vendredi 9 décembre 2011

CREDO- SYMBOLE DES APÔTRES (VII) : descendit ad inferos


Youssef al-Musawwer, Icône de l’Anastasis, 1645, 81X 63 (collection Abou Adal)

L’icône de l’Anastasis

Publié le : 21 Avril 2019

Le blog "Patrimoine des Chrétiens d'Orient" vous emmène à la découverte des icônes orientales, sous la plume du professeur Charbel Nassif. L'icône que l'on découvre aujourd'hui illustre le thème de l'Anastasis, représentation de la Résurrection du Christ, vainqueur des ténèbres après avoir brisé les portes de l'Enfer.

Dans la tradition byzantine, on connaît deux représentations iconographiques de la Résurrection du Christ, celle de la descente aux Enfers ou l’Anastasis, qui remonte au VIIIe siècle, et celle du tombeau vide. Cette dernière a été très tôt liée liturgiquement à la mémoire des femmes myrrhophores que la tradition byzantine fête le deuxième dimanche après Pâques, alors que l’Anastasis est considérée comme la véritable scène de la Résurrection.

Cette iconographie est fondée sur l’évangile apocryphe de Nicodème (IVe siècle) selon lequel le Christ pénétra dans le monde infernal en fracassant tout ; les démons reconnurent leur défaite, le Christ livra Satan à la puissance de l’Enfer et tira Adam vers sa lumière éclatante. Quelques éléments peuvent être également repérés dans la Bible (Jb 25, 5-6 ; Os 6, 1-12 ; Is 33, 9-11 ; 1P 3, 19 ; Eph 4, 9-10).

Notre icône fait partie de la collection Abou Adal. Elle a été peinte par le peintre alépin Youssef Al-Musawwer en 1645. Ses dimensions sont de 81 cm de hauteur et de 63 cm de largeur. Elle porte l’inscription Η ΑΝΑCΤΑCΙC (la Résurrection). Nous pouvons lire, sur le fond or de l’icône en haut, une dédicace en arabe qui nous donne des renseignements, sur le nom de l’église à qui cette icône a été constituée waqf (1), le nom de l’évêque, la date et le nom du peintre :

« Cette icône a été constituée 'waqf' à l’église de la Sainte-Vierge […] par l’humble serviteur Youssef Al-Musawwer durant l’épiscopat du Catholique Kyr Malātyūs l’alépin en l’an sept mille cent cinquante-trois depuis Adam » (2).

Cette dédicace ne mentionne pas le nom du peintre. Néanmoins, il nous est difficile de croire qu’un peintre pouvait offrir l’œuvre d’un autre peintre. En outre, Youssef ajoute le qualificatif « Al-Musawwer » qui signifie « le peintre » ce qui confirme qu’il est bel et bien le peintre de cette icône. Par conséquent, nous pourrions supposer que cette icône a été offerte par Youssef Al-Musawwer, en tant que peintre et fidèle melkite, à son église paroissiale et ce durant l’épiscopat de Malātyūs Al-Za’īm, évêque d’Alep de 1635 à 1647, date à laquelle il fut élu patriarche sous le nom de Makāryūs III.
Le Christ jaillissant occupe le centre de la composition de cette icône peinte sur un fond doré. Son corps paraît suspendu dans l’espace : avec son corps ressuscité, il échappe aux lois du monde. Le Christ piétine les portes de l’Enfer après les avoir brisées. Il est vêtu d’une tunique blanche surmontée d’un himation doré. Il est entouré d’une mandorle composée de plusieurs nuances de bleu traversées des rayons de lumière émanant de son corps. Il saisit le poignet d’Adam et celui d’Ève qu’il arrache vigoureusement des ténèbres de la mort. La seconde main d’Ève est couverte de son maphorion en signe de révérence. Elle est habillée en rouge, symbole de la chair et de l’humanité, elle est la mère des vivants. Adam et Ève se tiennent sur un rocher qui forme une montagne à double sommet. De part et d’autre du Christ, figurent deux groupes de personnages de l’Ancien Testament. Derrière Adam, au premier rang, figurent Jean-Baptiste (ΙW[ΑΝΝΗC]) le Précurseur montrant le Christ des mains ainsi que les prophètes Zacharie (ΖΑΧΑΡΙΑ) et Moïse (ΜΟΥCΙC). Derrière Ève se tiennent, au premier rang, quatre rois du royaume d’Israël richement vêtus en train de se regarder et désignant eux aussi le Christ ressuscité. Parmi eux, nous distinguons David et Salomon. Derrière eux figurent les prophètes Daniel (ΔΑΝΙΗΛ) et Isaïe (ΗCΑΙΑ) qui avaient prophétisé la venue du Christ. Des clous et des serrures jonchent le trou noir des Enfers semblable à une caverne. Satan apparaît, sous une forme répugnante, émergeant d’un feu entre deux sarcophages en petites dimensions. Au-dessus des montagnes apparaissent les anges Gabriel (Γ) et Michel (M) les mains couvertes tenant les instruments de la Passion. Gabriel tient l’éponge et la lance et Michel la croix glorieuse.

Sur cette icône, Satan est représenté de profil, en buste, entouré des flammes de feu, levant sa tête pour regarder le Christ. Satan lève également ses deux mains pour montrer sa défaite et sa soumission au Christ. La liturgie byzantine du Samedi Saint évoque cette défaite :

Aujourd’hui l’Enfer s’écrie en gémissant : Mon pouvoir est aboli, j’ai reçu un mort semblable à tous les morts, mais je ne puis le retenir : il me dépouille de tous me sujets, il ressuscite ceux que depuis les siècles je tenais captifs ! Nous glorifions, Seigneur, ta Croix en ta sainte Résurrection (3).

Satan est souvent représenté pendant la période byzantine allongé et enchaîné en dessus des portes des Enfers piétinées par le Christ, il est parfois piétiné par le Christ lui-même. Dans la période post-byzantine, on représentait souvent aux Enfers l’épisode de la lutte de l’Ange avec Satan, épisode inspirée de l’homélie d’Épiphane de Jérusalem.


Tu es descendu jusqu’au plus profond de la terre,
Tu as brisé, ô Christ, les verrous éternels
qui retenaient les captifs
et comme Jonas sortant de la baleine,
Tu es ressuscité du tombeau le troisième jour.

Christ est ressuscité des morts,

par la mort, il a vaincu la mort ;
à ceux qui sont dans les tombeaux,
il a donné la Vie.

Charbel Nassif
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Notes
1- Donation faite à perpétuité par un particulier à une œuvre d'utilité publique, pieuse ou charitable, ou à une ou plusieurs personnes.
2- اوقف هذه الايقونة على كنيسة السيدة [...] العبد الفقير يوسف المصور في رياسة السيد الكاثوليك ملاتيوس الحلبي في سنة سبعة الاف مئة وثلاثة وخمسين لآدم.
3- La septième stichère des vêpres du Samedi Saint.


Paragraphe 1. LE CHRIST EST DESCENDU AUX ENFERS

632 Les fréquentes affirmations du Nouveau Testament selon lesquelles Jésus " est ressuscité d’entre les morts " (Ac 315 ; Rm 811 ; 1 Co 1520présupposentpréalablement à la résurrection, que celui-ci soit demeuré dans le séjour des morts (cfHe 1320). C’est le sens premier que la prédication apostolique a donné à la descente de Jésus aux enfers : Jésus a connu la mort comme tous les hommes et les a rejoints par son âme au séjour des morts. Mais il y est descendu en Sauveurproclamant la bonne nouvelle aux esprits qui y étaient détenus(cf1 P 318-19).

633 Le séjour des morts où le Christ mort est descendu, l’Écriture l’appelle les enfers, le Shéol ou l’Hadès (cfPh 210 ; Ac 224 ; Ap 118 ; Ep 49) parce que ceux qui s’y trouvent sont privés de la vision de Dieu (cfPs 66 ; 8811-13). Tel est en effet, en attendant le Rédempteur, le cas de tous les mortsméchants ou justes (cfPs 8949 ; 1 S 2819 ; Ez 3217-32) ce qui ne veut pas dire que leur sort soit identique comme le montre Jésus dans la parabole du pauvre Lazare reçu dans " le sein d’Abraham " (cfLc 1622-26). " Ce sont précisément ces âmessaintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d’Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu’il descendit aux enfers " (Catech. R. 163). Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (cfCcRome de 745 : DS 587) ni pour détruire l’enfer de la damnation (cfDS 1011 ; 1077) mais pour libérer les justes qui l’avaient précédé (cfCcTolède IV en 625 : DS 485 ; Mt 2752-53).

634 " La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts... " (1 P 46). La descente aux enfers est l’accomplissementjusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésusphase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.

635 Le Christ est donc descendu dans la profondeur de la mort (cfMt 1224 ; Rm 107 ; Ep 49afin que " les morts entendent la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l’auront entenduevivent " (Jn 525). Jésus, " le Prince de la vie " (Ac 315), a " réduit à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et a affranchi tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort " (He 214-15). Désormais le Christ ressuscité " détient la clef de la mort et de l’Hadès " (Ap 118) et " au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers " (Ph 210).
Un grand silence règne aujourdhui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Evecaptive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils (...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enferRelève-toi d’entre les morts, je suis la Vie des morts’ (Ancienne homélie pour le Samedi Saint : PG 43440A452C461).

EN BREF

636 Dans l’expression " Jésus est descendu aux enfers ", le symbole confesse que Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, il a vaincu la mort et le diable " qui a la puissance de la mort " (He 214).

637 Le Christ mort, dans son âme unie à sa personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert aux justes qui l’avaient précédé les portes du ciel.

Catéchisme de l’Église Catholique



LXI. FRAGMENT SUR LA DESCENTE AUX ENFERS


Lorsque Jésus, poussant un grand cri, rendit sa très sainte âme, je la vis, semblable à une forme lumineuse. entrer en terre au pied de la croix ; plusieurs anges, parmi lesquels était Gabriel, l'accompagnaient. Je vis sa divinité rester unie avec son âme aussi bien qu'avec son corps suspendu sur la croix ; je ne puis exprimer comment cela se faisait. Je vis le lieu où l'âme de Jésus entra divisé en trois parties : c'étaient comme trois mondes ; j'eus le sentiment qu'ils étaient de forme ronde et que chacun d'eux avait sa sphère séparée.
Devant les limbes était un lieu plus clair et, pour ainsi dire, plus verdoyant et plus serein : c'est là que je vois entrer les âmes délivrées du purgatoire avant qu'elles soient conduites au ciel. Les limbes où se trouvaient ceux qui attendaient leur délivrance étaient entourés d'une sphère grisâtre et nébuleuse, et divisés en plusieurs cercles. Le Sauveur, resplendissant de lumière et conduit comme en triomphe par les anges, passa entre deux de ces cercles, dont celui de gauche renfermait les patriarches antérieurs à Abraham ; celui de droite, les âmes de ceux qui avaient vécu depuis Abraham jusqu'à saint Jean-Baptiste. Quand Jésus passa ainsi, ils ne le reconnurent pas encore, mais tout se remplit de joie et de désir, et il y eut comme une dilatation dans ces lieux étroits, séjour de l'attente et d'un désir plein d'angoisse. Jésus passa entre ces deux cercles jusque dans un lieu enveloppé de brouillards, où se trouvaient Adam et Eve ; il leur parla, et ils l'adorèrent avec un ravissement inexprimable. Le cortège du Seigneur, auquel s'était joint le premier couple humain, entra maintenant à gauche dans le cercle des patriarches antérieurs à Abraham : c'était une espèce de purgatoire. Parmi eux se trouvaient ça et là de mauvais esprits qui tourmentaient et inquiétaient de bien des manières les âmes de quelques-uns. Les anges frappèrent et ordonnèrent d'ouvrir, car il y avait là une entrée, une espèce de porte qui était fermée ; il me sembla que les anges disaient : “ Ouvrez les portes ” et Jésus entra en triomphe. Les mauvais esprits s'éloignèrent en criant : “  Qu'y a-t-il entre toi et nous ? que viens-tu faire ici ? veux-tu aussi nous crucifier ” ? Les anges les enchaînèrent et les chassèrent devant eux. Les âmes qui étaient en ce lieu n'avait qu'un faible pressentiment et une connaissance obscure de Jésus, il s'annonça à elles, et elles chantèrent ses louanges. L'âme du Seigneur se dirigea ensuite à droite, vers les limbes proprement dits ; il y rencontra l'âme du bon larron, conduite par les anges dans le sein d'Abraham, et celle du mauvais larron, que les démons menaient en enfer. L'âme de Jésus leur adressa la parole ; puis, accompagnée des anges, des âmes délivrées et des mauvais esprits captifs, elle entra dans le sein d'Abraham.
Ce lieu me parut un peu plus élevé ; c'est comme quand on monte de l'église souterraine dans l'église supérieure. Les démons enchaînés résistaient et ne voulaient pas entrer la, mais les anges les y forcèrent. Là se trouvaient tous les saints Israélites : à gauche, les patriarches, Moïse, les juges et les rois ; à droite, les prophètes, les ancêtres du Christ et ses parents, tels que Joachim, Anne, Joseph, Zacharie, Elisabeth et Jean. Il n'y avait point de mauvais esprits en ce lieu : la seule peine qu'on y éprouvât était l'ardent désir de l'accomplissement de la promesse, lequel se trouvait maintenant satisfait. Une joie et un bonheur inexprimables entrèrent dans toutes ces âmes, qui saluèrent et adorèrent le Rédempteur ; quant aux mauvais esprits enchaînés, ils furent forcés de confesser devant elles la honte de leur défaite. Plusieurs d'entre elles furent envoyées sur la terre pour reprendre momentanément leurs corps et rendre témoignage au Sauveur. Ce fut dans ce moment que tant de morts sortirent de leurs tombeaux à Jérusalem. Ils apparurent comme des cadavres errants, et déposèrent de nouveau leurs corps dans la terre, de même qu'un messager de la justice dépose son manteau officiel lorsqu'il a rempli l'ordre de ses supérieurs.
Je vis ensuite le cortège triomphal du Sauveur entrer dans une sphère plus profonde, où se trouvaient, dans une espèce de lieu de purification, les pieux païens qui avaient pressenti la vérité et l'avaient désirée. Il y avait de mauvais esprits parmi eux, car ils avaient des idoles. Je vis les démons forcés de confesser leur fraude, et ces âmes adorèrent le Seigneur avec une joie touchante. Les démons jurent encore ici enchaînés et emmenés captifs. Je vis ainsi Jésus traverser rapidement en triomphateur et en libérateur beaucoup de lieux où des âmes étaient renfermées et accomplir une infinité de choses ; mais mon triste état ne me permet pas de tout raconter.
Je le vis enfin s'approcher avec un air sévère du centre de l'abîme. L'enfer m'apparut sous la forme d'un édifice immense, effrayant, formé de noirs rochers brillant d'un éclat métallique, à l'entrée duquel étaient d'énormes portes noires fermées avec des serrures et des verrous et dont l'aspect faisait frémir. Un hurlement de désespoir se fit entendre, les portes furent enfoncées et un horrible monde de ténèbres apparut.
La céleste Jérusalem m'apparaît ordinairement comme une ville où les demeures des bienheureux se montrent sous la figure de palais et de jardins pleins de fleurs et de fruits merveilleux, selon leurs conditions de béatitude : de même, ici, je crus voir un monde tout entier, avec ses édifices, ses demeures et ses champs. Mais, dans le séjour des bienheureux, tout est disposé selon des rapports de pais infinie, d'harmonie et de joie éternelle : tout a la béatitude pour source et pour base, tandis qu'en enfer tout se trouve dans des rapports de colère éternelle, de discordes et de désespoir. Dans le ciel, ce sont des édifices diaphanes d'une beauté inexprimable, faits pour la joie et l'adoration, des jardins pleins de fruits merveilleux qui communiquent la vie. En enfer, ce sont des cachots et des cavernes, des déserts et des marais pleins de tout ce qui peut exciter l'horreur et le dégoût. Je vis des temples, des autels, des châteaux, des trônes, des jardins, des lacs, des fleuves, formes de la malédiction, de la haine, de l'abomination, du désespoir, de la contusion, de la peine et du supplice : de même que dans le ciel, tout est bénédiction, amour, concorde joie et béatitude. Ici, l'éternelle et terrible discorde des réprouvés ; là, l'union bienheureuse des saints. Toutes les racines de la corruption et de l'erreur produisent ici la douleur et le supplice dans un nombre infini de manifestations et d'opérations : chaque damné a cette pensée toujours présente que les tourments auxquels il est livré sont le fruit naturel et nécessaire de son crime : car tout ce qu'on voit et qu'on éprouve d'horrible dans ce lieu n'est que l'essence, la forme intérieure du péché démasqué, de ce serpent qui dévore ceux qui l'ont nourri dans leur sein. Je vis là une effrayante colonnade où tout se rapportait à la terreur et à l'angoisse comme dans le royaume de Dieu à la paix et au repos, etc. Tout cela peut se comprendre quand on le voit, mais c'est presque impossible à expliquer par des paroles.
Lorsque les portes eurent été enfoncées par les anges ce fut comme un chaos d'imprécations, d'injures, de hurlements et de plaintes. Je vis Jésus adresser la parole à l'âme de Judas. Quelques anges terrassèrent des armées entières de démons. Tous durent reconnaître et adorer Jésus, et ce fui le plus affreux de leurs supplices. Beaucoup furent enchaînés dans un cercle qui entourait d'autres, lesquels se trouvèrent aussi emprisonnés. Au milieu de l'enfer était un abîme de ténèbres : Lucifer y fut jeté chargé de chaînes, et de noires, vapeurs bouillonnèrent autour de lui. Tout cela se fit d'après certains décrets divins. J'appris que Lucifer doit être déchaîné cinquante ou soixante ans avant l'an 2000 du Christ, si je ne me trompe Beaucoup d'autres chiffres, dont je ne me souviens plus, furent indiqués. Quelques démons doivent être relâchés auparavant pour punir et tenter le monde. Quelques-uns, à ce que je crois, ont dû être déchaînés de nos jours, d'autres le seront bientôt après. Il m'est impossible de dire tout ce qui m'a été montré : il y a trop de choses pour que je puisse les mettre en ordre. D'ailleurs, je suis bien malade, et, quand je parle de ces objets, ils se représentent devant mes yeux, et leur vue pourrait faire mourir.
Je vis encore des troupes innombrables d'âmes rachetées s'élever du purgatoire et des limbes à la suite de l'âme de Jésus, jusqu'en un lieu de délices, au-dessous de la céleste Jérusalem. C'est il que j'ai vu, il y a peu de temps, un de mes amis décédé. L'âme du bon larron y vint et vit le Seigneur dans le paradis, selon sa promesse. Je vis qu'en ce lieu étaient préparées pour les âmes des tables célestes comme celles que je vois souvent dans des visions de consolation (1), et qu'elles y prenaient une nourriture qui les remplissait de force et de joie.
Je ne puis préciser dans tout cela aucun temps ni aucuns succession. Je ne saurais non plus raconter tout ce que j'ai vu et entendu ; il y a bien des choses que je ne comprends plus, il y en a d'autres qui seraient mal comprises si je les racontais. J'ai vu le Seigneur en différents endroits, notamment dans la mer : il semblait sanctifier et délivrer toute la création, Partout les mauvais esprits fuyaient devant lui et se précipitaient dans l'abîme. Je vis aussi son âme en différents endroits dans l'intérieur de la terre. Je la vis paraître dans le tombeau d'Adam, sous le Golgotha : les âmes d'Adam et d'Eve vinrent l'y trouver, et il leur parla Je le vis avec elles visitant sous la terre les tombeaux de plusieurs prophètes dont les âmes vinrent se joindre à lui, prés de leurs ossements. Puis, avec cette troupe élue dont David faisait partie, je le vis paraître en plusieurs lieux marqués par quelque circonstance de sa vie, leur expliquant avec un amour ineffable ce qui leur était arrivé de figuratif dans ces mêmes lieux et comment il avait accompli toutes les figures. Je la vis notamment expliquer aux âmes beaucoup d'événements figuratifs qui avaient eu lieu, sous l'ancienne loi, à l'endroit où il devait être baptisé, et je méditais avec une émotion profonde sur l'infinie miséricorde de Jésus qui les rendait, participants des fruits de son saint baptême. Il était singulièrement touchant de voir l'âme du Seigneur, accompagnée de ces âmes bienheureuses, passer comme un rayon de lumière à travers la terre, les rochers, les eaux et les airs, ou planer doucement sur la terre.
(1) Voir la note plus haut.
C'est là le peu que je puis me rappeler de mes visions sur la descente de Jésus aux enfers et sur la rédemption des âmes des patriarches accomplie après sa mort. Mais outre cet événement accompli dans le temps, je vis une image éternelle de la miséricorde qu'il exerce en ce jour envers les pauvres âmes. Je vis que, chaque anniversaire de ce jour, il jette, par l'intermédiaire de l'Eglise, un regard libérateur dans le purgatoire : aujourd'hui même, au moment où j'ai eu cette vision, il a tiré du lieu de purification les âmes de quelques personnes qui avaient péché lors de son crucifiement. J'ai vu la délivrance de beaucoup d'âmes connues et inconnues, mais je ne les nomme pas.
Aujourd'hui, la soeur étant dans son état extatique, dit encore à peu près ce qui suit : La première descente de Jésus aux limbes est l'accomplissement de figures antérieures et elle est à son tour une figure dont l'accomplissement est la rédemption actuelle. La descente aux enfers dont j'ai eu la vision, est un tableau appartenant à un temps qui n'est plus, mais la rédemption d'aujourd'hui est une vérité permanente : car la descente de Jésus aux enfers est la plantation d'un arbre de grâce, destiné à communiquer ses mérites aux âmes en souffrance. La rédemption continuelle et actuelle de ces âmes est le fruit que porte cet arbre dans le jardin spirituel de l'Eglise. Mais l'Eglise militante doit prendre soin de l'arbre et recueillir les fruits, afin de les communiquer à l'Eglise souffrante qui ne peut rien faire pour elle-même. Il en est ainsi de tous les mérites du Christ : il faut travailler avec lui pour y avoir part. Nous devons manger notre pain à la soeur de notre front. Tout ce que Jésus a fait pour nous dans le temps porte des fruits éternels ; mais nous devons les cultiver et les recueillir dans le temps, sans quoi nous ne pourrions en jouir dans l'éternité. L'Eglise est un père de famille accompli : son année est le jardin complet de tous les fruits éternels dans le temps. Il y a dans un an assez de tout pour tous. Malheur aux jardiniers paresseux et infidèles, s'ils laissent se perdre une grâce qui aurait pu guérir un malade, fortifier un faible, rassasier un affamé ! ils rendront compte du plus petit brin d'herbe au jour du jugement.

LA DOULOUREUSE PASSION DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST 
d'après les méditations d'ANNE CATHERINE EMMERICH
Publiées en 1854. Traduction de l'Abbé DE CAZALES



Anastasis, fresque, v.1325, fresque du parecclésion, église de Cora, Istambul


St Epiphane de Salamine. Homélie sur l’ensevelissement du Christ (extraits)

"Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles. Dieu est mort dans la chair et les enfers ont tressailli. Dieu s’est endormi pour un peu de temps et il a réveillé du sommeil ceux qui séjournaient dans les enfers…

Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Il va, pour délivrer de leurs douleurs Adam dans ses liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils. Descendons donc avec lui pour voir l’Alliance entre Dieu et les hommes… Là se trouve Adam, le premier Père, et comme premier créé, enterré plu profondément que tous les condamnés. Là se trouve Abel, le premier mort et comme premier pasteur juste, figure du meurtre injuste du Christ pasteur. Là se trouve Noé, figure du Christ, le constructeur de la grande arche de Dieu, l’Eglise… Là se trouve Abraham, le père du Christ, le sacrificateur, qui offrit à Dieu par le glaive et sans le glaive un sacrifice mortel sans mort. Là demeure Moïse, dans les ténèbres inférieures, lui qui a jadis séjourné dans les ténèbres supérieures de l’arche de Dieu. Là se trouve Daniel dans la fosse de l’enfer, lui qui, jadis, a séjourné sur la terre dans la fosse aux lions. Là se trouve Jérémie, dans la fosse de boue, dans le trou de l’enfer, dans la corruption de la mort. Là se trouve Jonas dans le monstre capable de contenir le monde, c’est-à-dire dans l’enfer, en signe du Christ éternel. Et parmi les Prophètes il en est un qui s’écrie : "Du ventre de l’enfer, entends ma supplication, écoute mon cri !" et un autre : "Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur, écoute mon appel !" ; et un autre : "Fais briller sur nous ta face et nous serons sauvés…"

[…]

Mais, comme par son avènement le Seigneur voulait pénétrer dans les lieux les plus inférieurs, Adam, en tant que premier Père et que premier créé de tous les hommes et en tant que premier mortel, lui qui avait été tenu captif plus profondément que tous les autres et avec le plus grand soin, entendit le premier le bruit des pas du Seigneur qui venait vers les prisonniers. Et il reconnut la voix de celui qui cheminait dans la prison, et s’adressant à ceux qui étaient enchaînés avec lui depuis le commencement du monde, il parla ainsi : "J’entends les pas de quelqu’un qui vient vers nous." Et pendant qu’il parlait, le Seigneur entra, tenant les armes victorieuses de la croix. Et lorsque le premier Père, Adam, le vit, plein de stupeur, il se frappa la poitrine et cria aux autres : "Mon Seigneur soit avec vous !" Et le Christ répondit à Adam : "Et avec ton esprit." Et lui ayant saisi la main, il lui dit : "Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera." Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, je suis la Vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains, toi, mon effigie, qui a été faite à mon image. Lève-toi, partons d’ici, car tu es en moi et je suis en toi.. A cause de toi, moi ton Dieu, je suis devenu ton fils ; à cause de toi, moi ton Seigneur, j’ai pris la forme d’esclave ; à cause de toi, moi qui demeure au-dessus des cieux, je suis descendu sur la terre et sous la terre. Pour toi, homme, je me suis fait comme un homme sans protection, libre parmi les morts. Pour toi qui es sorti du jardin, j’ai été livré aux juifs dans le jardin et j’ai été crucifié dans le jardin…

[…]

Regarde sur mon visage les crachats que j’ai reçus pour toi afin de te replacer dans l’antique paradis. Regarde sur mes joues la trace des soufflets que j’ai subis pour rétablir en mon image ta beauté détruite. Regarde sur mon dos la trace de la flagellation que j’ai reçue afin de te décharger du fardeau de tes péchés qui avait été imposé sur ton dos. Regarde mes mains qui ont été solidement clouées au bois à cause de toi qui autrefois as mal étendu tes mains vers le bois… Je me suis endormi sur la croix et la lance a percé mon côté à cause de toi qui t’es endormi au paradis et as fait sortir Eve de ton côté. Mon côté a guéri la douleur de ton côté. Et mon sommeil te fait sortir maintenant du sommeil de l’enfer. Lève-toi et partons d’ici, de la mort à la vie, de la corruption à l’immortalité, des ténèbres à la lumière éternelle. Levez-vous et partons d’ici et allons de la douleur à la joie, de la prison à la Jérusalem céleste, des chaînes à la liberté, de la captivité aux délices du paradis, de la terre au ciel. Mon Père céleste attend la brebis perdue, un trône de chérubin est prêt, les porteurs sont debout et attendent, la salle des noces est préparée, les tentes et les demeures éternelles sont ornées, les trésors de tout bien sont ouverts, le Royaume des Cieux qui existait avant tous les siècles vous attend."

Extraits tirés du Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes de Jean-René Bouchet, Cerf, pp. 186-189.



Albrecht DÜRER. Descente du Christ aux Enfers, gravure, 1510


The Lord's descent into hell

"What is happening? Today there is a great silence over the earth, a great silence, and stillness, a great silence because the King sleeps; the earth was in terror and was still, because God slept in the flesh and raised up those who were sleeping from the ages. God has died in the flesh, and the underworld has trembled.

Truly he goes to seek out our first parent like a lost sheep; he wishes to visit those who sit in darkness and in the shadow of death. He goes to free the prisoner Adam and his fellow-prisoner Eve from their pains, he who is God, and Adam's son.

The Lord goes in to them holding his victorious weapon, his cross. When Adam, the first created man, sees him, he strikes his breast in terror and calls out to all: 'My Lord be with you all.' And Christ in reply says to Adam: ‘And with your spirit.’ And grasping his hand he raises him up, saying: ‘Awake, O sleeper, and arise from the dead, and Christ shall give you light.

‘I am your God, who for your sake became your son, who for you and your descendants now speak and command with authority those in prison: Come forth, and those in darkness: Have light, and those who sleep: Rise.

‘I command you: Awake, sleeper, I have not made you to be held a prisoner in the underworld. Arise from the dead; I am the life of the dead. Arise, O man, work of my hands, arise, you who were fashioned in my image. Rise, let us go hence; for you in me and I in you, together we are one undivided person.

‘For you, I your God became your son; for you, I the Master took on your form; that of slave; for you, I who am above the heavens came on earth and under the earth; for you, man, I became as a man without help, free among the dead; for you, who left a garden, I was handed over to Jews from a garden and crucified in a garden.

‘Look at the spittle on my face, which I received because of you, in order to restore you to that first divine inbreathing at creation. See the blows on my cheeks, which I accepted in order to refashion your distorted form to my own image.

'See the scourging of my back, which I accepted in order to disperse the load of your sins which was laid upon your back. See my hands nailed to the tree for a good purpose, for you, who stretched out your hand to the tree for an evil one.

`I slept on the cross and a sword pierced my side, for you, who slept in paradise and brought forth Eve from your side. My side healed the pain of your side; my sleep will release you from your sleep in Hades; my sword has checked the sword which was turned against you.

‘But arise, let us go hence. The enemy brought you out of the land of paradise; I will reinstate you, no longer in paradise, but on the throne of heaven. I denied you the tree of life, which was a figure, but now I myself am united to you, I who am life. I posted the cherubim to guard you as they would slaves; now I make the cherubim worship you as they would God.

"The cherubim throne has been prepared, the bearers are ready and waiting, the bridal chamber is in order, the food is provided, the everlasting houses and rooms are in readiness; the treasures of good things have been opened; the kingdom of heaven has been prepared before the ages."

A reading from an ancient homily for Holy Saturday

Prayer

Almighty, ever-living God, whose Only-begotten Son descended to the realm of the dead, and rose from there to glory, grant that your faithful people, who were buried with him in baptism, may, by his resurrection, obtain eternal life.(We make our prayer) through our Lord. (Through Christ our Lord.)

Prepared by Pontifical University Saint Thomas Aquinas

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