dimanche 3 avril 2016

GERHARD TERSTEEGEN

Gerhard Tersteegen



Il faut être reconnaissant à Michel Cornuz de présenter au public ces petits traités d’un auteur apprécié dans l’espace germanophone – de nombreux cantiques sont de sa plume – mais peu connu en France. Quelques 250 ans nous séparent de la première édition de ces textes. Si on sent la distance historique, perceptible dans le style du langage, ces écrits n’ont cependant rien perdu de leur actualité.Tersteegen milite auprès de ses coreligionnaires protestants pour une réhabilitation de la mystique, suspectée d’enthousiasme. Éluder la part affective de l’expérience spirituelle en revient non seulement à assécher la foi mais aussi à favoriser le retour de l’émotionnel sous forme de quêtes ésotériques irrationnelles, danger ô combien actuel.

Michel Cornuz présente ici trois textes de Tersteegen. Le premier, « Instruction pour une juste compréhension et un bon usage de l’Ecriture sainte », relie expérience spirituelle et lecture biblique, parole intérieure et extérieure, en un « cercle vertueux », les deux se favorisant et se conditionnant mutuellement. Le second, « Epître au sujet de la raison… » tâche de mieux définir les possibilités et les limites de l’intelligence humaine par rapports à la foi. Vieux débat ! Tersteegen se tient également éloigné des ratiocinations que des débordements sentimentaux et plaide pour  un passage toujours à renouveler « de la tête au cœur ». Le dernier, « Bref exposé de la nature et de l’utilité de la vraie piété », défend le bonheur de la vie spirituelle contre tout soupçon formulé à l’encontre de la mystique. Celle-ci ne se caractérise nullement par des dons extraordinaires, mais se vérifie au contraire dans une sanctification « ordinaire » et quotidienne de tout chrétien.

Tersteegen cherche constamment l’équilibre entre deux stratégies. La première veut prévenir tout orgueil rationaliste par une intégration de l’expérience personnelle. La seconde évite tout débordement affectif, mettant au centre l’Ecriture pour faire coupure par rapport à la pure subjectivité. Cette harmonie entre les différentes strates de la personnalité est à redécouvrir pour l’époque contemporaine.
Waltraud Verlaguet

Les protestants et la mystique

Nous assistons de nos jours à une redécouverte, y compris au sein du protestantisme, de la tradition mystique. La revalorisation de cette forme de spiritualité correspond bien à l’attente religieuse de beaucoup de nos contemporains. Elle vient également combler une place laissée trop longtemps en jachère dans le protestantisme moderne. Certains toutefois voient avec méfiance ce « retour du refoulé » et refusent, au nom de la Parole et de l’Écriture, toute forme de mystique, jugée par trop individualiste, subjective, émotionnelle, quand ce n’est pas franchement païenne. Il y aurait, selon ces théologiens, incompatibilité entre le protestantisme et la mystique ; tout accueil bienveillant de cette forme de spiritualité serait donc déjà une atteinte à la pureté de la foi réformée.

Je vous propose d’abord de voir d’où vient ce refus, et qu’il naît d’un profond malentendu sur la définition de la mystique. Puis, nous ferons un parcours historique, avec trois figures marquantes de la spiritualité protestante : Luther, le Père de la Réforme, qui a une attitude ambivalente vis à vis de la mystique ; Jacob Böhme et enfin Gerhard Tersteegen. Nous verrons ainsi comment le protestantisme peut intégrer en son sein, sans renier ses principes, la grande tradition mystique chrétienne.

Le refus

Ce refus catégorique de la mystique au sein du protestantisme est plutôt récent : il vient du courant appelé « théologie dialectique » dont les grandes figures sont Emile Brunner (1889-1966) et surtout Karl Barth (1886-1968). Barth traite la mystique d’« athéisme larvé et ésotérique » et Brunner y voit « le seul adversaire de taille de la foi chrétienne jusqu’à la fin des temps », parce qu’elle représente « la plus fine distillation du paganisme » au sein du christianisme. Ce front polémique sera repris, comme une sorte d’évidence, par leurs successeurs et est à la base de ce refus virulent de la spiritualité mystique au sein des Églises de la Réforme.

Mais si nous regardons ce que visent ces attaques, nous pouvons être étonnés ; car ce n’est pas tant la tradition mystique médiévale ou classique qui est remise en question par nos auteurs que la théologie moderniste et libérale de Schleiermacher. Schleiermacher, dans sa philosophie religieuse, proposait un système partant d’une identité essentielle entre l’Esprit divin et l’esprit de l’homme. C’est cela qui est taxé de « mystique » par nos théologiens. Ainsi comprise, la « mystique » s’oppose à la Révélation et à la foi. En effet, si la « mystique » consiste en la prise de conscience de l’unité originelle de l’homme avec Dieu, la connaissance de Dieu devient une faculté inhérente à l’homme (par une démarche d’introspection) sans qu’il y ait besoin de Révélation extérieure. Elle est alors le signe de l’orgueil de l’homme qui cherche à devenir Dieu (le « péché » par excellence). D’où l’opposition qui sera répétée ensuite si souvent comme un slogan : ou la mystique (tentative de l’homme d’accéder à Dieu par ses propres moyens) ou la Parole (Révélation qui vient de Dieu vers l’homme). Ou la religion (mouvement ascendant de l’homme vers la divinité) ou la foi (mouvement descendant du Dieu de la Bible vers l’être humain).

Toutefois, on peut se demander si cette critique de la « mystique » vise juste. En effet, quand nous lisons les témoignages des mystiques sur leur expérience, nous voyons que pour eux la mystique n’est pas un système métaphysique qui postulerait une identité essentielle de l’homme avec Dieu ; c’est bien plutôt un cheminement spirituel de transformation intérieure. L’union n’est pas un présupposé métaphysique, mais elle est l’aboutissement de la démarche, lorsque l’homme s’est vidé de lui-même pour faire toute la place à Dieu. La critique vise donc tout autre chose que la réalité vécue par les mystiques. C’est pourquoi il est si important de nous mettre à l’écoute des témoignages des mystiques sur ce qu’ils vivent 1.

Luther proche de la mystique

Quand nous regardons aux débuts de la Réforme, nous voyons que cette dernière a un souffle spirituel très fort, très proche de la mystique. Luther d’ailleurs connaissait bien les œuvres de Tauler (représentant de la mystique rhénane) et avait à plusieurs reprises fait éditer un ouvrage mystique anonyme de la fin du XIVe siècle : la « théologie germanique ». On peut même dire que l’expérience de la justification, qui est à la base de toute la théologie luthérienne, est profondément mystique. Dans son Traité de la liberté chrétienne, Luther va reprendre tout le vocabulaire de la mystique nuptiale médiévale (notamment de Bernard de Clairvaux) pour exprimer le « joyeux échange » de la justification :

« Mais voici une grâce incomparable qui appartient à la foi : elle unit l’âme à Christ comme l’épouse est unie à l’époux. Par ce mystère, dit l’apôtre, Christ et l’âme deviennent une seule chair (Eph. 5,30). Une seule chair : s’il en est ainsi et s’il s’agit entre eux d’un vrai mariage […] il s’ensuit que tout ce qui leur appartient constitue désormais une possession commune, tant les biens que les maux. Ainsi, tout ce que Christ possède, l’âme fidèle peut s’en prévaloir et s’en glorifier comme de son bien propre, et tout ce qui est à l’âme, Christ se l’arroge et le fait sien. Comparer ici, c’est découvrir l’incomparable. Christ est plénitude de grâce, de vie et de salut ; l’âme ne possède que ses péchés, la mort et la condamnation. Qu’intervienne la foi et, voici, Christ prend à lui les péchés, la mort et l’enfer ; à l’âme, en revanche sont donnés la grâce, la vie et le salut. […]

Qui donc pourrait se faire une idée digne de ce mariage royal ? Et qui pourrait embrasser les glorieuses richesses d’une telle grâce ? Voici que, riche et saint, Christ, l’époux prend pour épouse cette prostituée chétive, pauvre et impie ; il la rachète de tous ses maux, il la pare de tous ses biens. Il n’est pas possible que ses péchés la perdent, car ils reposent sur Christ et sont engloutis en lui. Quant à elle, elle possède en Christ la justice qu’elle peut regarder comme la sienne propre et qu’à l’encontre de tous ses péchés elle peut opposer en toute assurance à la mort et l’enfer en disant : “Si moi, j’ai péché, mon Christ n’a pas péché ; c’est en lui que je crois, tout ce qui est à lui est à moi et tout ce qui est à moi est à lui” selon le Cantique des cantiques : “Mon Bien-aimé est à moi et je suis à lui” (Ct 2,16) 2. »

Ce sont bien les thèmes de la mystique nuptiale, mais au lieu de décrire le terme du cheminement spirituel, Luther les utilise pour exprimer l’expérience du commencement, lorsque l’être humain découvre qu’il est aimé inconditionnellement par Dieu. De ce fondement vont naître les principaux principes de la Réforme, là aussi en parenté très étroite avec la mystique.

La grâce seule est l’affirmation de la gratuité de l’Amour divin qui ne dépend pas des œuvres humaines. Cela rejoint la valorisation de la passivité de l’être humain chez de nombreux mystiques. Le Christ seul signifie la relativisation de toutes les médiations humaines pour entrer en communion avec Dieu. Cette union sans « intermédiaires institutionnels » est aussi recherchée par les mystiques. L’Écriture seule indique le lieu où rencontrer le Christ, Parole de Dieu. Luther, pourrait-on dire, transpose pour tout le peuple chrétien, le principe de la lectio divina (voir à son sujet p. VI, col. 1) en usage dans les monastères. Enfin le sacerdoce universel de tous les chrétiens permet d’abolir la séparation entre clercs et laïcs, entre une Église enseignante et une Église enseignée. Cela rejoint la mystique qui se réclame de l’autorité de l’expérience personnelle de Dieu.

Réaction de Luther face aux « enthousiastes »

Mais il y a une nette évolution de Luther vis à vis de la spiritualité mystique. Luther doit en effet lutter sur un double front : contre l’Église catholique dont il s’est détaché, mais de plus en plus aussi contre ceux qu’il appelle des « enthousiastes », qui se réclament de ses principes, mais veulent aller jusqu’au bout de leurs conséquences. Ce sont les anabaptistes, mais aussi des cercles spiritualistes, qui se basent sur l’expérience d’une lumière « intérieure » et veulent se passer de toutes les médiations extérieures. Luther va réagir vigoureusement contre ce risque de« subjectivisme » de la foi chrétienne. Il insistera de façon massive sur les aspects « objectifs » ou « extérieurs » de la foi. La grâce seule rappelle que la justification est totalement extérieure à l’être humain ; l’Écriture seule met l’accent aussi sur le fait que la Révélation ne peut venir que d’une parole extérieure (la prédication qui renvoie à l’Écriture). Luther écrira même : « Dieu ne donne à personne son Esprit ou sa grâce, sinon par ou avec la parole externe préalable. C’est là notre sauvegarde contre les enthousiastes, autrement dit : les esprits qui se flattent d’avoir l’Esprit indépendamment de la parole et avant elle, et qui, par suite, jugent, interprètent et étendent l’Écriture et la parole orale selon leur gré. […] C’est pourquoi, nous avons le devoir et sommes dans l’obligation de maintenir que Dieu ne veut entrer en rapport avec nous les hommes que par sa parole externe et par les sacrements. Tout ce qui est dit de l’Esprit indépendamment de cette parole et de ces sacrements, c’est le diable3. »

Élan mystique dans un premier temps donc, réaction anti-mystique dans un deuxième temps au nom des mêmes principes fondamentaux ; voilà comment on peut résumer l’évolution de Luther qui laisse des questions spirituelles en suspens : comment faire nôtre cette justice offerte gratuitement en Christ ? Comment passer du Christ pour nous (de la justification) au Christ en nous (de la sanctification) ? C’est ce genre de questions qui préoccupera les mystiques protestants des générations suivantes.

Böhme (1575-1624)

Jacob Böhme est beaucoup moins connu que Luther. Ce n’est pas un théologien, ni un pasteur, mais un laïc, cordonnier de son état, qui va publier une œuvre touffue à partir d’une expérience spirituelle visionnaire. Böhme relate cette expérience dans une lettre à un correspondant :

« Jamais, je n’ai nourri le désir de connaître quelque chose du Mystère divin, encore moins compris comment le chercher et comment le trouver. Mon ignorance était du genre de celle des laïcs, dans la simplicité. Je cherchais uniquement le cœur du Christ pour m’y cacher du coléreux courroux de Dieu et des attaques du Diable, et avec sérieux, je priais Dieu de me donner son Esprit Saint et sa grâce pour qu’il me bénît en lui et pour qu’il me conduisît, pour qu’il m’ôtât ce qui me détournait de lui, afin que je m’abandonnasse entièrement à lui, afin que je ne vécusse pas suivant ma volonté, mais suivant la sienne, afin qu’il fût mon unique guide et afin que je pusse être son enfant dans son fils Jésus Christ.

Dans cette recherche et dans ce désir qui m’animaient avec un sérieux extrême, et durant lesquels j’ai subi de violentes attaques […] la porte s’était ouverte devant moi, si bien qu’en un quart d’heure j’ai vu et j’ai su plus que si j’avais fréquenté l’université pendant de nombreuses années. Cela m’a grandement étonné, je ne savais pas ce qui m’arrivait, et alors, j’ai tourné mon cœur vers la louange de Dieu.

En effet, je vis et je connus l’être de tous les êtres, le fond et le sans-fond, également la naissance de la sainte trinité, l’origine et l’état originel de ce monde et de toutes les créatures par la Sagesse divine 4. »

Cette longue citation nous place au cœur de l’expérience mystique de Böhme ; on voit d’abord que c’est un être inquiet, angoissé, mélancolique qui cherche à s’apaiser « dans le cœur du Christ ». Sa démarche est dans la ligne des mystiques du détachement : il veut renoncer à sa volonté propre pour suivre uniquement la volonté divine. Il faut insister sur cet aspect, car, contrairement à beaucoup de ses commentateurs, Jacob Böhme ne cherche pas la connaissance pour le plaisir de la spéculation, mais dans le but d’éprouver le salut et de devenir « enfant de Dieu dans son fils Jésus Christ ». Sa théosophie – terme qui signifie littéralement « sagesse de Dieu » et qui désigne une connaissance par illumination (et non par la raison) de la nature de Dieu, de l’univers et de l’homme, ainsi que de leurs rapports (« correspondances ») réciproques – sera toujours au service d’une mystique de l’union à Dieu par le Christ. Dans la prière s’ouvre pour Böhme la porte de la connaissance, une connaissance intuitive et visionnaire (« Je vis et je connus ») des mystères de Dieu, de la création et de l’homme, qui le conduit à la louange.

Que peut nous apporter Böhme ?

Le climat spirituel de l’époque de Böhme est bien différent de celui de l’époque de Luther. Le problème majeur n’est plus tellement celui de la culpabilité individuelle (« Comment puis-je être juste devant Dieu ? ») mais plutôt le problème du mal « cosmique » : pourquoi le mal ? D’où vient-il ? Comment le vaincre ? Böhme va, à partir de son expérience visionnaire fondamentale, prendre à bras le corps cette question. On pourrait dire que Jacob Böhme va transposer dans la nature d’une part, et surtout en Dieu – ce qui sera considéré comme un blasphème par les orthodoxies – ce fond obscur, sombre, ténébreux qu’il ne sent que trop en lui-même. Il y a, selon notre théosophe, dans la nature divine quelque chose d’obscur ; Dieu n’est pas une réalité statique : il doit « naître » par la victoire de la Lumière sur cette source ténébreuse. Böhme décrit, de façon mythique, ce processus de « naissance » du Dieu Vivant : de la source obscure à la Lumière par l’Amour. Jacob Böhme pourra décrire ce même processus à l’œuvre dans la nature, dans l’histoire, et en chaque être humain : « la naissance de Dieu » en l’âme humaine est alors perçue, selon ce même dynamisme, comme une victoire du Christ (ou du « principe lumineux ») sur le fondement ténébreux de la personne (l’enfer ou l’angoisse) qui aboutit à la paix et à la joie de l’Esprit Saint.

Malgré son côté parfois obscur, il y a un souffle spirituel fort chez Böhme, qui a eu une très grande influence sur toute une frange très marginalisée de nos Églises, l’« ésotérisme chrétien ». Certains adeptes du New Age se réclament de sa pensée, et tenter de mieux le comprendre pourrait nous permettre de créer des ponts avec cette mouvance, par delà les anathèmes réciproques.

Trois aspects de la pensée de Böhme me semblent très actuels :

– La grande question à la base de la démarche de Böhme est aussi actuelle : nous sommes confrontés à la question lancinante du mal. Böhme ne va pas donner une explication, mais il décrit un processus de libération, que nous devons accomplir en nous-mêmes.

– Ce processus spirituel a des parentés avec la psychologie des profondeurs, notamment d’obédience jungienne (Jung s’est d’ailleurs réclamé de notre théosophe) : la prise en compte de ce que Jung appelle l’ombre permet l’unification de la personne, son « individuation ».

Toutefois la mystique de Böhme, coupée de son expérience vive, peut donner lieu à des spéculations stériles. Böhme nous donne alors un critère souple de discernement pour toute voie « d’ésotérisme » : ce voyage intérieur me conduit-il au Christ présent en moi et à la paix de l’Esprit Saint ou est-ce simplement une spéculation dangereuse dans laquelle l’homme reste prisonnier de ses propres constructions mentales ?

Tersteegen (1697-1769)

Avec Gerhard Tersteegen, nous pénétrons dans un tout autre univers spirituel, moins obscur, plus proche de la simplicité évangélique et de la grande tradition mystique chrétienne. Il convient de donner des indications biographiques sur celui qu’on a pu appeler un « saint protestant » et qui est malheureusement très peu connu, faute de traductions, dans l’espace francophone.

Tersteegen a impressionné ses contemporains par la cohérence totale entre sa vie et son enseignement, sa piété et sa personne, sa pensée et son action. Il place très haut l’idéal de sanctification, hérité de sa tradition réformée. Il naît en 1697 à la frontière entre l’Allemagne et les Pays Bas dans une famille de tisserands. Après des études excellentes, notamment dans l’apprentissage des langues (ce qui lui permettra de traduire des textes mystiques), il se voit dans l’obligation financière de travailler jeune et deviendra tisserand. Il fait une expérience spirituelle forte, sous l’influence notamment de cercles piétistes, et décide de vivre une vie érémitique, en traduisant des textes de la tradition mystique catholique (notamment les écrits de Madame Guyon, qui l’ont fortement influencé) et en se faisant « rubanier ». Tersteegen va écrire de nombreux poèmes saisissants où, dans des formules très courtes, il donne un condensé de son expérience mystique. Il fera aussi beaucoup d’accompagnement spirituel, et donnera des enseignements (au grand dam du pasteur local qui n’apprécie guère son rayonnement !).

Tersteegen cherche Dieu par le silence intérieur :


« Ô âme, sors de ta volonté propre
Rentre en toi et fais silence.
Dans le fond de ton âme, Dieu est proche.
Celui qui perd tout, là, il Le trouve. »

« Dieu est tout près, Il est en toi : ne le cherche plus au loin !
Dieu est Dieu dans les cœurs – Il aime à se donner aux cœurs.
Fais demi-tour ! Rentre en toi ! Par Dieu seul tu seras comblé !
Abandonne-Lui ta personne et tes biens et qu’Il en fasse ce qu’Il veut !
Ce que tu fais, fais-le pour Lui ! Ne regarde ni ta personne, ni tes œuvres. »


La mystique de Tersteegen est très proche de celle de Madame Guyon, peut-être plus apaisée, sans les excès de cette dernière. On peut la qualifier d’ascétique, puisqu’elle est préparée par un retrait du monde, un silence extérieur qui facilite le silence intérieur, un rejet de la dispersion et dissipation extérieures qui permet une unification intérieure. L’abandon de la volonté propre est au centre de cette mystique : il permet de laisser le cœur vide pour que Dieu vienne l’habiter. Tersteegen parle très souvent de rentrer en soi-même, il préconise donc une démarche d’intériorisation, pour découvrir (par l’abandon progressif des sens, des sentiments, des idées) ce « fond » où Dieu « révèle sa présence ». Il développe ainsi des thèmes traditionnels de la tradition mystique : ce fond est semblable à l’« étincelle divine » en l’homme de Maître Eckhart ou de la « fine pointe de l’âme » de François de Sales. Cette conception mystique lui permet d’échapper au « sentimentalisme » piétiste, car le « sentiment » est encore du domaine des « sensations » et est donc à dépasser. Quand l’homme entre dans le « repos », c’est Dieu qui peut agir à l’intérieur de l’âme totalement abandonnée pour la faire avancer dans la voie spirituelle.

Tersteegen, à la suite de Madame Guyon mais aussi de Luther, insiste sur ce caractère « passif » de la vie mystique : il met souvent en garde contre la tentation de vouloir construire par soi-même sa vie spirituelle, de vouloir en avoir la maîtrise. La vraie « piété » consiste à laisser l’Esprit agir en soi ; la seule « œuvre » de l’homme est de se rendre disponible et d’écarter tout ce qui pourrait être un obstacle à l’action intérieure de l’Esprit. Tersteegen exprime cette idée en recourant à l’image biblique du potier :

« On doit être comme de l’argile informe dans la main de Dieu. Cette main d’amour nous forme comme elle le veut. (...) Elle rend doux et passif, elle nous apprend à abandonner toute volonté. (...) Elle nous isole dans un lieu vide de toute vie propre ou étrangère, où Dieu est le seul et entier trésor des âmes 5. »

Tersteegen est profondément attaché à la Bible

Est-il encore besoin de préciser que la mystique de Tersteegen est profondément biblique ? Tersteegen peut nous aider à vivre une spiritualité enracinée dans la Bible sans tomber dans le fondamentalisme. Dans son traité « Instruction pour une juste compréhension et une bonne utilisation de l’Écriture » qui ouvre son Chemin de vérité, Tersteegen propose une véritable méthode de lectio divina protestante. La lectio divina est la méthode monastique de lecture de la Bible ; elle consiste en une méditation de la Parole de Dieu en plusieurs étapes, afin de permettre d’y entendre la voix divine s’adressant personnellement au cœur de chacun.

Dans ce traité, Tersteegen s’oppose aux spiritualistes qui prétendent se passer de l’Écriture qu’ils considèrent comme trop « extérieure » et aux rationalistes qui la vident de toute saveur spirituelle. Il va dégager cinq points principaux pour une juste compréhension de l’Écriture, cinq attitudes spirituelles qui nous permettent de recevoir ce qu’elle veut nous donner. Ce sont : la prière, la mise en pratique, le renoncement, le recueillement et la souffrance.

La prière implique une attitude d’humilité devant l’Écriture ; elle consiste à nous décharger de tous nos pseudo-savoirs : il ne faut pas venir à l’Écriture en croyant déjà la connaître, mais, par la prière, nous pouvons nous rendre disponibles à ce que Dieu veut nous donner par sa Parole.

L’Écriture est essentiellement pratique (et non théorique), il faut donc mettre en pratique ce que l’on a déjà compris de la vie chrétienne pour avancer dans une compréhension toujours plus profonde de la volonté divine.

Le renoncement à soi est – nous l’avons déjà vu – au centre de la mystique de Tersteegen : Dieu ne peut se communiquer qu’à un cœur dépouillé, parfaitement détaché, qui ne cherche pas dans l’Écriture un quelconque avantage personnel.

Le recueillement est la pratique de la contemplation de la Divinité présente en notre fond ; c’est la condition pour que l’Écriture ne demeure pas une parole purement extérieure, mais qu’elle devienne cette Parole que Dieu veut prononcer au plus intime de chaque personne.

Enfin Tersteegen mentionne la souffrance, car la vraie connaissance est donnée aux cœurs brisés qui ne s’appuient pas sur leurs forces, mais attendent tout secours de Dieu.

Des conseils concrets pour une méditation chrétienne

En plus de ces principes, Tersteegen va donner aussi des conseils très concrets pour la pratique d’une « méditation chrétienne » ayant pour centre l’Écriture sainte.

Il nous conseille, dans un premier temps, de nous abstraire de nos occupations quotidiennes pour entrer dans le recueillement, en un moment mis à part pour la lecture de la Bible et sa méditation, à l’image de Marie aux pieds de Jésus (Lc 10,38-42) :

« Rassemble d’abord tes sens et ta pensée loin des distractions extérieures : avec Marie, assieds-toi en esprit aux pieds de Jésus et lis aussitôt dans le plus grand recueillement et la plus grande tranquillité les paroles de l’Écriture telles qu’elles sont dans leur extériorité, dans l’attente que Dieu te fasse entendre en même temps les mots de son Esprit dans leur intériorité 6. »

On voit l’équilibre que Tersteegen ne cesse de maintenir entre l’extériorité de l’Écriture et l’intériorité d’une Parole intime. Tersteegen recommande ensuite de recevoir l’Écriture comme une parole qui nous est personnellement adressée et qui ne concerne que nous-mêmes : « Ne t’en sers pas pour regarder et juger les autres, pour les instruire et les convertir, mais pour toi-même. C’est toi la personne concernée. » L’Écriture est donnée avant tout pour notre édification, notre « mûrissement spirituel » ; il faut donc en faire une lecture « existentielle » et non intellectuelle. Surtout n’y cherchons pas des arguments pour asséner nos propres idées. Comme le dit joliment Tersteegen, qui devait avoir rencontré dans les milieux piétistes pas mal de combats à coup de versets bibliques : « l’Écriture est une pharmacie et non une armurerie » ! Le but est de mettre en pratique ce qui est dit, mais en faisant attention toutefois à ne pas voir dans la Bible qu’un livre de morale et à ne pas trop compter sur ses propres forces pour accomplir le commandement divin. L’Écriture, en effet, nous renvoie toujours au Christ et c’est Lui qui, en nous, accomplira la volonté divine. Notre auteur déconseille d’avoir recours, lors du temps de méditation, à des commentaires ou des explications « humaines » ; il faut simplement laisser l’Esprit lui-même nous ouvrir l’Écriture et nous toucher au cœur. Enfin, Tersteegen nous recommande de ne pas avaler l’Écriture comme des gourmands en lisant trop pendant la méditation, mais plutôt de laisser résonner en nous un verset (et non de raisonner sur lui).

Voilà beaucoup de conseils pratiques, mais n’oublions pas le but principal de l’Écriture qui est de nous conduire au Christ :

« Ce but, c’est de nous appeler hors de notre éloignement misérable, hors de la dispersion due à notre état de créature et de notre individualisme, pour nous guider vers Dieu lui-même, vers la communion ardente avec lui en Jésus Christ. Quand nous lisons l’Écriture, il ne faut jamais perdre des yeux ce but final, sinon nous la lisons en vain, et au lieu de devenir pour nous un moyen, elle devient un obstacle. (...) Ce n’est pas l’Écriture qui peut nous donner la vie, mais seulement le Christ dont l’Écriture témoigne. Ô âme va vers le Christ avant la lecture, pendant la lecture et après la lecture. »

Tersteegen ne confond donc pas l’Écriture avec la Parole de Dieu (comme le font les fondamentalistes) : l’Écriture nous renvoie au Christ, seule Parole de Dieu capable de nous donner la vie, qui est présent au plus intime de notre personne par son Esprit. Enfin Tersteegen termine son instruction en rappelant que chacun est une Écriture sainte par toute sa vie, un « Évangile vivant » comme le disait Madame Guyon.

Tersteegen propose une voie entre mouvance « évangélique » et protestantisme traditionnel

La mystique de Tersteegen est entièrement d’inspiration biblique, et il me semble que sa lecture de l’Écriture sainte pourrait nous aider à vivre un dialogue intra-protestant entre la mouvance « évangélique » et le protestantisme traditionnel. Nous l’avons déjà dit, les « évangéliques » sont les enfants du piétisme ; ils ont repris à leur compte les préoccupations de renouveau spirituel du XVIIIe siècle et l’ont fait fructifier, non sans le trahir parfois : qu’on songe par exemple au caractère schématique et figé de l’expérience de conversion subite, qui semble devenir, dans certains milieux, le seul modèle possible pour entrer dans une vie de foi. Mais la difficulté principale pour vivre un dialogue fructueux est le « fondamentalisme » de beaucoup de ces Églises, phénomène qui, sous sa forme actuelle – qu’on pourrait qualifier d’« intégrisme protestant » – ne remonte qu’au début du XXe siècle. Tersteegen (et avec lui l’ensemble du piétisme originel) pourrait montrer qu’il existe une alternative entre une lecture fondamentaliste de l’Écriture sainte (qui identifie la Bible avec la Parole de Dieu) et une lecture rationalisante (qui en évacue le mystère) : une réelle lecture spirituelle qui permette au croyant d’entendre à travers les mots de la Bible la voix de Dieu qui parle à son cœur. Il faut dire aussi que l’exégèse biblique « scientifique » a bien changé depuis l’époque de Tersteegen : elle ne repose plus sur un rationalisme réducteur et elle peut nous aider à ne pas tomber dans un « subjectivisme » proche du délire interprétatif.

Tersteegen rejoint aussi, par beaucoup d’aspects de sa vie spirituelle, la démarche contemporaine en matière de spiritualité. Giovanna della Croce, Carmélite italienne qui a écrit un ouvrage sur Tersteegen, affirme à juste titre : « Son effort incessant pour confronter la foi chrétienne avec la vie et la parole du Christ, sa recherche de l’unité entre la théologie et la piété, avec la vision réaliste de l’existence chrétienne qui en découle, son engagement pour l’homme concret, lié au monde, pour donner une réponse personnelle à l’appel de Dieu dans la grâce : tout cela constitue les composantes essentielles des problèmes posés aujourd’hui à la conscience chrétienne au sujet de la relation de l’homme à Dieu et de la spiritualité qu’elle exige 7. »

La mystique et le protestantisme peuvent s’enrichir mutuellement

Il me semble, après ce parcours trop bref sur mystique et protestantisme, qu’il nous faut vraiment lever le malentendu qui perdure trop souvent dans les Églises protestantes au sujet de cette forme de spiritualité et découvrir la richesse et la profondeur de notre propre tradition.

La mystique pourrait constituer aujourd’hui une chance pour le protestantisme, en lui permettant de ne pas se figer dans un intellectualisme sans vie et un moralisme sans joie. De son côté, le protestantisme pourrait aussi constituer une chance pour la mystique, en lui permettant de ne pas se diluer dans une spiritualité « light », un mysticisme exalté et crédule, et en lui donnant un ancrage dans une tradition communautaire d’interprétation de la Bible.

En renouant avec leurs traditions mystiques, les Églises de la Réforme pourraient devenir des lieux de découverte ou d’approfondissement spirituels pour nos contemporains éloignés des institutions ecclésiales. Peut-être alors, pourront-ils expérimenter qu’il n’y a pas besoin de chercher trop loin, dans des religions ou pratiques exotiques, de quoi répondre à leurs aspirations et qu’il existe au sein du protestantisme des richesses spirituelles insoupçonnées.

Notes & Bibliographie

1 Pour cela, je me permets de renvoyer à mon livre Le ciel est en toi. Introduction à la mystique chrétienne, Genève, Labor et Fides, 2001.

2 Martin LUTHER, Le traité de la liberté chrétienne in Œuvres, tome II, Genève, Labor et Fides, 1966, p. 282-283.

3 Cité par Gerhard EBELING, Luther. Introduction à une réflexion théologique, Genève, Labor et Fides, p. 96-97.

4 Jacob BÖHME, Les épîtres théosophiques, Monaco, Editions du Rocher, 1980, p. 196.5 Cité par Hans Jürgen SCHRADER, « Madame Guyon, le piétisme et la littérature de langue allemande », in Madame Guyon, Grenoble, Jérôme Million, 1997.

6 Toutes les citations de ce paragraphe sont extraites de Gerhard TERSTEEGEN, « Instruction pour une juste compréhension et une bonne utilisation de l’Écriture » in Chemin de Vérité, Sentier de Villeméjane n°5, 1995, p.18-207 Cité par Bernd JASPERT, « Tersteegen », in Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, tome 15, col. 260-271, Paris 1990, p.271.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE : L’auteur de l’article, Michel Cornuz, a participé à la rencontre organisée par l’association œcuménique l’Amitié Rencontre entre Chrétiens, sur le thème : « Quête spirituelle et aventures mystiques » qui s’est tenue du 4 au 11 juillet 2003 à la Baume. L’Association édite 4 fois par an un bulletin de grande qualité qui présente des textes de réflexion riches et accessibles. (Pour tous renseignements sur cette publication (où est paru l’article ci-dessus) vous pouvez contacter Pierre Beauchamp, 33 rue Saint-Ouen, 14400 Caen).

Pour approfondir le sujet de la mystique et du protestantisme, on lira par exemple :

Michel CORNUZ, Le protestantisme et la mystique, Genève, Labor et Fides, 2003.

Pierre GISEL, « La mystique en protestantisme, données et évaluation », in : Le supplément, numéro 214, sept 2000. Cet article comporte de précieux renseignements bibliographiques

André GOUNELLE, « La mystique selon Tillich », Laval théologique et philosophique, février 2003


À l’écoute de Gerhard Tersteegen : comment devenir comme un enfant

Quand un enfant de grâce entend ou lit qu’il lui est dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force » (Mc 12.30), il ne se casse pas longtemps la tête pour avoir une description exacte et un concept bien distinct de ce qu’est le coeur, l’âme, la pensée, la force ainsi que de leurs caractéristiques ; il comprend bien que Dieu le veut tout entier.
C’est pourquoi il n’a pas besoin de faire un grand détour ; mais il sépare seulement son amour de tous les autres éléments, il rassemble toutes les facultés de son âme comme un fagot et il remet le tout entièrement à Dieu.
À mon avis, il agit avec beaucoup plus d’intelligence qu’un autre qui aurait besoin d’une heure entière pour saisir ce que chacun de ces mots signifie dans sa particularité, avant d’arriver à l’acte de se remettre à Dieu et de l’aimer. Encore faut-il qu’il y arrive et qu’il ne s’éloigne pas trop de son coeur en s’arrêtant à l’explication de ce qu’est le coeur, au risque peut-être de ne plus pouvoir le trouver pour le remettre à Dieu.
Je ne dis pas ces choses dans l’intention de condamner toutes les explications de l’Ecriture ; mais pour empêcher que l’on ne donne trop à la tête et pas assez au coeur, et que l’on fasse de grands détours, alors que le temps de notre vie est tellement limité et précieux.
(Gerhard Tersteegen, Epître au sujet de la raison, sa capacité, son usage et son abus en ce qui concerne les réalités divines, chapitre 1, dans Traités spirituels, Labor et Fides, p. 101-102)


Bouquet spirituel offert aux âmes religieuses


Un petit enfant. 


Ah !si déjà l'on devenait,
Comme un enfant, sur cette terre,
Le paradis on goûterait,
Et la paix, au sein de la guerre.

Humble et soumis est un enfant;
Son petit cœur est doux et calme.
Sa mère, donne, il est content;
L'aigreur n'entre point dans son âme.

On le lève, on le met au lit,
On l’emmaillote, on le délie,
Toujours doucement il sourit;
En sa maman il se confie.

On l'oublie, eh bien! il attend;
Tranquille, dans son innocence,
Au mal jamais rien ne comprend:
Le péché n'est point sa science.

Ni des plaisirs, ni d'un trésor,
Il n'a besoin pour se distraire;
Donnez-lui, prenez-lui votre or,
Il le laisse il n'en a que faire.

Jamais, ni de près, ni de loin,
Il ne craint des forts la puissance.
D'appui pourtant il a besoin;
Mais il n'a point de défiance.

Dans ses yeux, comme en un miroir,
La candeur se montre et respire.
Dans son abandon, se fait voir,
Le bien qu'il aime, sans le dire.

Au passé, comme à l'avenir,
Jamais son petit cœur ne pense;
Et lorsque Dieu vient le bénir,
Il savoure en paix l'existence.

Comment aurait-il du chagrin?
Au sein de sa mère il repose.
Le monde peut aller son train;
Lui, se troublerait-il sans cause?

Sur ses faibles pieds, un enfant,
De marcher seul ne se soucie;
Sa mère le tient constamment;
Sur elle toujours il s'appuie.

Si parfois il est imprudent,
Lâche son guide et tombe à terre,
On le relève en l'essuyant;
Puis il ne quitte plus sa mère.

Un petit enfant, sans souci,
Tenir, porter, pose se laisse:
Nul danger ne l'effraye; aussi
Il ne se met point détresse.

Il ignore ce que l'on fait,
Ce que l'on dit, ce que l'on pense;
Il jouit d'un calme parfait,
Grâce à cette heureuse innocence.

Il cherche, en tout temps, son bonheur,
Dans les bras de sa bonne mère;
Il la regarde avec douceur,
D'un œil serein, ne rien n'altère.

C'est là qu'il retrouve, au besoin,
Le sein qui lui donne la vie;
Il y dort, exempt de tout soin;
Le monde ne lui donne envie.

O doux, ô paisible abandon!
Je te choisis pour ma sagesse.
Du seigneur, c'est le plus beau don;
Qu'à te saisir, mon cœur s'empresse.

Jésus! rends-moi comme l'enfant,
Dont toi-même cites l'exemple.
Que ton Esprit, toujours présent,
De mon cœur fasse son saint temple.

Si, par ta grâce, je deviens
Enfant de Dieu, sur cette terre;
Je serai mis au rang des tiens;
En toi, j'aurai trouvé ma mère.


Une école de petits enfants.

Vous a-t-on parlé d'une école,
Où l'homme redevienne enfant?
Où le plus humble est le plus grand;
Où de tout perdre on se console?
Où l'on entende une parole,
Qui seule rend le cœur aimant?
Où l'on puisse entrer librement,
Lorsqu'on n'a pas même une obole?

Où l'on doive tout désapprendre,
Tout oublier, pour être heureux?
Où, d'un ami, l'on puisse entendre
Un enseignement précieux?
Où le simple puisse comprendre,
Cet ami qui se cache aux yeux?
Où de sa main, l'on puisse prendre,
Un aliment délicieux?

D'une école, où l'on nous enseigne,
A tout quitter, pour tout avoir?
Où sa propre vie on dédaigne,
Pour une autre au ciel recevoir?
Où la souffrance l'on ne craigne?
Où l'on apprenne à ne vouloir,
Qu'avancer et chercher le règne,
D'un Roi, que notre œil ne peut voir?

Allez cette école sainte,
Où la fraude ne peut entrer;
Où l'on retrouve un cœur sans feinte;
Où l'on se tait pour adorer;
Où l'on ne ressent plus l'atteinte
Du souci, qui vient nous ronger;
Où l'on n'éprouve d'autre crainte
Que celle de ne pas aimer.

C'est l'école de l’Évangile,
Où se révèle un Dieu-Sauveur.
Viens, dit Jésus, tout est facile,
A qui trouve son Rédempteur;
Viens à moi, viens et sois tranquille;
Mon enfant! donne-moi ton cœur.
A me suivre, sois bien docile,
Et tu trouveras le bonheur


Culte en esprit et en vérité

O Dieu ! Préserve-moi d'un langage trompeur;
Fais, qu'en sincérité, mon faible cœur t'honore.
Garde-moi d'un culte menteur;
Et que, jusqu'à ma fin, en esprit je t'adore.


 Renoncement à soi-même

A l'amour de la créature,
Chrétien! ne livre point ton cœur.
Fuis les penchants secrets de ta faible nature,
Et renonce à toi-même en suivant le Sauveur.
Dans le recueillement, recherche Dieu ton père.
Reçois, comme un enfant, ce qu'il veut t'accorder.
C'est au sein du repos, que son Esprit opère.
Lui seul, donne une paix, que rien ne peut troubler.


  Droit au Sauveur!

Près du Sauveur est ta patrie;
Mon âme! il faut t'en souvenir.
Écoute sa voix, qui te crie:
Viens à moi, pour ne point mourir
Fuis les séductions du monde;
Éloigne-toi du ténébreux sentier
Viens droit à moi; en moi la paix abonde:
Pour l'obtenir, donne-toi tout entier.


  L'œillet 

Les plus belles couleurs, un parfum délicat,
Rehaussent de l’œillet la corolle odorante.
Mais dis-moi, que fait cette plante,
Pour avoir ce parfum et ce brillant éclat?
Elle reçoit en paix, les bienfaisants rayons
De l'astre qui la vivifie,
Et, doucement épanouie,
De Dieu sans résister, elle accepte les dons.
Sur toi, mon âme ! aussi, luit un astre puissant,
La splendeur du Très-Haut, le Soleil de justice
Accepte de Jésus le divin sacrifice,
Et dans la sainteté l'on te verra croissant:
Le parfum des vertus de toi s'exhalera;
Tu respireras Dieu, dans la douce prière;
Tu réfléchiras sa lumière;
En toi, par son Esprit, il se glorifiera.



  Le vrai chemin. 

Tout souffrir avec patience;
Ne se confier qu'au Sauveur;
Se reposer sur sa puissance;
Se réjouir en lui, l'aimer de tout son cœur;
L'adorer, le servir, obéir en silence:
C'est le chemin du vrai bonheur.




  Dieu prend soin des siens 

Veux-tu jouir de la présence
Du Dieu caché, qui soutient ses enfants?
Veux-tu goûter, en abondance,
De son secours, les effets tout-puissants ?
Que ton cœur soit son sanctuaire;
Peine et soucis, remets tout en sa main;
Repose-toi sur lui; en tout, laisse-le faire;
Il prendra soin du lendemain.


  Je suis ton médecin, Dit le Seigneur. 

Sur le sein de Jésus, viens reposer ta tête
Chrétien souffrant! il ressent tes douleurs.
Viens son amour, à te guérir, s'apprête:
C'est lui, qui veut sécher tes pleurs.


  Échange avantageux 

Mon enfant veux-tu posséder
Dieu, qui nourrit ton âme?
Sache d'abord lui tout céder:
De toi, tout il réclame.
Renonce au monde, au temps; que plus rien de mortel,
N'empêche ton esprit de chercher l’Éternel.
Que son Christ, de ton cœur, soit la seule richesse.
Le trouver et l'aimer, c'est la seule sagesse.


 Précaution nécessaire. 

Lorsque le Seigneur, dans sa grâce,
Sur toi fait resplendir sa face;
Quand, par un don de sa bonté,
Un pur rayon de sa clarté,
Vient porte la paix dans ton âme,
Et rendre la vigueur, ton cœur abattu;
Chrétien! Garde-toi d'imprudence:
Dans un humble et pieux silence,
Sache, d'un tel bienfait, savourer la vertu;
L'Esprit saint, le Dieu qui console,
Est souvent attristé d'une seule parole.
Crois-moi, cher ami! sois discret;
Que Dieu seul sache ton secret.


  Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.

Je suis un pauvre enfant, sans force et sans appui.
Des milliers d'ennemis environnent mon âme.
Je n'ai que toi, Jésus! pour calmer mon ennui;
Je retrouve la paix, quand mon cœur te réclame.
Sur ton sein paternel, tu me reçois, Seigneur!
Et de mes ennemis, je suis plus que vainqueur.


  L'ami de mon cœur. 

Tout homme a son objet qu'il aime,
Son plus doux passe-temps, son compagnon chéri;
Il cherche en cet autre lui-même,
Et son bonheur, et son appui.
Son âme le contemple et son cœur le désire;
C'est là qu'il voit tout son bonheur.
Après toi seul, Jésus ! le vrai chrétien soupire.
Oh viens ! sois l'ami de mon cœur



    Rien par vaine gloire. 

Crains les pièges du Tentateur,
Lorsqu'on t'adresse des louanges:
Humble, comme un enfant, à l'exemple des anges,
Repousse, loin de toi, tout éloge flatteur.
Le disciple de Christ ne veut point plaire au monde;
Il recherche, avant tout, de Dieu la paix profonde
Brebis du bon berger, il n'entend que sa voix,
Et porte, de Jésus, et l'opprobre et la croix.



   De quelle manière prient la plupart des hommes ? 

Ils demandent à Dieu de venir dans leurs cœurs;
Il vient et les ingrats sont occupés ailleurs.



   Le premier lot du chrétien. 

Au dehors, l'opprobre et l'ennui;
Crainte au dedans, saintes tristesses:
Voilà ton premier lot, dans les saintes promesses,
Si du Seigneur Jésus, sur toi, la grâce a lui.


  Pleurer et aimer. 

Jésus entend tes soupirs;
Jésus voit toutes tes larmes.
Prie, aime, dans tes alarmes:
Il remplira tes désirs.



   La meilleure visite. 

Mon âme! Dieu t'attend, dans le fond de ton être
Et tu cours au dehors, pour dissiper tes sens.
Ah! ne laisse pas, seul, attendre un si bon maître;
N'attends pas qu'il soit loin, pour offrir ton encens.



 L'amour.

Ton âme est à l'étroit, ton cœur est tout de glace;
De ton culte, la crainte est l'unique moteur.
Viens à Dieu, par amour, et bientôt, de sa grâce,
Les rayons bienfaisants réchaufferont ton cœur.


 Rien que Dieu. 

Ne rien avoir que Dieu, quand on sait qu'il nous aime;
Ne rien vouloir que lui, que plaire à son amour;
Ne rien pouvoir qu'en lui; être mort à soi-même;
N'être rien, c'est là tout: souviens-t'en chaque jour.



 Une seule chose est nécessaire. 

Cherche, en tout et partout, la chose nécessaire:
Désirer davantage, est tout perdre à la fois
Vis sans cesse en Jésus; lui seul conduit au Père;
Le reste est vanité, dans tout ce que tu vois.


 Le recueillement.

Avec fidélité, fais toujours toute chose,
Aussi bien que tu peux, que tu dois, que tu sais.
Mais Liens-toi recueilli; que ton cœur se repose;
Et, tout en agissant, garde une douce paix.


Toujours prêt. 

Si, dans l'éternité, le Dieu fort rappelant
De cette heure, ici-bas, faisait ta dernière heure,
Trouverais-tu sa paix, en quittant ta demeure?
Hâte-toi! En Jésus, cherche-la, maintenant.


   La poussière.

En bas, tend la poussière, et toi-même es poussière
Dans les airs, cependant, le vent la fait monter.
Puisse ainsi, par Jésus, l'Esprit qui vient du Père,
En soufflant sur ton cœur, vers les cieux l'emporter!



  La reconnaissance.

Pense toujours, mon âme! aux biens que Dieu t'a faits:
Il a donné, pour toi, le Fils de sa tendresse.
De te donner à lui, son grand amour te presse:
Voudrais-tu, cœur ingrat! mépriser ses bienfaits?


   Le tuteur. 

N'offense plus ton Dieu, par de vaines alarmes;
Des frayeurs, des soucis, dégage enfin ton cœur.
Christ est, des orphelins, le céleste tuteur.
Il veille aussi sur toi: que crains-tu sous ses armes?


   Le bon lot. 

Veux-tu, de tous les dons, recevoir le meilleur?
A posséder Jésus, applique-toi, mon âme!
Renonce à tout, pour lui et bientôt, de sa flamme,
Un feu pure et divin pénétrera ton cœur.


 Ou: 

De tous les lots, le plus parfait,
Est, de Jésus l'amour suprême.
Si tu vides ton cœur, du monde et de toi-même,
Bientôt, de cet amour, tu sentiras l'effet.


 La tristesse selon Dieu et la tristesse du monde. 

Soupirer vers Jésus, c'est la bonne tristesse;
Elle adoucit le cœur, le rend humble et soumis.
Ne regarder qu'à soi, se créer des soucis:
C'est, d'un cœur orgueilleux, la mortelle faiblesse.


   Toujours en guerre et pourtant en paix. 

Étouffe, sans pitié, le péché, dans ton cœur;
Tiens la chair et les sens, dans une étroite gène;
Mais, qu'au dedans, l'esprit, libre de tout chaîne,
Sans craindre et sans douter, s'abandonne au Seigneur.


  Le ciel ici-bas. 

Que Dieu, de ton esprit, soit l'unique soleil;
Nourris-toi des rayons, qu'en ton âme, il envoie.
Ton cœur alors, serein, au firmament pareil,
Dans un calme divin, resplendira de joie.


 Une douce vie. 

Regarder constamment vers la sainte patrie;
Tenir sans cesse à Dieu, par un lien d'amour;
S’affranchir du péché; le quitter sans détour:
C'est là, tout le secret de la plus douce vie.



 L'heureuse pauvreté. 

Heureux, cent fois heureux, le cœur vraiment fidèle,
Qui renonce, gaiment, à tout, pour le Seigneur!
Il quitte tout pour Dieu; il se tient sous son aile;
Quoique pauvre, il est riche, et c'est là son bonheur.


 L'humilité 

Fais le bien; jamais ne désire,
Que l'on parle de ta vertu:
D'humilité sois revêtu,
Et qu'à vivre ignoré, toujours ton cœur aspire.




 La vie en Dieu 

Qu'en Dieu, soit ton plaisir; qu'en Dieu seul, soit ta vie;
A demeurer en lui, consacre tous tes soins.
Si, d'aucun autre objet, tu n'as plus nulle envie,
Tu sauras être en paix dans les plus grands besoins.


 L'union avec Christ

Jésus, l'Oint du Seigneur, veut s'unir à ton âme:
De ton âme, Chrétien! il veut être l'époux.
Accordes-tu le oui, que son amour réclame ?
Il est près de ton cœur: viens, tombe à ses genoux.


  Ecole de silence.

Les vains discours sont une preuve,
D'un esprit et d'un cœur distrait:
Quand, de la vie en Dieu, une âme fait l'épreuve,
En s'approchant de lui, elle adore et se tait.


SOURCE : https://fr.wikisource.org/wiki/Bouquet_spirituel_offert_aux_%C3%A2mes_religieuses


TERSTEEGEN, GERHARD (1697-1769), 

German religious writer, was born on the 25th of November 1697, at Mors, at that time the capital of a countship belonging to the house of Orange-Nassau (it fell to Prussia in 1702), which formed a Protestant enclave in the midst of a Catholic country. After being educated at the gymnasium of his native town, Tersteegen was for some years apprenticed to a merchant. He soon came under the influence of Wilhelm Hoffman, a pietistic revivalist, and devoted himself to writing and public speaking, withdrawing in 1728 from all secular pursuits and giving himself entirely to religious work. His writings include a collection of hymns {Das geislliche Blumengartlein, 1729; new edition, Stuttgart, 1868), a volume of Gebete, and another of Briefe, besides translations. of the writings of the French mystics. He died at Muhlheim in Westphalia on the 3rd of April 1769.

See Hymns, and the article by Eduard Simons in Herzog-Hauck, Realencyklopddie, vol. xix. (ed. 1907).


GERHARD TERSTEEGEN, HYMN-WRITER AND MYSTIC

While Benjamin Schmolck must be regarded as the greatest of Lutheran hymn-writers in Germany during the eighteenth century, Gerhard Tersteegen holds the same distinction among German Reformed hymnists. Except for the Wesleys in England, no man during his age exerted so great a spiritual influence in evangelical circles of all lands as did Tersteegen. In some respects his religious views bordered on fanaticism, but no one could question his deep sincerity and his earnest desire to live the life hidden with Christ in God.

Born at Mörs, Rhenish Prussia, November 25, 1697, Tersteegen was only six years old when his father died. It had been the plan of his parents that he should become a Reformed minister, but the death of the father made it impossible for the mother to carry out this purpose. At the age of sixteen he was apprenticed to a merchant, and four years later entered business on his own account.

Although he was only twenty years old at this time, he began to experience seasons of deep spiritual despondency. This lasted for nearly five years, during which time he changed his occupation to that of silk weaving, since he desired more time for prayer and meditation. It was not until the year 1724, while on a journey to a neighboring town, that light seemed to dawn on his troubled soul, and he was filled with the assurance that God’s grace in Christ Jesus was sufficient to atone for all sin. In the joy and peace which he had found, he immediately wrote the beautiful 124 hymn, “How gracious, kind and good, my great High Priest, art Thou.”

From this time until the close of his life, Tersteegen began to devote his energies more and more to religious work and literary activities. An independent religious movement known as “Stillen im Lande” had begun about this time, and he soon became known as a leader among these people.

Tersteegen had already ceased to associate with his friends in the Reformed Church, and had gone over to religious mysticism. In one of his strange spiritual moods he wrote what he called “a covenant between himself and God” and signed it with his own blood.

Finally he gave up business pursuits entirely, and his home became the refuge of multitudes of sick and spiritually troubled people. It came to be known as the “Pilgrim’s Hut,” from the fact that many found a temporary retreat there, as well as spiritual help and guidance. Tersteegen also traveled extensively in his own district, and made frequent visits to Holland to hold meetings there.

Tersteegen never married, and for this reason he was accused of teaching celibacy. Several sects, including the Moravians, sought to induce him to become one of their number, but he steadfastly refused to identify himself with any organized church body. He died at Mülheim, April 30, 1769.

Tersteegen’s hymns, as well as his other writings, reflect his spirit of mysticism. His soul was imbued with the sense of the nearness of God, and, through a life of spiritual communion and a renunciation of the world, he developed a simplicity of faith and a child-like trust that found beautiful expression in his hymns.

Two of these, “Thou hidden love of God whose height” and “Lo, God is here, let us adore,” made a deep impression 125 on John Wesley, who translated the former during his visit to Georgia in 1736. Wesley became familiar with Tersteegen’s hymns through contact with Moravian pilgrims who were crossing the Atlantic on the same ship on which he sailed. “Lo, God is here, let us adore” has several English versions, including “God is in His temple” and “God Himself is present.”

Another of Tersteegen’s hymns, “God calling yet! shall I not hear?” is one of the most stirring calls to repentance in all the realm of Christian hymnody. It was rendered into English by Mrs. Sarah Borthwick Findlater in the series of translations known as “Hymns from the Land of Luther.”

Other noted hymns by Tersteegen include “Jesus, whom Thy Church doth own,” “O Love divine, all else transcending,” and “Triumph, ye heavens,” the latter a Christmas lyric of exultant strain.

Tersteegen’s conception of the high place which hymnody should occupy in Christian worship is revealed in his writings. He says: “The pious, reverential singing of hymns has something angelic about it and is accompanied by divine blessing. It quiets and subdues the troubled emotions; it drives away cares and anxieties; it strengthens, refreshes and encourages the soul; it draws the mind unconsciously from external things, lifts up the soul to joyful adoration, and thus prepares us to worship in spirit and in truth. We should sing with the spirit of reverence, with sincerity, simplicity and hearty desire.... When you sing, O soul, remember that you are as truly communing with the holy and omnipresent God as when you are praying. Consider that you are standing in spirit before the throne of God with countless thousands of angels and spirits of the just and that you are blending your weak praises with the music of heaven. Serve the Lord with fear, and rejoice with trembling.”

Story of Our Hymns by Ernest Edwin Ryden : http://www.ccel.org/ccel/ryden/hymnstory


Gerhard Tersteegen was born in Moers, Prussia, in 1697. His father died when he was young, and after studying the classics, Tersteegen was apprenticed to a merchant, He worked as a merchant before taking up weaving, an occupation that allowed him more time for his devotional studies and hymn writing.
Self-taught in his religious studies and aligned with mystics rather than the Reform Church of Germany, Tersteegen worked as an itinerant preacher, regularly visiting Holland, and maintained a house known as Pilgrim’s Hut as a retreat for prayer in Mülhern. For much of his life, he lived in poverty, suffering from depression and hunger. The author of more than 100 hymns, Tersteegen published his work in Geistliches Blumen-Gärtlein (1729). He died in 1796.

http://www.christianity.com/church/church-history/timeline/1701-1800/pietist-preacher-gerhard-tersteegen-11630279.html