lundi 18 avril 2016

Bienheureuse MARIE-ANNE (ESTHER) BLONDIN, vierge religieuse et fondatrice de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne

Mère Marie-Anne Blondin en 1888, au seuil de ses 80 ans


MARIE-ANNE BLONDIN (1809 - 1890)
   
Esther Blondin, en religion «Soeur Marie-anne», naît à Terrebonne (Québec, Canada), le 18 avril 1809, dans une famille d'agriculteurs profondément chrétiens. Elle hérite de sa mère une piété centrée sur la Providence et l'Eucharistie et, de son père, une foi solide et une grande patience dans la souffrance. Esther et sa famille sont victimes de l'analphabétisme qui règne dans les milieux canadiens-français du XIXe siècle. À 22 ans, elle s'engage comme domestique au couvent des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, nouvellement arrivées dans son village. Un an plus tard, elle s'y inscrit comme pensionnaire pour apprendre à lire et à écrire. On la retrouve ensuite au noviciat de cette même Congrégation qu'elle doit cependant quitter, à cause d'une santé trop fragile. 

En 1833, Esther devient institutrice à l'école du village de Vaudreuil. C'est là qu'elle découvre une des causes de l'analphabétisme ambiant: un règlement d'Eglise, qui interdit aux femmes d'enseigner aux garçons, et aux hommes d'enseigner aux filles. Ne pouvant financer deux écoles paroissiales, les curés choisissent souvent de n'en tenir aucune. Et les jeunes croupissent dans l'ignorance, incapables de suivre le catéchisme pour faire leur première communion. En 1848, avec l'audace du prophète que meut un appel irrésistible de l'Esprit, Esther soumet à son évêque, Monseigneur Ignace Bourget, le projet qu'elle nourrit depuis longtemps: celui de fonder une Congrégation religieuse «pour l'éducation des enfants pauvres des campagnes dans des écoles mixtes». Le projet est novateur pour l'époque! Il paraît même «téméraire et subversif de l'ordre établi». Mais, puisque l'État favorise ce genre d'écoles, l'évêque autorise un modeste essai pour éviter un plus grand mal. 

La Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne est fondée à Vaudreuil, le 8 septembre 1850 et Esther - désormais appelée «Mère Marie-Anne» - en devient la première supérieure. Le recrutement rapide de la jeune Congrégation requiert très tôt un déménagement. À l'été de 1853, l'évêque Bourget transfère la Maison mère à Saint-Jacques-de-l'Achigan. Le nouvel aumônier, l'abbé Louis-Adolphe Maréchal, s'ingère de façon abusive dans la vie interne de la communauté. En l'absence de la Fondatrice, il change le prix de la pension des élèves. Et, quand il doit lui même s'absenter, il demande aux soeurs d'attendre son retour pour se confesser. Après une année de conflit entre l'aumônier et la supérieure, soucieuse de protéger les droits de ses soeurs, l'évêque Bourget croit trouver une solution: le 18 août 1854, il demande à Mère Marie-Anne de «se déposer».  Il convoque des élections et exige de Mère Marie-Anne de «ne plus accepter le mandat de supérieure, si ses soeurs veulent la réélire».  Privée du droit que lui donne la Règle de la Communauté d'être réélue, Mère Marie-Anne obéit à son évêque qu'elle considère comme l'instrument de la Volonté de Dieu sur elle. Et elle «bénit mille fois la divine Providence de la conduite toute maternelle qu'elle tient à son égard, en la faisant passer  par la voie des tribulations et des croix». 

Nommée alors directrice au Couvent de Sainte-Geneviève, Mère Marie-Anne devient une cible de harcèlement de la part des nouvelles autorités de la Maison mère, subjuguées par le despotisme de l'aumônier Maréchal. Sous prétexte de mauvaise administration, on la ramène à la Maison mère en 1858, avec la consigne épiscopale de «prendre les moyens pour qu'elle ne nuise à personne». Depuis cette nouvelle destitution et jusqu'à sa mort, elle est tenue à l'écart de toute responsabilité administrative. On l'écarte même des délibérations du conseil général où les élections de 1872 et de 1878 l'ont réélue. Affectée aux plus obscurs travaux de la buanderie et de la repasserie, elle mène une vie de renoncement total, qui assure la croissance de sa Congrégation. C'est là le paradoxe d'une influence qu'on a voulu neutraliser: dans les caves obscures de la repasserie de la Maison mère, de nombreuses générations de novices recevront de la Fondatrice l'exemple d'une vie d'obéissance, d'humilité et de charité héroïques. À une novice qui lui demandait un jour pourquoi elle, la Fondatrice, était maintenue dans de si modestes emplois, elle s'est contentée de répondre avec douceur: «Plus un arbre enfonce ses racines profondément dans le sol, plus il a de chances de grandir et de porter du fruit». 

L'attitude de Mère Marie-Anne, face aux situations d'injustice dont elle fut victime, nous permet de découvrir le sens évangélique qu'elle a toujours donné aux événements de sa vie. Comme le Christ passionné pour la Gloire de son Père, elle n'a cherché en tout que «la Gloire de Dieu» qu'elle a donnée pour fin à sa communauté. «Faire connaître le bon Dieu aux jeunes qui n'avaient pas le bonheur de le connaître», c'était pour elle un moyen privilégié de travailler à la Gloire de Dieu. Dépouillée de ses droits les plus légitimes, spoliée de sa correspondance personnelle avec son évêque, elle cède tout, sans résistance, attendant de Dieu le dénouement de tout, sachant que «dans sa Sagesse, il saura discerner le vrai du faux et récompenser chacun selon ses oeuvres». 

Empêchée de se laisser appeler «mère» par les autorités qui lui ont succédé, Mère Marie-Anne ne s'attache pas jalousement à son titre de Fondatrice; elle accepte plutôt l'anéantissement, comme Jésus, «son Amour crucifié», pour que vive sa communauté. Elle ne renonce pas pour autant à sa mission de mère spirituelle  de sa Congrégation; elle s'offre à Dieu «pour expier tout le mal qui s'est commis dans la communauté»; et elle demande tous les jours à sainte Anne, «pour ses filles spirituelles, les vertus nécessaires aux éducatrices chrétiennes». 

Comme tout prophète investi d'une mission de salut pour les siens, Mère Marie-Anne a vécu la persécution, en pardonnant sans restriction; car elle était convaincue qu'il y a «plus de bonheur à pardonner qu'à se venger». Ce pardon évangélique était pour elle le garant de «la paix de l'âme qu'elle tenait pour le bien le plus précieux»; et elle en donna un ultime témoignage sur son lit d'agonie, en demandant à sa supérieure de faire venir l'abbé Maréchal «pour l'édification des soeurs». 

Sentant venir sa fin, Mère Marie-Anne lègue à ses filles, en guise de testament spirituel, ces quelques mots qui résument bien toute sa vie: «Que l'Eucharistie et l'abandon à la Volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre». Puis elle s'éteint paisiblement à la Maison mère de Lachine, le 2 janvier 1890, «heureuse de s'en aller chez le bon Dieu» qu'elle avait servi toute sa vie.

Bienheureuse Marie-Anne Blondin

Fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne (+ 1890)

Mère fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne (1850) à Vaudreuil, Québec, Canada. 

Sa biographie sur le site de la congrégation.

Béatifiée le 29 avril 2001 à Rome par Jean-Paul II.

Marie-Anne Blondin (1809-1890), fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne, béatifiée le 29 avril 2001. (diocèse d'Edmundston)

À Lachine, au Québec, en 1890, la bienheureuse Marie-Esther Soureau-Blandin (Marie-Anne), vierge. Toute ignorante de l’alphabet dans sa jeunesse, elle fonda la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne pour la formation des enfants d’agriculteurs, donnant toujours dans sa charge un bel exemple de maîtresse de la jeunesse.

Martyrologe romain

«Que l'Eucharistie et l'abandon à la Volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre»

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/10098/Bienheureuse-Marie-Anne-Blondin.html

Bienheureuse MARIE-ANNE BLONDIN

Née à Terrebonne, au Québec, en 1809, de parents cultivateurs illettrés, Esther Blondin est la troisième d’une famille de douze enfants. Encore analphabète à 20 ans, elle rêve d'enseigner un jour. En attendant, elle offre ses services aux sœurs de la Congrégation Notre-Dame et apprend à lire et à écrire dans ses temps libres. Elle développe une conscience accrue de l'exclusion de presque tous les gens de son pays qui, comme elle, n'ont pas encore accès à l'instruction. 

Un essai dans la vie religieuse avorte à cause de sa santé fragile. Néanmoins, elle accepte d’enseigner à l’Académie de Vaudreuil et continue de voir l’ampleur de l’ignorance des gens plongés dans l’exclusion sociale. 

Pour Esther, il faut prendre en charge l’instruction collectivement. Elle s’adjoint rapidement des femmes enseignantes qui l’amèneront à fonder, en 1850, une communauté consacrée à l’enseignement. La communauté s'appelle les Sœurs de Sainte-Anne. Comme religieuse et supérieure de sa communauté, elle prend le nom de Mère Marie-Anne. 

Un projet d’avant-garde 

Mère Marie-Anne conçoit un projet innovateur : fonder des écoles mixtes pour remédier à la situation pitoyable des écoles rurales de l’époque. Mais la résistance vient de l’Église. Elle apprend que « la communauté ne pourrait enseigner aux enfants des deux sexes que jusqu’à l’âge de 10 ans ». 

Elle écrit à Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, pour lui dire « qu’elle regarde le but qu’elle s’est proposé comme manqué parce que ce sont les pauvres qui ont fait appel à son zèle et à sa charité ». 

Cependant, malgré l’interdit, les Sœurs de Sainte-Anne ont toujours enseigné à des classes mixtes à tous les niveaux d’éducation. 

Puis, Mère Marie-Anne rencontre de grands problèmes. Dès l'année suivante, à la suite de difficultés avec un jeune prêtre devenu aumônier du couvent, Mère Marie-Anne se rend à la demande de Mgr Bourget et accepte de démissionner comme supérieure. Elle devient alors directrice au pensionnat de Sainte-Geneviève. Mais quatre ans plus tard, elle est destituée une seconde fois. 

Oubliée, puis reconnue 

Mère Marie-Anne, selon son expression, est réduite à « zéro ». Si bien que son nom ne figure pas sur la liste des sœurs et de leurs emplois. En 1859, au couvent de Saint-Jacques, dans la région de Joliette, elle est nommée sacristine. Durant 30 ans, elle remplira dans l’ombre des emplois manuels selon les besoins de la communauté, jusqu'à son décès en 1890. 

À cause des préjugés tenaces à son égard, elle reste dans l’ombre longtemps après sa mort. Grâce à une série de conférences données par un aumônier qui a interrogé des témoins de sa vie, l’enthousiasme se soulève envers Mère Marie-Anne. 

En 1950, année du centenaire de la fondation de la congrégation, c’est le début des démarches officielles pour faire reconnaître sa sainteté. Elle a été proclamée vénérable en 1991 et bienheureuse le 29 avril 2001, par le pape Jean-Paul II. 

Une présence prophétique 

Les sœurs de Sainte-Anne et leurs associées poursuivent la mission de Mère Marie-Anne en cherchant à être une présence prophétique dans la solidarité et l’engagement pur la justice envers les femmes, les jeunes, les personnes appauvries et marginalisées.

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SOURCE : http://diocesemontreal.org/leglise-a-montreal/notre-histoire/saints-de-montreal/bienheureuse-marie-anne-blondin.html

Esther Blondin naît en 1809 à Terrebonne (Québec), une banlieue actuelle de Montréal. Ses parents, Jean-Baptiste Blondin et Marie-Rose Limoges, cultivateurs de modeste condition, habitent dans le rang de la « Côte Terrebonne », en bordure de la rivière des Mille-Isles.

Voulant aider sa famille, à l'âge de 20 ans, Esther s'engage comme domestique chez un marchand du village. Quelques mois plus tard, elle offre ses services aux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame qui dirigent l'école paroissiale. Encore analphabète, elle apprend à lire et à écrire tout en travaillant. Par la suite, elle entre dans cette Congrégation, mais malheureusement, la maladie l'oblige à quitter le noviciat en 1833.

Cette même année, après quelques mois de repos, elle répond à l'invitation d'une ancienne novice de la Congrégation de Notre-Dame, qui dirige une école à Vaudreuil. Esther lui apporte son aide et commence une carrière dans l'enseignement. Quelques années plus tard, elle devient directrice de l'école qui prend le nom d'Académie Blondin car Esther y prépare de jeunes institutrices pour les « écoles de rang ».

 La fondatrice

Vu l'état pitoyable des écoles rurales du Québec, Esther, en 1850, fonde la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne. Elle veut se dévouer à l'éducation des enfants pauvres et projette d'ouvrir des classes mixtes, projet reconnu très « subversif » pour l'époque. Esther, qui s'appelle désormais soeur Marie-Anne, devient supérieure.

En 1853, devant l'essor de la communauté et faute de place pour loger recrues et pensionnaires, les soeurs déménagent à Saint-Jacques-de-l'Achigan (aujourd'hui Saint-Jacques-de-Montcalm) dans la région de Joliette. Là, soeur Marie-Anne rencontre de grands problèmes. Dès l'année suivante, à la suite de difficultés avec un jeune prêtre devenu aumônier du couvent, monsieur l'abbé Louis-Adolphe Maréchal, Mère Marie-Anne se rend à la demande de Monseigneur Ignace Bourget et accepte de démissionner comme supérieure. Elle devient alors directrice au pensionnat de Sainte-Geneviève. À cause de l'influence de monsieur l'abbé Maréchal, les persécutions continuent contre elle et, quatre ans plus tard, elle est destituée une seconde fois.

L’oubliée

Mère Marie-Anne est rappelée à Saint-Jacques où pendant un an, elle ne figure pas sur la liste où sont consignés les noms et les emplois des sœurs. Selon son expression, elle est réduite à « zéro ». À Saint-Jacques, en 1859, elle est nommée sacristine. Elle remplira dans l'ombre différents emplois manuels selon les besoins de la communauté. C'est en 1890, après trente ans de vie très humble, que Mère Marie-Anne meurt, à la Maison mère de Lachine installée à cet endroit depuis 1864. Avant de mourir, elle renouvelle son pardon à monsieur l'abbé Maréchal.

L’année dernière, comme votre Grandeur le sait, je n’ai eu aucune part dans les offices, je suis demeurée zéro toute l’année; cette année, on a eu assez de confiance en moi pour m’en confier deux, et l’on m’a donné pour aide celles qui étaient première dans ces deux offices l’année dernière. Ces offices sont la sacristie de la paroisse et la roberie. (Mère Marie-Anne à Mgr Bourget, le 17 octobre 1859)

La réhabilitée

À cause de préjugés tenaces, Mère Marie-Anne reste dans l'ombre longtemps après sa mort. En 1917, un aumônier de la Maison mère, qui a eu l'occasion d'échanger avec des témoins de la vie de Mère Marie-Anne, donne une série de conférences. Son initiative suscite un grand enthousiasme et fait boule de neige.

En 1950, année du centenaire de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne, Monseigneur Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, autorise le début des démarches officielles pour faire reconnaître la sainteté de Mère Marie-Anne. Une première biographie complète, Martyre du silence, est publiée en 1956. L'auteur, le Père Eugène Nadeau, o.m.i., y relate des faits restés jusqu'alors inconnus.

Depuis les années cinquante, un mouvement de ferveur se développe envers Mère Marie-Anne. La communauté inaugure à la Maison mère un endroit où l'on peut venir la prier. De nombreuses faveurs lui sont attribuées. En 1991, après plusieurs années d'examens minutieux de sa vie, le Pape Jean-Paul II la proclame « vénérable ». Le 29 avril 2001, elle a été béatifiée; nous la prions maintenant sous le vocable de « Bienheureuse Marie-Anne Blondin ».

Une femme de parti-pris

Esther Blondin, une femme d'audace, ouvre à d'autres femmes le chemin d'une militance téméraire et subversive. Analphabète à 20 ans, elle fonde une communauté enseignante à 39 ans.

Dans l'histoire du Québec, au XIXe siècle, sur un fond de toile nationaliste aux couleurs de l'économie sociale, des femmes de chez nous dessinent des voies du parti-pris pour les gens d'ici. L'une des séquelles importantes de la domination britannique fut l'asservissement et l'assimilation potentielle des francophones. Le chemin le plus sûr : éliminer les écoles francophones catholiques en les confiant aux tenants protestants de l'Institution Royale, éliminer par conséquent l'accès à l'instruction pour les francophones. Être pauvre, c'est d'abord être privé d'instruction, la voie assurée pour exclure des rapports sociaux, culturels, économiques et politiques. L'histoire de vie d'Esther Blondin rappelle cette époque qui fit éclore en elle le désir d'apprendre pour elle-même et d'enseigner dans les écoles de fabrique mises sur pied ici et là par les curés de paroisse. « Elle voulait agir pour transformer cette situation », écrira-t-on à son sujet. Compatissante, elle vient de prendre parti.

Troisième de douze enfants d'une famille terrienne, Esther Blondin est née à Terrebonne de parents illettrés. Encore analphabète à 20 ans, elle repasse tout au fond d'elle-même son rêve d'enseigner un jour. Son travail comme domestique chez les soeurs du village—les soeurs de la Congrégation Notre-Dame— attise ses ambitions. Durant les moments libres à travers ses heures de travail, Esther apprend à lire et à écrire prenant une conscience accrue de l'exclusion de presque tous les gens de son pays qui, comme elle, n'ont pas encore accès à l'instruction. Elle-même exclue, elle se retrouve à 22 ans au milieu des enfants pauvres fréquentant assidûment les classes du couvent.

Après un essai de vie religieuse avorté, Esther continue de réaliser l'ampleur et la profondeur du drame de l'ignorance. Malgré une santé chancelante, elle avance sur le chemin des exclus en acceptant d'aller enseigner à l'Académie de Vaudreuil. Là elle prendra la mesure collective et sociale de cette exclusion. D'instinct elle comprend que l'action individuelle est insuffisante et qu'il devient indispensable de s'associer à d'autres, de s'épauler en communauté. Elle s'adjoint donc très rapidement des sous-maîtresses. Ce sens inné de la force collective la mènera à la fondation d'une communauté consacrée à l'enseignement, malgré le peu d'instruction dont elle-même et les autres se trouvent pourvues. Sans le dire dans les termes actuels de « justice sociale » ou d'« économie sociale », Esther, devenue leader, présidente d'une confrérie de jeunes femmes, les « entraîne à soulager les veuves et les orphelins du typhus, les chômeurs, les mal logés, les paysans déracinés et les familles démembrées par les bouleversements sociaux » En même temps responsable de la formation des maîtresses pour les écoles de rang, elle ne se laisse pas distraire de l'urgence d'instruire les francophones des deux sexes des campagnes du Québec. Son rêve s'élargit encore et débordera jusqu'en terres éloignées La communauté enseignante qu'elle fonde est donc née d'un parti pris de fond permanent qui l'a solidarisée avec les « exclus de la connaissance surtout » en vue de leur libération, du respect de leurs droits et de leur dignité. Peut-on s'étonner que ses filles — les soeurs de Sainte-Anne — ouvrent leur collège classique au coeur de la Petite Bourgogne, en pleine crise économique, le 8 septembre 1932?

Une femme à l’action prophétique dépossédée par le patriarcat clérical

Fondatrice d'une communauté de religieuses enseignantes, c'est sur le terrain religieux qu'Esther Blondin sera confrontée à la contestation.

Des écoles mixtes

Une première résistance à l'institution ecclésiale porte sur l'intention ferme qu'elle a d'ouvrir des écoles mixtes. Imaginez! Un projet innovateur en faveur des pauvres illettrés soumis à la question de la discipline et de l'image de l'Église... Là où semble échouer la solidarité avec les exclus, Esther oppose l'argument spirituel : « Je prie depuis longtemps et je sens que c'est la prière seule qui a pu me donner la force de me présenter ici aujourd'hui. » Touché! Rien de mieux, pressent-elle, que de s'approprier le langage même de l'institution. Plus tard apprenant de sources sérieuses que « la communauté ne pourrait enseigner aux enfants des deux sexes que jusqu'à l'âge de 10 ans », Esther n'hésite pas à écrire à Mgr Bourget qu'« elle regarde le but qu'elle s'est proposé comme manqué parce que ce sont les pauvres qui ont fait appel à son zèle et à sa charité ». Faut-il voir dans cette décision de Mgr Bourget une limitation pour les religieuses d'enseigner dans les écoles publiques? C'est ce que laisse entendre la fondatrice, dans la même lettre du 15 juillet 1851 : « (...) il est certain que Messieurs les Commissaires ne voudront point employer les Soeurs si les enfants ne peuvent fréquenter les écoles jusqu'à l'âge voulu par la loi ». Pourtant l'histoire nous apprend que, malgré l'interdit, les soeurs, pour toutes sortes de raisons et dans diverses circonstances, ont toujours enseigné à des classes mixtes.

Dans la phalange des mises à la marge

Une femme parmi les humbles... Une femme de parti pris pour le droit à l'instruction. Une femme de la résistance! En Esther Blondin, les femmes d'aujourd'hui saluent une femme de parole et de cohérence capable d'exprimer et d'assumer ses choix jusqu'au bout. Une femme qui a toujours maintenu sa parole libre devant toute autorité ne se soumettant jamais servilement. Une femme dont l'histoire vit et survit à travers des générations de femmes québécoises engagées dans le devenir de la société québécoise. Une femme comme nous issue de race forte et de source féconde.

Esther Blondin portait les mêmes préoccupations que bien des femmes ou des organismes communautaires d'aujourd'hui. Les efforts consacrés à l'économie sociale ne font-ils pas écho aux intuitions prophétiques des femmes du XIXe siècle qui ont relevé avec tant de courage et d'audace les défis sociaux du Québec de leur siècle?

Prière

Dans tes méditations, tu as souvent rappelé à tes filles la mystique de l'arbre. « Plus un arbre enfonce ses racines dans le sol, plus il a de chance de grandir, de s'élever dans l'air et de porter des fruits. » Les femmes d'aujourd'hui vivent de cette spiritualité. Croire en la semence. Arroser les jeunes pousses. Espérer envers et contre vents et marées que la vie finira par triompher. Comme toi, attentives aux besoins des exclus et, à l'instar des femmes d'hier, solidaires des aspirations de leur peuple, les Québécoises se tiennent « debouttes », dignes et inventives pour le respect des droits et des libertés. Merci à toi, Esther Blondin, et à tes consoeurs du XIXe siècle qui ont donné aux femmes d'aujourd'hui l'accès à la connaissance et ouvert des voies à l'engagement pour développer une société plus juste.

SOURCE : http://www.ssacong.org/fra/histoire/fondatrice/index.htm

SUREAU (Sureault), dit Blondin, ESTHER (Christine), dite mère Marie-Anne, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne, née à Terrebonne, Bas-Canada, le 18 avril 1809, troisième enfant de Jean-Baptiste Sureau, dit Blondin, cultivateur, et de Marie-Rose Limoges, décédée le 2 janvier 1890 à Lachine, Québec.

Esther Sureau, dit Blondin, n’entra que tardivement à l’école ; pensionnaire en 1831 à la Congrégation de Notre-Dame, récemment établie à Terrebonne, elle fut admise l’année suivante comme postulante, puis devint novice dans la même communauté à Montréal. Rentrée chez les siens à cause de sa faible santé, Esther, qui adopterait désormais le prénom de Christine, en souvenir de son séjour au noviciat, put, une fois rétablie, satisfaire son goût de l’enseignement et accepta en 1833 un poste d’institutrice à Vaudreuil. Acquérant vite une réputation enviable, elle devint directrice de l’école paroissiale que les villageois appelaient communément l’académie Blondin.

Émue par l’ignorance des enfants de la campagne et encouragée par son curé, le grand vicaire Paul-Loup Archambault*, celle qu’on appelait Christine Blondin décida, en 1848, après avoir obtenu la permission de Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, de jeter les bases d’une nouvelle communauté entièrement vouée à l’éducation. En septembre 1850, avec quatre compagnes, elle prononçait ses vœux religieux sous le nom de mère Marie-Anne. Le recrutement de cette nouvelle communauté, identifiée sous différents vocables avant de prendre définitivement le nom de Sœurs de Sainte-Anne, eut un tel succès qu’en 1853 on dut transférer le jeune institut, comptant alors 34 membres, de Vaudreuil à Saint-Jacques-de-l’Achigan (Saint-Jacques). En 1864, la maison mère fut fixée définitivement à Lachine.

Ce qui caractérise la carrière de mère Marie-Anne, c’est qu’en 40 ans de vie religieuse elle n’aura gouverné sa communauté que quatre ans. Une sorte de drame moral s’amorça pour elle dès son arrivée à Saint-Jacques-de-l’Achigan, avec la nomination de l’abbé Louis-Adolphe Maréchal comme chapelain de l’institut. Selon lui, la communauté des Sœurs de Sainte-Anne, qui comptait à peine cinq ans, avait un dur défi à relever en remplaçant des enseignantes réputées, les Religieuses de la Société du Sacré-Cœur de Jésus. L’équipe de mère Marie-Anne fut allègrement secouée par un homme naturellement dominateur qui outrepassa ses prérogatives, selon la supérieure, en s’immisçant dans les règles de la communauté. L’entente étant devenue impossible entre la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne et leur chapelain, il fallait sacrifier l’une ou l’autre afin d’éviter de profondes divisions à l’intérieur de la communauté. En août 1854, Mgr Bourget choisit de déposer mère Marie-Anne et de nommer un nouveau conseil. Nommée supérieure du couvent de Sainte-Geneviève (Pierrefonds) qu’elle avait fondé en 1851, elle s’y rendit dès le début de novembre. Désormais, mère Marie-Anne sera tenue éloignée du gouvernement de la communauté. En 1864, elle suivra les religieuses qui iront s’installer dans la nouvelle maison mère de Lachine, mais ses nominations de conseillère locale, d’assistante locale et de conseillère générale ne seront que des titres ; en fait, la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne sera confinée aux tâches les plus humbles.

La force d’âme d’Esther Blondin se manifesta par une docilité exemplaire vis-à-vis de son évêque, par le pardon qu’elle accorda de façon non équivoque à l’abbé Maréchal et à celles de ses filles qui semblaient oublier le passé. D’autres se chargeraient d’exalter une fondatrice méconnue. Mais la « remontée » serait lente. Morte octogénaire, le 2 janvier 1890, mère Marie-Anne fut jusqu’à la fin un témoin discret et serein des développements de son œuvre. Plusieurs centaines de ses filles travaillaient déjà, en 1890, dans 42 établissements dispersés en Amérique du Nord.


É.-J.[-A.] Auclair, Histoire des Sœurs de Sainte-Anne ; les premiers cinquante ans, 1850–1900 (Montréal, 1922).— Frédéric Langevin, Mère Marie-Anne, fondatrice de l’Institut des Sœurs de Sainte-Anne, 1809–1890 ; esquisse biographique (2e éd., Montréal. 1937).— Sœur Marie-Jean de Pathmos [Laura Jean], Les Sœurs de Sainte-Anne ; un siècle d’histoire (1 vol. paru, Lachine, Québec, 1950–  ).— Eugène Nadeau, Martyre du silence ; mère Marie-Anne, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne (1809–1890) (Montréal et Lachine, [1956]).



Bienheureuse Marie-Anne Blondin, fondatrice

   Marie-Esther Soureau-Blondin naquit dans une famille de laboureurs de douze enfants, près de Montréal à Terrebonne, le 18 avril 1809.

A vingt ans, après avoir été domestique, elle entra au service des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame qui venaient d' arriver à Terrebonne. Elle leur demanda, à la place de gages, de pouvoir apprendre chez elles à lire et à écrire, car elle était presque illettrée. 

En effet, depuis que le Québec était passé sous domination anglaise ( et protestante ), il n' y avait que très peu d' écoles francophones dans les campagnes. L' Institution Royale prévoyait d' assimiler les écoles au sein d' un système d' éducation anglophone et protestant. Les curés paraient à l' urgence en regroupant les écoliers du village dont la fabrique de l' église paroissiale finançait les études.

Elle fut finalement admise au noviciat de la Congrégation, en 1832 ; mais n' y prononça pas de voeux, car elle était de santé trop fragile. La maladie l' obligea à retourner chez ses parents, où elle passa une longue convalescence. Elle devint ensuite collaboratrice d' une institutrice, ancienne novice des Soeurs de Notre-Dame, dans le village de Vaudreuil, non loin de Montréal. Au bout de quelques années, elle devint directrice de la petite école, en 1838, devenue l' Académie Blondin. En plus de l' éducation des enfants, elle formait aussi des institutrices et des sous-maîtresses. Elle voyait loin...

Sa vocation se précisa. Elle regroupa des compagnes pour faire la classe aux petits enfants, et d' année en année, dans la prière, elle apporta sa réponse aux questions scolaires de son époque. En 1850, le jour de l' Immaculée Conception, elle fonda un institut chargé de l' éducation des jeunes enfants. Elle prit le nom de Soeur Marie-Anne, et Mgr Ignace Bourget ( 1799-1885 ), évêque de Montréal, reçut ses voeux et celui de ses premières compagnes au sein de la nouvelle Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne à la spiritualité ignatienne. Mgr Bourget faisait venir de nombreux religieux et religieuses de France qui essaimèrent au Canada et il fut à l' origine de la fondation de plusieurs Congrégations canadiennes.

Les débuts de la Congrégation furent difficiles à cause de la pauvreté de biens et de moyens ; cependant, en 1853, les Soeurs purent ouvrir leur Maison Mère à Saint-Jacques de l' Achigan. Peu de temps après, Mgr Bourget nomma comme aumônier de la Congrégation le jeune prêtre Louis-Adolphe Maréchal. 

Celui-ci s' opposa à la fondatrice. Etait-ce par ambition ? Ou trouvait-il que la fondatrice n' avait pas une vision assez moderne de l' éducation ? Toujours est-il qu' en un an, il réussit à l' écarter; sous prétexte de mauvaise gestion, et d' avoir trop insisté sur la nécessité d' utiliser les services des religieuses dans les écoles publiques...

Il fit destituer la Supérieure Générale - elle avait 45 ans - qui devint Supérieure d' une nouvelle petite communauté, le pensionnat de Sainte-Geneviève.  Malgré l' éloignement, de nombreuses Soeurs restaient fidèles à la Mère Marie-Anne. L' aumônier, qui prenait les commandes de la Congrégation, malgré les règles de fondation, ne le supporta pas ! Il demanda à l' évêque de la destituer encore de sa charge, et c' est ainsi que cette enseignante de qualité dut accomplir les tâches les plus humbles. Elle fut portière, sacristine, blanchisseuse, etc... dans diverses maisons de la Congrégation.

La fondatrice des Soeurs de Sainte-Anne passa alors 36 ans de sa vie, dans l' humilité, le sacrifice et l' obéissance. 

Mais son témoignage de Foi et de soumission à la Volonté Divine fut un exemple pour toutes les Soeurs qui n' ignoraient pas le destin de leur Mère. Elle avait offert sa vie pour le bien de sa fondation.

En 1884, la règle des Soeurs de Sainte-Anne fut approuvée par Rome. Quelques années plus tard, elles étaient 428 Soeurs, attachées au soin des malades et à l' éducation enfantine, réparties dans 43 maisons, au Québec, en Colombie Britannique ( Canada ), aux Etats-Unis, en Alaska. A partir du milieu du XXème siècle, d' autres fondations ont eu lieu à Haïti, au Cameroun, au Chili et récemment au Congo. Elles étaient 1380 Soeurs vers 1980, elles sont aujourd' hui 840. Les années 1950 furent les plus florissantes pour les vocations.

Elle mourut le 2 janvier 1890 d' une bronchite, à l' aube de ses 81 ans, à la  nouvelle Maison Mère de Lachine, devenue aujourd' hui le Musée de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne. 

Elle fut béatifiée le 29 avril 2001, à Rome, par Jean-Paul II.

Prions pour le Québec, fortement déchristianisé !

Lire : Père Eugène Nadeau, omi, " Martyre du silence, Mère Marie-Anne, ssa ", Editions Médiaspaul, Montréal 2003. 

SOURCE : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-15178437.html

Histoire de la Bienheureuse Marie-Anne Blondin

Esther Blondin, en religion «Soeur Marie-anne», naît à Terrebonne (Québec, Canada), le 18 avril 1809, dans une famille d'agriculteurs profondément chrétiens. Elle hérite de sa mère une piété centrée sur la Providence et l'Eucharistie et, de son père, une foi solide et une grande patience dans la souffrance. Esther et sa famille sont victimes de l'analphabétisme qui règne dans les milieux canadiens-français du XIXe siècle. À 22 ans, elle s'engage comme domestique au couvent des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, nouvellement arrivées dans son village. Un an plus tard, elle s'y inscrit comme pensionnaire pour apprendre à lire et à écrire. On la retrouve ensuite au noviciat de cette même Congrégation qu'elle doit cependant quitter, à cause d'une santé trop fragile.

En 1833, Esther devient institutrice à l'école du village de Vaudreuil. C'est là qu'elle découvre une des causes de l'analphabétisme ambiant: un règlement d'Eglise, qui interdit aux femmes d'enseigner aux garçons, et aux hommes d'enseigner aux filles. Ne pouvant financer deux écoles paroissiales, les curés choisissent souvent de n'en tenir aucune. Et les jeunes croupissent dans l'ignorance, incapables de suivre le catéchisme pour faire leur première communion. En 1848, avec l'audace du prophète que meut un appel irrésistible de l'Esprit, Esther soumet à son évêque, Monseigneur Ignace Bourget, le projet qu'elle nourrit depuis longtemps: celui de fonder une Congrégation religieuse «pour l'éducation des enfants pauvres des campagnes dans des écoles mixtes». Le projet est novateur pour l'époque! Il paraît même «téméraire et subversif de l'ordre établi». Mais, puisque l'État favorise ce genre d'écoles, l'évêque autorise un modeste essai pour éviter un plus grand mal. 

La Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne est fondée à Vaudreuil, le 8 septembre 1850 et Esther - désormais appelée «Mère Marie-Anne» - en devient la première supérieure. Le recrutement rapide de la jeune Congrégation requiert très tôt un déménagement. À l'été de 1853, l'évêque Bourget transfère la Maison mère à Saint-Jacques-de-l'Achigan. Le nouvel aumônier, l'abbé Louis-Adolphe Maréchal, s'ingère de façon abusive dans la vie interne de la communauté. En l'absence de la Fondatrice, il change le prix de la pension des élèves. Et, quand il doit lui même s'absenter, il demande aux soeurs d'attendre son retour pour se confesser. Après une année de conflit entre l'aumônier et la supérieure, soucieuse de protéger les droits de ses soeurs, l'évêque Bourget croit trouver une solution: le 18 août 1854, il demande à Mère Marie-Anne de «se déposer». Il convoque des élections et exige de Mère Marie-Anne de «ne plus accepter le mandat de supérieure, si ses soeurs veulent la réélire». Privée du droit que lui donne la Règle de la Communauté d'être réélue, Mère Marie-Anne obéit à son évêque qu'elle considère comme l'instrument de la Volonté de Dieu sur elle. Et elle «bénit mille fois la divine Providence de la conduite toute maternelle qu'elle tient à son égard, en la faisant passer par la voie des tribulations et des croix». 

Nommée alors directrice au Couvent de Sainte-Geneviève, Mère Marie-Anne devient une cible de harcèlement de la part des nouvelles autorités de la Maison mère, subjuguées par le despotisme de l'aumônier Maréchal. Sous prétexte de mauvaise administration, on la ramène à la Maison mère en 1858, avec la consigne épiscopale de «prendre les moyens pour qu'elle ne nuise à personne». Depuis cette nouvelle destitution et jusqu'à sa mort, elle est tenue à l'écart de toute responsabilité administrative. On l'écarte même des délibérations du conseil général où les élections de 1872 et de 1878 l'ont réélue. Affectée aux plus obscurs travaux de la buanderie et de la repasserie, elle mène une vie de renoncement total, qui assure la croissance de sa Congrégation. C'est là le paradoxe d'une influence qu'on a voulu neutraliser: dans les caves obscures de la repasserie de la Maison mère, de nombreuses générations de novices recevront de la Fondatrice l'exemple d'une vie d'obéissance, d'humilité et de charité héroïques. À une novice qui lui demandait un jour pourquoi elle, la Fondatrice, était maintenue dans de si modestes emplois, elle s'est contentée de répondre avec douceur: «Plus un arbre enfonce ses racines profondément dans le sol, plus il a de chances de grandir et de porter du fruit». 

L'attitude de Mère Marie-Anne, face aux situations d'injustice dont elle fut victime, nous permet de découvrir le sens évangélique qu'elle a toujours donné aux événements de sa vie. Comme le Christ passionné pour la Gloire de son Père, elle n'a cherché en tout que «la Gloire de Dieu» qu'elle a donnée pour fin à sa communauté. «Faire connaître le bon Dieu aux jeunes qui n'avaient pas le bonheur de le connaître», c'était pour elle un moyen privilégié de travailler à la Gloire de Dieu. Dépouillée de ses droits les plus légitimes, spoliée de sa correspondance personnelle avec son évêque, elle cède tout, sans résistance, attendant de Dieu le dénouement de tout, sachant que «dans sa Sagesse, il saura discerner le vrai du faux et récompenser chacun selon ses oeuvres». 

Empêchée de se laisser appeler «mère» par les autorités qui lui ont succédé, Mère Marie-Anne ne s'attache pas jalousement à son titre de Fondatrice; elle accepte plutôt l'anéantissement, comme Jésus, «son Amour crucifié», pour que vive sa communauté. Elle ne renonce pas pour autant à sa mission de mère spirituelle de sa Congrégation; elle s'offre à Dieu «pour expier tout le mal qui s'est commis dans la communauté»; et elle demande tous les jours à sainte Anne, «pour ses filles spirituelles, les vertus nécessaires aux éducatrices chrétiennes». 

Comme tout prophète investi d'une mission de salut pour les siens, Mère Marie-Anne a vécu la persécution, en pardonnant sans restriction; car elle était convaincue qu'il y a «plus de bonheur à pardonner qu'à se venger». Ce pardon évangélique était pour elle le garant de «la paix de l'âme qu'elle tenait pour le bien le plus précieux»; et elle en donna un ultime témoignage sur son lit d'agonie, en demandant à sa supérieure de faire venir l'abbé Maréchal «pour l'édification des soeurs». 

Sentant venir sa fin, Mère Marie-Anne lègue à ses filles, en guise de testament spirituel, ces quelques mots qui résument bien toute sa vie: «Que l'Eucharistie et l'abandon à la Volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre». Puis elle s'éteint paisiblement à la Maison mère de Lachine, le 2 janvier 1890, «heureuse de s'en aller chez le bon Dieu» qu'elle avait servi toute sa vie.

SOURCE : http://www.chretiensmagazine.fr/2011/10/histoire-de-la-bienheureuse-marie-anne.html

LA BIENHEUREUSE MÈRE MARIE-ANNE
ou le mystère de la fécondité de la Croix

DU NOVICIAT DE LA PAUVRETÉ À CELUI DES SŒURS DE LA CONGRÉGATION NOTRE-DAME

C’EST à Terrebonne, le 18 avril 1809, que Marie-Esther vint au monde, la troisième de la famille Blondin qui comptera douze enfants en dix-neuf ans, dont sept mourront en bas âge. Notre future bienheureuse connut d’abord la vie ordinaire des familles paysannes canadiennes. Ses parents étaient pauvres et illettrés mais laborieux, courageux et surtout bons chrétiens, soumis aux directives de leur excellent curé. Leur religion austère mais tendre accordait la plus grande place à la piété eucharistique et mariale. C’est lorsqu’elle eut atteint ses neuf ans que la vie de la petite Esther prit une tournure particulière. Sa joie et son exubérance ordinaires laissèrent place à une gravité et une piété au-dessus de son âge, qui étonnèrent puis inquiétèrent ses parents. Ne lui est-il pas arrivé plusieurs fois de rester plus de six heures en prière à l’église ? Ne l’a-t-on pas surprise à genoux, pleurant devant le crucifix de sa chambre ? Lorsque son frère cadet, Jean-Baptiste, son confident habituel, lui demanda si elle avait de la peine, elle lui répondit simplement : « Oui, mais tu ne peux pas me comprendre ».

Plus tard, elle confiera à l’aumônier de sa communauté qu’elle voyait partout autour d’elle des images de deuil, de tristesse et de trouble. Il lui semblait voir la foule insensée des hommes s’amuser ensemble, vivre follement, précipitée sur la pente raide de la vie, vers l’éternité. Et ces images la remplissaient d’amertume et d’ennui. Elle fuyait la compagnie du monde et même de ses parents. Elle eût voulu se voir reléguée sur une autre sphère, loin de cette misérable terre où tout est vanité.

Un jour de sa seizième année, constatant qu’après chaque communion, elle retrouvait une paix qui durait quelques jours, elle demanda à Dieu d’être délivrée de ces sombres pensées. Exaucée, elle retrouva sa gaieté expansive et reprit goût au monde. Mais elle fut vite effrayée de sa légèreté et demanda comme grâce de retrouver son précédent état qui se mua alors en zèle pour le salut des âmes, l’entraînant dans la voie de la pénitence héroïque. Elle fut saisie aussi d’un vif désir de s’instruire. C’est qu’elle comprenait à quel point l’ignorance était, non pas une atteinte à la dignité de l’Homme, mais un obstacle au salut éternel : « Il était difficile, confiera-t-elle plus tard, de trouver parmi les cultivateurs quelqu’un qui pût seulement signer son nom. Les enfants de la campagne qui se préparaient à la première communion, devaient faire quelquefois des demi-lieues pour trouver une personne qui sût lire et pût enseigner le catéchisme. Dieu s’est chargé de me faire comprendre à quels travaux Il me réservait. Cette grande leçon, je l’ai étudiée pendant plus de vingt ans. » Mais elle ne dit rien à ses chers parents trop pauvres pour satisfaire ses désirs.

À dix-huit ans, la voici servante au magasin général de Terrebonne, puis au couvent des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame. Les archives gardent la trace d’un arrangement pour l’année suivante : ses gages sont diminués de moitié, mais elle est admise à l’école ; elle a vingt ans ! Elle fit ensuite une année au pensionnat. Ses résultats scolaires n’étaient pas brillants, mais sa piété, ses vertus et sa constante bonne humeur édifiaient. Tout naturellement, elle passa du pensionnat de Terrebonne au noviciat à Montréal, où elle reçut le nom de sœur Christine. Malheureusement, plusieurs maladies successives obligèrent le médecin à recommander son renvoi. Les supérieures qui l’estimaient fort, firent une exception à la coutume et l’envoyèrent finir son noviciat au couvent de Terrebonne où l’air natal était supposé tout arranger. Il n’en fut rien. Au bout de quelques mois, elle dut regagner la maison familiale où elle retrouva la santé en quelques semaines. Mais pour quoi faire ?

UNE LONGUE PRÉPARATION

Pendant ce temps, à Vaudreuil, le curé Jean-Paul Archambault se préoccupait lui aussi de l’ignorance des Canadiens français. Dans sa vaste paroisse, seulement un garçon sur quinze et une fille sur cinq fréquentaient l’école suffisamment pour apprendre à lire et à écrire. Il mettait donc toute son énergie à y remédier et, sous son impulsion, l’école paroissiale prospérait. Mlle Suzanne Pineault, sa directrice et unique institutrice, ancienne novice de la Congrégation Notre-Dame elle aussi, s’adressa aux religieuses pour avoir de l’aide. C’est ainsi qu’Esther Blondin, que tout le monde appelait maintenant mademoiselle Christine, reçut une lettre l’invitant à aller à Vaudreuil faire l’école.

Si elle accepta sans enthousiasme, elle ne tarda pas à se plaire à Vaudreuil en cet automne 1834, et surtout à s’y faire aimer. Les talents pédagogiques qu’elle révéla alors, attirèrent davantage d’élèves, et il fallut construire une nouvelle école. Le curé Archambault, jeune quinquagénaire, devint tout naturellement son père spirituel, et il sut la guider avec bon sens. Il s’ensuivit quatre années de vie heureuse et bien régulière, à la satisfaction de tous.

Durant l’été 1838, lorsque Suzanne Pineault décida de quitter Vaudreuil pour Saint-Lin où un oncle-curé fondait une école paroissiale, Mademoiselle Christine lui succéda avec le titre de directrice. Elle enrichit alors le programme et l’école paroissiale devint académie, c’est-à-dire apte à former des maîtresses d’écoles du rang.

Lorsque Mgr de Forbin-Janson vint prêcher une retraite en 1841, allumant le feu de la renaissance catholique dans cette région du diocèse de Montréal, Mademoiselle Christine était bien placée pour seconder son curé. Elle devint la présidente et la véritable animatrice de la Confrérie des Filles de Marie Immaculée. Ce fut pour elle une nouvelle façon de satisfaire son zèle, qui s’ajouta à la piété, à l’enseignement et au dévouement discret auprès de ses anciennes élèves devenues mères de famille. Six années passèrent ainsi.

LA FONDATION DES SŒURS DE SAINTE-ANNE

En 1847, après une grave maladie qui fit craindre pour ses jours, l’idée de la fondation d’une communauté religieuse vouée à l’enseignement des enfants pauvres des campagnes, germa plus précisément dans son esprit. Au début du carême 1848, elle s’en ouvrit à son curé qui, après avoir longuement réfléchi, l’encouragea à aller présenter sa demande à Mgr Bourget, l’évêque de Montréal. Il lui remit une chaleureuse lettre de recommandation et lui fit cet avertissement prophétique : « Si la réponse de Monseigneur est favorable, attendez-vous à beaucoup souffrir. »

Le projet d’Esther Blondin rencontrait les propres préoccupations de Mgr Bourget qui accepta même l’idée des écoles mixtes – nouveauté inouïe à l’époque – afin d’augmenter le nombre d’enfants scolarisés.

Un témoin indirect raconte : « Il lui fit donc des questions, lui montra toute la difficulté de la chose, le tort qui en revient toujours pour la religion quand de telles entreprises n’ont pas Dieu pour principe, et qu’il faut s’arrêter en chemin. Elle répliqua à ces remarques, qu’elle s’était rendue certaine par ses délais, que l’inspiration n’avait pu venir que de Dieu et qu’il ne manquerait pas de moyens, dans sa sagesse infinie, pour mener l’œuvre à bonne fin. (…) L’évêque lui dit donc avec bonté : “ Essayez, voyez, sans faire de bruit, les personnes qui voudront s’adjoindre à vous, et cependant, ne cessez de prier, afin que Dieu bénisse votre œuvre et que, conduite avec intention pure, elle profite à sa gloire et à votre salut. ” »

Forte de cet encouragement, Mademoiselle Christine, alors âgée de 39 ans, profita des vacances scolaires de 1848 pour recruter. Six jeunes filles âgées de 29, 27, 21, 17, 15 et 14 ans, acceptèrent de la suivre. Le curé Archambault décida qu’elles s’appelleraient les Filles de Notre-Dame de Bonsecours et de Sainte-Anne. Et on essaya. Les débuts furent touchants de simplicité et d’héroïsme caché. Tout était à faire : outre l’école qui continuait et augmentait même ses capacités, sœur Christine devait former ses compagnes dont certaines en savaient à peine davantage que leurs élèves. Elles avaient aussi tout à apprendre de la vie religieuse que la fondatrice elle-même avait connue seulement durant les quelques mois de son noviciat à la Congrégation Notre-Dame. Enfin, les conditions matérielles de la jeune communauté étaient très dures, et il en sera ainsi pendant un demi-siècle : il fallait composer sans cesse avec l’exiguïté des locaux et les difficultés financières.

C’est que les vocations ne tardèrent pas à abonder. Outre Suzanne Pineault qui, dès novembre, revenait à Vaudreuil, trente-huit jeunes filles se présentèrent avant la fin de l’année 1848 ! Trente furent acceptées immédiatement ou différées faute de place. Les sœurs se levaient chaque jour à 5 heures, priaient, travaillaient, enseignaient, étudiaient sans arrêt jusqu’au soir. La pauvreté était telle que, plusieurs fois, il est arrivé que les sœurs se retrouvent à table devant des plats vides ; on récitait les prières d’usage, on saluait la grande croix qui ornait la pièce et on repartait vers ses occupations ! Prévenu, le curé faisait expédier les restes des pains bénis ou alors faisait sonner la cloche et il se trouva toujours quelques paysans généreux pour venir en aide aux sœurs. « La Providence vient infailliblement au secours de ceux qui se confient en elle et il n’y a pas de raison de se décourager aux heures difficiles », répétait-elle à ses jeunes compagnes.

La première cérémonie de vêture eut lieu pour la fête de l’Assomption 1849. C’est ce jour-là que notre future bienheureuse reçut son nom de religieuse : sœur Marie-Anne.

Passons rapidement sur les trois années suivantes. En 1850, Mgr Bourget vint en personne recevoir les premiers vœux. Voyant les conditions de vie ordinaires que nous qualifierions d’héroïques, de ces jeunes religieuses, Monseigneur rappela à la fondatrice : « La perfection religieuse ne tient qu’à une maxime bien entendue et bien comprise : se faire violence. Prêchez-la sans cesse, et exercez vos sœurs dans cette route du Calvaire. Que de bon cœur elles fassent ce qui leur déplaît et qu’elles ne fassent pas ce qui leur plaît. » Durant l’hiver, l’évêque entreprit la rédaction de la Règle, il vint même pour cela passer neuf jours à Vaudreuil ; interrompu par un rappel urgent à Montréal, il demanda à Mère Marie-Anne d’achever ce qu’il avait entrepris, preuve indubitable de son estime pour la fondatrice. Elle fit de l’humilité le fondement de sa communauté, peut-être sans imaginer à quel point il lui faudrait prêcher d’exemple.

« JE TE RENVERSERAI, TOI ET TA COMMUNAUTÉ. »

En 1851, la première fondation eut lieu à Sainte-Geneviève, de l’autre côté du Lac des Deux-Montagnes, face à Vaudreuil. La communauté continuant de grandir, son berceau devenait indubitablement trop petit ; il fallait refuser des sujets. On en vint donc à envisager la construction d’un nouveau couvent. Or un jour d’avril 1853, Mère Marie-Anne présida son conseil avec une vive émotion contraire à ses habitudes. « Mes sœurs, attendons-nous à être ballottées, dit-elle d’une voix blanche. Ce matin, j’écrivais à mon bureau et j’ai entendu une voix qui me disait : “ Je te renverserai, toi et ta communauté. ” Il nous arrivera ce que Dieu permettra. J’ai mis ma confiance en lui et je ne serai pas confondue. Veillons et prions, mes Sœurs, car les démons feront tout leur possible pour nous faire tomber. »

Dès le lendemain, ce fut un déchaînement. C’était le 17 avril, une assemblée de paroissiens devait avoir lieu pour décider de la nouvelle construction, une formalité de routine. Or, un paroissien sema la zizanie en un seul discours… En deux semaines, le sort des Sœurs fut réglé : malgré tous les efforts du curé Archambault, elles étaient obligées de quitter Vaudreuil !

Vous imaginez avec quel déchirement pour elles, pour le bon curé, pour beaucoup de paroissiens, s’effectua le déménagement en juillet 1853. Elles allaient dans la paroisse de Saint-Jacques, près de Joliette, où elles remplaçaient les Dames du Sacré-Cœur que Monseigneur venait de transférer dans sa ville épiscopale. Les bâtiments qui les attendaient étaient relativement vastes, elles disposeraient d’une ferme, mais les paroissiens étaient pauvres. L’abbé Paré, curé de la paroisse depuis 34 ans, était, quant à lui, très heureux de leur arrivée. Seule ombre au tableau, leur aumônier n’avait pas encore été nommé.

Or, au même moment, l’évêque de Montréal reçut une plainte des paroissiens de Saint-Cyprien contre leur jeune curé, l’abbé Louis-Adolphe Maréchal. Pour la troisième fois en peu de temps, l’évêque allait se voir contraint de muter ce jeune prêtre qu’il estimait, mais qui était aussi dépourvu de diplomatie et d’entregent qu’il était intelligent et brillant ! Devant les remontrances du prélat, l’abbé Maréchal conclut qu’il n’était pas fait pour le ministère paroissial, qu’il lui faudrait plutôt une aumônerie de communauté religieuse. Cette réflexion anodine allait modifier son destin et celui de Mère Marie-Anne ! Mgr Bourget trouva la suggestion fort juste et le nomma sur l’heure aumônier des Sœurs de Sainte-Anne ; il en fit avertir aussitôt le curé Paré, les documents officiels devaient suivre incessamment. Sur le champ, l’abbé Maréchal quitta Saint-Cyprien pour retourner à Saint-Jacques, paroisse qu’il connaissait bien pour y avoir été vicaire mais dont il avait été chassé avec perte et fracas par le dévoué curé Paré, pour incompatibilité d’humeur ! Lorsque ce dernier apprit la nomination de son ancien vicaire, il crut à une méprise de Mgr Bourget à qui il écrivit aussitôt pour lui demander de revenir sur sa décision. Ne doutant pas que sa requête serait prise en considération par son bon évêque, il avertit Mère Marie-Anne de l’incident tout en lui affirmant que la nomination de l’abbé Maréchal serait annulée. C’est pourquoi lorsque, le lendemain, l’abbé Maréchal se présenta au couvent, il fut éconduit par la supérieure qui croyait bien faire. Il n’en fallut pas davantage pour convaincre l’ombrageux aumônier que Mère Marie-Anne était une incapable, les excuses qu’elle lui présenta après sa nomination officielle ne changèrent rien à son appréciation...

« Je te renverserai toi, et ta communauté. » avait-elle entendu cinq mois auparavant. Encore un an, et elle serait renversée. Mais ses vertus héroïques empêcheront le renversement de la communauté, mieux : elles la fortifieront. C’est ce qu’il nous reste à voir.

En septembre 1853, le déménagement fini, on procéda aux élections canoniques. Lorsque l’abbé Maréchal rédigea l’acte officiel, il oublia d’inscrire la réélection de Mère Marie-Anne comme supérieure, et par deux fois, il omit de la nommer à côté du titre de supérieure. Après quoi, les classes s’ouvrirent avec plus de soixante élèves. Monsieur l’aumônier commença à s’occuper de tout, modifiant bien des pratiques de la vie de communauté héritées de Vaudreuil et améliorant sensiblement la pédagogie. Sa manière d’agir commença à créer un malaise dans la communauté : fallait-il obéir à M. l’aumônier ou à la supérieure ? Les sœurs anciennes étaient choquées de ces bouleversements, tandis que les dernières arrivées s’y mettaient sans difficulté. Mère Marie-Anne, quant à elle, approuvait le plus souvent les réformes de l’aumônier, mais plusieurs fois elle lui demanda de lui en faire part afin qu’elle les impose à la communauté en tant que supérieure, après avis de son conseil. Comme rien ne changeait, elle crut de son devoir d’en informer Mgr Bourget. L’aumônier répliqua en dénonçant le “ mauvais esprit ” qui sévissait contre lui dans la communauté !

Dans un premier temps, Mgr Bourget temporisa. Après chacune de ses visites, l’abbé Maréchal oubliait ses admonestations ; il ne se souvenait que de son contentement sur le fond de ses réformes et de ses exhortations aux sœurs sur l’humilité et l’obéissance. Chaque fois, Mgr Bourget repartait convaincu que le conflit était apaisé, mais une semaine ne s’était pas écoulée que de nouvelles lettres l’informaient d’un nouvel incident. En août 1854, il jugea opportun de demander la démission de Mère Marie-Anne. Sa décision se comprend si on veut bien ne pas oublier les indéniables compétences de l’abbé Maréchal qui étaient bien nécessaires pour asseoir cette nouvelle fondation. Mgr Bourget espérait, en éloignant l’objet de son ressentiment, permettre à l’abbé Maréchal de travailler avec les sœurs en bonne entente. Il nomma donc Mère Marie-Anne supérieure de la fondation de Sainte-Geneviève, et désigna pour la remplacer une jeune religieuse qui n’avait été mêlée à aucun des conflits. Il l’entoura d’un conseil formé des religieuses les plus anciennes. Il annonça ces mesures aux sœurs réunies à la chapelle. Mais une rumeur réprobatrice les accueillit. Cette réaction impressionna fort mal Mgr Bourget : n’était-ce pas là la preuve du mauvais esprit, qui, selon les dires de l’abbé Maréchal, régnait dans la communauté contre l’autorité ecclésiastique ?

L’évêque reparti pour Montréal, la nouvelle supérieure ne sut pas résister aux diktats de l’aumônier, ce qui exaspéra davantage les sœurs. Mère Marie-Anne, que tous ces tragiques événements avaient rendue malade, vit défiler ses filles éplorées auprès de son lit. Elle leur conseilla la soumission mais aussi l’ouverture d’âme à leur évêque. Mgr Bourget reçut donc plusieurs lettres se plaignant de l’aumônier. Ce dernier, quant à lui, persuada les jeunes sœurs de dénoncer le mauvais exemple que Mère Marie-Anne leur donnait par son orgueil. Le climat était plus tendu que jamais. Le Diable régnait dans la maison ! Le curé Paré prit parti pour la fondatrice et pour les religieuses qui réclamaient la liberté de confession.

C’est dans cette atmosphère pesante que se déroula à l’infirmerie l’incident du dimanche 10 septembre 1854. Lorsque Mère Marie-Anne vit arriver l’abbé Maréchal qui portait la communion aux malades, elle s’écria : « Ministre de Jésus-Christ, arrêtez ! Au nom du Dieu de toute charité que vous portez, arrêtez ! Je sais que vous avez quelque chose dans le cœur contre moi. Si je vous ai contristé, pardonnez-moi. Je vous ai pardonné tout le mal que vous avez fait dans la communauté, toutes les persécutions que vous m’avez faites. » Décontenancé, l’abbé Maréchal s’arrêta net, puis il reprit : « Vous me pardonnez le mal que j’ai fait à la communauté et les persécutions que je vous ai causées à vous-même ? J’ai donc bien fait du mal ? Eh bien, si vous le croyez dans votre conscience, voici votre Dieu, recevez-le. » Mère Marie-Anne communia « avec la plus entière confiance ». Mais les jours suivants, l’abbé Maréchal lui refusa la communion.

Mgr Bourget vint une nouvelle fois sur place. Il demanda des explications à l’aumônier, le convainquit de mensonge dans ses tentatives de justification et lui ordonna de donner la communion à la fondatrice. Mais l’évêque estima aussi que les fautes de l’aumônier ne justifiaient pas pour autant le mauvais esprit de certaines religieuses ; il refusa donc de leur céder et maintint l’abbé Maréchal dans ses fonctions. Puis il partit pour Rome défendre les intérêts du catholicisme intégral au Canada.

Quelques semaines plus tard, Mère Marie-Anne, à peine rétablie, partit pour Sainte-Geneviève dans le plus grand secret ; l’abbé Maréchal craignait en effet des manifestations de sympathie intempestives de la part de ses filles. Elle fit toutefois étape à l’évêché de Montréal où elle eut un long entretien avec le nouveau coadjuteur, Mgr Larocque, qui écrivit ensuite à Mgr Bourget : « J’ai été extrêmement surpris de rencontrer dans la Révérende Mère Marie-Anne une personne de mérite et surtout une religieuse très soumise ; j’espère que son épreuve ne sera pas longue. » Il écrivit aussi quelques mots à la supérieure des Sœurs de Sainte-Anne : « J’ai longuement conversé avec votre Mère Marie-Anne, j’ai rarement rencontré des personnes aussi distinguées, aussi inspirées de Dieu. » Ce n’était évidemment pas le jugement de l’abbé Maréchal. Après l’éloignement de la fondatrice, il prépara son expulsion et, pour cela, commença l’épuration du conseil afin qu’il lui fût enfin totalement soumis. Prévenue, Mère Marie-Anne eut l’inspiration de se confier à l’Immaculée Conception : le 20 juin 1855, avec la permission du curé de Sainte-Geneviève qui n’hésitait pas à la défendre publiquement, elle promit “ de porter la médaille miraculeuse et de dire chaque jour le petit office de l’Immaculée Conception pour obtenir par l’intercession de cette Bonne Mère, le bon esprit pour tous les membres de la petite famille des Filles de Sainte-Anne. ” Peu de temps après, elle fit sa confession générale à Mgr Larocque qui la chargera d’expier tous les péchés de sa communauté.

Durant l’été 1856, Mgr Bourget, de retour de Rome, la visita et lui manifesta son affection. Mais l’abbé Maréchal n’en continuait pas moins ses manœuvres, appuyé par un conseil et une supérieure générale maintenant totalement à ses ordres. On commença par accuser la supérieure de Sainte-Geneviève de mauvaise gestion et de manquement à la pauvreté. Heureusement, le curé de la paroisse avait pris toutes les précautions, il put convaincre de mensonge la supérieure générale ! Ce fut un court répit pour Mère Marie-Anne. En juillet 1858, elle était destituée de sa charge et envoyée à Saint-Ambroise. Monseigneur Bourget laissa faire et lui prédit qu’elle vivrait une dure année. Peut-être l’avait-elle convaincu qu’elle vivait un mystère, comme elle l’avait dit à une sœur compatissante.

La mort du curé Paré en 1859, permit à Mgr Bourget de nommer l’abbé Maréchal curé de la paroisse et supérieur ecclésiastique des Sœurs de Sainte-Anne. Un autre prêtre reçut donc la charge de l’aumônerie, mais l'ancien aumônier lui interdit pratiquement de confesser les sœurs sans son autorisation ! C’est alors que, triomphant, l’abbé Maréchal fit rappeler sœur Marie-Anne à Saint-Jacques, pour qu’elle devienne sa sacristine. Elle accepta avec bonheur cette obédience qui lui permettait de manifester sa parfaite soumission à son persécuteur. Mgr Bourget admira.

LA FÉCONDITÉ DE LA CROIX

Elle a encore trente ans à vivre, dans l’humiliation la plus totale. Vaincue, elle tient cependant en échec le Démon : non seulement sa communauté n’est pas renversée, mais elle va se développer à un rythme extraordinaire pour le plus grand bien des âmes.

Jusqu’en 1870, cette prospérité était due apparemment à la sage administration des frères Maréchal. Oui, des frères, car l’abbé Louis-Adolphe Maréchal, curé de Saint-Jacques, obtint en 1864 la nomination de son frère Napoléon comme aumônier des Sœurs après le transfert de la maison mère de Saint-Jacques à Lachine. À cette date, la congrégation comptait déjà 113 professes dont 37 natives de la paroisse de Saint-Jacques ! Les fondations se succédèrent dans le nord-ouest du diocèse de Montréal et dans Saint-Henri, le quartier pauvre de la ville épiscopale où en 1869, les sœurs tenaient quatre écoles qui scolarisaient 1 300 enfants. Dès 1858, puis en 1861 et 1863, des sœurs étaient parties en Colombie britannique, puis au Yukon et en Oregon. Enfin, elles fondèrent en Nouvelle-Angleterre des établissements florissants pour les émigrés canadiens-français. En 1879, trente ans après la fondation, on comptait 300 professes, et cinq ans plus tard, 415.

Ces fondations se faisaient au prix d’un héroïsme d’autant plus constant que la Communauté était sans cesse affrontée à des difficultés financières. Ses seuls revenus réguliers étaient les frais de scolarité… mais n’oublions pas qu’elles prenaient en charge la scolarité des enfants pauvres. La Règle prévoyait qu’on ne réclamerait pas de dot aux postulantes. Chaque établissement devait donc développer de petites industries locales pour augmenter ses revenus, ce qui aggravait aussi la charge de travail des sœurs.

Cependant, l’esprit même de la communauté avait bien évolué depuis Vaudreuil. Les abbés Maréchal avaient réglementé la vie quotidienne dans le moindre détail. Jusqu’en 1867, date à laquelle l’expansion missionnaire fit ressortir davantage le carcan de leur absolutisme, jamais la supérieure générale n’avait contesté leur emprise. Mais il fallut une affaire de fausse mystique pour ruiner tout à fait leur autorité. Durant l’été 1869, la supérieure de la maison mère tomba gravement malade. L’abbé Napoléon Maréchal convainquit une jeune religieuse qui recevait soit disant des faveurs mystiques, d’offrir sa vie pour le rétablissement de sa supérieure. Il fixa une date pour le miracle : le 15 août. Ce jour-là, toute la communauté fut rassemblée à la chapelle où la supérieure mourante avait été transportée. On pria toute la journée, mais en vain. On eut beau recommencer les implorations plusieurs jours de suite, la supérieure si soumise aux frères Maréchal finit par mourir. Mais plusieurs sœurs avaient été scandalisées et s’étaient plaintes à l’évêché. Dès que Mgr Bourget qui était alors à Rome, apprit les évènements, il renvoya l’aumônier, supprima le conseil de la communauté et ordonna de nouvelles élections. Mais lorsqu’il eut la preuve que le curé de Saint-Jacques les influençait, il les suspendit jusqu’à son retour et nomma une vice-supérieure générale.

« LA VIE EST UN TISSU DE CROIX. »

Mère Marie-Anne assista à tous ces événements dans la plus grande discrétion. Depuis 1866, elle avait la charge de la buanderie, un des emplois les plus durs puisqu’elle était confinée au sous-sol de la maison mère, dans un local toujours saturé d’humidité où la chaleur était étouffante l’été, les fers électriques n’existant pas encore. Cependant, cette obédience fut providentielle : toutes les novices étant envoyées à tour de rôle à ce travail très pénible, Mère Marie-Anne put connaître ainsi toutes ses filles. Elles ne savaient pas à qui elles avaient à faire, mais la bonté de son cœur, ses excellents conseils et ses encouragements à bon escient, lui gagnèrent le cœur de toutes. C’est ce qui explique la surprise des élections de 1872, les premières élections “ libres ” dans la communauté après le retour de Rome de Mgr Bourget. Elle fut en effet élue première assistante ! Mgr Bourget ratifia l’élection. Mais, les jours suivants, la nouvelle supérieure générale se permit de la rétrograder au dernier rang des conseillères et de ne lui confier aucune tâche. Elle laissa faire. Qu’importe, aux élections de 1878, elle fut élue première conseillère. Mgr Fabre avait alors remplacé Mgr Bourget sur le siège épiscopal de Montréal, et il avait choisi comme vicaire général… l’abbé Louis-Adolphe Maréchal. Mère Marie-Anne fut donc une nouvelle fois rétrogradée et oubliée dans sa buanderie.

C’est le curé de Lachine, l’excellent abbé Piché, qui la sauvera de l’oubli total. En 1875, pour les vingt-cinq ans de fondation, il improvisa une petite fête dont le but réel était d’honorer les quatre premières sœurs encore vivantes. Les jeunes sœurs découvrirent alors que la sœur de la buanderie en était ! Dix ans plus tard, lorsque les supérieurs majeurs des Frères des écoles chrétiennes visitèrent avec admiration l’établissement de Lachine, le curé Piché n’hésita pas à leur présenter la fondatrice, au grand étonnement de toutes les religieuses réunies pour la circonstance. Un autre prêtre joua aussi son rôle, l’abbé Brien qui fut un temps aumônier de la maison mère ; il entreprit d’écrire l’histoire de la communauté et, pour ce faire, il recueillit de précieux témoignages, à commencer par celui de Mère Marie-Anne. Mais la supérieure générale voulut lire les chapitres depuis l’installation à Saint Jacques. Naïf, le jeune aumônier lui confia ses précieux cahiers dont il n’existait aucune copie, et la supérieure les égara.

Une seule fois, Mère Marie-Anne sortit de son silence. Ce fut à l’occasion de l’approbation de la congrégation par Rome ; elle eut la douloureuse surprise de constater que non seulement son rôle, mais aussi celui du curé Archambault étaient passés sous silence : la communauté aurait été fondée à Saint-Jacques ! Elle ne put s’empêcher de protester immédiatement : « Permettez-moi, ma Mère, de vous faire remarquer qu’il y a une erreur sur le décret. La communauté a commencé à Vaudreuil, non à Saint-Jacques. » La supérieure la fit rasseoir et marmonna à l’intention des conseillères : « Ce ne sont pas des pierres qui fondent une communauté, mais des têtes. » C’est bien ce que l’abbé Maréchal avait réussi à insinuer dans l’esprit de toutes les religieuses aptes à des postes de gouvernement : Mère Marie-Anne était une incapable ; pour le bon renom de la communauté, il valait mieux la cacher. L’affaire fit cependant scandale aux États-Unis où, lors d’une fête organisée par la supérieure générale, on lut le fameux décret. Cette fois, ce fut l’abbé Dugas, curé d’une importante paroisse franco-américaine, mais originaire de Saint-Jacques, qui ne put s’empêcher d’intervenir ! Puis un de ses confrères, neveu de l’abbé Archambault, cassa son testament qui était en faveur des Sœurs. Celles-ci finirent par entreprendre des démarches pour faire corriger le décret, mais elles n’aboutirent que vingt ans plus tard.

Mère Marie-Anne, quant à elle, était rentrée dans son silence. Lorsque ses forces commencèrent à décliner, elle abandonna progressivement la buanderie pour fabriquer de petites choses pour les ventes de charité au profit de la Communauté. Elle aimait aussi visiter les sœurs malades, mais elle emportait toujours un tricot ou un autre travail de ce genre ; c’est qu’elle était de cette génération où il y avait tant à faire que les mains ne pouvaient s’arrêter de travailler. Elle savait qu’elle vivait le mystère de la Croix et, comme Mgr Bourget le lui avait appris, elle offrait aussi tous ses sacrifices pour l’Église. La prière pour l’Église était en effet un des aspects essentiels de la vie spirituelle des religieuses fondées par le saint évêque de Montréal. Mais cette pratique tomba vite en désuétude lorsque les aumôniers n’eurent plus d’autre souci que de former les sœurs à la perfection des vertus religieuses. L’abbé Napoléon Maréchal, par exemple, s’était mis dans l’idée de leur faire apprendre par cœur l’Imitation de Jésus-Christ, y compris à Mère Marie-Anne. Mais il ne sut pas voir que cette vieille religieuse qui avait tant de peine à mémoriser le texte, le mettait en pratique mieux que personne ! Ne disait-elle pas à une jeune religieuse éprouvée : « Cette petite épreuve, vous pouvez en profiter pour vous préparer à en porter de plus grandes. La vie est un tissu de croix. Le bon Dieu en permet de plus grandes pour certaines âmes, mais il les couvre de son amour… » Elle aimait se rappeler la parabole de la vigne qui doit être émondée pour porter beaucoup de fruits. Elle faisait aussi souvent remarquer que l’arbre planté dans le fumier pousse bien. Sa grande dévotion était l’Eucharistie, c’est-à-dire la présence réelle de Jésus glorieux mais immolé par amour. « Que l’Eucharistie et l’abandon à la volonté de Dieu soient notre ciel sur la terre. » Sa piété était pleine d’alacrité, et elle souffrait beaucoup de l’enseignement spirituel moralisateur et austère que les aumôniers distillaient dans l’âme de ses filles. Mais sa dernière retraite de communauté, en 1889, lui fut une grande consolation : le prédicateur en était le Père Pichon, le confesseur de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, et il leur parla d’amour et de confiance.

Elle mourut le 2 janvier 1890. Lors de ses derniers jours, elle fit preuve d’une très grande paix qui impressionna beaucoup les sœurs. « Je m’en vais heureuse et contente vers le bon Dieu. Si vous saviez comme le bon Dieu est bon », répéta-t-elle. Après avoir reçu l’indulgence in articulo mortis, elle demanda à sa supérieure générale : « Ma Mère, si vous n’avez pas d’objection, voudriez-vous prier monsieur Louis-Adolphe Maréchal de venir ? » Et quelques instants plus tard, elle dit à son infirmière : « Pour l’édification des sœurs, il serait mieux qu’il vienne. » Le soir, tandis que les sœurs étaient réunies autour du lit pour la prière des agonisants, la porte de la chambre s’ouvrit brusquement, l’abbé Maréchal était là. Mère Marie-Anne sursauta à cause de la vivacité du geste, mais elle ne pouvait plus parler et elle respirait déjà péniblement, il lui donna une dernière absolution. Quelques instants plus tard, paisible, elle rendit son âme à Dieu.

Il fallut encore près de cinquante ans d’efforts de la part des religieuses qui, à la buanderie, avaient été marquées par ses vertus et son bon cœur, pour que Mère Marie-Anne soit pleinement réhabilitée et considérée officiellement comme la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne. Sa béatification, le 29 avril 2001 par le pape Jean-Paul II, est l’aboutissement de leurs entreprises. Mais Mère Marie-Anne est-elle bien sortie de l’ombre ? Réhabilitée certes, mais son esprit et son idéal de vie religieuse n’en sont pas moins oubliés : c’est le zèle du salut des âmes, le combat contre les forces de l’enfer déchaînées qui expliquent toute sa vie, et non la dignité de l’Homme ou la non-violence à l'égal de Gandhi, comme le précisait la vice-postulatrice, lors de sa béatification ! Aussi longtemps que sa congrégation fut fidèle à son esprit et à ses vertus, elle se développa. En 1960, on comptait 3 500 religieuses œuvrant en 151 maisons réparties dans 23 diocèses ; elles s’occupaient de 37 000 élèves et de 43 000 malades ! Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Le Démon aurait-il réussi à renverser l’œuvre de Mère Marie-Anne ? Dans l’ultime combat qui, aujourd’hui, oppose le Démon à l’Immaculée Conception, elle intercède pour ceux qui meurent au pied de la grande Croix. Mais elle nous est aussi un modèle puisque notre Règle nous rappelle avec le Père de Foucauld, que « Pauvreté, abjection, humiliation, délaissement, persécution, souffrance et croix, voilà nos armes, que Dieu nous a données pour continuer l’œuvre du salut du monde. »

RC n° 90, août-septembre 2001, p. 1-6

SOURCE : https://crc-canada.net/eglise-au-canada/eglise-19e-siecle/m-anne-blondin.html


BLESSED MARIE-ANNE BLONDIN

April 18 commemorates the feast of Blessed Marie-Anne Blondin, a Canadian woman whose life was a story of obedience in the face of personal setbacks.
Esther Blondin was born in 1809 to a pious, French-Canadian farm family in southern Quebec. When she was old enough, she began to work as a domestic servant for a merchant and later for the Sisters of the Congregation of Notre Dame. While she worked for the sisters, she learned to read and write.
During that time, Esther decided to enter the congregation as a novice. However, her health forced her to abandon the pursuit. Nevertheless, the literacy she had obtained opened doors for her and she became a teacher, and eventually a director at a parochial school.
She was aware of the high levels of illiteracy in the area, and when she was 39 years old, she sought to found an order that taught both boys and girls in the same school. The year was 1848 and her idea was radical, as schools taught boys and girls separately.
Eventually, the pioneering woman received the requisite permission, and the Congregation of the Sisters of St. Anne was founded. Esther was the superior and took the name Marie-Anne. Though she was the founder and superior, Sister Marie-Anne faced much oppression from the congregation’s chaplain. He eventually had her removed from her position, and she was prohibited from holding any administrative roles for the rest of her life.
She spent her last 32 years without complaining, working in the order’s laundry and ironing room. Despite her demotion, her order continued to grow and spread across Canada and the United States.
Blessed Marie-Anne Blondin died in 1890. She was beatified by Pope John Paul II in 2001.

Blessed Maria Anna Blondin

Also known as

Esther Blondin

Sister Marie-Anne

Marie-Anne Blondin

Memorial

2 January

18 April (Canada)

Profile

Born to a pious, FrenchCanadian farm family, the daughter of Jean Baptiste Blondin and Marie Rose Limoges. Illiterate into adulthood, as were the other members of her family and most of her acquaintances. Domestic servant for a village merchant, and then in the convent of the Sisters of the Congregation of Notre Dame, where she learned to read and write. Entered as a novice in the Sisters, but ill health forced her to leave.

Parochial school teacher at Vaudreuil, Quebec in 1833; she was later named directress of the school, which was renamed the Blondin Academy. There she realized the reason for the widespread illiteracy in the area: girls could only be taught by womenboys only by men; parishes that could not afford two schools simply had none. In 1848 she sought permission to form a congregation that would teach boys and girls in the same school. It was a radical notion in its day, but had government support, and the bishop authorized a test site. The Congregation of the Sisters of Saint Anne was founded in Vaudreuil on 8 September 1850 with Esther as first superior, taking the name in religion of Marie-Anne.

The community grew, and the motherhouse transferred to Saint Jacques de l’Achigan in 1853. There the new chaplainFather Louis Adolphe Marechal, abused his position, meddled in the financial and spiritual life of the Congregation, and generally sabotaged the work of Mother Marie Anne. Marechel succeeded in having her removed from her position in the Congregation.

Directress at Saint Genevieve Convent, but she continued to be harassed by Marechal. Accused of mismanagement, she was recalled to the Motherhouse in 1858, and was prohibited for her remaining 32 years from an administrative position; the sisters were ordered not to refer to her as “Mother”. Realizing that any fight she could make would only damage the Congregation, she accepted her lot, and worked in the laundry, the ironing room, and other menial positions. Elected several times as superior of the Congregation, she was forbidden to accept, and never tried. Her humility and resignation paid off as the Congregation continued to grow, and universal education became the norm.

Born

18 April 1809 in Terrebonne, Quebec, Canada as Esther Blondin

Died

2 January 1890 at Lachine, Quebec, Canada of natural causes

Venerated

14 May 1991 by Pope John Paul II (decree of heroic virtue)

Beatified

29 April 2001 by Pope John Paul II

Additional Information

other sites in english

Canadian Conference of Catholic Bishops

Catholic News Agency

Catholic Online

Hagiography Circle

Sisters of Saint Anne, Marlboro, Massachusetts, USA

Wikipedia

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sitios en español

Martirologio Romano2001 edición

Santopedia

sites en français

La fête des prénoms

fonti in italiano

Santi e Beati

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Den katolske kirke

Readings

Model of a humble and hidden life, Marie-Anne Blondin found interior strength by contemplating the cross, showing us that the life of intimacy with Christ is the surest way to give fruits mysteriously and fulfill the mission willed by God. – Pope John Paul II at the beatification of Blessed Maria

Lord. You gave to Blessed Marie Anne Blondin a heart impassioned for your glory and You called her to serve with tenderness the young, the poor and the sick. You gave her hope in the most difficult moments of her life and You led her to deep serenity. Be praised, Lord, for your humble servant, Blessed Marie Anne Blondin. Through her intercession grant us the favour that we ask of You with confidence. Amen. – prayer for obtaining a favour

MLA Citation

“Blessed Maria Anna Blondin“. CatholicSaints.Info. 17 August 2020. Web. 18 April 2021. <http://catholicsaints.info/blessed-maria-anna-blondin/>

SOURCE : http://catholicsaints.info/blessed-maria-anna-blondin/

SUREAU (Sureault), dit Blondin, ESTHER (Christine), named Mother Marie-Anne, founder of the Sisters of St Anne; b. 18 April 1809 at Terrebonne, Lower Canada, third child of Jean-Baptiste Sureau, dit Blondin, a farmer, and Marie-Rose Limoges; d. 2 Jan. 1890 at Lachine, Que.

Esther Sureau, dit Blondin, did not attend school as a child; in 1831 she was a boarder with the recently established Congregation of Notre-Dame at Terrebonne. Admitted the following year as a postulant, she soon became a novice in this community in Montreal. She was to adopt the name of Christine in memory of her stay at the noviciate. Because of poor health Esther returned home, but when she had recovered she was able to satisfy her desire to teach and accepted a post as teacher at Vaudreuil in 1833. She rapidly acquired an enviable reputation, and became headmistress of the parish school, which was known locally as the Blondin academy.

She was disturbed by the ignorance of rural children, and with the encouragement of her parish priest, Vicar General Paul-Loup Archambault*, and the permission of the bishop of Montreal, Ignace Bourget, Christine Blondin, as she was then called, decided in 1848 to lay the foundations of a new community devoted to education. In September 1850, along with four of her companions, she made her profession, under the name of Mother Marie-Anne. The community (known under various designations before it finally assumed the name of Sisters of St Anne) was so successful in its recruiting that in 1853 it had 34 members and was transferred from Vaudreuil to Saint-Jacques-de-l’Achigan (Saint-Jacques). In 1864 the mother-house was located permanently in Lachine.

Although Mother Marie-Anne’s career spanned four decades of religious life, she was to direct her community for only four of these years. A kind of moral drama began for her as soon as she arrived at Saint-Jacques-de-l’Achigan, with the appointment of Abbé Louis-Adolphe Maréchal as chaplain of the institute. According to him, the five-year-old community of the Sisters of St Anne had a tough challenge to meet in replacing the highly respected Sisters of the Sacred Heart of Jesus as teachers. Mother Marie-Anne and her colleagues were pushed along at a brisk pace by this domineering man who, in the opinion of the superior, exceeded his authority by meddling with the rules of the community. Since it had become impossible to maintain good relations between the founder of the Sisters of St Anne and their chaplain, one or other of them had to be sacrificed, to avoid deep rifts within the community. In August 1854 Bishop Bourget decided to depose Mother Marie-Anne and to appoint a new council. She was made superior of the Couvent de Sainte-Geneviève at Pierrefonds, which she herself had founded in 1851, and she went there at the beginning of November. Henceforth Mother Marie-Anne was kept at arm’s length from the direction of the community. In 1864 she followed the sisters to Lachine, where they took up residence in the new mother-house, but her appointments as local counsellor, local assistant, and general counsellor were purely nominal; the founder of the Sisters of St Anne was in fact restricted to the humblest tasks.

Esther Blondin showed strength of character in her exemplary docility towards her bishop, and in her unreserved forgiveness of Abbé Maréchal and of those of her daughters who seemed forgetful of the past. Others would later honour an unappreciated founder, but her reputation would be restored only slowly. Until she died at the age of 80 on 2 Jan. 1890, Mother Marie-Anne was a serene and silent observer of the progress of her work. In the year of her death several hundred of her daughters were active in 42 institutions throughout North America.


É-J [-A.] Auclair, Histoire des Soeurs de Sainte-Anne; les premiers cinquante ans, 1850–1900 (Montréal, 1922). Frédéric Langevin, Mère Marie-Anne, fondatrice de lInstitut des Sœurs de Sainte-Anne, 1809–1890; esquisse biographique (2e éd., Montréal. 1937). Sœur Marie-Jean de Pathmos [Laura Jean], Les Sœurs de Sainte-Anne; un siècle dhistoire (1v. to date, Lachine, Qué., 1950–  ). Eugène Nadeau, Martyre du silence; mère Marie-Anne, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne (1809–1890) (Montréal et Lachine, [1956]); trans. by Sister Mary Camilla as The life of Mother Mary Ann (1809–1890), foundress of the Sisters of Saint Ann (Lachine, 1965).



SOURCE : http://www.biographi.ca/fr/bio.php?id_nbr=5858


Beata Maria Anna Sureau Blondin Fondatrice


Terrebonne (Quebec), Canada, 18 aprile 1809 – Lachine, Canada, 2 gennaio 1890

Canadese, è la fondatrice della congregazione delle Suore di Sant'Anna, che si dedicano principalmente all'educazione dei bambini. A lei da ragazza era mancata proprio una scuola cattolica e francofona nel Quebec, dove era nata nel 1809 a Terrebonne, territorio dominato da protestanti inglesi e per tale ragione nei primi anni d'infanzia rimase analfabeta. A vent'anni entrò nelle suore di Notre-Dame, ma poi ne uscì per motivi di salute. Divenuta direttrice di una scuola, fondò successivamente la sua congregazione, pronunciando i voti davanti al vescovo di Montreal con altre compagne nel 1850 e mutando il secondo nome in Anna. Morì il 2 gennaio 1890 a Lachine, sempre in Canada, a causa della polmonite. È stata beatificata da Giovanni Paolo II in piazza San Pietro, a Roma, il 29 aprile 2001. (Avvenire)

Martirologio Romano: Nella città di Lachine nel Québec in Canada, beata Marianna (Maria Stella) Soureau-Blondin, vergine: rimasta analfabeta fino all’età della giovinezza, fondò la Congregazione delle Suore di Sant’Anna per l’istruzione dei figli dei contadini, offrendo sempre nel suo servizio un eccellente modello di educatrice della gioventù.

Una beata del grande Stato nordamericano del Canada, infatti Maria Ester Sureau Blondin, nacque a Terrebonne nella provincia del Quebec il 18 aprile 1809, il padre agricoltore e la madre casalinga; primogenita di una famiglia molto cattolica di 12 figli. 

Trascorse l’infanzia e l’adolescenza a casa, ricevendo un’educazione e formazione dai propri genitori, vista la mancanza di scuole cattoliche di lingua francese, in uno Stato che da 50 anni era passato sotto il dominio inglese e protestante. 

A 20 anni, nel 1829 entrò a servizio delle suore della Congregazione di Notre-Dame, che si erano da poco stabilite a Terrebonne, chiedendo come salario di imparare a leggere e scrivere; nel 1832 fu ammessa nel noviziato di questa Congregazione, ma non pronunciò i voti perché rifiutata per debolezza fisica e malattia. 

Trascorse un periodo di cura e di riposo a casa e poi diventò collaboratrice della maestra della scuola elementare cattolica del villaggio di Vaudreuil; diventando nel 1838 direttrice della stessa scuola e negli anni seguenti un po’ alla volta, si orientò a fondare una Congregazione religiosa per l’educazione dei bambini e l’8 dicembre 1850 Maria Ester Soureau-Blondin, prendendo il nome di Maria Anna, insieme ad un gruppo di prime suore, pronunciò i voti davanti al vescovo di Montreal, Ignazio Bourget, dando inizio alla nuova Congregazione delle “Suore di S. Anna”. 

Gli inizi della giovane Istituzione furono difficoltosi per la grande povertà; nel 1853 la Casa Madre fu aperta a Saint-Jacques de l’Achigan e il vescovo Bourget nominò come cappellano il giovane sacerdote Louis-Adolphe Maréchal, il quale in meno di un anno prese il comando della Congregazione e fece destituire nel 1854 la fondatrice e superiora generale suor Maria Anna, allontanandola dandole la carica di superiora di una piccola comunità a Sainte-Geneviève. 

Nonostante la lontananza, molte suore, formate da suor Maria Anna, rimasero in contatto con lei; questo non fu tollerato dal cappellano, il quale ottenne dal vescovo di toglierle anche questo incarico. 

A lei fondatrice e ottima insegnante, furono affidati i compiti più umili, come portinaia, responsabile della biancheria delle suore, sagrestana, espletati in 36 anni in Case poste in varie città. 

Quest’ultimo periodo della sua vita, è la testimonianza di una viva fede e di una grande forza di volontà, in mezzo alle incomprensioni; esempio di amorosa sottomissione alla volontà di Dio, di rispetto per le autorità, bontà e servizio verso tutti, umiltà ed abnegazione. 

Accettò la sua destituzione offrendo la sua vita per il bene della Congregazione e ciò evidentemente fu accettato da Dio, nel 1884 si ebbe l’approvazione da Roma e nel 1890 si contavano 428 religiose impegnate nell’insegnamento e occupate nella cura degli ammalati in 43 case del Quebec, Colombia canadese, Stati Uniti e Alaska. 

Nell’autunno del 1889 madre Maria Anna si ammalò di una grave bronchite; nella notte di Natale volle assistere alla Messa nella grande cappella della Casa Madre, ciò le costò un aggravamento della malattia, che la fece morire il 2 gennaio a Lachine. 

Il 7 gennaio 1977 fu introdotta la causa per la sua beatificazione, il 14 marzo 1991 ebbe il titolo di venerabile e il 29 aprile 2001 è stata beatificata da papa Giovanni Paolo II in Piazza S. Pietro a Roma. 

Autore: Antonio Borrelli


BEATA

MARIE-ANNE BLONDIN

(1809 - 1890)


Esther Blondin, Hermana Marie-Anne, nace en Terrebonne (Québec, Canada), el 18 abril de 1809, dentro de una familia hondamente cristiana. Hereda de su madre una piedad centrada en la Providencia y la Eucaristía; de su padre, una fe sólida y una gran paciencia en el sufrimiento. Esther y su familia son víctimas del analfabetismo reinante en los medios canadienses-franceses del siglo XIX. En la edad de 22 años, se la contrata como doméstica al servicio de las Hermanas de la Congregación de Nuestra Señora recién llegadas en su pueblo. El año siguiente, se inscribe como interna con vistas a aprender a leer y escribir. Se la encuentra después en el noviciado de la misma Congregación, de donde saldrá sin embargo, a causa de su salud demasiado frágil. 

En 1833, Esther se vuelve maestra de escuela en el pueblo de Vaudreuil. Allí, se da cuenta que un reglamento de la Iglesia prohibiendo a las mujeres enseñar a los niños y a los hombres a las niñas puede ser una causa del analfabetismo. Los curas, en la imposibilidad de financiar dos escuelas, elijen financiar ninguna. Y los jóvenes se sumen en la ignorancia, sin poder aprender el catecismo y hacer la primera comunión. En 1848, con la audacia del profeta movido por la llamada del Espíritu, Esther somete a su Obispo, Monseñor Ignace Bourget, el proyecto de fundar una Congregación religiosa “para la educación de los niños pobres del campo, en escuelas mixtas”. El proyecto es novador para la época! Incluso, parece “temerario y subversivo del orden establecido”. Pero, puesto que el Estado favorece este tipo de escuelas, el Obispo autoriza un intento modesto, para evitar un mal más grande. 

La Congregación de las Hermanas de Santa Ana se funda en Vaudreuil, el 8 de septiembre de 1850. En adelante, Esther se llama “Madre Marie-Anne”. Está nombrada primera superiora. El crecimiento rápido de la joven Comunidad requiere muy pronto una mudanza. En el verano de 1853, el Obispo Bourget traslada la Casa madre a Saint-Jacques de l’Achigan. El nuevo Capellán, Louis-Adolphe Maréchal, va a meterse en la vida interna de la Comunidad, en una manera abusiva. En la ausencia de la Fundadora, él cambia el precio de la pensión de las alumnas. Y, cuando él debe ausentarse, las hermanas tienen que esperar su vuelta para confesarse. Después de un año de conflicto entre el Capellán y la Superiora muy preocupada por los derechos de sus hermanas, el Obispo Bourget piensa encontrar una solución. El 18 de agosto de 1854, manda a Madre Marie-Anne “deponerse”. Convoca las elecciones y exije de la Madre “que no acepte el mandato de Superiora si las hermanas quieren reelegirla”. Despojada del derecho que le da la Regla de la Comunidad, Madre Marie-Anne obedece al Obispo que es para ella el instrumento de la Voluntad de Dios sobre ella. Bendice “mil veces a la Divina Providencia por la conducta materna que tiene para ella, haciéndola pasar por el camino de las tribulaciones y cruces”. 

Entonces, nombrada Directora del Convento de Sainte Geneviève, Madre Marie-Anne se vuelve un blanco de hostigamiento de parte de las nuevas Autoridades de la Casa madre, subyugadas por el despotismo del Capellán Maréchal. Con el pretexto de mala administración, se la llaman a la Casa madre en 1858, con la orden episcopal de “tomar los medios para que no haga daño a nadie”. Desde esa nueva destitución hasta su muerte, se la mantiene fuera de todas responsabilidades administrativas. Aun, se la aleja de las deliberaciones del Consejo general donde tendría que estar según las elecciones de 1872 y 1878. Asignada a los más oscuros trabajos de la lavandería y del planchado, lleva una vida de renuncia total, lo que asegura el crecimiento de su Congregación. Allí está la paradoja de su influencia: quisieron neutralizarla en el sótano oscuro del planchado de la Casa madre, pero muchas generaciones de novicias recibirán de la Fundadora ejemplos de humildad y de caridad heroica. Una vez, una novicia se asombró en ver a la Fundadora mantenida en tan humildes trabajos y se le pidió la razón a la Madre. Ella contesto con calma: “Más un árbol hunde sus raices en el suelo, más posibilidad tiene de crecer y producir frutos.” 

La actitud de Madre Marie-Anne frente a las situaciones injustas, siendo ella víctima de ellas, nos permite descubrir el sentido evangélico que ella supo dar a los acontecimientos de su vida. Como Cristo apasionado por la gloria de su Padre, ella no buscó otra cosa en todo que la gloria de Dios, lo que es el fin de su Comunidad. “Dar a conocer el Buen Dios a los jóvenes que no tenían la felicidad de conocerle” era para ella el medio privilegiado de trabajar a la gloria de Dios. Despojada de sus más legítimos derechos, espoliada de su correspondencia personal con su Obispo, ella cede todo sin resistencia, esperando de Dios el desenlace de todo, sabiendo que Él “en su Sabiduría sabrá discernir lo verdadero de lo falso y recompensar a cada uno según sus obras”. 

Las Autoridades que le sucedieron prohibieron llamarla Madre. Madre Marie-Anne no se aferra celosamente a su título de Fundadora. Mas bien, acepta su anonadamiento como Jesús “su Amor crucificado”, a fin de que viva su Comunidad. Sin embargo, no abdica su vocación de “madre espiritual” de su Congregación; se ofrece a Dios “para expiar el mal cometido en su Comunidad; todo los días, pide a Santa Ana en favor de sus hijas espirituales, las virtudes necesarias a las educadoras cristianas”. 

Al igual que todo profeta investido por una misión en favor de los suyos, Madre Marie-Anne vivió la persecución, perdonando sin restricción, pues estaba convencida que “hay más felicidad en perdonar que en vengarse”. Este perdón evangélico era para ella la garantía de “la paz del alma” que ella consideraba como "el más precioso bien". Dió un último testimonio de eso en su lecho de agonía cuando pidió a su superiora llamar al Padre Maréchal “para edificar a las Hermanas”. 

Frente a la muerte, Madre Marie-Anne deja a sus hijas a manera de testamento espiritual, estas palabras que resumen su vida: “Que la Eucaristía y el abandono a la Voluntad de Dios sean vuestro cielo en la tierra”. Entonces se apagó apaciblemente en la Casa madre de Lachine, el 2 de enero de 1890, “feliz de irse donde el Buen Dios” que ella había servido toda su vida.      

(Biografía del Vaticano)

Den salige Maria Anna Blondin (1809-1890)

Minnedag: 18. april

Den salige Maria Anna (fr: Marie-Anne) ble født som Esther Sureau Blondin den 18. april 1809 i Terrebonne i Québec i Canada, nå en av forstedene til Montreal. Hennes foreldre, Jean-Baptiste Blondin og Marie-Rose Limoges, var beskjedne, men dypt kristne bønder. Fra moren arvet datteren en fromhet konsentrert om Det guddommelige forsyn og eukaristien, og fra sin far en dyp tro og en sterk tålmodighet overfor lidelser. Hun vokste opp på foreldrenes gård og deltok i de mangfoldige aktivitetene der. Skolegang kostet den gangen mer enn de fleste hadde råd til, selv med støtte fra religiøse ordener og menighetsskoler, så Esther fikk ingen utdannelse.

For å hjelpe familien økonomisk begynte hun tyve år gammel som tjenestejente hos en kjøpmann i landsbyen. Noen måneder senere tilbød hun sine tjenester som tjenestejente til søstrene fra Kongregasjonen av Notre Dame, som nettopp var kommet til landsbyen og som drev menighetens skole. Hun var da fortsatt analfabet, men begynte å lære å lese og skrive mens hun arbeidet. Deretter trådte hun inn i søstrenes novisiat, men sykdom tvang henne til å slutte igjen i 1833.

Etter noen måneders hvile begynte hun i mai 1833 å undervise på en menighetsskole i Vaudreuil i Québec etter invitasjon fra en tidligere novise fra Notre Dame som drev skolen. Her ville hun forsøke å hjelpe barna i området som i likhet med henne selv ellers ville ha liten sjanse for å lære å lese og skrive og få en formell utdannelse. Få år senere ble Esther rektor for det som fikk navnet Académie Blondin. Sakte men sikkert oppdaget hun at en av grunnene til den intellektuelle fattigdommen blant fransk-kanadiere var en kirkelig regel som forbød kvinner å undervise gutter og menn å undervise jenter. Siden de fleste prester var ute av stand til å finansiere to skoler i menigheten, valgte mange av dem å ha ingen skoler.

Etter et uimotståelig åndelig kall reiste Esther våren 1848 til Montreal for å forelegge for biskopen et prosjekt hun har tenkt lenge på: Å grunnlegge en religiøs kongregasjon for å undervise fattige barn på landsbygda, og det i blandede skoler med både gutter og jenter. Selv om biskop Ignace Le Bourget var skeptisk til prosjektet og mente det stred imot den naturlige orden, var staten tilhenger av slike skoler, så han ga tillatelse til en beskjeden prøve.

Den 8. september 1850 ble instituttet Søstre av den hellige Anna (Soeurs de Sainte-Anne – SSA) kanonisk grunnlagt av Esther Blondin i Vandreuil. Esther ble superior og tok ordensnavnet sr. Marie-Anne, eller Mary Ann, som hun ble kjent som i det engelskspråklige Canada. Kommuniteten startet med seks medlemmer, men allerede i 1857 hadde de 45 medlemmer. Sommeren 1853 gjorde plassmangel at biskop Le Bourget påla dem å flytte til Saint-Jacques de l'Achigan (i dag Saint-Jacques de Montcalm) i området Joliette. Men der skulle Marie-Anne møte store problemer.

Svært raskt oppsto det store vanskeligheter i forhold til klosterets unge kapellan, den 29-årige p. Louis-Adolphe Maréchal, som blandet seg inn i klosterets indre liv. Mère Marie-Anne ville på sin side beskytte kommunitetens rettigheter, og de var stadig i konflikter. Etter et år ga biskop Le Bourget den 18. august 1854 Marie-Anne ordre om å trekke seg som klosterets superior. Til tross for hindringene fortsatte søstrene med sin religiøse observans og sitt kommunitetsarbeid og viet seg til utdannelsen av de fattige og de trengende. Den hellige Anna, skytshelgen for lærere, var deres inspirasjon.

Marie-Anne ble leder for kostskolen Sainte-Geneviève. Men på grunn av innflytelsen fra kapellan Maréchal fortsatte forfølgelsene av henne, og fire år senere ble de tatt opp på nytt. Da ble Mère Marie-Anne kalt tilbake til Saint-Jacques under påskudd om «dårlig administrasjon», og der sto hennes navn i ett år ikke på listen over søstre og deres oppgaver. Søstrene fikk forbud mot å kalle henne «moder», og ifølge eget utsagn var hun redusert til «et null». I 1859 ble hun utnevnt til sakristan og utførte diverse manuelle oppgaver etter kommunitetens behov.

I 1860 flyttet søstrene av St. Anna sitt hovedkvarter til Lachine ved bredden av St. Lawrence River. I kjelleren i moderhuset, i vaskeriet og strykerommet, lærte mange generasjoner noviser et sant eksempel på lydighet og ydmykhet av sin grunnleggerske. Hun ble holdt borte fra generalkapitlenes forhandlinger, selv da søstrene i 1872 og 1878 gjenvalgte henne.

Etter 25 års ydmykt liv døde Mère Marie-Anne den 2. januar 1890 i hovedkvarteret i Lachine. Før hun døde, gjentok hun sin tilgivelse av kapellan Maréchal.

I 30 år etter sin død forble hun i skyggen. Men i 1917 fikk en kapellan ved hovedkvarteret anledning til å møte vitner til Mère Marie-Annes liv, og han holdet en serie foredrag som vakte stor entusiasme. I 1950, da kongregasjonen feiret sitt 100-årsjubileum, ga erkebiskop Paul-Émile Leger av Montreal tillatelse til at de første offisielle skritt ble tatt for å anerkjenne Marie-Annes hellighet. Den første fullstendige biografien, «Martyrium i stillhet», ble utgitt i 1956 av p. Eugene Nedeau OMI, som la frem fakta som til da hadde vært ukjent.

Den 14. mai 1991 ble hennes «heroiske dyder» anerkjent og hun fikk tittelen Venerabilis («Ærverdig»). Den 28. juni 1999 undertegnet pave Johannes Paul II (1978-2005) dekretet fra Helligkåringskongregasjonen som godkjente et mirakel på hennes forbønn. Hun ble saligkåret av paven den 29. april 2001 på Petersplassen i Roma. Hennes minnedag er 18. april.

Kilder: Patron Saints SQPN, vatican.va, EWTN/OR, La Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne, St. Ann's Academy, Diocèse d'Edmundston - Kompilasjon og oversettelse: p. Per Einar Odden - Sist oppdatert: 2005-07-04 16:20

SOURCE : http://www.katolsk.no/biografier/historisk/mblondin

Études: Christine Mailloux, s.s.a., Une femme dans la tourmente (1992), Lachine, Éditions Sainte-Anne, 2001, 472 p.

Thérèse Simard. Marie-Anne Blondin, femme des Béatitudes, Montréal, Médiaspaul, 2002, 190 p.

Christine Mailloux, s.s.a.. Esther Blondin, un voyage une passion, Montréal, Médiaspaul, 2010, 588 p.

Micheline Dumont. « Christine Mailloux, Esther Blondin. Un voyage, une passion, Montréal, Mediaspaul, 2010, 591p. » (compte rendu), Études d'histoire religieuse. Volume 77, 2011 : https://www.erudit.org/fr/revues/ehr/2011-v77-ehr052/1008405ar.pdf

Margaret Cantwell,s.s.a. Les Soeurs de Sainte-Anne en Alaska et au Yukon, Lachine, Les Soeurs de Sainte-Anne, 372 p. Traduction de North to share de Albert Beaudry.

Voir aussi :