaire et rendu le témoignage suprême. C'est donc à Rome, au cœur de la catholicité, que maître et élève purent réaliser leur idéal d’évangélisation et de mission... jusqu’à l’effusion du sang. Lorsque le 30 août de l’année 257, Sixte II monta sur le trône de Pierre - pour un pontificat qui devait durer moins d’un an - , immédiatement et sans hésiter, il voulut à ses côtés son ancien élève et ami Laurent, en lui confiant la charge délicate de proto diacre.

Les deux hommes, à la fin, scellèrent leur vie de comunion et d’amitié en mourant par les mains du même persécuteur, séparés seulement par quelques jours.

Nous avons des informations sur la fin du pape Sixte II dans une lettre de saint Cyprien, évêque de Carthage. Cyprien, en parlant de la situation de grande incertitude et de malaise dans laquelle versaient les Eglises à cause de l'hostilité croissante à l'égard des chrétiens, remarque: "L’empereur Valérien a envoyé au sénat son rescrit par lequel il a décidé que les évêques, les prêtres et les diacres doivent être immédiatement mis à mort... - le témoignage de Cyprien continue - ... je vous communique que Sixte a subi le martyre avec quatre diacres le 6 août, alors qu’il se trouvait dans la zone du cimetière. Les autorités romaines ont pour règle que ceux qui sont dénoncés comme chrétiens doivent être jugés et subir la confiscation de leurs biens au bénéfice du trésor public impérial" (Lettre 80, CSEL 3,839-840).

Le cimetière auquel le saint évêque de Carthage fait allusion est celui de Callixte, où Sixte fut capturé tandis qu’il célébrait la sainte liturgie et où il fut enterré après son martyre.

En revanche, pour le martyre du diacre Laurent, nous possédons un témoignage particulièrement éloquent de saint Ambroise dans De Officiis (1 41, 205-2079), repris ensuite par Prudence et saint Augustin, puis par saint Maxime de Turin, saint Pierre Chrisologue, saint Léon le Grand et, enfin, par certaines formules liturgiques renfermées dans les Sacramentaux romains, dans le Missale gothicum et dans l’Ormionale Visigotico (Bibliotheca Sanctorum, vol. ..., 1538-1539).

Ambroise s’étend tout d’abord sur la rencontre et sur le dialogue entre Laurent et le pape, il évoque ensuite la distribution des biens de l’Eglise aux pauvres, il mentionne enfin le gril, l'instrument du supplice, en rapportant la phrase que le proto diacre de l’Eglise de Rome prononça en s'adressant à ses bourreaux: assum est, ... versa et manduca (cf. Bibliotheca Sanctorum, vol. ... col. 1538-1539).

C'est au texte d’Ambroise tiré du De Officiis (chap. 41, nn. 205-206-207), bouleversant par son intensité et sa force expressive, que nous nous référons; saint Ambroise s’exprime ainsi:

205. "... saint Laurent,... voyant son évêque Sixte conduit au martyre, commença à pleurer non pas parce que celui-ci était conduit à la mort, mais parce qu’il devait lui survivre. Il commença donc à lui dire de vive voix: "Où vas-tu, père, sans ton fils? Où t'empresses-tu, o saint évêque, sans ton diacre? Tu n’offrais jamais le sacrifice sans ministre. Qu’est-ce qui t’as donc déplu en moi, o père? Tu m’as peut-être trouvé indigne? Vérifie au moins si tu as choisi un ministre approprié. Ne désires-tu pas que celui auquel tu as confié le sang du Seigneur, celui que tu as associé à la célébration des mystères sacrés, verse son sang avec toi? Sois attentif à ce que ton discernement ne vacille pas tandis que ta force est louée. Le mépris du disciple porte préjudice au maître. Faut-il rappeler que les grands hommes remportent la victoire par les épreuves victorieuses de leurs disciples plus que par les leurs? Et puis Abraham a offert son fils, Pierre a envoyé Etienne en avant. Toi aussi, o mon père, montre en ton fils ta vertu; offre celui que tu as éduqué, pour obtenir la récompense éternelle en glorieuse compagnie, sûr de ton jugement".

206. Sixte lui répondit: "Je ne te quitte pas, je ne t'abandonne pas, o mon fils; mais des épreuves plus difficiles te sont réservées. Comme nous sommes vieux, il nous a été donné de parcourir une épreuve plus facile; Comme tu es jeune, tu es destiné à un triomphe plus glorieux sur le tyran. Tu viendras bientôt, cesse de pleurer: tu me suivras dans trois jours. Cet intervalle entre un évêque et un lévite est convenable. Tu n'aurais pas été digne de vaincre sous la conduite de ton maître, comme si tu cherchais une aide. Pourquoi demandes-tu à partager mon martyre? Je t'en laisse l'entière succession. Pourquoi exiges-tu ma présence? Les disciples encore faibles précèdent leur maître, ceux qui sont déjà forts, qui n'ont plus besoin d'enseignements, le suivent pour vaincre sans lui. C'est pourquoi Elie quitta Elisée. Je te confie la succession de ma vertu".

207. Il existait entre eux une rivalité véritablement digne d’être combattue par un évêque et par un diacre: celui qui, le premier, devait souffrir pour Jésus-Christ. On raconte que lors des représentations tragiques, les spectateurs éclataient en applaudissements bruyants lorsque Pilade disait qu'il était Oreste et Oreste, comme c'était le cas, affirmait qu’il était Oreste, le premier pour être tué à la place d’Oreste, le second pour empêcher que Pilade fut tué à sa place. Mais ces derniers ne devaient pas vivre, car ils étaient tous les deux coupables de parricide: l’un parce qu’il l’avait commis, l’autre parce qu’il était son complice. Dans notre cas, le seul désir qui animait saint Laurent était celui de s’immoler pour le Seigneur. Et lui aussi, trois jours après, ayant ridiculisé le tyran, sera brûlé sur un gril: "Cette partie est cuite, dit-il, retourne-la et mange-la". Il triomphait ainsi, avec sa force d’âme, de l’ardeur du feu" (saint Ambroise, De Officiis, libri tres, Milan, Bibliothèque ambrosienne, Rome Città Nuova Editrice 1977, pp. 148-151).

Si l’on s’en tient au témoignage de saint Ambroise, le diacre apparaît caractérisé ainsi:

1) comme celui qui, constitué sacramentellement au service de l’offrande (diaconie), vit son ministère diaconal en exprimant dans le martyre le témoignage suprême de Jésus-Christ, le sens théologique du service de la charité, à travers l’accueil de cet amour-charité plus grand qu'est le martyre.

2) comme celui qui, en vertu du lien structurel qui le lie sacramentellement à l’évêque, (premier degré de l’ordre), vit la "communion ecclésiale", à travers un service spécifique à l’épiscopat, à partir de l’eucharistie et en référence à celui-ci.

3) comme celui qui, en vertu du sacrement (c’est-à-dire dans la mesure où il est enraciné dans le premier degré de l’ordre), se consacre au service d’une charité intégrale, à 360 degrés - par conséquent pas seulement une solidarité humaine et sociale -, et manifeste de la sorte le caractère le plus typique de la diaconie.

Examinons l'une après l'autre ces caractéristiques:

1) Le diacre se présente comme celui qui, constitué sacramentellement au service de l’offrande (diaconie), vit son ministère diaconal en exprimant dans le martyre le témoignage suprême de Jésus-Christ, le sens théologique du service de la charité, à travers l’accueil de cet amour-charité plus grand qu'est le martyre.

Si la caractéristique principale qui identifie le diacre, en soi et dans son ministère, est celle d'être ordonné au service de la charité, le martyre - témoignage jusqu’à l’effusion du sang -, doit être considéré comme l'expression d’un amour-charité plus grand, à savoir le service d’une charité qui ne connaît pas de limites. Le ministère de la charité auquel le diacre est délégué à travers l’ordination ne s’arrête donc pas au service des "cantines" ou, comme on avait coutume de dire autrefois, dans un langage catéchétique, aux œuvres de miséricorde corporelles, ni même aux œuvres spirituelles, mais le service diaconal de la charité doit parvenir, par l’inconditionnel don de soi, à l’imitation du Christ, le témoin fidèle par antonomase (cf. Ap 1,5;3,14).

Dans le cas de Laurent - explique Ambroise- "aucun désir ne l'animait sinon le désir de s’immoler pour le Seigneur" (cf. saint Ambroise, De Officiis, I, 41, n. 207); à travers le témoignage rendu face à ses persécuteurs, il apparaît évident que l’exercice du ministère diaconal ne s’identifie pas ici avec le service du prochain, réduit aux seules nécessités matérielles; puisque dans ce geste qui exprime un amour plus grand pour Jésus-Christ et qui porte à donner sa propre vie, Laurent fait en sorte que ses bourreaux puissent également, au sens réel, faire "une certaine" expérience du Verbe incarné qui, en dernière instance, est le destin personnel et commun de tout homme; c'est le service théologique de la charité auquel chaque diacre doit tendre ou, tout au moins, rester disponible.

Ceci ne signifie pas que le diacre épuise dans son ministère le témoignage de la charité qui est, et reste toujours, vocation et mission de toute l’Eglise, mais on entend affirmer qu'en vertu de son ordination, le diacre porte en soi, de manière sacramentelle-spécifique, la "forme Christi" pour le service de la charité; ce qui revient à dire un "exercice ministériel" de la charité qui se réalise envers Jésus-Christ et les frères et qui peut aller jusqu’à exiger le don de soi... jusqu’au sacrifice de la vie. Les mots que Laurent adresse à l’évêque Sixte résonnent clairement: "Et puis Abraham a offert son fils, Pierre a envoyé Etienne en avant. Toi aussi, o mon père, montre en ton fils ta vertu; offre celui que tu as éduqué, pour obtenir la récompense éternelle en glorieuse compagnie, sûr de ton jugement" (saint Ambroise, De Oficiis, I, 41, n. 205).

Il est utile de rappeler, cependant, que le témoignage d’un "amour-charité" plus grand de la part de celui qui est ordonné au service de la charité, ne dispensera jamais l’Eglise-Epouse de s’offrir au Christ-Epoux, dans le don de la "martyria" par lequel, au delà de toute réticence et ambiguité, se manifeste la valeur absolue et l’union inséparable que "vérité" et "charité" revêtent dans la vie du disciple du Seigneur (cf. 1 Cor 13,4-5, Phil 4,15).

A cet effet, il est utile de relire le texte de Lumen Gentium 42, dans lequel on affirme. "... le martyre, par lequel le disciple est rendu semblable au maître qui accepte librement la mort pour le salut du monde, et se conforme à lui dans l’effusion du sang, est estimé par l’Eglise comme le don exeptionnel et la preuve suprême de la charité... si le martyre est accordé à peu, tous doivent cependant être prêts à confesser Jésus-Christ devant les hommes, et à le suivre sur le chemin de la croix à travers les persécutions, qui ne font jamais défaut à l’Eglise" (EV, 1/398).

A présent - malgré l’appel universel à la charité même héroïque -, un fait reste incontestable: dans l’Eglise il existe un "ministère ordonné" spécifique, par conséquent des hommes sacramentellement constitués au service de la charité.

2) Le diacre se présente comme celui qui, en vertu du lien structurel qui le lie sacramentellement à l’évêque, (premier degré de l’ordre), vit la "communion ecclésiale", à travers un service spécifique à l’épiscopat, à partir de l’eucharistie et en référence à celui-ci.

C’est l’autre caractéristique qui ressort du dialogue entre Sixte et Laurent au cimetière de Callixte; le dialogue met en évidence le fait que c’est justement dans le lien sacramentel qui unit le diacre à l’évêque, que le diacre apparaît comme l'"homme de la communion" à travers le service spécifique qu'il rend à l’évêque; ce service, ensuite, se réalise, concrètement, par l'accomplissement fidèle de ce que l’évêque, en vertu de la plénitude du sacerdoce et du gouvernement qu’il a sur l’Eglise - toujours en communion avec l’évêque de Rome -, exige de son diacre selon les nécessités et les urgences ecclésiales.

Dans le ministère du diacre, enfin, toute chose fait référence à l’autel, dans la mesure où dans l’Eglise toute chose, à commencer par la charité, tire son origine de la S.S. Eucharistie. Voici le point où le témoignage d’Ambroise, à cet égard, se fait particulièrement significatif: "... Laurent,... voyant son évêque Sixte conduit au martyre, commença… à lui dire de vive voix: "Où vas-tu, père, sans ton fils? Où t'empresses-tu, o saint évêque, sans ton diacre? Tu n’offrais jamais le sacrifice sans ministre… ? …Ne désires-tu pas que celui auquel tu as confié le sang du Seigneur, celui que tu as associé à la célébration des mystères sacrés, verse son sang avec toi?" (saint Ambroise, De Officiis, 1.41, n.205).

La communion et l’affection entre l’évêque et le diacre, qui se manifestent dans leur commune dépendance et dans leur lien commun à l’eucharistie, expriment une vision ecclésiale profondémente théologique qui va au delà des conceptions qui abaissent et réduisent l’Eglise-Epouse à une simple dimension politique et sociologique, en l'assimilant, de fait, à l’une des nombreuses institutions humaines; il est donc nécessaire de se libérer de toute perspective secularisée et sécularisante, qui conduit inéluctablement à perdre et à compromettre le sens et la force régénérante du Mystère; le risque est celui de voir aussi bien dans le pape que dans les évêques, les prêtres et les diacres, autant de degrés d’une bureaucratie infinie semblable à celle de l’administration publique et chargée, comme cette dernière, de veiller au bon ordre de l’ensemble guère mieux précisé.

La rencontre du pape Sixte avec le diacre Laurent nous invite, le cas échéant, à renverser une telle vision et à redécouvrir au cœur de l’Institution-Eglise, toujours indispensable, et des structures ecclésiales, pareillement nécessaires, la réalité vive et vivifiante de la grâce qui les anime et, par là même, nous invite à redécouvrir le lien théologique qui les lie au Christ, unique, véritable Evêque, Prêtre et Diacre. D’autre part, dans le Nouveau Testament - dans la lettre aux Philippiens (cf. Phil 1,1) et dans la première lettre à Timothée (cf. Tim 3,1-13) -, nous trouvons associés l’évêque et le diacre; par la suite, leur lien étroit est attesté dans la "Traditio apostolica" - début du IIIe siècle (Hyppolite de Rome) -, où la grâce conférée au diacre par le rite de l’ordination est définie comme "simple service de l’évêque", sans sacerdoce; quelques années après - dans la moitié du IIIe siècle, en Syrie -, la "Didascalie des Apôtres" présente le diacre comme le "serviteur de l’évêque et des pauvres".

Enfin, la relation qui lie structurellement le diacre à l’évêque aujourd’hui est exprimée de manière transparente à travers la liturgie de l’ordination; dans ce cérémonial, en effet, à la différence de celui de l’ordination des évêques et des prêtres, le geste de l’imposition des mains est réalisé uniquement par l’évêque qui ordonne pour indiquer le lien caractéristique et singulier qui lie le diacre à l’évêque.

3) Le diacre se présente comme celui qui, en vertu du sacrement (c’est-à-dire dans la mesure où il est enraciné dans le premier degré de l’ordre), se consacre au service d’une charité intégrale, à 360 degrés - par conséquent pas seulement une solidarité humaine et sociale -, et manifeste de la sorte le caractère le plus typique de la diaconie.

Dans son témoignage, Ambroise nous présente encore Laurent comme celui qui, en vertu du sacrement reçu, est pleinement consacré au service de la charité dans une situation concrète: la Rome impériale du troisième siècle, tandis que la persécution fait fureur; dans cette conjoncture, Laurent est appelé à réaliser, face à la communauté ecclésiale et au monde, des gestes concrets destinés à se transformer en autant de signes de l’Amour-Charité de Dieu, à savoir de cette Charité dont toute chose provient et vers laquelle toute chose se dirige; et c’est dans ce service que le diacre exprime le ministère le plus typique de sa diaconie qui consiste, justement, dans le service de la charité réalisé en vertu du mandat sacramentel; en définitive une animation qui concerne l’Eglise ou des secteurs de la vie ecclésiale et qui se présente selon les caractères de la catholicité (kat’olon = selon la totalité, sans rien exclure); l’aspiration de ce service est la totalité des hommes sans exeption, le contenu, un bien qui répond à toutes les attentes de l’homme - esprit, âme et corps (cf. I Ts 5,23) - excluant toute partialité et unilatéralité.

En outre, dans le texte ambrosien on relève une allusion qui aide à la réflexion. Sixte, désormais prisonnier, confie à Laurent, le premier de ses diacres, l’Eglise entière et la lui laisse pour une période de trois jours. "... Comme nous sommes vieux, il nous a été donné de parcourir une épreuve plus facile; comme tu es jeune, tu es destiné à un triomphe plus glorieux sur le tyran. Tu viendras bientôt, cesse de pleurer: tu me suivras dans trois jours. Cet intervalle entre un évêque et un lévite est convenable..." (saint ambroise, De Officiis, n.206). Laurent, pendant ces trois jours, et en tant que diacre, en esprit de service et d’obéissance à son évêque - désormais définitivement arraché à son peuple -, devra prendre soin de l’Eglise, et pour la dernière fois il administrera les biens de l’Epouse du Christ en le faisant par un geste qui porte en soi la force d’une définition et qui dit comment, dans l’Eglise, tout est finalisé et prend de la valeur à partir du service de la charité, réalité destinée à perdurer quand tout aura disparu et la scène de ce monde sera passée (cf. 1 Cor 13,8).

Pour ceux qui regardent de loin, de façon approximative - et, somme toute, superficielle -, ce geste peut sembler être exclusivemnet lié aux nécessités matérielles et au temps présent; il s’agit, en effet, de la distribution de biens matériels à des pauvres; en réalité, l’acte que Laurent réalise, en esprit de fidélité au dépôt qu'il a reçu de l’évêque et au ministère ecclésial dans lequel il est constitué, est un acte qui le projette, et avec lui projette toute l’Eglise - qui lui a été confiée jusqu’au moment du martyre -, au-delà de l’histoire, dans l’escathologie, c'est-à-dire dans le "temps" et dans "l’espace" dans lequel Dieu manifeste la plénitude de sa charité et de son amour.

Le diacre laurent, ministre ordonné de la charité, achève la tâche qu’il avait reçue, non seulement dans la mesure où il suit son évêque dans le martyre mais parce qu’à travers le geste par lequel il donne aux pauvres toutes les ressources de la communauté - ici exprimées par des biens matériels -, il montre comment, dans l’Eglise, chaque chose a de la valeur si elle est orientée vers la charité, si elle devient service à la charité, si elle peut se transformer en charité.

Et ce service - comme le rappelle la première lettre aux Théssaloniciens (cf. 1 Ts 5,23) -, s’étend non seulement au "corps" mais aussi à l’"esprit" et à l’"âme", pour se manifester en toute clarté dans la prière que - selon la Passio Polychromi (les actes du martyre de Laurent) -, le saint diacre voulut réciter pour la ville de Rome avant de monter sur le gril.

Et la ville, qui lui attribuait la victoire définitive sur le paganisme, le lui rendit en le choisissant comme son troisième patron et en célébrant sa fête dès le IVe siècle, en second, par odre d’importance, après la fête des bienheureux Pierre et Paul et en élevant, en honneur du saint diacre, dans l’antiquité et au moyen-âge, au moins trente quatre églises et chapelles, signe tangible de reconnaissance envers celui qui, fidèle à son ministère, avait été, en son sein, véritable ministre et serviteur de la charité.

A présent, au terme de ces réflexions sur le ministère du diaconat essentiellement envisagé sous sa forme "permanente", nous pouvons dire:

1) il faut savoir considérer avec un esprit critique toutes les perspectives - désormais dépassées, en vérité -, qui, de fait, interprètent et présentent le diaconat comme un ministère qui conduit à la cléricalisation des laïcs et à la laïcisation des clercs, parvenant ainsi à l'affaiblissement de l’identité des uns et des autres.

2) le diacre, qui se distingue des évêques et des prêtres dans la mesure où il n’est pas ordonné "ad sacerdotium, sed ad ministerium", est constitué dans un degré authentique de la hiérarchie et ne peut être compris comme pur accès au sacerdoce.

3) le diacre est habilité au service de la charité en étroite dépendance avec l’Eucharistie et au soin privilégié des pauvres, aussi bien par le service des "cantines" (œuvres de miséricorde corporelles), que par le service de la parole (œuvres de miséricorde spirituelles) en restant ouvert au service d’un amour-charité plus grand, le martyre.

Enfin, l’institution du "diaconat permanent", représente et marque un important enrichissement pour l’Eglise et sa mission, notamment en vue de la nouvelle évangélisation que le Saint-Père rappelle continuellement de ce début du troisième millénaire de l’ère chrétienne; et c’est la beauté, la force et le caractère héroïque de figures de diacres comme saint Laurent qui aident à découvrir et à mieux comprendre la particularité du ministère diaconal.




St Laurent, martyr

Arrêté avec le Pape Sixte II et les autres diacres de l’Église Romaine le 6 août 258, Laurent ne fut pas exécuté immédiatement, mais soumis à la torture, il mourut 4 jours plus tard. Son culte est attesté dès le siècle suivant.

Sa fête était l’objet d’un culte exceptionnel dans la Ville Sainte, le second après les saints Apôtres (d’où la célébration d’une vigile) et d’une Octave.

« Laurent, diacre du pape Sixte II, fut mis à mort quatre jours après son évêque, le 10 août 258. Sa déposition sur la via Tiburtina est attestée par le Depositio Martyrum de 354 et son natale annoncé au martyrologe hiéronymien. La fête de saint Laurent appartient depuis les origines au sanctoral romain. Le sacramentaire de Vérone lui consacre 14 formulaires de messe.

La popularité du diacre qui, selon sa Passio, fut brûlé vif sur le gril après avoir distribué aux pauvres les biens de l’Église, l’emporta rapidement sur celle du pape Sixte II lui-même. Au IXe siècle, 10 églises portaient son nom à Rome et il en avait 31 au XIIe. Il est le premier saint dont le nom ait été donné à une église intra muros. Mais son culte avait largement dépassé les limites de la Ville. Selon saint Léon le Grand Rome est devenue « aussi célèbre grâce à Laurent, que Jérusalem avait été glorifiée par Étienne » [1]. Augustin se plaint toutefois du petit nombre des fidèles venus pour célébrer sa fête : Beati Laurentii illustre martyrium est, sed Romae, non hic ; tantam enim video vestram paucitatem [2]. Il est vrai qu’il avoue ensuite sa fatigue, tant la chaleur est grande. Dans la procession des martyrs représentée à Saint-Apollinaire-le-Neuf de Ravenne saint Laurent est le seul à être vêtu de pourpre, les autres étant en blanc, ce qui « témoigne de la gloire et de la précellence du martyr romain » [3]. Au rite byzantin on célèbre, le 10 août, Laurent et Xyste en même temps. A Constantinople la synaxe avait lieu « à leur martyrion », c’est-à-dire dans la basilique Saint-Laurent » [4].

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

« Autrefois la mère des faux dieux, du Christ aujourd’hui l’Épouse, à cette heure par Laurent la victoire s’attache, ô Rome, à ton nom. Triomphatrice des rois superbes, ton empire s’imposait aux nations ; mais à ta gloire manquait, ayant réduit la barbarie, d’avoir aussi dompté les impures idoles. Victoire de sang, mais non plus tumultueuse, comme celles d’un Camille, d’un César ; combat de la foi qui s’immole à elle-même, et par la mort détruit la mort. De quelle voix, par quelles louanges célébrer cette mort ? Sur quel mode chanterons-nous dignement un pareil martyre [5] ? »

Ainsi débute le poème sublime où Prudence a consacré les traditions qui de son temps, si rapproché encore de la grande lutte, entouraient d’une incomparable auréole le front du diacre romain. C’était l’heure où l’éloquence enchanteresse de saint Ambroise redisait elle-même la rencontre de Sixte et du lévite au chemin du martyre [6]. Avant l’abeille de Milan, avant le chantre des Couronnes, Damase, Pontife suprême, consignait pour la postérité, dans ses monumentales inscriptions dignes de la majesté des temps du triomphe, cette victoire de Laurent par la seule foi que le poète exaltait dans des strophes immortelles [7].

Rome multipliait les démonstrations en l’honneur de l’invincible athlète qui, sur le gril ardent, avait prié pour sa délivrance. Non contente d’insérer son nom au Canon sacré, elle entourait l’anniversaire de sa naissance au ciel des mêmes privilèges de solennité, de vigile et d’octave, que celui des glorieux Apôtres ses fondateurs. Sur son sol empourpré du sang de bien d’autres témoins du Christ, chaque pas du lévite autrefois, chaque souvenir de Laurent, voyait surgir une église attestant la gratitude spéciale de la cité reine. Parmi tant de sanctuaires rappelant à divers titres sa mémoire bénie, celui qui gardait le corps du martyr prenait place à la suite des églises du Latran, de Sainte-Marie de l’Esquilin, de Pierre au Vatican, de Paul sur la voie d’Ostie : Saint-Laurent-hors-les-murs complétait le nombre des Basiliques majeures qui sont l’apanage réservé du Pontife romain, comme étant l’expression de sa juridiction universelle et immédiate sur toutes les Églises, comme représentant les patriarcats de Rome, d’Alexandrie, d’Antioche, de Constantinople, de Jérusalem, entre lesquels se divise l’univers. Ainsi, par Laurent, la Ville éternelle achevait de se montrer pour ce qu’elle est, le centre du monde et la source de toute grâce.

De même que Pierre et Paul sont la richesse, non de Rome seule, mais de la terre, Rome vit donc aussi Laurent acclamé comme l’honneur du monde ; ennoblie par son héroïsme, l’humanité régénérée personnifia en lui le courage des autres martyrs. Au commencement de ce mois, Étienne même se levait du lieu où il s’était couché dans la mort, pour venir confondre ses honneurs de Protomartyr avec la gloire du diacre de Sixte II dans la communauté d’une seule tombe. Le triomphe, comme la lutte de tous, parut atteindre en lui au dernier sommet : bien que la persécution dût avoir encore de terribles retours et multiplier pendant un demi-siècle les hécatombes, la victoire de Laurent fut considérée comme le coup qui frappait le paganisme au cœur ; l’enfer s’était heurté, pour sa perte, à un amour plus inflexible que ses feux [8].

« Le démon, dit Prudence, avait pressé dans une lutte acharnée le témoin de Dieu ; il tombait lui-même percé de coups, et demeurait à jamais terrassé. Cette mort du saint athlète fut la vraie mort des temples ; alors Vesta vit déserter le palladium, sans pouvoir le venger. Tous ces Quintes, coutumiers des superstitions que Numa jadis avait instituées, se pressent, ô Christ, en tes parvis, et chantent des hymnes à ton martyr. Lumières du sénat, Luperques et Flamines baisent le seuil des Apôtres et des Saints. Nous y voyons d’illustres familles, patriciens et nobles matrones, offrir en vœu leur clarissime lignée, gage de chères espérances. Le pontife, au front naguère ceint de bandelettes, s’enrôle sous le signe de la Croix ; la vestale Claudia visite, ô Laurent, ton sanctuaire » [9].

Ne soyons pas étonnés si, du haut des sept collines, la solennité de ce jour remplit aussitôt l’univers des échos de sa triomphante allégresse. « Autant il serait impossible à Rome de rester cachée, proclame saint Augustin, autant il l’est que la couronne de Laurent se dérobe aux yeux » [10]. « . En Orient comme en Occident, à Byzance comme à Rome, peuples et princes fondaient des temples à son honneur. En retour, au témoignage de l’évêque d’Hippone, « ses bienfaits ne pouvaient se compter [11], montrant quel était son mérite : qui l’a prié, sans être exaucé [12] ? »

Nous donc aussi, conclurons-nous avec Maxime de Turin, « dans cette dévotion concordante du monde célébrant partout le triomphe du bienheureux Laurent [13], comprenons que c’est une chose sainte et qu’il plaît à Dieu que nous honorions, dans la ferveur de nos âmes, la naissance au ciel de celui dont les flammes radieuses répandent aujourd’hui sur l’Église universelle du Christ un éclat de victoire. Pour son insigne pureté d’âme qui le fit lévite, pour la plénitude de sa foi qui lui valut la dignité du martyre, c’est justement que nous l’exaltons comme presque l’égal des Apôtres » [14].

LES PREMIÈRES VÊPRES.

Laurent est entré dans la lice du martyre, il a confessé le nom du Seigneur Jésus-Christ. L’Église ouvre par cette Antienne les premières Vêpres de la fête ; et en effet, à l’heure où nous sommes, Laurent a vu s’abaisser devant lui les barrières de l’arène. Il a jeté aux puissants son défi d’une sublime ironie ; le sang de ses veines a déjà coulé.

Mandé le jour même du martyre de Sixte II à la barre du préfet de Rome, Cornélius Sécularis [15], il avait obtenu de ce magistrat le délai nécessaire à l’héroïque fraude qu’il méditait comme réponse aux prétentions du fisc. Valérien, négligeant dans ses édits de persécution les membres obscurs de la communauté chrétienne, avait décrété la dissolution de celle-ci par l’interdiction des assemblées, la mort des chefs et la confiscation. Delà simultanément, au 6 août, la dispersion des fidèles réunis au cimetière de Prétextât, l’exécution du Pontife, et la comparution du premier diacre sommé de livrer les trésors dont le pouvoir n’ignorait pas qu’il était le gardien.

« Reconnais, dit le préfet, ma juste et paisible demande. On assure que, dans vos orgies, c’est la coutume de vos pontifes, la règle et la loi de leur culte, de faire dans des coupes d’or les libations ; on dit que dans des vases d’argent fume le sang des victimes, que des chandeliers d’or soutiennent les flambeaux dans vos mystères nocturnes. Et puis, grand est parmi vous le soin des frères : s’il en faut croire la renommée, on vend pour eux ses terres, on en retire des milliers de sesterces ; le fils déshérité par ses saints parents gémit dans la pauvreté, le patrimoine s’enfouit pieusement dans les réduits de vos temples. Remets-nous ces richesses immenses, honteux butin prélevé par vos prestiges sur la crédulité ; le bien public le réclame : pour les besoins du fisc, pour la solde de l’armée, rends à César ce qui est à César ».

Sans trouble aucun, comme prêt à obéir, Laurent répond avec douceur : « Je ne le nie pas, notre Église est opulente ; Auguste même, ni personne au monde, ne l’égale en richesse. Je révélerai tout, je te montrerai les trésors du Christ. Je demande seulement quelque trêve, qui me permette de tenir mieux ma promesse ; car il me faut inventorier toutes choses, compter chaque pièce, en noter la valeur ».

Gonflé de joie, dévorant l’or en espérance, le juge convient d’un délai de trois jours. Laurent cependant parcourt la ville, convoquant, rassemblant boiteux, aveugles, infirmes de toutes sortes, mendiants des places publiques, légions que nourrit l’Église leur mère mieux que personne, le diacre les connaît. Il les compte, écrit leurs noms, les dispose en longue file. Puis, le jour dit, retournant au juge : « Viens avec moi, dit-il ; admire les richesses sans pareilles du sanctuaire de notre Dieu ! »

Ils arrivent : de l’essaim à l’aspect repoussant s’élève le bruit des prières. « Pourquoi frémir ? dit Laurent au préfet ; est-ce donc là vil spectacle, ou qu’on doive mépriser ? La vraie richesse, c’est la lumière et le genre humain : ils sont les fils de la lumière, ceux-ci que la débilité de leurs membres garde de l’orgueil et des passions ; bientôt, dépouillant leurs ulcères au palais de l’éternelle vie, ils brilleront d’admirables splendeurs sous leurs robes de pourpre et leurs couronnes d’or. Voilà donc l’or que je t’avais promis, que le feu n’atteint pas, que le voleur ne saurait ravir. Maintenant, de peur que tu ne croies que le Christ est pauvre, j’y veux ajouter les perles de choix, les pierres aux mille feux, ornement du temple ; vois ces vierges sacrées, ces veuves qui ne connurent point de second hymen : c’est le collier sans prix de l’Église, l’ornement de son noble front, sa parure d’épousée, les joyaux qui ravissent le Christ. Voilà nos richesses ; reçois-les : elles embelliront la ville de Romulus, augmenteront les trésors du prince ; toi-même en seras plus riche » [16].

Une lettre du Pape saint Corneille, écrite quelques années avant ces événements, nous fait connaître que le nombre des veuves et des pauvres assistés par l’Église de Rome s’élevait à plus de quinze cents [17]. En les produisant devant le magistrat, Laurent savait qu’il n’exposait que lui-même, la persécution de Valérien, comme nous l’avons observé, se détournant des petits et frappant à la tête. Mais, dans cette admirable scène, la Sagesse s’était complue à mettre en présence du brutal césarisme la faiblesse méprisée qui devait l’emporter sur sa toute-puissance.

On était au 9 août 258. « La flagellation, le chevalet, la torture avaient été la première réponse du préfet furieux, en attendant l’épreuve suprême qu’il réservait à celui dont la noblesse d’âme venait de donner à sa cupidité une leçon si fière ; saint Damase l’atteste, lorsqu’en plus des flammes il constate « les coups, les bourreaux, les tourments, les chaînes, dont Laurent triompha » [18].

On ne saurait donc rejeter sur ce point l’autorité de la notice qu’Adon de Vienne inséra, au IXe siècle, dans son Martyrologe, en l’empruntant d’une source plus ancienne. Comme le prouve la conformité des expressions, c’est en partie à cette même source que l’Antiphonaire grégorien avait dès auparavant puisé les Antiennes et les Répons de la fête.

Indépendamment des détails qui nous sont connus par le témoignage de Prudence et des Pères, il est fait allusion dans cet Office aux conversions opérées par Laurent prisonnier et à la guérison des aveugles, qui parut être le don spécial du saint diacre dans les jours précédant son martyre.

Le disque embrasé de l’astre du jour a disparu derrière les monts Vaticans. La brise du soir ramène le mouvement sur les sept collines, où les ardeurs du soleil d’août semblaient avoir arrêté toute vie. Détaché du chevalet vers le milieu du jour, Laurent seul s’est interdit le repos. Meurtri et sanglant, il a baptisé dans sa prison les recrues gagnées au Christ par le spectacle de sa vaillance au milieu des tourments ; il les confirme dans la foi, les élève elles-mêmes à l’intrépidité du martyre, quand soudain l’heure décisive vient à sonner pour lui. Tandis que Rome court aux plaisirs, le préfet ramène au combat les bourreaux dont l’épuisement n’a pu, quelques heures plus tôt, servir à point sa vengeance.
Entouré de leur sinistre escouade : « Sacrifie aux dieux, dit-il au valeureux diacre ; ou cette nuit entière verra ton supplice. — Ma nuit, répond Laurent, n’a point d’ombres, et tout y resplendit pour moi de lumière ». Et comme on le frappait sur la bouche avec des pierres, il souriait et disait : « Je vous rends grâces, ô Christ ! »

On apporta alors un lit de fer à trois barreaux, et le bienheureux, dépouillé de ses vêtements, fut étendu sur ce gril ; et l’on plaça dessous des charbons ardents. Tandis qu’on l’y retenait avec des fourches de fer, il dit : « Je m’offre à Dieu en sacrifice de suave odeur ». Or, les bourreaux ne cessaient d’activer le feu et de renouveler les charbons, en le maintenant avec leurs fourches. Le saint dit alors : « Apprends, malheureux, quelle est la puissance de mon Dieu ; car tes charbons me sont un rafraîchissement ; mais ils seront pour toi l’éternel supplice. J’en atteste le Seigneur : accusé, je n’ai point nié ; interrogé, j’ai confessé le Christ ; sur les charbons, je lui rends grâces ». Et, son visage rayonnant d’une beauté céleste : « Oui ; je vous rends grâces, Seigneur Jésus-Christ, qui avez daigné me fortifier ». Levant les yeux sur le juge : « Voilà un côté cuit à point ; retourne-moi sur l’autre, et mange ! » Puis, revenant à la glorification du Seigneur Dieu : « Je vous rends grâces de ce que j’ai mérité d’entrer dans votre demeure » [19]. Et comme il allait rendre l’âme, se souvenant de l’Église, reprenant vie à la pensée de Rome immortelle, sa prière s’exhala ainsi dans l’extase : « O Christ, Dieu unique, ô splendeur, ô vertu du Père, ô ouvrier de la terre et des cieux dont la providence éleva ces remparts, toi qui plaças le sceptre de Rome au sommet des choses : tu voulus que le monde se soumît à la toge, pour rassembler sous d’uniques lois les nations divisées de mœurs, de coutumes, de langage, de génie, de sacrifices. Voici que tout entier le genre humain s’est rangé sous l’empire de Remus ; dissentiments et dissonances se fondent en son unité : souviens-toi de ton but, qui fut d’enlacer d’un même lien sous l’empire de ton nom l’immensité de l’univers. Christ, pour tes Romains, fais chrétienne la ville appelée par toi à ramener les autres à l’unité sacrée. Tous les membres en tous lieux s’unissent en ton symbole ; l’univers dompté s’assouplit : puisse s’assouplir sa royale tête ! Envoie ton Gabriel guérir l’aveuglement des fils d’Iule, et qu’ils connaissent quel est le Dieu véritable. Je vois venir un prince, un empereur serviteur de Dieu ! Il ne souffrira plus que Rome soit esclave ; il fermera les temples, il les scellera d’éternels verrous ».

Ainsi finit sa prière, et avec le dernier souffle de sa voix s’envola son âme. De nobles personnages, conquêtes de l’admirable liberté du martyr, enlevèrent son corps ; l’amour du Dieu très haut, envahissant soudain leur âme, en avait chassé les anciennes folies. Dès ce jour se refroidit le culte des dieux infâmes ; la foule fut plus rare dans les temples ; on courut aux autels du Christ. Ainsi Laurent, dans le combat, n’avait point ceint son flanc d’un glaive ; mais, arrachant le fer à l’ennemi, il en avait retourné contre lui la pointe [20].

L’Église, dont la reconnaissance est à la hauteur des services rendus, ne pouvait mettre en oubli cette nuit glorieuse. Aux temps où la religion de ses fils répondait à la sienne, elle les convoquait au coucher du soleil, dans la soirée du 9 août, pour un premier Office nocturne.

Sur l’heure de minuit, commençaient de secondes Matines, lesquelles étant terminées, une première Messe, dite de la nuit ou du premier matin [21], complétait cette assistance des chrétiens autour du saint diacre pendant les heures qu’avait duré sa lutte triomphante. O Dieu, vous avez éprouvé mon cœur et l’avez visité dans la nuit ; vous m’avez scruté par le feu, et l’iniquité ne s’est point trouvée en moi : Seigneur, ayez égard à ma justice, écoutez ma prière [22]. Quelle grandeur dans ce chant d’Introït couronnant une telle nuit, et consacrant sur terre, à l’aurore du 10 août, l’instant même où Laurent fit son entrée dans le sanctuaire éternel, pour remplir son office à l’autel des cieux !

Plus tard on conserva longtemps aux Matines de cette fête, en quelques églises, un usage qui signalait également les Matines de la Commémoration de saint Paul. Il consistait à faire précéder d’un Verset particulier la reprise de chaque Antienne des Nocturnes. Le labeur tout spécial du Docteur des nations et de Laurent dans le champ de l’apostolat et celui du martyre, leur avait, disent les docteurs de la sainte Liturgie, mérité cette distinction entre tous autres [23].

La comparaison de la dureté du supplice du saint diacre sur ses charbons et de la tendresse de cœur qui, trois jours auparavant, lui faisait verser des larmes en quittant Sixte II, avait vivement frappé nos pères. Aussi donnèrent-ils le gracieux nom de larmes de saint Laurent à la pluie périodique d’étoiles filantes qui caractérise, pour le peuple comme pour les savants, la nuit du 10 août. La piété populaire, qui aime à trouver dans les phénomènes de la nature l’occasion d’élever plus haut sa pensée, eut rarement d’inspiration plus touchante.

A LA MESSE.

Le diacre suivant son pontife a pénétré au delà du voile ; lévite fidèle, il s’est rangé dans sa force près de l’arche de l’alliance éternelle. Il admire les splendeurs de ce tabernacle non fait de main d’homme [24], dont celui de Moïse était une si faible image, dont l’Église même ici-bas, entourée d’ombres, laisse à peine soupçonner la magnificence.

Et cependant, aujourd’hui, l’Église tressaille d’une sainte fierté dans son exil ; car le ciel lui doit en ce jour un éclat nouveau, une sainteté plus grande. Elle s’avance, triomphante elle aussi, vers l’autel de la terre qui n’est qu’un même autel avec celui des deux ; ayant suivi toute cette nuit du regard et du cœur son noble fils, elle ose chanter comme siennes cette beauté, cette sainteté, ces magnificences de la patrie, dont il semble qu’un rayon soit descendu jusqu’à elle au moment où le voile se soulevait pour lui donner entrée au Saint des Saints.

L’Introït, comme son Verset, est tiré du Psaume XCV. L’épreuve du gril embrasé n’est sans doute pas celle qui attend notre faiblesse. Mais d’autres feux nous assaillent, qui seraient l’aliment de la flamme éternelle, si nous ne savions les éteindre en ce monde même. L’Église demande pour nous à cette fin, dans la fête du bienheureux Laurent, force et prévoyance.

ÉPÎTRE.

Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre ; sa justice demeurera à jamais. L’Église Romaine aime à revenir sur l’application de cette parole du Psaume CXI à son grand archidiacre. Hier déjà, l’Introït et le Graduel de Vigile y puisaient l’inspiration de leurs mélodies ; l’harmonieux écho s’en répercutait à travers les Répons delà nuit glorieuse, et jusque dans le Verset des Laudes triomphantes. Le même texte, cité par le Docteur des nations dans sa seconde lettre aux fidèles de Corinthe, est aujourd’hui la raison du choix de l’Épître qu’on vient de lire, et d’où sont également empruntés les Capitules des différentes Heures.

Cette insistance nous montre assez que, pour l’Église, le point de départ des grâces de choix qui valurent à Laurent la gloire de son incomparable martyre est dans la fidélité vaillante et allègre avec laquelle il distribua aux membres souffrants de Jésus-Christ l’or dont il avait la garde. Telle est l’unité des glorieuses scènes auxquelles il nous a été donné d’assister durant ces trois jours, telle la loi d’économie surnaturelle qui préside aux largesses de l’Esprit-Saint : Celui qui sème avec parcimonie moissonnera comme il sème, et celui qui sème en bénédictions moissonnera des bénédictions.

Observons-le du reste avec l’Apôtre : le mérite qui touche Dieu, et l’amène à multiplier ses faveurs, réside moins dans l’œuvre elle-même que dans l’esprit qui l’anime ; Dieu aime celui qui donne avec joie. Noblesse de cœur, tendresse exquise, dévouement qui s’oublie, héroïsme fait de simplicité autant que de courage, bonne grâce souriante jusque sur les charbons : c’est là tout ce que fut Laurent dans sa vie avec Dieu, avec son père Sixte II, avec les petits, comme en face de la mort et des puissants. Le dénouement de cette vie ne fit que le montrer dans les plus grandes choses ce qu’il avait été dans les moindres [25]. Rarement, au reste, l’accord entre la nature et la grâce se rencontra plus parfait que dans le jeune diacre ; et si le don du martyre est si grand que nul en ce monde ne le saurait mériter, on peut dire pourtant que le sien, dans la grandeur toute spéciale dont le Seigneur voulut l’entourer, manifesta l’évolution normale et comme spontanée des germes de choix déposés par l’Esprit-Saint dans sa riche nature.

Les paroles du Psaume XVI, qui fournissaient autrefois à la Messe de la nuit son admirable Introït, se retrouvent au Graduel et au Verset de la Messe du jour. Le Verset alléluiatique rappelle les miracles opérés par Laurent sur des aveugles, et qui doivent nous porter à implorer de lui la guérison de l’aveuglement spirituel plus terrible que l’autre.

ÉVANGILE.

Écoutons saint Augustin commenter en cette fête même l’Évangile que nous venons d’entendre : « Votre foi reconnaît le grain tombé en terre, et qui s’est multiplié dans la mort. Votre foi le connaît, dis-je, ce grain mystérieux, parce que lui-même habite en vos âmes. Que ce soit de lui-même en effet que le Christ ait ainsi parlé, nul chrétien ne doute. Mais voici donc que, lui mort et multiplié, nombre de grains ont été répandus en terre : parmi lesquels le bienheureux Laurent, dont c’est aujourd’hui le jour de semence. Et de ces grains jetés par le monde tout entier, quelle abondante moisson est sortie : nous le voyons, c’est notre joie, c’est nous-mêmes ; si toutefois sa grâce nous marque pour le grenier. Car n’appartient pas au grenier tout ce qui se trouve dans la moisson. La même pluie en effet, utile et nourrissante, fait croître et le froment et la paille. A Dieu ne plaise qu’on serre l’un et l’autre ensemble au grenier, quoique l’un et l’autre ensemble ait crû au champ, quoique l’un et l’autre ensemble ait été foulé dans l’aire. C’est maintenant le temps de choisir. Avant le vannage, épurons les mœurs : nous sommes sur l’aire, où le grain est encore dans la période de séparation, où le van n’est pas définitivement intervenu. Écoutez-moi, grains sacrés, que je ne doute pas être ici ; car en douter, ce serait n’en pas être moi-même ; écoutez-moi, dis-je : bien plutôt, écoutez par moi le premier grain. N’aimez pas vos âmes dans ce siècle ; gardez-vous de les aimer, si vous les aimez, afin de les garder en ne les aimant pas ; car en ne les aimant pas, vous les aimez plus. Celui qui aime sa vie en ce monde la perdra » [26].

Ainsi Laurent, pour s’être en ce monde traité en ennemi et perdu, s’est retrouvé dans l’autre. Serviteur du Christ par le titre même de son diaconat, qui signifie service, il a suivi l’Homme-Dieu, selon la recommandation de notre Évangile, suivi à l’autel, à l’autel de la Croix. Mais, tombé avec lui en terre, il s’est aussi multiplié en lui ; selon la doctrine de l’évêque d’Hippone, nous-mêmes, qu’éloignent de lui les espaces et les temps, sommes pourtant la moisson qui, pour une part, germe de lui toujours. Puisons dans cette pensée le sentiment d’une reconnaissance profonde envers le saint diacre ; et mettons d’autant plus de zèle à nous associer d’ici-bas aux honneurs dont l’entoure le Père céleste aujourd’hui, pour avoir servi son Fils.

L’Offertoire reprend sous une nouvelle mélodie les paroles d’Introït ; c’est l’écho de la terre à l’harmonie des cieux. Cette beauté, cette sainteté qui relèvent si magnifiquement le ministère de la louange à l’autel éternel, doivent déjà, sous la foi, resplendir en l’âme des ministres de l’Église, comme elles faisaient en Laurent, mortel encore, aux regards ravis des Anges.

A ce moment des Mystères, Laurent offrait autrefois les dons ; ses mérites sont maintenant le suffrage dont l’Église se réclame en les présentant.

Laurent a dignement rempli son service auguste à la table du Seigneur ; celui pour lequel il s’est dépensé tient l’engagement qu’il prenait dans l’Évangile, en l’appelant à résider pour jamais où il est lui-même.

Rassasiés au banquet sacré dont Laurent fut le dispensateur, nous demandons que l’hommage de notre propre service attire sur nous, par son intercession, l’augmentation de la grâce.

LES SECONDES VÊPRES.

A peine Laurent avait-il eu, le matin, remis son âme vaillante au Créateur, qu’on entoura de linceuls et d’aromates ses restes plus précieux que l’or sortant du creuset. Comme Étienne le premier des Martyrs, comme Jésus leur Roi, il vit d’illustres personnages ambitionner l’honneur de prodiguer leurs soins à sa dépouille sacrée. Dans la soirée du 10 août [27], les nobles convertis dont parle Prudence courbèrent leur tête sous l’auguste fardeau, et l’emportant sur la voie Tiburtine, ils l’ensevelirent avec un grand deuil au cimetière de Cyriaque. L’Église de la terre pleurait son illustre fils ; mais celle du ciel laissait déjà déborder le triomphe, et chaque retour du glorieux anniversaire allait donner l’allégresse au monde.

L’Office des secondes Vêpres ne diffère de celui des premières que par le dernier Psaume, le Verset et l’Antienne de Magnificat. Ce Psaume, que l’Église chante pour tous les Martyrs, est le CXVe. Il exprime merveilleusement l’effusion reconnaissante de Laurent à cette heure : sa foi, qu’il a confessée, l’a fait triompher de la souffrance et des embûches ; il a rempli de son propre sang le calice dont il avait la garde, vrai diacre en cela, serviteur de l’autel de Dieu, fils de l’Église, servante elle aussi du Seigneur ; et maintenant que ses liens sont brisés, il inaugure son service éternel dans l’assemblée des Saints, au milieu de toi, à Jérusalem.

Les Grecs font écho, dans leurs Menées, aux hommages qui s’élèvent de l’Occident vers le triomphateur de ce jour.

MENSIS AUGUSTI DIE X In Matutino.

Diacre du Verbe, beau de sa beauté, livrant sa vie pour son amour, c’est à bon droit qu’avec lui maintenant il règne, enivré de sa gloire et de sa félicité.

Fort sous l’armure de la vérité et de la piété contre les attaques impies des tenants de l’erreur, tu as par ta foi et tes sages paroles détruit pour toujours l’arsenal du mensonge.

L’œil fixe sur Dieu et sa beauté, ô Laurent, tu as méprisé de la terre et les plaisirs et les tourments, homme admirable !

Le Christ, notre vrai diacre en tant que dispensateur des biens qui nous viennent du Père, s’était révélé à toi ; pour être son diacre à lui dans un plein retour, tu as été à lui par le sang, ô digne d’envie !

Comme un soleil fortuné qui se lève à l’Occident, prodige admirable ! Tu as éclairé l’Église entière de tes feux, merveilleux Martyr, et tous les hommes se sont réchauffés aux ardeurs de ta foi : c’est pourquoi nous te glorifions tous.

Demandons aux anciennes Liturgies leur tribut à la gloire du saint Martyr. Le Sacramentaire Léonien nous donne cette Préface, dont la noble brièveté laisse toute leur fraîcheur aux sentiments de l’Église Mère pour son glorieux fils. « Perfectis gaudiis expleatur oblatio... Gratias tibi, Domine, quoniam sanction Laurentium Martyrem tuum, te inspirante diligimus : Que parfaites soient les joies de ce jour !... Grâces soient à vous, Seigneur, de ce que par vous nous aimons Laurent, votre saint Martyr ! » Telle est l’inspiration des autres formules qui précèdent ou suivent au môme lieu, dans l’Action sacrée, celle que nous donnons ici.

PRÉFACE.

Vere dignum. Tuam misericordiam deprecantes, ut mentibus nostris beati Laurentii Martyris tui tribuas jugiter suavitatem, qua et nos amemus ejus meritum passionis, et indulgentiam nobis semper fidelis ille Patronus obtineat.

Il est vraiment juste de vous glorifier, ô Dieu ; et, en même temps, nous supplions votre miséricorde d’accorder à nos âmes constamment la suavité du bienheureux Laurent, votre Martyr : ainsi aimerons-nous à repasser le mérite de ses tourments ; ainsi toujours ce protecteur fidèle nous obtiendra le pardon.

Le Missel dit gothique, qui représente, comme on le sait, la Liturgie de nos Églises de France avant Pépin et Charlemagne, est bien en ce jour à l’unisson des sentiments de l’Église Mère.

MISSA S. LAURENTI MART.

Deus, fidelium tuorum Salvator et rector, omnipotens sempiterne Deus, adesto votis solemnitatis hodiernæ ; et Ecclesiæ gaudiis de gloriosa Martyris tui passione beati Laurenti conceptis, benignus adspira : augeatur omnium fides tantæ virtutis ortu ; et corda lætantium supplicio Martyrum igniantur : ut apud misericordiam tuam illius juvemur merito, cujus exsultamus exemplo. Per Dominum.
Dieu Sauveur et guide de vos fidèles, Dieu tout-puissant, éternel, dans la solennité de ce jour soyez propice à nos vœux ; secondez bénignement les joies que l’Église a conçues dans la glorieuse passion du bienheureux Laurent votre Martyr ; que s’accroisse la foi de tous, au lever d’une vertu si grande ; que les cœurs tressaillant s’embrasent au supplice des Martyrs : afin que nous soit en aide auprès de votre miséricorde le mérite de celui dont l’exemple excite en nous l’allégresse. Par Jésus-Christ.

IMMOLATIO MISSAE.

Vere dignum et justum est, omnipotens sempiterne Deus, tibi in tanti Martyris Laurenti laudis hostias immolare : qui hostiam viventem hodie in ipsius Levitæ tui beati Laurenti Martyris ministerio per florem casti corporis accepisti. Cujus vocem per hymnidicum modolamini Psalmi audivimus canentis atque dicentis : Probasti cor meum , Deus, et visitasti noctem, id est in tenebris sæculi : igne me examinasti ; et non est inventa in me iniquitas. O gloriosa certaminis virtus ! o inconcussa constantia confitentis ! Stridunt membra viventis super craticulam imposita, et prunis sævientibus anhelantis, incensum suum in modum thymiamatis divinis naribus exhibent odorem. Dicit enim Martyr ipse cum Paulo : Christi bonus odor sumus Deo. Non enim cogitabat quomodo in terra positus, a passionis periculo liberaretur, sed quomodo inter Martyres in cœlis coronaretur. Per Christum.

Il est véritablement digne et juste, Dieu tout puissant, éternel, de vous immoler les hosties de la louange en la solennité d’un si grand Martyr ; car aujourd’hui, Laurent votre bienheureux Lévite accomplissant son ministère, vous l’avez reçu comme une hostie vivante en la fleur de son chaste corps. Nous avons entendu sa voix entonnant l’hymne sacré du Psaume mélodieux qui disait : O Dieu, vous avez éprouvé mon cœur, et l’avez visité dans la nuit, c’est-à-dire dans les ténèbres de ce siècle ; vous m’avez scruté par le feu, et l’iniquité ne s’est point trouvée en moi. O glorieuse vertu que celle qui parait en cette lutte ! ô inébranlable constance de cette confession ! Sur le gril ardent ces membres où réside la vie sifflent et se tordent ; cette poitrine haletante n’aspire que le feu des charbons qui la brûlent : ce pendant, comme un suave encens, monte à Dieu la fumée d’holocauste. Comme Paul, le Martyr dit aussi : Nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ. Il ne cherchait pas en effet comment, habitant de cette terre, il échapperait au danger de souffrir, mais comment, citoyen des cieux, il serait couronné parmi les Martyrs. Par Jésus-Christ.Bornons-nous à emprunter pour aujourd’hui aux Mozarabes cette unique prière :

CAPITULA.

Domine Jesu Christe, qui beatissimum Laurentium igne charitatis tuæ ardentem, et cupiditatum et passionum incendia fecisti evincere : dum et aurum calcat et flammam, et in pauperum erogationem munificus et in combustionem sui corporis reperitur devotus ; da nopis obtentu suffragii illius, ut vapore Spiritus Sancti accensi flammas superemus libidinis, et igne concrememur omnimodæ sanctitatis : quo inter Sanctos illos sors nostra inveniatur post transitum, pro quibus nunc tibi dependimus famulatum.

Seigneur Jésus-Christ, c’est par vous que le très bienheureux Laurent, brûlant du feu de votre charité, a triomphé des ardeurs de la cupidité et de la souffrance, foulant aux pieds l’or et la flamme, libéral dans ses dons aux pauvres comme zélé pour livrer son corps aux charbons : en considération de son suffrage, faites qu’embrasés de la chaleur de l’Esprit-Saint, nous surmontions les flammes des passions et soyons consumés par les feux de toute sainteté ; ainsi, après le passage de cette vie, notre partage sera avec les Saints mêmes pour lesquels maintenant nous vous rendons hommage et service.Adam de Saint-Victor couronnera la journée par une de ses admirables Séquences.

SÉQUENCE.

Prunis datum 
Admiremur, 
Laureatum 
Veneremur 
Laudibus Laurentium ; 
Veneremur 
Cum tremore, 
Deprecemur 
Cum amore 
Martyrem egregium.
Accusatus 
Non negavit ; 
Sed pulsatus 
Resultavit 
In tubis ductilibus, 
Cum in pœnis 
Voto plenis 
Exsultaret 
Et sonaret 
In divinis laudibus.
Sicut chorda musicorum 
Tandem sonum dat sonorum 
Plectri ministerio ; 
Sic, in chely tormentorum, 
Melos Christi confessorum 
Dedit hujus tensio.
Deci, vide 
Quia fide 
Stat invictu 
Inter ictus 
Minas et incendia : 
Spes interna, 
Vox superna 
Consolantur 
Et hortantur 
Virum de constantia.
Nam thesauros quos exquiris 
Per tormenta non acquiris 
Tibi, sed Laurentio. 
Hos in Christo coacervat, 
Hujus pugna Christus servat, 
Triumphantis præmio.
Nescit sancti nox obscurum, 
Ut in pœnis quid impurum 
Fide tractet dubia ; 
Neque cæcis lumen daret, 
Si non eum radiaret 
Luminis præsentia.
Fidei confessio 
Lucet in Laurentio : 
Non ponit sub modio, 
Statuit in medio 
Lumen coram omnibus. 
Juvat Dei famulum 
Crucis suæ bajulum, 
Assum quasi ferculum, 
Fieri spectaculum 
Angelis et gentibus.
Non abhorret prunis volvi, 
Qui de carne cupit solvi 
Et cum Christo vivere ; 
Neque timet occidentes 
Corpus, sed non prævalentes 
Animam occidere.
Sicut vasa figulorum 
Probat fornax, et eorum 
Solidat substantiam, 
Sic et ignis hunc assatum 
Velut testam solidatum 
Redditper constantiam.
Namcum vetus corrumpatur, 
Alter homo renovatur 
Veteris incendio ; 
Unde nimis confortatus 
Est athletæ principatus 
In Dei servitio.
Hunc ardorem 
Factum foris 
Putat rorem 
Vis amoris 
Et zelus Justitiæ ; 
Ignis urens, 
Non comburens, 
Vincit prunas 
Quas adunas 
O minister impie.
Parum sapis 
Vim sinapis, 
Si non tangis, 
Si non frangis ; 
Et plus fragrat 
Quando flagrat 
Thus injectum ignibus. 
Sic arctatus 
Et assatus, 
Sub labore, 
Sub ardore, 
Dat odorem 
Pleniorem 
Martyr de virtutibus.
O Laurenti, laute nimis, 
Rege victo rex sublimis, 
Regis regum fortis miles, 
Qui duxisti pœnas viles 
Certans pro Justitia ; 
Qui tot mala devicisti 
Contemplando bona Christi, 
Fac nos malis insultare, 
Fac de bonis exsultare 
Meritorum gratia. 
Amen


Sur ses charbons 
Laurent paraît, 
méritant le laurier 
que signifiait son nom : 
admirons-le, 
vénérons-le 
dans nos louanges ; 
vénérons 
avec tremblement l’illustre Martyr, 
implorons-le avec amour.

Accusé, 
il ne se déroba pas, 
mais frappé 
résonna 
comme font les trompettes retentissantes : 
ainsi, dans les tortures, 
objet de ses vœux, 
tressaillait-il, 
résonnait-il 
en divines louanges.

Comme la corde 
rend sous l’archet 
sa mélodie, 
ainsi, tendu sur la lyre des tourments, 
il fit monter vers Jésus-Christ 
sa confession harmonieuse.

Vois, tyran, 
comme par la foi 
il demeure invincible 
parmi les coups, 
les menaces et les flammes : 
une intime espérance, 
une voix d’en haut 
le consolent, 
affermissent 
son courage.

Car les trésors que tu recherches, 
ce n’est pas à toi, mais à Laurent 
que tes tourments les acquièrent : 
il les entasse dans le Christ ; 
pour son combat, le Christ les lui garde 
comme récompense de triomphe.

La nuit du saint ignore l’ombre, 
rien dans sa peine dont le mélange 
puisse laisser quelque doute à sa foi : 
rendrait-il la lumière aux aveugles, 
si la lumière elle-même 
ne l’inondait pas ?

C’est la foi dont la confession 
resplendit en lui ; 
la lumière, il la place, 
non sous le boisseau, 
mais au milieu devant tous. 
Rôti comme un aliment, 
il plaît au serviteur de Dieu, 
au porteur de sa croix, 
d’être donné en spectacle 
aux Anges et aux nations.

Il ne craint pas d’être roulé sur les charbons, 
celui qui désire être affranchi de la chair 
et vivre avec le Christ ; 
il ne redoute pas ceux 
qui tuent le corps, 
mais ne peuvent tuer l’âme.

Comme la fournaise 
éprouve le travail des potiers, 
endurcit la substance : 
ainsi le feu, cuisant le martyr, 
en fait par la constance 
un vase affermi.

Quand le vieil homme en effet 
se dissout, un autre se répare 
au bûcher qui consume l’ancien ; 
c’est ainsi qu’au service de Dieu 
s’est fortifiée merveilleusement 
la puissance de l’athlète.

L’ardeur 
dont on l’entoure 
n’est que rosée 
pour son puissant amour 
et son zèle de justice ; 
un feu brûlant, 
non consumant, 
surmonte 
tes brasiers assemblés, 
ministre impie.

Si tu ne le prends, 
si tu ne le brises, 
le grain de sénevé 
a peu de saveur ; 
c’est lorsqu’il brûle 
sur les charbons, 
que l’encens exhale mieux son parfum : 
ainsi pressé, 
ainsi brûlé, 
le Martyr plus pleinement, 
sous ce labeur, 
sous ces ardeurs, 
livre l’arôme 
de ses vertus.

O Laurent, fortuné à l’excès, 
roi magnifique ayant vaincu le roi du monde, 
fort chevalier du Roi des rois, 
tu réputas pour rien la souffrance 
dans ton combat pour la justice ; 
tu as surmonté tant de maux 
en contemplant les biens du Christ : 
par la grâce de tes mérites, 
fais-nous mépriser le mal, 
fais-nous mettre au bien notre joie. 
Amen.


Trois fois heureux le Romain, qui t’honore au lieu où tes ossements reposent ! il se prosterne en ton sanctuaire ; pressant de sa poitrine la terre, il l’arrose de ses larmes et y répand ses vœux. Nous que séparent de Rome Alpes et Pyrénées, à peine pouvons-nous soupçonner de combien de trésors elle est pleine, combien son sol est riche en sépultures sacrées. Privés de ces biens, ne pouvant voir de près les traces du sang, nous contemplons le ciel de loin. O saint Laurent, c’est là que nous allons chercher le souvenir de tes souffrances ; car tu as deux palais pour demeure : celui du corps en terre, celui de l’âme au ciel. Le ciel, ineffable cité qui te fait membre de son peuple, qui, dans les rangs de son éternel sénat, place à ton front la couronne civique ! A tes pierreries resplendissantes, on dirait l’homme que Rome céleste élit pour perpétuel consul ! Tes fonctions, ton crédit, ta puissance paraissent, aux transports des Quirites exaucés dans leurs requêtes à toi présentées. Quiconque demande est entendu ; tous prient en liberté, formulent leurs vœux ; nul ne remporte avec lui sa douleur.

« Sois toujours secourable à tes enfants de la cité reine : qu’ils aient pour ferme appui ton amour de père ; qu’ils trouvent en toi la tendresse et le lait du sein maternel. Mais parmi eux, ô toi l’honneur du Christ, écoute aussi l’humble client qui confesse sa misère et avoue ses fautes. Je me sais indigne, je le reconnais, indigne que le Christ m’exauce ; mais protégé par les Martyrs, on peut obtenir le remède à ses maux. Écoute un suppliant : dans ta bonté, délie mes chaînes, affranchis-moi de la chair et du siècle » [28].

DEUXIÈME JOUR DANS L’OCTAVE

Comme le remarque saint Léon en la glorieuse solennité dont l’Octave commence, si nul n’est bon pour lui seul, si les faveurs de la Sagesse ne profitent point seulement à celui qu’elle honore, nul n’est plus sage que le Martyr, aucune éloquence ne vaut la sienne pour instruire le peuple de Dieu. C’est dans ce très excellent genre d’enseignement [29] que, nous dit aujourd’hui même l’Église, « Laurent a illuminé le monde de la lumière de ses feux, échauffé les cœurs des chrétiens de l’ardeur des flammes dont il brûlait. La foi s’allume, la dévotion éclate en nos âmes au spectacle de ses combats ; le persécuteur n’attise pas contre moi ses brasiers, mais il m’embrase du désir du Sauveur » [30]. Si d’ailleurs, et ce n’est point théorie pure que de le rappeler en nos temps, si, comme l’observe saint Augustin dans l’Homélie de l’Office de la nuit, « les circonstances en arrivent à placer un homme dans l’alternative de transgresser un précepte divin ou de sortir de cette vie, il doit lui aussi savoir mourir pour l’amour de Dieu plutôt que de vivre par son offense » [31]. La morale ne change pas, ni non plus la justice de Dieu, qui récompense en tous temps ses fidèles, comme en tous siècles il châtie les lâches.

Le Missel mozarabe fait ressortir éloquemment les grandeurs du martyre de saint Laurent dans cette formule si belle qui précède la Consécration, au jour de la fête.



POST SANCTUS.


Hosanna in excelsis : vere dignum et justum est, omni quidem tempore, sed præcipue in honorem Sanctorum tuorum, nos tibi gratias, consempiterna Trinitas et consubstantialis et cooperatrix omnium bonorum Deus, et pro beatissimi Martyris tui Laurentii celeberrimo die, laudum hostias immolare. Cujus gloriosum passionis triumphum, anni circulo revolutum, Ecclesia tua læta concelebrat : Apostolis quidem tuis in doctrina supparem : sed in Domini confessione non imparem. Qui niveam illam stolam Leviticam, martyrii cruore purpureo decoravit : cujus cor in igne tuo, quem veneras mittere super terram, ita flammasti : ut ignem istum visibilem non sentiret : et appositas corpori flammas mentis intentione superaret : ardentemque globum fide validus non timeret.
Quique craticulæ superpositus, novum sacrificium tibi semetipsum castus minister exhibuit : et veluti super aram holocausti more decoctus, saporem Domino suavitatis ingessit. In quo incomparabilis Martyr præcordiis pariter ac visceribus medullisque liquescentibus desudavit, ac defluentia membra torreri invicta virtute patientiæ toleravit. In quo extensus ac desuper fixus, subjectis jacuit ac pependit incendiis : et holocaustum pietatis cruda coxit impietas : quæ sudorem liquescentium viscerum bibulis vaporibus suscepit. Supra quam velut super altare corpus suum, novi generis sacrificium celebrandum minister imposuit : et Levita prædicandus ipse sibi Pontifex et hostia fuit. Et qui fuerat minister Dominici corporis, in offerendo semetipsum officio functus est sacerdotio.
Tuam igitur Domine in eo virtutem, tuamque potentiam prædicamus. Nam quis crederet corpus fragili compage conglutinatum, tantis sine te sufficere conflictibus potuisse ? quis incendiorum æstibus humana æstimaret membra non cedere : nisi flagrantior a te veniens interiorem hominem lampas animasset : cujus potentia factum est, ut læta rore suo anima, coctione proprii corporis exsultaret : dum versari se Martyr præcipit, et vorari : ne et paratam coronam uno moriendi genere sequeretur : et sic lenitate cruciatuum vitalis tardaret interitus, non existeret gloriosus coronatus. Per te Dominum qui es Salvator omnium et Redetnptor animarum.


Hosannah au plus haut des cieux ! Il est vraiment digne et juste en tout temps, mais principalement dans les solennités de vos Saints, que nous vous rendions grâces, Trinité coéternelle et consubstantielle et coopératrice de tous biens. En ce très illustre jour de votre bienheureux Martyr Laurent, nous vous immolons donc, ô Dieu, les hosties de la louange. Toute votre Église célèbre dans la joie, au retour de cet anniversaire, le glorieux triomphe de son martyre. Se rapprochant de vos Apôtres en l’enseignement, il ne fut point au-dessous dans la confession du Seigneur. Il releva de la pourpre du martyre la blanche neige de sa robe de lévite. Le feu que vous êtes venu répandre sur la terre avait tellement embrasé son cœur, qu’il ne sentait pas ce feu visible et surmontait par la vigueur de l’esprit les flammes entourant son corps, sans nul crainte en sa vaillante foi des charbons ardents.


Sur le gril, ministre chaste il s’offrit à vous lui-même, sacrifice nouveau. Autel d’holocauste, saveur suave pour le Seigneur ! Avec une invincible patience, le cœur, les entrailles, les moelles en ébullition, s’écoulant en ruisseaux, l’incomparable Martyr laissait ses membres torréfiés se dissoudre. Étendu et fixé sur le gril, gisant suspendu sur la flamme, c’était l’holocauste de piété dont une froide impiété se faisait l’instrument, humant la sueur embrasée des chairs fondues. Mais le vrai ministre de ce sacrifice d’un nouveau genre, celui qui véritablement plaçait sur l’autel son corps, c’était l’admirable Lévite, à la fois pour lui-même pontife et hostie. Lui qui avait été ministre du Corps du Seigneur, en s’offrant lui-même fit office de prêtre.


C’est pourquoi, Seigneur, nous exaltons en lui votre vertu et votre puissance. Qui, en effet, croira qu’un corps, inconsistant et fragile assemblage, eût pu sans vous suffire à tant d’assauts ? Qui estimera que des membres humains n’eussent point cédé à ces feux dévorants, sans que partant de vous une plus vive flamme ne fût venue ranimer l’homme intérieur ? Mais, par cette vertu, l’âme joyeusement pénétrée de la divine rosée tressaillait de sentir son corps aux charbons, le Martyr voulait se voir retourné et mangé : un seul genre de mort ne lui semblait pas suffire à la couronne préparée ; il craignait que la modération des tourments ne retardât cette mort qui donnait la vie, que la couronne en fût moins glorieuse à recevoir de vos mains, ô Seigneur qui êtes le Sauveur de tous et le Rédempteur de nos âmes.


Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Station à Saint-Laurent.

Après celle des Princes des Apôtres, cette fête est la plus grande de l’antique liturgie romaine. Le terrible martyre souffert par le célèbre Archidiacre impressionna fortement les générations qui lui succédèrent immédiatement, et pour lesquelles Laurent devint à Rome ce qu’avait été Étienne à Jérusalem.

Le cadavre calciné du martyr fut déposé en paix par le prêtre Justin dans le cimetière de Cyriaque, dans l’Ager Veranus. Sur ce sol, le généreux empereur Constantin érigea une riche basilique ; mais comme le sépulcre de saint Laurent se trouvait au milieu des autres cubicula et des cryptes souterraines, le vainqueur de Maxence, voulant épargner le cimetière, ouvrit seulement un escalier de communication entre la basilique et l’hypogée du Saint. Cet escalier à deux rampes est mentionné non seulement par le Liber Pontificalis dans la biographie de Silvestre, mais aussi dans une épigraphe locale, que nous avons déjà rapportée ailleurs : Ad mesa beati martyris Laurentii, descindentibus in cripta, parte dextra [32].

Sur la tombe du martyr, Damase plaça l’inscription suivante :

VERBERA • CARNIFICES • FLAMMAS • TORMENTA • CATENAS 
VINCERE • LAVRENTII • SOLA • FIDES • POTVIT 
HAEC • DAMASVS • CVMVLAT • SVPPLEX • ALTARIA • DONIS 
MARTYRIS • EGREGIVM • SVSPICIENS • MERITVM 

Les coups, les bourreaux, les flammes, le chevalet, les chaînes, 
Seule la foi de Laurent pouvait les surmonter. 
Damase suppliant dépose sur cet autel ses offrandes, Tout pénétré d’admiration pour les mérites du grand Martyr.

Toutefois, cette église constantinienne apparut bientôt trop petite pour le grand nombre de fidèles qui affluaient chaque jour à la tombe du vaillant Archidiacre. Sixte III entreprit alors la construction d’une nouvelle et plus vaste basilique (basilica maior), mais orientée en sens inverse, c’est-à-dire avec la porte du côté de la voie Tiburtine, et l’abside adhérente à l’abside constantinienne. Ce second édifice est mentionné, non seulement dans la biographie du Pape fondateur, mais aussi dans quelques inscriptions du Ve siècle :

IN • BASILICA • MAIORE • AD • DOMNVM • LAVRENTIVM [33]

Le Martyrologe Hiéronymien mentionne la dédicace qui en fut faite le 4 novembre : Dedicatio basilicae sanctorum Xysti, Hippolyti et Laurentii.

Pendant ce temps, la crypte ad corpus du martyr, humide et obscure, était devenue elle aussi peu sûre en raison de la pression des terres de la colline qui pesaient sur ses côtés. Pour y remédier, Pelage II nivela toutes les galeries cimitérales environnantes, isolant la tombe du martyr, et érigeant, sur l’emplacement de l’antique basilique constantinienne, une nouvelle église qui reçut le titre de nova, ou speciosior [34]. L’abside de l’édifice constantinien fut cependant conservée et les colonnes antiques furent utilisées pour le nouvel édifice. Une inscription, qui a été reconstituée au sommet de l’arc triomphal, rappelle l’histoire de ces travaux exécutés durant la période orageuse de l’invasion lombarde :

DEMOVIT • DOMINVS • TENEBRAS • VT • LVCE • CREATA 
HIS • QVONDAM • LATEBRIS • SIC • MODO • FVLGOR • INEST 
ANGVSTOS • ADITVS • VENERABILE • CORPVS • HABEBAT 
HIC • VBI • NVNC • POPVLVM • LARGIOR • AVLA • CAPIT 
ERVTA • PLANITIES • PATVIT • SVB • MONTE • RECISO 
ESTQVE • REMOTA • GRAVI • MOLE • RVINA • MINAX 
PRAESVLE • PELAGIO • MARTYR • LAVRENTIVS • OLIM 
TEMPLA • SIBI • STATVIT • TAM • PRETIOSA • DARI 
MIRA • FIDES • GLADIOS • HOSTILES • INTER • ET • IRAS 
PONTIFICEM • MERITIS • HAEC • CELEBRASSE • SVIS 
TV • MODO • SANCTORVM • CVI • CRESCERE • CONSTAT • HONORES 
FAC • SVB • PAGE • COLI • TECTA • DICATA • TIBI 

Le Seigneur écarta les ténèbres et créa la lumière pour que celle-ci resplendît même en ce lieu qui fut jadis un lieu caché. 

L’entrée était trop étroite pour introduire au corps du Saint ; tu y vois maintenant une salle spacieuse et capable de contenir plus de monde. 

Une partie de la colline ayant été aplanie, on obtint un espace plus large, et on écarta le danger d’un éboulement des terres. 

Pelage étant Pape, le martyr Laurent voulut que ce temple somptueux lui fût érigé. 

Vraiment admirable fut la foi du Pontife qui, entouré des glaives et de la fureur de ses ennemis, eut le mérite de terminer les travaux. 

Et vous, ô Dieu, à l’honneur de qui profite le culte des saints, faites que désormais nous vénérions en paix le sanctuaire qui vous est consacré.

Sous l’arc de triomphe se déroulent ces vers :

MARTYRIVM • FLAMMIS • OLIM • LEVITA • SVBISTI 
IVRE • TVIS • TEMPUS • LVX • BENERANDA • REDIT 

Autrefois tu soutins, ô Lévite, le supplice du feu ; 
c’est donc à bon droit que la lumière inonde maintenant ton sanctuaire.

Les différentes messes en l’honneur de saint Laurent : Confessio et pulchritudo, etc., font toutes allusion à cette basilique speciosior de Pelage II, tandis que l’autre, maior, de Sixte III fut généralement désignée par la suite comme dédiée à la sainte Vierge. C’est ainsi que Léon IV prescrivit la station à Saint-Laurent pour l’octave de l’Assomption, et que, à l’autre messe stationnale in agro Verano, le troisième dimanche de Carême, l’Évangile contient les louanges de Notre-Dame.

Les deux sanctuaires de Saint-Laurent demeurèrent en cet état jusqu’aux temps d’Honorius III. Sous ce pape, la basilique maior, qui était sans doute en mauvais état, fut démolie avec l’abside et le transept de la basilique pélagienne. Les nefs de la speciosior devinrent alors comme une sorte de chœur derrière l’autel de Saint-Laurent ; en avant de celui-ci, le pape Honorius construisit un nouveau temple avec un portique qui, maintenant, occupent en partie l’emplacement de la basilique constantinienne et en partie celui de la basilique de Sixte III. Au siècle dernier, Pie IX y fit exécuter de grandioses restaurations, et, imitant l’exemple de ses anciens prédécesseurs Zosime, Sixte III et Hilaire, il voulut être enseveli près du saint Archidiacre.

L’histoire du sanctuaire sépulcral de saint Laurent — qui, jusqu’à ces derniers siècles, était au nombre des basiliques patriarcales de la Ville, avec préséance sur Sainte-Marie-Majeure — vaut à elle seule tout un traité sur l’importance et la popularité du culte du martyr à Rome. Nous devons ajouter d’autre part que, tandis qu’à Constantinople Pulchérie érigeait un sanctuaire au Staurophore de l’Église romaine, celle-ci, en distribuant avec une certaine générosité des fragments du gril de fer de saint Laurent, fournissait l’occasion d’élever des églises et des cathédrales en l’honneur du martyr, en Italie, en Afrique, dans les Gaules et en Espagne.

Cependant la Ville éternelle était à la tête de toutes les autres dans la dévotion à saint Laurent. Partout où la tradition avait localisé quelque épisode de son martyre, s’élevait bientôt un temple pour en consacrer le souvenir. Sur le Viminal, sancti Laurentii in Formoso, ubi assatus est [35] ; — comme nous l’apprend au VIIe siècle l’Itinéraire d’Einsiedeln ; — Saint-Laurent in Fonte, où l’Archidiacre aurait baptisé un de ses geôliers ; Saint-Laurent in Miranda, à l’endroit sans doute où il fut jugé ; Saint-Laurent in Damaso, où étaient, dès l’antiquité, les archives de l’Église romaine ; Saint-Laurent in Lucina, où il aurait habité ; Saint-Laurent supra Clementem, près de Sainte-Marie in Domnica, où il aurait exercé son ministère de charité ; Saint-Laurent près du titre de Cyriaque, où il aurait subi son interrogatoire. En outre, au Vatican, au Latran, dans les divers quartiers de la Ville s’élevèrent, durant le haut moyen âge, un grand nombre d’églises dédiées à saint Laurent, une quarantaine au moins, en sorte que les Apôtres Pierre et Paul eux-mêmes n’en ont pas autant.

Le gril de saint Laurent est conservé maintenant encore dans le vieux Titre de Saint-Laurent in Lucinis, où, en 366, Damase fut élu Pontife, et où il apposa une de ces inscriptions qui portent son nom.

Une autre gracieuse épigraphe fut composée par le Pontife des Martyrs pour sa nouvelle basilique de Saint-Laurent in Damaso, près du théâtre de Pompée, là où son père et lui avaient passé, au milieu des archives papales, leur longue et glorieuse carrière ecclésiastique.

NON • MIRVM • EST • FALLAX • NIMIVM • QVOD • FLAMMA • MINATVR 
MARTYRIS • ET • CORPVS • NIL • NOCITVRA • CREMAT 
NAMQVE • DOCET • FIDEI • MAGNAM • SINE • VINDICE • POENA 
AD • CAELVM • MEDIIS • IGNIBVS • ESSE • VIAM 
HVNC • ETENIM • FRVITVR • MARTYR • LAVRENTIVS • IGNEM 
AT • MERITIS • SVMMIS • NE • MORIATVR • AGIT 

Vaine et apparente est la menace du feu, lequel a bien brûlé 
le corps, mais n’a pu vraiment nuire au martyr. 
La flamme enseigne donc que la foi, même au milieu du bûcher, 
sait s’ouvrir une voie large vers le ciel, sans crainte d’aucun châtiment. 
Laurent martyr soutint le tourment de ce feu, 
mais par ses mérites, il survit à la mort elle-même.

En ce jour, comme nous l’avons déjà dit, on célébrait autrefois deux messes : l’une dans l’hypogée ad corpus, et l’autre dans la basilique supérieure.

C’est ainsi que les Sacramentaires distinguent en ce jour une prima missa, d’une autre missa publica avec lectures et collectes différentes. Notre Missel actuel a conservé seulement la seconde messe.

IN PRIMA MlSSA « DE NOCTE ».

Station dans la basilique constantinienne, ou de Pelage II.

Les collectes sont les suivantes :

Prière. — « Excitez, Seigneur, dans votre Église, l’Esprit auquel fut docile le bienheureux lévite Laurent, afin que nous aussi, remplis du même Esprit, nous nous efforcions d’aimer ce qui fut l’objet de son amour, accomplissant en même temps ce qu’il nous enseigna » [36].

La première lecture, selon le Comes de Würzbourg, était celle de notre Missel actuel pour le Commun In virtute [37], de même en partie l’Évangile : Qui amat patrem aut matrem [38].

Sur les oblations. — « Que la sainte prière de Laurent vous fasse accepter, Seigneur, notre sacrifice ; qu’il vous soit agréable, par l’intercession de celui en l’honneur de qui il vous est, en ce jour, solennellement offert ».

Nous empruntons au Léonien la préface suivante : Vere dignum... in die solemnitatis hodiernae, qua beati Laurentii hostiam tibi placitam casti corporis glorioso certamine suscepisti. Prunis namque superposita stridebant membra viventia ; nec tamen erat poena patientis, sed piae confessionis incensum. Neque terrenno liberari cruciatu Martyr optabat, sed coronari deprecabatur in caelis. Per, etc [39].

Après la Communion. — « Nous vous demandons, ô Dieu tout-puissant, que ceux que vous venez de combler des dons célestes, vous les preniez, par les prières de votre bienheureux martyr Laurent, sous votre continuelle protection ».

IN MISSA PUBLICA.

Station dans la basilique « maior ».

L’introït confessio et pulchritudo est le même que pour la station à Saint-Laurent in Formoso, le premier jeudi de Carême. L’antienne contient une allusion délicate à la beauté de la basilica speciosior, où se trouvait en effet la confession de saint Laurent.

Prière. — « Faites, Seigneur, que s’éteigne en nous l’ardeur des passions. Vous qui avez donné au bienheureux Laurent la force de surmonter le tourment du feu ». Dans un beau discours prononcé à l’occasion de cette fête en présence du peuple romain réuni dans l’Agro Verano, saint Léon observe que le feu extérieur qui brûlait saint Laurent était moins vif que celui de l’amour divin qui le consumait au dedans. Ce dernier l’empêchait d’être attentif à l’autre. C’est ainsi que nous triompherons nous-mêmes de nos passions, si notre cœur brûle de l’amour de Dieu et de la vertu.
La première lecture est tirée de la IIe épître aux Corinthiens (IX, 6-10). L’Apôtre qui avait déjà précédemment ordonné des collectes en faveur des églises de la Judée, éprouvées par la famine, détermine maintenant les conditions dans lesquelles ces collectes se feront. Les offrandes devront être volontaires, car autrement elles ressembleraient à un impôt, et Dieu n’exige pas de tributs pécuniaires. En outre, elles devront être inspirées par un cœur généreux et qui se confie à la divine Providence, parce que l’aumône est comme la semence qu’on dépose dans le champ du royaume céleste. Le Dieu qui, d’un grain de blé pourri en terre, fait surgir la tige et germer les épis, multipliera en ce monde et dans l’autre le fruit de l’aumône qui lui est faite en la personne de ses pauvres.

Cette institution divine de la bienfaisance chrétienne fut, dès le début, organisée dans l’Église et prit un caractère officiel. A ce sublime ministère de charité furent destinés les diacres, entre lesquels se distingua, à Rome, saint Laurent. Le fruit des aumônes du saint Archidiacre est admirablement représenté par la grâce de son glorieux martyre.

Le répons-graduel, tiré du psaume 16, où il est question du feu de la tribulation qui éprouve la vertu, comme l’or dans le creuset, est appliqué aujourd’hui à saint Laurent, qui subit la torture du gril embrasé. Ps. 16. « Vous avez mis mon cœur à l’épreuve, Seigneur ; Vous l’avez visité durant la nuit. Vous m’avez éprouvé dans le creuset, et Vous ne m’avez pas trouvé en faute ».

Le verset alléluiatique fait allusion à la guérison miraculeuse de l’aveugle Crescention, opérée par le saint lévite. « Le lévite Laurent a bien agi, lui qui, par le signe de la Croix, rendit la lumière aux aveugles ».

La lecture évangélique (Ioan. XII, 24-26.) est la même que le Ier février pour St Ignace ; elle traite des qualités requises de celui qui veut servir le Christ. Le mot latin minister a la même signification que le nom grec de diacre, d’où l’allusion au digne diaconat de Laurent.

L’antienne pour l’offertoire, où est fait l’éloge de la beauté du sanctuaire du Seigneur, est identique à celle de l’introït. On voit par là que la basilique speciosior de Pelage II suscitait vraiment l’enthousiasme de la piété romaine et était digne de son saint Archidiacre.

Sur les oblations. — « Recevez, Seigneur, nos pieuses offrandes, et, par les mérites du bienheureux Laurent, faites qu’elles nous méritent votre secours afin que nous obtenions ainsi le salut éternel ».

Aujourd’hui tous les Sacramentaires assignent une préface propre. Nous citons ici l’une des plus belles du recueil Léonien : ... Vere dignum : Quamvis enim Sanctorum tuorum, propagante te, Domine, toti orbi data sit gloria ; de beati tamen solemnitate Laurentii peculiarius prae coeteris Roma laetatur, cuius nascendo civis, sacer Minister, dedicatum Nomini tuo munus est proprium. Qui per tuam gratiam, commissae sibi dispensationis exsecutor egregius, ut ad Martyrium perveniret emeruit pro praemio, et quo coelestis existeret, consecutus est passionem. Per etc [40]. On voit par ce texte que la tradition romaine primitive voulait que saint Laurent fût né à Rome et non en Espagne. Saint Damase, le grand propagateur du culte de saint Laurent, pensait de même.

L’antienne pour la Communion (Ioan. XII, 26) est tirée de la lecture de l’Évangile de ce jour, et contient une délicate allusion au ministère du diacre. Dans le Missel on la trouve aussi le 29 novembre, pour saint Saturnin.

Après la Communion. — « Fortifiés par le don céleste, nous vous demandons humblement, Seigneur, que le Sacrement que nous venons de vous offrir comme l’hommage de notre adoration, soit pour nous un accroissement de votre grâce salutaire ». Le Sacrifice eucharistique de la Messe est la synthèse de toute notre religion. Par lui nous adorons Dieu et nous lui rendons grâces ; par lui nous honorons les saints, nous soulageons les défunts, nous obtenons des grâces pour nous et pour toute l’Église ; nous réparons nos pertes spirituelles quotidiennes, nous nous incorporons au Christ et nous avons part avec Lui à la résurrection glorieuse.

Selon les Ordines Romani, jusque durant le bas moyen âge le Pape se rendait aujourd’hui avec toute sa cour à Saint-Laurent ; il y célébrait les vêpres et y passait la nuit, afin d’assister au vigiles, comme pour la solennité des Princes des Apôtres.

L’Ordo Romanus attribué à Jacques Gaetani au XIVe siècle prescrit que, soit à Rome, soit ailleurs, si le Pape se trouve à proximité d’une église quelconque dédiée à saint Laurent, on supprime le consistoire pour la vigile et pour la fête ; qu’on chante les vesperi papales solemnes... et detur potus —l’habituelle libation de vin, dernier souvenir à Rome des antiques agapes chrétiennes.

Dans le Patriarchium du Latran, un des plus insignes oratoires (l’unique qui subsiste encore de l’ancien palais épiscopal du Pape) était dédié à saint Laurent, et Léon III y déposa un grand nombre de saintes reliques. Le Pape s’y dépouillait des vêtements sacrés après la Messe, et y récitait les prières d’action de grâces. Delà vient qu’aujourd’hui encore, ces prières, dans notre Missel, contiennent une collecte en l’honneur de saint Laurent, titulaire de la chapelle pontificale,

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique


coups du bourreau, des flammes, des tortures, des chaînes,
Seule la foi de Laurent a triomphé de tout.
Damase suppliant charge cet autel de présents,
Dans l’admiration des mérites de l’illustre martyr » [41].

1. Saint Laurent. — Le jeune diacre héroïque compte parmi les saints les plus populaires de l’Église romaine ; la fête de saint Laurent était autrefois la plus grande fête de l’année après celle de saint Pierre et de saint Paul. « De l’orient à l’occident, écrit le pape saint Léon, lorsque resplendissent les flambeaux des lévites, Rome est aussi illustrée par Laurent que l’a été Jérusalem par Étienne ».

A défaut d’actes authentiques, nous possédons sur le martyre de ce saint un grand nombre de témoignages d’une haute antiquité. Laurent était disciple de Sixte II, qui, gagné par ses éminentes qualités et surtout par son innocence, en fit son premier diacre. Laurent avait ainsi le privilège d’être le premier assistant du pape à l’autel, et était, même, chargé de l’administration des biens de l’Église et du soin des pauvres.

Durant la persécution de l’empereur Valérien (253-260), Sixte II fut mis à mort avec quatre de ses diacres. Or, Laurent désirait ardemment être immolé avec le père de son âme : « Père, lui disait-il, où vas-tu sans ton fils ? Où vas-tu, prêtre, sans ton diacre ? Tu avais coutume de ne jamais offrir le sacrifice sans ton ministre ! En quoi t’ai-je déplu ? M’as-tu jamais trouvé inférieur à ma tâche ? Mets-moi de nouveau à l’épreuve et vois si je suis indigne de mes fonctions à l’église. Jusqu’à ce jour, c’est à moi que tu avais confié le soin de distribuer le sang du Seigneur ». Sixte lui répondit : « Je ne t’abandonne pas, mon fils. Un plus grand combat pour la foi t’est réservé. Je suis un faible vieillard, c’est pourquoi le Seigneur m’épargne ; mats toi, qui es jeune, un plus grand triomphe t’est destiné. Cesse de pleurer ; en trois jours tu me suivras ». L’ayant ainsi consolé, le Pontife ordonna à son diacre de distribuer les biens de l’Église aux pauvres.

Tandis que Laurent s’acquittait de cette tâche chez un certain Narisce, un aveugle appelé Crescence vint le supplier de lui imposer les mains pour le guérir. Laurent fit sur lui le signe de la croix et lui rendit la vue. En prison, il accomplira encore d’autres miracles.

On avait compris, par son entretien avec Sixte II, qu’il était administrateur des biens de l’Église. Il fut arrêté et confié à un gardien du nom d’Hippolyte. Lucilus et plusieurs autres aveugle furent guéris par lui ; Hippolyte se convertit et reçu lui-même le martyre (voir au 13 août). Sollicité par le préfet de Rome de livrer les trésors qui lui étaient confiés, Laurent demanda un délai de deux jours afin de pouvoir lui donner satisfaction. Il employa ce temps rassembler les pauvres et les malades dans la maison d’Hippolyte, puis il les présenta au préfet : « Voilà, dit-il, les trésors de l’Église ! » Le saint fut alors livré à la torture.

Tandis, qu’on le déchirait de coups, qu’on lui brûlait la peau avec des lames de fer rougies au feu : « Seigneur Jésus, suppliait-il, ayez pitié de votre serviteur », et il demandait à Dieu d’éclairer ceux qui l’entouraient. C’est alors qu’un soldat, Romanus, se convertit, en déclarant : « Je vois devant toi un jeune homme d’une éclatante beauté. Hâte-toi de me baptiser ». Ce jeune homme était un ange qui essuyait les blessures du martyr avec un linge. De retour dans la maison d’Hippolyte, Laurent y baptisa Romanus qui fut pour cela exécuté (voir au 9 août).

Vers la fin du jour, il comparut de nouveau devant le juge qui lui annonça que, cette nuit même, on allait achever son supplice : « J’honore mon Dieu et ne sers que lui seul ; c’est pourquoi je ne redoute pas vos tourments. Cette nuit sera pour moi un jour radieux et une clarté sans obscurité ». Telle fut sa réponse. Étendu sur un gril ardent, il raillait ses bourreaux : « Tu peux me tourner maintenant, dit-il au tyran ; mon corps est assez rôti de ce côté ». Il reprit bientôt après : « Me voici enfin suffisamment cuit ; tu peux manger ». On l’entendit encore rendre grâces à Dieu : « Je te remercie, Seigneur, de m’avoir, admis à ta porte ». Et Dieu l’encouragea ainsi dans ses tourments : « Mon serviteur, sois sans crainte : je suis avec toi ».

Saint Laurent acheva son martyre sur le mont Viminal et fut enseveli auprès de la voie de Tibur. — Telle fut la passion du héros chrétien dont le bréviaire romain reprend le récit dans les chants de l’office, antiennes et répons. Sur le tombeau du diacre Laurent s’élève une église dont les origines remontent à l’époque de Constantin. Saint-Laurent-hors-les-murs est une des sept basiliques patriarcales de Rome.

2. L’Office du jour. — Nous pouvons faire de cette journée une journée liturgique en l’honneur de saint Laurent. La prière des Heures est remarquablement expressive et touchante en sa simplicité.

La grande solennité a commencé hier soir, à Vêpres. L’office de matines est vraiment saisissant avec son ordonnance classique : « Le bienheureux Laurent, Martyr du Christ, a été couronné et triomphe dans le ciel : venez, adorons le Seigneur » (Invitatoire).

Entre les psaumes habituels, vont s’intercaler les antiennes historiques avec leurs dialogues si vivants qu’il nous semble les entendre de nos propres oreilles. Viennent les leçons du premier nocturne (reconnaissance du Saint pour ses souffrances) également entrecoupées de répons historiques, et, plus loin, la belle homélie de saint Léon le Grand. Nous réciterons avec une dévotion particulière le psaume XVI qui chante les souffrances de saint Laurent sur son gril : « Vous avez éprouvé mon cœur et vous l’avez visité pendant la nuit ; vous m’avez soumis à l’épreuve du feu, et l’iniquité ne s’est pas trouvée en moi » (voir encore le Graduel).

C’est joyeusement que nous quittons aujourd’hui notre couche ; nous récitons Laudes avec notre saint, et avec quelle ardeur pouvons-nous redire comme lui la prière matinale du psaume LXXII : « Dès l’aurore, j’aspire vers toi. Mon âme a soif de toi, car, pour toi, mon Dieu, ma chair se consume ! »

Passons à la messe. Quel magnifique sacrifice avec ses trois victimes : le Christ, saint Laurent, la communauté des fidèles ! Le grain de froment en est aujourd’hui le symbole (Épître et Évangile). Le grain de froment représente le Christ « mis à mort par la perfidie des Juifs, et multiplié par la foi des peuples ». Le grain de froment, c’est Laurent enseveli dans la mort, et multiplié par son intercession et son exemple. Le grain de froment c’est la sainte Eucharistie aussi : il est enfoui dans le champ de l’âme pour reparaître multiplié dans une vraie vie chrétienne. Relevons encore cette allusion : « Celui qui sème peu moissonnera peu aussi ; et celui qui sème avec abondance moissonnera de même avec abondance ».

Ma journée est commencée ; Laurent, le vaillant héros de la charité du Sauveur, est toujours à mes côtés. Que surviennent une souffrance, une tentation, une épreuve, il est là pour me dire : « Voilà qui n’est pas encore mon gril ! » Tous les jours, après la messe, nous faisons à Dieu cette prière : « Seigneur, daignez éteindre en nous l’ardeur de nos vices, vous qui avez accordé au bienheureux Laurent de surmonter le feu qui le dévorait ». (Il y avait autrefois, dans le palais du Latran, une chapelle dédiée à saint Laurent ; c’était l’endroit où le pape quittait ses vêtements sacrés et faisait son action de grâces. Ce détail explique l’origine de l’oraison récitée après la messe).

[1] Léon le Grand, Sermons, Sermon 72 In natali S. Laurentii martyris, 4, édit. R. Dolle, tome 4, Paris 1973, p. 77.

[2] Le Bienheureux Laurent est un martyr illustre, mais à Rome, non ici ; en effet je constate votre si petit nombre. Saint Augustin, Sermon 203, Sermon 2 In natali martyris Laurentii, 1, P.L. 38, col.

[3] P. Perdrizet, Le Calendrier parisien à la fin du moyen âge, Paris 1933, p. 198.

[4] Cf. Pierre Jounel, Le Culte des Saints dans les Basiliques du Latran et du Vatican au douzième siècle, École Française de Rome, Palais Farnèse, 1977.

[5] Prudent. Peristephanon, Hymn. II.

[6] Ambr. De Offic. I, 41.

[7] De Rossi, Inscript. II, 82.

[8] Cant. VIII, 6.

[9] Prudent, ubi supra.

[10] Aug Sermo 303, al. de Div. 123.

[11] Ibid.

[12] Sermo 302, al. de Div. III.

[13] Maxim. Taurin. Homil. 75.

[14] Homil. 74.

[15] Elenchus Philocal.

[16] Prudent. ubi supra.

[17] Cornelius ad Fabium Antioch.

[18] Verbera, carnifices, flammas, tormenta, catenas 
Vincere Laurenti sola fides potuit. 
Haec Damasus cumulat supplex altaria donis, 
Martyris egregium suspiciens meritum.

[19] Adon. Martyrol.

[20] Prudent, ubi supra.

[21] De nocte, in primo mane : Sacramentar. Greg. apud H. Menard.

[22] Introït, ex Psalm XVI : Antiphonar, apud Tommasi.

[23] Beleth. CXLV ; Sicard. IX, XXXIX ; Durand. VII, XXIII.

[24] Heb. IX.

[25] Luc. XVI, 10.

[26] Aug. Sermo CCCV, al XXVI, in Nat. S. Laurent.

[27] Adon. Martyrolog.

[28] Prudent, ubi supra.

[29] Leon. Sermo in Nat. S. Laurentii.

[30] In IIo Noct. Pseudo-Aug. Sermo 30 de Sanctis.

[31] S. Aug. Tract, in Joh. 51.

[32] A l’autel du bienheureux Martyr Laurent, en descendant dans la crypte, à droite.

[33] DE ROSSI, Bullett., 1876, 22, 23.

[34] Plus belle.

[35] Où il fut brûlé.

[36] Les trois collectes de cette messe sont devenues celles du jour Octave, cf. ici.

[37] Sap. X, 10-14.

[38] Matth. X, 37-42.

[39] Il est vraiment digne… Au jour de cette solennité, où vous avez reçu comme un sacrifice qui vous plaisait le combat glorieux du corps chaste du bienheureux Laurent. Ses membres vivants crépitaient placés sur les braises ; mais l’encens n’était pas la peine de la souffrance, mais celui de la pieuse confession. Et le Martyr ne choisissait pas d’être libéré du supplice terrestre, mais il priait d’être couronné dans les cieux.

[40] Quoique la gloire de vos Saints, Seigneur, par votre action, soit donnée au monde entier, Rome se réjouit tout particulièrement de la solennité du bienheureux Laurent entre tous. D’elle il est né citoyen, il fut un ministre sacré, et son propre don consacré à votre nom. Par votre grâce, il fut le merveilleux dispensateur des biens qui lui étaient confiés, de sorte qu’il méritât la récompense de parvenir au Martyre, et là, il s’éleva aux cieux, ayant subi sa passion.

[41] Inscription du pape Damase sur le tombeau de saint Laurent.



SAINT LAURENT, MARTYR

Laurent viendrait de tenant un laurier. C'est un arbre avec les branchés duquel on tressait autrefois des couronnes dont on ceignait lés vainqueurs. Il est l’emblème de la victoire; il réjouit la vue par sa verdeur constante ; il répand une odeur agréable, et possède beaucoup de propriétés. Or, saint Laurent est ainsi nommé de laurier, parce qu'il remporta la victoire dans son martyre; ce qui força Dèce à avouer avec confusion: « Je pense que nous voici vaincus (1). »

Il posséda la verdeur dans la netteté et la pureté de son corps ; ce qui lui a fait dire: « Ma nuit n'a plus rien d'obscur, etc. » Il eut l’odeur parce que sa mémoire sera éternelle: de la ces mots du Psaume III qui lui ont été appliqués: « Il a répandu. des biens sur les pauvres ; sa justice demeurera dans tous les siècles. » Saint Maxime dit : « Comment sa justice n'aurait-elle pas de durée, ses oeuvres étaient animées par cette vertu qui lui a fait consommer son martyre. » Sa prédication fut efficace, puisqu'il convainquit Lucille, Hippolyte et Romain. Le laurier a la propriété de guérir de la pierre qu'il écrase, de remédier à la surdité, et de détourner la foudre. De même saint Laurent brise les coeurs endurcis,rend l’ouïe spirituelle, et protège contre la foudre des sentences de la réprobation (2).

Laurent, martyr et diacre, Espagnol de nation, fut amené à Rome par saint Sixte. Car ainsi que le dit Me Jean Beleth (3) Sixte, dans un voyage en Espagne, rencontra deux jeunes gens, Laurent et Vincent, son cousin, distingués par leur honnêteté et remarquables dans toute leur conduite : il les amena à Rome avec lui. L'un d'eux, c'était Laurent, demeura à Rome auprès de sa personne, et Vincent retourna en Espagne oit il termina sa vie par un glorieux martyre. Mais cette opinion de Me Jean Beleth a contre elle le temps du martyre de ces deux saints ; car Laurent souffrit sous Dèce et Vincent, qui était jeune, sous Dioclétien et Dacien. Or, entre Dèce et Dioclétien, il s'écoula environ 40 ans et il y eut entre eux sept empereurs, en sorte que saint Vincent n'aurait pu être jeune. Saint Sixte ordonna Laurent son archidiacre. En ce temps-là, l’empereur Philippe et son fils, qui portaient le même nom, avaient reçu la foi et après être devenus chrétiens, ils s'efforçaient de donner beaucoup d'importance à l’Eglise. Ce Philippe fut le premier empereur qui reçut la fondé J.-C. ; ce fut, dit-on, Origène qui le convertit, quoiqu'on lise ailleurs que ce fut saint, Pontius. Il régna l’an mille de la fondation de Rome, afin que cette millième année frit consacrée à J.-C. plutôt qu'aux idoles. Or, les Romains célébrèrent cet anniversaire avec un grand appareil de jeux et de spectacles. L'empereur Philippe avait auprès de sa personne un soldat nommé Dèce qui était courageux et renommé dans les combats. Vers cette époque, la Gaule s'étant révoltée, l’empereur y envoya Dèce afin de soumettre à la domination romaine les Gaulois rebelles. Dèce mena tout à bien et revint à Rome après avoir remporté la victoire au gré de ses désirs. L'empereur apprenant son arrivée. voulut lui rendre de grands honneurs et alla au-devant de lui jusqu'à Vérone. Mais comme l’esprit des méchants s'enfle d'un orgueil d'autant plus grand qu'ils se sentent honorés davantage, Dèce exalté par l’ambition en vint jusqu'à aspirer à l’empire et à comploter la mort de son maître. Il choisit le moment où l’empereur reposait sous son pavillon pour y entrer en cachette et l’égorger pendant qu'il dormait. Quant à l’armée venue avec l’empereur, il se l’attacha par ses prières, par l’argent, par des largesses et par des promesses, et alors il se hâta d'aller à la capitale de l’empire à marches forcées. A cette nouvelle, Philippe le jeune fut saisi de craintes, et au rapport de Sicard dans sa chronique, il confia les trésors, entiers de son père et les siens à saint Sixte et à saint Laurent, afin que, s'il venait à être tué lui-même par Dèce,ils donnassent ces trésors aux églises et aux pauvres. N'allez pas vous étonner si les trésors distribués par saint Laurent ne sont pas appelés les trésors de l’empereur, mais bien ceux de l’Église, car il put se faire qu'avec ces trésors de l’empereur Philippe, il eût distribué en même temps quelques trésors appartenant à l’Église : ou bien encore, on peut les appeler les trésors de l’Église, parce que Philippe les avait laissés à l’Église pour qu'ils fussent partagés entre les pauvres, quoique l’on doute avec certaine raison que ce fuît Sixte qui existât alors, comme il sera dit plus bas. Ensuite Philippe s'enfuit et,pour ne point tomber entre les mains de Dèce, à son retour, il se (389) cacha. Le Sénat alla donc au-devant de Dèce et le confirma dans la possession de l’empire. Or, afin de paraître avoir tué son martre non par trahison, mais par zèle pour le culte des idoles, il commença à persécuter les chrétiens avec la plus affreuse cruauté, donnant l’ordre de les égorger sans aucune miséricorde. Dans cette persécution périrent plusieurs milliers de martyrs, parmi lesquels fut couronné Philippe le jeune. Ensuite, Dèce se mit à la recherche du trésor de son maitre. Sixte lui fut présenté comme adorant J.-C. et comme possédant les trésors de l’empereur. Or, saint Laurent qui le suivait par derrière lui criait: « Où allez-vous, sans votre fils, ô mon père ? saint prêtre, où allez-vous sans votre diacre? Jamais vous n'aviez coutume d'offrir le sacrifice sans ministre. Qu'y a-t-il en moi qui ait pu déplaire à votre coeur de père? Avez-vous des preuves que j'aie dégénéré? Éprouvez de grâce, si vous avez fait choix d'un assistant capable, quand vous  m’avez confié le soin de distribuer le sang du Seigneur. » Ce n'est pas moi qui te quitte mon fils, ni qui t'abandonne, reprit le saint Pontife ; mais de plus grands combats pour la foi de J.-C., te sont réservés. Pour nous, en qualité de vieillard, nous n'avons à affronter que de faibles dangers, toi qui es jeune, tu remporteras sur le tyran un plus glorieux triomphe. Dans trois jours, tu me suivras, c'est, la distance qui doit séparer le prêtre et le lévite. Et il lui remit tous les trésors, en lui ordonnant d'en faire la distribution aux églises et aux pauvres. Le bienheureux Laurent se mit donc nuit et jour à la recherche des chrétiens et donna à chacun selon ses besoins. Il vint à la maison d'une veuve qui avait caché un grand nombre de chrétiens chez elle : depuis longtemps elle souffrait de maux de tête. Saint Laurent lui imposa les mains et elle fut guérie de sa douleur; ensuite il lava les pieds des pauvres et leur donna l’aumône. La même nuit, il vint chez un chrétien et y rencontra un homme aveugle ; par un signe de croix, il lui rendit la vue.

Or, comme le bienheureux Sixte ne voulait pas entrer dans les vues de l’empereur, ni sacrifier aux idoles, il fut condamné à avoir la tête tranchée. Accourut alors saint Laurent qui se mit à crier à saint Sixte : « Veuillez ne pas m’abandonner, père saint, parce que déjà j'ai dépensé vos trésors que vous  m’aviez confiés. » Alors les soldats, en entendant parler de trésors, se saisirent de Laurent et le livrèrent entre les mains du tribun Parthénius. Celui-ci le présenta à Dèce. Le césar Dèce lui dit: « Où sont les trésors de l’Église que nous savons, avoir été déposés chez toi? ». Or, comme Laurent ne fui répondait pas, il le livra à Valérien qui était préfet, afin de le forcer à livrer les trésors et à sacrifier ensuite aux idoles, ou bien de le faire périr dans des supplices et des tourments divers. Valérien, de son côté, le mit entre les mains d'un officier nommé Hippolyte afin qu'il le gardât; et Laurent fut enfermé en prison avec beaucoup d'autres. Il y avait là sous les verrous un gentil nommé Lucillus qui, à force de pleurer, avait perdu la vue. Comme Laurent lui promettait de lui rendre l’usage de ses yeux, s'il croyait en J.-C. et s'il recevait le baptême, cet homme demanda avec instance. à être baptisé. Laurent prit donc de l’eau et lui dit: « Tout est lavé dans la confession. » Et quand Laurent l’eut interrogé avec précision sur les articles de foi et que Lucillus eut confessé qu'il les croyait tous, il lui versa de l’eau sur la tête et le baptisa au nom de J.-C. C'est pour cela que beaucoup d'aveugles venaient trouver Laurent et s'en retournaient guéris. Quand Hippolyte vit cela; il lui dit : « Montre-moi les trésors. » Laurent lui répondit : « O Hippolyte, pour peu que tu croies en Notre-Seigneur J.-C., je te montre des trésors et je te promets une vie éternelle. » Hippolyte lui dit: « Si tu fais ce que tu dis; je ferai aussi ce à quoi tu  m’exhortes. » A la même heure, Hippolyte crut et reçut le saint baptême avec sa famille. Quand il fut baptisé il dit « J'ai vu les âmes des innocents tressaillir de joie. » Peu après, Valérien donna ordre à Hippolyte de lui présenter Laurent. Celui-ci dit à Hippolyte : « Allons tons les deus ensemble, car la gloire nous est réservée à toi et à moi. » Ils viennent donc tous deux devant le tribunal, et l’on s'enquiert encore du trésor. Laurent demanda un délai de trois jours, ce à quoi Valérien consentit' en le laissant sous la garde d'Hippolyte. Pendant ces trois jours,, Laurent rassembla les pauvres, les boiteux et les aveugles et les présentant dans le palais de Salluste- à Dèce : « Ce sont là, lui dit-il, les trésors éternels quine diminuent jamais, mais qui s'accroissent; ils sont répartis entre chacun et trouvés entre les mains de tous; et ce sont leurs mains qui ont porté les trésors dans le ciel. » Valérien dit devant Dèce qui était présent: « Pourquoi tous ces détours? Hâle-toi de sacrifier et renonce à la magie. » Laurent lui dit : « Quel est celui qu'on doit adorer? Est-ce le créateur ou la créature? » Dèce irrité le fit frapper avec des fouets garnis de plomb, appelés scorpions, et on lui mit devant les yeux tous les genres de tortures. Comme l’empereur lui commandait de sacrifier afin qu'il échappât à ces tourments, Laurent répondit : « Malheureux! ce sont des mets que j'ai toujours désirés. » Dèce lui dit: « Si ce sont des mets, fais-moi connaître les profanes qui te ressemblent afin qu'ils partagent ce festin avec toi. » Laurent répondit: « Ils ont déjà donné leurs noms dans les cieux et c'est pour cela que tu n'es pas digne de les voir. » Alors par l’ordre de Dèce, il est dépouillé, battu de coups de fouets et des lames ardentes lui sont appliquées sur les côtés. « Seigneur J.-C., dit alors Laurent, Dieu de Dieu, ayez pitié de votre serviteur, puisque quand j'ai été accusé, je n'ai pas renié votre saint nom, quand j'ai été interrogé, je vous ai confessé comme mon Seigneur. » Et Dèce lui dit : « Je sais que c'est par les secrets de la magie que titi te joues des tourments, mais tu ne sauras te jouer longtemps de moi. J'en atteste les dieux et les déesses; si tu ne sacrifies, tu périras dans des tourments sans nombre. » Alors il commanda qu'on le frappât très longtemps avec des fouets garnis de balles de plomb. Mais Laurent se mit' à prier en disant : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. » Alors il se fit entendre une voix du ciel que Dèce ouït aussi : « Tu as encore bien des combats à soutenir. » Dèce rempli de fureur s'écria: « Romains, vous avez entendu les démons consolant ce sacrilège, qui n'adore pas nos dieux, ne craint pas les tourments et ne s'épouvante pas de la colère des princes. »

Il ordonna une seconde fois qu'on le battît avec des scorpions. Laurent se mit à sourire, remercia Dieu et pria pour les assistants. Au même instant, un soldat, nommé Romain, crut et dit à saint Laurent: « Je vois debout en face de toi un très beau jeune homme qui essuie fies membres avec un linge. Je t'en conjure, au nom de Dieu, ne me délaisses pas, mais hâte-toi de me baptiser, » Et Dèce dit à Valérien: « Je pense que nous voici vaincus par la magie. » Il ordonna donc de le détacher de la cathaste (4) à laquelle il était attaché et de le renfermer sous la garde d'Hippolyte. Alors Romain apporta un vase plein d'eau, se jeta aux pieds de saint Laurent et reçut de ses mains le saint baptême. Aussitôt que Dèce en fut informé, il fit battre de verges Romain qui, s'étant déclaré chrétien de plein gré, fut décapité par l’ordre de l’empereur. Cette nuit-là, Laurent fut amené à Dèce. Or, comme Hippolyte pleurait et criait qu'il était chrétien, Laurent lui dit : « Cache plutôt J.-C. au-dedans de ton coeur, et quand j'aurai crié, prête l’oreille et viens. » On apporta donc, des instruments de supplices de tous les genres. Alors Dèce dit à Laurent: « Ou tu vas sacrifier aux dieux, ou cette nuit finira avec tes supplices. » Laurent lui répondit : « Ma nuit n'a pas d'obscurités, mais tout pour moi est plein de lumière. » Et Dèce dit : « Qu'on apporte un lit de fer afin que l’opiniâtre Laurent s'y repose. » Les bourreaux se mirent donc en devoir de le dépouiller et l’étendirent sur un gril de fer sous lequel on mit des charbons ardents et ils foulaient le corps du martyr avec des fourches de fer. Alors Laurent dit à Valérien: « Apprends, misérable, que tes charbons sont pour moi un rafraîchissement, mais qu'ils seront pour toi un supplice dans l’éternité, parce que le Seigneur lui-même sait que quand j'ai été accusé, je ne l’ai pas renié; quand j'ai été interrogé, j'ai confessé J.-C. ; quand j'ai été rôti, j'ai rendu des actions de grâces. » Et il dit à Dèce d'un ton joyeux : « Voici misérable, que tu as rôti un côté, retourne l’autre et mange. » Puis remerciant Dieu : « Je vous rends grâce, dit-il, Seigneur, parce que j'ai mérité, d'entrer dans votre demeure. » C'est ainsi qu'il rendit l’esprit. Dèce, tout confus, s'en alla avec Valérien au palais de Tibère, laissant le corps sur le feu. Le matin, Hippolyte l’enleva et, de concert avec le prêtre Justin, il l’ensevelit avec des aromates au champ Véranus. Les chrétiens jeûnèrent, et pendant trois jours célébrèrent ses vigiles, au milieu des sanglots et en versant des torrents de larmes.

Est-il certain que saint Laurent ait souffert le martyre sous cet empereur Dèce ? Le fait est douteux pour beaucoup de monde, puisque dans les chroniques, on lit que Sixte vécut longtemps avant Dèce. C'est le sentiment d'Eutrope quand il dit : Dèce qui suscita une persécution contre les chrétiens fit tuer entre autres le bienheureux lévite et martyr Laurent. Il est rapporté dans une chronique assez authentique que ce ne fut pas sous l’empereur Dèce, successeur de Philippe, mais sous un Dèce qui fut César, et non pas empereur, que saint Laurent souffrit le martyre. Car entre l’empereur Dèce et Dèce le jeune, sous lequel on dit que saint Laurent fut martyrisé, il y eut plusieurs empereurs et plusieurs souverains pontifes intermédiaires. En effet, il est dit dans le même livre que après Gallus et Volusien son fils, successeur de Dèce à l’empire, régnèrent Valérien et Gallien, et que ces deux derniers créèrent César, Dèce le jeune, mais sans le. faire empereur. Car anciennement les empereurs donnaient à quelques-uns la qualité de Césars, sans cependant lés créer Augustes ou empereurs; ainsi on lit dans les chroniques que Dioclétien fit César Maximien, et que, dans la suite, de César il le créa Auguste. Or, du temps de ces empereurs, c'est-à-dire de Valérien et de Gallien, c'était Sixte qui siégeait à Rome. Ce fut donc ce Dèce simple César, mais non pas empereur qui martyrisa saint Laurent. C'est pour cela que dans la légende de ce saint, Dèce n'est pas appelé empereur, mais Dèce-César seulement. Car l’empereur Dèce ne régna que deux ans, et martyrisa le pape saint Fabien. A, Fabien succéda Corneille qui souffrit sous Volusien et Gallus. Après Corneille vint Lucien, et. Lucien eut pour successeur Etienne qui souffrit sous Valérien et Gallien dont le règne dura quinze ans. A Etienne succéda Sixte. Ce qui précède est tiré de la chronique qui a, été citée , ci-dessus. Cependant toutes les chroniques, tant d'Eusèbe, que de Bède et d'Isidore s'accordent à, dire que le pape Sixte ne vécut pas du temps de l’empereur Dèce, mais bien de Gallien. Mais on lit encore dans une autre chronique que ce Gallien eut deux noms, qu'il fut appelé Gallien et Dèce, et ce fut sous lui que souffrirent Sixte et Laurent, vers l’an du Seigneur 257. Geoffroy avance aussi dans son livre intitulé Panthéon que Gallien se nomma Dèce et que ce fut sous lui que souffrirent saint Sixte et saint Laurent. Et si cet auteur est exact, ce qu'avance Jean Beleth pourrait être véritable. — Saint Grégoire rapporte au livre de ses Dialogues qu'une religieuse, nommée Sabine, conserva la continence sans pouvoir modérer l’intempérance de sa langue. Elle fut enterrée dans l’église de saint Laurent, devant l’autel du martyr; mais une partie de son corps fut coupée parle démon et resta intacte, tandis que l’autre partie fut brûlée : ceci fut constaté le lendemain matin. — Grégoire de Tours rapporte (5) qu'un prêtre réparant une église de saint Laurent, une poutre se trouvait être trop courte; il pria le saint martyr qui avait soutenu les pauvres. de venir au secours de son indigence ; la poutre s'allongea de telle sorte qu'elle était beaucoup trop longue : le prêtre coupa alors cet excédent en petites parties et s'en servit pour guérir beaucoup d'infirmités. Ce fait est attesté par le bienheureux Fortunat, et il eut lieu à Brione, château d'Italie. — Un homme avait mal aux dents : on le toucha avec un morceau de cette poutre et sa douleur disparut. — Au rapport de saint Grégoire dans ses Dialogues (6), un autre prêtre appelé Sanctutus, voulant réparer une église de saint Laurent brûlée par les Lombards, loua grand nombre d'ouvriers. Or, un jour qu'il n'avait rien à leur donner à manger, il se mit en prière et en regardant dans le four il y trouva un pain très blanc qui ne paraissait cependant pas devoir suffire à un repas pour trois personnes. Or, saint Laurent, qui ne voulait pas gîté ses ouvriers manquassent de rien, multiplia ce pain de telle sorte qu'il y en eut assez pendant dix jours pour tous les ouvriers.(7) — Vincent de Beauvais rapporte, dans sa chronique, qu'il y avait à Milan dans une église de saint Laurent un calice de cristal d'une merveilleuse beauté. Dans une solennité le diacre qui le portait à l’autel le laissa échapper de ses mains, et en tombant, par terre ce calice se brisa en morceaux. Mais le diacre affligé en rassembla les- fragments, les mit sur l’autel, fit une prière à saint Laurent, et il reprit le calice entier et très solide.

On lit encore dans le livré des Miracles de la sainte Vierge, qu'il y avait à Rome un juge nommé Etienne, gui recevait volontiers des présents de grand nombre de personnes, et violait souvent la justice. Il usurpa par force trois maisons de l’église de saint Laurent et, un jardin de sainte Agnès, et resta en possession de ce qu'il avait acquis injustement. Or, il arriva qu'il mourut et qu'il fut mené au jugement de Dieu. Saint Laurent s'approcha alors de lui, plein d'indignation, et par trois fois il lui serra le bras pendant longtemps et lui fit souffrir de cruelles douleurs. Mais sainte Agnès avec les autres vierges ne voulut pas le voir et détourna la tête. Alors le juge rendit son arrêt en ces termes : « Parce qu'il a soustrait le bien d'autrui, et qu'en recevant des présents, il a vendu la vérité, qu'il soit traîné au lieu où est Judas le traître. » Alors saint Proeject pour lequel Etienne avait eu beaucoup de dévotion pendant sa vie, s'approchant de saint. Laurent et de sainte Agnès, demandait pardon pour ce juge. Il fut donc accordé à leurs prières unies à celles de la sainte Vierge que son âme retournerait à son corps pour y faire pénitence pendant trente jours. En outre il reçut pour pénitence, de la part de la sainte Vierge, de réciter chaque jour de sa vie le Psaume CXVIII, Beati immaculati in via. Quand il revint à la vie, son bras était noir et brûlé comme s'il eût réellement souffert dans on corps, et cette marque resta sur lui tant qu'il vécut. Il restitua donc,le bien mal acquis et fit pénitence, mais il trépassa dans le Seigneur le trentième jour. —  On lit dans la vie de l’empereur saint Henri et de sainte Cunégonde, sa femme, qu'ils vécurent ensemble dans la virginité; mais à l’instigation du diable, l’empereur conçut des soupçons sur son épouse par rapport à un soldat, et il la fit marcher nu-pieds l’espace de 15 marches sur des socs de charrue rougis au feu. En montant dessus elle dit : « De même, Seigneur Jésus, que vous avez connaissance que ni Henri ni aucun autre ne  m’a touchée, de même aussi venez à mon aide. » Mais Henri poussé par la honte la frappa au visage : et une voix se fit entendre à Cunégonde en lui disant : « La Vierge Marie t'a prise sous sa protection, car tu es vierge. » Elle marcha donc sur cette masse incandescente sans ressentir aucune douleur. L'empereur venait de mourir quand une multitude infinie de démons passant devant la cellule d'un ermite, celui-ci ouvrit sa fenêtre et demanda au dernier passant qui ils étaient. Et il répondit: « Nous sommes une légion de démons qui nous hâtons d'aller à la mort du César afin de voir si nous pourrons trouver en lui quelque chose qui nous appartienne en propre. » L'ermite adjura le diable de revenir et celui-ci lui dit à son retour: « Nous n'avons rien trouvé, car bien que le soupçon injuste qu'avait conçu l’empereur, et ses autres péchés aient été mis ainsi que ses bonnes œuvres dans la balance, Laurent le grillé apporta un pot d'or d'un poids énorme, quand nous pensions emporter César; cette chaudière ayant été jetée sur la balance, l’autre côté l’emporta; alors, je fus irrité et j'arrachai une oreille de ce pot d'or. II donnait le nom de pot à un calice que cet empereur avait fait ciseler pour l’église d'Eichstat en l’honneur de saint Laurent envers lequel il avait une dévotion particulière. A cause de sa grandeur, ce calice avait deux anses. Et il se trouva qu'au même moment l’empereur mourut et une anse du calice fut brisée (8). Saint Grégoire rapporte dans son Registre (9), qu'un de ses prédécesseurs voulait, soulager quelqu'un auprès du corps de saint Laurent, mais qu'il ne savait où le corps reposait ; quand tout a coup et sans le savoir on découvre le tombeau, et tous ceux qui se trouvaient là (10), aussi bien les moines que ceux , qui étaient attachés à l’église, et qui avaient vu ces saintes reliques, moururent dans l’espace de dix jours.

Il faut observer que le martyre de saint Laurent paraît l’emporter sur ceux des autres saints martyrs par quatre caractères qui lui sont propres et qu'on trouve exposés dans les paroles de saint Maxime, évêque, et de saint Augustin. Le premier, c'est la rigueur de ce martyre; le second, c'est le résultat ou l’utilité qu'il eut; le troisième, c'est la constance et le courage du patient; le quatrième, c'est le combat admirable en lui-même et le mode de sa victoire.

I. Le martyre de saint Laurent l’emporte sur les autres par l’extrême rigueur des tourments. Voici comment s'en exprime le bienheureux évêque Maxime, ou selon certains textes saint Ambroise: « Mes frères, ce n'est pas un martyre ordinaire et de quelques instants que saint Laurent eut à souffrir: car celui qui est frappé du glaive, meurt une fois, celui qui est plongé dans un brasier de flammes, est délivré à l’instant; mais saint Laurent est tourmenté par des supplices longs et nombreux, en sorte que la mort ne ralentit pas sa souffrance, et lui manqua à la fin. Nous lisons que dès bienheureux enfants se promenaient, au,milieu des flammes apprêtées pour les faire souffrir et qu'ils foulèrent aux pieds des masses de feu. Et cependant saint Laurent leur est supérieur en gloire, parce que ceux-là se promenaient dans les flammes, et que lui fut couché sur le feu même qui faisait on supplice. Ils foulèrent le feu de leurs pieds, tandis que lui en éteignit l’ardeur par la position qu'on avait fait prendre à son corps étendu sur ses flancs. Ceux-là étaient debout et adressaient leurs prières en levant les mains vers le Seigneur ; celui-ci étendu sur le gril priait pour ainsi dire le Seigneur avec chacun de ses membres. Il faut noter encore que saint Laurent vient le premier de tous les martyrs après saint Etienne, non pas pour avoir supporté de plus grands tourments que les autres martyrs puisque beaucoup souffrirent des tourments égaux et quelquefois plus violents, mais c'est pour six motifs qui se trouvent ici réunis : 1° En raison du lieu où il a souffert, c'est à Rome, la capitale du monde et où se trouve le siège apostolique. 2° En raison de sa prédication, car il s'y livra avec ardeur. 3° En raison des trésors qu'il distribua tout entiers , avec sagesse aux pauvres. Ces trois raisons sont celles de maître Guillaume d'Auxerre. 4° Parce que son martyre est authentique et certain : car bien qu'on lise que les autres aient souffert de plus grands supplices, cependant cela n'est pas authentique et quelquefois il y a lieu. d'en douter; mais le martyre de saint Laurent est très solennel dans l’église qui l’a approuvé, ainsi que nombre de saints dans leurs discours. 5° Par la dignité à laquelle il fut élevé ; car il fut archidiacre du siège apostolique, et après lui, il n' v eut plus à Rome d'archidiacre. 6° Pour la cruauté, des tourments qui furent des plus atroces, puisqu'il fut rôti sur un gril de fer. Ce qui a fait dire de lui par saint Augustin : « On commanda d'exposer sur le feu ses membres déchirés et coupés par les nombreux coups de fouet qu'il avait reçus, afin que sur ce gril de fer sous lequel était entretenu un feu violent, le tourment fût plus atroce et la souffrance plus longue puisque l’on retournait l’un après l’autre chacun de ses membres.

II. Le martyre de saint Laurent l’emporte sur les autres par ses résultats et son utilité. D'après saint Augustin ou saint Maxime, l’âpreté du supplice a couvert saint Laurent de gloire, l’a rendu célèbre dans l’opinion publique, excite à la dévotion envers lui, et en fait un modèle remarquable. 1° Elle le couvrit de gloire : ce qui fait dire à saint Augustin : « Tyran, tu as sévi contre ce martyr ; tu as tressé, tu as embelli sa couronne en accumulant les tourments. » Saint Maxime ou saint Ambroise ajoute: «Quoique ses membres se disloquent sous l’ardeur de la flamme, cependant la force de sa foi n'est pas ébranlée. Il perd son corps, mais il gagne le salut. » Saint Augustin dit : « O le bienheureux corps, dont les angoisses ne purent lui faire perdre la foi, mais que la religion couronna dans le ciel. » 2° Elle le rendit célèbre dans l’opinion publique. Saint Maxime ou saint Ambroise dit: « Nous pouvons comparer le bienheureux martyr Laurent au grain de sénevé qui, broyé de toutes manières, a mérité de répandre par tout l’univers une odeur mystérieuse. Quand il était en vie, il fut humble, inconnu, méprisé. A peine a-t-il été tourmenté, déchiré, brûlé, qu'il répandit sur toutes les églises du monde un parfum de noblesse. » Plus loin on lit: « C'est chose sainte rt agréable à Dieu que nous honorions avec une piété toute particulière le jour de la naissance de saint Laurent : l’Église victorieuse de J.-C. brille en ce jour du reflet de son bûcher, aux regards de l’univers. Ce généreux martyr a acquis une telle gloire dans son martyre qu'il en éclaire le monde entier. » 3° Le martyre de saint Laurent nous excite a la dévotion pour lui. Saint Augustin donne trois motifs que nous avons de le louer et de lui témoigner notre dévotion. Nous devons mettre toute notre confiance dans ce bienheureux martyr, d'abord parce qu'il a répandu son précieux sang. pour Dieu, ensuite parce qu'il a le privilège infini de nous montrer quelle doit être la foi du chrétien puisqu'il a eu tant d'imitateurs; enfin, parce que toute sa vie fut si sainte qu'il mérita d'obtenir la couronne du martyre dans un temps de paix. 4° Le martyre a fait de saint Laurent un modèle proposé à notre imitation. Là-dessus saint Augustin s'exprime ainsi : « La cause pour laquelle ce saint homme a été dévoué à la mort, n'est que pour porter les autres a être ses imitateurs. » Or, nous avons trois motifs de l’imiter: 1° la force avec laquelle il souffrit : « Le peuple de Dieu, dit saint Augustin, n'est jamais instruit d'une manière plus profitable que par l’exemple des martyrs. Si l’éloquence . entraîne, le martyre persuade. Les exemples l’emportent sur les paroles, et les actions instruisent mieux que les discours. Les persécuteurs de saint Laurent ont pu apprécier eux-mêmes quelle dignité possédaient les martyrs dans cette excellente manière d'instruire, puisque cette admirable force d'âme ne faiblissait pas, mais fortifiait encore les autres en leur donnant un modèle dans ses souffrances. » 2° La grandeur et l’ardeur de sa foi: « En surmontant par la foi, dit saint Maxime ou saint Ambroise, les flammes du persécuteur, il nous montre que, par le feu de la foi, on peut surmonter les flammes de l’enfer, et avec l’amour de J.-C., on n'a plus à craindre le jour du jugement. » 3° Son ardente dévotion: « Saint Laurent, dit encore le même auteur, a illuminé le monde entier avec cette lumière qui le brûla lui-même, et de ces flammes dont il supporta l’ardeur, il échauffa les coeurs de tous les chrétiens. Sur l’exemple de saint Laurent, nous sommes excités à souffrir le martyre, nous sommes enflammés pour la foi, et nous sommes échauffés par la dévotion. »

III. Le troisième caractère qui distingue excellemment son martyre, c'est sa constance, ou son courage. Voici comme en parle saint Augustin : « Le bienheureux Laurent demeura en J.-C. au milieu de ses épreuves, pendant son inique interrogatoire, jusqu'aux atroces menaces qu'on lui fit, et jusqu'à la mort. Dans cette longue mort, il avait bien mangé, bien bu, il était rassasié de cette nourriture, et ivre; de ce calice de Dieu ; alors il ne ressentit pas les tourments, il ne fut pas abattu, mais il monta au ciel. Il fut si constant et si ferme que non seulement, il ne succomba pas aux tourments, mais, que par ces tourments eux-mêmes, il devint plus parfait dans la crainte, plus fervent dans l’amour et plus joyeux en ardeur. » 1° « On l’étend, dit saint Maxime, sur des charbons ardents, on ne cesse de le tourner sur lui-même; mais plus il souffre de douleur, plus grande est la patience avec laquelle il craint N.-S. J.-C. » 2° « Le grain de sénevé, dit saint Maxime ou bien saint Ambroise, quand il est broyé, s'échauffe. Laurent au milieu de ses supplices s'enflamme. Chose admirable! celui-ci tourmente Laurent, ceux-là plus cruels encore perfectionnent les tortures, mais plus les supplices sont atroces plus ils rendent Laurent parfait dans son dévouement.  3° Son coeur était tellement fortifié par la foi dans J.-C., que ne tenant aucun compté des tortures infligées à son propre corps; tout joyeux de son triomphe sur les flammes qui le brûlaient, il insultait à la cruauté de son bourreau.

IV. Le quatrième caractère de son martyre fut sa lutte admirable et la manière dont il remporta la victoire. Car, on peut recueillir des paroles de saint Maxime et de saint Augustin, que saint Laurent eut à endurer en quelque sorte extérieurement cinq sortes de feu, qu'il supporta avec courage et qu'il éteignit. Le premier fut le feu de l’enfer, le second le matériel de la flamme, le troisième fut celui de la concupiscence de la chair; le quatrième fut celui d'une violente avarice, le cinquième fut le feu d'une rage insensée. 1° « Pouvait-il faiblir, dit saint Maxime, parce que son corps était momentanément brûlé, celui dont la foi éteignait le feu éternel de l’enfer? Il passa à travers un feu d'un instant de durée, et tout terrestre, mais il échappa à la flamme de la géhenne qui brûle sans cesse. » 2° « Son corps est brûlé, dit saint Maxime ou saint Ambroise, mais l’amour divin éteignit cette combustion matérielle. Un roi méchant mettra lui-même le bois, il activera le foyer, mais le bienheureux Laurent n'en sentira pas les effets, parce que l’ardeur de sa foi est encore plus vive. » « La charité de J.-C., dit saint Augustin, ne fut pas vaincue,par la flamme, et le feu qui brûle à l’extérieur est moins ardent que celui qui brûle à l’intérieur. » 3° Saint Maxime dit en parlant de l’extinction du feu de la concupiscence : « Voici un feu par lequel saint Laurent passa, sans en être brûlé, puisqu'il en eut horreur; mais il n'en brillé pas moins d'un grand éclat: il a brûlé pour n'être point enflammé, et pour ne point être brûlé, il endura d'être brûlé. » 4° L'avarice de ceux qui convoitaient des trésors a été déçue, selon ces paroles de saint Augustin : « Il s'arme d'une double torche cet homme cupide d'argent et ennemi de la vérité: c'est l’avarice pour ravir de l’or, c'est l’impiété pour faire disparaître J.-C. : mais tu ne gagnes rien, tu ne retires aucun profit, homme cruel, ce qui n'est que matière est soustrait à tes recherches Laurent monte au ciel, et tu péris avec tes flammes. » 5° La folie furieuse des persécuteurs a été frustrée et annihilée, comme le dit saint Maxime : quand il eut vaincu les bourreaux qui attisaient le foyer, il éteignit' l’incendie allumé par la folie qui débordait de toutes parts. Jusque-là le démon n'a obtenu qu'un résultat; c'est que cet homme fidèle montât plein de gloire jusqu'au trône de son maître, et que la cruauté de ses persécuteurs confondus fût engourdie avec leurs feux. » Il montre combien fut ardente la folie des bourreaux en disant : « La fureur enflammée des gentils prépare un gril ardent, afin de venger dans les flammes l’ardeur de leur indignation. » Il n'y a rien d'étonnant que saint Laurent ait surmonté ces cinq sortes de feu extérieur, puisque d'après les paroles de saint Maxime, il y eut trois choses qui le rafraîchirent intérieurement, et il porta dans son cœur trois feux au moyen desquels il adoucit et modéra entièrement le feu extérieur, qui fut ainsi vaincu par une ardeur plus forte. Ce furent :1° Le désir du royaume du ciel, 2° la méditation de la loi de Dieu, 3° la pureté de conscience. Il refroidit et éteignit ainsi tout feu extérieur. 1° le désir de la patrie céleste. Saint Maxime ou saint Ambroise dit : « Le bienheureux Laurent ne pouvait ressentir les tourments du feu puisqu'il possédait dans ses membres le désir du paradis qui refroidissait les flammes. — Aux pieds du tyran, gît une chair brûlée, un corps inanimé : mais il n'a rien perdu sur la terre, puisque son âme demeure dans le ciel. 2° La méditation de la loi divine. Le même, auteur s'exprime ainsi : « Tandis que son esprit est occupé dans la méditation des commandements de J.-C., tout ce qu'il souffre est froid pour lui. » 3° La pureté de conscience. Il est dit à ce propos : « Ce n'est que feu autour des membres de ce généreux martyr, mais il ne pense qu'au royaume de Dieu, et sa conscience rafraîchie le fait sortir vainqueur du supplice. » Il posséda néanmoins trois feux intérieurs qui lui firent surmonter la violence des flammes extérieures. Le premier fut la grandeur de sa foi, le second, son ardente charité, et le troisième, une véritable connaissance de Dieu, qui l’a éclairé comme une flamme. « Plus sa foi est ardente, dit saint Ambroise, plus la flamme qui le brûle perd de sa force. La ferveur de la foi c'est le feu du Sauveur qui dit dans 1'Evangile : «Je suis venu vous apporter le feu sur la terre.» Saint Laurent en était embrasé, il n'a donc pas ressenti l’ardeur des flammes. » 2° Saint Ambroise dit de sa charité : « Il brûlait au dehors ce saint martyr, parce que le, tyran l’avait mis sur un foyer violent, mais la flamme de l’amour de Dieu qui le consumait était plus forte encore. » 3° Le même père parle ainsi de la connaissance de Dieu : « Les flammes les plus cruelles n'ont pu vaincre cet invincible martyr, parce qu'il avait l’esprit éclairé des rayons les plus pénétrants de la vérité. Enflammé de, haine pour le mal, et d'amour pour la vérité, ou il ne sentit pas, ou il vainquit la flamme qui le brillait au dehors. L'office de saint Laurent a trois privilèges dont ne jouissent pas les autres martyrs. Le premier c'est la vigile ; c'est le seul des martyrs qui en ait une. Mais les vigiles des saints ont été remplacées en ce jour par le jeûne à cause de certains désordres. Me Jean Beleth rapporte que c'était autrefois la coutume; qu'aux fêtes des saints, les hommes, avec leurs femmes, et les filles venaient à l’église où ils passaient la nuit à la lumière des flambeaux ; mais parce qu'il en résultait des adultères, il fut statué que la vigile serait convertie en jeûne. Cependant on a conservé l’ancienne dénomination, et on dit encore vigile et non pas jeûne. Le second, c'est qu'il a une octave. C'est le seul des martyrs avec saint Etienne qui ait une octave, comme saint Martin parmi les confesseurs. Le (409) troisième, c'est que les antiennes ont des réclames (11), cela ne lui est commun qu'avec saint Paul. Saint Paul a ce privilège en raison de l’excellence de sa prédication et saint Laurent en raison de l’excellence de son martyre.

(1) Il existe un poème sur saint Laurent dont tous les mots commencent par L.

(2) La vie de saint Laurent est tirée des actes anciens et reproduits dans son office au Bréviaire romain.

(3) C. CXLV.

(4) La cathasta, d'après Rich, est tout simplement un gril de fer au-dessous duquel on mettait du feu pour torturer les criminels. Cet instrument était distingué du chevalet Eculeus et avait la forme d'une échelle d'après ce passage de Salvien : Lit. III, De Gubernat. Dei : Ad caelestis regiae januam..... ascendentes scalas sibi quodam modo de eculeis catastisque fecerunt. Iso Magister in Glossis catastae, genus tormenti, id est, lecti ferrei.

(5) De Gloria Martyr., l. I, c. XLII ; — Fortunat, l. IX, c. XIV.

(6) L. III, c. XXXVII.

(7) Grég. de Tours; De Gloria Martyr., l. I, c. XLVI.

(8) Ce fait se trouve sculpté en relief sur le tombeau qui renfermait les reliques de saint Henri et de sainte Cunégonde avant leur canonisation. On y voit un ange tenant d'une main une épée dégainée, de l’autre, une balance sur l’un des plateaux de laquelle est posé un calice. Chronic. Casin., l. II, c. XLIV.

(9) Ep. l. V, c. XXX.

(10) Le texte porte Mansionarii. On appelait ainsi les tenanciers d'une maison. Quand il s'agit de personnes religieuses, c'étaient des chanoines vivant en communauté.

(11) Voyez le Sacramentaire de saint Grégoire. Dans la réforme du Bréviaire romain, cet usage a disparu.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci



Leo: On St. Lawrence, Martyr
On the Feast of S. Lawrence the Martyr

I. The example of the martyrs is most valuable

Whilst the height of all virtues, dearly-beloved, and the fullness of all righteousness is born of that love, wherewith God and one's neighbour is loved, surely in none is this love found more conspicuous and brighter than in the blessed martyrs; who are as near to our Lord Jesus, Who died for all men, in the imitation of His love, as in the likeness of their suffering. For, although that Love, wherewith the Lord has redeemed us, cannot be equalled by any man's kindness, because it is one thing that a man who is doomed to die one day should die for a righteous man, and another that One Who is free from the debt of sin should lay down His life for the wicked Romans 5:7-8: yet the martyrs also have done great service to all men, in that the Lord Who gave them boldness, has used it to show that the penalty of death and the pain of the cross need not be terrible to any of His followers, but might be imitated by many of them. If therefore no good man is good for himself alone, and no wise man's wisdom befriends himself only, and the nature of true virtue is such that it leads many away from the dark error on which its light is shed, no model is more useful in teaching God's people than that of the martyrs. Eloquence may make intercession easy, reasoning may effectually persuade; but yet examples are stronger than words, and there is more teaching in practice than in precept.

II. The Saint's martyrdom described

And how gloriously strong in this most excellent manner of doctrine the blessed martyr Laurentius is, by whose sufferings today is marked, even his persecutors were able to feel, when they found that his wondrous courage, born principally of love for Christ, not only did not yield itself, but also strengthened others by the example of his endurance. For when the fury of the gentile potentates was raging against Christ's most chosen members, and attacked those especially who were of priestly rank, the wicked persecutor's wrath was vented on Laurentius the deacon, who was pre-eminent not only in the performance of the sacred rites, but also in the management of the church's property , promising himself double spoil from one man's capture: for if he forced him to surrender the sacred treasures, he would also drive him out of the pale of true religion. And so this man, so greedy of money and such a foe to the truth, arms himself with double weapon: with avarice to plunder the gold; with impiety to carry off Christ. He demands of the guileless guardian of the sanctuary that the church wealth on which his greedy mind was set should be brought to him. But the holy deacon showed him where he had them stored, by pointing to the many troops of poor saints, in the feeding and clothing of whom he had a store of riches which he could not lose, and which were the more entirely safe that the money had been spent on so holy a cause.

III. The description of his sufferings continued

The baffled plunderer, therefore, frets, and blazing out into hatred of a religion, which had put riches to such a use, determines to pillage a still greater treasure by carrying off that sacred deposit , wherewith he was enriched, as he could find no solid hoard of money in his possession. He orders Laurentius to renounce Christ, and prepares to ply the deacon's stout courage with frightful tortures: and, when the first elicit nothing, fiercer follow. His limbs, torn and mangled by many cutting blows, are commanded to be broiled upon the fire in an iron framework , which was of itself already hot enough to burn him, and on which his limbs were turned from time to time, to make the torment fiercer, and the death more lingering.

IV. Laurentius has conquered his persecutor

You gain nothing, you prevail nothing, O savage cruelty. His mortal frame is released from your devices, and, when Laurentius departs to heaven, you are vanquished. The flame of Christ's love could not be overcome by your flames, and the fire which burnt outside was less keen than that which blazed within. You but served the martyr in your rage, O persecutor: you but swelled the reward in adding to the pain. For what did your cunning devise, which did not redound to the conqueror's glory, when even the instruments of torture were counted as part of the triumph? Let us rejoice, then, dearly-beloved, with spiritual joy, and make our boast over the happy end of this illustrious man in the Lord, Who is “wonderful in His saints,” in whom He has given us a support and an example, and has so spread abroad his glory throughout the world, that, from the rising of the sun to its going down, the brightness of his deacon's light does shine, and Rome has become as famous in Laurentius as Jerusalem was ennobled by Stephen. By his prayer and intercession  we trust at all times to be assisted; that, because all, as the Apostle says, “who wish to live holily in Christ, suffer persecution 2 Timothy 3:12,” we may be strengthened with the spirit of love, and be fortified to overcome all temptations by the perseverance of steadfast faith. Through our Lord Jesus Christ, etc.

~St. Leo the Great, Sermon 85.



St. Lawrence

The esteem in which the Church holds Lawrence is seen in the fact that today’s celebration ranks as a feast. We know very little about his life. He is one of those whose martyrdom made a deep and lasting impression on the early Church. Celebration of his feast day spread rapidly.

He was a Roman deacon under Pope St. Sixtus II. Four days after this pope was put to death, Lawrence and four clerics suffered martyrdom, probably during the persecution of the Emperor Valerian.

Legendary details of his death were known to Damasus, Prudentius, Ambrose and Augustine. The church built over his tomb became one of the seven principal churches in Rome and a favorite place for Roman pilgrimages.

A well-known legend has persisted from earliest times. As deacon in Rome, Lawrence was charged with the responsibility for the material goods of the Church, and the distribution of alms to the poor. When Lawrence knew he would be arrested like the pope, he sought out the poor, widows and orphans of Rome and gave them all the money he had on hand, selling even the sacred vessels to increase the sum. When the prefect of Rome heard of this, he imagined that the Christians must have considerable treasure. He sent for Lawrence and said, “You Christians say we are cruel to you, but that is not what I have in mind. I am told that your priests offer in gold, that the sacred blood is received in silver cups, that you have golden candlesticks at your evening services. Now, your doctrine says you must render to Caesar what is his. Bring these treasures—the emperor needs them to maintain his forces. God does not cause money to be counted: He brought none of it into the world with him—only words. Give me the money, therefore, and be rich in words.”

Lawrence replied that the Church was indeed rich. “I will show you a valuable part. But give me time to set everything in order and make an inventory.” After three days he gathered a great number of blind, lame, maimed, leprous, orphaned and widowed persons and put them in rows. When the prefect arrived, Lawrence simply said, “These are the treasure of the Church.”

The prefect was so angry he told Lawrence that he would indeed have his wish to die—but it would be by inches. He had a great gridiron prepared, with coals beneath it, and had Lawrence’s body placed on it. After the martyr had suffered the pain for a long time, the legend concludes, he made his famous cheerful remark, “It is well done. Turn me over!”




ST LAWRENCE
PROTO-DEACON OF THE ROMAN CHURCH

Fr. Francesco Moraglia

Professor of Dogmatic Theology Genua

The history of the Church has transmitted to us several accounts of the great Bishops and Priests who have illuminated the profound mystery of the Ordained ministry at a pastoral and theological level. Among the Bishop we remember Ireneus of Lyons, Augustine Winfried, Boniface, Barolomeo Las Casas and Ildefonso Schuster. In the present age priests such as Philip Neri, John Mary Vianney, Don Bosco, Peter Chanel and Maximillian Kolbe have been significant figures. The ministry of Deacons also becomes more clear when seen in the light of the great deacons of the Church's history. An example is St Lawrence, Martyr and Porto-Deacon of the Roman Church. Together with St Stephen and St Philip, Lawrence must certainly be one of the most renowned Deacons of antiquity.

In the West, the diaconate, considered as a permanent ministry in itself, and not just oriented towards the Priesthood, was less frequent by the fifth century. Up to that time it had been a flourishing institution but by the beginning of the fifth century, largely because of greater involvement of priests in the pastoral ministry, the first grade of Holy Orders was largely reduced to the role of an access to the successive grade of the Priesthood. It is therefore easy to understand why the Diaconate became restricted, indeed almost fossilized at the level of theological reflection and pastoral practice.

In the sixteenth century, the Council of Trent attempted to respond to this situation but we had to await the Second Vatican Council and the middle of the twentieth century to see the restoration of the diaconate "as a proper and permanent grade of the hierarchy...". Immediately following this affirmation article 29 of the Dogmatic Constitution Lumen Gentium states "Should the roman Pontiff think fit, it will be possible to confer this diaconal order even upon married men, provided thy be of more mature age, and also on suitable young men, for whom, however, the law of celibacy must remain in force." In his Apostolic Letter Sacrum Diaconatus Ordinem (8 June 1967) Pope Paul VI reiterates that the diaconate "is not to be considered as a mere step towards the priesthood, but it is so adorned with its own indelible character and its own special grace so that those who are called to it 'can permanently serve the mysteries of Christ and the Church'" (EV, 2/1369).

The fact also that the diaconate in the Latin Church did not have a permanent form for some fifteen centuries would suggest a certain need to make up for lost time on the level of theological reflection and pastoral practice by means of a wide ranging reflection on the part of the entire ecclesial community. The permanent Diaconate indeed constitutes an important enrichment for the Church's mission.

Clearly, the restoration of the permanent Diaconate, desired authoritatively by the last Council, can only come about in harmony with the Church's venerable tradition. Particularly important in this respect is the joint declaration of 22 February 1988 made by the Congregation for the Catholic Education and the Congregation for the Clergy which prefaces the Basic norms for the formation of permanent deacons and the Directory on the Ministry and Life of Priests. This declaration serves as a clarification and can be taken as an orientation for the future. It says: "The total reality of the Diaconate — embracing its fundamental doctrinal vision, discernment of vocation, as well as the life, ministry, spirituality and formation of deacons — calls for a review of the journey thus far made, so as to arrive at a global vision of this grade of Sacred Orders corresponding to the desire and intention of the Second Vatican Council" (Basic norms for the formation of permanent deacons - Directory for the ministry and life of permanent deacons. Vatican City 1998, pg. 7).

Returning to what we have said about the great Bishops, Priests and Deacons who have illustrated and marked the ordained ministry, thereby winning for it a profound understanding, it is logical that we should turn the figure of Lawrence, whose personal experience forces us to re-examine the first grade of the ordained ministry, which, because of the aforementioned historical factors, still awaits full appreciation and acceptance. New emphasis is required to be given to the re-discovery of the diaconal ministry understood as a permanent ministry which can express itself with greater fruitfulness in the life of the Church.

The personal adventures of Lawrence, Proto Deacon of the Roman Church, come down to us trough an ancient tradition, already widely known by the fourth century. This tradition, accepted by the Church, is also to be found in the liturgical texts. The most notable events of Lawrence's life are described particularly well in the Passio Polychromi of which we have three version (dating from the fifth to the seventh centuries). It is a fact that this account of Lawrence contains elements of legend, although some of the information contained in the Passio were known to earlier writers such as St Ambrose, which is clear from his De Officiis (cf PL XVL, 89-92).

In our efforts to amplify the few details of Lawrence's life, let us begin with those preserved for the feast of his Martyrdom (10 August) in the Depositio Martyrm which dates from 354 A.D.. According to the Roman Missal "Lawrence, the renowned Deacon of the Roman Church, confirmed his service of charity by martyrdom under Valerian (258), four days after the decapitation of Pope Sixtus II. According to a tradition widely diffused by the fourth century, he patiently sustained a terrible martyrdom on the grid-iron, having distributed the goods of the community to the poor whom he regarded as the true treasure of the Church". These notes end by recalling that Lawrence's martyrdom is also mentioned in the Roman Canon. Thus the Church in her official liturgical texts takes to herself what tradition, even in its differing internal versions, hands down concerning Lawrence. It is not our intention to enter into the merits of a number of contemporary hypotheses advanced by recent historical criticism which tend to place the martyrdom of Lawrence at the beginning of the third century and which present a figure substantially different from the traditional one. For example, Lawrence was Spanish rather than Roman. On this specific point it should be recalled that the Praefatio Mensae of the twelfth century Leonine Sacramentary tells us that Lawrence was a civis Romanus. Paolo Toschi, however, notes with regard to these recent studies that they "do not a priori eliminate the possibility of a true and proper tradition existing in Rome. St Ambrose, with obvious rhetorical embellishments, retells the tragic capture and death by fire of Lawrence. We know this sentence was inflicted on Fruttoso and on the deacons Eulogius and Augurius of Tarragona during the reign of Valerian. Moreover, the word "animadvertere" used in the decree of presentation in the redaction of Cyprian can also refer to forms of capital execution other than "decollation" (cf Bibliotheca Sanctorum, 1539). Here we shall accept the traditional date for the Martyrdom of Lawrence as transmitted to us in the liturgical texts, and limit ourselves to stating it in a more articulate manner.

Lawrence is believed to have been born in Spain, at Osca, a town in Aragon, near the foot of the Pyrenees. As a youth he was sent to Saragoza to complete his humanistic and theological studies. It was here that he first encountered the future Pope Sixtus II, who was of Greek origin. He was a teacher in what was then one of the most renowned centres of learning. The future Pope was one of the most famous and esteemed teachers.

Lawrence, who would subsequently become the head of the deacons of the Roman Church, was remarkable for his human qualities, his subtlety of mind and for his intelligence. Between master and disciple a communion of life and friendship grew. With the passage of time a love for Rome, the centre of Christianity and seat of the Vicar of Christ was consolidated and grew stronger in both. Eventually, following a migratory wave which was then very pronounced, both left Spain for the City where the Apostle Peter had established his See and given supreme witness. Thus Master and disciple were able to realize their ideal of evangelization and missionary activity to the point of shedding their blood, in Rome, the heart of Christianity. Sixtus was raised to the Chair of Peter and began a pontificate that would last for less than a year. Without hesitation, he desired to have Lawrence, his friend and disciple, at his side so as to entrust to him the important office of proto-deacon. Both sealed their life of communion and friendship by dying at the hands of the same persecutor, a few days apart from each other. St Cyprian, Bishop of Carthage, preserves an account of the death of St Sixtus in one of his letters. Commenting on the situation of great uncertainty and unease in which the Church found herself because of increasing hostility towards Christians, he notes: "The Emperor Valerian has consigned to the Senate a decree by which he has determined that all Bishops, Priests and Deacons will be immediately put to death". Cyprian then continues: "I communicate to you that Sixtus suffered martyrdom on 6 August together with four Deacons while they were in a cemetery. The Roman authorities have established a norm according to which all Christians who have been denounced must be executed and their goods confiscated by the Imperial treasury" (CSEL 3, 839-840).

The cemetery to which the holy Bishop of Carthage alludes is that of St Callixtus. Sixtus was captured here while celebrating the Sacred Liturgy. His remains were entered in the cemetery of St. Calixtus after his martyrdom.

In his De Officiis (1, 41, 205-207) we have Ambrose's particularly eloquent account of the martyrdom of St Lawrence. It was subsequently taken up by Prudentius and by St Augustine. Hence it passes to Maximus of Turin, St Peter Chrisologus and to Leo the Great before emerging again in some of the formularies of the Roman Sacramentals, the Missale Gothicumm and in the Caerimoniale Visigoticum (Bibliotheca Sanctorum, .....1538-1539).

Ambrose dwells, firstly, on the encounter and dialogue of Lawrence and Sixtus. He alludes to the distribution of the Church's goods to the poor and ends by mentioning the grid-iron, the instrument of Lawrence's torture, and remarks on the phrase which the proto-Deacon of the Roman Church addresses to his torturers: "assum est...versa et manduca" (cf. Bibliotheca Sanctorum ...., col 1538-1539).

We shall dwell on the Ambrosian text of the De Officiis (Cap. 41,nn. 205-206-207), which is very moving in its intensity and strength of expression. Thus writes St Ambrose:

"St Lawrence wept when he saw his Bishop, Sixtus, led out to his martyrdom. He wept not because he was being let out to die but because he would survive Sixtus. He cried out to him in a loud voice: 'Where are you going Father, without your son? Where do you hasten to, holy Bishop, without your Deacon? You cannot offer sacrifice without a minister. Father, are you displeased with something in me? Do you think me unworthy? Show us a sign that you have found a worthy minister. Do you not wish that he to whom you gave the Lord's blood and with whom you have shared the sacred mysteries should spill his own blood with you? Beware that in your praise your own judgment should not falter. Despise the pupil and shame the Master. Do not forget that great and famous men are victorious more in the deeds of their disciples than in their own. Abraham made sacrifice of his own son, Peter instead sent Stephen. Father, show us your own strength in your sons; sacrifice him whom you have raised, to attain eternal reward in that glorious company, secure in your judgment".

In reply Sixtus says: "I will not leave you, I will not abandon you my son. More difficult trials are kept for you. A shorter race is set for us who are older. For you who are young a more glorious triumph over tyranny is reserved. Soon, you will see, cry no more, after three days you will follow me. It is fitting that such an interval should be set between Bishop and Levite. It would not have been fitting for you to die under the guidance of a martyr, as though you needed help from him. Why do want to share in my martyrdom? I leave its entire inheritance to you. Why do need me present? The weak pupil precedes the master, the strong, who have no further need of instruction, follow and conquer without him. Thus Elijah left Elisha. I entrust the success of my strength to you".

This was the contest between them which was worthy of a Bishop and of a Deacon: who would be the first to die for Christ (It is said that in tragedy, the spectators would burst into applause when Pilade said he was Orestes and when Orestes himself declared that he was Orestes) the one who would be killed instead of Orestes, and when Orestes prevented Pilades from being killed in place of himself. Neither of these deserved to live for both were guilty of patricide. One because he had killed his father, the other because he had been an accomplice in patricide.) In the case of Lawrence, nothing urged him to offer himself as a victim but the desire to be a holocaust for Christ. Three days after the death of Sixtus, while the terror raged, Lawrence would be burned on the grid-iron: "This side is done, turn and eat". With such strength of soul he conquered the flames of the fire" (Ambrose, De Officiis).

According to Ambrose, the Deacon is one who:

1. having been sacramentally constituted in the service of offering (diakonia), lives his diaconal ministry giving supreme witness to Christ in martyrdom - the theological meaning of the service of charity by acceptance of that greater love or charity which is martyrdom;

2. in virtue of the structural link which binds him to the Bishop (the first stage of Orders), lives "ecclesial communion" by specific service to the Bishop, beginning with the Eucharist and in reference to the Eucharist;
3. in virtue of the Sacrament (that is, to the extent tat he is rooted in the first grade of Orders), devotes himself totally to the service of an integral charity and not merely to a human or social solidarity, and thereby manifests the most characteristic element of the diaconia.

Let us now examine these characteristics starting with:

1. The Deacon is one who having been sacramentally constituted in the service of offering (diakonia), lives his diaconal ministry giving supreme witness to Christ in martyrdom - the theological meaning of the service of charity by acceptance of that greater love or charity which is martyrdom.

The principle characteristic defining the Deacon in se, and his ministry, is that he is ordained for the service of charity. Martyrdom, which is a witness to the point of shedding one's blood, must be considered an expression of greater love or charity. It is service to a charity that knows no limits. The ministry of charity in which the Deacon is deputed by ordination is not limited to service at table, or indeed to what former catechetical terminology called corporal works of mercy, nor to the spiritual works of mercy. The diaconal service of charity must include imitation of Christ by means of unconditional self-giving since he is the fruitful witness ...... (cf Ap 1, 5:13; 14).

In the case of Lawrence, as St Ambrose explains, "no other desire urged him but that of offering himself to the Lord as a holocaust" (de Officiis, 1,41, n. 207). By means of the witness borne before his persecutors, it is evident that the diaconal ministry is not to be equated with that of service to one's neighbour, understood or reduced solely to their material needs. Lawrence, in that act which expresses a greater love for Christ and which leads to his giving up his own life, also permits his tormentors, in a certain sense, to experience the Incarnate Word who, in the end, is the personal and common destiny of all mankind. This is a theological service of charity to which every Deacon must tend or, at least, be disposed to accept.

This does not mean that in his ministry the Deacon gives exhaustive witness to charity which is, and always remains, the vocation and mission of the Church. Rather it means that, in virtue of Ordination, the Deacon in a specific sacramental way, bears in himself the "forma Christi" for the service of charity. It implies a "ministerial exercise" of charity which is done for Christ and the brethren. It can reach the point of demanding the complete giving of self...the point of sacrificing one's life. Thus the words addressed to Sixtus by Lawrence are perfectly clear: "Abraham made sacrifice of his own son, Peter instead sent Stephen. Father, show us your own strength in your sons; sacrifice him whom you have raised, to attain eternal reward in that glorious company, secure in your judgment" (De Officiis 1, 41, n. 205.

It should be mentioned however, that this witness to greater charity/love by those ordained for the service of charity does not exempt the Church as Spouse from giving herself to Christ in the gift of martyrdom through which is made manifest the absolute value and the unbreakable union of truth and charity in the Lord's disciples. In martyrdom this is made manifest beyond any form of ambiguity or reticence (cf I Cor 13, 4-5; Phil 4, 15). Here it is useful to recall article 42 of Lumen Gentium: "Martyrdom makes the disciple like his master, who willingly accepted death for the salvation of the world, and through it he is conformed to him by the shedding of blood. Therefore the Church considers it the highest gift and supreme test of love. And while it is given to few, all however must be prepared to confess Christ before men and to follow him along the way of the cross amidst the persecutions which the Church never lacks".

Notwithstanding the universal call to heroic charity, one fact is incontrovertible: there is a specific "ordained ministry" in the Church which is an ordained ministry of men who are sacramentally constituted for the service of charity.

2. The Deacon, in virtue of the structural link which binds him to the Bishop (the first stage of Orders), lives "ecclesial communion" by specific service to the Bishop, beginning with the Eucharist and in reference to the Eucharist.

This is another characteristic which emerges from the exchange between Sixtus and Lawrence in the cemetery of St Calixtus. It clearly emphasises that it is the sacramental bond which unites the Deacon with the Bishop. It underlines that the Deacon is a "man of communion", precisely through a specific service to the Bishop. This service, then, is realized concretely in faithfully discharging what is required of him, in ecclesial needs and urgencies, by the Bishop, in virtue of the fullness of the priesthood and the government of the Church, in communion with the Bishop of Rome, which is entrusted to him.

In the diaconal ministry, everything revolves around the altar, since in the Church, everything, beginning with charity, has its origin in the Most Holy Eucharist. This point is especially important for Ambrose's account of the martyrdom of Lawrence. ... (De Officiis 1,41, n.205).

The communion and affection between Bishop and Deacon which are manifest in a common dependence and in a common link with the Eucharist, expresses a profoundly theological vision of the Church, surpassing concepts which abuse or reduce the Church as Spouse to the merely political or sociological or which equiparate her to one of many human institutions. It is therefore necessary to free oneself of every secular or secularizing outlook which leads ultimately to loss or compromise of the meaning and regenerating power of the Mystery. There is a risk of seeing in the Pope and the Bishops, as well as in Priests and Deacons as just so many steps in an infinite bureaucracy, similar in many respects to the civil service, whose only competence is to oversee a not too clearly defined general public order.

The encounter between Sixtus and Lawrence invites us, should such be necessary, to reject such a vision and to re-discover in the heart of the institutional Church -which is always indispensable- and in ecclesial structures -which are necessary instruments, the living and infinite reality of grace which animates them and which invites us to re-discover the theological link which binds them to Christ, the One, True, Bishop, Priest and Deacon. Paul in his letter to the Philippians (Phil 1,1) and in his first letter to Timothy (3, 1-3) already associates Bishop and Deacon. This close bond is subsequently attested to in the "Traditio Apostolica" (beginning of the third century, Hippolytus of Rome ?) which defines the grace given to the Deacon at Ordination as "a simple service to the Bishop", without the priesthood. The mid-third century "Didascalia Apostolorum" describes the Deacon as the "servant of the Bishop and of the poor".

Finally, the structural relationship between Deacon and Bishop is clearly expressed in to-day's liturgy of Ordination. The ceremony, in contrast with that for the Ordination of Bishops and Priests, reserves the imposition of hands to the Ordaining Bishop alone, precisely to highlight this characteristic, singular bond linking Bishop and Deacon.

3. The Deacon, in virtue of the Sacrament (that is, to the extent that he is rooted in the first grade of Orders), devotes himself totally to the service of an integral charity and not merely to a human or social solidarity, and thereby manifests the most characteristic element of the diaconia.

Ambrose's account of the martyrdom of Lawrence portrays Lawrence as one who, in virtue of the Sacrament received, is totally dedicated to the service of charity in the specific context of third century Imperial Rome, in the throws of violent persecution. In this situation, Lawrence is called to concrete action before the ecclesial community and before the world. These actions would be transformed into signs of God's love and charity, from which all things derive and to which all things return. By this service the Deacon expresses the characteristic ministry of his diaconia which consists in the service of charity, in accord with a sacramental mandate. His is an animation which affects the Church or areas of Catholic life which is truly catholic in character (katalon= the totality without exclusion). His service aspires to the totality of mankind without exception. Its content is a good which responds to all the expectations of man's soul, mind and body (cf 1Thes 5, 23). It eschews all partiality and interest groups.

The Ambrosian account of Lawrence's martyrdom also contains a useful allusion for our reflection: Sixtus, already a prisoner, entrusts the entire Church to the first of his Deacons, Lawrence, for a period that would last for three days. "A shorter race is set for us who are older. For you who are young a more glorious triumph over tyranny is reserved. Soon, you will see, cry no more, after three days you will follow me. It is fitting that such an interval should be set between Bishop and Levite" (De Officiis, n.206).

In a spirit of service and obedience to his Bishop - who had been definitively taken from his people - Lawrence, as Deacon, would guide the Church for three days, and for the last time would administer the goods of the Bride of Christ. This he would do in a manner which, in itself, would have significance. It would show how , in the Church, everything is oriented and consummated by values which begin with charity and with realities which are destined to remain, even when this world has passed away (cf Cor 13,8).

For those who look on this reality from the outside or merely superficially, all this seems exclusively bound up with material needs and with the present. It would appear solely to be no more than the distribution of material goods to the poor. In reality, however, Lawrence's act, done in a spirit of fidelity to the office entrusted to him by the Bishop and by ecclesial ministry, propels him and the entire Church entrusted to him until his own martyrdom, beyond history into an eschatological dimension - the "time" and "space" in which God manifests the fullness of his charity and love.

Thus Lawrence, an ordained minister of charity, brings to completion the task given to him. This he does not only by following his Bishop in the shedding of his own blood in martyrdom, but also in his act of distributing the communities resources (as expressed in material goods) to the poor. His gesture shows how, in the Church, all things have a value once oriented towards charity, or when placed at the service of charity or when they can be transformed into charity.

As the letter to the Thessalonians reminds, this service extends not only to the "body" but also to the "mind" and to the "soul". This is perfectly clear from the prayer which, according to the acts of the martyrdom of Lawrence contained in the Passio Polychromi, was recited by Lawrence for the City of Rome before being exposed on the grid-iron. The city accorded him ultimate victory over paganism and chose him as its third patron. From the fourth century, Rome celebrates his feast as next in importance after that of Peter and Paul. In honour of the holy Deacon some thirty-four chapels and churches would be dedicated to the holy Deacon in ancient and medieval Rome. This would be a visible sign of gratitude to him who, in fidelity to his ministry, was a true minister of charity in midst of Rome.

At the end of our reflection on the ministry of deacons, understood in a "permanent" form, we can say the following:

1. It is necessary to look critically on those positions- which in reality have been superseded - which interpret or present the diaconate as a ministry leading to the clericalisation of the laity and to the laicization of the clergy, thereby weakening the identity of both.

2. The Deacon, who is distinguished from Bishops and Priests in that he is not ordained "ad sacerdotium sed ad ministerium", is constituted in an authentic grade of the hierarchy and cannot be regarded merely as an accessory to the priesthood.

3. The Deacon is destined for the service of charity in close dependence on the Eucharist and to the privileged service of the poor. He is destined both to the service of the table (corporal works of mercy) and to the service of the word (spiritual works of mercy). He also remains open to that service of a greater love or charity which is martyrdom.

Finally, the institution of the permanent diaconate represents, and is a sign of an important enrichment for the Church and her mission, especially in the light of the Holy Father's continued appeals for new evangelization at the dawn of the third Christian Millennium. The beauty, power and the heroism of Deacons such as Lawrence help us to discover and come to a deeper meaning of the special nature of the diaconal ministry.



St. Lawrence

Martyr; died 10 August, 258.

St. Lawrence, one of the deacons of the Roman Church, was one of the victims of the persecution of Valerian in 258, like Pope Sixtus II and many other members of the Roman clergy. At the beginning of the month of August, 258, the emperor issued an edict, commanding that all bishops, priests, and deacons should immediately be put to death ("episcopi et presbyteriet diacones incontinenti animadvertantur" — Cyprian, Epist. lxxx, 1). This imperial command was immediately carried out in Rome. On 6 August Pope Sixtus II was apprehended in one of the catacombs, and executed forthwith ("Xistum in cimiterio animadversum sciatis VIII id. Augusti et cum eo diacones quattuor." Cyprian, ep. lxxx, 1). Two other deacons, Felicissimus and Agapitus, were put to death the same day. In the Roman Calendar of feasts of the fourth century their feast day is on the same date. Four days later, on the 10th of August of that same year, Lawrence, the last of the seven deacons, also suffered a martyr's death. The anniversary of this holy martyr falls on that day, according to the Almanac of Philocalus for the year 354, the inventory of which contains the principal feasts of the Roman martyrs of the middle of the fourth century; it also mentions the street where his grave is to be found, the Via Tiburtina ("III id. Aug. Laurentii in Tibertina"; Ruinart, "Acta sincera", Ratisbon, 1859, 632). The itineraries of the graves of the Roman martyrs, as given in the seventh century, mention the burial-place of this celebrated martyr in the Catacomb of Cyriaca in agro Verano (De Rossi, "Roma Sott.", I, 178).

Since the fourth century St. Lawrence has been one of the most honoured martyrs of the Roman Church. Constantine the Great was the first to erect a little oratory over his burial-place, which was enlarged and beautified by Pope Pelagius II (579-90). Pope Sixtus III (432-40) built a large basilica with three naves, the apse leaning against the older church, on the summit of the hill where he was buried. In the thirteenth century Honorius III made the two buildings into one, and so the basilica of San Lorenzo remains to this day. Pope St. Damasus (366-84) wrote a panegyric in verse, which was engraved in marble and placed over his tomb. Two contemporaries of the last-named pope, St. Ambrose of Milan and the poet Prudentius, give particular details about St. Lawrence's death. Ambrose relates (De officiis min. xxviii) that when St. Lawrence was asked for the treasures of the Church he brought forward the poor, among whom he had divided the treasure, in place of alms; also that when Pope Sixtus II was led away to his death he comforted Lawrence, who wished to share his martyrdom, by saying that he would follow him in three days. The saintly Bishop of Milan also states that St. Lawrence was burned to death on a gridiron (De offic., xli). In like manner, but with more poetical detail, Prudentius describes the martyrdom of the Roman deacon in his hymn on St. Lawrence ("Peristephanon", Hymnus II).

The meeting between St. Lawrence and Pope Sixtus II, when the latter was being led to execution, related by St. Ambrose, is not compatible with the contemporaneous reports about the persecution of Valerian. The manner of his execution--burning on a red-hot gridiron--also gives rise to grave doubts. The narrations of Ambrose and Prudentius are founded rather on oral tradition than on written accounts. It is quite possible that between the year 258 and the end of the fourth century popular legends may have grown up about this highly venerated Roman deacon, and some of these legends have been preserved by these two authors. We have, in any case, no means of verifying from earlier sources the details derived from St. Ambrose and Prudentius, or of ascertaining to what extent such details are supported by earlier historical tradition. Fuller accounts of the martyrdom of St. Lawrence were composed, probably, early in the sixth century, and in these narratives a number of the martyrs of the Via Tiburtina and of the two Catacombs of St. Cyriaca in agro Verano and St. Hippolytius were connected in a romantic and wholly legendary fashion. The details given in these Acts concerning the martyrdom of St. Lawrence and his activity before his death cannot claim any credibility. However, in spite of this criticism of the later accounts of the martyrdom, there can be no question that St. Lawrence was a real historical personage, nor any doubt as to the martyrdom of that venerated Roman deacon, the place of its occurrence, and the date of his burial. Pope Damasus built a basilica in Rome which he dedicated to St. Lawrence; this is the church now known as that of San Lorenzo in Damaso. The church of San Lorenzo in Lucina, also dedicated to this saint, still exists. The feast day of St. Lawrence is kept on 10 August. He is pictured in art with the gridiron on which he is supposed to have been roasted to death.


Kirsch, Johann Peter. "St. Lawrence." The Catholic Encyclopedia. Vol. 9. New York: Robert Appleton Company, 1910. 10 Aug. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/09089a.htm>.


Transcription. This article was transcribed for New Advent by Paul T. Crowley. Dedicated to Mr. Larry Cope.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1910. Remy Lafort, Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.




Lawrence (Laurence) of Rome, Deacon M (RM) 

Born in Huesca (?), Spain; died in Rome, Italy, 258. Lawrence was said to be a Spaniard who came to Rome to serve Pope Saint Sixtus II as one of the seven deacons of Rome. The pope himself was martyred in 258 during the Valerian persecution, the year after the first publication of the decrees against the Christians. While one version of the martyrdom of Sixtus has him beheaded at the time of discovery in the catacombs, the another has him taken away for questioning and returned within a few hours to the spot for execution. In either case, several early Christian writers, among them Saints Ambrose and Prudentius, record that Lawrence was overwhelmed with grief when Sixtus was condemned. The latter one tells us that Lawrence followed the pope and his captors to the place of execution, asking why Sixtus II should be murdered and not his deacon (however, six deacons were martyred with Sixtus). Sixtus replied, "My son, I am not leaving you. In a few days you will follow me."



Lawrence, overjoyed that he was to follow his master to martyrdom, had one task left. As a deacon, Lawrence was a steward of the property and wealth of the church. It was his duty to provide alms to those in need. Lawrence gathered together all the poor, the orphans, and the widows he could find and gave them all he possessed. Lawrence even sold some of the church's gold and silver, handing over this money too to the needy.

The prefect, Cornelius Saecularis, believing that the Church was wealthy, ordered that everything of value be turned over to the emperor for the upkeep of his armies. The prefect said, "I understand that according to your teaching you must render to Caesar the things that are Caesar's. Your God didn't bring any money into the world with him, all He brought was words. So give us the money, and you can keep the words."

Lawrence said he would need three days to gather it together. In those three days he sold the rest of the property that he administered and brought together thousands of lepers, the blind, and the sick, the destitute, widows, orphans, and the aged. These he presented to the prefect, observing, "The church is truly rich, far richer then your emperor."

In his rage the prefect threatened to kill Lawrence slowly. He took a huge gridiron, heated it until it glowed, and binding Lawrence to the metal, roasted him to death. Ambrose tells us that the fire of Divine love burned so brightly in Lawrence that he bore the agony with unbelievable calm and in the midst of his torment instructed the executioner to turn him over, as he was broiled enough on the one side. Later he said, "It is cooked enough. You may eat." It is said that as he lay dying, his face seemed to be surrounded by a beautiful light. After praying for the conversion of Rome, he died.

According to Prudentius, his death and example led to the conversion of Rome and signaled the end of paganism in the city. There is no doubt that his death inspired a great devotion in Rome, which quickly spread throughout the entire Church. Both he and Sixtus are named in the canon of the Mass.
The existence and martyrdom of Saint Lawrence are attested by the very ancient Deposito Martyrum. However, scholars are not wholly in agreement about how much credence can be given to such particulars about Saint Lawrence because his passio was not written until at least a century after his death. The fact of his martyrdom was widely accepted by the Fathers, but there is room to doubt the details. For example, it is more likely that he was beheaded, as was Sixtus, because this was the usual manner of execution at that time. The gridiron appears to be derived from a Phrygian source through the acta of Saint Vincent of Saragossa.

He was buried in the cemetery of Cyriaca in the Campo Verano on the Via Tiburtina (on the way to Tivoli), on the site of what is now the Church of Saint Lawrence-outside-the-Walls. Five ancient churches are dedicated to Lawrence in Rome, 228 were dedicated to him in England prior to the Reformation, as well as the cathedral of Lund and the Escorial in Spain. Pope Vitalian sent some of his relics to King Oswiu of Northumbria in the 7th century. Lawrence's intercession was reputed to have caused the victories of Christian armies in the battle of Lichfeld against the Magyars in 955, and at Saint-Quentin, in 1557 (Attwater, Benedictines, Bentley, Delaney, Encyclopedia, Farmer, White).
Generally, he is pictured as a deacon with a gridiron, or giving money to the poor [Pope Sixtus II or greeted by him on his way to martyrdom; (3) putting a chalice on Saint Michael's scales to save the Emperor's life; (4) leading a soul from purgatory (which he is reputed to do every Friday); (5) baptizing in prison; (6) scourged and roasted on gridiron (Roeder); or (7) carrying a long cross on his shoulder and a Gospel book in his hand as in the Ravenna mosaics (White). The most complete cycle of his life was painted by Saint Fra Angelico for the chapel of Nicholas V in the Vatican. These include Saint Lawrence Receiving the Treasures of the Church, The Ordination of Saint Lawrence, and Saint Lawrence in Justice and his Martyrdom. Bourges and Poitiers has notable stained glass windows depicting Lawrence (Farmer).

He was one of the most popular and powerful saints of the Middle Ages, which accounts for his many patronages. He is the patron of deacons (Farmer), schoolboys, students, armorers, brewers, confectioners, cooks (what did you expect--he was roasted ), cutlers, glaziers, and launderers (Roeder).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0810.shtml




St. Laurence, Martyr

From St. Ambrose, De Offic. l. 1, c. 41; l. 2, c. 48; the four panegyrics of St. Austin, Serm. 302, 303, 304, 305, besides four others in the Appendix to his Sermons, and his seventy-two hom. in Joan. two under the name of St. Ambrose; Prudent. hym. 2, de Cor.; St. Leo, Serm. 83; St. Peter Chrysol. Serm. 135; St. Maximus Taurin. Serm. 56; St. Fulgentius, &c. The Acts of St. Laurence being a modern compilation are not here made use of. See Tillemont, t. 4

A.D. 258.

THERE are few martyrs in the church whose names are so famous as that of the glorious St. Laurence, in whose praises the most illustrious among the Latin fathers have exerted their eloquence, and whose triumph, to use the words of St. Maximus, the whole Church joins in a body to honour with universal joy and devotion. The ancient fathers make no mention of his birth or education; but the Spaniards call him their countryman. His extraordinary virtue in his youth recommended him to St. Xystus, then archdeacon of Rome, who took him under his protection, and would be himself his instructor in the study of the holy scriptures, and in the maxims of Christian perfection. St. Xystus being raised to the pontificate in 257, he ordained Laurence deacon; and though he was yet young, appointed him the first among the seven deacons who served in the Roman church; hence by several fathers he is called the pope’s archdeacon. This was a charge of great trust, to which was annexed the care of the treasury and riches of the church, and the distribution of its revenues among the poor. How faithful and disinterested our holy deacon was in the discharge of this important and difficult office appears from the sequel.

The Emperor Valerian, through the persuasion of Macrian, in 257, published his bloody edicts against the Church, which he foolishly flattered himself he was able to destroy, not knowing it to be the work of the Almighty. That by cutting off the shepherds he might disperse the flocks, he commanded all bishops, priests, and deacons to be put to death without delay. The holy Pope St. Xystus, the second of that name, was apprehended the year following. As he was led to execution, his deacon, St. Laurence, followed him weeping; and judging himself ill-treated, because he was not to die with him, said to him, “Father, where are you going without your son? Whither are you going, O holy priest, without your deacon? You were never wont to offer sacrifice without me, your minister. Wherein have I displeased you? Have you found me wanting to my duty? Try me now, and see, whether you have made choice of an unfit minister for dispensing the blood of the Lord.” He could not, without an holy envy, behold his bishop go to martyrdom, and himself left behind; and being inflamed with a desire to die for Christ, he burst into this complaint. From the love of God, and an earnest longing to be with Christ, he contemned liberty and life, and thought of no other honour but that of suffering for his Lord. Hence he reputed the world as nothing, and accounted it his happiness to leave it, that he might come to the enjoyment of his God; for this he grieved to see himself at liberty, was desirous to be in chains, and was impatient for the rack. The holy pope, at the sight of his grief, was moved to tenderness and compassion, and comforting him, he answered, “I do not leave you, my son; but a greater trial and a more glorious victory are reserved for you who are stout and in the vigour of youth. We are spared on account of our weakness and old age. You shall follow me in three days. He added a charge to distribute immediately among the poor the treasures of the Church which were committed to his care, lest the poor should be robbed of their patrimony if it should fall into the hands of the persecutors. Laurence was full of joy, hearing that he should be so soon called to God, set out immediately to seek all the poor widows and orphans, and gave among them all the money which he had in his hands; he even sold the sacred vessels to increase the sum, employing it all in the like manner. The Church at Rome was then possessed of considerable riches. For, besides the necessary provision of its ministers, it maintained many widows and virgins, and fifteen hundred poor people, of whose names the bishop or his archdeacon kept the list; and it often sent large alms into distant countries. It had likewise very rich ornaments and vessels for the celebration of the divine mysteries, as appears from Tertullian, and the profane heathen scoffer, Lucian. Eusebius tells us, 1 that the magnificence of the sacred vessels inflamed the covetousness of the persecutors. St. Optatus says, 2 that in the persecution of Dioclesian the churches had very many ornaments of gold and silver. St. Ambrose, 3 speaking of St. Laurence, mentions consecrated vessels of gold and silver; and Prudentius speaks of chalices of gold and silver, embossed, and set with jewels.

The prefect of Rome was informed of these riches, and imagining that the Christians had hid considerable treasures, he was extremely desirous to secure them; for he was no less a worshipper of gold and silver than of Jupiter and Mars. With this view he sent for St. Laurence, to whose care these treasures were committed. As soon as he appeared, he said to him, according to Prudentius, “You often complain that we treat you with cruelty; but no tortures are here thought of; I only inquire mildly after what concerns you. I am informed that your priests offer in gold, that the sacred blood is received in silver cups, and that in your nocturnal sacrifices you have wax tapers fixed in golden candlesticks. Bring to light these concealed treasures; the prince has need of them for the maintenance of his forces. I am told, that according to your doctrine you must render to Cæsar the things that belong to him. I do not think that your God causeth money to be coined; he brought none into the world with him; he only brought words. Give us therefore the money, and be rich in words.

” St. Laurence replied, without showing any concern: “The Church is indeed rich; nor hath the emperor any treasure equal to what it possesseth. I will show you a valuable part; but allow me a little time to set everything in order, and to make an inventory.” The prefect did not understand of what treasure Laurence spoke, but imagining himself already possessed of hidden wealth, was satisfied with this answer, and granted him three days’ respite. During this interval, Laurence went all over the city, seeking out in every street the poor who were supported by the Church, and with whom no other was so well acquainted. On the third day he gathered together a great number of them before the church, and placed them in rows, the decrepit, the blind, the lame, the maimed, the lepers, orphans, widows, and virgins; then he went to the prefect, invited him to come and see the treasure of the church, and conducted him to the place. The prefect, astonished to see such a number of poor wretches, who made a horrid sight, turned to the holy deacon with looks full of disorder and threatenings, and asked him what all this meant, and where the treasures were which he had promised to show him. St. Laurence answered: “What are you displeased at? The gold which you so eagerly desire is a vile metal, and serves to incite men to all manner of crimes. The light of heaven is the true gold, which these poor objects enjoy. Their bodily weakness and sufferings are the subject of their patience, and the highest advantages; vices and passions are the real diseases by which the great ones of the world are often most truly miserable and despicable. Behold in these poor persons the treasures which I promised to show you; to which I will add pearls 4 and precious stones,—those widows and consecrated virgins, which are the Church’s crown, by which it is pleasing to Christ; it hath no other riches; make use then of them for the advantage of Rome, of the emperor, and yourself.” Thus he exhorted him as Daniel did Nabuchodonosor, to redeem his sins by sincere repentance and almsdeeds, and showed him where the Church placed its treasure. The earthly-minded man was far from forming so noble an idea of an object, the sight of which offended his carnal eyes, and he cried out in a transport of rage: “Do you thus mock me? Is it thus that the axes and the fasces, the sacred ensigns of the Roman power, are insulted? I know that you desire to die; this is your phrensy and vanity: but you shall not die immediately, as you imagine. I will protract your tortures, that your death may be the more bitter as it shall be slower. You shall die by inches.” Then he caused a great gridiron to be made ready, and live coals almost extinguished to be thrown under it, that the martyr might be slowly burnt. Laurence was stripped, extended, and bound with chains, upon this iron bed over a slow fire, which broiled his flesh by little and little, piercing at length to his very bowels. His face appeared to the Christians newly baptized, to be surrounded with a beautiful extraordinary light, and his broiled body to exhale a sweet agreeable smell; but the unbelievers neither saw this light nor perceived this smell. The martyr felt not the torments of the persecutor, says St. Austin, so vehement was his desire of possessing Christ: and St. Ambrose observes, that whilst his body broiled in the material flames, the fire of divine love, which was far more active within his breast, made him regardless of the pain: having the law of God before his eyes, he esteemed his torments to be a refreshment and a comfort. Such was the tranquillity and peace of mind which he enjoyed amidst his torments, that having suffered a long time, he turned to the judge, and said to him, with a cheerful and smiling countenance: “Let my body be now turned; one side is broiled enough.” When, by the prefect’s order, the executioner had turned him, he said: “It is dressed enough, you may eat.” The prefect insulted him, but the martyr continued in earnest prayer, with sighs and tears imploring the divine mercy with his last breath for the conversion of the city of Rome. This he begged Christ speedily to accomplish, who had subjected the world to this city, that his faith might, by triumphing one day in it, more easily spread itself from the head over all the provinces or members of its empire. This grace he asked of God for that city for the sake of the two apostles, St. Peter and St. Paul, who had there began to plant the cross of Christ, and had watered that city with their blood. The saint having finished his prayer, and completed his holocaust, lifting up his eyes towards heaven, gave up the ghost.

Prudentius doubts not to ascribe to his prayer the entire conversion of Rome, and says, God began to grant his request at the very time he put it up; for several senators who were present at his death, were so powerfully moved by his tender and heroic fortitude and piety, that they became Christians upon the spot. These noblemen took up the martyr’s body on their shoulders, 5 and gave it an honourable burial in the Veran field, near the road to Tibur, on the 10th of August in 258. His death, says Prudentius, was the death of idolatry in Rome, which from that time began more sensibly to decline; and now, adds the same father, the senate itself 6 venerates the tombs of the apostles and martyrs. He describes with what devotion and fervour the Romans frequented the church of St. Laurence, and commended themselves in all their necessities to his patronage; and the happy success of their prayers proves how great his power is with God. The poet implores the mercy of Christ for himself, and begs he may obtain by the prayers of the martyrs 7 what his own cannot. St. Austin assures us that God wrought in Rome an incredible number of miracles through the intercession of St. Laurence. St. Gregory of Tours, Fortunatus, and others, relate several performed in other places. It appears from the sacramentary of Pope Gelasius, that his feast has been kept with a vigil and an octave at least ever since the fifth age. In the reign of Constantine the Great, a church was built over his tomb, on the road to Tibur, which is called St. Laurence’s without the walls; it is one of the five patriarchal churches in Rome. Seven other famous churches in that city bear the name of this glorious saint.

 In St. Laurence we have a sensible demonstration how powerful the grace of Jesus Christ is, which is able to sweeten whatever is bitter and harsh to flesh and blood. If we had the resolution and fervour of the saints in the practice of devotion, we should find all seeming difficulties which discourage our pusillanimity to be mere shadows and phantoms. A lively faith, like that of the martyrs, would make us, with them, contemn the honours and pleasures of the world, and measure the goods and evils of this life, and judge of them, not by nature, but by the light and principles of faith only; and did we sincerely love God, as they did, we should embrace his holy will with joy in all things, have no other desire, and find no happiness but in it. If we are dejected or impatient under troubles, indulge murmurs and complaints, or call ourselves unhappy in them, it is evident that inordinate self-love reigns in our hearts, and that we seek our own inclinations more than the will of God. The state of suffering is the true test of our love, by which we may judge whether in duties that are agreeable to nature we love the will of God, or only do in them our own will. If self-love discovers itself in our sufferings, all the rest of our lives is to be suspected of the same disorder; nor can we easily give any other evidence that faith and divine love are the principles of our actions.

Note 1. Hist. l. 8, c. 22. [back]

Note 2. L. 1. [back]

Note 3. De Offic. l. 2, c. 28. [back]

Note 4.

Nunc addo gemmas nobiles,
Gemmas corusci luminis—
Cernis sacratas virgines—
Hoc est monile ecclesiæ,
Dotata sic Christo placet.

Prud. hymn 2, v. 297

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Note 5.

Vexêre corpus subditis
 Cervicibus quidam patres
Quos mira libertas viri
Ambire Christum suaserat.

Prud. v. 490.

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Note 6.

Ipsa et senatus lumina,
Quondam Luperci et Flamines
Apostolorum et martyrum
Exosculantur limina.

Prud. v. 518.

Quæ sit potestas credita,
Et muneris quantum datum,
Probant Quiritum gaudia
Quibus rogatus annuis (Laurenti).

Prud. v. 561

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Note 7.

Indignus, agnosco et scio
Quem Christus ipse exaudiat;
ed per patronos martyres
Potest medelam consequi

Prud. v. 578

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Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume VIII: August. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/8/101.html


San Lorenzo Diacono e martire


Martire a Roma, 10 agosto 258

Fin dai primi secoli del cristianesimo, Lorenzo viene generalmente raffigurato come un giovane diacono rivestito della dalmatica, con il ricorrente attributo della graticola o, in tempi più recenti, della borsa del tesoro della Chiesa romana da lui distribuito, secondo i testi agiografici, ai poveri. Gli agiografi sono concordi nel riconoscere in Lorenzo il titolare della necropoli della via Tiburtina a Roma È certo che Lorenzo è morto per Cristo probabilmente sotto l'imperatore Valeriano, ma non è così certo il supplizio della graticola su cui sarebbe stato steso e bruciato. Il suo corpo è sepolto nella cripta della confessione di san Lorenzo insieme ai santi Stefano e Giustino. I resti furono rinvenuti nel corso dei restauri operati da papa Pelagio II. Numerose sono le chiese in Roma a lui dedicate, tra le tante è da annoverarsi quella di San Lorenzo in Palatio, ovvero l'oratorio privato del Papa nel Patriarchio lateranense, dove, fra le reliquie custodite, vi era il capo. (Avvenire)

Patronato: Diaconi, Cuochi, Pompieri

Etimologia: Lorenzo = nativo di Laurento, dal latino

Emblema: Graticola, Palma

Martirologio Romano: Festa di san Lorenzo, diacono e martire, che, desideroso, come riferisce san Leone Magno, di condividere la sorte di papa Sisto anche nel martirio, avuto l’ordine di consegnare i tesori della Chiesa, mostrò al tiranno, prendendosene gioco, i poveri, che aveva nutrito e sfamato con dei beni elemosinati. Tre giorni dopo vinse le fiamme per la fede in Cristo e in onore del suo trionfo migrarono in cielo anche gli strumenti del martirio. Il suo corpo fu deposto a Roma nel cimitero del Verano, poi insignito del suo nome.

Forse da ragazzo ha visto le grandiose feste per i mille anni della città di Roma, celebrate nel 237-38, regnando l’imperatore Filippo detto l’Arabo, perché figlio di un notabile della regione siriana. Poco dopo le feste, Filippo viene detronizzato e ucciso da Decio, duro persecutore dei cristiani, che muore in guerra nel 251. L’impero è in crisi, minacciato dalla pressione dei popoli germanici e dall’aggressività persiana. Contro i persiani combatte anche l’imperatore Valeriano, salito al trono nel 253: sconfitto dall’esercito di Shapur I, morirà in prigionia nel 260. Ma già nel 257 ha ordinato una persecuzione anticristiana.

Ed è qui che incontriamo Lorenzo, della cui vita si sa pochissimo. E’ noto soprattutto per la sua morte, e anche lì con problemi. Le antiche fonti lo indicano come arcidiacono di papa Sisto II; cioè il primo dei sette diaconi allora al servizio della Chiesa romana. Assiste il papa nella celebrazione dei riti, distribuisce l’Eucaristia e amministra le offerte fatte alla Chiesa.

Viene dunque la persecuzione, e dapprima non sembra accanita come ai tempi di Decio. Vieta le adunanze di cristiani, blocca gli accessi alle catacombe, esige rispetto per i riti pagani. Ma non obbliga a rinnegare pubblicamente la fede cristiana. Nel 258, però, Valeriano ordina la messa a morte di vescovi e preti. Così il vescovo Cipriano di Cartagine, esiliato nella prima fase, viene poi decapitato. La stessa sorte tocca ad altri vescovi e allo stesso papa Sisto II, ai primi di agosto del 258. Si racconta appunto che Lorenzo lo incontri e gli parli, mentre va al supplizio. Poi il prefetto imperiale ferma lui, chiedendogli di consegnare “i tesori della Chiesa”.

Nella persecuzione sembra non mancare un intento di confisca; e il prefetto deve essersi convinto che la Chiesa del tempo possieda chissà quali ricchezze. Lorenzo, comunque, chiede solo un po’ di tempo. Si affretta poi a distribuire ai poveri le offerte di cui è amministratore. Infine compare davanti al prefetto e gli mostra la turba dei malati, storpi ed emarginati che lo accompagna, dicendo: "Ecco, i tesori della Chiesa sono questi".

Allora viene messo a morte. E un’antica “passione”, raccolta da sant’Ambrogio, precisa: "Bruciato sopra una graticola": un supplizio che ispirerà opere d’arte, testi di pietà e detti popolari per secoli. Ma gli studi (v. Analecta Bollandiana 51, 1933) dichiarano leggendaria questa tradizione. Valeriano non ordinò torture.
Possiamo ritenere che Lorenzo sia stato decapitato come Sisto II, Cipriano e tanti altri. Il corpo viene deposto poi in una tomba sulla via Tiburtina. Su di essa, Costantino costruirà una basilica, poi ingrandita via via da Pelagio II e da Onorio III; e restaurata nel XX secolo, dopo i danni del bombardamento americano su Roma del 19 luglio 1943.

Autore:
Domenico Agasso