lundi 18 avril 2016

Bienheureuse MARIE-ANNE (ESTHER) BLONDIN, religieuse et fondatrice

Mère Marie-Anne Blondin en 1888, au seuil de ses 80 ans


MARIE-ANNE BLONDIN (1809 - 1890)
   
Esther Blondin, en religion «Soeur Marie-anne», naît à Terrebonne (Québec, Canada), le 18 avril 1809, dans une famille d'agriculteurs profondément chrétiens. Elle hérite de sa mère une piété centrée sur la Providence et l'Eucharistie et, de son père, une foi solide et une grande patience dans la souffrance. Esther et sa famille sont victimes de l'analphabétisme qui règne dans les milieux canadiens-français du XIXe siècle. À 22 ans, elle s'engage comme domestique au couvent des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, nouvellement arrivées dans son village. Un an plus tard, elle s'y inscrit comme pensionnaire pour apprendre à lire et à écrire. On la retrouve ensuite au noviciat de cette même Congrégation qu'elle doit cependant quitter, à cause d'une santé trop fragile. 

En 1833, Esther devient institutrice à l'école du village de Vaudreuil. C'est là qu'elle découvre une des causes de l'analphabétisme ambiant: un règlement d'Eglise, qui interdit aux femmes d'enseigner aux garçons, et aux hommes d'enseigner aux filles. Ne pouvant financer deux écoles paroissiales, les curés choisissent souvent de n'en tenir aucune. Et les jeunes croupissent dans l'ignorance, incapables de suivre le catéchisme pour faire leur première communion. En 1848, avec l'audace du prophète que meut un appel irrésistible de l'Esprit, Esther soumet à son évêque, Monseigneur Ignace Bourget, le projet qu'elle nourrit depuis longtemps: celui de fonder une Congrégation religieuse «pour l'éducation des enfants pauvres des campagnes dans des écoles mixtes». Le projet est novateur pour l'époque! Il paraît même «téméraire et subversif de l'ordre établi». Mais, puisque l'État favorise ce genre d'écoles, l'évêque autorise un modeste essai pour éviter un plus grand mal. 

La Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne est fondée à Vaudreuil, le 8 septembre 1850 et Esther - désormais appelée «Mère Marie-Anne» - en devient la première supérieure. Le recrutement rapide de la jeune Congrégation requiert très tôt un déménagement. À l'été de 1853, l'évêque Bourget transfère la Maison mère à Saint-Jacques-de-l'Achigan. Le nouvel aumônier, l'abbé Louis-Adolphe Maréchal, s'ingère de façon abusive dans la vie interne de la communauté. En l'absence de la Fondatrice, il change le prix de la pension des élèves. Et, quand il doit lui même s'absenter, il demande aux soeurs d'attendre son retour pour se confesser. Après une année de conflit entre l'aumônier et la supérieure, soucieuse de protéger les droits de ses soeurs, l'évêque Bourget croit trouver une solution: le 18 août 1854, il demande à Mère Marie-Anne de «se déposer».  Il convoque des élections et exige de Mère Marie-Anne de «ne plus accepter le mandat de supérieure, si ses soeurs veulent la réélire».  Privée du droit que lui donne la Règle de la Communauté d'être réélue, Mère Marie-Anne obéit à son évêque qu'elle considère comme l'instrument de la Volonté de Dieu sur elle. Et elle «bénit mille fois la divine Providence de la conduite toute maternelle qu'elle tient à son égard, en la faisant passer  par la voie des tribulations et des croix». 

Nommée alors directrice au Couvent de Sainte-Geneviève, Mère Marie-Anne devient une cible de harcèlement de la part des nouvelles autorités de la Maison mère, subjuguées par le despotisme de l'aumônier Maréchal. Sous prétexte de mauvaise administration, on la ramène à la Maison mère en 1858, avec la consigne épiscopale de «prendre les moyens pour qu'elle ne nuise à personne». Depuis cette nouvelle destitution et jusqu'à sa mort, elle est tenue à l'écart de toute responsabilité administrative. On l'écarte même des délibérations du conseil général où les élections de 1872 et de 1878 l'ont réélue. Affectée aux plus obscurs travaux de la buanderie et de la repasserie, elle mène une vie de renoncement total, qui assure la croissance de sa Congrégation. C'est là le paradoxe d'une influence qu'on a voulu neutraliser: dans les caves obscures de la repasserie de la Maison mère, de nombreuses générations de novices recevront de la Fondatrice l'exemple d'une vie d'obéissance, d'humilité et de charité héroïques. À une novice qui lui demandait un jour pourquoi elle, la Fondatrice, était maintenue dans de si modestes emplois, elle s'est contentée de répondre avec douceur: «Plus un arbre enfonce ses racines profondément dans le sol, plus il a de chances de grandir et de porter du fruit». 

L'attitude de Mère Marie-Anne, face aux situations d'injustice dont elle fut victime, nous permet de découvrir le sens évangélique qu'elle a toujours donné aux événements de sa vie. Comme le Christ passionné pour la Gloire de son Père, elle n'a cherché en tout que «la Gloire de Dieu» qu'elle a donnée pour fin à sa communauté. «Faire connaître le bon Dieu aux jeunes qui n'avaient pas le bonheur de le connaître», c'était pour elle un moyen privilégié de travailler à la Gloire de Dieu. Dépouillée de ses droits les plus légitimes, spoliée de sa correspondance personnelle avec son évêque, elle cède tout, sans résistance, attendant de Dieu le dénouement de tout, sachant que «dans sa Sagesse, il saura discerner le vrai du faux et récompenser chacun selon ses oeuvres». 

Empêchée de se laisser appeler «mère» par les autorités qui lui ont succédé, Mère Marie-Anne ne s'attache pas jalousement à son titre de Fondatrice; elle accepte plutôt l'anéantissement, comme Jésus, «son Amour crucifié», pour que vive sa communauté. Elle ne renonce pas pour autant à sa mission de mère spirituelle  de sa Congrégation; elle s'offre à Dieu «pour expier tout le mal qui s'est commis dans la communauté»; et elle demande tous les jours à sainte Anne, «pour ses filles spirituelles, les vertus nécessaires aux éducatrices chrétiennes». 

Comme tout prophète investi d'une mission de salut pour les siens, Mère Marie-Anne a vécu la persécution, en pardonnant sans restriction; car elle était convaincue qu'il y a «plus de bonheur à pardonner qu'à se venger». Ce pardon évangélique était pour elle le garant de «la paix de l'âme qu'elle tenait pour le bien le plus précieux»; et elle en donna un ultime témoignage sur son lit d'agonie, en demandant à sa supérieure de faire venir l'abbé Maréchal «pour l'édification des soeurs». 

Sentant venir sa fin, Mère Marie-Anne lègue à ses filles, en guise de testament spirituel, ces quelques mots qui résument bien toute sa vie: «Que l'Eucharistie et l'abandon à la Volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre». Puis elle s'éteint paisiblement à la Maison mère de Lachine, le 2 janvier 1890, «heureuse de s'en aller chez le bon Dieu» qu'elle avait servi toute sa vie.



Bienheureuse Marie-Anne Blondin

Fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne ( 1890)

Mère fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne (1850) à Vaudreuil, Québec, Canada. 

Sa biographie sur le site de la congrégation.


Béatifiée le 29 avril 2001 à Rome par Jean-Paul II.


Marie-Anne Blondin (1809-1890), fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne, béatifiée le 29 avril 2001. (diocèse d'Edmundston)


À Lachine, au Québec, en 1890, la bienheureuse Marie-Esther Soureau-Blandin (Marie-Anne), vierge. Toute ignorante de l’alphabet dans sa jeunesse, elle fonda la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne pour la formation des enfants d’agriculteurs, donnant toujours dans sa charge un bel exemple de maîtresse de la jeunesse.


Martyrologe romain

«Que l'Eucharistie et l'abandon à la Volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre»


Bienheureuse MARIE-ANNE BLONDIN

Née à Terrebonne, au Québec, en 1809, de parents cultivateurs illettrés, Esther Blondin est la troisième d’une famille de douze enfants. Encore analphabète à 20 ans, elle rêve d'enseigner un jour. En attendant, elle offre ses services aux sœurs de la Congrégation Notre-Dame et apprend à lire et à écrire dans ses temps libres. Elle développe une conscience accrue de l'exclusion de presque tous les gens de son pays qui, comme elle, n'ont pas encore accès à l'instruction. 

Un essai dans la vie religieuse avorte à cause de sa santé fragile. Néanmoins, elle accepte d’enseigner à l’Académie de Vaudreuil et continue de voir l’ampleur de l’ignorance des gens plongés dans l’exclusion sociale. 

Pour Esther, il faut prendre en charge l’instruction collectivement. Elle s’adjoint rapidement des femmes enseignantes qui l’amèneront à fonder, en 1850, une communauté consacrée à l’enseignement. La communauté s'appelle les Sœurs de Sainte-Anne. Comme religieuse et supérieure de sa communauté, elle prend le nom de Mère Marie-Anne. 

Un projet d’avant-garde 

Mère Marie-Anne conçoit un projet innovateur : fonder des écoles mixtes pour remédier à la situation pitoyable des écoles rurales de l’époque. Mais la résistance vient de l’Église. Elle apprend que « la communauté ne pourrait enseigner aux enfants des deux sexes que jusqu’à l’âge de 10 ans ». 

Elle écrit à Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, pour lui dire « qu’elle regarde le but qu’elle s’est proposé comme manqué parce que ce sont les pauvres qui ont fait appel à son zèle et à sa charité ». 

Cependant, malgré l’interdit, les Sœurs de Sainte-Anne ont toujours enseigné à des classes mixtes à tous les niveaux d’éducation. 

Puis, Mère Marie-Anne rencontre de grands problèmes. Dès l'année suivante, à la suite de difficultés avec un jeune prêtre devenu aumônier du couvent, Mère Marie-Anne se rend à la demande de Mgr Bourget et accepte de démissionner comme supérieure. Elle devient alors directrice au pensionnat de Sainte-Geneviève. Mais quatre ans plus tard, elle est destituée une seconde fois. 

Oubliée, puis reconnue 

Mère Marie-Anne, selon son expression, est réduite à « zéro ». Si bien que son nom ne figure pas sur la liste des sœurs et de leurs emplois. En 1859, au couvent de Saint-Jacques, dans la région de Joliette, elle est nommée sacristine. Durant 30 ans, elle remplira dans l’ombre des emplois manuels selon les besoins de la communauté, jusqu'à son décès en 1890. 

À cause des préjugés tenaces à son égard, elle reste dans l’ombre longtemps après sa mort. Grâce à une série de conférences données par un aumônier qui a interrogé des témoins de sa vie, l’enthousiasme se soulève envers Mère Marie-Anne. 

En 1950, année du centenaire de la fondation de la congrégation, c’est le début des démarches officielles pour faire reconnaître sa sainteté. Elle a été proclamée vénérable en 1991 et bienheureuse le 29 avril 2001, par le pape Jean-Paul II. 

Une présence prophétique 

Les sœurs de Sainte-Anne et leurs associées poursuivent la mission de Mère Marie-Anne en cherchant à être une présence prophétique dans la solidarité et l’engagement pur la justice envers les femmes, les jeunes, les personnes appauvries et marginalisées.

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Esther Blondin naît en 1809 à Terrebonne (Québec), une banlieue actuelle de Montréal. Ses parents, Jean-Baptiste Blondin et Marie-Rose Limoges, cultivateurs de modeste condition, habitent dans le rang de la « Côte Terrebonne », en bordure de la rivière des Mille-Isles.

     Voulant aider sa famille, à l'âge de 20 ans, Esther s'engage comme domestique chez un marchand du village. Quelques mois plus tard, elle offre ses services aux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame qui dirigent l'école paroissiale. Encore analphabète, elle apprend à lire et à écrire tout en travaillant. Par la suite, elle entre dans cette Congrégation, mais malheureusement, la maladie l'oblige à quitter le noviciat en 1833.

     Cette même année, après quelques mois de repos, elle répond à l'invitation d'une ancienne novice de la Congrégation de Notre-Dame, qui dirige une école à Vaudreuil. Esther lui apporte son aide et commence une carrière dans l'enseignement. Quelques années plus tard, elle devient directrice de l'école qui prend le nom d'Académie Blondin car Esther y prépare de jeunes institutrices pour les « écoles de rang ».

 La fondatrice

Vu l'état pitoyable des écoles rurales du Québec, Esther, en 1850, fonde la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne. Elle veut se dévouer à l'éducation des enfants pauvres et projette d'ouvrir des classes mixtes, projet reconnu très « subversif » pour l'époque. Esther, qui s'appelle désormais soeur Marie-Anne, devient supérieure.

     En 1853, devant l'essor de la communauté et faute de place pour loger recrues et pensionnaires, les soeurs déménagent à Saint-Jacques-de-l'Achigan (aujourd'hui Saint-Jacques-de-Montcalm) dans la région de Joliette. Là, soeur Marie-Anne rencontre de grands problèmes. Dès l'année suivante, à la suite de difficultés avec un jeune prêtre devenu aumônier du couvent, monsieur l'abbé Louis-Adolphe Maréchal, Mère Marie-Anne se rend à la demande de Monseigneur Ignace Bourget et accepte de démissionner comme supérieure. Elle devient alors directrice au pensionnat de Sainte-Geneviève. À cause de l'influence de monsieur l'abbé Maréchal, les persécutions continuent contre elle et, quatre ans plus tard, elle est destituée une seconde fois.

L’oubliée

Mère Marie-Anne est rappelée à Saint-Jacques où pendant un an, elle ne figure pas sur la liste où sont consignés les noms et les emplois des sœurs. Selon son expression, elle est réduite à « zéro ». À Saint-Jacques, en 1859, elle est nommée sacristine. Elle remplira dans l'ombre différents emplois manuels selon les besoins de la communauté. C'est en 1890, après trente ans de vie très humble, que Mère Marie-Anne meurt, à la Maison mère de Lachine installée à cet endroit depuis 1864. Avant de mourir, elle renouvelle son pardon à monsieur l'abbé Maréchal.

      L’année dernière, comme votre Grandeur le sait, je n’ai eu aucune part dans les offices, je suis demeurée zéro toute l’année; cette année, on a eu assez de confiance en moi pour m’en confier deux, et l’on m’a donné pour aide celles qui étaient première dans ces deux offices l’année dernière. Ces offices sont la sacristie de la paroisse et la roberie. (Mère Marie-Anne à Mgr Bourget, le 17 octobre 1859)

La réhabilitée

À cause de préjugés tenaces, Mère Marie-Anne reste dans l'ombre longtemps après sa mort. En 1917, un aumônier de la Maison mère, qui a eu l'occasion d'échanger avec des témoins de la vie de Mère Marie-Anne, donne une série de conférences. Son initiative suscite un grand enthousiasme et fait boule de neige.

     En 1950, année du centenaire de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne, Monseigneur Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, autorise le début des démarches officielles pour faire reconnaître la sainteté de Mère Marie-Anne. Une première biographie complète, Martyre du silence, est publiée en 1956. L'auteur, le Père Eugène Nadeau, o.m.i., y relate des faits restés jusqu'alors inconnus.

     Depuis les années cinquante, un mouvement de ferveur se développe envers Mère Marie-Anne. La communauté inaugure à la Maison mère un endroit où l'on peut venir la prier. De nombreuses faveurs lui sont attribuées. En 1991, après plusieurs années d'examens minutieux de sa vie, le Pape Jean-Paul II la proclame « vénérable ». Le 29 avril 2001, elle a été béatifiée; nous la prions maintenant sous le vocable de « Bienheureuse Marie-Anne Blondin ».

Une femme de parti-pris

Esther Blondin, une femme d'audace, ouvre à d'autres femmes le chemin d'une militance téméraire et subversive. Analphabète à 20 ans, elle fonde une communauté enseignante à 39 ans.

     Dans l'histoire du Québec, au XIXe siècle, sur un fond de toile nationaliste aux couleurs de l'économie sociale, des femmes de chez nous dessinent des voies du parti-pris pour les gens d'ici. L'une des séquelles importantes de la domination britannique fut l'asservissement et l'assimilation potentielle des francophones. Le chemin le plus sûr : éliminer les écoles francophones catholiques en les confiant aux tenants protestants de l'Institution Royale, éliminer par conséquent l'accès à l'instruction pour les francophones. Être pauvre, c'est d'abord être privé d'instruction, la voie assurée pour exclure des rapports sociaux, culturels, économiques et politiques. L'histoire de vie d'Esther Blondin rappelle cette époque qui fit éclore en elle le désir d'apprendre pour elle-même et d'enseigner dans les écoles de fabrique mises sur pied ici et là par les curés de paroisse. « Elle voulait agir pour transformer cette situation », écrira-t-on à son sujet. Compatissante, elle vient de prendre parti.

     Troisième de douze enfants d'une famille terrienne, Esther Blondin est née à Terrebonne de parents illettrés. Encore analphabète à 20 ans, elle repasse tout au fond d'elle-même son rêve d'enseigner un jour. Son travail comme domestique chez les soeurs du village—les soeurs de la Congrégation Notre-Dame— attise ses ambitions. Durant les moments libres à travers ses heures de travail, Esther apprend à lire et à écrire prenant une conscience accrue de l'exclusion de presque tous les gens de son pays qui, comme elle, n'ont pas encore accès à l'instruction. Elle-même exclue, elle se retrouve à 22 ans au milieu des enfants pauvres fréquentant assidûment les classes du couvent.

     Après un essai de vie religieuse avorté, Esther continue de réaliser l'ampleur et la profondeur du drame de l'ignorance. Malgré une santé chancelante, elle avance sur le chemin des exclus en acceptant d'aller enseigner à l'Académie de Vaudreuil. Là elle prendra la mesure collective et sociale de cette exclusion. D'instinct elle comprend que l'action individuelle est insuffisante et qu'il devient indispensable de s'associer à d'autres, de s'épauler en communauté. Elle s'adjoint donc très rapidement des sous-maîtresses. Ce sens inné de la force collective la mènera à la fondation d'une communauté consacrée à l'enseignement, malgré le peu d'instruction dont elle-même et les autres se trouvent pourvues. Sans le dire dans les termes actuels de « justice sociale » ou d'« économie sociale », Esther, devenue leader, présidente d'une confrérie de jeunes femmes, les « entraîne à soulager les veuves et les orphelins du typhus, les chômeurs, les mal logés, les paysans déracinés et les familles démembrées par les bouleversements sociaux » En même temps responsable de la formation des maîtresses pour les écoles de rang, elle ne se laisse pas distraire de l'urgence d'instruire les francophones des deux sexes des campagnes du Québec. Son rêve s'élargit encore et débordera jusqu'en terres éloignées La communauté enseignante qu'elle fonde est donc née d'un parti pris de fond permanent qui l'a solidarisée avec les « exclus de la connaissance surtout » en vue de leur libération, du respect de leurs droits et de leur dignité. Peut-on s'étonner que ses filles — les soeurs de Sainte-Anne — ouvrent leur collège classique au coeur de la Petite Bourgogne, en pleine crise économique, le 8 septembre 1932?

Une femme à l’action prophétique dépossédée par le patriarcat clérical

Fondatrice d'une communauté de religieuses enseignantes, c'est sur le terrain religieux qu'Esther Blondin sera confrontée à la contestation.

Des écoles mixtes

     Une première résistance à l'institution ecclésiale porte sur l'intention ferme qu'elle a d'ouvrir des écoles mixtes. Imaginez! Un projet innovateur en faveur des pauvres illettrés soumis à la question de la discipline et de l'image de l'Église... Là où semble échouer la solidarité avec les exclus, Esther oppose l'argument spirituel : « Je prie depuis longtemps et je sens que c'est la prière seule qui a pu me donner la force de me présenter ici aujourd'hui. » Touché! Rien de mieux, pressent-elle, que de s'approprier le langage même de l'institution. Plus tard apprenant de sources sérieuses que « la communauté ne pourrait enseigner aux enfants des deux sexes que jusqu'à l'âge de 10 ans », Esther n'hésite pas à écrire à Mgr Bourget qu'« elle regarde le but qu'elle s'est proposé comme manqué parce que ce sont les pauvres qui ont fait appel à son zèle et à sa charité ». Faut-il voir dans cette décision de Mgr Bourget une limitation pour les religieuses d'enseigner dans les écoles publiques? C'est ce que laisse entendre la fondatrice, dans la même lettre du 15 juillet 1851 : « (...) il est certain que Messieurs les Commissaires ne voudront point employer les Soeurs si les enfants ne peuvent fréquenter les écoles jusqu'à l'âge voulu par la loi ». Pourtant l'histoire nous apprend que, malgré l'interdit, les soeurs, pour toutes sortes de raisons et dans diverses circonstances, ont toujours enseigné à des classes mixtes.

Dans la phalange des mises à la marge

Une femme parmi les humbles... Une femme de parti pris pour le droit à l'instruction. Une femme de la résistance! En Esther Blondin, les femmes d'aujourd'hui saluent une femme de parole et de cohérence capable d'exprimer et d'assumer ses choix jusqu'au bout. Une femme qui a toujours maintenu sa parole libre devant toute autorité ne se soumettant jamais servilement. Une femme dont l'histoire vit et survit à travers des générations de femmes québécoises engagées dans le devenir de la société québécoise. Une femme comme nous issue de race forte et de source féconde.

     Esther Blondin portait les mêmes préoccupations que bien des femmes ou des organismes communautaires d'aujourd'hui. Les efforts consacrés à l'économie sociale ne font-ils pas écho aux intuitions prophétiques des femmes du XIXe siècle qui ont relevé avec tant de courage et d'audace les défis sociaux du Québec de leur siècle?

Prière

    Dans tes méditations, tu as souvent rappelé à tes filles la mystique de l'arbre. « Plus un arbre enfonce ses racines dans le sol, plus il a de chance de grandir, de s'élever dans l'air et de porter des fruits. » Les femmes d'aujourd'hui vivent de cette spiritualité. Croire en la semence. Arroser les jeunes pousses. Espérer envers et contre vents et marées que la vie finira par triompher. Comme toi, attentives aux besoins des exclus et, à l'instar des femmes d'hier, solidaires des aspirations de leur peuple, les Québécoises se tiennent « debouttes », dignes et inventives pour le respect des droits et des libertés. Merci à toi, Esther Blondin, et à tes consoeurs du XIXe siècle qui ont donné aux femmes d'aujourd'hui l'accès à la connaissance et ouvert des voies à l'engagement pour développer une société plus juste.


SUREAU (Sureault), dit Blondin, ESTHER (Christine), dite mère Marie-Anne, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne, née à Terrebonne, Bas-Canada, le 18 avril 1809, troisième enfant de Jean-Baptiste Sureau, dit Blondin, cultivateur, et de Marie-Rose Limoges, décédée le 2 janvier 1890 à Lachine, Québec.

Esther Sureau, dit Blondin, n’entra que tardivement à l’école ; pensionnaire en 1831 à la Congrégation de Notre-Dame, récemment établie à Terrebonne, elle fut admise l’année suivante comme postulante, puis devint novice dans la même communauté à Montréal. Rentrée chez les siens à cause de sa faible santé, Esther, qui adopterait désormais le prénom de Christine, en souvenir de son séjour au noviciat, put, une fois rétablie, satisfaire son goût de l’enseignement et accepta en 1833 un poste d’institutrice à Vaudreuil. Acquérant vite une réputation enviable, elle devint directrice de l’école paroissiale que les villageois appelaient communément l’académie Blondin.

Émue par l’ignorance des enfants de la campagne et encouragée par son curé, le grand vicaire Paul-Loup Archambault*, celle qu’on appelait Christine Blondin décida, en 1848, après avoir obtenu la permission de Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, de jeter les bases d’une nouvelle communauté entièrement vouée à l’éducation. En septembre 1850, avec quatre compagnes, elle prononçait ses vœux religieux sous le nom de mère Marie-Anne. Le recrutement de cette nouvelle communauté, identifiée sous différents vocables avant de prendre définitivement le nom de Sœurs de Sainte-Anne, eut un tel succès qu’en 1853 on dut transférer le jeune institut, comptant alors 34 membres, de Vaudreuil à Saint-Jacques-de-l’Achigan (Saint-Jacques). En 1864, la maison mère fut fixée définitivement à Lachine.

Ce qui caractérise la carrière de mère Marie-Anne, c’est qu’en 40 ans de vie religieuse elle n’aura gouverné sa communauté que quatre ans. Une sorte de drame moral s’amorça pour elle dès son arrivée à Saint-Jacques-de-l’Achigan, avec la nomination de l’abbé Louis-Adolphe Maréchal comme chapelain de l’institut. Selon lui, la communauté des Sœurs de Sainte-Anne, qui comptait à peine cinq ans, avait un dur défi à relever en remplaçant des enseignantes réputées, les Religieuses de la Société du Sacré-Cœur de Jésus. L’équipe de mère Marie-Anne fut allègrement secouée par un homme naturellement dominateur qui outrepassa ses prérogatives, selon la supérieure, en s’immisçant dans les règles de la communauté. L’entente étant devenue impossible entre la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne et leur chapelain, il fallait sacrifier l’une ou l’autre afin d’éviter de profondes divisions à l’intérieur de la communauté. En août 1854, Mgr Bourget choisit de déposer mère Marie-Anne et de nommer un nouveau conseil. Nommée supérieure du couvent de Sainte-Geneviève (Pierrefonds) qu’elle avait fondé en 1851, elle s’y rendit dès le début de novembre. Désormais, mère Marie-Anne sera tenue éloignée du gouvernement de la communauté. En 1864, elle suivra les religieuses qui iront s’installer dans la nouvelle maison mère de Lachine, mais ses nominations de conseillère locale, d’assistante locale et de conseillère générale ne seront que des titres ; en fait, la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne sera confinée aux tâches les plus humbles.

La force d’âme d’Esther Blondin se manifesta par une docilité exemplaire vis-à-vis de son évêque, par le pardon qu’elle accorda de façon non équivoque à l’abbé Maréchal et à celles de ses filles qui semblaient oublier le passé. D’autres se chargeraient d’exalter une fondatrice méconnue. Mais la « remontée » serait lente. Morte octogénaire, le 2 janvier 1890, mère Marie-Anne fut jusqu’à la fin un témoin discret et serein des développements de son œuvre. Plusieurs centaines de ses filles travaillaient déjà, en 1890, dans 42 établissements dispersés en Amérique du Nord.


É.-J.[-A.] Auclair, Histoire des Sœurs de Sainte-Anne ; les premiers cinquante ans, 1850–1900 (Montréal, 1922).— Frédéric Langevin, Mère Marie-Anne, fondatrice de l’Institut des Sœurs de Sainte-Anne, 1809–1890 ; esquisse biographique (2e éd., Montréal. 1937).— Sœur Marie-Jean de Pathmos [Laura Jean], Les Sœurs de Sainte-Anne ; un siècle d’histoire (1 vol. paru, Lachine, Québec, 1950–  ).— Eugène Nadeau, Martyre du silence ; mère Marie-Anne, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne (1809–1890) (Montréal et Lachine, [1956]).




Bienheureuse Marie-Anne Blondin, fondatrice

   Marie-Esther Soureau-Blondin naquit dans une famille de laboureurs de douze enfants, près de Montréal à Terrebonne, le 18 avril 1809.

A vingt ans, après avoir été domestique, elle entra au service des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame qui venaient d' arriver à Terrebonne. Elle leur demanda, à la place de gages, de pouvoir apprendre chez elles à lire et à écrire, car elle était presque illettrée. 

En effet, depuis que le Québec était passé sous domination anglaise ( et protestante ), il n' y avait que très peu d' écoles francophones dans les campagnes. L' Institution Royale prévoyait d' assimiler les écoles au sein d' un système d' éducation anglophone et protestant. Les curés paraient à l' urgence en regroupant les écoliers du village dont la fabrique de l' église paroissiale finançait les études.

Elle fut finalement admise au noviciat de la Congrégation, en 1832 ; mais n' y prononça pas de voeux, car elle était de santé trop fragile. La maladie l' obligea à retourner chez ses parents, où elle passa une longue convalescence. Elle devint ensuite collaboratrice d' une institutrice, ancienne novice des Soeurs de Notre-Dame, dans le village de Vaudreuil, non loin de Montréal. Au bout de quelques années, elle devint directrice de la petite école, en 1838, devenue l' Académie Blondin. En plus de l' éducation des enfants, elle formait aussi des institutrices et des sous-maîtresses. Elle voyait loin...

Sa vocation se précisa. Elle regroupa des compagnes pour faire la classe aux petits enfants, et d' année en année, dans la prière, elle apporta sa réponse aux questions scolaires de son époque. En 1850, le jour de l' Immaculée Conception, elle fonda un institut chargé de l' éducation des jeunes enfants. Elle prit le nom de Soeur Marie-Anne, et Mgr Ignace Bourget ( 1799-1885 ), évêque de Montréal, reçut ses voeux et celui de ses premières compagnes au sein de la nouvelle Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne à la spiritualité ignatienne. Mgr Bourget faisait venir de nombreux religieux et religieuses de France qui essaimèrent au Canada et il fut à l' origine de la fondation de plusieurs Congrégations canadiennes.


Les débuts de la Congrégation furent difficiles à cause de la pauvreté de biens et de moyens ; cependant, en 1853, les Soeurs purent ouvrir leur Maison Mère à Saint-Jacques de l' Achigan. Peu de temps après, Mgr Bourget nomma comme aumônier de la Congrégation le jeune prêtre Louis-Adolphe Maréchal. 

Celui-ci s' opposa à la fondatrice. Etait-ce par ambition ? Ou trouvait-il que la fondatrice n' avait pas une vision assez moderne de l' éducation ? Toujours est-il qu' en un an, il réussit à l' écarter; sous prétexte de mauvaise gestion, et d' avoir trop insisté sur la nécessité d' utiliser les services des religieuses dans les écoles publiques...

Il fit destituer la Supérieure Générale - elle avait 45 ans - qui devint Supérieure d' une nouvelle petite communauté, le pensionnat de Sainte-Geneviève.  Malgré l' éloignement, de nombreuses Soeurs restaient fidèles à la Mère Marie-Anne. L' aumônier, qui prenait les commandes de la Congrégation, malgré les règles de fondation, ne le supporta pas ! Il demanda à l' évêque de la destituer encore de sa charge, et c' est ainsi que cette enseignante de qualité dut accomplir les tâches les plus humbles. Elle fut portière, sacristine, blanchisseuse, etc... dans diverses maisons de la Congrégation.

La fondatrice des Soeurs de Sainte-Anne passa alors 36 ans de sa vie, dans l' humilité, le sacrifice et l' obéissance. 

Mais son témoignage de Foi et de soumission à la Volonté Divine fut un exemple pour toutes les Soeurs qui n' ignoraient pas le destin de leur Mère. Elle avait offert sa vie pour le bien de sa fondation.

En 1884, la règle des Soeurs de Sainte-Anne fut approuvée par Rome. Quelques années plus tard, elles étaient 428 Soeurs, attachées au soin des malades et à l' éducation enfantine, réparties dans 43 maisons, au Québec, en Colombie Britannique ( Canada ), aux Etats-Unis, en Alaska. A partir du milieu du XXème siècle, d' autres fondations ont eu lieu à Haïti, au Cameroun, au Chili et récemment au Congo. Elles étaient 1380 Soeurs vers 1980, elles sont aujourd' hui 840. Les années 1950 furent les plus florissantes pour les vocations.

Elle mourut le 2 janvier 1890 d' une bronchite, à l' aube de ses 81 ans, à la  nouvelle Maison Mère de Lachine, devenue aujourd' hui le Musée de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne. 

Elle fut béatifiée le 29 avril 2001, à Rome, par Jean-Paul II.

Prions pour le Québec, fortement déchristianisé !

Lire : Père Eugène Nadeau, omi, " Martyre du silence, Mère Marie-Anne, ssa ", Editions Médiaspaul, Montréal 2003. 


Histoire de la Bienheureuse Marie-Anne Blondin

Esther Blondin, en religion «Soeur Marie-anne», naît à Terrebonne (Québec, Canada), le 18 avril 1809, dans une famille d'agriculteurs profondément chrétiens. Elle hérite de sa mère une piété centrée sur la Providence et l'Eucharistie et, de son père, une foi solide et une grande patience dans la souffrance. Esther et sa famille sont victimes de l'analphabétisme qui règne dans les milieux canadiens-français du XIXe siècle. À 22 ans, elle s'engage comme domestique au couvent des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, nouvellement arrivées dans son village. Un an plus tard, elle s'y inscrit comme pensionnaire pour apprendre à lire et à écrire. On la retrouve ensuite au noviciat de cette même Congrégation qu'elle doit cependant quitter, à cause d'une santé trop fragile.

En 1833, Esther devient institutrice à l'école du village de Vaudreuil. C'est là qu'elle découvre une des causes de l'analphabétisme ambiant: un règlement d'Eglise, qui interdit aux femmes d'enseigner aux garçons, et aux hommes d'enseigner aux filles. Ne pouvant financer deux écoles paroissiales, les curés choisissent souvent de n'en tenir aucune. Et les jeunes croupissent dans l'ignorance, incapables de suivre le catéchisme pour faire leur première communion. En 1848, avec l'audace du prophète que meut un appel irrésistible de l'Esprit, Esther soumet à son évêque, Monseigneur Ignace Bourget, le projet qu'elle nourrit depuis longtemps: celui de fonder une Congrégation religieuse «pour l'éducation des enfants pauvres des campagnes dans des écoles mixtes». Le projet est novateur pour l'époque! Il paraît même «téméraire et subversif de l'ordre établi». Mais, puisque l'État favorise ce genre d'écoles, l'évêque autorise un modeste essai pour éviter un plus grand mal.

La Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne est fondée à Vaudreuil, le 8 septembre 1850 et Esther - désormais appelée «Mère Marie-Anne» - en devient la première supérieure. Le recrutement rapide de la jeune Congrégation requiert très tôt un déménagement. À l'été de 1853, l'évêque Bourget transfère la Maison mère à Saint-Jacques-de-l'Achigan. Le nouvel aumônier, l'abbé Louis-Adolphe Maréchal, s'ingère de façon abusive dans la vie interne de la communauté. En l'absence de la Fondatrice, il change le prix de la pension des élèves. Et, quand il doit lui même s'absenter, il demande aux soeurs d'attendre son retour pour se confesser. Après une année de conflit entre l'aumônier et la supérieure, soucieuse de protéger les droits de ses soeurs, l'évêque Bourget croit trouver une solution: le 18 août 1854, il demande à Mère Marie-Anne de «se déposer». Il convoque des élections et exige de Mère Marie-Anne de «ne plus accepter le mandat de supérieure, si ses soeurs veulent la réélire». Privée du droit que lui donne la Règle de la Communauté d'être réélue, Mère Marie-Anne obéit à son évêque qu'elle considère comme l'instrument de la Volonté de Dieu sur elle. Et elle «bénit mille fois la divine Providence de la conduite toute maternelle qu'elle tient à son égard, en la faisant passer par la voie des tribulations et des croix».

Nommée alors directrice au Couvent de Sainte-Geneviève, Mère Marie-Anne devient une cible de harcèlement de la part des nouvelles autorités de la Maison mère, subjuguées par le despotisme de l'aumônier Maréchal. Sous prétexte de mauvaise administration, on la ramène à la Maison mère en 1858, avec la consigne épiscopale de «prendre les moyens pour qu'elle ne nuise à personne». Depuis cette nouvelle destitution et jusqu'à sa mort, elle est tenue à l'écart de toute responsabilité administrative. On l'écarte même des délibérations du conseil général où les élections de 1872 et de 1878 l'ont réélue. Affectée aux plus obscurs travaux de la buanderie et de la repasserie, elle mène une vie de renoncement total, qui assure la croissance de sa Congrégation. C'est là le paradoxe d'une influence qu'on a voulu neutraliser: dans les caves obscures de la repasserie de la Maison mère, de nombreuses générations de novices recevront de la Fondatrice l'exemple d'une vie d'obéissance, d'humilité et de charité héroïques. À une novice qui lui demandait un jour pourquoi elle, la Fondatrice, était maintenue dans de si modestes emplois, elle s'est contentée de répondre avec douceur: «Plus un arbre enfonce ses racines profondément dans le sol, plus il a de chances de grandir et de porter du fruit».

L'attitude de Mère Marie-Anne, face aux situations d'injustice dont elle fut victime, nous permet de découvrir le sens évangélique qu'elle a toujours donné aux événements de sa vie. Comme le Christ passionné pour la Gloire de son Père, elle n'a cherché en tout que «la Gloire de Dieu» qu'elle a donnée pour fin à sa communauté. «Faire connaître le bon Dieu aux jeunes qui n'avaient pas le bonheur de le connaître», c'était pour elle un moyen privilégié de travailler à la Gloire de Dieu. Dépouillée de ses droits les plus légitimes, spoliée de sa correspondance personnelle avec son évêque, elle cède tout, sans résistance, attendant de Dieu le dénouement de tout, sachant que «dans sa Sagesse, il saura discerner le vrai du faux et récompenser chacun selon ses oeuvres».

Empêchée de se laisser appeler «mère» par les autorités qui lui ont succédé, Mère Marie-Anne ne s'attache pas jalousement à son titre de Fondatrice; elle accepte plutôt l'anéantissement, comme Jésus, «son Amour crucifié», pour que vive sa communauté. Elle ne renonce pas pour autant à sa mission de mère spirituelle de sa Congrégation; elle s'offre à Dieu «pour expier tout le mal qui s'est commis dans la communauté»; et elle demande tous les jours à sainte Anne, «pour ses filles spirituelles, les vertus nécessaires aux éducatrices chrétiennes».

Comme tout prophète investi d'une mission de salut pour les siens, Mère Marie-Anne a vécu la persécution, en pardonnant sans restriction; car elle était convaincue qu'il y a «plus de bonheur à pardonner qu'à se venger». Ce pardon évangélique était pour elle le garant de «la paix de l'âme qu'elle tenait pour le bien le plus précieux»; et elle en donna un ultime témoignage sur son lit d'agonie, en demandant à sa supérieure de faire venir l'abbé Maréchal «pour l'édification des soeurs».

Sentant venir sa fin, Mère Marie-Anne lègue à ses filles, en guise de testament spirituel, ces quelques mots qui résument bien toute sa vie: «Que l'Eucharistie et l'abandon à la Volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre». Puis elle s'éteint paisiblement à la Maison mère de Lachine, le 2 janvier 1890, «heureuse de s'en aller chez le bon Dieu» qu'elle avait servi toute sa vie.


BLESSED MARIE-ANNE BLONDIN

April 18 commemorates the feast of Blessed Marie-Anne Blondin, a Canadian woman whose life was a story of obedience in the face of personal setbacks.
Esther Blondin was born in 1809 to a pious, French-Canadian farm family in southern Quebec. When she was old enough, she began to work as a domestic servant for a merchant and later for the Sisters of the Congregation of Notre Dame. While she worked for the sisters, she learned to read and write.
During that time, Esther decided to enter the congregation as a novice. However, her health forced her to abandon the pursuit. Nevertheless, the literacy she had obtained opened doors for her and she became a teacher, and eventually a director at a parochial school.
She was aware of the high levels of illiteracy in the area, and when she was 39 years old, she sought to found an order that taught both boys and girls in the same school. The year was 1848 and her idea was radical, as schools taught boys and girls separately.
Eventually, the pioneering woman received the requisite permission, and the Congregation of the Sisters of St. Anne was founded. Esther was the superior and took the name Marie-Anne. Though she was the founder and superior, Sister Marie-Anne faced much oppression from the congregation’s chaplain. He eventually had her removed from her position, and she was prohibited from holding any administrative roles for the rest of her life.
She spent her last 32 years without complaining, working in the order’s laundry and ironing room. Despite her demotion, her order continued to grow and spread across Canada and the United States.
Blessed Marie-Anne Blondin died in 1890. She was beatified by Pope John Paul II in 2001.

Blessed Maria Anna Blondin

Also known as
  • Esther Blondin
  • Sister Marie-Anne
  • Marie-Anne Blondin
Profile

Born to a pious, FrenchCanadian farm family, the daughter of Jean Baptiste Blondin and Marie Rose Limoges. Illiterate into adulthood, as were the other members of her family and most of her acquaintances. Domestic servant for a village merchant, and then in the convent of the Sisters of the Congregation of Notre Dame, where she learned to read and write. Entered as a novice in the Sisters, but ill health forced her to leave.

Parochial school teacher at Vaudreuil, Quebec in 1833; she was later named directress of the school, which was renamed the Blondin Academy. There she realized the reason for the widespread illiteracy in the area: girls could only be taught by women, boys only by men; parishes that could not afford two schools simply had none. In 1848 she sought permission to form a congregation that would teach boys and girls in the same school. It was a radical notion in its day, but had government support, and the bishop authorized a test site. The Congregation of the Sisters of Saint Anne was founded in Vaudreuil on 8 September 1850 with Esther as first superior, taking the name in religion of Marie-Anne.

The community grew, and the motherhouse transferred to Saint Jacques de l’Achigan in 1853. There the new chaplain, Father Louis Adolphe Marechal, abused his position, meddled in the financial and spiritual life of the Congregation, and generally sabotaged the work of Mother Marie Anne. Marechel succeeded in having her removed from her position in the Congregation.

Directress at Saint Genevieve Convent, but she continued to be harassed by Marechal. Accused of mismanagement, she was recalled to the Motherhouse in 1858, and was prohibited for her remaining 32 years from an administrative position; the sisters were ordered not to refer to her as “Mother”. Realizing that any fight she could make would only damage the Congregation, she accepted her lot, and worked in the laundry, the ironing room, and other menial positions. Elected several times as superior of the Congregation, she was forbidden to accept, and never tried. Her humility and resignation paid off as the Congregation continued to grow, and universal education became the norm.

Born

Beata Maria Anna Sureau Blondin Fondatrice


Terrebonne (Quebec), Canada, 18 aprile 1809 – Lachine, Canada, 2 gennaio 1890

Canadese, è la fondatrice della congregazione delle Suore di Sant'Anna, che si dedicano principalmente all'educazione dei bambini. A lei da ragazza era mancata proprio una scuola cattolica e francofona nel Quebec, dove era nata nel 1809 a Terrebonne, territorio dominato da protestanti inglesi e per tale ragione nei primi anni d'infanzia rimase analfabeta. A vent'anni entrò nelle suore di Notre-Dame, ma poi ne uscì per motivi di salute. Divenuta direttrice di una scuola, fondò successivamente la sua congregazione, pronunciando i voti davanti al vescovo di Montreal con altre compagne nel 1850 e mutando il secondo nome in Anna. Morì il 2 gennaio 1890 a Lachine, sempre in Canada, a causa della polmonite. È stata beatificata da Giovanni Paolo II in piazza San Pietro, a Roma, il 29 aprile 2001. (Avvenire)

Martirologio Romano: Nella città di Lachine nel Québec in Canada, beata Marianna (Maria Stella) Soureau-Blondin, vergine: rimasta analfabeta fino all’età della giovinezza, fondò la Congregazione delle Suore di Sant’Anna per l’istruzione dei figli dei contadini, offrendo sempre nel suo servizio un eccellente modello di educatrice della gioventù.

Una beata del grande Stato nordamericano del Canada, infatti Maria Ester Sureau Blondin, nacque a Terrebonne nella provincia del Quebec il 18 aprile 1809, il padre agricoltore e la madre casalinga; primogenita di una famiglia molto cattolica di 12 figli. 

Trascorse l’infanzia e l’adolescenza a casa, ricevendo un’educazione e formazione dai propri genitori, vista la mancanza di scuole cattoliche di lingua francese, in uno Stato che da 50 anni era passato sotto il dominio inglese e protestante. 

A 20 anni, nel 1829 entrò a servizio delle suore della Congregazione di Notre-Dame, che si erano da poco stabilite a Terrebonne, chiedendo come salario di imparare a leggere e scrivere; nel 1832 fu ammessa nel noviziato di questa Congregazione, ma non pronunciò i voti perché rifiutata per debolezza fisica e malattia. 

Trascorse un periodo di cura e di riposo a casa e poi diventò collaboratrice della maestra della scuola elementare cattolica del villaggio di Vaudreuil; diventando nel 1838 direttrice della stessa scuola e negli anni seguenti un po’ alla volta, si orientò a fondare una Congregazione religiosa per l’educazione dei bambini e l’8 dicembre 1850 Maria Ester Soureau-Blondin, prendendo il nome di Maria Anna, insieme ad un gruppo di prime suore, pronunciò i voti davanti al vescovo di Montreal, Ignazio Bourget, dando inizio alla nuova Congregazione delle “Suore di S. Anna”. 

Gli inizi della giovane Istituzione furono difficoltosi per la grande povertà; nel 1853 la Casa Madre fu aperta a Saint-Jacques de l’Achigan e il vescovo Bourget nominò come cappellano il giovane sacerdote Louis-Adolphe Maréchal, il quale in meno di un anno prese il comando della Congregazione e fece destituire nel 1854 la fondatrice e superiora generale suor Maria Anna, allontanandola dandole la carica di superiora di una piccola comunità a Sainte-Geneviève. 

Nonostante la lontananza, molte suore, formate da suor Maria Anna, rimasero in contatto con lei; questo non fu tollerato dal cappellano, il quale ottenne dal vescovo di toglierle anche questo incarico. 
A lei fondatrice e ottima insegnante, furono affidati i compiti più umili, come portinaia, responsabile della biancheria delle suore, sagrestana, espletati in 36 anni in Case poste in varie città. 

Quest’ultimo periodo della sua vita, è la testimonianza di una viva fede e di una grande forza di volontà, in mezzo alle incomprensioni; esempio di amorosa sottomissione alla volontà di Dio, di rispetto per le autorità, bontà e servizio verso tutti, umiltà ed abnegazione. 

Accettò la sua destituzione offrendo la sua vita per il bene della Congregazione e ciò evidentemente fu accettato da Dio, nel 1884 si ebbe l’approvazione da Roma e nel 1890 si contavano 428 religiose impegnate nell’insegnamento e occupate nella cura degli ammalati in 43 case del Quebec, Colombia canadese, Stati Uniti e Alaska. 

Nell’autunno del 1889 madre Maria Anna si ammalò di una grave bronchite; nella notte di Natale volle assistere alla Messa nella grande cappella della Casa Madre, ciò le costò un aggravamento della malattia, che la fece morire il 2 gennaio a Lachine. 

Il 7 gennaio 1977 fu introdotta la causa per la sua beatificazione, il 14 marzo 1991 ebbe il titolo di venerabile e il 29 aprile 2001 è stata beatificata da papa Giovanni Paolo II in Piazza S. Pietro a Roma. 


Autore: Antonio Borrelli



BEATA

MARIE-ANNE BLONDIN

(1809 - 1890)
 
Esther Blondin, Hermana Marie-Anne, nace en Terrebonne (Québec, Canada), el 18 abril de 1809, dentro de una familia hondamente cristiana. Hereda de su madre una piedad centrada en la Providencia y la Eucaristía; de su padre, una fe sólida y una gran paciencia en el sufrimiento. Esther y su familia son víctimas del analfabetismo reinante en los medios canadienses-franceses del siglo XIX. En la edad de 22 años, se la contrata como doméstica al servicio de las Hermanas de la Congregación de Nuestra Señora recién llegadas en su pueblo. El año siguiente, se inscribe como interna con vistas a aprender a leer y escribir. Se la encuentra después en el noviciado de la misma Congregación, de donde saldrá sin embargo, a causa de su salud demasiado frágil. 


En 1833, Esther se vuelve maestra de escuela en el pueblo de Vaudreuil. Allí, se da cuenta que un reglamento de la Iglesia prohibiendo a las mujeres enseñar a los niños y a los hombres a las niñas puede ser una causa del analfabetismo. Los curas, en la imposibilidad de financiar dos escuelas, elijen financiar ninguna. Y los jóvenes se sumen en la ignorancia, sin poder aprender el catecismo y hacer la primera comunión. En 1848, con la audacia del profeta movido por la llamada del Espíritu, Esther somete a su Obispo, Monseñor Ignace Bourget, el proyecto de fundar una Congregación religiosa “para la educación de los niños pobres del campo, en escuelas mixtas”. El proyecto es novador para la época! Incluso, parece “temerario y subversivo del orden establecido”. Pero, puesto que el Estado favorece este tipo de escuelas, el Obispo autoriza un intento modesto, para evitar un mal más grande. 
La Congregación de las Hermanas de Santa Ana se funda en Vaudreuil, el 8 de septiembre de 1850. En adelante, Esther se llama “Madre Marie-Anne”. Está nombrada primera superiora. El crecimiento rápido de la joven Comunidad requiere muy pronto una mudanza. En el verano de 1853, el Obispo Bourget traslada la Casa madre a Saint-Jacques de l’Achigan. El nuevo Capellán, Louis-Adolphe Maréchal, va a meterse en la vida interna de la Comunidad, en una manera abusiva. En la ausencia de la Fundadora, él cambia el precio de la pensión de las alumnas. Y, cuando él debe ausentarse, las hermanas tienen que esperar su vuelta para confesarse. Después de un año de conflicto entre el Capellán y la Superiora muy preocupada por los derechos de sus hermanas, el Obispo Bourget piensa encontrar una solución. El 18 de agosto de 1854, manda a Madre Marie-Anne “deponerse”. Convoca las elecciones y exije de la Madre “que no acepte el mandato de Superiora si las hermanas quieren reelegirla”. Despojada del derecho que le da la Regla de la Comunidad, Madre Marie-Anne obedece al Obispo que es para ella el instrumento de la Voluntad de Dios sobre ella. Bendice “mil veces a la Divina Providencia por la conducta materna que tiene para ella, haciéndola pasar por el camino de las tribulaciones y cruces”. 

Entonces, nombrada Directora del Convento de Sainte Geneviève, Madre Marie-Anne se vuelve un blanco de hostigamiento de parte de las nuevas Autoridades de la Casa madre, subyugadas por el despotismo del Capellán Maréchal. Con el pretexto de mala administración, se la llaman a la Casa madre en 1858, con la orden episcopal de “tomar los medios para que no haga daño a nadie”. Desde esa nueva destitución hasta su muerte, se la mantiene fuera de todas responsabilidades administrativas. Aun, se la aleja de las deliberaciones del Consejo general donde tendría que estar según las elecciones de 1872 y 1878. Asignada a los más oscuros trabajos de la lavandería y del planchado, lleva una vida de renuncia total, lo que asegura el crecimiento de su Congregación. Allí está la paradoja de su influencia: quisieron neutralizarla en el sótano oscuro del planchado de la Casa madre, pero muchas generaciones de novicias recibirán de la Fundadora ejemplos de humildad y de caridad heroica. Una vez, una novicia se asombró en ver a la Fundadora mantenida en tan humildes trabajos y se le pidió la razón a la Madre. Ella contesto con calma: “Más un árbol hunde sus raices en el suelo, más posibilidad tiene de crecer y producir frutos.” 

La actitud de Madre Marie-Anne frente a las situaciones injustas, siendo ella víctima de ellas, nos permite descubrir el sentido evangélico que ella supo dar a los acontecimientos de su vida. Como Cristo apasionado por la gloria de su Padre, ella no buscó otra cosa en todo que la gloria de Dios, lo que es el fin de su Comunidad. “Dar a conocer el Buen Dios a los jóvenes que no tenían la felicidad de conocerle” era para ella el medio privilegiado de trabajar a la gloria de Dios. Despojada de sus más legítimos derechos, espoliada de su correspondencia personal con su Obispo, ella cede todo sin resistencia, esperando de Dios el desenlace de todo, sabiendo que Él “en su Sabiduría sabrá discernir lo verdadero de lo falso y recompensar a cada uno según sus obras”. 

Las Autoridades que le sucedieron prohibieron llamarla Madre. Madre Marie-Anne no se aferra celosamente a su título de Fundadora. Mas bien, acepta su anonadamiento como Jesús “su Amor crucificado”, a fin de que viva su Comunidad. Sin embargo, no abdica su vocación de “madre espiritual” de su Congregación; se ofrece a Dios “para expiar el mal cometido en su Comunidad; todo los días, pide a Santa Ana en favor de sus hijas espirituales, las virtudes necesarias a las educadoras cristianas”. 

Al igual que todo profeta investido por una misión en favor de los suyos, Madre Marie-Anne vivió la persecución, perdonando sin restricción, pues estaba convencida que “hay más felicidad en perdonar que en vengarse”. Este perdón evangélico era para ella la garantía de “la paz del alma” que ella consideraba como "el más precioso bien". Dió un último testimonio de eso en su lecho de agonía cuando pidió a su superiora llamar al Padre Maréchal “para edificar a las Hermanas”. 

Frente a la muerte, Madre Marie-Anne deja a sus hijas a manera de testamento espiritual, estas palabras que resumen su vida: “Que la Eucaristía y el abandono a la Voluntad de Dios sean vuestro cielo en la tierra”. Entonces se apagó apaciblemente en la Casa madre de Lachine, el 2 de enero de 1890, “feliz de irse donde el Buen Dios” que ella había servido toda su vida.      

(Biografía del Vaticano)