mercredi 8 août 2012

Saint DOMINIQUE (4 août), religieux, fondateur et confesseur


SAINT DOMINIQUE

Fondateur d'Ordre

(1170-1221)

Saint Dominique de Guzman naquit dans la Vieille-Castille. Sa mère, avant sa naissance, eut une vision étrange; il lui sembla voir l'enfant qu'elle allait mettre bientôt au monde sous la forme d'un petit chien tenant un flambeau dans sa gueule et prêt à répandre le feu sur la terre. Son enfance fut marquée par plusieurs autres présages merveilleux.

Jeune étudiant, il vivait déjà comme un saint. Il avait chaque jour ses heures fixées pour la prière, et souvent il était ravi en Dieu. Il jeûnait presque toujours, ne buvait jamais de vin, dormait fort peu et n'avait d'autre lit que le plancher de sa chambre. Un jour, ayant tout donné, il dit à une femme qui lui demandait de l'argent pour racheter son frère captif: "Je n'ai ni or ni argent; mais prenez-moi et offrez-moi aux Maures en échange de votre frère." La proposition héroïque ne fut pas acceptée, mais Dominique en eut le mérite. Dans une maladie très grave, causée par son travail et ses austérités, il fut guéri soudain par l'apparition de saint Jacques le Majeur.

Dominique, ayant dû venir en France avec son évêque, fut profondément touché du triste état auquel l'hérésie avait réduit les provinces du Midi et résolut de travailler dans ce pays au triomphe de la foi. Sentant son insuffisance pour évangéliser seul de si vastes contrées, il appela à son secours des missionnaires pleins de zèle, dont il fit plus tard les premiers religieux de son Ordre. C'est à cette époque que la Sainte Vierge lui apparut et lui enseigna définitivement, en lui ordonnant de la répandre, la dévotion du Rosaire, qui fut bientôt le plus terrible fléau de l'hérésie.

Parmi les miracles quotidiens que Dieu opérait en sa faveur, on rapporte que, dans ses voyages, la pluie tombait souvent autour de lui sans l'atteindre; qu'un jour, son sac et ses livres, étant tombés dans une rivière, furent repêchés plusieurs jours après, sans qu'on y vît aucune trace d'eau. Dominique fit le voyage de Rome pour obtenir l'approbation de l'Ordre des Frêres-Prêcheurs. C'est là qu'il rencontra saint François d'Assise, et que ces deux grands Saints de l'époque, qui étaient venus ensemble à Rome dans le même but, se reconnurent pour s'être vus en songe, s'embrassèrent comme deux frères et lièrent une amitié profonde qui dura jusqu'à la mort. Dominique opérait une multitude de miracles, ressuscitait les morts, et se disait: "le plus grand pécheur de l'univers".

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.



BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 3 février 2010


Saint Dominique Guzman


Chers frères et sœurs,

La semaine dernière, j'ai présenté la figure lumineuse de François d'Assise et aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un autre saint qui, à la même époque, a apporté une contribution fondamentale au renouveau de l'Eglise de son temps. Il s'agit de saint Dominique, le fondateur de l'Ordre des prêcheurs, connus également sous le nom de Frères dominicains.

Son successeur à la tête de l'Ordre, le bienheureux Jourdain de Saxe, offre un portrait complet de saint Dominique dans le texte d'une célèbre prière: « Enflammé par le zèle de Dieu et par l'ardeur surnaturelle, par ta charité sans fin et la ferveur de ton esprit véhément, tu t'es consacré tout entier par le vœu de la pauvreté perpétuelle à l'observance apostolique et à la prédication évangélique ». C'est précisément ce trait fondamental du témoignage de Dominique qui est souligné: il parlait toujours avec Dieu et de Dieu. Dans la vie des saints, l'amour pour le Seigneur et pour le prochain, la recherche de la gloire de Dieu et du salut des âmes vont toujours de pair.

Dominique est né en Espagne, à Caleruega, aux alentours de 1170. Il appartenait à une noble famille de la Vieille Castille et, soutenu par un oncle prêtre, il fut formé dans une célèbre école de Palencia. Il se distingua immédiatement par son intérêt pour l'étude de l'Ecriture Sainte et par son amour envers les pauvres, au point de vendre ses livres, qui à l'époque représentaient un bien d'une grande valeur, pour venir en aide, grâce à l'argent qu'il en tira, aux victimes d'une famine.

Ordonné prêtre, il fut élu chanoine du chapitre de la cathédrale de son diocèse d'origine, Osma. Même si cette nomination pouvait représenter pour lui un motif de prestige dans l'Eglise et dans la société, il ne l'interpréta pas comme un privilège personnel, ni comme le début d'une brillante carrière ecclésiastique, mais comme un service à rendre avec dévouement et humilité. La tentation de la carrière n'est-elle pas une tentation dont ne sont pas même exempts ceux qui ont un rôle d'animation et de gouvernement dans l'Eglise? C'est ce que je rappelais, il y a quelques mois, à l'occasion de la consécration de plusieurs évêques: « Ne recherchons pas le pouvoir, le prestige, l'estime pour nous-mêmes... Nous savons que dans la société civile, et souvent, même dans l'Eglise, les affaires souffrent du fait que beaucoup de personnes, auxquelles a été confiée une responsabilité, œuvrent pour elles-mêmes et non pas pour la communauté » (Homélie lors de la chapelle papale pour l'ordination épiscopale de cinq prélats, 12 septembre 2009, cf. ORLF n. 37 du 15 septembre 2009).

L'évêque d'Osma, qui se nommait Diego, un véritable pasteur zélé, remarqua très tôt les qualités spirituelles de Dominique, et voulut bénéficier de sa collaboration. Ils allèrent ensemble en Europe du nord, pour accomplir des missions diplomatiques qui leur avaient été confiées par le roi de Castille. En voyageant, Dominique se rendit compte de deux immenses défis pour l'Eglise de son temps: l'existence de peuples pas encore évangélisés, aux frontières nord du continent européen et le déchirement religieux qui affaiblissait la vie chrétienne dans le sud de la France, où l'action de certains groupes hérétiques créait des troubles et éloignait de la vérité de la foi. L'action missionnaire envers ceux qui ne connaissaient pas la lumière de l'Evangile et l'œuvre de réévangélisation des communautés chrétiennes devinrent ainsi les objectifs apostoliques que Dominique se proposa de poursuivre. Ce fut le Pape, auprès duquel l'évêque Diego et Dominique se rendirent pour lui demander conseil, qui demanda à ce dernier de se consacrer à prêcher aux Albigeois, un groupe hérétique qui soutenait une conception dualiste de la réalité, c'est-à-dire à travers deux principes créateurs également puissants, le Bien et le Mal. Ce groupe, par conséquent méprisait la matière comme provenant du principe du mal, refusant également le mariage, allant jusqu'à nier l'incarnation du Christ, les sacrements dans lesquels le Seigneur nous « touche » à travers la matière et la résurrection des corps. Les Albigeois privilégiaient la vie pauvre et austère, – dans ce sens, il étaient également exemplaires – et ils critiquaient la richesse du clergé de l'époque. Dominique accepta avec enthousiasme cette mission, qu'il réalisa précisément à travers l'exemple de son existence pauvre et austère, à travers la prédication de l'Evangile et les débats publics. Il consacra le reste de sa vie à cette mission de prêcher la Bonne Nouvelle. Ses fils devaient réaliser également les autres rêves de saint Dominique: la mission ad gentes, c'est-à-dire à ceux qui ne connaissaient pas encore Jésus, et la mission à ceux qui vivaient dans les villes, surtout les villes universitaires, où les nouvelles tendances intellectuelles étaient un défi pour la foi des personnes cultivées.

Ce grand saint nous rappelle que dans le cœur de l'Eglise doit toujours brûler un feu missionnaire, qui incite sans cesse à apporter la première annonce de l'Evangile et, là où cela est nécessaire, une nouvelle évangélisation: en effet, le Christ est le bien le plus précieux que les hommes et les femmes de chaque époque et de chaque lieu ont le droit de connaître et d'aimer! Il est réconfortant de voir que dans l'Eglise d'aujourd'hui également il existe tant de personnes – pasteurs et fidèles laïcs, membres d'antiques ordres religieux et de nouveaux mouvements ecclésiaux – qui donnent leur vie avec joie pour cet idéal suprême: annoncer et témoigner de l'Evangile!

A Dominique Guzman s'associèrent ensuite d'autres hommes, attirés par sa même aspiration. De cette manière, progressivement, à partir de la première fondation de Toulouse, fut créé l'ordre des prêcheurs. Dominique, en effet, en pleine obéissance aux directives des Papes de son temps, Innocent III et Honorius III, adopta l'antique Règle de saint Augustin, l'adaptant aux exigences de vie apostolique, qui le conduisaient, ainsi que ses compagnons, à prêcher en se déplaçant d'un lieu à l'autre, mais en revenant ensuite dans leurs propres couvents, lieux d'étude, de prière et de vie communautaire. Dominique voulut souligner de manière particulière deux valeurs considérées indispensables pour le succès de la mission évangélisatrice: la vie communautaire dans la pauvreté et l'étude.

Dominique et les frères prêcheurs se présentaient tout d'abord comme mendiants, c'est-à-dire sans de grandes propriétés foncières à administrer. Cet élément les rendait plus disponibles à l'étude et à la prédication itinérante et constituait un témoignage concret pour les personnes. Le gouvernement interne des couvents et des provinces dominicaines s'organisa sur le système des chapitres, qui élisaient leurs propres supérieurs, ensuite confirmés par les supérieurs majeurs; une organisation qui stimulait donc la vie fraternelle et la responsabilité de tous les membres de la communauté, en exigeant de fortes convictions personnelles. Le choix de ce système naissait précisément du fait que les dominicains, en tant que prêcheurs de la vérité de Dieu, devaient être cohérents avec ce qu'ils annonçaient. La vérité étudiée et partagée dans la charité avec les frères est le fondement le plus profond de la joie. Le bienheureux Jourdain de Saxe dit à propos de saint Dominique: « Il accueillait chaque homme dans le grand sein de la charité et, étant donné qu'il aimait chacun, tous l'aimaient. Il s'était fait pour règle personnelle de se réjouir avec les personnes heureuses et de pleurer avec ceux qui pleuraient » (Libellus de principiis Ordinis Praedicatorum autore Iordano de Saxonia, ed. H.C. Scheeben, [Monumenta Historica Sancti Patris Nostri Domiici, Romae, 1935]).

En second lieu, Dominique, par un geste courageux, voulut que ses disciples reçoivent une solide formation théologique, il n'hésita pas à les envoyer dans les universités de son temps, même si un grand nombre d'ecclésiastiques regardaient avec défiance ces institutions culturelles. Les Constitutions de l'Ordre des prêcheurs accordent une grande importance à l'étude comme préparation à l'apostolat. Dominique voulut que ses frères s'y consacrent sans compter, avec diligence et piété; une étude fondée sur l'âme de tout savoir théologique, c'est-à-dire sur l'Ecriture Sainte, et respectueuse des questions posées à la raison. Le développement de la culture impose à ceux qui accomplissent le ministère de la Parole, aux différents niveaux, d'être bien préparés. Il exhorte donc tous, pasteurs et laïcs, à cultiver cette « dimension culturelle » de la foi, afin que la beauté de la vérité chrétienne puisse être mieux comprise et que la foi puisse être vraiment nourrie, renforcée et aussi défendue. En cette Année sacerdotale, j'invite les séminaristes et les prêtres à estimer la valeur spirituelle de l'étude. La qualité du ministère sacerdotal dépend aussi de la générosité avec laquelle on s'applique à l'étude des vérités révélées.

Dominique, qui voulut fonder un Ordre religieux de prêcheurs-théologiens, nous rappelle que la théologie a une dimension spirituelle et pastorale, qui enrichit l'âme et la vie. Les prêtres, les personnes consacrées, ainsi que tous les fidèles, peuvent trouver une profonde « joie intérieure » dans la contemplation de la beauté de la vérité qui vient de Dieu, une vérité toujours actuelle et toujours vivante. La devise des frères prêcheurs – contemplata aliis tradere – nous aide à découvrir, ensuite, un élan pastoral dans l'étude contemplative de cette vérité, du fait de l'exigence de transmettre aux autres le fruit de notre propre contemplation.

Lorsque Dominique mourut en 1221, à Bologne, la ville qui l'a choisi comme patron, son œuvre avait déjà rencontré un grand succès. L'Ordre des prêcheurs, avec l'appui du Saint-Siège, s'était répandu dans de nombreux pays d'Europe, au bénéfice de l'Eglise tout entière. Dominique fut canonisé en 1234, et c'est lui-même qui, par sa sainteté, nous indique deux moyens indispensables afin que l'action apostolique soit incisive. Tout d'abord la dévotion mariale, qu'il cultiva avec tendresse et qu'il laissa comme héritage précieux à ses fils spirituels, qui dans l'histoire de l'Eglise ont eu le grand mérite de diffuser la prière du saint Rosaire, si chère au peuple chrétien et si riche de valeurs évangéliques, une véritable école de foi et de piété. En second lieu, Dominique, qui s'occupa de plusieurs monastères féminins en France et à Rome, crut jusqu'au bout à la valeur de la prière d'intercession pour le succès du travail apostolique. Ce n'est qu'au Paradis que nous comprendrons combien la prière des religieuses contemplatives accompagne efficacement l'action apostolique! A chacune d'elles, j'adresse ma pensée reconnaissante et affectueuse.

Chers frères et sœurs, la vie de Dominique Guzman nous engage tous à être fervents dans la prière, courageux à vivre la foi, profondément amoureux de Jésus Christ. Par son intercession, nous demandons à Dieu d'enrichir toujours l'Eglise d'authentiques prédicateurs de l'Evangile.

* * *

J’accueille avec joie les pèlerins francophones particulièrement les élèves et les professeurs des collèges Fénelon et du Sacré-Cœur, et ceux de l’Institut Saint Dominique, de Rome. Que Notre Dame du Rosaire, patronne le l’Ordre Dominicain, vous aide à découvrir la présence du Christ dans votre vie et à le suivre généreusement chaque jour. Que Dieu vous bénisse!

© Copyright 2010 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100203_fr.html



Vie de saint Dominique de Guzman

1. Enfance et jeunesse en Castille

Comme nombre de vies de saints médiévaux, l'histoire de Dominique commence par une légende. Jourdain de Saxe, le successeur du fondateur dans la charge de maître de l'Ordre, écrit dans son " petit livre " sur les débuts des prêcheurs que la mère de Dominique avait eu une vision: " Il lui semblait porter en son sein un petit chien, qui tenait en sa gueule une torche enflammée, puis, sortant du ventre maternel, paraissait embraser le monde entier ", et quelques pages plus loin, à propos d'une autre vision: " Sa mère le vit portant la lune [suivant un autre texte: "une étoile"] sur le front: ce qui signifiait évidemment qu'il serait un jour donné comme lumière des nations, pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort. "

Son père était Félix de Guzmân. Sa mère, Jeanne, appartenait à la lignée des Aza : les deux familles faisaient partie de la noblesse castillane et possédaient de grandes propriétés foncières dans les environs, proches et lointains, de Caleruega. Ce lieu, que Jourdain qualifie de " village ", a gardé jusqu'aujourd'hui son aspect rural, bien qu'un couvent de dominicaines contemplatives s'y trouve depuis le milieu du XIIIe siècle et qu'un couvent de dominicains, plus tard, y ait été érigé à côté du donjon seigneurial ou torreon. Caleruega est situé, en effet, à l'écart des grandes voies de circulation, sur ce plateau castillan où règnent, selon un dicton populaire, " neuf mois d'hiver et trois mois d'enfer ", tant l'été y est sec et brûlant.

Dominique est né dans cette tour fortifiée, le torreon, en 1170 ou 1171. De sa famille, de son enfance, nous savons bien peu de choses sinon qu'il eut plusieurs frères, dont l'un devait entrer dans l'ordre des prêcheurs. L'hagiographie du Moyen Age ne s'intéressait guère au développement historique; alors que nous cherchons à analyser un homme d'après ce qu'il a vécu dans son enfance, les écrivains de ce temps se contentaient de quelques légendes destinées à faire voir que le " héros " futur, enfant, se comportait déjà en héros.

Toujours est-il que nous savons, d'après des sources anciennes, que dès l'âge de cinq ans l'enfant fut confié à un oncle archiprêtre, chargé de faire son éducation. On peut donc penser que sa famille le destinait à l'état clérical. Cette orientation, à l'époque, allait autant de soi qu'aujourd'hui une préparation au métier d'avocat ou à celui de médecin. En outre, à la fin du XIIe siècle, la Castille avait grand besoin de vocations ecclésiastiques et monastiques : au cours des siècles passés, la région au nord du Douro était tombée à plusieurs reprises sous la domination de l'islam, et elle ne fut définitivement reconquise qu'au début du XIIe siècle par les comtes de Castille.

C'est dans ce climat que grandit Dominique, et ce climat marqua sans aucun doute certains traits de son caractère, certaines façons qu'il eut de se comporter: son absence de timidité devant les princes, les cardinaux, les papes (alors même qu'il se tenait devant eux en habit taché et en sandales), son autorité naturelle à l'égard de ses frères, sans jamais avoir besoin de se faire violence, enfin et surtout sa piété austère qui n'avait rien de sentimental.

Jourdain et les biographes qui sont venus après lui se sont surtout intéressés à un épisode de sa vie d'étudiant. Voici comment Jourdain le raconte: " Au temps où il poursuivait ses études à Palencia , une grande famine s'étendit sur presque toute l'Espagne. Ému par la détresse des pauvres et brûlant de compassion, il résolut par une seule action d'obéir à la fois aux conseils du Seigneur et de soulager de tout son pouvoir la misère [...]. Il vendit donc les livres qu'il possédait, pourtant vraiment indispensables, et toutes ses affaires. Constituant alors une aumône [c'est-à-dire une fondation charitable], il dispersa ses biens et les donna aux pauvres. " Le frère Étienne qui déposa au procès de canonisation ajoute que Dominique avait dit: " Je ne veux pas étudier sur des peaux mortes tandis que des hommes meurent de faim. "

2. Chanoine à Osma

En outre, le geste charitable de Palencia contribua à orienter la destinée de Dominique. Diego, prieur du chapitre cathédral de la ville d'Osma, entendit parler de lui et, au nom de l'évêque, l'invita à entrer dans ce chapitre comme chanoine régulier. Une grande partie des domaines des familles Guzman et Aza se trouvait dans les limites du diocèse, mais en l'occurrence, ni la naissance ni les biens n'entraient en ligne de compte l'évêque et son prieur ne voulaient, comme chanoines, que des clercs disposés à travailler à la réforme du chapitre. Cette réforme avait été inaugurée par les évêques précédents, qui avaient soumis les chanoines à la règle de saint Augustin: mais après quelques premiers succès ce début de réforme en était au point mort.

Ce qui faisait surtout problème pour ces chanoines, c'était de s'astreindre à une vie commune et de renoncer à toute propriété personnelle. Ils étaient, en majorité, issus de la noblesse habituée à jouir de possessions foncières, ce renoncement leur était donc particulièrement pénible. D'ailleurs, dans d'autres chapitres de cathédrale, ces prescriptions n'avaient pas été promulguées et ils ne voyaient pas pourquoi il en serait autrement pour eux, à Osma. Des chanoines d'origine noble, appelés au chapitre à l'instigation de puissants barons, menaient un train de vie personnel et considéraient comme bien privé leur part des prébendes de l'Eglise : ils avaient même le droit d'en disposer par testament. Cette question avait une importance économique. De tels legs, parfois en faveur de la famille du testateur, morcelaient les biens d'Eglise qui non seulement faisaient vivre l'évêque et le chapitre, mais devaient permettre l'édification de lieux de culte, d'hôpitaux, d'hospices. Pour pouvoir subvenir à de telles dépenses, les évêques devaient s'opposer aux prétentions de leurs chanoines.

C'est pourquoi le prieur Diego d'Acevedo (ou Diègue d'Acébès) cherchait des clercs prêts à suivre la règle augustinienne. Un étudiant en théologie vendant tout ce qu'il possédait pour nourrir des affamés serait assurément mieux disposé à la vie canoniale réformée, que quelque dignitaire ecclésiastique de haute naissance qui se faisait attribuer une part des biens d'Église sans vouloir nullement renoncer à ses possessions privées.

Quant à la vie commune, elle cherchait son modèle dans la vie que Jésus avait menée en commun avec ses apôtres. Un tel esprit était loin de certains chanoines qui tenaient à conserver un mode de vie individuel. Dans sa biographie, très complète, de saint Dominique, le Père M. H. Vicaire, o.p., a bien montré que le chanoine, à cette époque, était appelé à une vie de prière, souvent plus contemplative que celle des moines qui, dans les abbayes, à côté des tâches multiples (travaux des champs, écoles) assuraient aussi des charges pastorales. L'office chanté quotidien, la prière commune des heures, la méditation et la lecture spirituelle en cellule traçaient pour le chanoine régulier un cadre où pouvait s'épanouir la contemplation. Le jeune Dominique en fut imprégné, en conserva l'esprit jusqu'à sa mort et, lorsqu'il fonda l'ordre des prêcheurs, en fit la base de la vie religieuse.

Il pouvait avoir vingt-trois ou vingt-quatre ans lorsqu'il reçut la robe blanche et le manteau noir des chanoines réguliers de Saint-Augustin: ce vêtement, un peu simplifié, serait plus tard celui des dominicains. Après un an de probation, il fit profession dans le chapitre, puis, peu de temps après, fut ordonné prêtre. Sur ses activités au chapitre d'Osma, nous sommes relativement bien informés. Nous savons qu'il lisait avec prédilection les Conférences des Pères du désert du moine italien Jean Cassien : ce livre consacré aux anachorètes africains servit à alimenter la vie spirituelle de générations de chanoines et de moines au Moyen Age. Tel fut le cas de Dominique, et Jourdain note que ce livre, " avec le concours de la grâce, le fit parvenir à un degré difficile à atteindre de pureté de conscience, à beaucoup de lumière sur la contemplation et à un grand sommet de perfection ".

Manifestement, il eut aussi à l'occasion un rôle de prédicateur dans la cathédrale d'Osma. Il y fut " sacristain ", c'est-à-dire chargé de tout ce qui concernait le culte, et, en 1201, âgé de vingt-huit ans environ, il était sous-prieur du chapitre. Pour cette charge, on choisissait volontiers de jeunes membres, afin que, d'une part, leur dynamisme donnât à la communauté une impulsion nouvelle et, d'autre part, afin de les " tester ", c'est-à-dire vérifier s'ils pouvaient faire leurs preuves dans un poste de direction. L'influence du prieur Diego a dû jouer aussi dans ce choix de Dominique qui était " sa découverte " ; en outre, une amitié unit très tôt ces deux hommes, le jeune et le plus âgé, amitié forgée dans leurs communs efforts pour réaliser la réforme du chapitre.

En décembre 1201, Diego fut nommé évêque d'Osma. Pour lui succéder dans la charge de prieur, Dominique était assurément encore trop jeune. Mais il est permis de penser que quelques années plus tard, cette charge lui aurait été confiée, préparant peut-être - comme il en avait été pour Diego - une élévation à l'épiscopat. En fin de compte, tout devait se passer autrement, mais ni Diego ni Dominique ne pouvaient le prévoir.


3. Prédicateur dans le Midi de la France

L'occasion qui devait profondément modifier l'orientation de la vie de Dominique se trouva dans les deux voyages qu'il fit pour accompagner jusqu'au Danemark son évêque, Diego. Un mariage était projeté entre l'héritier du trône de Castille (un frère de Blanche de Castille qui venait d'épouser Louis de France) et une parente du roi de Danemark: l'évêque était chargé de négocier la conclusion de ce mariage. Ces voyages, en 1203 et 1205, représentèrent un tournant décisif dans la vie de ces deux hommes.

S'étant rendu ensuite auprès du pape Innocent III, Diego lui demanda de l'autoriser à quitter l'évêché d'Osma, car il voulait s'en aller comme missionnaire auprès des Cumans, un peuple encore païen qui habitait l'est de la Hongrie. Dominique ne connaissait pas seulement l'intention de son ami, il la partageait. Plus tard, il évoquait encore le désir (en 1219, puis en 1221 peu avant sa mort) d'aller évangéliser les païens de Prusse et de Scandinavie. Cet élan missionnaire était à l'époque largement répandu. Il s'est traduit par les tentatives de reconquête de régions du bassin méditerranéen autrefois chrétiennes et tombées au pouvoir de l'islam, par les croisades vers la Terre sainte, par la Reconquista de l'Espagne. Mais plus que la croisade, l'intention missionnaire était liée à l'idée qu'on avait de la perfection chrétienne: il s'agissait d'imiter les apôtres et de se préparer à un martyre dont l'éventualité était très vraisemblable. Le consentement à donner jusqu'à sa vie se trouve aussi dans certains ordres fondés alors pour le rachat des captifs chrétiens: on s'y engageait à se faire prisonnier volontaire des Sarrasins en échange d'un chrétien réduit par eux en esclavage.

Mais le pape ne voulut pas libérer l'évêque d'Osma pour la mission. Il ne le pouvait pas: le diocèse avait besoin d'un évêque réformateur. Et Innocent III était trop sage politique pour abandonner un but proche, réalisable, en faveur d'un but lointain, aux contours vagues et au succès incertain: aussi renvoya-t-il Diego à Osma. Mais il ne pouvait empêcher Diego et Dominique d'être angoissés par un autre problème: la situation précaire de l'Église dans le midi de la France. Dès leur premier voyage au Danemark, ils s'étaient émus du mouvement religieux des cathares qui, depuis quelques dizaines d'années, s'était étendu sur de larges territoires de la France méridionale et de l'Italie du Nord, et se propageait même en Flandre et en Rhénanie. Jourdain relate une discussion, à Toulouse, entre Dominique et un cathare qui tenait l'auberge où s'étaient arrêtés l'évêque et son sous-prieur: " Au cours de la nuit [...] le sous-prieur attaqua avec force et chaleur l'hôte hérétique de la maison, multipliant les discussions et les arguments [...]. L'hérétique ne pouvait résister à la sagesse et à l'esprit qui s'exprimaient [...] ; Dominique le réduisit à la foi. " Il ne soupçonnait pas encore que de tels affrontements deviendraient la tâche de sa vie.

Sur le chemin du retour, en juin 1206, Diego et Dominique rencontrèrent à Montpellier trois légats pontificaux chargés par Innocent III de combattre les hérésies des cathares et des vaudois. Cette rencontre devait avoir, pour tous ceux qui y participèrent, de grandes conséquences.

Malgré tout ce qu'on a écrit (et peut-être à cause de tout ce qu'on a écrit) sur les cathares, il est bien difficile de se faire une idée précise de leurs origines, qui sont diverses, et des nuances de leurs convictions. Nous n'en dirons que quelque mots, pour éclairer les motifs qu'il y eut d'y voir une hérésie, en face de la foi de l'Église. Les cathares se faisaient du monde une image dualiste. Pour eux, il y avait eu une création bonne et une mauvaise, ce qui produisait une opposition entre l'esprit et la chair, entre l'âme et le monde. Ils retrouvaient cette opposition dans la Bible: le Dieu bon est celui de l'Évangile, le Dieu mauvais, celui de l'Ancien Testament. Comme beaucoup de religions dualistes, celle-ci avait été influencée par la gnose: elle imaginait des degrés, nettement séparés entre eux, dans la connaissance et la perfection. Certains groupes croyaient aussi à la métempsycose, à la réincarnation des âmes. Pour être finalement libérés de la puissance du mal, du monde, les croyants devaient renoncer à presque toutes les nécessités terrestres,. pratiquer l'abstinence sexuelle, abandonner toute propriété privée. Cette ascèse qu'ils pratiquaient dans leur vie impressionnait les populations. Alors même que seul un petit nombre de " purs ", de " parfaits ", parvenait au plus haut degré de la connaissance, le nombre des adeptes et sympathisants augmentait constamment.

Dans la vie spirituelle, un rôle particulier était joué par le consolamentum : une imposition des mains qui dispensait au fidèle l'Esprit Saint, lui donnait l'assurance d'entrer dès sa mort dans la béatitude éternelle. A l'origine, ce consolamentum n'était accordé qu'aux " parfaits ", mais on était venu à l'accorder aux simples croyants à l'heure de la mort. Des nobles, de riches bourgeois entretenaient donc chez eux un parfait pour recevoir de lui cet ultime secours et pouvaient en attendant continuer leur vie sans se soucier de perfection: cela rappelle un peu l'époque constantinienne où beaucoup de catéchumènes attendaient d'être sur leur lit de mort pour recevoir le baptême.

Le mouvement vaudois, qui tient son nom du commerçant lyonnais Pierre Valdo (ou Valdès) ne cherchait aucune complication sur le plan du dogme. Au début, il était orienté vers la recherche de la pauvreté évangélique dans la conduite de la vie. Mais quand les vaudois commencèrent à prêcher cette pauvreté évangélique, ils entrèrent en conflit avec les autorités ecclésiastiques. En 1184, au synode de Vérone, Valdo fut excommunié. Des prédicateurs libres se répandirent alors, ayant rompu tout lien avec la hiérarchie de l'Église et ne faisant plus de différence entre clercs et laïcs. Ce qui qualifiait pour prêcher n'était plus l'ordination, mais la conscience apostolique et la pauvreté de vie: les prédicateurs renonçaient à posséder quoi que ce soit, ils devaient vivre d'aumônes. Mais par la force des choses une certaine organisation se créa: on distingua les prédicateurs tenus à la pauvreté évangélique et les simples croyants, qui se comportaient comme des élèves à l'égard de leurs maîtres.

Cette pauvreté dont faisaient preuve les vaudois et les cathares fit rapidement une très forte impression dans les populations, qui comparaient leur comportement avec le mode de vie du clergé et surtout des hauts dignitaires de l'Église. Dans le midi de la France, le clergé n'était sans doute ni pire ni meilleur que dans les autres régions du pays, mais cette comparaison l'exposait à la critique, et celle-ci alla croissant. En outre, la petite noblesse méridionale était moins fortunée que les riches abbayes, et les partages d'héritage l'appauvrissaient encore: chez ces possesseurs de terres, l'équilibre économique était menacé. Parmi ces nobles il y avait, en ce début du XIIIe siècle, des lignées de cathares de deux ou trois générations. Ils faisaient élever leurs filles dans des écoles dirigées par des cathares, leurs parentes célibataires vivaient dans des " couvents " cathares où la vie était plus ascétique, la règle plus sévère que dans maints monastères féminins de l'Église.

Devant les progrès des cathares et des vaudois, les réactions ecclésiastiques se bornèrent d'abord à des mesures juridiques; elles n'eurent le plus souvent quelque succès que dans les diocèses où les hérétiques étaient en minorité: ceux-ci furent alors refoulés dans la clandestinité. Mais dans les régions où les deux sectes avaient, relativement, de nombreux adhérents, comme dans le diocèse d'Albi, ces mesures restèrent sans effet. La ville d'Albi était une forteresse cathare, et l'évêque n'osait pas sévir ouvertement contre les hérétiques, car il y en avait plusieurs dans sa propre famille; il évita toute contestation avec eux, il n'en parlait pas dans les rapports qu'il envoyait au pape. D'autres évêques, qui avaient entrepris de lutter en face contre les doctrines cathares, durent affronter la noblesse, le comte Raimond de Toulouse par exemple, ou la bourgeoisie des villes qui se souleva contre eux: ils furent expulsés de leur siège ou même assassinés.

Innocent III, pape depuis 1198 (il avait alors trente-sept ans), s'était empressé d'envoyer des légats pour lutter contre l'hérésie. Il lui opposait l'antique loi de lèse-majesté, car les hérétiques s'attaquaient à la majesté de Dieu même: sévir contre eux devenait un acte politique. Mais ni les deux premiers légats ni les suivants n'obtinrent de résultats. Les deux légats nommés en 1203 étaient des moines cisterciens: Pierre de Castelnau et Raoul de Fontfroide, tous deux originaires du Midi et connaissant de visu la situation. Ils obtinrent de quelques féodaux la promesse de ne plus user de violence contre les établissements d'Église, et un capitoul (magistrat municipal) de Toulouse prêta à l'Église serment de fidélité mais lorsque les légats exigèrent qu'on expulsât de la ville les hérétiques, ils se heurtèrent à l'opposition des bourgeois. Ils eurent des rapports difficiles avec l'archevêque de Narbonne, qui résista à leur menace de censure et qui, loin de se décider à combattre l'hérésie, se plaignit à Rome de ces légats qui, disait-il, excédaient leurs pouvoirs. En 1204, le pape désigna comme troisième légat l'abbé de Cîteaux, Arnaud Amaury, et donna aux trois légats de pleins pouvoirs que ceux-ci s'empressèrent d'utiliser.

Cependant, des mesures de droit canon ne pouvaient résoudre la question essentielle: comment ramener à l'Église la population qui l'avait abandonnée - Innocent III, qui voyait parfaitement la situation, insistait dans ses instructions aux légats sur la nécessité de regagner le peuple. Il en revint au plan qu'avait eu auparavant saint Bernard: combattre l'hérésie par la prédication. Le pape enjoignit donc aux légats d'envoyer dans le Languedoc des prédicateurs cisterciens. Mais il semble que cette injonction ait dépassé les moyens des légats. Ils s'efforcèrent bien d'obtenir comme prédicateurs des frères de leur ordre; eux-mêmes, à diverses reprises, prêchèrent au peuple. Mais leur comportement de légats pontificaux, à cheval, suivis d'un train de serviteurs, les exposait aux critiques et aux railleries des masses populaires qui le comparaient au mode de vie des prédicateurs cathares et vaudois.

Innocent voyait bien le problème. Il leur écrivit: " Nous voulons et nous vous exhortons à procéder de telle sorte que la simplicité de votre attitude, manifeste aux yeux de chacun, ferme la bouche aux ignorants comme aux gens dépourvus de bon sens, et que rien dans votre action ni dans vos paroles n'apparaisse, que même un hérétique soit capable de cri tiquer. " Mais devant les seigneurs féodaux et les évêques, il fallait bien que des légats soient vus comme des ambassadeurs du pape ! Leur enjoindre de troquer ce rôle contre celui d'un simple prêtre annonçant la Parole de Dieu, c'était, probablement, trop leur demander.

Telle était la situation religieuse dans le midi de la France lorsque eut lieu à Montpellier la rencontre entre, d'une part, l'évêque d'Osma et Dominique, et, d'autre part, les légats qui tenaient conseil avec d'autres cisterciens. C'était en juin 1206 et, selon la tradition dominicaine, cette date représente la naissance précise de l'ordre des prêcheurs. Cette vue est assez exacte, bien qu'elle ne soit révélée telle que rétrospectivement. Le conciliabule entre les légats, l'évêque Diego et Dominique envisagea certainement de façon très complète les moyens de ramener le peuple à la foi de l'Église, et Diego en vint à cette déclaration essentielle: " Il me semble impossible de ramener à la foi par des paroles seules des hommes qui s'appuient avant tout sur des exemples. " C'était dire: la prédication ne sera efficace que si les prédicateurs vivent ce qu'ils proclament. Certes la doctrine des cathares, mélange de cosmogonies hétérogènes et de spéculation gnostique, pouvait être disqualifiée, mais, subjectivement, la façon dont vivaient les parfaits inspirait confiance. Il en était de même du comportement des vaudois.

Jourdain de Saxe fait bien ressortir ce lien entre la prédication et la vie personnelle. Renonçant à placer dans la bouche de Diego un beau dis cours sur la pauvreté des apôtres, il le montre faisant tout aussitôt un premier pas, après avoir répondu aux légats qui l'interrogeaient: " Faites ce que vous me verrez faire ! " Et " envahi par l'esprit du Seigneur, il appelle les siens, les renvoie à Osma avec son équipage, son bagage et divers objets d'apparat qu'il avait emportés avec lui […] ". Il ne garda que quelques clercs, dont évidemment Dominique. Les légats et les abbés cisterciens qui étaient présents suivirent son exemple. Sous sa conduite, le petit groupe se dirigea, à pied, vers les régions où les hérétiques étaient nombreux.

Estimant qu'un geste aussi spontané était surprenant, certains historiens supposent que Diego avait reçu, au moins indirectement et globalement, l'accord préalable du pape pour cette recherche de moyens d'action nouveaux. Il se peut aussi que le pape lui ait ensuite donné par écrit son approbation et ses encouragements. On peut supposer qu'au début tous les participants à cette mission de prédication pensaient que ce serait une entreprise unique et de courte durée. Les trois légats ne pouvaient guère cheminer à pied durant des mois à travers les villages, et Diego devait retourner dans son diocèse. L'abbé de Cîteaux, Arnaud - le troisième légat - repartit d'ailleurs pour présider le chapitre de son ordre et trouver à cette occasion quelques prédicateurs cisterciens.

Nous ne savons pas bien quelle idée se faisait le groupe de son activité de prédication, ni quels résultats concrets il en attendait. Le savait-il lui-même ? L'entreprise était inhabituelle, on ne pouvait s'appuyer sur des précédents. Les premières expériences des légats avaient été négatives. L'accueil fut très différent selon les endroits. En pleine terre cathare, il ne fut pas précisément amical. Des rencontres contradictoires avec les cathares influents attirèrent une grande affluence. Dans la petite ville de Servian, près de Béziers, la discussion dura plus d'une semaine. A Béziers même, plus de quinze jours. Quel fut l'effet de ces disputes et de ces prêches, les sources n'en disent rien de précis. Il n'y eut pas de conversions en masse: on ne pouvait guère en attendre. Mais on put penser qu'il y avait quelque chose de gagné, quand on vit les habitants de Servian, dont l'accueil avait été réservé ou franchement hostile, accompagner au départ les prédicateurs sur la route de Béziers, sans rien d'inamical.

En si peu de temps, toutefois, il était impossible de jeter un pont sur l'abîme qu'avait creusé une lutte de dix ans, menée des deux côtés avec amertume, haine et emploi de la force.

Dans les relations qui nous sont parvenues de cette mission de prédication sont souvent cités les noms de Diego et du légat Raoul, moine de l'abbaye cistercienne de Fontfroide près de Narbonne. Mais Dominique est à peine entrevu. Cela ne peut surprendre: il était le plus jeune, faisait partie du groupe comme accompagnateur de son évêque et restait dans l'ombre de celui-ci. On trouve cependant un écrit de lui mentionné dans la relation du " miracle de Fanjeaux ". Dans cette ville se tenait un tribunal d'arbitrage: des mémoires avaient été rédigés par des cathares, d'autres par les défenseurs de la foi de l'Église, et parmi ces derniers celui de Dominique avait été jugé le meilleur. Comme les arbitres ne se mettaient pas d'accord pour décider de la valeur de ces mémoires, on en vint à l'épreuve du feu, alors considérée comme jugement de Dieu pour affirmer soit l'innocence d'un accusé, soit le bien-fondé d'un droit revendiqué. Selon Jourdain de Saxe, le mémoire des hérétiques se consuma dès qu'il fut jeté dans les flammes. Celui de Dominique " non seulement demeure intact, mais saute au-dessus des flammes, en présence de tous ". Cet épisode - que d'autres récits placent à Montréal - fut l'un de ceux qui inspirèrent le plus les artistes, et dans les scènes de la vie de saint Dominique on voit souvent le livre jaillissant du brasier (voir planche 17).

Au printemps de 1207, un important colloque fut organisé à l'initiative des cathares dans la ville forte de Montréal. Ils n'en avaient jamais proposé jusqu'alors, soit par crainte d'être persécutés, soit parce qu'ils préféraient rester entre eux. S'ils se décidèrent à provoquer une rencontre, ce fut sans doute à cause du bruit qu'avait fait la prédication de Diego et des légats. Ces derniers accordèrent aux théologiens cathares un sauf conduit - ce qui n'était pas d'usage auparavant - et acceptèrent Montréal comme lieu de la rencontre, bien que ce fût le centre d'un fief cathare important. Quatre " arbitres " furent désignés. Ce n'était nullement des théologiens, mais deux chevaliers et deux bourgeois. Ils n'étaient donc guère qualifiés pour départager les avis dans une controverse théologique, mais ils jouaient, en fait, plutôt le rôle de présidents de séance: il s'agissait moins de leur jugement que de l'exposition, devant un public nombreux, des thèses en présence. Tout comme de nos jours les candidats paraissent à la télévision lors d'une campagne présidentielle ou électorale, les disputes théologiques d'alors trouvaient des auditeurs intéressés par la théologie comme nous le sommes par la politique, la sécurité ou l'économie. La discussion dura quinze jours, avec quelques interruptions. En fin de compte le jury refusa de rendre une sentence: ce que les uns considérèrent comme une défaite, les autres comme une victoire.

Plus importante que de telles disputes, plus riche de promesses pour l'avenir, fut la fondation dans le village de Prouille, près de Fanjeaux, d'une maison destinée à recevoir des femmes et des jeunes filles. Cette fondation devait devenir le couvent de dominicaines qui existe encore aujourd'hui. C'était là, comme toute l'activité de prédication, une réponse à l'action des cathares. Ceux-ci, nous l'avons vu, envoyaient leurs filles dans des écoles dirigées par des parfaites. En créant une communauté féminine catholique, on incitait les familles récemment converties à y envoyer leurs filles. L'évêque de Toulouse, Foulques, qui venait d'entrer en charge (son prédécesseur avait été déposé) donna son autorisation. Et ce fut surtout Dominique qui se préoccupa d'assurer aux moniales un logis et les ressources nécessaires à leur subsistance.

Vinrent à la même époque s'adjoindre au groupe de prédicateurs douze abbés cisterciens, entraînés par Arnaud, l'abbé de Cîteaux. Le groupe comptait à présent une quarantaine de religieux. Il put se démultiplier en petits groupes et intensifier ainsi la prédication. Le pape s'intéressait de près à cette oeuvre de conversion: on lui envoyait des rapports détaillés auxquels il répondait en parlant de la " Prédication en Narbonnaise ". Sur le sceau des missionnaires était inscrit: " Prédication de Jésus-Christ. "Mais dès la fin de 1207, Arnaud et les autres abbés cisterciens se retirèrent; ils avaient à se préoccuper des abbayes dont ils étaient les chefs responsables et n'avaient sans doute envisagé leur mission de prédication que comme une action limitée dans le temps. Peut-être aussi avaient-ils été déçus de leur peu de succès. Deux rapports expriment cette déception. Le premier note sobrement que les prédicateurs " convertissent un petit nombre. Aux fidèles chrétiens, qui sont peu nombreux, ils donnent un enseignement doctrinal et les affermissent dans la foi ". Dans un autre rapport qui évoque la multitude des adeptes de l'hérésie, le ton est plus amer: " Par Dieu ! je dois dire que ces gens se soucient des prédicateurs autant que d'une pomme pourrie. "

De plus, en juillet, le légat Raoul était mort. Seuls restaient Diego et Dominique, avec leur petit groupe. Dès lors, Diego fit ce à quoi l'on pouvait s'attendre: il repartit pour son diocèse, espérant trouver là-bas de nouveaux prédicateurs. Il n'y réussit pas, car en décembre il mourut à Osma. La Prédication de Jésus-Christ perdait en lui son inspirateur et son chef, et Dominique perdait son conseiller et son ami paternel. Quelle eût été la vie de Dominique sans sa rencontre avec Diego et l'action commune qu'il mena avec lui, il est vain de se le demander. Mais une chose est sûre: si Dominique put fonder l'ordre des prêcheurs, il le doit à l'évêque d'Osma et trouva dans la mission dont celui-ci fut l'instigateur le modèle de son ordre.



4. De la prédication à la fondation de l'Ordre des Prêcheurs

La mort de l'évêque d'Osma représenta une coupure, non seulement dans la mission en Narbonnaise, mais dans la vie de Dominique. Personne sans doute, n'eût reproché à celui-ci de regagner à son tour son église d'Osma. La Prédication de Jésus-Christ était si affaiblie par le départ des cisterciens qu'il était douteux qu'on pût la poursuivre; sur ces entrefaites le légat Pierre de Castelnau fut assassiné par un familier du comte Raimond de Toulouse, et ce crime présageait une guerre, la longue " guerre des albigeois " au cours de laquelle la prédication, oeuvre de paix, aurait encore moins de chances de réussir. Il resta toutefois à Prouille et, malgré les hostilités, maintint fermement la Prédication de Jésus-Christ. Il résidait à Fanjeaux, à quelque vingt minutes à pied du couvent de Prouille, dont il était prieur. Sa mission de prédication le conduisit en tous sens à travers les diocèses de Toulouse et de Carcassonne, et parfois dans des régions purement albigeoises. Certes, il ne pouvait s'absenter trop longtemps de Prouille, car le couvent se trouvait assez souvent dans la zone des combats. Par les relations contemporaines et par le procès de béatification, nous connaissons les noms d'hérétiques qu'il ramena à la foi de l'Église. Sa tâche était déjà difficile auparavant, elle dut l'être d'autant plus du fait de la guerre.

Son plus grand souci était assurément la prédication et la recherche de nouveaux compagnons pour la mission. Il était bien intégré alors dans l'Église du midi de la France et nous savons qu'il parlait bien la langue d'oc. Il était donc normal qu'outre la Prédication de Jésus-Christ, d'autres charges lui fussent confiées. En 1213, l'évêque de Carcassonne fit de lui son vicaire pour le remplacer dans les questions spirituelles (mais sans pouvoirs judiciaires ni administratifs). Au cours de la même année on lui proposa deux fois un évêché; il refusa chaque fois, estimant que sa tâche de prédicateur était plus pressante. Dès le début de la mission, il ne se fit plus appeler sous-prieur, mais seulement " frère Dominique ". Il continua à habiter avec quatre ou cinq collaborateurs dans une maison située derrière l'église de Fanjeaux, et bien que la petite communauté ait reçu de Simon de Montfort de quoi subvenir à ses besoins, elle vivait volontairement dans la pauvreté: ils distribuaient des secours aux habitants dont beaucoup, du fait de la guerre et des impôts, avaient à peine le minimum vital. Dans leurs tournées de prédication ils ne prenaient pas d'argent avec eux, mais se contentaient de ce qu'on leur donnait sur la route ou dans le lieu de la prédication.

Nous savons, par le procès de béatification et par d'autres sources, que dès Palencia et Osma Dominique était ardent à la prière, passant souvent des nuits entières à veiller et à prier. Lorsqu'il s'adonna à la prédication, sa prière se fit surtout apostolique: il demandait à Dieu la conversion des cathares et des vaudois. Il progressa en même temps dans la prière apostolique et dans la prédication, qui formaient pour lui une unité. A coup sûr, il avait toutes dispositions humaines pour être un bon prédicateur une solide formation théologique et surtout une connaissance approfondie des Écritures, une élocution claire, une parole qui savait émouvoir, encourager. Ce n'était pas un prédicateur qui " remuait les masses ", comme l'avait été Bernard de Clairvaux prêchant la croisade vers la Terre sainte, ou comme le serait plus tard Bernardin de Sienne dans ses sermons appelant à la pénitence. Quand ses compagnons et lui arrivaient dans un village ou une ville, souvent peu de gens s'arrêtaient, sur une place ou devant l'église, pour écouter la première prédication. A la deuxième ou à la troisième prédication, il y avait un plus grand nombre d'auditeurs. Comme le thème choisi était destiné à contredire l'enseignement des cathares et des vaudois, les partisans de ceux-ci interrompaient les prêcheurs, discutaient avec eux. L'ambiance était sans doute davantage celle du " coin des orateurs " à Hyde Park que celle d'un sermon solennel prononcé en chaire par un Bossuet.

Des biographes postérieurs ont peut-être eu raison de parler de " milliers d'hérétiques " ramenés à l'Église par la parole de Dominique: mais ces " milliers " se répartissent sur plus de dix ans de prédication et en de nombreux endroits. La " conversion " dont il s'agissait alors était tout autre chose qu'un élan du coeur ou qu'une décision de la volonté amenant à changer de vie. La " réconciliation " qui permettait de faire à nouveau partie de l'Église était un fait juridique, noté par écrit et lié à des oeuvres de pénitence. Au sermon qui donnait l'impulsion première succédaient des entretiens particuliers qui amenaient à recevoir le sacrement de pénitence. Lorsque ses anciens biographes nous disent que dans sa prière il " combattait pour le salut des âmes ", n'y voyons pas une figure de rhétorique : l'expression révèle le sérieux, le don de soi qui animaient Dominique et ses compagnons lorsqu'ils s'efforçaient de reconquérir les hérétiques.

On s'est demandé pourquoi Dominique avait tenu à obtenir pour sa communauté de prédicateurs le statut d'un ordre reconnu par le pape. La plupart des historiens sont d'accord pour penser que, dès son installation à Toulouse, il songeait à la fondation d'un ordre de prêcheurs élargi aux dimensions de l'Église. Mais il y avait aussi des motivations plus pratiques et immédiates. Son évêque, Foulques, était certes un protecteur aux vues larges, mais dès qu'il aurait un successeur, celui-ci, se référant à la tradition, pouvait abolir les innovations du prédécesseur et retirer ainsi à la communauté de Toulouse les bases mêmes de son existence.

La convocation à Rome, pour 1215, du IVe concile de Latran offrit l'occasion d'obtenir l'approbation du pape. Lorsque Innocent III convoqua ce concile, il était politiquement au faîte de sa puissance. Ses interventions auprès des souverains en Allemagne, en Angleterre et (dans une moindre mesure) en France avaient consolidé la position de la papauté et obtenu satisfaction pour les prétentions de l'Église. En convoquant un concile oecuménique, il voulait travailler à la réforme intérieure de l'Église et préparer une nouvelle croisade. Sans vouloir mentionner tout ce qui fut débattu et décidé dans ce concile, nous retiendrons celles de ses conclusions qui concernent l'action de Dominique et qui ont influencé la fondation de l'ordre des prêcheurs.

Dominique revint à Toulouse, et la communauté se décida pour la règle de saint Augustin. Un tel choix était prévisible: Dominique lui-même était " chanoine régulier ", pratiquant cette règle depuis son entrée au chapitre d'Osma, cette règle était l'une des plus répandues à l'époque, et enfin (beaucoup moins précise dans ce qu'elle ordonnait que la règle bénédictine) elle se bornait à poser les principes de la vie religieuse communautaire: pauvreté personnelle, charité fraternelle, obéissance à l'égard des supérieurs ; la façon de mettre en oeuvre concrètement ces principes était laissée à la discrétion de chaque ordre.

Après cette décision, les frères s'attachèrent à rédiger les statuts qui compléteraient la règle et leur donnèrent le titre général de consuetudines : l'expression était empruntée au droit coutumier de l'époque et désignait donc des " coutumes " ayant une sorte de valeur juridique. Ces premières " coutumes " furent simplement des prescriptions concernant la vie quotidienne (heures fixées pour les offices, le repas, le sommeil) et ascétique (silence, recueillement, jeûne, exercices de pénitence...). Elles étaient inspirées plus ou moins des observances rigoureuses des prémontrés fondés par saint Norbert en 1120 - eux-mêmes chanoines réguliers de Saint-Augustin.

Ce règlement minutieux de la vie quotidienne peut apparaître aujourd'hui comme une limite à la liberté individuelle, mais l'homme du Moyen Age ne ressentait pas les choses ainsi. La vie des clercs était normalement réglée par des prescriptions ecclésiastiques, et celle des laïcs l'était aussi par des ordonnances concernant le vêtement, par les corporations pour les gens de métier, par les " coutumes " qu'observaient les ruraux aussi exactement que si elles avaient force de loi. Dans un tel ordre on se sentait à l'abri, protégé. La notion d'ordre n'était pas en contradiction avec l'idée de liberté, mais avec l'idée de chaos, avec les forces de la nature qui semblaient désordonnées, démoniaques: on les redoutait, on s'en protégeait en établissant des règlements. Il faut comprendre ainsi le mot souvent cité de saint Augustin: " Garde la règle pour que la règle te garde! "

A la fin de 1216, Dominique se rendit de nouveau à Rome, accompagné de quelques frères, pour recevoir la confirmation de son ordre, que le pape lui avait promise. Mais en juillet, Innocent III était mort. Son successeur Honorius n'éleva toutefois aucune objection et, le 22 décembre 1216, il fit rédiger la bulle de confirmation qui faisait de la communauté de Toulouse un ordre autonome. Le nom de cet ordre allait presque de soi. Les frères étaient connus comme frères de la Prédication de Toulouse. La mission de prédication en Languedoc était devenue " ordre des prêcheurs ".



5. L'envoi des frères par saint Dominique

La Pentecôte 1217 fut une date déterminante pour la vie de saint Dominique et pour l'histoire de l'Ordre. Jourdain de Saxe raconte ainsi l'événement: " Il invoqua le Saint-Esprit, convoqua tous les frères et leur dit qu'il avait pris dans son coeur la décision de les envoyer tous à travers le monde, en dépit de leur petit nombre [...]. Chacun s'étonna de l'entendre prononcer catégoriquement une décision si rapidement prise. Mais l'autorité manifeste que lui donnait la sainteté les animait si bien qu'ils acquiescèrent avec assez de facilité. "

Il ne semble pourtant pas qu'ils se soient mis d'accord si aisément... Les objections les plus justifiées furent assurément celles qui vinrent de la communauté elle-même. C'était, et c'est toujours, contraire à toute expérience humaine que de disperser et semer à tout vent les membres d'une petite communauté récemment fondée. A quoi bon avoir prescrit des observances bien pesées, à quoi bon avoir rédigé des instructions pour le maître des novices, si ceux qui les avaient décidées n'avaient pas la possibilité de les mettre à l'épreuve, au moins pendant quelque temps ? Si l'on se bornait à considérer l'expérience, le plan de Dominique devait paraître inconsidéré, dangereux. Effectivement, quelques-unes des intentions fondamentales de Dominique échouèrent tout d'abord. Cela ne doit pas surprendre. Dans ce petit groupe, il n'y avait guère de personnalités dominantes. Le père Vicaire, dont le travail sur Dominique et l'origine de l'ordre est exhaustif, note, à ce propos, que les premiers frères étaient " simples en général et faiblement instruits pour la plupart. Il en est qui ont peur des sacrifices, d'autres qui perdent pied dans les difficultés matérielles ". Pour eux un temps de probation assez prolongé sous la direction de Dominique eût été précieux. Mais le fondateur ne fut pas ébranlé, et il répondit aux objections des frères: " Ne vous opposez pas à moi, je sais ce que je fais. "

C'était là un argument d'autorité. N'essayons pas de justifier cette attitude en remarquant que " l'histoire lui a donné raison ". On peut toujours commenter a posteriori les décisions historiques, bonnes ou mauvaises. Dans ce cas la décision prise ne peut s'expliquer que par ce qu'on appelle, en langage chrétien, " charisme " et " inspiration " ; nous pénétrons là dans les secrets d'une relation intime entre Dieu qui donne ce charisme, cette inspiration et celui qui les reçoit. Quand on est à l'extérieur on ne peut que pressentir - à la seule condition d'être ouvert à cette dimension de la foi - leur présence chez celui qui les a reçus. Les frères y étaient certainement ouverts, et c'est ainsi qu'il faut comprendre la conclusion de Jourdain de Saxe: les frères étaient " pleins d'espoir quant à l'heureuse issue de cette décision ".

A l'Assomption, le petite groupe se réunit une dernière fois pour célébrer la messe ensemble. Puis ils se séparèrent. Un certain nombre, parmi eux, ne se revirent plus. Deux groupes se dirigèrent séparément vers Paris pour s'y établir. Un autre groupe fit route vers Madrid. Un autre encore se dirigea vers l'Espagne, mais il abandonna bientôt. Dans le couvent de Toulouse restaient seulement quelques frères originaires de la ville ou de ses environs immédiats.

Alors commença pour Dominique une période de voyages qu'il fit à pied, en tant que prédicateur apostolique. Comme aux établissements d'Espagne et de France s'ajoutèrent bientôt des fondations en Italie, il était constamment sur les routes de ces pays. D'après les dépositions de ses frères, dans aucun de ces couvents il n'avait de cellule personnelle: il couchait dans la cellule d'un frère absent ou simplement sur une litière de paille dans un coin d'une pièce vide; et d'ailleurs il passait une partie de ses nuits en prière dans la chapelle ou l'église du couvent. Comme il allait à pied, il ne prenait que le strict nécessaire. Certes, il recevait dans les couvents ce qu'il lui fallait. Mais à longueur d'année ce renoncement au minimum de biens personnels dont chacun, à vrai dire, a besoin pour pouvoir à l'occasion s'en servir faisait partie de sa conception personnelle de la pauvreté apostolique, qu'il n'imposa sans doute jamais à ses frères à ce point.

Dans les quelques années qui lui restaient encore à vivre, il se consacra surtout aux couvents nouvellement fondés. Non seulement il visitait les établissements déjà existants, mais il préparait aussi le terrain pour de nouvelles fondations. Ainsi il est probable que la fondation du couvent de Bologne fut due à son initiative lorsque, au cours de l'hiver 1217, il alla de Toulouse à Rome, où il devait demander, et recevoir, de nouvelles lettres de recommandation du pape pour l'ordre des prêcheurs. Ces bulles étaient très importantes: d'abord, en dehors de la région de Toulouse et de Narbonne, le nouvel ordre était encore tout à fait inconnu; ensuite, cette forme de vie conventuelle et surtout cette activité de prédication, de la part de clercs qui n'étaient pas des prélats (auxquels auparavant le soin de prêcher était réservé), devaient, évidemment, rencontrer les réticences et la méfiance des évêques et du clergé local.

Durant l'été 1218, il en fut de même lors de son voyage en Espagne. Treize ans auparavant, à la suite de l'évêque d'Osma, il avait, en se dirigeant vers la France et le Danemark, traversé à cheval les Pyrénées: c'est ce que peut nous évoquer, sur le sarcophage du saint évêque Pedro dans la salle du chapitre d'Osma, la chevauchée d'un chanoine accompagné d'un serviteur (voir planche 14). Cette fois, avec un de ses frères, Dominique franchit à pied les montagnes, prêchant dans les villes et les villages et vivant des aumônes qu'on leur accordait.

A Madrid, il rendit visite aux deux frères qu'il y avait envoyés l'année précédente et fonda le premier couvent espagnol de moniales dominicaines. Ces religieuses reçurent une lettre de lui qui a été conservée: c'est le seul document que nous connaissions écrit de sa main. Rédigée en style très sobre, elle donne des avertissements d'ordre pratique et d'ordre spirituel, entre autres celui-ci qui pourrait provenir des instructions aux maîtres des novices que nous avons citées: " Ne bavardez pas entre vous et ne perdez pas votre temps à des rencontres. " Pas un mot de trop, pas une de ces fleurs de rhétorique pieuse dont les lettres d'édification sont si riches au Moyen Age.

A Ségovie on donna à Dominique une maison. Quelques frères s'y installèrent et en firent un couvent. (C'est ainsi que naquirent bien d'autres couvents en Espagne, en France, en Italie et en Allemagne.) Vers le mois de mai 1219, Dominique faisait route vers Toulouse pour visiter le couvent Saint-Romain. Là, le frère Bertrand l'attendait avec des nouvelles de Paris. Et tous deux repartirent pour cette ville.

Quelques semaines ne s'étaient pas écoulées que Dominique repartait pour Bologne. Là, sous la direction du frère Réginald d'Orléans, en peu de temps, d'un misérable hospice on avait fait un couvent, près de l'église S. Niccolô. Comme à Paris ce furent surtout de jeunes étudiants de l'université qui entrèrent dans l'ordre, mais des professeurs aussi demandèrent à s'y agréger et, à leur tour, lui amenèrent de nouvelles recrues. Évidemment, dans une communauté qui avait grandi aussi vite et dont les racines étaient aussi diverses, il y eut des crises. Plusieurs des jeunes gens qui étaient entrés avec enthousiasme capitulèrent devant les exigences sévères de la pauvreté apostolique. Et Réginald dut avoir plus d'une fois recours à toute son éloquence et à toute son autorité pour éviter des divisions à l'intérieur de la communauté.

Dominique décida de s'établir définitivement à Bologne. Selon Jourdain de Saxe, ce fut pour veiller sur les jeunes frères qui s'y trouvaient déjà nombreux, pour " façonner l'enfance encore tendre de la nouvelle pépinière ". D'autres motifs ont pu jouer, et notamment l'état de sa santé. Mous savons que depuis des années il souffrait de l'estomac et de l'intestin. Il n'en disait rien, continuait sa vie ascétique et consacrait de longues heures à la prière nocturne dans l'église. Mais l'épuisement dû à de longues marches, les voyages avec tout ce qu'ils entraînaient d'imprévu et d'incommodités altéraient sa santé à la longue. Comme la situation du couvent de Paris restait aussi difficile, il y envoya le frère Réginald. Il pensait que celui-ci, français, était le plus désigné pour triompher des résistances, d'autant plus qu'avant d'entrer dans l'ordre il avait été professeur à l'université de Paris et doyen à Orléans. Mais peu de temps après son arrivée à Paris, Réginald mourut.

Réginald était non seulement un éminent théologien, mais un remarquable prédicateur qui, à Bologne, enthousiasmait ses auditeurs. Jourdain en parle comme d'un " nouvel Élie " et dit qu'il " mettait tout Bologne en effervescence ". Des étudiants qu'il avait conquis pour l'ordre dans cette ville, il était aimé et honoré, et quand Dominique, à regret, l'envoya à Paris, chacun des jeunes frères " pleura de se voir si tôt arraché au sein aimant d'une mère à laquelle ils étaient accoutumés ". L'expression peut sembler un peu trop imagée, mais elle caractérise bien cette aptitude à aimer qui était chez lui un charisme particulier. Jourdain raconte aussi à son sujet qu'un certain frère, qui l'avait connu dans le monde " vaniteux et difficile dans sa délicatesse, l'interrogea avec étonnement : "N'éprouvez-vous pas quelque répugnance, Maître, à cet habit que vous avez pris ?" Mais lui, en baissant la tête: "Je crois n'avoir aucun mérite à vivre dans cet ordre, car j'y ai toujours trouvé trop de joie." " Sur le tombeau de Dominique à Bologne, Nicola Pisano a immortalisé cette amitié en montrant Réginald faisant profession entre les mains du fondateur.

Réginald ne fut pas le seul à quitter Bologne: Dominique partit bientôt, lui aussi, pour se rendre à Viterbe où, à la suite d'une émeute à Rome, la cour pontificale s'était installée. Il voulait obtenir du pape de nouvelles lettres de recommandation pour l'ordre, en particulier pour le couvent de Paris. Honorius acquiesça à toutes ses demandes, fit envoyer aux évêques de nouvelles bulles de recommandation et obtint finalement pour les frères de Paris le droit de prêcher dans leur chapelle. Dominique demeura à Viterbe et à Rome plus longtemps que prévu, et ses contacts avec le pape, au cours de l'hiver 1219-1220, furent de plus en plus étroits et confiants. Honorius III n'avait sans doute pas les capacités politiques de son prédécesseur Innocent III et il ne conçut pas d'autre réforme de l'Église que celle qu'Innocent avait exposée au concile de Latran, mais il appuya cette réforme avec prudence et contribua à son exécution. Non seulement il se montra ouvert aux idées de Dominique, mais il les soutint partout où il le put. Il lui confia une nouvelle tâche qui entrait dans ce plan de réforme et correspondait, d'ailleurs, aux intentions du fondateur des prêcheurs; celle de réformer, à Rome, certains monastères de femmes.

Il s'agissait de couvents tombés en décadence temporellement et spirituellement. Dominique forma le projet de rassembler les moniales de plusieurs couvents dans le monastère de Saint-Sixte, que peu de mois auparavant le pape Honorius III lui avait cédé et qui à force de travail était devenu habitable pour quelques frères. Ce projet rencontra, comme on pouvait 's'y attendre, une forte résistance de la part des religieuses - pour la plupart issues de la noblesse romaine -, car il s'agissait d'abandonner des lieux honorés de longue date. En outre, Saint-Sixte était situé dans un quartier marécageux, et donc malsain. Enfin, on n'appréciait pas du tout le projet de Dominique: faire venir des religieuses de Prouille pour veiller à ce que la réforme soit observée. A force d'entretiens et d'exhortations, Dominique réussit enfin à persuader les moniales de la nécessité de ce changement, malgré leur répugnance à accepter la clôture stricte qu'il impliquait et à laquelle elles n'étaient pas habituées. Il y eut, certes, des réactions violentes de la part de leurs familles qui essayèrent de les retenir par la force. Mais en fin de compte, en avril 1220, Dominique put recevoir dans la clôture le dernier groupe de moniales.

A cette installation se rattache une légende. Dans le monastère Sainte-Marie-in-Tempulo se trouvait une image vénérée de la Madone, qu'on prétendait avoir été peinte par saint Luc. On affirmait que cette image ne se laisserait jamais emporter ailleurs. Les soeurs posèrent donc comme condition qu'elles pourraient revenir dans leur ancien couvent au cas où l'image miraculeuse " résisterait " à son transfert à Saint-Sixte. Dominique en fut d'accord. Comme on craignait un soulèvement de la population romaine, l'image fut transportée de nuit en procession solennelle. Elle ne manifesta nullement l'intention de retourner à l'emplacement primitif : les soeurs restèrent donc à Saint-Sixte, et l'image se trouve toujours dans le couvent qui a succédé à celui des soeurs de Saint-Sixte, au même endroit, sur le Monte Mario.

Pour les frères qui jusqu'alors étaient installés à Saint-Sixte, il fallait obtenir une nouvelle résidence: elle se trouva à Sainte-Sabine, sur l'Aventin. Près de la célèbre basilique du Ve siècle, les frères purent installer un modeste couvent. Aujourd'hui, ce couvent de Sainte-Sabine est le siège du maître de l'ordre des prêcheurs, et il n'est pour ainsi dire personne, parmi les nombreux dominicains qui se rendent à Rome au cours de leur vie religieuse, qui néglige d'aller prier dans la cellule étroite et basse que Dominique, quand il séjournait dans la ville, utilisait pour y passer la nuit.

6. La mort à Bologne

Le pape Honorius confia à Dominique encore une autre tâche: organiser et diriger une mission de prédication en Lombardie. Des lettres pontificales furent envoyées à des religieux de divers couvents italiens, leur enjoignant de se mettre à la disposition de Dominique, nommé chef de la mission. Il s'agissait, tout comme dans les missions en Languedoc, de regagner des cathares et des vaudois. Ainsi, au cours des années 1220 et 1221, Dominique chemina presque sans arrêt sur les routes du nord de l'Italie pour y prêcher. Du succès de cette mission nous ne savons à peu près rien. Elle fut à coup sûr aussi difficile qu'en France et on ne pouvait s'attendre à des conversions en masse. Au fond, tout autre que Dominique aurait pu conduire cette mission. Mais il était considéré par la curie comme un expert pour tout ce qui touchait à la prédication. Cette nouvelle existence itinérante altéra gravement sa santé. Les accès de faiblesse devenaient plus fréquents. Parfois il ne pouvait avaler que des légumes et du bouillon d'herbes.

Lorsque, en mai 1221, il revint à Bologne où devait se tenir le deuxième chapitre général de l'ordre, c'était un homme à bout de forces, qui n'avait plus que quelques mois à vivre. Pourtant, comme toujours, il le laissa à peine voir et ne se ménagea pas. Comme ses frères le relatèrent plus tard, il ne se relâcha d'aucune des sévérités de la règle, alors qu'il accordait généreusement des adoucissements aux frères malades ou épuisés, car ces observances étaient ordonnées au but de l'ordre, c'est-à-dire à la prédication, et n'étaient pas un but en soi. En 1220, la conclusion du premier chapitre de Bologne l'avait précisé: "Que le supérieur ait en son couvent pouvoir de dispenser les frères chaque fois qu'il l'estimera convenable, principalement en ce qui paraîtrait faire obstacle à l'étude, à la prédication ou au profit des âmes." Dominique, certes, blâmait sans indulgence les manquements de certains frères et prescrivait les pénitences prévues mais il n'agissait jamais sous le coup de la colère et préférait reprendre en particulier le frère fautif.

Dans une seule occasion on le vit vraiment irrité. Revenant à Bologne après une tournée de prédication, il s'aperçut qu'en reconstruisant le couvent on avait agrandi les cellules. Il appela aussitôt le frère responsable et lui ordonna de faire démolir le nouveau bâtiment. Il ne s'agissait plus d'une faute individuelle mais du danger pour la communauté de s'écarter du fondement de la pauvreté apostolique.

Cette obligation de pauvreté pour la communauté avait déjà abouti, au premier chapitre général, à l'interdiction d'accepter soit des biens fonciers, soit des revenus de n'importe quelle nature. Cela n'impliquait pourtant pas qu'on dût refuser le don d'une maison, en toute propriété, pour y fonder un couvent, car Dominique reçut de telles donations à maintes reprises. Cette interdiction portait sur des rentes, des revenus fixes dont un couvent aurait pu vivre. La communauté devait subsister à l'aide d'aumônes, comme chaque frère en particulier. Il était donc interdit d'élever des constructions qui seraient source de dépenses et dont l'entretien, trop lourd pour la communauté, donnerait aussi motif à la population de se scandaliser.

A ce deuxième chapitre général, on peut dire que Dominique, déjà gravement malade, procéda à la " mise en ordre de ses affaires ". Il le fit d'abord en déléguant les pleins pouvoirs que jusqu'alors il exerçait seul comme prieur et maître de l'ordre. A ce chapitre, on décida que plusieurs couvents d'une région seraient groupés en une province ayant à sa tête un prieur provincial: celui-ci " jouit dans sa province des mêmes pouvoirs que le maître de l'ordre et ceux de la province lui rendent les mêmes honneurs qu'ils font au maître de l'Ordre ".

Après la clôture du chapitre de Bologne, Dominique reprit ses activités accoutumées: il travailla avec ardeur à la fondation d'un couvent de religieuses à Bologne même, il alla prêcher en Lombardie. Fin juillet, il revint à Bologne, épuisé, secoué à la fois par des accès de fièvre et de violentes douleurs intestinales. Il put encore une fois rassembler ses forces pour prendre part aux pourparlers concernant le couvent des religieuses. Mais au début d'août il fut vaincu par la maladie. Couché sur un matelas dans un coin du dortoir, il attendait la fin en priant et en méditant. Lorsque la fièvre se calmait, il priait avec le frère qui le gardait ou s'entretenait avec les novices qui venaient le voir. Les frères, qui n'avaient pas encore perdu l'espoir d'une amélioration, le transportèrent au prieuré bénédictin de Monte Mario, hors de la ville et de sa chaleur étouffante. Mais ce geste d'affection fut inutile. Au matin du 6 août, les frères de Saint-Nicolas gravirent la colline et Dominique fit devant les prêtres de la communauté une confession générale; il reconnut n'avoir jamais eu dans sa vie de relation sexuelle, mais quand les frères se furent retirés et qu'il resta seul avec l'un d'entre eux, il lui dit : " J'ai mal fait de parler devant les frères de ma virginité, je n'aurais pas dû le dire. " Lui qui ne parlait jamais de lui, qui jamais ne s'offrait en modèle, ne se pardonnait pas d'être sorti de cette réserve à l'heure de la mort.

Pendant qu'on lui administrait l'extrême-onction, un incident se produisit, que nous avons peine à comprendre aujourd'hui (mais il faut le situer dans le contexte juridique de l'Église de ce temps): le clerc desservant la chapelle déclara que si Dominique mourait au prieuré, c'est là qu'il devrait être enterré ! Les frères ne l'acceptèrent pas. Le mourant fut ramené sur une civière au couvent Saint-Nicolas et couché, puisqu'il n'avait pas de cellule à lui, dans la cellule d'un frère. C'est là qu'il mourut, entouré de tous ses frères, au soir du 6 août 1221. Une tradition rapporte qu'il leur dit: " Ne pleurez pas ! Je vous serai plus utile et porterai pour vous plus de fruit après ma mort que je ne le fis dans ma vie. "

Une légende accompagne son entrée dans la vie, une autre s'est répandue à propos de sa mort. Jourdain de Saxe la relate ainsi: " Le même jour, à l'heure où il trépassa, frère Guala, prieur de Brescia, puis évêque de la même ville, se reposait auprès du campanile des frères de Brescia. Il s'était endormi d'un sommeil assez léger lorsqu'il aperçut une sorte d'ouverture dans le ciel par laquelle descendaient deux échelles radieuses.

Le Christ tenait le haut de la première échelle, sa Mère le haut de l'autre; et les anges les parcouraient toutes deux, les descendant et remontant. Un siège était placé en bas, entre les deux échelles, et quelqu'un, sur le siège. Ce paraissait un frère de l'ordre; son visage était voilé par la capuche comme nous avons coutume d'ensevelir nos morts. Le Christ et sa Mère tiraient peu à peu vers le haut les échelles, jusqu'à ce que celui qu'on avait installé tout en bas parvînt jusqu'au sommet. Quand on l'eut reçu dans le ciel, au chant des anges, dans la splendeur d'une lumière immense, l'étincelante ouverture du ciel se ferma et plus rien désormais ne se présenta. Le frère qui avait eu la vision, quoiqu'il fût assez malade et faible, reprit bientôt ses forces et partit sur-le-champ pour Bologne. Il y apprit que le même jour, à la même heure, le Serviteur du Christ Dominique y était mort. "

(Source : Hertz, Anselm. Nils Loose, Helmuth. Dominique et les dominicains. Cerf, 1987.)

SOURCE : http://www.dominicains.ca/famille/vie_dominique.html


Leçons des Matines avant 1960.


Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Dominique naquit à Calahorra en Espagne, de la noble famille des Gusman. Il s’appliqua à Palencia à l’étude de la littérature et de la théologie ; et les grands succès qu’il y obtint lui valurent un bénéfice de Chanoine régulier de l’église d’Osma. Plus tard, il fonda l’Ordre des Frères Prêcheurs. Sa mère avait eu un songe pendant sa grossesse : il lui semblait porter en elle un petit chien tenant dans sa gueule une torche allumée avec laquelle, une fois sorti de son sein, il embraserait tout l’univers. Ce songe présageait que la sainteté et la doctrine éclatantes de Dominique enflammeraient les populations d’une grande ardeur pour la pratique de la piété chrétienne. Ce qui arriva dans la suite vérifia le présage ; lui-même en a commencé la réalisation, et il l’a continuée par les membres de son Ordre.

Cinquième leçon. Ce en quoi son talent et sa vigueur se signalèrent le plus, ce fut à combattre les hérétiques, qui essayaient de pervertir les Toulousains par de pernicieuses erreurs. Il employa sept ans à cette œuvre ; après quoi il se rendit à Rome, au concile de Latran, avec l’Évêque de Toulouse, pour obtenir d’Innocent III la confirmation de l’Ordre qu’il avait institué. Pendant qu’on en délibérait, Dominique retourna vers ses disciples, sur le conseil des Pontifes, afin de choisir une règle. Quand il revint à Rome, Honorius III, successeur immédiat d’Innocent, lui accorda la confirmation de l’Ordre des Prêcheurs. Il établit à Rome deux couvents, l’un d’hommes, l’autre de femmes. Il rappela trois morts à la vie et fit beaucoup d’autres miracles qui contribuèrent singulièrement à propager son Ordre.

Sixième leçon. Grâce à lui, des couvents s’étaient élevés partout, et un très grand nombre de personnes réglaient leur vie selon la religion et la piété, lorsqu’il fut pris de la fièvre à Bologne, l’an du Christ mil deux cent vingt et un. Comprenant qu’il allait mourir, il appela ses frères et ceux qui se formaient sous sa direction ; il les exhorta à l’innocence et à l’intégrité des mœurs. Enfin il leur laissa en testament, comme patrimoine assuré, la chanté, l’humilité et la pauvreté. Au moment où tous les frères en prières dirent ces mots ; « Saints de Dieu, venez à son secours ; Anges, venez à sa rencontre » il s’endormit dans le Seigneur, le huitième jour des ides d’août. Dans la suite, le Pape Grégoire IX le mit au nombre des Saints.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Luc. Cap. 12, 35-40.

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Que vos reins soient ceints, et les lampes allumées dans vos mains. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 13 in Evang.

Septième leçon. Mes très chers frères, le sens de la lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre est très clair. Mais de crainte qu’elle ne paraisse, à cause de sa simplicité même, trop élevée à quelques-uns, nous la parcourrons brièvement, afin d’en exposer la signification à ceux qui l’ignorent, sans cependant être à charge à ceux qui la connaissent. Le Seigneur dit : « Que vos reins soient ceints ». Nous ceignons nos reins lorsque nous réprimons les penchants de la chair par la continence. Mais parce que c’est peu de chose de s’abstenir du mal, si l’on ne s’applique également, et par des efforts assidus, à faire du bien, notre Seigneur ajoute aussitôt : « Ayez en vos mains des lampes allumées ». Nous tenons en nos mains des lampes allumées, lorsque nous donnons à notre prochain, par nos bonnes œuvres, des exemples qui l’éclairent. Le Maître désigne assurément ces œuvres-là, quand il dit : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

Huitième leçon. Voilà donc les deux choses commandées : ceindre ses reins, et tenir des lampes ; ce qui signifie que la chasteté doit parer notre corps, et la lumière de la vérité briller dans nos œuvres. L’une de ces vertus n’est nullement capable de plaire à notre Rédempteur si l’autre ne l’accompagne. Celui qui fait des bonnes actions ne peut lui être agréable s’il n’a renoncé à se souiller par la luxure, ni celui qui garde une chasteté parfaite, s’il ne s’exerce à la pratique des bonnes œuvres. La chasteté n’est donc point une grande vertu sans les bonnes œuvres, et les bonnes œuvres ne sont rien sans la chasteté. Mais si quelqu’un observe les deux préceptes, il lui reste le devoir de tendre par l’espérance à la patrie céleste, et de prendre garde qu’en s’éloignant des vices, il ne le fasse pour l’honneur de ce monde.

Neuvième leçon. « Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que lorsqu’il viendra et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt ». Le Seigneur vient en effet quand il se prépare à nous juger ; et il frappe à la porte, lorsque, par les peines de la maladie, il nous annonce une mort prochaine. Nous lui ouvrons aussitôt, si nous l’accueillons avec amour. Il ne veut pas ouvrir à son juge lorsqu’il frappe, celui qui tremble de quitter son corps, et redoute de voir ce juge qu’il se souvient avoir méprisé ; mais celui qui se sent rassuré, et par son espérance et par ses œuvres, ouvre aussitôt au Seigneur lorsqu’il frappe à la porte, car il reçoit son Juge avec joie. Et quand le moment de la mort arrive, sa joie redouble à la pensée d’une glorieuse récompense.



Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Aux lieux où protégée par le Lion de Castille est assise l’heureuse Callaroga, naquit l’amant passionné de la foi chrétienne, le saint athlète, doux aux siens et dur aux ennemis. A peine créée, son âme fut remplie d’une vertu si vive que, dans sa mère encore, il prophétisa. Quand sur les fonts sacrés furent conclues entre lui et la foi les fiançailles, la répondante qui pour lui donna consentement vit en songe le fruit merveilleux qui devait sortir de lui et de sa race. Dominique il fut appelé, étant tout au Seigneur ; ô bien nommé aussi son père Félix, ô bien nommée Jeanne sa mère, si ces noms signifient ce qu’on dit [1] ! Plein de doctrine et aussi d’énergie, sous l’impulsion apostolique, il fut le torrent qui s’échappe d’une veine profonde ; plus impétueux là où plus forte était la résistance, il s’élançait déracinant les hérésies ; puis il se partagea en plusieurs ruisseaux qui arrosent le jardin catholique et ravivent ses plantes » [2].

Éloge vraiment digne des cieux, placé par Dante, au paradis, sur les lèvres du plus illustre fils du pauvre d’Assise. Dans le voyage du grand poète à travers l’empyrée, il convenait que Bonaventure exaltât le patriarche des Prêcheurs, comme, au chant précédent, Thomas d’Aquin, fils de Dominique, avait célébré le père de la famille à l’humble cordon. François et Dominique donnés pour guides au monde « afin que s’approchât du Bien-Aimé, plus confiante et plus fidèle, l’Épouse de celui qui, jetant un grand cri vers son Père, s’unit à elle dans son sang béni ! parler de l’un, c’est célébrer les deux, tant leurs œuvres allèrent à même fin ; l’un fut tout séraphique en son ardeur, l’autre parut un rayonnement de la lumière des chérubins » [3]. Sagesse du Père, vous fûtes à tous deux leur amour ; pauvreté de François, vrai trésor de l’âme, foi de Dominique, incomparable splendeur de l’exil : deux aspects d’ici-bas traduisant, pour le temps de l’épreuve et de l’ombre, votre adorable unité.

En effet, dit avec non moins de profondeur et une autorité plus grande l’immortel Pontife Grégoire IX, « la source de la Sagesse, le Verbe du Père, notre Seigneur Jésus-Christ, dont la nature est bonté, dont l’œuvre est miséricorde, n’abandonne point dans la traversée des siècles la vigne qu’il a tirée de l’Égypte ; il subvient par des signes nouveaux à l’instabilité des âmes, il adapte ses merveilles aux défaillances de l’incrédulité. Lors donc que le jour penchait déjà vers le soir et que, l’abondance du mal glaçant la charité, le rayon de la justice inclinait au couchant, le Père de famille voulut rassembler les ouvriers propres aux travaux de la onzième heure ; pour dégager sa vigne des ronces qui l’avaient envahie et en chasser la multitude funeste des petits renards qui travaillaient à la détruire [4], il suscita les bataillons des Frères Prêcheurs et Mineurs avec leurs chefs armés pour le combat » [5].

Or, dans cette expédition du Dieu des armées, Dominique fut « le coursier de sa gloire, poussant intrépide, dans le feu de la foi, le hennissement de la divine prédication » [6]. Octobre dira la très large part qu’eut au combat le compagnon que lui donna le ciel, apparaissant comme l’étendard vivant du Christ en croix, au milieu d’une société où la triple concupiscence prêtait la main à toute erreur pour battre en brèche sur tous les points le christianisme même.

Comme François, Dominique, rencontrant partout cette complicité de la cupidité avec l’hérésie qui sera désormais la principale force des faux prédicants, prescrivit aux siens la plus absolue désappropriation des biens de ce monde et se fit lui aussi mendiant pour le Christ. Le temps n’était plus où les peuples, acclamant toutes les conséquences de la divine Incarnation, constituaient à l’Homme-Dieu le plus immense domaine territorial qui fut jamais, en même temps qu’ils plaçaient son vicaire à la tête des rois. Après avoir tenté vainement d’humilier l’Épouse en soumettant le sacerdoce à l’empire, les descendants indignes des fiers chrétiens d’autrefois reprochaient à l’Église la possession de ces biens dont elle n’était que la dépositaire au nom du Seigneur ; pour la Colombe du saint Cantique, l’heure avait sonné de commencer par l’abandon du sol son mouvement de retraite vers les cieux.

Mais si les deux princes de la lutte mémorable qui enraya un temps le progrès de l’ennemi se rencontrèrent dans l’accueil fait par eux à la sainte pauvreté, celle-ci pourtant resta plus spécialement la souveraine aimée du patriarche d’Assise, Dominique, qui comme lui n’avait en vue que l’honneur de Dieu et le salut des âmes, reçut à cette fin en partage plus direct la science ; partage excellent [7], plus fertile que celui de la fille de Caleb [8] : moins de cinquante ans après que Dominique en eut transmis l’héritage à sa descendance, l’irrigation sagement combinée des eaux inférieures et supérieures de la raison et de la foi y amenait à plein développement l’arbre de la science théologique, aux racines puissantes, aux rameaux plus élevés que tout nuage montant de la terre, où les oiseaux de toutes les tribus qui sont sous le ciel aiment à venir se poser sans crainte et fixer le soleil.

Ce fut bien « sur la lumière », dit Dieu à sainte Catherine de Sienne, « que le père des Prêcheurs établit son principe, en en faisant son objet propre et son arme de combat ; il prit pour lui l’office du Verbe mon Fils, semant ma parole, dissipant les ténèbres, éclairant la terre ; Marie, par qui je le présentai au monde, en fit l’extirpateur des hérésies » [9]. Ainsi, nous l’avons vu, disait de son côté un demi-siècle plus tôt le poète florentin ; l’Ordre appelé à devenir le principal appui du Pontife suprême dans la poursuite des doctrines subversives devait, s’il se peut, justifier l’expression mieux encore que son patriarche : le premier des tribunaux de la sainte Église, la sainte Inquisition romaine universelle, le Saint-Office, investi en toute vérité de l’office du Verbe au glaive à deux tranchants [10]) pour convertir ou châtier, n’eut pas d’instrument plus fidèle et plus sûr.

Pas plus que la vierge de Sienne, l’illustre auteur de la Divine Comédie n’eût soupçonné qu’un temps dût venir, où le premier titre de la famille dominicaine à l’amour reconnaissant des peuples serait discuté en certaine école apologétique, et là écarté comme une insulte ou dissimulé comme une gêne. Le siècle présent met sa gloire dans un libéralisme qui a fait ses preuves en multipliant les ruines et, philosophiquement, ne repose que sur l’étrange confusion de la licence avec la liberté ; il ne fallait rien moins que cet affaissement intellectuel de nos tristes temps, pour ne plus comprendre que, dans une société où la foi est la base des institutions comme elle est le principe du salut de tous, nul crime n’égale celui d’ébranler le fondement sur lequel repose ainsi avec l’intérêt social le bien le plus précieux des particuliers. Ni l’idéal de la justice, ni davantage celui de la liberté, ne consiste à laisser à la merci du mal ou du mauvais le faible qui ne peut se garder lui-même : la chevalerie fit de cette vérité son axiome, et ce fut sa gloire ; les frères de Pierre Martyr dévouèrent leur vie à protéger contre les surprises du fort armé [11] et la contagion qui se glisse dans la nuit [12] la sécurité des enfants de Dieu : ce fut l’honneur « de la troupe sainte que Dominique conduit par un chemin où l’on profite, si l’on ne s’égare pas » [13].

Et quels plus vrais chevaliers que ces athlètes de la foi [14], prenant leur engagement sacré sous forme d’hommage lige [15], et choisissant pour Dame celle qui, puissante comme une armée [16], extermine seule les hérésies dans le monde entier [17] ? Au bouclier de la vérité [18]) au glaive de la parole [19], celle qui garde en Sion les armures des forts [20] joignait pour ses dévoués féaux le Rosaire, signe plus spécial de sa propre milice ; elle leur assignait l’habit de son choix comme étant leur vrai chef de guerre, et les oignait de ses mains pour la lutte dans la personne du Bienheureux Réginald. Elle-même encore veillait au recrutement de la sainte phalange, prélevant pour elle dans la jeunesse d’élite des universités les âmes les plus pures, les plus généreux dévouements, les plus nobles intelligences ; Paris, la capitale de la théologie, Bologne, celle de la jurisprudence et du droit, voyaient maîtres, écoliers, disciples de toute science, poursuivis et atteints par la douce souveraine au milieu d’incidents plus du ciel que de la terre.

Que de grâce dans ces origines où la sérénité virginale de Dominique semblait entourer tous ses fils ! C’était bien dans cet Ordre de la lumière qu’apparaissait la vérité de la parole évangélique : Heureux les purs de cœur, car ils verront Dieu [21]. Des yeux éclairés d’en haut apercevaient sous la figure de champs de lis les fondations des Prêcheurs ; aussi Marie, par qui nous est venue la splendeur de la lumière éternelle [22], se faisait leur céleste maîtresse et, de toute science, les conduisait à la Sagesse, amie des cœurs non souillés [23].

En la compagnie de Cécile et de Catherine, elle descendait pour bénir leur repos de la nuit, mais ne partageait avec aucune de ses nobles suivantes le soin de les couvrir de son royal manteau près du trône du Seigneur. Comment dès lors s’étonner de la limpidité suave qui après Dominique, et durant les généralats des Jourdain de Saxe, Raymond de Pegnafort, Jean le Teutonique, Humbert de Romans, continue de régner dans ces Vies des Frères et ces Vies des Sœurs dont des plumes heureuses ont transmis jusqu’à nous les récits d’une exquise fraîcheur ? Discrète leçon, en môme temps que secours puissant pour les Frères : dans la famille dominicaine vouée à l’apostolat par essence, les Sœurs furent de dix ans les aînées, comme pour marquer que, dans l’Église de Dieu, l’action ne peut être féconde, si elle n’est précédée et ne demeure accompagnée de la contemplation qui lui vaut bénédiction et toute grâce.

Notre-Dame de Prouille, au pied des Pyrénées, ne fut pas seulement par ce droit de primogéniture le principe de tout l’Ordre ; c’est à son ombre protectrice que les premiers compagnons de Dominique arrêtèrent avec lui le choix de leur Règle et se partagèrent le monde, allant de là fonder Saint-Romain de Toulouse, puis Saint-Jacques de Paris, Saint-Nicolas de Bologne, Saint-Sixte et Sainte-Sabine dans la Ville éternelle. Vers la même époque, l’établissement de la Milice de Jésus-Christ plaçait sous la direction des Prêcheurs les séculiers qui, en face de l’hérésie militante, s’engageaient à défendre par tous les moyens en leur pouvoir les biens de l’Église et sa liberté ; quand les sectaires eurent posé les armes, laissant la paix au monde pour un temps, l’association ne disparut pas : elle porta le combat sur le terrain de la lutte spirituelle, et changea son nom en celui de Tiers-Ordre des Frères et Sœurs de la Pénitence de saint Dominique.

Quel cortège est celui que vous forment vos fils et vos filles sur le Cycle sacré ! Accompagné en ce mois même de Rose de Lima et d’Hyacinthe, voilà que dès longtemps vous annonçaient au ciel de la Liturgie les Raymond de Pegnafort, les Thomas d’Aquin, les Vincent Ferrier, les Pierre Martyr, les Catherine de Sienne, les Pie V, les Antonin. Enfin brille au firmament l’astre nouveau dont la splendeur écarte l’ignorance, confond l’hérésie, accroît la foi des croyants. O Dominique, votre bienheureuse mère d’ici-bas, qui vous a devancé dans les cieux, pénètre maintenant dans sa plénitude le sens fortuné de la vision mystérieuse qui jadis excitait ses craintes ; et cet autre Dominique, gloire de l’antique Silos, au tombeau duquel elle reçut la promesse de votre bénie naissance, applaudit à l’éclat décuplé dont ce beau nom qu’il vous transmit resplendira par vous dans les siècles éternels. Mais quel accueil surtout vous est fait par la Mère de toute grâce, elle qui naguère, embrassant les pieds du Seigneur irrité, se portait garante que vous ramèneriez le monde à son Sauveur ! à peine quelques années ont passé : et partout l’erreur en déroute pressent qu’une lutte à mort est engagée entre elle et les vôtres ; et l’Église du Latran, maîtresse et mère, a vu ses murs menaçant ruine raffermis pour un temps ; et les deux princes des Apôtres, qui vous avaient dit Va et prêche, applaudissent à la Parole qui de nouveau parcourt la terre et retentit sur toute plage [24].

Frappées déjà de stérilité, les nations, que l’Apocalypse assimile aux grandes eaux [25], semblaient se corrompre pour toujours ; la prostituée de Babylone, devançant l’heure, y dressait son trône : lorsqu’à l’imitation d’Élisée [26], mettant le sel de la Sagesse dans le vase neuf de l’Ordre par vous fondé, vous avez répandu dans les eaux malades ce sel divin, neutralisé les poisons de la bête de blasphème si tôt reparue, et, en dépit d’embûches qui ne cesseront plus, rendu de nouveau la terre habitable. Mais comme, une fois de plus, votre exemple nous montre que ceux-là seuls sont puissants pour Dieu sur les peuples, qui se livrent à lui sans chercher rien autre et ne donnent à autrui que de leur plénitude ! Dédaignant toute rencontre et toute science où ne se montrait pas l’éternelle Sagesse, nous disent vos historiens, ce fut d’elle uniquement que s’éprit votre adolescence [27] ; elle qui prévient ceux qui la désirent [28] vous inonda dès ces premiers ans de la lumière et des suavités anticipées de la patrie. C’était d’elle que s’écoulait sur vous la sérénité radieuse qui frappait vos contemporains et qu’aucun événement n’altéra jamais. Dans une paix des cieux, vous buviez à longs traits l’eau de ce puits sans fond qui rejaillit à la vie éternelle [29] ; mais en même temps qu’au plus intime secret de l’âme vous abreuvait ainsi son amour, une fécondité merveilleuse se déclarait dans la source divine, et ses ruisseaux devenus vôtres s’échappaient au dehors et les places publiques bénéficiaient des flots de votre surabondance [30].

Vous aviez accueilli la Sagesse, et elle vous exaltait [31] ; non contente d’orner votre front des rayons de l’étoile mystérieuse [32], elle vous donnait la gloire des patriarches et multipliait de toutes celles de vos fils vos années et vos œuvres [33]. Vous n’avez point cessé d’être en eux l’un des puissants contreforts de l’Église. La science a rendu leur nom illustre parmi les peuples, et à cause d’elle leur jeunesse fut honorée des vieillards [34] : qu’elle soit toujours pour eux, comme elle le fut pour leurs aînés, et le fruit de la Sagesse, et le chemin qui y conduit ; qu’elle s’alimente à la prière, dont la part est demeurée si belle en votre saint Ordre, que plus qu’aucun autre il se rapproche par ce côté des anciens Ordres monastiques Louer, bénir et prêcher sera jusqu’à la fin sa devise aimée, l’apostolat devant être chez lui, selon le mot du Psaume, l’effusion débordante du souvenir des suavités goûtées dans le commerce divin [35]. Ainsi affermie en Sion, ainsi bénie dans son glorieux rôle de propagatrice et de gardienne de la vérité [36], votre noble descendance méritera d’entendre toujours de la bouche de Notre-Dame même cet encouragement au-dessus de toute louange : « Fortiter, fortiter, viri fortes ! Courage, courage, hommes courageux ! »

[1] Dominique, qui appartient au Seigneur ; Félix, heureux ; Jeanne, grâce.

[2] Dante, la Divine Comédie, Paradis, chant XII.

[3] Dante, la Divine Comédie, Paradis, chant XI.

[4] Cant. II, 15.

[5] Bulla Fons Sapientiae, de canonizatione S. Dominici.

[6] Ibid.

[7] Psalm. XV, 5-7.

[8] Jos. XV, 16-19.

[9] Dialogue, CLVIII.

[10] Apoc. XIX, 11-16.

[11] Luc, XI, 21.

[12] Psalm. XC, 6.

[13] Dante, Paradis, chant X.

[14] Honorius III, Diploma confirmans Ordinem.

[15] Promitto obedientiam Deo et B. Mariæ. Constitutiones Fratr. Ord. Prædicat Ia distinctio, cap. XV de Professione.

[16] Cant. VI, 3,9.

[17] Ant. festorum B. M.V. in IIIo Nocturno.

[18] Psalm. XC, 5.

[19] Eph. VI, 17.

[20] Cant. IV, 4.

[21] Matth. V, 8.

[22] Sap. VII, 26.

[23] Ibid. VIII.

[24] Psalm. XVIII.

[25] Apoc. XVII.

[26] IV Reg. II, 19-22.

[27] Sap. VIII, 2.

[28] Ibid. VI, 74.

[29] Johan. IV, 14.

[30] Prov. V, 15-19.

[31] Ibid. IV, 8.

[32] Ibid. 9.

[33] Ibid. 10.

[34] Sap. VIII, 10.

[35] Memoriam abundantiæ suavititis tuæ eructabunt. Psalm, CXLIV, 7 : Ils proclameront le souvenir de l’abondance de votre bonté.

[36] Isai. XXVI, 1-2.



Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

On ne saurait faire un plus bel éloge de saint Dominique que celui que, dans son Paradis, Dante a placé sur les lèvres de saint Bonaventure. De même qu’au temps des Apôtres la grande tâche de l’apostolat fut divisée — à Pierre les circoncis, à Paul les Gentils — ainsi, au XIIIe siècle, la Providence sembla partager le champ de l’Église entre saint Dominique et saint François. Au Poverello d’Assise, les petites gens, —les Minores de l’époque communale, — chez lesquels, grâce à l’exemple de la pauvreté évangélique et d’une tendre dévotion aux mystères de l’Humanité du Rédempteur, il fallait retarder de quelques siècles le déchaînement de l’incendie socialiste. A Dominique au contraire, magister generalis d’un Ordre de savants prédicateurs, la défense de la doctrine catholique et la guerre contre les hérésies naissantes.

Dès leurs débuts, la vie de ces deux patriarches fut une prophétie ; ils occupèrent respectivement la place providentielle que Dieu, à travers les siècles, réservait à leurs Ordres. Le Poverello soutient sur ses épaules le Latran ébranlé ; puis il s’en va, pèlerin, en Terre sainte, pour commencer les missions d’Orient. Quant à Dominique, avant que soit confiée à ses fils la sainte Inquisition, il exerce le premier, dans le Palais apostolique même, la charge de maître et de censeur.

Rome est riche de souvenirs de saint Dominique, en particulier dans les titres de Saint-Sixte et de Sainte-Sabine, où il vécut et opéra des miracles éclatants. Il mourut le 6 août 1221, mais ce jour étant dédié à une autre fête, son office fut anticipé au 4.

La messe emprunte presque tous ses chants et l’Évangile à celle des Confesseurs.

Prière. — « Seigneur qui avez daigné éclairer votre Église par les mérites et l’enseignement de votre bienheureux confesseur Dominique, faites que, par son intercession, elle ne soit pas privée des secours temporels, et qu’elle avance de plus en plus dans les voies spirituelles ». On demande donc ici deux choses : les temporalia auxilia pour le corps, et les spiritualia incrementa pour l’âme. Remarquons le langage significatif de l’Église. Les temporalia auxilia sont demandés en vue des spiritualia incrementa, car toutes les choses créées sont des moyens et non une fin. Elles ont pour but d’aider l’âme à atteindre Dieu, sa fin dernière surnaturelle.

La première lecture est celle de la messe des Docteurs et prédicateurs.

Sur les oblations. — « Sanctifiez, Seigneur, l’offrande que nous vous consacrons, afin que, par les mérites du bienheureux Dominique, elle apporte le remède à nos maux ». Que veut dire la liturgie, quand elle demande la sanctification des offrandes ? Deux choses : d’abord une préparation convenable de la matière du sacrifice, de même qu’on bénit l’eau baptismale, qu’on consacre le chrême, etc., avant de les employer à l’administration des Sacrements. En second lieu, la grâce divine sur ceux qui offrent le Sacrifice, pour que celui-ci, en tant qu’il est leur sacrifice, soit agréable à Dieu, et profitable à eux.

On observera peut-être : mais les Sacrements opèrent ex opere operato, et pour cette raison la messe est toujours agréable au Seigneur. Nous répondrons en faisant une distinction : le Sacrifice eucharistique, en tant que Sacrifice de Jésus, Souverain Prêtre et Victime, est toujours agréable et cher à l’Auguste Trinité. Mais quant au ministère de celui qui l’offre à la manière d’un instrument, la messe peut être plus ou moins agréable à Dieu, selon les dispositions du célébrant. Il est certain que la messe d’un prêtre qui célébrerait en état de péché mortel, offenserait le Seigneur et chargerait la conscience de ce prêtre d’un affreux sacrilège.

Après la Communion. — « Faites, ô Dieu tout-puissant, que le patronage de votre bienheureux confesseur Dominique soulage notre conscience du poids des fautes dont nous sommes accablés ». Le remords et la contrition sont un principe de salut, car tant qu’une plaie est douloureuse, elle réclame remède et soin. C’est un signe terrible pour une âme, d’arriver à un tel point d’éloignement de Dieu qu’elle n’éprouve plus aucun remords de ses fautes, selon cette parole de l’Esprit Saint : « quand l’insensé est tombé dans l’abîme du péché, alors il devient moqueur » [37].

[37] Prov., XVIII, 3.



Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Il embrasera le globe terrestre avec une torche ardente.

1. Saint Dominique. — Jour de mort : 6 août 1221. Tombeau : à Bologne, primitivement dans l’église Saint-Nicolas, et, depuis 1267, dans celle qui porte ; son nom. Image : Un dominicain, le rosaire à la main, ou avec un chien tenant une torche dans sa gueule, Vie : Voici son éloge d’après le martyrologe : « A Boulogne (Italie supérieure), saint Dominique, le pieux et savant fondateur des Frères prêcheurs. Il conserva toujours une virginité parfaite et obtint, par ses mérites de rappeler trois morts à la vie. Par sa parole, il étouffa les hérésies en germe, et amena beaucoup dames à la piété et à la vie religieuse, jusqu’à ce qu’il s’endormît paisiblement dans la mort ». Dominique naquit en Espagne (1170) de la noble famille des Guzman. Il fut d’abord chanoine régulier, et fonda plus tard l’institut religieux le plus puissant au moyen âge avec celui des Franciscains, l’Ordre des Dominicains qui produisit des prédicateurs et des savants éminents (saint Vincent Ferrier, saint Thomas d’Aquin, saint Pie V). Il contribua beaucoup à préserver la pureté de la foi. Le nom de Dominique rappelle l’origine de la dévotion du Rosaire qu’il travailla avec succès à répandre. Par leur prestige personnel et celui de leurs instituts, saint Dominique et saint François d’Assise furent simultanément les plus remarquables promoteurs du grand mouvement intellectuel du moyen âge. – « La mère de Dominique, eut un songe pendant sa grossesse ; il lui sembla qu’elle portait en son sein un petit chien tenant entre les dents une torche avec laquelle, après sa naissance, il embraserait tout l’univers. C’était le présage que, par l’éclat de sa sainteté et de ses enseignements, son fils enflammerait les populations d’une vive piété » (Légende du Bréviaire). — Saint Dominique mourut à Bologne, au moment où on prononçait ces mots de la prière pour les agonisants : « Saints de Dieu, venez à son secours, Anges, venez à sa rencontre ! »

2. La Messe (Os justi). — Elle est formée de textes du commun des confesseurs et de textes d’autres communs (Épître et communion). L’Épître (commun des docteurs) fait allusion au zèle de saint Dominique comme prédicateur, et parle de la « couronne de justice » accordée au fidèle soldat après sa mort.

3. La liturgie et les Ordres religieux. — La fête de saint Dominique, fondateur d’un Ordre religieux, fait naturellement songer aux rapports de la vie conventuelle avec la liturgie. Une communauté est une société liturgique idéale. Par suite de leurs soucis domestiques et des exigences de leur condition, les gens du monde ne sont pas à même de s’associer au rythme liturgique de la journée et de l’année chrétienne. Les religieux, au contraire, ont le bonheur d’y adapter chacun de leurs instants. Ils peuvent faire de la messe le centre de leur journée, ils peuvent faire graviter les heures de l’office comme des planètes autour du soleil du Saint-Sacrifice, transformer leur repas en commun en agapes fraternelles, suite du banquet eucharistique. Ils peuvent observer, de point en point et à cœur joie, les fêtes et les saisons du calendrier ecclésiastique. Les ordres religieux sont ainsi les modèles des sociétés liturgiques dans le monde, avec tout ce qu’elles comportent d’instructif et d’édifiant pour les individus. Une tâche nouvelle leur incombe actuellement : celle d’être pour les pieux laïcs, fervents de la liturgie, des guides avertis. Beaucoup de communautés ont reconnu cette mission, et organisent des fêtes et des journées liturgiques pour les gens du monde qu’ils initient ainsi au charme de leur vie intime. Ces exercices sont, pour un grand nombre, une révélation : ils y apprennent pour eux-mêmes le secret de la véritable vie liturgique. Puissent les cloîtres cultiver de plus en plus cette nouvelle méthode d’apostolat ! Il n’en est pas de meilleure.

SOURCE : http://www.introibo.fr/04-08-St-Dominique-confesseur

Saint Dominic

St. Dominic was the son of Felix Guzman and Bl. Joan of Aza, he was born at Calaruega, Spain, studied at the Univ. at Palencia, was probably ordained there while pursuing his studies and was appointed canon at Osma in 1199. There he became prior superior of the chapter, which was noted for its strict adherence to the rule of St. Benedict.

In 1203 he accompanied Bishop Diego de Avezedo of Osma to Languedoc where Dominic preached against the Albigensians (heresy) and helped reform the Cistercians. Dominic founded an institute for women at Prouille in Albigensian territory in 1206 and attached several preaching friars to it. When papal legate Peter of Castelnan was murdered by the Albigensians in 1208, Pope Innocent III launched a crusade against them headed by Count Simon IV of Montfort which was to continue for the next seven years. Dominic followed the army and preached to the heretics but with no great success.
In 1208 in the Church of Prouille, he complained to Our Lady while in pious prayer. She in turn answered him saying,

‘Wonder not that you have obtained so little fruit by your labors, you have spent them on barren soil, not yet watered with the dew of Divine Grace. When GOD willed to renew the face of the earth, He began by sending down on it the fertilizing rain of the Angelic Salutation. Therefore preach my Psalter composed of 150 Angelic Salutations and 15 Our Fathers, and you will obtain an abundant harvest’.


This revelation of the origin of the Rosary was affirmed by Pope Leo XIII, and the tradition that Mary first revealed the Rosary to St. Dominic is supported by 13 Popes. St. Dominic now found great success in this new devotion and brought about the conversion of the Albigensians. Our Blessed Lady made known to St. Dominic, a kind of preaching then unknown; which she said would be one of the most powerful weapons against future errors and in future difficulties.

In 1214 Simon gave him a castle at Casseneuil and Dominic with six followers founded an order devoted to the conversion of the Albigensians; the order was canonically approved by the bishop of Toulouse the following year. He failed to gain approval for his order of preachers at the fourth General Council of the Lateran in 1215 but received Pope Honorius III’s approval in the following year, and the Order of Preachers (the Dominicans) was founded.

Dominic spent the last years of this life organizing the order, traveling all over Italy, Spain and France preaching and attracting new members and establishing new houses. The new order was phenomenally successful in conversion work as it applied Dominic’s concept of harmonizing the intellectual life with popular needs. He convoked the first general council of the order at Bologna in 1220 and died there the following year on August 6, after being forced by illness to return from a preaching tour in Hungary.
Centuries later the Dominican Pope, St. Pius V, called for a rosary crusade to defeat the muslims that were once again invading Christendom. On October 7, 1571, in response to this prayer of the rosary from many people, the Battle of Lepanto was won and the Turks were defeated and turned back.This great victory saved Europe from the Mohammedan peril. God revealed to the Holy Father the news of this great victory before human endeavors could reveal it. That date is now the Feast of the Most Holy Rosary and the Popes have worn this Dominican white as their special cassock ever since to commemerate this Dominican Pope and the power of praying the Rosary.


St. Dominic
Founder of the Order of Preachers, commonly known as the Dominican Order; born at Calaroga, in Old Castile, c. 1170; died 6 August, 1221. His parents, Felix Guzman and Joanna of Aza, undoubtedly belonged to the nobility of Spain, though probably neither was connected with the reigning house of Castile, as some of the saint's biographers assert. Of Felix Guzman, personally, little is known, except that he was in every sense the worthy head of a family of saints. To nobility of blood Joanna of Aza added a nobility of soul which so enshrined her in the popular veneration that in 1828 she was solemnly beatified by Leo XII. The example of such parents was not without its effect upon their children. Not only Saint Dominic but also his brothers, Antonio and Manes, were distinguished for their extraordinary sanctity. Antonio, the eldest, became a secular priest and, having distributed his patrimony to the poor, entered a hospital where he spent his life ministering to the sick. Manes, following in the footsteps of Dominic, became a Friar Preacher, and was beatified by Gregory XVI.

The birth and infancy of the saint were attended by many marvels forecasting his heroic sanctity and great achievements in the cause of religion. From his seventh to his fourteenth year he pursued his elementary studies under the tutelage of his maternal uncle, the archpriest of Gumiel d'Izan, not far distant from Calaroga. In 1184 Saint Dominic entered the University of Palencia. Here he remained for ten years prosecuting his studies with such ardour and success that throughout the ephemeral existence of that institution he was held up to the admiration of its scholars as all that a student should be. Amid the frivolities and dissipations of a university city, the life of the future saint was characterized by seriousness of purpose and an austerity of manner which singled him out as one from whom great things might be expected in the future. But more than once he proved that under this austere exterior he carried a heart as tender as a woman's. On one occasion he sold his books, annotated with his own hand, to relieve the starving poor of Palencia. His biographer and contemporary, Bartholomew of Trent, states that twice he tried to sell himself into slavery to obtain money for the liberation of those who were held in captivity by the Moors. These facts are worthy of mention in view of the cynical and saturnine character which some non-Catholic writers have endeavoured to foist upon one of the most charitable of men. Concerning the date of his ordination his biographers are silent; nor is there anything from which that date can be inferred with any degree of certainty. According to the deposition of Brother Stephen, Prior Provincial of Lombardy, given in the process of canonization, Dominic was still a student at Palencia when Don Martin de Bazan, the Bishop of Osma, called him to membership in the cathedral chapter for the purpose of assisting in its reform. The bishop realized the importance to his plan of reform of having constantly before his canons the example of one of Dominic's eminent holiness. Nor was he disappointed in the result. In recognition of the part he had taken in converting its members into canons regular, Dominic was appointed sub-prior of the reformed chapter. On the accession of Don Diego d'Azevedo to the Bishopric of Osma in 1201, Dominic became superior of the chapter with the title of prior. As a canon of Osma, he spent nine years of his life hidden in God and rapt in contemplation, scarcely passing beyond the confines of the chapter house.

In 1203 Alfonso IX, King of Castile, deputed the Bishop of Osma to demand from the Lord of the Marches, presumably a Danish prince, the hand of his daughter on behalf of the king's son, Prince Ferdinand. For his companion on this embassy Don Diego chose Saint Dominic. Passing through Toulouse in the pursuit of their mission, they beheld with amazement and sorrow the work of spiritual ruin wrought by the Albigensian heresy. It was in the contemplation of this scene that Dominic first conceived the idea of founding an order for the purpose of combating heresy and spreading the light of the Gospel by preaching to the ends of the then known world. Their mission having ended successfully, Diego and Dominic were dispatched on a second embassy, accompanied by a splendid retinue, to escort the betrothed princess to Castile. This mission, however, was brought to a sudden close by the death of the young woman in question. The two ecclesiastics were now free to go where they would, and they set out for Rome, arriving there towards the end of 1204. The purpose of this was to enable Diego to resign his bishopric that he might devote himself to the conversion of unbelievers in distant lands. Innocent III, however, refused to approve this project, and instead sent the bishop and his companion to Languedoc to join forces with the Cistercians, to whom he had entrusted the crusade against the Albigenses. The scene that confronted them on their arrival in Languedoc was by no means an encouraging one. The Cistercians, on account of their worldly manner of living, had made little or no headway against the Albigenses. They had entered upon their work with considerable pomp, attended by a brilliant retinue, and well provided with the comforts of life. To this display of worldliness the leaders of the heretics opposed a rigid asceticism which commanded the respect and admiration of their followers. Diego and Dominic quickly saw that the failure of the Cistercian apostolate was due to the monks' indulgent habits, and finally prevailed upon them to adopt a more austere manner of life. The result was at once apparent in a greatly increased number of converts. Theological disputations played a prominent part in the propaganda of the heretics. Dominic and his companion, therefore, lost no time in engaging their opponents in this kind of theological exposition. Whenever the opportunity offered, they accepted the gage of battle. The thorough training that the saint had received at Palencia now proved of inestimable value to him in his encounters with the heretics. Unable to refute his arguments or counteract the influence of his preaching, they visited their hatred upon him by means of repeated insults and threats of physical violence. With Prouille for his head-quarters, he laboured by turns in Fanjeaux, Montpellier, Servian, Béziers, and Carcassonne. Early in his apostolate around Prouille the saint realized the necessity of an institution that would protect the women of that country from the influence of the heretics. Many of them had already embraced Albigensianism and were its most active propagandists. These women erected convents, to which the children of the Catholic nobility were often sent—for want of something better—to receive an education, and, in effect, if not on purpose, to be tainted with the spirit of heresy. It was needful, too, that women converted from heresy should be safeguarded against the evil influence of their own homes. To supply these deficiencies, Saint Dominic, with the permission of Foulques, Bishop of Toulouse, established a convent at Prouille in 1206. To this community, and afterwards to that of Saint Sixtus, at Rome, he gave the rule and constitutions which have ever since guided the nuns of the Second Order of Saint Dominic.

The year 1208 opens a new epoch in the eventful life of the founder. On 15 January of that year Pierre de Castelnau, one of the Cistercian legates, was assassinated. This abominable crime precipitated the crusade under Simon de Montfort, which led to the temporary subjugation of the heretics. Saint Dominic participated in the stirring scenes that followed, but always on the side of mercy, wielding the arms of the spirit while others wrought death and desolation with the sword. Some historians assert that during the sack of Béziers, Dominic appeared in the streets of that city, cross in hand, interceding for the lives of the women and children, the aged and the infirm. This testimony, however, is based upon documents which Touron regards as certainly apocryphal. The testimony of the most reliable historians tends to prove that the saint was neither in the city nor in its vicinity when Béziers was sacked by the crusaders. We find him generally during this period following the Catholic army, reviving religion and reconciling heretics in the cities that had capitulated to, or had been taken by, the victorious de Montfort. It was probably 1 September, 1209, that Saint Dominic first came in contact with Simon de Montfort and formed with him that intimate friendship which was to last till the death of the brave crusader under the walls of Toulouse (25 June, 1218). We find him by the side of de Montfort at the siege of Lavaur in 1211, and again in 1212, at the capture of La Penne d'Ajen. In the latter part of 1212 he was at Pamiers labouring, at the invitation of de Montfort, for the restoration of religion and morality. Lastly, just before the battle of Muret, 12 September, 1213, the saint is again found in the council that preceded the battle. During the progress of the conflict, he knelt before the altar in the church of Saint-Jacques, praying for the triumph of the Catholic arms. So remarkable was the victory of the crusaders at Muret that Simon de Montfort regarded it as altogether miraculous, and piously attributed it to the prayers of Saint Dominic. In gratitude to God for this decisive victory, the crusader erected a chapel in the church of Saint-Jacques, which he dedicated, it is said, to Our Lady of the Rosary. It would appear, therefore, that the devotion of the Rosary, which tradition says was revealed to Saint Dominic, had come into general use about this time. To this period, too, has been ascribed the foundation of the Inquisition by Saint Dominic, and his appointment as the first Inquisitor. As both these much controverted questions will receive special treatment elsewhere in this work, it will suffice for our present purpose to note that the Inquisition was in operation in 1198, or seven years before the saint took part in the apostolate in Languedoc, and while he was still an obscure canon regular at Osma. If he was for a certain time identified with the operations of the Inquisition, it was only in the capacity of a theologian passing upon the orthodoxy of the accused. Whatever influence he may have had with the judges of that much maligned institution was always employed on the side of mercy and forbearance, as witness the classic case of Ponce Roger.

In the meantime, the saint's increasing reputation for heroic sanctity, apostolic zeal, and profound learning caused him to be much sought after as a candidate for various bishoprics. Three distinct efforts were made to raise him to the episcopate. In July, 1212, the chapter of Béziers chose him for their bishop. Again, the canons of Saint-Lizier wished him to succeed Garcias de l'Orte as Bishop of Comminges. Lastly, in 1215 an effort was made by Garcias de l'Orte himself, who had been transferred from Comminges to Auch, to make him Bishop of Navarre. But Saint Dominic absolutely refused all episcopal honours, saying that he would rather take flight in the night, with nothing but his staff, than accept the episcopate. From Muret Dominic returned to Carcassonne, where he resumed his preaching with unqualified success. It was not until 1214 that he returned to Toulouse. In the meantime the influence of his preaching and the eminent holiness of his life had drawn around him a little band of devoted disciples eager to follow wherever he might lead. Saint Dominic had never for a moment forgotten his purpose, formed eleven years before, of founding a religious order to combat heresy and propagate religious truth. The time now seemed opportune for the realization of his plan. With the approval of Bishop Foulques of Toulouse, he began the organization of his little band of followers. That Dominic and his companions might possess a fixed source of revenue Foulques made him chaplain of Fanjeaux and in July, 1215, canonically established the community as a religious congregation of his diocese, whose mission was the propagation of true doctrine and good morals, and the extirpation of heresy. During this same year Pierre Seilan, a wealthy citizen of Toulouse, who had placed himself under the direction of Saint Dominic, put at their disposal his own commodious dwelling. In this way the first convent of the Order of Preachers was founded on 25 April, 1215. But they dwelt here only a year when Foulques established them in the church of Saints Romanus. Though the little community had proved amply the need of its mission and the efficiency of its service to the Church, it was far from satisfying the full purpose of its founder. It was at best but a diocesan congregation, and Saint Dominic had dreamed of a world-order that would carry its apostolate to the ends of the earth. But, unknown to the saint, events were shaping themselves for the realization of his hopes. In November, 1215, an ecumenical council was to meet at Rome "to deliberate on the improvement of morals, the extinction of heresy, and the strengthening of the faith". This was identically the mission Saint Dominic had determined on for his order. With the Bishop of Toulouse, he was present at the deliberations of this council. From the very first session it seemed that events conspired to bring his plans to a successful issue. The council bitterly arraigned the bishops for their neglect of preaching. In canon X they were directed to delegate capable men to preach the word of God to the people. Under these circumstances, it would reasonably appear that Dominic's request for confirmation of an order designed to carry out the mandates of the council would be joyfully granted. But while the council was anxious that these reforms should be put into effect as speedily as possible, it was at the same time opposed to the institution of any new religious orders, and had legislated to that effect in no uncertain terms. Moreover, preaching had always been looked upon as primarily a function of the episcopate. To bestow this office on an unknown and untried body of simple priests seemed too original and too bold in its conception to appeal to the conservative prelates who influenced the deliberations of the council. When, therefore, his petition for the approbation of his infant institute was refused, it could not have been wholly unexpected by Saint Dominic.

Returning to Languedoc at the close of the council in December, 1215, the founder gathered about him his little band of followers and informed them of the wish of the council that there should be no new rules for religious orders. Thereupon they adopted the ancient rule of Saint Augustine, which, on account of its generality, would easily lend itself to any form they might wish to give it. This done, Saint Dominic again appeared before the pope in the month of August, 1216, and again solicited the confirmation of his order. This time he was received more favourably, and on 22 December, 1216, the Bull of confirmation was issued.

Saint Dominic spent the following Lent preaching in various churches in Rome, and before the pope and the papal court. It was at this time that he received the office and title of Master of the Sacred Palace, or Pope's Theologian, as it is more commonly called. This office has been held uninterruptedly by members of the order from the founder's time to the present day. On 15 August, 1217, he gathered the brethren about him at Prouille to deliberate on the affairs of the order. He had determined upon the heroic plan of dispersing his little band of seventeen unformed followers over all Europe. The result proved the wisdom of an act which, to the eye of human prudence at least, seemed little short of suicidal. To facilitate the spread of the order, Honorius III, on 11 Feb., 1218, addressed a Bull to all archbishops, bishops, abbots, and priors, requesting their favour on behalf of the Order of Preachers. By another Bull, dated 3 Dec., 1218, Honorius III bestowed upon the order the church of Saint Sixtus in Rome. Here, amid the tombs of the Appian Way, was founded the first monastery of the order in Rome. Shortly after taking possession of Saint Sixtus, at the invitation of Honorius, Saint Dominic began the somewhat difficult task of restoring the pristine observance of religious discipline among the various Roman communities of women. In a comparatively short time the work was accomplished, to the great satisfaction of the pope. His own career at the University of Palencia, and the practical use to which he had put it in his encounters with the Albigenses, as well as his keen appreciation of the needs of the time, convinced the saint that to ensure the highest efficiency of the work of the apostolate, his followers should be afforded the best educational advantages obtainable. It was for this reason that on the dispersal of the brethren at Prouille he dispatched Matthew of France and two companions to Paris. A foundation was made in the vicinity of the university, and the friars took possession in October, 1217. Matthew of France was appointed superior, and Michael de Fabra was placed in charge of the studies with the title of Lecturer. On 6 August of the following year, Jean de Barastre, dean of Saint-Quentin and professor of theology, bestowed on the community the hospice of Saint-Jaques, which he had built for his own use. Having effected a foundation at the University of Paris, Saint Dominic next determined upon a settlement at the University of Bologna. Bertrand of Garrigua, who had been summoned from Paris, and John of Navarre, set out from Rome, with letters from Pope Honorius, to make the desired foundation. On their arrival at Bologna, the church of Santa Maria della Mascarella was placed at their disposal. So rapidly did the Roman community of Saint Sixtus grow that the need of more commodious quarters soon became urgent. Honorius, who seemed to delight in supplying every need of the order and furthering its interests to the utmost of his power, met the emergency by bestowing on Saint Dominic the basilica of Santa Sabina.

Towards the end of 1218, having appointed Reginald of Orléans his vicar in Italy, the saint, accompanied by several of his brethren, set out for Spain. Bologna, Prouille, Toulouse, and Fanjeaux were visited on the way. From Prouille two of the brethren were sent to establish a convent at Lyons. Segovia was reached just before Christmas. In February of the following year he founded the first monastery of the order in Spain. Turning southward, he established a convent for women at Madrid, similar to the one at Prouille. It is quite probable that on this journey he personally presided over the erection of a convent in connexion with his alma mater, the University of Palencia. At the invitation of the Bishop of Barcelona, a house of the order was established in that city. Again bending his steps towards Rome he recrossed the Pyrenees and visited the foundations at Toulouse and Paris. During his stay in the latter place he caused houses to be erected at Limoges, Metz, Reims, Poitiers, and Orléans, which in a short time became centres of Dominican activity. From Paris he directed his course towards Italy, arriving in Bologna in July, 1219. Here he devoted several months to the religious formation of the brethren he found awaiting him, and then, as at Prouille, dispersed them over Italy. Among the foundations made at this time were those at Bergamo, Asti, Verona, Florence, Brescia, and Faenza. From Bologna he went to Viterbo. His arrival at the papal court was the signal for the showering of new favours on the order. Notable among these marks of esteem were many complimentary letters addressed by Honorius to all those who had assisted the Fathers in their vinous foundations. In March of this same year Honorius, through his representatives, bestowed upon the order the church of San Eustorgio in Milan. At the same time a foundation at Viterbo was authorized. On his return to Rome, towards the end of 1219, Dominic sent out letters to all the convents announcing the first general chapter of the order, to be held at Bologna on the feast of the following Pentecost. Shortly before, Honorius III, by a special Brief, had conferred upon the founder the title of Master General, which till then he had held only by tacit consent. At the very first session of the chapter in the following spring the saint startled his brethren by offering his resignation as master general. It is needless to say the resignation was not accepted and the founder remained at the head of the institute till the end of his life.

Soon after the close of the chapter of Bologna, Honorius III addressed letters to the abbeys and priories of San Vittorio, Sillia, Mansu, Floria, Vallombrosa, and Aquila, ordering that several of their religious be deputed to begin, under the leadership of Saint Dominic, a preaching crusade in Lombardy, where heresy had developed alarming proportions. For some reason or other the plans of the pope were never realized. The promised support failing, Dominic, with a little band of his own brethren, threw himself into the field, and, as the event proved, spent himself in an effort to bring back the heretics to their allegiance to the Church. It is said that 100,000 unbelievers were converted by the preaching and the miracles of the saint. According to Lacordaire and others, it was during his preaching in Lombardy that the saint instituted the Militia of Jesus Christ, or the third order, as it is commonly called, consisting of men and women living in the world, to protect the rights and property of the Church. Towards the end of 1221 Saint Dominic returned to Rome for the sixth and last time. Here he received many new and valuable concessions for the order. In January, February, and March of 1221 three consecutive Bulls were issued commending the order to all the prelates of the Church. The thirtieth of May, 1221, found him again at Bologna presiding over the second general chapter of the order. At the close of the chapter he set out for Venice to visit Cardinal Ugolino, to whom he was especially indebted for many substantial acts of kindness. He had scarcely returned to Bologna when a fatal illness attacked him. He died after three weeks of sickness, the many trials of which he bore with heroic patience. In a Bull dated at Spoleto, 13 July, 1234, Gregory IX made his cult obligatory throughout the Church.

The life of St. Dominic was one of tireless effort in the, service of God. While he journeyed from place to place he prayed and preached almost uninterruptedly. His penances were of such a nature as to cause the brethren, who accidentally discovered them, to fear the effect upon his life. While his charity was boundless he never permitted it to interfere with the stern sense of duty that guided every action of his life. If he abominated heresy and laboured untiringly for its extirpation it was because he loved truth and loved the souls of those among whom he laboured. He never failed to distinguish between sin and the sinner. It is not to be wondered at, therefore, if this athlete of Christ, who had conquered himself before attempting the reformation of others, was more than once chosen to show forth the power of God. The failure of the fire at Fanjeaux to consume the dissertation he had employed against the heretics, and which was thrice thrown into the flames; the raising to life of Napoleone Orsini; the appearance of the annals in the refectory of Saint Sixtus in response to his prayers, are but a few of the supernatural happenings by which God was pleased to attest the eminent holiness of His servant. We are not surprised, therefore, that, after signing the Bull of canonization on 13 July, 1234, Gregory IX declared that he no more doubted the saintliness of Saint Dominic than he did that of Saint Peter and Saint Paul.

O'Connor, John Bonaventure. "St. Dominic." The Catholic Encyclopedia. Vol. 5. New York: Robert Appleton Company, 1909. 8 Aug. 2017 <http://www.newadvent.org/cathen/05106a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Martin Wallace, O.P.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. May 1, 1909. Remy Lafort, Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.

August 4
St. Dominic, Confessor


        
From the Chronicle of the Origin of this Order, compiled by B. Jordan of Saxony; also from the five lives of this saint, all written by contemporary grave authors, namely, F. Theodoric of Apolda, Constantine, bishop of Orvieto, Bartholomew, bishop of Trent, F. Humbert, and Nicholas Trevet. See his life elegantly compiled by F. Touron: likewise F. James Echard, the learned French Dominican, De Script. Ord. S. Dominici, t. 1. Mamachi, &c.

A.D. 1221.


[Founder of the Friar Preachers.]  ST. DOMINIC was born, in 1170, at Calaruega, anciently called Calaroga, in Old Castille, in the diocess of Osma. He was of the illustrious house of the Guzmans, which has been frequently ennobled by alliances with divers royal families, and which still flourishes divided into several branches, of which some are grandees of the first class, as the dukes of Medina-Sidonia, and of Medina de las Torres; the Marquisses of Azdales, of Monte Alegre, &c., the Counts of Niebla, of Olivares, &c. The Duke of Medina-Sidonia, who is chief of this noble house, is acknowledged patron of the whole order of St. Dominic. This honourable pedigree of our saint has been demonstrated by Echard, 
1 Touron, 2 and Bremond, 3 from the archives of Bologna, drawn up in the saint’s life-time, and from other undoubted monuments of the same age in which he lived; though a Christian derives his true nobility from his spiritual regeneration and grace, and it is the chief glory of the saints that they despised all worldly advantages for Christ. St. Dominic’s father was called Felix of Guzman, and his mother was Jane of Asa, which family continues still in a flourishing condition in Spain. Their eldest son, Antony, was a priest, and devoted himself to the service of the poor in an hospital, in which employment he died in the odour of sanctity. Mames, the second, embraced our saint’s order, and followed him in his missions. Dominic was the third, and had younger brothers. His mother, whilst she was with child of him, dreamed that she brought forth a whelp which carried in its mouth a burning torch, with which it set the whole world on fire. After his birth it was her first care to procure him speedily the grace of baptism, in which sacrament he received the name of Dominic, in honour of a holy abbot called Dominic of Silos. By her early instructions he was taught happily to turn the first dawning of his reason towards his Creator. Such was his fervour in his childhood that he accustomed himself to rise often in the night to pray, and, leaving his soft bed, used to take his rest lying on the hard boards. His uncle by the mother, the holy archpriest of Gumiel, was his first preceptor. He assisted with this uncle at all the divine offices; and the rest of his time which his studies and other necessary duties left free, he devoted entirely to private prayer, serious or pious reading, and charitable employments; spending none of his moments in the usual amusements of youth, which yet may be sanctified by moderation and a good intention, inasmuch as some exercise is necessary in that tender age to maintain the vigour both of the body and mind.

  The saint at fourteen years of age was sent to the public schools of Palentia, which were soon after transferred to Salamanca, where the university, which is the most famous and best provided in all Spain, was erected in the middle of the thirteenth century. Dominic here laid in a solid stock of learning, and became a great proficient in rhetoric, philosophy, and divinity. He was well versed in the knowledge of the holy scriptures and fathers. Instructed by the oracle of the Holy Ghost that the spirit of the Lord rests only on chaste souls, he watched with the utmost attention over his heart, and its avenues, which are the senses; these he kept in constant subjection by austere mortification. Always walking in the presence of God he made his conversation even with the virtuous very short. Boards or the floor were the only bed on which he took his rest. The death of his mother was a sensible affliction to him; but he improved it to a more perfect disengagement of his heart from the world. From her example he had learned a tender devotion to the holy Mother of God, and an extraordinary affection for the poor; to assist whom, in a famine, he not only gave all his money and goods, but sold even his books and his own writings and commentaries. This was in the twenty-first year of his age. So heroic a charity touched the hearts of all the masters, scholars, and citizens; the latter opened their granaries, and the former emptied their purses to supply the necessitous. Thus Dominic, yet a scholar, became by his example a preacher to his masters. The charity with which his heart was moved towards all who were in distress seemed to have no bounds. A poor woman one day begged of him with many tears an alms to redeem her brother, who was made a slave by the Moors. The saint’s heart seemed rent with compassion, and having already given away all his money to others, he said to her: “I have neither gold nor silver; but am able to work. Offer me to the Moor in exchange for your brother. I am willing to be his slave.” The woman, astonished at such a proposal, durst not accept it; but Dominic’s charity was not less before God. As soon as he had finished his studies and taken his degrees, he explained the holy scriptures in the schools, and preached the word of God to the people at Palentia with wonderful reputation and success. Every one looked upon the man of God as an oracle, consulted him in all doubts, whether of learning or of conscience, and acquiesced in his decisions.

Azebedo, a zealous pastor, being made bishop of Osma in 1198, reformed his chapter, introducing into it regular canons of St. Austin, and invited St. Dominic, who was a native of his diocess, to accept a canonry. The disciple of Jesus Christ, believing that he heard the voice of God himself in that of his pastor, left Palentia, and received the habit of the regular canons, being then twenty-eight years old. 4 Blessed Jordan, who was familiarly acquainted with St. Dominic, informs us, that the holy canon had no sooner taken possession of his prebend, than he began to shine as a bright star in the church of Osma. He practised all the austerities of the ancient fathers of the desert, and attained to that purity of heart and perfect disengagement from creatures which made up the character of those great saints. He read the conferences of Cassian, and made them the rule of his conduct. Whilst he thus laboured to make his own soul pleasing to God, the fire of divine love was daily more and more enkindled in his breast, and he was consumed with an ardent zeal for the salvation of infidels and sinners. To move the divine mercy to regard them with pity, he spent often whole nights in the church at prayer, watering the steps of the altar with abundance of tears, in which he was heard to sigh and groan before the Father of mercy, in the earnestness and deep affliction of his heart; never ceasing to beg with the greatest ardour, the grace to gain some of those unhappy souls to Christ. He studied to conceal from the eyes of men as much as possible the holy severity with which he treated his own body; but its effects appeared sensibly in the decay of his strength. His bishop therefore ordered him to mix a little wine with the water which he drank. He still found means to redouble the macerations of his flesh, as he saw the loss of souls and the offences of God multiplied by the growth of heresy and impiety. Since the reformation of the chapter, the titles and offices of dean and provost were changed into those of prior and subprior. The bishop himself was prior and St. Dominic subprior, or the immediate head and superior of that body. He also assisted his prelate in the government and reformation of the whole diocess, and preached in it assiduously with incredible zeal and fruit during five years.

  Alphonsus IX., king of Castille, chose the bishop of Osma to go ambassador into La Marche, to negotiate a match between the daughter of the earl of that country and his son, Prince Ferdinand. Some take this La Marche for a province in the north of Germany or in Sweden; others for the territory of that name in Limosin, in France. The bishop took Dominic with him. In their way they passed through Languedoc, which was then filled with the abominations of the heresy of the Albigenses. He in whose house they lodged at Toulouse was tainted with it. St. Dominic, pierced to the heart with compassion for the unhappy condition of his soul, in that one night made him a perfect convert. The treaty of marriage being concluded, the ambassadors returned to Spain; but were sent back with a sumptuous equipage to conduct the princess thither. They arrived at her father’s house only to assist at the melancholy ceremony of her funeral. Being desirous to devote themselves to labour for the conversion of souls deprived of the light of faith, they sent back their equipage into Spain, and went themselves to Rome, to ask of Pope Innocent III. leave either to stay at Languedoc, to labour among the Albigenses, or to go to preach the gospel to the infidels in the north. His holiness, charmed with their zeal and virtue, exhorted them rather to choose the neighbouring harvest, and to oppose a heresy which threatened the church with the utmost fury. The holy bishop begged he might be allowed to resign his episcopal see in Spain. This his holiness would not consent to, but gave him leave to stay two years in Languedoc. In their return they made a visit of devotion to Citeaux, a place then renowned for the sanctity of the monks that inhabited it. They arrived at Montpellier towards the end of the year 1205, where they met several Cistercian abbots, who were commissioned by the pope to oppose the reigning heresies. The archbishop and Dominic proposed that to labour with success, they ought to employ persuasion and example rather than terror: and that their preachers should imitate the poverty of Christ and the apostles, travelling on foot, without money, equipage, or provisions. The abbots readily came into the proposal, and sent away their horses and servants. 5 These missionaries saw the dangers and difficulties that attended the undertaking, but they were persuaded they should be abundantly recompensed for all they could suffer if they should be so happy as to become instrumental in rescuing one soul from the slavery of sin, or to lay down their life in such a cause. The prodigious growth of impiety in that country, and the obstinacy of the disease moved them to compassion, but did not terrify them, though the evils seemed extreme. The heretics, not content to fill their own country with terror and desolation, overran several other provinces in troops of four, five, or eight thousand men, pillaged the countries, and massacred the priests, flaying some alive and scourging others to death; in plundering the churches, they broke and profaned the sacred vessels, and sacrilegiously converted the ornaments of the altars into women’s clothes. King Philip Augustus cut in pieces ten thousand of these banditti in the province of Berri, they having penetrated into the very centre of his kingdom. 6 Dominic undertook to stem the torrent by his feeble voice; and God was pleased to make his preaching the instrument of his grace to strike the rocks, to open the uncircumcised ears, and to soften the hardened hearts of many which even the thunder of a St. Bernard had not been able to move. The conversion of many most obstinate sinners may be regarded as the greatest of our saint’s miracles.

  The first conference of the missionaries with the heretics was held in a borough near Montpellier, and lasted eight days; during which, each day several remarkable conversions were wrought. The apostolic men preached after this eight days at Beziers, where they gained several, though the far greater number shut their ears against the Catholic faith. Diego and Dominic proceeded thence to Carcassone and Montreal. At this last place they disputed during fifteen days with the four chiefs of the Albigensian sect, by which conference a hundred and fifty persons were brought over to the truth. St. Dominic drew up in writing a short exposition of the Catholic faith, with proofs of each article from the New Testament. This writing he gave to the heretics to examine. Their ministers and chiefs, after much altercation about it, agreed to throw it into the fire, saying, that if it burned, they would regard the doctrine which it contained as false. Being cast thrice into the flames it was not damaged by them. Nevertheless, only one officer who was present, and afterwards publicly attested the miracle, was converted by it. This, Peter of Vaux-Sernay 7 assures us he heard St. Dominic himself relate. At Fanjaux, the bishop and St. Dominic were met by Arnold, abbot of Citeaux, and twelve other abbots, and another great disputation was there held with the heretics before arbitrators. The judges and ministers here proposed to cast the same writing of St. Dominic into the fire. All present agreed to this trial, and a great fire being made in the middle of the company, it was again thrice thrown into it, and as often taken out without receiving any damage. This miracle is recorded by Jordan, and by the ancient writers of St. Dominic’s life; and Theodoric of Apolda, Bernard Guidonis, and F. Humbert, expressly assure us that this miracle at Fanjaux must not be confounded with the like which had been wrought before at Montreal. This latter was performed in the castle of Raymund Durfort, whose posterity built in it a chapel in honour of St. Dominic, and gave this castle to his Order. 8 The fruit of this public miracle was the conversion of great numbers of heretics of both sexes.
  
St. Dominic saw with grief that many children of Catholic parents, for want of the means of procuring a proper education, were neglected in their youth, or fell into the hands of those who corrupted their morals or their faith. To cut off the source of this fatal disorder, being assisted by the liberality of several bishops, he founded the numerous nunnery of our Lady of Prouille, near Fanjaux, in 1206, which he put under the rule of St. Austin, adding certain particular constitutions, which were approved by Gregory IX. This house became a sanctuary to many ladies, who desired to find a secure retreat from the corruption of the world, and a nursery of religion and piety for those who were afterwards to encounter its dangers. This monastery is regarded to this day as the chief or mother-house of all the nuns of this Order. In 1207 a great conference was opened between the Catholic preachers and the heretics, in the palace of Raymund Roger, count of Foix, who treated both parties in their turns at his table. His countess and one of his sisters followed the Waldenses; his other sister adhered to the Albigenses. The issue of this disputation was the conversion of a great number of heretics of distinction, and of him who had been appointed judge or arbitrator, a man of learning, who had been a warm abettor of the sect of the Albigenses. After this conference the Cistercians returned to their monasteries, and the holy Bishop of Osma to his diocess, the two years allowed him by the pope being almost expired. The heretics themselves had a great opinion of his sanctity, and called him one of the predestinate. He died soon after his arrival at Osma.

  He had been almost two years superior of the mission in Languedoc, in which charge, at his departure, he appointed St. Dominic his successor, to whom Pope Innocent III. confirmed the same in 1207. The saint, vested with this authority, established wholesome regulations to be observed by the zealous preachers who laboured with him. Some date from this time, but improperly, the institution of his Order. The murder of the pope’s legate, Peter of Castelnau or Chateauneuf, who was assassinated by a servant of the Count of Toulouse and another ruffian, on the 15th of January, 1208, and other outrages committed by the heretics, set all Christendom in a flame, and an army was set on foot to extirpate the authors of these violences. St. Dominic had no share in those transactions, and made use of no other arms to repulse injuries than those of meekness and patience. He never complained of any affronts or evils which he received, courageously encountered every danger wherever the good of souls called him, being desirous to glorify God by shedding his blood in his cause if called to such a happiness, and he studied only to procure all the good in his power to those who hated and persecuted him. A certain heretic, who was unknown to the saint, offered himself one day to be his guide; but led him through rough ways over stones and briers, so that the saint’s feet were much wounded, for he always walked barefoot. The meekness with which Dominic received the affront, and the joy with which he comforted his treacherous guide when he saw him in confusion, calling his blood the subject of his triumph, so moved the heretic that he became a Catholic. At another time the heretics posted two assassins to murder the saint, at a place between Prouille and Fanjaux, which to this day, from that black attempt, retains the name of Al siccari; but he escaped their hands. Afterwards some of that party asked the saint what he would have done if he had met them: “I would have thanked God,” said he, “and would have begged as a favour that my blood might have been let out drop by drop, and my limbs lopt off one by one, to prolong my torments, and enhance my crown;” with which answer his enemies were exceedingly affected. 9 A poor man, infected with the heresy of the Albigenses, confessed the abominations of that sect, but declared he could not abandon those upon whom he depended for his daily subsistence. St. Dominic hearing him make this answer, was moved with so tender a compassion for a soul upon the brink of perishing, that he offered to sell himself for a slave to procure this man means for his subsistence, that he might serve God; and he would have done it, had not God furnished the poor man with a provision otherwise, says B. Jordan and Theodoric. When the army of the crusade approached, the saint redoubled his earnestness among an obstinate people, and saved many. When he went among the crusards, the disorders, vices, and ignorance of the mysteries of faith and duties of a Christian life, which he found in many who had joined that army merely for the sake of plunder, moved his compassion and zeal, and he laboured among them with no less diligence than he had done among the Albigenses. The Count of Montfort was so taken with his sanctity, that he thought he could never give him sufficient marks of his affection and esteem. The condition of this disjointed army was such, that the troops of which it was composed returned home as they pleased, after having served forty days, and the general who sometimes saw two hundred thousand men under his banner, was often so much abandoned as to be scarcely able to assemble a thousand. At a time when he had with him only twelve hundred men, he was attacked by an army of above a hundred thousand, some say two hundred thousand; yet St. Dominic assured him God would grant him a glorious victory. The Count of Montfort threw himself into Muret, a small fortress, and in a sally on the 12th of September, 1213, by his incredible valour and address, routed and dispersed this great army, which left the king of Arragon and sixteen thousand men dead in the field. This prediction was the only share which the original historians mention St. Dominic to have had in this war, whatever certain moderns with Baillet may affirm. The continuators of Bollandus pretend, that in quality of inquisitor he delivered those among the Albigenses that were taken, and persisted obstinate, to the secular judges, that they might put them to death. But this is mere conjecture founded on mistake, as the learned fathers Echard 10 and Touron 11 have shown. St. Dominic never appears to have any way concurred to the execution of any of those unhappy persons who then suffered. The authors of his life mention, that by his credit and entreaties, he saved the life of a young man who was going to the place where he was to be burnt, the saint assuring the judges that he would die in the Catholic faith; which was verified when, some years after, he became a zealous Catholic, and made a happy end in the holy Order of our saint. But the original historians mention no other arms to have been used by him against the heretics than those of instruction, patience, penance, fasting, watching, tears, and prayer.

  So ardent was his zeal for the salvation of souls, that he was consumed with a burning desire to sacrifice for them his liberty, health, and life. Inured to continual labours, he was indefatigable in his apostolic functions; and the greatest difficulties, far from abating, seemed to raise his courage, and to give new vigour to his heroic soul. To his incredible labours he added the austerities of penance. He often allowed himself, in his fasts, especially during all lent, no other nourishment than bread and water; and spending with his companion a great part of the night in prayer, he reserved only a short time for rest, which he took lying on a board. Regardless of dangers, he never discontinued his missions or preaching among the Albigenses, how much soever their rage was exasperated. He often boldly exposed himself to the most cruel torments and death among them; he even courageously met a band of ruffians near Carcassone, who were still reeking with the blood of a Cistercian abbot and monk whom they had barbarously slain. But God was his protector, and prayer his shield and strength. During the great battle of Muret, St. Dominic was not in the field, as some moderns have pretended, but in the church, within the fortress, at his prayers. 12 The same was his practice on other like occasions. Theodoric, Stephen of Sasenhac, and others relate, that when St. Dominic was employed on his mission at Castres, the abbot of St. Vincent’s one day desired his company at dinner. After sermon, the saint continued at his devotions in the church so long, that he quite forgot the necessities of the body, which he was frequently apt to do. At the hour of dinner, the abbot sent a clerk to seek for him. The messenger knew the church to be the place where he was generally to be found, and going thither, saw him ravished in an ecstacy, raised several cubits above the ground, and without motion. He contemplated him a considerable time in that posture, and waited till the saint, coming to himself, gently fell to the ground, before he durst approach him.

  St. Dominic, during his apostolical labours in Languedoc, instituted the celebrated devotion of the Rosary, consisting of the recital of fifteen Our Fathers and a hundred and fifty Hail Marys, in honour of the fifteen principal mysteries of the life and sufferings of our Blessed Saviour, and of his holy Mother. The divine and most excellent prayer which our Redeemer, who promises to grant all that we request in his name, has drawn up as the form of our supplications, contains the petitions of all those things we are to ask or hope for of God, and comprises the exercise of all the sublime virtues, by which we pay to him the rational homage of our affections. In the Angelical Salutation are comprised our praises and thanks to God for the great mysteries of the incarnation and of our redemption, the source of all our good; and these praises are expressed in words of which the Holy Ghost himself was the author, which, though addressed to the Virgin Mary, contain much more the praises of her Divine Son, whom we acknowledge the cause of all hers and our happiness. The earnest intercession of this Mother of God, and of mercy is also implored in our behalf both at present and for the tremendous moment of our departure hence; and to move hers and her Divine Son’s compassion, we acknowledge our own deep sense of our miseries, which we display before the eyes of heaven under the extensive and most expressive humbling title of sinners. These prayers are so disposed in the Rosary, 13 as to comprise an abstract of the history of our blessed Redeemer’s holy life and sufferings, the great object of the continual devotion and meditation of Christians; for each mystery whereof we praise God, and through it ask his graces and blessings for ourselves and others. The ignorance of many, and the blasphemies of others among the Albigenses, with regard to these most sacred mysteries, moved the zealous and apostolic servant of God to teach the people to honour them by an easy method equally adapted to persons of the weakest understanding, and to those who are most learned, or the most advanced in the exercises of sublime contemplation, who find in it an inexhausted fund of the highest acts of faith, hope, divine love, praise, and thanksgiving, with a supplication for succour in all spiritual and corporal necessities, which they always repeat with fresh ardour. St. Dominic afterwards established the same method of devotion at Bologna and in other places.

  The saint, after having founded his nunnery of Prouille, established an institute afterwards called his third Order, in which the strictest regularity is observed, but no extraordinary austerities are prescribed. Some persons of this third Order live in monasteries, and are properly nuns; others live in their own houses, and endeavour to sanctify their work and the duties of a civil life by certain exercises of regularity and devotion, and by dedicating part of their time to works of mercy, especially in serving the poor in hospitals and prisons. 14 St. Dominic had spent ten years in preaching in Languedoc, when, in 1215, he founded his religious Order of Preaching Friars, the plan of which he had meditated some time before. He had till then worn the habit of a regular canon of St. Austin, and followed that rule. But he earnestly desired to revive an apostolic spirit in the ministers of the altar, the want of which in many was a subject of great scandal to the people, and a great source of the overflowings of vice and heresy. This spirit is founded on a sincere contempt of the world, and a perfect disinterestedness; for so long as the love of the world, or a relish for its vanity, delights, and riches, keeps possession of a heart, there can be no room for the Holy Ghost. The fences by which this spirit had been formerly maintained in the clergy, were then by custom easily broken through by many without scruple; wherefore he conceived a design of raising others that might be stronger. With this view he established an Order of religious men, not like the ancient monks of the desert, who were laymen and merely contemplatives, but who, with the strictest retirement and assiduous exercises of contemplation, should join a close application of sacred studies, and all the functions of a pastoral life, especially that of preaching. He prescribed austere fasts, perpetual abstinence from flesh, (which the reformed monasteries of this Order still observe,) and the most severe poverty, ordaining that his friars should receive their coarse subsistence from the alms of the faithful, though their houses are not forbidden, like the Franciscans, to enjoy in common small rents in money. The principal aim of the saint by this institution was to multiply in the church zealous preachers, whose spirit and example might be a means more easily to spread the light of faith, and the fire of divine charity, and to assist the pastors in healing the wounds which the church had received by the inundation of heresy and vice.

  10
  St. Dominic for a long time recommended his design to God by fervent prayer, and communicated it to the bishops of Languedoc and Provence, who all applauded the project, and pressed him to hasten the execution. Every one judged him worthy to be the father of preachers, who was their perfect model. Sixteen of his fellow-missionaries came readily into his project; and Peter Cellani, one of this number, gave some houses he was possessed of in Toulouse, in which they formed themselves into a regular community, under the protection of the bishop. This was the first convent of the Order. To establish it the founder was obliged to go to Rome, whither he accompanied Fulco, the bishop of Toulouse, who was called to assist at the fourth general council of Lateran. Pope Innocent III. who had then governed the church eighteen years, received the saint with great demonstrations of kindness, on account of the reputation of his sanctity, and the recommendation of his bishop. He had himself drawn up a decree which he inserted in the tenth chapter of the council, to enforce the obligation of preaching, and the necessity of choosing for pastors men who are powerful in words and works, who will instruct and edify their flocks both by example and preaching, a neglect of which was the source of the ignorance, disorders, and heresies that then reigned in several provinces. Nevertheless, though the saint’s design was most agreeable to his Holiness, Theodoric the bishop of Orvieto, and Vincent of Beauvois say, that he at first made some difficulty to approve his Order, upon late complaints that too great a multiplication of Orders would bring confusion, and that it was better to reform those that were already established. But the same authors add, that the night following, the pope dreamed he saw the Lateran church in danger of falling, and that St. Dominic stept in, and supported it with his shoulders. Be that as it will, B. Jordan and F. Humbert assure us, that the pope approved the new Order by word of mouth, bidding the founder draw up the constitutions, and lay them before him.

  11
  The saint was present at the fourth council of Lateran, which, though very numerous and splendid, lasted only three weeks, having condemned the errors of the Albigenses and other heretics, framed several canons for the reformation of manners, and taken into consideration a new crusade for the recovery of the Holy Land, which had been lately conquered by the infidels a second time. The twenty-first is the famous canon which enjoins, that all the faithful who are arrived to years of discretion, shall confess all their sins at least once a year to their own proper priest, and shall receive the eucharist at least every Easter, unless, with the advice of their proper priest, they abstain from it for some time, upon some reasonable account. The thirteenth prohibits the erecting of any new religious Order. The council, which consisted of four hundred and twelve bishops, and near eight hundred abbots, priors, and deputies of absent prelates, broke up about the end of November, 1215, and St. Dominic arrived at Toulouse the beginning of the following year. After mature consultation with his sixteen colleagues, of whom eight were Frenchmen, seven Spaniards, and one Englishman, he made choice of the rule of the canons of the great St. Austin, who was himself an eminent preacher. He added certain particular constitutions, and borrowed from the Order of Premontré the rule of observing perpetual abstinence from flesh, and a rigorous fast from the feast of the Exaltation of the Cross to Easter. Pope Innocent III. famous for his great actions, and for several learned and pious books which he composed, died on the 16th of July, 1216, having filled the pontifical chair from January, 1198. Honorius III. was chosen in his place. This change retarded St. Dominic’s second journey to Rome; and, in the mean time, he finished his first convent at Toulouse, to which the bishop gave the church of St. Romanus. The bishop of Fermo in Italy, a great admirer of our saint’s virtue, also gave him at the same time the church of St. Thomas, with a convent for his Order in that city.

  12
  St. Dominic arrived at Rome with a copy of his rules in September, 1216. He found access to his Holiness difficult for some time, but was encouraged by a vision recorded by Theodoric, and copied by Fleury. 15 Pope Honorius III. confirmed his Order and its constitutions by two bulls, both dated on the 26th of December, in the same year. He detained the saint several months in Rome to preach in that city; which commission he executed with incredible applause and success. He put the pope in mind that several persons who attended his court could not seek instructions abroad, and therefore a domestic master of the sacred studies in his palace would be of great advantage. His holiness hereupon created the office of Master of the Sacred Palace, who by his place is the pope’s domestic theologian, assists at all consistories, whether public or private, confers the degree of doctor at court, approves all theses and books, and nominates the pope’s preachers. If he be absent from court, he has a right to substitute another in his place. Pope Honorius obliged St. Dominic to take upon himself that charge, which has been ever since committed to one of his Order. The saint at Rome dictated comments on the epistles of St. Paul, which are much commended by several writers of that age, though they are now lost. He had learned from St. Chrysostom what an inexhausted treasure of piety and spiritual knowledge a Christian preacher will draw from assiduous meditation on the inspired writings of this apostle, which he strongly recommended to his religious, and he carried always a copy of that sacred book in his pocket. When not employed in public functions or necessary duties, he was always to be found in the church, or in retirement. When, out of necessity, he conversed with others, his discourse was usually only on God, and always seasoned with so much unction and prudence that worldlings never thought it importunate; and pious persons sought his conversation with extreme eagerness. With the consent of his Holiness he returned to Toulouse in May, and spent some time in forming his religious brethren in the practice of the most perfect maxims of an interior life, the most necessary qualification in preachers of the divine word. He exhorted them strenuously to promote the study of literature in his Order, to attend in the first place to the sanctification of their own souls, and to remember they were the successors of the apostles in establishing every where the kingdom of Christ. He added excellent instructions on humility, a perfect distrust in themselves, and an entire confidence in God alone, by which they were to stand invincible under afflictions and persecutions, and courageously to carry on the war in which they were engaged against the world and the powers of hell. After this discourse, on the feast of the Assumption of our Lady, he dismissed some of his religious to Spain and Portugal, and some to Paris, appointing F. Matthew superior among these latter, and sending with him his own brother Manez de Guzman. The extraordinary reputation of St. Dominic and his preaching friars drew many learned doctors and other eminent men into this new Order, and the saint settled convents at Lyons, Montpellier, Bayonne, &c.

  13
  St. Dominic went again to Rome in 1217, and the pope desiring that his Order should have a house in that city, gave him the church of St. Sixtus; and whilst a convent was building there, the saint, by order of his Holiness, read lectures of theology both in the palace and in the city, and preached in St. Peter’s church with such eloquence and zeal as drew on him the attention and admiration of the whole city. The many illustrious miracles by which God honoured his ministry in that city, procured him the name of the Thaumaturgus of that age. Among others, Theodoric relates, 16 that a certain gentlewoman named Gutadona, coming one day home from hearing his sermon, found her little child dead. In her grief she took him in her arms out of the cradle, and carrying him to St. Sixtus’s, laid him at the feet of the saint. She said nothing; but her sorrow spoke without words. The servant of God was moved to compassion, and after saying a fervent prayer, made the sign of the cross on the child, and restored him to life. The pope would have published this miracle in the pulpit; but the tears, entreaties, and confusion of the saint prevented him. St. Dominic likewise raised, whole and sound, a mason who had been crushed to death by the fall of a vault in building the convent of St. Sixtus. He restored to health a religious man, the procurator of his convent, whilst the brethren were reciting by his bed-side the prayers appointed for one in the agony. The bishop of Ovieto assures us, that he had the account of this miracle from the mouth of the person who had been thus miraculously delivered from the gates of death, and recovered in a moment a state of perfect health which he long enjoyed, and of which he made a very good use. 17

  St. Dominic, besides many other miracles, raised a third man to life in this monastery of St. Sixtus, in the presence of a great multitude of honourable persons. This was the young Lord Napoleon. The fact is related by Theodoric of Apolda, 18 F. Humbert, 19 a third very ancient historian quoted by F. Echard, 20 John Longinus, 21 Malvenda, and many others, and happened on the following occasion:—Several nuns lived in Rome without keeping enclosure, and almost without regularity, some dispersed in small monasteries, others in the houses of their parents or friends; for, before the council of Trent, strict perpetual enclosure was not always a necessary part of that state; and though, since that council, Bonacina, and some other canonists, call it an essential law, yet some nunneries in Flanders plead an exemption upon pretence of ancient prescription. Pope Innocent III. had made several attempts to assemble all such nuns then in Rome into one enclosed house, but had not been able, with all his address and authority, to compass it. Honorius III., seeing all other methods miscarry, committed the management of this reformation to St. Dominic. The saint desired that three cardinals should be nominated commissaries with him, in order to facilitate the success of the commission, and his holiness appointed Hugolin dean of the sacred college, Nicholas bishop of Tusculum, and Stephen of Fossa Nuova, cardinal priest of the twelve apostles. St. Dominic, in order to remove several difficulties, offered to leave to these nuns his own monastery of St. Sixtus, which was built and then ready to receive them, and which Innocent III. had formerly offered them; and he undertook to build for his friars a new convent at St. Sabina; 22 to which the pope willingly agreed. The monastery of St. Mary, beyond the Tiber, was the principal and most obstinate of those that were to be thus reformed. The saint repaired thither with the three cardinals, and exhorted the nuns to a compliance, with such force of reasoning, and so much charity in his heart, that the truth was victorious in his mouth. The abbess first of all, then all the nuns, except one, entered into a voluntary engagement to obey; but the devil was not so easily to be triumphed over. No sooner were the commissaries gone but the parents, friends, and protectors of the nuns ran thither, and buzzed it in their ears, that they would repent at leisure of so hasty a step, which could never be recalled; that their house was too ancient and noble, their conduct too virtuous and irreproachable, their privileges of too old a standing to be struck at, and that no authority could oblige them to rules of that sort, to which they had never engaged themselves, and under which they would never have embraced that manner of life. Such discourses were too flattering not to please persons to whom their present independence seemed too dear and valuable a right to be given up. Accordingly, the whole community changed their former resolution, and were determined never to comply. St. Dominic gave them some days to reflect, and prevented the pope from having recourse to violent measures, which never gain the heart, and are seldom expedient in duties which must be voluntary; in the mean time he fasted and prayed, recommending the matter to God. After some days he went again to St. Mary’s, said mass there, and after he had offered the holy sacrifice, made a second discourse to the nuns, mildly reproaching them for their reluctancy, saying: “Can you then repent of a promise you have made to God? can you refuse to give yourselves up to him without reserve, and to serve him with your whole hearts?” He tempered his discourse with that natural sweetness which it was hard for any one to resist, and at the same time, his exhortation was so strong and affecting, that, at the end of it, the abbess and all her nuns confirmed to him by vow their readiness to comply in all things with his holiness’s inclinations. They moreover begged that the saint himself would be their director, and give them his own rule; to which he agreed. Whilst things were making ready for their removal, he shut up the avenues of the cloister, to prevent their friends having access, who might any more endeavour to stagger their resolution.

  15
  On Ash Wednesday in 1218, the abbess and some of her nuns went to their new monastery of St. Sixtus, to take possession of it. They were in the chapter house with St. Dominic and the three cardinals above mentioned, treating of the rights, revenues, and administration of the new community, when, on a sudden, there came in a person, tearing his hair, and making great lamentation, crying out that the Lord Napoleon, Cardinal Stephen’s nephew, was thrown from his horse, and killed by the fall. At this news the afflicted uncle fell speechless with his head upon the breast of St. Dominic, who sat by his side; and his silence was more expressive of his sorrow than any words could have been. The saint endeavoured at first to alleviate his grief; then ordered the body of Napoleon to be brought into the house, and bid brother Tancred make an altar ready that he might say mass. When he had prepared himself, the cardinals, with their attendants, the abbess, with her nuns, the Dominican friars, and a great concourse of people went to the church. The saint, in celebrating the divine mysteries, shed a flood of tears, and while he elevated the body of Christ in his pure hands, was himself in an ecstacy lifted up a whole cubit from the ground, in the sight and to the amazement of all who were present. The sacrifice being ended, the blessed man went to the corpse, to implore the mercy of God, being followed by all the company; and standing by the body, he disposed the bruised limbs in their proper places; and then betook himself to prayer. After some time, he rose up, and made the sign of the cross over the corpse; then, lifting up his hands to heaven, he himself being, by the power of God, at the same time raised from the ground, and suspended in the air, cried out with a loud voice: “Napoleon, I say to thee, in the name of our Lord Jesus Christ, arise.” 23 That instant, in the sight of the whole multitude, the young man arose sound and whole. Not only all present, but the whole city, particularly the sacred college, and the pope, gave solemn thanks to the Almighty, who, in their unhappy days, had vouchsafed to renew the wonders which he had wrought in the establishment of his church. The Dominican friars having taken possession of the church and convent of Saint Sabina, the nuns of St. Mary were settled in that of St. Sixtus before the first Sunday in Lent, receiving a new habit from the hands of St. Dominic, together with his rule. Yvo, bishop of Cracow, and chancellor of Poland, was at Rome when Napoleon was raised to life, 24 and an eye-witness to that stupendous miracle. He entreated St. Dominic to give the habit of his order to his two nephews, SS. Hyacinth and Ceslas, and to two others of his domestics. The saint sent certain religious brethren to Bologna in 1217, there to lay the foundation of a convent, which has continued ever since one of the most flourishing monasteries in the world.

  16
  In 1218 he took a journey from Rome, through Languedoc, into Spain, and founded a famous convent at Segovia, and another at Madrid. He returned to Toulouse in April, 1219, and from thence went to Paris. This seems by all the ancient histories of his life to have been the first visit he made to that city, though Baillet pretends, without grounds, as Touron shows, that he had been there before. He did not stay many weeks in that capital; but gained souls to God by his sermons and instructions, and received into his order many persons of eminence. Alexander II., king of Scotland, happened to be then at Paris, being come to pay a visit to Queen Blanche, the mother of St. Lewis. He was much taken with the discourse and sanctity of the holy founder, and obtained of him a promise that he would send some of his religious brethren into Scotland, as Hector Boëtus and Bishop Lesley inform us. The saint settled in good order his great convent, which was founded in the street of St. Jacques, from which the Dominican friars are usually called in France Jacobins. After this he left Paris, and having founded convents on his road at Avignon, Asti, and Bergamo, arrived at Bologna about the end of summer in 1219, 25 which city he made from that time his ordinary residence to the end of his life, though he sometimes made excursions to Rome, Florence, and other places. At Bologna, the curate of Saint Nicholas, with the bishop’s consent, bestowed his church on the saint, and he and several archdeacons, doctors, and eminent professors, entered themselves in his order. In 1220 he waited on Pope Honorius III. at Viterbo, and met St. Francis at Rome, in the house of Cardinal Hugolin, their common friend, who afterwards succeeding Honorius III., under the name of Gregory IX., chose out of the order of St. Dominic thirty-three bishops, one patriarch of Antioch, and eight legates. St. Dominic had till then taken no other title but that of superior. In 1220 Honorius III. commanded him to be styled general; and the saint returning to Bologna, there held a chapter of all the superiors in his order, at Whitsuntide the same year.

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  Wherever the saint travelled, he frequently preached, even on the road; and always with that incredible success which can only be the fruit of continual prayer, animated with the most ardent charity. The greatest part of the night he often spent in churches, at the foot of the altars. Though he was superior, he was distinguished in nothing from the lowest among his brethren, but by his more profound humility, and more rigorous abstinence. The people at Bologna attended his sermons with such insatiable avidity, that whilst he staid there he usually preached every day, and often several times the same day.

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  The incredible fatigues which this apostolic life cost the servant of God, were no motive with him to abate his continual fasts and other austerities; so different is the spirit of fervour with which the saints are animated, from the sloth of those Christians who seek every shadow of pretence for dispensing themselves even from fasts of precept, to serve as a cloak to cover their sensuality and remissness. The saint, on the contrary, burned with a holy zeal to make his body a perpetual victim of penance; and therefore allowed it no condescension but what necessity made indispensable. He embraced with joy the occasions of suffering which were continual in his ministry, and when, by walking barefoot in the roughest roads, his feet were bruised or sore, he cheerfully called it a part of his penance. To nourish in his heart a perfect contempt of the world, and disengagement from its toys, he was a sincere lover of holy poverty, being sensible how easily a secret glue sticks to the affections, amidst riches, vanity and abundance. A perfect spirit of disinterestedness being essential to virtue, and the strictest obligation of a state in which the preliminary condition is, that the heart be, in the most perfect manner, dead to the world, the holy man was most scrupulous that no pretence should weaken this virtue, which was deeply rooted in his soul. He took all possible precautions to prevent riches ever becoming the portion and the bane of his Order. He strenuously refused to accept large or superfluous donations. When a rich man of Bologna by a public deed which he had procured secretly to be ratified by the bishop, hoping that the prelate’s authority might overcome the saint’s reluctance, had settled his estate on his convent of St. Nicholas, the holy founder was no sooner apprized of it than he renounced the donation for ever; and, notwithstanding the entreaties of many, publicly tore the deed in presence of the benefactor, as F. Ralph of Faënza, 26 an eyewitness, relates. Much more was he an enemy to sordid presents, any indirect ways of procuring them, or that importunity in asking which is a kind of extortion, and, when for superfluities, a robbery of the poor. That minister of the altar debases the dignity of the sacred character with which he is invested, and of the divine mysteries with the dispensation of which he is honoured, who suffers any view of temporal interest to steal into his heart, or secretly to have any share in his motives of action. Such a one is a hireling, and by covetousness loses the fruits of his labours. He who serves the altar is entitled to live by it; but a faithful minister is careful not to lose his eternal reward by seeking one that is temporal, and fears to impair the divine honour by suffering the purity of his intention in seeking only God in all that he does, to be sullied by the least mixture or deliberate thought of any thing else. To prevent, as much as possible, the danger of such a snare, St. Dominic desired to cut off all superfluities in his Order, and the more easily to remove the passions and desires which they beget in the heart, he would have all that could be spared given immediately to the poor, and allowed no one to be solicitous for the morrow. To one so perfectly dead to himself and the world, the victory over his passions seemed natural and easy; and its visible fruit was a happy tranquillity and evenness of soul, which nothing seemed able to disturb, or ever move to the least impatience or complaint. By these virtues and happy dispositions, he was fitted for an admirable purity of heart, and sublime grace of prayer, to which we are chiefly to ascribe the high degree of sanctity to which he was raised, and the wonderful fruits of his zeal in converting so many hardened sinners, and in promoting the spiritual advancement of others. He never began to instruct any one, or to do any other spiritual function, without first imploring on his knees the intercession of the Mother of God. Prayer and holy meditation were his darling exercises, to which he devoted both his days and nights, whenever other duties or necessary functions allowed it. In conversing with others it was his delight to speak only of God and heavenly things; and in travelling he often used to say to his companions: “Walk a little before, and let us think on our Redeemer.” This he did that he might give a freer scope to his sighs and tears.

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  Humility gave his prayer its force and efficacy. Before he came into any town he fell on the ground, and begged of God that the entrance of such a sinner might not draw down his vengeance on the people. He behaved himself as the servant of all his brethren, and desired as much as possible to bear the burdens of every one; and if he lay under a necessity of giving an account of his actions, his modesty and sincere humility appeared in all his words. He extolled the zeal and charity of the bishops and magistrates, and the devotion and piety of the people; forgetting only the share which he had in what was properly his own work. He never spoke of his birth, the success of his labours, his great enterprises, or any thing else that could tend to his honour. It was his study to conceal his charities to the poor, and the graces which he received from God. Nevertheless, to show the excess of the divine mercy, he sometimes communicated certain secret sentiments of his heart to some intimate friends who were great servants of God. Thus, as he was one day conversing with a devout prior of the Cistercian Order, who was afterwards bishop of Alatri, speaking of the goodness of God, he said, that he had never asked any particular favour of the divine Goodness which he had not obtained. “Why then,” said the prior, “do not you ask that master Conrad may receive a call from God to enter himself in your Order?” This Conrad was a German, a man in the highest repute, doctor and professor in laws, and in his inclinations most opposite to such a state. St. Dominic spent that night in the church at prayer, begging this favour of God. Next morning, at the hour of prime, Conrad came into the church, and threw himself at the holy founder’s feet, begging that he might be admitted to the habit; and he became a great ornament to this Order by his learning, and much more by the sanctity of his life. Constantine, bishop of Orvieto, assures us that he received this account from the aforesaid prior when he was bishop of Alatri. St. Dominic never ceased to pray for the conversion of infidels and sinners. It was his earnest desire, if it had been God’s will, to shed his blood for Christ, and to travel over all the barbarous nations of the earth to announce to them the happy doctrine of eternal life. In these warm sentiments of holy zeal he made the ministry of the divine word the chief end of his institute; would have all his religious to be applied to it, every one according to his capacity, and those who had particular talents for it, never to discontinue the office of preaching, except in certain intervals allotted to retirement, that they might preach to themselves in silence. To this great function he prepared his religious by long habits of virtue, especially of prayer, humility, self-denial, and obedience. It was a maxim which he frequently inculcated to them, “That a man who governs his passions is master of the world. We must either command them or be enslaved to them. It is better to be the hammer than the anvil.” He taught his missionaries the art of preaching to the heart by animating them with an ardent zeal and charity. Being once asked after preaching, in what book he had studied his sermon? “In no other,” said he, “than in that of charity.”

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  Though mild, and in things indifferent full of condescension to all, he was inflexible in maintaining the severe discipline he had established in his Order. St. Francis of Assisium, coming to Bologna in 1220, was so much offended to find the convent of his friars in that city built in a stately manner, and not consistent with his idea of the austere poverty and penance which he professed by his rule, that he would not lodge in it, and went to the monastery of Saint Dominic, which was mean and low, where he staid some days to enjoy our saint’s conversation. St. Dominic made frequent missionary excursions; and founded convents at Bergamo, Brescia, Faënza, and Viterbo, and visited those he had already founded. He sent some of his religious into Morocco, Portugal, Sweden, Norway, and Ireland; and brother Gilbert with twelve others into England, who established monasteries of this Order in Canterbury, London, and Oxford. 27 The holy patriarch, in his second general chapter, held at Bologna in 1221, divided his Order into eight provinces, and sent some of his religious into Hungary, Greece, Palestine, and other countries. Among these missionaries F. Paul of Hungary founded in Lower Hungary the monasteries of Gever and Vesprim, converted great numbers of idolaters in Croatia, Sclavonia, Transylvania, Valachia, Moldavia, Bosnia, and Servia; and leaving the churches which he had there founded under the care of other labourers, preached with like success in Cumania, the inhabitants of which country were most savage and barbarous. He baptized among them a duke called Brut, with his vassals, and one of the chief princes of the country named Bernborch, Andrew the king of Hungary and father of St. Elizabeth, standing godfather. This zealous apostle of so many nations suffered a glorious martyrdom with ninety religious friars of his Order, dispersed in those parts; some being beheaded, others shot with arrows, stabbed with lances, or burnt by the Tartars in 1242, in their great irruption into those countries. 28 Bishop Sadoc, with forty-nine religious of this Order, were butchered for the faith by these barbarians in a second irruption in 1260, at Sendomir in Poland, and are honoured on the 2d of June.

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  St. Dominic had a foresight of his happy death long before it happened. Setting out on a journey from Bologna for Milan, he said to his friends there: “You now see me well in health; but before the glorious assumption of the Virgin Mother I shall depart hence to the Lord.” He returned to Bologna in the heats of summer, and was seized with a burning fever, which from the beginning was judged mortal. Nevertheless, according to his custom, he desired to pass a great part of the night in the church at prayer; but after matins was obliged to retire to his chamber, though he did not lie down on a bed. During his sickness he continued always cheerful in his countenance. When he was grown very weak he assembled his religious brethren, and in a moving discourse which he called his last testament, and the inheritance which he left them, he exhorted them to constant humility, poverty, fervour and watchfulness, in particular against the enemy of purity. Seeing them weep about him, he promised never to forget them when he should be gone to God. After having received the last sacraments he continued in secret prayer till he calmly expired on the 6th of August, 1221, being fifty-one years old. Cardinal Hugolin, at the news of his death, hastened to Bologna, performed his funeral obsequies, and composed his epitaph. A history of a great number of miracles performed by means of this saint, and attested by eye-witnesses, may be read in the Bollandists. 29 His relics were taken up, and translated to a more honourable place in the church, with the greatest pomp and devotion, by an order of Gregory IX. in 1233, twelve years after his death. They have been since enclosed in a mausoleum, which is one of the finest monuments in Italy, and the church is one of the best finished, whether we consider the structure, or the riches, order, taste, and beauty of the ornaments. St. Dominic was canonized by Gregory IX. in 1234.

  The characteristical virtue of this saint was an eminent spirit of prayer, and the constant recollection of his soul in God: and this practice he recommended above all others to his disciples. One of the greatest lights of his Order, and of the church, Bartholomew de Martyribus, archbishop of Braga, addresses himself to all pastors on this subject as follows: 30 “Woe to you, ministers of the Lord, if the source of devotion be dried up in your souls. This tender and sincere spirit of piety is the spring of living water which communicates fertility to all our virtues, and sanctifies all our exercises and actions, which, without it, are dry and barren. This is a heavenly wine which fortifies our hearts with a joy altogether divine. This is the balsam which heals our passions. It is also the tongue with which we speak to God, and without which our souls are dumb before him. It is this that draws down upon us the heavenly dew that strengthens our hearts, and is the spiritual nourishment which enables us to labour with fruit in the vineyard of the Lord.”
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Note 1. James Echard, Bibl. Script. Ord. Prædic. t. 1. 

Note 2. Touron, Vie de S. Domin. p. 744. 

Note 3. Bremond, general of this Order, in his dissertations entitled Epistolæ ad quosdam viros eruditos; viz. the Bollandists who, before the original authorities were produced, had called in question this circumstance. 

Note 4. Baillet is evidently mistaken when he antedates these four years; and again, when he relates the saint’s missions into Galicia, his being taken by pirates, &c., facts not mentioned by any original writer, and absolutely inconsistent with the narratives of his disciples, who agree that he never left the diocess of Osma whilst he remained in that chapter. Nor could he have converted Reinerius the heresiarch, afterwards the famous preacher in the Order of St. Dominic in Italy, which seems to have been the work of St. Peter the Martyr.

Note 5. The Waldenses or Vaudois were so called from Peter Valdo, a rich merchant of Lyons, who, about the year 1160, was so struck at the sudden death of one who suddenly fell down and expired as they were conversing together with some other merchants, that he gave all his goods to the poor, and pretended to imitate the manner of living of the apostles. Several others joined him, and they were called “The poor men of Lyons.” They soon after began to preach and teach the people in imitation of the apostles, though they were mere laymen, and had no mission. The clergy reproved them for this irregularity, and for affecting superstitiously to wear a kind of sandals, cut on the top, to show their bare feet, fancying that the apostles went so shod; and the pope enjoined them silence. Wanting humility to submit, and seeing the pope, to whom some of them applied for the approbation of their institute, reject it, as irregular, and, in some things, superstitious, they haughtily gave out, that the clergy condemned them because they envied their sanctity and morals. Nor was it long before they added heresy to their enthusiasm and disobedience. Pope Lucius III. excommunicated them. Their sect being spread in Languedoc, Alphonsus II. king of Arragon, condemned them in 1194, and Barnard, archbishop of Narbonne, in a conference, convicted them of many errors in faith.

  Reinerius Sacho, who from a minister of the Waldenses became a Catholic, and a Dominican friar, in 1250, in his treatise against the Waldenses, tells us, that among other errors, they affirmed that the church had failed ever since St. Sylvester, by possessing temporalities; that it is unlawful for the clergy to have estates or prebends, and that they ought to work with their hands as the apostles did; that no rents or tithes ought to be paid to them, and nothing bequeathed to churches; that all bishops are murderers, because they tolerate wars; that it is never lawful to swear; and that a man ought rather to die than to take an oath, even in a court of judicature and upon any necessity. They condemned all ecclesiastical judgments; also all princes and judges, pretending that it is never lawful to punish malefactors, or to put any man to death. They denied purgatory, and rejected prayers for the dead, indulgences, all festivals, even Easter-day; also the invocation of saints, and veneration of images, crosses, or relics; they affirmed that absolution or any other sacrament is null if administered by a bad priest; but that a good laic has power to remit sins, and to confer the Holy Ghost by the imposition of hands; that it is a grievous sin for a man to cohabit with his wife when she is past child-bearing. They rejected the exorcisms, benedictions, and sureties in baptism, and said that the washing of infants did not avail them. Concerning the eucharist, they said that priests who are in mortal sin, cannot consecrate, and that transubstantiation is not effected in the hands of him who consecrates unworthily, but in the mouth of him who receives worthily. They rejected the canon of the mass, only reciting in the vulgar tongue the words of consecration. They taught that all the laics are as so many priests, and that it is better to confess to a good laic than to a bad priest. Peliedorfius, who wrote against the Waldenses one hundred years after Reinerius, gives the same history of their original, and ascribes to them the same errors.

  The Waldenses or Vaudois subsisted in certain valleys of Piedmont, till, in 1530, Oecolampadius and the Sacramentarians of Switzerland entered into a treaty with them, but could not bring it to any conclusion. Six years after this, Farel and other Calvinistical ministers, by showing them that their temporal safety made it necessary, effected a union, but obliged them to reject several errors which they maintained, and to acknowledge that a Christian might sometimes lawfully swear before a magistrate, and punish malefactors with death; also that the ministers of the altar might possess temporal estates, and that wicked ministers validly confer the sacraments. They likewise engaged them to maintain that the body of Christ is not in the eucharist, and that there is no necessity of confessing one’s sins: which points were contrary to their former doctrine. Notwithstanding this union, most of the Vaudois adhered to their own principles till, in 1630, they were compelled for protection to receive Calvinistical ministers. On the Waldenses and Albigenses, see Bossuet, in his History of the Variations, l. 11; De Marca in the History of Bearn. Fleury, b. 73, n. 12; F. Fontenai, in the ninth, tenth, and eleventh tomes of the Continuation of F. Longueval’s Church History of France, and the late History of Languedoc.

  Other heresies prevailed in these parts in the twelfth and thirteenth centuries. The Petrobrusians took their name from Peter Bruys, a native of Dauphiné. He was yet young when he commenced reformer: began by a most austere singular manner of life to gain a reputation among the populace and women, though the writers of that age accuse him of covering most wicked actions and corrupt morals under a hypocritical garb. He went very sorrily clothed, and his ordinary retreats were the cottages of peasants. Having a ready tongue, he first gained attention by declaiming against the riches and manners of the clergy, and afterwards boldly sowed his errors in Provence, Languedoc, and Gascony. Peter the Venerable, abbot of Cluni, who wrote against them, reduces them to five: viz. That he denied the validity of infant baptism; condemned the use of churches and altars, and, wherever his rabble was strong enough, beat them down; rejected the mass; denied that alms and prayers avail the dead, and forbade the singing of the divine praises in churches; rejected the veneration of crosses, broke them down, and made bonfires of the wood, on which he boiled great pots of broth and meat, for a banquet, to which he invited the poor. Peter Abaillard (Introd. ad Theol. p. 1086,) and other writers of that age give the same account of his heresies. He was taken, strangled, and his body burnt for his riots at St. Giles’s, in 1126.

  His disciple Henry, a pretended hermit, an eloquent but illiterate man, propagated his errors. Hildebert, the zealous and pious bishop of Mans, famous for his elegant letters, sermons and other works, tells us, that while he went to Rome to procure the pope’s leave to retire to Cluni, (which he did not obtain,) that hypocrite, who went barefoot even in the middle of the winter, and ate and slept on some hill in the open air, obtained surreptitiously leave to preach penance in his diocess. When he had gained crowds of innumerable followers, by railing against their superiors and the clergy, then he openly discovered his heresies. Regardless of the censures which the clergy fulminated against him, he continued his seditious discourses, though the clergy convicted him of having committed adultery on Whitsunday, &c. Fanaticism often extinguishes all sense of modesty and decency. Henry, attaching lewd women to his party, persuaded them that they obtained the pardon of all past sins by public immodesties in the church, and made innumerable marriages among the people, all which he caused to be contracted with the like shameful ceremonies, as is related in the History of the bishop of Mans, Acta Epist. Cenoman. Hildebert, upon his return, was surprised to see the havoc which the wolf had made in his flock, but in a short time regained their confidence, convicted Henry publicly of ignorance and imposture, and obliged him to leave his diocess, and return to his own country.—Hist. de l’Egl. de Fr. l. 22, t. 8, p. 191.

  Arnold of Bresia taught the same doctrine with these heretics concerning infant baptism and the sacraments; and also, that the pope and bishops cannot hold any temporal estates, which ought to be given to kings or the commonwealth. He had dogmatized in Lombardy and Switzerland, when, upon information that many seditious persons at Rome desired to see him there, he repaired thither; and stirred up great disturbances, attempting to restore the senate, under six succeeding popes, Innocent II., Celestine II., Lucius II., Eugenius III., Honorius II., Anastasius IV., and Adrian IV., the English pope. Under this last, he was obliged to fly to Otricoli in 1155, and being taken, was brought back to Rome, and condemned by the governor to be hanged and burnt. See Baronius and Spondan. The followers of this heresiarch were called Publicans or Poplicans. They became powerful in Gascony, and possessed themselves there of several castles.

  The southern countries of France were also deeply infected with the poison of the Manichees, which had been introduced from the East into Europe. It penetrated into Bulgary in the eighth century, whence these heretics were often called in Europe Bulgarians. In the twelfth century, the army of Frederic being composed of many such, these communicated their dangerous principles to many malecontents in Lombardy during the wars; out of which country they spread throughout Provence, Languedoc, and Gascony, under the names of Cathari or Puritans, New Manichees, New Arians, Bons-hommes, &c. This last name they acquired by their affected hypocrisy, and were known by it when they were cited and examined as to their faith, by a council held at Lombez in Gascony, eight leagues from Toulouse. Being interrogated by the Bishop of Lodeve, by order of the Bishop of Albi, they declared, that they did not receive the law of Moses, nor the prophets, nor the psalms, but only the books of the New Testament; that they believed any good man, whether priest or laic, could consecrate the eucharist; that contrition and confession sufficed for the pardon of sins without penances, fasts, alms-deeds, or the like; that bishops, who have not the qualifications required by St. Paul, are wolves and devourers, not pastors, and that no obedience is due to them, &c. Their errors were confuted by Pontius, archbishop of Narbonne, Arnulphus, bishop of Nismes, and two abbots, who only made use of the New Testament against them. After which a solemn sentence was pronounced, in 1176, by the Bishop of Lodeve in the name of the council, condemning these heretical opinions, and excommunicating Oliver and the other heretics of Lombez, and all others who held the same doctrine with them. The heretics protested against the sentence, saying the bishop who pronounced it was a heretic, a hypocrite, and their enemy; and that none of the bishops were pastors, but hirelings.

  These heretics were named Albigenses towards the beginning of the twelfth age, not from Albe in the Vivarais, as De Thou conjectures, but either from the city Albi, or rather, as the learned authors of the history of Languedoc show, from the province called ever since the fifth century Albigensis, and the people Albigenses, about Beziers and Castres. They were composed of all the former sects, and differed in opinions among themselves. Alanus, a Cistercian monk, who for his skill in all the sciences was surnamed at Paris the Universal Doctor, wrote two books against the Albigenses and Waldenses about the year 1212: and Peter of Vaux-Sernay, a Cistercian monastery in the diocess of Paris, who accompanied his abbot Guy into Languedoc (he being one of the twelve Cistercian abbots commissioned by Innocent III. to preach against the Albigenses) wrote, by order of that pope, a history of the Albigenses. These two writers charge them in general with the following errors: they owned two Principles or Creators, the one good, the other bad; the former the Creator of the invisible spiritual world, the latter the Creator of bodies, the author of the Jewish dispensation, and author of the Old Testament; they admitted two Christs, the one bad, who appeared upon earth, and the other good, who never lived in this world; they denied the resurrection of the flesh, and believed that our souls were demons, confined to our bodies in punishment of sins committed by them in a former state of existence; they condemned all the sacraments, rejected baptism as useless, abominated the eucharist, practised neither confession nor penance, believed marriage unlawful, and ridiculed purgatory, praying for the dead, images, crucifixes, and the ceremonies of the church. They distinguished themselves into two sorts, The Perfect, who boasted of living continently, neither ate flesh, nor eggs, nor cheese, abhorred lying, and never swore; and The Believers, who lived and ate as other men did, and were irregular in their manners, but were persuaded that they were saved by the faith of the Perfect, and that none of those who received the imposition of their hands were damned.

  Luke, bishop of Tuy in Spain, about the year 1270, wrote three books against the Albigenses. In the first he establishes the intercession of saints, purgatory, and prayers for the dead; in the second, the sacraments, sacrifice, and benedictions of the church, and the veneration of crosses and images; and in the third, he detects their fallacies, lies, dissembling of their sentiments, setting up false miracles, and corrupting the writings of Catholic doctors.

  Reinerius, above-quoted, says the Cathari were divided into three general sects: one of which, called the Albanois, had two heads, one, whom they called Bishop of Verona in Italy, the other was one John of Lyons in France. He informs us that the common errors of the Cathari were, that the devil was the author of this world, that marriage is a mortal sin, as well as the eating of flesh, eggs, and cheese; and that there is no purgatory. They allowed of four sacraments, but such as agreed only in name with those of the church; for instead of baptism they made use of the imposition of hands; instead of consecrating the eucharist, they blessed a loaf before meals, and after having said the Lord’s Prayer, broke it, and distributed it to all who were present: they taught that the imposition of hands remits entirely the punishment and guilt of sin, and made no confession besides a public acknowledgment of their sins in general; they allowed of four degrees of orders, the bishop, the first son, the second son, and the deacon: they denied purgatory, and the resurrection of the body. Among these the Buncarii or Patarini maintained, that no mortal sin is committed by the lower part of the body. The Ortlibenses or Orbibarians denied the Trinity, taught that Jesus Christ was the son of Joseph and Mary, and that he did not suffer really; believed the world eternal, denied the resurrection, and the last judgment, &c. Thus Reinerius.

  It must be observed from the contemporary authors, that among the heretics of that age, two sorts of errors prevailed. The first were common to all the heretics of that century, for the Albigenses and Cathari adopted the errors of the Waldenses against the hierarchical order of the church, its usages, ceremonies, and sacraments; and to these a spirit of revolt which prevailed in many places, gave rise: for men could not withdraw themselves from superiors without making a breach, and seeking some pretence. The second sort of errors was peculiar to certain sects which fell into strange extravagancies and abominable disorders. These, who came under the general name of Albigenses or New Manichees, made great progress in the southern parts of France, under the protection of certain powerful princes, the lure of independence and of rich spoils.

  Charles the Bald, king of France, in 855, made Raymund, son of the governor of Toulouse, hereditary governor and count, reserving only a homage to be paid to himself and successors. Raymund V. the tenth sovereign count of Toulouse, duke of Narbonne, and marquis of Provence, died a zealous Catholic, in 1194. His son Raymund VI. openly protected these impious heretics, who in armed troops expelled the bishops, priests, and monks, demolished monasteries, and plundered churches. They were also countenanced in their seditions and violences by the Earls of Foix and Comminge, the Viscount of Bearn, and other princes in those parts. Pope Innocent III. ordered Arnold, abbot of Citeaux, to employ his monks in preaching against these heretics in Languedoc. Accordingly twelve abbots of that Order were charged with that commission. But the princes opposed their endeavours, and Peter of Chateau-neuf, a Cistercian monk, the pope’s legate in Languedoc, who exerted his authority against the heretics, was assassinated on the banks of the Rhone, near the town of St. Giles’s, where he and some other missionaries were coming out from a conference with the Count of Toulouse, in 1208. The pope excommunicated the murderers, and especially the Count of Toulouse, who was looked upon as the principal author; and exhorted Philip Augustus, king of France, and the lords of that kingdom, to raise a crusade against the Albigenses and the said count.

  Raymund had often made his peace with the church; but his repentance not being sincere, he changed every moment. Seeing now an army assembled against him, he reconciled himself to the pope, and engaged himself to re-establish the Bishops of Carpentras and Vaison, to maintain the liberties and immunities of churches, and to abandon and expel the heretics, submitting himself and his successors to the forfeiture of his estates if he did not observe what was contained in his oath. The crusaders wore their crosses on their breasts, not on their shoulders, as in the wars against the Saracens. They assembled at Lyons in 1209, and having then no more contest with the Count of Toulouse, besieged Beziers where the Albigenses had fortified themselves, and having taken the town by assault, barbarously put the inhabitants to the sword, to the number of fifteen thousand. The inhumanity of which action is not to be palliated, though the inhabitants of that town were robbers and plunderers, and guilty of all manner of crimes, as Peter of Vaux-Sernay, (c. 16,) and, from him Fleury, observes; and though the innocent perished by their own fault, by refusing to separate themselves from the guilty, when required so to do. The army also took Carcassonne, and after this chose for their general, Simon of Montfort, the seventh count of Montfort, which title is taken from Montfort-Amauri, a place ten leagues from Paris. This Simon had signalized himself for his valour in the wars against the Saracens in the East. His zeal and piety equalled him to the apostolic men, says Joinville. He every day heard mass and said the office of the church, went every week to confession, and behaved on many occasions as a true Christian hero. Nevertheless, in Languedoc the crusards exercised cruelties and injustices which no principles could justify. Crimes and seditions are not to be punished or revenged by other crimes. Avarice, ambition, or revenge in many, only covered themselves under a cloak of zeal for religion.

  The Count of Toulouse still persisting to succour the Albigenses; and breaking his other engagements, was excommunicated by the pope’s legate, and war was proclaimed against him by Simon of Montfort, who being besieged in Castlenau by the Count of Foix, defeated him, and obliged him to retire. Peter, king of Arragon, being related to the Count of Toulouse, came to his succour, and with the Counts of Toulouse, Foix, Comminge, and Bearn, at the head of above a hundred thousand men, besieged Simon in Muret, a small town on the Garonne, near Toulouse. Simon made a vigorous sally with only a thousand men, and with this small body threw the whole army into disorder, and the King of Arragon being killed in the engagement, all his troops fled, and disbanded themselves. Upon this victory the city of Toulouse surrendered itself, and in 1215 the pope confirmed to Simon that county, the duchy of Narbonne, and all the other estates of Raymund, on condition that he received the investiture from the King of France, and paid him the feodal rights. Raymund, however, recovered the city of Toulouse, and Simon was slain whilst he besieged it the same year. His younger son Simon inherited his title of Earl of Leicester with his estates in England, and settling here, became an active malecontent in the barons’ wars against Henry III. But his eldest son Amauri succeeded him in Montfort and Toulouse; and finding himself too weak to maintain these conquests in Languedoc, surrendered them to King Lewis VIII. and was made Constable of France. Raymund VI. died under the censures of the church, in 1222, though in his last moments he professed himself penitent.

  His son Raymund VII. reconciled himself to the church, and received from St. Lewis the counties of Toulouse and Agen. His only daughter and heiress married Alphonsus, count of Poitiers, brother to St. Lewis; and she dying without children, these estates fell to Philip III. king of France. King Lewis VIII. carried on the war in person against the Albigenses, who were extinguished during the minority of Lewis IX. Basnage (Hist. de l’Egl. l. 24,) pretends that the Albigenses were not generally Manichees, but agreed in doctrine with the Waldenses. That some of these latter were intermingled with the Manichees in Languedoc seems not to be doubted; and to dispossess the clergy of their estates seems to have been the capital principle of the Waldenses, and the source of the disorders by which they became enemies to public peace, and to the laws of civil society. 

Note 6. Le Gendre, Hist. de Fr. t. 2, p. 364. 

Note 7. Petr. Vallis. Hist. Albig. c. 7. Fleury, l. 76, n. 28. 

Note 8. Echard, t. 1, p. 6. Touron, c. 8, p. 61. 

Note 9. Manriquez and Baillet make the legate Peter of Castelnau the first inquisitor, in 1204. Fleury (l. 73, n. 54,) dates the origin of that tribunal from the decree of the council of Verona in 1184, in which it is ordained that the bishops in Lombardy make diligent search to detect heretics, and deliver up those that are obstinate to the civil magistrate to be corporally punished. Malvenda (ad an. 1215) says, that St. Dominic received from the pope a commission like that before sent to Peter of Castlenau, to judge and deliver to punishment apostates, relapsed and obstinate heretics. Whence some have called St. Dominic the first inquisitor, as the Bollandists show in a long dissertation. (Aug. tom. 1.) But Touron observes (ch. 13, p. 88,) that the Albigenses in Languedoc neither were, nor could be the object of such a court as an inquisition while St. Dominic preached there; far from being occult, they were armed, preached publicly, and had the princes in their interest. He, secondly, takes notice that St. Dominic is never mentioned by the original authors of his life to have employed against the heretics any other arms than those of instruction and prayer, in which they descend to a very particular detail. “Mansit in Tolosanis partibus multo tempore——vir per omnia apostolicus, propugnans fidem, expugnans hæresim verbis, exemplis, miraculis,” says Theodoric of Apolda, c. 2, n. 33. Whence F. Fontenai (Cont. of F. Longueval’s History of the church of France, t. 11, l. 35, p. 90 and 129,) says judiciously, that the Cistercian monks were first charged with a commission by the pope to denounce the Albigenses to the civil magistrate, where it could be done; which was a prelude to the inquisition; the project of which court was first formed in the council of Toulouse in 1229; and Pope Gregory IX. in 1233, nominated two Dominican friars in Languedoc the first inquisitors, as William of Puy-Laurens, chaplain to Raymund VII. count of Toulouse, in his Chronicle, (c. 43,) and Bernard Guidonis relate. This tribunal has been since established under different regulations in some parts of Italy, in Malta, Spain, and Portugal; whilst other kingdoms have always been most jealous to exclude it. The author of the History of Languedoc (t. 3, l. 21, p. 13,) says that Rainer and Guy, two Cistercian monks, in 1198, were first charged with the functions of those who were afterwards called Inquisitors. 

Note 10. Echard De Script. Ord. Prædic. t. 1, pp. 55, 88. 

Note 11. Ch. 18, p. 130. 

Note 12. So Malvenda, the ancient chronicle called Præclara Francorum Facinora, ad an. 1213, &c. 

Note 13. The Bollandists seem to dispute problematically about the author of the Rosary, which some French critics have also done. But though the frequent repetition of the Lord’s Prayer be as ancient a practice as the gospel, and some forms of this and the Angelical Salutation be found to have been in use before St. Dominic, this of the Rosary is ascribed to him by Luminosi de Aposa, who had often heard him preach at Bologna, and who describes the solemn devotion and confraternity of the Rosary instituted there by the same St. Dominic Guzman. Other chronicles and monuments, especially of Bologna, which attest the same, are produced in a dissertation printed at Ferrara in 1735, under the title of Vindicia, by Alex. Machiar. See also Touron, ch. 14. St. Albert of Crespin, Peter the Hermit, and several others, are said long before St. Dominic to have taught those among the laity who could not recite the Psalter, to say a certain number of Our Fathers and Hail Marys for each canonical hour of the church office. 

Note 14. Touron, l. 1, c. 17. 

Note 15. L. 78, n. 5. 

Note 16. C. 7. Fleury, l. 78, n. 31. 

Note 17. Apud Holland. p. 459.

Note 18. Theodoric, c. 7, n. 89. 

Note 19. C. 33. 

Note 20. Echard, t. 1, p. 30; Fleury, l. 78, n. 32. 

Note 21. L. 6, Hist. Polonicæ, ad. an. 1218.

Note 22. The Dominicanesses were removed by St. Pius V. from St. Sixtus’s to the stately monastery of Magnanapoli, in which ladies of the first quality often take the veil. The convent of St. Sixtus was restored to the Dominican friars in 1602, by Clement VIII. who, in the bull of this grant mentions, that St. Dominic had in that place raised three persons to life. The Dominicans are still possessed of the two convents of St. Sixtus and St. Sabina; but their principal house is that of St. Mary at Minerva, it being built in part upon the ruins of Pompey’s temple of Minerva. This great monastery was bestowed on the Dominicans by Gregory XI. in 1375. 

Note 23. “O adolescens Napoleo, in nomine Domini nostri Jesu Christi tibi dice, surge—statim videntibus cunctis sanus et incolumis surrexit.”—Theodoric, n. 92, p. 579. 

Note 24. “Omnibus quæ circa resuscitatum agebantur, aderat.” Joan Longin. loc. cit. 

Note 25. By this account it is evident that St. Dominic could never have met St. Francis at his great chapter held in his convent of the Portiuncula at Whitsuntide, in 1219, nor have there had any conferences with him, as Wadding, and some of the continuators of Bollandus are willing to believe; (see Touron, l. 2, c. 12;) neither had he any conference with St. Francis at Perugia, as Fleury imagined. (l. 78, n. 19.) 

Note 26. Apud. Bolland, t. 1, Aug. p. 640, n. 40; Fleury, l. 78, n. 49. 

Note 27. Bishop Tanner counts forty-three houses of preaching friars in England at the dissolution of monasteries; but could not discover in this kingdom any house of nuns of this Order. The first habit of these friars was that of the regular canons; but this they changed for a white robe with a white hood; over which, when they go out; they wear a black cloak with a black hood; from which they were called in England Black Friars, as the Carmelites were known by the name of White Friars. This Order hath given the church five popes, forty-eight cardinals, twenty-three patriarchs, fifteen hundred bishops, six hundred archbishops, seventy-one masters of the sacred palace, and a great number of eminent doctors and writers. The history of these latter is compiled by F. James Echard, a French Dominican friar, with so much order, erudition, judgment, and eloquence, as to be a model for all such works; it was printed in 1719, in two volumes folio. F. A. Touron compiled the history of all the eminent men of this Order in six large volumes, besides two others, containing the lives of St. Dominic and St. Thomas Aquinas. The work is written in an elegant style, and has deserved the repeated eulogiums of Pope Benedict XIV. in several letters with which he honoured the author upon each volume, whom he afterwards called to Rome. F. Helyot and Mr. Stevens inform us, that this numerous Order is at present divided into forty-five provinces, besides twelve particular congregations or reforms, governed by so many general vicars.

Note 28. Bern. Guidonis in Chron. Greg. IX. in Bulla. Prædic. t. 1. p. 26. Theodor. n. 322. Bzovius in Annal. Mamachi, Annal. ad 1221

Note 29. P. 541.

Note 30. Barthol. de Martyr, in Stimulo Pastor, c. 4. 
Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume VIII: August. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/8/041.html



San Domenico di Guzman Sacerdote e fondatore dei Predicatori


Caleruega, Spagna, 1170 - Bologna, 6 agosto 1221

Nato nel 1170 a Caleruega, un villaggio montano della Vecchia Castiglia (Spagna), si distinse fin da giovane per carità e povertà. Convinto che bisognasse riportare il clero a quella austerità di vita che era alla base dell'eresia degli Albigesi e dei Valdesi, fondò a Tolosa l'Ordine dei Frati Predicatori che, nato sulla Regola agostiniana, divenne nella sostanza qualcosa di totalmente nuovo, basato sulla predicazione itinerante, la mendicità (per la prima volta legata ad un ordine clericale), una serie di osservanze di tipo monastico e lo studio approfondito. San Domenico si distinse per rettitudine, spirito di sacrificio e zelo apostolico. Le Costituzioni dell'Ordine dei Frati Predicatori attestano la chiarezza di pensiero, lo spirito costruttivo ed equilibrato e il senso pratico che si rispecchiano nel suo Ordine, uno dei più importanti della Chiesa. Sfinito dal lavoro apostolico ed estenuato dalle grandi penitenze, il 6 agosto 1221 muore circondato dai suoi frati, nel suo amatissimo convento di Bologna, in una cella non sua, perché lui, il Fondatore, non l'aveva. Gregorio IX, a lui legato da una profonda amicizia, lo canonizzerà il 3 luglio 1234. (Avvenire)

Patronato: Astronomi

Etimologia: Domenico = consacrato al Signore, dal latino

Emblema: Stella in fronte, Giglio, Cane, Libro

Martirologio Romano: Memoria di San Domenico, sacerdote, che, canonico di Osma, umile ministro della predicazione nelle regioni sconvolte dall’eresia albigese, visse per sua scelta nella più misera povertà, parlando continuamente con Dio o di Dio. Desideroso di trovare un nuovo modo di propagare la fede, fondò l’Ordine dei Predicatori, al fine di ripristinare nella Chiesa la forma di vita degli Apostoli, e raccomandò ai suoi confratelli di servire il prossimo con la preghiera, lo studio e il ministero della parola. La sua morte avvenne a Bologna il 6 agosto.

(6 agosto: A Bologna, anniversario della morte di san Domenico, sacerdote, la cui memoria si celebra tra due giorni).

«Era di media statura ed esile di corpo; aveva un bel viso e la carnagione rosea; i capelli e la barba tendevano al rosso; gli occhi erano belli. Dalla sua fronte e di tra le ciglia, irradiava come uno splendore che a tutti ispirava rispetto e simpatia. Rimaneva sempre sereno e sorridente, tranne quando era addolorato per qualche angustia del prossimo. Aveva lunghe e belle mani e una voce forte e armoniosa. Non fu mai calvo, ma aveva la corona della rasura tutta intera, cosparsa di qualche capello bianco».

A presentarlo così in tutto il suo fascino umano e soprannaturale è la beata Cecilia Cesarini, che da san Domenico di Guzman nel 1220 aveva ricevuto il santo abito religioso. Il medesimo fascino verso di lui lo sentirono quelli che lo conobbero di persona o soltanto ne sentirono raccontare, così da mettersi alla sua sequela, per vivere più intensamente sulle sue orme, la sequela Christi.

“Innamorato di Cristo”

Era nato, Domenico di Guzman, a Caleruega nella vecchia Castiglia, da Felice di Guzman e da Giovanna d’Aza, nel 1171. Ancora fanciullo, era stato affidato allo zio Prete perché venisse introdotto nei primi elementi del sapere e alle Verità della Fede.
Fin dalla sua giovanissima età – dicono i biografi – ardeva di uno sconfinato amore a Gesù. A 15 anni, passò a Palencia per frequentare le scuole – le arti liberali e la Teologia – nella città.

Al termine degli studi, fu ordinato Sacerdote ed entrò (1196-1197) nel Capitolo dei Canonici di Osma, per invito dello stesso Priore, Diego di Azevedo. Vita di studio e di preghiera, di raccoglimento e di celestiale purezza distinsero Domenico nei primi anni di Sacerdozio (e poi per sempre). Dante Alighieri che sentì, quasi cento anni dopo, il fascino di lui, pensando a questo periodo di silenzio, già scrisse: «Domenico fu detto; e io ne parlo / sì come de l’agricola che Cristo / elesse all’orto suo per aiutarlo» (Paradiso XII, 70-72).

Dio lo preparava a una grande missione. Quando nel 1201 Diego diventò Vescovo di Osma e subito dovette partire per un incarico in Danimarca, si scelse come compagno di viaggio lo stesso Domenico: nei dintorni di Tolosa, i due viaggiatori scoprirono il dilagare dell’eresia catara: dal nome della città di Alby, dove si erano insediati, gli eretici saranno in seguito chiamati “albigesi”.

Era, la loro, una collezione di gravissimi errori, radicati nella negazione dell’Incarnazione del Figlio di Dio, nel rifiuto fondamentale di Gesù, come Uomo-Dio. Domenico una notte discusse a lungo con l’oste che lo ospitava, un cataro, e lo convertì alla Chiesa Cattolica. Comprende che il bisogno di Verità in quella terra e nel suo tempo era grandissimo: decise con il Vescovo Diego di darsi alla loro conversione. Anche le popolazioni nordiche d’Europa (“i cumani”) ancora pagane lo spingevano a farsi missionario.

Scesi entrambi a Roma, nel 1206, Papa Innocenzo III orientò Domenico a dedicarsi alla conversione degli albigesi. Rimasto presto solo per la morte di Diego, Domenico non si ritirò di fronte all’impresa immane di affrontare degli avversari implacabili e agguerriti. Dante ne scriverà: «In picciol tempo, gran dottor si feo... / Poi con dottrina e con volere insieme, / con l’officio apostolico si mosse, / quasi torrente ch’alta vena preme» (Paradiso XII, 85, 97-99). In una parola, il “vir canonicus” che era stato fino ad allora, nell’osservanza di una regola di preghiera, si fece vir totus apostolicus. Uomo di apostolato, di predicazione, mai lasciando però la preghiera e la contemplazione, in una mirabile sintesi di vita e di azione.

Stabilitosi a Fanjeaux, in un’umile casetta (che c’è ancora), vivendo pressoché solo per circa dieci anni, dal 1206 al 1215, con pubblici dibattiti, colloqui personali, trattative, predicazione, opera di persuasione, preghiera e penitenza, soprattutto con l’autorevolezza di una vita intensamente conforme a Gesù solo, l’unico sconfinato Amore della sua esistenza, con la forza della devozione alla Madonna, Domenico portò a compimento un’opera straordinaria, che si impone agli avversari: “Incendiario di amore a Cristo” – come lo definirà Georges Bernanos – conquistatore di amore a Lui per amor suo.

Il Fondatore

A cominciare dal 1215, a Domenico si unirono alcuni amici, presi dallo stesso suo ideale: contemplare Gesù-Verità, trasmettere agli altri Gesù-Verità. Il suo stile di vita è splendido, come narrano i testimoni: «Domenico si dimostrava dappertutto uomo secondo il Vangelo, nelle parole e nelle opere. Durante il giorno, nessuno era più socievole, nessuno più affabile con i fratelli e con gli altri. Di notte, nessuno era più assiduo e più impegnato nel vegliare e nel pregare. Era assai parco di parole e, se apriva bocca, era o per parlare con Dio nella preghiera o per parlare di Dio nella predicazione. Questa era la sua norma che seguiva e raccomandava agli altri».

Ecco, Domenico di Guzman parlava o con Gesù o di Gesù. Meraviglioso. Era la vita secondo “la sapienza della croce”, per “Gesù Cristo e Lui crocifisso” (1Cor 2,1-8). Con i suoi amici, che ne condividevano l’ideale, nacque così uno dei più grandi Ordini della Chiesa, l’Ordine dei Predicatori – i Domenicani – che Papa Onorio III il 22 dicembre 1216 approvò in modo definitivo e lanciò nel mondo a conquistare i fratelli a Cristo, tramite lo studio, la contemplazione e la predicazione di Gesù Verità: «Contemplari. Contemplata aliis tradere».

Scriverà Padre Lacordaire (1802-1861): «Si rispose a Domenico come si era risposto a Pierre l’Ermite: si divenne Frati predicatori come prima si era divenuti crociati. Le università d’Europa andarono a gara nell’offrire a Domenico i loro docenti che prima della bolla di Onorio III non disponeva che di 16 collaboratori, fondò 60 conventi popolati di uomini scelti e di una schiera entusiasta di giovani. Amavano Dio, lo amavano veramente. Amavano il prossimo più di se stessi. Erano anime appassionate».

Rapidamente Domenico disseminò i suoi “figli” in Europa avviandoli a occupare i centri universitari, come Bologna e Parigi. Viaggiando senza posa, da Tolosa a Roma, da Bologna a Parigi (anche la piccola Asti, la mia città, ebbe il Convento domenicano fondato personalmente da lui!) per diffondere e consolidare la sua opera, in appena 5 anni, riempì l’Europa dei suoi “bianchi” Frati, i predicatori della Verità, che la gente del popolo chiamava “i Frati di Maria”, per la loro devozione straordinaria alla Madonna. I loro nomi illustri partono da lui e giungono sino a noi, da san Tommaso d’Aquino a Savonarola, da san Pio V a Garrigou-Lagrange.

Il 6 agosto 1221, Domenico di Guzman va all’incontro con Dio promettendo ai suoi Frati (cf. Responsorio “O spem miram”) che sarebbe stato più utile loro in Cielo che sulla terra. Appena 13 anni dopo, nel 1234, Papa Gregorio IX, che l’aveva conosciuto di persona, lo iscrisse tra i Santi. L’elogio più alto di lui venne da Dio Padre stesso a santa Caterina da Siena, la sua più illustre “figlia”: «San Domenico è l’immagine viva del mio Verbo Incarnato, Gesù...
Io ho generato questi due figli, uno, Gesù, per natura; l’altro, Domenico, per amore. Per dono mio speciale, furono in Domenico somiglianti a quelle di Gesù le fattezze naturali del volto e della persona».

Davvero l’irresistibile fascino che lungo i secoli ha fatto dire a diversi giovani, messisi alla sua scuola, come Maestro Tommaso d’Aquino: «Io sono degli agni della santa greggia / che Domenico mena per cammino, / u’ ben s’impingua, se non si vaneggia» (Paradiso X, 94-96).
Proprio così, alla scuola di san Domenico ci si fa grandi Santi, a patto che non si vaneggi.
Autore: Paolo Risso




Domenico nacque nel 1170 a Caleruega, un villaggio montano della Vecchia Castiglia (Spagna) da Felice di Gusmán e da Giovanna d'Aza.

A 15 anni passò a Palencia per frequentare i corsi regolari (arti liberali e teologia) nelle celebri scuole di quella città. Qui viene a contatto con le miserie causate dalle continue guerre e dalla carestia: molta gente muore di fame e nessuno si muove! Allora vende le suppellettili della propria stanza e le preziose pergamene per costituire un fondo per i poveri. A chi gli esprime stupore per quel gesto risponde: "Come posso studiare su pelli morte, mentre tanti miei fratelli muoiono di fame?"

Terminati gli studi, a 24 anni, il giovane, assecondando la chiamata del Signore, entra tra i "canonici regolari" della cattedrale di Osma, dove viene consacrato sacerdote. Nel 1203 Diego, vescovo di Osma, dovendo compiere una delicata missione diplomatica in Danimarca per incarico di Alfonso VIII, re di Castiglia, si sceglie come compagno Domenico, dal quale non si separerà più.

Il contatto vivo con le popolazioni della Francia meridionale in balìa degli eretici catari, e l'entusiasmo delle cristianità nordiche per le grandi imprese missionarie verso l'Est, costituiscono per Diego e Domenico una rivelazione: anch'essi saranno missionari. Di ritorno da un secondo viaggio in Danimarca scendono a Roma (1206) e chiedono al papa di potersi dedicare all'evangelizzazione dei pagani.

Ma Innocenzo III orienta il loro zelo missionario verso quella predicazione nell'Albigese (Francia) da lui ardentemente e autorevolmente promossa fin dal 1203. Domenico accetta la nuova consegna e rimarrà eroicamente sulla breccia anche quando si dissolverà la Legazione pontificia, e l'improvvisa morte di Diego (30 dicembre 1207) lo lascerà solo. Pubblici e logoranti dibattiti, colloqui personali, trattative, predicazione, opera di persuasione, preghiera e penitenza occupano questi anni di intensa attività; cosi fino al 1215 quando Folco, vescovo di Tolosa, che nel 1206 gli aveva concesso S. Maria di Prouille per raccogliere le donne che abbandonavano l'eresia e per farne un centro della predicazione, lo nomina predicatore della sua diocesi.

Intanto alcuni amici si stringono attorno a Domenico che sta maturando un ardito piano: dare all Predicazione forma stabile e organizzata. Insieme a Folco si reca nell'ottobre del 1215 a Roma per partecipare al Concilio Lateranense IV e anche per sottoporre il suo progetto a Innocenzo III che lo approva. L'anno successivo, il 22 dicembre, Onorio III darà l'approvazione ufficiale e definitiva. E il suo Ordine si chiamerà "Ordine dei Frati Predicatori".

Il 15 agosto 1217 il santo Fondatore dissemina i suoi figli in Europa, inviandoli soprattutto a Parigi e a Bologna, principali centri universitari del tempo. Poi con un'attività meravigliosa e sorprendente prodiga tutte le energie alla diffusione della sua opera. Nel 1220 e nel 1221 presiede in Bologna ai primi due Capitoli Generali destinati a redigere la "magna carta" e a precisare gli elementi fondamentali dell'Ordine: predicazione, studio, povertà mendicante, vita comune, legislazione, distribuzione geografica, spedizioni missionarie.

Sfinito dal lavoro apostolico ed estenuato dalle grandi penitenze, il 6 agosto 1221 muore circondato dai suoi frati, nel suo amatissimo convento di Bologna, in una cella non sua, perché lui, il Fondatore, non l'aveva. Gregorio IX, a lui legato da una profonda amicizia, lo canonizzerà il 3 luglio 1234.
Il suo corpo dal 5 giugno 1267 è custodito in una preziosa Arca marmorea. I numerosi miracoli e le continue grazie ottenute per l'intercessione del Santo fanno accorrere al suo sepolcro fedeli da ogni parte d'Italia e d'Europa, mentre il popolo bolognese lo proclama "Patrono e Difensore perpetuo della città;".

La fisionomia spirituale di S. Domenico è inconfondibile; egli stesso negli anni duri dell'apostolato albigese si era definito: "umile ministro della predicazione". Dalle lunghe notti passate in chiesa accanto all'altare e da una tenerissima devozione verso Maria, aveva conosciuto la misericordia di Dio e "a quale prezzo siamo stati redenti", per questo cercherà di testimoniare l'amore di Dio dinanzi ai fratelli. Egli fonda un Ordine che ha come scopo la salvezza delle anime mediante la predicazione che scaturisce dalla contemplazione: contemplata aliis tradere sarà la felice formula con cui s.Tommaso d'Aquino esprimerà l'ispirazione di s. Domenico e l'anima dell'Ordine. Per questo nell'Ordine da lui fondato hanno una grande importanza lo studio, la vita liturgica, la vita comune, la povertà evangelica.

Ardito, prudente, risoluto e rispettoso verso l'altrui giudizio, geniale nelle iniziative e obbediente alle direttive della Chiesa, Domenico è l'apostolo che non conosce compromessi né irrigidimenti: "tenero come una mamma, forte come un diamante", lo ha definito Lacordaire.

Fonte:
Edizioni Studio Domenicano, Bologna