vendredi 9 décembre 2011

CREDO- SYMBOLE DES APÔTRES (XI) : Credo in Spiritum Sanctum



Gian Lorenzo Bernini. Le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, 1660, Trône de Saint Pierre, Vatican

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Les Commentaires de Dom Guéranger sur la Pentecôte forment un véritable traité du Saint-Esprit.
Outre le mystère même de la fête expliqué ici pour le jour de la Pentecôte, on trouvera : 

 Le Saint-Esprit pour faire connaître au monde le Christ Sauveur : Lundi de la Pentecôte

 Le Saint-Esprit âme de l’Église, Épouse du Christ : Mardi de la Pentecôte

 Le Saint-Esprit âme de l’Église unique, notre Mère : Mercredi de la Pentecôte

 Le Saint-Esprit âme de l’Église, Vérité du Christ et Sainte : Jeudi de la Pentecôte

 Le Saint-Esprit dans le cœur du chrétien : Vendredi de la Pentecôte

 Les opérations du Saint-Esprit dans l’âme, le Saint-Esprit et Marie : Samedi de la Pentecôte


La grande journée qui consomme l’œuvre divine sur la race humaine a lui enfin sur le monde. « Les jours de la Pentecôte, comme parle saint Luc, sont accomplis » [1]. Depuis la Pâque, nous avons vu se dérouler sept semaines ; voici le jour qui fait suite et amène le nombre mystérieux de cinquante. Ce jour est le Dimanche, consacré par les augustes souvenirs de la création de la lumière et de la résurrection du Christ ; son dernier caractère lui va être imposé, et par lui nous allons recevoir « la plénitude de Dieu » [2].

Sous le règne des figures, le Seigneur marqua déjà la gloire future du cinquantième jour. Israël avait opéré, sous les auspices de l’agneau de la Pâque, son passage à travers les eaux de la mer Rouge. Sept semaines s’écoulèrent dans ce désert qui devait conduire à la terre promise, et le jour qui suivit les sept semaines fut celui où l’alliance fut scellée entre Dieu et son peuple. La Pentecôte (le cinquantième jour) fut marquée par la promulgation des dix préceptes de la loi divine, et ce grand souvenir resta dans Israël avec la commémoration annuelle d’un tel événement. Mais ainsi que la Pâque, la Pentecôte était prophétique : il devait y avoir une seconde Pentecôte pour tous les peuples, de même qu’une seconde Pâque pour le rachat du genre humain. Au Fils de Dieu, vainqueur de la mort, la Pâque avec tous ses triomphes ; à l’Esprit-Saint, la Pentecôte, qui le voit entrer comme législateur dans le monde placé désormais sous sa loi.

Mais quelle dissemblance entre les deux Pentecôtes ! La première sur les rochers sauvages de l’Arabie, au milieu des éclairs et des tonnerres, intimant une loi gravée sur des tables de pierre ; la seconde en Jérusalem, sur laquelle la malédiction n’a pas éclaté encore, parce qu’elle contient dans son sein jusqu’à cette heure les prémices du peuple nouveau sur lequel doit s’exercer l’empire de l’Esprit d’amour. En cette seconde Pentecôte, le ciel ne s’assombrit pas, on n’entend pas le roulement de la foudre ; les cœurs des hommes ne sont pas glacés d’effroi comme autour du Sinaï ; ils battent sous l’impression du repentir et de la reconnaissance. Un feu divin s’est emparé d’eux, et ce feu embrasera la terre entière. Jésus avait dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, « et quel est mon vœu, sinon de le voir s’éprendre [3] ? » L’heure est venue, et celui qui en Dieu est l’Amour, la flamme éternelle et incréée, descend du ciel pour remplir l’intention miséricordieuse de l’Emmanuel.

En ce moment où le recueillement plane sur le Cénacle tout entier, Jérusalem est remplie de pèlerins accourus de toutes les régions de la gentilité, et quelque chose d’inconnu se remue au fond du cœur de ces hommes. Ce sont des Juifs venus pour les fêtes de la Pâque et de la Pentecôte de tous les lieux où Israël est allé établir ses synagogues. L’Asie, l’Afrique, Rome elle-même, ont fourni leur contingent. Mêlés à ces Juifs de pure race, on aperçoit des gentils qu’un mouvement de piété a portés à embrasser la loi de Moïse et ses pratiques : on les appelle Prosélytes. Cette population mobile qui doit se disperser sous peu de jours, et que le seul désir d’accomplir la loi a rassemblée dans Jérusalem, représente, par la diversité des langages, la confusion de Babel ; mais ceux qui la composent sont moins influencés que les habitants de la Judée par l’orgueil et les préjugés. Arrivés d’hier, ils n’ont pas, comme ces derniers, connu et repoussé le Messie, ni blasphémé ses œuvres qui rendaient témoignage de lui. S’ils ont crié devant Pilate avec les autres Juifs pour demander que le Juste fût crucifié, c’est qu’ils étaient entraînés par l’ascendant des prêtres et des magistrats de cette Jérusalem vers laquelle leur piété et leur docilité à la loi les avaient amenés.

Mais l’heure est venue, l’heure de Tierce, l’heure prédestinée de toute éternité, et le dessein des trois divines personnes conçu et arrêté avant tous les temps se déclare et s’accomplit. De même que le Père, sur l’heure de minuit, envoya en ce monde pour y prendre chair au sein de Marie, son propre Fils qu’il engendre éternellement : ainsi, le Père et le Fils envoient à cette heure de Tierce sur la terre l’Esprit-Saint qui procède de tous deux, pour y remplir jusqu’à la fin des temps la mission de former l’Église épouse et empire du Christ, de l’assister, de la maintenir, de sauver et de sanctifier les âmes.

Soudain un vent violent qui venait du ciel se fait entendre ; il mugit au dehors et remplit le Cénacle de son souffle puissant. Au dehors il convoque autour de l’auguste édifice que porte la montagne de Sion une foule d’habitants de Jérusalem et d’étrangers ; au dedans il ébranle tout, il soulève les cent vingt disciples du Sauveur, et montre que rien ne lui résiste. Jésus avait dit de lui : « C’est un vent qui souffle où il veut, et vous entendez retentir sa voix » [4] ; puissance invisible qui creuse jusqu’aux abîmes dans les profondeurs de la mer, et lance les vagues jusqu’aux nues. Désormais ce vent parcourra la terre en tous sens, et rien ne pourra l’arrêter dans son domaine.

Cependant l’assemblée sainte qui était assise tout entière dans l’extase de l’attente, a conservé la même attitude. Passive sous l’effort du divin envoyé, elle s’abandonne à lui. Mais le souffle n’a été qu’une préparation pour le dedans du Cénacle, en même temps qu’il est un appel pour le dehors. Tout à coup une pluie silencieuse se répand dans l’intérieur de l’édifice ; pluie de feu, dit la sainte Église, « qui éclaire sans brûler, qui luit sans consumer » [5] ; des flocons enflammés avant la forme de langues, viennent se poser sur la tête de chacun des cent vingt disciples. C’est l’Esprit divin qui prend possession de l’assemblée dans chacun de ses membres. L’Église n’est plus seulement en Marie ; elle est aussi dans les cent vingt disciples. Tous sont maintenant à l’Esprit qui est descendu sur eux ; son règne est ouvert, il est déclaré, et de nouvelles conquêtes se préparent.

Mais admirons le symbole sous lequel une si divine révolution s’opère. Celui qui naguère se montra au Jourdain sous la forme gracieuse d’une colombe, apparaît aujourd’hui sous celle du feu. Dans l’essence divine il est amour ; or, l’amour n’est pas tout entier dans la douceur et la tendresse ; il est ardent comme le feu. Maintenant donc que le monde est livré à l’Esprit-Saint, il faut qu’il brûle, et l’incendie ne s’arrêtera plus. Et pourquoi cette forme de langues ? Sinon parce que la parole sera le moyen par lequel se propagera le divin incendie. Ces cent vingt disciples n’auront qu’à parler du Fils de Dieu fait homme et rédempteur de tous, de l’Esprit-Saint qui renouvelle les âmes, du Père céleste qui les aime et les adopte : leur parole sera accueillie d’un grand nombre. Tous ceux qui l’auront reçue seront unis dans une même foi, et l’ensemble qu’ils formeront s’appellera l’Église catholique, universelle, répandue en tous les temps et en tous les lieux. Le Seigneur Jésus avait dit : « Allez, enseignez toutes les nations ; » l’Esprit divin apporte du ciel sur la terre et la langue qui fera retentir cette parole, et l’amour de Dieu et des hommes qui l’inspirera. Cette langue et cet amour se sont arrêtés sur ces hommes, et par le secours de l’Esprit divin, ces hommes les transmettront à d’autres jusqu’à la fin des siècles.

Un obstacle cependant semble se dresser à l’encontre d’une telle mission. Depuis Babel, le langage humain est divisé, et la parole ne circule pas d’un peuple à l’autre. Comment donc la parole pourra-t elle être l’instrument de la conquête de tant de nations, et réunir en une seule famille tant de races qui s’ignorent ? Ne craignez pas : le tout-puissant Esprit y a pourvu. Dans l’ivresse sacrée qu’il inspire aux cent vingt disciples, il leur a conféré le don d’entendre toutes langues et de se faire entendre eux-mêmes en toute langue. A l’instant même, dans un transport sublime, ils s’essayent à parler tous les idiomes de la terre, et leur langue, comme leur oreille, se prête non seulement sans effort, mais avec délices, à cette plénitude de la parole qui va rétablir la communion des hommes entre eux. L’Esprit d’amour a fait cesser en un moment la séparation de Babel, et la fraternité première reparaît dans l’unité du langage. Que vous êtes belle, ô Église de Dieu, rendue sensible dans cet auguste prodige de l’Esprit divin qui agit désormais sans limites ! Vous nous retracez le magnifique spectacle qu’offrait la terre, lorsque la race humaine ne parlait qu’un seul langage. Et cette merveille ne sera pas seulement pour la journée de la Pentecôte, et elle ne durera pas seulement la vie de ceux en qui elle éclate en ce moment. Après la prédication des Apôtres, la forme première du prodige s’effacera peu à peu, parce qu’elle cessera d’être nécessaire ; mais jusqu’à la fin des siècles, ô Église, vous continuerez de parler toutes les langues ; car vous ne serez pas confinée dans un seul pays, mais vous habiterez tous les pays du monde. Partout on entendra exprimer une même foi dans la langue de chaque peuple, et ainsi le miracle de la Pentecôte, renouvelé et transformé, vous accompagnera toujours, ô Église ! et demeurera l’un de vos principaux caractères. C’est ce qui fait dire au grand docteur saint Augustin parlant aux fidèles, ces paroles admirables : « L’Église répandue parmi les nations parle toutes les langues. Qu’est cette Église, sinon le corps du Christ ? Dans ce corps vous êtes un membre. Étant donc membre d’un corps qui parle toutes les langues, vous avez droit de vous considérer vous-même comme participant au même don » [6]. Durant les siècles de foi, la sainte Église, source unique de tout véritable progrès dans l’humanité, avait fait plus encore ; elle était parvenue à réunir dans une même forme de langage les peuples qu’elle avait conquis. La langue latine fut longtemps le lien du monde civilisé. En dépit des distances, les relations de peuple à peuple, les communications de la science, les affaires même des particuliers lui étaient confiées ; l’homme qui parlait cette langue n’était étranger nulle part dans tout l’Occident et au delà. La grande hérésie du XVIe siècle émancipa les nations de ce bienfait comme de tant d’autres, et l’Europe, scindée pour longtemps, cherche, sans le trouver, ce centre commun que l’Église seule et sa langue pouvaient lui offrir. Mais retournons au Cénacle dont les portes ne se sont pas encore ouvertes, et continuons à y contempler les merveilles du divin Esprit.

Nos yeux tout d’abord cherchent respectueusement Marie, Marie plus que jamais « pleine de grâce ». Il eût semblé qu’après les dons immenses qui lui furent prodigués dans sa conception immaculée, après les trésors de sainteté que versa en elle la présence du Verbe incarné durant les neuf mois qu’elle le posséda dans son sein, après les secours spéciaux quelle reçut pour agir et souffrir en union avec son fils dans l’œuvre de la Rédemption, après les faveurs dont Jésus la combla au milieu des splendeurs de la résurrection, le Ciel avait épuisé la mesure des dons qu’il avait à répandre sur une simple créature, si élevée qu’elle pût être dans le plan éternel. Il n’en est pas ainsi. Une nouvelle mission s’ouvre pour Marie : à cette heure, la sainte Église est enfantée par elle ; Marie vient de mettre au jour l’Épouse de son Fils, et de nouveaux devoirs l’appellent. Jésus est monté seul dans les cieux ; il l’a laissée sur la terre, afin qu’elle prodigue à son tendre fruit ses soins maternels. Qu’elle est touchante, mais aussi qu’elle est glorieuse cette enfance de notre Église bien-aimée, reçue dans les bras de Marie, allaitée par elle, soutenue de son appui dès les premiers pas de sa carrière en ce monde ! Il faut donc à la nouvelle Ève, à la véritable « Mère des vivants », un surcroît de grâces pour répondre à une telle mission : aussi est-elle l’objet premier des faveurs de l’Esprit-Saint. Il la féconda autrefois pour être la mère du Fils de Dieu ; en ce moment il forme en elle la mère des chrétiens. « Le fleuve de la grâce, comme parle le Roi-prophète, submerge de ses eaux cette Cité de Dieu qui les reçoit avec délices » [7] ; l’Esprit d’amour accomplit à ce moment l’oracle divin du Rédempteur mourant sur la croix. Il avait dit, en désignant l’homme : « Femme, voilà votre fils » ; l’heure est arrivée, et Marie a reçu avec une plénitude merveilleuse cette grâce maternelle qu’elle commence à appliquer dès aujourd’hui, et qui l’accompagnera jusque sur son trône de reine, lorsqu’enfin la sainte Église ayant pris un accroissement suffisant, sa céleste nourrice pourra quitter la terre, monter aux cieux et ceindre le diadème qui l’attend.

Contemplons cette nouvelle beauté qui éclate dans les traits de celle en qui le Seigneur vient de déclarer une seconde maternité : cette beauté est le chef-d’œuvre de l’Esprit-Saint en cette journée. Un feu divin transporte Marie, un amour nouveau s’est allumé dans son cœur ; elle est tout entière à cette autre mission pour laquelle elle avait été laissée ici-bas. La grâce apostolique est descendue en elle. La langue de feu qu’elle a reçue ne parlera pas dans les prédications publiques ; mais elle parlera aux Apôtres, les dirigera, les consolera dans leurs labeurs. Elle s’énoncera, cette langue bénie, avec autant de douceur que de force, à l’oreille des fidèles qui sentiront l’attraction vers celle en qui le Seigneur a fait l’essai de toutes ses merveilles. Comme un lait généreux, la parole irrésistible de cette mère universelle donnera aux premiers enfants de l’Église la vigueur qui les fera triompher des assauts de l’enfer ; et c’est en partant d’auprès d’elle qu’Etienne ira ouvrir la noble carrière des martyrs.

Regardons maintenant le collège apostolique. Ces hommes que quarante jours de relations avec leur Maître ressuscité avaient relevés, et que nous trouvions déjà si différents d’eux-mêmes, que sont-ils devenus depuis l’instant où l’Esprit divin les a saisis ? Ne sentez-vous pas qu’ils sont transformés, qu’un feu divin éclate dans leur poitrine, et que dans un moment ils vont s’élancer à la conquête du monde ? Tout ce que le Maître leur avait annoncé est accompli en eux ; et c’est véritablement la Vertu d’en haut qui est descendue pour les armer au combat. Où sont-ils ceux qui tremblaient devant les ennemis de Jésus, ceux qui doutaient de sa résurrection î La vérité que le Maître leur a enseignée brille aux regards de leur intelligence ; ils voient tout, ils comprennent tout. L’Esprit-Saint leur a infus le don de la foi dans un degré sublime, et leur cœur brûle du désir de répandre au plus tôt cette foi dans le monde entier. Loin de craindre désormais, ils n’aspirent qu’à affronter tous les périls en prêchant, comme Jésus le leur a commandé, à toutes les nations son nom et sa gloire.

Contemplez Pierre. Vous le reconnaissez aisément à cette majesté douce que tempère une ineffable humilité. Hier son aspect était imposant mais tranquille ; aujourd’hui, sans rien perdre de leur dignité, ses traits ont pris une expression d’enthousiasme que nul n’avait encore vue en lui. L’Esprit divin s’est emparé puissamment du Vicaire de Jésus ; car Pierre est le prince de la parole et le maître de la doctrine. Près de Pierre, c’est André son frère aîné, qui conçoit en ce moment cette passion ardente pour la croix qui sera son type à jamais glorieux ; c’est Jean dont les traits semblaient naguère ne respirer que la douceur, et qui subitement ont pris l’expression forte et inspirée du prophète de Pathmos ; à ses côtés, c’est Jacques son frère, l’autre « fils du tonnerre », se dressant avec toute la vigueur du vaillant chevalier qui s’élancera bientôt à la conquête de l’Ibérie. Le second Jacques, celui qui est aimé sous le nom de « frère du Seigneur », puise dans la vertu du divin Esprit qui le transporte, un nouveau degré de charme et de béatitude. Matthieu est illuminé d’une splendeur qui fait pressentir en lui le premier des écrivains du nouveau Testament. Thomas sent en son cœur la foi qu’il a reçue au contact des membres de son Maître ressuscité, prendre un accroissement sans mesure : il est prêt à partir pour ses laborieuses missions dans l’extrême Orient ; tous, en un mot, sont un hymne vivant à la gloire de l’Esprit tout-puissant, qui s’annonce avec un tel empire dès les premiers instants de son arrivée.

Dans un rang inférieur apparaissent les disciples, moins favorisés dans cette visite que les douze princes du collège apostolique, mais pénétrés du même feu ; car eux aussi marcheront à la conquête du monde et fonderont de nombreuses chrétientés. Le groupe des saintes femmes n’a pas moins ressenti que le reste de l’assemblée la descente du Dieu qui s’annonce sous l’emblème du feu. L’amour qui les retint au pied de la croix de Jésus et qui les conduisit les premières à son sépulcre au matin de la Pâque, s’est enflammé d’une ardeur nouvelle. La langue de feu s’est arrêtée sur chacune d’elles, et elles seront éloquentes à parler de leur Maître aux Juifs et aux gentils. En vain la synagogue expulsera Madeleine et ses compagnes ; la Gaule méridionale les écoutera à son tour, et ne sera pas rebelle à leur parole.

Cependant, la foule des Juifs qui avait entendu le bruit de la tempête annonçant la venue de l’Esprit divin, s’est amassée en grand nombre autour du mystérieux Cénacle. Ce même Esprit qui agit au dedans avec tant de magnificence, les pousse à faire le siège de cette maison qui contient dans ses murs l’Église du Christ dont la naissance vient d’éclater. Leurs clameurs retentissent, et bientôt le zèle apostolique qui vient de naître pour ne plus s’éteindre, ne peut plus tenir dans de si étroites limites. En un moment l’assemblée inspirée se précipite aux portes du Cénacle, et se met en rapport avec cette multitude avide de connaître le nouveau prodige que vient d’opérer le Dieu d’Israël.

Mais, ô merveille ! La foule composée de toutes les nations, qui s’attendait à entendre le parler grossier des Galiléens, est tout à coup saisie de stupeur. Ces Galiléens n’ont fait encore que s’énoncer en paroles confuses et inarticulées, et chacun les entend parler dans sa propre langue. Le symbole de l’unité apparaît dans toute sa splendeur. L’Église chrétienne est montrée à tous les peuples représentés dans cette multitude. Elle sera une, cette Église ; car les barrières que Dieu plaça autrefois, dans sa justice, pour isoler les nations, viennent de s’écrouler. Voici les messagers de la foi du Christ ; ils sont prêts, ils vont partir, leur parole fera le tour de la terre.


Dans la foule cependant, quelques hommes, insensibles au prodige, se scandalisent de l’ivresse divine dans laquelle ils voient les Apôtres : « Ces hommes, disent-ils, sont pleins de vin. » C’est le langage du rationalisme qui veut tout expliquer par des raisons humaines. Et pourtant ces Galiléens prétendus ivres abattront à leurs pieds le monde entier, et l’Esprit divin qui est en eux, ils le communiqueront avec son ivresse à toutes les races du genre humain. Les saints Apôtres sentent que le moment est venu ; il faut que la seconde Pentecôte soit proclamée en ce jour anniversaire de la première. Mais dans cette proclamation de la loi de miséricorde et d’amour qui vient remplacer la loi de la justice et de la crainte, quel sera le Moïse ?

L’Emmanuel, avant de monter au ciel, l’avait désigné : c’est Pierre, le fondement de l’Église. Il est temps que tout ce peuple le voie et l’entende ; le troupeau va se former, il est temps que le pasteur se montre. Écoutons l’Esprit-Saint qui va s’énoncer par son principal organe, en présence de cette multitude ravie et silencieuse ; chaque mot que va dire l’Apôtre qui ne parle qu’une seule langue est compris de chacun des auditeurs, à quelque idiome, à quelque pays de la terre qu’il appartienne. Un tel discours est à lui seul la démonstration de la vérité et de la divinité de la loi nouvelle.

« Hommes juifs, s’écrie dans la plus haute éloquence le pêcheur du lac de Génésareth, hommes juifs et vous tous qui habitez en ce moment Jérusalem, apprenez ceci et prêtez l’oreille à mes paroles. Non, ces hommes que vous voyez ne sont pas ivres comme vous l’avez pensé ; car il n’est encore que l’heure de tierce ; mais en ce moment s’accomplit ce qu’avait prédit le prophète Joël : « Dans les derniers temps, dit le Seigneur, je répandrai mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes gens seront favorisés de visions, et vos vieillards auront des songes prophétiques. Et dans ces jours, je répandrai mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront ». Hommes Israélites, écoutez ceci. Vous vous rappelez Jésus de Nazareth, que Dieu même avait accrédité au milieu de vous par les prodiges au moyen desquels il opérait par lui, ainsi que vous le savez vous-mêmes. Or, ce Jésus, selon le décret divin résolu à l’avance, a été livré à ses ennemis, et vous-mêmes vous l’avez fait mourir par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscite, en l’arrachant à l’humiliation du tombeau qui ne pouvait le retenir. David n’avait-il pas dit de lui : « Ma chair reposera dans l’espérance ; car vous ne permettrez pas, Seigneur, que celui qui est votre Saint éprouve la corruption du tombeau » ? Ce n’était pas en son propre nom que David parlait ; car il est mort, et son sépulcre est encore sous nos yeux ; mais il annonçait la résurrection du Christ qui n’a point été laissé dans le tombeau, et dont la chair n’a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu lui-même l’a ressuscité, et nous en sommes tous témoins. Élevé à la droite de Dieu, il a, selon la promesse qu’en avait faite le Père, répandu sur la terre le Saint-Esprit, ainsi que vous le voyez et l’entendez. Sachez donc, maison d’Israël, et sachez-le avec toute certitude, que ce Jésus crucifié par vous, Dieu en a fait le Seigneur et le Christ. » [8]

Ainsi fut accomplie la promulgation de la loi nouvelle par la bouche du nouveau Moïse. Comment les auditeurs n’eussent-ils pas accueilli le don inestimable de cette seconde Pentecôte, qui venait dissiper les ombres de l’ancienne et produire au grand jour les divines réalités ? Dieu se révélait, et, comme toujours, il le faisait par les miracles. Pierre rappelle les prodiges de Jésus dont la Synagogue n’a pas voulu tenir compte, et qui rendaient témoignage de lui. Il annonce la descente de l’Esprit-Saint, et en preuve il allègue le prodige inouï que les auditeurs ont sous les yeux, dans le don des langues départi aux habitants du Cénacle.

Poursuivant son œuvre sublime, l’Esprit-Saint qui planait sur cette foule, féconde par son action divine ces cœurs prédestinés. La foi naît et se développe tout d’un coup dans ces disciples du Sinaï accourus de tous les points du monde pour une Pâque et une Pentecôte désormais stériles. Saisis de crainte et de regret d’avoir demandé la mort du Juste, dont ils confessent la résurrection et l’ascension au ciel, ces Juifs de toute nation poussent un cri pénétrant vers Pierre et ses compagnons : « Qu’avons-nous donc à faire, ô vous qui êtes nos frères [9] ? » Admirable disposition pour recevoir la foi ! Le désir de croire, et le dessein arrêté de conformer ses actes à sa croyance. Pierre reprend son discours : « Repentez-vous, leur dit-il, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, et vous aurez part, vous aussi, au don du Saint-Esprit. La promesse a été faite pour vous et pour vos fils et également pour ceux qui sont loin, c’est-à-dire les gentils : en un mot, pour tous ceux qu’appelle le Seigneur notre Dieu » [10].

A chaque parole du nouveau Moïse, la Pentecôte judaïque s’efface, et la Pentecôte chrétienne resplendit d’une lumière toujours plus splendide à l’horizon. Le règne de l’Esprit divin est inauguré dans Jérusalem, à la face du temple condamné à s’écrouler sur lui-même. Pierre parla encore ; mais le livre sacré des Actes n’a recueilli que ces paroles qui retentirent comme le dernier appel au salut : « Sauvez-vous, enfants d’Israël, sauvez-vous de cette génération perverse » [11].

Il fallait rompre, en effet, avec les siens, mériter par le sacrifice les faveurs de la nouvelle Pentecôte, passer de la Synagogue dans l’Église. Plus d’un combat se livra dans les cœurs de ces hommes ; mais le triomphe de l’Esprit-Saint fut complet en ce premier jour. Trois mille personnes se déclarèrent disciples de Jésus, et furent marquées aujourd’hui même du sceau de l’adoption. O Église du Dieu vivant, qu’ils sont beaux vos progrès sous le souffle du divin Esprit ! D’abord vous avez résidé en Marie l’immaculée, pleine de grâce et mère de Dieu ; votre second pas vous a donné les cent vingt disciples du Cénacle ; et voici que le troisième vous dote de trois mille écus, nos ancêtres, qui vont bientôt quitter Jérusalem la répudiée, et porter dans les pays d’où ils sont partis les prémices du peuple nouveau. Demain c’est au temple même que Pierre parlera, et à sa voix cinq mille personnes se déchireront à leur tour disciples de Jésus de Nazareth. Salut donc, ô Église, noble et dernière création de l’Esprit-Saint, société immortelle qui militez ici-bas, en même temps que vous triomphez dans les cieux. O Pentecôte, jour sacré de notre naissance, vous ouvrez avec gloire la série des siècles que doit parcourir en ce monde l’Épouse de l’Emmanuel. Vous nous donnez l’Esprit divin qui vient écrire, non plus sur la pierre, mais dans nos cœurs, la loi qui régira les disciples de Jésus. O Pentecôte promulguée dans Jérusalem, mais qui devez étendre vos bienfaits à ceux « qui sont au loin », c’est-à-dire aux peuples de la gentilité, vous venez remplir les espérances que nous fit concevoir le touchant mystère de l’Épiphanie. Les mages venaient de l’Orient ; nous les suivîmes au berceau de l’Entant divin, et nous savions que notre tour viendrait. Votre grâce, ô Esprit-Saint, les avait secrètement attirés à Bethléhem ; mais dans cette Pentecôte qui déclare votre souverain empire avec tant d’énergie, vous nous appelez tous ; l’étoile est transformée en langues de feu, et la face de la terre va être renouvelée. Puissent nos cœurs conserver les dons que vous nous apportez, ces dons que le Père et le Fils qui vous envoient nous ont destinés !

L’importance du mystère de la Pentecôte étant si principale dans l’économie du christianisme, on ne doit pas s’étonner que l’Église lui ait assigné dans la sainte Liturgie un rang aussi distingué que celui qu’elle attribue à la Pâque elle-même. La Pâque est le rachat de l’homme par la victoire du Christ : dans la Pentecôte l’Esprit-Saint prend possession de l’homme racheté ; l’Ascension est le mystère intermédiaire. D’un côté, elle consomme la Pâque en établissant l’Homme-Dieu, vainqueur de la mort et chef de ses fidèles, à la droite du Père ; de l’autre, elle détermine l’envoi de l’Esprit-Saint sur la terre. Cet envoi ne pouvait avoir lieu avant la glorification de Jésus, comme nous dit saint Jean [12], et de nombreuses raisons alléguées par les Pères nous aident à le comprendre. Il fallait que le Fils de Dieu, qui avec le Père est le principe de la procession du Saint-Esprit dans l’essence divine, envoyât personnellement aussi cet Esprit sur la terre. La mission extérieure de l’une des divines personnes n’est qu’une suite et une manifestation de la production mystérieuse et éternelle qui a lieu au sein de la divinité. Ainsi le Père n’est envoyé ni par le Fils ni par le Saint-Esprit, parce qu’il n’est pas produit par eux. Le Fils a été envoyé aux hommes par le Père, étant engendré par lui éternellement. Le Saint-Esprit est envoyé par le Père et par le Fils, parce qu’il procède de l’un et de l’autre. Mais pour que la mission du Saint-Esprit s’accomplit de manière à donner plus de gloire au Fils, il était juste qu’elle n’eût lieu qu’après l’intronisation du Verbe incarné à la droite du Père, et il était souverainement glorieux pour la nature humaine qu’au moment de cette mission elle fût indissolublement unie à la nature divine dans la personne du Fils de Dieu, en sorte qu’il fût vrai de dire que l’Homme-Dieu a envoyé le Saint-Esprit sur la terre.

Cette auguste mission ne devait être donnée à L’Esprit divin que lorsque les hommes auraient perdu la vue de l’humanité de Jésus. Ainsi que nous l’avons dit, il fallait désormais que les yeux et les cœurs des fidèles poursuivissent le divin absent d’un amour plus pur et tout spirituel. Or, à qui appartenait-il d’apporter aux hommes cet amour nouveau, sinon à l’Esprit tout-puissant qui est le lien du Père et du Fils dans un amour éternel ? Cet Esprit qui embrase et qui unit est appelé dans les saintes Écritures le « don de Dieu » ; et c’est aujourd’hui que le Père et le Fils nous envoient ce don ineffable. Rappelons-nous la parole de notre Emmanuel à la femme de Samarie, au bord du puits de Sichar : « Oh ! Si tu connaissais le don de Dieu [13] ! » Il n’était pas descendu encore ; il ne se manifestait jusqu’alors aux hommes que par des bienfaits partiels. A partir d’aujourd’hui, c’est une inondation de feu qui couvre la terre : l’Esprit divin anime tout, agit en tous lieux. Nous connaissons le don de Dieu ; nous n’avons plus qu’à l’accepter, qu’à lui ouvrir l’entrée de nos cœurs, comme les trois mille auditeurs fidèles que vient de rencontrer la parole de Pierre.

Mais voyez à quel moment de l’année l’Esprit divin vient prendre possession de son domaine. Nous avons vu notre Emmanuel, Soleil de justice, s’élever timidement du sein des ombres du solstice d’hiver et monter d’une course lente à son zénith. Dans un sublime contraste, l’Esprit du Père et du Fils a cherche d’autres harmonies. Il est feu, feu qui consume [14] ; il éclate sur le monde au moment où le soleil brille de toute sa splendeur, où cet astre contemple couverte de fleurs et de fruits naissants la terre qu’il caresse de ses rayons. Accueillons de même la chaleur vivifiante du divin Esprit, et demandons humblement qu’elle ne se ralentisse plus en nous. A ce moment de l’Année liturgique, nous sommes en pleine possession de la vérité par le Verbe incarné ; veillons à entretenir fidèlement l’amour que l’Esprit-Saint vient nous apportera son tour.

Fondée sur un passé de quatre mille ans quant aux figures, la Pentecôte chrétienne, le vrai quinquagénaire, est du nombre des fêtes instituées par les Apôtres eux-mêmes. Nous avons vu qu’elle partagea avec la Pâque, dans l’antiquité, l’honneur de conduire les catéchumènes à la fontaine sacrée, et de les en ramener néophytes et régénérés. Son Octave, comme celle de Pâques, ne dépasse pas le samedi par une raison identique. Le baptême se conférait dans la nuit du samedi au dimanche, et pour les néophytes la solennité de la Pentecôte s’ouvrait au moment même de leur baptême. Comme ceux de la Pâque, ils revêtaient alors les habits blancs, et ils les déposaient le samedi suivant, qui était compté pour le huitième jour.

Le moyen âge donna à la fête de la Pentecôte le gracieux nom de Pâque des roses ; nous avons vu celui de Dimanche des roses imposé dans les mêmes siècles de foi au Dimanche dans l’Octave de l’Ascension. La couleur vermeille de la rose et son parfum rappelaient à nos pères ces langues enflammées qui descendirent dans le Cénacle sur chacun des cent vingt disciples, comme les pétales effeuillés de la rose divine qui répandait l’amour et la plénitude de la grâce sur l’Église naissante. La sainte Liturgie est entrée dans la même pensée en choisissant la couleur rouge pour le saint Sacrifice durant toute l’Octave. Durand de Mende, dans son rational si précieux pour la connaissance des usages liturgiques du moyen âge, nous apprend qu’au treizième siècle, dans nos églises, à la Messe de la Pentecôte, on lâchait des colombes qui voltigeaient au-dessus des fidèles en souvenir de la première manifestation de l’Esprit-Saint au Jourdain, et que l’on répandait de la voûte des étoupes enflammées et des fleurs en souvenir de la seconde au Cénacle.

A Rome, la Station est dans la Basilique de Saint-Pierre. Il était juste de rendre hommage au prince des Apôtres en ce jour où son éloquence inspirée par l’Esprit-Saint conquit à l’Église les trois mille chrétiens dont nous sommes les descendants. Actuellement, la Station demeure toujours fixée à Saint-Pierre avec les indulgences qui s’y rapportent ; mais le Souverain Pontife et le sacré Collège se rendent pour la Fonction à la Basilique du Latran, Mère et Chef de toutes les églises de la ville et du monde.

A TIERCE.

La sainte Église célèbre aujourd’hui l’heure de Tierce avec une solennité particulière, afin de se maintenir dans un rapport plus intime avec les heureux habitants du Cénacle. Elle a même choisi cette heure, dans tout le cours de l’année, comme la plus propice pour l’offrande du saint Sacrifice, auquel préside l’Esprit-Saint dans toute la puissance de son opération. Cette heure de Tierce, qui répond à neuf heures du matin selon notre manière de compter, est remarquable chaque jour par une invocation au Saint-Esprit formulée dans une Hymne de saint Ambroise ; mais aujourd’hui ce n’est pas l’Hymne ordinaire de Tierce que l’Église adresse au divin Paraclet ; c’est le cantique si mystérieux et si grandiose que le IXe siècle nous a légué, en nous transmettant la tradition qui donne Charlemagne pour auteur de cette œuvre sublime. La pensée d’en enrichir l’Office de Tierce au jour de la Pentecôte appartient à saint Hugues, abbé de Cluny au XIe siècle ; et cette pratique a semblé si belle, que l’Église Romaine a fini par l’adopter dans sa Liturgie. De là est venu que dans les Églises même où l’on ne célèbre pas l’Office canonial, on chante du moins le Veni creator avant la Messe du jour de la Pentecôte. A cette heure si solennelle, aux accents inspirés de cette Hymne si tendre à la fois et si imposante, l’assemblée des fidèles se recueille ; elle adore et appelle l’Esprit divin. A ce moment, il plane sur tous les temples de la chrétienté, et descend invisiblement dans tous les cœurs qui l’attendent avec ferveur. Exprimons-lui le besoin que nous éprouvons de sa présence, le suppliant de demeurer en nous, et de ne jamais s’en éloigner. Montrons-lui notre âme marquée de son sceau ineffaçable dans le Baptême et dans la Confirmation ; prions-le de veiller sur son œuvre. Nous sommes sa propriété ; qu’il daigne faire en nous ce que nous le prions d’y accomplir ; mais que notre bouche parle avec sincérité, et souvenons-nous que pour recevoir et conserver l’Esprit-Saint, il faut renoncer à l’esprit du monde ; car le Seigneur a dit : « Nul ne peut servir deux maîtres » [15].

La première strophe de cette Hymne vénérable se chante toujours à genoux ; on se lève ensuite, et l’on chante debout les strophes suivantes.

A LA MESSE.

Le moment de célébrer le saint Sacrifice est arrivé. Remplie de l’Esprit divin, l’Église va payer le tribut auguste de sa reconnaissance en offrant la victime qui nous a mérité un tel don par son immolation. Déjà l’Introït retentit avec un éclat et une mélodie non pareils. Le chant grégorien s’élève rarement à un tel enthousiasme. Les paroles contiennent un oracle du livre de la Sagesse, qui reçoit son accomplissement aujourd’hui. C’est l’Esprit divin se répandant sur le monde, et comme gage de sa présence donnant aux saints Apôtres la science de la parole dont il est la source.

La Collecte nous fournit l’expression de nos vœux pour un si grand jour. Elle nous avertit en même temps que l’Esprit divin nous apporte deux dons principaux : le goût des choses divines et la consolation du cœur ; demandons que l’un et l’autre demeurent en nous, afin que nous devenions parfaits chrétiens.

ÉPÎTRE.

Quatre grands événements signalent l’existence de la race humaine sur la terre, et tous les quatre témoignent de la bonté infinie de Dieu envers nous. Le premier est la création de l’homme et sa vocation à l’état surnaturel, qui lui donne pour fin dernière la vision et la possession éternelle de Dieu. Le second est l’incarnation du Verbe divin qui, unissant la nature humaine à la nature divine dans le Christ, élevé l’être créé à la participation de la divinité, et fournit en même temps la victime nécessaire pour racheter Adam et sa race de leur prévarication. Le troisième événement est la descente du Saint-Esprit, dont nous célébrons l’anniversaire en ce jour. Enfin le quatrième est le second avènement du Fils de Dieu qui viendra délivrer l’Église son épouse, et l’emmènera au ciel pour célébrer avec elle les noces éternelles. Ces quatre opérations divines, dont la dernière n’est pas accomplie encore, sont la clef de l’histoire humaine ; rien n’est en dehors d’elles ; mais l’homme animal ne les voit même pas, il n’y songe pas. « La lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas comprise » [16].

Béni soit donc le Dieu de miséricorde qui « nous a appelés des ténèbres à l’admirable lumière de la foi » [17]. Il nous a faits enfants de cette génération « qui n’est ni de la chair et du sang, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu » [18]. Par cette grâce, nous voici aujourd’hui attentifs à la troisième des opérations divines sur ce monde, à la descente de l’Esprit-Saint, et nous avons entendu le récit émouvant de sa venue. Cette tempête mystérieuse, ce feu, ces langues, cette ivresse sacrée, tout nous transporte au centre même des divins conseils, et nous nous écrions : « Dieu a-t-il donc tant aimé ce monde ? » Jésus, quand il était avec nous sur la terre, nous le disait : « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » [19]. Aujourd’hui il nous faut compléter cette sublime parole et dire : « Le Père et le Fils ont tant aimé le monde, qu’ils lui ont donné leur Esprit-Saint. »

Acceptons un tel don, et comprenons enfin ce qu’est l’homme. Le rationalisme, le naturalisme, prétendent le grandir en s’efforçant de le captiver sous le joug de l’orgueil et de la sensualité ; la foi chrétienne nous impose l’humilité et le renoncement ; mais pour prix elle nous montre Dieu lui-même se donnant à nous.

Le premier Verset alléluiatique est formé des paroles de David où L’Esprit-Saint est montré comme l’auteur d’une création nouvelle, comme le rénovateur de la terre. Le second est la touchante prière par laquelle la sainte Église appelle sur ses enfants l’Esprit d’amour. On la chante toujours à genoux.

Vient ensuite la Séquence, œuvre d’enthousiasme et en même temps d’une ineffable tendresse pour celui qui vit et règne éternellement dans la société du Père et du Fils, et qui va désormais établir son empire dans nos cœurs. Cette pièce est de la fin du XIIe siècle, et on l’attribue, avec vraisemblance, au grand Pape Innocent III.

ÉVANGILE.

La venue de l’Esprit-Saint n’est pas seulement un événement qui intéresse la race humaine considérée en général ; chaque homme est appelé à recevoir cette même visite qui aujourd’hui « renouvelle la face de la terre entière » [20]. Le dessein miséricordieux du souverain Seigneur de toutes choses s’étend jusqu’à vouloir contracter une alliance individuelle avec chacun de nous. Jésus ne demande de nous qu’une seule chose : il veut que nous l’aimions et que nous gardions sa parole. A cette condition, il nous promet que son Père nous aimera, et viendra avec lui habiter notre âme. Mais ce n’est pas tout encore. Il nous annonce la venue de l’Esprit-Saint, qui par sa présence complétera l’habitation de Dieu en nous. L’auguste Trinité tout entière se fera comme un nouveau ciel de cette humble demeure, en attendant que nous soyons transportés après cette vie au séjour même où nous contemplerons l’hôte divin, Père, Fils et Saint-Esprit, qui a tant aimé sa créature humaine.

Jésus nous enseigne encore dans ce passage, tiré du discours qu’il adressa à ses disciples après la Cène, que le divin Esprit qui descend sur nous aujourd’hui est envoyé par le Père, mais par le Père « au nom du Fils » ; de même que dans un autre endroit Jésus dit que « c’est lui-même qui enverra l’Esprit-Saint » [21]. Ces diverses manières de s’exprimer ont pour but de nous révéler les relations qui existent dans la Trinité divine entre les deux premières personnes et le Saint-Esprit. Ce divin Esprit est du Père, mais il est aussi du Fils ; c’est le Père qui l’envoie ; mais le Fils l’envoie aussi ; car il procède de l’un et de l’autre comme d’un même principe. En ce grand jour de la Pentecôte, notre reconnaissance doit donc être la même envers le Père qui est la Puissance, et envers le Fils qui est la Sagesse ; car le don qui nous arrive du ciel vient de tous les deux. Éternellement le Père a engendré son Fils, et quand la plénitude des temps fut venue, il l’a donné aux hommes pour être dans la nature humaine leur médiateur et leur sauveur ; éternellement le Père et le Fils ont produit l’Esprit-Saint, et, à l’heure marquée, ils l’ont envoyé ici-bas pour être dans les hommes le principe d’amour, comme il l’est entre le Père et le Fils. Jésus nous enseigne que la mission de l’Esprit est postérieure à la sienne, parce qu’il a fallu que les hommes fussent d’abord initiés à la vérité par celui qui est la Sagesse. En effet, ils n’auraient pu aimer ce qu’ils ne connaissaient pas. Mais lorsque Jésus a consommé son œuvre tout entière, qu’il a fait asseoir son humanité sur le trône de Dieu son Père, de concert avec le Père il envoie l’Esprit divin pour conserver en nous cette parole qui est « esprit et vie » [22], et qui est en nous la préparation de l’amour.

L’Offertoire est formé des paroles du Psaume LXVII, où David prophétise l’arrivée de l’Esprit dont la mission est de confirmer ce que Jésus a opéré. Le Cénacle efface toutes les splendeurs du temple de Jérusalem : désormais il n’y a plus que l’Église catholique qui recevra bientôt dans son sein les rois et les peuples.

En présence des dons sacrés qui vont être offerts et qui reposent sur l’autel, l’Église, dans la Secrète, demande que la venue du divin Esprit soit pour les fidèles un feu qui consume leurs souillures, et une lumière qui éclaire leur esprit par une plus complète intelligence des enseignements du Fils de Dieu.

L’Antienne de la Communion célèbre par les paroles du texte sacré le moment de l’avènement de l’Esprit divin. Le Seigneur Jésus s’est donné à ses fidèles dans l’aliment eucharistique ; mais c’est l’Esprit qui les a préparés à une telle faveur, lui qui a change sur l’autel le pain et le vin en le corps et le sang de la victime sainte, lui qui les aidera à conserver en eux l’aliment sacré qui garde les âmes pour la vie éternelle.

Mise en possession de son Époux par le sacré Mystère, l’Église, dans la Postcommunion, implore pour ses fidèles la permanence de l’Esprit-Saint dans leurs âmes, en même temps qu’elle nous révèle une des prérogatives de ce divin Esprit, qui, trouvant nos âmes arides et incapables de fructifier par elles-mêmes, se transforme en rosée pour les féconder.

A VÊPRES.

La grande journée avance dans son cours, et remplis du Saint-Esprit comme nous l’avons été à l’heure de Tierce, nous ne pouvons nous détacher du sublime spectacle dont Jérusalem est témoin Du cœur des saints Apôtres le feu divin a passé dans la foule qui les entoure. Le regret d’avoir crucifié « le Seigneur de gloire » [23] a dompté l’orgueil juif dans ces hommes qui avaient accompagné la victime de leurs clameurs et de leurs malédictions sur la Voie douloureuse. Que leur manque-t-il maintenant pour être chrétiens ? Connaître et croire, puis être baptisés. Du milieu du tourbillon de l’Esprit-Saint qui les enveloppe, la voix de Pierre et de ses frères retentit : « Celui qui a souffert sur la croix et qui est ressuscité d’entre les morts est le propre Fils de Dieu engendre éternellement du Père ; l’Esprit qui se manifeste en ce moment est la troisième personne dans l’unique et divine essence. » La Trinité, l’Incarnation, la Rédemption, resplendissent aux yeux de ces disciples de Moïse, les ombres s’effacent et font place au jour radieux de la nouvelle alliance. Il est temps que s’accomplisse la parole de Jean-Baptiste au bord du Jourdain, cette parole dont plusieurs des assistants ont gardé mémoire, « Au milieu de vous est quelqu’un que vous ne connaissez pas, dont je ne suis pas même digne de délier la chaussure. Moi, je vous baptise dans l’eau ; mais lui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu » [24].

Toutefois ce baptême de feu, c’est par l’eau qu’il doit s’administrer. L’Esprit qui est feu opère par l’eau, et il est appelé lui-même « la fontaine d’eau vive ». L’antique prophète Ézéchiel avait salué de loin cette heure solennelle, lorsqu’il rendait en ces termes l’oracle divin : « Voici que je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez lavés de toutes vos souillures, et je vous purifierai de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un « cœur nouveau, et je placerai au milieu de vous un esprit nouveau. Et j’ôterai de votre poitrine votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Et je placerai mon Esprit au milieu de vous, et je vous ferai marcher dans la voie de mes commandements. Et vous garderez ma loi sainte ; et vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu » [25].

La prophétie était claire, et l’heure à laquelle l’Esprit arrivait était la même où l’eau allait couler. Cet élément sur lequel planait l’Esprit divin à la première origine de ce monde, nous l’avons vu, dans l’Épiphanie, recevoir au Jourdain le contact de la chair sacrée du Verbe incarné, et la céleste colombe unir son action sanctifiante à celle du Fils de Dieu. Récemment nous vîmes la main du Pontife, au Samedi saint, dans la consécration de la fontaine baptismale, plonger le cierge, type du Christ, dans les eaux, et nous l’entendîmes faire cette prière : « Qu’elle descende dans cette fontaine, la grâce et la vertu de l’Esprit-Saint ! »

Aujourd’hui la source purifiante répand ses eaux dans Jérusalem ; la main de Pierre et celles de ses frères plongent dans l’élément sacré ces fils d’Israël, et trois mille hommes ont relevé un front chrétien et régénéré. Qu’ils sont beaux, ces ancêtres de notre foi, en qui nous vénérons les prémices de l’accomplissement des prophéties ! Plus beaux encore que les trois Mages que nous vîmes autrefois avec tant de joie descendre de leurs chameaux et pénétrer dans l’étable, pour déposer aux pieds du divin Roi des Juifs les offrandes mystiques de l’Orient. Maintenant toute la série des mystères est accomplie ; nous sommes rachetés, Jésus est assis à la droite de son Père, et l’Esprit divin, envoyé par lui, vient de nous arriver, et il doit demeurer avec nous jusqu’à la fin des siècles. Voilà pourquoi les sources des Sacrements sont ouvertes. A cette heure, l’Esprit du Père et du Fils a levé le premier des sceaux, et l’eau baptismale coule pour ne plus s’arrêter dans son cours, jusqu’à ce qu’elle ait régénéré le dernier des chrétiens qui doit passer sur cette terre. Mais le divin Esprit est le « Don du Dieu Très-Haut » ; les saints Apôtres sont en possession de ce don fait aux hommes : ils ne doivent pas le retenir pour eux. Un second sceau est donc levé, et le sacrement de Confirmation fait descendre sur les néophytes l’Esprit qui a éclaté dans le Cénacle. Par la vertu qui est en eux, Pierre et ses frères, pontifes de la loi nouvelle, communiquent à ces hommes, dans le Saint-Esprit, la force divine qui leur sera désormais nécessaire pour confesser ce Jésus de Nazareth dont ils sont pour jamais les heureux membres.

Mais ils ne sont pas assez divinisés encore, ces nouveau-nés à la grâce céleste, marqués déjà d’un double caractère ; il leur reste à communier au Christ, au divin instituteur des Sacrements, au médiateur et rédempteur qui a réuni Dieu et l’homme. Il faut qu’un troisième sceau soit levé, que le sacerdoce nouveau agissant pour la première fois par les Apôtres, produise Jésus, le Pain de vie, et que cette multitude saintement affamée goûte cette manne qui ne nourrit pas seulement le corps comme celle du désert, « mais qui donne la vie au monde » [26]. L’auguste Cénacle, tout embaumé encore du souvenir de la merveille que le Christ y opéra la veille de sa Passion, revoit le sublime prodige dont il fut témoin. Entouré de ses frères, Pierre consacre le pain et le vin par les paroles divines que sa bouche n’avait pas prononcées encore, et l’opération de l’Esprit d’amour produit entre ses mains le corps et le sang de Jésus. Le Sacrifice nouveau est inauguré, et désormais il sera offert chaque jour jusqu’à la consommation des siècles. Les néophytes s’approchent, et par les mains des saints Apôtres ils entrent en possession de l’aliment céleste qui consomme leur union avec Dieu, par Jésus Pontife éternel selon l’ordre de Melchisédech.

Mais n’oublions pas en ce grand jour, à ce premier Sacrifice offert par Pierre, assisté de ses collègues dans l’apostolat, la participation de Marie à cette chair divine dont son sein virginal a été la source. Embrasée des feux de l’Esprit-Saint qui est venu confirmer en elle cette maternité à l’égard des hommes que Jésus lui confia sur la croix, elle s’unit dans le mystère d’amour à ce fils bien-aimé qui s’en est allé aux cieux, et qui l’a chargée de veiller sur son Église naissante. Désormais le Pain de vie lui rendra son fils chaque jour, jusqu’à ce qu’elle-même soit enlevée à son tour dans les cieux pour jouir éternellement de sa vue, recevoir ses caresses et lui prodiguer les siennes.

Quel ne fut pas le bonheur de ceux des néophytes auxquels il fut donné, en cette heureuse journée, d’approcher d’une si auguste reine, de la Vierge-Mère, à qui il avait été donné de porter dans ses chastes flancs celui qui était l’espérance d’Israël ! Ils contemplèrent les traits de la nouvelle Ève, ils entendirent sa voix, ils éprouvèrent le sentiment filial qu’elle inspire à tous les disciples de Jésus. Dans une autre saison, la sainte Liturgie nous parlera de ces hommes fortunés ; nous ne rappelons en ce moment leur bonheur que pour montrer combien fut grande et complète cette journée qui vit le commencement de la sainte Église. La hiérarchie sacrée apparut dans Pierre, Vicaire du Christ, dans les Apôtres ses frères, dans les disciples choisis par Jésus lui-même. La semence de la parole divine fut jetée dans la bonne terre, l’eau baptismale régénéra l’élite des enfants d’Israël, l’Esprit-Saint leur fut communiqué dans sa force, le Verbe divin les nourrit de sa chair qui est vraiment une nourriture et de son sang qui est vraiment un breuvage [27], et Marie les reçut à leur nouvelle naissance dans ses bras maternels.

Unissons-nous maintenant à la sainte Église, et chantons avec elle les louanges du divin Esprit qui, descendu à l’heure de Tierce, a rempli de tant de merveilles ce premier jour où il débute dans sa divine mission.

L’Office des Vêpres s’ouvre par la proclamation du nombre quinquagénaire qui réunit les deux Pentecôtes. L’Antienne nous montre en même temps les disciples au Cénacle dans l’attente de l’arrivée du Don promis.

Le Psaume CIX que l’Église chante sous cette Antienne représente le triomphe du Christ dans son Ascension. Il s’assied à la droite du Père, et c’est de là que, Dieu et homme, il consolide son règne sur la terre, en envoyant aujourd’hui son Esprit pour habiter avec nous jusqu’à ce que lui-même redescende, vengeur de son Église, qu’il affranchira du joug de ses ennemis, et emmènera avec lui dans la gloire éternelle.

L’attente des disciples a été comblée, l’Esprit divin est descendu sur eux, mais il ne s’est pas borné à visiter leurs âmes ; dès aujourd’hui, c’est le monde tout entier qu’il vient conquérir.

Le second Psaume, CX, célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple : l’alliance promise, qui se consomme aujourd’hui, la rédemption de l’homme et la fidélité du Seigneur à ses promesses. La mission du Saint-Esprit avait été annoncée par les Prophètes et par Jésus lui-même : le Seigneur a daigné dégager sa parole en ce jour.

L’Esprit divin s’empare des disciples, il les rend aptes à parler ; car c’est par la parole qu’ils feront la conquête du monde.

Le troisième Psaume, CXI, chante la félicité de l’homme juste et ses espérances. La lumière qui s’élance du sein des ténèbres, c’est Jésus, le Fils éternel de Dieu ; c’est ensuite l’Esprit-Saint qui éclate tout à coup aujourd’hui. Le pécheur qui s’irrite à la vue des dons de Dieu, c’est le Juif incrédule qui ferme les yeux à la lumière et repousse le divin Esprit, comme il avait repoussé le Fils du Père céleste.

Dans son allégresse la pensée des trois mille néophytes de ce jour, la sainte Église chante la fontaine d’eau vive que l’Esprit divin a fait jaillir pour leur régénération ; elle nous les montre comme d’heureux poissons qui s’agitent dans les ondes du salut.

Le quatrième Psaume, CXII, est un chant de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et qui, pour la relever de l’abaissement où elle languissait, lui a d’abord envoyé son propre Fils, et aujourd’hui fait descendre vers elle son divin Esprit.

En ce grand jour, l’Esprit-Saint a conquis le monde ; mais c’est par la parole des Apôtres qu’il s’en est rendu le maître, cette parole d’une éloquence miraculeuse qu’il a formée en eux, et à laquelle il a joint sa toute-puissance.

Le cinquième Psaume, CXIII, rappelle d’abord la première Pâque, la sortie de l’Égypte et les prodiges qui l’accompagnèrent et la suivirent. On y voit ensuite les nations devenues esclaves de leurs idoles ; mais aujourd’hui le divin Esprit suscite des conquérants qui abattront ces vains simulacres. La maison d’Israël et la maison d’Aaron ne se vanteront plus d’être les seules à servir le vrai Dieu. Instruits par les hommes à la langue de l’eu, tous les peuples acquerront la crainte du Seigneur et espéreront en lui. Nous ne sommes plus au nombre de ces morts qui ne louent pas Dieu ; mais nous vivons de la vie surnaturelle que le Fils de Dieu a conquise pour nous par sa Passion et par sa Résurrection, et que l’Esprit-Saint fait pénétrer en nous par le divin mystère de ce jour.

L’Hymne est celle que nous avons déjà chantée à Tierce, à l’heure même où le divin Esprit descendit dans le Cénacle. La grandeur des pensées et l’onction du sentiment forment le caractère de ce sublime cantique, toujours nouveau et toujours inépuisable.

Vient ensuite le Cantique de Marie, partie essentielle de l’Office du soir, accompagné du solennel encensement de l’autel. L’accent de cet hymne divin s’est enrichi encore. Ce n’est plus seulement la Vierge portant en elle le Fils éternel du Père que l’on entend épancher les émotions de son âme ; c’est la Mère de Dieu inondée des feux de l’Esprit-Saint, et préparée pour le nouveau ministère qui l’attend. Le cantique est harmonisé pour la fête au moyen de la magnifique Antienne qui le précède : « Aujourd’hui sont accomplis les jours de la Pentecôte, alléluia. Aujourd’hui l’Esprit-Saint a apparu aux disciples sous la forme du feu, et il a répandu en eux les dons de ses grâces. Il les a envoyés dans le monde entier prêcher et rendre témoignage. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, alléluia. »

Selon notre usage, nous achèverons une si sainte journée en réunissant, comme dans un concert, les voix de toutes les Églises célébrant le glorieux mystère de la Pentecôte chrétienne. Nous nous sommes unis à la sainte Église Romaine dans tous les cantiques de ce jour ; il nous faut entendre maintenant la voix de l’Église grecque. Saint Jean Damascène est autour de l’Hymne qui suit, et que nous empruntons au Pentecostarion.

HYMNE.

Au sortir du nuage divin, le prophète dont la langue était tardive promulgua la loi écrite par le doigt de Dieu ; guéri de son infirmité, il avait contemplé de l’œil de l’âme celui qui est, et il célébra dans de sacres cantiques la science de l’Esprit qu’il avait reçu.

Le grave et auguste Maître avait dit à ses disciples : « Ne vous séparez point, ô mes amis ! Lorsque je serai assis sur le trône sublime de mon Père, je répandrai la grâce infinie de l’Esprit dans tout son éclat sur vous qui désirez la connaître. »

Sa carrière étant terminée, le Verbe, fidèle à sa promesse, remplit leurs cœurs d’un doux recueillement. Ayant achevé son œuvre, il répand sur ses amis d’abord un souffle violent, bientôt des langues enflammées ; lui le Christ, il leur donne l’Esprit et dégage ainsi sa parole.

Le pouvoir divin dépasse toute borne ; de gens illettrés il fait des orateurs, leur parole réduira les sophistes au silence, et semblable à un éclair éblouissant, l’Esprit enlèvera à leur nuit profonde des peuples innombrables.

Cet Esprit tout-puissant, splendide, incorruptible, procédait de la lumière incréée, de la substance que le Père transmet au Fils ; aujourd’hui, langue de feu dans Sion, il manifeste aux nations cette lumière qu’il puise dans la divinité.

Et toi, ô Fils de Dieu qui as réuni deux natures, tu prépares le bain divin de la régénération ; l’eau d’un tel bain s’est épanchée de ton côté, ô Verbe, et l’ardeur puissante de l’Esprit en est le sceau.

Vous êtes les vrais serviteurs du Dieu souverain, vous qui adorez l’essence trois lois lumineuse. Le Christ met aujourd’hui la dernière main à son bienfait surnaturel, envoyant pour notre salut celui qu’exprime le feu, versant sur nous la grâce universelle de l’Esprit.

Enfants de l’Église, fils de la lumière, recevez la rosée enflammée de l’Esprit, et par elle la rémission et l’affranchissement de vos péchés ; car aujourd’hui la loi est sortie de Sion, la grâce du Saint-Esprit, sous a forme d’une langue de feu.

Autrefois on entendit un concert d’instruments qui conviait les hommes à adorer la statue d’or inanimée ; maintenant, c’est la grâce lumineuse du Paraclet qui les rend dignes de s’écrier : O Trinité unique, égale en pouvoir, sans commencement, nous te bénissons.
Oubliant l’oracle du Prophète, des insensés disaient que l’ivresse des Apôtres était produite par le vin ; on entendait retentir tous les langages étrangers ; pour nous, nous n’avons qu’un cri : Toi qui renouvelles divinement l’univers, sois béni.

L’heure de Tierce fut choisie pour l’effusion d’une telle grâce ; elle signifiait que l’on devait adorer trois personnes dans l’unité de puissance ; en ce jour du Dimanche, le premier des jours, ô Père, o Fils, ô Esprit, soyez béni.

L’Église arménienne mérite d’être écoutée à son tour. Les strophes suivantes si majestueuses et si remplies de mystère remontent au cinquième siècle. La tradition les attribue à Moïse de Khorène, ou à Jean Matagouni.

CANON PRIMAE DIEI.

La colombe envoyée aux hommes est descendue des cieux, annoncée par un grand bruit ; voilée sous l’emblème d’une lumière éclatante, elle a couvert d’une armure de feu, sans qu’ils en fussent brûlés, les disciples qui étaient encore assis dans le sacré cénacle.

C’est la colombe immatérielle, insondable, qui pénètre les profondeurs de Dieu, qui annonce le second et terrible avènement, qui procède du Père, et que l’on nous enseigne lui être consubstantielle.

Gloire au plus haut des cieux, à l’Esprit-Saint qui procède du Père ! Les Apôtres ont été enivrés à son calice immortel, et ils ont invité la terre à s’unir au ciel.

Esprit divin et vivifiant, rempli de bonté pour les hommes, tu as éclairé par les langues de feu ceux qui étaient rassemblés par le lien d’un mutuel amour ; c’est pourquoi nous célébrons aujourd’hui ton avènement sacré.

Les saints Apôtres ont été comblés de délices à ton arrivée ; en parlant diverses langues ils ont attiré des disciples qu’aucun lien n’aurait réunis ; c’est pourquoi nous célébrons aujourd’hui ton avènement sacré.

Tu t’es servi d’eux pour embellir, par le saint et spirituel baptême, la terre entière ; tu l’as couverte de vêtements nouveaux d’une blancheur éclatante ; c’est pourquoi nous célébrons aujourd’hui ton avènement sacré.

Toi qui reposes sur le char des chérubins, Esprit-Saint, tu es descendu aujourd’hui des cieux sur le chœur apostolique : sois béni, roi immortel !

Toi qui t’avances sur l’aile des vents, Esprit-Saint, tu t’es partagé en langues de feu, et tu t’es reposé sur les Apôtres : sois béni, roi immortel !

Toi qui prends soin de toutes les créatures dans ta providence, Esprit-Saint, tu es venu aujourd’hui pour affermir ton Église : sois béni, roi immortel !

La Liturgie ambrosienne nous donne cette belle Préface qui, dans sa concision, réunit tous les mystères de la Pentecôte.

PRÉFACE.

Æquum et salutare, nos in hac præcipua festivitate gaudere, qua sacratissimum Pascha quinquaginta dierum mysteriis tegitur, et mysticus numerus adimpletur, et dispersio linguarum, quæ dudum per superbiam in confusione facta fuerat, nunc per Spiritum Sanctum adunatur. Hodie enim de cœlis repente sonum audientes Apostoli unius fidei symbolum exceperunt, et linguis variis Evangelii tui gloriam cunctis gentibus tradiderunt. Per Christum Dominum nostrum.


Il est juste et salutaire que nous nous laissions aller à la joie, en cette illustre solennité qui vient ajouter à la Pâque sacrée le mystère des cinquante jours et compléter ainsi le nombre mystique. C’est pareillement en ce jour que la division des langues, qui avait été opérée autrefois pour humilier l’orgueil, fait place maintenant à leur réunion par le Saint-Esprit. C’est aujourd’hui que les Apôtres, après avoir entendu soudain un bruit qui venait du ciel, ont reçu le symbole de la foi unique, et parlant diverses langues, ont révélé à toutes les nations la gloire de votre Évangile. Par le Christ notre Seigneur.
L’Église gothique d’Espagne procède avec son abondance et son enthousiasme accoutumés, dans cette magnifique Illation que nous fournit son Missel mozarabe.

ILLATIO.

Dignum et justum est, omnipotens Deus, pro possibilitate carnali munerum tuorum beneficia confiteri, et indultum hodierno die donum salutis æternæ anniversaria semper commemoratione celebrare. Etenim pro adventu Spiritus tui Sancti tacere quis audeat ? cum omnis per Apostolos tuos etiam gentium barbararum lingua non taceat. Quis enim enarrare valet hujus hodierno die ignis illapsum, sic distributa discipulis genera universa linguarum ; ut nec Latinus Hebræo, nec Græcus Ægyptio, nec Scytha Indo, propria dum quisque et peregrina audiens loquitur lingua, detrimentum vel alienigeni fecerit, vel sui senserit intellectus ? Quaque virtute sit actum, quod dicentis veritatis præconibus per spatia immensa terrarum unius atque indivisibilis donum doctrinæ cœlestis pro potestate voluntaria partiretur ? Nihil agens unitati fidei dissonum, quamvis multiplicis scientia ; distributione pulcherrimum, et multimoda mirificum exstiterit varietate sermonum. Ostendens quod confessioni dominicæ non impedit diversitas linguas, nec interest quod vario quis sermone fateatur, dummodo unus sit ille qui creditur.

Obsecramus igitur, Domine, ut hæc nostra confessio de cordibus filiorum promissionis emissa, tibi Pater gloriæ, semper accepta sit, et ad speranda ac promerenda ea quæ tuis fidelibus promisisti, sensus nostros divini Spiritus infusione benedicas atque sanctifices. Effusa etenim ad nostram indulgentiam tuæ glorias largitate inter innumera dona atque opera Sancti Spiritus, nihil sublimius Ecclesiæ exordiis collatum fuisse cognoscimus, quam ut præconium Evangelii tui ora linguis universarum gentium loquerentur. Et hoc non nisi Sancti Spiritus tui gratia revelante, qui nobis post Resurrectionis Filii tui gloriam, transactis septem hebdomadibus venit : ostendens quod etsi septiformis est, tamen in uno gradu omnium concordantium sibi virtutum summa consistit. Ac sicut septem unum in numeris est, sic septem inveniuntur in singulis. Hi sunt sine dubio septem gradus templi tui, per quos ad cœlorum regna conscenditur. Hic est quinquagesimus remissionis annus olim in legis tropologiis prædicatus. Hic est fructus messis novæ, qui hodie mandatur offerri. Qui licet ante omnia sæcula semper æternus sit : tamen nobis quum innotuit, tunc novus effectus est.


Nec illud sine mysterio esse significans, quod post Ascensionem Filii tui decima nobis die hoc munus infunditur, ostendens quod cultoribus vineæ hic esset a patrefamilias denarius repromissus. Magnum autem et præ omnibus necessarium fuit hoc tibi divini muneris signum, quod quum super capita discipulorum ignea conscendisset forma linguarum, de cordibus credentium nec dissonum aliquid faceret prodire nec tepidum ; sed prædicatores Verbi tui et intelligentia essent unanimes, et charitate ferventes. O ignis exurendo fœcundans ! Hunc igitur omnipotentem esse Dominum omnis intellectualis creatura vivificatione fatetur, cujus etiam Cherubin et Seraphin, ferventes copiosius igne, speciali ejus vocabulo sanctitatis divinæ magnificantes æqualitatem atque omnipotentiam Trinitatis, requiem non habentes, nec tali unquam officio lassescentes, cœlestium exercituum præcinentibus choris, perenni jubilatione decantant, adorant atque magnificant, ita dicentes : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus’

Il est juste et raisonnable ô Dieu tout-puissant, que nous célébrions, dans la faiblesse de notre nature, vos dons et vos bienfaits, et que chaque année nous honorions particulièrement la mémoire de celui que vous avez daigné nous faire aujourd’hui pour notre éternel salut. Qui oserait garder le silence sur l’arrivée de votre Esprit-Saint, en ce jour où pas une seule langue des nations barbares n’est oubliée par vos Apôtres ? Mais qui pourrait raconter dignement le mystère de ce feu qui descend aujourd’hui, et les idiomes de tous les peuples inspirés aux disciples, en sorte que le Latin et l’Hébreu, le Grec et l’Égyptien, le Scythe et l’Indien, s’exprimant dans une langue qui leur était inconnue, n’altèrent en rien l’idiome qui leur est étranger, et entendent parler sans altération celui qui leur est propre ? Qui pourrait décrire le divin pouvoir qui vient à son gré répandre sur ceux qui devront prêcher la vérité parlante par toute la terre, le don d une doctrine céleste, une et indivisible ? Ni la science ainsi distribuée dans la plus riche variété, ni la diversité merveilleuse des langages, n’enlèvent rien à l’unité de la foi. Nous apprenons ici que la dissemblance des idiomes n’arrête en rien la louange du Seigneur, et que peu importe la langue dont on se sert, si le même Dieu est l’objet d’une même foi.

Nous vous supplions donc, Seigneur, Père de la gloire, d’agréer notre confession qui s’élève vers vous du cœur des enfants de la promesse. Daignez par l’infusion du divin Esprit, bénir et sanctifier nos âmes, les rendant capables d’espérer et de mériter la récompense que vous avez promise à vos fidèles. Dans l’effusion que votre munificence pleine de gloire a faite pour notre salut, entre les œuvres et les dons de votre Esprit-Saint, nous ne voyons rien déplus sublime, à l’origine de l’Église, que la prédication de votre Évangile accomplie par des bouches qui parlaient les langues de toutes les nations Un tel prodige ne pouvait être produit que par la grâce de l’Esprit-Saint, qui est venu à nous sept semaines après la glorieuse Résurrection de votre Fils, montrant ainsi que s’il est septiforme, toutes ses puissances se concentrent dans une harmonieuse unité, et que de même que sept est à part dans les nombres, ainsi sept se retrouve en chacun d’eux. De là les sept degrés de votre temple par lesquels nous entrons au royaume des deux. De là la cinquantième année, celle de la rémission si célèbre dans les mystères de la loi. C’est le fruit de la moisson nouvelle qu’il nous est commandé d’offrir aujourd’hui. Il est avant tous les siècles, il est éternel ; mais pour nous il est devenu nouveau, quand il nous a apparu.

Ce n’est pas non plus sans mystère qu’un tel don est répandu sur nous le dixième jour après l’Ascension de votre Fils ; nous y reconnaissons ce denier promis par le Père de famille aux ouvriers de la vigne. Il nous fallait ce signe imposant de votre divine bonté qui s’est montrée lorsque la forme des langues apparaissant en feu sur es têtes des disciples, elle fit produire aux cœurs des croyants ces nouveaux accents dans lesquels ne paraissait rien de dissonant ni de tiède. Prédicateurs de votre Verbe, on les vit unanimes dans l’intelligence et embrasés de charité. O feu qui brûles et fécondes en même temps ! Toute créature éclairée par le principe de vie confesse que ce feu est le Seigneur tout-puissant. C’est lui dont l’ardeur embrase les Chérubins et les ardents Séraphins désignés par son nom, et qui glorifiant avec transport l’égalité de la sainteté divine et la toute-puissance de la Trinité, n’ont pas de repos, et sans jamais se lasser chantent, adorent et glorifient dans une jubilation éternelle, disant en commun avec les chœurs des armées célestes : Saint ! Saint ! Saint !

Le moyen âge des Églises latines a célébré le mystère de la Pentecôte dans de magnifiques Séquences. Nous en insérons quelques-unes dans le cours de l’Octave. Aujourd’hui nous reproduisons celle qui fut longtemps attribuée au pieux roi Robert. Cette pièce intéressante, dont Notker est le véritable auteur, a disparu des Missels romains-français au XVIIe siècle, et on l’y a remplacée par la Séquence romaine, Veni, Sancte Spiritus. Nous avons pensé que l’on ne devait pas laisser périr ce noble cantique dont parlent nos anciens chroniqueurs, et que tous les historiens modernes confondent à l’envi avec la Séquence du Missel romain, qui n’a dans sa composition et dans son rythme aucun rapport avec les Séquences du XIe siècle.

SÉQUENCE.

Sancti Spiritus 
Adsit nobis gratia.
Quæ corda nostra 
Sibi faciat 
Habitaculum,
Expulsis inde 
Cunctis vitiis 
Spiritualibus.
Spiritus alme, 
Illustrator hominum.
Horridas 
Nostræ mentis 
Purga tenebras.
Amator sancte 
Sensatorum 
Semper cogitatuum.
Infunde unctionem tuam 
Clemens nostris sensibus.
Tu, purificator 
Omnium flagitiorum, 
Spiritus.
Purifica nostri oculum 
Interioris hominis.
Ut videri 
Supremus Genitor 
Possit a nobis.
Mundi cordis 
Quem soli cernere 
Possunt oculi.
Prophetas tu inspirasti, 
Ut præconia Christi 
Præcinuissent inclyta.
Apostolos confortasti, 
Ut trophæum Christi 
Per totum mundum veherent.
Quando machinam 
Per Verbum suum 
Fecit Deus 
Cœli, terræ, marium,
Tu, super aquas 
Foturus eas, 
Numen Tuum expandisti, 
Spiritus.
Tu animabus 
Vivificandis 
Aquas fœcundas.
Tu aspirando 
Das spiritales 
Esse homines.
Tu divisum 
Per linguas mundum et ritus 
Adunasti, Domine.
Idololatras 
Ad cultum Dei revocas. 
Magistrorum optime.
Ergo nos 
Supplicantes tibi 
Exaudi propitius, 
Sancte Spiritus.
Sine quo preces omnes 
Cassæ creduntur 
Et indignæ Dei auribus.
Tu qui 
Omnium sæculorum sanctos 
Tui numinis docuisti instinctu, 
Amplectendo Spiritus.
Ipse hodie 
Apostolos Christi 
Donans munere insolito 
Et cunctis inaudito sæculis,

Hunc diem gloriosum fecisti. 
Amen


Que la grâce de l’Esprit-Saint daigne nous assister !

Qu’elle fasse de nos cœurs son habitation,
Qu’elle en expulse les vices de notre esprit.
O vous qui éclairez les hommes, Esprit plein de bonté,
Chassez les sombres ténèbres qui attristent notre âme.
Vous qui êtes l’ami des sages pensées, bon et saint,
Répandez votre onction dans nos âmes.
O Esprit, c’est vous qui nous purifiez de tous nos péchés.
Purifiez en nous l’œil de l’homme intérieur,
Afin que nous puissions un jour contempler le Père suprême,
Qu’il n’est donné de voir qu’à ceux qui ont le cœur pur.
C’est vous qui avez inspiré les Prophètes, et leur avez fait célébrer d’avance les louanges du Christ.
Vous avez fortifié les Apôtres pour élever le trophée du Christ par le monde entier.
Lorsque Dieu, par son Verbe, créa le ciel, la terre et la mer,
Vous fîtes planer votre divinité sur les eaux pour les féconder, ô Esprit !
Maintenant vous donnez à ces eaux la vertu de vivifier les âmes.
Votre souffle rend les hommes spirituels.
Le monde divisé en diverses langues et en divers cultes, vous l’avez réuni en un seul, ô Seigneur !
O Docteur rempli de bonté, c’est vous qui avez rappelé les idolâtres au culte du vrai Dieu.
Daignez donc, Esprit-Saint, exaucer nos supplications.
Sans vous toutes nos prières seraient vaines et indignes de monter jusqu’à l’oreille de Dieu.
C’est vous qui, par vos divines caresses, avez instruit et dirigé les saints dans tous les siècles, ô Esprit !
Décorant aujourd’hui les Apôtres de dons nouveaux et inconnus aux âges précédents,
Vous avez rendu ce jour glorieux à jamais. Amen.

[1] Act II, 1.

[2] Ephes. III, 19.

[3] Luc. XII, 49.

[4] Johan III, 8.

[5] 1er Répons du Jeudi de la Pentecôte.

[6] In Johan. Tract. XXII.

[7] Psalm. XLV.

[8] Act. II.

[9] Act. II, 37.

[10] Act. II, 38-39.

[11] Act. II, 40.

[12] Johan. VII, 39.

[13] Johan. IV, 10.

[14] Deut. IV, 24.

[15] Matth. VI, 24.

[16] Johan. I, 5.

[17] I Petr. II, 9.

[18] Johan. I, 13.

[19] Ibid. III, 16.

[20] Psalm. CIII, 30.

[21] Johan. XV, 26.

[22] Ibid. VI, 64.

[23] I Cor. II, 8.

[24] Johan. I, 26.

[25] Ézech. XXXVI, 25-28.

[26] Johan. VI, 33.

[27] Johan. VI, 56.

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Station à Saint-Pierre.

En ce jour, moyennant l’effusion de l’Esprit Saint, Jésus, ressuscité des morts et assis à la droite du Père, communique aux membres de son corps mystique sa vie divine. Ainsi l’Église qui, jusqu’à présent, vagissait comme en un berceau entre les murs étroits du Cénacle, ayant atteint son entière perfection, toute rayonnante de sainteté et de vérité, fait sa première apparition au monde. Le Saint-Esprit qui pénètre aujourd’hui ses membres vierges lui communique la vie de Jésus, l’associant à son idéal et à son œuvre rédemptrice ; aussi saint Paul a-t-il pu dire que les labeurs apostoliques des ouvriers de l’Évangile font partie de l’œuvre de la Rédemption ; bien plus, le Sauveur sur le chemin de Damas a déclaré au même Apôtre qu’il était persécuté lui-même et souffrait dans les membres de son Église.

Le protagoniste de la première Pentecôte chrétienne est Pierre, autour de qui se serre le petit troupeau de Sion : il commence aujourd’hui l’exercice de la primauté pontificale en annonçant le premier la nouvelle évangélique aux représentants des diverses nations sans distinction de patrie ni d’origine, sans différence de frontières, de royaumes ou de cités ; au nom de l’Église entière, c’est également Pierre qui proteste contre la vulgaire calomnie d’ébriété lancée contre les apôtres ; c’est lui enfin qui, dans cette première prédication, convertit et baptise les trois mille premiers néophytes qui augmentent la famille du Nazaréen.

C’est pourquoi la station de ce jour, à la différence de celle de Pâques, est dans la basilique vaticane, où, autrefois, le Pape célébrait les premières vêpres, les vigiles nocturnes et la messe. Selon le rit romain des plus grandes solennités de l’année, cette nuit l’office vigilial était double : d’abord on en célébrait un dans l’hypogée où l’on vénérait la châsse sépulcrale de l’Apôtre, puis un second à l’autel majeur. En ce dernier office qui était le plus solennel, les chanoines chantaient la première leçon, les cardinaux la seconde et le Pape lui-même la troisième. Après la messe, le Pontife était couronné du regnum et retournait processionnellement au Latran.

L’introït, emprunté à la Sagesse (I, 7), demande à être goûté à travers la mélodie à la fois majestueuse et joyeuse dont l’orna l’antique génie musical grégorien. On sait que tous les textes actuels du Missel et du Bréviaire sont revêtus de riches mélodies. De même que celui qui veut goûter une œuvre théâtrale ne se borne pas à-lire le livret du poète, mais doit entendre la musique et voir la mise en scène de l’œuvre, ainsi, pour bien saisir la beauté, le génie de la sainte liturgie, sa puissance d’action sur le peuple chrétien, faut-il la voir intégralement reproduite dans toute la splendeur que lui donnent l’édifice, les ministres sacrés, leurs vêtements, les chants, les harmonies et les rites, et ne pas se contenter d’en juger d’après quelque réduction amoindrie.

« L’esprit de Dieu a rempli la terre, et ce cosmos qui contient tout dit des paroles de sagesse. » Cela fut dit d’abord de la sagesse et de la bonté dont Dieu a laissé de profondes traces dans la création, mais convient beaucoup plus encore à l’ordre surnaturel auquel Dieu nous a élevés. Le Seigneur a répandu son Paraclet sur tous les chrétiens ; la prédication évangélique, moyennant laquelle le Saint-Esprit initie les croyants aux intimes secrets de la Divinité, a retenti dans tous les royaumes, jusqu’aux derniers confins du monde ; et aujourd’hui, grâce à son catéchisme, une pauvre vieille femme de village en sait plus sur Dieu et sur sa propre fin dernière que tous les anciens sages d’Athènes et de Rome.

Le beau psaume 67 suit l’antienne : « Que Dieu se lève et que ses adversaires soient mis en déroute ; que ceux qui l’ont haï fuient devant lui. » Cet hymne de guerre convient fort bien à la manifestation sur terre du Paraclet. Il est venu venger l’innocence de Jésus, et il le fait en comblant l’Église d’une telle transcendance de sainteté, qu’elle forme comme un feu préludant au jugement final des ennemis de Dieu. Celui qui ne croit pas et n’aime pas a déjà été jugé par le Paraclet. Il s’est mis de lui-même hors de la voie du salut.

La collecte est la suivante : « O Dieu qui, en ce jour, avez enseigné les cœurs de vos disciples par les lumières du Paraclet, accordez-nous, grâce à son assistance, de penser avec rectitude, et ainsi d’avoir part également à ses consolations. » L’Église demande ici deux grâces : la première est le sens des choses de Dieu, ce qui dénote une certaine santé spirituelle et est la conséquence de la vie intérieure que le Paraclet alimente dans notre âme. La seconde est de recevoir le réconfort de l’Esprit Saint qui s’appelle précisément Paraclet parce que Jésus nous l’a donné pour nous encourager à soutenir les luttes de la vie chrétienne, par ses consolations spirituelles, et nous détourner de chercher celles de la nature corrompue, lesquelles nous seraient nuisibles.

Dans la lecture tirée des Actes des Apôtres (II, 1-11) il est question du miracle de la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres. Il faut en remarquer les circonstances. Les Onze s’y étaient préparés par leur retraite de dix jours dans la compagnie et sous les auspices de la Très Sainte Vierge. Ils vivaient en commun, dans la paix et l’harmonie, sous l’obéissance de Pierre. Ils vaquaient à la prière durant l’heure de Tierce. L’Esprit Saint descendit sur eux sous la forme de langues de feu. Que doit nous enseigner tout cet ensemble de circonstances, sinon l’esprit de recueillement, une tendre dévotion à la sainte Vierge, une soumission absolue au Vicaire du Christ, un grand amour pour la concorde et pour la charité fraternelle, même au prix de notre trop susceptible personnalité, et enfin une ardeur infatigable pour la prière ?

Ce sont là les meilleures conditions pour obtenir le don de l’amour de Dieu. C’est aussi ce qui nous est demandé, afin que l’Esprit Saint nous transforme en apôtres, ce dont bénéficiera notre prochain également.

Le verset alléluiatique est tiré du psaume 103, précisément comme l’offertoire de cette nuit. Le Saint-Esprit change l’aspect de la terre, puisque, de fils d’Adam pécheur il nous élève à la hauteur vertigineuse de fils de Dieu. Le règne du péché et le régime de la douloureuse servitude étant détruits, l’ère messianique commence dans le monde. La nature elle-même semble se hâter de devancer par ses vœux ce jour où elle sera vengée de la honte où maintenant elle est retenue captive par le pécheur, alors que celui-ci se sert d’elle pour des fins déréglées, et, malgré elle, la déflore et la prostitue à ses propres passions. C’est saint Paul qui, dans une pensée pleine d’énergie, nous représente cette création regardant au loin, dans l’attente de son libérateur : Exspectatio enim creaturae revelationem filiorum Dei exspectat [28]. Enfin viendra le jour de la revanche, quand la nature tout entière se lèvera en armes avec son Créateur pour tirer vengeance de son injuste oppresseur : Et armabit creaturam ad ultionem inimicorum, et pugnabit pro illo or bis terrarum contra insensatos [29]. Toutefois cette réhabilitation de la créature commence déjà, puisque, comme l’Église le dit au Martyrologe le jour de Noël, Jésus mundum volens adventu suo piissimo consecrare [30], a décidé que la terre serait le théâtre des mystères de sa vie, de sa passion et de sa mort. En outre, par les sacrements et les sacramentaux, il a élevé la matière à la dignité de véhicule par quoi est transmise aux fidèles la grâce cm Saint-Esprit.

Ainsi cette nature qui, au commencement, par ses attraits, séduisit et égara l’homme, et fut enveloppée dans sa malédiction, est bénie par le Paraclet dans le Nouveau Testament, et concourt ainsi à la sanctification de ceux qui s’en servent loyalement avec foi et avec une âme reconnaissante envers Dieu qui nous l’a concédée.

Le verset précédant l’Évangile est, par le texte et par la mélodie, parmi les plus inspirés de tout l’Antiphonaire Grégorien. La liturgie le répète à l’occasion de la consécration des nouveaux autels, lorsque, sur la table encore humide de saint Chrême, on fait brûler cinq petits cierges posés, en forme de croix, chacun sur un grain d’encens. Tout l’autel apparaît alors enveloppé de flammes rappelant le feu céleste qui dans l’Ancien Testament consumait parfois les victimes. « Alléluia. Venez, ô divin Esprit, remplissez les cœurs de vos fidèles, et tous les chrétiens le sont, parce que le baptême dans la Trinité les consacre définitivement à la gloire et à la sainteté du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Allumez en eux la flamme du divin amour, ou mieux, soyez vous-même cette flamme inextinguible qui détruise dans notre cœur toutes les scories, toute la paille, tout ce qui n’est pas métal élu et ne sert pas, comme dit saint Paul, à la construction de l’édifice spirituel du temple divin qui doit s’élever en nous. » Il est prescrit par la rubrique que cette invocation à l’Esprit Saint, pleine de tendresse, soit chantée à genoux.

La séquence qui figure aujourd’hui au Missel est attribuée par quelques-uns à Innocent III ; en tout cas, elle en remplace une autre qui était fort belle : Sancti Spiritus adsit nobis gratia, mentionnée dans les Ordines Romani du XVe siècle et dont l’auteur est le fameux moine Notker. On raconte que, lorsqu’on 1215, Innocent III entendit cette composition mélodique pleine d’une si grande dévotion, il s’étonna que son auteur n’ait pas encore été canonisé. Voici ce texte célèbre qui, à une époque trouva place, lui aussi, dans le Missel de Rome. Il faut remarquer que c’est une prose musicale et rythmique, à l’imitation des compositions du même genre d’origine byzantine. Le texte seul ne dit pas grand’chose, il faut tenir compte de son revêtement mélodique [31] :

Sancti Spiritus
Adsit nobis gratia,
Quæ corda nostra sibi
Faciat habitaculum,
Expulsis inde cunctis
Vitiis spiritualibus.
Spiritus alme, illustrator hominum,
Horridas nostræ mentis
Purga tenebras.
Amator sancte sensatorum
Semper cogitatuum,
Infunde unctionem tuam
Clemens nostris sensibus.
Tu, purificator omnium
Flagitiorum, Spiritus,
Purifica nostri oculum
Interioris hominis.
Ut videri supremus
Genitor possit a nobis,
Mundi cordis quem soli
Cernere possunt oculi.
Prophetas tu inspirasti, ut præconia
Christi præcinuissent inclita.
Apostolos confortasti, ut trophæum
Christi per totum mundum veherent.
Quando machinam per Verbum suum
Fecit Deus cœli, terræ, maris,
Tu, super aquas foturus eas, numen
Tuum expandisti, Spiritus.
Tu animabus vivificandis
Aquas fœcundas.
Tu adspirando da spiritales
Esse homines,
Tu divisum per linguas mundum
Et ritus adunasti, Spiritus.
Idololatras ad cultum Dei revocas.
Magistrorum optime,
Ergo nos supplicantes tibi
Exaudi propitius, sancte Spiritus,
Sine quo preces omnes cassæ
Creduntur et indignæ Dei auribus.
Tu qui omnium sæculorum sanctos
Tui numinis docuisti instinctu,
Amplectendo spiritus,
Ipse hodie Apostolos Christi
Donans munere insolito
Et cunctis inaudito sæculis
Hunc diem gloriosum fecisti.

De l’Esprit Saint
Que nous assiste la grâce
Pour que nos cœurs
Deviennent son habitation,
Étant d’elle tous expulsés
Les vices spirituels.
Esprit Saint, lumière des hommes.
Chassez de notre âme
Les horribles ténèbres.
Vous qui aimez toujours
Les pensées judicieuses,
Répandez votre onction
Avec clémence dans nos sens.
Vous Esprit purificateur
De toutes les hontes,
Purifiez l’œil
De notre homme intérieur.
Afin que puisse être vu
Par nous, le Père
Que seuls peuvent voir
Les yeux des cœurs purs.
Vous avez inspiré les Prophètes afin qu’ils célébrassent
Les louanges illustres du Christ.
Vous avez réconforté les Apôtres,
Afin qu’ils portent à travers tout le monde le trophée du Christ.
Quand Dieu fit par son Verbe
Le ciel, la terre, la mer,
Vous, planant sur les eaux,
Vous avez étendu votre puissance ô Esprit.
Pour vivifier les êtres,
Vous fécondez les eaux.
Par votre souffle vous donnez
Aux hommes d’être spirituels.
Le monde divisé par les langues
Et par les mœurs, vous l’avez réuni, ô Esprit.
Vous appelez au culte de Dieu les idolâtres.
O le meilleur des maîtres,
Nous vous supplions donc,
Exaucez-nous favorablement, Esprit Saint,
Sans qui toutes les prières sont vaines,
Et indignes des oreilles de Dieu, nous le croyons.
Vous qui, dans tous les siècles, avez enseigné les saints
Par une impulsion de votre volonté,
Les entourant de l’Esprit ;
Aujourd’hui, aux Apôtres du Christ
Donnant un présent inaccoutumé
Et inouï à travers les siècles,
Vous avez fait ce jour glorieux.
Voici le texte de la pieuse séquence qui a été accueillie dans le Missel Romain réformé par saint Pie V :

Veni, Sancte Spíritus, 
et emítte cǽlitus 
lucis tuæ rádium.
Veni, pater páuperum ; 
veni, dator múnerum ; 
veni, lumen córdium.
Consolátor óptime, 
dulcis hospes ánimæ, 
dulce refrigérium.
In labóre réquies, 
in æstu tempéries, 
in fletu solácium.
O lux beatíssima, 
reple cordis íntima 
tuórum fidélium.
Sine tuo númine 
nihil est in hómine, 
nihil est innóxium.
Lava quod est sórdidum, 
riga quod est áridum, 
sana quod est sáucium.
Flecte quod est rígidum, 
fove quod est frígidum, 
rege quod est dévium.
Da tuis fidélibus, 
in te confidéntibus, 
sacrum septenárium.
Da virtútis méritum, 
da salútis éxitum, 
da perénne gáudium. 
Amen. Allelúia.

Venez ô Saint-Esprit, 
Et envoyez du ciel 
Un rayon de votre lumière.
Venez, Père des pauvres, 
Venez, distributeur des dons, 
Venez, lumière des cœurs.
Très bon Consolateur, 
Doux hôte de l’âme, 
Doux rafraîchissement.
Vous êtes le repos dans le labeur, 
Abri dans les ardeurs brûlantes. 
Consolation dans les pleurs.
O lumière bienheureuse, 
Remplissez jusqu’au plus intime les cœurs 
De vos fidèles.
Sans votre volonté, 
Il n’est rien dans l’homme, 
Rien d’innocent.
Purifiez ce qui est souillé, 
Arrosez ce qui est aride, 
Guérissez ce qui est blessé.
Ployez ce qui est rigide, 
Réchauffez ce qui est froid, 
Ramenez ce qui est égaré.
Donnez à vos fidèles, 
Qui se confient en vous, 
Vos sept dons sacrés.
Donnez le mérite de la vertu, 
Donnez l’issue du salut, 
Donnez la joie éternelle. 
Ainsi soit-il. Alléluia.
On répète cette séquence pendant toute l’octave.

La lecture évangélique est empruntée à saint Jean (XIV, 23-31). Si quelqu’un aime vraiment Jésus, si bien qu’en lui ce feu sacré de la charité ait dévoré tout autre élément terrestre désordonné, alors le règne de Dieu arrive dans son cœur à son plein et stable développement. C’est la divine Trinité qui vient établir en lui sa mystique demeure, grâce à une union très forte et très intime de l’âme avec Dieu. Le nœud de cette union entre l’âme, fiancée à Jésus, et son virginal Époux, c’est l’Esprit Saint, qui, avec une surabondance de ses charismes, dispose l’heureuse créature au jour fortuné de ses noces définitives avec Dieu. Un tel état, observent les mystiques, est très élevé, et rares sont les âmes qui y arrivent, faute de générosité pour se donner tout entières à Dieu et se laisser emporter par son Esprit dans des régions plus hautes que la pauvre nature.

Jésus continue dans le saint Évangile à décrire la mission ordinaire du Paraclet au milieu des fidèles. Il doit compléter la formation des Apôtres et, moyennant l’indéfectible assistance qu’il prête à l’Église enseignante, il doit ainsi conférer un caractère d’éternité à cette joyeuse annonce de l’Évangile du Royaume, ordonné au salut des âmes.

Les Apôtres s’attristent du départ imminent de Jésus. Ils considèrent ce fait selon le jugement de la raison humaine, sans s’élever jusqu’aux régions supérieures de la foi, où l’on entrevoit la sainte humanité de Jésus glorifiée par le Père. Cette glorification du Chef commence aussi celle des membres, en sorte que les Apôtres, au lieu de se lamenter, devraient se réjouir du départ du divin Maître.
Il n’est pas nécessaire d’insister sur les circonstances qui accompagnent ce départ, c’est-à-dire la haine de Satan, qui incite ses adeptes à mettre Jésus à mort. Une feuille ne tombe pas sans que Dieu le veuille. Jésus ne succombe pas à la colère du démon, qui effectivement n’a sur lui aucun droit ni aucun pouvoir. Si Jésus mourut, ce ne fut pas par la volonté des juifs et du diable leur père, mais plutôt parce que, librement, il daigna prendre sur lui les péchés du genre humain, s’offrant à Dieu sur l’autel de la Croix, Victime agréable et volontaire, hostie d’adoration glorifiant la sainteté du Père.

L’antienne pour l’offertoire est tirée du psaume 67. La scène survenue dans le Cénacle de Jérusalem — le premier temple chrétien — n’a pas un caractère transitoire ; elle inaugure une économie stable d’amour et de salut, puisque, au moyen des Apôtres, Dieu donne encore aux fidèles cette brillante σφραγίς, c’est-à-dire ce sceau spirituel et précieux qui est le gage indéfectible de notre adoption comme fils de Dieu. Le peuple chrétien devient donc une famille de rois. Il offre au Seigneur les dons mêmes qui lui conviennent — nous sommes au moment de l’offertoire. Ces dons sont justement symbolisés par les oblations qu’on présente à l’autel, grâce auxquelles le sacrifice du peuple est uni à celui du Christ, tout comme dans le calice sacré l’eau est mélangée avec le suc de la vigne.

La collecte sur les oblations est identique à celle de cette nuit. On y demande deux choses au Seigneur : que le feu du Paraclet consume le sacrifice de notre cœur qui, grâce au don de la piété, se consacre tout à Dieu et commence à vibrer, holocauste perpétuel, uniquement pour lui ; et aussi que ce même Paraclet descende sur l’offrande que nous venons de déposer sur le saint autel, afin que les sentiments d’intense dévotion qu’il nous inspire fassent de l’Eucharistie un sacrement utile et efficace pour notre sanctification.

Durant toute l’octave de la Pentecôte on insère dans le Canon consécratoire les commémoraisons du Saint-Esprit que nous avons déjà reproduites en parlant de la messe de la vigile. Cette fois, de telles évocations de la primitive Pentecôte chrétienne dans le Cénacle sur la colline de Sion sont d’autant plus émouvantes qu’on pense à la fonction spéciale accomplie par le Saint-Esprit sur le Calvaire. Dans les ardeurs de son ineffable sainteté, il consuma alors la divine Victime qui, per Spiritum Sanctum semetipsum obtulit immaculatum Deo [32]. Aussi les Pères, invoquant le Paraclet dans les antiques épiclèses eucharistiques, l’invitaient-ils à descendre sur l’autel et à couvrir de son ombre les oblations sacrées, à titre de testis passionum Christi tui [33]. C’est toujours la fonction du Saint-Esprit : Ille testimonium perhibebit de me [34]. Lui qui connaissait bien l’ineffable martyre du Crucifié, puisqu’il l’avait sanctifié de ses ardeurs, doit maintenant en rendre témoignage au monde. Et de quelle manière ? En assurant dans les âmes les effets de la rédemption au moyen de l’effusion des dons charismatiques.

L’antienne pour la Communion est tirée de la lecture des Actes des Apôtres. On entendit une rumeur, comme le bruit d’un ouragan impétueux. Les disciples furent remplis du Saint-Esprit et commencèrent à publier les grandeurs de Dieu. Le vent impétueux est là pour indiquer la force et en même temps la suavité de la motion de l’Esprit Saint. La force, car qui peut résister à Dieu ? La suavité, parce que cette motion n’entraîne avec soi aucune violation de la liberté de l’arbitre humain, mais c’est Dieu même qui le forme et le dirige selon son bon plaisir. Il ne nous meut pas contre notre vouloir — ce serait nous faire violence — mais il nous donne de vouloir le bien.

La collecte eucharistique est celle de la messe de la vigile. L’Esprit Saint est comparé à une rosée délicieuse qui, tout en effaçant les taches de notre cœur, le rend fécond pour faire le bien.

Sans cette rosée, notre pauvre cœur est comme un terrain brûlé par le soleil. Le feu impur de la concupiscence le dessèche et en fait une masse pierreuse où ne peut germer aucune herbe. L’Esprit Saint survient et éteint ces profanes ardeurs ; la terre desséchée du cœur reçoit alors la bienfaisante rosée céleste et le Saint-Esprit y dépose les germes des vertus les meilleures.

Tertullien a défini le Chrétien : un composé de corps, d’âme et d’Esprit Saint. Cette phrase semble paradoxale, mais elle doit être expliquée dans le sens où l’entendait son auteur. C’est l’Esprit Saint qui, par sa grâce, élève intérieurement l’âme à l’être surnaturel de fille adoptive de Dieu. La motion du Paraclet est donc ce qui détermine tous nos actes méritoires ; en sorte que, quand nous invoquons Jésus, quand nous gémissons à ses pieds, quand nous souffrons, quand nous agissons pour Dieu, c’est toujours le Saint-Esprit qui prie, gémit, opère en nous. En outre c’est lui qui testimonium reddit spiritui nostro quod sumus filii Dei [35] ; bien plus, c’est précisément le Spiritum Filii sui [36], que Dieu a répandu en nous pour nous donner part, avec Jésus, au caractère de fils de prédilection. Ce même Esprit qui, durant notre vie, habite en nous et nous imprime l’impulsion vers le ciel, ne termine pas son œuvre à notre mort. Au dernier jour, il exige la réédification du temple mystique qu’il s’est formé dans l’âme croyante, et cela propter inhabitantem Spiritum eius in nobis [37].

[28] « Aussi la créature attend-elle d’une vive attente la manifestation des enfants de Dieu. » Rom. 8, 19.

[29] « Il armera les créatures pour se venger de ses ennemis, et tout l’univers combattra avec Lui contre les insensés. » Sap. 5, 18 & 21.

[30] « Voulant consacrer le monde par sa très sainte venue. »

[31] Dom Guéranger donne aussi ce texte dans son commentaire plus haut : mais il y a quelques variantes et dans le texte latin et dans la traduction dans la version donnée par le Bhx Schuster.

[32] « Par l’Esprit-Saint s’est offert Lui-même sans tache à Dieu » » Heb. 9, 14.

[33] « Témoin des souffrances de votre Christ. » Cf. I Petr. 5, 1.

[34] « Il rendra témoignage de moi. » Jn. 15, 26.

[35] « L’Esprit Lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » Rom. 8, 16.

[36] « L’Esprit de son Fils. » Gal. 4, 6.

[37] « Par son Esprit qui habite en nous. » Cf. Rom. 8, 11.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

LA GRANDE FÊTE DE LA PENTECÔTE

La Pentecôte (d’un mot grec qui veut dire le cinquantième jour) est l’octave double et jubilaire de la fête de Pâques (7 X 7 + 1). C’est en même temps le second point culminant du cycle festival de Pâques. La Pentecôte n’est donc pas une fête indépendante ; c’est l’achèvement et la conclusion de la fête de Pâques. Nous pourrions peut-être dire que la Pentecôte est pour Pâques ce que l’Épiphanie est pour Noël. Il faut cependant tenir compte de la différence essentielle [38].

Si nous voulions établir un parallèle, nous pourrions dire : A Pâques, le Christ, le divin Soleil, s’est levé ; à la Pentecôte, il est à son zénith, il chauffe, mûrit et apporte la vie.

Ou bien une autre comparaison. A Pâques, le jardin de l’Église est dans sa plus riche floraison avec les nouveaux baptisés et les chrétiens renouvelés. A la Pentecôte, les fleurs sont devenues des fruits qui chargent les branches des arbres. Le jardinier est le Sauveur Jésus-Christ qui fait pousser les jeunes plantes ; le soleil qui a fait mûrir les fruits, c’est le Saint-Esprit.

Encore une troisième comparaison. A Pâques, nous sommes nés de nouveau, comme enfants de Dieu. Comme des enfants nouveau-nés, nous ne demandions que le lait maternel de l’Eucharistie, nous grandissions dans la maison natale de l’Église, heureux et insouciants comme des enfants. Mais nous avons grandi. L’Église notre Mère, n’a pas tardé à nous avertir que cet heureux temps passe, que nous sommes ici-bas des pèlerins et des étrangers, qu’il nous faudra souffrir et endurer des peines (elle nous a donné cet avertissement, le troisième dimanche après Pâques). A la Pentecôte, nous sommes déclarés majeurs. C’est ce que signifie aussi le sacrement de la maturité, la Confirmation.

L’Ancien Testament avait déjà sa fête de la Pentecôte qu’on appelait aussi la fête des semaines. C’était une fête d’action de grâces pour la moisson, c’était le mémorial de la promulgation de la loi sur le mont Sinaï, dans le désert. C’était une figure de la fête chrétienne de la Pentecôte. C’est maintenant aussi que commence la moisson, la moisson des âmes. Avec la Pentecôte, commencent aussi le travail et l’action du Saint-Esprit. Le Sauveur a promis, avant de nous quitter, qu’il ne nous laisserait pas orphelins, mais qu’il nous enverrait un autre Paraclet ou consolateur qui nous enseignerait tout et nous rappellerait tout. C’est pourquoi la Pentecôte est la fête du Saint-Esprit. Il importe de nous rappeler, de nouveau, son action dans l’Église et dans les âmes. Pensons donc davantage au Saint-Esprit que nous rencontrons partout. Il demeure dans notre âme et, depuis le baptême, il fait de notre corps et de notre âme son temple, la maison de Dieu ; « Ne savez-vous pas que vos corps sont les temples du Saint-Esprit qui demeure en vous ? Portez donc et honorez Dieu dans votre corps ». Quelle vie sainte nous mènerions si nous avions toujours conscience que le Saint-Esprit demeure en nous !

Dans l’Église, son action embrasse tout. Il nous sanctifie par les sacrements, surtout par la sainte Eucharistie.

Le Christ est au ciel. Il y participe au gouvernement du monde, il y est notre médiateur auprès du Père. Mais son Église sur la terre est dirigée et conduite par le Saint Esprit. Dans l’Eucharistie, le Christ est assurément présent, mais il ne veut pas y continuer son action telle qu’il l’exerça en Judée. Dans l’Eucharistie, il veut seulement être notre victime et notre nourriture. Bien plus, l’Eucharistie est un instrument dont se sert l’Esprit-Saint pour nous sanctifier et nous glorifier.

Le Saint-Esprit est l’âme de l’Église. Nous avons souvent entendu dire que l’Église est le corps mystique du Christ ; mais ce corps est vivant et la vie suppose une âme. Cette âme, c’est le Saint-Esprit. Si nous pouvions bien saisir cette vérité ! Quelle est l’importance de l’âme dans le corps ? Elle est le principe vital. Dès que l’âme se sépare du corps, le corps est mort, incapable de sensation, de pensée, de vouloir ; bref, le corps sans âme se dissout. Or le Saint-Esprit est l’âme du grand corps de l’Église. Il est le principe de vie pour l’Église et pour l’âme ; c’est lui qui nous donne et nous conserve la vie divine. Ce n’est que par lui que nous pouvons prier, ce n’est que par lui que nous pouvons faire quelque chose de bien.

Il y a trois lieux dans l’Église où le Saint-Esprit agit particulièrement : le confessionnal, la chaire et l’autel. Au-dessus de ces trois lieux, le Saint-Esprit plane invisiblement. C’est par le Saint-Esprit qu’est conféré aux prêtres le pouvoir de remettre les péchés : « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez », dit le Sauveur au soir de sa Résurrection. La rémission des péchés par le prêtre est une œuvre du Saint-Esprit. La prédication aussi est une œuvre du Saint-Esprit. Nous savons que la prédication n’est pas le discours ordinaire d’un homme ; c’est la parole de Dieu. Le prédicateur prête à Dieu sa langue et sa bouche. Mais c’est le Saint-Esprit qui donne au magistère de l’Église l’infaillibilité.

Enfin, c’est surtout la sainte messe qui est une œuvre du Saint-Esprit. De même qu’autrefois la sainte humanité du Christ fut formée par le Saint-Esprit (« il a été conçu du Saint-Esprit »), de même c’est le Saint-Esprit qui change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Aussi, au moment de l’Offertoire, on implore la descente du Saint-Esprit sur les oblats.

Célébrons donc la grande fête de la Pentecôte avec un triple sentiment. D’abord dans un sentiment de joie. Dans aucune autre fête, nous n’entendons des paroles comme celles de la préface d’aujourd’hui : « C’est pourquoi, dans une abondance de joies, le monde entier tressaille sur la surface de la terre ». Comme le chrétien est donc heureux ! Ayons ensuite une foi forte et ferme à la présence et à l’action puissante du Saint-Esprit dans l’Église et dans l’âme. Nous devons sentir formellement l’action du Saint-Esprit dans l’Église et dans notre âme. Parce que l’Église et notre âme ne sont pas encore parfaites, nous devons éprouver un troisième sentiment, un désir ardent de la venue du Saint-Esprit qui nous portera à implorer cette venue : « Viens, Saint-Esprit, remplis les cœurs de tes fidèles. »

Si nous voulons célébrer comme il faut la Pentecôte, remplissons-nous de cette persuasion. Aujourd’hui se renouvelle mystiquement dans nos âmes le miracle de la première Pentecôte chrétienne. Au Saint-Sacrifice, le Saint-Esprit est « versé sur les enfants de miséricorde ». C’est ainsi que nous célèbrerons une belle et sainte fête de Pentecôte.

DIMANCHE DE LA PENTECÔTE

STATION A SAINT PIERRE

« Aujourd’hui est venu le jour de la Pentecôte. Alléluia ; Aujourd’hui le Saint-Esprit est apparu aux disciples dans le feu, et leur a communiqué ses dons de grâce : Il les a envoyés dans le monde entier pour prêcher et rendre témoignage : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, Alléluia » (Ant. Magn., IImes Vêpres). « Le Jour de la Pentecôte, dans lequel, à Jérusalem, le Saint-Esprit descendit sur les disciples sous la forme de langues de feu » (Martyrologe.).

Les grandes fêtes doivent être célébrées entièrement avec l’Église ; la journée doit être sanctifiée par la prière des Heures qui est divisée selon le temps, mais le point culminant doit être la messe. (Je suppose que les lecteurs possèdent l’office de la Pentecôte).
1. L’office des Heures. — La Pentecôte, comme toutes les grandes fêtes, est encadrée par deux vêpres, les premières, au commencement, et les secondes la fin. Elles sont l’introduction et la conclusion de la fête.

Aux premières vêpres, nous entendons déjà tous les thèmes de la Pentecôte. Nous célébrons l’action du Saint-Esprit ; on entend même le thème du baptême (4e antienne), mais nous chantons surtout l’Esprit Créateur qui répand la vie (hymne). Au magnificat, nous célébrons joyeusement le retour du Christ dans son Église par le Saint-Esprit.

Ce qui n’est qu’indiqué d’une manière thématique est développé et exposé dans les matines de la fête. Les matines sont le drame de prière d’une fête. Les matines de la Pentecôte, comme celles de Pâques, n’ont qu’un nocturne. En effet, dans la nuit de la Pentecôte comme dans la nuit de Pâques, avaient lieu les cérémonies du baptême et il ne restait plus qu’une veille de nuit pour la prière nocturne. Les trois psaumes peuvent être comparés à un triptyque qui montre trois images : 

 Ière image : le fait historique et l’importance du miracle de la Pentecôte : sous le voile du Psaume 47 , nous voyons l’action puissante de l’ouragan de la Pentecôte. 

 2e image : L’action du Saint-Esprit dans son Église. Si difficile que soit le Psaume 67 (c’est un des plus obscurs du psautier), il est cependant clair qu’il s’agit de la marche victorieuse de Dieu par l’arche d’alliance, de l’Égypte à travers le désert jusqu’à la terre promise et à la-colline de Sion, d’où le Dieu d’alliance étend son empire sur le monde. Cet empire universel se développe dans le Christ et son Église — sous l’action du Saint-Esprit. 
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 3e image : La nouvelle création par le Saint-Esprit, Le Psaume 103 est une description très poétique de l’œuvre des six jours. La magnificence de la Création visible est une image et un symbole de ta Création spirituelle et invisible, qui est l’œuvre du Saint-Esprit dans l’âme et dans l’Église.

Les leçons de Matines sont tirées d’un sermon de saint Grégoire 1er, que ce grand pape prononça, il y a plus de 1300 ans, dans une cérémonie liturgique de la Pentecôte, à Saint-Pierre de Rome. (Ces leçons nous indiquent qu’à cette époque (vers 600) et certainement aussi, longtemps avant, les deux lectures de la messe étaient les mêmes).

« Et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous établirons notre demeure chez lui. Considérez, très chers frères, quelle dignité c’est que de donner l’hospitalité à Dieu dans son cœur ! Si un ami riche ou puissant venait dans notre maison, est-ce qu’on ne nettoierait pas en toute hâte la maison, afin qu’il ne s’y trouvât rien qui pût déplaire à l’ami au moment de son entrée ? Qu’il écarte donc les souillures des mauvaises œuvres, celui qui prépare la maison de son cœur pour Dieu ! Mais observez bien ce que dit la divine vérité : « Nous viendrons et nous établirons notre demeure chez lui ». Dieu vient sans doute dans le cœur de certains hommes, mais il ne prend pas demeure en eux, car bien qu’ils cherchent Dieu au temps de la componction, au temps de la tentation ils oublient tout ce qui les avait amenés à la componction et ils reviennent à leur ancienne vie de péché, comme s’ils n’avaient jamais pleuré leurs péchés ».

Les Laudes sont la prière du matin, dans laquelle nous unissons la louange matinale de la Création à la célébration de la nouvelle Création spirituelle opérée par le Saint-Esprit. Parmi les petites Heures (prières du jour), l’Heure de tierce (qui se récite vers 9 heures) a une importance particulière, parce que c’est justement à cette heure-là que le Saint-Esprit descendit, le jour de la Pentecôte C’est pourquoi Tierce est consacrée, toute l’année, au Saint-Esprit (chaque jour, dans l’hymne, on implore sa descente). Pendant toute l’Octave, cette petite Heure est caractérisée par ce fait qu’on y chante la belle hymne : Veni Creator.

2. La messe (Spiritus Domini). — L’Église s’adapte encore d’une manière précise à la succession du temps. Cinquante jours après Pâques, l’Église se réunit dans le « Cénacle » de la maison de Dieu. Elle se réunit vers la « troisième heure » (l’heure de tierce — 9 heures — est consacrée au Saint-Esprit ; c’est aussi, les jours de fêtes, l’heure où l’Église désire que l’on célèbre la messe), et attend la plénitude du Saint-Esprit dans le sacrifice eucharistique.

La messe de la fête est donc la célébration du mystère de la descente du Saint-Esprit. Nous sommes à Saint-Pierre, l’église des peuples, comme jadis, le jour de la première Pentecôte, les peuples de toutes langues se rassemblaient autour du Cénacle.

Introït : L’Esprit vit désormais dans les cœurs des hommes de tous les peuples ; il unit les langues alors que le péché les avait brouillées. Dans le psaume 67, nous chantons le triomphe de l’Église à travers les temps. La leçon décrit le miracle historique de la Pentecôte. Ce miracle se renouvelle et, même, se réalise d’une manière plus complète qu’alors. Et pourtant, le miracle de la Pentecôte est loin d’être achevé en nous. Tant que nous vivons et tant que l’Église demeure sur la terre, il faut que les langues de feu descendent sur nous.

C’est pourquoi les textes contiennent de si instantes implorations : « Veni — Viens. Saint-Esprit... » (Alléluia et Séquence) Ce Veni Sancte Spiritus n’est pas une parole de l’Écriture ; c’est un texte composé par l’Église. Mais il lui est si cher : qu’elle le chante et le récite à genoux. Il a quelque chose du Maranatha de la primitive Église. La Séquence n’est qu’une méditation sur cet impérissable « Veni Sancte Spiritus ».

Dans l’Évangile, (le dernier passage du discours d’adieu qui parle du Saint-Esprit), le Seigneur lui-même décrit l’action du Saint-Esprit : il fait de nous le temple de la Trinité (pensée chère à saint Paul et à la primitive Église), il est notre docteur et notre inspirateur, il nous confère le don de la paix, il nous insuffle l’esprit du martyre. Ce don, nous le recevons, aujourd’hui et chaque jour, dans le sacrifice eucharistique.

Une pièce d’une particulière beauté est l’Offertoire. En tant que rois (nous avons été remplis de l’esprit des princes), nous faisons notre procession d’offrande vers Jérusalem (c’est notre autel) ; nous portons nos présents et nous demandons le renouvellement de la Confirmation (confirma) et l’affermissement de l’œuvre pascale en nous (la Pentecôte est l’achèvement de Pâques).

La communion est le renouvellement de l’envoi du Saint-Esprit et le miracle de la Pentecôte s’accomplit en nous (Comm.).

3. Le miracle de la Pentecôte. — Racontons maintenant comment le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres. Comme on le sait, après l’Ascension du Seigneur les Apôtres et les disciples retournèrent à Jérusalem. Ils demeurèrent ensemble dans la salle du Cénacle, dans ce lieu sacré où le Sauveur était si souvent apparu, dans ce lieu qui fut la première église chrétienne. Ils étaient rassemblés, là, environ 120 personnes. C’est là qu’ils élurent Matthias Apôtre à la place du malheureux Judas ; c’est là qu’ils prièrent et qu’ils attendirent le Saint-Esprit.

Dix jours étaient passés depuis l’Ascension du Seigneur. C’était un dimanche, un jour de Résurrection ; vers 9 heures du matin, ils se trouvaient réunis et ils priaient avec ferveur. C’est alors que le Saint-Esprit descendit sur eux. Remarquons bien que tous les grands événements, dans la vie du Christ, se produisirent pendant qu’il priait. Au moment où le Sauveur, après son baptême, priait, le ciel s’ouvrit et le Saint-Esprit apparut sous la forme d’une colombe ; de même, c’est pendant qu’il priait sur le mont Thabor que le Seigneur fut transfiguré. Sans doute, c’est pendant qu’elle priait que la Sainte Vierge reçut le message de l’ange et fut couverte de l’ombre du Saint-Esprit. Il en est de même ici. C’est par la prière que la petite communauté prépara la voie à l’Esprit qui descendit sur elle. Il en est de même aujourd’hui à la messe et, en définitive, dans toutes les messes. Par la prière, nous rendons notre âme apte à recevoir le Saint-Esprit.

La descente du Saint-Esprit sur les Apôtres fut, il est vrai, intérieure et invisible, mais elle fut accompagnée de manifestations extérieures. Ces manifestations furent les suivantes : Il se fit un grand bruit, comme si avait soufflé un vent violent. Ce bruit vint soudain du ciel ; ce n’était pas une tempête qui faisait rage autour de la maison, mais ce bruit remplit toute la maison ; le Cénacle où ils étaient assis. Ce n’était donc pas un vent naturel, mais un miracle de Pentecôte.

La seconde manifestation consista en des langues de feu qui se reposèrent sur chacun des Apôtres et des disciples. Ces langues étaient le signe visible qui indiquait la venue du Saint-Esprit en eux. Quand nous célébrons aujourd’hui la sainte messe, surtout au moment de la Communion, la force du Saint-Esprit descend aussi sur nous. Sans doute nous ne voyons pas de langues de feu, mais nous recevons tout ce qu’indiquent les langues de feu.

On nous parle encore d’un troisième effet extérieur de la descente du Saint-Esprit. Les Apôtres et les disciples purent parler en plusieurs langues. L’Écriture nous raconte encore qu’en entendant le grand bruit, de nombreux pèlerins, venus pour la fête, se hâtèrent vers le Cénacle. La Pentecôte, en effet, était une des trois grandes fêtes juives pour lesquelles les Juifs devaient se rendre à Jérusalem. A ces fêtes, venaient aussi, volontiers, des Juifs des pays étrangers, et aussi des païens qui avaient adopté la religion juive. Il y avait donc là une multitude variée de gens qui parlaient toutes sortes de langue. Ce furent ces gens qui vinrent. Alors, s’avancèrent les Apôtres. Ces hommes, jusque-là si timides et qui se renfermaient par peur, sortirent de la maison et chacun se mit à parler dans une langue différente. Les étrangers furent frappés de stupeur. Les Apôtres n’étaient pourtant que de simples Galiléens qui ne savaient que leur langue maternelle, et voilà qu’ils parlaient dans toutes les langues du monde. Comment cela pouvait-il se faire ? Mais les juifs malveillants ne tardèrent pas à arriver à leur tour. Ils voulurent détruire l’effet du miracle de la Pentecôte. Tous ces Galiléens, dirent-ils, sont ivres et c’est dans l’ivresse qu’ils prononcent ces paroles. Mais Pierre fut prompt à la riposte. Il dit immédiatement : Non, frères, ce n’est pas cela ; nous ne sommes pas ivres. Il n’est que 9 heures du matin et les hommes ne sont pas ivres à cette heure-là. Mais ce que vous voyez est l’accomplissement de la prophétie de Joël qui dit : Aux jours du Messie, Dieu répandra son Esprit sur les hommes et ils prophétiseront... Puis, Pierre reproche aux Juifs d’avoir mis Jésus à mort en le suspendant à la Croix. Cependant, Dieu l’a ressuscité. Remonté au ciel, il a envoyé le Saint-Esprit sur les Apôtres. — Quand les nombreux pèlerins eurent entendu le premier sermon de Pentecôte, ils rentrèrent en eux-mêmes et demandèrent à Pierre : Que devons-nous faire ? Pierre répondit : Convertissez-vous, faites-vous baptiser, alors vous recevrez le don du Saint-Esprit. En ce même jour, 3.000 personnes reçurent le baptême.

Nous nous demanderons peut-être : quelle est l’importance du miracle des langues ? Rappelons-nous la tour de Babel. Les hommes, alors, voulurent, dans leur orgueil, élever une tour jusqu’au ciel. Dieu, pour les punir, brouilla leurs langages. Le péché sépara et désunit les hommes. Mais le Christ est venu pour rassembler tous les hommes dans une seule Église et les unir avec lui. Il faut qu’il n’y ait plus désormais qu’une seule famille de peuples. C’est ce que veut indiquer le miracle des langues. Nous aussi, chrétiens, nous avons reçu un don des langues qui fait que tous les hommes nous comprennent. Ce don des langues, c’est la charité qui a été répandue en nous par le Saint-Esprit. La charité unit tous les peuples ; par la charité, on peut se faire entendre de tous les hommes.

[38] Cf. Tome Ier : « Les deux cycles festivaux de l’année liturgique sont construits de la même manière : il y a d’abord une montée qui est la préparation, ensuite un cheminement sur les hauteurs pendant le temps des fêtes, puis une descente dans la plaine pendant le temps où s’achève le cycle. Le temps de préparation du cycle d’hiver est l’Avent que nous venons d’achever. Maintenant que ce temps est achevé, nous restons étonnés devant les richesses de poésie symbolique et dramatique que l’Église a réunies. Intentionnellement nous avons laissé la liturgie elle-même parler dans ses chants et ses leçons, afin de pouvoir admirer cette richesse. Nous pouvons affirmer qu’aucun temps de l’année liturgique ne possède une telle surabondance de cantiques, de versets, de chants. Comme d’une corne d’abondance la liturgie nous verse la profusion variée de ses chants.

Maintenant suit, sans solution de continuité, comme une émanation naturelle de l’Avent, la fête de Noël. Le temps festival des deux cycles a encore ceci de commun qu’il comprend, dans l’un et l’autre cas, deux grandes fêtes, qui sont comme les piles du pont qui supportent tout le temps festival. Dans le cycle d’hiver, nous avons Noël et l’Épiphanie ; dans le cycle d’été, Pâques et la Pentecôte. Il y a cependant une différence entre ces deux couples de fêtes. Pâques et la Pentecôte représentent un développement organique de la même pensée de salut, Noël et l’Épiphanie sont la répétition de la même pensée. La célébration de ces deux fêtes ne s’explique que par des raisons historiques. Noël est la fête de la Nativité de l’Occident et l’Épiphanie celle de l’Orient. L’Occident a adopté l’Épiphanie et l’Orient Noël. Ces deux fêtes de l’Orient et de l’Occident sont un monument vénérable de l’union qui régnait autrefois entre les deux Églises, union que nous voudrions voir renaître, après une séparation millénaire. L’union malgré toute la différence d’idées et de sentiments !

Les circonstances historiques qui ont fait de ces deux fêtes des doublets nous aideront à comprendre bien des particularités et à résoudre bien des difficultés qui résultent de ce double emploi. Pour nous autres Occidentaux, la fête de Noël paraîtra toujours plus importante que celle de l’Épiphanie, malgré le rang plus élevé de cette dernière. Noël est et demeure notre fête, l’Épiphanie nous touche de moins près. Après quatre semaines où le désir a tendu fortement notre esprit, Noël est le véritable accomplissement de l’Avent. Il faut cependant avouer qu’entre l’Avent et l’Épiphanie la parenté de pensées est plus étroite. Noël est cependant bien la clôture de l’Avent. Il suffit de parcourir les textes de la Vigile. Nous reprenons toujours ce chant : Demain le péché originel sera détruit. Noël est la fête de la Rédemption. Par contre, il nous faut attendre jusqu’à l’Épiphanie pour voir se réaliser la glorieuse visite du Roi dont la pensée domine l’Avent.

D’ailleurs Noël et l’Épiphanie ne sont pas de simples doublets. L’Église Occidentale a reçu de l’Église Orientale sa fête de la Nativité avec son contenu spirituel oriental et elle l’a développée selon son génie propre. Elle l’a magnifiquement fécondée et enrichie. Son regard s’est élevé du cercle historique étroit de la naissance du Seigneur jusqu’à la perspective de la royauté du Christ qui domine les temps. L’Avent de l’Occident et sa fête de Noël ont bénéficié de cet élargissement de vues. Finalement les deux fêtes de la Nativité sont devenues deux solennités distinctes avec un objet indépendant et une progression intérieure.

Nous avons désormais quelque chose d’analogue à ce que nous voyons dans le cycle de Pâques. A Pâques le soleil de la Résurrection se lève et éclaire le monde de ses rayons brillants. A la Pentecôte, ce soleil est à son midi et sa chaude lumière crée la vie et la fécondité. A Noël, le soleil de la Nativité se lève sur les plaines de Bethléem, à l’Épiphanie « la gloire du Seigneur » rayonne sur Jérusalem. A Noël nous naissons et renaissons avec le Christ notre frère, à l’Épiphanie le Christ célèbre avec l’Église et l’âme ses noces mystiques. A Noël « le Christ nous est né » ; c’est comme une fête intime de famille à laquelle ne participent que quelques privilégiés avec Marie et les bergers ; à l’Épiphanie, « le Christ nous est apparu », c’est-à-dire il a manifesté son apparition au monde ».

SOURCE : http://www.introibo.fr/Commentaires-liturgiques-du-Jour,951#nh1

Holy Ghost

Synopsis of the dogma

The doctrine of the Catholic Church concerning the Holy Ghost forms an integral part of her teaching on themystery of the Holy Trinity, of which St. Augustine (On the Holy Trinity I.3.5), speaking with diffidence, says: "In no other subject is the danger of erring so great, or the progress so difficult, or the fruit of a careful study so appreciable". The essential points of the dogma may be resumed in the following propositions:
  • The Holy Ghost is the Third Person of the Blessed Trinity.
  • Though really distinct, as a Person, from the Father and the Son, He is consubstantial with Them; being Godlike Them, He possesses with Them one and the same Divine Essence or Nature.
  • He proceeds, not by way of generation, but by way of spiration, from the Father and the Son together, as from a single principle.
Such is the belief the Catholic faith demands.

Chief errors

All the theories and all the Christian sects that have contradicted or impugned, in any way, the dogma of theTrinity, have, as a logical consequence, threatened likewise the faith in the Holy Ghost. Among these, historymentions the following:
  • In the second and third centuries, the dynamic or modalistic Monarchians (certain Ebionites, it is said, Theodotus of Byzantium, Paul of Samosata, Praxeas, Noëtus, Sabellius, and the Patripassians generally) held that the same Divine Person, according to His different operations or manifestations, is in turn called the Father, the Son, and the Holy Ghost; so they recognized a purely nominal Trinity.
  • In the fourth century and later, the Arians and their numerous heretical offspring: Anomans or Eunomians,Semi-Arians, Acacians, etc., while admitting the triple personality, denied the consubstantiality. Arianismhad been preceded by the Subordination theory of some ante-Nicene writers, who affirmed a difference and a gradation between the Divine Persons other than those that arise from their relations in point of origin.
  • In the sixteenth century, the Socinians explicitly rejected, in the name of reason, along with all themysteries of Christianity, the doctrine of Three Persons in One God.
  • Mention may also be made of the teachings of Johannes Philoponus (sixth century), Roscellinus, Gilbert de la Porrée, Joachim of Flora (eleventh and twelfth centuries), and, in modern times, Günther, who, by denying or obscuring the doctrine of the numerical unity of the Divine Nature, in reality set up a triple deity.
In addition to these systems and these writers, who came in conflict with the true doctrine about the Holy Ghost only indirectly and as a logical result of previous errors, there were others who attacked the truth directly:

The Third Person of the Blessed Trinity

This heading implies two truths:
  • The Holy Ghost is a Person really distinct as such from the Father and the Son;
  • He is God and consubstantial with the Father and the Son.
The first statement is directly opposed to Monarchianism and to Socinianism; the second to Subordinationism, to the different forms of Arianism, and to Macedonianism in particular. The same arguments drawn from Scriptureand Tradition may be used generally to prove either assertion. We will, therefore, bring forward the proofs of the two truths together, but first call particular attention to some passages that demonstrate more explicitly the distinction of personality.

Scripture

In the New Testament the word spirit and, perhaps, even the expression spirit of God signify at times the soul orman himself, inasmuch as he is under the influence of God and aspires to things above; more frequently, especially in St. Paul, they signify God acting in man; but they are used, besides, to designate not only a working of God in general, but a Divine Person, Who is neither the Father nor the Son, Who is named together with the Father, or the Son, or with Both, without the context allowing them to be identified. A few instances are given here. We read in John 14:16-17: "And I will ask the Father, and he shall give you another Paraclete, that he may abide with, you for ever. The spirit of truth, whom the world cannot receive"; and in John 15:26: "But when theParaclete cometh, whom I will send you from the Father, the Spirit of truth, who proceedeth from the Father, he shall give testimony of me." St. Peter addresses his first epistle, 1:1-2, "to the strangers dispersed . . . elect, according to the foreknowledge of God the Father, unto the sanctification of the Spirit, unto obedience and sprinkling of the blood of Jesus Christ". The Spirit of consolation and of truth is also clearly distinguished in John 16:7, 13-15, from the Son, from Whom He receives all He is to teach the Apostles, and from the Father, who has nothing that the Son also does not possess. Both send Him, but He is not separated from Them, for the Father and the Son come with Him when He descends into our souls (John 14:23).

Many other texts declare quite as clearly that the Holy Ghost is a Person, a Person distinct from the Father and the Son, and yet One God with Them. In several places St. Paul speaks of Him as if speaking of God. In Acts 28:25, he says to the Jews: "Well did the Holy Ghost speak to our fathers by Isaias the prophet"; now theprophecy contained in the next two verses is taken from Isaiah 6:9-10, where it is put in the mouth of the "King the Lord of hosts". In other places he uses the words God and Holy Ghost as plainly synonymous. Thus he writes (1 Corinthians 3:16): "Know you not, that you are the temple of God, and that the Spirit of God dwelleth in you?" and in 6:19: "Or know you not, that your members are the temple of the Holy Ghost, who is in you . . . ?" St. Peter asserts the same identity when he thus remonstrates with Ananias (Acts 5:3-4): "Why hath Satan temptedthy heart, that thou shouldst lie to the Holy Ghost . . . ? Thou hast not lied to men, but to God." The sacred writers attribute to the Holy Ghost all the works characteristic of Divine power. It is in His name, as in the name of the Father and of the Son, that baptism is to be given (Matthew 28:19). It is by His operation that the greatest of Divine mysteries, the Incarnation of the Word, is accomplished (Matthew 1:18, 20; Luke 1:35). It is also in His name and by His power that sins are forgiven and souls sanctified: "Receive ye the Holy Ghost. Whose sins you shall forgive, they are forgiven them" (John 20:22-23); "But you are washed, but you are sanctified, but you arejustified in the name of our Lord Jesus Christ, and the Spirit of our God" (1 Corinthians 6:11); "The charity of Godis poured forth in our hearts, by the Holy Ghost, who is given to us" (Romans 5:5). He is essentially the Spirit oftruth (John 14:16-17; 15:26), Whose office it is to strengthen faith (Acts 6:5), to bestow wisdom (Acts 6:3), to give testimony of Christ, that is to say, to confirm His teaching inwardly (John 15:26), and to teach the Apostlesthe full meaning of it (John 14:26; 16:13). With these Apostles He will abide for ever (John 14:16). Having descended on them at Pentecost, He will guide them in their work (Acts 8:29), for He will inspire the newprophets (Acts 11:28; 13:9), as He inspired the Prophets of the Old Law (Acts 7:51). He is the source of gracesand gifts (1 Corinthians 12:3-11); He, in particular, grants the gift of tongues (Acts 2:4; 10:44-47). And as he dwells in our bodies sanctifies them (1 Corinthians 3:16; 6:19), so will and them he raise them again, one day, from the dead (Romans 8:11). But he operates especially in the soul, giving it a new life (Romans 8:9 sq.), being the pledge that God has given us that we are his children (Romans 8:14-16; 2 Corinthians 1:22; 5:5; Galatians 4:6). He is the Spirit of God, and at the same time the Spirit of Christ (Romans 8:9); because He is in God, Heknows the deepest mysteries of God (1 Corinthians 2:10-11), and He possesses all knowledge. St. Paul ends hisSecond Epistle to the Corinthians (13:13) with this formula of benediction, which might be called a blessing of theTrinity: "The grace of our Lord Jesus Christ, and the charity of God, and the communication of the Holy Ghost be with you all." — Cf. Tixeront, "Hist. des dogmes", Paris, 1905, I, 80, 89, 90, 100, 101.

Tradition

While corroborating and explaining the testimony of Scripture, Tradition brings more clearly before us the various stages of the evolution of this doctrine.

As early as the first century, St. Clement of Rome gives us important teaching about the Holy Ghost. His "Epistle to the Corinthians" not only tells us that the Spirit inspired and guided the holy writers (8.1; 45.2); that He is the voice of Jesus Christ speaking to us in the Old Testament (22.1 sq.); but it contains further, two very explicit statements about the Trinity. In 46.6 (Funk, "Patres apostolici", 2nd ed., I,158), we read that "we have only oneGod, one Christ, one only Spirit of grace within us, one same vocation in Christ". In 58.2 (Funk, ibid., 172), the author makes this solemn affirmation; zo gar ho theos, kai zo ho kyrios Iesous Christos kai to pneuma to hagion, he te pistis kai he elpis ton eklekton, oti . . . which we may compare with the formula so frequently met with in the Old Testament: zo kyrios. From this it follows that, in Clement's view, kyrios was equally applicable to ho theos (the Father), ho kyrios Iesous Christos, and to pneuma to hagion; and that we have three witnesses of equal authority, whose Trinity, moreover, is the foundation of Christian faith and hope.

The same doctrine is declared, in the second and third centuries, by the lips of the martyrs, and is found in the writings of the Fathers. St. Polycarp (d. 155), in his torments, thus professed his faith in the Three Adorable Persons ("Martyrium sancti Polycarpi" in Funk, op. cit., I, 330): "Lord God Almighty, Father of Thy blessed and well beloved Son, Jesus Christ . . . in everything I praise Thee, I bless Thee, I glorify Thee by the eternal and celestial pontiff Jesus Christ, Thy well beloved Son, by whom, to Thee, with Him and with the Holy Ghost, glorynow and for ever!"

St. Epipodius spoke more distinctly still (Ruinart, "Acta mart.", Verona edition, p. 65): "I confess that Christ isGod with the Father and the Holy Ghost, and it is fitting that I should give back my soul to Him Who is my Creator and my Redeemer."

Among the apologists, Athenagoras mentions the Holy Ghost along with, and on the same plane as, the Father and the Son. "Who would not be astonished", says he (A Plea for the Christians 10), "to hear us called atheists, us who confess God the Father, God the Son and the Holy Ghost, and hold them one in power and distinct in order [. . . ten en te henosei dynamin, kai ten en te taxei diairesin]?"
Theophilus of Antioch, who sometimes gives to the Holy Ghost, as to the Son, the name of Wisdom (sophia), mentions besides (To Autolycus I.7 and II.18) the three terms theos, logos, sophia and, being the first to apply the characteristic word that was afterwards adopted, says expressly (II.15) that they form a trinity (trias).

Irenæus looks upon the Holy Ghost as eternal (Against Heresies V.12.2), existing in God ante omnem constitutionem, and produced by him at the beginning of His ways (IV.20.3). Considered with regard to the Father, the Holy Ghost is his wisdom (IV.20.3); the Son and He are the "two hands" by which God created man(IV.Preface.4, IV.20.20 and V.6.1). Considered with regard to the Church, the same Spirit is truth, grace, a pledge of immortality, a principle of union with God; intimately united to the Church, He gives the sacramentstheir efficacy and virtue (III.17.2, III.24.1, IV.33.7 and V.8.1).
St. Hippolytus, though he does not speak at all clearly of the Holy Ghost regarded as a distinct person, supposes him, however, to be God, as well as the Father and the Son (Against Noetus 8, 12).

Tertullian is one of the writers of this age whose tendency to Subordinationism is most apparent, and that in spite of his being the author of the definitive formula: "Three persons, one substance". And yet his teaching on theHoly Ghost is in every way remarkable. He seems to have been the first among the Fathers to affirm His Divinity in a clear and absolutely precise manner. In his work "Adversus Praxean" he dwells at length on the greatness of the Paraclete. The Holy Ghost, he says, is God (13); of the substance of the Father (3 and 4); one and the sameGod with the Father and the Son (2); proceeding from the Father through the Son (4, 8); teaching all truth (2).

St. Gregory Thaumaturgus, or at least the Ekthesis tes pisteos, which is commonly attributed to him, and which dates from the period 260-270, gives us this remarkable passage (P.G., X, 933 sqq.): "One is God, Father of theliving Word, of the subsisting Wisdom. . . . One the Lord, one of one, God of God, invisible of invisible. . .One theHoly Ghost, having His subsistence from God. . . . Perfect Trinity, which in eternity, glory, and power, is neither divided, nor separated. . . . Unchanging and immutable Trinity."

In 304, the martyr St. Vincent said (Ruinart, op. cit., 325): "I confess the Lord Jesus Christ, Son of the Father most High, one of one; I recognize Him as one God with the Father and the Holy Ghost."

But we must come down towards the year 360 to find the doctrine on the Holy Ghost explained both fully and clearly. It is St. Athanasius who does so in his "Letters to Serapion" (P.G., XXVI, col. 525 sq.). He had been informed that certain Christians held that the Third Person of the Blessed Trinity was a creature. To refute them he questions the Scriptures, and they furnish him with arguments as solid as they are numerous. They tell him, in particular, that the Holy Ghost is united to the Son by relations just like those existing between the Son and the Father; that He is sent by the Son; that He is His mouth-piece and glorifies Him; that, unlike creatures, He has not been made out of nothing, but comes forth from God; that He performs a sanctifying work among men, of which no creature is capable; that in possessing Him we possess God; that the Father created everything by Him; that, in fine, He is immutable, has the attributes of immensity, oneness, and has a right to all the appellations that are used to express the dignity of the Son. Most of these conclusions he supports by means of Scripturaltexts, a few from amongst which are given above. But the writer lays special stress on what is read in Matthew 28:19. "The Lord", he writes (Ad Serap., III, n. 6, in P.G., XXVI, 633 sq.), "founded the Faith of the Church on the Trinity, when He said to His Apostles: 'Going therefore, teach ye all nations; baptizing them in the name of the Father, and of the Son, and of the Holy Ghost.' If the Holy Ghost were a creature, Christ would not have associated Him with the Father; He would have avoided making a heterogeneous Trinity, composed of unlike elements. What did God stand in need of? Did He need to join to Himself a being of different nature? . . . No, theTrinity is not composed of the Creator and the creature."

A little later, St. Basil, Didymus of Alexandria, St. Epiphanius, St. Gregory of Nazianzus, St. Ambrose, and St. Gregory of Nyssa took up the same thesis ex professo, supporting it for the most part with the same proofs. All these writings had prepared the way for the Council of Constantinople which, in 381, condemned thePneumatomachians and solemnly proclaimed the true doctrine. This teaching forms part of the Creed of Constantinople, as it is called, where the symbol refers to the Holy Ghost, "Who is also our Lord and Who gives life; Who proceeds from the Father, Who is adored and glorified together with the Father and the Son; Who spoke by the prophets". Was this creed, with these particular words, approved by the council of 381? Formerly that was the common opinion, and even in recent times it has been held by authorities like Hefele, Hergenröther, andFunk; other historians, amongst whom are Harnack and Duchesne, are of the contrary opinion; but all agree in admitting that the creed of which we are speaking was received and approved by the Council of Chalcedon, in 451, and that, at least from that time, it became the official formula of Catholic orthodoxy.

Procession of the Holy Ghost

We need not dwell at length on the precise meaning of the Procession in God. (See TRINITY.) It will suffice here to remark that by this word we mean the relation of origin that exists between one Divine Person and another, or between one and the two others as its principle of origin. The Son proceeds from the Father; the Holy Ghost proceeds from the Father and the Son. The latter truth will be specially treated here.

A

That the Holy Ghost proceeds from the Father has always been admitted by all Christians; the truth is expressly stated in John 15:26. But the Greeks, after Photius, deny that He proceeds from the Son. And yet such is manifestly the teaching of Holy Scripture and the Fathers.

In the New Testament

(a) The Holy Ghost is called the Spirit of Christ (Romans 8:9), the Spirit of the Son (Galatians 4:6), the Spirit ofJesus (Acts 16:7). These terms imply a relation of the Spirit to the Son, which can only be a relation of origin. This conclusion is so much the more indisputable as all admit the similar argument to explain why the Holy Ghost is called the Spirit of the Father. Thus St. Augustine argues (Tractate 99 on the Gospel of John, nos. 6-7): "You hear the Lord himself declare: 'It is not you that speak, but the Spirit of your Father that speaketh in you'. Likewise you hear the Apostle declare: 'God hath sent the Spirit of His Son into your hearts. Could there then be two spirits, one the spirit of the Father, the other the spirit of the Son? Certainly not. Just as there is only one Father, just as there is only one Lord or one Son, so there is only one Spirit, Who is, consequently, the Spirit of both. . . Why then should you refuse to believe that He proceeds also from the Son, since He is also the Spirit of the Son? If He did not proceed from Him, Jesus, when He appeared to His disciples after His Resurrection, would not have breathed on them, saying: 'Receive ye the Holy Ghost'. What, indeed, does this breathing signify, but that the Spirit proceeds also from Him?" St. Athanasius had argued in exactly the same way (De Trinit. et Spir. S., n. 19, in P.G., XXVI, 1212), and concluded: "We say that the Son of God is also the source of the Spirit."

(b) The Holy Ghost receives from the Son, according to John 16:13-15: "When he, the Spirit of truth, is come he will teach you all truth. For he shall not speak of himself; but what things soever he shall hear, he shall speak; and the things that are to come, he shall shew you. He shall glorify me; because he shall receive of mine, and shall shew it to you. All things whatsoever the Father hath, are mine. Therefore I said, that he shall receive of mine, and shew it to you." Now, one Divine Person can receive from another only by Procession, being related to that other as to a principle. What the Paraclete will receive from the Son is immanent knowledge, which He will afterwards manifest exteriorly. But this immanent knowledge is the very essence of the Holy Ghost. The latter, therefore, has His origin in the Son, the Holy Ghost proceeds from the Son. "He shall not speak of Himself", saysSt. Augustine (Tractate 99 on the Gospel of John, no. 4), "because He is not from Himself, but He shall tell you all He shall have heard. He shall hear from him from whom He proceeds. In His case, to hear is to know, and toknow is to be. He derives His knowledge from Him from Whom He derives His essence." St. Cyril of Alexandriaremarks that the words: "He shall receive of mine" signify "the nature" which the Holy Ghost has from the Son, as the Son has His from the Father (De Trinit., dialog. vi, in P.G., LXXV, 1011). Besides, Jesus gives this reason of His assertion: "He shall receive of mine": "All things whatsoever the Father hath, are mine Now, since the Father has with regard to the Holy Ghost the relation we term Active Spiration, the Son has it also; and in theHoly Ghost there exists, consequently, with regard to both, Passive Spiration or Procession.

The same truth has been constantly held by the Fathers

This fact is undisputed as far as the Western Fathers are concerned; but the Greeks deny it in the case of theEasterns. We will cite, therefore, a few witnesses from among the latter. The testimony of St. Athanasius has been quoted above, to the effect that "the Son is the source of the Spirit", and the statement of Cyril of Alexandria that the Holy Ghost has His "nature" from the Son. The latter saint further asserts (Thesaur., assert. xxxiv in P.G., LXXV, 585); "When the Holy Ghost comes into our hearts, He makes us like to God, because He proceeds from the Father and the Son"; and again (Epist., xvii, Ad Nestorium, De excommunicatione in P.G., LXXVII, 117): "The Holy Ghost is not unconnected with the Son, for He is called the Spirit of Truth, and Christ is the Truth; so He proceeds from Him as well as from God the Father." St. Basil (On the Holy Spirit 18) wishes us not to depart from the traditional order in mentioning the Three Divine Persons, because "as the Son is to the Father, so is the Spirit to the Son, in accordance with the ancient order of the names in the formula of baptism".St. Epiphanius writes (Ancor., viii, in P.G., XLIII, 29, 30) that the Paraclete "is not to be considered as unconnected with the Father and the Son, for He is with Them one in substance and divinity", and states that "He is from the Father and the Son"; a little further, he adds (op. cit., xi, in P.G., XLIII, 35): "No one knows theSpirit, besides the Father, except the Son, from Whom He proceeds and of Whom He receives." Lastly, a councilheld at Seleucia in 410 proclaims its faith "in the Holy Living Spirit, the Holy Living Paraclete, Who proceeds from the Father and the Son" (Lamy, "Concilium Seleuciæ", Louvain, 1868).

However, when we compare the Latin writers, as a body, with the Eastern writers, we notice a difference in language: while the former almost unanimously affirm that the Holy Ghost proceeds from the Father and from theSon, the latter generally say that He proceeds from the Father through the Son. In reality the thought expressed by both Greeks and Latins is one and the same, only the manner of expressing it is slightly different: the Greekformula ek tou patros dia tou ouiou expresses directly the order according to which the Father and the Son are the principle of the Holy Ghost, and implies their equality as principle; the Latin formula expresses directly this equality, and implies the order. As the Son Himself proceeds from the Father, it is from the Father that He receives, with everything else, the virtue that makes Him the principle of the Holy Ghost. Thus, the Father alone is principium absque principio, aitia anarchos prokatarktike, and, comparatively, the Son is an intermediate principle. The distinct use of the two prepositions, ek (from) and dia (through), implies nothing else. In the thirteenth and fourteenth centuries, the Greek theologians Blemmidus, Beccus, Calecas, and Bessarion called attention to this, explaining that the two particles have the same signification, but that from is better suited to the First Person, Who is the source of the others, and through to the Second Person, Who comes from the Father. Long before their time St. Basil had written (On the Holy Spirit 8.21): "The expression di ou expresses acknowledgment of the primordial principle [ tes prokatarktikes aitias]"; and St. Chrysostom (Homily 5 on the Gospel of John, no. 2): "If it be said through Him, it is said solely in order that no one may imagine that the Sonis not generated": It may be added that the terminology used by the Eastern and Western writers, respectively, to express the idea is far from being invariable. Just as Cyril, Epiphanius, and other Greeks affirm the Processionex utroque, so several Latin writers did not consider they were departing from the teaching of their Church in expressing themselves like the Greeks. Thus Tertullian (Against Praxeas 4): "Spiritum non aliunde puto quam a Patre per Filium"; and St. Hilary (On the Holy Trinity XII.57), addressing himself to the Father, protests that he wishes to adore, with Him and the Son "Thy Holy Spirit, Who comes from Thee through thy only Son". And yet the same writer had said, a little higher (op. cit., lib. II, 29, in P.L., X, 69), "that we must confess the Holy Ghost coming from the Father and the Son", a clear proof that the two formulæ were regarded as substantially equivalent.

B

Proceeding both from the Father and the Son, the Holy Ghost, nevertheless, proceeds from Them as from a single principle. This truth is, at the very least insinuated in the passage of John 16:15 (cited above), where Christestablishes a necessary connection between His own sharing in all the Father has and the Procession of the Holy Ghost. Hence it follows, indeed, that the Holy Ghost proceeds from the two other Persons, not in so far as They are distinct, but inasmuch as Their Divine perfection is numerically one. Besides, such is the explicit teaching ofecclesiastical tradition, which is concisely put by St. Augustine (On the Holy Trinity V.14): "As the Father and theSon are only one God and, relatively to the creature, only one Creator and one Lord, so, relatively to the Holy Ghost, They are only one principle." This doctrine was defined in the following words by the Second Ecumenical Council of Lyons [Denzinger, "Enchiridion" (1908), n. 460]: "We confess that the Holy Ghost proceeds eternallyfrom the Father and the Son, not as from two principles, but as from one principle, not by two spirations, but by one single spiration." The teaching was again laid down by the Council of Florence (ibid., n. 691), and by Eugene IV in his Bull "Cantate Domino" (ibid., n. 703 sq.).

C

It is likewise an article of faith that the Holy Ghost does not proceed, like the Second Person of the Trinity, by way of generation. Not only is the Second Person alone called Son in the Scriptures, not only is He alone said to be begotten, but He is also called the only Son of God; the ancient symbol that bears the name of Saint Athanasius states expressly that "the Holy Ghost comes from the Father and from the Son not made, not created, not generated, but proceeding". As we are utterly incapable of otherwise fixing the meaning of the mysteriousmode affecting this relation of origin, we apply to it the name spiration, the signification of which is principally negative and by way of contrast, in the sense that it affirms a Procession peculiar to the Holy Ghost and exclusive of filiation. But though we distinguish absolutely and essentially between generation and spiration, it is a very delicate and difficult task to say what the difference is. St. Thomas (I.27), following St. Augustine (On the Holy Trinity XV.27), finds the explanation and, as it the were, the epitome, of the doctrine in principle that, in God, theSon proceeds through the Intellect and the Holy Ghost through the Will. The Son is, in the language of Scripture, the image of the Invisible God, His Word, His uncreated wisdom. God contemplates Himself and knows Himself from all eternity, and, knowing Himself, He forms within Himself a substantial idea of Himself, and this substantialthought is His Word. Now every act of knowledge is accomplished by the production in the intellect of a representation of the object known; from this head, then the process offers a certain analogy with generation, which is the production by a living being of a being partaking of the same nature; and the analogy is only so much the more striking when there is question of this act of Divine knowledge, the eternal term of which is asubstantial being, consubstantial within the knowing subject. As to the Holy Ghost, according to the commondoctrine of theologians, He proceeds through the will. The Holy Spirit, as His name indicates, is Holy in virtue of His origin, His spiration; He comes therefore from a holy principle; now holiness resides in the will, as wisdom is in the intellect. That is also the reason why He is so often called par excellence, in the writings of the Fathers,Love and Charity. The Father and the Son love one another from all eternity, with a perfect ineffable love; the term of this infinite fruitful mutual love is Their Spirit Who is co-eternal and con-substantial with Them. Only, theHoly Ghost is not indebted to the manner of His Procession precisely for this perfect resemblance to His principle, in other words for His consubstantiality; for to will or love an object does not formally imply the production of itsimmanent image in the soul that loves, but rather a tendency, a movement of the will towards the thing loved, to be united to it and enjoy it. So, making every allowance for the feebleness of our intellects in knowing, and the unsuitability of our words for expressing the mysteries of the Divine life, if we can grasp how the wordgeneration, freed from all the imperfections of the material order may be applied by analogy to the Procession of the Word, so we may see that the term can in no way befittingly applied to the Procession of the Holy Ghost.

Filioque

Having treated of the part taken by the Son in the Procession of the Holy Ghost, we come next to consider the introduction of the expression Filioque into the Creed of Constantinople. The author of the addition is unknown, but the first trace of it is found in Spain. The Filioque was successively introduced into the Symbol of the Councilof Toledo in 447, then, in pursuance of an order of another synod held in the same place (589), it was inserted in the Niceno-Constantinopolitan Creed. Admitted likewise into the Symbol Quicumque, it began to appear in Francein the eighth century. It was chanted in 767, in Charlemagne's chapel at Gentilly, where it was heard by ambassadors from Constantine Copronymnus. The Greeks were astonished and protested, explanations were given by the Latins, and many discussions followed. The Archbishop of Aquileia, Paulinus, defended the addition at the Council of Friuli, in 796. It was afterwards accepted by a council held at Aachen, in 809. However, as it proved a stumbling-block to the Greeks Pope Leo III disapproved of it; and, though he entirely agreed with theFranks on the question of the doctrine, he advised them to omit the new word. He himself caused two large silver tablets, on which the creed with the disputed expression omitted was engraved to be erected in St. Peter's. His advice was unheeded by the Franks; and, as the conduct and schism of Photius seemed to justify the Westerns in paying no more regard to the feelings of the Greeks, the addition of the words was accepted by the Roman Church under Benedict VIII (cf. Funk, "Kirchengeschichte", Paderborn, 1902, p. 243).

The Greeks have always blamed the Latins for making the addition. They considered that, quite apart from the question of doctrine involved by the expression, the insertion was made in violation of a decree of the Council of Ephesus, forbidding anyone "to produce, write, or compose a confession of faith other than the one defined by the Fathers of Nicæa". Such a reason will not bear examination. Supposing the truth of the dogma (established above), it is inadmissible that the Church could or would have deprived herself of the right to mention it in thesymbol. If the opinion be adhered to, and it has strong arguments to support it, which considers that the developments of the Creed in what concerns the Holy Ghost were approved by the Council of Constantinople (381), at once it might be laid down that the bishops at Ephesus (431) certainly did not think of condemning or blaming those of Constantinople. But, from the fact that the disputed expression was authorized by the Council of Chalcedon, in 451, we conclude that the prohibition of the Council of Ephesus was never understood, and ought not to be understood, in an absolute sense. It may be considered either as a doctrinal, or as a merely disciplinary pronouncement. In the first case it would exclude any addition or modification opposed to, or at variance with, the deposit of Revelation; and such seems to be its historic import, for it was proposed and accepted by theFathers to oppose a formula tainted with Nestorianism. In the second case considered as a disciplinary measure, it can bind only those who are not the depositaries of the supreme power in the Church. The latter, as it is theirduty to teach the revealed truth and to preserve it from error, possess, by Divine authority, the power and rightto draw up and propose to the faithful such confessions of faith as circumstances may demand. This right is as unconfinable as it is inalienable.

Gifts of the Holy Ghost

This title and the theory connected with it, like the theory of the fruits of the Holy Ghost and that of the sinsagainst the Holy Ghost, imply what theologians call appropriation. By this term is meant attributing especially to one Divine Person perfections and exterior works which seem to us more clearly or more immediately to be connected with Him, when we consider His personal characteristics, but which in reality are common to the ThreePersons. It is in this sense that we attribute to the Father the perfection of omnipotence, with its most striking manifestations, e.g. the Creation, because He is the principle of the two other Persons; to the Son we attribute wisdom and the works of wisdom, because He proceeds from the Father by the Intellect; to the Holy Ghost we attribute the operations of grace and the sanctification of souls, and in particular spiritual gifts and fruits, because He proceeds from the Father and the Son as Their mutual love and is called in Holy Writ the goodness and thecharity of God.

The gifts of the Holy Ghost are of two kinds: the first are specially intended for the sanctification of the personwho receives them; the second, more properly called charismata, are extraordinary favours granted for the help of another, favours, too, which do not sanctify by themselves, and may even be separated from sanctifying grace. Those of the first class are accounted seven in number, as enumerated by Isaias (11:2-3), where theprophet sees and describes them in the Messias. They are the gifts of wisdom, understanding, counsel, fortitude,knowledge, piety (godliness), and fear of the Lord.
  • The gift of wisdom, by detaching us from the world, makes us relish and love only the things of heaven.
  • The gift of understanding helps us to grasp the truths of religion as far as is necessary.
  • The gift of counsel springs from supernatural prudence, and enables us to see and choose correctly what will help most to the glory of God and our own salvation.
  • By the gift of fortitude we receive courage to overcome the obstacles and difficulties that arise in the practice of our religious duties.
  • The gift of knowledge points out to us the path to follow and the dangers to avoid in order to reach heaven.
  • The gift of piety, by inspiring us with a tender and filial confidence in God, makes us joyfully embrace all that pertains to His service.
  • Lastly, the gift of fear fills us with a sovereign respect for God, and makes us dread, above all things, to offend Him.
As to the inner nature of these gifts, theologians consider them to be supernatural and permanent qualities, which make us attentive to the voice of God, which render us susceptible to the workings of actual grace, which make us love the things of God, and, consequently, render us more obedient and docile to the inspirations of the Holy Ghost.

But how do they differ from the virtues? Some writers think they are not really distinct from them, that they are the virtues inasmuch as the latter are free gifts of God, and that they are identified essentially with grace,charity, and the virtues. That opinion has the particular merit of avoiding a multiplication of the entities infused into the soul. Other writers look upon the gifts as perfections of a higher order than the virtues; the latter, they say, dispose us to follow the impulse and guidance of reason; the former are functionally intended to render thewill obedient and docile to the inspirations of the Holy Ghost. For the former opinion, see Bellevüe, "L'uvre du Saint-Esprit" (Paris, 1902), 99 sq.; and for the latter, see St. Thomas, I-II.68.1, and Froget, "De l'habitation du Saint-Esprit dans les âmes justes" (Paris, 1900), 378 sq.

The gifts of the second class, or charismata, are known to us partly from St. Paul, and partly from the history of the primitive Church, in the bosom of which God plentifully bestowed them. Of these "manifestations of the Spirit", "all these things [that] one and the same Spirit worketh, dividing to every one according as he will", the Apostle speaks to us, particularly in 1 Corinthians 12:6-11 and 12:28-31; and Romans 12:6-8.

In the first of these three passages we find nine charismata mentioned: the gift of speaking with wisdom, the giftof speaking with knowledge, faith, the grace of healing, the gift of miracles, the gift of prophecy, the gift of discerning spirits, the gift of tongues, the gift of interpreting speeches. To this list we must at least add, as being found in the other two passages indicated, the gift of government, the gift of helps, and perhaps what Paul callsdistributio and misericordia. However, exegetes are not all agreed as to the number of the charismata, or thenature of each one of them; long ago, St. Chrysostom and St. Augustine had pointed out the obscurity of the question. Adhering to the most probable views on the subject, we may at once classify the charismata and explain the meaning of most of them as follows. They form four natural groups:
  • Two charismata which regard the teaching of Divine things: sermo sapientiæ, sermo scientiæ, the former relating to the exposition of the higher mysteries, the latter to the body of Christian truths.
  • Three charismata that lend support to this teaching: fides, gratia sanitatum, operatio virtutum. The faithhere spoken of is faith in the sense used by Matthew 17:19: that which works wonders; so it is, as it were, acondition and a part of the two gifts mentioned with it.
  • Four charismata that served to edify, exhort, and encourage the faithful, and to confound the unbelievers:prophetia, discretio spirituum, genera linguarum, interpretatio sermonum. These four seem to fall logicallyinto two groups; for prophecy, which is essentially inspired pronouncement on different religious subjects, the declaration of the future being only of secondary import, finds its complement and, as it were, its check in the gift of discerning spirits; and what, as a rule, would be the use of glossololia — the gift of speaking with tongues — if the gift of interpreting them were wanting?
  • Lastly there remain the charismata that seem to have as object the administration of temporal affairs, amidworks of charity: gubernationes, opitulationes, distributiones. Judging by the context, these gifts, though conferred and useful for the direction and comfort of one's neighbour, were in no way necessarily found in allecclesiastical superiors.
The charismata, being extraordinary favours and not requisite for the sanctification of the individual, were not bestowed indiscriminately on all Christians. However, in the Apostolic Age, they were comparatively common, especially in the communities of Jerusalem, Rome, and Corinth. The reason of this is apparent: in the infantChurches the charismata were extremely useful, and even morally necessary, to strengthen the faith of believers, to confound the infidels, to make them reflect, and to counterbalance the false miracles with which they sometimes prevailed. St. Paul was careful (1 Corinthians 12-14) to restrict authoritatively the use of thesecharismata within the ends for which they were bestowed, and thus insist upon their subordination to the power of the hierarchy. Cf. Batiffol, "L'Église naissante et le catholicisme" (Paris, 1909), 36. (See CHARISMATA.)

Fruits of the Holy Ghost

Some writers extend this term to all the supernatural virtues, or rather to the acts of all these virtues, inasmuch as they are the results of the mysterious workings of the Holy Ghost in our souls by means of His grace. But, withSt. Thomas, I-II.70.2, the word is ordinarily restricted to mean only those supernatural works that are donejoyfully and with peace of soul. This is the sense in which most authorities apply the term to the list mentioned bySt. Paul (Galatians 5:22-23): "But the fruit of the Spirit is, charity, joy, peace, patience, benignity, goodness, longanimity, mildness, faith, modesty, continency, chastity." Moreover, there is no doubt that this list of twelve — three of the twelve are omitted in several Greek and Latin manuscripts — is not to be taken in a strictly limited sense, but, according to the rules of Scriptural language, as capable of being extended to include all acts of a similar character. That is why the Angelic Doctor says: "Every virtuous act which man performs with pleasure is a fruit." The fruits of the Holy Ghost are not habits, permanent qualities, but acts. They cannot, therefore, be confounded with the virtues and the gifts, from which they are distinguished as the effect is from its cause, or the stream from its source. The charity, patience, mildness, etc., of which the Apostle speaks in this passage, are not then the virtues themselves, but rather their acts or operations; for, however perfect the virtues may be, they cannot be considered as the ultimate effects of grace, being themselves intended, inasmuch as they are active principles, to produce something else, i.e. their acts. Further, in order that these acts may fully justify their metaphorical name of fruits, they must belong to that class which are performed with ease and pleasure; in other words, the difficulty involved in performing them must disappear in presence of the delight and satisfaction resulting from the good accomplished.

Sins against the Holy Ghost

The sin or blasphemy against the Holy Ghost is mentioned in Matthew 12:22-32; Mark 3:22-30; Luke 12:10 (cf.11:14-23); and Christ everywhere declares that it shall not be pardoned. In what does it consist? If we examine all the passages alluded to, there can be little doubt as to the reply.

Let us take, for instance, the account given by St. Matthew which is more complete than that of the otherSynoptics. There had been brought to Christ "one possessed with a devil, blind and dumb: and he healed him, so that he spoke and saw". While the crowd is wondering, and asking: "Is not this the Son of David?", the Pharisees, yielding to their wonted jealousy, and shutting their eyes to the light of evidence, say: "This man casteth not out devils but by Beelzebub the prince of the devils." Jesus then proves to them this absurdity, and, consequently, the malice of their explanation; He shows them that it is by "the Spirit of God" that He casts out devils, and then He concludes: "therefore I say to you: Every sin and blasphemy shall be forgiven men, but the blasphemy of the Spirit shall not be forgiven. And whosoever shall speak a word against the Son of man, it shall be forgiven him: but he that shall speak against the Holy Ghost, it shall not he forgiven him, neither in this world, nor in the world to come."

So, to sin against the Holy Ghost is to confound Him with the spirit of evil, it is to deny, from pure malice, the Divine character of works manifestly Divine. This is the sense in which St. Mark also defines the sin question; for, after reciting the words of the Master: "But he that shall blaspheme against the Holy Ghost shall never have forgiveness", he adds at once: "Because they said: He hath an unclean spirit." With this sin of pure downrightmalice, Jesus contrasts the sin "against the Son of man", that is the sin committed against Himself as man, the wrong done to His humanity in judging Him by His humble and lowly appearance. This fault, unlike the former, might he excused as the result of man's ignorance and misunderstanding.

But the Fathers of the Church, commenting on the Gospel texts we are treating of, did not confine themselves to the meaning given above. Whether it be that they wished to group together all objectively analogous cases, or whether they hesitated and wavered when confronted with this point of doctrine, which St. Augustine declares (Serm. ii de verbis Domini, c. v) one of the most difficult in Scripture, they have proposed different interpretations or explanations.

St. Thomas, whom we may safely follow, gives a very good summary of opinions in II-II.14. He says thatblasphemy against the Holy Ghost was and may be explained in three ways.
  • Sometimes, and in its most literal signification, it has been taken to mean the uttering of an insult against the Divine Spirit, applying the appellation either to the Holy Ghost or to all three Divine persons. This was the sin of the Pharisees, who spoke at first against "the Son of Man", criticizing the works and human ways of Jesus, accusing Him of loving good cheer and wine, of associating with the publicans, and who, later on, with undoubted bad faith, traduced His Divine works, the miracles which He wrought by virtue of His own Divinity.
  • On the other hand, St. Augustine frequently explains blasphemy against the Holy Ghost to be final impenitence, perseverance till death in mortal sin. This impenitence is against the Holy Ghost, in the sense that it frustrates and is absolutely opposed to the remission of sins, and this remission is appropriated to theHoly Ghost, the mutual love of the Father and the Son. In this view, Jesus, in Matthew 12 and Mark 3 did not really accuse the Pharisees of blaspheming the Holy Ghost, He only warned them against the danger they were in of doing so.
  • Finally, several Fathers, and after them, many scholastic theologians, apply the expression to all sins directly opposed to that quality which is, by appropriation, the characteristic quality of the Third Divine Person.Charity and goodness are especially attributed to the Holy Ghost, as power is to the Father and wisdom to the Son. Just, then, as they termed sins against the Father those that resulted from frailty, and sins against the Son those that sprang from ignorance, so the sins against the Holy Ghost are those that are committed from downright malice, either by despising or rejecting the inspirations and impulses which, having been stirred in man's soul by the Holy Ghost, would turn him away or deliver him from evil.
It is easy to see how this wide explanation suits all the circumstances of the case where Christ addresses the words to the Pharisees. These sins are commonly reckoned six: despair, presumption, impenitence or a fixed determination not to repent, obstinacy, resisting the known truth, and envy of another's spiritual welfare.

The sins against the Holy Ghost are said to be unpardonable, but the meaning of this assertion will vary very much according to which of the three explanations given above is accepted. As to final impenitence it is absolute; and this is easily understood, for even God cannot pardon where there is no repentance, and the moment of death is the fatal instant after which no mortal sin is remitted. It was because St. Augustine considered Christ'swords to imply absolute unpardonableness that he held the sin against the Holy Ghost to be solely final impenitence. In the other two explanations, according to St. Thomas, the sin against the Holy Ghost is remissable — not absolutely and always, but inasmuch as (considered in itself) it has not the claims and extenuating circumstance, inclining towards a pardon, that might be alleged in the case of sins of weakness and ignorance. He who, from pure and deliberate malice, refuses to recognize the manifest work of God, or rejects the necessarymeans of salvation, acts exactly like a sick man who not only refuses all medicine and all food, but who does all in his power to increase his illness, and whose malady becomes incurable, due to his own action. It is true, that in either case, God could, by a miracle, overcome the evil; He could, by His omnipotent intervention, either nullify the natural causes of bodily death, or radically change the will of the stubborn sinner; but such intervention is not in accordance with His ordinary providence; and if he allows the secondary causes to act, if He offers the free human will of ordinary but sufficient grace, who shall seek cause of complaint? In a word, the irremissableness of the sins against the Holy Ghost is exclusively on the part of the sinner, on account of the sinner's act.

Sources

On the dogma see: ST. THOMAS, Summa Theol., I, Q. xxxvi-xliii; FRANZELIN, De Deo Trino (Rome, 1881); C. PESCH, Pælectiones dogmaticæ, II (Freiburg im Br., 1895) POHLE, Lehrbuch der Dogmatik, I (Paderborn, 1902); TANQUEREY, Synop. Theol. dogm. spec., I, II (Rome, 1907-8). Concerning the Scriptural arguments for the dogma: WINSTANLEY, Spirit in the New Testament (Cambridge, 1908); LEMONNYER, Epîtres de S. Paul, I (Paris, 1905). Concerning tradition: PETAVIUS, De Deo Trino in his Dogmata theologica; SCHWANE, Dogmengeschichte, I (Freiburg im Br., 1892); DE REGNON, Etudes théologiques sur la Sainte Trinité (Paris, 1892); TIXERONT, Hist. Des dogmes, I (Paris, 1905); TURMEL, Hist. de la théol. positive (Paris, 1904).

Forget, Jacques. "Holy Ghost." The Catholic Encyclopedia. Vol. 7. New York: Robert Appleton Company, 1910. 4 Jun. 2017<http://www.newadvent.org/cathen/07409a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by W.S. French, Jr.

Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. June 1, 1910. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.