lundi 26 décembre 2011

Premier mystère douloureux : L'AGONIE DE JÉSUS


36 Alors Jésus arrive avec eux en un domaine appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples : " Demeurez ici, tandis que je m'en vais là pour prier. "

37 Ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à éprouver de la tristesse et de l'angoisse.

38 Alors il leur dit : " Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici et veillez avec moi. "

39 Et s'étant un peu avancé, il tomba sur sa face, priant et disant : " Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi ! Cependant non pas comme je veux, mais comme vous (voulez) ! "

40 Et il vient vers les disciples et il les trouve endormis; et il dit à Pierre : " Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi !

41 Veillez et priez, afin que vous n'entriez point en tentation. L'esprit est ardent, mais la chair est faible. "

42 Il s'en alla une seconde fois et pria ainsi : " Mon Père, si ce (calice) ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite ! "

43 Etant revenu, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient appesantis.

44 Il les laissa et, s'en allant de nouveau, il pria pour la troisième fois, redisant la même parole. 45 Alors il vient vers les disciples et leur dit : " Désormais dormez et reposez-vous; voici que l'heure est proche où le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs.

46 Levez-vous, allons ! Voici que celui qui me trahit est proche. "

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, XXVI : 36-46

ANDREA MANTEGNAL’Agonie dans le Jardin de Gethsemanie, circa 1458, tempera sur bois, 60 x 80, London, National Gallery

GIOVANNI BELLINIL’Agonie dans le Jardin de Gethsemanie, circa 1465, 81 x 127, London, National Gallery


32 Ils arrivent en un domaine appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples : " Demeurez ici tandis que je prierai. "

33 Et il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à sentir de la frayeur et de l'angoisse.

34 Et il leur dit : " Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici et veillez. "

35 S'étant un peu avancé, il tomba sur la terre; et il priait que cette heure, s'il était possible, s'éloignât de lui,

36 et il disait : " Abba, Père, tout vous est possible, détournez de moi ce calice; cependant, non ce que je veux, mais ce que vous (voulez) ! "

37 Et il vient et il les trouve endormis, et il dit à Pierre : " Simon, tu dors ! Tu n'as pas eu la force de veiller une heure !

38 Veillez et priez afin que vous n'entriez point en tentation. L'esprit est ardent, mais la chair est faible. "

39 Il s'en alla de nouveau et pria, disant la même parole.

40 Puis, étant revenu, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient appesantis, et ils ne savaient que lui répondre.

41 Il revint une troisième fois et leur dit : " Dormez désormais et reposez-vous. C'est assez ! L'heure est venue; voici que le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs.

42 Levez-vous, allons ! Voici que celui qui me trahit est proche. "

ÉVANGILE SELON SAINT MARC, XIV : 32-42


EL GRECOAgonie de Jésus, circa 1590, huile sur toile, 103 x 132


39 Etant sorti, il s'en alla, comme de coutume, vers le mont des Oliviers ; les disciples aussi l'accompagnèrent.

40 Lorsqu'il fut à l'endroit, il leur dit : " Priez afin de ne pas entrer en tentation. "

41 Et il s'éloigna d'eux environ d'un jet de pierre ; et, s'étant mis à genoux, il priait, disant :

42 " Père, si vous voulez, détournez de moi ce calice. Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la vôtre qui soit faite. "

43 Et lui apparut, (venant) du ciel, un ange qui le réconfortait.

44 Et, se trouvant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des gouttes de sang, qui tombaient sur la terre.

45 S'étant relevé de (sa) prière, il vint vers les disciples, qu'il trouva plongés dans le sommeil à cause de la tristesse.

46 Et il leur dit : " Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, afin que vous n'entriez point en tentation. "

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, XXII : 39-46

Orsi Lelio, Christ au milieu des croix ou Christ au Jardin des oliviers, École lombarde, Cabinet des dessins, Louvre, RMN


BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 1er février 2012

Chers frères et sœurs,

aujourd’hui, je voudrais parler de la prière de Jésus à Gethsémani, au jardins des Oliviers. Le cadre du récit évangélique de cette prière est particulièrement significatif. Jésus se met en route vers le mont des Oliviers, après la Cène, tandis qu’il prie avec les disciples. L’évangéliste Marc raconte : «Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers» (14, 26). Il est fait probablement allusion au chant de certains Psaumes de l’hallèl à travers lesquels on rend grâce à Dieu pour avoir libéré le peuple de l’esclavage et l’on demande son aide pour les difficultés et les menaces toujours nouvelles du présent. Le parcours jusqu’à Gethsémani est constellé d’expressions de Jésus qui expriment son destin de mort qui se prépare et annoncent l’imminente dispersion des disciples.

Arrivés au domaine sur le Mont des Oliviers, cette nuit-là également, Jésus se prépare à la prière personnelle. Mais cette fois, a lieu quelque chose de nouveau: il semble qu’il ne veuille pas rester seul. Jésus se retirait souvent à l’écart de la foule et de ses disciples eux-mêmes, s’arrêtant dans « des lieux déserts » (cf. Mc 1, 35) ou gravissant « le mont » dit saint Marc (cf. Mc 6, 46). A Gethsémani, en revanche, il invite Pierre, Jacques et Jean à être plus proches de lui. Ce sont les disciples qu’il a appelés à être avec Lui sur le mont de la Transfiguration (cf. Mc 9, 2-13). Cette proximité des trois hommes lors de la prière à Gethsémani est significative. Cette nuit-là aussi, Jésus priera le Père « seul », car sa relation avec Lui est véritablement unique et particulier : c’est la relation du Fils unique. On dirait même que, surtout cette nuit-là, personne ne puisse véritablement s’approcher du Fils, qui se présente au Père dans son identité absolument unique, exclusive. Mais Jésus, bien qu’arrivant « seul » à l’endroit où il s’arrêtera pour prier, veut que trois disciples au moins demeurent non loin, dans une relation plus étroite avec Lui. Il s’agit d’une proximité physique, d’une demande de solidarité au moment où il sent s’approcher la mort, mais il s’agit surtout d’une proximité dans la prière pour exprimer d’une certaine façon l’harmonie avec Lui, au moment où il s’apprête à accomplir jusqu’au bout la volonté du Père, et il s’agit d’une invitation pour tous les disciples à le suivre sur le chemin de la Croix. L’Evangéliste Marc raconte : « Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : “Mon âme est triste à mourir. Demeurez ici et veillez” » (14, 33-34).

Dans la parole qu’il adresse aux trois disciples, Jésus, une fois de plus, s’exprime à travers le langage des Psaumes : « Mon âme est triste », une expression du Psaume 43 (cf. Ps 43, 5). La ferme détermination « jusqu’à la mort » rappelle ensuite une situation vécue par un grand nombre des envoyés de Dieu dans l’Ancien Testament et exprimée dans leur prière. En, effet, suivre la mission qui leur est confiée signifie souvent se heurter à l’hostilité, au refus, et à la persécution. Moïse ressent de façon dramatique l’épreuve qu’il subit tandis qu’il guide le peuple dans le désert, et dit à Dieu : « Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple: c’est un fardeau trop lourd pour moi. Si c’est ainsi que tu me traites, fais-moi plutôt mourir ! Ah! Si je pouvais trouver grâce à tes yeux et voir la fin de mon malheur !» (Nm 11, 14-15). Pour le prophète Elie non plus, il n’est pas facile d’accomplir le service à Dieu et à son peuple. Dans le premier Livre des Rois, il est écrit : « Quant à lui, il marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant : “Maintenant, Seigneur, c’en est trop! Reprends ma vie: je ne vaux pas mieux que mes pères” » (19, 4).

Les paroles de Jésus aux trois disciples qu’il veut près de lui au cours de sa prière à Gethsémani, révèlent qu’Il éprouve frayeur et angoisse en cette « Heure », qu’il fait l’expérience pour la dernière fois de la solitude profonde, précisément alors que le dessein de Dieu se réalise. Et dans cette frayeur et cette angoisse de Jésus est concentrée toute l’horreur de l’homme face à sa propre mort, la certitude de son caractère inexorable et la perception du poids du mal qui pèse sur notre vie.

Après l’invitation à demeurer et à veiller dans la prière adressée aux trois disciples, Jésus s’adresse « seul » au Père. L’évangéliste Marc raconte que, « s’écartant un peu, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui » (14, 35). Jésus tombe face contre terre : c’est une position de prière qui exprime l’obéissance à la volonté du Père, l’abandon confiant à Lui. C’est un geste qui se répète au début de la célébration de la Passion, le Vendredi Saint, ainsi que dans la profession monastique et dans les ordinations diaconale, sacerdotale et épiscopale, pour exprimer, dans la prière, également de façon physique, l’abandon total à Dieu, la confiance en Lui. Puis, Jésus demande au Père que, si cela était possible, cette heure s’éloigne de lui. Ce n’est pas seulement la frayeur et l’angoisse de l’homme face à la mort, mais c’est le bouleversement du Fils de Dieu qui voit le poids terrible du mal qu’il devra prendre sur Lui pour le surmonter, pour le priver de son pouvoir.

Chers amis, nous aussi dans la prière nous devons être capables d’apporter devant Dieu nos difficultés, la souffrance de certaines situations, de certaines journées, l’engagement quotidien à le suivre, à être chrétiens, ainsi aussi que le poids de mal que nous voyons en nous et autour de nous, pour qu’il nous donne espoir, qu’il nous fasse sentir qu’il est proche, qu’il nous offre un peu de lumière sur le chemin de la vie.

Jésus poursuit sa prière : « Abba... Père, tout est possible pour toi. Eloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14, 36). Dans cette invocation il y a trois passages révélateurs. Au début, nous avons le redoublement du terme avec lequel Jésus s’adresse à Dieu : « Abba ! Père ! » (Mc 14, 36a). Nous savons que le mot araméen Abba est celui qui était utilisé par l’enfant pour s’adresser à son père et exprime ainsi la relation de Jésus avec Dieu le Père, une relation de tendresse, d’affection, de confiance, d’abandon. Dans la partie centrale de l’invocation, il y a un deuxième élément : la conscience de la toute-puissance du Père — « tout est possible pour toi » —, qui introduit une demande où, encore une fois, apparaît le drame de la volonté humaine de Jésus devant la mort et le mal : « Eloigne de moi cette coupe ». Mais il y a la troisième expression de la prière de Jésus et c’est elle qui est décisive, là où la volonté humaine adhère pleinement à la volonté divine. Jésus, en effet, conclut en disant avec force : « Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14, 36c). Dans l’unité de la personne divine du Fils, la volonté humaine trouve sa pleine réalisation dans l’abandon total du Moi au Toi du Père, appelé Abba. Saint Maxime le Confesseur affirme qu’à partir du moment de la création de l’homme et de la femme, la volonté humaine est orientée par la volonté divine et c’est précisément dans le « oui » à Dieu que la volonté humaine est pleinement libre et trouve sa réalisation. Malheureusement, à cause du péché, ce « oui » à Dieu s’est transformé en opposition : Adam et Eve ont pensé que le « non » à Dieu était le sommet de la liberté, signifiait être pleinement soi-même. Jésus sur le Mont des Oliviers ramène la volonté humaine au « oui » total à Dieu ; en Lui la volonté naturelle est pleinement intégrée dans l’orientation que lui donne la Personne Divine. Jésus vit son existence selon le centre de sa Personne : le fait d’être Fils de Dieu. Sa volonté humaine est attirée dans le Moi du Fils, qui s’abandonne totalement au Père. Ainsi, Jésus nous dit que ce n’est que dans la conformation de sa propre volonté à celle de Dieu, que l’être humain arrive à sa hauteur véritable, devient « divin » ; ce n’est qu’en sortant de lui, ce n’est que dans le «oui» à Dieu que se réalise le désir d’Adam, de nous tous, celui d’être complètement libres. C’est ce que Jésus accomplit au Gethsémani : en transférant la volonté humaine dans la volonté divine naît l’homme véritable, et nous sommes rachetés.

Le Compendium du catéchisme de l’Eglise catholique l’enseigne de manière synthétique: « Pendant l’agonie au Jardin de Gethsémani, ainsi que par les dernières paroles sur la Croix, la prière de Jésus révèle la profondeur de sa prière filiale. Jésus porte à son achèvement le dessein d’amour du Père et prend sur lui toutes les angoisses de l’humanité, toutes les demandes et les intercessions de l’histoire du salut. Il les présente au Père qui les accueille et les exauce au-delà de toute espérance, en le ressuscitant des morts » (n. 543). Véritablement « en aucun autre lieu de l’Ecriture Sainte nous ne pouvons scruter aussi profondément le mystère intérieur de Jésus comme dans la prière sur le Mont des Oliviers » (Jésus de Nazareth ii, p. 183).

Chers frères et sœurs, chaque jour dans la prière du Notre-Père nous demandons au Seigneur: « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10). C’est-à-dire que nous reconnaissons qu’il y a une volonté de Dieu avec nous et pour nous, une volonté de Dieu sur notre vie, qui doit devenir chaque jour davantage la référence de notre volonté et de notre être ; et nous reconnaissons que c’est au «ciel» que se fait la volonté de Dieu et que la « terre » devient « ciel », lieu de la présence de l’amour, de la bonté, de la vérité, de la beauté divine, uniquement si en elle est faite la volonté de Dieu. Dans la prière de Jésus au Père, dans cette nuit terrible et extraordinaire du Gethsémani, la « terre » est devenue « ciel », la « terre » de sa volonté humaine, mue par la peur et par l’angoisse, a été assumée par sa volonté divine, si bien que la volonté de Dieu s’est accomplie sur la terre. Et cela est important aussi dans notre prière : nous devons apprendre à nous en remettre davantage à la Providence divine, demander à Dieu la force de sortir de nous-même pour lui renouveler notre « oui », pour lui répéter « que ta volonté soit faite », pour conformer notre volonté à la sienne. C’est une prière que nous devons faire quotidiennement, parce qu’il n’est pas toujours facile de nous en remettre à la volonté de Dieu, répéter le « oui » de Jésus, le « oui » de Marie. Les récits évangéliques du Gethsémani montre douloureusement que les trois disciples, choisis par Jésus pour être à ses côtés, ne furent pas capables de veiller avec Lui, de partager sa prière, son adhésion au Père et furent emportés par le sommeil. Chers amis demandez au Seigneur d’être capables de veiller avec Lui en prière, de suivre la volonté de Dieu chaque jour même s’il parle de la Croix, de vivre dans une intimité toujours plus grande avec le Seigneur, pour apporter sur cette « terre » un peu de « ciel » de Dieu. Merci.

* * *

Je salue les pèlerins francophones, particulièrement le groupe du Collège du Sacré-Cœur d’Aix-en-Provence. Chers amis, dans la prière, n’hésitons pas à confier à Dieu ce qui fait notre vie, nos joies et nos soucis. Je vous invite à chercher en tout sa volonté, et à renouveler votre engagement à vivre en chrétien, en suivant Jésus, la lumière de notre vie. Avec ma bénédiction à tous, et particulièrement aux personnes consacrées, dont nous célébrerons la fête demain !

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Le Saint-Siège

SOURCE : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20120201.html

Gaspard de Crayer (1584–1669), Christ in the Garden of Olives (fragment), circa 1630, 151 x 128, maison de Rubens, Anvers


Gethsémani : prière et agonie de Jésus

Les récits évangéliques nous permettent repérer le lieu où Jésus se recueillit après la Dernière Cène: il sortit et à son habitude, il alla au Jardin des Olivers (Lc 22, 39): de l’autre côté du Cédron (Jn 18, 1), et, avec les Apôtres, il arriva sur le lieu dit Gethsémani (Mt 26, 36; Mc 14, 32). Ces données correspondent à un jardin avec une presse à huile qui lui donnait son nom et qui était en dehors de l’enceinte de Jérusalem, à l’est de la ville, sur la route de Béthanie.

L’heure prévue par Dieu pour tirer l’humanité de l’esclavage du péché est arrivée et nous contemplons Jésus-Christ à Gethsémani, qui, souffrant atrocement, verse une sueur de sang (cf. Lc 22, 44), et accepte spontanément et totalement le sacrifice que son Père veut de lui (Amis de Dieu, 25).

Les récits évangéliques nous permettent repérer le lieu où Jésus se recueillit après la Dernière Cène: il sortit et à son habitude, il alla au Jardin des Oliviers (Lc 22, 39): de l’autre côté du Cédron (Jn 18, 1), et, avec les Apôtres, il arriva sur le lieu dit Gethsémani

(Mt 26, 36; Mc 14, 32). Ces données correspondent à un jardin avec une presse à huile qui lui donnait son nom et qui était en dehors de l’enceinte de Jérusalem, à l’est de la ville, sur la route de Béthanie.

Au Jardin des Oliviers, face à sa Passion imminente que la trahison de Judas va déchaîner, le Seigneur ressent le besoin de prier.

Ce lieu était sans doute bien connu puisque Jésus s’y retrouvait souvent avec ses disciples (Jn 18, 2), il n’est donc pas étonnant que les premiers chrétiens se souviennent de l’endroit où ont eu lieu ces événements transcendants de l’histoire du salut.

Au Jardin des Oliviers, face à sa Passion imminente que la trahison de Judas va déchaîner, le Seigneur ressent le besoin de prier : arrivés dans un domaine appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples : " Demeurez ici tandis que je prierai. Et il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean et il commença à sentir de la frayeur et de l’angoisse. Et il leur dit : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici et veillez. » S’étant un peu avancé, il tomba sur la terre ; et il priait que cette heure, s’il était possible, s’éloignât de lui, et il disait : « Abba, Père, tout vous est possible, détournez de moi ce calice ; cependant, non ce que je veux, mais ce que vous voulez ! »

Au paroxysme de son angoisse, lui apparut, venant du ciel, un ange qui le réconfortait. Et se trouvant en agonie, il priait plus instamment et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. (Lc 22, 43-44). La prière du Christ contraste avec l’attitude des Apôtres: après sa prière, il se leva et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis, ensommeillés de tristesse. Il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez pour ne pas entrer en tentation (Mc 45-46).

Jésus est revenu trois fois près de ceux qui l’accompagnaient et les trois fois il les a trouvés ensommeillés, tout était déjà terminé : « C’est assez ! L’heure est venue, voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous, allons ! Voici que celui qui me trahit est proche. » Aussitôt, comme il parlait encore, survient Judas, l’un des Douze, et avec lui une foule armée de glaives et de bâtons (Mc 14, 41-43). C’est avec un baiser qu’il dénonça le Seigneur que l’on arrêta alors que les disciples l’abandonnaient et fuyaient.

Grâce à la pèlerine Égérie, nous savons que vers la seconde moitié du IV° siècle, on célébrait une liturgie le Jeudi Saint “ sur le lieu où le Seigneur avait prié” et qu’il y avait-là “une belle église” (Itinerarium Egeriae, XXXVI, 1 (CCL 175, 79). Les fidèles entraient dans ce temple pour prier, chanter des hymnes et écouter les récits évangéliques de l’agonie de Jésus au Jardin des Oliviers. Ensuite, en procession, ils se déplaçaient sur le lieu où l’on évoquait l’arrestation. (Cf. Ibid., 2-3 (CCL 175, 79-80).

Compte tenu de cette tradition et d’autres aussi anciennes qu’elle, trois lieux sont vénérés concernant les événements de cette nuit-là : Le rocher sur lequel le Seigneur pria, un jardin avec huit oliviers millénaires et certains de leurs rejetons et la grotte où aurait lieu l’arrestation. Ils ne sont séparés que par une dizaine de mètres, dans la zone la plus basse du Jardin des Oliviers, presque au fond du Cédron, au cœur d’un paysage très évocateur : ce torrent, comme la plupart des wadis palestiniens, est une vallée asséchée et ne draine que les eaux pluviales de l’hiver; contrairement au flanc de la colline, la zone est peu habitée car de vastes surfaces ont été affectées à des cimetières. Il y a de nombreuses oliveraies, en terrasse, et des cyprès au bord des chemins.

La basilique de l’Agonie

Le rocher sur lequel la tradition dit que le Seigneur pria est à l’intérieur de la basilique de l’Agonie, dite de Toutes les Nations, puisque seize pays ont collaboré à sa construction, entre 1922 et 1924. Il y a ensuite la surface de l’église byzantine dont ne nous sont parvenues que les fondations puisqu’un incendie la détruisit vraisemblablement avant le VII° siècle. Avec 25m sur 16 m, elle avait trois nefs et trois absides et des sols de mosaïques, dont nous en gardons quelques uns, protégés, sous vitre, à côté des nouveaux. En construisant le sanctuaire moderne, on en trouva un autre d’époque médiévale. Il fut construit par les Croisés sur la base de la basilique primitive, plus grand et orienté différemment, vers le sud-est, ce qui porte à croire qu’ils n’avaient pas décelé les vestiges précédents. Il fut abandonné après que Saladin eut pris Jérusalem.

Du Cédron, on aperçoit le vaste atrium de la basilique, avec trois arcs posés sur des piliers et des colonnes adossées. Là Un fronton surplombe la façade. Sur le tympan, en mosaïque, le Christ est représenté en Médiateur, entre Dieu et l’humanité. Les jours ensoleillés, la luminosité extérieure heurte la pénombre intérieure : les fenêtres filtrent une lumière bleutée, lilas et violette qui permet de penser aux heures de l’Agonie de Jésus et aux pèlerins de se recueillir en contemplation. Les douze coupoles, sur six colonnes sveltes au centre de l’église, renforcent cette mise en scène grâce à une voûte en mosaïque qui évoque un ciel étoilé.

Au chœur, devant l’autel, le rocher vénéré se détache du sol. Il est entouré d’une artistique couronne d’épines. Derrière, dans l’abside centrale, l’agonie de Jésus au jardin est aussi représentée. La trahison de Judas et l’arrestation sont évoquées dans des mosaïques.

Le Jardin des Oliviers

La Custodie de Terre Sainte est propriétaire, depuis la seconde moitié du XVII°s, du terrain sur lequel est construite la basilique.

Lorsqu’il fut acquis, avec des ruines médiévales et byzantines, il y avait le jardin des fleurs : un domaine non cultivé, entouré d’un mur où il y avait huit oliviers que les traditions locales dataient de l’époque du Christ. En attendant le moment opportun pour reconstruire l’église, les franciscains protégèrent ces oliviers millénaires, rattachés vraisemblablement à la tradition chrétienne sur ce lieu, de sorte qu’ils sont encore vivants parmi nous.

Leur aspect ancestral est impressionnant. Les botanistes qui les ont étudiés ne sont pas arrivés à fixer exactement leur âge : d’aucuns disent qu’ils ont été plantés au XI° et qu’ils viennent d’une même branche et d’autres, que leur énorme grosseur permet de penser qu’ils sont du premier millénaire. Plus ou moins vieux, cela n’empêche pas de les préserver comme des témoins silencieux qui perpétuent le souvenir de Jésus lors de sa dernière nuit sur cette terre.

La grotte de l’arrestation

Dans l’enceinte de la basilique de l’Agonie et du Jardin de Gethsémani il y a aussi un couvent franciscain. À l’extérieur de la propriété, quelques dizaines de mètres vers le nord, on trouve la grotte de l’arrestation qui appartient aussi à la Custodie de Terre Sainte. On y accède par un passage étroit qui part de la cour d’entrée au Tombeau de la Vierge. Ce sanctuaire marial, avec la basilique de la Dormition sur le mont Sion, fera l’objet d’une étude à part. Il suffit de rappeler maintenant que selon certaines traditions, c’est là que le corps de Notre Dame aurait été déposé avant l’Assomption, venu du quartier du Cénacle. L’église est partagée par les communautés grecque, arménienne, syrienne et copte.

La grotte a 19 mètres de long et à peu près 10 mètres de large. Certains vestiges archéologiques permettent de croire qu’elle fut utilisée par le propriétaire du jardin comme un logement temporaire ou comme un entrepôt. On croit aussi que c’est ici que les huit apôtres se sont reposés la nuit de l’arrestation. Après les heures de son agonie et de sa prière, quand le Seigneur annonça l’arrivée de Judas, il y serait venu avec les trois autres apôtres pour leur dire ce qui allait se passer. C’est donc d’ici, de ce coin de Gethsémani, que Jésus est allé au devant de la troupe des gardes.

De nombreux graffitis de pèlerins, en différentes langues et de diverses époques, sur les ravalements des parois et sur le plafond, témoignent d’une vénération pratiquement sans discontinuité : au IV° s la grotte était déjà une chapelle et le sol était couvert de mosaïques. Du V° au VIII°s, des chrétiens y furent ensevelis. À l’époque des Croisés, elle fut décorée de fresques. À partir du XIV° s, les franciscains eurent un certain droit de culte sur ce lieu et finirent par l’acquérir. Une restauration réalisée en 1956, remit à jour la structure primitive, avec un pressoir et une citerne. Sur la grotte, dans cette propriété-là, on découvrit les restes d’une ancienne presse à huile.

Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse

Les scènes où Jésus s’entretient avec son Père sont si nombreuses, qu’il n’est pas possible de les évoquer toutes. Mais je pense qu’on ne peut pas ne pas penser aux heures, intenses, qui précédent sa Passion et sa Mort, alors qu’il s’apprête à consumer le Sacrifice qui nous réconciliera avec l’Amour divin. Dans l’intimité du Cénacle, son Cœur déborde : il s’adresse, suppliant, au Père, il annonce la venue du Saint-Esprit, il encourage les siens à vivre dans une ferveur continuelle de charité et de foi.

Ce recueillement embrasé du Rédempteur se poursuit à Gethsémani quand il perçoit que la Passion est imminente, avec ses humiliations, ses souffrances, cette Croix si dure où sont crucifiés les malfaiteurs et qu’il a ardemment souhaitée.

Père, si c’est possible, éloigne de moi ce calice (Lc 22, 42). Et tout de suite après, mais que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne (Ibid.) (Amis de Dieu, 240).

Si nous prenons conscience de notre filiation divine, de notre vocation chrétienne qui demande que l’on suive les pas du Maître, la contemplation de sa prière et de son agonie au Jardin des Oliviers doit nous porter à dialoguer avec Dieu le Père. “Avec sa prière, Jésus nous apprend à prier » (Catéchisme de l’Église catholique, 2607). Tout en étant notre modèle, il nous convoque à la prière, comme il le fit avec Pierre, Jacques et Jean lorsqu’il les prit avec lui et leur demanda de veiller avec Lui: priez, pour ne pas entrer en tentation. Et Pierre s’endormit ainsi que les autres apôtres; Et toi, mon jeune ami, tu t’endormis aussi, et je fus, moi aussi un autre Pierre ensommeillé (Saint Rosaire, 1er mystère douloureux)

Il n’y a pas d’excuses pour se livrer au sommeil: nous pouvons tous prier, plus ou moins exactement, nous devons tous prier parce que nous sommes venus au monde pour aimer Dieu, le louer, le servir et dans l’autre vie, ensuite,— puisque nous ne sommes ici que de passage— en jouir éternellement. Et qu’est-ce que prier ? Parler avec Dieu, tout simplement, avec des oraisons vocales ou dans notre méditation. L’excuse de notre "ignardise" ou de notre fatigue ne tient pas debout. Parler avec Dieu pour apprendre de Lui, c’est le regarder, lui raconter notre vie — le travail, nos joies, nos peines, nos fatigues, nos réactions, nos tentations— Si nous l’écoutons, nous entendrons ces suggestions : laisse tomber cela, sois plus cordial, travaille mieux, sers les autres, ne pense pas du mal de qui que ce soit, parle sincèrement et poliment (Xavier Echevarria, Gethsémani : en prière avec Jésus-Christ p. 12).

Benoît XVI, dans une audience consacrée à la prière de Jésus à Gethsémani, disait que le chrétien est en mesure de créer ici bas une anticipation du ciel s’il cherche à avoir une intimité de plus en plus grande avec Dieu : « nous demandons tous les jours avec la prière du Notre Père : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10). Nous reconnaissons ainsi qu’il y a une volonté de Dieu nous concernant, une volonté de Dieu concernant notre vie, qui doit devenir de plus en plus chaque jour le point de repère de notre volonté et de notre être. Nous reconnaissons aussi que c’est « au ciel » que la volonté de Dieu se fait et que la « terre » ne devient le ciel, le lieu de la présence de l’amour, de la bonté, de la vérité, de la beauté divine que si la volonté de Dieu y est accomplie.

Jésus, seul et triste, souffrait et trempait la terre de son sang. À genoux, sur le sol dur, il persévère en prière. Il pleure pour toi et pour moi : écrasé par le poids des péchés des hommes.

Dans la prière de Jésus au Père, en cette nuit terrible et magnifique de Gethsémani, la “terre” est devenue “le ciel”. La « terre » de sa volonté humaine, secouée par la peur et l’angoisse fut assumée par sa volonté divine, de sorte que la volonté de Dieu se fit sur la terre. C’est aussi le cas dans notre prière : nous devons apprendre à nous abandonner davantage à la Providence divine, demander à Dieu la force de sortir de nous-mêmes pour lui présenter un « oui » nouveau, pour lui redire « que ta volonté soit faite » pour identifier notre volonté à la sienne »

(Benoît XVI, Audience, 1-II-2012).

Jésus, seul et triste, souffrait et trempait la terre de son sang. À genoux, sur le sol dur, il persévère en prière. Il pleure pour toi et pour moi : écrasé par le poids des péchés des hommes (Saint Rosaire, 1er mystère douloureux)

Adresse-toi à la Sainte Vierge et demande-lui, en gage de son amour pour toi, le don de la contrition, du regret de tes péchés et des péchés de tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps, empreint d'une douleur d'Amour. Et dans cet état d’esprit, ose encore ajouter : O ma Mère, ma Vie, mon Espérance, prends-moi par la main... et s’il y avait maintenant chez moi quoi que ce soit qui déplaise à Dieu, fais que je le découvre pour qu’à nous deux nous le déracinions. Poursuis sans crainte :

Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie ! Prie pour moi, afin qu’en faisant la très aimable Volonté de ton Fils, je sois digne de jouir des promesses de Notre Seigneur Jésus (Forge, 161).

SOURCE : https://opusdei.org/fr-fr/article/gethsemani-priere-et-agonie-de-jesus/

L'AGONIE DE NOTRE-SEIGNEUR décrite par le Padre Pio (1e partie) : https://www.revueenroute.jeminforme.org/agonie_de_notre_seigneur_decrite_par_padre_pio_1.php